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Institut universitaire de technologie de La Roche-sur- on
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Institut universitaire de technologie de La Roche-sur- on
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Résumé documentaire
Internet est, à raison, généralement considéré comme un formidable vecteur d'informations, quel
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Introduction
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considérablement modifié nos compo...
connaissances réelles, et les relations que l'on entretient ne s'effacent pas dès lors que l'on éteint
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1. L'art et Internet,
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1. 1. Pourquoi Internet est-il un outil de démocratisation ?

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1. 4. Les initiatives des entreprises culturelles privées
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de décerner un prix des lectrices, ainsi que par le festival international du film de La Roche-surYon qui octroie un prix ...
d'un complément généralement indispensable. L'intérêt de Communic'art et de ce type d'agences
est qu'elles servent à la dé...
mesure où, une fois téléchargée, son utilisation sera certainement plus simple pour les
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2. La nécessité de la matérialisation
du message culturel
et de l'accompagnement physique
des publics
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2.1. Les politiques culturelles en faveur de cette
démocratisation
Malgré la démocratisation quantitative de la culture vi...
2. 1. 1. L'éducation artistique et culturelle
L'éducation à l'art fait partie de ces politiques d'accès à la culture pour ...
Cependant l'Unesco défend la place de l'art dans le système éducatif « comme mode
d'épanouissement personnel, comme expres...
2. 2. L'importance de la médiation culturelle dans les
institutions publiques
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l'écoute du public et s'y adapter, mais aussi travailler sur une documentation et explication des
artistes et de leurs tra...
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Conclusion
Internet ouvre la voie vers une nouvelle démocratisation de la culture, comme de tous les
savoirs. Les avantage...
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Bibliographie
Ouvrages et monographies
•

BECKER S. Howard, Les mondes de l'art, Paris, Flammarion, 1988, 379 p.

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BERGE...
Littérature grise et documents d'entreprise
•

DONNAT Olivier, Pratiques culturelles et usages d'Internet, ministère de la...
20-modeles-de-conception-et-daffaires-pour-la-prochaine-generation-de-logiciels/
•

L'internaute, http://www.linternaute.c...
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Annexes
Sommaire des annexes

Annexe 1 : Pratiques culturelles et usages d'Internet............46
Annexe 2 : Sommaire du l...
Annexe 1 : Pratiques culturelles et usages
d'Internet

Graphiques présentant l'usage d'Internet en fonction des différente...
Annexe 2 : Sommaire du livret de
présentation de l'agence Communic'art

Présentation des différentes actions réalisées par...
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Internet : vers une nouvelle démocratisation de l'art ?

  1. 1. Université de Nantes Institut universitaire de technologie de La Roche-sur- on Y Département Information et communication L'art et Internet Atelier d'environnement professionnel Présenté par Sachiko ABDELKADER Métiers du livre et du patrimoine Année 2014
  2. 2. Image n° 1 : La Naissance de Vénus vue par des écrans d'ordinateur Source : http://www.laboiteverte.fr/lart-des-reproductions/
  3. 3. Université de Nantes Institut universitaire de technologie de La Roche-sur- on Y Département Information et communication L'art et Internet Internet : vers une nouvelle démocratisation de l'art ? Atelier d'environnement professionnel présenté par Sachiko ABDELKADER, étudiante en Information et communication, option métiers du livre et du patrimoine Sous la direction de Claudine PAQUE, enseignante en expression, département Information et communication de l'IUT de La Roche-sur- on Y Année 2014
  4. 4. Remerciements Je souhaite tout d'abord remercier ma référente au sein de l'agence Communic'art, Pascale GUERRE, responsable de l'édition, pour ses conseils avisés et le temps précieux consacré. Je tiens également à remercier Julien POIDEVIN, artiste numérique nantais, pour son aide dans mes recherches documentaires. Mes remerciements vont également aux professeurs de l'IUT, et plus particulièrement à Claudine PAQUE, enseignante en sensibilisation en art contemporain, et Olivier ERTZSCHEID, enseignant chercheur en sciences de l'information pour leurs cours qui ont suscité en moi l'intérêt pour l'art et les nouvelles technologies.
  5. 5. Résumé documentaire Internet est, à raison, généralement considéré comme un formidable vecteur d'informations, quel qu'en soit sa nature. L'origine de cette tendance à la propagation de la communication et la multiplication des connexions mondiales n'est certainement pas aussi récente qu'Internet, toutefois, le développement du « web 2.0 », ou participatif, rend cette particularité encore plus vivante dans la mesure où il rend capable chaque internaute de produire et de partager un contenu qu'il aurait lui-même produit. Cependant, qu'en est-il de notre accès à l'art? A-t-il également changé ? S'est-il banalisé ? Internet a-t-il réussi ce grand pari de démocratisation de la culture ? Nous verrons dans un premier temps quels sont les avantages pour les institutions culturelles, privées, artistes et pour les publics, puis en quoi l'art en lui-même entame également une démocratisation. Ensuite, nous parlerons de l'autonomie de plus en plus grande allouée au public et aux artistes, et des initiatives des entreprises privées. Nous montrerons par la suite que malgré l'efficacité redoutable d'Internet en ce qui concerne la diffusion des informations, il reste malheureusement insuffisant pour mettre à jour une véritable démocratisation culturelle. À ce sujet, nous aborderons l'importance de la matérialisation du message culturel et de l'accompagnement physique des publics par le biais des politiques culturelles en faveur de l'éducation artistique et culturelle dans les milieux scolaires généraux, et de la médiation culturelle. Mots-clefs : internet – web 2.0 – art – culture – démocratisation
  6. 6. Sommaire Introduction...................................................................................................12 1. L'art et Internet, dans la voie de la démocratisation................................14 1. 1. Pourquoi Internet est-il un outil de démocratisation ?............................16 1. 1. 1. Les avantages pour les institutions privées ou publiques, et pour les artistes.....................................................................................................................16 1. 1. 2. Les avantages pour les publics...................................................................19 1. 2. L' rt en démocratisation............................................................................ 22 a 1. 3. Le développement de l'autonomie des publics et des artistes................25 1. 4. Les initiatives des entreprises culturelles privées...................................28 2. La nécessité de la matérialisation du message culturel et de l'a ccompagnement physique des publics......................................................32 2.1. Les politiques culturelles en faveur de cette démocratisation..................33 2. 1. 1. L' ducation artistique et culturelle.............................................................34 é 2. 2. L'importance de la médiation culturelle dans les institutions publiques .......................................................................................................................... 36 Conclusion.....................................................................................................39 Bibliographie..................................................................................................41 Annexes.........................................................................................................45 Annexe 1 : Pratiques culturelles et usages d'Internet...................................................46 Annexe 2 : Sommaire du livret de présentation de l'agence Communic' rt..................47 a
