Aristote

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Aristote

  1. 1. ARISTOTE (384-322) - Philosophie empirique - Physique Politique Métaphysique De l’âme Éthique à Nicomaque Poétique Rhétorique Analytiques Histoire des animaux La constitution d’Athènes Lettre à Alexandre Pierre Baribeau (2011) Ἀριστοτέλης
  2. 2. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>Aristote, inventeur de la logique : </li></ul><ul><li>«Philosophe grec, Aristote naît à Stagire (actuelle Stavros) en Macédoine en 384 av. J-C. Aristote est un penseur. Il n’est pas un scientifique tel qu’on pourrait aujourd’hui l’imaginer, mais philosophe, savant. A cette époque, les hommes de sciences ne se limitent pas à approfondir leurs connaissances dans un domaine précis ; ainsi, Aristote a écrit un grand nombre de traités sur des sujets divers (histoire naturelle, politique, philosophie, physique, métaphysique …). Il est le créateur de la logique formelle. Il fait partie de ces hommes, à l’instar de Ptolémée, qui influenceront les astronomes arabes et les futurs grands astronomes…» </li></ul>
  3. 3. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…d’occident comme Copernic, Galilée, etc … de part leur conception du monde et de la réalité des choses, de l’espace, de Dieu et de la création du monde. Enfin, il est de ces hommes qui ont posé les fondations de l’édifice de notre civilisation, qui se construit encore aujourd’hui, jour après jour. </li></ul><ul><li>La vie d’Aristote : </li></ul><ul><li>Aristote est né en 384 avant Jésus Christ à Stagire, en Macédoine (province grecque). Fils de Nicomaque, médecin au service de Amyntas II, roi de Macédoine. A l’époque, la Macédoine est une puissance politique montante, et ses monarques s’approprient petit…» </li></ul>
  4. 4. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…à petit la culture d’une Grèce qu’ils soumettront bientôt politiquement et militairement. Le père d’Aristote meurt alors qu’il est encore enfant, Proxène d’Atarnée devient son tuteur. A dix-huit ans, Aristote part pour Athènes et devient élève à l’Académie de Platon, dirigée par le mathématicien et astronome Eudoxe (Platon est alors en Sicile). Après s’être retrouvé en position délicate suite au massacre des habitants d’Olynthe (ville amie d’Athènes) par Philippe II de Macédoine en 348, Aristote décide de quitter Athènes pour rejoindre Atarnée. Il retrouve là-bas une communauté platonicienne. Les cinq années que passe Aristote dans l’île de Lesbos sont consacrées en grande partie à…» </li></ul>
  5. 5. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…l’étude de la biologie et plus particulièrement des animaux. C’est à cette époque qu’Aristote entame la rédaction du célèbre recueil Histoire des animaux . En 342, Philippe de Macédoine fait venir Aristote à Pella pour en faire le précepteur de son fils Alexandre (futur Alexandre le Grand). En 340, après lui avoir enseigné la poésie et la politique, Aristote termine son préceptorat lorsque Alexandre est nommé régent du royaume. On lui accorde le droit de reconstruire sa ville natale, Stagire, qui fut détruite par les macédoniens en 349. En 334, il retourne à Athènes fonder le Lycée, école rivale de l’Académie, avec qui la rupture est consommée. C’est là qu’il composera la plupart de ses…» </li></ul>
  6. 6. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…ouvrages, il y enseigne en marchant dans les jardins, suivi de ses élèves : les péripatéticiens. Aristote se brouille alors avec Alexandre car il est en désaccord avec sa politique d’assimilation des perses. En 323, Alexandre le Grand meurt et Athènes se soulève contre les macédoniens. Aristote s’enfuit avec sa femme et ses enfants vers Chalcis, il y mourra à 62 ans, la même année. Théophraste, son ami de vingt ans, lui succèdera à la direction du Lycée. </li></ul><ul><li>La philosophie d’Aristote : </li></ul><ul><li>Les travaux scientifiques d’Aristote, basés sur l’observation et l’expérimentation, interviennent essentiellement dans les domaines…» </li></ul>
  7. 7. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…de la biologie, de l’astronomie et de la physique. Il prône l’observation systématique des faits avant toute réflexion. Il partage le savoir en trois champs de l’activité humaine : l’art, la morale et la science. Il lie également politique et éthique : selon lui, la plus haute forme de société ne peut être que la démocratie. Aristote est surtout connu pour ses idées philosophiques, où il reprend certaines idées de son maître Platon, comme l’immortalité de l’âme et la nature divine des corps célestes, mais où il remet également en cause certaines théories du maître. Pour lui l’homme est un être de raison, mais également dominé par ses sens, qui précèdent selon lui l’acte de raison. Il affirme que…» </li></ul>
  8. 8. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…la raison est vide avant que les sens n’entrent en action. L’homme est un animal raisonnable. Aristote est le père de la zoologie. Il établira d’ailleurs une classification des êtres vivants, suivant l’importance de leur âme. Car pour Aristote, chaque être vivant possède une âme, mais de nature différente : âme nutritive, sensitive, appétitive, et locomotive. Seul l’homme est doté d’une âme rationnelle. Il édifie donc une échelle de la nature, qui tend vers une complexité croissante de l’âme, suivant cet ordre : la matière inanimée, les plantes, les éponges, les méduses, les mollusques … jusqu’au sommet où figurent les mammifères et l’homme. Cette classification servira d’ailleurs aux scientifiques …» </li></ul>
