Jeudi 8 octobre
L’entrepreneuriat journalistique : entre
créativité et innovation professionnelle.
Patrick Séverin, Journa...
Liege Creative, en partenariat avec :
L’entrepreneuriat journalistique
@SEVERIN_Patrick
L’entrepreneuriat journalistique
@SEVERIN_Patrick
artisanat
Au programme
• Comment je suis passé de
journaliste à « entrepreneur »
<parcours>

• Pourquoi l’entrepreneuriat
journalist...
<parcours>
Vers l’Avenir
• Journaliste assistant de
rédaction

• Journaliste au National à Namur,
puis en Local à Liège puis Huy
Ma punchline Depuis 2007
ASBL
L E D O C U M E N T A I R E Q U I D É M A N G E
chômage - prof
iteurs-activation-O
NEM-exclusion-emp
loisprécaires-aliéna
...
L E D O C U M E N T A I R E Q U I D É M A N G E
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L E D O C U M E N T A I R E Q U I D É M A N G E
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loisprécaires-aliéna
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Entreprendre ?
« On ne travaille pas pour les médias,
on les devance »
« On ne se plie pas aux règles des médias,
on joue avec elles »
<contexte>
L’ère des 

médias mutants
La presse traverse une
période de trouble identitaire
• Tout le monde sait qu’Internet
a tout changé mais quoi ?

• Le mon...
Les marques et les institutions
sont devenues des médias
• Université de Liège : 

un journal, un site de
vulgarisation, u...
Nous sommes tous des
producteurs de contenus
• Démocratisation des moyens
de production

• Explosion des canaux de
diffusio...
<perspectives>
News VS Journalisme +
Documentaire Journalisme
Projet citoyen Journalisme
Militantisme Journalisme
Communication Journalisme
« Qui paie ? »
L’expérience transmédia Transgresse les frontières
L’entrepreneuriat journalistique : entre créativité et innovation professionnelle par Patrick Séverin | LIEGE CREATIVE, 08...
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L’entrepreneuriat journalistique : entre créativité et innovation professionnelle par Patrick Séverin | LIEGE CREATIVE, 08.10.15

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L’entrepreneuriat journalistique : une façon pour les journalistes de "réinventer leur métier", tant sur le fond que dans la forme ! Tel est le constat débattu, en compagnie de trois acteurs, tous rompus au journalisme ou à l’aventure entrepreneuriale. Une occasion d'évoquer également la formation des journalistes de demain.

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L’entrepreneuriat journalistique : entre créativité et innovation professionnelle par Patrick Séverin | LIEGE CREATIVE, 08.10.15

  1. 1. Jeudi 8 octobre L’entrepreneuriat journalistique : entre créativité et innovation professionnelle. Patrick Séverin, Journaliste | Instants Productions David Leloup, Journaliste | Médor Damien VanAchter, Mediacker, Journaliste entrepreneur | IHECS
  2. 2. Liege Creative, en partenariat avec :
  3. 3. L’entrepreneuriat journalistique @SEVERIN_Patrick
  4. 4. L’entrepreneuriat journalistique @SEVERIN_Patrick artisanat
  5. 5. Au programme • Comment je suis passé de journaliste à « entrepreneur » <parcours> • Pourquoi l’entrepreneuriat journalistique est inévitable
 <contexte> • Quel impact sur le métier de journaliste ?
 <perspectives>
  6. 6. <parcours>
  7. 7. Vers l’Avenir • Journaliste assistant de rédaction • Journaliste au National à Namur, puis en Local à Liège puis Huy
  8. 8. Ma punchline Depuis 2007
  9. 9. ASBL
  10. 10. L E D O C U M E N T A I R E Q U I D É M A N G E chômage - prof iteurs-activation-O NEM-exclusion-emp loisprécaires-aliéna tion - Un film de Patrick Séverin — www. stop632 .be Éditeurresponsable:InstantsProductionsasbl,38,chausséedesPrés-B-4020Liège/Designbywww.washingmachine.be UN DOCUMENTAIRE TRANSMÉDIA SUR LA MENDICITÉ WWW.SALAUDSDEPAUVRES.BE Avec le soutien de la Région de Bruxelles-Capitale, du Fonds pour le Journalisme et de la Fédération Wallonie-Bruxelles Editeur responsable : Nicolas De Kuyssche - rue Fernand Bernier 40, 1060 BXL Photos : Michaël De Plaen - Design : gaellegrisard (c) LES EDITIONS DE L’AVENIR S.A. CE JOURNAL EST PROTEGE PAR LE DROIT D’AUTEUR. LA REPRODUCTION DE TOUT ELEMENT (TEXTE, PHOTO, INFOGRAPHIE), PAR QUELQUE MOYEN QUE CE SOIT, EST SOUMISE A AUTORISATION. TEL : +32 81/248.801 FAX : +32 81/222.840 vents migratoires ont tourné 25 000 C’est l’estimation la plus haute du nombre de Rwandais d’origine qui vivraient en Belgique. L ’ «UTC», Union trade cen- ter, symbole de la croissance «à l’occidentale» de Kigali. Dans les étages de ce vaste cen- tre commercial, le bureau de Pierre Kalinganire. Il y a deux ans, ce jeune homme ambitieux était encore en Belgique à se dé- mener pour trouver un emploi. «Quand j’arrivais dans les agen- ces d’intérim, on me demandait si je cherchais une place d’ouvrier, se souvient-il. J’essayais alors d’ex- pliquer que j’étais ingénieur indus- triel mais les gens avaient manifes- tement du mal à y croire. C’était plutôt choquant.» Aujourd’hui, il est employé par un grand groupe rwandais qui n’hésite pas à lui confier des responsabilités. Pour son projet actuel, c’est un budget de deux millions d’euros qu’il a dû gérer. «En Europe, ça ne serait jamais arrivé. Quand je vois que mes an- ciens camarades de classes font tou- jours du helpdesk ou du monito- ring dans les sociétés qui les ont en- gagés, je me dis que j’ai vraiment fait le bon choix en décidant de reve- nir au Rwanda.» Ces opportunités de grimper les échelons sociaux, ils sont nombreux à les saisir. Armée d’un lourd bagage universitaire, Dalida ne parvenait pas à trou- ver un emploi intéressant chez nous. «Tout ce qu’on m’avait proposé, c’était de faire du secrétariat pour un marchand de yoghourt.» Fatiguée de chercher, elle dé- cida d’aller tenter sa chance au Rwanda en 2007. Quelques mois plus tard, elle décrochait de hau- tes responsabilités dans l’une des plus grosses boîtes du pays. «Je sais très bien que le poste que j’occupe aujourd’hui, je n’aurais ja- mais pu y prétendre en Belgique avant d’avoir 45 ou 50 ans. Et en- core, à condition d’avoir de la chan- ce…» Ces Belges qui reviennent au Rwanda ne sont donc pas seule- ment animés par de nobles in- tentions humanitaires. C’est aussi une question de développe- ment personnel. « Quand on entend parler de l’Afrique, c’est toujours dans des termes exotiques ou dramatiques, regrette Dalida. Je trouve ça dom- mage. Il faudrait dire aux gens qu’ici, il se passe aussi des choses normales. L’Afrique est un conti- nent comme les autres et il est possi- ble d’y bâtir une carrière aussi inté- ressante qu’en Europe.» Ce n’est pas Pierre qui la contredira : «D’ailleurs, dans les pays occidentaux, on ne sait plus créer un business parce que tout existe déjà. On ne peut que se cou- ler dans le moule. Au Rwanda, tout est neuf. Tout est à faire. Et peut-être que dans 20 ans, avec le recul, on pourra se dire “Eh oui, j’ai participé à ça.”» ■ Marie-Laurence est la fille aînée de Joseph et Jeanne. Elle avait deux ans quand ses parents ont quitté le Rwanda pour la Belgique. Pourtant, quand