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39fournisseur des États-Unis, de l’Europe occidentale ainsique de l’Asie (Japon, Corée, Inde). En 2015, il deviendra le1er...
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45et la télévision par câble. Qtel a mis en place une stratégieoffensive afin de renforcer sa présence au Moyen-Orientet à...
46Afghanistan notamment en arborant un ton très critiquevis-à-vis des américains. Pour le Monde occidental, AlJazzera est ...
47• Durant la confrontation qui a eu lieu entre le Ha-mas et le Fatah en territoires palestiniens (surtoutà Gaza), la couv...
48On voit bien qu’au fil du temps Al-Jazzera est devenueun symbole puissant pouvant être instrumentd’information et de pro...
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50mouvoir sa « marque », il utilise un autre levier bien con-nu du marketing : les égéries.Les égéries du Qatar sont bien ...
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53Nabil Al-Arabi64. Le Qatar a rejoint la Ligue arabe en 1971,année de son indépendance vis-à-vis des Britanniques. Ilest ...
54les domaines du droit international, de la sécurité interna-tionale, du développement économique, du progrès so-cial, de...
55sant le commerce international entre les pays. Au cœur delʹorganisation se trouvent les accords de lʹOMC, négociéset sig...
56son « art de la médiation ». Cette action est possible enraison de sa volonté de créer une ʺbranding diplomacyʺafin de s...
57dialogue avec l’ensemble des belligérants, sans distinc-tion : toutes les factions palestiniennes ont emprunté lechemin ...
58Au-delà de ses conflits limitrophes, l’appareil diploma-tique du cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, se déploieégalement ...
59L’élément le plus significatif est son implication en« force » dans la crise libyenne. Après avoir obtenu de laLigue ara...
60comitants, on a noté l’émergence d’une polémique relativeà la légitimité du Qatar, un pays non-francophone, à en-trer da...
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Extraits de "Qatar(isme) - Essai d'analyse du mode de fonctionnement d'un système"

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Extraits de "Qatar(isme) Essai d'analyse du mode de fonctionnement d'un système"
Soraya Djermoun, Emmanuel Hersant (mai 2013, Editions L'Harmattan)

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Extraits de "Qatar(isme) - Essai d'analyse du mode de fonctionnement d'un système"

  1. 1. 37Les leviers d’actionsdu QatarLes succès et les enjeux du Qatar sont le fruit del’habile et productive combinaison d’un ensemble d’outilsque nous allons décrire de manière exhaustive ci-après.Les outils économiques et financiersLes leviers économiques peuvent être appréciés au tra-vers de deux axes : la rente financière et le parc commer-cial prolixe.Le Qatar, en particulier sous la direction de lʹactuelÉmir, a judicieusement usé des capacités monétaires of-fertes par les revenus issus de ses énergies fossiles. Larente financière qui octroie le statut de pays producteurde gaz et pétrole est un précieux vecteur de développe-ment et dʹinfluence à l’échelle internationale, et notam-ment en temps de crise économique. Dʹautre partlʹaugmentation des cours des matières premières fait dece levier un outil crucial et incontournable pour le Qatar.Le principal client du Qatar est de loin le Japon. Le pé-trole lui apporte 80 % de ses revenus à l’exportation etconstitue les 2⁄3 des recettes.
  2. 2. 38Les hydrocarbures, la rente et le QatarLe pétrole, découvert en 1939 à Dukhân, est une desprincipales sources de revenus du Qatar. Les réservessont importantes, de lʹordre de 26,8 milliards de barils en2009. La production pétrolière dépasse les 800 000 ba-rils/jour depuis 2007.Le pays dispose de la 3e plus grande réserve de gaz44du monde après la Russie et lʹIran, soit 15 % des réservesmondiales et espère devenir le premier exportateur mon-dial de gaz naturel. Le gigantesque gisement de NorthDome45, à 70 km de la côte nord-est dépasse 900 milliardsde mètres cubes, soit plus d’un siècle d’exploitation.D’autre part, le projet Dolphin, un important accord dʹex-portation de gaz vers les Émirats Arabes Unis, le Koweïtet Bahreïn vise à consolider sa stratégie gazière.Depuis 2010, le Qatar est devenu le premier producteurmondial de gaz naturel liquéfié46 (GNL), et le principal44 25,37 milliards de mètres cubes en 200945 Le super-gisement de North Dome a été découvert en 1971. Le caractèreexceptionnel du gisement a été révélé après-coup, lorsque des forages plusconséquents révélèrent des réserves en gaz de lʹordre du trilliard de m3, etqui permettent au Qatar de disposer des troisièmes réserves en gaz dumonde après la Russie et lʹIran. La production de gaz naturel a augmentéde façon importante dans la dernière décennie, notamment avec le déve-loppement de la filière LNG à partir de 1997 : en 2005, le Qatar a produittrois fois plus quʹen 1995. En 2006, le Qatar est devenu le plus grand expor-tateur mondial de LNG devant lʹIndonésie. Cette position sʹest consolidéeen mars 2007, avec lʹachèvement du cinquième train de liquéfaction deRasGas, portant les capacités annuelles de liquéfaction à plus de 40 mil-liards de mètres cubes. Les objectifs de production de QP pour 2012 sʹélè-vent à 8,7 Tcf, soit un niveau six fois supérieur à celui de 200546Le gaz naturel liquéfié (abrégé en GNL) est du gaz naturel (composéessentiellement de méthane) condensé à l’état liquide (réduction duvolume original dʹenviron 1/600). En effet, lorsque ce gaz est refroidi à
