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PLAN :I/. RÉSUMÉII/. ÉTUDE DES PERSONNAGES      Hernani / Jean d’Aragon      Doña Sol      Don Ruy Gomez de Silva      Don...
Poète, romancier, dramaturge et homme politique, Victor Hugo (1802-1885) est l’écrivain emblématique du romantismefrançais...
décident de s’allier afin de sauver doña Sol. Ils passent un accord : lorsque la jeune fille sera sauvée et que sonnera le...
Acte IV : LE TOMBEAUDans les caveaux de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, alors que les Grands Électeurs vont bientôt chois...
Le 19e siècle fut un siècle mouvementé pour l’Europe entière. C’est tout d’abord le siècle de l’ éveil des nationalités : ...
Dans la monumentale Préface de Cromwell, le dramaturge, au nom de la « modernité », fait le procès des invraisemblancesde ...
La « bataille d’Hernani »Écrit en 27 jours après l’interdiction par la censure de Marion Delorme, Hernani fut, dès son sa ...
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  1. 1. UNIVERSITÉ IBN TofailMASTER : Didactique langage et littérature Matière : Méthode de recherche et travail universitaire Compte rendu de lecture HERNANI VICTOR HUGOPréparé par : Remis au : PR RIZK Année universitaire : 2012 /2013
  2. 2. PLAN :I/. RÉSUMÉII/. ÉTUDE DES PERSONNAGES Hernani / Jean d’Aragon Doña Sol Don Ruy Gomez de Silva Don CarlosIII/. CLÉS DE LECTURE 1. Contexte historique : nationalisme et libéralisme 2. L’éclosion d’un nouveau genre : le drame romantique 3. Hernani, un prototype du drame romantique ? 4. La « bataille d’Hernani »
  3. 3. Poète, romancier, dramaturge et homme politique, Victor Hugo (1802-1885) est l’écrivain emblématique du romantismefrançais. Élu « chef de file des romantiques », il mena également une vie politiquement engagée, intervenant dans de grandescauses comme l’abolition de la peine de mort. Durant le Second Empire, il fut contraint à l’exil (1851-1870), durant lequel ilécrivit notamment son roman Les Misérables. À sa mort en 1885, la République lui organisa des obsèques nationalesgrandioses et il fut célébré par le peuple comme « le plus grand écrivain français ».UN DRAME ROMANTIQUE : TROIS HOMMES POURUNE FEMMEHernani (1830), drame en cinq actes et en vers, provoqua une « bataille » entre les anciens et les modernes, à l’instar ducélèbre Cid de Corneille. Hugo souhaitait, avec cette pièce, faire triompher une nouvelle esthétique théâtrale, le drameromantique, et force est de constater, en effet, que Hernani envoie valser les règles du théâtre classique.Le sous-titre de l’intrigue, Tres para una, résume bien l’argument principal de la pièce – trois hommes aiment la mêmefemme : don Carlos, son oncle, don Ruy Gomez, futur empereur, et Hernani, jeune marginal dont dona Sol est amoureuse –,mais n’en montre pas toute la complexité.1. RÉSUMÉActe I : LE ROIDon Carlos s’introduit incognito dans la chambre de Doña Sol en se faisant passer pour son amant, Hernani. La duègneconsent, en échange d’argent, à le cacher dans une armoire. (scène 1) Hernani et doña Sol se retrouvent ensuite dans lachambre. Le jeune homme lui fait des déclarations enflammées, or doña Sol doit épouser son oncle, don Ruy Gomez. Lajeune fille exprime son désir de suivre son amant et de partager sa vie de proscrit. Hernani évoque, quant