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16. Mehdi Ben Barka, l’ennemi numéro un

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Cet homme de petite taille, fut un grand homme par son œuvre. Toujours en mouvement, à l’activité dévorante, il manifestait ainsi sa joie de vivre. Il vous trainait, malgré soi, vers ce qu’il voulait. Il était dans un permanent état de recherche, de curiosité, sans cesse renouvelée, non pas seulement intellectuelle mais humaine. Et avec cela, un esprit qui savait pratiquer l’humour et le pittoresque, une alacrité communicative. Il savait parler au peuple, remuer les masses par un enthousiasme qu’il utilisait pour la cause qu’il défendait, rallier les jeunes non seulement du Maroc mais de toutes les régions de misère. Sa faim de liberté ne connaissait pas de frontière. Il fut la jeunesse du Tiers Monde, un grand espoir pour tous les opprimés de quelque race ou de religion qu’ils fussent. Son action internationale était une menace permanente pour les tyrannies. Le Maroc perdit en lui une de ses plus brillantes personnalités .

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16. Mehdi Ben Barka, l’ennemi numéro un

  1. 1. 1 MehdiBenBarka:l’enneminuméroun ! 1 « Jamais plus une femme ne mettra au monde un homme d’une telle valeur.» éhdi Ben Barka, homme d’une rare qualité, homme d’exception, il se mit, durant toute sa vie, au service de son peuple. Dès son jeune âge, il part au combat contre l’oppression coloniale et pour la libération de sapatrie : le grand Maghreb Uni. Savaleur réside dans sondévouement et sonsacrifie qu’il a consenti pourréaliser le but qu’il s’estfixé. Il a réussi en peu de temps à redonner espoir à des générations désillusionnées et à accomplir une œuvre titanesque. Il incarne l’histoire héroïque d’un peuple en lutte. Animé d’une foi inébranlable dans la libération non seulement du Maroc mais de l’ensemble des peuples opprimés de la Terre. Il fut l’un des constructeurs de l’unité maghrébine, seule capable de réaliser les rêves d’union et de fraternité entre les peuples. L’œuvre historique de Mehdi Ben Barka mérite d’être citée et étudiée pour tous ceux qui sont épris d’un avenir de gloire et de justice. Les générations présentes et futures trouveront dans le parcours de ce bâtisseur de l’unité les motifs d’espoir, l’aide spirituelle et les fondements idéologiques pour accomplir le rêve de tous : voir enfin les pays du Maghreb unis sous une même direction comme cefut le cas pour la résistance maghrébine contre le colonialisme qui ne fut qu’une dans sa réalité. Le colonialisme c’estle culte de la matière (or, argent, minerais, pétrole…) et de l’orgueil d’une civilisation qui se pense être supérieure en droit. C’est l’idolâtrie de la raison érigée en divinité autonome. C’est la croyance en la force brute pour soumettre les peuples et les éléments au dictat du profit. Mehdi Ben Barka combattait cette vison mercantile et marchande de l’humanité. Il sera exécuté pour cela. Eliminer Ben Barka était devenu une exigence capitale dans la répressioninternationale des révolutions quiavaient lieu au Tiers-Monde à cette époque. Il disparut le 29 octobre 1965 à Fontenay-le- Vicomte à l’âge de 45 ans. Les rêves se sont évanouis avec sa disparition. Né en 1920 à Rabat dans une famille modeste originaire du Sahara, Mehdi ben Barka est le fils d’un modeste fqih de zaouia qui lui donne une excellente formation arabe. Il rentre à l'école primaire française (privilège réservé aux fils de notables) où il se révèle un excellent et très brillant élève plein de ténacité. C’est un étudiant surdoué, il rafle tous les prix d’excellence. Il rentre en 1934 au collège 1 Dès 1951, lemaréchal Juindisait deBenBarka : « C’estl’ennemi numéro un». M