  3. 3. 39fournisseur des États-Unis, de l’Europe occidentale ainsique de l’Asie (Japon, Corée, Inde). En 2015, il deviendra le1er producteur du Gas to Liquid (GTL que l’on retrouvedans le diesel, le naphte et les lubrifiants), et prévoitdʹinvestir dans ce but près de 90 milliards de dollars. LeQatar investit également dans des unités de production depolyéthylène (plastique) et de carburants propres.Bien que les dividendes issus des énergies fossiles for-ment un outil de premier ordre pour le pays, n’en de-meure pas moins que son opulent parc commercial est uninstrument nécessaire à son trousseau d’actions interna-tionales à l’image de tous les pays se projetant dans unrôle de premier plan. En outre, les investissements étran-gers entrants et sortants constituent le moyen de toutestratégie étatique par excellence pour faire carburer sondéploiement international. Le Qatar a bâti un support dehaut niveau en structurant cette activité dʹinvestissementexterne au travers du QIA et des grands groupes natio-naux. Ces derniers forment un pilier non négligeable danssa stratégie de rayonnement hors-frontières.Le Qatar Investment Authority (QIA), est un fondsd’État créé en 2005 et dirigé par le cheikh Tamim benune température d’environ -161 °C à la pression atmosphérique, ilprend la forme dʹun liquide clair, transparent, inodore, non corrosif etnon toxique. Le GNL est environ deux fois plus léger que lʹeau. Il joue-ra un rôle de plus en plus important dans l’industrie mondiale del’énergie, car les réserves mondiales de gaz naturel sont abondantes etson état condensé rend possible son transport sur de longues distancespar les voies maritimes, donnant naissance à de véritables chaînesd’approvisionnement incluant les puits producteurs, les usines detraitement, les réseaux de gazoducs, les usines de liquéfaction, lesterminaux de chargement des méthaniers, les terminaux dʹimportationet de stockage, les usines de regazéification et de réinjection au réseau.
  4. 4. 40Hamad Al Thani47. Cette structure financière regroupe sesavoirs en monnaie étrangère, ainsi que tous les fondsdʹinvestissement détenus par cette principauté. Il a pourobjectifs de permettre à lʹÉmirat dʹeffectuer des place-ments financiers sous forme dʹactions et d’obligations ouencore d’acquisitions immobilières, à minimiser lesrisques liés à la variation des cours des matières pre-mières (principalement ceux du gaz naturel) et réduire ladépendance des revenus de pays à la volatilité des prix deses exportations.Le QIA disposerait de 85 milliards USD dʹactifs répar-tis comme suit:• Un peu plus de 6 % du capital dʹEADS,• 15,1 % des actions du London Stock Exchange• 17 % de Volkswagen.• 12,83 % du groupe Lagardère• 100 % du capital du club de football Paris Saint-Germain• 100 % du capital du Paris Handball• 100% lʹimmeuble du Virgin Mégastore desChamps-ÉlyséesLe concernant, on retiendra en outre la forte agressivitéde ses investissements48, et une nébulosité de son fonc-tionnement.47 Né le 3 juin 1980, il est le prince héritier du Qatar. Cʹest le 4éme filsde lʹEmir du Qatar, et le 2e fils avec la cheikha Mozah bint Nasser AlMissned. Tamim est le président du Comité national olympique duQatar et fait partie du Comité international olympique (CIO) depuis2002. Diplômé de l’École militaire de Sandhurst (1997-1998), il est offi-cier dans les forces armées du Qatar (depuis 1997). Il a présidé le comi-té dʹorganisation des XVe Jeux asiatiques en 2006.48 Cf. Annexe 1
  5. 5. 41Les investissements directs à l’étranger (IDE) à euxseuls ne sont toutefois pas suffisants. En effet, le Qatarassure lʹexpansion de sa puissance à travers des groupeset entreprises nationaux. Ces derniers lui offrent un re-père et un moyen dʹidentification commercial auprès deses partenaires, une force de frappe économique et unesource de prestige notamment grâce aux structures abor-dées ci-après.Qatari Diar est une entreprise d’investissement qui in-tervient de plus en plus dans le système financier interna-tional. Par exemple, il vient de racheter, en France,Cegelec convoité par Vinci et Eiffage. Il tente égalementde devenir un actionnaire majeur de la Société des bainsde mer de Monaco (SBM). Depuis 2005, Qatari Diar a in-vesti plus de 42 milliards de dollars dans plus de 40 pays,pour la moitié au Moyen-Orient, 30 % en Afrique et 30 %en Europe, en partenariat avec de grands groupes commeSuez, Vinci en France, Hochtief ou Deutsch Bahn en Al-lemagne.La Qatar National Bank (QNB) a été créée en 1964, etfait figure de première banque commerciale du pays. Elledispose dʹune structure de propriété partagée entrelʹAutorité dʹInvestissement du Qatar (50%) et le secteurprivé (50%). La QNB nʹa cessé de croître pour être parmiles principales banques de la région. Elle est de loin, laplus importante institution financière dans le pays, avecune part de marché proche de 45% des actifs du secteurbancaire. Elle possède le plus grand réseau de distribu-tion au Qatar, qui compte 60 agences et bureaux, soit plusde 195 distributeurs automatiques de billets.La QNB a connu une rapide expansion internationaleau cours des dernières années et a établi une présence