à lui, sa promessede tuer le roi de Castille, don Carlos, pour venger son père que le père du roi a jadis assassiné. C’est alors que don Carlossort de l’armoire et déclare lui aussi son amour à doña Sol. On frappe à la porte. Don Ruy Gomez entre et est indignéde voir deux hommes dans la chambre de sa fiancée. Don Carlos révèle alors qu’il est le roi d’Espagne et prétend qu’il setrouve au château pour annoncer la mort de l’empereur. Hernani et doña Sol se donnent rendez-vous à minuit, mais le roisurprend leur conversation. (scène 3) Hernani, reparti seul, entame un monologue sur la vengeance qu’il doit accomplir aunom de son père. (scène 4)Acte II : LE BANDITLa nuit, devant le palais de don Ruy Gomez, le roi se tient en embuscade avec ses courtisans afin de surprendre les amants.(scène 1) Faignant d’être Hernani, il parvient à rencontrer doña Sol. Il lui propose une vie de reine, mais elle refuse del’épouser et appelle à son secours Hernani, qui arrive et l’enlace. (scène 2) Ce dernier propose au roi un combat loyal ;cependant, comme celui-ci refuse, Hernani le laisse partir, renonçant à ce qui serait un vil assassinat. Don Carlos menaceHernani : il sera poursuivi dans tout l’Empire. (scène 3) Hernani, sachant qu’il est un danger pour doña Sol, remet enquestion leur décision de fuir, mais elle s’y tient car tout lui est égal, pourvu qu’elle reste avec son amant. (scène 4).Acte III : LE VIEILLARDC’est le jour du mariage. Doña Sol et son futur époux discutent, mais ils sont interrompus par un page qui les informe del’arrivée d’un pèlerin, et par l’annonce que la troupe de rebelles a été arrêtée et qu’Hernani est mort. (scène 1) Don RuyGomez rejoint le visiteur, conformément aux lois de l’hospitalité, puis doña Sol arrive à son tour. (scène 2) Voyant la jeunefemme vêtue d’une robe de mariée, le pèlerin révèle son identité : il est Hernani. Désespéré de voir que Doña Sol a résolud’épouser son oncle et l’a oublié, il souhaite qu’on l’arrête et qu’on le livre (sa tête est mise à prix). Don Ruy Gomez refusecar, bien que bandit, Hernani est son hôte. Il décide de le protéger. (scène 3) Lorsqu’Hernani et doña Sol se retrouvent seuls,ils se déclarent à nouveau leur amour. S’il le faut, ils mourront ensemble. L’oncle de la jeune fille entre alors qu’ils échangentdes regards langoureux. (scène 4) Don Ruy Gomez déplore le peu de respect d’Hernani, son manque d’honneur et ladégénérescence du monde. Hernani souhaite se sacrifier pour prouver la bonne foi de sa maitresse. Mais, à l’annonce del’arrivée du roi, don Ruy Gomez se plie à nouveau à son devoir d’hospitalité et cache Hernani. (scène 5) Le roi penseque don Ruy Gomez le trahit en protégeant volontairement le criminel. Après avoir passé en revue les portraits de ses illustresancêtres afin de justifier son acte, le vieillard explique à son souverain que, pour lui, les lois de l’hospitalité sont sacrées. Iloffre donc sa propre tête à la place de celle de son hôte. Mais doña Sol proteste et, finalement, c’est elle que le roiemmène. (Scène 6) Quant à Hernani et don Ruy Gomez, alors qu’ils pourraient résoudre leur différend par un duel, ils
  4. 4. décident de s’allier afin de sauver doña Sol. Ils passent un accord : lorsque la jeune fille sera sauvée et que sonnera lecor, Hernani devra mourir.