  2. 2. 2 musulman Moulay Youssef. A dix-huit ans, il estreçu au baccalauréat scientifique mathélem avec mention très bien en 1938 (en 44 ans de protectoratla France n’a formé que 580 bacheliers au Maroc, s’il n’avait été le plus brillant d’entre eux il n’yaurait sans doutepas eu d’affaire Ben Barka). Sonaptitude aux mathématiques étonne ses professeurs. Après avoir passébrillamment salicence à Alger, en 1941, il devient le premier musulman marocain à obtenir ce grade. Il se destine alors à l’agrégation de mathématiques quand l’action politique le détourna de ses études. Il doit rentrer au Maroc pour rejoindre le mouvement national. Il est professeur au collège Moulay Youssef à Rabat et au collège impérial où le futur roi Hassan II fut son élève. Il devient le plus jeune militant du parti pour l’indépendance. Gilles Perrault écrira : « Il sera le plus jeune à toutes les étapes de sa vie. » En 1944, il est signataire du manifeste de l’indépendance du 11 janvier qui lui vaudra d’être incarcéré par les autorités coloniales pendant un an. En 1948, il est directeur administratif du Comité exécutif de l’Istiqlal. De 1951 à 1954, il fut banni en résidence surveillée dans le Sahara. Il est l’un des interlocuteurs nationalistes du protectorat et participe à la délégation de l'Istiqlal à Aix-les- Bains2. Au Maroc, il met sur pied la « Jeunesse militante », milice de son parti. La charge dediriger le Parti de l’Indépendanceincombe alors presqueentièrement à Ben Barka dont la propagande et le verbe enflammé et le sens de l’organisation méthodique génèrent un dynamisme nouveau auprès du peuple. Orateur brillant, animé d’une fièvre de vif-argent, dontl’ardeur sans cesserenouvelée, il transporte la jeunesse marocaine par sa clairvoyance et ses discours cohérents. Il lance en 1957 « la routede l’unité », constructiond’unevoie terrestre de60 km pourrelier les deux parties du Maroc libéré, l’espagnole et la française, de Taounate à Ketama. Il sélectionne 11 000 jeunes sur les 50 000 candidats ayant répondu à ses appels, qui viennent de toutes les régions du Maroc et de toutes les communautés, le but, bien au-delà de la route, étant politique et symbolique pour matérialiser l’unité naissante du pays. Il s’inspire des expériences chinoise et yougoslave de mobilisation dela jeunesse et allie travail physique à formation civique, lecture et cinéma à entraînement militaire, en même temps qu’apprentissage de métiers manuels, menuiserie, électricité, etc. Ben Barka explique : « nousvoulonsque la route soit une école où se rencontre la jeunesse du Maroc afin que son esprit s’ouvre aux nouvelles idées ». Les jeunes sont ensuite organisés dans les 2 Plus tard,MehdiBen Barka procédera à son autocritique.Aix-les-Bains, présenté commeunevictoire, n'a été qu'un compromis boiteux, non point tant sur la forme (l’indépendance dans l’interdépendance) que sur le fond. Le colonialisme, reculant sur le front p olitique, conservera ses positions économiques.Surtout, fallait-ilselimiter auseulMaroc quand l'Algérie était enfeu ? La solidarité maghrébinen'a- t-elle pas été sacrifiée au nationalisme marocain ?
