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La lettre de Luc Willame à Benoit Lutgen

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La lettre de Luc Willame à Benoit Lutgen

  1. 1. Cher Président, Après la décision de la semaine dernière prise par vous et le Bureau Politique de refuser une négociation avec l’informateur, j’ai voulu prendre un peu de temps et de recul avant de vous écrire. Après quelques jours de réflexion, après avoir entendu les arguments présentés par vous même et par les membres du bureau, après de nombreuses lectures sur ce sujet, et après des discussions avec mes amis, francophones comme néerlandophones, je voudrais ici vous faire part de mes sentiments. J’ai adhéré au CdH depuis très longtemps et j’ai toujours voté pour le Cdh depuis que je suis en âge de voter. Je ne pense pas que cette réflexion, partagée avec de nombreux amis, est inspirée par un antisocialisme primaire. Au cours de ma carrière, et par rapport au monde de la FEB par exemple, j’ai toujours eu la réputation d’être de centre gauche. Ceci dit, je continue à penser que ce NON est une catastrophe et pour le pays, et pour le CdH. Je pense vraiment que les deux gagnants ne sont aujourd’hui que Bart De Wever et Elio di Rupo, et que le CdH est tout à fait perdant à court et moyen terme. D’abord Bart De Wever : il est clair pour beaucoup que la note de l’informateur était destinée à piéger le CdH. Au Nord du pays, beaucoup ont déclaré que De Wever baissait son pantalon et n’ont pas compris cette attitude. Je ne connais pas l’homme, mais je connais plusieurs personnes de son entourage. Il n’a de cesse que de montrer que les deux régions sont de plus en plus différentes et que ce sont deux nations., dont l’une, la Wallonie, est rétive à tout changement. Et le NON du CdH lui permet de renforcer ce message. Il est vrai que dans son rapport, il y avait un paragraphe qui affirmait que l’Etat Fédéral était au service des régions. Mais cette phrase, surtout après
  2. 2. la dernière réforme de l’Etat où des transferts massifs de compétences ont été décidées, était suffisamment vague pour permettre à ce stade préliminaire beaucoup d’interprétations. Il est vrai aussi que les garanties demandées par le CdH sur l’abandon, pendant la législature, de nouvelles demandes de confédéralisme n’ont pas été prises en compte. Mais lui-même a abandonné beaucoup de revendications du programme NVA. Il est vrai aussi qu’on peut supposer que la NVA au pouvoir allait continuer en douce à rendre le fonctionnement de l’Etat plus difficile pour prouver que cela ne marche pas entre nos deux communautés. Mais fallait-il pour cela dire NON à ce stade et sans entrer dans une négociation entre adultes ? Plutôt que de tomber dans le piège, ne fallait-il pas choisir le point de chute, laisser la NVA au gouvernail plus longtemps, pour prouver que c’est elle, et non le CdH qui est la cause de ce blocage. La NVA, même si elle a progressé sur les restes d’un parti raciste, est un parti démocratique et représente pour un tiers des flamands un espoir de changement du système belge, à tort ou à raison. Vouloir organiser un cordon sanitaire autour de la NVA ne peut que la renforcer. Pour le maintien du pays, je suis très choqué que le CdH, qui a toujours été le plus acharné à défendre une certaine unité du pays, n’ait pas compris cet enjeu. Je pense vraiment que cette position témoigne d’un repli sur soi, qui est un mal wallon et démontre une méconnaissance profonde de l’électorat flamand. Ensuite, Elio di Rupo. J’ai beaucoup de respect pour l’homme, mais il faut reconnaître que, en Wallonie, gouverner avec le PS présente un certain nombre de risques. Ecolo l’a appris à ses dépens, et on ne peut pas vraiment dire que le CdH en soit sorti vainqueur. J’ai moi-même bien saisi la force du PS lors de ma présidence de la SDRB à Bruxelles. Le PS est une machine de guerre pour le maintien de son pouvoir à Bruxelles et en Wallonie : tant au niveau de l’administration que du recrutement des cadres, il est nettement plus efficace que le MR ou le CdH. Il a cependant deux grandes faiblesses : d’abord, les « parvenus » sont toujours là. Il y a toujours une série d’affaires qui choquent l’opinion publique et le parti n’a pas suffisamment d’impact sur les régionales pour imposer une vraie déontologie. Et ensuite, il est difficile après plus de 25 ans au pouvoir, d’être un acteur de changement. Surtout que le PS doit surfer constamment sur une ligne floue entre la social-démocratie et les ukases de la FGTB. L’action du dernier gouvernement n’a pas été si mauvaise, mais il faut reconnaître que les défis n’ont pas encore été
  3. 3. abordés : le vieillissement, la perte constante de part de marché à l’exportation, la dette wallonne… Je peux à la limite comprendre que, pour la formation des gouvernements régionaux, le CdH n’ait pas voulu être pris par surprise par une alliance entre le PS et le MR. Mais ceci n’était pas une raison pour bloquer un gouvernement fédéral plus à droite. Après tout, la droite au niveau du pays a gagné les élections. Et le CdH est un parti du CENTRE, il n’est donc pas gênant qu’il soit avec le PS à la région et avec le CD&V/NVA au niveau fédéral. Pour moi, il n’y a pas de honte à montrer que le parti est au centre, à moins de vouloir faire passer le message qu’on sera toujours scotché au parti le plus puissant en Wallonie. Si le CdH veut se faire respecter, c’est la seule stratégie possible. Je pense donc vraiment que pour l’unité du pays, le CdH devait vraiment montrer qu’il était prêt à négocier avec un parti nationaliste (pas raciste !) et démocratique, extrêmement dominant en Flandre, pour prouver à la Flandre que la Wallonie et la Flandre peuvent encore évoluer ensemble. Et puis, comme le disait Mark Eyskens, n’a-t-on pas intérêt à voir comment De Wever se comporte au pouvoir, dans un contexte fédéral. Président, je voulais vous faire part en détail de toutes ces réflexions de la part d’un électeur qui ne veut que refléter les idées d’un courant d’opinion peut-être minoritaire dans votre parti, mais qui tient aux valeurs traditionnelles qui ont fait la force de ce parti. Je pense avec beaucoup d’autres que ce NON a été une erreur historique. Je vous envoie mes meilleurs sentiments. Luc Willame

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