Recueil de texte en counseling

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Recueil de texte en counseling

  1. 1. RECUEIL DE TEXTES EN COUNSELING DE CARRIÈRE LOUIS COURNOYER, c.o. Professeur SEPTEMBRE 2012 © Louis Cournoyer 1
  2. 2. SommaireGrands courants de psychothérapie et de counseling … .................................. 3Humanisme et relation d’aide ............................................................................. 10Cognitivisme et émotions selon Beck ................................................................. 14Quelques modèles d’intervention en orientation ................................................ 25Évolution des pratiques de l’orientation au Québec ........................................... 36Enjeux et problématiques en développement de l’employabilité … ................ 52Schémas et solutions : opposées ou complémentaires ?................................... 67Pratiques d’orientation au collégial … ................................................................ 75Pratique d’orientation et TDA/H … .................................................................. 101Pratiques d’orientation et évaluation de potentiel … ........................................ 136Conception sociorelationnelle du counseling de carrière ................................. 149Approche du counseling centrée sur les schémas ........................................... 155Tant de croyances, tant d’énergies diffuses … ................................................ 160Counseling et intégration de l’analyse de projets ............................................. 164Counseling stratégique, éclectif et narratif ....................................................... 168L’approche Masterson en counseling de carrière … ........................................ 172Comprendre l’indécision vocationnelle … ........................................................ 190Comprendre l’épuisement professionnel .......................................................... 202Acquis de counseling en maitrîse en carriérologie ........................................... 243 2
  3. 3. Grands courants de psychothérapie et de counseling …Jean-François Maltais, c.o.1Claire Simard, c.o.2Cette sous-section propose un survol des quatre principaux courants d’intervention en psychologie, psychothérapie et counseling. Ils’agit dans l’ordre des approches humanistes, systémiques, cognitives comportementales et psychodynamiques.Approches humanistesLes approches humanistes se regroupent généralement en trois écoles de pensées ayant des bases communes, mais qui diffèrent surcertains points. Les approches centrées sur la personne (Carl Rogers), l’approche gestaltiste (Fritz Perls) et les approchesexistentialistes (Frank Yalom). Au niveau des bases communes, chacune d’elles misent avant tout sur la valorisation de l’expériencedu sujet, tant consciente, qu’inconsciente. Elles accordent donc une grande place à l’expérience subjective de la personne, enprétendant que chaque personne est unique et que chaque client est l’expert de sa propre expérience. Au niveau du processus, leconseiller mise davantage sur sa croyance dans les capacités d’autodétermination et de liberté de choix du client plutôt que sur lamodification de comportements ou de cognitions qu’il pourrait interpréter comme inadéquate. Aussi, la plupart des approches ducourant humaniste accordent une place de choix à l’instauration d’une relation de confiance empreinte de compréhension etd’acceptation pouvant faciliter la reconsidération des problèmes et des inquiétudes, ainsi qu’une mise en action subséquente plus1 Locas, Valérie (2012). L’impact d’une formation axée sur la compréhension du fonctionnement psychologique (Approche Masterson) sur les pratiques de conseillères endéveloppement de l’employabilité au sein d’organismes du Montréal métropolitain. Rapport d’activité dirigée présenté à la faculté d’éducation en vue de l’obtention de la maîtriseen orientation profil : carriérologie. Document disponible en ligne : http://orientationpourtous.blogspot.ca/2012/04/bonjour-vous-voici-une-premiere-mise-en.html2 Simard, Claire (en cours). Les étapes guidant la conduite d’un processus d’orientation scolaire et professionnelle chez les conseillers d’orientation du réseau d’enseignementcollégial. Rapport d’activité dirigée présenté à la faculté d’éducation en vue de l’obtention de la maîtrise en orientation profil : carriérologie. 3
  4. 4. rationnelle (Lecomte et Drouin, 2007). Les approches humanistes sont actuellement très utilisées en contexte du développement del’employabilité. Elles sont toutefois très générales et ne conviennent pas pour tous les types de problématiques.Centrés sur les ressources de la personne, les fondements de l’orientation humaniste font appel aux capacités de l’être humain à gérerson existence ainsi qu’à la réalisation de soi. Les thérapeutes humanistes se concentrent sur le moment présent, ils croient que lapersonne à tout le potentiel pour prendre conscience et comprendre ses difficultés puis d’apporter des modifications nécessaires enconséquence. Il s’agit pour le thérapeute d’agir en tant que facilitateur pour améliorer la connaissance de soi et l’expérimentation denouvelles nouvelles façons d’être ou d’agir. La personne qui consulte n’est pas un patient, mais plutôt un client qui est sur le mêmepied d’égalité que le thérapeute (Parent et Cloutier, 2009, p. 423). Pour mieux illustrer l’orientation humaniste, dans leur ouvrage lesauteurs nous présentent deux thérapies qui se retrouvent dans cette orientation, il s’agit de la thérapie rogérienne et de la thérapiegestaltiste.La thérapie rogérienneL’actualisation de soi qui est au cœur de l’approche rogérienne, se réalise par l’approfondissement de la connaissance de soi et lavalorisation de l’expression personnelle. Pour sa part, le thérapeute doit faire tout ce qui est en son possible pour que la personne sesente bien et en confiance afin qu’elle puisse puiser le meilleur en elle-même. Dans le savoir-être du thérapeute, trois points ont étésoulignés comme important, premièrement il doit accepter la personne qui le consulte tel qu’elle est sans condition. Deuxièmement, ildoit faire preuve d’empathie et troisièmement, il doit faire preuve d’authenticité. Dans ce contexte, la technique du reflet estappropriée, car elle consiste à reformuler objectivement les paroles du client sans porter aucun jugement. Les auteurs Parent etCloutier mentionnent que Rogers insiste sur l’importance d’avoir une ambiance chaleureuse durant la thérapie.La thérapie gestaltisteDans la thérapie gestaltiste, le tout est plus que la somme de ses parties, ce qui signifie que la personne doit être considérée comme untout et non comme l’ensemble de ses parties (Parent et Cloutier, 2009, p.10). Les gestaltistes préconisent de développement del’autonomie et pour atteindre cette autonomie, selon eux, la personne doit considérer les différentes perceptions qu’elle a d’elle-même 4
  5. 5. (celle qu’elle a, celle que les autres ont d’elle et finalement celle qu’elle pense que les autres ont d’elle) afin d’en faire un ensemble.La notion de conflit non résolu fait appel ici à des relations inappropriées entre certaines perceptions, ce qui retarde ou limitel’autonomie de la personne et lui engendre des difficultés d’ordre psychologique. Le thérapeute qui a cette approche va, par le biais dedifférentes techniques, amener la personne à prendre conscience de ses perceptions discordantes qui sont le siège des conflitsintérieurs qu’elle vit. Pour qui doit établir un lien de confiance avec une personne, cette approche est tout à fait appropriée. Le lien deconfiance est un incontournable dans le processus d’orientation, ce qui fait de cette orientation, un choix tout à fait judicieux. Lesfondements humanistes basés sur la capacité de l’individu à gérer sa vie et à s’actualiser sont des visées qui s’apparentent très bienavec les défis de l’intervention en orientation dans un contexte où l’intervenant est sur le même pied d’égalité que le client.Approches systémiquesCes approchent ont pour objet de comprendre l’individu en partant du fait que celui-ci est en interaction constante et circulaire avecson ou ses systèmes de vie. Dans cette approche, le thérapeute participe à la coconstruction de la réalité du système, mais sans essayerde comprendre la place du symptôme dans ce système et n’encouragera pas non plus l’expression des émotions. Il va plutôt s’attarderà ce qui contribue à maintenir le problème ou le modifier (Bellemarre, 2000). L’approche systémique est principalement utilisée dansla thérapie familiale. Elle met de l’avant l’importance de l’influence des contextes sociaux dans lequel évolue l’individu, le groupe oula famille. Il peut aussi être utile en contexte de thérapie individuelle. Cette approche utilise entre autres comme instruments : le récitde vie, le génogramme ou la carte familiale et des techniques d’intervention comme : la prescription de tâches, l’utilisation durecadrage et du paradoxe, le questionnement circulaire et les injonctions comportementales. Cette approche est toutefois plus difficileà appliquer en contexte de relation d’aide individuelle. On la retrouve le plus souvent en contexte de groupe ou en thérapie familiale.Les thérapeutes d’orientation interactionniste prônent que les problématiques personnelles sont issues de l’interaction de la personneavec son environnement humain (famille, amis, collègues, etc.). Les auteurs Parent et Cloutier mentionnent que le but ultime del’intervention serait, selon cette approche, de prendre conscience de la problématique et d’apporter des changements sur lesinteractions de la personne avec son environnement humain. Il peut parfois être nécessaire que le thérapeute rencontre les individusappartenant au social de la personne qui consulte. L’importance est accordée aux liens que l’individu fait avec son entourage, il fait 5
