ERRORMANCY by Kim Cascone

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ERRORMANCY - GLITCH AS DIVINATION « A CALL FOR A MULTI-DIMENSIONAL, INTEGRAL APPROACH TO THE ARTISTIC USE OF FAILURE IN THE ARTS. »
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[IN T0P0L0G1ES, AN EXHIBITION BY THE ART OF FAILURE COLLECTIVE JULY – SEPTEMBER 2011, ESPACE MULTIMEDIA GANTNER, BOUROGNE, FRANCE]
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ERRORMANCY by Kim Cascone

  1. 1. ERROR-MANCYKIMCASCONE« A CALL FOR A MULTI-DIMENSIONAL, INTEGRAL APPROACHTO THE ARTISTIC USE OF FAILURE IN THE ARTS. »[IN T0P0L0G1ES, AN EXHIBITION BY THE ART OF FAILURE COLLECTIVEJULY – SEPTEMBER 2011, ESPACE MULTIMEDIA GANTNER, BOUROGNE, FRANCE]
  2. 2. [...] sonder l’avenir en étudiant les mouvements del’air, les vents, la brise, l’arc-en-ciel, les halos, lesnuées et les brouillards, les images que forment lesnuages et les apparitions qui se manifestent dansl’air.Henry Cornelius Agrippa1Pour l’esprit moderne, un «glitch» est un phé-nomène indésirable, une interruption passagèredans le comportement attendu d’un système.En un bref instant, cette défaillance transformela relation de l’usager au système. Elle instillele doute, indique que le système est instable,corrompu, peu fiable. Voilà en tout cas la visionprédominante du rationalisme contemporain,d’une conscience modelée par la vie au seind’une société technologique et mécaniste. Nousavons été conditionnés par des espèces de trai-tements de choc à paniquer quand les chosesne se déroulent pas comme prévu. Une foishabitués aux excentricités d’un système donné,nous réagissons à tout évènement intrusif enappliquant une série de tactiques d’auto-dé-pannage, dans l’espoir que l’une d’entre ellesrésoudra le problème. Au début de l’histoire dunumérique, quand la science de la correctiond’erreurs en était encore à ses débuts, certainsartistes ont découvert que les glitchs avaient lepouvoir de produire des objets extraordinaires.Comme la technique du cut-up, ils créaient denouvelles juxtapositions qui semblaient surgiesde nulle part, comme invoquées par un coup dedés. Le hasard est toutefois un maître cruel, quiaime se faire désirer. Au lieu d’attendre que cesfameuses défaillances se produisent, des «créa-teurs de contenu» les ont méticuleusementrépertoriées et reproduites, afin de les rendredisponibles en tant que préréglages, plug-inset morceaux disponibles dans les banques deson. Dès lors, de faux glitchs pouvaient être ob-tenus à tout moment, en appuyant simplementsur un bouton. Le résultat de cette facilité dereproduction, c’est que le glitch a proliféré entant que signifiant prisé du dysfonctionnementtechnologique, servant à évoquer un avenircontre-utopique où le contrôle sur les machinesaurait dérapé. Il a l’avantage supplémentaire deconférer à celui qui l’utilise un certain prestigetechnique, celui du cyber artiste travaillant auxlimites de la technologie. Mis à l’honneur aussibien dans des publicités pour du parfum quedans les remixes électroniques à la mode, leglitch a été affadi, neutralisé, privé de son effica-cité. Aujourd’hui, c’est un «tag de genre» parmiles autres dans iTunes.Inversement, certains artistes l’utilisent noncomme artefact mais comme médium per-mettant la divination. Ayant constaté que leglitch utilise le système de manière parasitaire,comme un canal pour nous transmettre uneconnaissance inattendue, ils utilisent le glitchcomme un instrument divinatoire.ERREUROMANCIERQuand on découpe le présent, l’avenir s’enéchappe.Brion Gysin/William S. Burroughs2Pour la pensée médiévale, les instruments dedivination constituaient un médium à traverslequel transitaient les prophéties, les présageset les bénédictions ; ce n’étaient pas les instru-ments eux-mêmes qui produisaient ces mes-sages. La divination était alors un moyen depercevoir un monde au-delà du monde naturel,invisible aux yeux de la plupart, et considérécomme vivant, intelligent. Pour l’esprit médié-val, l’univers n’était pas mû par des forces mé-caniques, mais par une triangulation subtile de«métaux, nébuleuses et constellations3». Lasurface luisante d’un miroir d’obsidienne, laflamme mouvante d’une lampe dans une pièceobscurcie, l’intérieur brumeux d’une boule decristal – tous ces objets servaient de récepteurs,capables de transmettre des bribes de sagesseissues d’une réalité atemporelle, non spa-tiale, non manifeste: le mundus imaginalis, oumonde imaginal4. Entre les mains de certainsartistes, le glitch permet d’ouvrir une faille spa-tio-temporelle qui réorganise momentanémentl’espace psychique du spectateur et permet àl’artiste d’établir un lien direct avec le mondeimaginal.ERREUROMANCIE:LA DIVINATIONPAR LE GLITCH
