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  1. 1. B A S E Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 1999 3 (1), 42–48Les biotechnologies végétales appropriées dans le contextedu dialogue Nord–SudPhilippe LepoivreUnité de Phytopathologie. Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux. Passage des Déportés, 2.B–5030 Gembloux (Belgique). E-mail : lepoivre.p@fsagx.ac.beReçu le 18 mai 1998, accepté le 06 novembre 1998.Le caractère approprié de toute technologie doit s’évaluer en prenant en compte les problèmes éthiques et l’environnementsocial, économique, scientifique et écologique. Dans le contexte particulier des pays en voie de développement, lesbiotechnologies végétales sont certes riches d’applications potentielles, mais posent également des problèmes si leurintégration et leur valorisation ne sont pas progressives et adaptées. Elles devront s’appuyer sur une infrastructure légale etmatérielle et sur un potentiel humain compétent qui en assurera le transfert et le suivi selon des normes spécifiques, adaptéesaux besoins des populations locales et à leur environnement global.Mots-clés. Biotechnologie végétale, transfert de technologie, pays en voie de développement.Appropriate plant biotechnology in the context of the dialogue between North and South. Appropriateness of anytechnology must take into consideration the ethical problems and the social, economical, scientific and ecologicalenvironment. For developing countries, plant biotechnologies definitely open interesting perspectives, but also raise potentialproblems, because their integration and valorisation require a progressive and adapted development. Biotechnologies dependon legal and physical infrastructures, as well as human skills for on-site control corresponding to the needs of the relevantpopulations and to the global environment.Keywords. Plant biotechnology, technology transfer, developing countries.1. INTRODUCTION sur certaines recherches alors même que celles-ci sont susceptibles de résoudre des problèmes majeursLes biotechnologies représentent une composante rencontrés par les pays du Sud (Hodgson, 1990).potentiellement importante de croissance pour l’agri- Cet article tentera d’identifier les différents paramètresculture, l’industrie, le secteur de la santé publique qui déterminent le caractère approprié de l’innovationainsi que des ressources énergétiques des pays en dans le domaine des biotechnologies végétales et lesdéveloppement (Sasson, 1988). applications à grande échelle de ces découvertes, dans Au niveau de l’agriculture de ces pays, les le contexte particulier de l’agriculture et des relationspromoteurs des biotechnologies affirment souvent le Nord-Sud.caractère “indispensable de ces techniques pournourrir l’humanité au 21e siècle” en raison de leursnombreux apports potentiels (limitation des pertes dans 2. LES ENJEUX DES BIOTECHNOLOGIES ETla production agricole, introduction de caractéristiques LA SÉCURITÉ ALIMENTAIREagronomiques ou nutritionnelles intéressantes, etc.). Si la puissance des technologies modernes n’est La question de la capacité de la planète à nourrir sespas contestable, ces techniques sont parfois présentées habitants naît d’inquiétudes liées à l’évolution depar les décideurs politiques des pays du Sud (et des l’offre et de la demande alimentaires mondiales. Cettescientifiques tant du Nord que du Sud) comme la question suscite des réflexions et des prises de positionsolution miracle menant automatiquement sur la voie sur l’évolution de la productivité des systèmes dedu développement économique. production, les formes d’organisation de l’économie À l’opposé, un mouvement de suspicion envers ces mondiale agricole et la place qu’y occuperont lestechniques met systématiquement en avant un certain nouvelles technologies.nombre de risques de dérives tant techniques que L’amélioration génétique des plantes cultivées asocio-économiques, allant jusqu’à prôner un moratoire été à la base de la “révolution verte”, qui est critiquée