  6. 6. partie d’un système avec des interactions qui peuvent faire défaut. Pour illustrer cette orientation, on nous propose, entre autres,l’approche thérapeutique de la thérapie familiale.La thérapie familialeLa thérapie familiale est utilisée lorsque la personne éprouve des difficultés avec les membres de son environnement familial. Ici lanotion de « patient » fait plutôt référence à la famille qu’à l’individu et en ce sens, cette thérapie rejoint l’approche gestaltiste par ceque sont « tout », au cœur de l’intervention gestaltiste, c’est la famille et non l’individu dans la thérapie familiale. L’intervenant vatenter de modifier les interactions familiales, c’est-à-dire établir de nouvelles règles de communication, afin que les membres de lafamille, dont l’individu consultant, puissent avoir des relations plus harmonieuses et un meilleur fonctionnement. En interventiond’orientation, on reconnaît toute l’importance à l’environnement humain du client (famille, amis, collègues, etc.) parce que cesderniers peuvent avoir une influence ou un impact considérable chez le client. Apprendre à mieux connaître la relation que notreclient entretient avec son réseau social peut aider le conseiller d’orientation, entre autres, à mieux connaître et comprendre notreclient. En travaillant à améliorer les interactions qu’il entretient avec son entourage, cela ne peut qu’avoir un impact positif sur lebien-être du client et sa capacité à faire un choix éclairé.Approches cognitives comportementalesParmi l’ensemble des écoles de pensées inscrites au sein de ces courants, trois d’entre elles se sont distinguées lors du vingtièmesiècle, soit l’école comportementale de Skinner, l’école cognitive d’Ellis et l’école émotionnelle de Linehan et les thérapies cognitivescomportementales (TCC) inspirés des travaux de Beck. Toutes convergent vers un travail centré sur la modification descomportements et des cognitions, sur le développement d’habiletés et sur la résolution des problèmes de la vie des personnes. Cetteapproche utilise des techniques d’intervention telles que l’analyse empirique, l’analyse logique et l’expérimentation, afin de modifierdes comportements ou des cognitions (Young, Klosko et Weishaar, 2005). Ce type d’approche est de plus en plus présent au Québecau sein des cursus de formation universitaire en développement de carrière. Par contre, elle est souvent moins adaptée pour lestroubles de la personnalité, due à son cadre rigide, à la difficulté des personnes à avoir accès à leurs cognitions et leurs émotions et dubesoin de l’implication des clients pour la thérapie. De plus, elle s’intéresse peu aux difficultés rencontrées dans la relation, elleprésuppose que le client sera capable d’établir une relation avec le thérapeute ou le conseiller et finalement, elle exige des buts précis 6
  7. 7. des clients qui peuvent s’avérer difficiles dans le cas de clients ayant un trouble de la personnalité ou de santé mentale autre.L’orientation cognitive-comportemental comprend deux approches soient l’approche cognitive et l’approche béhavioriste. Cettecombinaison d’approches amène le thérapeute à percevoir que les difficultés psychologiques proviennent de pensées ou decomportements inadéquats qui ont été appris dans son milieu de vie et qui peuvent être remplacés par de nouvelles pensées ou denouveaux comportements plus appropriés. Les auteurs Parent et Cloutier, nous présentent les deux approches qui ont tendance à serapprocher de plus en plus avec les années.L’approche béhavioriste ou comportementaleBasée sur les comportements appris, les béhavioristes ont une conception de la personnalité décrite comme étant la façon complexedont se suivent les comportements appris en réponse aux différents stimuli de l’environnement. Dans ce contexte, le problèmepsychologique a pour origine un comportement inadéquat, donc le but de la thérapie est faire de disparaître ou de remplacer lecomportement inadéquat par un comportement acceptable. Parmi les techniques utilisées, on retrouve la désensibilisationsystématique, l’immersion, la rétroaction biologique, le conditionnement aversif et l’apprentissage par présentation de modèle.L’approche cognitiveL’approche cognitive démontre une conception du cerveau comparable à celle d’un ordinateur qui traite de l’information. Lapersonnalité représentant la façon qu’a notre organisme de traiter les stimuli, le problème psychologique peut provenir d’un traitementinadéquat des stimuli, alors le but de la thérapie cognitive est d’amener la personne qui consulte à modifier le traitement des stimuliafin que les réactions soient mieux adaptées. Dans les méthodes utilisées pour l’intervention, les auteurs citent la thérapie émotivo-rationnelle d’Ellis et la thérapie cognitive de Beck. Cette approche centrée sur la modification des comportements et des cognitionsafin de développer de nouvelles habiletés et d’aider la personne à surmonter ses difficultés personnelles représente un intérêt certainpour l’intervention en orientation. Elle facilite, entre autres, le travail d’intervention pour modifier le discours intérieur de l’individuqui ne croit pas en ses capacités et qui a une faible estime de lui-même. C’est une situation que l’on retrouve souvent en orientation. 7
  8. 8. Approches psychodynamiquesLes approches psychodynamiques peuvent se regrouper sous plusieurs points communs tant au niveau de la théorie, que de la pratique.Au niveau théorique, les approches psychodynamiques mettent toutes de l’avant l’importance des premières expériences de vie dans ledéveloppement de la personnalité, l’importance de l’instinct et des pulsions (plus ou moins inconscient) sur le comportement, lesaffects et la pensée. Finalement, l’importance des mécanismes de défense pour maîtriser l’influence des motivations inconscientes(Bujold et Gingras, 2000). Comme elle s’intéresse à comprendre les mécanismes de défense comme modalités d’autorégulation etd’autoprotection des individus, elle peut donc aider à l’analyse du fonctionnement psychologique des individus. Elle fournit aussi uncadre d’analyse permettant d’identifier certains troubles de la personnalité et accorde beaucoup d’importance au jugement duconseiller. Et finalement, l’intervenant, par la prise en compte de ses contre-transferts, peut arriver à s’améliorer comme intervenant,et ainsi diminuer l’impact de ses propres réactions émotionnelles dans la relation avec l’autre.L’approche psychodynamique est grandement influencée par la psychanalyse, théorie fondée par Freud qui a pour concept centrall’inconscient. Le but principal est d’établir des liens entre les difficultés personnelles et les expériences, les conflits refoulés et nonrésolus de l’histoire personnelle. Le psychothérapeute, ayant une conception dynamique de l’appareil psychique, amène la personnequi le consulte à prendre conscience et à comprendre ses conflits intérieurs pour qu’elle puisse s’en libérer. Pour ne nommer quequelques fondements théoriques, en psychanalyse on reconnaît trois instances à la personnalité qui sont le ça, le moi et le surmoi. Leça étant l’instance motivée par le plaisir qui veut satisfaire ses pulsions fondamentales. Le moi, de son côté est motivé par le principede réalité, il se veut l’intermédiaire entre les pulsions du ça et les contraintes de l’extérieur. Finalement le surmoi, est une instance dela personnalité motivée par la moralité. Ces trois instances évoluent au travers de cinq stades de développement psychosexuel qu’onnomme le stade oral, le stade anal, le stade phallique, la période latence et le stade génital. Selon Parent et Cloutier, le travail d’uneintervention d’orientation psychodynamique consiste principalement à faire prendre conscience des conflits non-résolus qui ont étérefoulés puis à provoquer la libération de la charge affective qui leur est associée afin qu’ils deviennent résolus. Pour provoquer cettelibération, un transfert des sentiments intenses qui avaient été refoulés doit être effectué sur le thérapeute. Alors, le thérapeutereprésentant la personne vers qui seraient dirigés ces refoulements de sentiments doit s’assurer que cette fois-ci les sentiments sontvécus de façon adéquate. Pour le bon déroulement de cette intervention et aussi pour contourner la résistance inconsciente de lapersonne consultante à aborder les sujets conflictuels, plusieurs techniques peuvent être utilisées, les auteurs nous en citent quelques- 8
  9. 9. uns; la cure de la parole, l’hypnose, l’association libre, l’interprétation de phénomènes tels que les rêves, les oublis ou les actesmanqués, les lapsus et certains symptômes physiques. Bien que l’approche psychodynamique ne soit pas directement associée auxthéories du développement de carrière (Bujold et Gingras, 2000), cette approche peut s’avérer intéressante de par les conceptionspsychanalytiques qui y sont rattachées. En effet, la personne apprend à mieux se connaître et ainsi elle peut prendre conscience de sesdifficultés d’ordre psychologique qui peuvent limiter ses capacités à effectuer un choix de carrière éclairé. La clientèle en orientationest variée et en ce sens, elle peut éprouver des problèmes de santé mentale ou d’autres pathologies qui ont une incidence directe sur sacapacité à faire un choix. Pour l’intérêt du client, le conseiller d’orientation doit procéder à l’analyse de son fonctionnementpsychologique et à ce niveau, cette approche peut nous fournir un cadre d’analyse nécessaire. 9
  10. 10. Humanisme et relation d’aideLouis Cournoyer, c.o., professeur (UQÀM)La formation des conseillers d’orientation québécois au cours des 40 ou 50 dernières années est grandement teintée de l’apport de lapsychologie humaniste. La quasi-totalité de nos compétences relationnelles tirent leurs origines des travaux pionniers de Carl Rogerset de quelques autres chercheurs praticiens soucieux d’approfondir les liens entre le changement individuel et la qualité de la relationd’aide. Cet article vise à mieux faire connaître ou encore à rappeler quelques principes fondamentaux en psychologie humaniste(Rogers, 1971; Lebourgeois, 1999; Collectif « Savoirs et rapport au savoir », 2003; Lecomte et Drouin, 2007), ainsi que de permettredes liens historiques et pratiques avec les réalités des conseillers d’orientation au Québec (Mellouki et Beauchemin, 1994a, 1994b;Cournoyer, à paraître).ÉMERGENCE D’UNE TROISIÈME FORCE« Troisième Force » en psychologie, lhumanisme est présent aux seins de courants et dapproches psychologiques, sociologiques etphilosophiques. En psychologie, le courant émerge tranquillement au cours des années 1940, bien quil connaisse son véritable essor àléchelle internationale quà lentrée des années 1960 (Lebourgeois, 1999). Tel que le souligne ce dernier, lhumanisme est une réponseà la vision mécaniste et déterministe du comportement de la personne qui avait cours jusque-là au sein des courants béhavioristes etpsychanalytiques. Si lhumaniste prend son véritable essor au cours des années 1960, ce nest pas pour rien. Dans les sociétésoccidentales, cette décennie et la suivante sassocie à larrivée dans la vingtaine de ceux qui seront appelés les "babyboomers".Comptant pour une proportion significative de la population de la plupart des sociétés occidentales, ce "pouvoir hormonal" veut àlimage des jeunes changer le monde en se défaisant de lEstablisment (Lacoursière, Provencher et Vaugeois, 2001). Au Québec, la 10