  7. 7. 11
  8. 8. Introduction On prend pour acquis qu'Internet et plus particulièrement le web 2.0 1 ont considérablement modifié nos comportements et notre rapport à toutes les choses qui nous entourent, ainsi que nos habitudes. En effet, parler avec un ami, chercher un renseignement, regarder un film ou écouter de la musique ne se fait plus de la même façon aujourd'hui 2. À ce sujet, René BERGER annonce en 1972 cette tendance à travers le développement des voyages, et des mass media, qui conduirait, comme on le constate aujourd'hui, à l'ouverture de nouvelles voies, différentes de celle empruntée par la tradition, et où la valeur et les détenteurs du savoir changeraient. Le savoir ne sera plus le savoir uniquement officiel, il en existe d'autres formes3. Ainsi, qu'en est-il de notre position vis-à-vis de la culture ? A-t-elle également été bouleversée par l'arrivée et l’ascension de cette nouvelle technologie ? L'art et la communication étant par essence des concepts éloignés, le développement du web participatif aura-t-il réussi à les rapprocher ? En effet, la création artistique étant définie comme une pratique intellectuelle et une production plutôt solitaire, qui n'aurait pas besoin d'être expliquée pour exister en tant que telle, et le principe de la communication résidant dans le fait de faire adhérer le plus grand nombre à un message donné, celui-ci devant être le plus accessible possible, nous sommes en droit de nous demander de quelle manière ces deux domaines pourraient être associés. Cependant, pour qu'un artiste, une galerie, un musée ou toute autre institution, culturelle ou non, gagne en visibilité et en autorité, il leur est aujourd'hui obligatoire d'asseoir leur présence sur Internet. C'est d'ailleurs pourquoi autant d'agences de communication de créateurs et de galeries voient le jour, notamment sur Internet. Leur rôle est d'assurer visibilité et légitimité à leurs clients, et l'ancienneté joue un rôle majeur dans ce cas de figure. Communic'art, fondée en 2004, qui a accepté d'être référente pour ce rapport, a fait partie des premiers à proposer la mise en place de stratégies web, relations presse, événementielles et éditoriales. En effet, selon Xavier de LA PORTE4, le monde d'Internet n'est plus aujourd'hui dissocié du monde dit « réel », car tout ce que l'on apprend, découvre, partage par le biais du web sont des 1 2 3 4 Terme dont on doit l'origine à Tim O'REILLY désignant un changement des rapports sur Internet, passant d'une hiérarchie des savoirs à une interaction, un savoir collectif. (http://www.internetactu.net) Frédéric CAVAZZA, 2005, Journal du Net, http://www.journaldunet.com Michel SERRES, 2012 René BERGER, 1972, p. 40 Xavier de LA PORTE, 2013, p. 34 12
  9. 9. connaissances réelles, et les relations que l'on entretient ne s'effacent pas dès lors que l'on éteint son ordinateur. Internet fait partie intégrante du réel, c'est pourquoi il est au moins aussi important de développer des activités en ligne que des pratiques physiques d'accompagnement des publics. Nous sommes par ailleurs en droit de nous demander si une démocratisation culturelle pérenne pourra s'effectuer sans l'appui des politiques culturelles, d'une éducation à l'art ainsi que d'une médiation claire et directe. Dans ce cadre, nous verrons d'abord dans quelle mesure l'art et Internet sont engagés dans cette voie d'une ouverture toujours plus grande à de nouveaux publics, puis nous mettrons en lumière l'importance des pratiques que j'appellerai « physiques »de lien entre l'art et ses publics, réels ou potentiels. 13
  10. 10. 1. L'art et Internet, dans la voie de la démocratisation Image n° 2 : Systaime, artiste numérique, 20135 5 Source :http://www.systaime.com/blog/wp-content/uploads/2012/03/5iyppssssr1t.jpg 14
  11. 11. 15
  12. 12. 1. 1. Pourquoi Internet est-il un outil de démocratisation ? 1. 1. 1. Les avantages pour les institutions privées ou publiques, et pour les artistes Tout d'abord, la présence de l'art sur internet se constate par le nombre de sites et de comptes sur les réseaux sociaux créés au nom des différentes institutions culturelles, qu'il s'agisse de musées, théâtres, bibliothèques ou autres, des galeries, d'artistes, parfois de leurs agences de communication, et bien sûr de tous les vecteurs d'une culture dite plus « populaire », soit les sites de streaming6 de musiques ou de films, et de téléchargement légal ou non. En ce qui concerne les réseaux sociaux en tant que compléments du site web, leur intérêt réside dans l'initiative institutionnelle d'inverser le schéma classique d'offre du musée (par exemple) et de demande des publics potentiels. Ce sont les structures, ou les artistes, qui vont à la recherche d'une audience au lieu d'attendre passivement qu'elle soit l'objet d'un déclic et s'intéresse à l'offre culturelle proposée7. Concrètement, il n'est pas rare, sur Twitter, de recevoir une notification indiquant qu'une galerie ou un artiste a commencé à nous suivre, apparemment sans raison, et logiquement afin d'accroître leur visibilité. Cette stratégie est globalement proposée par les musées, galeries, artistes ou agences de communication8 de galeries et d'artistes, à l'image de l'agence Communic'art. Elle propose, en complément d'organisation d'événements, de la prise en charge des relations presse et d'activités de conseil, et de la publication de catalogues, une stratégie web complète, qui comprend la promotion de la galerie ou de l'artiste en question sur leur page Facebook, Twitter et site Internet. Il va sans dire qu'aujourd'hui Internet est devenu bien plus qu'un simple auxiliaire de distribution, mais bien un moyen de diffusion majeur 9. Par exemple, sur le site français du musée du quai d'Orsay, les visites ne correspondent pas à ce que l'on pourrait appeler une « pratique de visite ». En effet, ce que l'internaute cherche le plus ne sont pas les horaires d'ouverture du musée, 6 7 8 9 « Technique permettant de diffuser des flux de vidéos notamment, en temps réel et de manière continue », L'internaute, http://www.linternaute.com Olivier DONNAT, 2011, Owni, http://owni.fr Leur avantage étant de proposer sur leurs pages de découvrir plusieurs artistes ou galeries. Xavier GREFFE, Nathalie SONNAC, 2008, p. 5 16
  13. 13. son adresse ou son numéro de téléphone, mais les collections à 37, 26 %10. Les avantages économiques ne sauraient être garantis pour les structures qui feraient le pari du numérique. Toutefois, en terme d'image, une structure exploitant au maximum les potentialités des nouvelles technologies touchera le public que notamment tous les musées cherchent à atteindre : les 18 – 25 ans11. On en compte 3,9 millions en France. Selon l'Insee, ils témoigneraient « d'une vie culturelle plus intense et extravertie », et selon Médiamétrie, « 85, 3 % des foyers où réside au moins une personne de 18 – 24 ans possèdent un micro ordinateur », ce qui explique l'intérêt que leur portent les musées ainsi que la quasi-totalité des structures culturelles publiques. Une étude sur les pratiques culturelles et usages d'Internet conduite par Olivier DONNAT12 révèle également que la « probabilité d'être internaute croît régulièrement avec le niveau général de participation aux pratiques culturelles traditionnelles », faisant le lien entre les spectateurs et visiteurs physiques des lieux culturels et la nécessité d'une présence numérique avantageuse de ces institutions13. Diane DRUBAY présente également le principe de la visite en trois temps développé par Sébastien MAGRO14. Ce concept défend l'impératif du numérique dans les musées, quoique cette expérience puisse s'appliquer indépendamment des établissements, grâce à l'idée selon laquelle, à 10 Delphine CAPDEPUY, 2008 11 Ibid., p. 207 12 Pratiques culturelles et usages d'internet, 2007, ministère de la Culture et de la Communication, d'où est extrait le graphique ci-contre. Voir un extrait plus long en annexe 1. 13 Diane DRUBAY, 2008, p. 208 14 Blog des travaux de recherche de Sébastien MAGRO : Dasm, http://dasm.wordpress.com 17