  3. 3. 3 Bâtisseurs de l’indépendance, association qui devait faire émerger de nouveaux cadres de l’Istiqlal, dans la perspective des élections communales et municipales, et lance de retour dans leurs régions des chantiers similaires. Pour Ben Barka, la route de l’unité a été une expérience de mise du pays au travail. Mais elle devait surtout servir de stimulant pour d’autres entreprises semblables, locales et nationales3. Le 18 novembre 1956, Ben Barka estélu président duConseil national consultatif. Au fil des mois, il entre en dissidence vis-à-vis du Hizb dontil critique la mollesse et qui n’a selon lui plus rien à proposer au peuple. Il réclame l’élection d’une Constituante, la mise en place d’une réforme agraire, l’évacuation des troupes étrangères et la modernisation de l’économie. C’est sur cette base qu'il prépare, avec d’autre, la scission du parti en 1959 pour créer l’UNFP (Union nationale des forces populaires). Certains mal attentionnés ont tenté de jeter le doute et l’opprobre sur son orthodoxie musulmane. Or s’il était très certainement marxisant, il n’en fut pas moins un musulman sincèrement convaincu que l’Islam authentique est moteur deprogrès social. Ben Barka entendait développer une dynamique autonome ; son tour de force consistait à trouver le point d’équilibre entre l’identité islamique et la nécessité de progrès et de modernisme. Mehdi Ben Barka, alors président du Conseil consultatif, déclarait à Florence lors du premier colloque sur la Méditerranée, entre le 3 et le 6 octobre1958 : « Notre pays où ont vécu Ibn Rochd (Averroès), Ibn Khaldoun, et d’autres encore, est devenu, aprèsquenotre Patrie eûtconnu l’unedes plusbrillantespériodes deson histoire, le foyer de la superstition et du charlatanisme, ces formes attardées qui seules ont retenu l’attention de certains observateurs étrangers et quiont conduit auxjugementsles plus injustes à l’égard d’un Islam qui, revenu à ses sources, est capablede reprendre son dynamisme et rester fidèles à son idéal progressiste. » Mehdi Ben Barka fut par parmi les hommes politiques marocains qui ont fait de la référence à l’Islam une question essentielle pour le progrès et le développement civilisationnelle duMaroc et plus largement dumonde musulman lorsqueil écrivit que « l'Islam a connu dès sa naissanceun régimeprofondémentdémocratique et que dès l'amorce de son histoire, les Califes ont appliqué les principes des gouvernementsdémocratiques ». Ben Barka était donc un progressiste musulman 3 BEN BARKA: SON RÔLEDANS L’ÉVOLUTION DU MAROC /ZAKYADAOUD
  4. 4. 4 et se déclarait s'inspirer « de l'espritdela Démocratieauthentiquequi trouveson fondement dans les enseignements de l'Islam ». Des Oulémas de la Qaraouyine, tels que le Cheikh al-Islam Mohamed Belarbi Alaoui, qui avaient rejoint l’UNFP dès sa création en 1959, s’opposèrent farouchement à l’absolutisme royal consacré par la constitution de 1962 (absolutisme simplement aménagé depuis) et au principe de la monarchie héréditaire contraire aux principes islamiques. Leur contestation, virulente, visait également les modalités d’adoptionde la constitution, rédaction confiée, comme pour les révisions ultérieures de 1970, 1972, 1992 et 1996, à des experts et dignitaires choisis par le roi, ce dernier ayant le dernier mot sur le contenu et l’intitulé du texte constitutionnel soumis ensuite à référendum , un plébiscite en fait, succédané4 moderne de la beay’a5. L’Emir Abdelkrim Al-khattabi, prochede Ben barka et de l′U.N.F.P, fait parvenir à l’organisation une lettre du Caire à At Tahrir (journal Libération) pour condamner fermement la Constitution 1962 au nom des principes de l’Islam. Il écrit : « Le grand problèmedu peuplemarocain, c’est qu’il nese gouvernepas lui-même et ne dispose d’aucune marge de liberté pour exprimer ouvertement le fond de sa conscience ou de sa pensée. C’est qu’une constitution légitime pour le pays ne saurait advenir sans une commission ou une institution élue [i.e. constituante, doncreprésentativedetoutesles tendancesdu peuple, surune base juste, saineet sincère. Ce qui, hélas, n’existepas actuellement au Maroc. Si vraiment les dirigeants du pays avaient l’intention d’accorder au peuple marocain son droit légitime de s’autogouverner, ils auraient