  6. 6. 42dans plus de 24 pays à travers le monde, dont la France, leKoweït, le Royaume-Uni, la Mauritanie, Oman, Singa-pour, le Yémen et le Liban. Elle a également étendu saportée régionale en achetant des actions dans diversesinstitutions financières, y compris une participation de35% dans le Jourdain auprès de La Housing Bank forTrade and Finance (HBTF), 24% des actions de la Com-mercial Bank International (CBI) basée aux ÉmiratsArabes Unis (EAU), 50% de la banque tuniso-qatarie etune participation de 20% dans la société Al Jazzera isla-mique basée à Doha. QNB conserve également une parti-cipation de 51% dans QNB-Syria, une société privéeétablie conjointement avec dʹautres institutions syriennesdu secteur public et privé. Ce colossal groupe fournit unegamme de services bancaires dʹinvestissement auxgrandes entreprises, aux gouvernements et aux institu-tions49. Il sʹagit notamment de lʹune des meilleureséquipes de corporate finance dans la région, offrant uneexpertise de pointe en matière de conseils stratégiques etopérationnels (ex: les fusions et acquisitions...). D’autrepart, c’est lʹune des banques régionales les mieux cotées etsurtout l’une des institutions financières les mieux notéespar les principales agences de notation de crédit, y com-pris Standard & Poors, Moody, Fitch et Intelligence Capi-tal. La Banque a également reçu de nombreux prixinternationaux de premier plan, décernés par la pressespécialisée dans les publications financières. La QNB pos-sède un programme de soutien communautaire actif etparraine de nombreux évènements sociaux, éducatifs etsportifs.49 Au Qatar et dans le reste du monde
  7. 7. 43Qatar Airways50 est la compagnie aérienne nationaledu Qatar. Elle opère des vols internationaux sur les cinqcontinents depuis son principal hub à lʹaéroport Interna-tional de Doha. Elle est considérée comme lʹune des meil-leures compagnies aériennes du monde. Elle est classée 5étoiles par Skytrax51 au même titre que Cathay Pacific ouSingapore Airlines. Sur le plan financier, Qatar Airways aun des bilans des plus honorables dans son segment dʹac-tivité.Qatar Petroleum52 (QP) est la compagnie pétrolière na-tionale du Qatar. L’entreprise produit à la fois du pétroleet du gaz, de lʹexploration à la production, le raffinage, letransport, et le stockage. Son dirigeant actuel AbdullahBin Hamad Al-Attiyah, est aussi le ministre qatari delʹÉnergie. Les activités de la QP sont directement liéesavec les agences gouvernementales et les autorités de ré-gulation. Les revenus pétroliers et gaziers représentent50 Filiales de Qatar Airways en Annexe 251 Skytrax est un organisme de consultation basé à Londres au Royaume-Uni, face publique du Inflight Research Services (services de recherchedes conditions de vol), effectuant diverses recherches pour les compa-gnies aériennes. Il effectue notamment des surveillances statistiques surles voyages internationaux en vue de faire des classements des meil-leurs compagnies aériennes, aéroports, catering, première classe, classeaffaires, classe économique, personnel navigant commercial, etc. Établieen 1989, il a évalué plus de 210 compagnies aériennes et 65 aéroports aucours des dernières années. Skytrax possède aussi un forum où les pas-sagers dʹune compagnie aérienne peuvent délivrer leurs commentaires àlʹintention dʹautres utilisateurs potentiels de cette compagnie. Lʹorga-nisme possède aussi des revues sur les vols, des vérificateurs de vols, etdes surveillances concernant la satisfaction. Mais il est surtout connupour ses rapports annuels World Airline Awards (Classement des com-pagnies aériennes internationales) et World Airport Awards (Classementdes aéroports internationaux).52 Filiales de QP en Annexe 3
  8. 8. 4460 % du Produit intérieur brut national. La société est letroisième groupe pétrolier mondial en termes de réservescumulées de pétrole et de gaz.Bien que le Qatar soit le plus petit producteur membrede lʹOPEP, sa production reste non négligeable avec 1.1million de barils par jour53, il a pu acquérir à travers QPses lettres de noblesse et une production pétrolière ma-ture. Les réserves pétrolières de ce dernier sont de lʹordrede 25.2 gigabarils54 .Pour anticiper un déclin annoncé,Qatar Petroleum a lancé un programme de modernisationde ses infrastructures, incluant la mise en place de dispo-sitifs dʹEnhanced Oil Recovery (EOR), notamment sur lechamp de Dukhân. Dʹautre part Qatar Petroleum chapoteen parallèle lʹactivité gazière de l’Émirat. Cette productionest caractérisée par des gisements mixtes ou uniquementgaziers et connait un développement croissant: c’est enoutre ce qui a permis lʹindustrialisation rapide du Qatar,notamment du secteur de la pétrochimie et de lʹhydrau-lique (usines de dessalement de lʹeau et production élec-trique). Ce groupe est également lʹexploitant du réseaunational qatari dʹoléoducs, qui relie les puits de produc-tion à la raffinerie dʹUmm Said55 et vers les terminauxdʹexportation sur Halul Island et Ras Laffan. Le raffinageest effectué par la National Oil Distribution Company(NODCO), filiale de QP créée en 1968.Qatar Telecom (Qtel) est le fournisseur exclusif de ser-vices des télécommunications dans l’Émirat. Ses princi-pales activités incluent le téléphone fixe national etinternational, le mobile, l’Internet, le transfert de données53 Dont 815,000 bpd de pétrole léger54 En janvier 201155 Construite en 1953
