La vérité                             Une série d’essais en regards croisés entre Mathias Schiltz, théologien             ...
– nous n’avons qu’à lire le Livre de l’Exode – son fondement dans l’expérience historique d’un Dieu libérateur, Dieufidèle...
4,42). À l’écoute de la parole transmise fait écho et correspond une voix intérieure. Tout près de toi est la parole,dans ...
Tout ce cheminement retrace l’œuvre de la grâce. Mais quelle est la part de l’homme ? La foi est grâce, don gratuit,offre ...
Parole. Parce quune foule innombrable dhommes et de femmes - une nuée de témoins, comme le dit la lettre auxHébreux (12,1)...
Là vous me posez une question bien embarrassante du fait que le terme "mystique" est assez équivoque. Dans unepremière app...
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Schiltz baudelet ii. vérité ii

  1. 1. La vérité Une série d’essais en regards croisés entre Mathias Schiltz, théologien et Bernard Baudelet, professeur des universités II. Vérité de la foi chrétienne en Dieu- Bernard BaudeletJe ne doute pas de votre foi en Dieu. Je sais quelle est enracinée dans une méditation approfondie des textesfondateurs de la Bible, par les témoignages des saints et des autres qui ont gouté aux délices de cet émerveillementdêtre aimé par Dieu, un Dieu personnel. Je vous ai découvert en paix. Je naurais jamais accepté déchanger enregards croisés avec vous si javais craint de pouvoir vous ébranler dans vos convictions. Ceci nous permettra depouvoir mettre en lumière nos divergences en toute authenticité sans risquer de déstabiliser lautre et de le fairesouffrir, même en toute amitié dans le respect de nos chemins de vie. Ami(e)s lectrices et lecteurs, il ny aura pas depugilat, ni vainqueur, ni vaincu, mais deux personnes dont lamitié a grandi au fur et à mesure de nos échanges. Etpuis, vous pourrez le noter, de nombreuses convergences se sont faites jour, à découvrir au fil de cette série dessaissur la vérité.- Mathias SchiltzCher Bernard, merci de rassurer nos lecteurs. Je ne puis, quant à moi, que confirmer l’atmosphère d’estime etd’ouverture réciproques qui a caractérisé nos échanges depuis les journées de réflexion et de silence partagé quenous avons vécues ensemble à l’Abbaye de Clervaux en octobre 2012. Et il est pertinemment vrai que notre amitién’a fait que grandir depuis lors, dans le respect mutuel de nos différences. À une époque où l’on n’aime que tropopposer les certitudes des sciences aux incertitudes ou conjectures de la foi, je voudrais en outre rendre hommageau scientifique de haut rang que vous êtes de ne pas avoir voulu nous présenter une vérité des sciences coulée enacier.En guise d’introduction à votre essai sur la "Vérité en sciences", j’ai fait état de mon scepticisme par rapport à larigueur de l’expérimentation scientifique. Vous ne m’avez pas convaincu du contraire. Il reste cependant quel’expérience est indispensable dans toute recherche et dans toute approche de la vérité.On dit d’Angelo Giuseppe Roncalli, le futur Pape Jean XXIII, que tout jeune professeur au séminaire de Bergamo, ilaurait, en 1907, au comble de la crise antimoderniste, mis en exergue d’un discours académique le célèbre dicton deFrancis Bacon : Tout savoir provient de l’expérience. Nous imaginons facilement la méfiance et la suspicion dontRoncalli devint par la suite l’objet au Saint-Office, successeur de la "Sainte Inquisition".Mais qu’en est-il de l’affirmation de Bacon par rapport à la foi, à la connaissance de Dieu ? À lire le dernier ouvragede feu le Cardinal Julien Ries (1920 - 2013) 1 Les Origines des Religions (Cerf 2012)2 on est tenté d’admettre quemême dans le domaine religieux l’expérience est capitale. C’est à partir de son vécu, aux prises avec les questionsfondamentales de la mort, de la survie, de l’au-delà que l’homme s’est peu à peu forgé des idées du religieux, idéesmultiformes et plurielles, tributaires de l’environnement vital et culturel, culminant à l’époque de l’invention del’écriture dans l’émergence progressive des grandes religions mondiales.Tout chat échaudé que je sois en ce qui concerne l’expérimentation scientifique (voir ma question initiale à l’essai I.Vérité en sciences), je dois donc avouer que l’expérience a également sa place, et quelle place, dans la quête et laconnaissance de Dieu. Cela vaut plus particulièrement pour la religion juive (et, partant, pour la foi chrétienne) qui a1 Le Cardinal Ries est décédé le 23 février 2013.2 Cf. Marc Jeck, Sur les traces d’une prise de conscience religieuse dans les sociétés préhistoriques. Un travail kaléidoscopique. Lecardinal Julien Ries consacre sa nouvelle publication une fois de plus à l’homo religiosus, in : Die Warte, 25 octobre 2012, N° 29|2379.– Signalons également la remarquable exposition DIEU(X), Modes d’emploi, au Petit Palais à Paris du 25 octobre 2012 au 3février 2013.