  2. 2. Les biotechnologies végétales appropriées dans le contexte du dialogue Nord–Sud 43en raison de la fragilité des écosystèmes agricoles, et 3. CONDITIONS REQUISES POUR LA VALO-des conséquences sociales qu’elle a engendrées. Des RISATION DES BIOTECHNOLOGIES DANSeffets positifs en terme d’augmentation globale de la LES PAYS EN VOIE DE DÉVELOPPEMENTproduction agricole ne peuvent cependant pas êtreignorés. La création de nouvelles variétés de céréales 3.1. Les niveaux de complexité des biotechnologiesa permis d’atteindre une croissance de la production et les conditions matérielles de leur utilisationalimentaire supérieure à la croissance démographiquedans des régions du monde où ces variétés ont été Les biotechnologies ne constituent pas un ensembleutilisées. Ainsi, en Inde, les agriculteurs récoltaient 12 homogène de techniques présentant les même niveauxmillions de tonnes de blé sur 14 millions d’hectares en de complexité et requérant les mêmes investissements1965. En 1990, ils récoltaient 55 millions de tonnes matériels et humains pour valoriser les produits qui ensur 23 millions d’hectares. Avec les rendements de découlent. L’analyse des investissements requis doit1965, il aurait fallu cultiver près de 40 millions prendre en compte des niveaux très différents ded’hectares pour produire de telles quantités (Sasson, complexité selon les technologies considérées. Par1988). Globalement, on estime que les pays en voie de ailleurs, le temps s’écoulant entre la recherche entre-développement ont vu leur production en céréales prise et les premiers résultats attendus est égalementaugmenter de plus de 85 % entre 1970 et 1994. variable selon les technologies choisies. Nonante pour cent de la population mondiale(qui augmente ces dernières années au rythme de 1,5 % 3.1.1. Les savoirs traditionnels. Certaines “biotechno-par an) vivra dans les pays en voie de développement logies” relèvent d’un savoir-faire quasi traditionnel, ou(Anonyme, 1998). Dans le même temps, les ont été mises en œuvre et transférées depuis près d’unrendements agricoles (toutes choses restant iden- demi-siècle : les pratiques culturales associant maïs ettiques) progresseront de 1 % par an seulement, de légumineuses en Amérique du Sud, la fertilisation dessorte que, pour combler un déficit alimentaire rizières par les cyanobactéries fixatrices d’azotecroissant, il faudrait trouver des terres supplémentaires associées aux Azolla, ou encore l’utilisation deà cultiver (Anonyme, 1994). Malgré l’imprécision de Rhizobium pour l’enrobage des graines de légumi-tels chiffres et les risques de leur utilisation à des fins neuses en vue de la production de nodules fixateursdémagogiques, on peut néanmoins convenir que si d’azote atmosphérique (Pham, 1982). Les pratiquesl’on souhaite diminuer la pression des productions associées à ce premier niveau de technologie sontvégétales sur les terres arables tout en limitant largement répandues dès à présent dans les régionsl’utilisation coûteuse (sur le plan économique et tropicales, et leur développement profite amplementenvironnemental) d’intrants (engrais ou pesticides), il aux cultures vivrières.faudra miser sur les progrès de la génétique et sur lestechnologies qui s’y rattachent. 3.1.2. Les technologies d’assainissement virologique Une nouvelle “révolution verte” faisant sienne des et de clonage des plantes. Le deuxième niveau depréoccupations d’équité sociale, de respect des complexité renferme les techniques d’assainissementcontraintes écologiques de l’environnement et de de clones végétaux chez des espèces à propagationdurabilité de l’agriculture qui serait orientée vers végétative. Cette technique constitue, dans les paysl’objectif alimentaire, est-elle envisageable ? Nous industrialisés, une des retombées les plus anciennesn’avons guère d’autre choix que l’optimisme de la des cultures de tissus et représente la base des mesuresraison en prônant une recherche capable de stimuler la prophylactiques de lutte contre les virus phytopatho-croissance de la production agricole dans les zones à gènes des plantes à multiplication végétative. Lafaible potentiel où se concentre la pauvreté rurale. plupart des pays en voie de développement possèdentUne telle ambition n’est néanmoins crédible que si la dès à présent des laboratoires ayant la capacité dedémarche est accompagnée par un ordre économique produire, à petite échelle, des vitroplants assainis,mondial plus respectueux des productions agricoles débarrassés de leurs virus et autres agents pathogènesqu’assurent les pays en