2012Master 1 CPEAMPhilippe Bayle                       ISIC - Université Michel de Montaigne Bordeaux3           "LE LIVRE...
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  1. 1. 2012Master 1 CPEAMPhilippe Bayle ISIC - Université Michel de Montaigne Bordeaux3 "LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE ? " Travail préparatoire de recherche
  2. 2. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Citation « Le texte numérique ouvre la voie à des œuvres d’un nouveau genre destinées à être reçues en dehors de l’univers du livre. En quittant son support traditionnel, la littérature prend le risque d’explorer de nouvelles formes que certains auteurs avaient jusque-là pressenties ou appelées de leurs vœux. » Jean Clément, La littérature au risque du numérique, Revue Document numérique. 2001. Page 132RemerciementsA Cécile pour son soutien,Aux personnels des Bibliothèques universitaires de l’Université Montaigne de Bordeaux 3 et de l’ISICpour leurs conseils,Aux enseignants qui m’ont donné le goût et les clés pour ce travail. 2
  3. 3. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Table des matières Citation ............................................................................................................................................... 2 Remerciements ................................................................................................................................... 2 Table des matières .............................................................................................................................. 3Introduction ............................................................................................................................................ 6 Une révolution est-elle en marche ? ................................................................................................... 6 La France progressivement gagnée .................................................................................................... 6 Le livre numérique en questions ......................................................................................................... 71ère partie : l’objet de recherche et le questionnement ............................................................................. 8 1.1. Qu’est ce que le livre numérique ? .............................................................................................. 8 1.1.1. Le support et le contenu ........................................................................................................ 8 1.1.2. Un texte évolutif sur des terminaux variés ............................................................................ 8 1.1.3. L’hypertexte et l’interactivité : vers un nouveau type de livre ? ........................................... 9 1.2. Comment lécrire ?..................................................................................................................... 10 1.2.1. Un texte et un produit multimédia ...................................................................................... 10 1.2.2. Le rôle des techniciens et des auteurs ................................................................................. 10 1.2.3. Les formats des œuvres, de la plus simple au « livre enrichi » ........................................... 10 1.2.4. Vers de nouvelles narrations ? ............................................................................................ 11 1.3. Comment le lire ? ...................................................................................................................... 12 1.3.1. Le lien du lecteur et de l’œuvre .......................................................................................... 12 1.3.2. La lecture sociale ................................................................................................................ 12 1.3.3. Une lecture plus superficielle ? ........................................................................................... 12 1.3.4. Un autre type de lecteur, une lecture hétérogène ................................................................ 13 1.3.5. Le lien physique avec le texte ............................................................................................. 13 1.3.6. La chaîne du livre et le piratage .......................................................................................... 13 1.4 La fin du livre ou un autre type de livre ? ................................................................................... 15 3
  4. 4. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.5. Les disciplines des SIC et des autres sciences abordées ............................................................ 16 1.5.1. « La technologie intellectuelle des formes écrites »............................................................ 16 1.5.2. Une recherche interdisciplinaire ......................................................................................... 161.6. Les références bibliographiques et les aspects de la question .................................................... 17 1.6.1. Le livre numérique : sa définition ....................................................................................... 17 - Les types de livre numérique...................................................................................................... 18 - Les supports du livre numérique ................................................................................................ 20 - L’hypertexte, l’écrit de « bifurcations », le labyrinthe ............................................................... 21 1.6.2. Comment lécrire ?.............................................................................................................. 22 - Quels éditeurs ? Quel cadre légal et éditorial ? .......................................................................... 22 - La question du physique............................................................................................................. 22 - Le code et l’écrivain ................................................................................................................... 23 - Les contraintes techniques et les ressources ............................................................................... 23 - Les écrits numériques, écrits instables ? ..................................................................................... 24 - Le texte numérique et sa mise en forme ; l’architexte ................................................................ 24 - Les signes, leur rôle, leur sens .................................................................................................... 25 - Un nouveau type de littérature ?................................................................................................. 26 - A nouvelles formes, nouveaux rôles .......................................................................................... 26 1.6.3. Comment le lire ? ............................................................................................................... 27 - Le texte et l’utilisateur ............................................................................................................... 27 - La machine et ses contraintes ; le lecteur, interprète du texte ..................................................... 28 - « Lire et voir »............................................................................................................................ 29 - Vers la lecture « zapping », une « hypolecture » ? ..................................................................... 30 - La question du physique dans la lecture ..................................................................................... 31 - Le corps partie prenante du texte numérique .............................................................................. 32 - La diffusion des livres numériques et les géants des réseaux ..................................................... 33 - La lecture et le piratage .............................................................................................................. 34 4
  5. 5. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012 - Les libraires, espèce menacée .................................................................................................... 35 - La lecture sociale, quand le lecteur écrit… ................................................................................ 35 - Des pratiques hétérogènes de lecture.......................................................................................... 38 1.7. Conclusion : le livre numérique, avenir du livre ? ..................................................................... 39 1.7.1. La fin du livre ou le commencement d’autre chose ?.......................................................... 39 1.7.2. Le silicium et le lecteur ...................................................................................................... 402ème partie : le dispositif de recueil de données ..................................................................................... 41 2.1. Les entretiens personnalisés ...................................................................................................... 41 2.2. Les questionnaires ..................................................................................................................... 41 2.2.1. Les entretiens semi-directifs ............................................................................................... 42 2.2.2. Les entretiens structurés ..................................................................................................... 42 2.2.3. Les thèmes abordés............................................................................................................. 42 2.3. Les analyses de sites internet ..................................................................................................... 433ème partie : bibliographie ..................................................................................................................... 44 3.1. Livres ........................................................................................................................................ 44 3.2. Revues et articles ....................................................................................................................... 45 3.3. Sites Internet .............................................................................................................................. 46 3.4. Etudes ........................................................................................................................................ 47 5