son père a émis l’envie de rentrer au bercail, elle fut sa plus fervente supportrice. «J’ai dû rester pour poursuivre mes études, explique la jeune Bruxelloise. Mais je regrettais vraiment de ne pas pouvoir les accompagner à Kigali.» Ses études terminées, elle cherchera d’abord du travail en Belgique «parce que quitte à galérer, je préfère que ce soit en Belgique plutôt qu’au Rwanda». Mais à long terme, il n’y a aucun doute dans son esprit : «Je veux retourner en Afrique. Là-bas, même si je ne connais pas la langue et que parfois on m’y considère un peu comme une «blanche», je me sens chez moi. C’est un peu bizarre parce que je n’ai finalement connu que la Belgique dans ma vie.» Le besoin d’un retour aux sources joue évidemment un rôle dans cette envie mais ce n’est pas l’unique raison. «Beaucoup de jeunes veulent aller travailler en Afrique, sur ce continent qu’on dit à la dérive. Je crois qu’on est nombreux dans ma génération à se dire “Est-ce qu’on ne pourrait pas faire quelque chose pour changer ça?”» Le génocide, elle était trop jeune pour comprendre ce qui se passait. Mais ses parents ont pris le temps de lui expliquer en détail les tristes événements de 94. Ce qui ne l’empêche pas de rester lucide. «Je ne peux pas me comparer à ceux qui ont vécu ça. Ceux qui n’étaient pas là ne pourront jamais comprendre ce qu’il s’y est vraiment passé. Je ne veux même pas essayer. Ça reste inaccessible. Comme ces gens qui pardonnent… J’ai des cousins qui vont en prison apporter à manger aux meur- triers de la famille. Cette force quasi surhumaine me dépasse complètement…» Aujourd’hui, Kigali est un vaste chantier où les buildings poussent à chaque coin de rue. ©PIERRE ET DALIDA© «En Belgique, ce poste, on ne l’aurait pas eu» Mille collines d’Afrique Le Rwanda est un petit pays d’Afrique centrale coincé entre la RD Congo, le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda, d’une superficie totale un peu inférieure à celle de la Belgique. De par sa topographie accidentée, il a hérité du surnom de «Pays des mille collines». Depuis 2007, il est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est et a intégré le Commonwealth fin 2009. La marque belge À la suite du démembrement de l’empire colonial allemand après la Première Guerre mondiale, entre 1916 et 1962, le Ruanda-Urundi (territoire constitué des Rwanda et Burundi actuels) fut administré par la Belgique sous mandat des Nations Unies. Sans être une colonie comme l’était le Congo belge, le pays sera fortement marqué par l’empreinte belge. Tristement célèbre Si aujourd’hui tout le monde connaît le Rwanda, c’est parce qu’il fut le théâtre du dernier génocide du XXe siècle. Entre le 6 avril et le 4 juillet 1994, environ un million de Rwandais identifiés comme de l’ethnie tutsi ou opposants au régime en place dominé par l’ethnie hutu ont été massacrés, le plus souvent à l’arme blanche. Faisant suite à un conflit armé entre les forces gouvernementales et le Front Patriotique Rwandais mené par le général Paul Kagame, le génocide a relancé cette guerre qui a vu la victoire du FPR, au pouvoir depuis lors. Les meurtriers conflits au Kivu de ces quinze dernières années sont des conséquences directes du génocide. Présidentielles en 2010 Depuis 2000, le Rwanda est présidé par Paul Kagame, l’homme fort qui a inscrit le pays sur la voie d’un développement intensif. Adulé par les uns, accablé par les autres, le président se soumettra au suffrage à l’automne prochain pour ce qui devrait être son deuxième et dernier mandat. © © er jouer un 1er rôle chez soi» L’UTC, au cœur de Kigali, symbolise à lui seul le nouvel essor de la capitale rwandaise. VIDEO / Kigali, la Singapour africaine? Ce serait pour... 2020. Marie-Laurence : «Un jour, j’y retournerai» REPÈRES 11SAMEDI 9 JANVIER 2010 (c) LES EDITIONS DE L’AVENIR S.A. CE JOURNAL EST PROTEGE PAR LE DROIT D’AUTEUR. LA REPRODUCTION DE TOUT ELEMENT (TEXTE, PHOTO, INFOGRAPHIE), PAR QUELQUE MOYEN QUE CE SOIT, EST SOUMISE A AUTORISATION. TEL : +32 81/248.801 FAX : +32 81/222.840 b À Kigali, Patrick SÉVERIN I ls sont Belges. Citoyens à part entière. Certains ont même vécu plus longtemps en Europe que dans leur pays d’origine. Ils ont un chez-soi, un travail, une fa- mille, parfois, qu’ils ont fondée ici. Et pourtant, alors qu’on ne compte plus les canots remplis d’Africains s’échouant sur les pla- ges espagnoles pour fuir ce conti- nent qu’on dit maudit, eux, ils ont décidé de faire le voyage inverse. De rentrer au Rwanda, au cœur de l’Afrique, sur les lieux même du gé- nocide qu’ils ont fui en 1994. «Eux», ils sont nombreux. Très nombreux. Cela en fait un phéno- mène sociologique peu courant. «Je crois qu’il s’agit d’un processus assez unique, explique de Dr Joseph Mucumbitsi. Dans la majorité des cas, on rencontre des modèles de dias- pora où les gens s’exilent, se fixent à l’étranger, s’y développent et organi- sent un flux de devises vers leur pays d’origine. Mais je ne suis pas vrai- ment surpris de voir que le Rwanda ne suit pas ce modèle. Ce mouvement inverse est rendu possible parce qu’on revient ici dans un pays qui a une vi- sion, une volonté politique, qui assure la sécurité et qui est prêt à financer des projets.» Quelques gorilles, un beau pays, des tas de citoyens Quinze ans après le génocide, le Rwanda affiche en effet une vita- lité économique plutôt rare dans la région. Celle-ci peut s’expliquer de nombreuses manières mais pour Joseph, seule compte la philo- sophie qui sous-tend l’ensemble. «Nous n’avons que peu de ressour- ces naturelles. Tout ce sur quoi on peut compter, ce sont quelques gorilles dans les montagnes, un beau pays et un tas de citoyens. Donc, il faut inves- tir dans les gens! Cet espoir de déve- lopper le Rwanda d’ici 2020, on peut le trouver irréaliste. Je crois pourtant que c’est là que réside la clé de notre succès : la possibilité de rêver et de se dire qu’on va y arriver. On ne sait pas très bien comment. On ne sait pas d’où viendra l’argent. Mais ça, comme le dit notre président, c’est une question de second plan.» Bruxelles, une ville rwandaise Le Rwanda compte à tel point sur sa diaspora qu’il a créé une institu- tion pour faciliter sa participation au développement. «Nous considérons d’ailleurs Bruxel- les comme une ville rwandaise, expli- que Robert Masozera, directeur gé- néral de la cellule diaspora. D’après les estimations, il y aurait en- tre 15000 et 25000 ressortissants rwandais en Belgique. Cette popula- tion recèle une grande potentialité pour notre pays.» Mais toute la diaspora n’est pas favorable au régime en place. Loin de là. «Tout le monde est le bienvenu, souligne pourtant M. Masozera. Nous devons être inclusifs sous peine de répéter les erreurs du passé. Les Rwandais, c’est notre pétrole, notre ri- chesse. Nous ne pouvons pas nous en passer. Si les membres hostiles de la diaspora reviennent, on leur mon- trera que notre projet n’est pas si mal.» Avant de conclure avec une éton- nante franchise. «Ce sera aussi plus facile pour les contrôler. Ils sont plus