Le webdocumentaire, une nouvelle 
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opportunité d’appréhender le 
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Olivier Crou 
Octobre 2009 
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REMERCIEMENTS................................................................................................................
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Remerciements 
Je tiens tout d’abord à remercier l’ensemble de l’équipe pédagogique du Mastère 
Spécialisé en Ingénieri...
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Avant-propos 
Cette thèse professionnelle n’a pas vocation à épuiser des champs de recherche à 
la fois récents (webdoc...
recherche tel Google qui, très vite, devint hégémonique (+ de 90 % des Français 
l’utilisent pour effectuer une recherche)...
intérêt à s’impliquer dans la production ou la diffusion de webdocumentaires, dans 
un double but : amener les téléspectat...
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Première partie : enjeux et 
perspectives narratives du 
webdocumentaire 
« L’art est un mensonge qui nous fait compren...
20minutes.fr5 annonce : « Le webdocumentaire explose sur la toile » ; le Festival du 
Cinéma du réel6 propose des rencontr...
Les origines du documentaire, un outil d’étude scientifique « pour capter le 
réel » ? 
Je ne vais pas ici faire un histor...
Ainsi, le voit-on dès ses débuts, le cinéma peut être un bon outil utilisé pour analyser 
le réel. Mais entre le réel et c...
Qui d’autre que Jean-Luc Godard pouvait mieux expliquer la différence 
FONDAMENTALE entre fiction et documentaire, tranche...
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faut donc juger les oeuvres dans leur globalité, sur un ensemble de 
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poursuivant dans son commentaire off que « ce n’était pas notre guerre et 
pourtant »… Plus loin il expliquait : 
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Dans Roger and Me, Michael Moore se met en scène. 
Il traque inlassablement (tel Droopy, le personnage de Tex 
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comme le documentaire, une représentation du monde. Il ne donne pas plus que le 
cinéma, la littérature ou la télévision d...
Il est bien rare de lire un livre d’une seule traite. La Crucifixion en rose23 d’Henry Miller 
m’a, par exemple, accompagn...
De la narration à l’expérience utilisateur 
Ainsi, avec le webdocumentaire, passons-nous d’une narration linéaire des 
doc...
La place de l’auteur, celle de l’internaute 
La narration, étant le cheminement de la pensée d’un auteur, nous pouvons nou...
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« Une bonne expérience vécue par un utilisateur sur un site Web est ce 
qui lui donnera l'envie d'y revenir. Cette exp...
À l’instant « T », un site a une certaine forme ; deux ans plus tard à l’instant « T + 2 », le 
même site a un autre conte...
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2 Une création multimédia fabriquée pour le Web 
Nous l’avons vu, le webdocumentaire est formé d’une agrégation de con...
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graphiques simples remplissent leur rôle (...
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3 Conclusion : le webdocumentaire, un moyen de crédibiliser les 
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Le 13 mars 2009, le CERN (Organisation euro...
L’ère de la réputation 
Comment, dès lors, l’internaute peut-il discerner le vrai du faux ? Comment donner 
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Deuxième partie : étude de cas 
« Les documentaires, comme les pièces de théâtre, les romans, les poèmes, sont des 
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Pitch47 
Fabrice Morandeau est aveugle, ce qui ne l’empêche pas de surfer sur Internet, de 
chatter avec ses amis, d’alime...
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Le site se voulant pédagogique, il possède 
une page de lexique ainsi qu’une page de 
liens utiles redirigeant vers le...
audiodécrite. Tout ce qui est cliquable à l’aide de notre souris doit également être 
accessible par le clavier ! 
Il faut...
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2 Voyage au bout du charbon49 
Il y a quelques mois, alors que je parcourais les pages du Monde.fr à la recherche 
d’u...
des temps moderne, Internet est le médium parfait pour dénoncer les dérives de la 
compétition mondialisée. 
Procédé narra...
À chaque image, en cliquant sur une boussole, une carte apparaît, indiquant le 
trajet de ce voyage. 
Un court film nous e...
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On pourra aussi découvrir le bidonville à 
flanc de colline où les baraquements 
s’entassent… 
Parfois, comme ci-desso...
Ainsi s’achèvent notre périple et 
notre enquête. Pour ce qui est de la 
connaissance approfondie du sujet 
traité, les au...
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3 Gaza-Sderot, la vie malgré tout51 
Gaza-Sderot, la vie malgré tout, ne procède pas d’un véritable parcours comme 
Vo...
Du 26 octobre au 23 décembre, deux équipes de reportage ont filmé, 5 jours par 
semaine, le quotidien d’hommes et de femme...
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Le webdocumentaire, une nouvelle opportunité d’appréhender le monde

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Thèse professionnelle écrite et soutenue en 2009 lors d'une formation de Mastère Spécialisé en Ingénierie des Médias Numériques entre l'ESIEE et Gobelins. Cette thèse porte sur les enjeux et perspectives pour le webdocumentaire et le documentaire transmédia.

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Le webdocumentaire, une nouvelle opportunité d’appréhender le monde

  1. 1. Le webdocumentaire, une nouvelle 1 opportunité d’appréhender le monde Olivier Crou Octobre 2009 Mastère Spécialisé en Ingénierie des Médias Numériques
  2. 2. REMERCIEMENTS.............................................................................................................................................................3 AVANT-PROPOS...............................................................................................................................................................4 PREMIÈRE PARTIE : ENJEUX ET PERSPECTIVES NARRATIVES DU WEBDOCUMENTAIRE.............................................7 1 QU’EST-CE QUE LE WEBDOCUMENTAIRE ? ......................................................................................................................7 1-1 Introduction ..................................................................................................................................................7 1-2 Les problématiques .....................................................................................................................................8 1-3 Qu’est-ce qu’un documentaire ? ............................................................................................................8 1-4 Définition du webdocumentaire.............................................................................................................15 2 UNE CRÉATION MULTIMÉDIA FABRIQUÉE POUR LE WEB ....................................................................................................21 2- 1 Les composants narratifs .........................................................................................................................21 2-2 Les autres composants .............................................................................................................................25 2-3 La hiérarchisation de l’information, la structuration narrative, la construction du récit ................25 2-4 La création de sens par la navigation ...................................................................................................26 3 CONCLUSION : LE WEBDOCUMENTAIRE, UN MOYEN DE CRÉDIBILISER LES INFORMATIONS ....................................................27 DEUXIÈME PARTIE : ÉTUDE DE CAS..............................................................................................................................29 1 POINT DE VUE, UN AUTRE REGARD SUR L’ACCESSIBILITÉ ...................................................................................................29 2 VOYAGE AU BOUT DU CHARBON.................................................................................................................................33 3 GAZA-SDEROT, LA VIE MALGRÉ TOUT...........................................................................................................................38 4 CONCLUSION ...........................................................................................................................................................42 TROISIÈME PARTIE : FABRIQUER UN WEBDOCUMENTAIRE, LES OUTILS ET LES TECHNOLOGIES............................43 1 LES DIFFÉRENTES ÉTAPES DE LA PRODUCTION..................................................................................................................43 1-1 L’écriture du projet ....................................................................................................................................43 1-2 La meilleure façon de le raconter ..........................................................................................................45 2 OUTILS ET TECHNOLOGIES ...........................................................................................................................................49 2-1 Les différents médias.................................................................................................................................49 2-2 Les frameworks, Flash contre Silverlight..................................................................................................50 2-3 Les serveurs utilisés .....................................................................................................................................52 QUATRIÈME PARTIE : PERSPECTIVES ET DÉBOUCHÉS DU WEBDOCUMENTAIRE .....................................................55 1 INTRODUCTION..........................................................................................................................................................55 2 LES ÉVOLUTIONS DES SUPPORTS ET DES TECHNOLOGIES....................................................................................................55 2-1 L’implantation de la fibre optique..........................................................................................................55 2-2 La future Hybrid Broadcast Broadband TV (HBBTV).............................................................................56 2-3 La mobilité avec la télévision mobile personnelle (TMP) et la LTE (dite 4G) ....................................58 3 MOBILITÉ : LA VILLE, TERRAIN DE « JEU » DE LA CONNAISSANCE ET DE L’ENQUÊTE DOCUMENTAIRE.......................................60 3-1 Introduction ................................................................................................................................................61 3-2 Les différentes étapes, de l’audioguide en MP3 à la mobilité interactive ......................................61 4 LE FINANCEMENT DU WEBDOCUMENTAIRE.....................................................................................................................65 4-1 L’autoproduction.......................................................................................................................................66 4-2 Les aides publiques ...................................................................................................................................66 4-3 Le cas de Narrative ...................................................................................................................................67 4-4 Le webdocumentaire, sponsors, publicité et marketing.....................................................................68 5 LE WEBDOCUMENTAIRE, UNE AUBAINE POUR LES ACTEURS DES MÉDIAS EN LIGNE ET LES OPÉRATEURS DE TÉLÉPHONIE MOBILE....71 5-1 Introduction ................................................................................................................................................71 5-2 Les médias traditionnels sur Internet.......................................................................................................71 5-3 Le cas de france5.fr ..................................................................................................................................74 5-3 Le retour sur investissement......................................................................................................................76 CONCLUSION GÉNÉRALE............................................................................................................................................77 BIBLIOGRAPHIE, WEBOGRAPHIE, FILMOGRAPHIE....................................................................................................79 BIBLIOGRAPHIE.............................................................................................................................................................79 Sur la narration..................................................................................................................................................79 Sur Internet ........................................................................................................................................................79 Sur le cinéma ....................................................................................................................................................79 Transverse ..........................................................................................................................................................80 LISTE DE WEBDOCUMETAIRES ..........................................................................................................................................80 FILMOGRAPHIE.............................................................................................................................................................81 2
  3. 3. 3 Remerciements Je tiens tout d’abord à remercier l’ensemble de l’équipe pédagogique du Mastère Spécialisé en Ingénierie des Médias Numériques de L’ESIEE et des Gobelins et tout particulièrement leur responsable respectif, Laurent Breyton et Thierry Audoux ; merci à eux pour leurs encouragements et leur professionnalisme, sans lesquels je n’aurais pas su mener à bien ce travail. Merci à toutes celles et ceux qui se sont prêtés au jeu de l’entretien : Chez France Télévisions Interactive (FTVI) : Bernard Fontaine, Directeur de l’innovation et des technologies, Philippe Daguerre, directeur technique, Arthur Mayrand ingénieur en innovations et nouvelles technologies, Sandrine Garrigues, Responsable des programmes de france5.fr, Élodie Chagnas chef de projet éditorial, Xavier Faubert chef de projet éditorial France 2 / France 3 ; David Raichman, interaction designer / ergonome Web, chez Ogilvy Interactive, ; Laurence Bagot et Cécile Cros cofondatrices et directrices générales de Narrative, productrice de documentaires multimédias, Alexandre Brachet, Fondateur d'Upian, producteur de webdocumentaire ; et Patrick Samacher coréalisateur du site Point de vue, spécialisé dans l’accessibilité Web. Je remercie tout spécialement Paul Philipon Dollet qui m’a soutenu et guidé dans le travail de recherche et de rédaction sous le regard avisé et bienveillant de Christophe Certain. Merci encore à Céline de Kéral pour la correction orthographique, syntaxique et typographique de ce document.