  6. 6. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012 IntroductionUne révolution est-elle en marche ?Le 19 juin 2012, le magazine Livre-hebdo, journal de référence des libraires et des professionnels dulivre en France, signale sur son site internet 1:« Au premier trimestre 2012, les ventes de livres numériques ont été pour la première fois supérieuresà celles des livres imprimés en « adult hardcover » (premières éditions reliées en fiction et nonfiction), d’après les données rendues publiques par l’Association des éditeurs américains (AAP)(…). »Cela signifie que, dans ces trois premiers mois de 2012, il s’est vendu plus de livres numériques auxEtats-Unis que de livres sur papier neufs.En un an, selon la même source de l’AAP rapportée par Livres-hebdo, entre début 2011 et début 2012,les ventes de livres numériques aux Etats-Unis ont cru de 28,1 % alors que celles du livre papiercroissaient de 2,7%, soit 10 fois moins.Cela marque-t-il l’évolution irrésistible du livre sur support numérique, au détriment du livre imprimésur papier ?Certes, ce phénomène doit être relativisé par ce que se passe ailleurs, et notamment en France où lechiffre d’affaires du livre numérique représente seulement 1% du marché total de l’édition, alors qu’ilpèse 17% des ventes de livres au Etats-Unis.La France progressivement gagnéeIl n’empêche : le succès du livre numérique gagne aussi les esprits en France. Cela se constate àtravers plusieurs signes.Il y a d’abord la nécessité de publier un premier baromètre du livre numérique SOFIA/SNE/SGDL,présenté en mars 2012 au Salon du Livre de Paris, et, dans la même ville, la création en mai 2011 d’unLabo de l’Edition, en plein cœur du Quartier latin, « afin d’aider les acteurs du milieu à appréhenderles enjeux du numérique » 2.Autre signe plus local, mais aussi très symbolique, le lancement en septembre 2013, avec le soutien duconseil régional d’Aquitaine, d’une résidence d’auteurs en écriture numérique, à St Symphorien, enGironde, dans une maison de François Mauriac, prix Nobel de Littérature 1952.Pourtant, la croissance à long terme du livre numérique est prévue, par exemple à l’échelle del’Europe, par l’étude de l’Idate (Institut des Télécommunications en Europe), que Livre-hebdorapporte sur son site en décembre 2011 3 : « le marché du livre numérique représentera 12% des ventesdu secteur 2015. »1 http://www.livreshebdo.fr/economie-et-chiffres/actualites/les-ventes-de-livres-numeriques-depassent-celles-des-nouveautes-imprimees-aux-etats-unis/8791.aspx2 Site de la mairie de Paris : http://www.paris.fr/accueil/actualites-municipales/le-labo-de-l-edition-un-nouvel-equipement-innovant-de-la-ville/rub_9656_actu_98352_port_237853 http://www.livreshebdo.fr/actualites/DetailsActuRub.aspx?id=7842 6
  7. 7. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Le livre numérique en questionsAinsi, une forte révolution du support écrit semble en marche à travers la diffusion de livresnumériques. La rapide croissance dans certains pays des ventes d’e-books et la multiplication dessupports laissent penser que ce nouveau support devrait prendre une dimension spectaculaire.Avec les conséquences que son développement implique sur le livre dans tous ses aspects, le livrenumérique est donc un sujet digne d’intérêt pour un travail de recherche de Master Multimédia.Quelles conséquences aura ce phénomène sur le travail d’écriture, sur les outils et les méthodes pourrédiger un texte à l’écran ? Les relations entre lecteurs et le texte sur écran vont-elles êtreprofondément modifiées par rapport aux liens entretenus avec l’écrit sur papier ? Une nouvellelittérature va-t-elle naître, voire même une nouvelle forme de livre ?Toutes ces questions me semblent pouvoir être résumées par l’énoncé suivant :« Le livre numérique : comment l’écrire et le lire ? » Sommaire de BD numérique sur le site owni.fr 7
  8. 8. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012 1ère partie : l’objet de recherche et le questionnementDans cette partie, il est proposé de définir les différentes hypothèses que soulèvent ce sujet, d’endiscerner et étudier des variables possibles. Les apports des références bibliographiques sur ces thèmesseront abordés dans un chapitre suivant.Le recensement de ces hypothèses donnera le plan du travail de recherche, points par points, ens’appliquant à suivre, tout en les retrouvant, les questionnements soulevés par l’énoncé : « le livrenumérique, comment l’écrire et le lire ? »Cela signifie qu’il faut commencer par évoquer la nature du livre numérique lui-même, puis lesmoyens et méthodes employés pour écrire ce livre, et enfin, les outils et pratiques que l’on supposeraêtre celles des lecteurs actuels et futurs de « ebooks » (nom anglo-saxons du livre électronique).1.1. Qu’est ce que le livre numérique ?La première étape de ce travail de recherche sur le livre numérique est de définir le livre numérique.Existe-t-il différents types de livres numériques ? Ces types se définissent-ils par les divers supports,ou plutôt par leur contenu ?1.1.1. Le support et le contenuOn peut soutenir l’hypothèse qu’un livre numérique est un écrit d’une certaine longueur qui est publiésur un support issu d’une technique numérique. Cela englobe les livres numérisés, des versions papierscannées et dont les pages sont reproduites sous forme de fichiers numériques. Nous proposons demettre de côté cette forme qui ne paraît être qu’une reproduction d’originaux imprimés pour seconsacrer aux livres spécifiquement numériques.Ainsi, dans un premier temps, la technique et le support priment dans la définition de ce typed’ouvrage. A partir de cette définition de base qu’il faut confronter à de multiples critères, denombreuses questions se posent.On ne peut mettre de côté la question du contenu, du type de texte. Quel lien le texte entretient-il avecle support numérique ? Quelle est sa nature sur un écran ? Le fait qu’un texte s’affiche sur écrannumérique suffit-il à le définir comme livre numérique ?1.1.2. Un texte évolutif sur des terminaux variésLe texte est certainement devenu plus susceptible d’évoluer, plus « mouvant » avec le supportnumérique. Un ouvrage en perpétuelle réactualisation, à l’instar des mises à jour des sites internet,donc en évolution permanente, est-il toujours un livre ? Alors, il faut donner une nouvelle dimension àla dimension du livre, celle qui prend en compte une évolution plus rapide que celle des livres papiersdont les versions et rééditions se font à une allure plus lente, et dans un degré limité, en général.Parle-t-on du même livre numérique sur un support nomade du type liseuse, Smartphone ou tabletteque sur un ordinateur plus classique ? Il peut être soutenue qu’il ya un livre numérique, sousdifférentes formes et pour divers supports. Parfois, la forme dépendra du support.Le livre numérique est-il plus un livre s’il est lu sur un support spécifiquement consacré à lui, commeune liseuse (ou e-Reader), que sur des supports nomades aux utilisations plus larges, sur lesquelles ildoit partager l’attention de l’utilisateur avec des usages de communication, d’internet ? 8
  9. 9. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012On peut supposer qu’il sera voué à un support spécifique ou bien aux supports à usage large danscertains cas. Il faut alors se demander quels critères, quelles conditions de pratique vont définir l’usagesur tel ou tel terminal. Il pourra être étudié ces usages différents selon la nature du texte, selon lasituation du lecteur, selon son niveau social qui lui permet de posséder un nombre de terminaux plusou moins grand.1.1.3. L’hypertexte et l’interactivité : vers un nouveau type de livre ?Pour revenir à la définition du livre numérique selon la nature du texte, le livre numérique est-ilforcément un hypertexte, un texte avec plusieurs niveaux de lecture, reliés dans une architecture pardes liens ? Un document avec des hyperliens peut-il encore être considéré comme un livre ?Il faut aussi se demander si l’introduction d’images animées, de sons, d’éléments non écrits dans unouvrage permet encore de qualifier celui-ci de livre. Y aura-t-il une limite à l’interactivité dans untexte, au-delà de laquelle il ne peut plus être défini comme un livre ?On se penchera aussi sur les possibles définitions en cours par les critères techniques, voire même pardes éléments liés au droit et à la fiscalité des œuvres de création !Pour conclure sur cette question de la définition de l’ebook, on se demande si le livre numérique est unlivre comme les autres, ou bien un nouveau type de livre. La liseuse de fabrication française Cybook Odyssey Bookeen 9