dangereux de l’extérieur que de l’inté- rieur.» ■ Rwanda : les À bord de sa grosse voiture, Joseph commente le pay- sage qui défile sous nos yeux. «Encore un nouveau buil- ding!, s’étonne le médecin. Tous les jours, on commence une nou- velle construction à Kigali. On dit que les Belges ont une brique dans le ventre mais depuis quelques an- nées, les Rwandais rivalisent vrai- ment.» Accompagné de Jeanne, sa femme, et de leur premier bébé, Joseph est arrivé en Belgique en 1988 pour une spécialisation en pédiatrie. Dix-sept ans et deux autres enfants plus tard, la fa- mille Mucumbitsi a fait le che- min inverse. «Au début, la vie à Bruxelles était très difficile et nous avions prévu de rentrer au terme de ma formation. Heureusement, mon épouse était enceinte à cette époque et on a retardé cette éta- pe…» «Heureusement», car peu de temps après, le génocide devait ravager le Rwanda. D’étudiant, Joseph est devenu réfugié. Puis il a obtenu la nationalité belge. Les années ont passé, les en- fants ont grandi et un certain confort de vie s’est installé. Mal- gré ça, en 2005, Joseph décide d’embarquer toute la famille pour Kigali. «Ce fut une décision très difficile à prendre, se souvient-il. Mais comme je n’avais reçu une bourse que pour venir étudier en Belgique, je sentais comme une dette morale envers mon pays. Et puis, il y avait cette envie de venir créer quelque chose ici. Quand on voit le pas de géant accompli en dix, quinze ans seulement, on veut nous aussi prendre part à cet effort pour le développement.» Depuis son retour, il apporte son expérience occidentale et travaille activement à moderniser le sys- tème de santé national. Depuis 2006, on parvient d’ailleurs à faire de la chirurgie à cœur ouvert au Rwanda. C’était impensable avant. L’une des fiertés de Joseph. «En Belgique, même très bien inté- gré, je resterai toujours un étranger. Je sais que je ne pourrai jamais y bri- guer une bonne place dans un hôpital universitaire. C’est aussi pourquoi, à un moment donné, on en vient à se de- mander s’il ne vaut pas mieux aller jouer un premier rôle chez soi.» Revenir vivre dans une ville où une partie de sa famille a péri dans un contexte atroce n’est tou- tefois pas une expérience com- mune. «Au début, je n’avais pas envie de revenir. Parce que croire que le géno- cide ne recommencera jamais, c’est très dur. Je l’espère mais je ne peux pas l’affirmer. J’ai traversé les violen- ces de 59, de 63 et de 73 et, avant 94, j’ai connu des périodes plus pacifi- ques qu’aujourd’hui, où on pensait qu’on était tous Rwandais, sans dis- tinction… Et malgré cela, il y a eu le génocide.» ■ L’INFO MONDE PatS. «R wanda, Vision 2020 : l’immigration à l’en- vers»… Une série de reportages menés par Frédé- ric Moray (Bel RTL) et Patrick Séverin (free-lance pour les Éditions de l’Avenir) en colla- boration avec la Fondation Roi Baudouin. Trois vendredis, et trois same- dis, pour tenter de comprendre pourquoi tant de Belges d’ori- gine rwandaise décident aujourd’hui de rentrer au pays; un plongeon au cœur d’une so- ciété complexe et en pleine mu- tation. Prochaine thématique : «Rwanda, la face sombre du dé- veloppement». Une émission à écouter le vendredi 22 janvier, de 19 à 20 h, dans L’Essentiel, sur Bel RTL; des reportages à lire le samedi 23 janvier dans les quotidiens L’Avenir, Le Jour, Le Courrier. ■ «L’Afrique est un continent comme les autres. Il est possible d’y bâtir une carrière aussi intéressante qu’en Europe» Dalida Prochains rendez-vous : vendredi 22 et samedi 23 janvier H UMEUR Entre doutes et silence, une société insaisissable © © Ce soir, de cette terrasse, Kigali s’étend sous nos pieds comme une sombre mare où scintillent quelques milliers de lucioles dispersées. C’est mon amie qui a choisi le restaurant. Elle est Belge. Mais d’abord, elle est Rwandaise. Elle a quitté le pays en 94, elle a décidé d’y rentrer en 2007. Suivant les circonstances et le jour où je la rencontre, je peux la trouver complètement occidentale ou très africaine. Je commande un steak frites. J’ai besoin de me raccrocher à une valeur sûre. Cela fait deux semaines que j’essaie de saisir l’essence de cette société rwandaise et je me sens complètement déboussolé. Mon second reportage sur le terrain touche à sa fin, alors je m’ouvre à cette amie. Elle a une formation en journalisme, peut-être pourra-t-elle me rassurer. «Tu sais, j’ai l’impression que plus j’apprends à connaître ton pays et ta culture, moins je les comprends.» Sa réponse est plus pertinente que tout ce que j’ai entendu jusque-là au cours de mon périple : «Si tu as compris que tu ne comprends rien au Rwanda, c’est que tu commences seulement à le comprendre.» Au Rwanda, tout est exacerbé, tout est complexifié. Le discours modéré, balancé est rare. Et pour cause : chaque prise de position, ici, renvoie d’une manière ou d’une autre au million de victimes de 1994 et aux innombrables qui ont péri dans la décennie qui a suivi. Cela dramatise tout. Cela fige les opinions. Tout est noir ou tout est blanc. Pour les uns, par exemple, le président Kagame est un héros et un visionnaire. Pour les autres, il est un dictateur à peine déguisé qui mériterait le titre de plus grands criminels de guerre encore au pouvoir. Et ce qui complique encore un peu plus les choses, c’est cette loi du silence qui règne partout. Les Rwandais parlent peu. Pas de ça, en tout cas… Par principe et parce que je ne comprends pas le Rwanda, je ne veux être ni blanc, ni noir. Et pour ne pas être gris et sans saveur, il ne me reste que deux options : renoncer à écrire ou tenter de partager cette complexité à travers cette série. Mon steak arrive. C’est de la semelle. Décidément, rien n’est simple dans ce pays. ©APRÈS 17 ANS EN BELGIQUE © Joseph Mucumbitsi, pédiatre : «Repartir, pour all «Les Rwandais, c’est notre pétrole. Nous ne pouvons pas nous en passer.» PatS. par Patrick SÉVERIN Développer le système de santé au Rwanda : pour Joseph Mucumbitsi, un défi excitant. Fuir le marasme économique pour trouver l’eldorado au Rwanda... Citoyens belges à part entière, ils sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure. 10 SAMEDI 9 JANVIER 2010 • Documentaires : Des Cendres dans la Tête • Grands reportages : Rwanda, Territoires occupés palestiniens, 
 Le monde ne tourne pas Rom, Révolution de Jasmin, Ces Wallons qui
 ont combattu pour l’Allemagne • Formation pour journalistes : Take your chance, Storylab • Expériences transmédia : BENEVOLES, #SALAUDSDEPAUVRES, 
 Les Parasites • Pôle de compétences : Espace Liberté