œuvré pour favoriser les conditions nécessaires pour l’organisation des élections, en vue d’instaurer une institution élue, chargée d’élaborer un projet de constitution ; à condition aussi que ces élections soient précédés d’une période durant laquelle l’élite cultivée s’engagerait dans une campagne informative d’explication, d’orientation et de conscientisation des Marocains sur les implications politiques [d’une telle constitution]. Maiscommelesdirigeantsactuelsdu Marocn’ont pasentrepris préalablement ces sages mesures si nécessaires, il n’y a plus aucun doute sur leur mauvaise foi, dès lors qu’ilsont imposéleur prétendue constitution au peuplemarocain. Par conséquent, cette dernière est nulle et non avenue dans ses fondements mêmes et, de plus, sans aucune légitimité. Pour cette raison, elle ne pourrait aucunement constituer une source valable pour des lois que les citoyens seraient censés respecter. 4 Ersatz, Chose qui en remplaceune autre en ayant moins de valeur 5 https://ibnkafkasobiterdicta.wordpress.com/2011/03/19/
  5. 5. 5 Cela d’une part et d’autre part, les dispositions de cette constitution octroyée sont contraires aux us et coutumes ancestrales du peuple Marocain, sachant que le pouvoirhéréditairen’est pas du tout conforme aux préceptes de l’Islam, ni de près ni de loin. Pourpreuve, lorsque l’AugusteMessager de Dieu (Prière et Salut sur Lui) était sur le point de rejoindre son ultime demeure auprès d’Allah, iln’adésignéaucun membredesa famillepourluisuccéder. Demême, ses premiers Califes n’ont fait que suivre cette voie […] 6» Musulman progressiste et marxisant, il est tout naturellement un anti-impérialiste déterminé et radical. Son nouveau partit I’UNFP (Union nationale des forces populaires) se fait le chantre des peuples en lutte. Son sens de la justice et la foi en ses convictions font qu’il n’hésite pas un instant à dénoncer et à condamner fermement l’agression de son propre pays contre l’Algérie à partir du Caire en octobre 1963. Sur le plan intérieur, il s’oppose à la politique du régime et considère que la révolution nationale doit dépasser« l’indépendanceformelle du Maroc ». Il rédige sa pensé dans un texte présenté au deuxième congrès de l'UNFP en mai 1962 : « L'Option révolutionnaire »7 qui sera publié juste avant sa disparition sous le titre d'« Option révolutionnaire au Maroc », il analysera, dans une autocritique franche et responsable, les erreurs du mouvement national marocain. Ce testament politique évoque le problème démocratique, constitutionnel « qui n’est, dit-il, qu’unepartie du problème démocratique, c’est- à-dire dela participation deplus en plus largedes masses populairesà la gestion publique et ne peut être disjoint d’une mobilisation et d’une organisation des masses ». Il évoque aussi la lutte anti-impérialiste et les perspectives révolutionnaires pour une vraie libération. Il dénonce les déviations déjà enregistrées dans les pays indépendants, ainsi que les alliés de l’impérialisme que sont « les éléments antinationaux et réactionnaires qui s’opposent à toute les tentatives de diriger la politique économique et commerciale vers une indépendance réelle ». Car « ces forces du mal », dit-il en 1960, perpétuent le sous-développement « qui rend sans objet l’indépendancepolitique ». Celle-ci « n’est pas une fin en soi ». L’ennemi, pour Mehdi Ben Barka, est clairement désigné : c’est donc l’impérialisme et le néo-colonialisme.8 L’Option révolutionnaire deviendra un peu plus tard le nom d’un mouvement d’opposition d’extrême gauche. 6 http://libres-pensees.dans.le-vent.over-blog.com/article-emir-abdelkrim-khattabi-communique-sur-le-projet-de-constitution-marocaine- de-1962-document-his-108677618.html 7 Histoiredu Maroc depuis l’indépendance/ Pierre Vermeren 8 BEN BARKA: SON RÔLEDANS L’ÉVOLUTION DU MAROC ZAKYADAOUD