  4. 4. 4 Avant-propos Cette thèse professionnelle n’a pas vocation à épuiser des champs de recherche à la fois récents (webdocumentaire) et déjà anciens (cinéma documentaire, narration interactive, structuration de l’information sur Internet, technologies du Web) qui m’ont conduit à l’écriture de celle-ci. Ce serait d’ailleurs bien ambitieux et ce serait le travail de toute une vie. Parce que, désolé pour le truisme (il y en aura d’autre), nous sommes bien sur un marché en perpétuelle évolution. J’ai dû balayer ces différents champs tout en sélectionnant, en rassemblant, en hiérarchisant, en agençant des connaissances de ces différents domaines pour comprendre ce qui est à l’oeuvre dans le webdocumentaire. Cette étude est donc transverse. Ces connaissances, je les ai puisées dans mes lectures (rassemblées dans la partie « bibliographie », « webographie »), dans les entretiens que j’ai menés pendant 4 mois, mais aussi tout au long de mon parcours professionnel de 20 ans dans l’audiovisuel. Il m’a paru indispensable de jeter un pont entre ces différents domaines – sémiologie, narratologie, communication, marketing, technologie – pour analyser le webdocumentaire comme objet de narration, pour mieux cerner ses enjeux et possibilités. Je souhaitais comprendre l’apport du webdocumentaire comme vecteur pour analyser notre monde ; le comprendre en termes d’usages, de promesses de valeur sur un marché qui n'a pas encore trouvé son véritable modèle économique, tout en détaillant les technologies envisagées. Les problématiques posées à la naissance du Web il y a seulement vingt ans ont évolué, se sont précisées. Ce qui était « vague, but exciting » (comme le) commenta Mike Sendall, qui donna à Tim Berners-Lee le feu vert pour développer son projet au CERNE à l’hiver 1989 est devenu un monde en soi : un « monde parallèle », « un monde miroir » où l’on a de plus en plus besoin de repères… Un monde où nous sommes saturés d’informations, où le risque majeur devient « l’infopollution » ; un monde où nous devons redoubler de vigilance par rapport à la rumeur, ou tout simplement pour avoir une vision crédible des choses. Mais à y regarder de près, on se rend compte qu’une des problématiques du Web qui était vraie il y a vingt ans, est plus que jamais d’actualité. À l’origine, le Web fut conçu comme un véritable réservoir d’informations. Très vite, devant l’abondance toujours croissante de cette masse d’informations, il a fallu se retrouver dans cet amas désorganisé. Une métaphore bien connue est celle de la grande bibliothèque. Et Christophe Certain (mon « suiveur ») me le fit remarquer un jour, filant la métaphore : « Que serait une bibliothèque dans laquelle tout le monde pourrait balancer des livres en tas sans se soucier de les retrouver ? » Il fallut donc retrouver les livres en les classant. Ce fut l’époque des annuaires vers le milieu des années 1990 avec Yahoo, Alta Vista, Voilà (bien d’autres existent de nos jours et cohabitent avec les moteurs de recherche). Puis vinrent les moteurs de
  5. 5. recherche tel Google qui, très vite, devint hégémonique (+ de 90 % des Français l’utilisent pour effectuer une recherche). Il fallait retrouver l’information. En faisant une recherche par occurrence, on souhaite accéder rapidement à une réponse qui nous satisfasse (je pense au phénomène de sérendipité). C’est l’ère du Web sémantique, où des « robots intelligents » nous permettent de filtrer les infos. Puis, il y a 8 ans, il y eut les wikis. Formidables outils encyclopédiques (?) où tout le monde peut publier un article ; où tout le monde peut intervenir pour le modifier, le corriger ; où la communauté tout entière fait autorité. Une façon de rendre les informations disponibles objectives, la masse des contributeurs faisant consensus… Mais rappelons-nous seulement les premières encyclopédies à l’ère des lumières : Diderot, d’Alembert furent à l’origine de ces formidables outils pour comprendre le monde, donner à tout un chacun les moyens de l’analyser. Ces noms prestigieux, ils font référence parce qu’on s’appuie sur des esprits curieux et compétent. Il y eu le dictionnaire philosophique portatif (déjà à l’époque) de Voltaire qui lui fit dire dans une lettre de 1756 à d’Alembert : 5 « Je voudrais bien savoir quel mal peut faire un livre qui coûte cent écus. Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution ; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre. Si l’évangile avait coûté douze cents sesterces, jamais la religion chrétienne ne serait établie1. » Ce que je veux rappeler ici, c’est que ce sont bien des auteurs qui font autorité. On achète le Robert parce que, derrière, il y a Alain Rey (irremplaçable ?) linguiste, étymologiste de renom. À l’évocation même de son nom, on sait que le propos sera à la fois sérieux, érudit et dit avec élégance, finesse, perçu même comme parole d’évangile ? Ce qui est sûr, c’est que même si l’on peut mettre en doute ce qui est dit (c’est toujours affaire de point de vue), je sais qui écrit, qui est l’auteur. Je peux ainsi me faire mon propre exercice critique. Je n’oppose pas la valeur des wikis (collaboratives, communautaires par définition) aux oeuvres d’auteurs de référence. Les deux cohabitent. J’ai moi-même longuement puisé dans les ressources de Wikipédia lors de mes recherches. Libre à nous de vérifier la véracité de l’information obtenue en multipliant/confrontant les sources comme le fait tout bon journaliste… Et le webdocumentaire dans tout ça, me direz-vous ? Cette thèse professionnelle essaie de montrer en quoi le webdocumentaire est une nouvelle opportunité d’appréhender le monde. Qu’en étant un point de vue d’auteur, le webdocumentaire permet au « lectacteur » d’objectiver. Que par sa nature même, il permet d’agréger, de structurer, de hiérarchiser, de concaténer l’information, tenu par un fil conducteur qui est le récit interactif. Qu’en utilisant la mobilité (100 Mbits de débit prévu pour la 4G, en service en 2012 en France, voir article du Monde), la géolocalisation, la réalité augmentée, il permettra de nous accompagner à la découverte du monde en ayant avec soi des moyens de relativiser, ou d’en savoir toujours plus. Un fil à la patte mais pour étancher notre soif de savoir. Le webdocumentaire nous permettrait de donner du sens au Web. Les grands médias tels Arte, Le Monde, France télévisions, Canal +, France 24, la BBC… ne s’y sont pas trompés et l’ont déjà expérimenté. Ils ont bien compris qu’ils avaient tout 1 Tiré de l’article de Wikipédia sur le dictionnaire philosophique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictionnaire_philosophique
  6. 6. intérêt à s’impliquer dans la production ou la diffusion de webdocumentaires, dans un double but : amener les téléspectateurs vers le Web et capter les jeunes internautes pour les renvoyer vers leur coeur de métier originel, les médias, pour rester des références, pour faire autorité dans un monde qui a besoin de repères. Ainsi, à côté des moteurs, des annuaires, des wikis, des métamoteurs, il semble qu’une place existe pour le webdocumentaire. Le Web a besoin de hiérarchisation, de structuration, d’outils d’analyse. Il semblerait bien que le webdocumentaire puisse répondre à nos attentes. 6
  7. 7. 7 Première partie : enjeux et perspectives narratives du webdocumentaire « L’art est un mensonge qui nous fait comprendre la vérité2. » Orson Welles dans son film F for Fake 1 Qu’est-ce que le webdocumentaire ? 1-1 Introduction En novembre 2008, en lançant une recherche avec Google avec l’expression « webdocumentaire », on tombait invariablement dans les premières réponses sur le programme d’un festival datant de mars 2002, intitulé : « Les cinémas de demain : le webdocumentaire ». Cette année-là fut la première mais aussi la dernière année d’existence pour ce festival organisé par le Centre Pompidou3, en parallèle du Festival du cinéma du réel qui lui existe toujours. Ce festival annonçait alors : « Le webdocumentaire est un genre encore peu exploité, parce qu'encore mal défini puisqu'il se trouve aux frontières de la Web TV, du magazine en ligne ou du journal de bord. C'est un documentaire travaillé avec les outils multimédias, textes, images, vidéos, une manière de mettre les nouvelles technologies au service de la connaissance et d'un point de vue. » Entre 2002 et 2007, le webdocumentaire disparaît des festivals. Il n’existe, à quelques rares exceptions près (nous verrons plus loin l’historique), quasiment pas de créations visibles sur la toile. Le format semble avoir fait long feu. Il est vrai qu’à l’époque, le débit était insuffisant avec les modems 56K pour une lecture fluide d’animations et de vidéos. Et puis il y eut, en mars 2000, l’explosion de la bulle Internet annihilant du même coup le financement et donc toutes les velléités de production. Le modèle économique n’existant pas, les projets réalisés trouvèrent leur place dans un autre festival, le « Flash Festival en France », également organisé au Centre Pompidou (dès lors, il ne faut pas s’étonner que les webdocumentaires soient, dans leur grande majorité, des sites Internet faisant la part belle aux animations Flash). Le contexte cette année a bien changé puisque les abonnés à Internet en France le sont à plus de 95 % en haut débit4. Si on lance la même recherche aujourd’hui sur le webdocumentaire, on se rend compte que les sites pouvant être désignés sous cette appellation commencent à foisonner. L’édition du 25 juin 2009 de 2 On peut tout aussi bien attribuer l’origine de cette phrase à Pablo Picasso : « L’art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité. » http://www.dicocitations.com/citation.php 3 Les festivals au Centre Pompidou : « Les cinémas de demain : le webdocumentaire » et « Flash Festival en France » en 2002 : http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/2f6d2a49fa88f902c1256da5005ef33f/35cee60b37d089eac1256 b4b004bf6ae!OpenDocument 4 18,3 millions d’abonnés haut débit pour à peine 1 million d’abonnés bas débit à la fin du 1er trimestre 2009 (chiffres ARCEP : http://www.arcep.fr/index.php?id=10135&L=2%5C%252)
  8. 8. 20minutes.fr5 annonce : « Le webdocumentaire explose sur la toile » ; le Festival du Cinéma du réel6 propose des rencontres professionnelles sur le thème « Vers de nouveaux modes de création de documentaire : entre pratiques partagées, normalisation et diversification » ; le festival Sunny side of the doc7 de La Rochelle organise un colloque « Nouveaux médias, nouvelles écritures » sur « comment écrire un projet documentaire pour les nouveaux médias ? Tout ce que vous voulez savoir sur l’écriture non linéaire […] » ; enfin depuis un an plus de 120 projets de webdocumentaires ont été déposés au CNC8… Et même si son modèle économique se cherche encore, la voie du webdocumentaire semble bien relancée (nous étudierons plus loin des cas de véritable production, avec à la clé une rentabilité qui n’est peut-être pas directement financière). 8 1-2 Les problématiques Passé l’état hypnotique provoqué par la fascination de la nouveauté, par la beauté formelle du dispositif narratif d’un tel objet, il faut se demander : Qu’est-il possible de faire en ligne par rapport au CD-ROM ou au DVD-ROM interactifs ? Le webdocumentaire est multimédia et souvent interactif, aussi quel type de narration est-il possible d’envisager ; quelle est la place de l’auteur, celle de l’internaute ? En quoi le webdocumentaire, grâce aux avancées technologiques et conceptuelles du Web, amène-t-il un plus dans la narration ? Le webdocumentaire tient-il ses promesses ; transforme-t-il les émotions en pensée, l’expérience-utilisateur en savoir ? Il est encore un format de création relativement nouveau. Aussi pouvons-nous nous demander quel est son avenir ? 1-3 Qu’est-ce qu’un documentaire ? Pour comprendre ce qu’est le webdocumentaire, en quoi il apporte quelque chose de nouveau, il nous faut revenir sur ce qu’est le cinéma documentaire traditionnel, étudier les problématiques qui le traversent. Puis il faudra confronter ces deux formes d’oeuvre pour analyser ce que peut le webdocumentaire par rapport au documentaire à la narration linéaire. 5 Voir l’article de 20minutes.f : http://www.20minutes.fr/article/335077/Media-Le-web-documentaire-explose-sur-la-toile. php 6 Festival du Cinéma du réel, édition 2009 : http://www.cinereel.org/article3684.html 7 Voir l’atelier du 24 juin 2009 du « Sunny side of the doc » : http://www.sunnysideofthedoc.com/fr/ssd_i_agenda.php?iAgenda=evenements 8 D’après Alexandre Brachet, fondateur et producteur chez Upian et jury au CNC.