  9. 9. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…jusqu’au XVIIIème siècle !! L’existence de la faune et la flore se justifie alors par leur utilité à l’égard de leur prédateur, dont le dernier maillon est incarné par l’homme. La nature devient alors un phénoménal effort pour s’élever jusqu’à la pensée, et à la conscience de sa propre existence. Il introduit une conception des phénomènes de causalité dans la nature, qu’il divise en quatre : la cause matérielle, la cause efficiente, la cause formelle et enfin la cause finale. C’est cette dernière qui fonde le principe d’Aristote sur la finalité des choses. En effet, son intime conviction est que tout obéit à un dessein qui nous dépasse. De ce fait, chez l’homme : la cause matérielle est constituée du sang, …» </li></ul>
  10. 10. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…des os et de la chair, la cause efficiente est un autre homme (son père), la cause formelle est sa forme d’homme, la cause finale est de perpétuer l’espèce et entrer en rapport avec Dieu. Pour Aristote, Dieu est l’organisateur du monde. Il est la pensée suprême, la cause efficiente et finale du monde : il se pense lui-même. Ce n’est pas un Dieu personnel et providentiel mais le principe premier, la première cause. Il n’est pas créateur mais cause logique. Au XIIIème siècle, la pensée médiévale était très influencée par Aristote. Ainsi, Saint Thomas d’Aquin tentera de concilier la philosophie aristotélicienne et la foi révélée des Écritures. La philosophie médiévale va donc rajouter à …» </li></ul>
  11. 11. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…la théorie aristotélicienne l’idée de la révélation qui n’existe pas chez Aristote, l’idée que je peux connaître Dieu par la pensée, mais que je peux aussi le découvrir par la révélation. Il y a deux révélations : l’Écriture et la révélation intérieure. Aristote, lui, se limitait à la raison. D’un point de vue physique, Aristote conçoit le monde comme clos, fini et hiérarchisé. Pour lui, la Terre se trouve au centre, fixe et immobile. Il décrit une frontière entre deux mondes que marquerait l’orbite de la Lune. Le monde serait corruptible en deçà de la frontière (monde sublunaire), en proie au devenir, et il serait incorruptible au-delà (monde supralunaire). Au-delà, se trouve la sphère des fixes qui tient les étoiles. </li></ul>
  12. 12. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«Il adopte néanmoins l’idée de rotondité de la Terre, supposition confirmée par l’observation des bateaux disparaissant derrière l’horizon. Aristote tente également de poser les premières briques de la théorie de la gravité, en expliquant pourquoi les objets tombent ou montent. Il conceptualise l’univers comme composé de quatre éléments : air, eau, feu et terre. Il les ordonne ensuite en strates dont la Terre serait le centre. Ainsi, tout objet qui se composerait majoritairement d’un des quatre éléments tendrait invariablement vers la sphère qui lui est associée. Par conséquent, les humains et les roches, constitués de terre, tomberaient, mais l’air et le feu monteraient et l’eau s’écoulerait…» </li></ul>
  13. 13. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…entre terre et air. Selon Aristote, il existe deux sortes de corps : les graves (lourds) et les légers. Les graves (gravité) sont les corps qui tendent à tomber vers le bas et les légers ceux qui tombent vers le haut (ex : fumées, nuages). Il explique cela par le fait que tout corps tend à rejoindre son « lieu naturel », le lieu naturel des graves étant le centre de la Terre et celui des légers dans la sphère des fixes. Aristote pense que la nature est en perpétuel manque. Il distingue l’acte et la puissance. La puissance est ce que possède une chose pour passer d’un état à un autre. Par exemple, un enfant est un adulte en puissance. C’est cette puissance qui est un manque. Un être qui ne manquerait…» </li></ul>
  14. 14. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…de rien ne serait pas en puissance, il serait acte pur, il serait Dieu. L’acte est ce que possède réellement un être. L’adulte est adulte en acte. L’acte est antérieur à la puissance dans le sens où la puissance désire l’acte et va vers lui. Un peintre se fait une représentation mentale de son œuvre finie avant qu’il n’ait commencé à peindre. L’adulte est antérieur à l’enfant dans le sens où l’enfant veut devenir adulte. L’acte est antérieur en tant qu’il est fin et que la fin est toujours présente avant la réalisation. Aristote remarque que le vers est couché, le quadrupède est plus haut mais à quatre pattes, le chimpanzé est debout mais courbé, l’homme est debout et droit. Il en déduit que la fin du vers…» </li></ul>
  15. 15. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«…est de devenir un quadrupède, le quadrupède veut devenir un chimpanzé, le chimpanzé veut devenir un homme. On note une ébauche de pensée de la théorie de l’évolution de Darwin, par sélection et pression naturelle. Quelle est la fin de l’homme ? Devenir Dieu, s’élever pour accéder à l’éternité, à la forme pure et à l’acte pur où il n’y aurait plus de manque. Aristote est également le père de la logique. Il l’invente sous la forme du syllogisme. Le syllogisme est un raisonnement déductif en trois propositions. Par exemple : Tous les animaux sont mortels, or l’homme est un animal, donc tous les hommes sont mortels.» </li></ul>
  16. 16. BIOGRAPHIE & PHILOSOPHIE D’ARISTOTE <ul><li>«Il énonce également les trois principes sans lesquels aucune pensée logique n’est possible: - Le principe d’identité : A est A - Le principe de tiers exclu : si deux propositions sont contradictoires, alors l’une est vraie et l’autre est forcément fausse. - Le principe de non contradiction : on ne peut pas à la fois affirmer quelque chose et son contraire.» </li></ul><ul><li>Source: http://www.astropolis.fr/articles/Biographies-des-grands-savants-et-astronomes/Aristote/astronomie-Aristoteles-Aristote.html </li></ul>