  9. 9. 45et la télévision par câble. Qtel a mis en place une stratégieoffensive afin de renforcer sa présence au Moyen-Orientet à l’international. Avec Wataniya Telecom et ses filialesdans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, Qtel estdésormais active dans 10 pays parmi lesquels le Qatar,Oman, Singapour et l’Indonésie. En novembre 2006, Qtela opéré une acquisition stratégique de 38% du capital deAT&T et NavLink, un fournisseur leader en gestion desdonnées destinées au segment Corporate dans la régiondu Moyen-Orient. Qtel a reçu la distinction GCC Econo-mic Award 2006. Elle est cotée au marché des valeurs deDoha et d’autres bourses du Golfe. En mars 2007 Qtel estdevenu l’actionnaire majoritaire (51%) de Wataniya Tele-com Kuweit et détient par conséquent 80% de WataniyaAlgérie.Les ustensiles médias et communicationnelsLe Qatar utilise extrêmement bien les ficelles de lacommunication, qui est son principal instrument pour ledéploiement de son « soft power ». Médias, événemen-tiels, stratégie de marque, égéries. Tous ces ressorts ap-partiennent au registre du marketing et font partie desoutils qu’il utilise pour asseoir ses positions et les faireconnaître.La Chaîne Al Jazzera ou « la vitrine du Qatar » est l’undes piliers les plus importants de l’influence qatarie. Lan-cée en 1996 et couvrant le Monde arabe, elle est devenue àla fois un moyen de pression et de protection contre toutgouvernement hostile au Qatar en montrant ce qu’ils nevoulaient pas montrer. Après les attentats du 11 sep-tembre 2001, elle s’illustre en couvrant la guerre en
  10. 10. 46Afghanistan notamment en arborant un ton très critiquevis-à-vis des américains. Pour le Monde occidental, AlJazzera est la chaîne qui diffuse les vidéos de Ben Ladenet d’Al-Qaida. En 2006 elle lance une chaîne anglophonepour toucher un public différent composé entre autres dela moitié des habitants du Qatar. Mais c’est surtout pourpouvoir atteindre la population Sud et Sud-Est asiatiqueet ainsi créer un pont entre l’Émirat et l’Asie, rendant ac-cessible les actualités de la région qatarie à ces derniers.Elle a conquis son public en 2002 en couvrantl’offensive israélienne contre le quartier général du prési-dent Arafat, assiégé depuis le début de la deuxième Inti-fada palestinienne. Elle confirme sa progression en 2003,en soutenant la résistance irakienne contre l’invasionaméricaine, prenant le risque de se mettre Washington àdos. En 2006, elle conforte sa position de porte-parolemédiatique du Monde arabe en couvrant l’interventionisraélienne au Liban et en 2008 sur la Bande de Gaza.Les conflits régionaux s’intensifiant, elle n’hésite pas àafficher ses partis pris. Voici quelques exemples pour il-lustrer notre constatation:• Lorsque la situation en Irak s’est considérablementdétériorée à partir de fin 2004, la chaîne a apportéun certain soutien médiatique aux islamistes sun-nites.• Au moment des divisions politiques et commu-nautaires au Liban (à la suite de l’assassinat de Ra-fic Hariri et des fortes mobilisations pro et antirégime syrien en 2005), Al-Jazeera a pris le partides alliés de Damas dirigés par le Hezbollahchiite.
  11. 11. 47• Durant la confrontation qui a eu lieu entre le Ha-mas et le Fatah en territoires palestiniens (surtoutà Gaza), la couverture faite par plusieurs pro-grammes de la chaîne semblait favorable au mou-vement Hamas. La chaîne a continué par la suite àoffrir un soutien médiatique au Hezbollah et auHamas, de même qu’à la politique du régime sy-rien au Liban, jusqu’au début 2011.Un grand tournant s’opérera lors des révolutionsarabes ayant un impact sur la chaîne, mais également surla politique régionale du Qatar. La médiatisation des ma-nifestations massives en Tunisie, en Égypte, au Yémen eten Libye permet à la chaîne de balayer ses concurrentesnotamment sa principale rivale Al-Arabiya56.Mais dans le cas récent de la Syrie, la couverture mé-diatique des deux chaînes clairement pro-rebelles syriensa troqué l’objectivité journalistique contre l’utilisation desmêmes armes que leurs adversaires à savoir la propa-gande, quitte à travestir la vérité. Elles ont mis en avantl’extrémiste sunnite Adnane Al Arour en le présentantcomme « symbole de la révolution » et « l’instigateur pa-cifique de l’opposition au régime syrien ». Elle a égale-ment péché par le manque de couverture du soulèvementpopulaire et la répression à Bahreïn en raison de la solida-rité des monarchies du Golfe avec le régime des Al-Khalifa. La chaîne en langue anglaise a toutefois diffuséun long documentaire sur la répression, qui a failli pro-voquer une crise diplomatique avec Manama.56 Chaîne lancée en 2003 après un premier tour de table à 300 millionsde dollars rassemblant des investisseurs du Golfe et du Liban autourde lʹhomme dʹaffaires saoudien Walid al-Ibrahim, beau-frère du feu roiFahd.