voie de développement. des plantes. Ces techniques d’assainissement et de Une fois ces postulats posés, la recherche de clonage des végétaux peuvent apporter en moins d’uneplantes cultivées plus productives s’organise autour de année un bénéfice aux agriculteurs (Semal, Lepoivre,quelques axes principaux qui touchent tous, de près ou 1992).de loin, à la place possible de l’amélioration génétique Néanmoins, cette opération ne présente une renta-et des biotechnologies dans les pays en voie de bilité économique adéquate que lorsqu’elle s’intègredéveloppement, à la spécificité de leurs objectifs, aux dans des filières d’amont et d’aval permettant auxconditions organisationnelles et socio-économiques plantes assainies d’exprimer pleinement leurrequises pour valoriser leurs produits et au rôle de la potentialité. Si ces filières font défaut, la rentabilité decoopération des pays développés dans ce contexte. l’ensemble de l’opération d’assainissement risque
  3. 3. 44 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 1999 3 (1), 42–48 P. Lepoivred’être compromise, même si la maîtrise de la plan de la résistance aux maladies, aux produits toxiquestechnologie de culture in vitro est assurée. et aux facteurs de stress. Après une première période de relations conflictuelles3.1.3. Surmonter les obstacles de l’hybridation sexuée. entre les améliorateurs classiques et les tenants de laUn troisième niveau de complexité des biotechnologies biologie moléculaire, on reconnaît progressivementvégétales se rencontre dans les programmes visant à que les plantes génétiquement modifiées ne diffèrentl’amélioration des plantes par diverses méthodes de des plantes non modifiées que par le caractèreculture in vitro destinées à lever les incompatibilités spécifique qui leur a été conféré par le gène introduit.génétiques rencontrées lors de l’hybridation classique. La complémentarité des approches traditionnelle etLa variation somaclonale et la mutagenèse viennent moléculaire, et la nécessité d’étudier les produits de laégalement s’ajouter aux techniques d’hybridation pour transgenèse dans les conditions pratiques de culture,accroître la variabilité génétique. Sur le plan des avec évaluation de leur conformité, de leur stabilité etinfrastructures scientifiques, le sauvetage d’embryons de leur rendement par les spécialistes du terrain, estet l’obtention de dihaploïdes par culture d’anthères ou également reconnue mais explique la lourdeur de telsgynogenèse, requièrent relativement peu d’investis- programmes dont les résultats ne peuvent être attendussements matériels, mais exigent en revanche des avant un délai de 5 à 10 ans.scientifiques et des techniciens de haut niveau L’expérimentation au champ des plantes trans-(Demarly, Sibi, 1989). Enfin, l’ensemble des géniques a débuté depuis les années 80 dans les pays àtechniques de conservation des plantes (banques de haut potentiel scientifique (Kahn, 1996). La transpositiongènes, cryopréservation) et de sélection rapide (emploi de la transgenèse dans les pays en développementde marqueurs biochimiques et moléculaires ainsi que devrait se faire par la mise en place préalable d’infras-le développement de cartes génétiques) s’intègrent tructures humaines, matérielles et réglementaires pourdans les programmes d’amélioration classique dont rendre ces biotechnologies pleinement opérationnelles,elles accroissent l’efficacité et réduisent la durée. Elles rentables et contrôlées.permettent de valoriser les potentialités des populations Ces projets de transgenèse ne sont cependant paslocales ou des cultivars traditionnels porteurs de sans susciter des oppositions entre les partisans decaractéristiques agronomiques intéressantes (comme technologies légères, nécessitant peu d’investisse-la résistance à la sécheresse, aux maladies, etc.). ments et dont les retombées sont prévisibles à court et moyen terme, et les tenants des technologies de pointe,3.1.4. La transgenèse. L’insertion et l’expression de requérant des investissements très importants et dontnouveaux gènes dans un organisme constituent l’une les résultats ne sont attendus qu’à long terme.des retombées importantes de l’ingénierie génétique etun quatrième niveau de complexité dans l’optique du 3.2. Une recherche spécifique pour le Sud ?transfert