  2. 2. – nous n’avons qu’à lire le Livre de l’Exode – son fondement dans l’expérience historique d’un Dieu libérateur, Dieufidèle à travers l’Histoire, Dieu de l’Alliance irréversible, Dieu qui se révèle être l’Unique. Cette révélations’accompagne pour Moïse qui la reçoit d’un émerveillement éblouissant, voire fulgurant dont le buisson ardent est lesigne. Il en sera de même pour tous ceux qui, après lui, seront touchés par Dieu : Saul qui, sur le chemin de Damas,est soudainement enveloppé d’une lumière venue du ciel dont l’éclat l’a ébloui au point de l’aveugler (Act 9,3.8) ;Blaise Pascal qui dans la nuit du 23 novembre 1654 s’exclama : Feu. … Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix ;pour Paul Claudel, c’est aux vêpres de Noël 1886 à Notre-Dame de Paris un ravissement intérieur instantané : En uninstant mon cœur fut touché et je crus. Philosophiquement parlant, toutes ces expériences ont le caractère d’unefascination de l’évidence, voire d’un effleurement divin 3 qui peut prendre des formes variées allant dubouleversement radical à la flambée furtive.- Bernard BaudeletDans lessai VI "Chemin spirituel dun alter-croyant", Je reviendrai sur cette illumination de Paul Claudel. En effet, entant que scientifique et avec beaucoup dautres bien plus célèbres que moi, jai vécu des moments inattendus, forts,émerveillants où jaillissaient de mon inconscient de sublimes illuminations qui mont ouvert la voie à des théoriesscientifiques innovatrices, ensuite explicitées consciemment. Jai connu comme Paul Claudel, non pas la grâce d"uneffleurement divin", mais la conviction que Dieu nest pas avec la puissance de léclair qui zèbre un ciel dorage. Jeme souviens du jour, de lheure approximative, javais 27 ans, et même du lieu. Cest à Tananarive que le mur de mafoi sest effondré pour dégager linfini dun ciel dété. De ces mystères, je proposerai ultérieurement uneinterprétation fondée sur les neurosciences 4. Alors comment, selon vous bien cher ami, parvenir à une foi sereine enDieu qui engage toute une vie5 ?- Mathias SchiltzJe vous concède que d’autres illuminations fascinantes sont possibles. J’en ai vécues plus d’une fois quand desévidences d’ordre intellectuel ont envahi mon esprit, encore que je croie pouvoir discerner entre les unes et lesautres une différence difficile à expliquer, tant elle est peut-être ténue. Mais comment, à partir d’une telleexpérience, si marquante soit-elle, parvenir à cette foi qui commandera dès lors toute ma vie ? Ici l’expérience seulene peut suffire. Comme en science, l’expérience ne peut avoir le dernier mot. Le dernier mot appartient à la Parole.Le Dieu dont le visage émerge à travers l’expérience vitale de l’oppression-libération du peuple d’Israël, est un Dieuqui parle. Dans l’événement du buisson ardent (Exode 3,1-15) qui est l’événement fondateur de la foi juive et,partant, de la foi chrétienne, Dieu parle à Moïse, il lui révèle son nom. Mystérieux, certes, et dès lors ineffable pourun Juif, ce nom est néanmoins pour le croyant, de la part de Dieu, garantie de proximité bienveillante, de protectionsalvatrice voire d’amour gracieux. Je suis là et serai là, je suis avec toi et serai avec toi, quoi qu’il arrive . Le Dieu de laParole devient le Dieu de la Promesse. Et il concrétise cette promesse dans l’Alliance qu’il propose et conclut avecson Peuple, une Alliance qui comporte indissociablement des exigences éthiques et des devoirs à l’égard duprochain.L’expérience a donc besoin d’être éclairée par la Parole. Parole directe de celui qui se manifeste, comme c’est le casdans les révélations premières, dans l’expérience de Moïse ou de Saul de Tarse par exemple ; et si j’appartiens aucommun des mortels parmi les croyants, parole transmise par des témoins, prophètes ou apôtres, auxquels je puisfaire confiance : Scio, cui credidi – Je sais en qui j’ai mis ma foi (2 Tm 1,12). Telle est la structure de la foi, de la foichrétienne en tout cas. Encore qu’il faille à propos de cette médiation toujours se rappeler la conclusion de larencontre de Jésus avec la femme samaritaine. Ses concitoyens lui disent : Ce n’est plus seulement à cause de tesdires que nous croyons ; nous l’avons entendu nous-mêmes et nous savons qu’il est vraiment le Sauveur du monde (Jn3 Cf. Anselme de Canterbury, Proslogion seu alloquium de Dei existentia.4 Jinvite ceux qui seraient impatients de lire larticle que jai publié dans la Warte le 7 juin 2012, sous le titre Eurêka – jai trouvé.5 En réponse à une question posée par Mathias Schiltz à propos du Pari de Pascal, je tenterai de montrer à la fin de lessai VI,comment la conviction acquise à Madagascar, a imposé mon chemin de vie sans Dieu, ni toute autre perspective après ma mort.
