Anthropologie du sacré

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Anthropologie du sacré

  1. 1. ANTHROPOLOGIE du « Sacré » chez les Arabes et dans L’Islam et son influence sur l’espace architectural : LES DUALITÉS HARAM/HALAL- AL-MOUQUADDAS / AL-MOUDANNAS Matière : Critiques Architecturales - Matière : M.5.2.2 - 2014 – 2015 Enseignant: Mohamed Ben Moussa
  2. 2. PLAN DE LA COMMUNICATION : 1. Définition du sacré: a. QU’EST-CE QUE LA RECHERCHE DANS LE DOMAINE DU SACRÉ? b. RAPPORT ENTRE L’HOMME PRIMITIF ET LE SACRÉ: c. ÉVOLUTION DU SACRÉ DEPUIS LA GRÈCE À AUJOURD’HUI: d. POINT DE VUE DE MAX WEBER SUR LE SACRÉ AUJOURD’HUI: e. COMPARAISON ENTRE L’HOMME MODERNE ET L’HOME RELIGIOSUS: f. LE CHAOS COMME TOURMENT DE L’HOMO RELIGIOSUS: g. POINT DE VUE DE MIRCÉA ELIADE: LE CHAOS COMME TOURMENT DE L’HOMO RELIGIOSUS: 27/10/2014 2
  3. 3. PLAN DE LA COMMUNICATION : 2. Le sacré dans la culture arabo-musulmane: 3. L’habitant d’antan de la Médina et son rapport au sacré: 4. Lecture de J. Chelhod du rapport de l’arabe nomade avec le sacré: 5. Le sacré après l’avènement de l’Islam: a) LE HALAL E LE HARAM: b) LE PUR/IMPUR OU BIEN LE MUQADDAS/MUDANNAS: c) ABOU HAMED AL-GHAZALI ET L’IDÉE DE DEGRÉS DES HALAL ET HARAM: d) UTILISATION DU TERME HARAM DANS LE CORAN: e) LE DANGER DE TRANSGRESSER LE SACRÉ: 27/10/2014 3
  4. 4. DÉFINITION DU SACRÉ:  Par sacré, nous entendons tout phénomène ou action qui fait l'objet d'un sentiment de révérence religieuse ; il sera opposé au terme profane par lequel on entendra tout ce qui est étranger à la religion.  Le Robert définit le mot sacré comme suit : Qui appartient à un domaine séparé, interdit et inviolable (par oppos. à ce qui est profane) et fait l'objet d'un sentiment de révérence religieuse. Le profane est ce qui est étranger à la religion (opposé à religieux, sacré). 27/10/2014 4
  5. 5. QU’EST-CE QUE LA RECHERCHE DANS LE DOMAINE DU SACRÉ?  Selon J.J Wunengerger, toutes les recherches dans le domaine du sacré convergent vers trois questions fondamentales, inéluctables, qui sont les suivantes :  Peut-on définir le sacré en lui-même et par lui-même, ou bien sommes-nous obligé de l’identifier par opposition à des notions telles que : l’illicite al-haram, le pur at-tahir, l’impur rijs, najis? Cité par ZAHI (Noureddine), « Al-mouqaddas fi athakafa al- arabiya al-islamia » (le sacré dans la culture Arabe et Islamique), in Al-fikr al-arabi al-moua’sar, n° 108 -109, 1999, p. 28. 27/10/2014 5
  6. 6. QU’EST-CE QUE LA RECHERCHE DANS LE DOMAINE DU SACRÉ?  Le sacré veut-il nécessairement dire « rapport au divin », ou bien se pourrait-il qu’il soit tout simplement une projection psychique de l’individu ?  Le sacré est-il entrain de vivre une régression due à l’effet de la culture rationaliste et techniciste, ou bien est- il dans une phase de mutation inéluctable qui affecte sa physionomie ? 27/10/2014 6
  7. 7. RAPPORT ENTRE L’HOMME PRIMITIF ET LE SACRÉ:  Il est généralement admis que le croyant ― du moins primitif ― attend de l’aide du sacré;  Le respect qu’il lui voue est un mélange de sérénité et de peur car, c’est du sacré que dépendra la grâce et les afflictions qu’il pourra endurer .  Il a donc tout intérêt à se concilier et à mettre à son profit ses forces latentes à même de rendre un cheval plus rapide, une arme plus meurtrière ou un repas plus énergétique. 27/10/2014 7