  14. 14. l'aide d'un site efficacement construit et entretenu, la visite présentielle commencerait par une consultation en ligne des informations pratiques, des collections du musée ou du programme du théâtre, se continuerait au sein même de l'institution, à l'aide d'un live-tweet15, ou encore d'une application développée pour le musée, et enfin se prolongerait une fois le visiteur retourné dans le cadre privé par la publication d'un commentaire, d'un billet, d'une photo, ou même d'une courte vidéo explicatifs, descriptifs, ou créatifs sur un blog, un site, un réseau social, ou un forum, suivant l'utilisateur. L'expérience culturelle ainsi partagée joue comme un système de recommandations, et promeut ou affaiblit l'image de la structure. C'est pourquoi elle doit s'engager sur la plate-forme numérique, en y étant réactive et à l'écoute. L'enjeu numérique majeur des institutions culturelles publiques et de veiller à ce qu'aujourd'hui Google ne soit pas l'unique vecteur de produits culturels. Il est nécessaire qu'elles confirment leur présence sur le web afin de légitimer, et d'accompagner l'exploration et l'appropriation, d'une information qui, comme les autres, fait l'objet d'une dé-hiérarchisation 16. En ce qui concerne les artistes, Michaël BORRAS, alias Systaime, insiste sur l'importance qu'a eu Internet sur le lancement de sa carrière. Tout d'abord, il a pu expérimenter l'art numérique grâce à l'informatique, puis lorsqu'il explique qu'à ses débuts, l'essentiel de la vie culturelle était concentrée dans les galeries parisiennes, il précise qu'aujourd'hui Internet a complètement détaché les artistes de ce schéma, et que parfois on connaît le travail d'un créateur avant de savoir à quoi il ressemble, comme c'est notamment le cas avec Banksy. Le rapport de l'artiste à son public et au marché a énormément changé, qu'il s'agisse de musique, de littérature, d'art contemporain ou de toute autre forme d'expression artistique ; Twitter et Facebook représentent la possibilité d'un vernissage permanent où il est possible de rencontrer tout le monde en même temps. Il termine son intervention en comparant le développement de l'autonomie artistique grâce à Internet à la révolution mondiale instaurée par l'imprimerie 17. Malgré les nombreux avantages pour les structures à asseoir leur présence sur Internet, on peut comprendre les difficultés qu'elles pourraient rencontrer. En effet, comment faire preuve d'une communication web efficace sans se contenter de suivre une tendance, mais en apportant concrètement de l'information aux internautes ? En ce qui concerne les sites Internet, il suffit de 15 Live-tweet : publications sur le réseau social Twitter de courtes notes descriptives de quelque chose en train de se faire (événement, exposition, vernissage, film, conférence ou autres). 16 Jean-Yves de LE PINAY, 2013, http://www.dailymotion.com/video/x17ltyy_conference-transmettre-la-culture-a-lage-du-numerique-xavier-de-la-porte_tech 17 Michaël BORRAS, 2013, Dailymotion, http://www.dailymotion.com/video/x17fflp_conference-transmettre-laculture-a-l-age-du-numerique-michael-borras-alias-systaime_tech 18
  15. 15. prendre exemple sur les nombreux modèles existants, et bien sûr de l'adapter. Par rapport aux blogs, en revanche, peu d'organismes s'y sont déjà essayés. Pourtant, il s'agirait d'un outil d'une grande utilité afin de casser l'image inaccessible portée, à leur insu ou non, par beaucoup de musées. Diane DRUBAY nous explique plus en détails : « Un blog traitant des coulisses du musée ou d'une exposition est une très bonne alternative pour avoir une bonne raison d'ouvrir son blog sans apparaître comme un musée suiveur de tendance. Il permet de faire descendre le musée de son piédestal, de pallier au problème de « peur des musées », de construire une relation de proximité avec le visiteurinternaute en lui montrant la part humaine de l'institution muséale.18 ». En effet, le but pour la plupart des établissements culturels est de se rapprocher de son public, afin d'en cerner au mieux les attentes, de manière à le fidéliser et à faire en sorte qu'il se diversifie, ce qui semble être l'objectif du blog. Après les sites web, il pourrait s'agir de la nouvelle voie à emprunter pour les musées, théâtres, bibliothèques, galeries et salles de concerts. 1. 1. 2. Les avantages pour les publics Internet, par son concept, participe activement à une démocratisation des savoirs. En effet, il s'agit d'un réseau international conçu pour être consulté par tous. Il représente aujourd'hui une plate-forme de distribution exceptionnelle en ce qui concerne les contenus multimédia, souvent dans le non-respect du droit d'auteur, toutefois il s'agit de produits culturels auxquels tout un chacun peut avoir facilement accès. Depuis l'avènement de l'industrialisation et de la société de consommation, les œuvres d'art voyagent, malgré elles ou non. Leurs reproductions s'exportent sur les boîtes d'allumettes, de mouchoirs, les foulards, apportant l'art dans le quotidien le plus banal des personnes, soit les bureaux de tabac et supermarchés, les transformant à leur insu en public. La progression des moyens de transport a également permis d'envoyer les copies ou les originales de musées en musées, déplaçant même parfois des travaux qui n'avaient pas vocation à être déplacés, par exemple les fresques reproduites sur de la toile grâce à l'amélioration de la technique 19. De plus, malgré les efforts des institutions, il semblerait que la démocratisation de la culture ne doive pas s'opérer par leur biais direct, mais des artistes et du public eux-mêmes. En effet, Andy WARHOL, par sa création de la culture de masse, a permis à de nombreux publics 18 Diane DRUBAY, 2008, p. 214 19 René BERGER, 1972, p. 14 – 15 19
  16. 16. habituellement exclus de fréquenter à nouveau les musées. Qu'est-ce qui exclut ces publics ? Généralement la peur de ne pas être assez cultivé pour savoir apprécier l'art, contemporain ou non. Or, à l'aide de ses références communes et populaires, le style et les inspirations de WARHOL sont compris par tous, nous permettant d'apprécier ou non, mais de juger individuellement de ses œuvres et débattre sur notre vision de ce que devrait être l'art. Le développement massif d'Internet et plus particulièrement des logiques participatives et collaboratives semblent sonner une nouvelle ère de la démocratisation de l'art en invitant les artistes au sein de notre sphère privée numérique. En effet, Françoise ROUSSEL et Martine KAHANE expliquent à ce propos l'importance du lien avec l'artiste à l'aide d'images ou d'extraits sonores d'une création, en l'occurrence d'un ballet, afin de susciter la curiosité de l'internaute : « ils forment un pont naturel entre le virtuel et le spectacle vivant et s'inscrivent dans une logique de service public d'accès au domaine artistique 20 ». Ces pratiques sont possibles et d'autant plus efficaces depuis l'avènement du web participatif, où les visiteurs des sites web sont également diffuseurs et producteurs de contenu. L'information se propage plus largement, et sur les nombreuses personnes qui verront le message, il n'est pas exclu de penser qu'au moins une et sûrement bien plus iront à la découverte physique de l’œuvre proposée. Toutefois, même si l'internaute qui « suit » un artiste sur les réseaux sociaux ou son site ne pousse pas la porte des musées ou des galeries, peu importe. La présence de l'art sur internet est un fait et le démocratise automatiquement. L'avantage d'Internet au regard de toute les autres formes de diffusion d'une information, est qu'elle est gratuite. En effet, il est toujours possible de se renseigner gratuitement sur le web, et c'est d'autant plus vrai pour les images, photos, vidéos, et pistes sonores, en théorie toujours à disposition. Cependant, le visionnage d'une œuvre, notamment architecturale, sur internet, et la confrontation physique avec les bâtiments en question sont deux pratiques auxquelles il est difficile de trouver des points communs. On ne sera jamais aussi stupéfait face à une photo du château de Versailles que devant ce palais, le cadre privilégiant également la prise de conscience historique. De la même manière, le vécu du film que l'on regarde chez soi est rarement le même que celui projeté dans une salle cinéma, tout comme écouter un album et se rendre dans une salle de concert. La différence entre regarder une œuvre d'art depuis son ordinateur et avoir ce même travail sous les yeux dans le cadre adapté (musée, théâtre, ou tout autre lieu ayant vocation à accueillir physiquement la culture) est exactement du même ordre. 20 Françoise ROUSSEL, Martine KAHANE, 2002, p. 167 20