  9. 9. Les origines du documentaire, un outil d’étude scientifique « pour capter le réel » ? Je ne vais pas ici faire un historique du documentaire. Mais juxtaposer deux expériences primitives qui mettent bien en évidence la complexité du propos. À l’entrée « documentaire » du Dictionnaire du cinéma9, on trouve la définition suivante : Le « genre documentaire » n’est pas nouveau puisqu’il est à l’origine du cinéma. On peut se rappeler les premiers travaux d’Étienne Jules Marey : Figure 2-La caméra fixe plantée à la sortie de l’usine, filme les ouvriers quittant leur travail… en habits du 9 « Film qui a le caractère d’un document, qui s’appuie sur des documents. Selon Georges Sadoul, Littré admet le terme documentaire en 1879 en tant qu’adjectif signifiant “qui a un caractère de document”. Citant Jean Giraud, l’historien note que le vocable prend, dès 1906, un sens cinématographique et devient substantif après 1914. » « Physiologiste français qui (dès 1882) se spécialisa dans l’étude des mouvements et rapporta avec la Chronophotographie, les allures d’un cheval au trot et au galop, en inscrivant automatiquement le temps que dure l’appui pris sur le sol par chacun des pieds de l’animal10. » Figure 1-Le « fusil photographique » d’Étienne Jules Marey est présenté dans la revue La Nature de 1882. Le cinéma fut donc utilisé par Étienne Jules Marey comme un outil d’étude scientifique pour capter le réel. Nulle envie chez lui de nous narrer une histoire, de nous rapporter des faits, mais la volonté d’étudier le mouvement, le déplacement des animaux et la marche chez l’homme. On parle véritablement de cinématographe en 1895 avec « les vues » de la sortie des usines Lumière à Lyon, film des frères du même nom. Ce film, ancêtre de ce qu’est de nos jours le film documentaire (ou peut-être le film d’entreprise), est considéré comme le premier film projeté. Plusieurs dimanche ! versions existent ; la plus célèbre est celle, tourné durant l’été 1895, où l’on voit les ouvriers et les ouvrières en tenue du dimanche… La toute première version filmée quant à elle date de mars 1894.11 9 Dictionnaire du cinéma, Larousse, 1986, p. 189. 10 Histoire du cinéma, Jean Mitry, Éditions universitaires, 1967, p. 39. 11 Voir article Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sortie_de_l%27usine_Lumi%C3%A8re_%C3%A0_Lyon et la vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xdyus_la-sortie-des-usines-lumiere-a-lyon_school)
  10. 10. Ainsi, le voit-on dès ses débuts, le cinéma peut être un bon outil utilisé pour analyser le réel. Mais entre le réel et ce qu’on en capte avec l’outil caméra, il y a toujours une distorsion due à la vision du réalisateur. Cette distorsion est l’interprétation de l’auteur ; la mise en scène cinématographique le moyen d’en rendre compte. Parfois, la mise en scène est telle qu’elle peut faire sourire, interroge le spectateur, comme ces ouvriers filmés quittant l’usine Lumière en habits du dimanche… La réalité des ouvriers quittant l’usine en bleu de travail était-elle trop dure à soutenir ? Y avait-il une volonté des frères Lumière, par cette mise en scène, d’enjoliver la réalité ? Il faut croire que, comme le dit le philosophe Clément Rosset12, « la faculté humaine d’admettre la réalité […] n’implique pas un droit imprescriptible – celui du réel à être perçu – mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Le réel n’est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : s’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. » La caméra est, certes, un très bon outil pour décrire le monde, mais à la manière du stylo d’un écrivain13 ; l’écrivain combinant le vrai et le faux pour nous faire comprendre son propos. Frontière entre documentaire et fiction La frontière entre fiction et documentaire est parfois ténue. Mais alors que la fiction invente une histoire pour parfois parler de l’Histoire, le documentaire lui travaille avec le réel. Même lorsqu’il utilise des comédiens pour des reconstitutions, c’est bien le réel qu’il s’agit d’interpréter pas une fiction. Lorsqu’on pense au film Entre les murs de Laurent Cantet, palme d’or à Cannes en 2008, on peut être pris d’un doute. Est-ce une fiction, un documentaire ? Pour moi, il s’agit bien d’une fiction adaptée du roman éponyme de François Bégaudeau qui joue son propre rôle. C’est une fiction parce que les comédiens, tous non professionnels, ont travaillé en atelier un été durant pour trouver des personnages et les construire, afin de raconter une histoire qui colle aux thèmes du livre. L’article de Wikipédia sur le documentaire14 propose la distinction suivante entre documentaire et fiction : 10 « Le film documentaire est une catégorie dans le domaine cinématographique qui se fixe pour but théorique de produire la représentation d'une réalité, sans intervenir sur son déroulement, une réalité qui en est donc indépendante. Il s'oppose donc à la fiction, qui s'autorise de créer la réalité même qu'elle représente par le biais, le plus souvent, d'une narration qui agit pour en produire l'illusion. La fiction, pour produire cet effet de réel s'appuie donc, entre autres choses, sur une histoire ou un scénario et une mise en scène. Par analogie avec la littérature, le documentaire serait à la fiction ce que l'essai est au roman. » 12 Le Réel et son double, Gallimard, 1976. 13 Lire à ce sujet le concept de caméra-stylo développé par Alexandre Astruc dans « Naissance d’une nouvelle avant-garde », paru dans le magazine L'Écran français le 30 mars 1948. 14 http://fr.wikipedia.org/wiki/Documentaire
  11. 11. Qui d’autre que Jean-Luc Godard pouvait mieux expliquer la différence FONDAMENTALE entre fiction et documentaire, trancher définitivement, pour reconnaître l’imbrication de l’un dans l’autre. Je ne peux m’empêcher de vous livrer cette belle réflexion : 11 « Car enfin, il n’y a pas de demi-mesures. C’est ou la réalité, ou la fiction. Ou bien on met en scène, ou bien on fait du reportage. On opte à fond ou pour l’art, ou pour le hasard. Ou pour la construction, ou pour le pris sur le vif. Et pourquoi donc ? Parce qu’en choisissant du fond du coeur l’un ou l’autre, on retombe automatiquement sur l’autre ou l’un. »15 Lors de l’écriture de cette thèse professionnelle, j’ai voulu répertorier les films documentaires que j’avais vus. Il m’a semblé important d’en faire le récapitulatif. Ils sont mes références et me permettent de parler en connaisseur du documentaire et donc du webdocumentaire. Certains des auteurs cités sont également des réalisateurs de films de fiction. Mais J’ai préféré exclure ces films de cette liste. Vous la trouverez dans la partie « Bibliographie, webographie, filmographie ». Entre reportage et documentaire, une différence d’enjeu Dans le reportage, la problématique est posée avec des interrogations du genre : • comment ça marche ? • comment ça se passe là-bas ? • comment fait-on ça ? L’enjeu d’un reportage est donc d’expliquer un fonctionnement. Il s’interroge sur des conséquences (les conséquences de la crise financière sur les pays du tiers-monde). Pour le documentaire, l’enjeu est davantage d’expliquer les mécanismes qui font qu’on en est arrivé là. Le questionnement est plutôt du type : • qu’est-ce qui fait que…? • pourquoi…? • en quoi…? Le questionnement est plus complexe dans le cas d’un documentaire et devra également passer par des « chaînes de production » qui elles-mêmes sont faites de minireportages. Le documentaire interroge les conséquences et en analyse les causes (qu’est-ce qui fait que cette crise financière a eu lieu, quelles en sont les conséquences sur les pays du tiers-monde ?). Aucun jugement de valeur n’oppose reportage et documentaire, il existe de bons reportages et de mauvais documentaires, et vice versa. La valeur tient à la réponse (le fond, la forme et les fonctionnalités) apportée par les auteurs à l’enjeu du projet. En définitive, le point de vue sera d’autant plus affirmé qu’on est dans un documentaire, l’enjeu portant en effet moins à conséquence dans un reportage. L’article de Wikipédia16 propose une distinction : « Le documentaire se distingue (aussi) du reportage. Il est parfois très difficile de faire la distinction entre un reportage et un documentaire. Il 15 Godard par Godard, les années Cahiers, Jean-Luc Godard, Flammarion, 1989, p. 218. 16 Op. cit.
  12. 12. Figure 3-Photo tirée du film Massoud l'Afghan. 12 faut donc juger les oeuvres dans leur globalité, sur un ensemble de critères. Par exemple : * les intentions de l'auteur, le synopsis * la longueur * le cadre * la sophistication du montage * l'habillage sonore et musical * les techniques utilisées * le langage * le temps * l'utilisation d'acteurs * les reconstitutions, les mises en scènes * l'originalité, la rareté * etc. Une autre manière de distinguer le documentaire du reportage pourrait être de dire que pour le premier, l'auteur appelle la réalité à soi, tandis que pour le second, c'est l'inverse. » Enfin j’ai trouvé cette différentiation entre documentaire et reportage de Didier Mauro, l’idée est que le documentaire s’inscrit dans le temps quand l’actualité est éphémère : « Le documentaire relève du champ artistique (et cinématographique) alors que news, reportages et magazines procèdent du champ journalistique. […] Les films documentaires sont considérés comme des oeuvres, destinées à perdurer ou à témoigner d’une époque, tandis que les programmes audiovisuels journalistiques sont essentiellement constitués d’une “information – jetable” sans objectif de pérennité […]17. » La notion de temps est très importante pour bien différencier le documentaire du reportage journalistique. Ce dernier est pour l’essentiel au présent, lié à l’actualité. L’intérêt du documentaire est d’observer le présent et de le mettre en perspective en interrogeant le passé (voir de se projeter dans le futur). C’est peut-être cette condition, mettre le présent à l’épreuve du temps, qui permet de comprendre les causes d’un phénomène observable ici et maintenant. Le documentaire s’inscrit véritablement dans le temps, c’est aussi pour cette raison que le documentaire peut faire date… L’objectivité (supposée) journalistique face à la subjectivité (assumée) du documentariste Face à la théorie de la neutralité journalistique18 basée sur le « nobody’s point of view » (le point de vue de personne), le documentariste affirme au contraire son point de vue d’auteur. Dans le film Massoud l’Afghan19, Christophe de Ponfilly affirmait vouloir « parler à la première personne » tout en 17 Dans Le Documentaire, cinéma et télévision, Dixit, 2005. 18 Lire p. 43 dans Mediating the Message: Theories of Influences on Mass Media Content, Longman Publishers, 1996 : http://journalism.utexas.edu/sp/groups/public/@commjourfac/documents/general_information/prod75_027392.pdf 19 Film sorti en 1998 (commencé en 1981) qui raconte le combat des troupes du commandant Massoud contre les Soviétiques d’abord, contre les Talibans soutenus par les Pakistanais ensuite.