  3. 3. 4,42). À l’écoute de la parole transmise fait écho et correspond une voix intérieure. Tout près de toi est la parole,dans ta bouche et dans ton cœur (Rm 10,8 ; Dt 30,14). Cette voix intérieure n’est autre que la voix de la conscience,cette instance suprême à laquelle Henry Newman porta, à l’occasion de son élévation à la dignité cardinalice, unpremier toast avant de lever son verre à la santé du pape. C’est à ce niveau, à la profondeur du nœud le plus intimede mon être, en ce que la tradition biblique appelle le "cœur", que se forme l’acte de foi.Maître Eckhart dit de cette voix intérieure : La Parole se trouve enfouie dans l’âme de sorte qu’on ne le sait pas et nel’entend pas, tant qu’on ne lui prête pas écoute dans la profondeur ; auparavant elle n’est pas entendue ; aucontraire, toutes les voix et tous les sons doivent être éliminés et il faut un apaisement cristallin, un silence parfait.La voix intérieure qui résonne en moi, confirme ce que j’entends de la bouche des témoins en me disant : c’est vrai,c’est bon, c’est beau, c’est cohérent. Ici, ce sont les quatre qualités transcendantales de l’être ou de la science del’être (l’ontologie) qui interviennent : le vrai, le bon, le beau et l’un. Par le fait même, la Parole devient Logos : raison,rationalité. Le pape émérite Benoît XVI ne sest pas lassé, dans la foulée de l’encyclique Fides et ratio de sonprédécesseur, de rappeler la compatibilité entre foi et raison. La raison ne peut, certes, pas prouver la vérité de lafoi. Mais, passée au crible de la raison, de la rationalité, la foi chrétienne s’avère être un rationabile obsequium (unculte logique, raisonnable, approprié à la raison) 6.- Bernard BaudeletPermettez-moi de vous faire part de ce que je nai pas trouvé dans cette encyclique une compatibilité réelle entre foiet raison car dune part la raison est philosophique et ne concerne pas toutes les philosophies qui auraient pu gêneret dautre part la raison nest pas scientifique et heureusement car on sait bien quil a été souvent malaisé pour lacatholicité de se frotter aux sciences. Comme nous en sommes convenus amicalement, nos divergences ne serontjamais conflictuelles car elles sont pour vous et pour moi, exprimées en authenticité dans le cadre de nos véritésforcément pas toujours compatibles.- Mathias SchiltzJe pense qu’il faut s’entendre sur le terme "compatibilité". Peut-être faudrait-il dire qu’il n’y a pas d’incompatibilité,c’est à dire pas de contradiction entre la science et la foi, à condition qu’aucune des deux n’empiète sur le terrain del’autre.Cela dit, le terme Logos nous oriente encore dans une autre direction. Au contact avec la pensée grecque, les livressapientaux du Premier Testament, rédigés du reste partiellement en langue grecque, ont élaboré unepersonnification du Logos ou de la Sagesse qui en fait une personne, une hypostase distinguée mais toute proche dela divinité (cf. surtout Proverbes 8,22-31).On peut considérer cette évolution comme un prélude lointain (voire providentiel) en direction de la foi chrétienneau Logos substantiel de Dieu qui s’exprime dans le prologue de l’épître aux Hébreux (1,1-3) : Après avoir, à bien desreprises et de bien des manières, parlé autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu, en la période finale où noussommes, nous a parlé à nous en un Fils qu’il a établi héritier de tout, par qui il a aussi créé les mondes. Ce Fils estresplendissement de sa gloire et expression de son être et il porte l’univers par la puissance de sa parole . Le prologuede l’évangile de Jean (Jn 1,1-18) prolongera ce fil de pensée en précisant que ce Fils n’est autre que le Verbe (leLogos) fait chair qui est venu en ce monde. Et il ajoute que tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui (Jn1,3). En d’autres termes : Tout a été créé par lui et en lui. Cela établit entre lui – en qui était la vie, lumière deshommes (Jn 1,4) – et moi une espèce de parenté voire de connaturalité qui me permet de reconnaître sa voix au plusintime de moi-même. L’Évangile de Jean lui-même explicite cet état de choses dans la parabole du berger (Jn 10,1-18). Les brebis écoutent sa voix …, il les appelle chacune par son nom, et il les emmène dehors. Lorsqu’il les a toutesfait sortir, il marche à leur tête et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix.Mais nous rejoignons également saint Augustin qui dit : Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est inquiet jusqu’à cequ’il repose en toi (Confessions I,1,1) ou encore Tu étais en moi plus profondément que mon tréfonds le plus intimeet plus haut que les sommités de mon âme (Confessions III,6,11).6 Cf. Romains 12,1 – Traduction œcuménique de la Bible, note j : culte conforme à la nature de Dieu et de l’homme.