  17. 17. Nous pourrons conclure en avançant que, bien que tous les internautes consultant des produits culturels en ligne ne se déplacent pas jusqu'à la structure concernée, la présence des œuvres sur Internet motive le désir de visite physique et d'expérience vécue avec une création. La vie artistique se faisant également de plus en plus protéiforme, il convient de signaler que notre quotidien est de plus en plus imprégné par ces nouvelles formes d'innovation. 21
  18. 18. 1. 2. L'art en démocratisation En 1972, lors de la parution de son livre Art et communication, René BERGER annonçait déjà une transformation de ce qu'on appelle « art », qui est défini par son esthétique, son expérience et l'information qu'il apporte. Il envisage même d'en changer la terminologie, car on ne sait plus vraiment à quoi le mot « art » correspond ; « juger ne revient plus à appliquer des critères, tels ceux du beau et du laid, qui permettraient de conclure entre l'art et le non-art 21 ». Il se fait « multidimensionnel22 ». Petit à petit, cette modification s'effectue par les nouveaux artistes, qui souhaitent dorénavant être cités en tant que « créateurs », ou « créatifs », s'éloignant du terme « art », jugé trop solennel et connoté. Il devient de plus en plus difficile de définir ce que l'on considère comme étant une production artistique, notamment par rapport aux travaux d'Andy WARHOL et Keith HARING, donc les créations sont très abordables intellectuellement et qui sont également reproduites sur des t-shirts, des mugs, des badges. Ces pratiques floutent la séparation entre l'art que l'on voudrait au-dessus de la société, et la société de consommation. Le développement et l'arrivée du street art dans les institutions pose également la questions des limites de l'art officiel : est-ce qu'aujourd'hui tout devient de l'art ? Pouvons-nous tous devenir artistes ? Au regard de la popularisation des techniques de création, notamment numériques, la possibilité de créer devient de plus en plus ordinaire. Le développement de l'art numérique questionne également sur les frontières que l'on établit habituellement entre l'art et le « non-art ». En effet, il est difficile de définir ce qui appartient à l'art numérique et ce qui n'en est pas. S'agit-il de toutes les productions réalisés à partir d'un ordinateur ? D'Internet ? D'un logiciel en particulier ? De plus, les sites internet des artistes numériques doivent-ils être également considérés comme des œuvres d'art 23 ? Ces artistes s'approprient les codes du numérique et les détournent, qui sont, sinon maîtrisés, au moins expérimentés par beaucoup, et leur moyen privilégié de diffusion étant Internet, l'art numérique représente à lui seul une part de la démocratisation culturelle. 21 René BERGER, 1972, p. 42 22 Ibid., p. 38 23 À ce sujet, voir le site de Systaime, artiste numérique créateur de la French Trash Touch, http://www.systaime.com/ 22
  19. 19. Image n° 4 : Exemple d'art conceptuel, On KAWARA, Date paintings, depuis 196624 Lors de sa conférence traitant de la critique d'art 25, René BERGER revient sur cette diversification du champ de l'art, qu'il décrit comme une « émergence de l'art dit psychopathologique, intérêt suscité par l'art brut, mise en question, aujourd'hui permanente, de l'art expérimental (recherche technologique, art conceptuel, anti-art26 ». De la sorte, il décrit l'art conceptuel, alors à ses débuts, qui est aujourd'hui représenté par un nombre important d'artistes, dont On KAWARA, Barbara KRUGER et Yves KLEIN. L'art se fait de plus en plus varié, en s'invitant également au cœur des villes, comme l'a fait Daniel BUREN à Nantes et Paris. En effet, on retrouve ses anneaux sur les quais nantais, et ses colonnes au Palais royal. C'est un modèle d'exploitation artistique allègrement reproduit, car il profite à tous : l'artiste qui gagne en visibilité et la ville qui gagne en popularité interne et externe. De plus, même si cette forme d'art n'est pas systématiquement acceptée comme telle, et souvent critiquée, le fait qu'un passant s'arrête face à cette création et la remette en question est une prise en compte de l’œuvre, et peut s'avérer devenir le début d'une réflexion sur l'art, et pourquoi sa place, justifiée ou non, dans un tel contexte quotidien, voire banal. Jean-Claude PASSERON et Emmanuel PEDLER ont étudié le public du musée Granet à Marseille. Ce qu'il en ressort est que le temps le plus long accordé aux tableaux n'est pas réalisé par les personnes les plus diplômées mais par celles moyennement diplômées. Elles passent également plus de temps dans les musées. Par ailleurs, les œuvres sur lesquels le public s'attarde ne sont pas nécessairement celles légitimées par l'histoire de l'art ou l'esthétique27. Nous pouvons dès lors raisonnablement penser que le temps 24 25 26 27 Source : http://stephan.barron.free.fr/technoromantisme/conceptuels.html René BERGER, 1972, p. 44 Ibid., p. 66 Étude citée par Bruno PEQUIGNOT, 2013, p. 53 23
  20. 20. supplémentaire accordé aux œuvres est celui de la réflexion. Même si elle doit s'avérer critique, ne pouvons-nous pas considérer qu'un des rôles actuels de l'art, qui est d'interroger sur une société donnée, rempli ? Image n° 5 : Daniel BUREN à Nantes28 et à Paris29 Par conséquent, l'art se démocratise également, il se fait plus proche de ses publics car plus protéiforme, notamment par le biais de l'art contemporain et de la diversité de son expression, notamment les happenings dans des lieux publics, le land art, les performances ainsi que l'art numérique. 28 Sources anneaux : http://www.nantestourisme.com/sites/defau;.lt/files/imagecache/article_image_thumb_420_300/flux/anneaux-daniel-buren-et-patrickbouchain-320385_2.jpg 29 Source colonnes : http://www.bookinnfrance.com/blog/fr/wp-content/uploads/2010/01/colonnes-de-buren-parispalais-royal.jpg 24
  21. 21. 1. 3. Le développement de l'autonomie des publics et des artistes Internet a modifié notre rapport à l'accès à l'information et à la culture, mais ce nouveau média correspond également à un trait que l'on considère comme majeur aujourd'hui, qu'il s'agisse de publics ou d'artistes : l'individualisme. Les créateurs ne veulent plus avoir à rendre de comptes à personne, et les internautes sont de plus en plus libres de consulter les contenus qu'ils veulent depuis leur ordinateur. Personne d'autre qui contrôle la souris, ni détermine ce qu'il faut penser d'une œuvre, ni juge quelle page est ouverte. Sans remettre en cause les inégalités d'accès physique à la culture, Bruno PEQUIGNOT critique dans ce sens les grands ensembles sociologiques de Pierre BOURDIEU, qui répondraient tous aux mêmes catégories et consommeraient tous la culture de la même manière. Or, en s'appuyant des travaux de Bernard LAHIRE, il explique qu'au sein de ces catégories, il existe des phénomènes propres aux individus, des « dissonances » qui ne correspondent pas forcément aux pratiques du groupe social d'appartenance. Les « différences culturelles passées » sont prises en compte, et de la sorte, il ressort que les profils « dissonants » sont plus nombreux que les « conformes », répondant chacun à une logique « d'éclectisme individuel et [de] conformité sociale »30. L'individualisation des pratiques culturelles est d'autant plus réelle depuis Internet : personne ne peut contredire que chacun fait ce qu'il veut devant son écran, et n'a de comptes à rendre à personne. Depuis les avancées technologiques du siècle dernier et les initiatives en terme de politique culturelle, on constate que le public est de plus en plus difficile à définir. Avant l'invention de l'imprimerie, le concept de public comme on l'entend aujourd'hui n'existait pas vraiment. Les personnes qui avaient accès à la culture était trop peu nombreuses pour être considérées comme un ensemble hétérogène comme c'est le cas aujourd'hui. La diversité du public au singulier s'est d'autant plus accrue depuis l'arrivée d'Internet dans la majeure partie des familles françaises, réduisant les inégalités d'accès à la culture dans la mesure où tous les grands musées nationaux et internationaux comme le TATE, le Louvre, ou le MOMA, ainsi que les institutions françaises avec la base de données nationales en ligne, http://data.gouv.fr, et la bibliothèque nationale possèdent 30 Toutes les citations et idées de ce paragraphes proviennent de la p. 50 de Sociologie des arts, de Bruno PEQUIGNOT. 25