  13. 13. poursuivant dans son commentaire off que « ce n’était pas notre guerre et pourtant »… Plus loin il expliquait : 13 « Je voulais juste filmer le courage de ces paysans dont Massoud était le héros […]. À cette époque, je rêvais encore d’un film agissant sur l’histoire et croyant en la justice […] Mes films étaient devenus partisans ; l’objectivité journalistique me semblait suspecte. » Figure 4-© Thomas Coex/AFP Christophe de Ponfilly avec, en arrière-plan, un portrait du commandant Massoud La principale différence entre reportage et documentaire se situe donc dans l’affirmation du point de vue de l’auteur. Pas forcément en s’engageant comme Christophe de Ponfilly, en utilisant le cinéma pour défendre une cause (juste). Mais en assumant tout simplement sa subjectivité. Je renvoie ici encore à l’article de Wikipédia20 pour la question de l’objectivité et de subjectivité : « La pratique révèle que la limite entre objectivité et point de vue du cinéaste est particulièrement ténue : un documentaire répond toujours à une démarche de son auteur, et propose donc une vision particulière. Cette vision résulte principalement de choix, que ce soit au niveau du sujet traité, des moyens, de l'approche ou, surtout, du montage. Un documentaire est donc une véritable oeuvre de création, qui ne saurait prétendre à l'objectivité, contrairement à ce dont il se voit souvent implicitement investi. » Mais c’est parce que l’auteur aura d’autant mieux défini son point de vue en nous exprimant d’où il parle, en nous disant qui il est, en nous dévoilant par exemple le dispositif narratif, que le spectateur sera en mesure de se forger sa propre opinion sur ce qui lui est présenté, et ainsi d’objectiver. La focalisation Rappelons ici les notions de focalisation que l’on utilise généralement pour la littérature mais qui peuvent néanmoins s’adapter aux modes narratifs du documentaire. Ces quelques lignes sont tirées de l’article de Wikipédia sur la narratologie21 : « Focalisation externe L’histoire est racontée à travers le regard d’un narrateur extérieur à l’histoire qui n’y participe pas. Focalisation interne L’histoire est racontée à travers le regard d’un personnage. Focalisation zéro (point de vue omniscient) Le narrateur sait tout et en sait même plus que les autres personnages. » Le documentaire (comme le roman) alterne les différents types de focalisation. Je rajouterais qu’avec la focalisation externe, le narrateur est témoin de l’histoire racontée ; la focalisation interne permet de faire partager le ressenti du personnage. 20 Lire la suite de l’article de Wikipédia sur le documentaire dans la partie « la question de l’objectivité » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Documentaire 21 Article de Wikipédia sur la narratologie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Narratologie
  14. 14. 14 Dans Roger and Me, Michael Moore se met en scène. Il traque inlassablement (tel Droopy, le personnage de Tex Avery) le PDG de General Motors, Roger Smith. Michael Moore veut lui faire prendre conscience des conséquences de sa politique de restructuration de la compagnie sur la ville de Flint (ville natale du réalisateur). Le récit est à la première personne (focalisation interne) ; parfois, des chiffres viennent ponctuer les pérégrinations du journaliste d’investigation (focalisation zéro). Le point de vue, le hors-champ Figure 5-Michael Moore Dans la lecture, le visionnage, d'une oeuvre de fiction ou dans Roger and Me. de documentaire, il y a toujours pour nous, lecteur ou spectateur, une quête de vérité. Dans le cas du webdocumentaire, comme pour le documentaire traditionnel, il s'agit d'une vérité travaillée à partir du matériau « réalité ». Cette vérité n'est toujours que l'expression du point de vue d'un auteur sur les choses. Il n'est pas aisé de définir ce qu'est le point de vue. Surtout qu'il s'immisce à tous les stades de la création d'une oeuvre, c'est ce qui porte les différents médias qui constituent l'oeuvre (plus ou moins ou pas du tout) interactive mais c'est aussi ce qui donne la spécificité du regard de l'auteur. Le point de vue passe par exemple par le choix que l'on fera dans le placement de la caméra pour filmer une scène. Cela passe aussi par le choix d'aller interroger tel spécialiste plutôt que tel autre. Le point de vue documenté c'est approfondir/orienter ces recherches sur un domaine plutôt qu'un autre, en utilisant comme filtre, comme cadre, l'enjeu même du projet : c'est la problématique posée avec l'oeuvre interactive comme outil. Pour ce faire, on confronte des avis. Il ne s’agit pas d’opposer de façon stérile des avis contraires comme c’est souvent le cas dans les mauvais reportages (je cite de mémoire Jean-Luc Godard qui a toujours eu le goût des formules percutantes : « La télévision c’est 5 minutes pour les juifs, 5 minutes pour Hitler. »)… Mais il faut confronter les points de vue, les juxtaposer, pour essayer, pour voir ce que provoque cet entre-deux. Car c’est bien dans cet entre-deux que se crée le sens, une brèche où l'individu s'engouffre. Le point de vue, c'est faire le choix de ce que l'on montre mais aussi de ce que l'on ne montre pas, c’est-à-dire le hors-champ. Au cinéma, le son est souvent utilisé pour nous rappeler l'environnement dans lequel évoluent les personnages. Dans les webdocumentaires, la bande-son est primordiale, elle permet de contextualiser, de baigner le spectateur dans une ambiance ; elle permet également de donner de la profondeur aux images (fixes la plupart du temps). Souvent on parle de la télévision comme d'une fenêtre sur le monde. Cette métaphore s'oppose aussi au fait que l'on regarde sur un écran. Un écran, ça fait écran (comme disait Godard encore une fois). Un écran (de télévision, d'ordinateur) est délimité par un cadre. C'est dans ce cadre que les auteurs donnent à voir mais aussi qu'ils nous cachent une partie de l'environnement qui les entoure. Ce qui nous est caché sera alors suggéré par le son. Certains réalisateurs, eux, utilisent d'autres procédés. Je pense à van der Keuken qui se servait parfois d’un décadrage lors de la prise de vue comme pour nous signifier que le monde n'est pas uniquement fait de ce qu'on nous montre, frontalement… Notons ici qu’en multipliant les écrans, le webdocumentaire n’en reste pas moins,
  15. 15. comme le documentaire, une représentation du monde. Il ne donne pas plus que le cinéma, la littérature ou la télévision de vision plus réelle du monde – car la réalité n’est pas non plus une accumulation de tous les points de vue… Il existera toujours un hors-champ ! 15 1-4 Définition du webdocumentaire Si la définition de 2002 citée en introduction donne une bonne approche de ce qu’est le webdocumentaire, nous allons nous efforcer de le définir au plus près afin de mieux cerner ce qui est en jeu dans ces nouvelles formes d’oeuvres. Du néologisme à son contenu Par le néologisme « webdocumentaire », nous désignons un documentaire dont la conception et la réalisation sont faites pour le Web et qui est diffusé sur le Web. Il ne s’agit pas d’un documentaire dans sa forme télévisuelle ou cinématographique, à la narration linéaire, qui trouverait sur Internet un énième espace de diffusion, mais une sorte de prolongement de ce que furent le CD-ROM ou le DVD-ROM : une oeuvre utilisant les technologies du Web et ses différentes ressources multimédias. Tout d’abord, un webdocumentaire est un site Web comme nous l’entendons actuellement, possédant un nom de domaine, une URL utilisant le protocole http, permettant d'échanger des pages Web généralement au format HTML dont les ressources sont hébergées sur un ou plusieurs serveurs. Ce qui le différencie d’un autre site Internet : le récit d’un auteur Un récit est basé sur le schéma classique aristotélicien. Celui-ci se compose d’un début (ou exposition), d’un noeud (ou développement), d’une conclusion ou dénouement. « La mise-en-intrigue consiste principalement dans la sélection et l’arrangement des événements et des actions racontées, qui font de la fable une histoire “complète et entière”, ayant commencement, milieu et fin. […] Pour passer de la simple suite linéaire et temporelle des moments […] à un récit proprement dit, il faut opérer une narrativisation de ce procès, passer de la chronologie à la logique singulière du récit […]22. » Narration linéaire, lecture délinéarisée La narration traditionnelle est dite linéaire. C’est celle du livre (et du cinéma) par excellence. Elle est structurée en chapitres (par séquences) qu’on lit (regarde) a priori dans l’ordre décidé par l’auteur. Notre lecture, elle, n’est pas forcément linéaire. 22 Jean-Michel Adam, Le Récit, « Que sais-je ? », PUF, pp. 90-91.
  16. 16. Il est bien rare de lire un livre d’une seule traite. La Crucifixion en rose23 d’Henry Miller m’a, par exemple, accompagné pendant près de deux mois. De même, vous en conviendrez, qu’il est impossible de lire La Guerre et la Paix de Léon Tolstoï en une journée. Alors le soir, la journée passée, lorsqu’on rouvre le livre abandonné la veille, on fait jouer notre mémoire à long terme pour se raccrocher au fil de l’histoire… Rien n’empêche non plus, en lisant un roman, de sauter un passage. Je me rappelle l’avoir fait bien souvent lors des interminables descriptions dans Les Chouans d’Honoré de Balzac. Il est vrai que ce n’est pas, loin de là, sa meilleure oeuvre ! Rien ne nous empêche non plus de revenir en arrière pour vérifier ce qui a été écrit. Je me souviens à la lecture de La Moustache d’Emmanuel Carrère, d’avoir plus d’une fois opéré un flash-back lorsque, incrédule face à la cohérence du récit, je voulus piéger l’auteur. Mais tout cela était dû à ma propre interprétation qui, au fur à mesure de la lecture, m’emmenait vers de fausses pistes. Ces confusions avaient été vraisemblablement voulues par l’auteur : elles désorientent le lecteur, qui avance dans l’histoire par l’entremise du héros narrateur à l’esprit malade. Pour un film, il en est de même. Depuis le magnétoscope de salon (le VHS remonte quand même au milieu des années 1970 !) et surtout avec le lecteur de DVD, on peut rembobiner pour réécouter une réplique, revoir une scène au ralenti ou bien encore aller directement à un chapitre de son choix (dans le cas du DVD, bien entendu). Ce n’est donc pas l’objet lui-même qui impose la linéarité de la lecture ou du visionnage mais bien le média. Et si on admet que l’on peut enregistrer un programme TV, faire des pauses en direct grâce au disque dur de notre « set-top box », alors il ne reste que la projection cinéma pour nous proposer un récit ne pouvant être suivi que de façon totalement linéaire. Ce qui est certain, c’est que le mode de narration des webdocumentaires a quant à lui été conçu de manière à ce que le « lectacteur » navigue au travers de l’interface de façon totalement délinéarisée. C’est lui qui concevra de manière unique son parcours dans le webdocumentaire. Ce qui change ici, c’est sa parenté avec les formes de documentaires traditionnels. Le webdocumentaire est donc un site qui nous raconte quelque chose. Ce « quelque chose » est structuré, agencé, mis en scène. Le récit, comme l’explique Gérard Genette24, est tout à la fois l’ensemble des événements rapportés (l’histoire), la façon dont ils sont racontés et le fait même de les raconter (la narration). À la différence d’un autre site, en le parcourant, nous allons nous faire notre propre « expérience utilisateur ». C’est ce cheminement – différent selon l’internaute – qui va produire du sens (nous aurons l’occasion d’y revenir). Produire du sens, c’est en tout cas ce que l’on attend d’un webdocumentaire. Comme pour le documentaire, le webdocumentaire possède un thème principal, des thèmes sous-jacents ou secondaires ; il est utilisé au service d’un (ou plusieurs) point(s) de vue documenté(s), ce point de vue étant l’affirmation d’un regard sur le monde ; il offre un (ou plusieurs) récit(s) avec une forme narrative qui lui est propre ; sa forme et son fond nous proposent une représentation du monde nous permettant d’appréhender la réalité ; il fait travailler l’imaginaire de son spectateur/internaute. 23 Plus connu par les titres même des différents ouvrages, la trilogie est composée de Sexus, Plexus, Nexus, Le Livre de Poche, 1996. 24 Rapporté par Serge Bouchardon et Franck Ghitalla in Hypertextes hypermédias, créer du sens à l’air du numérique, (p. 36), Lavoisier, 2003, d’après Discours du récit, in Figures III, Seuil, 1972. 16