  11. 11. L E D O C U M E N T A I R E Q U I D É M A N G E chômage - prof iteurs-activation-O NEM-exclusion-emp loisprécaires-aliéna tion - Un film de Patrick Séverin — www. stop632 .be Éditeurresponsable:InstantsProductionsasbl,38,chausséedesPrés-B-4020Liège/Designbywww.washingmachine.be UN DOCUMENTAIRE TRANSMÉDIA SUR LA MENDICITÉ WWW.SALAUDSDEPAUVRES.BE Avec le soutien de la Région de Bruxelles-Capitale, du Fonds pour le Journalisme et de la Fédération Wallonie-Bruxelles Editeur responsable : Nicolas De Kuyssche - rue Fernand Bernier 40, 1060 BXL Photos : Michaël De Plaen - Design : gaellegrisard (c) LES EDITIONS DE L’AVENIR S.A. CE JOURNAL EST PROTEGE PAR LE DROIT D’AUTEUR. LA REPRODUCTION DE TOUT ELEMENT (TEXTE, PHOTO, INFOGRAPHIE), PAR QUELQUE MOYEN QUE CE SOIT, EST SOUMISE A AUTORISATION. TEL : +32 81/248.801 FAX : +32 81/222.840 vents migratoires ont tourné 25 000 C’est l’estimation la plus haute du nombre de Rwandais d’origine qui vivraient en Belgique. L ’ «UTC», Union trade cen- ter, symbole de la croissance «à l’occidentale» de Kigali. Dans les étages de ce vaste cen- tre commercial, le bureau de Pierre Kalinganire. Il y a deux ans, ce jeune homme ambitieux était encore en Belgique à se dé- mener pour trouver un emploi. «Quand j’arrivais dans les agen- ces d’intérim, on me demandait si je cherchais une place d’ouvrier, se souvient-il. J’essayais alors d’ex- pliquer que j’étais ingénieur indus- triel mais les gens avaient manifes- tement du mal à y croire. C’était plutôt choquant.» Aujourd’hui, il est employé par un grand groupe rwandais qui n’hésite pas à lui confier des responsabilités. Pour son projet actuel, c’est un budget de deux millions d’euros qu’il a dû gérer. «En Europe, ça ne serait jamais arrivé. Quand je vois que mes an- ciens camarades de classes font tou- jours du helpdesk ou du monito- ring dans les sociétés qui les ont en- gagés, je me dis que j’ai vraiment fait le bon choix en décidant de reve- nir au Rwanda.» Ces opportunités de grimper les échelons sociaux, ils sont nombreux à les saisir. Armée d’un lourd bagage universitaire, Dalida ne parvenait pas à trou- ver un emploi intéressant chez nous. «Tout ce qu’on m’avait proposé, c’était de faire du secrétariat pour un marchand de yoghourt.» Fatiguée de chercher, elle dé- cida d’aller tenter sa chance au Rwanda en 2007. Quelques mois plus tard, elle décrochait de hau- tes responsabilités dans l’une des plus grosses boîtes du pays. «Je sais très bien que le poste que j’occupe aujourd’hui, je n’aurais ja- mais pu y prétendre en Belgique avant d’avoir 45 ou 50 ans. Et en- core, à condition d’avoir de la chan- ce…» Ces Belges qui reviennent au Rwanda ne sont donc pas seule- ment animés par de nobles in- tentions humanitaires. C’est aussi une question de développe- ment personnel. « Quand on entend parler de l’Afrique, c’est toujours dans des termes exotiques ou dramatiques, regrette Dalida. Je trouve ça dom- mage. Il faudrait dire aux gens qu’ici, il se passe aussi des choses normales. L’Afrique est un conti- nent comme les autres et il est possi- ble d’y bâtir une carrière aussi inté- ressante qu’en Europe.» Ce n’est pas Pierre qui la contredira : «D’ailleurs, dans les pays occidentaux, on ne sait plus créer un business parce que tout existe déjà. On ne peut que se cou- ler dans le moule. Au Rwanda, tout est neuf. Tout est à faire. Et peut-être que dans 20 ans, avec le recul, on pourra se dire “Eh oui, j’ai participé à ça.”» ■ Marie-Laurence est la fille aînée de Joseph et Jeanne. Elle avait deux ans quand ses parents ont quitté le Rwanda pour la Belgique. Pourtant, quand son père a émis l’envie de rentrer au bercail, elle fut sa plus fervente supportrice. «J’ai dû rester pour poursuivre mes études, explique la jeune Bruxelloise. Mais je regrettais vraiment de ne pas pouvoir les accompagner à Kigali.» Ses études terminées, elle cherchera d’abord du travail en Belgique «parce que quitte à galérer, je préfère que ce soit en Belgique plutôt qu’au Rwanda». Mais à long terme, il n’y a aucun doute dans son esprit : «Je veux retourner en Afrique. Là-bas, même si je ne connais pas la langue et que parfois on m’y considère un peu comme une «blanche», je me sens chez moi. C’est un peu bizarre parce que je n’ai finalement connu que la Belgique dans ma vie.» Le besoin d’un retour aux sources joue évidemment un rôle dans cette envie mais ce n’est pas l’unique raison. «Beaucoup de jeunes veulent aller travailler en Afrique, sur ce continent qu’on dit à la dérive. Je crois qu’on est nombreux dans ma génération à se dire “Est-ce qu’on ne pourrait pas faire quelque chose pour changer ça?”» Le génocide, elle était trop jeune pour comprendre ce qui se passait. Mais ses parents ont pris le temps de lui expliquer en détail les tristes événements de 94. Ce qui ne l’empêche pas de rester lucide. «Je ne peux pas me comparer à ceux qui ont vécu ça. Ceux qui n’étaient pas là ne pourront jamais comprendre ce qu’il s’y est vraiment passé. Je ne veux même pas essayer. Ça reste inaccessible. Comme ces gens qui pardonnent… J’ai des cousins qui vont en prison apporter à manger aux meur- triers de la famille. Cette force quasi surhumaine me dépasse complètement…» Aujourd’hui, Kigali est un vaste chantier où les buildings poussent à chaque coin de rue. ©PIERRE ET DALIDA© «En Belgique, ce poste, on ne l’aurait pas eu» Mille collines d’Afrique Le Rwanda est un petit pays d’Afrique centrale coincé entre la RD Congo, le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda, d’une superficie totale un peu inférieure à celle de la Belgique. De par sa topographie accidentée, il a hérité du surnom de «Pays des mille collines». Depuis 2007, il est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est et a intégré le Commonwealth fin 2009. La marque belge À la suite du démembrement de l’empire colonial allemand après la Première Guerre mondiale, entre 1916 et 1962, le Ruanda-Urundi (territoire constitué des Rwanda et Burundi actuels) fut administré par la Belgique sous mandat des Nations Unies. Sans être une colonie comme l’était le Congo belge, le pays sera fortement marqué par l’empreinte belge. Tristement célèbre Si aujourd’hui tout le monde connaît le Rwanda, c’est parce qu’il fut le théâtre du dernier génocide du XXe siècle. Entre le 6 avril et le 4 juillet 1994, environ un million de Rwandais identifiés comme de l’ethnie tutsi ou opposants au régime en place dominé par l’ethnie hutu ont été massacrés, le plus souvent à l’arme blanche. Faisant suite à un conflit armé entre les forces gouvernementales et le Front Patriotique Rwandais mené par le général Paul Kagame, le génocide a relancé cette guerre qui a vu la victoire du FPR, au pouvoir depuis lors. Les meurtriers conflits au Kivu de ces quinze dernières années sont des conséquences directes du génocide. Présidentielles en 2010 Depuis 2000, le Rwanda est présidé par Paul Kagame, l’homme fort qui a inscrit le pays sur la voie d’un développement intensif. Adulé par les uns, accablé par les autres, le président se soumettra au suffrage à l’automne prochain pour ce qui devrait être son deuxième et dernier mandat. © © er jouer un 1er rôle chez soi» L’UTC, au cœur de Kigali, symbolise à lui seul le nouvel essor de la capitale rwandaise. VIDEO / Kigali, la Singapour africaine? Ce serait pour... 2020. Marie-Laurence : «Un jour, j’y retournerai» REPÈRES 11SAMEDI 9 JANVIER 2010 (c) LES EDITIONS DE L’AVENIR S.A. CE JOURNAL EST PROTEGE PAR LE DROIT D’AUTEUR. LA REPRODUCTION DE TOUT ELEMENT (TEXTE, PHOTO, INFOGRAPHIE), PAR