  8. 8. ÉVOLUTION DU SACRÉ DEPUIS LA GRÈCE À AUJOURD’HUI:  Il est clair que la conception du sacré est évolutive.  Pour donner un exemple nous rejoignons les propos de Saadi Dhnaoui qui souligne dans un article intitulé « Le sacré et le profane » al-moukaddas wa al-moudannas que : « L’homme primitif, à défaut d’une explication suffisante et rationnelle des phénomènes étranges environnants, s’est orienté vers une force qui transcende ces phénomènes. La mythologie grecque constitue, peut- être, la forme la plus connue et la plus exhaustive de ce rapport aux divinités ; on y voit la hiérarchie et les rivalités entre les dieux ainsi que leurs chamailleries. » Dhnaoui Saadi, al-muquaddas wa al-mudannas (le sacré et le profane), p. 30. 27/10/2014 8
  9. 9. ÉVOLUTION DU SACRÉ DEPUIS LA GRÈCE À AUJOURD’HUI:  Dans la même logique, depuis que l’Homme a désiré donner un rang et un lieu privilégié à la divinité, comme force inconnaissable et inaccessible, le « ciel », par lequel il était obnubilé, correspondait à son accomplissement et à son élévation.  Le fait que le ciel soit la source de forces extraordinaires telles que la foudre, le tonnerre, l’éclair, a consolidé aux yeux de l’Homme primitif cette hypothèse. 27/10/2014 9
  10. 10. ÉVOLUTION DU SACRÉ :  Alors que, par opposition, les sociétés du passé trouvaient cohérence et unité de vision dans toutes leurs pratiques ; la religion marquait, du coup, leur quotidien dans les moindres détails. Leur système imaginal était le garant de cette cohésion. 27/10/2014 10
  11. 11. POINT DE VUE DE MAX WEBER SUR LE SACRÉ AUJOURD’HUI:  Dans son livre jouissance du sacré, Denis Jeffrey rapporte le point de vue de Max Weber sur le monde moderne. Il nous dit: « il [le sacré] subirait un processus de désenchantement. Le sens magique disparaîtrait. Le rituel liturgique aurait perdu de son sens. La religion des chrétiens, par exemple, serait même comparée à une idéologie archaïque et démodée. Les textes sacrés du christianisme voisinent dans les musées, avec les anciens papyrus égyptiens ». JEFFREY (Denis), Jouissance du sacré : religion et postmodernité, Paris, Armand Colin, 1998, p. 8. 27/10/2014 11
  12. 12. COMPARAISON ENTRE L’HOMME MODERNE ET L’HOME RELIGIOSUS:  Par opposition à cette conception du sacré chez l’Homme moderne, telle que préconisée par M. Weber, nous dirons que le sacré est au cœur de la vie de l’homo religiosus ; dans tous les cas, c’est sur quoi il fonde sa vie, au quotidien, dans ses moindres détails. 27/10/2014 12
  13. 13. POINT DE VUE DE MIRCÉA ELIADE: LE CHAOS COMME TOURMENT DE L’HOMO RELIGIOSUS:  Mircéa Eliade dit, dans ce sens, que le plus grand tourment de l’homo religiosus est le chaos, et cela par opposition au sacré.  Ainsi, grâce au rituel et à l’initiation, ce type d’individu apprend à assumer le monde dans sa complexité et dans son aspect chaotique. DEPREZ (Stanislas), Mircea Eliade : La philosophie du sacré, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 8. 27/10/2014 13
  14. 14. LE SACRÉ DANS LA CULTURE ARABO-MUSULMANE:  Questions clefs:  Quelle représentation du monde et quelle cosmogonie a l’Arabe et le musulman contemporains ?  Qu’en est-il de la structure mentale de l’Arabe de nos jours vis-à-vis du sacré et de la religion ?  Quel rapport a le croyant, en l’occurrence l’habitant de la Médina, avec le sacré ?  Comment perçoit-il l’espace architectural et quelles forces l’habitent-il (djinns, anges, ou autres) ?  Comment le haram/halal, le pur/impur balisent-ils les pratiques sociales en général, et celles en rapport avec l’espace architectural en particulier ? 27/10/2014 14
  15. 15. L’HABITANT D’ANTAN DE LA MÉDINA ET SON RAPPORT AU SACRÉ:  En effet, le sacré occupait ― et occupe toujours d’ailleurs ― une grande importance dans toutes les cultures, notamment chez les arabes et dans l’Islam.  Il est, certes, vrai que la religion s’est cantonnée aujourd’hui à un rôle ritualiste;  Pour l’habitant d’antan de la Médina, la religion avait un rôle doctrinal et intellectuel qui façonnait son quotidien et ses pratiques de l’habiter ; tout l’ordre social y était rattaché. 27/10/2014 15