  5. 5. Acte IV : LE TOMBEAUDans les caveaux de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, alors que les Grands Électeurs vont bientôt choisir le nouvel empereur,don Carlos apprend d’un de ses courtisans les noms des conspirateurs qui comptent le faire tomber s’il est élu. Le roiignore encore que don Ruy Gomez et Hernani en font partie. (scène 1) Seul, don Carlos s’adresse à Charlemagne, puis entredans le tombeau de ce dernier pour lui demander conseil quant à la façon de gouverner. Arrivent ensuite les conjurés.(scène 2) Ceux-ci choisissent l’homme qui sera chargé d’assassiner don Carlos : le sort désigne Hernani. Trois coups decanon retentissent, annonçant que don Carlos a été élu empereur. (scène 3) Le nouvel empereur sort alors du tombeau etfait cerner les conjurés par ses soldats. Hernani, qui est épargné, insiste pour se joindre au groupe et révèle sa véritableidentité : il est en fait le duc Jean d’Aragon, banni par le père de l’empereur. Doña Sol supplie don Carlos de laisser la viesauve à son amant. L’empereur accepte, donne la jeune fille à Hernani, le fait chevalier et pardonne à tous les autres. Enéchange, Hernani renonce à le tuer. (scène 4) À nouveau seul, don Carlos se recueille devant le tombeau de Charlemagne etlui demande s’il a bien agi.Acte V : LA NOCEDe jeunes seigneurs discutent du mariage de doña Sol et Hernani. Alors qu’ils repèrent une personne vêtue de noir, les épouxarrivent. (Scène 1) Les seigneurs félicitent les jeunes mariés, puis s’en vont. (Scène 2) Les amants, seuls, évoquent leuramour et leur joie d’être enfin unis lorsque le cor sonne. Pour cacher son trouble, Hernani demande à doña Sol d’allerchercher une fiole dont le contenu pourrait le soulager. (Scène 3) Hernani se lamente, tandis qu’entre l’homme vêtu de noir,don Ruy Gomez. (Scène 4) Celui-ci rappelle son pacte à Hernani et lui propose de choisir sa mort : lame ou poison. Lejeune duc choisit le poison. Doña Sol revient. (Scène 5) Découvrant la situation, elle veut à tout prix défendre son amant et semontre tour à tour agressive et plaintive, allant jusqu’à demander pitié pour son époux. Elle s’empare finalement la fiole depoison et en boit la moitié. Hernani vide le reste de la fiole. Les époux meurent ainsi côte à côte, lui d’abord, elle ensuite.Épouvanté, don Ruy Gomez se tue. (Scène 6)Hernani / Jean d’AragonHernani, qui est en vérité Jean d’Aragon, fils d’un Grand banni par le roi précédent, est un personnage marginal : il vitcomme un bandit dans les montagnes d’Aragon. Personnage romantique par excellence, tourmenté et fougueux, sonmoteur principal est le désir : désir pour doña Sol, qu’il aime d’un amour fou, et désir de vengeance contre le roi, donCarlos, dont le père a banni le sien. Il accorde une grande importance à l’honneur, mais hésite tout de même au momentd’honorer le pacte fatal qu’il a conclu avec don Ruy Gomez.Doña SolSeul personnage féminin (excepté la duègne de la première scène) et objet de passions rivales, doña Sol est également unehéroïne romantique. Elle est promise à son oncle, mais reste follement amoureuse d’Hernani, qu’elle rencontre encachette. Elle est prête à tout pour lui. Sa passion la mène à résister aux exigences de son rang et de son sang, auxconvenances, au roi, etc. De tous les personnages du drame, doña Sol est celui qui fait le plus preuve de persévérance : dès ledébut de la pièce, elle accepte de suivre Hernani et de mener avec lui une existence de proscrit, et elle se tiendra à cettedécision, jusqu’à mourir avec lui.Don Ruy Gomez de SilvaDon Ruy Carlos est un Grand d’Espagne, c’est-à-dire une des personnes les plus nobles du royaume. Âgé, il souhaiteépouser sa nièce, doña Sol, contre son gré. Il accorde une énorme importance au lignage et aux valeurs anciennes,l’honneur et l’hospitalité, qu’il respecte jusqu’au bout, même contre son roi, contre le bonheur