  17. 17. PLATON & ARISTOTE <ul><li>Les deux philosophes avaient pour but de décrire l’état des êtres comme ils sont réellement. #1 . Dans leur manière de vivre, Platon écrit sur les mérites de la vertu dans la communauté sociale. Les vertus de l’âme sont les premières choses auxquelles l’homme doit s’élever. Aristote propose une manière de vivre qui est semblable. Il voit dans l’âme une puissance bienfaitrice qu’il faut orienter vers la collaboration sociale pour jouir des agréments de la vie civile. #2 . Dans leur méthode, Platon a recours aux mythes, aux allégorie et aux énigmes. Aristote a choisi la méthode de l’explication et de l’élaboration. Ses écrits sont descriptifs, et ce, sans artifices littéraires. Bien que divergentes, elles mènent vers une intention commune: la stimulation de l’intellect. </li></ul>
  18. 18. PLATON & ARISTOTE <ul><li>#3 . Concernant leur définition de la substance, pour Platon, c’est celle qui est la plus primordiale, qui est la plus proche de l’intellect et de l’âme, donc la plus universelle. Pour Aristote, la substance la meilleure est celle qui sont dans les individus, donc la plus particulière. Bien que divergentes, en définissant la substance, ils tentent de définir l’être. #4 . Sur les caractères moraux de l’âme, pour Platon elles sont naturelles et l’emportent sur l’habitude. La manière dont un citoyen acquiert ses caractères moraux dépend de l’organisation politique de la cité. Valorise-t-elle la vertu ou le vice? Pour Aristote, les caractères moraux sont des habitudes qui peuvent changer. Ils ne sont pas naturels mais peuvent s’acquérir par l’exercice. Chez les deux philosophes, la cité… </li></ul>
  19. 19. PLATON & ARISTOTE <ul><li>… joue un rôle prépondérant dans l’éducation de ses citoyens. #5 . Sur le commencement de l’apprentissage, pour Platon c’est une réminiscence. L’âme connaît déjà, elle ne fait que se ressouvenir des formes qu’elle a vu autrefois dans le monde intelligible. Pour Aristote, l’apprentissage s’introduit dans l’âme cognitive grâce aux instruments de la perception. Les sens ne perçoivent que les particuliers. Dans les deux opinions, l’âme est le point de départ d’une démarche intentionnelle: fuir l’ignorance pour tendre vers la connaissance des choses. #6 . Sur l’éternité du monde et de la création, pour Platon il a été engendré par un démiurge qui agit en tant qu’agent et que tout effet qui est engendré par lui est différent de lui. Pour Aristote, le monde … </li></ul>
  20. 20. PLATON & ARISTOTE <ul><li>… n’a pas de commencement dans le temps. Le temps n’est que le nombre du mouvement de la sphère céleste. C’est dans le mouvement de la sphère que résulte le temps. Le monde n’a pas été engendré morceau par morceau mais en une seule fois. Chez les deux philosophes, le monde n’est pas une création hasardeuse mais l’œuvre d’une divinité responsable de son organisation. #7 . Sur la théorie des idées, pour Platon il existe des formes séparées des êtres de la terre dans le monde divin. Ces formes constituent en quelque sorte des modèles: ils sont immuables et ne périssent jamais. Ils sont les véritables êtres parce qu’ils ne changent pas. Pour Aristote, les formes ne sont pas séparées du monde terrestre. Le créateur est la … </li></ul>
  21. 21. PLATON & ARISTOTE <ul><li>… perfection et tout ce qui découle de lui ne peut que lui être inférieur. Puisque son essence est inaltérable, les substances sur terre possèdent une portion de son être. Chez les deux philosophes, il existe des formes inaltérables et parfaites dont les individus et les choses sur terre ne sont que des images. #8 . Sur l’âme, pour Platon la noblesse et l’excellence sont des vertus supérieures vers lesquelles les âmes doivent s’élever. Son but est de se libérer de sa prison corporelle, qui ne lui fait voir que les particuliers, pour revenir dans le monde intelligible, là où sont les formes universelles. Pour Aristote, l’intellect est la partie la plus noble de l’âme. Les âmes sont unis à la portion de la divinité qu’ils possèdent. Chez les deux philosophes, l’âme est … </li></ul>
  22. 22. PLATON & ARISTOTE <ul><li>… ...l’intermédiaire entre l’intellect et la nature. Le corps n’est qu’un réceptacle tandis que l’âme tend vers le Bien suprême. ||| En résumé, Platon emprunta la voie des dialogues dans sa plus belle prose grecque, alors qu’Aristote, qui était plutôt un naturaliste qu’un conteur, a choisi la voie du syllogisme et de la logique pour décrire la réalité. Aristote est plus sobre dans son style. Il multiplie les descriptions avant d’approfondir ses idées. Il critique ouvertement les penseurs qui l’ont précédé, en particulier les présocratiques, dont il considère que l’ensemble de leurs réflexions étaient inachevées ou incorrectes. La critique de Platon est également au centre de son œuvre. Il s’intéressa aux mêmes problèmes que son maître mais les développa différemment sans avoir recours au monde intelligible. </li></ul>
  23. 23. - PHYSIQUE - Aristote contemplant le buste d’Homère (Rembrandt - 1653)
  24. 24. - PHYSIQUE - <ul><li>« § 1 . Comme on ne parvient à comprendre et à savoir quelque chose dans tout sujet de recherches méthodiques où il y a des principes, des causes et des éléments, que du moment où on les connaît; car on ne pense jamais connaître une chose que quand on en connaît les causes premières, les principes premiers, et jusqu'à ses éléments; de même aussi pour la science de la nature, il est évident que l'on doit tout d'abord prendre soin de déterminer ce qui regarde les principes. § 2 . La marche qui semble ici toute naturelle, c’est de procéder des choses qui sont plus connues et plus claires pour nous, aux choses qui sont plus claires et plus connues par leur propre nature. En effet, les choses qui sont notoires absolument, et les choses qui sont notoires pour nous, ne sont pas les mêmes ; et voilà comment c'est une nécessité de commencer par les choses qui, bien que plus obscures par nature, …» </li></ul>