QUELQUE MOYEN QUE CE SOIT, EST SOUMISE A AUTORISATION. TEL : +32 81/248.801 FAX : +32 81/222.840 b À Kigali, Patrick SÉVERIN I ls sont Belges. Citoyens à part entière. Certains ont même vécu plus longtemps en Europe que dans leur pays d’origine. Ils ont un chez-soi, un travail, une fa- mille, parfois, qu’ils ont fondée ici. Et pourtant, alors qu’on ne compte plus les canots remplis d’Africains s’échouant sur les pla- ges espagnoles pour fuir ce conti- nent qu’on dit maudit, eux, ils ont décidé de faire le voyage inverse. De rentrer au Rwanda, au cœur de l’Afrique, sur les lieux même du gé- nocide qu’ils ont fui en 1994. «Eux», ils sont nombreux. Très nombreux. Cela en fait un phéno- mène sociologique peu courant. «Je crois qu’il s’agit d’un processus assez unique, explique de Dr Joseph Mucumbitsi. Dans la majorité des cas, on rencontre des modèles de dias- pora où les gens s’exilent, se fixent à l’étranger, s’y développent et organi- sent un flux de devises vers leur pays d’origine. Mais je ne suis pas vrai- ment surpris de voir que le Rwanda ne suit pas ce modèle. Ce mouvement inverse est rendu possible parce qu’on revient ici dans un pays qui a une vi- sion, une volonté politique, qui assure la sécurité et qui est prêt à financer des projets.» Quelques gorilles, un beau pays, des tas de citoyens Quinze ans après le génocide, le Rwanda affiche en effet une vita- lité économique plutôt rare dans la région. Celle-ci peut s’expliquer de nombreuses manières mais pour Joseph, seule compte la philo- sophie qui sous-tend l’ensemble. «Nous n’avons que peu de ressour- ces naturelles. Tout ce sur quoi on peut compter, ce sont quelques gorilles dans les montagnes, un beau pays et un tas de citoyens. Donc, il faut inves- tir dans les gens! Cet espoir de déve- lopper le Rwanda d’ici 2020, on peut le trouver irréaliste. Je crois pourtant que c’est là que réside la clé de notre succès : la possibilité de rêver et de se dire qu’on va y arriver. On ne sait pas très bien comment. On ne sait pas d’où viendra l’argent. Mais ça, comme le dit notre président, c’est une question de second plan.» Bruxelles, une ville rwandaise Le Rwanda compte à tel point sur sa diaspora qu’il a créé une institu- tion pour faciliter sa participation au développement. «Nous considérons d’ailleurs Bruxel- les comme une ville rwandaise, expli- que Robert Masozera, directeur gé- néral de la cellule diaspora. D’après les estimations, il y aurait en- tre 15000 et 25000 ressortissants rwandais en Belgique. Cette popula- tion recèle une grande potentialité pour notre pays.» Mais toute la diaspora n’est pas favorable au régime en place. Loin de là. «Tout le monde est le bienvenu, souligne pourtant M. Masozera. Nous devons être inclusifs sous peine de répéter les erreurs du passé. Les Rwandais, c’est notre pétrole, notre ri- chesse. Nous ne pouvons pas nous en passer. Si les membres hostiles de la diaspora reviennent, on leur mon- trera que notre projet n’est pas si mal.» Avant de conclure avec une éton- nante franchise. «Ce sera aussi plus facile pour les contrôler. Ils sont plus dangereux de l’extérieur que de l’inté- rieur.» ■ Rwanda : les À bord de sa grosse voiture, Joseph commente le pay- sage qui défile sous nos yeux. «Encore un nouveau buil- ding!, s’étonne le médecin. Tous les jours, on commence une nou- velle construction à Kigali. On dit que les Belges ont une brique dans le ventre mais depuis quelques an- nées, les Rwandais rivalisent vrai- ment.» Accompagné de Jeanne, sa femme, et de leur premier bébé, Joseph est arrivé en Belgique en 1988 pour une spécialisation en pédiatrie. Dix-sept ans et deux autres enfants plus tard, la fa- mille Mucumbitsi a fait le che- min inverse. «Au début, la vie à Bruxelles était très difficile et nous avions prévu de rentrer au terme de ma formation. Heureusement, mon épouse était enceinte à cette époque et on a retardé cette éta- pe…» «Heureusement», car peu de temps après, le génocide devait ravager le Rwanda. D’étudiant, Joseph est devenu réfugié. Puis il a obtenu la nationalité belge. Les années ont passé, les en- fants ont grandi et un certain confort de vie s’est installé. Mal- gré ça, en 2005, Joseph décide d’embarquer toute la famille pour Kigali. «Ce fut une décision très difficile à prendre, se souvient-il. Mais comme je n’avais reçu une bourse que pour venir étudier en Belgique, je sentais comme une dette morale envers mon pays. Et puis, il y avait cette envie de venir créer quelque chose ici. Quand on voit le pas de géant accompli en dix, quinze ans seulement, on veut nous aussi prendre part à cet effort pour le développement.» Depuis son retour, il apporte son expérience occidentale et travaille activement à moderniser le sys- tème de santé national. Depuis 2006, on parvient d’ailleurs à faire de la chirurgie à cœur ouvert au Rwanda. C’était impensable avant. L’une des fiertés de Joseph. «En Belgique, même très bien inté- gré, je resterai toujours un étranger. Je sais que je ne pourrai jamais y bri- guer une bonne place dans un hôpital universitaire. C’est aussi pourquoi, à un moment donné, on en vient à se de- mander s’il ne vaut pas mieux aller jouer un premier rôle chez soi.» Revenir vivre dans une ville où une partie de sa famille a péri dans un contexte atroce n’est tou- tefois pas une expérience com- mune. «Au début, je n’avais pas envie de revenir. Parce que croire que le géno- cide ne recommencera jamais, c’est très dur. Je l’espère mais je ne peux pas l’affirmer. J’ai traversé les violen- ces de 59, de 63 et de 73 et, avant 94, j’ai connu des périodes plus pacifi- ques qu’aujourd’hui, où on pensait qu’on était tous Rwandais, sans dis- tinction… Et malgré cela, il y a eu le génocide.» ■ L’INFO MONDE PatS. «R wanda, Vision 2020 : l’immigration à l’en- vers»… Une série de reportages menés par Frédé- ric Moray (Bel RTL) et Patrick Séverin (free-lance pour les Éditions de l’Avenir) en colla- boration avec la Fondation Roi Baudouin. Trois vendredis, et trois same- dis, pour tenter de comprendre pourquoi tant de Belges d’ori- gine rwandaise décident aujourd’hui de rentrer au pays; un plongeon au cœur d’une so- ciété complexe et en pleine mu- tation. Prochaine thématique : «Rwanda, la face sombre du dé- veloppement». Une émission à écouter le vendredi 22 janvier, de 19 à 20 h, dans L’Essentiel, sur Bel RTL; des reportages à lire le samedi 23 janvier dans les quotidiens L’Avenir, Le Jour, Le Courrier. ■ «L’Afrique est un continent comme les autres. Il est possible d’y bâtir une carrière aussi intéressante qu’en Europe» Dalida Prochains rendez-vous : vendredi 22 et samedi 23 janvier H UMEUR Entre doutes et silence, une société insaisissable © © Ce soir, de cette terrasse, Kigali s’étend sous nos pieds comme une sombre mare où scintillent quelques milliers de lucioles dispersées. C’est mon amie qui a choisi le restaurant. Elle est Belge. Mais d’abord, elle est Rwandaise. Elle a quitté le pays en 94, elle a décidé d’y rentrer en 2007. Suivant les circonstances et le jour où je la