  10. 10. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.2. Comment lécrire ?Après la définition du livre numérique, vient le deuxième terme de l’énoncé : « comment écrire le livrenumérique ? »1.2.1. Un texte et un produit multimédiaCela recouvre l’étude de la conception du livre numérique, de sa rédaction comme texte, commehypertexte et comme fichier.D’emblée, il est à noter que réaliser un livre numérique signifie écrire un texte, mais aussi créer unproduit multimédia. Ces deux dimensions - rédactionnelle et multimédia - semblent intimement liéeset, surtout, indissociables. Il faut voir si elles le sont vraiment et en quoi ? Cela revient à se poser laquestion : un écrivain peut-il et pourra-t-il encore écrire sans se soucier de cette dimensionhypertextuelle, et plus largement multimédia ?1.2.2. Le rôle des techniciens et des auteursAujourd’hui et dans l’avenir, avec les évolutions des supports et des usages, quels outils, quelslogiciels entrent dans la création du livre numérique ? Il semble plausible que ces outils influent surl’écriture même du texte. Il reste à étudier en quoi et à se poser la question du rôle des techniciens parrapport aux auteurs, du rapport de force entre la machine et l’esprit humain.Durant ces observations sur le lien du texte avec son support numérique, il faut aussi se poser laquestion de la nature de l’écrit d’écran.Une hypothèse que l’on peut envisager est que le style d’écriture va changer sur le support numérique,qu’un langage de phrases plus brèves, plus ramassées en un sujet-verbe-complément, va s’imposerdans la littérature sur ebooks, à l’instar de ce qui se fait sur internet. En cela, il sera intéressant deconsulter des textes de chercheurs traitant de l’écrit d’écran, et en général de la littérature sur supportnumérique.1.2.3. Les formats des œuvres, de la plus simple au « livre enrichi »On peut aussi se demander ce que seront les formats de ces livres, au niveau du format numériquecomme à celui du format physique, celui lié au matériel nécessaire pour « lire » le livre, à la mise enpage possible sur l’écran de ce matériel.On peut parier que les formats numériques dépendront de la nature de l’œuvre elle-même, de laproportion de texte et d’éléments multimédia, de la quantité de documents audiovisuels qu’ellecontiendra.Un livre numérique avec un contenu majoritairement textuel restera proche des formats de publicationde texte numériques, avec des éléments hypertextuels. Le format de type Epub actuellement en cours,inspiré du langage html, ou des formats dérivés de celui-ci, pourrait devenir le standard de ces œuvres.Un ouvrage à forte dimension multimédia devrait utiliser des formats d’applications, comme c’est lecas actuellement pour les ouvrages les plus aboutis sur la tablette IPad. On parle alors de « livreenrichi » ou « augmenté ».La conception des ces ouvrages sera très liée avec le choix de ces formats, leur évolution, lespossibilités de création qu’ils offriront. Le livre numérique sort l’auteur et l’éditeur du monde del’édition papier, et ses langages propres, pour les faire entrer dans le monde de la conception 10
  11. 11. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012multimédia. Cela est vrai même dans le cas d’une œuvre limitée pour l’essentiel à du texte avecquelques liens. Dans ce cas, écrire un livre au format Epub revient au développement d’un fichiernumérique, avec ses hyperliens, ses langages à coder et harmoniser, à faire correspondre et fonctionneravec les différents lecteurs et écrans numériques.On retrouve là le problème, évoqué précédemment, du rôle qui serait de plus en plus prépondérant destechniciens informatiques et des développeurs dans la production littéraire avec cette révolution dulivre numérique.« L’Herbier des Fées », livre enrichi pour tablette IPad, de B. Lacombe et S. Perez, publié en 2011 parles éditions Albin Michel et Prima Linea.1.2.4. Vers de nouvelles narrations ?Le changement de langage écrit et la possibilité d’inclure des liens hypertexte et, plus largement, deséléments multimédias (sons, images fixes ou animées comme des films, des cartes interactives) vagénérer probablement de nouvelles narrations.Ces nouveaux types de récit hybride, ces livres enrichis avec textes et éléments multimédias,appartiendront encore à la sphère de l’écrit jusqu’à un point où la dimension multimédia l’emportera.Il reste à définir, si possible, ce que sera cette frontière entre un livre numérique à fort contenumultimédia et une œuvre multimédia non considérée comme un livre.Pour achever sur cet aspect de l’écriture du livre numérique, la question se pose de l’évolution del’acte de l’écrivain et d’auteur, et si un créateur de livre numérique sera seulement un rédacteur detextes avec des connaissances techniques ou s’il sera plus qu’un auteur, mais un vrai concepteurmultimédia. 11
  12. 12. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.3. Comment le lire ?Après avoir abordé la définition du livre numérique, la façon dont il est et sera écrit et conçu, letroisième volet consiste en se poser la question de sa lecture, à travers les différents usages et les outilsvariés que l’on pourrait recenser.1.3.1. Le lien du lecteur et de l’œuvreCela conduira à envisager une pratique nouvelle de la lecture et à se poser la question de l’apparitiond’un nouveau type de lecteurs.En effet, on peut se demander légitimement en quoi un livre conçu pour être parcouru sur un supportnumérique voué aussi à d’autres usages, avec des éléments multimédias, comme des sons ou desimages, comprenant des liens vers d’autres textes ou des pages extérieures au livre, va changer lecomportement du lecteur, sa pratique, son lien avec l’œuvre écrite.On peut pousser la question plus avant : le livre numérique s’adressera-t-il à un même type de lecteursou bien touchera-t-il d’autres lecteurs ? Autrement formulé, les amateurs de littérature se retrouveront-ils dans leur passion et leur univers, devenant des usagers du livre numérique ? Ou bien ce typed’œuvre attire-t-il et attirera-t-il d’autres publics, peut-être plus proches des amateurs de produitscomme les jeux vidéo, d’œuvres transmédia ou d’internet ?1.3.2. La lecture socialeAu-delà de la motivation du lecteur d’ebook, on peut envisager les liens différents, par rapport à larelation entre un lecteur et son livre sur papier, que ce lectorat va entretenir avec une œuvre quicontient des liens vers des espaces de critiques, eux-mêmes disposés sur la page du ebook lui-mêmeou bien sur les réseaux sociaux ou dans un site internet spécialisé.Cet aspect est lié à la question de la lecture sociale : comme tous les produits numériques, l’ebooks’annonce déjà comme devant se connecter, et ses usagers avec lui, au Web mondial, et pluscertainement encore à des formes sociales de celui-ci, que ce soit dans les « social networks » déjàexistant ou généralistes (Facebook, Twitter, par exemple), ou bien sur des espaces plus directementconsacrés à la lecture, voire intriqués aux livres eux-mêmes.Cela va certainement tirer le lecteur de la position d’isolement relatif dans laquelle le plongeait lalecture sur livre papier et le conduire à une interconnectivité permanente avec d’autres lecteurs, avecdes éditeurs, des auteurs, des professionnels de la critique.Cela nous mène à postuler que cette interconnectivité va aussi probablement changer le rôle et lanature des critiques de livres, faisant de chaque lecteur un critique potentiel. Les contributions et lesblogs des internautes qui livrent leur avis sur des œuvres et sur de multiples sujets donnent une idée decette lecture interactive et sociale en devenir.1.3.3. Une lecture plus superficielle ?Cette réduction de l’isolement du lecteur, du fait d’une connectivité plus grande de l’ouvrage qu’ilparcourt avec le reste d’internet pose aussi une question déjà abordée à propos des écrits d’écrandepuis leur prolifération avec l’avènement de l’informatique, celle de la lecture profonde.Comme il faudra le rappeler dans cette étude, des chercheurs ont souligné que la pratique des supportsnumériques pose des problèmes de concentration profonde aux usagers de ces supports, de cetteconcentration nécessaire à la lecture autre que superficielle. 12
  13. 13. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Un lecteur sans cesse dévié de son texte par des hyperliens, des images, des navigations vers d’autressites, sera encore plus sujet à cette perte de concentration, et à cette déviation permanente du texte versd’autres tentations.Il faudra donc se demander si le livre numérique ne va pas encore aggraver ces déficiences deconcentration, s’il ne va pas de ce fait engendrer des textes encore plus superficiels et brefs, afin des’adapter à des lecteurs moins capables de lecture soutenue et concentrée.Il est indéniable que le livre numérique va avoir un impact sur la pratique de la lecture, qu’il risque demener, comme les sites internet et autres médias informatisés, à une lecture « zapping », une lecturesuperficielle. Certains auteurs cités plus loin dans ce travail annoncent un autre type de lecture, unelecture de « bifurcations » liée à l’hypertexte, à l’interactivité du texte numérique et ses liensinteractifs.1.3.4. Un autre type de lecteur, une lecture hétérogèneS’il ramène aux écrits des lecteurs que le livre papier a perdus, le livre numérique génèreraprobablement un autre type de lecteur qui sera peut-être différent des amateurs actuels et passés delittérature, un lecteur qui a et aura d’autres attentes. Quels types de textes, de récits, douvrages, serontdemandés par ces lecteurs ? A nouveaux livres, nouveaux lecteurs ? Cela est possible et il faudraétudier en quoi.On peut envisager la possible concomitance de pratiques hétérogènes de lecture, sur des supportsdifférents. Certains lecteurs pourront être en permanence connectés, lisant des ouvrages à fort contenumultimédia, alors que d’autres pourront déconnecter leurs textes du réseau, et choisir de s’intéresser àdes textes à faible contenu multimédia, avec un nombre réduit de liens hypertextes et d’illustrations.Ces pratiques hétérogènes laisseront probablement la place aux livres papier, soit pour des usages àdéfinir, dans des « niches » de lectures encore à deviner, soit pour des générations qui ne voudront pasbasculer totalement dans l’univers numérique de lecture.1.3.5. Le lien physique avec le texteDepuis ses débuts, la lecture numérique sur écran interroge les chercheurs sur la place du physiquedans et durant ces