  25. 25. - PHYSIQUE - <ul><li>«…sont cependant plus notoires pour nous, afin de passer ensuite aux choses qui sont naturellement plus claires et plus connues en soi. § 3 . Ce qui est d'abord pour nous le plus notoire et le plus clair, c'est ce qui est le plus composé et le plus confus. Mais ensuite en partant de ces composés mêmes, les éléments et les principes nous sont rendus clairs par les divisions que nous en faisons. § 4 . Ainsi donc il faut s'avancer du général au particulier ; car le tout que donne la sensation est plus connu ; et le général est une espèce de tout, puisque le général contient dans son ensemble une foule de choses à l'état de simples parties. § 5 . C'est un rapport assez analogue à celui-là, que les noms des choses soutiennent avec les définitions. Les noms, en effet, expriment aussi une totalité quelconque; mais ils l'expriment d'une manière indéterminée ; par exemple, le mot Cercle, que la définition…» </li></ul>
  26. 26. - PHYSIQUE - <ul><li>«…résout ensuite dans ses éléments particuliers. § 6 . C'est encore ainsi que les enfants appellent d'abord Papa et Maman, tous les hommes, toutes les femmes, qu'ils voient; mais plus tard ils les distinguent fort bien les uns et les autres. </li></ul><ul><li>§ 1 . Nécessairement il doit y avoir dans l'être ou un principe unique ou plusieurs principes. En supposant que ce principe soit unique, il doit être, ou immobile, comme le prétendent Parménide et Mélissus, ou mobile, comme l'affirment les Physiciens, soit qu'ils trouvent ce premier principe dans l'air, soit qu'ils le trouvent dans l'eau. En admettant qu'il y a plusieurs principes, ces principes sont en nombre fini et infini ; s'ils sont finis, mais en étant toujours plus d'un, ils sont alors deux, trois, quatre ou tel autre nombre ; s'ils sont infinis, ils peuvent être comme l'entend Démocrite, d'un seul et même genre, ne différant qu'en …» </li></ul>
  27. 27. - PHYSIQUE - <ul><li>«…figure et en espèce ; ou bien ils vont même jusqu'à être contraires § 2 . C'est encore une étude toute pareille que font les philosophes qui recherchent quel est le nombre des êtres ; car ils recherchent d'abord si la source d'où sortent les êtres et les choses, est un principe unique, ou bien si ce sont plusieurs principes ; puis en supposant qu'il y ait plusieurs principes, ils se demandent s'ils sont finis ou infinis. Par conséquent, c'est rechercher encore si le principe et l'élément des choses est unique, ou s'il y en a plusieurs. § 3 . Cependant, étudier cette question de savoir si l'être est un et immobile, ce n'est plus étudier la nature ; car de même que le Géomètre n'a plus rien à dire à un adversaire qui lui nie ses principes, et que cette discussion appartient dès lors à une autre science que la géométrie ou à une science commune de tous les principes, de même le philosophe qui …» </li></ul>
  28. 28. - PHYSIQUE - <ul><li>«…s'occupe des principes de la nature, ne doit pas accepter la discussion sur ce terrain. Du moment, en effet, que l'être est un, et un au sens d'immobilité où on le prétend, il n'y a plus à, proprement dire de principe, puisqu'un principe est toujours le principe d'une ou de plusieurs autres choses. § 4 . Examiner si l'être est en ce sens, revient tout a fait à discuter telle autre thèse tout aussi vaine, parmi celles qui ne sont avancées que pour le besoin de la dispute, comme la fameuse thèse d'Héraclite. Autant vaudrait soutenir que l'être entier se concentre dans un seul individu de l'espèce humaine. § 5 . Au fond, c'est simplement réfuter un argument captieux, défaut que présentent les deux opinions de Mélissus et de Parménide ; car elles reposent toutes deux sur des prémisses fausses, et elles ne concluent pas régulièrement. Mais le raisonnement de Mélissus est encore le plus …» </li></ul>
  29. 29. - PHYSIQUE - <ul><li>«…grossier, et il ne peut pas même causer la moindre hésitation ; car il suffit d'une seule donnée absurde pour que toutes les conséquences le soient également ; et c'est une chose des plus faciles à voir. § 6 . Quant à nous, posons comme un principe fondamental que les choses de la nature, soit toutes, soit quelques-unes au moins sont soumises au mouvement ; et c'est là un fait que l'induction ou l'observation nous apprend avec toute évidence. § 7 . Mais, en même temps, nous ne prétendrons point répondre à toutes les questions, et nous ne réfuterons que les erreurs que l'on commet dans les démonstrations en partant des principes ; nous laisserons de côté toutes celles qui n'en partent pas. C'est ainsi, par exemple, que c'est au géomètre de réfuter la démonstration de la quadrature du cercle par les segments; mais le géomètre n'a plus rien à faire avec celle d'Antiphon.» </li></ul>
  30. 30. - PHYSIQUE - <ul><li>« § 8 . Néanmoins, comme sans traiter précisément de la nature, ces philosophes touchent à des questions physiques, il sera peut-être utile d'en dire ici quelques mots : car ces recherches ne laissent pas que d’avoir leur côté de philosophie. </li></ul><ul><li>[…] § 1 . La méthode que nous comptons suivre sera de traiter d'abord de la génération des choses dans toute son étendue ; car il est conforme à l'ordre naturel d'expliquer en premier lieu les conditions communes, pour arriver ensuite à étudier les propriétés particulières. § 2 . Quand nous disons qu'une chose vient d'une autre chose, et que telle, chose devient différente de ce qu'elle était, nous pouvons employer ou des termes simples ou des termes composés. Or, voici ce que j'entends par là : quand je veux exprimer, par exemple, qu'un homme devient musicien, je puis dire ou que le non-musicien devient musicien, ou …» </li></ul>
  31. 31. - PHYSIQUE - <ul><li>«…qu'un homme qui n'est pas musicien devient un homme musicien. J'appelle terme simple ce qui devient quelque chose, soit ici l'homme, soit le non-musicien ; et ce qu'il devient est également un terme simple, à savoir musicien. Au contraire, le terme s'appelle composé quand on exprime à la fois et le sujet qui devient quelque chose et ce qu'il devient : par exemple, quand on dit que l'homme non-musicien devient homme musicien. § 3 . De ces deux expressions, l'une signifie non seulement qu'une chose devient telle chose, mais encore qu'elle provient de telle situation antérieure ; et, ainsi, un homme devient musicien de non-musicien qu'il était auparavant. Mais l'autre expression ne se prend pas universellement ; car elle ne veut pas dire que d'homme l'être est devenu musicien ; mais elle dit seulement que l'homme est devenu musicien. § 4 . Dans les choses qui se produisent ainsi, au sens où…» </li></ul>