  11. 11. montée de lhumanisme se déroulera durant les années où se vivra le message du "Maître chez nous" de larrivée au pouvoir de JeanLesage, de la Révolution tranquille et le Rapport Parent qui allait suivre, des mouvements indépendantistes prônant lémancipation delidentité nationale québécoise, puis jusquà à en arriver au fameux "OUI, cest possible" du Référendum de 1980 (Lacoursière et coll.2001). Au-travers de ces événements se trame ainsi une volonté collective à lactualisation dun soi individuel, à la recherche deliberté, dessence, etc. (Cournoyer, à paraître). Ce quil faut aussi noter, cest que la montée de lhumanisme pouvait plus aisément sefaire dans des sociétés prospères portant les avantages économiques des Trente Glorieuses (1945-1975). Autrement dit, il est fort àdouter que cette libéralisation, cette actualisation du soi pouvait se dérouler au même moment en URSS, dans les pays sous-développés, ou encore en Asie (Cournoyer, à paraître). D’ailleurs, le courant humaniste et ses sous-courants (approche centrée sur lapersonne, Gestalt thérapie, psychologie existentialiste) vivront un déclin important au Québec à partir des récessions et desrestructurations des modèles de gestion organisationnelle des années 1980 (Lebourgeois, 1999). Les thérapies cognitivo-comportementales brèves, plus rapides, moins coûteuses, plus mesurables et observables au plan des interventions et des résultatsprendront le relais. Comme quoi, rien ne peut être saisie hors son contexte !LE CHANGEMENT AU SEIN DE LA RELATIONLa psychologie humaniste pose lexpérience humaine au cœur du processus de développement de la personne. Elle se veut en quelquesorte une libération de lhumain face à ses chaînes déterministes. Tel que le soulignent Lecomte et Drouin (2007), la psychologiehumaniste repose entre autre sur une perspective phénoménologique de la personne libre de ses choix (et de ses non choix). C’estl’expérience de la personne elle-même qui prime. Tel que le soulignent ces auteurs, la relation d’aide misant mise davantage surl’exploration et la découverte de soi par l’individu que sur l’interprétation et l’éducation de son aidant. Les conseillers d’orientationempruntant une posture humanisme vont plus souvent s’intéresser aux conceptions d’actualisation et de croissance de soi au-traversd’un travail auprès du client centré à lui permettre d’approfondir ses intentionnalités, sa quête de sens, l’élargissement de saconscience, la symbolisation de l’expérience. Donc, si l’on conçoit l’individu comme étant autodéterminé, le conseiller aura pourtâche de faciliter la rencontre par l’individu de ses blocages, de ses conflits, de l’ancrage de son passé au-travers de son expérienceprésente (Lecomte et Drouin, 2007). Bien que Rogers sera celui qui initiera et maintiendra le plus une posture centrée sur la personne,la plupart des approches du courant humaniste accorde une importance primordiale à la relation conseiller-client (relation de 11
  12. 12. confiance) empreinte de compréhension et d’acceptation pouvant faciliter la reconsidération des problèmes et des inquiétudes, ainsiqu’une mise en action subséquente plus rationnelle (Lecomte et Drouin, 2007).QUELQUES MOTS SUR CARL ROGERSLa figure la plus souvent associée au courant humaniste est celle de Carl Rogers. Psychologue, thérapeute, chercheur, pédagogue,formateur, mais longtemps reconnu comme un quasi-imposteur par ses pairs au sein de toutes ces disciplines (Collectif « Savoirs etrapport au savoir », 2003; Cournoyer, 2011a) constitue l’un des grands penseurs de notre temps. Ses travaux ont entre autre permis dedévelopper des conceptions et des outils thérapeutiques s’appuyant sur l’idée d’un individu apte à apprendre de manière autonome etd’évoluer par lui-même (Rogers, 1971). C’est sans aucun doute à Rogers que la plupart des conseillers d’orientation québécois doiventleur capacité de créer une relation d’aide par l’appui de compétences relationnelles variées (Cournoyer, 2011b). C’est également àRogers que l’on doit plusieurs travaux sur l’étude des conditions requises pour l’établissement d’une véritablement relation deconfiance. Lecompte et Drouin (2007) rappelle entre autre à ce sujet les notions de congruence (conscience de la façon de vivre sarelation avec le client); d’authenticité (vivre ses propres sentiments, sans fuite, ni déni, aptitude à les intégrer et, au besoin, de lescommuniquer); de respect inconditionnel (accepter les facettes de l’expérience de son client comme partie prenante de sonindividualité); de valorisation, d’acceptation et de confiance en autrui (valoriser les apprentissages, témoigner une attentionbienveillante non possessive; conviction intime de la dignité de la personne); de compréhension empathique.LES APPROCHES HUMANISTES LES PLUS RECONNUESLe courant de la psychologie humaniste s’associe comme les autres à une quantité innombrable d’approches. Toutefois, l’approchecentrée sur la personne de Carl Rogers, la Gestalt thérapie de Fritz Perls, ainsi que la psychologie existentialiste que l’on peutnotamment associée à Frank Yalom figurent parmi les plus reconnus mondialement. Les descriptions qui suivent ne sont bien sûr pasexhaustives. L’approche centrée sur la personne pose comme principe que la compréhension passe non pas par l’interprétation (faitforcer les choix), mais par l’écoute empathique, le mouvement pas à pas de la conscience du client à percevoir sa réalité interne. Tel 12
  13. 13. que le soulignent Lecomte et Drouin (2007), l’intervention humaniste teindra compte de l’écoute empathique, de l’accompagnementdu client au-travers principalement de la relation d’échange, de la différenciation des critères internes de la personne (constructif, nonconstructif) et de l’intégration de nouvelles significations. Pour les tenants d’une approche centrée sur la personne, l’expérience« émotionnelle » au sein de la relation traduit un ressenti interne en mots cohérents et contribue grandement à faciliter la conduited’une démarche authentique et honnête avec soi-même. En ce qui concerne la Gestalt thérapie, Lecomte et Drouin (2007) soulignela plus forte orientation de cette approche pour la découverte d’expérience plus approfondies, plus enfouies, inavouées, parfoisinsoupçonnées. Souhaitant dépasser les références habituels du client, l’intervenant est plus actif que pour l’approche centrée sur lapersonne au plan du partage de ses impressions ici et maintenant et d’interventions visant à permettre le maintien du contact par leclient de ses sensations, ses expressions non verbales, ses processus d’évitement, d’interruption ou d’évolution de la conscience(Cournoyer, 2011b). Les notions de conflits, de blocages, de résistances, d’anxiété et d’angoisse y sont très présentes (Lecomte etDrouin, 2007). Enfin, la psychologie existentialiste se démarque par son focal sur les choix et les buts de vie (existentiels) de lapersonne. Selon cette approche, la compréhension de soi passe par l’expérience et la compréhension de l’anxiété et de l’angoisseexistentielle (Lecomte et Drouin, 2007). L’absurdité de la vie humaine, la fatalité de la finitude de la vie humaine, de la solitudefondamentale de chacun de nous peut permettre à un conseiller d’orientation de pouvoir ainsi mobiliser son client quant à ce qu’ilsouhaite faire du reste de sa vie personnelle et professionnelle (Cournoyer, 2011b). En relevant et en tentant de mieux comprendre sespropres mécanismes de refoulements, déformations de sens et modes d’évitement, la personne peut ainsi s’affirmer davantage en tantqu’être libre et responsable de sa vie, de ses choix et de ses potentialités. 13
  14. 14. Cognitivisme et émotions selon BeckLouis Cournoyer, c.o., professeur (UQÀM)Si l’orientation et le développement de carrière ne tenaient qu’à l’établissement d’une mise en adéquation de caractéristiquespersonnelles et de possibilités professionnelles, alors notre travail serait d’une telle simplicité qu’il faudrait alors se reconnaîtredavantage technicien que professionnel. Mais voilà, bien que les demandes de certains clients puissent ne pas déborder le cadre de latransmission d’informations scolaires et professionnelles, plusieurs autres proviennent de personnes aux prises avec l’incapacité detraiter adéquatement l’information. Parfois, il peut s’agir d’une question d’apprentissage, soit de disposer d’une grille, d’une procédureou d’une manière quelconque pour examiner les possibilités s’offrant à eux, parfois il s’agit plutôt d’une question d’organisationcognitive. Dans ce dernier cas, les personnes manifestent des pensées automatiques, des croyances irrationnelles ou encore desschémas d’adaptation qui les amènent à vivre des émotions et à adopter des attitudes et des comportements dysfonctionnels au plan dela capacité à s’orienter.Pour Aaron Beck, les problèmes individuels « découlent en grande partie de certaines distorsions de la réalité fondées sur deshypothèses et des prémisses erronées. » (2010, p.9) Autrement dit, des problèmes tels que nous pouvons observer quotidiennementchez nos clients témoignent de la manière dont ils évaluent différentes situations et qu’ils y réagissent lorsqu’il s’agit, par exemple, deporter un jugement sur soi-même, de fonctionner avec les autres (notamment au sein de la relation d’accompagnement vécue avecnous), de donner sens au monde qui les entoure et aux possibilités qui s’offrent à eux. À de mêmes situations, chacun procède par uneinterprétation propre selon la réalité de vie construite au travers de son parcours de vie. Néanmoins, chacun « possède la clé pourcomprendre et résoudre la perturbation psychologique située dans le champ de sa propre conscience. » (Beck, 2000, p.8) Ce textetraite du livre La thérapie cognitive et les troubles émotionnels d’Aaron Beck, une traduction française de 2010 d’un ouvrage de 1976ayant marqué la discipline de la psychologie. 14
  15. 15. Qui est Aaron T. Beck ?Aaron T. Beck est un psychiatre américain aujourd’hui professeur émérite de l’Université de la Pennsylvanie. Au début des années1960, il développe les fondements de la thérapie cognitive. Intervenant alors à titre de psychiatre auprès de personnes dépressives, ilconstate rapidement chez ces derniers une propension particulière à l’entretien de pensées négatives récurrentes à propos d’eux-mêmes, des autres, du monde ou à l’égard de leur avenir. C’est alors qu’il développe des principes et des techniquesd’accompagnement visant à faciliter l’identification et l’évaluation de pensées automatiques qui minent la qualité de vie des individus,afin de les amener vers l’adoption d’attitudes plus réalistes et constructives. Il approfondit également les enjeux d’une relationthérapeutique proactive où intervenant et client travaillent ensemble sur des objectifs communs. Les principes et les techniques de lathérapie cognitive sont aujourd’hui reconnus et répandus à travers le monde, à travers plusieurs modèles de psychothérapie et decounseling, ainsi qu’à travers plusieurs types de clientèles et de problématiques. Au travers de plus de 500 articles et de 22 ouvrages,Beck a contribué à l’avancement de connaissances scientifiques en psychothérapie, en psychopathologie et en psychométrie quiservent aujourd’hui de bases conceptuelles aux interventions quotidiennes d’un nombre important de professionnels des relationshumaines, de l’éducation et de la santé mentale.Compte-rendu commenté de l’ouvrage de Beck (2010) Beck, A. T. (2010). La thérapie cognitive et les troubles émotionnels. Traduction de B. Pascal de Cognitive therapy and the emotional disorders (1976). Bruxelles : de Boeck.Le chapitre 1 s’intitule Du « bon sens » et au-delà. Pour Beck, de grandes distorsions cognitives, tant chez le client que chezl’intervenant, peuvent s’opérer au nom d’un gros bon sens populaire. Selon notre histoire personnelle, notre environnement dedéveloppement, ainsi que les événements façonnant notre vie, l’être humain construit son propre système de pensées, d’émotions et decomportements de manière à donner un (bon ?) sens à sa vie. Plusieurs problèmes d’orientation et de développement de carrière sontintiment liées à cette manière d’entrevoir et de réagir à des situations réelles ou anticipées. Les choix et les décisions de nos clientspeuvent ainsi s’opérer par l’influence plus ou moins ajustée de croyances, d’interprétations, de généralisations de soi, des autres et du 15