lectures. Lire un livre numérique sur Smartphone, sur tablette ou sur liseuse induitune lecture sur un support plus horizontal, plus léger, plus maniable que l’écran d’ordinateur classique.Cela signifie que cette lecture n’induit pas le même rapport physique avec le texte que la lecture surécran vertical d’ordinateur classique (de bureau ou même de portable).L’écran des mobiles et autres supports nomades est également d’une taille plus petite que les écransd’ordinateur de bureau. Cela aussi change la fonction des organes durant la lecture, par exemple leparcours de l’œil sur le texte affiché. D’une manière générale, il peut être intéressant d’étudier en quoiles comportements et positions des organes physiques avec le texte changent par rapport à ce qu’ilssont avec les supports numériques plus classiques, comme avec les livres papiers.1.3.6. La chaîne du livre et le piratageLa question de la lecture du livre numérique déborde forcément sur la mesure de l’impact que ce typed’œuvre va avoir sur la chaîne du livre et de lédition, sur le métier, le rôle et le statut des éditeurs, deslibraires et les bibliothèques. Un livre qui prend la forme d’un fichier numérique va circuler, demanière gratuite (ce qui concerne les bibliothèques) ou être commercialisé sous des formes biendifférentes que le livre papier. La possibilité de copier les fichiers, de les télécharger va bouleverser,voire menacer, le travail et le rôle des intermédiaires entre l’ouvrage et le lecteur que sont depuis des 13
  14. 14. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012siècles les différents métiers du livre, à l’instar de ce que la chaîne de production, de création et dedistribution de la musique et du cinéma ont connu. Il peut être envisagé que la nature numérique dulivre créera un lien plus direct entre le lecteur et l’auteur, ou du moins facilitera l’accès à l’ouvrage.Cela pose aussi la question du piratage des œuvres, et aussi d’une offre légale viable pour y faire face,de tous les problèmes de plateformes de distribution (et d’achat) en ligne et du lien de cessupermarchés en ligne tant avec les éditeurs traditionnels qu’avec des auteurs qui voudraients’autoéditer ou se commercialiser dans l’intermédiaire des éditeurs.Le livre enrichi « Kadath », développé en 2012 par Walrus et Memnos éditions. 14
  15. 15. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.4 La fin du livre ou un autre type de livre ?En guise de conclusion générale à ce plan d’étude, on peut avancer l’hypothèse que le livre numériqueva bouleverser la notion même de livre, sa conception, son écriture, le rapport du lecteur avec l’œuvreécrite.La Banque mondiale a publié, le 17 juillet 2012, un rapport estimant que « près des trois quarts deshabitants de la planète disposent dun téléphone portable et le nombre dabonnements souscrits sur le 4globe devrait bientôt dépasser celui de la population mondiale. »Le journal Le Monde qui l’évoque précise en outre que « le rapport estime par ailleurs que larévolution du mobile nen est quà ses débuts et quelle devrait encore se propager grâce à la chute desprix des téléphones portables et au perfectionnement des réseaux de bande passante à travers lemonde. »Le même rapport a compté que plus de 30 milliards d’applications ont été téléchargés à l’échellemondiale en 2011.Cela prédit un avenir de développement colossal aux supports nomades. Il est fort probable que, parmiles multiples services et documents auxquels ces supports donnent accès, les livres numériquesprendront leur place. Et que le téléphone intelligent et mobile sera le terminal sur lequel ces livres seliront.Il reste à deviner si tous les livres ou bien certains types d’écrits seront plus particulièrementsusceptibles d’être téléchargés et lus sur ces téléphones : les écrits de type pratique, scolaire,universitaire, des fictions faciles d’abord, peut-être sous forme de micro-feuilletons, plus ou moinsillustrés d’images, elles-mêmes plus ou moins animées, épisodes reçus à intervalle régulier surl’écran…Ces perceptives annoncent une révolution complète du livre, une mutation du rapport de l’humain àl’écrit qui est une base de notre civilisation, donc peut-être, une mutation profonde, et probablementdéjà en cours, de la société humaine et de sa capacité à transmettre les connaissances et les œuvres del’imaginaire.On ne pourra pas éviter de chercher de premières réponses aux questions qui font échos aux défislancés par l’informatique à notre culture : le livre numérique, est-il encore un livre ? Est-ce la fin dulivre ou le commencement d’un autre type de littérature ? Cela conduit à s’inspirer de la conclusion deFrançois Bon à son propre ouvrage, « Après le livre » 5 : « Nous sommes déjà après le livre ».Une ébauche d’étude peut certainement finir sur cette hypothèse, que résume la phrase de FrançoisBon : le processus de création de livres parvient, avec l’ebook, au stade postérieur à celui du livre telque nous le connaissons depuis la naissance de l’imprimerie, à la fin du 15ème siècle, et son assemblageen cahiers. Nous sommes au début d’une nouvelle ère de l’écrit et de la littérature.4 http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/07/17/pres-de-75-des-terriens-possedent-un-telephone-portable_1734969_651865.html5 « Après le livre », François Bon, Seuil, 2011, P269-270. 15
  16. 16. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.5. Les disciplines des SIC et des autres sciencesabordéesAprès de premières lectures, ce travail semble devoir sappuyer sur des domaines des sciences del’information et de la communication (SIC) et des autres sciences telles que :la sémiologie, l’ergonomie, l’épistémologie, l’étude de lécrit écran, l’analyse des usages, destechnologies, la sociologie de la lecture, des pratiques de la lecture et de l’écriture, l’histoire de lécritet de ses supports, l’histoire du livre.1.5.1. « La technologie intellectuelle des formes écrites »Pour expliquer combien il est nécessaire que ce travail d’étude sur le livre numérique s’inscrive dansces divers secteurs de recherches, on peut puiser dans l’ouvrage collectif 6, « Lire, écrire, récrire:objets, signes et pratiques des médias informatisés », d’Emmanuël Souchier, Yves Jeanneret et JoëlleLe Marrec.Ces auteurs précisent, en page 26, que leur recherche « revendique plusieurs définitions de ladimension signifiante des pratiques écrites ». Cette recherche se nourrit de la « sémiotique héritéed’Anne-Marie Christin, qui convoque l’idée d’une forme visible qui donne accès à une lecture- « lapensée-de l’écran », s’inspirant en les prolongeant de l’« approche fonctionnelle » de Roy Harris(« qui définit l’écriture comme une intégration du texte dans un contexte ») et de la dimension déceléepar Jack Goody de « technologie intellectuelle des formes écrites et des logiques qu’elles suggèrent ouimposent à la pensée et à la mémoire. »Plus loin, ils disent l’importance d’une « démarche ethnosémiologique « située » », puis, en page 27,ils évoquent: « une véritable intersémiotique couvrant aussi bien les textes de la machine que lecontexte d’espaces, d’objets, de signes divers. »1.5.2. Une recherche interdisciplinaireAutres éléments qui peuvent aider à savoir sur quelles disciplines doit s’appuyer un travail sur le livrenumérique, les phrases de ces auteurs en page 32 du même ouvrage : « L’analyse des médiasinformatisés ne peut en effet être envisagée par ses seules composantes disjointes, mais bien àl’articulation -à l’interstice-et dans l’interaction des différentes disciplines qu’elle convoque ». Ilscitent ceux qui portent ces disciplines : « informaticien, sémiologue, ethnologue ou sociologue », dontles auteurs ont constaté qu’ils sont très vite confrontés « aux limites mêmes des disciplines » quand ils’agit de l’étude du « texte », de la « technique » et de « l’usage ».Auparavant, en page 29, ils avaient affirmé faire appel, dans leur recherche sur les « médiasinformatisés », à une « recherche interdisciplinaire », pratiquant un « chassé-croisé méthodologique ».Comme ils le disent en page 28, à propos du domaine des médiations qui est leur champ de recherche,étudier l’écrit numérique soulève la nécessité de prendre en compte « la multiplicité des dimensionsinterreliées ».D’où cette multiplicité des domaines des SIC en particulier, et des sciences en général, à aborderdurant cette étude sur le livre numérique.6 Toutes les références sont citées en fin de ce travail, dans la 3ème partie. 16
  17. 17. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.6. Les références bibliographiques et les aspectsde la questionDans ce chapitre, il va être précisé les relations qu’il y a entre les références bibliographiques et lesdifférents aspects abordés : en quoi ces références ont été utiles pour la définition de l’objet d’étude,l’élaboration du questionnement, le recensement des différentes hypothèses envisageables.Cela peut se faire en reprenant le plan proposé précédemment pour ce travail, par points principaux.Les références bibliographiques sont citées en détail dans la dernière partie de cette étude.1.6.1. Le livre numérique : sa définitionPour ébaucher une définition du livre numérique, on peut commencer avec un article de François Bon,intitulé : « Pour une définition du livre numérique » :« On n’a pas besoin de définition du livre numérique pour le lire. (...) Si on utilise l’expression livrenumérique, on le spécifie par rapport au livre non numérique, donc un objet matériel lié à un contenuprécis, qui s’est progressivement constitué (dès avant le codex) en notion de livre, a pris son essor vial’imprimé pour continuer d’évoluer jusqu’à l’époque moderne, mais soudain, en deux ou troisdécennies (déjà) s’est laissé dérober que sa nécessité d’objet soit liée à sa nécessité de contenu. »Ainsi, cet auteur souligne paradoxalement qu’il n’y a pas de livre numérique, que le contenu « livre »déborde le support et qu’il n’est pas lié au support matériel, ce qui ferait qu’un livre numérique unlivre en tant que tel. En quelque sorte, il y a « le » livre, sous différentes formes dépendant des diverssupports matériels. Ceci est un point de vue à discuter.Kindle Touch Fire, une gamme de supports de la liseuse à la tablette.Pour approfondir les relations entre le support technique et matériel et le contenu textuel, élémentsdont est fait le livre numérique, il faut puiser dans l’ouvrage « Lire, écrire, récrire » de EmmanuëlSouchier, Yves Jeanneret et Joëlle Le Marrec. En pages 36-37, ils livrent une tentative de définition dutexte dans les dispositifs techniques : « un objet symbolique qui circule et qui participe des échangessociaux ? » Selon eux, un livre, un texte ne sont pas isolés, stables, ne l’ont jamais été. Ces auteurs 17