  12. 12. 48On voit bien qu’au fil du temps Al-Jazzera est devenueun symbole puissant pouvant être instrumentd’information et de propagande en fonction des intérêtsde l’Émirat ou bien de l’Émir lui-même. Avec les conflitsrégionaux, le pouvoir exercé par le dirigent Qatari sur lachaîne est plus évident à percevoir. Al-Jazzera se voulaitêtre une chaîne d’information centralisant l’actualité desrégions arabisantes, elle se trouve être le véhicule del’image du Qatar.Quant à la marque-Qatar, elle s’illustre par les valeursqu’elle véhicule et les moyens qu’elle utilise pour les pro-pager. L’identité d’une marque se mesure à la façon dontelle veut être perçue. On peut identifier ces éléments etdéfinir l’identité voulue par le Qatar comme un pacifica-teur grâce aux nombreuses médiations entreprises, uninterlocuteur privilégié par sa présence internationaleforte et un pays où l’excellence est requise dans tous lesdomaines. Cette marque est d’autant plus importantequ’il est difficile d’identifier une culture qatarie propre.Aussi, dans l’optique de montrer ces valeurs, l’Émiratutilisera deux leviers que nous tâcherons d’expliciter ici :l’évènementiel et les égéries.L’organisation d’évènements rentre aussi dans la stra-tégie qatarie. On peut le constater à travers l’exemple duQatar Motor Show, organisé par le français GL Events etQatar Media57. Comme évoqué précédemment il est aussil’organisateur du Mondial de foot 2022. Au même titreque les pays voulant améliorer le tourisme, ces évène-ments sportifs pourraient être suffisants, mais ce quimontre que la réelle ambition du Qatar n’est pas là, c’est57 Dont la deuxième édition a eu lieu du 24 au 28 janvier 2012
  13. 13. 49qu’elle accueille aussi bien des événements de type « lu-diques » que de types « intellectuels » ou même officiels.La Conférence de l’OMC, l’accueil et l’organisation d’unévénement TEDX Doha58… se sont également dérouléessur le territoire même du Qatar. Ces événements sontprincipalement conduits dans l’optique de nouer des rela-tions avec le plus grand nombre de pays et de proposerses produits (souvent financiers et diplomatiques).Mais ce serait sous-estimer le petit Émirat que des’imaginer qu’il s’en arrêterait là. Comme nous l’avonssouligné plus haut, le désir du Qatar de jouer un rôle surla scène internationale est important et il reste conscientque sa surface ne permet pas d’étendre indéfiniment sonprogramme événementiel. Il peut néanmoins utiliser sonpouvoir d’investissement pour racheter un grand nombrede groupes d’hôtels, ces endroits où se déroulent toutesles grandes réceptions, afin de pouvoir les utiliser pourses propres besoins, mais aussi de maîtriser les services demise à disposition des lieux. Toute cette démarche estnaturellement en cours59. Ce levier revient finalement àfaire venir les objets qui incarnent les valeurs qatariesdans des lieux ayant déjà une identité forte. Mais le Qatarn’utilise pas que les médias ou l’événementiel pour pro-58 TED est une association à but non lucratif consacrée à « la propaga-tion des idées ». Il a débuté (en 1984) par une simple conférence ras-semblant des personnes de trois secteurs: la technologie, ledivertissement et le design. Depuis lors, sa portée s’est étendue. TED,c’est deux conférences annuelles mais aussi le site de vidéo TEDTalks,le projet de traduction des Conversations TED, la source dʹinspiration« Fellows TED » et les programmes TEDx (représentation de toutes lescommunautés et organisation à travers le monde), et le rapport annuelde « TED Prize ».59 Groupes d’hôtels acquis cf Annexe 1
  14. 14. 50mouvoir sa « marque », il utilise un autre levier bien con-nu du marketing : les égéries.Les égéries du Qatar sont bien évidemment complé-mentaires avec les autres leviers évoqués. Elles sont lesambassadrices de la marque qatarie. Elle le représentedirectement ou indirectement. Outre la présence de per-sonnalités autochtones qui symbolisent l’Émirat, ce der-nier a une capacité financière qui lui permet de se faireégalement représenter par d’autres.Parmi ses égéries, on compte bien sûr les figures di-plomatiques que nous avons évoquées précédemment enla personne de l’Émir et de Mozah Bint Nasser AlMissned. Si le premier incarne le pouvoir qatari dans sonessence la plus diplomatique du terme, la première dameofficielle affiche son élégance et sa beauté ainsi que lesvaleurs « féminines » du Qatar. Elle est d’ailleurs àl’origine des investissements concernant les marques deluxe à l’image du Qatar luxury group60 mais aussi duprogramme sur l’éducation. Ce qui frappe égalementdans les égéries diplomatiques c’est le décalage qui existeentre le faste représenté par l’Émir et la première dame60 Le Qatar luxury group est une société basée à Doha. Elle a été lancéeen 2012 par l’épouse de l’Emir. Ce groupe est dirigé par Grégory Couil-lard, un ancien frenchy de LVMH qui encadre une équipe composée de14 nationalité différentes (belge, chilien, américain...) Il est actif princi-palement dans le secteur de la mode. Le group a d’ailleurs lancé uneOPA sur LE TANNEUR, la marque de maroquinerie, propriétéd’Hervé Descottes. Il détiendrait à ce jour environ 86 % du capital dumaroquinier français. Qatar luxury groupe explore en parallèled’autres possibilités dʹacquisition ou de création de marques en gar-dant cependant à l’esprit les valeurs de l’excellence et de la confectiondes produits de A à Z au Qatar (design, prototype, fabrication).