  17. 17. De la narration à l’expérience utilisateur Ainsi, avec le webdocumentaire, passons-nous d’une narration linéaire des documentaires traditionnels (même si le montage proprement dit ne l’est pas25) à une narration empruntant aux interfaces que l’on retrouve sur les sites Web et dans les jeux vidéo. Cette narration peut être de différents types : • arborescente (celle des jeux, avec des niveaux) • indéterministe (on va toujours d’un point de départ à un point d’arrivée, mais • évolutionniste (un point de départ mais pas de point d’arrivée, le monde se 17 les parcours, innombrables, sont laissés au choix de l’internaute) Figure 7-Structure en forme d’arête de poisson : les lucioles sont les points d’entrée des rubriques. Figure 6-Capture d'écran de Thanatorama. crée au fur et à mesure du parcours de l’utilisateur). L’idée d’une narration au service de l’expérience utilisateur prend ici véritablement tout son sens. Alexandre Brachet, fondateur de la société Upian26 (qui a produit un bon nombre de webdocumentaires), parle « de structure en forme d’arête de poisson » pour Thanatorama27 plutôt que de véritable arborescence (figure 7). Dans ce webdocumentaire, on nous propose de connaître le parcours de notre corps une fois décédé, en territoire français. Un parcours indéterministe pour ce webdocumentaire dans le sens ou on connaît notre point de départ (notre propre mort avec le constat de décès l’attestant), le point ultime de notre parcours (la dispersion des cendres après crémation ou l’enterrement) mais où la navigation peut nous faire prendre plusieurs directions entre ces deux points. Concept audacieux qui se propose de nous faire « vivre » une expérience de l’après : « Thanatorama, l’aven-ture dont vous êtes le héros mort ». 25 Dans L’Épreuve du réel à l’écran , p. 42, François Niney parle de « […] montage : “excentrique”, spirale, achronologique, polyphonique […] ». 26 Sur la page d’accueil d’Upian, on trouve des liens vers six de ses productions : http://www.upian.com/ 27 Voir le webdocumentaire Thanatorama : http://www.thanatorama.com/docu/? - /accueil/
  18. 18. La place de l’auteur, celle de l’internaute La narration, étant le cheminement de la pensée d’un auteur, nous pouvons nous interroger sur la valeur de ce type d’oeuvre si l’internaute peut à ce point réécrire, intervenir sur l’histoire ? Tout cela semble contradictoire : « Comment peut-on concilier narrativité (prendre le lecteur “par la main”) et interactivité (“lui donner la main”) ? », s’interrogent Serge Bouchardon et Franck Ghitalla28. Pourtant, le webdocumentaire s’affirme bien comme un point de vue sur le monde… 18 « Dans les documents numériques, la présence de l’auteur s’avère problématique ; elle décroît encore à mesure que celle du lecteur est au centre du dispositif. Dans les hypertextes, par exemple, la pratique des liens non seulement prive l’auteur de sa relative maîtrise sur le parcours de lecture, mais elle lui retire une partie de l’armature rhétorique qui lui permettait de conduire son lecteur29. » En ce qui concerne le webdocumentaire, il n’est pas question de laisser l’internaute, seul, livré à lui-même, surfant au gré des liens, dans une navigation sans fin. La navigation a été balisée et a priori, les parcours ont été préalablement définis. Ainsi, « le récit interactif, en permettant au lecteur d’agir sur le dispositif du récit […] apparaît comme une expérience des limites30 ». La relation auteur/lecteur, l’expérience utilisateur L’intérêt du webdocumentaire réside (entre autres) dans le fait qu’il permet une personnalisation du visionnage de l’oeuvre. L’internaute navigue sur le site au gré de ses envies. Il a ainsi le sentiment d’une individualisation des informations données. La satisfaction de l’internaute est d’autant plus grande qu’un site répond (et le webdocumentaire bien entendu) à quatre critères : « * utilité : le site a été utile au visiteur, il a trouvé ce qu'il y cherchait (variante : il n'a pas trouvé tout à fait ce qu'il cherchait, mais ce qu'il a découvert l'a intéressé) ; * facilité et confort d'utilisation : le visiteur a trouvé facilement ce qu'il cherchait, et a pu aisément accomplir les tâches qu'il s'était assignées (trouver une information, poser une question, acheter un produit, écouter un extrait musical, etc.). L'utilisation du site ne lui a pas “pris la tête” ; * Confiance : les informations trouvées sur le site lui ont donné confiance : identité des propriétaires, marque connue, prix clairement affichés, informations sur le respect de la vie privée, livraison dans des plages horaires compatibles avec son emploi du temps… * Qualité de service : la logistique en aval [amont ?] du site a tenu ses promesses en livrant à l'heure prévue, et le produit livré s'est révélé conforme aux informations du site (ce quatrième point ne s'applique pas aux sites d'information) 31. » L’internaute est satisfait s’il a vécu une bonne expérience-utilisateur. Il aura ainsi une bonne image de ce qu’il a vu/lu/vécu. Vincent Bénard, sur son blog Veblog.com, résumait plus loin l’expérience-utilisateur, dans un texte publié il y a déjà 9 ans : 28 Hypertextes hypermédias, créer du sens à l’ère du numérique, op. cit., p. 36. 29 La Redocumentarisation du monde, Roger T. Pédauque, éditions Cépaduès, 2007 p. 193. 30 Hypertextes hypermédias, créer du sens à l’ère du numérique, op. cit., p. 44. 31 De l’article publié le 13/08/2000 (déjà !) sur Veblog.com de Vincent Bénard, « L'expérience-utilisateur, clé du succès des sites Internet » : http://www.veblog.com/fr/2000/0813-userexperience.html
  19. 19. 19 « Une bonne expérience vécue par un utilisateur sur un site Web est ce qui lui donnera l'envie d'y revenir. Cette expérience se fonde sur : l'utilité du site, sa simplicité d'utilisation, la confiance qu'il inspire, et la qualité du service délivré. Investir dans l'amélioration de l'expérience-utilisateur est la meilleure dépense qu'un décideur puisse ordonner32. » Une double spécificité par rapport à un documentaire traditionnel : l’interactivité avec le spectateur, l’agrégation dynamique de contenus C’est à la fois dans son mode de diffusion, dans la façon dont le spectateur/internaute (on parle parfois de « lectacteur » de « spectacteur »33 et aussi d’ « interacteur »34) le regarde/agit mais également dans sa structure même qu’il faut voir la différence avec un documentaire traditionnel. C’est un documentaire en général interactif et en ligne. L’interactivité d’Internet permet de fournir plusieurs points d’entrée, et donc des alternatives à la narration linéaire unique imposée dans le documentaire traditionnel. Son accès est en principe universel (il faudrait pour cela penser à son accessibilité). C’est une diffusion « one to many ». Le webdocumentaire, nous l’avons dit, est un site Internet : il n’est regardable/parcourable dans sa forme complète qu’en ligne. C’est bien parce que nous utilisons un navigateur Web pour le parcourir que celui-ci, même une fois chargé, reste relié par l’hyperlien au reste du Net que nous parlons de webdocumentaire. Nous sommes ici en présence d’une structure composite, faite de médias de natures hétéroclites et utilisant les différentes technologies du Web. Comme sur un DVD-ROM ou un CD-ROM, nous pouvons avoir du texte, du son (sons d’ambiance, bruitages, commentaires, interviews et musiques), de l’image (photos, graphismes, images animées, vidéos) cliquable ou non, de la cartographie ; nous naviguons également à l’aide d’un menu. Mais ces médias ne se retrouvent pas physiquement sur un même support comme avec un CD ou un DVD. Les différents médias sont souvent hébergés sur des serveurs différents. On pourra utiliser par exemple les plates-formes Youtube ou Dailymotion pour la vidéo, garantissant ainsi un coût réduit d’exploitation pour des médias nécessitant un débit important. Un webdocumentaire est donc la réunion, l’organisation et la mise en forme des différents éléments qui le constituent. S’il est hétérogène par sa structure, et alors que les éléments le constituant sont hébergés sur différents serveurs de par le monde, le webdocumentaire réussit pourtant la prouesse d’être fluide et de donner l’illusion d’une oeuvre homogène. Le webdocumentaire dans un monde mouvant Dernière notion qu’il nous faut aborder, celle de la pérennité du webdocumentaire. Figer ou non le contenu ? Étrange idée que celle de figer le contenu d’un webdocumentaire à l’ère du Web 2.0. Pourtant c’est une question que ne peuvent éluder les auteurs de webdocumentaire… 32 Toujours repris sur Veblog.com, de Vincent Bénard. 33 Notion développée par Jean-Louis Weissberg, Présences à distance, L’Harmattan, 1999. 34 Lire, à ce sujet, l’article de Catherine Guéneau : http://www.mediascreationrecherche.com/spectateur.pdf
  20. 20. À l’instant « T », un site a une certaine forme ; deux ans plus tard à l’instant « T + 2 », le même site a un autre contenu, une autre forme, de nouvelles fonctionnalités. Il pourrait en être ainsi pour le webdocumentaire il faudrait alors parler de ce que Cassavetes appelait « a work in progress », qu’on peut traduire par un travail en cours, en évolution constante… Cassavetes mettait en effet beaucoup de temps pour trouver la forme définitive au montage de ces films. « […] La vie du film [est] conçu non plus comme une totalité fermée mais comme un organisme vivant en perpétuelle mutation35 », ainsi, « le film peut continuer dans le travail imaginaire du spectateur pour se dissiper lentement comme en une fin indéfinie et personnelle à chacun36 » nous dit Thierry Jousse ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. Un site est à une version 1.0, 1.1, 1.2… puis 2.0 et ainsi de suite. Nous sommes dans une époque de « versioning ». Le webdocumentaire serait en perpétuelle évolution en fonction de l’évolution même du site, de l’actualité ? Le webdocumentaire peut-il être une référence si son contenu évolue constamment ? Comment imaginer parler d’un webdocumentaire si, en confrontant son expérience avec une autre personne, non seulement il n’a pas vu la même chose parce que son expérience est nécessaire différente, mais parce qu’en plus les contenus ont été modifiés ? Ainsi il paraît souhaitable, si le webdocumentaire veux être crédible, de figer le contenu (à l’image de Gaza-Sderot, nous y reviendrons dans la partie « étude de cas »). Et de bien comprendre le risque qu’il y aurait de modifier instamment le contenu en fonction de l’actualité. Encore une fois, le webdocumentaire n’est pas de l’actualité ! La pérennité du webdocumentaire Deuxième problématique, nous venons de le voir, le contenu d’un webdocumentaire ne nécessite pas de support physique, il y a dématérialisation du support. Ce qui induit que, le support technologique évoluant, et les liens pouvant être rompus (on parle de lien mort), il y a risque de ne plus pouvoir accéder/lire/naviguer (à/sur) un webdocumentaire que l’on pouvait voir un an auparavant. Il semblerait qu’un portail reliant les webdocumentaires entre eux soit nécessaire afin de les retrouver dans le temps. C’est ce que proposera france5.fr à l’automne 2009 avec son offre documentaire incluant des webdocumentaires (voir paragraphe 5-3 de la quatrième partie). Pour qu’un site soit bien référencé, il faut qu’il y ait du trafic sur le site ; il faut donc des liens qui renvoient vers ce site mais également des liens qui en ressortent. Il y a non-permanence de l’objet documentaire, l’information n’est pas fixée dans le marbre ! La pierre de Rosette est toujours lisible alors qu’il faut s’orienter vers des spécialistes pour pouvoir relire les premiers formats numériques vidéos. 20 35 Thierry Jousse, John Cassavetes, éditions Cahiers du cinéma, 1989, p. 38. 36 Ibid., p. 109. Figure 8-Gena Rowland, John Cassavetes et Peter Falk sur le tournage de Une femme sous influence.