  32. 32. - PHYSIQUE - <ul><li>«…nous entendons que des termes simples peuvent devenir quelque chose, il y a une partie qui subsiste en devenant quelque chose, et une autre qui ne subsiste pas. Ainsi, l'homme en devenant musicien subsiste en tant qu'homme, et il est homme ; mais le non-musicien, ou ce qui n'est pas musicien, ne subsiste point, que ce terme d'ailleurs soit simple ou complexe. § 5 . Ceci une fois établi, on peut, dans tous les cas de génération, observer, pour peu qu'on y regarde, qu'il faut toujours, ainsi que nous venons de le dire, qu'il y ait une certaine partie qui subsiste et demeure pour supporter le reste. § 6 . Ce qui subsiste, bien qu'il soit toujours un sous le rapport du nombre, ne l'est pas toujours dans la forme ; et, par la forme, j'entends aussi la définition qui remplace le sujet. L'un subsiste, tandis que l'autre ne subsiste pas. Ce qui subsiste, c'est ce qui n'est pas susceptible d'opposition, et …» </li></ul>
  33. 33. - PHYSIQUE - <ul><li>«…l'homme subsiste de cette manière ; mais le musicien et le non-musicien ne subsistent pas ainsi, pas plus que ne subsiste le composé sorti de la combinaison des deux termes : je veux dire l'homme non-musicien. § 7 . Mais cette expression qu'une chose sortant de tel état, devient ou ne devient pas telle autre, s'applique plus particulièrement aux choses qui, par elles-mêmes, ne subsistent pas : par exemple, on dit que de non-musicien on devient musicien ; mais on ne dit pas que d'homme on devienne musicien. Néanmoins, on emploie parfois une pareille locution même pour les substances ; et l'on dit à ce point de vue que la statue vient de l'airain, et non pas que l'airain devient statue. En parlant de ce qui est opposé et ne subsiste pas, on se sert indifféremment des deux expressions, et l'on dit ou que la chose vient de telle autre chose ou qu'elle devient telle autre chose.» </li></ul>
  34. 34. - PHYSIQUE - <ul><li>«Ainsi, de non-musicien on devient musicien, et le non-musicien devient musicien. Voilà comment on s'exprime aussi de même pour le composé, puisque l'on dit également que de l'homme non-musicien vient le musicien, ou bien que l'homme non-musicien devient musicien. § 8 . Comme le mot Devenir peut avoir plusieurs acceptions, et comme on doit dire de certaines choses non pas qu'elles deviennent et naissent d'une manière absolue, mais qu'elles deviennent quelqu'autre chose, Devenir pris absolument ne pouvant s'appliquer qu'aux seules substances, il est clair que pour tout le reste il faut nécessairement qu'il y ait, au préalable, un sujet qui devient telle ou telle chose. Ainsi, la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, ne deviennent et ne se produisent qu'à l'occasion d'un certain sujet, attendu que la substance est la seule qui n'est jamais l'attribut de quoi que ce soit, tandis que …» </li></ul>
  35. 35. - PHYSIQUE - <ul><li>«…tous les autres termes sont les attributs de la substance. § 9 . Que les substances proprement dites, et en général tous les êtres qui existent absolument, viennent d'un sujet antérieur, c'est ce qu'on voit clairement, si l'on veut y regarder. Toujours il y a un être subsistant préalablement d'où naît celui qui naît et devient : les plantes et les animaux, par exemple, qui viennent d'une semence. Tout, ce qui naît et devient, généralement parlant, naît, soit par une transformation, comme la statue qui vient de l'airain ; soit par une addition, comme tous les êtres qui s'accroissent en se développant ; soit par une réduction, comme un Hermès, qu'on tire d'un bloc de pierre ; soit par un arrangement, comme la maison ; soit enfin par une altération, comme les choses qui souffrent un changement dans leur matière. Or, il est bien clair que, pour tout ce qui naît et se produit ainsi, il faut que tout cela vienne…» </li></ul>
  36. 36. - PHYSIQUE - <ul><li>«…de sujets qui existent antérieurement. § 10 . Il résulte donc clairement de tout ce qui précède que tout ce qui devient et se produit est toujours complexe, et qu'il y a tout à la fois et une certaine chose qui se produit et une certaine autre chose qui devient celle-là. J'ajoute qu'on peut même distinguer deux nuances dans cette dernière : ou c'est le sujet même, ou c'est l'opposé ; j'entends par l'opposé le non-musicien, et le sujet c'est l'homme, dans l'exemple cité plus haut. L'opposé, c'est ce qui est privé de la forme, ou de la figure, ou de l'ordre ; et le sujet, c'est l'or, l'airain ou la pierre. § 11 . Une conséquence évidente de ceci, c'est que, puisqu'il y a des principes et des causes de tous les êtres qui sont dans la nature, principes primordiaux qui font de ces êtres ce qu'ils sont et ce qu'ils deviennent, non point par accident, mais tels que chacun d'eux est dénommé dans son essence, tout ce qui devient et se …» </li></ul>
  37. 37. - PHYSIQUE - <ul><li>«…produit vient à la fois et du sujet et de la forme. Ainsi, l'homme devenu musicien est d'une certaine façon composé de l'homme et du musicien, puisque vous pourriez résoudre les définitions de l'un dans les définitions des deux autres ; et, par conséquent, on peut dire évidemment que tout ce qui devient et se produit vient toujours de ces principes. § 12 . Le sujet est un numériquement, bien que spécifiquement il soit deux. Aussi, l'homme ou l'or, ou, d'une manière générale, la matière, est numérable ; car elle est davantage telle ou telle chose réelle, et ce qui se produit ne vient pas d'elle seulement par accident, tandis que la privation et l'opposition sont purement accidentelles. § 13 . Quant à l'espèce, elle est une ; et, par exemple, c'est l'ordre, la musique, ou tel autre attribut de ce genre. § 14 . Ainsi, on peut dire en un sens que les principes sont au nombre de…» </li></ul>