des technologies dans les pays du Sud. L’hybridation entre deux plantes brasse quelques Contrairement à certaines positions parfois exprimées50.000 gènes dans un ordre qui est relativement concernant la recherche dans les pays du Sud, celle-ciimprévisible. Au contraire, la transgenèse végétale ne constitue pas un luxe car elle représente une despermet d’accélérer ces programmes en introduisant un conditions nécessaires à un développement maîtrisénombre limité de gènes sans bouleverser les autres localement.caractéristiques de la variété. De plus, le sélectionneur, À l’exception de quelques États (Chine, Inde, Brésil,dans sa recherche de gènes, n’est plus limité à l’espèce notamment) qui n’ont pas (ou pas trop) sacrifié lavégétale à améliorer, ni même au règne végétal. Tous recherche dans leur budget, le Sud a très peu favoriséles gènes de tous les organismes deviennent potentiel - l’émergence de communautés scientifiques perfor-lement accessibles. mantes et indépendantes. Malgré les difficultés techniques qui peuvent Même si la recherche scientifique des pays duencore exister et les degrés de performance différents tiers-monde est finalisée et si les problèmes à résoudreselon le matériel travaillé, le nombre de plantes qui ont sont particulièrement pressants, on ne saurait seété transformées génétiquement ne cesse de croître et contenter pour autant de la simple application dans leil n’y plus guère d’espèces cultivées totalement Sud de recherches faites ailleurs. Une telle attitude estréfractaires à cette opération. Les exemples d’utilisation en effet dangereuse. Beaucoup d’erreurs de dévelop-pratique de ces plantes se multiplient dans des pays pement ont été commises de cette manière au cours decomme les États-Unis (Kahn, 1996). ces vingt dernières années (nouvelles variétés ne Cette technologie est riche en promesses et ses répondant pas aux goûts des consommateurs, infras-applications pourraient aider à affronter certains pro- tructures de santé inadaptées aux habitudes populaires,blèmes graves qu’il n’est pas possible jusqu’à présent etc.). Certains responsables, tant du Nord que du Sud,de résoudre par les voies classiques, notamment sur le ont cru erronément pouvoir fonder des actions sur les
  4. 4. Les biotechnologies végétales appropriées dans le contexte du dialogue Nord–Sud 45résultats des recherches menées dans un autre contexte. causes de l’importance de ces maladies et les coûtsTous les pays du tiers-monde ont besoin d’une respectifs des différentes stratégies de lutte. Si lesrecherche scientifique qui leur permette d’atteindre viroses sont associées à des pratiques culturalesdeux objectifs principaux : inadéquates, la solution au problème pourrait ne pas– connaître leur propre milieu : physique, biologique, être d’ordre biotechnologique mais reposer sur unhumain (leurs richesses, leurs faiblesses et leurs choix judicieux de techniques culturales appropriées.potentialités), Un autre exemple serait un projet de lutte contre les– apprendre à valoriser ce qu’ils ont et ce qu’ils sont. déficits hydriques exclusivement basé sur la sélectionLa science prise en charge par une société peut révéler de génotypes résistants à la sécheresse, occultant ainsicomment utiliser au mieux le milieu où elle vit, dont les nombreux autres aspects de la gestion de l’eau danselle vit, sans en détruire les richesses, pour adapter, les cultures.voire pour créer, certaines technologies modernes. Une manière d’éviter cet écueil est l’établissement Dans les pays qui ont amorcé leur développement, de liens étroits entre les organismes de recherche et lesune recherche scientifique nationale performante est utilisateurs des produits de la biotechnologiedonc indispensable à un transfert actif et approprié des (multiplicateurs de semences, améliorateurs de terrain,technologies nouvelles tenant compte des besoins des vulgarisateurs, paysans, etc.) afin de lier l’innovationutilisateurs locaux. technologique aux besoins des acteurs sociaux. Or, Il appartient aux pays développés d’adapter leur dans beaucoup de pays en développement, un fossécoopération à ces principes, et non de pérenniser existe entre la recherche et les vulgarisateurs qui sont(consciemment ou inconsciemment) des relations de responsables du transfert des produits