  21. 21. 21 2 Une création multimédia fabriquée pour le Web Nous l’avons vu, le webdocumentaire est formé d’une agrégation de contenus multimédias. Cette agrégation est présentée par une interface liée par le récit d’un auteur. Le webdocumentaire, le plus souvent, est une véritable création originale où les contenus (médias, textes, cartes, données diverses, etc.) sont conçus spécifiquement pour ce webdocumentaire. Mais on peut imaginer au contraire qu’il fasse appel à des contenus préexistant sur Internet. Ces contenus seraient alors sélectionnés, découpés, commentés et utilisés comme les archives le sont dans le montage d’un documentaire traditionnel. Figure 9-Schéma de principe d'un webdocumentaire. Nous allons voir dans cette partie de quoi est constitué un webdocumentaire, quels sont les composants narratifs sur lesquels s’appuie le récit. Chaque composant narratif est consultable dans l’ordre souhaité par le «lecacteur » lui conférant la liberté de construire son propre parcours (récit) multimédia (figure 9). Nous verrons plus loin, dans la troisième partie (fabriquer un webdocumentaire, les outils et les technologies) quelles sont les technologies utilisées pour ces composants narratifs. 2-1 Les composants narratifs L’interface de navigation C’est elle que l’internaute voit en premier, par elle qu’il va entrer dans le webdocumentaire. Elle permet la « distribution » des différents médias servant à la narration. Il y a nécessité d’y apporter un soin tout particulier ; de la faire la plus attirante possible, la plus claire, pour que l’internaute identifie rapidement ce que
  22. 22. propose le site. Pourquoi ne pas mettre dès la première page, le synopsis, l’intention des auteurs. Au moins, un bouton « À PROPOS DE » semble indispensable pour renseigner l’internaute. Bien sûr, il peut y avoir un intérêt à perdre son « lectacteur » dans les dédales du site, mais comme le dit Caroline Augé, « le code sémiotique inintelligible induit la désorientation, la perte de confiance qui peut mener à l’abandon37 ». La perte de confiance n’est pas la meilleure façon d’emmener son « interacteur » ; le perdre, c’est avoir manqué son but : l’alerter, lui faire prendre conscience de quelque chose, le faire réfléchir, lui apprendre des choses, le divertir… le questionner. Certaines interfaces se présentent comme un site traditionnel avec des boutons de navigation clairement identifiés comme Gaza Sderot, la vie malgré tout. Une navigation principale au centre en haut (figure 10, et voir l’étude de cas) ; l’accès aux différentes vidéos se fait par les points de la ligne centrale ; en bas une navigation connexe : 22 Figure 10-Capture d'écran de Gaza-Sderot, la vie malgré tout. 37 Hypertextes hypermédias, créer du sens à l’ère du numérique, op. cit., p. 51.
  23. 23. D’autres interfaces, en revanche, proposent directement une vidéo comme Le Corps incarcéré. Ici (figure 11), c’est elle qui structure la navigation. Elle est découpée en différentes thématiques avec une time line pour accéder par séquence : 23 Figure 11-Le Corps incarcéré. D’autres encore se présentent avec une image fixe et des zones de choix de navigation. Ici, avec Voyage au bout du charbon, la navigation principale se trouve en bas à droite (figure 12) et des options en bas au centre. Sur cette page, plusieurs propositions se présentent à « l’interacteur » : poursuivre l’entretien avec le chauffeur routier ou continuer le voyage plus avant. Figure 12-Voyage au bout du charbon.
  24. 24. 24 Les textes Ils permettent d’avertir l’internaute, de le guider, de le renseigner. Ils sont indispensables pour enrichir le documentaire en informations connexes (en bas à gauche de l’image, figure 12 et 13). Les photos La plupart des webdocumentaires sont Figure 13-Informations connexes. richement illustrés en photos. « L’interacteur » peut, s’il le souhaite, s’arrêter sur une photo pour mieux l’analyser (lorsque le diaporama possède un bouton « LECTURE » et « STOP » !) Parfois le coeur du webdocumentaire est constitué d’un diaporama. C’est un vrai choix d’écriture (fort) que de proposer un récit qui s’appuie exclusivement sur des photos. Voyage au bout du charbon, par exemple, ne comporte que peu de vidéos : un film d’introduction et une courte séquence sous terre, dans la mine, une séquence de chant des plus cocasses. Les vidéos Les webdocumentaires, nous l’avons vu, ne sont pas des films que l’on diffuserait sur Internet. Ils proposent néanmoins très souvent des vidéos. Elles ont la faculté de plonger rapidement l’internaute dans l’univers du webdocumentaire. Le menu de navigation permet au « lectacteur » d’accéder à des vidéos dans l’ordre qu’il le souhaite. Le temps de la vidéo, le « spectacteur » redevient spectateur traditionnel ; la narration redevient linéaire. Les vidéos sont généralement de courte durée (un choix éditorial pour éviter le zapping ?), montées en séquences, alimentant des rubriques le plus souvent thématiques. Le Corps incarcéré est bâti sur un film découpé en thématiques (cf. figure 11). Les sons Indispensables pour baigner l’internaute dans un univers, les sons permettent de donner une profondeur aux images. Très souvent, en présence d’un noeud narratif, des boucles audio servent à garder « l’lnteracteur » en immersion dans l’atmosphère de l’histoire. C’est le cas par exemple pour Voyage au bout du charbon et Thanatorama. Les cartes et les graphiques Comme le texte, les cartes et les graphiques permettent à « l’interacteur » de trouver des renseignements additifs, et de les afficher quand il le souhaite. Accéder à l’enrichissement du récit, c’est l’un des intérêts des webdocumentaires par rapport au documentaire traditionnel. Les cartes proviennent le plus souvent de Google Maps comme pour Gaza-Sderot (voir dans la deuxième partie : « étude de cas,
  25. 25. navigation par lieux »). Parfois comme dans La Route de la faim, des créations graphiques simples remplissent leur rôle (figure 14). 25 Figure 14-Capture d’écran d’un graphique de La Route de la faim. 2-2 Les autres composants En plus des composants narratifs, les webdocumentaires proposent également des lieux d’échanges que sont les forums de discussion. Ceux-ci ne servent pas le récit proprement dit, mais prolongent la relation entre les personnages et l’internaute. Ils permettent de continuer de faire vivre l’oeuvre volontairement figée. Ils donnent des pistes de réponse à la question classique des téléspectateurs et internautes : «mais que sont-ils devenu ? ». Sur Gaza-Sderot, des vidéos postées après l’intervention militaire israélienne de l’hivers 2009 donnent un éclairage nouveau au projet. 2-3 La hiérarchisation de l’information, la structuration narrative, la construction du récit Les différents composants narratifs sélectionnés, découpés, montés par les auteurs du webdocumentaire sont mis à disposition de « l’interacteur ». Cette organisation structure la narration sous forme de rubriques. L’interface de navigation doit permettre la circulation tout en construisant le récit.
  26. 26. 26 2-4 La création de sens par la navigation Dans le webdocumentaire, plus que dans toute autre forme narrative, la création de sens repose sur le « dialogue » entre l’auteur et l’utilisateur. Il y a un véritable partage des rôles. L'auteur met à disposition du « lectacteur » la sélection d'informations qu’il a consciencieusement organisée. Libre alors au « lectacteur » de s’emparer du dispositif, d’effectuer un (ou plusieurs) parcours qui met(tent) en relation les composants narratifs dans une logique qui lui est propre. Dans le passage qui suit, Caroline Augé écrit (chapitre sur la quête du sens dans les oeuvres interactives) : « On peut dire du sens que c'est une entité non existante, il est mouvant et en devenir. Il n'est pas dans les choses elles-mêmes, il réside dans notre façon d'organiser nos représentations […] et nous conduit à conférer à chacun de ces signes un sens particulier. Ainsi, aucune oeuvre n'est détentrice du sens ultime, figé. […] l'auteur au travers des programmes interactifs prédétermine les choix de l'utilisateur. La liberté de celui-ci est donc conditionnée et dépendante de cette pré-inscription autoriale38. » Elle poursuit en affirmant que : « seule l'interaction entre l'oeuvre et l'utilisateur donne sens à ce qui dans l'oeuvre n'est encore que signe ». Le webdocumentaire en étant le point de vue affirmé d’un auteur, donne du sens aux choses. Après visionnage, « l’interacteur » se forgera en retour sa propre opinion, lui conférant un sens nouveau. « […] Le sens se découvre dans la manipulation. […] En effet, l'oeuvre interactive n'est pas un processus achevé, elle s'appréhende en action. […] Par leur navigation, les utilisateurs tentent de s'approprier les oeuvres et donnent un sens à leurs consultations. […] Les utilisateurs doivent pouvoir structurer les informations et s'en souvenir pour agir dans l'espace proposé. » C'est avec notre vécu, la somme de nos connaissances, notre propre personnalité, bref, tout ce qui fait notre individualité, que nous appréhendons l'oeuvre interactive. Chacun par ses choix de navigation en tirera une expérience unique qui lui est propre. La crédibilité La crédibilité provient du filtrage des informations, de la sélection rigoureuse des composants narratifs et de la bonne hiérarchisation de l’ensemble. Plus ce travail de l’auteur semblera rigoureux, étayé par la bonne structure de navigation, alimenté par les bons témoignages, eux-mêmes soutenus par les bonnes illustrations (photos, graphiques, cartographie), plus le webdocumentaire aura une valeur, plus il se démarquera du grand capharnaüm qu’est parfois Internet. La crédibilité des informations utilisées vient précisément du fait que le webdocumentaire permet à l'auteur de montrer et de partager le processus même de leur sélection et de leur hiérarchisation. 38 Hypertextes hypermédias, créer du sens à l'ère numérique, op. cit.
  27. 27. 3 Conclusion : le webdocumentaire, un moyen de crédibiliser les informations Le 13 mars 2009, le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) rendait hommage au projet de Tim Burners-Lee qui allait donner naissance au Web : 27 « Il y a vingt ans naissait un projet qui allait transformer le monde à jamais. Tim Berners-Lee remettait à son chef Mike Sendall un document intitulé “Gestion de l’information : une proposition”. “Vague, but exciting” (un peu vague, mais prometteur) commenta Mike Sendall, qui donna à Tim Berners-Lee le feu vert pour développer son projet. L’année suivante, le World Wide Web était né39. » Vingt ans après, la problématique est de hiérarchiser, d’agencer, de donner de la pertinence aux infos trouvées sur Internet. Mais comme le disait Tim Burners-Lee en 2005 : « Même le site le plus clair, le plus intelligent et le plus étendu ne peut espérer la richesse d'information contenue dans un bon livre de référence. Internet, très clairement, ne peut pas remplacer une bibliothèque publique bien organisée40. » Trop d’info tue l’info Le siècle dernier a produit plus d'informations que le reste du millénaire ; et notre époque a produit durant les dix dernières années davantage d'informations qu’au cours des cinquante qui ont précédé. Toutes ces informations se retrouvent inévitablement déversées en un magma informe sur Internet ; les bonnes comme les mauvaises (fakes, hoaxs, rumeurs…) sont dispersées, enchevêtrées, noyées. Dans ce contexte, difficile de s’y retrouver pour l’internaute. Aussi est-il juste de parler comme Joël de Rosnay d’un risque majeur avec « l’infopollution » : « Nous avons eu la pollution de l’air et celle de l’eau… La pollution par l’information est particulièrement insidieuse : s’il n’a pas appris à la trier, l’individu est vite submergé41. » Les plates-formes comme Youtube ou Dailymotion regorgent de reportages dont nous ne connaissons ni la provenance ni la date d’enregistrement. Combien d’images du conflit israélo-palestinien utilisées dans les journaux télévisés sont en réalité des « fakes » ou anachroniques ? Rarement, mais encore trop souvent, les journalistes dans la course au scoop (et Internet n’a rien arrangé de ce côté, voire a accentué le phénomène) ne prennent pas le temps de vérifier les sources de leurs images. 39 Pris sur le site du Cern à l’adresse : http://public.web.cern.ch/public/welcome-fr.html 40 Intervention donnée en 2005 à la chaîne BBC, source Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tim_Berners-Lee 41 « Les risques de l’infopollution », entretien de Sacha Goldman avec Joël de Rosnay : http://grit-transversales. org/archives/revue/001/pdf/rosnay.pdf
  28. 28. L’ère de la réputation Comment, dès lors, l’internaute peut-il discerner le vrai du faux ? Comment donner un quelconque crédit aux informations (ou médias) glanées ici ou là ? Dans un article paru sur le site La vie des idées42, Gloria Origgi croit en une sagesse d’Internet. Le PageRank de Google, les systèmes de collaboration et de coopération mis en place par les internautes (wikis, logiciels open source…), les recommandations des connaisseurs, tendent à élaborer un gigantesque « algorithme » qui assurerait la pertinence, le filtrage des informations. 28 « Mon idée, c’est que le succès du Web […] vient de sa capacité à fournir non pas tant un système potentiellement infini de stockage de l’information, qu’un réseau gigantesque de systèmes de hiérarchisation et d’évaluation dans lesquels l’information prend de la valeur pour autant qu’elle a déjà été filtrée par d’autres êtres humains. Ma modeste prévision épistémologique est que l’âge de l’information est en train d’être remplacé par un âge de la réputation dans lequel la réputation de quelque chose – c’est-à-dire la manière dont les autres l’évaluent et la classent – est la seule manière dont nous pouvons tirer une information à son sujet […]. » Faut-il croire en cette vision quelque peu angélique de l’autorégulation d’Internet ? Pourquoi pas. Les chaînes de télévision, les organes de presse sont des références pour le public en matière d’information. Le webdocumentaire en agrégeant les contenus disponibles sur Internet, en les structurant, en affirmant un point de vue (documenté) sur les choses peut, lui aussi, dans une certaine mesure, donner du crédit à ces informations. En effet, l’auteur (ou les auteurs) en filtrant les informations, en les sélectionnant et en ne conservant que ce qu’il aura vérifié comme juste, a (ont) un véritable rôle à jouer. Le webdocumentaire, n’est pas lié à l’actualité (voir il s’en détache très nettement) et ne devrait donc pas se perdre dans ses dérives. « Le narrateur veut être le gardien de la mémoire des lieux à travers le temps43 », écrivait Christine Crou dans sa thèse à propos du narrateur de Dora Bruder de Patrick Modiano (lire paragraphe 3 de la quatrième partie), le webdocumentaire s’inscrit dans le temps et propose une vision d’auteur, crédible. 42 Voir l’article daté du 30 septembre 2009, « Sagesse en réseaux : la passion d’évaluer », de Gloria Origgi : http://www.laviedesidees.fr/Sagesse-en-reseaux-la-passion-d.html 43 Thèse de doctorat en littérature générale et comparée de Christine Crou, Roman policier et écriture romanesque contemporaine (France, Espagne), 2002, p. 311.