  38. 38. - PHYSIQUE - <ul><li>«…deux, et l'on peut dire en un autre sens qu'ils sont trois. § 15 . En un sens aussi ce sont des contraires, quand on dit, par exemple, le musicien et le non-musicien, le chaud et le froid, l'organisé et l'inorganisé ; mais, à un autre point de vue, ce ne sont pas des contraires, puisqu'il est impossible que les contraires agissent jamais l'un sur l'autre. Mais on peut répondre à cette difficulté, en disant que le sujet est différent et qu'il n'est pas du tout un contraire. § 16 . Par conséquent, en un certain sens, les principes ne sont pas plus nombreux numériquement. Toutefois, ils ne sont pas absolument et purement deux, attendu que leur essence est différente ; et ils sont plutôt trois, puisque, par exemple, l'essence de l'homme est autre que l'essence du non-musicien, comme celle du non-figuré est autre que celle de l'airain. § 17 . Nous avons donc exposé quel est le nombre…» </li></ul>
  39. 39. - PHYSIQUE - <ul><li>«…des principes dans la génération des choses naturelles, et nous avons expliqué ce nombre. De plus, il est également clair qu'il faut un sujet aux contraires et que les contraires sont deux. Mais, à un autre point de vue, ceci même n'est pas nécessaire ; et l'un des deux contraires suffit pour produire le changement par sa présence ou par son absence. §18 . Pour bien savoir ce qu'est cette nature, cette matière première qui sert de support, on peut recourir à une analogie : ainsi, ce que l'airain est à la statue ou ce que le bois est au lit, ou bien encore ce que sont à toutes les choses qui ont reçu une forme, la matière et le non-figuré avant qu'ils aient pris leur forme propre, cette nature qui sert de support l'est à la substance, à l'objet réel, à ce qui est, à l'être. § 19 . Elle est donc à elle seule un principe ; mais elle n'est pas une, et elle ne fait pas un être, comme le fait un objet individuel et particulier ; elle est une …» </li></ul>
  40. 40. - PHYSIQUE - <ul><li>.«…seulement en tant que sa notion est une, bien qu'elle ait en outre son contraire, qui est la privation. § 20 . En résumé, on a expliqué dans ce qui précède comment les principes sont deux et comment ils sont aussi davantage ; car, d'abord on avait montré que les principes ne peuvent être que les contraires, et ensuite on a dû ajouter qu'il fallait nécessairement un sujet à ces contraires, et que par conséquent il y a trois principes, Maintenant ce qu'on vient de dire ici montre bien quelle est la différence des contraires, comment les principes sont les uns à l'égard des autres, et ce que c'est que le sujet qui sert de support. Ce qui n'est pas encore éclairci, c'est de savoir si l'essence des choses est ou la forme ou le sujet. Mais ce qu'on sait à cette heure, c'est qu'il y a trois principes ; c'est en quel sens ils sont trois, et de quelle façon ils le sont. Telle est notre théorie sur le nombre et sur la nature des principes.» </li></ul>_
  41. 41. - POLITIQUE - L’école d’Athènes (Raphaël - 1511) Au centre de la fresque, Platon pointe vers le ciel du monde intelligible et Aristote abaisse sa main vers le sol du monde empirique.
  42. 42. - POLITIQUE - <ul><li>«[…] § 1 . Maintenant que nous connaissons positivement les parties diverses dont l'État s'est formé, il faut nous occuper tout d'abord de l'économie qui régit les familles, puisque l'État est toujours composé de familles. Les éléments de l'économie domestique sont précisément ceux de la famille elle-même, qui, pour être complète, doit comprendre des esclaves et des individus libres. Mais comme, pour se rendre compte des choses, il faut soumettre d'abord à l'examen les parties les plus simples, et que les parties primitives et simples de la famille sont le maître et l'esclave, l'époux et la femme, le père et les enfants, il faudrait étudier séparément ces trois ordres d'individus, et voir ce qu'est chacun d'eux et ce qu'il doit être. § 2 . On a donc à considérer, d'une part, l'autorité du maître, puis, l'autorité conjugale ; car la langue grecque n'a pas de mot particulier pour exprimer ce rapport de l'homme et de la…» </li></ul>
  43. 43. - POLITIQUE - <ul><li>«…femme; et enfin, la génération des enfants, notion à laquelle ne répond pas non plus un mot spécial. A ces trois éléments que nous venons d'énumérer, on pourrait bien en ajouter un quatrième, que certains auteurs confondent avec l'administration domestique, et qui, selon d'autres, en est au moins une branche fort importante ; nous l'étudierons aussi : c'est ce qu'on appelle l'acquisition des biens. Occupons-nous d'abord du maître et de l'esclave, afin de connaître à fond les rapports nécessaires qui les unissent, et afin de voir en même temps si nous ne pourrions pas trouver sur ce sujet des idées plus satisfaisantes que celles qui sont reçues aujourd'hui. § 3 . On soutient d'une part qu'il y a une science propre au maître et qu'elle se confond avec celle de père de famille, de magistrat et de roi, ainsi que nous l'avons dit en débutant. D'autres, au contraire, prétendent que le …» </li></ul>
  44. 44. - POLITIQUE - <ul><li>«…pouvoir du maître est contre nature; que la loi seule fait des hommes libres et des esclaves, […] la nature ne met aucune différence entre eux et même, par suite, que l'esclavage est inique, puisque la violence l'a produit. § 4 . D'un autre côté, la propriété est une partie intégrante de la famille et la science de la possession fait aussi partie de la science domestique, puisque, sans les choses de première nécessité, les hommes ne sauraient vivre, ni vivre heureux. Il s'ensuit que, comme les autres arts, chacun dans sa sphère, ont besoin, pour accomplir leur oeuvre, d'instruments spéciaux, la science domestique doit avoir également les siens. Or, parmi les instruments, les uns sont inanimés, les autres vivants ; par exemple, pour le patron du navire, le gouvernail est un instrument sans vie, et le matelot qui veille à la proue, un instrument vivant, l'ouvrier, dans les arts, étant considéré comme un…» </li></ul>