  15. 15. 51face au style du premier ministre61 très traditionnel etconservateur. Ce triumvirat constitue à lui seul le reflet duQatar à l’extérieur.Parmi les égéries aux missions très particulières, onpeut compter Al-Qardaoui62 un personnage extrêmementmédiatisé de par sa notoriété et son autorité spirituelle surle Monde arabo-musulman. Il faut noter qu’il est membrede la Confrérie des frères musulmans et président del’Union internationale des savants musulmans. Dans lecadre de ses prestations, il apparaît en compagnie desémirs et est diffusé sur Al-Jazeera à une heure de trèsforte audience63. Son émission est un élément incontour-nable de la chaîne depuis des années.Mais le pouvoir financier actuel de l’Émirat lui permetde se payer d’autres figures qui le représentent notam-ment pour des événements singuliers. C’est le cas de Zi-nedine Zidane que le Qatar a désigné commeambassadeur auprès de la FIFA pour soutenir la candida-ture qatarie pour le Mondial 2022. Certaines personnalitésdu monde du sport qatari devenues multimilliardairespar la suite ont racheté des clubs de foot et constituentune allégorie. Ils deviennent des égéries qui projettentl’image de la puissance qatarie à travers le monde.61 Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani, membre de la famille princièredu Qatar, ministre des Affaires étrangères depuis 1992 et Premier mi-nistre depuis le 3 avril 2007.62 Youssef al-Qardaoui ou Yûsuf Al-Qaradâwî est un religieux musul-man sunnite dʹorigine égyptienne.63 Hebdomadaire le vendredi à 20h00.
  16. 16. 52Les moyens diplomatiquesComme nous l’avons signalé auparavant, le Qatar faitpartie de nombreuses institutions locales et internatio-nales. Nous allons développer de manière plus exhaustivela liste et le rôle du Qatar au sein de ces organisations, quilui procurent une intelligence économique hyperactive.Cette dernière consiste principalement à acquérir delʹinformation stratégique et pertinente, tout en propageantdes messages ou des normes de comportement et dʹinter-prétation qui favorisent sa politique.Les organismes politiquesLa Ligue arabe, officiellement la Ligue des Étatsarabes, est une organisation régionale à statutd’observateur auprès de lʹOrganisation des Nations-Unies. Elle fut fondée le 22 mars 1945 au Caire par septpays et compte aujourdʹhui vingt-deux États membres.Lʹorganisation repose sur quatre organismes principaux :le Sommet des chefs dʹÉtat, le Conseil des ministres, lesComités permanents et le Secrétariat général dirigé parQatar
  17. 17. 53Nabil Al-Arabi64. Le Qatar a rejoint la Ligue arabe en 1971,année de son indépendance vis-à-vis des Britanniques. Ilest à préciser que dès la Seconde Guerre mondiale, lesBritanniques ont émis l’idée d’une fédération des Étatsarabes cherchant à gagner leur sympathie. Ses alliés ten-tent alors de mettre sur pied un État unifié du « Croissantfertile »65 mais l’Égypte, opposée à cette initiative, proposeun contre-projet qui a abouti à la réunion d’Alexandrie.C’est donc les mêmes Britanniques qui contrôlaient le Qa-tar à l’époque qui sont à l’origine de l’idée.Le Conseil de Coopération des États arabes du Golfeou Conseil de Coopération du Golfe (CCG) est une orga-nisation régionale regroupant au départ six pétromonar-chies arabes et musulmanes du golfe Persique : lʹArabiesaoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabesunis et le Qatar. Ce dernier a participé à la fondation decette organisation en 1981 et a assuré le fonctionnementdu secrétariat général du 2 avril 2002 au 31 mars 2011. Letournant de cette période correspond bien sûr à la guerreen Irak initiée par le Président américain de l’époque, G.W . Bush . Ce n’est qu’en 2007 que les accords concernantla mise en place de la base américaine au Qatar ont étésignés, mais il n’échappera pas que le petit Émirat a eu lapossibilité d’influer de manière plus importante à cettepériode sur la politique américaine dans la région.LʹOrganisation des Nations Unies (ONU) est une orga-nisation internationale regroupant, à quelques exceptionsprès, tous les États de la planète. Distincte des États qui lacomposent, l’organisation a pour finalité la paix interna-tionale. Ses objectifs sont de faciliter la coopération dans64 Depuis 201165 Palestine et Syrie en plus de leur Etat
  18. 18. 54les domaines du droit international, de la sécurité interna-tionale, du développement économique, du progrès so-cial, des Droits de l’Homme et la réalisation à terme de lapaix mondiale. L’ONU fut fondée en 1945 après la Se-conde Guerre mondiale pour remplacer la Société desNations, arrêter les guerres entre pays et de fournir uneplate-forme de dialogue. Elle contient plusieurs orga-nismes annexes pour mener à bien ses missions dontl’OMC sur lequel nous reviendrons. Le Qatar devientmembre des Nations Unies en 197166. Il a fait partie en2006 et 2007 des membres non-permanents du Conseil deSécurité. L’Émirat s’est illustré récemment par ses posi-tions sur le conflit syrien et a proposé aux Nations Uniesde laisser la gestion de ce conflit aux pays arabes.Les organismes économiquesLa mission de lʹOrganisation des Pays Exportateurs dePétrole (OPEP) est de coordonner et dʹunifier les poli-tiques pétrolières de ses pays membres et dʹassurer lastabilisation des marchés pétroliers afin dʹassurer un ap-provisionnement efficace, économique et régulier du pé-trole pour les consommateurs, un revenu stable auxproducteurs et un juste retour sur le capital pour ceux quiinvestissent dans lʹindustrie pétrolière. Elle a été fondée àBagdad, en Irak, avec la signature dʹun accord en sep-tembre 1960 par cinq pays, à savoir lʹIran, lʹIrak, le Ko-weït, lʹArabie Saoudite et le Venezuela. Le Qatar a rejointcette organisation un an plus tard.LʹOrganisation Mondiale du Commerce (OMC) est uneorganisation internationale qui sʹoccupe des règles régis-66 La même année de son indépendance et en même temps que sonintégration à la Ligue Arabe.