rencontre, je peux la trouver complètement occidentale ou très africaine. Je commande un steak frites. J’ai besoin de me raccrocher à une valeur sûre. Cela fait deux semaines que j’essaie de saisir l’essence de cette société rwandaise et je me sens complètement déboussolé. Mon second reportage sur le terrain touche à sa fin, alors je m’ouvre à cette amie. Elle a une formation en journalisme, peut-être pourra-t-elle me rassurer. «Tu sais, j’ai l’impression que plus j’apprends à connaître ton pays et ta culture, moins je les comprends.» Sa réponse est plus pertinente que tout ce que j’ai entendu jusque-là au cours de mon périple : «Si tu as compris que tu ne comprends rien au Rwanda, c’est que tu commences seulement à le comprendre.» Au Rwanda, tout est exacerbé, tout est complexifié. Le discours modéré, balancé est rare. Et pour cause : chaque prise de position, ici, renvoie d’une manière ou d’une autre au million de victimes de 1994 et aux innombrables qui ont péri dans la décennie qui a suivi. Cela dramatise tout. Cela fige les opinions. Tout est noir ou tout est blanc. Pour les uns, par exemple, le président Kagame est un héros et un visionnaire. Pour les autres, il est un dictateur à peine déguisé qui mériterait le titre de plus grands criminels de guerre encore au pouvoir. Et ce qui complique encore un peu plus les choses, c’est cette loi du silence qui règne partout. Les Rwandais parlent peu. Pas de ça, en tout cas… Par principe et parce que je ne comprends pas le Rwanda, je ne veux être ni blanc, ni noir. Et pour ne pas être gris et sans saveur, il ne me reste que deux options : renoncer à écrire ou tenter de partager cette complexité à travers cette série. Mon steak arrive. C’est de la semelle. Décidément, rien n’est simple dans ce pays. ©APRÈS 17 ANS EN BELGIQUE © Joseph Mucumbitsi, pédiatre : «Repartir, pour all «Les Rwandais, c’est notre pétrole. Nous ne pouvons pas nous en passer.» PatS. par Patrick SÉVERIN Développer le système de santé au Rwanda : pour Joseph Mucumbitsi, un défi excitant. Fuir le marasme économique pour trouver l’eldorado au Rwanda... Citoyens belges à part entière, ils sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure. 10 SAMEDI 9 JANVIER 2010 • Métiers : Journaliste • Mais aussi : réalisateur, producteur, cadreur, monteur,
 coordinateur, concepteur, community manager,… ! • Mais encore : manager, PR, GRH, voire commercial…
  12. 12. L E D O C U M E N T A I R E Q U I D É M A N G E chômage - prof iteurs-activation-O NEM-exclusion-emp loisprécaires-aliéna tion - Un film de Patrick Séverin — www. stop632 .be Éditeurresponsable:InstantsProductionsasbl,38,chausséedesPrés-B-4020Liège/Designbywww.washingmachine.be UN DOCUMENTAIRE TRANSMÉDIA SUR LA MENDICITÉ WWW.SALAUDSDEPAUVRES.BE Avec le soutien de la Région de Bruxelles-Capitale, du Fonds pour le Journalisme et de la Fédération Wallonie-Bruxelles Editeur responsable : Nicolas De Kuyssche - rue Fernand Bernier 40, 1060 BXL Photos : Michaël De Plaen - Design : gaellegrisard (c) LES EDITIONS DE L’AVENIR S.A. CE JOURNAL EST PROTEGE PAR LE DROIT D’AUTEUR. LA REPRODUCTION DE TOUT ELEMENT (TEXTE, PHOTO, INFOGRAPHIE), PAR QUELQUE MOYEN QUE CE SOIT, EST SOUMISE A AUTORISATION. TEL : +32 81/248.801 FAX : +32 81/222.840 vents migratoires ont tourné 25 000 C’est l’estimation la plus haute du nombre de Rwandais d’origine qui vivraient en Belgique. L ’ «UTC», Union trade cen- ter, symbole de la croissance «à l’occidentale» de Kigali. Dans les étages de ce vaste cen- tre commercial, le bureau de Pierre Kalinganire. Il y a deux ans, ce jeune homme ambitieux était encore en Belgique à se dé- mener pour trouver un emploi. «Quand j’arrivais dans les agen- ces d’intérim, on me demandait si je cherchais une place d’ouvrier, se souvient-il. J’essayais alors d’ex- pliquer que j’étais ingénieur indus- triel mais les gens avaient manifes- tement du mal à y croire. C’était plutôt choquant.» Aujourd’hui, il est employé par un grand groupe rwandais qui n’hésite pas à lui confier des responsabilités. Pour son projet actuel, c’est un budget de deux millions d’euros qu’il a dû gérer. «En Europe, ça ne serait jamais arrivé. Quand je vois que mes an- ciens camarades de classes font tou- jours du helpdesk ou du monito- ring dans les sociétés qui les ont en- gagés, je me dis que j’ai vraiment fait le bon choix en décidant de reve- nir au Rwanda.» Ces opportunités de grimper les échelons sociaux, ils sont nombreux à les saisir. Armée d’un lourd bagage universitaire, Dalida ne parvenait pas à trou- ver un emploi intéressant chez nous. «Tout ce qu’on m’avait proposé, c’était de faire du secrétariat pour un marchand de yoghourt.» Fatiguée de chercher, elle dé- cida d’aller tenter sa chance au Rwanda en 2007. Quelques mois plus tard, elle décrochait de hau- tes responsabilités dans l’une des plus grosses boîtes du pays. «Je sais très bien que le poste que j’occupe aujourd’hui, je n’aurais ja- mais pu y prétendre en Belgique avant d’avoir 45 ou 50 ans. Et en- core, à condition d’avoir de la chan- ce…» Ces Belges qui reviennent au Rwanda ne sont donc pas seule- ment animés par de nobles in- tentions humanitaires. C’est aussi une question de développe- ment personnel. « Quand on entend parler de l’Afrique, c’est toujours dans des termes exotiques ou dramatiques, regrette Dalida. Je trouve ça dom- mage. Il faudrait dire aux gens qu’ici, il se passe aussi des choses normales. L’Afrique est un conti- nent comme les autres et il est possi- ble d’y bâtir une carrière aussi inté- ressante qu’en Europe.» Ce n’est pas Pierre qui la contredira : «D’ailleurs, dans les pays occidentaux, on ne sait plus créer un business parce que tout existe déjà. On ne peut que se cou- ler dans le moule. Au Rwanda, tout est neuf. Tout est à faire. Et peut-être que dans 20 ans, avec le recul, on pourra se dire “Eh oui, j’ai participé à ça.”» ■ Marie-Laurence est la fille aînée de Joseph et Jeanne. Elle avait deux ans quand ses parents ont quitté le Rwanda pour la Belgique. Pourtant, quand son père a émis l’envie de rentrer au bercail, elle fut sa plus fervente supportrice. «J’ai dû rester pour poursuivre mes études, explique la jeune Bruxelloise. Mais je regrettais vraiment de ne pas pouvoir les accompagner à Kigali.» Ses études terminées, elle cherchera d’abord du travail en Belgique «parce que quitte à galérer, je préfère que ce soit en Belgique plutôt qu’au Rwanda». Mais à long terme, il n’y a aucun doute dans son esprit : «Je veux retourner en Afrique. Là-bas, même si je ne connais pas la langue et que parfois on m’y considère un peu comme une «blanche», je me sens chez moi. C’est un peu bizarre parce que je n’ai finalement connu que la Belgique dans ma vie.» Le besoin d’un retour aux sources joue évidemment un rôle dans cette envie mais ce n’est pas l’unique raison. «Beaucoup de jeunes veulent aller travailler en Afrique, sur ce continent qu’on dit à la dérive. Je crois qu’on est nombreux dans ma génération à se dire “Est-ce qu’on ne pourrait pas faire quelque chose pour changer ça?”» Le