  45. 45. - POLITIQUE - <ul><li>«…véritable instrument. D'après le même principe, on peut dire que la propriété n'est qu'un instrument de l'existence, la richesse une multiplicité d'instruments, et l'esclave une propriété vivante ; seulement, en tant qu'instrument, l'ouvrier est le premier de tous. § 5 . Si chaque instrument, en effet, pouvait, sur un ordre reçu, ou même deviné, travailler de lui-même, comme les statues de Dédale, ou les trépieds de Vulcain, « qui se rendaient seuls, dit le poète, aux réunions des dieux »; si les navettes tissaient toutes seules ; si l'archet jouait tout seul de la cithare, les entrepreneurs se passeraient d'ouvriers, et les maîtres, d'esclaves. Les instruments, proprement dits, sont donc des instruments de production ; la propriété au contraire est simplement d'usage. Ainsi, la navette produit quelque chose de plus que l'usage qu'on en fait ; mais un vêtement, un lit, ne donnent que cet usage …» </li></ul>
  46. 46. - POLITIQUE - <ul><li>«…même. § 6 . En outre, comme la production et l'usage diffèrent spécifiquement, et que ces deux choses ont des instruments qui leur sont propres, il faut bien que les instruments dont elles se servent aient entre eux une différence analogue. La vie est l'usage, et non la production des choses ; et l'esclave ne sert qu'à faciliter tous ces actes d'usage. Propriété est un mot qu'il faut entendre comme on entend le mot partie : la partie fait non seulement partie d'un tout, mais encore elle appartient d'une manière absolue à une chose autre qu'elle-même. Et pareillement pour la propriété : le maître est simplement le maître de l'esclave, mais il ne tient pas essentiellement à lui ; l'esclave, au contraire, est non seulement l'esclave du maître, mais encore il en relève absolument. § 7 . Ceci montre nettement ce que l'esclave est en soi et ce qu'il peut être. Celui qui, par une loi de nature, ne …» </li></ul>
  47. 47. - POLITIQUE - <ul><li>«…s'appartient pas à lui-même, mais qui, tout en étant homme, appartient à un autre, celui-là est naturellement esclave. Il est l'homme d'un autre, celui qui en tant qu'homme devient une propriété ; et la propriété est un instrument d'usage et tout individuel. § 8 . Il faut voir maintenant s'il est des hommes ainsi faits par la nature, ou bien s'il n'en existe point ; si, pour qui que ce soit, il est juste et utile d'être esclave, ou bien si tout esclavage est un fait contre nature. La raison et les faits peuvent résoudre aisément ces questions. L'autorité et l'obéissance ne sont pas seulement choses nécessaires ; elles sont encore choses éminemment utiles. Quelques êtres, du moment même qu'ils naissent, sont destinés, les uns à obéir, les autres à commander, bien qu'avec des degrés et des nuances très diverses pour les uns et pour les autres. L'autorité s'élève et s'améliore dans la même mesure que les êtres qui …» </li></ul>
  48. 48. - POLITIQUE - <ul><li>«…l'appliquent ou qu'elle régit. Elle vaut mieux dans les hommes que dans les animaux, parce que la perfection de l'oeuvre est toujours en raison de la perfection des ouvriers; et une oeuvre s'accomplit partout où se rencontrent l'autorité et l'obéissance. § 9 . Ces deux éléments d'obéissance et de commandement se retrouvent dans tout ensemble, formé de plusieurs choses arrivant à un résultat commun, qu'elles soient d'ailleurs séparées ou continues. C'est là une condition que la nature impose à tous les êtres animés ; et l'on pourrait même découvrir quelques traces de ce principe jusque dans les objets sans vie : telle est, par exemple, l'harmonie dans les sons. Mais ceci nous entraînerait peut-être trop loin de notre sujet. § 10 . D'abord, l'être vivant est composé d'une âme et d'un corps, faits naturellement l'une pour commander, l'autre pour obéir. C'est là du moins le voeu de la …» </li></ul>
  49. 49. - POLITIQUE - <ul><li>«…nature, qu'il importe de toujours étudier dans les êtres développés suivant ses lois régulières, et non point dans les êtres dégradés. Cette prédominance de l'âme est évidente dans l'homme parfaitement sain d'esprit et de corps, le seul que nous devions examiner ici. Dans les hommes corrompus ou disposés à l'être, le corps semble parfois dominer souverainement l'âme, précisément parce que leur développement irrégulier est tout à fait contre nature. § 11 . Il faut donc, je le répète, reconnaître d'abord dans l'être vivant l'existence d'une autorité pareille tout ensemble et à celle d'un maître et à celle d'un magistrat ; l'âme commande au corps comme un maître à son esclave ; et la raison, à l'instinct, comme un magistrat, comme un roi. Or, évidemment on ne saurait nier qu'il ne soit naturel et bon pour le corps d'obéir à l'âme ; et pour la partie sensible de notre être, d'obéir à la …» </li></ul>
  50. 50. - POLITIQUE - <ul><li>«…raison et à la partie intelligente. L'égalité ou le renversement du pouvoir entre ces divers éléments leur serait également funeste à tous. § 12 . Il en est de même entre l'homme et le reste des animaux : les animaux privés valent naturellement mieux que les animaux sauvages ; et c'est pour eux un grand avantage, dans l'intérêt même de leur sûreté, d'être soumis à l'homme. D'autre part, le rapport des sexes est analogue ; l'un est supérieur à l'autre : celui-là est fait pour commander, et celui-ci, pour obéir. § 13 . C'est là aussi la loi générale qui doit nécessairement régner entre les hommes. Quand on est inférieur à ses semblables autant que le corps l'est à l'âme, la brute, à l'homme, et c'est la condition de tous ceux chez qui l'emploi des forces corporelles est le seul et le meilleur parti à tirer de leur être, on est esclave par nature. Pour ces hommes-là, ainsi que pour les autres êtres dont nous …» </li></ul>