  4. 4. Tout ce cheminement retrace l’œuvre de la grâce. Mais quelle est la part de l’homme ? La foi est grâce, don gratuit,offre et proposition7 ; elle n’est pas coercition déterministe. L’homme doit répondre à cette proposition, il doitl’accueillir par une adhésion qui est bien plus qu’un "tenir pour vrai". L’adhésion de la foi est un élan de tout l’êtrevers Dieu, l’engagement du plus profond de soi. Un auteur contemporain s’en explique par une comparaison en cestermes : Le fiancé qui dit à la fiancée qu’il croit en elle – ce sont des mots lourds de sens – ne dit pas : je constate tonexistence et tes qualités ; je crois que tu es ceci ou cela ; je crois les renseignements qu’on m’a donnés sur toi ; jecrois toutes les vérités qui te concernent. Il dit exactement ceci : je te donne ma foi ; je m’engage à fond vis-à-vis detoi, tu seras désormais le centre de ma vie ; je me décentre afin que désormais le centre de mon existence ne soitplus moi, mais toi ; je te confie par un acte de donation de moi-même le soin de mon bonheur ; tu es digne d’êtreaimée et je t’aime, je veux dépendre de toi. Aimer, c’est consentir à dépendre de l’amour. Le vieux mot français"fiance", qui est tombé en désuétude, a survécu dans "confiance" et dans "fiancé". La confiance est la "fiance"réciproque où amour, foi et joie ne font qu’un 8.Le croyant, comme le fiancé authentique, met tout sur une carte. Il sagit, tout simplement, daller à la rencontre delInvisible, voire de se lancer dans ses bras.Cela implique une option, un choix fondamental de lexistence. Es muss doch mehr als alles geben»9, il faut quil y aitplus que tout ce que nous pouvons voir et toucher. Cest exactement loption que le croyant doit prendre. Une telleoption ne va pas de soi. Elle nest rien de moins quun retournement complet de mes habitudes de pensée, uneconversion de tout mon être. Convertissez-vous et croyez, telle est la première prédication de Jésus (Mc 1, 15): La foine va jamais sans conversion. Elle nous demande de lâcher nos certitudes et nos sécurités premières pour nouslancer dans les bras de celui qui seul peut assurer laccomplissement plénier de notre existence. Et cet élan est, nenous leurrons pas, un saut par-dessus un immense abîme, un peu comme le saut de lartiste qui, sous le chapiteaudu cirque, lâche sa barre en plein vol pour se jeter vers son partenaire. Cest un saut, pour lequel jai besoin de toutemon énergie et de toute ma confiance. Cest un saut dune telle envergure que je ne pourrai jamais le réaliser demes propres forces. Cest Dieu, mon partenaire, qui mattire vers lui et me donne la force et le courage de me lancer.La foi est toujours à la fois grâce de Dieu et décision de lhomme.Mais cette décision nest pas un saut dans le vide. Elle est un choix responsable, dont je peux également – répétons-le – répondre devant ma raison 10. Elle est un acte de confiance raisonnable pour lequel jai de bons arguments,même si je ne peux pas démontrer ma foi11, - qui dès lors ne serait dailleurs plus la foi.Lartiste du cirque qui lâche sa barre, sait vers qui il se jette. Il a confiance que son partenaire est capable de le saisirau vol et de le tenir. Il en va de même de la foi. Nous avons de bonnes raisons de croire que Dieu nous saisit et noustient. Parce quil nous la dit et promis dans sa Parole. Parce quil y a en nous une voix intérieure qui confirme cette7 Voir à ce sujet le rapport toujours actuel présenté par Monseigneur Claude Dagens, évêque d’Angoulême, à l’assembléeplénière des évêques de France en février 1994 : Proposer la foi dans la société actuelle.8 François Varillon, Joie de croire, joie de vivre. Paris 19812, 134.9 Es muss doch mehr als alles geben. Nachdenken über Gott (Titre d’un livre de Dorothee Sölle publié à Hambourg en 1992). Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. Mais que ce soit toujours avec10douceur et respect …(1 Pi 3,15-16).11 C’est ce que j’ai compris dès le début de mes études de théologie, non pas dans un cours savant, mais à la lecture d’un roman(Ernst Wiechert, Das einfache Leben – La vie simple, 1939), dans lequel un pasteur dit à un homme en recherche de Dieu qu’il nepeut lui étaler Dieu ou la foi sur la table.