de sa nièce et contre lui-même,puisque c’est en vertu des lois sacrées de l’hospitalité qu’il protège Hernani, pourtant son rival amoureux. Il sera la cause dela perte des deux amants par le pacte qu’il a conclu avec Hernani.Don CarlosDon Carlos se présente d’abord, comme Hernani, sous une fausse identité, qu’il révèle cependant plus vite. Il est le roid’Espagne et, à la fin du drame, l’Empereur Charles Quint. Ce changement de statut s’accompagne d’un changement decaractère : belliqueux, ambitieux, vengeur, intransigeant et violent dans la première partie de l’oeuvre, il adopte ensuiteun comportement plus mesuré et devient clément. Il rétablit alors le statut d’Hernani/Jean d’Aragon et lui permetd’épouser celle qu’il aime, bien que ce soit également celle dont il voulait faire sa favorite.3. CLÉS DE LECTUREContexte historique : nationalisme et libéralisme
  6. 6. Le 19e siècle fut un siècle mouvementé pour l’Europe entière. C’est tout d’abord le siècle de l’ éveil des nationalités : selibérant des oppresseurs étrangers (dont fait partie la France sous Napoléon), les peuples réclament la reconnaissance de leuridentité propre et de leurs droits. On voit alors se constituer de nouveaux États européens, comme l’Italie ou l’Allemagne.Cela a évidemment des conséquences sur la pensée et la littérature française : naissance du sentiment national et curiosité vis-à-vis des réalités étrangères.En France, dès la Révolution de 1789, le nationalisme est intimement lié au libéralisme : la liberté, qui signifiel’affranchissement des tyrannies étrangères, est d’abord la revendication du pays. Celui-ci sort à peine de la Révolution–qui aprovoqué la chute de l’Ancien Régime, modifié la société et suscité de grands espoirs de réformes et de libertés -, des guerresnapoléoniennes et de la Restauration.Cependant, la liberté du peuple apparaît aussi comme étant inséparable des libertés individuelles, qui sont encore trèsrestreintes. Parmi ces libertés, les écrivains français se préoccupent surtout de la liberté de pensée et de la libertéd’expression, pour lesquelles ils luttent tout au long du 19e siècle, contre les institutions répressives telles que la censure.Chateaubriand, le premier, combat les embûches à la liberté d’expression, puis il est suivi par les écrivains romantiques, dontVictor Hugo est le chef de file. Entre 1827 et 1830, le romantisme se rallie ainsi au libéralisme politique. Dès lors, lecombat esthétique des romantiques en faveur de la liberté (liberté des formes, des genres, des sujets, etc.) se doubled’une dimension idéologique : « le romantisme n’est, à tout prendre, que le libéralisme en littérature », explique Hugo dansla Préface d’Hernani.L’éclosion d’un nouveau genre : le drame romantiqueEn littérature, le combat des auteurs romantiques pour la liberté s’est surtout porté sur le théâtre. D’avis que le théâtre, depuisMarivaux et Beaumarchais, n’avait rien produit de nouveau, ils en ont fait le bastion de la tradition à abattre. Ils ont ainsi misà mal les principes, les règles et les bienséances de la tragédie classique afin d’opérer une véritable révolution des formeset des genres, et de donner naissance à une nouvelle esthétique théâtrale : le drame romantique.En 1827, Hugo publie Cromwell, drame injouable en raison de sa longueur, accompagné d’une Préface qui fera date dansl’histoire du théâtre. Cette Préface est le reflet des espérances de la génération romantique de 1830. Hugo y définit lescaractéristiques du drame romantique.Bon à savoir : le romantismeLe romantisme est un mouvement artistique et littéraire européen né en Allemagne et en Angleterre à la fin du 18e siècle en réaction à laphilosophie des Lumières, qui prônait la suprématie de la raison. Ce mouvement touche aussi au domaine socio-politique puisqu’il s’attacheà la défense des droits des individus et des peuples.Le romantisme