  16. 16. monde. Beck rappelle d’ailleurs que les intentions de suicide, le cheminement vers la dépression, les comportements obsessifs etcompulsifs ou encore les troubles anxieux de différentes natures relèvent tous de conséquences faisant plein de « bon sens » pour lespersonnes qui les vivent – ce qui est tout le contraire pour celles vivant autour d’eux. À cet égard, il importe aux professionnels del’éducation, des relations humaines et de la santé mentale à aider les personnes à mieux discriminer leurs erreurs d’interprétation(pensées, émotions, comportements) en facilitant l’adoption de capacités discriminantes plus affinées et d’attitudes plus adaptées.Le chapitre 2 s’intitule Vers l’exploitation du langage intérieur. Il y est question du phénomène d’idéation. La construction des idéess’appuie sur une organisation cognitive intimement liée à des émotions et des comportements opérant sous certaines conditions etcertains contextes. De la même manière, l’anticipation de l’avenir repose sur des idées à l’égard de soi, des autres et du monde fondéespar notre histoire d’apprentissage de la vie où nous a été communiqué des normes, des règles et des valeurs : si je fais ceci/si je ressensceci …, alors je vais cela … Automatiquement, mais consciemment (distinction importante de la thérapie cognitive par rapport auxapproches psychanalytiques), un langage intérieur se développe et s’opère par l’adoption interactive de pensées, d’émotions et decomportements lorsque nous devons agir ou réagir à des situations internes ou externes (ex. : il faut …, donc « je ressens … et je fais… »).Le chapitre 3 s’intitule significations et émotions. Lorsqu’un événement se produit, quelle en est la signification qui lui est accordée ?L’une des distinctions importantes à cet égard selon Beck porte sur la prise en compte de significations publiques et privées. Lasignification publique est celle partagée par un groupe d’une même culture, organisation ou société et qui se conventionne par unedéfinition formelle. La signification privée est propre aux individus. Elle donne un sens, une connotation et une image unique à desévénements partagés ou non avec les autres. Selon Beck, le récit de vie constitue la porte d’accès aux significations privées despersonnes. En explorant les pensées, les sentiments, les envies conférées à des événements et les généralisations pouvant s’en dégagerà l’égard de soi-même, des autres ou du monde accède alors à des informations lui permettant tranquillement d’établir des liens afinde mieux comprendre l’organisation cognitive de la personne. Par exemple, quelle est la signification privée d’une perte d’emploi ?Quelle est la signification privée conférée à l’idée d’une carrière en informatique ou en travail social ? Quelle est la significationconférée par le client au travail même de counseling de carrière que vous réalisez avec lui ? Également, ce troisième chapitre aborde laquestion des transgressions que certains événements, certaines rencontres ou certaines situations engendrent (automatiquement) sur lespensées, les émotions et les comportements. Beck y distingue le rôle et la forme des transgressions intentionnelles (volontaires, 16
  17. 17. délibérées, dirigé contre ou vers quelqu’un ou quelque chose), non intentionnelles (indirectes, construites subjectivement, dontl’impact procède par une série d’associations qui n’ont rien avoir avec l’action initiale) ou encore hypothétiques (qui se fondent surdes règles, des mœurs ou normes implicites de droits et de bonne conduite). Plusieurs pensées automatiques peuvent se manifester parl’expérience de telles transgressions et les intervenants peuvent, là aussi, y voir une occasion d’exploration et de compréhensionintéressante de la manière dont l’individu construit sa réalité et y mènent des actions concrètement dirigées sur la construction deprojets professionnels.Le chapitre 4, intitulé Le contenu cognitif des troubles émotionnels traite du rôle perturbateur des émotions sur les contrôles portéssur soi, sur les autres et sur le monde. Il aborde également le développement ou le maintien d’idées répétitives et de penséesautomatiques à partir de la manifestation de certaines émotions. Ces émotions ressenties face à des événements ou des situationspersonnelle, interpersonnelle ou extra personnelles sont, selon une approche cognitive, simultanément la source et la résultante depensées, de perceptions, de représentations, d’évaluation quant aux risques, aux anomalies, aux auto-injonctions de l’individu. Tel quele souligne Beck, il s’agit là de biais cognitifs pouvant influencer la direction de l’attention, la réduction de la conscience le traitementsélectif d’informations. Les phénomènes de distorsion par personnalisation de la réalité, de pensée polarisée ou rigide, decomportements évitant ou compensatoires en sont des exemples éloquents. Beck expose d’ailleurs des rapprochements entre ces biaiscognitifs et le développement de tendances dépressives, d’hypomanie, d’angoisse, de phobie, de paranoïa, d’obsession, de compulsion,d’hystérie et de psychose.Le chapitre 5 est le premier de quatre chapitres portant sur des applications possibles d’une approche cognitive de certains troubles desanté mentale. Celui porte spécifiquement sur Les paradoxes de la dépression. Beck considère la dépression sous l’angle d’un troubleémotionnel lié à un « sentiment de perte ». Tel semble, selon lui, le fil conducteur pouvant guider les intervenants œuvrant auprès depersonnes dépressives : qu’est-ce qui rend la personne triste, quelles idées répétitives l’habitent, quels éléments marquants luiapparaissent les plus centraux et essentiels à son bonheur ? Comment cette personne s’évalue-t-elle? Comment évalue-t-elle lemonde autour d’elle ? Comment évalue-t-elle son avenir ? La dépression s’opère à la fois dans le temps (passé, présent, futur anticipé)et dans l’espace (vie familiale, relationnelle, amoureuse, parentale, conjugale, scolaire, professionnelle, etc.). L’intervenant est invité às’intéresser aux impacts, aux répercussions et aux dommages associés au sentiment de perte de la personne au sein de différentesdimensions de l’existence. Beck propose de procéder tout d’abord à un examen minutieux de l’autocritique, de l’auto condamnation, 17
  18. 18. de la sévérité du rejet portée sur soi, de la comparaison faite à l’égard des autres et du monde, et ce, tout en gardant le cap sur l’objetassocié au sentiment de perte, souvent quelque chose qui comptait beaucoup jadis pour la personne. Au fil des échanges et desrencontres, l’intervenant et le client pourront ainsi élaborer une conception circulaire des événements et des impacts vécus, ce queBeck qualifie de « réaction en chaîne ». Entre autres, il sera souvent question d’anticipation pessimiste chez la personne, ainsi que durôle d’entraînement de certaines émotions, même lorsqu’il s’agit d’expériences de joie ou de réussite. Dans le cas de comportementssuicidaires, Beck le qualifie d’ultime désir d’évitement de la souffrance pour soi, ainsi que pour les autres personnes autour, à qui l’oncroit faire subir celle-ci. Le travail auprès de personnes dépressives ne peut s’opérer qu’à partir d’un minimum de motivation expriméepar la personne à l’égard d’une tâche ou d’une activité donnée, par une évaluation préalable de ses capacités afin de bien jauger leniveau d’efforts, ainsi qu’un sens clair au plan de la valeur du but et des attentes de réussite. En somme, toute programmationextérieure de l’aide offerte à la personne dépressive est vouée à l’échec et à la perpétuation du sentiment de perte chez la personne. Lechangement motivationnel trouve sa source dans l’intention et le sens.Le chapitre 6 a pour titre Quand l’alarme est pire que le feu : la névrose d’angoisse. Il y est plus particulièrement question d’anxiété,aussi bien flottante que chronique. Tel que le souligne le titre, l’anxiété consiste en la perception d’un événement effrayant appelé à seproduire dans le futur. Les personnes anxieuses sont enclines à attribuer des risques de conséquences surévalués aux événements etaux personnes, de manière à ressentir des émotions et d’adopter des comportements tout aussi erronés. Bien qu’il y ait présence ounon d’un agent stresseur dans l’environnement immédiat de la personne, la personne anxieuse tend à en surévaluer les risques et lesconséquences. Cela peut ainsi non seulement entraîner des émotions accrues de peur, mais aussi altérer ou paralyser son jugement, sacapacité d’évaluation, sa mémoire, son raisonnement, puis ultimement sa capacité à faire face aux événements (ex. : préparation auxexamens; performance en entretien d’embauche; entrevoir une rencontre de négociation de salaire ou d’affirmation de ses besoins).Le chapitre 7 porte sur La peur incompréhensible : les phobies et les obsessions. Souvent identifiées à titre de troubles anxieuxciblés, les phobies s’associent à une idéation altérée des objets. Les types de phobies sont incalculables : peur des espaces vides(agoraphobie); peur des endroits élevés (acrophobie); peur des ascenseurs; peur des tunnels; peur des voyages en avion, etc. Enmatière d’orientation et de développement de carrière, celles les plus fréquentes sont les phobies sociales. Il n’y a ici qu’à penser à lapeur de l’échec qui peut engendrer des émotions intenses qui peuvent prendre contrôle de facultés intellectuelles (compréhension,mémoire, pensée) ou motrices. La prise de parole en public constitue une autre manifestation des phobies sociales. Face à un groupe 18
  19. 19. d’individus, parfois même des collègues de travail que l’on fréquente tous les jours, la situation constitue un agent stresseur tel qu’ilengendre un état de détresse et de tension chez la personne qui bloque ses capacités de concentration. Pour Beck, l’impact des phobiessociales chez la personne relève de l’importance des réactions émotives relativement à la perte de contrôle et au jugement des autresenvers soi. Une des raisons pour lesquelles il peut s’avérer difficile de traiter les phobies est que dans une certaine mesure (réaliste), ledanger objectif n’est jamais dénué de risque réel (Beck, 2010).Le chapitre 8 conclut quatre chapitres abordant des troubles spécifiques au plan cognitif et émotionnel. Celui-ci s’intitule L’espritplutôt que le corps : les troubles psychosomatiques et l’hystérie. Depuis toujours, les problèmes du corps et de l’esprit se croisent surla frontière de la médecine organique et de la psychologie. Prenant implicitement position, Beck constate que la notion de réel chez lapersonne relève non seulement de constructions psychologiques, mais également de certaines prédispositions physiques. Beck définitles troubles psychosomatiques en termes d’« anomalies démontrables dans le fonctionnement ou la structure d’un organe ou d’unsystème physiologique du corps : la peau, le système gastro-intestinal, le système cardiovasculaire ou le système respiratoire » (p.154)Au cœur des troubles psychosomatiques se trouve les émotions. Celles-ci témoignent de la pression exercée par un stresseur interne(ex. : concevoir le bonheur comme résultante d’une réalisation de soi dans toutes les dimensions de sa vie, entretenir des exigencesélevées, envisager toutes les situations comme une question d’évaluation de sa valeur à l’égard des autres et socialement) entraînant unétat de tension continuelle, auto-imposé et exagéré. Il est ici possible de penser à un employé qui ressent un mal de tête à chaque foisqu’il doit assumer des fonctions d’autorité ou d’un étudiant présentant des ulcères lorsqu’il doit rencontrer un client dans le cadre d’uncours de counseling de carrière, alors que ces deux personnes n’ont jamais véritablement échoué ou vécu de difficultés notables parrapport à ces activités. Tel que le mentionne Beck, le cycle psychophysiologique comprend un événement externe, qui entraîne uneexpérience de stress important, l’adoption de croyances quant aux dangers associés à celle-ci, puis à des manifestationsphysiologiques. Ce débordement psychologique se manifeste généralement par une souffrance disproportionnée et une anticipationexagérée des conséquences. Toutefois, il arrive aussi que la souffrance psychologique soit tellement importante qu’elle entraînel’apparition de réels problèmes de santé physique. C’est pourquoi les approches cognitives préconisent l’accès conscient à cette doublesouffrance par les personnes en difficulté. Beck fait entre autres référence aux techniques d’imagerie somatique telles que desexercices de représentation du soi somatique et de son influence sur les émotions, puis sur les pensées qui orientent lescomportements; les procédures de stimulation visuelle où une expérience sur mode vidéo présente une gamme de situationspotentiellement porteuses de sensations physiques plus ou moins intenses chez la personne; les analyses de rêves centrées sur les 19