  22. 22. des contenus numérisés accessibles en ligne. L'inégalité majeure aujourd'hui n'est plus tellement d'accéder à la culture ou non, mais réside plutôt dans l'accès ou non à Internet. Toutefois, aujourd'hui, plus d'un Français sur deux a déjà utilisé Internet au moins une fois dans sa vie, et une personne sur quatre se connectait quotidiennement en 2005 31. Aujourd'hui, avec le développement des outils d'accès à Internet, tels que les smartphones, tablettes et différents types d'ordinateurs portables, ces chiffres ont probablement augmenté. De plus, Internet permet le développement de nouvelles pratiques culturelles amateurs, telles que le mash up, où l'internaute s'approprie une création originale qu'il transforme à loisir. Ce nouvel usage pose une fois de plus le problème des droits d'auteur à l'heure du numérique. Le fait est que, aujourd'hui, Internet représente une base de données planétaire où la relation aux objets est complètement transformée : les contenus sont majoritairement dé-hiérarchisés, toutes les autorités sont mêlées dans les références communes de la culture numérique. Dès lors, que devient la relation à l’œuvre ? Son appropriation et sa transformation sont aujourd'hui beaucoup plus aisés, et ces formes de création et de médiation se rassemblent dans un écosystème dont on ne sait pas exactement à quoi il correspond, dans la mesure où chaque production a son propre but, ces créations ne se revendiquant pas nécessairement comme de l'art. La vocation de ce genre de créations peut être ludique, ou de porter ou dénoncer une idée en la détournant, ce qui constitue une logique qui ne répond pas à un vol de droits d'auteurs 32. Ces pratiques attestent d'une démocratisation d'une culture dans la mesure où, lorsqu'une œuvre est appropriée par un public, elle entre dans son « champ artistique33 ». Le numérique permet bien plus d'expérimentation technique, toutefois il ne s'agit pas du seul angle par lequel la réflexion sur la place de la culture sur Internet doit être envisagé. En effet, il convient de se questionner sur la vision que nous avons de la culture, qui réside dans une pratique du monde, et non dans le fait de juger en permanence ce qui est en train d'être pratiqué. Il n'existe aucun objet qui ne présenterait aucun intérêt à être regardé, il convient simplement de se demander quel regard on porte sur les choses et à quoi on les relie34. Les artistes peuvent également développer leur indépendance vis à vis du marché, des galeries et des attentes des publics par le biais des ventes d'art en ligne, notamment sur des sites 31 Yves FRYDEL, 2005, Insee, http://www.insee.fr 32 Voir à ce sujet les vidéos Youtube où une chanson déjà existante est mise en ligne et où le contenu vidéo est réalisé par internaute. 33 René BERGER, 1972 34 Xavier de LA PORTE, Jean-Yves de LE PINAY, WAINER, 2013, Dailymotion, http://www.dailymotion.com/video/x17ltyy_conference-transmettre-la-culture-a-l-age-du-numerique-xavier-de-laporte_tech 26
  23. 23. marchands de grandes galeries, ou même eBay. Ils n'obéissent ainsi qu'à leur propre liberté de création, érigeant en principe le fait que « dans l'absolu, oui, l'art se suffit à lui-même, il existe, et il peut se passer de commentaires. Mais il est là, et par sa présence même questionne, interpelle. Et c'est sa plus belle ambition, celle de provoquer chez celui qui le regarde une réaction, et donc un commentaire d'ordre sensible ou intellectuel, peu importe. Il fait couler de l'encre, critique, emphatique, amoureux ou odieux. L'art est par essence proposition, donc chacun peut s'emparer. ''J'aime, j'aime pas, je vois, je ne vois pas'', n'en sont-ils pas les premiers commentaires, définitifs ou non ? C'est pourtant le début d'une grande histoire, dont les musées peuvent être acteurs35 ». 35 Alexia FABRE, p. 44 27
  24. 24. 1. 4. Les initiatives des entreprises culturelles privées Tout d'abord, les institutions privées comptent les galeries ainsi que les industries culturelles dites de « masse », qui ne tarissent pas d'initiatives afin d'amener un public toujours plus vaste à la découverte de la culture. La démocratisation de l'art et de la culture passe également par un nombre de plus en plus conséquent d'initiatives privées, notamment celle du créateur de Dailymotion, Benjamin BEJBAUM, qui vient de lancer ce qu'il définit comme « le Wikipédia de l'art36 », Art Database, http://artdb.com. Cette plate-forme a pour vocation de réunir toutes les formes d'art possibles et imaginables sur un site unique, de la même manière que l'on considère aujourd'hui que Wikipédia regroupe un très grand nombre de savoirs sur un nombre astronomique de sujets. Dans le dix-huitième chapitre de l'ouvrage Culture web37, Xavier DUPUIS explique que le public de l'opéra ne s'est généralement pas démocratisé. À ce sujet, il pose la question de la possibilité d'une conquête de nouveaux publics, en particulier de jeunes. À la question « Internet sera-t-il le nouveau vecteur de la démocratisation de la musique classique ? », l'avis des dirigeants d'Universal Music semble positif. Ainsi, Borgan ROSSIC, directeur du groupe Decca Music déclare : « C'est un nouveau moyen de faire accéder le plus grand nombre à la vie musicale des villes les plus importantes du monde ». Pour sa part, Jonathan GRUBER, vice-président du groupe Universal Music classique et jazz, répond à la question « la génération iPod aura-t-elle vraiment envie d'acheter des enregistrements de concerts classiques sur Internet ? » de la manière suivante : « la réponse est oui. Grâce à notre expérience du téléchargement depuis 2004, nous pouvons dire que le classique marche beaucoup mieux que prévu sur Internet ». Ainsi, les structures commerciales pour lesquelles l'accès à la culture pour tous est plus qu'un enjeu institutionnel, sont fermement décidées à ne pas laisser passer l'occasion du numérique. De façon plus anecdotique mais tout aussi significative, bon nombre de magazines et de festivals par exemple suivent le mouvement participatif induit par le web du même nom et soignent leurs publics en leur permettant de plus en plus d'émettre leur avis sur les produits culturels en jeu à l'aide de l'attribution d'un prix du public. Cette pratique est utilisée entre autres par le magazine féminin Elle, qui collabore au sein de leur rubrique littéraire avec son lectorat afin 36 C-T, 2012, Eklecty-city, http://www.eklecty-city.fr/ 37 Xavier DUPUIS, 2002, p. 28
  25. 25. de décerner un prix des lectrices, ainsi que par le festival international du film de La Roche-surYon qui octroie un prix du public. Les spectateurs sont, de la sorte, érigés en experts dont l'opinion aurait autant de valeur qu'un ou une spécialiste de la question 38. Par ailleurs, il n'est pas audacieux d'affirmer que l'initiative privée la plus importante en terme de partage de la culture est celle de Google avec le Google Art project39. Le but de cette entreprise est tout simplement d'entreposer le plus de contenus artistiques numérisés possibles, qu'il s'agisse de peintures, sculptures, architecture, musique, vidéos, photographies, dessins, mosaïques, installations, performances, ou de toute autre forme d'art existante ou à venir. Des études ont été réalisées afin de mieux connaître le public de cette plate-forme, et un résultat publié dans le magazine des Beaux Arts de juin 2013 révèle qu'une personne passerait en moyenne soixante secondes devant une peinture en ligne, face à 20 secondes dans un musée 40. Ces résultats peuvent être interprétés de différentes manières. Tout d'abord, on peut penser que l'internaute serait plus attentif à l’œuvre sur son écran que devant ses yeux, notamment grâce aux outils permettant une interaction avec la création en question. En effet, sur le site du Google Art project, il est possible de zoomer, partager, comparer, et d'avoir des détails, en plus d'un système de recommandations présentant les contenus les plus populaires. Ensuite, il n'est pas interdit d'imaginer qu'une personne consulte plusieurs sites en même temps et effectue différentes