  29. 29. 29 Deuxième partie : étude de cas « Les documentaires, comme les pièces de théâtre, les romans, les poèmes, sont des formes de fiction dont l’utilité sociale n’est pas mesurable44. » Frederick Wiseman, 1987 Pour cette étude de cas, j’ai choisi d’analyser trois webdocumentaires dans la liste (non exhaustive) que vous trouverez à la fin de ce document à webographie, liste de webdocumentaires. Le choix de ces webdocumentaires plutôt que d’autres est motivé selon différents critères, chaque webdocumentaire apportant sa part d’originalité : • Point de vue, un autre regard sur l’accessibilité Web, parce que ce fut pour nous (Patrick Samacher et moi-même), l’occasion d’être confrontés à la conception et à la réalisation d’un webdocumentaire. Il nous a permis de comprendre de l’intérieur la fabrication d’un webdocumentaire. • Voyage au bout du charbon, le premier webdocumentaire que j’ai vu. Il est hébergé et produit par Le Monde.fr. Il est constitué principalement d’un diaporama, avec des boucles sonores qui immergent et transportent l’internaute dans l’univers du webdocumentaire. Il est révélateur d’un certain procédé narratif qui fonctionne bien pour le Web : l’histoire dont vous êtes le héros. • Gaza-Sderot, la vie malgré tout, parce que ce projet est le plus ambitieux en terme de process de production mais aussi en terme de recherche formelle (design, navigation). Contrairement à Voyage au bout du charbon, il s’appuie cette fois non pas sur des photos mais sur des vidéos. De plus, il est révélateur de l’implication des médias traditionnels (en l’occurrence la chaîne de télévision Arte) sur Internet. 1 Point de vue, un autre regard sur l’accessibilité Web45 Pour parler de Point de vue, j’ai volontairement décidé d’inclure des éléments du dossier qui présentait notre travail46 de conception et de réalisation de ce webdocumentaire. C’est ma première expérience de fabrication d’un webdocumentaire. 44 Citation du documentariste Frederick Wiseman reprise dans L’Épreuve du réel à l’écran, essai sur le principe de réalité documentaire, de François Niney, De Boeck Université, 2000, p. 147. 45 Factsandfiction.com réalisé par Patrick Samacher, Olivier Crou, avec Fabrice Morandeau dans son propre rôle. 46 Réalisé dans le cadre de la formation en mastère spécialisé en ingénierie des médias numériques (ESIEE/Gobelins).
  30. 30. Pitch47 Fabrice Morandeau est aveugle, ce qui ne l’empêche pas de surfer sur Internet, de chatter avec ses amis, d’alimenter son site perso… non sans certains freins, il est vrai. Il nous donne son point de vue sur l’accessibilité à Internet. L’intention Le site se veut didactique. Notre intention en réalisant ce webdocumentaire, était de faire comprendre à l’internaute ordinaire les défis rencontrés par un aveugle lors de la navigation sur Internet. Pour ce faire, nous avons interrogé Fabrice Morandeau, internaute aveugle, sur ses comportements et sur sa façon d’utiliser les outils d’aide à la navigation. Le site se propose de donner des pistes, peut-être des solutions pour mieux surfer et pour rendre accessible un site Web. L’enjeu : faire que ce site soit accessible. Procédé narratif Il n’y a pas de véritable récit qui nous guiderait dans notre parcours sur ce site. Ce webdocumentaire s’appuie sur l’entretien que nous avons réalisé avec Fabrice Morandeau. Il est composé de cinq vidéos. 30 Figure 15-Capture d'écran d'une page de Point de vue avec séquence vidéo. Les boutons STOP et LECTURE ont été placés hors du player Flash pour rendre les vidéos accessibles. Les séquences vidéo ont été traitées sous forme de rubriques courtes (de 41’’ à 2’31’’) à raison d’une thématique par rubrique. Chaque thématique est l’occasion de retrouver le personnage en situation devant son écran d’ordinateur pour nous expliquer son point de vue sur les problèmes liés à l’accessibilité à Internet pour un aveugle. 47 Je suis conscient que de parler de pitch pour un (web)documentaire est voué aux gémonies par le Club des 13 parce que le mot évoque les dérives des médias et la « standardisation des oeuvres audiovisuelles ». Mais ce travail alterne synthèse et développement sans scrupules (cf. article de rue 89 sur le rapport du Club des 13 : http://www.rue89.com/2008/03/27/cinema-francais-le-rapport-alarmant-du-club-des-13 ).
  31. 31. 31 Le site se voulant pédagogique, il possède une page de lexique ainsi qu’une page de liens utiles redirigeant vers les outils d’audiodescription, les labels et des associations d’aveugles. Rendre un webdocumentaire accessible À l’occasion de ce travail, je suis allé interroger Patrick Samacher, avec lequel j’avais fait Point de vue. Il s’est depuis spécialisé en accessibilité Web. Je retranscris ici la teneur de notre discussion. En premier lieu, il faut se demander pour qui doit être fait le webdocumentaire. Il faut cibler le type de handicap pris en compte et s’y limiter. Pour certains handicaps (autisme par exemple), il vaudra mieux faire un programme spécifique que de chercher à rendre le webdocumentaire accessible à ce handicap spécifique. Quelques règles simples sont à suivre. De manière générale, il faut une alternative sonore de ce qui est à l’écran et une retranscription écrite de tous les dialogues et les sons signifiants. Le site doit être bien structuré sémantiquement avec des titres biens renseignés (avec une hiérarchisation en fonction de leur importance), des sous-titres, des blocs de texte. Une page sémantiquement bien structurée aura toutes les chances d’être accessible à un aveugle qui utilise un lecteur d’écran48. Les médias Il faut accorder une attention toute particulière aux médias qui « pris » dans une interface Flash ne sont pas manipulables. Pour rendre les médias accessibles, il faut sortir les boutons de commande (LECTURE, STOP, RWD FWD) des players et clairement les identifier dans le HTML. Si possible, il faut faire 3 versions des vidéos : • une version normale ; • une version audio décrite pour les aveugles ; • une version sous-titrée avec langage des signes pour les sourds. Enfin, des médias bien indexés, c’est assurer un meilleur référencement. Le graphisme et l’interface Par définition, tout ce qui est graphique est invisible aux aveugles. Les animations Flash, les graphiques, les cartes doivent donc posséder une retranscription écrite puis 48 Un lecteur d’écran vocalise tout ce qui est écrit dans la page HTML. Il la balaye en renseignant le niveau des titres permettant aux aveugles d’avoir un aperçu de l’ensemble.
  32. 32. audiodécrite. Tout ce qui est cliquable à l’aide de notre souris doit également être accessible par le clavier ! Il faut garder en tête qu’un aveugle ne peut avoir une vision synthétique d’une page, comme nous pouvons le faire d’un seul coup d’oeil. Des tests avec lecteur d’écran et des bêta testeurs sourds et aveugles sont plus que recommandés pour se rendre compte de l’accessibilité du site… C’est éloquent ! En conclusion, je reprendrai ce que dit Fabrice sur Point de vue. L’intérêt de rendre un webdocumentaire accessible : 32 « C’est pas forcément uniquement que les sites soient accessibles aux aveugles, c’est aussi que ça va faire des sites bien référencés, bien organisés, dont l’information va être bien structurée […]. » Réussites et limites du webdocumentaire Pour que notre site soit complètement accessible aux aveugles, il aurait fallu que nous fassions une audiodescription du lieu, de la situation dans laquelle évoluait notre personnage. Enfin, une retranscription écrite était prévue pour le rendre accessible aux sourds. Bouton de redimention-écran sous-titrage Bloc de retranscription Fermeture du bloc Proposition de téléchar-gement du transcript au format PDF Figure 11- Une page d’une séquence vidéo de Point de vue tel qu'il aurait dû se présenter pour être totalement accessible.
  33. 33. 33 2 Voyage au bout du charbon49 Il y a quelques mois, alors que je parcourais les pages du Monde.fr à la recherche d’une info qui aurait pu m’intéresser sans trop savoir finalement ce que je cherchais – le genre d’« activité » qui, lorsqu’elle occupe plusieurs heures, laisse un sentiment de vacuité –, je me suis arrêté sur une page de la rubrique « Asie ». Figure 12-Voyage au bout du charbon tel qu'il se présente sur la page du Monde.fr. Une image traitée ocre, qui aurait pu être une affiche 4 X 3 d’un panneau Decaux, annonce un webdocumentaire. La photo prend toute la largeur de la page Internet. Au premier plan, un homme en pied, de dos, son enfant dans les bras, observe depuis les hauteurs une usine. Celle-ci en contrebas crache une fumée blanche qui semble envahir toute la vallée. En surimpression de la brume, le titre invite au Voyage au bout du charbon. Pitch Vous êtes journaliste et allez enquêter sur les conditions de travail des ouvriers chinois. La Chine est aujourd’hui la troisième économie mondiale, mais à quel prix ? L’intention Voyage au bout du charbon est une enquête. Une enquête journalistique et non policière. Il ne s’agit pas ici de résoudre une énigme, d’arrêter des coupables, mais d’aller enquêter sur les conditions de travail en Chine. Le journaliste est un justicier 49 Voyage au bout du charbon réalisé par Samuel Bollendorff et Abel Ségrétin, Le Monde Interactif/Honky Tonk/Trente et un-septembre.