  16. 16. LECTURE DE J. CHELHOD DU RAPPORT DE L’ARABE NOMADE AVEC LE SACRÉ:  A l’instar de l’Homme primitif, l’arabe nomade, nous dit Joseph Chelhod, se mouvait dans un univers baigné par le sacré.  Même sédentaire, il se considérait environné par une force dont il se sentait dépendant.  L’arabe antéislamique voyait partout des forces surnaturelles : dans les sables mouvants du désert, dans la solitude de la nuit, dans le sang versé qui crie vengeance.  Le nombre de sacrifices voués à des créatures invisibles témoigne de l’importance de cette vision du monde. CHELHOD (Joseph), « La notion ambiguë du sacré chez les Arabes et dans l'islam », Revue d'Histoire des religions, Paris, n° 433, janvier - mars, 1961, p. 67. 27/10/2014 16
  17. 17. LE SACRÉ APRÈS L’AVÈNEMENT DE L’ISLAM:  Cet état de fait s’est prolongé après l’Islam. Cette religion, grâce à son texte fondateur qu’est le Coran, a reconnu dans sa conception du monde et sa cosmogonie la présence de ces forces et créatures invisibles et leur a attribuées des noms tels que djinn, ange, Iblis, Satan, etc.  A chacune de ces créatures, il a affecté des fonctions et des attributs particuliers. 27/10/2014 17
  18. 18. LE HALAL ET LE HARAM:  Force est de croire aussi, qu’une autre ligne de conduite régule les rapports du musulman avec le monde qui l’entoure ; elle est fondée sur une distinction binaire entre le haram et le halal. Par haram, il est entendu l’illicite, l’interdit, le défendu ; par contre le halal exprime le licite, le permis, et le non prohibé.  Joseph Chelhod nous explique que dire de quelqu’un qu’il confond le haram et le halal, c’est l’accuser de tout ignorer des affaires de la religion ; c’est aussi l’accuser de mal se situer entre le sacré et le profane. CHELHOD (Joseph), « La notion ambiguë du sacré chez les Arabes et dans l'islam », Revue d'Histoire des religions, Paris, n° 433, janvier - mars, 1961, p . 69. 27/10/2014 18
  19. 19. LE PUR/IMPUR OU LE MUQADDAS/MUDANNAS:  Il est permis de dire avec Noureddine ZAHI que la conception du sacré en Islam renvoie à deux catégories à savoir :  Le profane qui n’est pas forcément en opposition avec le sacré ni même en continuité avec lui.  Par contre l’impur al-mudannas (ou al- khabith) est en opposition avec le sacré, sachant que l’impur ou al-khabith contient des échelles allant de la saleté al-kathara jusqu’à an-najassa la souillure dont le niveau le plus élevé s’exprime avec la souillure de l’âme. ZAHI (Noureddine), « Al-mouqaddas fi athakafa al-arabiya al-islamia » (le sacré dans la culture Arabe et Islamique), in Al-fikr al-arabi al-moua’sar, n° 108 - 109, 1999, p. 36. 27/10/2014 19
  20. 20. ABOU HAMED AL-GHAZALI ET L’IDÉE DE DEGRÉS DES HALAL ET HARAM: 27/10/2014 20 al-mudannas/l’impur al-mouquaddas/le sacré Dans son livre Ihya’a ouloum ad-dine (Vivifier les sciences de la religion), Abou Hamed al-Ghazali exprime l’idée de degrés des halal et haram de cette façon : …‫بع‬ ‫من‬ ‫أطيب‬ ‫بعضه‬ ‫ولكن‬ ،‫طيب‬ ‫كله‬ ‫والحالل‬ ،‫بعض‬ ‫من‬ ‫أخبث‬ ‫بعضه‬ ‫لكن‬ ،‫خبيث‬ ‫كله‬ ‫الحرام‬ ‫أن‬ ‫اعلم‬‫ض‬ ‫بعض‬ ‫من‬ ‫وأصفى‬ « Saches que l’illicite est impur, mais il recèle des catégories l’une plus impure que l’autre, et que le licite est pur et bon, mais il contient des catégories les unes plus pures que d’autres ». AL GHAZALI (Abou Hamed), Ihyaa ouloum ad-dine, http://www.alwarraq.com, puisé dans le DVD al Maktaba Acchamila.