  18. 18. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012précisent (P.37) : « Objet communicationnel, le texte anticipe pour partie son usage et soninterprétation possible », en « tension permanente entre homogénéité et hétérogénéité. » Ce serait direl’importance du dispositif technique dans élaboration et compréhension du texte. « Tout texte »,disent-ils page 38, est « façonné par les propriétés matérielles du média et ses matériauxsémiotiques ». Un texte n’est donc pas seulement un discours autonome et toutes ces questionsconcernent le livre numérique.Mais, selon les mêmes auteurs, le texte a la tendance de « dissocier une organisation sémiotique de sonsubstrat technique. » Pour cette raison, les auteurs inventent le terme de « textiel » qui « permettrait dedécrire l’hybridité ou l’ambigüité de statut de ce qui est en jeu ». En page 92, dans la note 51, ilsprécisent : « le concept de textiel ne remplace pas le concept de texte, mais l’implique dans un objetcomplexe. Le textiel est texte et technique en même temps. » En page 314, ces chercheursinsistent : « Le textiel est un état émergeant de la forme-texte entendue comme ensemble matériel etorganisé de signes à l’écran. » Ce terme repose sur l’idée qu’« il n’y a pas de clivage entre texte ettechnique ».Voilà qui semble parfaitement correspondre aux termes entrant en jeu dans le livre numérique, et êtreutile pour le comprendre et de définir !La question de la définition du livre numérique comme œuvre originale ou bien comme œuvremultimédia dérivée du texte peut trouver un apport intéressant à travers la question des auteurs deBande dessinée, qui ont signé en mars 2010, dans Le Monde, un « Appel pour des règles du jeu dulivre numérique », repris dans l’ouvrage collectif édité par le Conseil d’analyse de la société « Larévolution du livre numérique : état des lieux, débats, enjeux », à la page 132. Ces auteurs proclament :« diffuser une bande dessinée sur un téléphone portable ou sur un écran d’ordinateur, est-ce diffuserl’œuvre originale, son adaptation ou une œuvre dérivée ? »La question qui peut être élargie à l’ensemble des œuvres écrites pose le problème de la nature du livrenumérique (fut-il une BD) par rapport au livre sur support papier, le rapport entre l’œuvre sur lesupport traditionnel et l’œuvre sur les nouveaux supports informatiques.En page 158 du livre « La révolution du livre numérique : état des lieux, débats, enjeux », l’éditriceTeresa Cremisi parle de « création hybride », de projets éditoriaux qui « tirent parti des potentialitésoffertes par le numérique (adjonction de musique, de vidéos, de « bonus » en tous genres, etc.) ». Cesprojets hybrides posent, selon elle, « la question de l’œuvre, de son unicité et de son intégrité dans lamesure même où des déclinaisons plus ou moins multimédia peuvent être désormais envisagées. »Ces références qui aident à définir le livre numérique et sa nature ouvrent donc sur le problème de sadéfinition par les différents types de livres numériques.- Les types de livre numériqueDans l’article « Réseaux, savoirs et société. Menaces et opportunités », Marc Guillaume aide à unedéfinition du ebook en recensant des réalités très diverses que le terme « livre numérique » recouvre :- « la numérisation des textes qui réduit les coûts et les délais d’impression des livres ordinaires etpermet des tirages très limités, voire à l’unité » (allusion aux livres imprimés à la demande, procédéqui se développe en ce moment) ;- « la présentation des livres et leur commerce sur internet » via les « librairies virtuelles » dont « lechiffre d’affaires progresse régulièrement » ; 18
  19. 19. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012- la réalisation de cédéroms et de dvd, qui « permettent une lecture hypertextuelle » et « surtout utiliséspour les encyclopédies et les applications pédagogiques » ;- « la lecture et éventuellement le téléchargement de journaux, de revues scientifiques ou de livres surle web. » ;- enfin, le « recours à un terminal spécialisé », évidemment les liseuses d’ebooks plus aboutisaujourd’hui qu’en 2001, date de rédaction de cet article.Sur le blog Sobookonline, dans l’article intitulé « l’affordance des livres numériques », JosephEsposito distingue quant à lui 6 formats de livres numériques :« Le livre institutionnel : c’est le livre homothétique, la version PDF d’un livre papier, totalement figé,et qui n’est pas prêt de disparaître (…)L’eBook classique : c’est l’Epub, en fait, très proche du livre-papier et qui autorise seulement quelquesmodifications mineures (changement de police, annotations/soulignements, dictionnaire). Il peut êtrelu sur différentes surfaces. La tablette IPad d’Apple propose une véritable bibliothèque à compléter via connexion internet.Le livre augmenté (« Enhanced book ») : il ne comprend pas seulement du texte, mais des vidéos,photos, sons. S’il s’est considérablement développé, il ne peut pas remplacer totalement le livreinstitutionnel et l’ebook classique : tous les livres ne peuvent en effet pas faire l’objet d’un teltraitement (les manuels scolaires sont plus adaptés).Le livre mobilisateur (« Muscular book ») : c’est le livre réajustable, réinscriptible, annotable,comparable, qui implique une participation corporelle et intense du lecteur (en tension, à bras-le-corps). C’est finalement un livre dont le texte s’étire et dont on peut déjà observer les transformationsavec des services comme Evernote (j’aime) ou Zotéro (j’adore). 19
  20. 20. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Le livre social : avec lui, le contenant est le manitou-web en personne. Il peut prendre des formesvariées : simples commentaires qui entourent le texte ; votes pour choisir la fin d’un livre ; livre-wiki,en gestation permanente. Evidemment, la question de la prise en compte et de l’intégration descommentaires/critiques/demandes/votes des lecteurs se pose aux auteurs.Le « livre-Staccato » : il s’agit d’un livre écrit selon des contraintes précises, qui sont celles des SMS(140 caractères). Le terme « Staccato » renvoie à une notion musicale, le phrasé en notes détachées. Ilévoque donc un livre bref, une suite de mots articulés en une phrase concise, par petites touchessuccessives. »Ainsi, ces deux typologies des livres numériques aident à définir celui-ci non seulement selon lesdifférents formes qu’il peut et pourra emprunter, mais aussi selon les multiples fonctionnalités qu’ilproposera. On peut constater que le livre numérique recouvre des œuvres et des modalités allant de lasimple version numérique d’un texte à un ouvrage « augmenté » de dispositifs multimédia, et même àdes écrits brefs relevant de messageries instantanées (SMS).Tout en donnant des éléments de réponse, ces références confirment donc les questions posées, lors del’ébauche de plan, sur le statut et la nature du livre numérique, sur la manière de le concevoir, de leproduire et de le diffuser. Ce sera une réalité multiple dans laquelle ce ne sera pas seulement du textequi sera en jeu.- Les supports du livre numériqueQuel support matériel pour ce livre numérique ? Quelle diffusion pour celui-ci ?Pour étudier le lien du texte avec son support matériel, avec "sa matérialité", on peut s’inspirerd’Emmanuël Souchier qui, dans son article « Une écriture schizophrène ? », écrit : « Depuis sesdifférentes origines, l’écriture existe à travers la relation « intime et pérenne » qui l’unit à sonsupport. » Il parle aussi de la « présence concomitante du support et du signe écrit dans sa réalitéphysique, matérielle et iconique. »Ensuite, il précise un aspect du lien entre support et écrit à reprendre quand il faudra aborder le rôle dutechnicien dans la réalisation du livre numérique : « Pour la première fois de son histoire, l’homme n’aplus directement accès à son écriture : pour avoir accès à la trace de son écriture, l’homme a besoind’un dispositif technique et d’une source d’énergie adéquate pour faire fonctionner ce dispositif. »Dans son ouvrage paru en 2011, « Après le livre », dans le chapitre dont le titre (« Un téléphone est-ilun livre ? ») touche à plein cette question du support pour l’écrit, François Bon souligne, page 78 etsuivantes, un aspect intéressant de cette nature du support. Il explique qu’avec un « téléphone-ordinateur (Smartphone) », l’utilisateur obtient « l’accès à des ressources denses aussi bien qu’à desinformations pointues, et la capacité à glisser d’un d’une ressource lente (livre) à un fil d’actualité-quel que soit l’endroit où vous êtes amenés à vous déplacer… »L’auteur rappelle le rôle des réseaux et de la connectivité permanente dans l’usage que le lecteur peutfaire du livre numérique : « avec le streaming, par Wifi ou 3G, le flux continu de donnéesaccessibles ».Ainsi, ces références contribuent à comprendre l’importance du support matériel qu’est l’écran et leterminal électronique dans le livre numérique, dans la façon de le concevoir, de le lire, d’en faireusage. Elles rappellent également que ce support matériel et l’ebook sont liés au réseau et à la capacitéde s’y connecter. 20