  5. 5. Parole. Parce quune foule innombrable dhommes et de femmes - une nuée de témoins, comme le dit la lettre auxHébreux (12,1) - a fait avant nous lexpérience que la foi porte. Comme leau porte le nageur!Mais allez expliquer cela à celui qui hésite et tremblote au bord de la piscine. Seul celui qui risque de se jeter à leauet de nager peut faire lexpérience que leau porte. Il en va de même de la foi.Et la confiance est, tôt ou tard, récompensée par la contemplation. Pour le mystique, la foi se rapproche de la vision.La coulée du temps aboutit au silence de l’instant. C’est lui qui est l’espace de l’authentique expérience de Dieu. Letemps du silence devient plénitude du temps. Nous sommes comblés par ce que l’Évangile annonce : libération,décharge, guérison, encouragement, capacité. Et dans cette plénitude, c’est l’Esprit de Dieu qui parle en nous :Abba, Père (Rm 8,15 ; Gal 4,7).- Bernard BaudeletAvec le philosophe André Comte-Sponville 12, je me méfie des croyances qui correspondent à mes désirs. En effet, quipourrait à la légère refuser dêtre comblé par sa foi en Dieu ? Comment résister à cet émerveillement que vouspromettez. Je reconnais quil est tentant de se jeter à leau devant la perspective de devoir gravir son chemin de viesans le secours de Dieu et daccueillir la mort avec ses souffrances sans espérance déternité, sans oublier dévoquerla mort inadmissible dun enfant, de son enfant. Un ami prêtre me disait que lors de la cérémonie denterrementdevant un petit cercueil Je ferme ma gueule ! Malgré le doute inévitable devant labsence de certitude maisuniquement des convictions, faut-il comme le jésuite Joseph Moingt 13 déclarer Croire quand même ? Pour desraisons, les miennes, que je nai pas lintention de développer dans cette série dessais sur la vérité, jai acquis laconviction que Dieu nest pas 14. Alors, jaurais pu me jeter à leau comme vous le suggérez en faisant le Pari de Pascalà propos duquel nous reviendrons dans lessai VI de cette série. Jaurais pu métourdir par le pouvoir, largent, lesexe, lalcool afin de bien rigoler… Jai décidé daffronter mon chemin de vie avec sérénité, sans éternité en Dieu, nicycle des renaissances suivant des spiritualités de lExtrême-Orient. En effet, jai horreur de faire semblant. Cechemin nest pas tragique mais peut devenir un chemin de paix et de joie intérieure. Et puis, noubliez pas quil estdes futurs sans éternité dans dautres traditions spirituelles, non-dualistes comme celles de lOccident. Sansappartenir à ces traditions, je peux témoigner quelles permettent des chemins de vie en plénitude. Enfin, je suisconvaincu de votre cohérence car, né dans un cadre catholique, votre cerveau ainsi engrammé a trouvé desrésonnances positives. Ainsi, nous sommes faits tels que cest une épreuve de ramer à contre-courant comme je lailonguement vécu, sans prétendre quil est facile de demeurer dans le même sillon.Enfin, jaimerais vous interpeller sur le mysticisme. Je viens de relire 15 des sermons, des conférences et des écrits deMaurice Zundel (1897-1975), un prêtre catholique suisse considéré comme un mystique. Je suis frappé quil exprimeses convictions, fondées sur son Amour en partage avec le Dieu de sa foi, comme des vérités tant il les exprime avecforce. Jai plusieurs fois eu limpression que ses visions allaient bien au-delà des écrits évangéliques. Que faut-il enpenser ? Devrait-on inciter ses lecteurs à faire preuve de discernement ? Les vérités des mystiques sont-ellesuniversellement vraies ?- Mathias Schiltz Lesprit de lathéisme publié en 2006 par André Comte-Sponville aux Éditions Albin Michel.12 Croire quand même publié par Joseph Moingt en 2010 aux Éditions Temps Présent.1314 Dans un prochain essai, VI. "Chemin spirituel dun alter-croyant", je justifierai cette décision. Lhumble présence, publié aux Éditions du Jubilé Sarment en 2008. Ce livre regroupe des inédits de Maurice Zundel, recueillis et15commentés par Marc Donzé.