tâches, sur son ordinateur ou non, ce qui fatalement lui empêche de se consacrer entièrement à chacune des activités entreprises. Enfin, l'étude étant commandée par le Google Art project lui-même, il nous est également permis de douter de l'entière exactitude des chiffres énoncés. En plus du développement spontané de sites de galeries et d'artistes, de plus en plus d'agences se spécialisent dans la gestion de la communication commerciale de l'art. Par exemple, Communic'art est la première structure à s'être lancée dans la promotion d'artistes et de galeries, en 2004, et elle propose aujourd'hui différentes actions adaptées aux besoins du client 41. Selon la demande, elle peut mettre en place un événement, créer un site, réaliser et imprimer un catalogue d'exposition, mettre sur pied une stratégie de relations presse, et elle relaie systématiquement des informations sur les interventions dont elle est partenaire grâce à son site et ses comptes sur les réseaux sociaux en partageant à tous ses abonnés. Il est rare que les créateurs ou galeristes qui font appel à l'entreprise souhaitent exécuter un plan de communication complet, toutefois il s'agit 38 39 40 41 Bruno PEQUIGNOT, 2013, p. 58 http://www.google.com/culturalinstitute/project/art-project?hl=fr Florelle GUILLAUME et Charlotte ULLMANN, 2013, p. 42 Voir le sommaire de leur livret de présentation en annexe 2. 29
  26. 26. d'un complément généralement indispensable. L'intérêt de Communic'art et de ce type d'agences est qu'elles servent à la démocratisation de l'art en le faisant connaître par Internet et physiquement, notamment grâce aux relations presse et à l'organisation d'événements. Image n° 6 : La galerie Artsper sur Télématin, information relayée par la page facebook de Comminic'art 42 L'agence précise par ailleurs que « vu les milliers de personnes qui se pressent dans les grandes expositions, la multiplication des formations, la hausse du marché de l’art, nous croyons que l’art est en voie de popularisation43 ». Il convient également de se pencher sur la toute récente création d'un réseau social dédié aux amateurs d'art, nommé Who Art You44. Il promet de « démocratiser l'art par le jeu », c'est-àdire de permettre la découverte de musées et d'artistes de façon ludique, à travers le partage des photos des visiteurs dans les lieux culturels ainsi qu'un système de géolocalisation, afin que chacun réalise son « musée virtuel45 ». Une application iPhone a été créé dans ce but, dans la 42 Source : https://www.facebook.com/Agence.CommunicArt/posts/10152175177330132:0?stream_ref=1, la vidéo est disponible sur le site de France 2, http://www.france2.fr/emissions/telematin/videos/rhozet_telematin_bonscouts_20140117_1908_17012014091722_ F2?onglet=tous&page=1 43 Pascale GUERRE, 2013 44 Who Art You, http://whoartyou.fr/ 45 Expression empruntée à André MALRAUX 30
  27. 27. mesure où, une fois téléchargée, son utilisation sera certainement plus simple pour les smartphones46, que de se rendre directement sur le site via une connexion Internet. Cette application propose d'effectuer un accompagnement virtuel du visiteur lieu culturel 47. En matière de réseaux sociaux culturels, une plate-forme nommée Artiste du monde 48 a été mise au point afin de réunir et de mettre en relation les artistes souhaitant créer des liens entre eux et avec leur public. Une fois inscrits, les créateurs peuvent « enregistrer et diffuser leurs œuvres, les partager sur les réseaux sociaux existants, faire connaître leurs événements ». Bien entendu, ces espaces d'échange restent ouverts à tous les professionnels des milieux culturels, afin de leur permettre de découvrir de nouveaux artistes ou encore d'entrer en contact avec ceux qui seraient déjà reconnus49. Toutefois, toutes les avancées technologiques ne sauraient remplacer l'accompagnement nécessaire avant et durant l'expérience de l'art. 46 Smartphones : « Téléphone mobile doté de fonctionnalités comme la navigation Web, la messagerie instantanée ou encore le GPS », L'internaute, http://linternaute.com 47 Aude MATHEY, Culturecom, http://culture-communication.fr 48 Site internet : http://www.artistedumonde.com/ 49 Annaïck LEMOIGNE, Stratégies, http://www.strategies.fr 31
  28. 28. 2. La nécessité de la matérialisation du message culturel et de l'accompagnement physique des publics Image n ° 7 : Museomix, une médiation culturelle innovante50 50 Source : http://www.flickr.com/photos/museomix/10858373603/sizes/o/ 32
  29. 29. 2.1. Les politiques culturelles en faveur de cette démocratisation Malgré la démocratisation quantitative de la culture via Internet, des initiatives réelles doivent être mises en place par les pouvoirs publics, notamment par le biais des politiques culturelles instaurées par André MALRAUX avec la création du Ministère des Affaires culturelles. Il était associé à Jean VILAR dans le but de promouvoir le théâtre populaire. Le meilleur moyen de mettre en place une politique culturelle efficace serait d'effectuer en amont une étude sincère des publics, de leurs usages, de leurs attentes et de leurs difficultés. Selon Olivier DONNAT, les institutions en auraient peur, mais il est cependant nécessaire d'effectuer réellement une telle étude afin de définir les problèmes présents et les actions à mener. La démocratisation culturelle est un domaine trop vaste qui recèle de trop nombreuses facettes (horaires, tarifs, communication, réservation et accueil, prise en compte des différents types de publics) qui ne peuvent et ne doivent être traitées toutes à la fois. Les moyens pour résoudre ces difficultés doivent de plus s'adapter à chaque structure, et les effets remarqués ne seront peut-être pas immédiatement ceux escomptés, toutefois il est indispensable d'essayer et d'amorcer le changement afin d'évaluer si les comportements des publics changent et comment, quitte à réorienter les directives prises. Par exemple, récemment, l'un des grands projets des politiques de démocratisation culturelle fut la mise en place d'une gratuité totale des musées. Cette décision fut fortement critiquée, notamment par Françoise BENHAMOU, pour qui il s'agissait d'une contradiction totale entre les difficultés de financement de la culture et la ferme réprimande de la gratuité de distribution de la musique et des films 51. Cependant, Jacqueline EIDELMAN a enquêté sur la gratuité complète des musées pendant 6 mois, en 2008, et il semblerait que le fait d'accéder librement à un musée soit un facteur de démocratisation. En effet, le public se diversifie, tout le monde profiterait de cette occasion, mais plus particulièrement les étudiants et les couches les moins favorisées de la population. De plus, les visiteurs dont le domicile est proche du musée effectueraient des visites plus courtes mais plus fréquentes52. 51 Françoise BENHAMOU, citée par Bruno PEQUIGNOT, 2013, p. 52 52 Jacqueline EIDELMAN, citée par Bruno PEQUIGNOT, 2013, p. 52 33
  30. 30. 2. 1. 1. L'éducation artistique et culturelle L'éducation à l'art fait partie de ces politiques d'accès à la culture pour tous. Elle est instaurée et modifiée par les ministres de la Culture, et de l’Éducation. Tout d'abord, il convient de préciser que, malgré l'importance du développement du partage de la culture en ligne, cela ne suffit pas à ma démocratiser profondément, son apprentissage faisant l'objet d'une acquisition et d'une transmission spécifiques, et loin d'être simples, comme on semble le croire. Xavier DUPUIS explique qu'il faut en donner le goût, stimuler l'envie de rechercher, d'expérimenter ce qui est différent, qui nous semble lointain, mettre en place une « pédagogie de l'envie ». Il cite le président de l'orchestre de Philadelphie, Joseph H. KLUGER : « Nous devons faire plus qu'offrir aux amateurs des soirées musicales le samedi soir. Nous sommes également au service des écoles et des différentes communautés.Voilà notre mission. Voilà ce que nos donateurs veulent soutenir. »53. Ensuite, il faut préciser qu'il est difficile de mettre en place une éducation à l'art dans le système scolaire, car il ne rentre pas dans les cases de l'école, dans la mesure où le savoir transmis par l'art ne correspond pas au savoir scolaire, expérimentation vécue contre leçon apprise. L'introduction pérenne de l'art à l'école devrait entraîner une modification du système et de la structure, où le mode de communication privilégié est le langage, sous la forme des cours dispensés par les enseignants54. À ce sujet, René BERGER choisit de comparer l'apprentissage de l'art et l'enseignement à la littérature dans le milieu scolaire. En effet, si les cours de littérature sont obligatoires pendant toute notre scolarité dans tous les établissements ou presque, il en va malheureusement de façon bien différente avec l'éducation artistique. Il explique que l'état de connaissances établi grâce l'instruction littéraire, notamment par l'intermédiaire de travaux pratiques, permet de créer un socle de références communes, un développement du jugement « dans lequel s'installent peu à peu les cadres de référence qui conditionnent les choix, les comportements, les attitudes, et d'où résulte une certaine ''image'' à partir de laquelle on pense, on sent, on juge, on agit. Le champ s'établit autour de valeurs, d'idées, de pratiques communes hors desquelles la communication n'est pas possible.55 ». L'absence de l'éducation à l'art dans beaucoup d'établissements empêche ce champ de connaissances de se former, et ainsi handicape le développement d'un goût et d'un avis critique sur la culture. 