  21. 21. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012- L’hypertexte, l’écrit de « bifurcations », le labyrintheAvant la possibilité de se connecter via internet, la véritable révolution de l’écriture numérique, sonapport novateur dans la forme même de l’écrit, réside probablement dans l’invention de l’hypertexte.Il faut s’appuyer sur ce qu’en dit Jean Clément, dans son article « La littérature au risque dunumérique », publié dans la revue Document numérique.En page 127, il en rappelle d’abord l’origine, située hors du champ de la littérature : « L’hypertexte, ausens informatique du terme, a d’abord été un outil de recherche documentaire destiné à faciliter lanavigation dans des bases de données en s’affranchissant des contraintes d’une structuration troprigide et de langages de requête trop simplistes. »En page 119- 120, il décrit cette construction textuelle différente de la forme traditionnelle, linéaire :« Cette structure réticulaire, théorisée dès 1945 par Vannevar Bush puis par Ted Nelson en 1965 sousle nom d’hypertexte, est constituée de « noeuds » (les textes) et des liens qui les relient entre eux etque le lecteur peut activer ou non au cours de sa lecture. (…) Ce dispositif a pour corollaire unefragmentation des textes et de la lecture. » Il note encore que cet outil créé pour la documentation offreune « vraie nouveauté » dans la « constitution d’une structure en réseau qui permet de reconfigurerl’ensemble des documents selon une très grande variété de parcours répondant à des logiques quitiennent mieux compte des préoccupations des lecteurs. »Ainsi, en page 127-128, il développe les conséquences de l’hypertexte dans l’écriture, dès lors que cetype de lien est introduit dans la narration écrite : « La bifurcation, dans l’hypertexte, c’est lapossibilité de quitter une ligne de récit au profit d’une autre en cliquant sur un mot ou une phrase, deconstruire un parcours de lecture personnalisé chaque fois que l’auteur propose un lien de ce type.L’incise relève du même mécanisme, mais elle se présente plutôt comme une digression, un pas decôté dans la marche de la narration, l’occasion offerte d’une description de paysage, de rappel d’unsouvenir, etc. Dans les deux cas, l’hypertexte instrumente une démarche que le papier rend hasardeuse.Cette liberté offerte au lecteur tend à faire de lui un véritable interlocuteur, voire un complice dansl’élaboration du texte donné à lire. » Il évoque « une prolifération non contrôlée et non maîtrisable desliens hypertextuels qui plonge le lecteur dans un véritable labyrinthe. »Ainsi, le livre numérique est l’enfant non seulement de l’électronique et du réseau numérique, maisavant tout de l’hypertexte. C’est cette possibilité de bifurquer dans le texte qui change la nature mêmede l’écrit numérique.Ce récit non linéaire n’est pas l’apanage de l’écrit numérique, comme le démontre Jean Clément enpage 128 : « A vrai dire, l’hypertexte littéraire n’est que la réalisation matérialisée de tendances quiétaient déjà présentes dans le livre classique. » Il cite divers auteurs dont Jose Luis Borgès et sesréflexions de fictions différentes dans son ouvrage justement nommé « Fiction », et même la littératureorale, linéaire car l’auditeur doit subir le récit sans revenir en arrière, mais, « dans la mesure où elle estimprovisée, elle autorise des variantes que seul connaît le conteur et parmi lesquelles il peut faire unchoix. »Cependant, avec l écriture numérique et sa dimension hypertextuelle, « l’auteur coopère avec seslecteurs dans l’émergence de parcours énonciatifs singuliers et non reproductibles. »On reparlera de cette coopération avec le lecteur dans des chapitres suivants. Retenons déjà que le récitfait de bifurcation, non linéaire, devient systématique, plus ample, général avec l’écrit numérique. Etque cet aspect fait du livre numérique une étape nouvelle dans la vie des supports et des œuvresproduites. 21
  22. 22. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 20121.6.2. Comment lécrire ?Quel style d’écriture pour le livre numérique ? Quelle méthode décriture est et sera employée pour cetype d’œuvre ? Quelles seront les évolutions du contenu avec le changement de support ? Y aura-t-ildes types décrit prioritairement dévolus au livre numérique (des niches) ? Si oui, lesquels?Les textes de référence ouvrent des réponses sur ces points.- Quels éditeurs ? Quel cadre légal et éditorial ?Va-t-on vers des livres publiés uniquement en numérique, avec des éditeurs ne publiant pas une seulepage sur papier ?Sur son blog Prospective du Livre, Lorenzo Soccavo, chercheur indépendant en prospective du livre etde lédition, donne une liste d’éditeurs francophones spécialisés dans le livre numérique. En juin 2012.il recense déjà près de 80 éditeurs « pure players », c’est-à-dire publiant uniquement des livresnumériques. Ce chercheur en donne une définition : « Un éditeur pure player est un entrepreneur quipublie des livres exclusivement dans des formats numériques à destination des nouveaux dispositifs delecture. »Il croit utile de préciser ensuite : « A l’heure des e-incunables, du passage de l’édition imprimée àl’édition numérique, il peut s’agir, par extension, d’une « société fournissant des logiciels applicatifsdédiés à l’édition de livres numériques enrichis et/ou qui propose ses services comme coéditeurtechnique à des éditeurs de livres imprimés. » »D’où sa distinction en deux listes, l’une recensant les éditeurs « pure players francophones » , et uneautre, les « prestataires de services et coéditions... »- La question du physiqueDans « Après le livre », François Bon avance une remarque utile pour la compréhension duchangement du rapport physique avec le support numérique. En page 31 et suivantes, il note que « ce qui nous manque n’est pas visuel » dans le livre numérique. Il explique que la vraie différence physique dans le rapport lecteur-livre numérique tient dans le manque de contact de la surface, de l’épaisseur du livre. Dans l’imaginaire des lecteurs, un « grand » roman est épais ! En littérature classique, la forme manuscrite anticipe et appelle l’épaisseur du livre. Les familiers de l’ordinateur et de la forme d’écriture numérique ne passeront plus forcément par l’épaisseur. L’ordinateur procède, explique encore l’auteur, à une structuration verticale des ressources et applications (corbeille, dossiers…). Cette « spatialisation structurelle » implique d’autres formes d’écriture. Dans le chapitre 4 de son livre intitulé « Faut-il une table à nos ordinateurs ? », il remarque que « plus que jamais, avec le numérique, le corps écrit. » La main un des organes physiques déterminants dans la lecture de l’ebook. 22
  23. 23. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012A la page 105 et dans les suivantes, il s’interroge sur l‘influence de ce nouveau rapport physique avecle support numérique dans l’acte d’écrire : l’ordinateur, « compagnon de nos écritures », est-il « apte àrecevoir le premier surgissement, le plus fragile de l’écriture, comme le crayon » ?- Le code et l’écrivainFrançois Bon cite un article de Walter Benjamin, « Sens unique » (en page 127 de « Après le livre »),un texte évoquant dans les années 1920 l’écriture altérée par la publicité et les journaux et des formesnouvelles liées au « chaos économique » : « Des poètes (…) ne pourront collaborer à cette écriturepictographique que s’ils se rendent accessibles les domaines dans lesquels (…) s’effectue l’édificationde cette écriture : par le diagramme artistique et technique. »Cette citation semble tellement appropriée aux temps de l’écriture « pictographique » que génèrent lesréseaux numériques sociaux. Elle signifie aussi que l’auteur doit se rendre accessibles les contraintestechniques ! En informatique, il s’agit du code à propos duquel François Bon conseille aux auteurs, enpage 128 de son ouvrage : « S’approprier nous-mêmes le vocabulaire et la technique du Web, y êtreautonome. »Voilà qui ouvre aussi la discussion sur le rôle du développeur dans la création du livre numérique.Dans son article « Une écriture schizophrène ? », Emmanuël Souchier décrypte la relation de latechnique , de ceux qui la possèdent, et de l’auteur de texte : « Cet espace de transformation (coucheslogicielles qui vont du traitement machinique à l’écrit d’écran socialisé) est un espace qui, pour lesusagers, s’étale de l’invisible au lisible, de l’incompréhensible au manipulable : un espace technico-sémiotique dont le premier niveau est inaccessible à l’homme (impulsion électronique dans la matièremémoire) et dont le reste (codes, langages) est réservé à une minorité de techniciens ou d’aficionados./Le pouvoir de l’écrit a changé de mains et de castes : typographes et gens du livre ont cédé la placeaux informaticiens. »- Les contraintes techniques et les ressourcesDans leur livre « Lire, écrire, récrire », E. Souchier, Y. Jeanneret et J. Le Marec précisent, en page 23 :« On ne peut produire un texte à l’écran sans outils d’écriture en amont. »En page 133 de son ouvrage « après le livre », François Bon poursuit sur le lien entre supporttechnique et contenu : « De tous temps (…), les contraintes techniques de reproduction et de diffusionmatérielle du texte ont précédé la fixation et stabilisation des formes de fiction. » Et de citer l’intérêtde Rabelais pour l’apparition de l’imprimerie. En page 147, il insiste sur l’éventail élargi de ressourcedont dispose l’auteur d’écrits numériques : « Le navigateur concentre une large part des outils quetraditionnellement requiert l’écriture- à commencer par la variété des dictionnaires. » Notrebibliothèque est utile pour écrire.Mais, s’étonne François Bon, « comment se référer à notre exiguë bibliothèque personnelle quand lecadre même qui nous sert d’écritoire donne accès à bien plus vaste ? » En clair : on ne peut pas écriresur support numérique sans les ressources de connaissances qu’offre l’univers numérique, et enparticulier internet. Quel rédacteur écrivain sur outils numériques peut se passer de ces ressources, desencyclopédies en ligne, y compris de Wikipédia, encyclopédie gratuite, contenant des savoirs parfoiscontestés ? 23