  20. 20. sensations corporelles associées à certaines images, souvent répétitives lors des périodes de sommeil. En terminant, Beck distingueles troubles psychosomatiques des troubles hystériques. Ces derniers présentent également une distorsion cognitive qui entraînel’expérience d’une sensation de dysfonctionnement physique, mais sans qu’il n’y ait pour autant de maladie ou d’anomalie apparente.Les quatre derniers chapitres du livre (9, 10, 11 et 12) constituent une forme de retour synthétisée sur les approches cognitives. Lechapitre 9 présente Les principes de la thérapie cognitive. Tout d’abord, Beck porte la souffrance psychologique au cœur desapproches cognitives. À cet égard, le travail d’intervention auprès des personnes en souffrance doit miser sur l’utilisation detechniques efficaces afin d’identifier, d’évaluer et de corriger les conceptions et les autosignaux erronés qui maintiennent lespersonnes en état de fragilité, de confusion, de déception à l’égard d’eux-mêmes, des autres, du monde et de la perspective d’un avenirheureux. Toujours selon Beck, les réactions émotionnelles constituent la clé donnant accès aux souffrances de la personne. De soncoté, les cognitions révèlent la manière dont cette souffrance est construite et les zones d’intervention spécifiques afin d’en atténuer oud’en modifier les effets, que ce soit en termes d’attitudes ou de comportements. Trois types d’approches peuvent guider l’intervenantde la thérapie cognitive. Tout d’abord, Beck nomme l’approche dite intellectuelle. Celle-ci porte sur l’identification d’erreurs deconception chez la personne, puis d’une discussion visant à tester leur validité, afin de favoriser une compréhension de l’interactionentre ses émotions, ses pensées et ses comportements lors de l’expérience de certains contextes, puis l’adoption d’attitudes plusappropriées. Une autre approche est dite expérientielle. Celle-ci mise sur l’exposition de la personne à des situations d’expériencessuffisamment puissantes émotionnellement de manière à confronter les cognitions erronées de la personne et de soustraire les erreursde conceptions associées. Enfin, l’approche comportementale, de nature plutôt pédagogique, mise sur l’apprentissage de nouvellesconceptions de soi et de la réalité environnante en parallèle à des essais comportementaux en conséquence. Pour être efficaces, lespersonnes cibles visées par les approches cognitives doivent être minimalement aptes à l’introspection et à la réflexion sur ses pensées.Conséquemment, l’intervenant faisant appel à une telle approche tiendra compte du niveau de développement intellectuel et deformation du langage de la personne (dénomination d’objets et de situations; élaboration et vérification d’hypothèses). Sur le plan dela relation de travail avec son client, l’intervenant s’assure d’une collaboration authentique, ce que Beck qualifie d’entente claire etformelle entre l’aidant et l’aidé à propos d’un problème à régler, le but de la démarche, les moyens à utiliser, la nature et la durée del’intervention, la participation active essentielle du client pour alimenter le travail commun. L’intervenant devra également se montrersouple face à l’émergence de nouvelles préoccupations soulevées par le client au fil des rencontres. L’alliance collaborative nécessaireà l’efficacité de la démarche devra permettre au client d’exprimer ses pensées et ses sentiments, sans risque de honte, d’infériorité ou 20
  21. 21. d’imperfection, notamment lors des rétroactions fréquentes et nécessaires de la part de l’aidant. En fait, l’intervention ne porte pastant sur la personne en problème que sur le problème de la personne. Une méthode de résolution de problème permet une distanciationsuffisante entre la personne et son problème, ce qui permet une meilleure conscience des impacts d’actions portées sur ledéveloppement de nouvelles façons de pensées, de ressentir et de vivre … et transférables à d’autres dimensions de vie. La crédibilitéconstitue également un enjeu important pour Beck. Pour ce dernier, l’intervenant doit afficher une position neutre, ni trop optimiste, nidéfiante, qui encourage l’expression de pensées automatiques et de croyances irrationnelles, qui porte une écoute attentive à lacapacité de s’ouvrir du client selon les méthodes employées. Celui-ci doit faire attention de tomber dans une dynamique d’intervenant-surhomme (client attribuant au conseiller l’autorité et la responsabilité de la démarche, abandonnant du coup sa capacitéd’autocritique), ni celle d’intervenant-menace (qui affronte, plus que ne confronte les résistances du système de croyances du client).De même, il doit éviter de devenir un intervenant trop optimiste tellement centré sur la dynamisation positive que la cliente peut ypercevoir un manque de considération à la gravité de ses difficultés. En terminant, Beck décrit les phases d’un travail de résolution deproblème par reconstruction d’une séquence causale. Ainsi, l’intervenant cherchera tout d’abord à identifier le dénominateur communaux multiples difficultés et symptômes du client. Ensuite, il tente d’élaborer une chaîne de symptômes relatifs aux problèmes vécuspar le passé et actuellement. Enfin, il articule un modèle conceptuel de l’expérience subjective de la personne en le partageant et lecorrigeant au travers d’un travail ensemble.Le chapitre 10 aborde Les techniques de la thérapie cognitive. Plusieurs de ces techniques sont proposées par Beck et la plupartpeuvent être utilisées au sein de mêmes stratégies d’intervention. D’abord, il propose la méthode expérimentale où des hypothèsessont identifiées, puis vérifiées par une expérience plus ou moins contrôlée. La technique de reconnaissance d’idéations inadaptées oude pensées automatiques vise de son côté à entraîner la personne à relever progressivement les manifestations de certaines cognitionsdysfonctionnelles à partir de l’émergence d’émotions récurrentes. Dans le cas de pensées automatiques moins facilement accessibles,Beck propose la technique de remplissage des « blancs », laquelle implique un travail d’approfondissement et d’observation de lasuccession de pensées, d’émotions et comportements par rapport à différents événements externes. La technique de distanciation et dedécentration relève davantage d’une attitude. La distanciation facilite la soustraction de la personne par rapport à une dynamiquesituationnelle par l’essai d’une nouvelle perspective. La décentration porte plus particulièrement à éviter le piège de lapersonnalisation des composantes d’un événement par rapport à d’autres possibilités dépassant sa seule expérience subjective. Parmiles autres techniques nommées par Beck, il y a aussi celle d’authentification des conclusions où les conclusions automatiques et 21
  22. 22. potentiellement erronées des personnes sont soumises à des épreuves d’argumentation logique. La technique du changement de règleconsiste quant à elle à explorer et identifier des situations de risque, d’insécurité, de souffrance où sont autosuggérées des obligations(il faut que …! je n’ai pas le choix …; c’est la vie …) et des règles de fonctionnement (ex. : si (mon conjoint, mon père ou ma mère,mon enfant) ne m’aime pas, je ne vaux rien; si un collègue n’est pas d’accord avec moi, c’est qu’il veut me rabaisser ; si je refuse unedemande de mon patron, je vais perdre de l’importance dans l’entreprise). De façon générale, les stratégies d’interventions proposéespar ce type d’approche cognitive ont pour objet d’aider la personne à corriger un problème par une démarche systématisée afind’éviter les essais-erreurs, l’errance parmi des méthodes disparates, la perte de direction.Le chapitre 11 aborde La thérapie cognitive de la dépression. Ce type de problématique rejoint plus particulièrement les intérêts derecherche d’Aaron Beck. Dans son ouvrage, il propose d’ailleurs un tableau (p.216-217) - très pertinent pour les praticiens - traitantd’interventions spécifiques à certains types de problème ciblés avec la personne : inertie, évitement, fatigabilité, intentions suicidaires,désespoir, manque de gratification, autocritique et haine de soi, douleurs émotionnelles, surévaluation des exigences, des problèmes etdes pressions externes. Bien que le symptôme d’un problème puisse apparaître sous la forme d’émotions ou de comportements,l’efficacité de toutes interventions porte sur la modification de l’organisation cognitive de la personne. Pour ce faire, les stratégiesd’intervention sont multiples : activités de structuration des pensées du client; prescription de tâches avec niveau progressif dedifficulté ; relativisation consciente de situations de vie tout aussi plaisantes que déplaisantes; réévaluation cognitive séquentielle(symptômes, cognitions, motivations, généralisations, inférences arbitraires, pensées dichotomiques, théories personnelles implicites,tests de validation d’hypothèses et de prémisses). D’autres stratégies d’intervention porteront davantage sur l’essai de nouvellesattitudes et de nouveaux comportements suivis d’un travail d’analyse rétrospective et de la mise en place de solutions d’alternative auxproblèmes psychologiques. De plus, les stratégies pourront également porter sur la visualisation et l’entraînement à l’imagination desituations problématiques et de formulation d’alternatives éclairées (but, étapes de réalisation, obstacles et conflits potentiels,ajustements possibles). De plus, ces tâches peuvent aussi bien se réaliser en contexte d’entretien avec l’intervenant que parassignation de tâches à domicile décidé, puis revisité (retour sur l’expérience) lors de ces rencontres.En guise de douzième et dernier chapitre, Beck aborde Le statut de la thérapie cognitive. Il énonce une posture personnelle à l’égardde l’importance de l’exhaustivité, de la fiabilité et de la validité de modèles théoriques d’intervention auprès des personnes. Parmi lescritères permettant une juste évaluation de la qualité des approches et modèles théoriques d’intervention, Beck nomme d’abord 22