  19. 19. 55sant le commerce international entre les pays. Au cœur delʹorganisation se trouvent les accords de lʹOMC, négociéset signés en avril 1994 à Marrakech par la plus grandepartie des puissances commerciales du monde et ratifiéspar leurs assemblées parlementaires. LʹOMC a pour butprincipal de favoriser lʹouverture commerciale. Pour cela,elle tâche de réduire les obstacles au libre-échange, dʹai-der les gouvernements à régler leurs différends commer-ciaux et dʹassister les exportateurs, les importateurs, et lesproducteurs de marchandises et de services dans leursactivités. Le Qatar a rejoint l’OMC depuis le 13 janvier1996.En 2001, le cycle de négociation mené par lʹOMC est leCycle de Doha. Ce programme prévoit des négociationssur lʹamélioration de lʹaccès aux marchés et sur diversautres défis à relever pour le système commercial. Suiteau désaccord permanent et insoluble entre les différentsÉtats, notamment sur la libéralisation de lʹagriculture. Lecycle de Doha a été considéré, en juillet 2006, comme unéchec67 par Pascal Lamy, directeur-général de lʹOMC.Ainsi, on observe que le Qatar a réussi à intégrer et àfaire entendre sa voix dans les différentes institutions lo-cales et internationales. Mais plus que sa présence, c’est letissage de ce réseau qui lui permet d’organiser la collected’informations et d’utiliser tous les outils de l’intelligenceéconomique. Son jeu dans les grandes affaires internatio-nales montre bien comme il est capable non seulementd’accéder aux données majeures, mais également qu’ilpossède une intelligence relationnelle remarquable. Enmême temps, la diplomatie qatarie se déploie à travers67 Le 28 juillet 2006, les négociations ont été officiellement suspendues.
  20. 20. 56son « art de la médiation ». Cette action est possible enraison de sa volonté de créer une ʺbranding diplomacyʺafin de se différencier dans sa propre région et auprès decontrées plus éloignées.L’Émirat a été remarqué ces dernières années par sonaptitude à jouer un rôle de premier plan dans un certainnombre de négociations et intercessions. Il s’inquiète toutparticulièrement de la dégradation de la situation sécuri-taire dans le sud du Yémen. S’agissant des tensions dansle Nord, Doha, qui avait effectué une précédente média-tion en 2008, a accueilli durant l’été 2010 des négociationsentre le gouvernement yéménite et les rebelles houthistes.Ces dernières ont abouti à l’adoption d’un calendrier rela-tif à la mise en œuvre par les deux parties du plan de sor-tie de crise proposé par le Qatar en 2008 (jusqu’alorsjamais appliqué). Un comité qatari de médiation a étéinstallé à Sanaa en octobre 2010.La politique étrangère d’Hamad ben Khalifa a active-ment soutenu le règlement du conflit libanais à l’été 2006ainsi que la reconstruction économique du pays du cèdre.L’accord interlibanais de Doha, signé le 21 mai 2008 entreles différentes parties libanaises sous l’égide du Premierministre qatari, a constitué un succès indéniable pour ladiplomatie qatarie en permettant d’envisager une issue àla grave crise politique que connaissait le Liban. Une mé-diation turco-qatarie n’est pas parvenue début 2011 à re-nouer les liens entre les différentes parties libanaises suiteà l’éviction de Rafic Hariri du poste de Premier ministre,dans le contexte des tensions sur le Tribunal Spécial pourle Liban.Le Qatar s’est très souvent penché sur le terrain duconflit israélo-palestinien. S’efforçant ainsi d’entretenir le
  21. 21. 57dialogue avec l’ensemble des belligérants, sans distinc-tion : toutes les factions palestiniennes ont emprunté lechemin de Doha, où se sont également rendus des res-ponsables israéliens68. Un bureau commercial de lʹÉtathébreu a notamment été ouvert dans l’Émirat en 199669.Le positionnement du Qatar dans le dossier s’était toute-fois modifié lors du conflit de Gaza fin 2008. Les relationsavec Israël de même qu’avec l’Autorité palestiniennes’étaient alors brusquement dégradées notamment à lasuite de la convocation par Doha d’une réunion, en pré-sence du Président iranien, du Hamas et en l’absenced’Abou Mazen. En dépit de la ferme condamnation parl’Emir de l’assaut de la «flottille pour Gaza » par l’arméeisraélienne en mai 2010, Doha semble aujourd’hui revenuà une position plus pragmatique70. Un nouveau froid esttoutefois intervenu début 2011 dans la relation du Qataravec l’Autorité palestinienne suite à la divulgation par AlJazzera de documents diplomatiques laissant entendreque l’Autorité palestinienne était prête à d’importantesconcessions dans le cadre des négociations sur le proces-sus de paix. Le Qatar qui devait accueillir le 2 février 2011la Conférence internationale « Al Qods » de soutien à Jé-rusalem a dû y renoncer dans le contexte des troublessurvenus dans le monde arabe.68 Notamment Shimon Peres, en janvier 2007, et Tzipi Livni, en avril200869 Le Qatar a été le seul pays de la région avec Oman à accueillir unereprésentation israélienne de ce type.70 Soutien à la décision prise lors du Sommet de la Ligue arabe à Syrteen octobre 2010 de donner un mois supplémentaire aux Etats-Unispour obtenir d’Israël une prolongation du moratoire sur la colonisationen Cisjordanie, rapprochement avec l’Autorité palestinienne