génocide, elle était trop jeune pour comprendre ce qui se passait. Mais ses parents ont pris le temps de lui expliquer en détail les tristes événements de 94. Ce qui ne l’empêche pas de rester lucide. «Je ne peux pas me comparer à ceux qui ont vécu ça. Ceux qui n’étaient pas là ne pourront jamais comprendre ce qu’il s’y est vraiment passé. Je ne veux même pas essayer. Ça reste inaccessible. Comme ces gens qui pardonnent… J’ai des cousins qui vont en prison apporter à manger aux meur- triers de la famille. Cette force quasi surhumaine me dépasse complètement…» Aujourd’hui, Kigali est un vaste chantier où les buildings poussent à chaque coin de rue. ©PIERRE ET DALIDA© «En Belgique, ce poste, on ne l’aurait pas eu» Mille collines d’Afrique Le Rwanda est un petit pays d’Afrique centrale coincé entre la RD Congo, le Burundi, la Tanzanie et l’Ouganda, d’une superficie totale un peu inférieure à celle de la Belgique. De par sa topographie accidentée, il a hérité du surnom de «Pays des mille collines». Depuis 2007, il est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est et a intégré le Commonwealth fin 2009. La marque belge À la suite du démembrement de l’empire colonial allemand après la Première Guerre mondiale, entre 1916 et 1962, le Ruanda-Urundi (territoire constitué des Rwanda et Burundi actuels) fut administré par la Belgique sous mandat des Nations Unies. Sans être une colonie comme l’était le Congo belge, le pays sera fortement marqué par l’empreinte belge. Tristement célèbre Si aujourd’hui tout le monde connaît le Rwanda, c’est parce qu’il fut le théâtre du dernier génocide du XXe siècle. Entre le 6 avril et le 4 juillet 1994, environ un million de Rwandais identifiés comme de l’ethnie tutsi ou opposants au régime en place dominé par l’ethnie hutu ont été massacrés, le plus souvent à l’arme blanche. Faisant suite à un conflit armé entre les forces gouvernementales et le Front Patriotique Rwandais mené par le général Paul Kagame, le génocide a relancé cette guerre qui a vu la victoire du FPR, au pouvoir depuis lors. Les meurtriers conflits au Kivu de ces quinze dernières années sont des conséquences directes du génocide. Présidentielles en 2010 Depuis 2000, le Rwanda est présidé par Paul Kagame, l’homme fort qui a inscrit le pays sur la voie d’un développement intensif. Adulé par les uns, accablé par les autres, le président se soumettra au suffrage à l’automne prochain pour ce qui devrait être son deuxième et dernier mandat. © © er jouer un 1er rôle chez soi» L’UTC, au cœur de Kigali, symbolise à lui seul le nouvel essor de la capitale rwandaise. VIDEO / Kigali, la Singapour africaine? Ce serait pour... 2020. Marie-Laurence : «Un jour, j’y retournerai» REPÈRES 11SAMEDI 9 JANVIER 2010 (c) LES EDITIONS DE L’AVENIR S.A. CE JOURNAL EST PROTEGE PAR LE DROIT D’AUTEUR. LA REPRODUCTION DE TOUT ELEMENT (TEXTE, PHOTO, INFOGRAPHIE), PAR QUELQUE MOYEN QUE CE SOIT, EST SOUMISE A AUTORISATION. TEL : +32 81/248.801 FAX : +32 81/222.840 b À Kigali, Patrick SÉVERIN I ls sont Belges. Citoyens à part entière. Certains ont même vécu plus longtemps en Europe que dans leur pays d’origine. Ils ont un chez-soi, un travail, une fa- mille, parfois, qu’ils ont fondée ici. Et pourtant, alors qu’on ne compte plus les canots remplis d’Africains s’échouant sur les pla- ges espagnoles pour fuir ce conti- nent qu’on dit maudit, eux, ils ont décidé de faire le voyage inverse. De rentrer au Rwanda, au cœur de l’Afrique, sur les lieux même du gé- nocide qu’ils ont fui en 1994. «Eux», ils sont nombreux. Très nombreux. Cela en fait un phéno- mène sociologique peu courant. «Je crois qu’il s’agit d’un processus assez unique, explique de Dr Joseph Mucumbitsi. Dans la majorité des cas, on rencontre des modèles de dias- pora où les gens s’exilent, se fixent à l’étranger, s’y développent et organi- sent un flux de devises vers leur pays d’origine. Mais je ne suis pas vrai- ment surpris de voir que le Rwanda ne suit pas ce modèle. Ce mouvement inverse est rendu possible parce qu’on revient ici dans un pays qui a une vi- sion, une volonté politique, qui assure la sécurité et qui est prêt à financer des projets.» Quelques gorilles, un beau pays, des tas de citoyens Quinze ans après le génocide, le Rwanda affiche en effet une vita- lité économique plutôt rare dans la région. Celle-ci peut s’expliquer de nombreuses manières mais pour Joseph, seule compte la philo- sophie qui sous-tend l’ensemble. «Nous n’avons que peu de ressour- ces naturelles. Tout ce sur quoi on peut compter, ce sont quelques gorilles dans les montagnes, un beau pays et un tas de citoyens. Donc, il faut inves- tir dans les gens! Cet espoir de déve- lopper le Rwanda d’ici 2020, on peut le trouver irréaliste. Je crois pourtant que c’est là que réside la clé de notre succès : la possibilité de rêver et de se dire qu’on va y arriver. On ne sait pas très bien comment. On ne sait pas d’où viendra l’argent. Mais ça, comme le dit notre président, c’est une question de second plan.» Bruxelles, une ville rwandaise Le Rwanda compte à tel point sur sa diaspora qu’il a créé une institu- tion pour faciliter sa participation au développement. «Nous considérons d’ailleurs Bruxel- les comme une ville rwandaise, expli- que Robert Masozera, directeur gé- néral de la cellule diaspora. D’après les estimations, il y aurait en- tre 15000 et 25000 ressortissants rwandais en Belgique. Cette popula- tion recèle une grande potentialité pour notre pays.» Mais toute la diaspora n’est pas favorable au régime en place. Loin de là. «Tout le monde est le bienvenu, souligne pourtant M. Masozera. Nous devons être inclusifs sous peine de répéter les erreurs du passé. Les Rwandais, c’est notre pétrole, notre ri- chesse. Nous ne pouvons pas nous en passer. Si les membres hostiles de la diaspora reviennent, on leur mon- trera que notre projet n’est pas si mal.» Avant de conclure avec une éton- nante franchise. «Ce sera aussi plus facile pour les contrôler. Ils sont plus dangereux de l’extérieur que de l’inté- rieur.» ■ Rwanda : les À bord de sa grosse voiture, Joseph commente le pay- sage qui défile sous nos yeux. «Encore un nouveau buil- ding!, s’étonne le médecin. Tous les jours, on commence une nou- velle construction à Kigali. On dit que les Belges ont une brique dans le ventre mais depuis quelques an- nées, les Rwandais rivalisent vrai- ment.» Accompagné de Jeanne, sa femme, et de leur premier bébé, Joseph est arrivé en Belgique en 1988 pour une spécialisation en pédiatrie. Dix-sept ans et deux autres enfants plus tard, la fa- mille Mucumbitsi a fait le che- min inverse. «Au début, la vie à Bruxelles était très difficile et nous avions prévu de rentrer au terme de ma formation. Heureusement, mon épouse était enceinte à cette époque et on a retardé cette éta- pe…» «Heureusement», car peu de temps après, le génocide devait ravager le Rwanda. D’étudiant, Joseph est devenu réfugié. Puis il a obtenu la nationalité belge. Les années ont passé, les en- fants ont grandi et un certain confort de vie s’est