de la biotechno-dépendance génératrices de gaspillage et de fuite des logie jusqu’aux paysans.cerveaux. Au contraire, dans d’autres cas, le recours aux biotechnologies peut constituer une solution au risque3.3. Les priorités socio-économiques et le choix des de disparition des variétés cultivées traditionnelles.biotechnologies Ainsi, chez le bananier, le développement de la cercosporiose noire constitue une menace très sérieuseL’adoption des biotechnologies doit avant tout s’évaluer pour les nombreux cultivars traditionnels qui s’avèrentdans le contexte du type de développement agricole sensibles à cette maladie d’introduction récente ensouhaité. La modernisation de l’agriculture via des Afrique et en Amérique latine. La faible fertilité duapports massifs d’intrants permettant de produire des bananier ne permet pas d’envisager facilement dequantités élevées de produits de haute qualité combiner la résistance à la maladie avec les(révolution verte) n’a pu répondre aux problèmes de la caractéristiques variétales que le consommateurpauvreté du monde rural et de durabilité du système de affectionne chez les cultivars traditionnels. Laproduction. Au contraire, cette approche a contribué à transgenèse, en limitant le nombre de gènes transférésaccroître l’érosion génétique et la dépendance des à un très petit nombre, rend réaliste une telleagriculteurs vis-à-vis des intrants. perspective et pourrait ainsi contribuer à sauvegarder Une introduction massive et inappropriée de des génotypes de bananier menacés de disparaître duproduits de la biotechnologie résulte souvent d’une fait de leur sensibilité à cette maladie.analyse réductionniste des systèmes de production. Sil’on n’y prend garde, les produits de la biotechnologie 3.4. Les exigences organisationnelless’inscrivant habituellement dans une agricultureintensive pourraient contribuer à marginaliser le rôle La nécessité d’une recherche menée dans les pays dudes petits paysans traditionnels dans la conservation Sud ne doit pas occulter des contraintes de type orga-de la diversité génétique et à accélérer la disparition nisationnel pour que ces recherches atteignent le seuildes systèmes de production traditionnelle. L’exemple d’efficacité requis par la parcimonie des moyensde la recherche de plantes résistantes aux maladies disponibles.virales par transgenèse est révélateur d’une dérive La vulnérabilité et l’inefficacité de laboratoires isoléspossible lorsque le problème est posé de manière sont particulièrement flagrantes dans un domaineréductrice. La résistance aux maladies virales par le d’activités comme les biotechnologies, par essencegénie génétique (stratégie d’expression de la protéine pluridisciplinaires (en associant biologie moléculaire,enveloppe, antisens, etc.) constitue une des retombées microbiologie, phytopathologie, amélioration, etc.).les plus anciennes des biotechnologies modernes. De nombreuses études témoignent des difficultésCette approche qui possède le caractère séduisant des rencontrées lors de l’organisation d’activités collectivestechnologies modernes est souvent adoptée aveu- interdisciplinaires. La tradition scientifique privilégieglément par de nombreux laboratoires de pays en beaucoup trop les formations pointues au sein dedéveloppement sans s’interroger préalablement sur les chaque discipline scientifique au détriment d’une
  5. 5. 46 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 1999 3 (1), 42–48 P. Lepoivreformation pluridisciplinaire (Sebillotte, 1996). Cette de technologies. La convention prévoit des mécanismesréflexion s’applique tant dans les pays développés que de compensation, le Sud s’engageant à préserver ladans les pays en voie de développement, mais ce biodiversité, en contrepartie de quoi le Nord amplifieraitdéficit de pluridisciplinarité est particulièrement criant ses programmes d’aide au développement, sous formedans ces derniers pays. Toute politique de transfert notamment de transferts de capacités de recherche ettechnologique doit prendre en compte cette exigence de savoir-faire en biotechnologie.de pluridisciplinarité et identifier correctement lespotentialités des interlocuteurs à cet égard. 