  34. 34. des temps moderne, Internet est le médium parfait pour dénoncer les dérives de la compétition mondialisée. Procédé narratif L’enquête est le véhicule de ce « jeu interactif ». L’internaute se retrouve journaliste. Le récit de ce webdocumentaire reprend le procédé de l’histoire dont vous êtes le héros. Ce procédé narratif implique qu’il y ait un début, une fin mais également un déroulé a minima pour que cette enquête ait un sens (narration indéterministe). Des choix dans la navigation se présentent bien au fur à mesure de la navigation à l’internaute. Mais celui-ci est « poussé » vers la fin. Il y a un point de départ à ce voyage et un point d’arrivée correspondant à la fin de l’enquête. Pour comprendre ce webdocumentaire, il faut tout lire, afin de se faire une idée de ce qu’on nous raconte, même si on ne « lit » pas dans un ordre préétabli. Il fallait dérouler ce voyage « au bout du charbon » par un parcours, du début à la fin. Je vous en propose quelques extraits. Première expérience d’un webdocumentaire Lorsqu’on clique sur le pictogramme de lecture situé en plein centre (figure 12), l’image disparaît au profit d’un écran noir sur lequel s’inscrit un texte blanc animé façon machine à écrire. Une boucle d’un chant asiatique se fait entendre… 34 « La course à la croissance que livre la Chine pour accomplir son retour sur la scène internationale est sans concession pour ceux qui la subissent. Droits de l’homme méprisés, rivières polluées, vallées englouties, villes rasées… La Chine est aujourd’hui la troisième puissance économique mondiale. » Un deuxième carton apparaît avec la même animation et vous propose alors : « Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez décidé de mener une grande enquête en Chine sur les conditions de travail des ouvriers qui chaque jour recommencent le “miracle chinois”. Vous commencez votre enquête par les mines de charbon réputées les plus dangereuses du monde… Votre voyage au bout du charbon est entièrement basé sur des faits réels, seuls les noms ont été changés. » Ainsi l’internaute se met-il dans la peau d’un journaliste et enquête sur les conditions de travail en Chine… L’animation Flash se termine par cette image d’un quai de gare à Pékin ; le chant se prolongeant par quelques notes caractéristiques d’une annonce au haut-parleur. En bas à gauche de l’image, une zone de texte nous donne quelques informations sur la ville vers laquelle on nous emmène. En bas à droite (ce principe est repris dans tout le site) la navigation propose : « Je monte à destination du Shanxi ».
  35. 35. À chaque image, en cliquant sur une boussole, une carte apparaît, indiquant le trajet de ce voyage. Un court film nous embarque alors à bord d’un train ; une version chinoise de Ce n’est qu’un au revoir sort du haut-parleur tandis que défile le générique de début. L’espace d’un instant (le temps de la vidéo), l’internaute redevient passif comme un téléspectateur traditionnel. 35 Le film d’introduction se termine. Apparaît alors une image, qui est peut-être une photo prise sous un autre axe que « l’affiche » (figure 12), présentant le webdocumentaire : nous sommes arrivés à destination pour commencer notre enquête. L a majeure p a r t i e du webdocumentaire s’appuie sur des photos composant un diaporama. Il est baigné dans une ambiance sonore, composée de boucles audio particulièrement réussies. On peut toutefois voir quelques vidéos, avec, entre autres, la séquence de début comportant un vrai générique de film, et une autre filmée sous terre dans la mine. Le voyage nous mènera au fond d’une mine : les images nous rappellent les conditions déplorables de travail décrites dans G e r m i n a l ; on nage en plein XIXe siècle. Mais cela n’est pas une fiction…
  36. 36. 36 On pourra aussi découvrir le bidonville à flanc de colline où les baraquements s’entassent… Parfois, comme ci-dessous avec ce mineur, de courtes interviews sonores vous sont proposées, renforçant la crédibilité de l’enquête journalistique. À chaque image, vous avez le choix d’approfondir avec vos interlocuteurs ou de poursuivre votre chemin. Parcourir tout le site dure une quarantaine de minutes. Aucune possibilité de revenir en arrière ne nous est proposée ; le voyage est sans retour… Notre périple passe par cette image où une femme ramasse les résidus des hydrocarbures qu’elle utilisera pour se chauffer nous dit-elle. Ainsi pourrait s’achever ce webdocumentaire sur le cycle du charbon, de son extraction jusqu’à la récupération par les habitants, confortant l’idée que sur notre Terre, « rien ne se perd, tout se transforme ». Mais le sujet du webdocumentaire est bien les conditions de travail des ouvriers chinois… Nous poursuivons notre enquête et passons par le bureau du directeur de la mine, qui nous livre un discours sur la sécurité comme « préoccupation principale » : pouvait-il en être autrement ? Le directeur vous enjoint alors de retourner à Pékin. Mais, vous pouvez si vous le désirez tout aussi bien retourner à la mine, histoire de récupérer quelques témoignages supplémentaires. Si vous choisissez de suivre les injonctions du directeur de la mine, on vous annonce alors, toujours par un écran noir et un texte blanc : « Votre enquête est terminée, au petit matin vous rentrez à Pékin en vous demandant comment agir pour faire connaître le destin de ces mineurs qui, chaque jour, recommencent le “miracle économique chinois”… »
  37. 37. Ainsi s’achèvent notre périple et notre enquête. Pour ce qui est de la connaissance approfondie du sujet traité, les auteurs en sont conscients, on reste un peu sur sa faim : faire une enquête en Chine, on s’en doutait, n’est pas des plus aisés ! Réussites et limites du webdocumentaire Il faut se demander si le côté ludique de cette enquête était souhaitable pour ce projet. En effet ce jeu auquel on se prête avec plaisir ne contrarie-t-il pas finalement la crédibilité de l’enquête ? On arrive au terme de celle-ci après un parcours d’une quarantaine de minutes. Au final, le journaliste comprend qu’il n’a pas pu aller au bout de sa volonté de voir, d’analyser, de comprendre les répercussions du miracle économique chinois. Le « lectacteur », séduit dans un premier temps, passera immanquablement par une phase de frustration provoquée par un sentiment de travail inachevé. Je ne peux m’empêcher de penser, quand je vois un documentaire dénonçant de telles conditions de travail, qu’on serait parfois bien avisé de porter un regard sur notre propre société. Non qu’il ne faille pas nous rapporter des images de cet ailleurs si intrigant, si attirant, si exotique. Mais finalement, cela ne fait que renforcer le manque criant de films sur l’état du monde du travail en France. On voit la paille dans l'oeil du voisin et on ne voit pas la poutre dans le sien… « C’est une manière de fuir, une façon d’échapper à ses responsabilités50 », note Didier Mauro dans Le Documentaire, cinéma et télévision. Voyage au bout du charbon a les qualités de ses défauts. La réussite du site tient dans cette prouesse : nous faire accepter bien volontiers de devenir actif lors de la lecture de l’oeuvre. Les images de toute beauté et l’ambiance sonore nous transportent vers cet ailleurs. Notre imagination est sollicitée très rapidement, littéralement embarquée par ce train à destination de la province du Shanxi. L’intérêt de ce webdocumentaire est probablement de nous faire réfléchir, de l’intérieur, en nous mettant dans la peau d’un journaliste, sur le travail d’investigation (des journalistes), tout en nous en faisant comprendre les limites. 37 50 Didier Mauro, op. cit., p. 11.
  38. 38. 38 3 Gaza-Sderot, la vie malgré tout51 Gaza-Sderot, la vie malgré tout, ne procède pas d’un véritable parcours comme Voyage au bout du charbon. Il n’y a pas de point d’arrivée à notre visionnage et pas non plus de véritable prise en main de l’internaute. Celui-ci, selon son bon vouloir, navigue librement dans cette interface. Il n’y pas non plus véritablement une fin imposée, « l’interacteur » quitte le site quand il le désire. Il existe bien une possibilité de navigation chronologique puisqu’il s’agit là d’une chronique. Mais on n’est pas obligé de la suivre, puisque quatre entrées de navigation vous sont proposées : par chronologie, par personnes, par lieux et enfin par thème. Il est à noter que je n’ai pas suivi Gaza-Sderot au moment même où Arte a mis en ligne cette chronique. Probablement cela aurait-il changé des choses dans ma perception de ce webdocumentaire. Mais le webdocumentaire n’est-il pas une oeuvre dont la vie existe et se prolonge hors du contexte de l’actualité ? Pitch Soyez le témoin du quotidien d’hommes de femmes et d’enfants de Gaza (Palestine) et de Sderot (Israël). Interagissez pour confronter, comparer leurs histoires, leur vie de tous les jours et, pourquoi pas, créer des liens entre les deux communautés. Descriptif de l’opération La chaîne franco-allemande Arte a lancé en fin d’année 2008 une opération de grande envergure sur son site arte.tv. Il s’agissait de suivre le quotidien de six Israéliens et de six Palestiniens pendant deux mois. « Ici avec Gaza-Sderot nous mettons en parallèle et sur le même plan, deux villes. Les habitants de ces deux villes si proches et si éloignés les uns des autres. Frères ennemis et inséparables, liés par le destin de cette région. Pour essayer de les faire parler, de se raconter côte à côte. Parce que la banalité du quotidien dit plus que tout la dureté de ce qui se vit. Si le dialogue direct est encore impossible aujourd’hui, il ne le sera peut-être plus demain. Ici pas de superflu, pas de subterfuge, le juste mot. Le jaillissement du mot dans l’immédiateté du moment vécu. C’est ce que permettent Internet et le webdocumentaire52. » 51 Gaza-Sderot : la vie malgré tout réalisé par Robby Elmaliah (pour la partie Sderot), Khalil al Muzayyen (pour la partie Gaza) et par David Després assisté de Denis Chiron (pour le Flash)/ Upian/Arte/Botravail. 52 http://gaza-sderot.arte.tv/fr/about Alex Szalat, directeur de l’unité Actualité, Société et Géopolitique d’Arte- France.
  39. 39. Du 26 octobre au 23 décembre, deux équipes de reportage ont filmé, 5 jours par semaine, le quotidien d’hommes et de femmes de chaque côté de la frontière, à Gaza (territoires palestiniens) et à Sderot (en Israël). Chaque reportage était monté dans la foulée du tournage puis envoyé à Arte, qui le mettait en ligne le lendemain. Au 21 septembre 2009, 40 épisodes étaient consultables soit 80 vidéos. Le tout en quatre langues : français, allemand, arabe, hébreu. La navigation Quatre choix d’entrées vous sont proposés pour naviguer sur l’interface : chronologique, par personnage, géographique et thématique. Chronologique L’image est séparée en deux, à gauche Gaza, à droite Sderot. La séparation est une ligne formée d’une suite de pointillés, celle-ci formant une ligne du temps. « Ce pointillé contient en lui tout le paradoxe de la situation à laquelle l’internaute se confronte : il sépare mais il est aussi ce qui permet de relier les deux espaces puisqu’il est notre point de repère dans la circulation53. » Chaque point est une journée de cette chronique. En cliquant sur une date, les vidéos des deux côtés se chargent. En survolant l’image avec la souris, un court extrait du reportage est lu, en boucle. En cliquant d’un côté ou de l’autre de la ligne, la totalité du reportage est lue déplaçant provisoirement la frontière. Par personne Vous avez le choix entre six personnes de part et d’autre de la frontière. Vous visionnez la vidéo d’une durée moyenne de 2 minutes. Ici, j’ai visionné le reportage sur Haviv Ben Abu, artiste plasticien à Sderot. On v o u s propose a l o r s : « CONTINUER AVEC HAVIV BEN ABU » ou « AU MÊME MOMENT À GAZA » ou encore « AVANT À SDEROT ». Vous pouvez, si le coeur vous en dit, très bien dérouler tout le contenu du webdocumentaire en ne suivant l’histoire que d’une seule personne… ou bien passer de l’un à l’autre. Par les mécanismes d’identification, votre imaginaire travaille fort, remettant en question les clichés (entretenus par le regard de l’actualité), bouleversant vos préjugés, amenant sa part de fiction à l’histoire pourtant bien réelle. La personne devient alors personnage de votre propre « film ». 39 53 Guillaume Soulez, sémiologue à l’université Paris III-Sorbonne ; article à lire sur : http://www.cndp.fr/Tice/Teledoc/actuel/..%5C%5Ctele/tele_gazasderot.htm

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