  24. 24. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012- Les écrits numériques, écrits instables ?Dans « Après le livre », en page 264, François Bon souligne que la composition d’une œuvre ne serévèle « qu’à mesure qu’on l’écrit, ce n’est pas quelque chose qui s’amorce avec le numérique. » Ildécrit comment cette progressivité existait déjà chez Marcel Proust.En page 265, il insiste : « Dans notre histoire de la littérature, tant d’œuvres qui nous paraissentaujourd’hui comme des arborescences stables, des organisations compactes et massives, se sontpourtant constituées en restant tout au long dans cette étape. Ce n’est pas là, en soi, une rupture parrapport à l’histoire de l’imprimé : des œuvres majeures (Maupassant, Loti, mais aussi en partieMaurice Blanchot, Walter Benjamin, Henri Michaux) sont des recompositions partielles sous forme delivre de parcours ébauchés sous d’autres formats. »En page 267, il indique : « Ce qui change dans la narration est ce qui n’a jamais changé en elle, unchamp de tenseurs entre l’écart réflexif et la pratique solitaire d’une discipline, la bibliothèque quinous sert à l’exprimer, et l’expérience directe du monde. » Selon lui, le numérique déplace chacun deces rois champs, et « principalement celui de notre expérience au monde. »Ces observations induiraient donc que l’espace de rédaction numérique, que ce soit un site, ou unsupport nomade, n’est pas un espace clos. Le récit est inséré dans notre relation au réel.Si elle est avérée, la mutation de l’écrit sur support numérique produit donc, d’après ces références, unobjet non clos et moins stable que l’écrit sur papier ! Cependant, la création fractionnée e en étapes,l’écriture progressive d’une œuvre n’est pas née avec l’écrit numérique.- Le texte numérique et sa mise en forme ; l’architexteComment l’écrire signifie comment mettre en page, organiser, présenter l’écrit d’écran ?Dans leur livre « Lire, écrire, récrire », en page 24, E. Souchier, Y. Jeanneret et J. Le Marrec éclairentl’importance de la mise en forme du texte pour son appropriation par le lecteur: « Les modesd’appropriation du texte d’écran passent en premier lieu par l’institution de formes écrites et par leurreconnaissance : organisation de l’espace visuel, « pensée de l’écran », calibrage, organisation descadres, choix matérialisés par un acte de lecture gestualisé… »En page 25, ils notent à propos de l’écriture numérique : « Plus fondamentalement, l’écriture a unstatut particulier au sein des médias informatisés car elle en est tout à la fois l’objet et l’outil. » Al’écran, « entre le texte, l’image et l’image du texte, l’essentiel advient à travers un texte mis en scènegrâce à des procédés « architextuels », eux-mêmes programmés par le texte informatique. »Ils donnent une définition de cette notion d’architextuel en page 23-24 : « Du banal traitement de texteau logiciel d’écriture multimédia, on ne peut produire un texte à l’écran sans outils d’écriture situés enamont. Ainsi le texte est mis en abîme dans une autre structure textuelle, un « architexte » qui le régitet lui permet d’exister. Nous nommons architexte (de arkhè, origine et commandement), les outils quipermettent l’existence de l’écrit à l’écran et qui, non contents de représenter la structure du texte, encommandent l’exécution et la réalisation. Autrement dit, le texte naît de l’architexte qui en balisel’écriture. »Ils précisent encore « structure hybride, héritée tout à la fois de l’informatique, de la logique et de lalinguistique, l’architexte et un outil d’ingénierie textuelle qui jette un pont nécessaire entre latechnique et les langages symboliques. » 24
  25. 25. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Selon ces auteurs, le texte numérique ne se suffit pas à lui tout seul et nécessite d’autres dimensions.En page 25, ils le disent autrement : « Les médias informatisés sont définis comme des « machines àtexte » auxquelles on accède et que l’on manipule à travers et par l’écriture. »Pas de texte qui, pour « advenir aux yeux du lecteur puisse se départir de sa livrée graphique etmatérielle. Sans support, sans dessin, « l’image du texte », il ne saurait y avoir de texte, non plus qued’écriture. » Ils préviennent de la nécessité de saisir le texte numérique d’une manière différente queles autres textes : « Prendre en compte la dimension graphique, visuelle de l’écriture et, plusgénéralement, de l’information écrite, implique un autre regard, une attention autre que celled’ordinaire dévolue au texte. »Cette dimension graphique, visuelle fait selon ces auteurs, que le texte présente une résistancephysique, matérielle.Jean Clément, en pages 121-122 de son article « La littérature au risque du numérique », décrit desconséquences de la dimension graphique des écrits numériques : « A la différence du papier qui fige letexte dans une forme définitive, l’écran de l’ordinateur peut accueillir des mises en page et des choixtypographiques… modifiables à vue. Cette simple possibilité redonne aux auteurs et/ou aux lecteursune partie des prérogatives des éditeurs quant à la disposition matérielle du texte que lira le lecteur. Demanière plus spectaculaire, la mobilité ouvre la possibilité d’afficher des textes animés, dynamiques,mis en scène pour la lecture sur écran. »- Les signes, leur rôle, leur sensEn page 156 de leur livre collectif, E. Souchier, Y. Jeanneret et J. Le Marrec précisent ce que le lecteurvoit sur l’interface de l’ordinateur : « L’écrit d’écran est truffé de signes, il est surdéterminé ». Ilspoursuivent : « certains de ces signes sont purement passeurs, d’autres ne le sont pas du tout-pasd’action, pas d’effet de clic, pas de lien-, d’autres sont encore hybrides-destinés à la lecture et aupassage. » Quelles conséquences cela a-t-il sur la création et la réception de ce texte ?Les signes passeurs sont, pour ces auteurs, ceux qui servent au passage d’un niveau à l’autre del’hypertexte, qui en permettent la fonctionnalité, comme les hyperliens. L’enjeu, disent les auteurs estmoins leur définition que « de comprendre comment le lecteur perçoit et reçoit ces signes passeurs. »Il s’agira d’essayer de détecter la nature des signes, quels signes sont passeurs dans le livre numérique. Dans le livre enrichi, des éléments d’images peuvent être des signes passeurs. 25
  26. 26. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Les premiers de ces signes passeurs sont évidement les liens hypertextes qu’évoquent Jean Davallon etYves Jeanneret, dans leur article « La fausse évidence du lien hypertexte », en page 52. : « Il y a avanttout la reconnaissance de lexistence de couches de textes qui rendent possible le fonctionnement deces signes passeurs, cest-à-dire la reconnaissance de tout l’architexte qui assure la liaison entre le texteaffiché décran et linfrastructure technique (…) »Cette remarque pose la question de la littérature à l’heure de l’hypertexte, de l’usage de l’hypertextedans l’écriture littéraire, et dans le livre en général !Anne Guibert-Lassalle, dans son article « Le livre, personnage en danger », précise en page 626 : « denouveaux styles littéraires apparaissent qui brouillent la distinction entre blog et livre, écritureordinaire et conception littéraire. » L’auteur conclue : « Ces nouveaux romans sont caractérisés par untexte moins structuré, rédigé sans plan d‘ensemble apparent. La syntaxe et le lexique sont ceux de lalangue orale et les préoccupations celles du quotidien. »Alors, le livre numérique va-t-il engendrer un nouveau type de littérature ?- Un nouveau type de littérature ?En page 159 du livre « La révolution du livre numérique : état des lieux, débats, enjeux », l’éditriceTeresa Cremisi évoque les « keita Shusetsu », les « livres pour mobiles », ces textes diffusés parchapitres sur téléphones portables au Japon. Elle soulève une question qui touche à l’écriture desfutures créations écrites numériques : « le livre numérique va peut-être déboucher sur la renaissance dufeuilleton littéraire ! On pourra peut-être louer de textes comme on loue des DVD ! »Elle précise que l’édition se dirigera peut-être vers des déclinaisons différentes d’une même œuvreécrite : « un fichier spécialement destiné aux IPhones, un format en simple hypertexte pour les liseusesélectroniques et un format papier classique. » dans ces multiples variantes, elle imagine un roman« peut être entrecoupé d’images et de sons, ou encore inclure une interactivité… »Sur le site des éditions numériques Walrus Books, éditeur spécialisé dans les œuvres enrichies, JulienSimon publie un article dont le titre est un appel explicite à « Repenser la narration face aunumérique ».Jean Clément évoque, en page 127 de « La littérature au risque du numérique », de « nouvellesformes narratives » dont il dit : « En réalité, nous sommes au début d’une ère nouvelle et de nouvellesformes discursives devront être inventées pour que l’hypertexte trouve sa légitimité dans l’espaced’écriture ainsi ouvert ».- A nouvelles formes, nouveaux rôlesCes nouvelles formes de narration découlant de l’hypertexte et sa nature de fichier numériqueinflueront forcément sur la façon de produire le livre numérique. Plusieurs références choisiesmontrent que ces évolutions du livre vont aussi modifier la façon de le publier, de l’éditer, le diffuser.Elles modifieront aussi les relations entre auteurs et tous les éléments de cette chaine de création, ainsique leur rôle, notamment celui de l’éditeur.Dans l’ouvrage collectif édité par le Conseil d’analyse de la société, « La révolution du livrenumérique : état des lieux, débats, enjeux », à la page 129, François Samuelson, premier agentlittéraire en France, certifie : « je ne crois pas du tout dans la chimère selon laquelle les écrivainspourraient, demain, s’affranchir des éditeurs. « A ses yeux », est-il précisé en page 118 du mêmeouvrage, « la question des droits numériques est au cœur des discussions entre auteurs et éditeurs. » 26