  23. 23. l’importance de pouvoir s’appuyer sur une théorie ou un modèle théorique exhaustif sur le plan de la cohérence interne(opérationnalisation des concepts), des principes logiques qui lient la théorie à la pratique, à l’explicitation de ses particularités, de sesavantages et de ses limites par rapport à d’autres théories ou modèles, à la souplesse lui permettant le favoriser le développement de larecherche et de nouvelles techniques, ainsi qu’à la vérification par la preuve empirique de ses hypothèses, de ses axiomes et de sespostulats. Une autre dimension importante de la qualité d’une théorie ou d’un modèle théorique d’intervention est de décrire demanière détaillée les différentes techniques permettant son utilisation en contexte pratique : définitions et descriptions claires,exhaustives et applicables; argumentation empirique favorable, fiable; à leur efficacité en situation d’intervention similaire par desessais conduits avec des mesures , des groupes témoins, des évaluations par juges indépendants et par un suivi à long terme. Par lasuite, Beck se livre à un examen comparatif des approches cognitives avec celles d’allégeances psychanalytiques oucomportementales au plan de certaines variables telles le statut de la conscience, le rôle d’accompagnement, la nature du changement,les mécanismes sur lesquels se réalisent l’intervention, le transfert de connaissances à des fins de formation et de recherche.Pertinence pratiqueL’ouvrage de Beck expose les fondements de la thérapie cognitive. Les professionnels de l’orientation et du développement decarrière qui souhaiterait faire l’usage d’une telle approche devraient 1) prendre en compte la dimension du fonctionnementpsychologique de la personne lors de leurs interventions; 2) accorder une place prépondérante à l’organisation et l’opérationnalisationdes mécanismes cognitifs de la personne ; 3) considérer les émotions et les comportements de la personne à titre de symptômessignificatifs de l’expérience de certains événements, de certaines rencontres ou de certains contextes. En contexte d’interventionindividuelle ou de groupe, de formation ou d’enseignement, d’encadrement ou de gestion de personnel, une approche cognitive del’orientation et du développement de carrière peut enrichir la pratique de professionnels sensibles aux pensées automatiques, auxcroyances irrationnelles, aux idéations, aux généralisations ou encore aux interprétations des personnes par rapport à elles-mêmes, auxautres, au monde, ainsi qu’à l’égard de leur vision de l’avenir.Une intervention réalisée sous une approche cognitive peut ainsi bénéficier d’une entrée en relation de travail par l’analyse de récits devie. En se racontant, la personne est ainsi invitée par son conseiller à un travail d’approfondissement et d’exploration certains enjeux 23
  24. 24. problématiques. Progressivement, une telle approche pourra faciliter l’identification de liens possibles entre différents événementsprésentant des similitudes quant aux cognitions, émotions et comportements s’y associant. Après quelques rencontres, ces différentsliens établis pourront permettre une meilleure articulation d’ensemble du fonctionnement psychologique de la personne. Au travers detoutes ces actions précédentes et à partir de ce moment, les interventions peuvent alors permettre l’identification de mécanismescognitifs spécifiques sur lesquels mettre en place des méthodes menant vers des attitudes et des comportements plus éclairés à l’égardde leur orientation et de leur carrière.Parmi les avantages d’une telle approche, notons 1) la considération de la dynamique d’interdépendance entre cognitions, émotions etcomportements; 2) la possibilité de mesurer et d’observer les effets de l’intervention; 3) l’accent sur le problème de la personne plutôtque de la personne en tant que problème, ce qui évacue de possibles conséquences culpabilisantes pour le client; 4) sur une plusgrande responsabilisation du client en raison d’interventions centrées sur les mécanismes psychologiques accessibles à la conscience;5) sur la possibilité du conseiller à jouer plus aisément un rôle actif au sein de la démarche et de faire valoir aisément au client laparticipation active essentielle dont il doit faire preuve pour être aidé à s’aider. 24
  25. 25. Quelques modèles d’intervention en orientationStéphanie Gervais, c.o.3Il existe diverses façons de concevoir et de pratiquer l’orientation professionnelle et il serait impossible de couvrir l’ensemble desapproches existantes en orientation dans le cadre de cette activité dirigée. Toutefois, il est possible de les regrouper selon trois typesd’approches en orientation. Ainsi, l’orientation éducative, l’orientation positive et l’orientation dite plus clinique seront présentéesdans cette section ainsi que leur modèle-type d’intervention.Orientation éducativeIl est possible de situer le début du développement des méthodes d’éducation à l’orientation dans les années 1970 (Guichard etHuteau, 2006). Les méthodes d’éducation à l’orientation visent entre autres, à enrichir le bagage des connaissances des jeunes sur lemonde professionnel en leur fournissant de l’information sur les études et les professions, bien qu’elles ne limitent pas à cela(Pelletier, Bujold et coll., 1984). Elles ont également comme visée de permettre à l’individu de mieux se connaitre, de faciliter sonimplication dans le processus d’orientation et de développer des habiletés et des attitudes le rendant apte à prendre des décisionsconcernant son avenir (Pelletier, Bujold et coll., 1984; Guichard et Huteau, 2006).Le plus souvent, les méthodes d’éducation à l’orientation se présentent sous forme d’activités et d’exercices papier-crayon. Leprocessus est généralement bien structuré et programmé. Dès le début, des objectifs généraux sont clairement définis et des objectifs3 Gervais, Stéphanie (2012). Les stratégies d’intervention mises en œuvre par des conseillers d’orientation du réseau d’enseignement collégial auprès de collégiens inscrits ausecteur régulier. Rapport d’activités dirigées présenté comme exigence partielle de la maîtrise en carriérologie. Sous la direction de Louis Cournoyer, professeur. Montréal :Université du Québec à Montréal. Document disponible en ligne : http://orientationpourtous.blogspot.ca/2012/09/essai-en-ligne-les-strategies.html 25
  26. 26. spécifiques en lien avec les activités et les exercices sont également établis (Guichard et Huteau, 2006). Durant le processusd’intervention, le conseiller s’attarde à l’exploration du passé de l’individu, l’évaluation des possibilités dans le présent et la projectionvers l’avenir. Comme le précisent Guichard et Huteau (2006), le rôle du conseiller selon cette approche est de transmettre desconnaissances à son client en vue qu’il développe des capacités mentales à réfléchir sur soi, ses expériences et sur le monde quil’entoure.La méthode de l’ADVP sera présentée dans cette partie puisqu’il s’agit du modèle-type en orientation éducative. L’ADVP est inspiréde la psychologie développementale de Super et notamment, de la psychologie cognitive de Guilford (Guichard et Huteau, 2006). Eneffet, les auteurs (Pelletier, Noiseux et Bujold, 1974), ont déterminé des tâches développementales à réaliser dans le cadre d’unprocessus de prise de décision vocationnelle, qu’ils ont associées aux habiletés cognitives de Guilford. Ainsi, cette méthode vise àmettre en action les habiletés intellectuelles nécessaires à la réalisation de chacune des tâches développementales en vue d’atteindre lamaturité vocationnelle.La méthode de l’ADVP est constituée de quatre étapes, correspondant à des tâches développementales ou évolutives en vue d’acquérirune identité professionnelle qui se réalise tout au long de la carrière. La première tâche concerne lExploration, qui met laccent sur laconnaissance de soi et sur le monde. Tel que le stipulent Super et Holland, la connaissance de soi est à la base d’une démarche dechoix de carrière, car elle permet d’effectuer un choix professionnel éclairé (Bujold et Gingras, 2000). Pour établir ce choix, lesconseillers qui travaillent selon une approche éducative amènent l’individu à explorer les diverses composantes de son identitépersonnelle telles ses intérêts, ses aptitudes et ses valeurs, ses forces et ses limites, ses traits de personnalité, etc. Également, c’estl’étape de l’exploration du monde du travail et des professions. À ce moment, l’individu considère une grande variété de possibilitésen lien avec lui-même et le monde du travail (Guichard et Huteau, 2006). Lors de l’exploration, l’individu fait des choix provisoires, ildécouvre et s’informe. À la deuxième étape, la Cristallisation, il s’agit pour l’individu de comprendre et dordonner les informationsrecueillies au cours de l’exploration pour qu’il sy situe et se positionne. À partir de ce moment, «une image de soi centrale, cohérenteet stable commence à s’organiser» (Pelletier et coll., 2001). Effectivement, à cette étape les individus commencent à exprimer l’imagequ’ils ont d’eux-mêmes et de certaines professions afin de faire des choix, mais ces préférences peuvent tout de même demeurer assezvagues (Bujold et Gingras, 2000). D’ailleurs, on dit de ces préférences qu’elles sont exploratoires puisqu’elles peuvent être très 26
  27. 27. diversifiées et être abandonnées en cours de route par la personne. Ce n’est que graduellement que le lien s’effectue entre lesinformations recueillies au cours de l’exploration (intérêts personnels) et le choix professionnel (Pelletier et coll., 2001).Les deux dernières étapes du processus font partie d’un continuum. La troisième étape concerne la Spécification d’une préférencevocationnelle. Au cours de cette phase, l’individu intègre dans sa réflexion les facteurs à considérer, ses motivations et les valeurs quilui serviront de critères d’évaluation (Pelletier et coll., 2001). Cela est fait en vue de la hiérarchisation des possibilités envisagéesprécédemment afin d’en arriver à la formulation d’un projet professionnel relativement précis. Enfin, la dernière étape est laRéalisation, c’est-à-dire l’actualisation d’une préférence vocationnelle. Elle vise la concrétisation et la mise en place dun plandaction. Il s’agit pour l’individu d’identifier de quelle manière il actualisera sa préférence en faisant par exemple, une liste desdémarches à faire, des obstacles, des moyens à sa disposition, de ses ressources et du soutien disponible, etc. Cependant, certainespersonnes peuvent entamer l’étape de la réalisation sans avoir préalablement cristallisé et spécifié leur préférence, ce qui peut avoirdes conséquences sur la persévérance par rapport au choix établi (Bujold et Gingras, 2000).Orientation positiveLa psychologie positive se différencie des approches thérapeutiques traditionnelles ayant pour but d’étudier et résoudre les«pathologies» du client en proposant pour sa part, une perspective positive de l’intervention. De la même manière, l’orientationpositive ainsi que le développement de carrière en général, vise à soutenir l’épanouissement de la personne en proposant desinterventions strictement préventives, et non curatives. (Desjardins, 2006). Les tenants de l’orientation positive soutiennent qu’il estimportant de ne pas rester focalisé sur le problème, qu’il n’est donc pas nécessaire d’en savoir beaucoup sur le problème, ni d’enconnaître la nature pour aider le client à le résoudre (O’Hanlon et Weiner-Davis, 1995). En effet, on adopte la perspective inverse,c’est-à-dire que plutôt que de tenter de résoudre les problèmes du client, on cherche à élaborer des solutions avec celui-ci (Lamarre,2005). Ces solutions se trouvent dans le présent et le passé du client, et non dans l’avenir. Entre autres, c’est par l’identification desmoments où son problème est absent, la question des exceptions, que le client peut distinguer des solutions qu’ils avaient sous lesyeux, c’est-à-dire des solutions ayant déjà fonctionnées dans le passé et qu’il avait oublié ou encore, des solutions qu’il n’avait toutsimplement pas remarquées (O’Hanlon et Weiner-Davis, 1995). 27