a connu son apogée en France entre 1820 et 1848. Les écrivains romantiques français ont été particulièrement touchés par lecontexte politique de leur époque. La Révolution et les régimes qui lui ont succédé n’ont pas tenu les promesses de 1789, provoquant unprofond désenchantement. Ils ont alors été victimes du « mal du siècle ».Les principales caractéristiques du romantisme sont :l’affirmation de la subjectivité du poète, qui explore son « moi » profond ;une mise en avant des sentiments, qui reflètent le mal du siècle accablant le poète ;l’importance de la nature, avec laquelle le poète cherche à entrer en communion ou qu’il perçoit comme un refuge ou une sourced’inspiration ;un gout pour les personnages légendaires et héroïques ;la liberté des formes, qui passe par la réhabilitation de certains genres poétiques, le rejet de la tragédie classique, le développementdu roman, etc. ;la liberté des sujets, l’écrivain pouvant dorénavant parler de tout ;le mélange des genres, des tons et des niveaux de langue, par souci de vérité.8
  7. 7. Dans la monumentale Préface de Cromwell, le dramaturge, au nom de la « modernité », fait le procès des invraisemblancesde la tradition théâtrale dont la cause réside, selon lui, dans les contraintes qui pèsent sur le théâtre classique.Tout d’abord, il rejette la règle des trois unités. Celle-ci comprend l’unité de temps (l’action de la pièce doit se dérouler enun jour), l’unité de lieu (l’action doit se passer en un seul lieu) et l’unité d’action (la pièce ne peut comprendre qu’une seuleintrigue). Hugo estime que les règles d’unités de temps et de lieu, plus particulièrement, enlèvent sa substance au conflitdramatique. Quant à l’unité d’action, il la maintient car il estime qu’elle est nécessaire. Elle doit cependant être appliquéeavec davantage de souplesse.Ensuite, il s’insurge contre la loi de séparation des genres (tragédie/comédie), jugeant que celle-ci empêche de rendrecompte de la complexité de la nature humaine. Il promeut le drame, qui mélange les tons et les genres, permettant ainsi derendre compte de la « vérité » de la nature humaine. C’est une grande et belle chose, écrivait-il ainsi, que de voir se déployer avec cette largeur un drame où l’art développe puissamment la nature ; un drame où l’action marche à la conclusion, d’une allure ferme et facile, sans diffusion et sans étranglement ; un drame enfin où le poète remplisse pleinement le but multiple de l’art, qui est d’ouvrir au spectateur un double horizon, d’illuminer à la fois l’intérieur et l’extérieur des hommes ; l’extérieur, par leurs discours et leurs actions ; l’intérieur, par les a parte et les monologues ; de croiser, en un mot, dans le même tableau, le drame de la vie et le drame de la conscience. 1La fonction qu’il assigne au nouveau genre est de saisir les conflits essentiels de la vie tout entière . Pour cela, il estnécessaire de faire apparaître dans une même oeuvre la beauté et la laideur, la grâce et la monstruosité, la grandeur et lamisère, bref, le sublime et le grotesque.Hernani, un prototype du drame romantique ?Hernani est traditionnellement considéré comme le premier drame romantique (Cromwell était injouable et MarionDelorme avait été interdit). C’est cependant une oeuvre que l’on peut qualifier d’intermédiaire : elle présente quelquescaractéristiques du théâtre classique, mais également, et surtout, un certain nombre de traits nouveaux propres au drameromantique.Du théâtre classique, Hugo conserve :1 l’alexandrin, vers comprenant 12 syllabes (qu’il abandonnera ensuite) ;2 un sujet historique (même si les dates, les événements et les personnages ne sont pas tous historiques) ;3 une division en cinq actes ;4 une première scène d’exposition, qui fournit les éléments essentiels à la compréhension de l’intrigue ;5 une dernière scène tragique.La rupture romantique s’opère à plusieurs