4.2. Les biotechnologies modifient les données du problème4. L’ACCÈS AUX RESSOURCES PHYTO-GÉNÉTIQUES ET AUX TECHNOLOGIES Les conditions de la brevetabilité du vivant ont changéNOUVELLES du tout au tout au cours de ces deux dernières décennies et bouleversé les données de ce problème.L’exploitation du potentiel des biotechnologies dans le La décision “Diamond.V. Chakrabarty” de la Courdomaine de l’agriculture suppose un accès possible suprême des États-Unis disposait, en 1980, que “toutaux ressources phytogénétiques et aux technologies. ce qui vivait sous le soleil” était brevetable, pour peuCe problème d’accès est très délicat dans le contexte que les conditions usuelles des brevets soient satisfaitesdes relations Nord – Sud et on assiste à cet égard à une (activité inventive, nouveauté, application industrielle).évolution de la position des pays en voie de dévelop- On sait l’importance de cette décision dans la pratiquepement sur ces ressources phytogénétique et la liberté de l’Office américain des brevets. En Europe, si led’y accéder. brevet d’une variété végétale reste en principe interdit, il est possible de breveter des parties du génome4.1. La dépendance des biotechnologies vis-à-vis (gènes d’intérêt, promoteurs, etc.) ou des procédés dedes ressources phytogénétiques transformation (techniques de génie génétique, etc.). En raison du principe d’extension de la protectionL’histoire et la géographie de l’agriculture et de l’amé- d’un brevet “de procédé” aux produits qui en sontlioration des plantes conduisent à une situation assez issus, de tels brevets couvriront, en fait, les variétésparadoxale : les améliorateurs des plantes alimentaires végétales dérivant de la transgenèse et en limiterontet industrielles sont largement dépendants des États du donc l’accès.tiers-monde pour leurs ressources génétiques. Dans la foulée de ces débats, des négociations Les variétés traditionnelles cultivées dans les pays visant à homogénéiser les systèmes de protection seindustrialisés sont souvent protégées par des certificats sont tenues dans le cadre des négociations sur led’obtention végétale (COV) établis dans le cadre de GATT (“General Agreements on Tariffs and Trade”).l’Union internationale pour la Protection des Obtentionsvégétales (UPOV). 4.3. La convention du GATT L’UPOV accorde aux obtenteurs de variétés nouvellesdes certificats d’obtention végétale qui leur confèrent Les aspects commerciaux de la propriété intellectuelledes droits d’exploitation exclusifs faisant l’objet d’une qui y ont été discutés sont repris sous le terme dereconnaissance sur le plan international. TRIPS (“Agreement on Trade Related Intellectual L’étendue du monopole est cependant limitée par Property Rights”). Le but de ces négociations étaitle principe du libre accès qui implique qu’une variété d’harmoniser les droits de propriété intellectuelle enprotégée peut être librement utilisée comme géniteur les ajustant au niveau existant dans les pays du Nord.pour la création de nouvelles variétés. Seul le matériel En vertu de cet accord, certains génotypes obtenusservant à la multiplication fait l’objet du COV tandis par les techniques modernes d’amélioration pourraientque le matériel sauvage qui contient ces gènes a long- acquérir le titre de création, bien qu’ils n’apportenttemps été considéré comme patrimoine de l’humanité. que de faibles modifications par rapport au matériel La tentation est donc forte, pour des pays riches en végétal d’origine. Par contre, cet accord considèregènes (Mexique, Brésil, Indonésie, Inde, Éthiopie, etc.) comme matériel biologique naturel (et donc nede limiter l’accès à leurs ressources et de les négocier bénéficiant d’aucune protection commerciale) lescontre des compensations sous forme monétaire ou de variétés issues des travaux empiriques de nombreusestransferts de technologies. La Convention de Rio légi- générations d’agriculteurs.timise ce souci, soumet le concept de patrimoine Cette position constitue un des points où le GATTcommun de l’humanité au principe de souveraineté entre en totale contradiction avec le souci exprimédes États sur leurs ressources phytogénétiques et dans la Convention de Rio de partager le bénéfice desconsidère que les pays fournisseurs devraient bénéficier richesses biologiques présentes chez les variétésde compensations sous forme, notamment, de transferts traditionnelles ou les plantes sauvages.