  28. 28. Desjardins (2006) mentionne que les objectifs poursuivis en orientation positive sont de : 1) reconnaître les ressources des individus;2) travailler avec eux au développement de leur potentiel; 3) créer l’espoir de vivre heureux. Chaque individu possède des ressourceset des forces qui peuvent être exploitées pour effectuer les changements qu’il souhaite apporter dans sa vie. Toutefois, puisque lesindividus utilisent naturellement leurs forces, ils ont souvent «tendance à les sous-estimer et à les considérer comme normales et sansgrand impact» (Desjardins, 2006, p.6). C’est précisément le rôle du conseiller de tenter d’accéder aux forces et aux ressourcesdisponibles de son client afin qu’il puisse les reconnaître et les utiliser en pleine conscience. En reconnaissant ses forces, celaaugmente la confiance du client et favorise l’utilisation de celles-ci vers l’atteinte de son projet de carrière ou de vie.Avec ce type d’intervention dite positive, il est possible d’observer des changements rapides chez le client et même de résoudrerapidement les problèmes. Les démarches en orientation positive sont brèves, elles se situent généralement entre quatre ou cinqséances, et ne dépassent pas dix rencontres (O’Hanlon et Weiner-Davis, 1995). La situation du client change continuellement, mêmes’il ne s’en aperçoit pas ou qu’il n’en prend pas conscience. Le conseiller doit donc s’attarder à repérer ces éléments de changementpositif dans la vie du client et voir à les amplifier. Notamment, c’est grâce à des tâches intersessions, prescrites par le conseiller, queles changements s’opèrent et se consolident.Le modèle-type d’intervention en orientation positive est l’approche orientée vers les solutions (AOVS), qui sera présentée dans cettesection. Cette approche a été développée vers la fin des années 1970 par Steve de Shazer, Insoo Kim Berg et leurs collègues du BriefFamily Therapy Center (Lamarre, 2005). L’orientation vers les solutions s’effectue selon trois moyens d’intervention, soit parl’établissement d’une relation de co-création de solutions entre le conseiller et le client, par la visualisation de l’avenir et l’utilisationdes forces et des ressources du client.Dans un premier temps, il s’agit d’offrir un accueil inconditionnel au client, c’est-à-dire l’accepter tel qu’il est et là où il est rendu aumoment où il vient nous rencontrer, en reconnaissant ses propos, ses sentiments, ses points de vue et en validant son expérience(O’Hanlon et Beadle, 1997). Ensuite, il s’agit de s’attarder à la façon qu’a le client de voir sa difficulté, la manière dont il interprète saréalité. L’objectif du conseiller est de changer la façon de voir du client par rapport à sa difficulté, en relativisant et en normalisant sonexpérience, sans toutefois banaliser ou minimiser celle-ci. Cela permet au client d’en arriver à de nouvelles conclusions sur son passé 28
  29. 29. et d’entrevoir qu’un changement positif est possible pour le futur, ce qui ouvre la voie vers la création de nouvelles perspectives et denouvelles possibilités. En AOVS, une relation de co-création de solutions s’installe entre le client et son conseiller, où le client estl’expert de sa situation problématique et où le conseiller agit à titre de partenaire et de mobilisateur.Les intervenants de l’approche orientée vers les solutions, proposent à la personne de s’imaginer dans un avenir convenable, où laproblématique présente dans sa vie actuelle serait absente. Ils utilisent la «question miracle» pour aborder l’avenir, ses possibilités etdes hypothèses de solutions. La question miracle de base est : Imaginez qu’une nuit, alors que vous êtes endormi, il se produise unmiracle et que ce problème se trouve résolu. Comment le sauriez-vous? Qu’est-ce qui serait différent? (O’Hanlon et Weiner-Davis,1995, p.26). Le client se projette ainsi dans un futur où sa difficulté liée à son orientation professionnelle n’existe plus et doit réfléchirà ce qu’il doit faire pour atteindre cette situation de bien-être. Cette question permet d’identifier quels sont les résultats que le clientsouhaite atteindre dans le cadre de la démarche et déterminer de quelles façons il pourra y parvenir en explorant des pistes desolutions. À partir de ce moment, des objectifs de processus peuvent être établis avec le client, où celui-ci décide des résultats àatteindre par la visualisation positive de son avenir. Le conseiller en AOVS tient à avoir une idée claire vers où diriger les efforts dechangement et savoir comment lui et son client sauront que la démarche est complétée. Ainsi, une question telle que «Commentsaurez-vous que vous pourrez continuer sans mon aide?» permet de prévoir la fin de l’intervention dès le début du processusd’orientation.Durant le processus, il s’agit toujours de mettre l’emphase sur les forces et les ressources du client et non sur ses difficultés et sesfaiblesses. Le rôle du conseiller est d’accéder aux forces et aux ressources du client qui lui seront utiles pour effectués leschangements souhaités, alors que le rôle du client est de mettre celles-ci en œuvre pour atteindre sa vision positive de l’avenir(O’Hanlon et Weiner-Davis, 1995). La détermination des forces et des ressources du client permet de constater les moyens dont ildispose actuellement pour entraîner le changement souhaité. Selon cette approche, il y a deux façons d’identifier les forces etressources du client, soit en s’intéressant aux moments d’exception de son problème et en identifiant des talents et des ressourcesextérieures au problème.Les moments d’exception correspondent aux moments durant lesquels la difficulté du client est vécue moins intensément. Le rôle del’intervenant ici est de mettre l’accent sur ces moments de répit, où le client maîtrise ce qui l’entoure, et dégager ce qu’il fait de 29
  30. 30. différent. En parlant des moments d’exception dans les détails, le client développe une vision plus claire des circonstances ayant rendupossible ces moments. De cette façon, il peut identifier des solutions à partir d’actions qu’il a déjà mises en branle, ce qui favorise unsentiment de compétence (Desjardins, 2006). L’objectif étant de reproduire au quotidien ces solutions faisant déjà parties del’inventaire du client.Également, certains talents et ressources du client qui sont extérieurs au problème peuvent lui être utiles pour atteindre sa visionpositive de l’avenir. Le client étant plus souvent centré sur son problème que sur les aspects de sa vie qui vont bien, le rôle del’intervenant consiste à se préoccuper des réussites vécues dans le passé par son client, dans l’objectif de co-construire des solutionsefficaces. Pour ce faire, l’intervenant doit aider le client à identifier ses ressources et ses talents à travers ses succès, ses intérêts et sescapacités afin qu’il apprenne à les utiliser dans les zones conflictuelles de sa vie et que puisse s’opérer le changement. D’une part, leclient obtient une image plus positive de lui-même en énumérant ses ressources et d’autre part, en faisant cet exercice, cela lui permetd’envisager des solutions constructives à son problème grâce au transfert possible des ressources qu’il possède déjà.Enfin, pour que le processus de changement s’opère, il faut que le client agisse différemment en vue de réaliser son projet, soit enmodifiant ses actions. Pour cela, le conseiller doit intervenir pour l’aider à se réapproprier le pouvoir qu’il a de modifier ses conditionsde vie et régler sa difficulté. La réappropriation du pouvoir, aussi appelé l’empowerment, est rendue possible grâce aux rétroactionspositives du conseiller par rapport aux ressources et aux forces que le client possèdent et en semant le doute quant à ses faiblesses(Lamarre, 2005). Cela amène ainsi le client à entrevoir qu’il a la possibilité de se réapproprier son pouvoir d’améliorer sa situation devie et à retrouver la confiance nécessaire en ses capacités pour régler sa difficulté. Une série de petits objectifs, des actions concrètes àréaliser, peuvent ainsi être établis et permettent à l’individu de vivre plusieurs petites réussites durant la démarche. Cela lui donneconfiance et le motive à poursuivre vers l’atteinte de son but professionnel ou de vie. En résumé, il s’agit d’un processus de prise encharge de l’individu par lui-même par la construction d’une nouvelle vision par rapport à ses forces et par la co-construction desolutions originales avec son conseiller en vue de produire le changement et ultimement, de vivre heureux. 30
  31. 31. Orientation plus cliniqueIl est possible de situer les débuts de l’orientation plus clinique vers le début des années 2000. Elle se fait plus présente notamment,depuis l’adoption de la Loi 21 qui octroie aux conseillers d’orientation le droit d’évaluer les personnes atteintes d’un trouble mental ouneuropsychologique, d’évaluer les troubles mentaux et le retard mental ainsi qu’évaluer les élèves handicapés ou en difficultéd’adaptation (OCCOQ, 2012). Étant donné l’arrivée de cette loi et la révision du champ d’exercice de la profession que cela aentraîné, un Guide d’évaluation en orientation a été produit par l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec(OCCOQ, 2010). Ce Guide d’évaluation est un cadre de référence général pour les pratiques des conseillers d’orientation. Enconséquence, tous les conseillers et conseillères d’orientation peuvent se l’approprier, peu importe qu’ils préfèrent une conception ouune approche théorique en particulier. Toutefois, ce guide intègre la dimension clinique de l’évaluation, prescrite particulièrement parl’adoption de la loi 21. Ainsi, ce guide servira de référence afin de présenter ce qu’est l’intervention en orientation dite plus clinique.L’orientation et l’évaluation sont deux indissociables. En effet, l’évaluation en orientation est au cœur des pratiques des conseillers etdes conseillères d’orientation, peu importe leur secteur de pratique et celle-ci est vue comme étant continue en cours de processusd’intervention (OCCOQ, 2010). L’Ordre y définit l’évaluation en orientation comme étant : […] un processus qui consiste à recueillir des informations à l’aide de différents moyens et outils, tous justifiés au regard des objectifs de l’intervention. Également, l’évaluation implique de porter un jugement clinique permettant d’estimer et d’apprécier la situation de la personne selon un cadre de travail rigoureux, exhaustif et systématique, de manière à pouvoir en partager les résultats et à mettre en évidence ses enjeux (OCCOQ, 2010, p.6).L’évaluation clinique est une activité rigoureuse, exhaustive et systématique, ainsi elle doit permettre ultimement au conseillerd’orientation de justifier son évaluation et ses conclusions. Pour ce faire, l’évaluation des ressources personnelles, du fonctionnementpsychologique et des conditions du milieu se réalise à travers une investigation systématique de la singularité de l’identité et de lasituation de la personne. Ces trois dimensions sont intimement interreliées, puisqu’à l’intérieur d’un milieu donné, le fonctionnementpsychologique de la personne lui permet de mobiliser, plus ou moins efficacement, ses ressources personnelles (OCCOQ, 2010). Afin 31