niveaux :Les trois unités de temps, de lieu, et d’action ne sont pas respectées : l’histoire se déroule sur environ six mois, dans diverslieux de Saragosse, à Aix-la-Chapelle et en Aragon, et l’intrigue tient sur deux colonnes vertébrales principales : une histoired’amour (trois hommes aiment la même femme) et une histoire d’honneur et de politique (Hernani a juré de tuer le roi pourvenger son père, et le jeune homme, dont la tête est mise à prix, est le chef d’une ce que le sous-titre indiqué par l’auteur dansson manuscrit, Tres para una, souligne. Hugo respecterait ainsi l’unité d’action. bande de révoltés). Notons tout de même quel’histoire d’amour semble être l’axe d’une convergence dans la pièce,1 La règle de bienséance n’est pas respectée. En cela, le théâtre d’Hugo se rapproche du théâtre élisabéthain de ladeuxième moitié du 16e siècle dont le représentant majeur est Shakespeare. L’action commence dans la chambre de doña Sol,c’est-à-dire un lieu strictement privé et intime, et se termine avec la mort de trois personnages sur scène alors que, dans lethéâtre classique, les décès ne pouvaient être représentés.2 Hugo alterne les genres et les tons : certaines scènes sont comiques, d’autres lyriques (surtout les monologues),d’autres encore épiques (c’est-à-dire propres à l’épopée, qui relatent des faits héroïques). Cela, d’une part dynamise le texteet le jeu des acteurs, d’autre part rend la pièce plus « vraie » dans la peinture de la nature humaine. Hugo recherche ici encorela liberté et la vérité.3 Le style de l’auteur, qui donne au texte sa vitalité, rompt également avec les règles classiques. S’il utilisel’alexandrin, on constate qu’il le malmène. Les vers sont souvent coupés et leur structure est parfois ternaire (4+4+4), ce qui,à l’époque, est tout à fait révolutionnaire et deviendra ensuite une des caractéristiques principales du romantisme.4 Les didascalies, très nombreuses, indiquent l’importance de la théâtralité de l’oeuvre. Dans Hernani, les parolesdes personnages sont importantes, mais leurs actes aussi, alors que le théâtre classique est souvent prioritairement centré surla langue et le discours.
  8. 8. La « bataille d’Hernani »Écrit en 27 jours après l’interdiction par la censure de Marion Delorme, Hernani fut, dès son sa conception, un réel combatpour Victor Hugo qui cherchait à faire triompher le drame romantique. En effet, avant même sa première représentation, cettepièce déchaîna les passions – le texte avait été divulgué par un censeur. Mais, malgré les réticences du pouvoir – menacé partoute nouveauté –, Hugo, avide de revanche, ne se laissa pas démonter.1 Contrairement à ce qu’on a pu dire, la première de la pièce, le 25 février 1830, fut un réel succès et la célèbrebataille dans le public, affrontant les anciens (les classiques) et les modernes (la jeune génération romantique), necommença réellement qu’avec la deuxième représentation et ne battit son plein que durant le mois de mars, à tel pointqu’on peut dire que le spectacle n’était pas seulement sur scène, mais également dans la salle (hurlements, coups,interventions policières, etc.). Hernani devint un évènement, comme le fut Le Cid de Corneille en son temps. D’ailleurs, pourpreuve de sa réussite, quatre parodies de la pièce virent le jour l’année même de sa parution. Dans les années qui suivirent, lapièce verra son succès s’estomper, puis, après son interdiction sous le Second Empire, fera à nouveau un triomphe en 1877avec Mounet-Sully et Sarah Bernhardt. Depuis, elle est régulièrement mise en scène. Excepté le triomphe fait à Ruy Blas en1838, Hernani reste un succès inégalé dans la production de Victor Hugo. En outre, c’est à l’aune de ce premier drameromantique que les critiques ont par la suite jugée toute la production théâtrale des dramaturges romantiques.

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