  6. 6. Les biotechnologies végétales appropriées dans le contexte du dialogue Nord–Sud 47 On assiste donc depuis quelques années dans les technologies au Brésil. Ce programme a permis depays industrialisés à une tendance au renforcement des développer des techniques favorisant l’expression dedroits de propriété intellectuelle en matière de ressources protéines avec un contenu élevé en acides aminésphytogénétiques ainsi qu’à un élargissement de la essentiels comme la méthionine.gamme des produits brevetables. Cette dérive s’explique En 1988, un autre projet, financé par la fondationpar l’évolution des biotechnologies et l’importance Rockefeller (USA), était conclu avec l’IRRI (Inter-des investissements consacrés aux recherches dans ces national Rice Research Institute), tandis qu’en 1992, ledomaines, notamment par les entreprises privées. Elle Centre International de la Pomme de terre (CIP) ets’avère d’autant plus préjudiciable que les instances PGS commençaient une collaboration de 3 ans visantpubliques du Nord se sont de plus en plus retirées du à l’obtention de pommes de terre transgéniquesdomaine de l’amélioration, laissant ainsi le terrain résistantes aux insectes (avec un financement AGCD).libre au seul secteur privé. Dans les pays du Sud, les Les transferts de technologies entre PGS et leressources financières limitées consacrées aux plantes CGIAR (Consultative Group on Internationalvivrières ne permettent pas de couvrir les coûts des Agricultural Research) ont fait l’objet d’accordslicences d’exploitation des brevets dont sont dépositaires spécifiques précisant les financements, les protocolesles sociétés du Nord. de biosécurité, la propriété et la valorisation des résultats. La propriété des résultats est partagée par les4.4. Quels types d’accord pour le transfert des deux partenaires, les droits commerciaux se répartissantbiotechnologies ? géographiquement : les pays en voie de développement pour le CGIAR et les pays industrialisés pour le PGS.Dans le passé, la coopération au développement a été La plupart de ces accords, malgré leur impactessentiellement l’œuvre d’institutions publiques qui médiatique auprès des pays du Sud, continuentn’avaient pas le statut de sociétés commerciales souvent à cantonner ces pays dans leur rôle deprivées. Ces institutions s’appuyaient sur l’expertise pourvoyeur de matières premières et à susciterd’universités et de centres de recherche publics. l’émergence de “cultures orphelines” dont le faibleL’avènement des biotechnologies est en train de intérêt commercial entraîne le désintérêt du secteurchanger le paysage de la coopération et le rôle respectif privé.de ses acteurs car le rôle moteur dans l’innovation estde plus en plus joué par le secteur privé (au moins pour 5. CONCLUSIONSles plantes économiquement importantes). De nouvelles tendances de la coopération au 5.1. Une coopération adaptée et multiformedéveloppement s’expriment sous forme d’accordsbilatéraux qui voient un pays s’associer à une firme Les biotechnologies végétales sont reconnues commemultinationale pour organiser la collecte, l’identification un secteur clé pour les années à venir étant donné laet l’exploitation de gènes de valeur. L’exemple de la contribution qu’elles peuvent apporter à l’autosuffisancesociété Plant Genetic Systems (PGS), au début des alimentaire, au secteur de la santé, mais aussi à laannées nonante, est intéressant à citer dans ce contexte. qualité de la vie des agriculteurs et des consommateurs ! Les activités de PGS sont principalement centrées Nous avons cependant vu que la question desur les pays industrialisés où sont installées les l’accès à ces technologies par les pays à faible revenuprincipales compagnies semencières et où les produits est décisive dans un contexte mondial caractérisé parde la biotechnologie sont facilement valorisables. PGS – le démantèlement des systèmes publics (d’encadre-considérait cependant qu’une politique de transfert de ment, de formation et de vulgarisation) particulièrementtechnologie spécialement dirigée vers les pays en voie criant dans certains pays etde développement devait être entreprise pour différentes – le renforcement de la protection de la propriétéraisons telles que les possibilités de financement qui y intellectuelle alors que les États les plus pauvressont associées, l’expérience acquise par ces collabo- disposent