  3. 3. Ce lien est un outil puissant à disposition desartistes, permettant la création de nouveauxpalimpsestes, permutations, combinaisons etrésidus.COORDONNÉES POURRIESC’est aujourd’hui le territoire dont les bribes pour-rissent lentement sur l’étendue de la carte.Jean Baudrillard5En plus de servir d’outils de divination, ca-pables d’entrouvrir des portes vers le mondeimaginal, les glitchs peuvent aussi s’accumulercomme des points de données et jouer le rôlede coordonnées cartographiques. Ainsi le glitchpeut-il devenir tour à tour point de donnée ac-cidentel, mot de passe malformé, tag brisé,hiéroglyphe encrypté. Chaque glitch successifparticipe à mieux définir le précédent, en fai-sant progressivement la netteté sur un espaced’abord flou. Un amas de glitchs peut dessinerun contour, délimiter une zone, tracer un itiné-raire à travers un espace inexploré. Cet espaceet un «espace potentiel» à n-dimensions, et lesglitchs peuvent être utilisés pour le parcourir, àla recherche de motifs inattendus et de juxtapo-sitions fortuites, afin de dévoiler un contenu su-bliminal. Lorsqu’on travaille avec les nouveauxmédias, il est bien trop facile d’accumuler desdisques durs entiers de fichiers son, de ses-sions sur des stations de travail numériques, dephotographies et de vidéos issues d’appareilsnumériques, d’expérimentations sur Photos-hop, de dessins sur Illustrator, et ainsi de suite.Dossiers et sous-dossiers regorgent de versionssuccessives, de révisions, d’esquisses, d’expé-riences abandonnées. Puisqu’il ne s’agit que dedonnées numériques, il est possible modéliserce contenu sous forme d’espace physique oude reliefs. Le parcours de ces données par lesglitchs peut nous permettre de dévoiler une es-sence ou une texture cachée dans les données– tout comme le sourcier parcourt la terre de sabaguette à la recherche de poches d’eau souter-raines. Travailler avec des glitchs peut permettrede se frayer un chemin à travers ce terrain, d’entracer les contours, de formuler une stratégieoblique. Au lieu de partir d’une idée préétabliedu glitch en tant qu’effet sonore ou visuel, lesartistes devraient faire appel à des outils6quileur permettent d’invoquer des glitchs en ou-vrant leur processus de recherche à la probabi-lité, sans aucune intention a priori. Autrementdit, des outils qui se comporteraient comme leYi-King de John Cage ou les Stratégies obliquesde Brian Eno, plutôt que comme les effets dé-terministes et reproductibles que fabriquentles créateurs de contenu. En effet, en utilisantce type d’outils pour explorer l’espace des pos-sibles, il est important de garder à l’esprit quel’artiste ne fait alors que travailler sur le planmécaniste ou matériel.Pour qu’une œuvre d’art déploie une force maxi-male, elle doit se développer sur trois niveaux:mental, inconscient et matériel. Le développe-ment d’un seul de ces niveaux au détrimentdes autres aboutit à une œuvre incomplète, in-capable de tirer pleinement parti du pouvoir àdisposition de l’artiste. Utilisés simultanément,en revanche, ils constituent un moyen puissantde canaliser l’énergie créative ou d’invoquer dessymboles.KIM CASCONE1 Henri-Corneille Agrippa, La Magie naturelle,Berg International, 1982.2 William S. Burroughs, Breakthrough in theGrey Room, Sub Rosa, SUB 33005-8, CD.3 Rainer Maria Rilke, « Lettre à Witold vonHulewicz du 13 novembre 1925 », Œuvres, VIII,Seuil, 1976.4 Le monde imaginal est défini comme unmonde médian entre l’état de veille conscientet la dimension cachée de la nature. Il constitueun intermédiaire transcendantal qui permet defaire le lien entre notre monde intérieur et celuiqui nous entoure.5 Jean Baudrillard, Simulacres et Simulation,Galilée, 1981.6 Des environnements de programmationtels que Max/MSP ou Pure Data, ainsi quecertaines applications web utilisant Flash,peuvent scanner un disque dur à la recherched’un format de fichier particulier (par exemple.wav ou .jpeg) afin de soumettre ces fichiers àdes protocoles déterminés par le hasard.