  6. 6. 6 Mehdi Ben Barka rejette sans vergogne dans les oubliettes du passé les anciens cadres dunationalisme devenus obsolètes pour sejeter, à corps perdu, dans la lutte pour que le Maroc retrouve sa juste place dans la marche de l’histoire. Sa souplesse d’esprit, sa foi en l’Islam vecteur de progrès, son désir de justice et d’égalité, sa vocation sociale, lui permettaient de ne pas s’encombrerdescrupules dans l’action. En raison de ses deux condamnations à mort au Maroc, Ben Barka se retrouve en exil entre Le Caire et Genève. Il s’emploie corps et âme à donner une perspective internationaliste à la conjonction des luttes delibération nationale. Soninspiration fait non seulement écho à sa culture arabe et islamique mais à Frantz Fanon ; à Aimé Césaire (Discours sur le colonialisme), à l’ouvrage d’Albert Memmi Portrait du colonisé. Elle senourrit dans les échanges avec la pensée contestatrice de la puissance impériale britannique en Afrique (Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah, Julius Nyerere)9. Mehdi Ben Barka acquière une audience internationale : il devient un leader révolutionnaire mondial en même temps qu'un des principaux idéologues du Tiers-Monde. Il consacre les derniers mois de sa vie à la construction d’une structure anti-impérialiste mondiale la Tricontinentale, organisation regroupant les forces révolutionnaires des trois continents du Tiers-Monde « anti- impérialistes » d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il est élu président de la commission politique de la Tricontinentale en 1960. Il s’engage dans une action qui excèdedeloin sonoppositionau régime marocain. En 1964, Méhdi Ben Barka devient le « commis voyageur » de la révolution. Il est conseiller politique officieux du président algérien Ben Bella, ce dernier affirme qu’il était son ministre des affaires étrangères, et de l’Egyptien Nasser. Il suit les affaires africaines (Congo, Afrique du Sud, Ghana...), proche-orientales (discussion avec les baasistes en Irak et en Syrie), mais se rend aussi en Asie (Vietnam)10. Pour porter sa « lutte des classes contre l’impérialisme », il fonde à Alger une publication d'information, d'agitation et de réflexion de la commission anticolonialiste de l'OSPAA (Organisation de solidarité avec les peuples d'Asie et d'Afrique)11, sous le titre La Revue africaine. Sa vision s'élargit à la révolution cubaine et à l'Amérique latine. Ce qui l'enthousiasme à Cuba, c'estle succès de la 9 http://www.libe.ma/Mehdi-Ben-Barka-et-la-Tricontinentale_a43483.html 10 Histoiredu Maroc depuis l’indépendance/ Pierre Vermeren 11 L’Organisation desolidaritédes peuples d’Afriqueetd’Asie(OSPAA) s’étaitréunie pour la premièrefois à Accra, au Ghana, dès 1957.Près de cinq cents délégués venus detrente-cinqpays représentaientles mouvements delibérationet les partis plus queles Etats –une sorte de mouvement international.IsmaëlTouré, frèredu président dela Guinée(Conakry) AhmedSékouTouré, présidait leconseil gérant lefonds de solidarité, assisté de trois vice-présidents, dont Ben Barka.
  7. 7. 7 campagne d'alphabétisation dont il rêve pour le Maroc. Il s'emploie à mettre sur pied un Centre d'études et de documentation sur les mouvements de libération nationale, et, pariant surle potentiel révolutionnaire dela jeunesse dutiers-monde, il trace l'esquisse d'une université tricontinentale... Ben Barka préside le comité préparatoire. En juillet, il s'assure du concours des Soviétiques et des Chinois. Il définit les objectifs : aide aux mouvements de libération nationale notamment au mouvement palestinien ; intensification des luttes, y compris armées, sur les trois continents ; soutien à Cuba ; liquidation des bases militaires étrangères ; opposition aux armes nucléaires, à l'apartheid et à la ségrégation raciale. La finalité est la « libération totale ». Fin septembre, Ben Barka se rend à La Havane afin demettre au point l'ouverture dela conférence dela Tricontinentale quidevait se tenir à La Havane du 3 au 13 janvier 196612. Elle aura lieu mais sans lui. C’est cette perspective de libération mondiale qu’on a voulu tuer en assassinant Ben Barka. Son calendrier pendant les quatre mois qui précèdent son enlèvement est significatif desonhyperactivité politique. En juillet, il est à Pékin pourconvaincre les Chinois d’accepter une présence soviétique à la Tricontinentale. Après un passage par Paris, il est le 9 août à Nagasaki pour la conférence mondiale sur la bombe atomique ; il y prononceun violent discours contre la guerre du Vietnam. Début septembre, il est au Caire, toujours pourla Tricontinentale. A la du dumois, il rencontre Castro àCuba. De La Havane, il repart pourLe Caire. A la mi-octobre, il