  27. 27. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Surtout avec « un fichier numérique bien moins cher que le livre papier », tous les équilibres de lachaîne de production, de stockage, de commercialisation et de distribution des livres sont bouleversés.Et cela influera sur le rôle de ceux qui écriront, concevront, fabriqueront les ouvrages numériques, surla nature de leurs œuvres, leur longueur, leur découpage, la structure de leur narration. Ce querappelle, dans le même ouvrage, en page 151, l’éditrice franco-italienne Teresa Cremisi : « la chaîneéditoriale a évolué avec une extrême rapidité au cours des derniers mois » (de l’année 2010).François Samuelson souligne, en page 125, que les frais de fabrication d’un livre numérique (unfichier) sont moitié moins élevés pour un éditeur qui augmente de ce fait sa marge de 50% par rapportau livre papier. Pourtant, la rémunération des auteurs dans le cas du livre numérique est plus bassedans la plupart des contrats. Teresa Cremisi souligne, en page 152, que « dans la chaîne du livre, c’estcertainement la vente en ligne qui constitue, à ce stade, l’étape la plus fondamentale de cetterévolution. » et que cela concerne les livres numériques mais aussi « papier », « de plus en plus delecteurs utilisant le net pour trouver, choisir et commander leurs livres. »Ainsi, le livre numérique révolutionne la conception même du livre, l’acte d’écriture, mais aussi toutela chaîne de traitement éditorial et de diffusion qui prolonge l’acte du créateur du texte… jusqu’aulecteur, dont de nombreux auteurs de référence se demandent aussi quelles évolutions sa pratique etses usages vont subir.1.6.3. Comment le lire ?L’aspect fondamental que les auteurs de référence abordent en général à propos de la lecture du livrenumérique est le type de lecture qu’un écrit d’écran, sur support électronique, va engendrer. Unelecture qui se rapproche de la navigation sur média électronique ne va-t-elle pas souffrir d’un manquede concentration, de profondeur ? Si c’est le cas, elle engendrera donc d’autres liens entre lecteur ettexte, et modifiera même la nature et le contenu des textes proposés sur le livre numérique.- Le texte et l’utilisateurDans son article « Le livre, personnage en danger », à la page 625, Anne Guibert-Lassalle avance :« Les logiciels de recherche numériques sur internet nous ont déjà accoutumés à ce mode de lecturetransversale et pointilliste », qu’auparavant l’auteur oppose à ce qu’elle qualifie de « lecture cursivetraditionnelle » à laquelle, selon elle, notre culture doit se montrer « infidèle ».Après avoir décrit combien l’hypertexte change l’abord de l’écrit par le lecteur, Jean Clément, enpages121-122 de « La littérature au risque du numérique », souligne l’importance de l’interactivité,« c’est-à-dire la possibilité pour le lecteur d’intervenir dans le processus même de l’écriture par deschoix qui influeront sur les textes qui lui seront donnés à lire, ou plus simplement sur l’ordre danslequel ils apparaîtront à l’écran. »Dans l’ouvrage « Lire, écrire, récrire », E. Souchier, Y. Jeanneret et J. Le Marec évoquent en page 81les « deux représentations courantes de ce qu’est la lecture de l’écrit de réseau. La première considèreque lire, c’est faire- au sens de naviguer- ; l’autre, que faire c’est lire- au sens de s’informer. Pour lapremière, il n’y a pas de texte mais de l’usage ; pour la seconde, il n’existe que de l’information, toutle reste relevant de la technique. » Ils soulignent donc le rôle de la technique et du support matérieldans l’écrit numérique.Ces deux représentations concernent-elles le livre numérique où il ya navigation, mais différente quesur internet ? A laquelle des deux cas se réfère-t-il ? Faut-il « chercher à comprendre comment le texteconduit l’utilisateur « à faire pour lire », alors qu’il est venu « lire pour faire ». » ces deux cas defigure sont-ils pertinents pour le livre numérique ? Parle-t-on de la même navigation, du même acte de« faire » dans un ebook qui simule le feuilletage de pages de livre, et dans un site internet ? 27
  28. 28. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012Les questions à approfondir sont : le livre numérique est-il un texte en réseau comme les autres, mêmes’il n’est pas un site internet ? Il est obtenu via le réseau, peut-être actualisé via le réseau, déjà et de enplus en plus commenté en permanence sur des sites spécialisés, ou sur les pages des ebooks eux-mêmes, via la connectivité qui relie le livre ouvert au réseau. Ces analyses sur l’écrit de réseausemblent donc pouvoir être utilisées pour le livre numériqueEn page 92 de leur livre, les chercheurs se demandent : « Comment lit-on sur l’écran ? Comment s’yrepère-t-on et qu’en retient-on ? » Questions à prolonger pour le cas de cet écran de liseuse ou tablette,si différent, en position verticale plus qu’horizontale. Ils poursuivent : « En quel sens y-a-t-il du textesur les supports numériques ? » Dans le cas qui nous intéresse, en quel sens y-a-t-il un livre sur lelecteur nomade de livre numérique, sur le Smartphone, la tablette ? Les auteurs disent partager l’avisde Roger Chartier (Cf. références en note page 52) : « le changement de matérialité du texte n’est pasle simple transfert d’un objet inchangé. »Selon tous ces auteurs, le livre numérique paraît donc être autre chose que le « transfert » du livrepapier sur support électronique. Il se passe un changement radical du livre avec le passage au livrenumérique. Une autre sorte de livre semble bien en train de naître, du point de vue de l’écrivaincomme de celui du lecteur.- La machine et ses contraintes ; le lecteur, interprète du texteCes auteurs nous aideront aussi à comprendre la nature même du texte numérique affiché sur l’écrandu lecteur de livre numérique.En page 26 de « Lire, écrire, récrire », ils précisent : « le signe est considéré comme polysémique et« structurellement dépendant de son contexte » (note P.26 : expression empruntée à Anne MarieChristin, « l’image écrite ou la déraison graphique ».) D’où le « rôle central du lecteur ». Selon eux,celui est dit « actif ». Il « intègre dans son activité interprétative le texte (l’écriture) ainsi que lecontexte. »En page 96, ils prolongent leur hypothèse : « les médias informatisés proposent une forme de texteparticulière. » Ils rajoutent : « nous sommes face à un texte qui n’en est pas tout à fait un. » Ilsrecensent les « changements majeurs dans la forme du texte ». En pages 97-98, ils remarquent : « alorsque le texte est imprimé sur le support papier, il est ici seulement stocké dans une « matière-mémoire » au sein de la machine. » Ce qui rompt « le lien matériel qui unit traditionnellement le signeau dispositif médiatique ».Ils évoquent les « contraintes d’affichage » qui font « l’originalité du média » : « pour la première fois,l’écrit est cantonné sur une surface exigüe et unique, précisant « le média et le cadre se confondentdans la peine unicité de l’espace de lecture. ».Le texte en réseau est « un objet structuré à plusieurs niveaux dont une partie seulement « est présenteaux yeux du lecteur. » Ils observent que cela a des conséquences sur les pratiques du lecteur, sur larelation texte/lecteur (P.99). « Il devient d’abord plus difficile de distinguer l’utilisation d’un objettechnique de l’acte de lecture. » 28
  29. 29. M1 CPEAM « LE LIVRE NUMERIQUE, COMMENT LECRIRE ET LE LIRE » - TPR PHILIPPE BAYLE 2012 Le texte est stocké dans une « matière-mémoire au sein de la machine ».Ainsi, lecture et utilisation de la machine sont étroitement liées. Ce qui a des conséquences sur lafaçon même dont le lecteur reçoit le texte numérique, « la mise en contexte de l’écrit est de moins enmoins assurée explicitement par le texte et de plus en plus portée à la charge du lecteur ». Cela induitl’importance du lecteur, de celui qui interprète le texte.En page 99, les auteurs poursuivent : « Le texte (note : en réseau) devient un objet mobile, auxcontours multiples, enchevêtrés, superposés, si bien qu’il appartient au lecteur de reconnaître leslimites du texte, et même de se poser ou de ne pas se poser la question de ces limites. »Ainsi, on peut en conclure qu’un lecteur de livre numérique ne sera pas un lecteur de livre papier. Quele même lecteur devant le même texte affiché sur écran ou imprimé sur papier ne recevra pas cet écritde la même façon, qu’il le lira et l’interprètera de manière différente.- « Lire et voir »En page 191, les auteurs de « Lire, écrire, récrire » expliquent que « l’écrit d’écran privilégiesciemment l’organisation graphique de la page. » Ils précisent : « la page écran », très hétérogène,« mélange dans un même espace plusieurs niveaux de discours. Ce qu’on désigne comme signespasseurs, ce sont des éléments de texte qui forment l’une des composantes du texte global mais qui ontaussi une autre fonction : celle d’amener à/vers un autre élément de texte qui n’est pas immédiatementprésent dans le cadre général mais qui peut être sollicité pour apparaître (…). »On comprend qu’ils titrent le paragraphe suivant : « entre lire et voir ». Cela met en valeur l’aspectgraphique du texte écran, ses différents niveaux de visualisation et de lecture, ses signes passeurs : ilfaut se demander en quoi cela se retrouve sur le livre numérique, qui semble un texte moins« habillé », moins « mis en scène », plus sobre dans sa mise en page. Le livre numérique serait doncd’abord un objet qui se « voit ».Les chercheurs soulignent dans leur ouvrage le décalage entre l’espace de représentation et espace réelgénéré par l’organisation du texte : au sein de cet espace, s’élaborent de nouveaux comportements delecture. Quels sont ces nouveaux comportements avec le livre numérique ? Quelles différences y-a-t-ildans ces comportements avec ceux observés dans la lecture sur internet, et dans la lecture des livressur papier ? 29

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