  4. 4. [...] divine by airy impressions, by the blowing ofthe winds, by rainbows, by circles round aboutthe moon and stars, by mists and clouds, and byimagination in clouds and visions in the air. HenryCornelius Agrippa1To the modern mind, a glitch is an unwantedartifact, a momentary interruption of expectedbehavior produced by a faulty system. In an ins-tant it changes the user’s relationship with thatsystem. A glitch instills suspicion, indicating thesystem is unreliable, corrupted, not to be trus-ted. This is the view most commonly held todayby the mental-rational mind, a consciousnessformed by living in a mechanistic technolo-gical society. We have been trained via a formof shock treatment to panic when things gowrong. After learning the quirks of a systemwe come to react to these intrusive events byrecalling a bullet-list of troubleshooting tips,throwing them at the problem in hopes that onewill fix it. Early in the history of digital media,when the science of error correction was in itsinfancy, artists discovered that glitches couldoftentimes produce wondrous artifacts. Andthat, much like the technique of the “Cut-up,”formed new juxtapositions that seemingly camefrom nowhere. As if invoked or summoned witha toss of dice. But chance is a harsh mistresswho only makes an appearance when she feelslike it - so rather than wait for glitches to occur,content creators painstakingly collected and for-ged imitation glitches – making them availableas presets, plug-ins, and clips in media libraries.Faux glitches could now be made to occur at anytime merely by pressing a button. As a result ofits ease of reproduction, glitch proliferated as afashionable signifier of technological dysfunc-tion, invoking a dystopian future where machinecontrol has gone awry. It has the added benefitof casting the user as a technical sophisticate, acyber-artist working at the outer limits of tech-nology. Through its overuse in everything fromperfume commercials on television to trendyelectronica remixes glitch has been detoothed,neutered, rendered ineffective as an effect.Glitch has become a genre tag in iTunes.Conversely, some artists use glitch not as an ar-tifact but as a medium for conjuring or divining.Knowing that a glitch parasitically uses a systemas a conduit for the delivery of unexpected wis-dom, they use glitch as a device for divination.ERRORMANCERWhen you cut into the present the future leaks out.Brion Gysin/William S. Burroughs2To the medieval mind a divination device actedas a medium through which prophesies, omensand blessings arrived, it did not produce thesemessages on its own. Divination was a way tosee into a realm beyond the natural world, onethat was hidden to most people and consideredalive and intelligent. The medieval mind didn’tview the universe as operating by mechanicalforces, but by a subtle triangulation of «metals,nebulae and stars3».The shiny surface of a jetshewstone, the dim flicker of lamp flame in adarkened room, the fogged interior of a crys-tal sphere – these devices acted like a receiver,carrying bits of wisdom from an a-temporal,non-spatial, non-manifest reality: the supernalrealm or mundus imaginalis4. In the hands ofthe right artist, a glitch can form a brief rupturein the space-time continuum, shuffling the psy-chic space of the observer, allowing the artist toestablish a direct link with the supernal realm.This link serves as a powerful tool for any artistallowing for the creation of new permutations,combinations, residues and palimpsests.ROTTED COORDINATESToday it is the territory whose shreds slowly rotacross the extent of the map.Jean Baudrillard5A glitch can do more than act as a divinationdevice, momentarily opening a portal to the su-pernal realm – glitches can be accumulated asdata points, serving as coordinates on a map.Glitches can serve as accidental data points,ERRORMANCY:GLITCH ASDIVINATION
  5. 5. malformed keywords, broken tags, encryptedhieroglyphics. Each successive glitch helps tofurther define the previous one by steadily shar-pening a blurred focus. A cluster of glitches canform an outline, define an area, trace a routethrough uncharted space. This space is an n-di-mensional «potential space» and glitches canbe used to navigate this space, seeking unexpec-ted patterns, chance juxtapositions, and unvei-ling subliminal content. It is all too easy whileworking with new media tools to fill multiplehard drives with sound files, digital audio works-tation sessions, photos and video from digitalcameras, Photoshop experiments, Illustratordrawings, etc. Folders inside folders of versions,revisions, studies and discarded experiments.Because it is just data we can model this contentas a physical terrain or space. Navigating thisspace with glitches can help one discover an es-sence, a grain hidden in the data – much like adivining rod is used to seek out pockets of waterunderground. Working with glitches can forge apath through this terrain, outline an approach,formulate an oblique strategy. Rather than usea canned two dimensional idea of what a glitchlooks or sounds like, artists should use tools6that allow them to invoke glitches by openingthe process of discovery to probability – withoutintent. In other words, these tools behave likeCage’s I-Ching or Eno’s Oblique Strategy ratherthan a deterministic, repeatable effect as craftedby content creators. When using these tools tonavigate possibility space it is important to re-member that the artist is only working on themechanistic or physical level.In order for any artwork to operate at full po-tency it has to be developed on three levels:the mental, the unconscious and the physical.The use of any one of these without the othersrenders the artwork incomplete and unable tomake use of the full power available to the artist.Used together they can act as a powerful crea-tive conduit or conjurer of symbols.KIM CASCONE1 Agrippa,HenryCornelius.The Philosophy ofNatural Magic. Calgary: Theophania Publishing.2011.2 Burroughs, William S. & Gysin, Brion. TheThird Mind. New York: Seaver Books. 1978.3 Rilke, Rainer Maria. Duino Elegies. New York:W.W.Norton & Co.4 The supernal realm is defined as anintermediate realm between our consciouswaking state and the hidden world of nature.It acts like a transcendental layer forming acontinuum between our inner with the outerworld.5 Baudrillard, Jean. Simulacra and Simulation.Ann Arbor: University of Michigan Press, 1994.6 Programing environments such as Max/MSP and Pd or Flash based web applicationscan scan for a particular format of files on ahard drive (i.e. wavs or jpegs for example) andsubject them to chance procedures.

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