installé. Mal- gré ça, en 2005, Joseph décide d’embarquer toute la famille pour Kigali. «Ce fut une décision très difficile à prendre, se souvient-il. Mais comme je n’avais reçu une bourse que pour venir étudier en Belgique, je sentais comme une dette morale envers mon pays. Et puis, il y avait cette envie de venir créer quelque chose ici. Quand on voit le pas de géant accompli en dix, quinze ans seulement, on veut nous aussi prendre part à cet effort pour le développement.» Depuis son retour, il apporte son expérience occidentale et travaille activement à moderniser le sys- tème de santé national. Depuis 2006, on parvient d’ailleurs à faire de la chirurgie à cœur ouvert au Rwanda. C’était impensable avant. L’une des fiertés de Joseph. «En Belgique, même très bien inté- gré, je resterai toujours un étranger. Je sais que je ne pourrai jamais y bri- guer une bonne place dans un hôpital universitaire. C’est aussi pourquoi, à un moment donné, on en vient à se de- mander s’il ne vaut pas mieux aller jouer un premier rôle chez soi.» Revenir vivre dans une ville où une partie de sa famille a péri dans un contexte atroce n’est tou- tefois pas une expérience com- mune. «Au début, je n’avais pas envie de revenir. Parce que croire que le géno- cide ne recommencera jamais, c’est très dur. Je l’espère mais je ne peux pas l’affirmer. J’ai traversé les violen- ces de 59, de 63 et de 73 et, avant 94, j’ai connu des périodes plus pacifi- ques qu’aujourd’hui, où on pensait qu’on était tous Rwandais, sans dis- tinction… Et malgré cela, il y a eu le génocide.» ■ L’INFO MONDE PatS. «R wanda, Vision 2020 : l’immigration à l’en- vers»… Une série de reportages menés par Frédé- ric Moray (Bel RTL) et Patrick Séverin (free-lance pour les Éditions de l’Avenir) en colla- boration avec la Fondation Roi Baudouin. Trois vendredis, et trois same- dis, pour tenter de comprendre pourquoi tant de Belges d’ori- gine rwandaise décident aujourd’hui de rentrer au pays; un plongeon au cœur d’une so- ciété complexe et en pleine mu- tation. Prochaine thématique : «Rwanda, la face sombre du dé- veloppement». Une émission à écouter le vendredi 22 janvier, de 19 à 20 h, dans L’Essentiel, sur Bel RTL; des reportages à lire le samedi 23 janvier dans les quotidiens L’Avenir, Le Jour, Le Courrier. ■ «L’Afrique est un continent comme les autres. Il est possible d’y bâtir une carrière aussi intéressante qu’en Europe» Dalida Prochains rendez-vous : vendredi 22 et samedi 23 janvier H UMEUR Entre doutes et silence, une société insaisissable © © Ce soir, de cette terrasse, Kigali s’étend sous nos pieds comme une sombre mare où scintillent quelques milliers de lucioles dispersées. C’est mon amie qui a choisi le restaurant. Elle est Belge. Mais d’abord, elle est Rwandaise. Elle a quitté le pays en 94, elle a décidé d’y rentrer en 2007. Suivant les circonstances et le jour où je la rencontre, je peux la trouver complètement occidentale ou très africaine. Je commande un steak frites. J’ai besoin de me raccrocher à une valeur sûre. Cela fait deux semaines que j’essaie de saisir l’essence de cette société rwandaise et je me sens complètement déboussolé. Mon second reportage sur le terrain touche à sa fin, alors je m’ouvre à cette amie. Elle a une formation en journalisme, peut-être pourra-t-elle me rassurer. «Tu sais, j’ai l’impression que plus j’apprends à connaître ton pays et ta culture, moins je les comprends.» Sa réponse est plus pertinente que tout ce que j’ai entendu jusque-là au cours de mon périple : «Si tu as compris que tu ne comprends rien au Rwanda, c’est que tu commences seulement à le comprendre.» Au Rwanda, tout est exacerbé, tout est complexifié. Le discours modéré, balancé est rare. Et pour cause : chaque prise de position, ici, renvoie d’une manière ou d’une autre au million de victimes de 1994 et aux innombrables qui ont péri dans la décennie qui a suivi. Cela dramatise tout. Cela fige les opinions. Tout est noir ou tout est blanc. Pour les uns, par exemple, le président Kagame est un héros et un visionnaire. Pour les autres, il est un dictateur à peine déguisé qui mériterait le titre de plus grands criminels de guerre encore au pouvoir. Et ce qui complique encore un peu plus les choses, c’est cette loi du silence qui règne partout. Les Rwandais parlent peu. Pas de ça, en tout cas… Par principe et parce que je ne comprends pas le Rwanda, je ne veux être ni blanc, ni noir. Et pour ne pas être gris et sans saveur, il ne me reste que deux options : renoncer à écrire ou tenter de partager cette complexité à travers cette série. Mon steak arrive. C’est de la semelle. Décidément, rien n’est simple dans ce pays. ©APRÈS 17 ANS EN BELGIQUE © Joseph Mucumbitsi, pédiatre : «Repartir, pour all «Les Rwandais, c’est notre pétrole. Nous ne pouvons pas nous en passer.» PatS. par Patrick SÉVERIN Développer le système de santé au Rwanda : pour Joseph Mucumbitsi, un défi excitant. Fuir le marasme économique pour trouver l’eldorado au Rwanda... Citoyens belges à part entière, ils sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure. 10 SAMEDI 9 JANVIER 2010 • Prix de la Presse Belfius - Radio 2011 • Prix de la Presse Belfius - Radio 2014 • Prix de la Presse Belfius - Presse digitale 2014 • Meilleure oeuvre transmédia au Liège WebFest 2014 • Prix du Public au Liège WebFest 2014 • Mention du jury au Liège WebFest 2013 • Nombreuses sélections en festival
  13. 13. Entreprendre ?
  14. 14. « On ne travaille pas pour les médias, on les devance »
  15. 15. « On ne se plie pas aux règles des médias, on joue avec elles »
  16. 16. <contexte>
  17. 17. L’ère des 
 médias mutants
  18. 18. La presse traverse une période de trouble identitaire • Tout le monde sait qu’Internet a tout changé mais quoi ? • Le monde se divise en deux catégories : ceux qui pensent savoir et ceux qui cherchent • Les modèles économiques sont de plus en plus friables • Quel est le prix de l’info ? • Les stratégies sont davantage au « sauve qui peut » qu’à l’audace et à l’innovation
  19. 19. Les marques et les institutions sont devenues des médias • Université de Liège : 
 un journal, un site de vulgarisation, un site dédié à la culture, une radio, une webtv, une émission de télévision coproduite + contenu exclusif • Red Bull n’a plus besoin de publicité : ils produisent du contenu et ils le diffusent eux- mêmes • Starbucks a engagé un journaliste du Washington Post pour lancer la production de documentaires à dimension sociale
  20. 20. Nous sommes tous des producteurs de contenus • Démocratisation des moyens de production • Explosion des canaux de diffusion : blogs, réseaux sociaux, YouTube, Soundcloud, Tumblr, Periscope,… • Internet mobile haut débit
  21. 21. <perspectives>
  22. 22. News VS Journalisme +
  23. 23. Documentaire Journalisme
  24. 24. Projet citoyen Journalisme
  25. 25. Militantisme Journalisme
  26. 26. Communication Journalisme
  27. 27. « Qui paie ? »
  28. 28. L’expérience transmédia Transgresse les frontières

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