de moins en moins de moyens d’interventionrations, l’image de la société et l’accès à la diversité sur leur propre devenir économique.génétique des pays du Sud. Outre ces contraintes conjoncturelles, les priorités En 1987, l’EMBRAPA (Administration de la à établir dans la gestion de l’innovation biotechno-recherche agronomique au Brésil) et PGS ont entamé logique doivent être appropriées à l’environnementainsi un projet de coopération de 4 ans, financé par la local ou régional de leur mise en œuvre, tant au planBanque de Développement interaméricaine et social qu’économique, scientifique et écologique encherchant à développer des plantes plus riches en regard d’objectifs prioritaires clairement définis.méthionine. PGS fournissait l’expertise scientifique et Le rapport coût/bénéfice de l’opération de transfertassurait la formation du personnel de l’EMBRAPA sera donc apprécié dans chaque situation concrète surainsi que l’appui logistique nécessaire au transfert des base des capacités de prise en charge des intrants, de
  7. 7. 48 Biotechnol. Agron. Soc. Environ. 1999 3 (1), 42–48 P. Lepoivrel’expertise scientifique nationale et de l’état des tions pour que la dimension des entités opérationnellesfilières de valorisation des produits en aval de la de la recherche atteigne le seuil qu’exige le contexterecherche. actuel. Ce maillage indispensable aux chercheurs du Pour ce faire, il apparaît donc qu’une politique Sud repose sur le maintien dans les pays développésd’aide au développement doit rester multiforme et d’équipes gardant une compétence élevée dans les’appuyer sur plusieurs types de programmes domaine des plantes tropicales et réalisant le contrecomplémentaires dans leurs objectifs (tels que des poids nécessaire à la logique purement économique duprogrammes de recherches et les programmes visant le secteur privé dans le choix des axes de recherche.développement sur le terrain). Des aides multiformes appropriées à la gestion et à Bibliographiela formation sont indispensables pour réussir cetteintégration des biotechnologies dans le tissu agricole Anonyme (1994). Review of CGIAR priorities andet industriel des pays en développement. Quantité strategies. Washington: Tac Secretariat, Food andd’institutions du Sud occupent de jeunes scientifiques Agriculture Organization of the United Nations.qui doivent être capables de comprendre les potentiels Anonyme (1998). La sécurité alimentaire sur la corde raide.et les limites des biotechnologies. Il est essentiel que Spore 77, p. 1–2.ces jeunes scientifiques disposent d’appuis et des Demarly Y., Sibi M. (1989). Amélioration des plantes etconseils nécessaires pour ne pas compromettre la biotechnologie. Montrouge, France : John Libbeycrédibilité d’un programme aux yeux des utilisateurs Eurotext. ISBN 0-86196-221-4.et des bailleurs de fonds. Un “leadership” efficace, Hodgson J. (1990). Appropriate biotech for Africa.qu’il soit assuré par une personne ou un groupe, en est Bio/Technology 9, p. 511.l’ingrédient indispensable. Des programmes de Kahn A. (1996). Les plantes transgéniques en agriculture.formation de courte durée et le parrainage permettant Dix ans d’expérience de la Commission du Génieà des responsables scientifiques chevronnés, nationaux Biomoléculaire. Montrouge, France : John Libbeyou étrangers de s’engager à long terme à réaliser de Eurotext. ISBN 2-7420-0149-2courtes visites sur le terrain afin de conseiller leurs Pham K. (1982). L’Azolla pinnata, plante miracle desjeunes homologues sont également à promouvoir. rizières du Viet-Nam. Biofutur 1, p. 11–13. Sasson A. (1988). Biotechnologies and development, Paris :5.2. Un partenariat au niveau de la recherche UNESCO. ISBN 92-3-102426-4 Sebillotte M. (1996). Les mondes de l’agriculture UneSi la performance d’une institution de recherche n’est recherche pour demain. Paris : INRA Éditions.pas nécessairement liée à sa taille, la vulnérabilité de ISBN 2-7380-669-8petites institutions du Sud (et également du Nord !) est Semal J., Lepoivre P. (1992). Biotechnologie etcependant particulièrement évidente dans des domaines, agriculture : impact et perspectives. Cah. Agric. 1,comme la biologie, par essence pluridisciplinaires. p. 153–162. Il convient de compenser cette vulnérabilité enfavorisant la mise en place d’un maillage de collabora- (9 réf.)

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