  21. 21. UTILISATION DU TERME HARAM DANS LE CORAN:  Il nous semble que l’estimation rapportée par Chelhod, quant- à l’utilisation de la racine « hrm » (80 fois), est un peu exagérée. Le terme haram ― du verbe harrama ― ainsi que ses dérivées ont été utilisés dans le Coran 29 fois (ُ‫م‬ ِّ‫ر‬َ‫ح‬ُ‫ت‬1, ِّ‫ت‬‫ا‬َ‫م‬ُ‫ر‬ُ‫ح‬1, 3ْ‫ت‬َ‫م‬ ِّ‫ر‬ُ‫ح‬ , 1‫ام‬ َ‫ر‬َ‫ح‬ , 3‫م‬ُ‫ر‬ُ‫ح‬ , 1َ‫م‬ ِّ‫ر‬ُ‫ح‬ , 17َ‫م‬َّ‫ر‬َ‫ح‬ , 1‫م‬َّ‫ر‬َ‫ح‬ُ‫م‬ , 1ُ‫م‬ُ‫ر‬ُ‫ح‬ْ‫ال‬ ).  Une sourate portant la même racine a été utilisée, il s’agit de la sourate Attahrim ‫التحريم‬.  Les contextes dans lesquels les interdictions ‫ام‬ َ‫ر‬َ‫ح‬ ont été enjointes sont pluriels, nous en dénombrons quelques-uns : le manger, les individus, les lieux, le pèlerinage, les animaux, la parure, les mois, le langage, la vie des hommes, les intérêts, la prière, le jeûne. CHELHOD (Joseph), « La notion ambiguë du sacré chez les Arabes et dans l'islam », Revue d'Histoire des religions, Paris, n° 433, janvier - mars, 1961, p. 69. Sourate 16 An-nahl (Les abeilles), verset 115, Traduction d'Hamidullah, http://www.bahai-education.org/. 27/10/2014 21
  22. 22.  En gros, le Coran emploie l’interdiction haram sur trois catégories d’êtres et d’objets que nous allons spécifier comme suit :  Pour la première catégorie, l’interdiction est enjointe dans tous les cas de figure, elle correspond à des corps impurs. En exemple, nous avançons que Dieu a interdit la charogne, le sang, le porc, le vin. 27/10/2014 22
  23. 23. L’ILLICITE LE HARAM COMME RÉGULATEUR DE LA VIE SOCIALE  Une deuxième catégorie n’est pas profane dans l’absolu, ses composants acquièrent ce statut dans certaines circonstances et certaines associations.  En exemple, nous rappelons le verset 23 de la sourate 4 An-Nissa où l’illicite le haram est venu réguler la vie sociale et les niveaux d’intimité des rapports qu’il va y avoir entre les hommes et les femmes. 27/10/2014 23
  24. 24. CONSÉCRATION D’UN LIEU:  La troisième catégorie correspond à une interdiction qui pourrait être levée de temps en temps et d’une façon périodique. Rappelons-nous le pèlerinage et le rapport qu’a le fidèle, à l’occasion, avec ce lieu saint de l’Islam qu’est la Mecque. Ce verset coranique n° 27 de la sourate An-naml 91 (Les fourmis) explicite la consécration de ce lieu « Il m'a été seulement commandé d'adorer le Seigneur de cette Ville (la Mecque) qu'Il a sanctifiée, - et à Lui toute chose - et il m'a été commandé d'être du nombre des soumis (musulmans) ». 27/10/2014 24
  25. 25. LE DANGER DE TRANSGRESSER LE SACRÉ:  Selon Caillois, le sacré est chargé en énergies et en forces, alors que le profane est composé de matières et d’objets.  Le sacré est alors rattaché au céleste et au religieux alors que le profane rime avec le chtonien et le magique. ZAHI (Noureddine), « Al-mouqaddas fi athakafa al-arabiya al-islamia » (le sacré dans la culture Arabe et Islamique), in Al-fikr al-arabi al-moua’sar, n° 108 -109, 1999, p. 33. Dans le sens de : « Qui a trait aux divinités infernales », définition puisée dans le Robert. 27/10/2014 25
  26. 26. LE DANGER DE TRANSGRESSER LE SACRÉ:  Chelhod explique quant-à lui l’impact de ces forces sur le croyant avec ces mots : « … le sacré à cause des dangers qu’on encourt à s’approcher de lui, est entouré d’un réseau d’interdits. Une imprudence, un simple contact, et l’interdit est brisé, libérant ainsi une force dont la décharge, pareille à celle d’un courant électrique, pourrait être foudroyante » . CHELHOD (Joseph), « La notion ambiguë du sacré chez les Arabes et dans l'islam », Revue d'Histoire des religions, Paris, n° 433, janvier - mars, 1961, p. 75. 27/10/2014 26

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