53 Xavier DUPUIS, 2008, p. 339 – 340 54 René BERGER, 1972 55 René BERGER, 1972 34
  31. 31. Cependant l'Unesco défend la place de l'art dans le système éducatif « comme mode d'épanouissement personnel, comme expression et dépassement d'une certaine angoisse collective, comme voie d'accès à des valeurs plus universelles56 ». De plus, comme tout enseignement, il fait partie d'un « processus d'interprétation et d'appropriation [et] a donc pour fonction sociale de contribuer à la constitution d'un groupe, ou d'une communauté, qui se trouve ainsi transformée par ce processus même57 ». Même si cette réalité de la pratique de la formation à la culture n'est pas encore arrivée, la ministre actuelle de la Culture et de la Communication, Aurélie FILIPPETTI a mis sur pied un « Grand projet pour l'éducation artistique et culturelle », nommé Automne numérique, qui a débuté en novembre 2013 par une série de conférences, de tables rondes et de rencontres sur les nouvelles pratiques culturelles liées au développement d'Internet. Le thème de ces débats était « Transmettre la culture à l'ère du numérique », et ils étaient animés par des professionnels du numérique ou de la culture, des chercheurs, des artistes, des représentants d'institutions culturelles, par exemple des bibliothécaires, et des journalistes, spécialisés en art ou en web. Internet peut également aider dans cette voie en mettant à disposition des ressources culturelles pouvant être utilisées dans le domaine éducatif. Par exemple, à l'occasion de l'Automne numérique, le site http://www.data.gouv.fr/ a été conçu dans le but de réunir ouvertement toutes les données publiques nationales. De plus, le Louvre a créé, dans le même objectif, la plate-forme à vocation éducative http://www.louvre.edu/, qui permet à l'internaute d'aménager un espace de travail numérique personnalisé58. Le site du musée possède également une rubrique spécialement dédiée aux enseignants, http://www.louvre.fr/enseignants. À ce sujet, Olivier DONNAT précise dans son article « En finir (vraiment) avec la ''démocratisation de la culture'' 59 », publié le 24 avril 2011 sur Owni, qu'à « cet égard, le succès rencontré par le site « archives pour tous » récemment crée par l’INA est riche d’enseignements car il montre qu’à l’évidence une forte demande sociale existe du côté de ce qu’il est convenu d’appeler le « grand public », ce qui incite à ne pas concevoir les projets actuellement en cours ou à venir pour les seuls milieux de professionnels et d’amateurs éclairés ». Il y justifie la légitimité d'une telle politique de numérisation documentaire. 56 57 58 59 Cité par René BERGER, 1972, p. 98 Bruno PEQUIGNOT, 2013, p. 107 Josy TORLET, 2008, p. 602 Olivier DONNAT, 2011, http://owni.fr/2011/04/24/democratisation-culture/ 35
  32. 32. 2. 2. L'importance de la médiation culturelle dans les institutions publiques Si il y a bien une chose que Pierre BOURDIEU nous a fait comprendre à travers ses études des pratiques culturelles des Français, c'est qu'ils semblent avoir peur de la culture. Il insiste d'ailleurs, dans L'amour de l'art, sur le fait que l'éducation à l'art et la médiation face à ce-dernier sont nécessaires60. C'est pourquoi il est si important d'y emmener le public et de l'accompagner avant, pendant et après. On oublie souvent l'importance de la présence physique d'un/e médiateur/trice culturel/le, et pourtant, devant l'inconnu, il est toujours rassurant d'avoir des repères. Toutefois, il est important de veiller à ne pas exclure les spectateurs d'une œuvre par un comportement élitiste et complètement centré sur le milieu culturel, ne prenant pas en compte les différentes appartenances sociales de l'assistance. En effet, si les médiateurs semblent « aussi distants et incompréhensibles que les œuvres en elles-mêmes 61 », l'accompagnement physique aux créations est faussé et inefficace, voire dangereux. En outre, dans Mondo Venezia, Antoine PRUM insiste sur l'absurdité des discours théoriques sur l'art contemporain, se répondant en dialogues de sourds62. Une fois de plus, le musée du Louvre est un excellent exemple d'une médiation optimale. En effet, l'entrée y est gratuite un dimanche par mois, ce qui permet une démocratisation des contenus du musée et qui reste plus efficace, en terme de fréquentation et de budget, qu'une entrée libre permanente. Aussi, lors des Nocturnes jeunes, la médiation entre les créations et le public est effectuée par des étudiants en art 63. Par ailleurs, ce rôle des médiateurs culturel s'est développé depuis que les artistes, en plus de la revendiquer, prennent la liberté de créer sans vouloir plaire à personne, ni les galeries, ni les institutions, ni même le public. Cela créé une complexité où la volonté d'autonomie fait face à la nécessité du spectateur. De fait, les créateurs ne remplissant plus, pour la plupart, leur rôle de médiation, l'accès aux œuvres devant être facilité, la place des médiateurs et médiatrices culturels s'est naturellement accru64. À ce sujet, il semble indispensable de préciser que, pour que la démocratisation s'accompagne d'une diversification des publics, la médiation culturelle doit non seulement être à 60 61 62 63 64 Pierre BOURDIEU, cité par Pascal LE BRUN-CORDIER, 2002, p. 149 Olivier DONNAT, 2011, http://owni.fr/2011/04/24/democratisation-culture/ Antoine PRUM, 2006, p. 51 Denis COGNEAU, Olivier DONNAT, 2002, p. 150 - 151 Bruno PEQUIGNOT, 2013, p. 59 36
  33. 33. l'écoute du public et s'y adapter, mais aussi travailler sur une documentation et explication des artistes et de leurs travaux. En effet, d'autant plus en ce qui concerne l'art contemporain, la mise en relation avec l’œuvre doit être facilitée et emmenée de façon spécifique, selon qu'elle doive être faite avec des scolaires, des familles, des seniors, des jeunes, ou des publics dits « empêchés »65. Les publics empêchés sont les personnes qui ne peuvent avoir accès à la culture de façon physique à cause d'un éloignement, réel ou symbolique. Par conséquent, la présence de plus en plus d'institutions culturelles sur Internet représente une réelle forme de médiation culturelle à distance. Malgré cela, les institutions impressionnent encore. Toutefois, elles sont nécessaires à l'accréditation de toute forme d'art, et plus largement à tout système de connaissances. En effet, « locaux, personnel, matériel, budget, programmes, crédits » permettent de matérialiser « l'organisation et la distribution du savoir »66. De plus, la médiation peut être effectuée indirectement par le lieu dans lequel les créations sont disposées. Éric LAPIERRE insiste sur cette nécessité de se rendre physiquement dans un musée afin de rendre compte, par exemple, de l'agencement des œuvres exposées au quai Branly, qui, suivant l'architecture interne du lieu, propose un chemin, et donc un commentaire de l'exposition67. La ville dans laquelle les ouvrages sont dévoilés a également son importance. En effet, la visibilité d'une galerie croît ou décroît selon qu'elle se situe à New York, où le retentissement sera grand, ou dans une ville de moindre importance, dans la mesure où les moyens financiers, humains et médiatiques seront plus facilement exploités dans une grande ville68. Ainsi que les institutions mettant à disposition des publics des archives, interviews d'artistes et vidéos explicatives de leur travail, Internet participe également à cette médiation, dans la mesure où ces contenus permettent un rapprochement avec le créateur, qu'il soit filmé pendant la production de son œuvre ou la commentant. « Ces informations, à saisir si on le souhaite, restent modestes et mettent juste sur la voie. A chacun de se ménager l'espace libre jusqu'à l’œuvre »69. 65 66 67 68 69 Sylvie PFLIEGER, 2006, p. 396 Paragraphe inspiré par la lecture de la p. 67 d'Art et communication de René BERGER Éric LAPIERRE, 2006, p. 46 René BERGER, 1972, p. 36 Citation et idées de ce paragraphe provenant de L'art peut-il se passer de commentaire, Alexia FABRE, 2006, p. 44 37