s'envole pour l’Indonésie, mais doit rebrousser chemin à la suite du coup d'Etat qui a renversé Sukarno l’une des principales figures du mouvement de libération du tiers monde13. Ben Barka aurait purendre d’immenses services à sonpays, au Maghreb et même à l’ensemble du Tiers-Monde s’il avait pu mener à terme son action révolutionnaire. Sonactivité révolutionnaire tous azimuts fut un immense danger pourles classes dirigeantes marocaines et pourl’impérialisme mondial. Opposant à la monarchie marocaine, leader du tiers monde, dénonciateur inlassable de l'impérialisme, sonactivité frénétique en faisait une cible prioritaire à abattre. Lui mort, on pouvait espérer que l’UNFP, son parti, tombe en désuétude ce qui fut quasiment le cas14, et que la Tricontinentale sombre dans le néant, ce fut le cas également. 12 LEMONDEDIPLOMATIQUEOctobre 2005/ MehdiBenBarka et la Tricontinentale 13 Notre ami leroi/ Gilles Perrault 14 L’UNFP se transformera en un parti légaliste et loyaliste au Trône, l’USFP (Union socialiste des forces populaires)
  8. 8. 8 Sa volonté de construire un Maroc émancipateur pour les Marocains était une menace sérieuse pour la dynastie alaouite qui règne sans discontinuité et sans partage depuis trois siècles. Mais beaucoup, en dehors de la monarchie, avait intérêt à voir Mehdi Ben Barka disparaitre de la surface du globe. La CIA trouvait intérêt à son élimination. Ben Barka dans un gouvernement marocain, c'était une grave menace sur les bases américaines au Maroc, essentielles pour le Pentagone, dont il ne cessait d’exiger l’évacuation. Le Mossad israélien pouvait trouver avantage à neutraliser un homme qui, dans toutes les instances internationales, défendait hautement la cause palestinienne. De plus, l’agence israélienne n'était pas en position de refuser une prestation de service à son puissant tuteur américain. Le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre- espionnage français), compromis par ses sympathies pour l'OAS (Organisation armée secrète) avait une revanche à prendre sur des hommes comme Ben Barka. Le service, omniprésent au Maroc, garant des intérêts français, ne pouvait qu'envisager avec défaveur le retour, voire l'entrée au gouvernement, d’un dirigeant politique résolu à liquider le système néocolonial15. Ayant échappé à une tentative d’assassinat sur la route Casablanca-Rabat en novembre 1962, condamné à mort par contumace en 1964, il sera traqué par les services d’Oufkir et enlevé en plein Paris le 29 octobre 1965. Ben Barka meurt exécuté pour avoir cru pouvoir sauver son peuplemalgré son roi, maismourutde n'avoir point compris que, pour un autocrate, le pouvoir ne se partage pas16. Cet homme de petite taille, fut un grand homme par son œuvre. Toujours en mouvement, à l’activité dévorante, il manifestait ainsi sa joie de vivre. Il vous trainait, malgré soi, vers ce qu’il voulait. Il était dans un permanent état de recherche, de curiosité, sans cesse renouvelée, non pas seulement intellectuelle mais humaine. Et avec cela, un esprit qui savait pratiquer l’humour et le pittoresque, une alacrité communicative. Il savait parler au peuple, remuer les masses par un enthousiasme qu’il utilisait pourla cause qu’il défendait, rallier les jeunes non seulement du Maroc mais de toutes les régions de misère. Sa faim de liberté ne connaissait pas defrontière. Il fut la jeunesse du Tiers Monde, un grand espoir pour tous les opprimés de quelque race ou de religion qu’ils fussent. Son action internationale était une menace permanente pour les tyrannies. Le Maroc perdit en lui une de ses plus brillantes personnalités17. 15 Notre ami leroi/ Gilles Perrault 16 Ibid 17 Le Maroc faceaux impérialismes / Charles-AndréJulien
  9. 9. 9 Mehdi ben Barka avait tout vu. Il a tout dit. Le monde a changé depuis sa mort en 1965, plus d’un demi-siècle s’estécoulé, mais les mêmes problèmes demeurent et sous une phraséologie différente, les mêmes impératifs requièrent les mêmes combats. Un adieu a Mehdi ben Barka, musulman progressiste et militant internationaliste marocain. Dieu, seul, saura récompenserun tel élan de générosité, dedévouement, d’abnégation, de sacrifices et de lutte pour la justice et contre la tyrannie.

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