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14l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles dedemain ». Le pétrole quittait dès ce moment, dans lHexagone,...
15guerre, instaurer un monopole, absolu ou partiel, une régieintéressée (avec ou sans participation de l’Etat), ou rendre ...
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Introductions du livre "Le pétrole en france - Genèse et stratégies d'influence (1917-1924)"

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Extraits du livre "Le pétrole en france - Genèse et stratégies d'influence (1917-1924)" (mai 2013, Editions L'Harmattan)

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Introductions du livre "Le pétrole en france - Genèse et stratégies d'influence (1917-1924)"

  1. 1. 13INTRODUCTIONBÉRENGER, PÈRE DE LA POLITIQUEPÉTROLIÈRE EN FRANCEAu point de vue militaire, le manque d’essencesignifie l’arrêt des transports sur routes et del’artillerie de campagne à traction automobile, lasuppression de notre aviation, c’est-à-dire la paralysiede notre armée1.En ce 12 décembre 1917, les mots d’Henry Bérengerrésonnent dans les têtes d’un parterre de sénateurs paniqués.Car l’épuisement total des stocks, autrement dit la défaite, estprévu, dans le meilleur des cas, pour le 1ermars 1918. Aprèsavoir tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme, Bérenger est enfinentendu. Un télégramme de Clemenceau part peu après,demandant au président Woodrow Wilson « de faire l’acted’autorité gouvernementale nécessaire pour obtenir la mise enmarche immédiate de ces 100 000 tonnes de bateaux-citernessur les ports français2». Celui-là même qui, quelques annéesplus tôt, ironisait – « lorsque j’ai besoin d’huile, je vais chezmon épicier » - conclut par une formule sans équivoque : « siles alliés ne veulent pas perdre la guerre, il faut que la Francecombattante, à l’heure du suprême choc germanique, possède1Premier rapport fait à la commission sénatoriale de l’armée sur leravitaillement de la France en pétrole et en essences. Henry BÉRENGER, LePétrole et la France, Paris, Flammarion, 1920, p.41.2Note du président Clemenceau pour le président Wilson, le 15 décembre1917. Ibid., p.60.
  2. 2. 14l’essence aussi nécessaire que le sang dans les batailles dedemain ». Le pétrole quittait dès ce moment, dans lHexagone,la sphère de « l’épicerie privée » pour devenir denréestratégique, relevant de la sécurité de la Nation – le nouveausang de la guerre.Si le geste américain est chaudement salué, il est hors dequestion que la situation se renouvelle. L’état-major françaisprend conscience de l’étendue du retard que le pays a pris dansla ruée vers l’Or Noir. La mécanisation faisant exploser lesbesoins, aucune grande puissance n’est absente de cette course.Aucune, hormis la France.Face à la crise, une politique pétrolière à inventerLe sursaut des consciences provoqué par la crise de l’hiver1917 amène Clemenceau à envisager une politique pétrolièrerapide et efficace. Bérenger est nommé commissaire auxessences et aux combustibles. Son rôle est d’assurer leravitaillement de la France, des colonies et protectorats enessences, huiles lourdes et autres produits pétrolifèrescombustibles. En novembre 1918, il est chargé de négocier avecles alliés l’organisation d’une politique pétrolifère européenne.Il pénètre alors un univers où gravitent des entreprises privées,des Etats et plusieurs personnages, indépendants et influents.La France entre sur le terrain pétrolier progressivement.L’un des grands enjeux consiste à créer une société capable deconstruire et conduire une politique pétrolière nationale, qui luipermette de reprendre son autonomie à l’égard des grandesfirmes que sont la Shell et la Standard Oil. Dès lors, la questionest posée : faut-il, dans le prolongement de la période de la
  3. 3. 15guerre, instaurer un monopole, absolu ou partiel, une régieintéressée (avec ou sans participation de l’Etat), ou rendre aumarché sa liberté, comme le demandent les raffineurs ? Lesréactions ne se font pas attendre. Car le débat entreinterventionnisme et libéralisme fait rage depuis le début dusiècle, et l’un et l’autre ont leurs partisans. Les pétroliersaméricains vont jusqu’à se déplacer pour influer sur cettepolitique naissante et Bérenger, partisan de l’intervention del’Etat, multiplie les rencontres avec les chefs du consortiumfrançais. L’enjeu, en termes financiers et de pouvoir, fait quechacune des parties mobilise à plein ses ressources d’influence.Le débat semble ne jamais devoir trouver d’issue car ni legouvernement, ni le Parlement, n’osent s’engager et prendre lerisque de subir les représailles d’une Standard Oil toute-puissante. Finalement, il apparaît que la solution du consortiumsera la plus à même de protéger les intérêts du pays face auxtrusts étrangers. L’idée finit par s’imposer : c’est quasimentsans débat que la création de la Compagnie Française desPétroles (CFP), contrôlée par l’Etat, mais à capital privé, estactée le 11 avril 1924. Premier jour de l’indépendancepétrolière, théorique, de la France.Une ressource pas comme les autresLe débat mobilise une kyrielle d’acteurs et de moyens,préfigurant la relation triangulaire ambiguë entre Etatsproducteurs, Etats consommateurs et compagnies pétrolières.Cette relation tendue n’est bien sûr pas propre au cas français,mais ce dernier peut en être un bon exemple. La spécificité duproduit pétrolier y est pour beaucoup. L’Or Noir est non
  4. 4. 16seulement le nerf de la guerre, mais aussi, et de plus en plus,une denrée sur laquelle l’économie va reposer dans sa totalité.Décrypter les débats et jeux d’influence qui eurent lieuautour de la création de la CFP permet d’esquisser les structuresde pensée et les réseaux d’influence qui ont joué dans unesociété confrontée à une révolution technique profonde. Alorsque l’Etat s’est aujourd’hui entièrement retiré de la CFP,devenue Groupe Total, de plus en plus de pays nationalisentleurs hydrocarbures. En mai 2006, Andres Soliz, le ministrebolivien des hydrocarbures, annonce que la nationalisation est« irréversible », confirmant les annonces du président EvoMorales. Au Pérou, la nationalisation des « secteursstratégiques » du pays, à commencer par les mines ethydrocarbures, est au cœur du programme d’Ollanta Humala,élu Président de la République en juillet 2011. Depuis avril2007, en Russie, la Douma recentralise son contrôle et pose desérieuses restrictions aux investisseurs étrangers dans l’accès àleurs ressources. La même année, le 1ermai, au Venezuela, laCompagnie d’Etat PDVSA reprend le contrôle des richeschamps pétrolifères de l’Orénoque sous l’impulsion duprésident Hugo Chavez. En Afrique Centrale comme ailleurs,les contrats de concessions cèdent la place aux contrats departage de production : les Etats participent de plus en plus aucapital des sociétés. En Côte d’Ivoire, la société d’Etat Petroci alongtemps multiplié les rachats de concurrents. EnCentrafrique, le général Bozizé a entrepris une rapidenationalisation du secteur pétrolier en revenant sur les lois quilibéralisaient le secteur et privatisaient les activités. Au Canada,des voix s’élèvent pour demander une nationalisation del’industrie pétrolière. Début mai 2012, lArgentine a nationaliséson pétrole en expropriant par la loi à hauteur de 51% Repsolde sa filiale YPF. Petrochina, filiale de la société d’Etat China

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