  34. 34. 38
  35. 35. Conclusion Internet ouvre la voie vers une nouvelle démocratisation de la culture, comme de tous les savoirs. Les avantages en terme d'accessibilité et de relationnel qu'il offre pour les institutions, les artistes, et pour les publics ne sont plus à prouver. Un certain nombre d'entreprises culturelles, pour lesquelles la diversification des consommateurs ne pourrait que peu importer, ont également décidé de suivre la voie de l'interactivité par le biais d'Internet. La seconde raison qui expliquerait la popularisation de l'art réside dans la diversification de l'art lui-même. En effet, l'art contemporain étant bien plus protéiforme que ses prédécesseurs, il peut se retrouver dans notre quotidien, aussi bien physique que virtuel, notamment via le land art, les installations, l'architecture contemporaine et l'art numérique. On annonce souvent que la société de consommation et les nouvelles technologies ont entraîné un individualisme de plus en plus fort. Cette autonomie s'accorde parfaitement avec le développement d'Internet, qui permet aujourd'hui à tout un chacun de devenir un public de la façon dont il le souhaite, et aux artistes de créer sans avoir à rendre de comptes à aucune institution ni assistance. Toutefois, une démocratisation efficace et pérenne ne pourra s'effectuer sans une matérialisation du message et d'un accompagnement physique des publics. En effet, il est également nécessaire de mettre en place et d'encourager la création de politiques culturelles qui pourront entraîner l'installation durable d'une éducation à l'art dans les milieux scolaires généraux, bien que l'apprentissage artistique ne corresponde pas à une formation classique ; l'art s'expérimentant avant tout. De plus, la présence d'une médiation culturelle de qualité au cœur des institutions publique est une initiative tout autant indispensable à la venue et à la fidélisation d'un public plus diversifié. Finalement, Internet représente en effet un acteur indéniable de la démocratisation culturelle, mais il ne saurait être suffisant à l'avènement total de la culture pour tous, la médiation directe, l'éducation artistique en milieu scolaire et l'accompagnement physique des publics restant le moyen le plus efficace afin de permettre à tous de disposer de biens culturels communs. 39
  36. 36. 40
  37. 37. Bibliographie Ouvrages et monographies • BECKER S. Howard, Les mondes de l'art, Paris, Flammarion, 1988, 379 p. • BERGER René, Art et communication, Paris, Casterman, 1972, 129 p. • COHEN Michèle et al., L'art peut-il se passer de commentaire(s) ?, actes de colloque, Paris, MAC/VAL, musée d'art contemporain du Val de Marne, 2006, 136 p. • Culture web. Création, contenus, économie numérique, sous la dir. de GREFFE Xavier, SONNAC Nathalie, Paris, Dalloz, 2008, 886 p. • Les institutions culturelle au plus près du public, sous la dir. de FOURTEAU Claude, Paris, La Documentation française, 2002, 279 p. • PEQUIGNOT Bruno, sous la dir. de DE SINGLY François , Sociologie des arts, Paris, Armand Colin, 2013, 120 p. • SERRES Michel, Petite Poucette, Paris, Le Pommier, 2012, 82 p. Revues et articles • GUILLAUME Florelle, ULLMANN Charlotte, Revue de web, Beaux Arts magazine, n° 348, juin 2013, p. 42 • LA PORTE Xavier de, « Une culture comme les autres », Culture numérique, Beaux Arts magazine, n° 345, mars 2013, p. 34 • LA PORTE Xavier de, « Mort du virtuel et augmentation du réel », Culture numérique, Beaux Arts magazine, n° 348, juin 2013, p. 34 41
  38. 38. Littérature grise et documents d'entreprise • DONNAT Olivier, Pratiques culturelles et usages d'Internet, ministère de la Culture et de la Communication, mars 2007, 12 p. • Communic'art, catalogue de présentation de l'agence, 218 p., téléchargeable sur http://www.communicart.fr/ Sites web Tous les sites web ont été consultés et vérifiés le 14 janvier 2014. • CAVAZZA Frédéric, 2005, « Web 2.0 : la révolution par les usages », in Journal du Net, http://www.journaldunet.com/solutions/0601/060105_tribune-sqli-web-20.shtml • C-T, 2012, « ArtDB : Le nouveau projet du fondateur de Dailymotion », in Ecklecty-City, http://www.eklecty-city.fr/le-web/artdb-le-nouveau-projet-du-fondateur-de-dailymotion/ • DONNAT Olivier, 2011, « Pour en finir (vraiment) avec la ''démocratisation de la culture'' », in Owni, http://owni.fr/2011/04/24/democratisation-culture/ • FRYDEL Yves, 2005, « Internet au quotidien : un Français sur quatre », in Insee, http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1076&reg_id=0ion • Google Art project, 2014, http://www.google.com/culturalinstitute/project/art-project? hl=fr • LEMOIGNE Annaïck, 2014, « Une nouvelle entrée des artistes », in Stratégies, http://www.strategies.fr/blogs-opinions/blogs-favoris/227997W/l-entree-desartistes.html • MATHEY Aude, « Who Art You : le réseau social de l’art pour les visiteurs », in Culturecom, http://culture-communication.fr/whoartyou-le-reseau-social-de-lart-pour-les-visiteurs/ • Tim O'REILLY, traduit par Jean-Baptiste BOISSEAU et Daniel KAPLAN, 2006, « Qu’est ce que le web 2.0 : Modèles de conception et d’affaires pour la prochaine génération de logiciels », in Internetactu, http://www.internetactu.net/2006/04/21/quest-ce-que-le-web- 42
  39. 39. 20-modeles-de-conception-et-daffaires-pour-la-prochaine-generation-de-logiciels/ • L'internaute, http://www.linternaute.com/ Conférences et entretiens • Entretiens réalisés avec Pascale GUERRE, responsable de l'édition de l'agence Communic'art, par téléphone ou par mail, de novembre 2013 à janvier 2014. • Transmettre la culture à l'âge du numérique, du 7 novembre 2013, organisée par le Ministère de la culture et de la communication au Campus Microsoft, Issy-les-Moulineaux. « Table ronde. Appropriations, détournements, mashup : les nouvelles pratiques artistiques à l’heure du numérique », avec Xavier DE LA PORTE (journaliste et producteur à France Culture), Jean-Yves DE LEPINAY (directeur des programmes du Forum des Images, Marina WAINER (artiste et enseignante en cultures numériques (ESA et InaSup), membre du collectif Fracture Numérique), via http://www.dailymotion.com/video/x17ltyy_conference-transmettre-la-culture-a-l-agedu-numerique-xavier-de-la-porte_tech « Les net-artistes en réseau et les nouvelles initiatives d’exposition en ligne », Michaël BORRAS, alias Systaime, Net-artiste et fondateur du SuPer Art Modern Museum (SPAMM), via http://www.dailymotion.com/video/x17fflp_conference-transmettre-la- culture-a-l-age-du-numerique-michael-borras-alias-systaime_tech 43
  40. 40. 44
  41. 41. Annexes Sommaire des annexes Annexe 1 : Pratiques culturelles et usages d'Internet............46 Annexe 2 : Sommaire du livret de présentation de l'agence Communic'art............................................................................47 Captures d'écran réalisées par mes soins 45
  42. 42. Annexe 1 : Pratiques culturelles et usages d'Internet Graphiques présentant l'usage d'Internet en fonction des différentes activités réalisées « en réel »70. 70 DONNAT Olivier, Pratiques culturelles et usages d'Internet, ministère de la Culture et de la Communication, mars 2007, 12 p. 46
  43. 43. Annexe 2 : Sommaire du livret de présentation de l'agence Communic'art Présentation des différentes actions réalisées par l'agence Communic'art. Livret téléchargeable sur http://www.communicart.fr/71. 71 Communic'art, catalogue de présentation de l'agence, 218 p., téléchargeable sur http://www.communicart.fr/ 47

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