  32. 32. de mieux saisir ce qu’impliquent ces dimensions de l’évaluation, une brève présentation en sera faite et des indicateurs pour chacunedes trois dimensions seront présentés dans le tableau 3.Lorsque le conseiller d’orientation évalue les ressources personnelles d’une personne, il s’intéresse notamment, aux connaissances etau niveau d’information de la personne relatif à la connaissance de soi, au marché du travail et de la formation, à la connaissance desservices et des opportunités disponibles dans un contexte donné. Il s’agit également d’explorer les acquis formels et informelsdéveloppés à travers les différentes expériences de vie, professionnelles, scolaires, de loisirs et de toute autre activité personnelle. Àcela peut s’ajouter l’investigation de variables sociodémographiques telles que l’âge, le sexe, l’ethnie, l’état civil, le statut judiciaire,les capacités financières et le transport. En fait, les ressources personnelles de la personne seront mobilisées en contexte d’adaptation àde nouvelles situations et conditions du milieu, où elles se manifesteront plus ou moins efficacement selon le fonctionnementpsychologique de la personne (Cournoyer, 2010; OCCOQ, 2010).Quant à lui, le fonctionnement psychologique est continuellement influencé par l’interaction de facteurs d’ordre biologique,psychologique et social. L’évaluation du fonctionnement psychologique de la personne implique pour le conseiller d’orientation detenir compte de ses caractéristiques (p.ex. : intérêts, valeurs, aptitudes, traits de personnalité), de l’organisation dynamique de celles-ci(p.ex. : croyances, pensées, émotions, comportements) et de leurs impacts sur sa vie quotidienne (p.ex. : modalités d’autorégulation etd’autoprotection, qualité de l’estime et confiance en soi, stratégies adaptatives) (Cournoyer, 2010; OCCOQ, 2010). Le fonctionnementpsychologique implique aussi d’évaluer la présence de troubles mentaux, d’un retard mental, de situations de handicap, de difficultésd’adaptation scolaire ou professionnel et d’autres troubles reconnus en santé mentale.En ce qui concerne les conditions du milieu, il s’agit pour le conseiller d’orientation d’identifier les possibilités et les contraintespropres à la situation de la personne, ainsi que tenir compte des interactions entre la personne et son environnement. Les conditions dumilieu concernent les lieux immédiats où la personne entretient des relations avec des proches (p.ex. : amis, famille), des groupes depairs, des collègues de travail et d’études, des supérieurs, ce qui peut exercer des influences mutuelles entre la personne et lesconditions de son milieu. Les conditions du milieu concernent également des déterminants structurels tels que le statutsocioéconomique de la personne, l’emploi exercé et le niveau de scolarité des parents, les représentations sociales des rôles sexuels etautres stéréotypes sociaux, les attributs conférés à certaines professions. À plus grande échelle, les conditions du milieu peuvent aussi 32
  33. 33. se rattacher à la situation économique, aux lois et règlements, aux politiques sociales et d’emploi, à la culture et aux mœurs, à latransformation du marché du travail, au développement technologique, à la mondialisation, au sens accordé par la sociétéd’appartenance (OCCOQ, 2010).En résumé, l’évaluation du fonctionnement psychologique, des ressources personnelles et des conditions du milieu est une activitéclinique où le conseiller doit considérer la singularité de la personne devant lui. Cette évaluation peut se réaliser à différents momentsde l’intervention, soit avant, au début, au milieu, à la fin et même après le processus d’orientation. Comme il l’a été mentionnéauparavant, l’évaluation est une activité continue et non linéaire. Ainsi, il est important de tenir compte des nouvelles informationsfournies par la personne durant tout le processus d’intervention. Bien que le conseiller ne puisse comprendre l’intégralité del’expérience subjective et intersubjective de la personne, celui-ci s’assure de mener une évaluation la plus exhaustive possible enconsidérant une pluralité de facteurs (p.ex. : urgence de la demande de service, besoins exprimés, historique des évènementssignificatifs, ressources et limites personnelles et environnementales, fonctionnement psychologique, etc.) (OCCOQ, 2010). À cetégard, les outils psychométriques peuvent jouer un rôle significatif dans la démarche en fournissant des informations qui ne seraientpas accessibles autrement. Entre autres, ils peuvent permettre d’approfondir la compréhension de la situation de la personne. Enfin,advenant une difficulté à bien mener à terme ses interventions, et plus spécifiquement celles liées à l’évaluation de la personne, leconseiller ou la conseillère d’orientation doit s’assurer de diriger celle-ci vers les ressources en mesure de l’aider. 33
  34. 34. Tableau 3 Indicateurs des trois dimensions de l’évaluation  Tempérament  Intérêts et valeurs  CroyancesFonctionnement psychologique  Personnalité  Besoins fondamentaux  Estime et confiance en soi  Stratégie d’adaptation  Motivation  Lieu de contrôle  Initiative, autonomie et responsabilités, etc.  Connaissance de soi  Expériences de vie, professionnelles et scolaires  Connaissances  Aptitudes, habiletés, capacités Ressources personnelles  Acquis formels et informels  Contacts, réseaux sociaux et soutien social  Santé physique et mentale  Sexe, âge, apparence, situation de handicap  Langues parlées  Connaissance du marché du travail, etc. 34
  35. 35.  Famille, groupes de pairs, collègues de travail et d’études, supérieurs, enseignants : valeurs, normes, dynamique relationnelle, influences diverses Conditions  Possibilités d’emploi et de formation du milieu  Conditions économiques  Contexte socioculturel, institutionnel et organisationnel  Politiques sociales, éducatives et du travail  Autres lois et réglementations du travail, etc.Source : Guide d’évaluation en orientation, (OCCOQ, 2010) 35
  36. 36. Évolution des pratiques de l’orientation au QuébecLouis Cournoyer, professeur (UQÀM)La profession de conseiller d’orientation existe au Québec depuis plus de 70 ans. Les professionnels de l’orientation accompagnentquotidiennement des individus jeunes et adultes dans leurs démarches de (ré) insertion, de (ré) adaptation et de (ré) orientation scolaireet professionnelle dans le secteur scolaire, de l’employabilité, du communautaire, de la santé et des services sociaux, de la pratiqueprivée et organisationnelle. À ce jour, peu d’études (Mellouki et Beauchemin, 1994a, 1994b, Duval, 1995) ont retracé une partie del’histoire de cette profession. Ce texte vise à mieux comprendre l’évolution sociale et historique de la profession de conseillerd’orientation au Québec.Ici et maintenant …Le Québec est la seule province canadienne et l’un des rares territoires dans le monde à réglementer le titre et certaines activitésprofessionnelles du conseiller d’orientation (Turcotte, 2004). L’Ordre des conseillers et des conseillères d’orientation du Québec(OCCOQ) travaille avec les universités offrant des formations de premier, de deuxième ou de troisième cycle spécialisées enorientation (Sherbrooke, Laval, McGill, Université du Québec à Montréal) et elle encadre l’admission à la profession et la compétencede ses membres. Selon Cuerrier et Locas (2004), il y a environ 2500 conseillers d’orientation (c.o.) au Québec réparti dans plusieurssecteurs de pratique : éducation (45%), emploi (20%), cabinet-conseil (12%), fonction publique et organismes parapublics (4%),entreprises (2%), centres de réadaptation (2%), milieux hospitaliers (1%), ailleurs ou dans plusieurs milieux (18%). Nonobstant leursecteur de pratique, leur rôle consiste à :Évaluer le fonctionnement psychologique, les ressources personnelles et les conditions du milieu, intervenir sur l’identité ainsi quedévelopper et maintenir des stratégies actives d’adaptation dans le but de permettre des choix personnels et professionnels tout au long 36
  37. 37. de la vie, de rétablir l’autonomie socioprofessionnelle et de réaliser des projets de carrière chez l’être humain en interaction avec sonenvironnement (Site Internet de l’OCCOQ).À cet exercice s’ajoute également celui d’information, de promotion de la santé, de prévention du suicide, de la maladie et desaccidents ainsi que des problèmes sociaux tant auprès des personnes, des familles que des collectivités. Depuis l’adoption de la Loi 21modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines(Gouvernement du Québec, 2009), les c.o. possèdent maintenant certaines activités réglementées concernant des types d’évaluationmenée auprès de clientèles jugées plus vulnérables en contexte d’intégration scolaire et professionnelle. À cet effet, les c.o. figurentmaintenant parmi les quelques professions reconnus pour leur capacité à gérer les risques de préjudices, l’autonomie nécessaire, ainsique la complexité de leurs pratiques auprès du public. La responsabilité accompagnant cette reconnaissance entraîne une certaineremise en question des façons de faire et de voir l’orientation (Landry, 2004). Legault (2008) rappelle à ce propos que l’adhésion à uneposture nouvelle au sein d’une profession où les activités professionnelles sont très diversifiées, de valeurs différentes, ainsi que decompétences différentes s’engagent dans une phase de construction identitaire commune.Mémoires orientantes …Au-travers de périodes de 10 ou de 20 ans, l’évolution des conseillers d’orientation est ici examinée sous l’angle sociohistorique,disciplinaire et professionnel.1900-1920 – Éloge de la concordance …Frank Parsons est considéré comme le père de l’orientation. Tel que le souligne Zunker (2002), c’est après avoir aidé des dizainesd’hommes et de femmes que Parsons en vient à proposer ce qui allait devenir la première conception d’une démarche d’orientation :1) faciliter une connaissance de soi sur le plan de ses aptitudes, de ses capacités, de ses intérêts, de ses ressources, de ses limitations,etc.; 2) connaître les exigences et les conditions de succès, les avantages et les désavantages, les conditions de travail, ainsi que lesperspectives d’emploi de certains métiers; 3) de développer un raisonnement permettant la mise en relation de sa connaissance de soiet de sa connaissance du marché du travail. Au cours des années suivant la parution de Choosing a Vocation de Parsons, l’orientation 37

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