  22. 22. 58Au-delà de ses conflits limitrophes, l’appareil diploma-tique du cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, se déploieégalement dans l’entremise en Afrique. Sur ce continent, ilmène depuis septembre 2008 une médiation au Soudanentre le gouvernement soudanais et deux mouvementsd’opposition (MLS et MJE) pour relancer le processuspolitique au Darfour, avec le soutien du gouvernementfrançais71. Deux accords signés début 2010 avec des mou-vements rebelles encouragent les qataris à poursuivre cetravail. Le Qatar a par ailleurs accueilli en mars 2010 uneconférence de la Ligue arabe sur le développement desComores à l’issue de laquelle 540 millions de dollars USDont été promis pour l’aide au développement de ce pays.Enfin, l’Érythrée et Djibouti ont demandé en juin 2010 àDoha d’effectuer une médiation s’agissant du conflit fron-talier les opposant.Le rôle de médiateur du Qatar n’est pas un succès sys-tématique pour les bénéficiaires de ses services. Il en ré-sulte beaucoup plus des retombées médiatiques au profitde l’Émirat. Nous sommes face à une diplomatie de con-tenance, qui a des impératifs de communication avanttout. En outre, l’action diplomatique qatarie s’appuie éga-lement sur un sens de ʺlʹopportunisme savantʺ qui lui estbien particulier. Le Qatar a la singularité de développerun tact qui consiste à tirer le meilleur parti des circons-tances et du contexte. Cette approche des relations inter-nationales s’est notamment fait sentir à travers son rôleinattendu durant le printemps arabe qui a faire ressortirun penchant à lʹingérence musclée.71Envoyé spécial à Doha d’un représentant du gouvernement français
  23. 23. 59L’élément le plus significatif est son implication en« force » dans la crise libyenne. Après avoir obtenu de laLigue arabe quʹelle apporte sa caution décisive du pointde vue des Occidentaux à lʹintervention contre le régimede Kadhafi, lʹÉmirat participe directement aux opérations.Avec quelques avions, mais surtout en fournissant auxcombattants libyens de lʹargent, qui servira à retourner lestribus, des armes et des instructeurs. Pour ce qui est de laSyrie, le Qatar a agi au sein de la Ligue arabe pour qu’ellemontre la plus grande fermeté, d’ailleurs son ministre desAffaires étrangères a eu un rôle moteur dans le durcisse-ment de la position de l’organisation pan-arabique.D’autre part, le pays s’est engagé à promouvoir des sanc-tions et une présence d’observateurs arabes sur le sol sy-rien, considérant aussi que l’urgence humanitaire est telleque la Charte des Nations-Unies autorise l’action par tousles moyens disponibles. Ainsi, dans la mesure où denombreux défecteurs du régime syrien trouvent exil ausein de la demeure du cheikh Hamad ben Khalifa Al Tha-ni, le Qatar conforte son action et surtout son rôle d’acteurincontournable dans ce dossier.Un autre fait à citer dans ce registre est l’interaction in-tensive avec la France et la Francophonie. Avec l’hexagonel’Émirat axe sur deux pivots : lancement d’un fondsdʹinvestissement destiné à des entrepreneurs de banlieue,dʹun montant de 150 millions dʹeuro et la création pro-chaine dʹun autre fonds dʹun montant beaucoup plus éle-vé, soit dix milliards dʹeuros pour renforcer lesinvestissements du Qatar dans les sociétés françaises. Enoutre, il y a son entrée en diligence et assez inattendue en2012 au sein lʹOrganisation Internationale de la Franco-phonie, en tant quʹʺÉtat associéʺ sans passer par l’étape demembre observateur. De la constatation de ces faits con-
  24. 24. 60comitants, on a noté l’émergence d’une polémique relativeà la légitimité du Qatar, un pays non-francophone, à en-trer dans lʹOIF, mais également sur lʹambition de ce paysà développer davantage son influence en Afrique delʹOuest une région francophone et musulmane (tradition-nellement sous influence française) ou encore ses ʺpoten-tiellesʺ arrières pensées auprès de la forte communautémaghrébine en France.Enfin cet « opportunisme savant » peut être appréciésous la forme d’initiatives à contre-courant. À titred’exemple, le Qatar joue un rôle de curateur auprès demouvements qualifiés d’islamistes : il a permis aux tali-bans d’ouvrir une représentation à Doha, ce qui lui offrela possibilité d’avoir une main mise sur leurs mouvementset orientations. Le Hamas est également présent dans lacapitale qatarie et l’Émir est le seul dirigeant au monde àavoir une représentation diplomatique sur la Bande deGaza. D’ailleurs il s’y est rendu en novembre 2012 pourune visite officielle.La diplomatie qatarie est ainsi créative, parfois fron-tale, se voulant utile pour les puissances traditionnelles, etmettant surtout ce déploiement international aux servicesde ses alliés et de la promotion de son image.

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