  6. 6. Là vous me posez une question bien embarrassante du fait que le terme "mystique" est assez équivoque. Dans unepremière approche, nous pouvons dire que c’est l’expérience d’une communion-présence avec l’inconnu, lesurnaturel, Dieu. Cette expérience peut correspondre à un désir profond d’union avec Dieu et s’accompagne souventd’une sorte d’illumination qui ouvre au regard intérieur une nouvelle vision de soi, de Dieu, des autres et du monde.Ces illuminations mystiques peuvent engendrer en celui qui en est le bénéficiaire des convictions très fortes. Mais, àpriori, celles-ci n’ont pas vocation à être érigées en vérités universelles. Elles peuvent, certes, être partagées, maiselles doivent toujours être examinées et vérifiées à l’aune des Écritures et de la Tradition. On ne doit donc pashésiter à inciter les lecteurs d’écrits mystiques à faire preuve de discernement. D’ailleurs l’Église catholique refusesystématiquement dans ses procès de canonisation et de béatification de tenir compte de tout ce qui serait"mystique".- Bernard BaudeletA la lecture de votre réponse, a jailli en moi Que Dieu soit loué ! Il aurait été plus heureux dexprimer Je menréjouis ! Lhumour entre nous nest pas interdit.- Mathias SchiltzSûrement pas. Mais je voudrais ajouter que, finalement, pour le croyant chrétien la mystique consisteessentiellement dans l’assimilation au Christ, dans la relation vitale, la symbiose avec lui, de façon à pouvoirdire avec saint Paul : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20). C’est dans ce sens quedans ses "tweets" le Pape François invite sans cesse à sortir de soi et à entrer dans la logique de Dieu.
  7. 7. Là vous me posez une question bien embarrassante du fait que le terme "mystique" est assez équivoque. Dans unepremière approche, nous pouvons dire que c’est l’expérience d’une communion-présence avec l’inconnu, lesurnaturel, Dieu. Cette expérience peut correspondre à un désir profond d’union avec Dieu et s’accompagne souventd’une sorte d’illumination qui ouvre au regard intérieur une nouvelle vision de soi, de Dieu, des autres et du monde.Ces illuminations mystiques peuvent engendrer en celui qui en est le bénéficiaire des convictions très fortes. Mais, àpriori, celles-ci n’ont pas vocation à être érigées en vérités universelles. Elles peuvent, certes, être partagées, maiselles doivent toujours être examinées et vérifiées à l’aune des Écritures et de la Tradition. On ne doit donc pashésiter à inciter les lecteurs d’écrits mystiques à faire preuve de discernement. D’ailleurs l’Église catholique refusesystématiquement dans ses procès de canonisation et de béatification de tenir compte de tout ce qui serait"mystique".- Bernard BaudeletA la lecture de votre réponse, a jailli en moi Que Dieu soit loué ! Il aurait été plus heureux dexprimer Je menréjouis ! Lhumour entre nous nest pas interdit.- Mathias SchiltzSûrement pas. Mais je voudrais ajouter que, finalement, pour le croyant chrétien la mystique consisteessentiellement dans l’assimilation au Christ, dans la relation vitale, la symbiose avec lui, de façon à pouvoirdire avec saint Paul : Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20). C’est dans ce sens quedans ses "tweets" le Pape François invite sans cesse à sortir de soi et à entrer dans la logique de Dieu.

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