  51. 51. - POLITIQUE - <ul><li>«…venons de parler, le mieux est de se soumettre à l'autorité du maître ; car il est esclave par nature, celui qui peut se donner à un autre ; et ce qui précisément le donne à un autre, c'est qu'il ne peut aller qu'au point de comprendre la raison quand un autre la lui montre ; mais il ne la possède pas par lui-même. Les autres animaux ne peuvent pas même comprendre la raison, et ils obéissent aveuglément à leurs impressions. § 14 . Au reste, l'utilité des animaux privés et celle des esclaves sont à peu près les mêmes : les uns comme les autres nous aident, par le secours de leurs forces corporelles, à satisfaire les besoins de l'existence. La nature même le veut, puisqu'elle fait les corps des hommes libres différents de ceux des esclaves, donnant à ceux-ci la vigueur nécessaire dans les gros ouvrages de la société, […]» </li></ul>
  52. 52. - POLITIQUE - <ul><li>« § 18 . Il y a quelques gens qui, frappés de ce qu'ils croient un droit, et une loi a bien toujours quelque apparence de droit, avancent que l'esclavage est juste quand il résulte du fait de la guerre. Mais c'est se contredire ; car le principe de la guerre elle-même peut être injuste, et l'on n'appellera jamais esclave celui qui ne mérite pas de l'être ; autrement, les hommes qui semblent les mieux nés pourraient devenir esclaves, et même par le fait d'autres esclaves, parce qu'ils auraient été vendus comme prisonniers de guerre. Aussi, les partisans de cette opinion ont-ils soin d'appliquer ce nom d'esclave seulement aux Barbares et de le répudier pour leur propre nation. Cela revient donc à chercher ce que c'est que l'esclavage naturel ; et c'est là précisément ce que nous nous sommes d'abord demandé. § 19 . Il faut, de toute nécessité, convenir que certains hommes seraient partout esclaves…» </li></ul>
  53. 53. - POLITIQUE - <ul><li>«…, et que d'autres ne sauraient l'être nulle part. Il en est de même pour la noblesse : les gens dont nous venons de parler se croient nobles, non seulement dans leur patrie, mais en tous lieux ; à leur sens, les Barbares, au contraire, ne peuvent être nobles que chez eux. Ils supposent donc que telle race est d'une manière absolue libre et noble, et que telle autre ne l'est que conditionnellement. C'est l'Hélène de Théodecte qui s'écrie : De la race des dieux de tous côtés issue, Qui donc du nom d'esclave oserait me flétrir? Cette opinion revient précisément à fonder sur la supériorité et l'infériorité naturelles toute la différence de l'homme libre et de l'esclave, de la noblesse et de la roture. C'est croire que de parents distingués sortent des fils distingués, de même qu'un homme produit un homme, et qu'un animal produit un animal. Mais il est vrai que bien souvent la nature veut le faire sans …» </li></ul>
  54. 54. - POLITIQUE - <ul><li>«…le pouvoir. § 20 . On peut donc évidemment soulever cette discussion avec quelque raison, et soutenir qu'il y a des esclaves et des hommes libres par le fait de la nature ; on peut soutenir que cette distinction subsiste bien réellement toutes les fois qu'il est utile pour l'un de servir en esclave, pour l'autre de régner en maître; on peut soutenir enfin qu'elle est juste, et que chacun doit, suivant le voeu de la nature, exercer ou subir le pouvoir. Par suite, l'autorité du maître sur l'esclave est également juste et utile; ce qui n'empêche pas que l'abus de cette autorité ne puisse être funeste à tous deux. L'intérêt de la partie est celui du tout; l'intérêt du corps est celui de l'âme ; l'esclave est une partie du maître ; c'est comme une partie de son corps, vivante, bien que séparée. Aussi entre le maître et l'esclave, quand c'est la nature qui les a faits tous les deux, il existe un intérêt commun, une …» </li></ul>
  55. 55. - POLITIQUE - <ul><li>«…bienveillance réciproque ; il en est tout différemment quand c'est la loi et la force seule qui les ont faits l'un et l'autre. § 21 . Ceci montre encore bien nettement que le pouvoir du maître et celui du magistrat sont très distincts, et que, malgré ce qu'on en a dit, toutes les autorités ne se confondent pas en une seule : l'une concerne des hommes libres, l'autre des esclaves par nature ; l'une, et c'est l'autorité domestique, appartient à un seul, car toute famille est régie par un seul chef ; l'autre, celle du magistrat, ne concerne que des hommes libres et égaux. § 22 . On est maître, non point parce qu'on sait commander, mais parce qu'on a certaine nature ; on est esclave ou homme libre par des distinctions pareilles. Mais il serait possible de former les maîtres à la science qu'ils doivent pratiquer tout aussi bien que les esclaves ; et l'on a déjà professé une science des esclaves à Syracuse, où, pour de …» </li></ul>
  56. 56. - POLITIQUE - <ul><li>«…l'argent, on instruisait les enfants en esclavage de tous les détails du service domestique. On pourrait fort bien aussi étendre leurs connaissances et leur apprendre certains arts, comme celui de préparer les mets, ou tout autre du même genre, puisque tels services sont plus estimés ou plus nécessaires que tels autres, et que, selon le proverbe : « Il y a esclave et esclave, il y a maître et maître ». § 23 . Tous ces apprentissages forment la science des esclaves. Savoir employer des esclaves forme la science du maître, qui est maître bien moins en tant qu'il possède des esclaves, qu'en tant qu'il en use. Cette science n'est, il est vrai, ni bien étendue, ni bien haute ; elle consiste seulement à savoir commander ce que les esclaves doivent savoir faire. Aussi, dès qu'on peut s'épargner cet embarras, on en laisse l'honneur à un intendant, pour se livrer à la vie politique ou à la philosophie. La …» </li></ul>
  57. 57. - POLITIQUE - <ul><li>«…science de l'acquisition, mais de l'acquisition naturelle et juste, est fort différente des deux autres sciences dont nous venons de parler; elle a tout à la fois quelque chose de la guerre et quelque chose de la chasse. </li></ul><ul><li>§ 1 . Puisque aussi bien l'esclave fait partie de la propriété, nous allons étudier, suivant notre méthode ordinaire, la propriété en général et l'acquisition des biens. La première question est de savoir si la science de l'acquisition ne fait qu'un avec la science domestique, ou si elle en est une branche, ou seulement un auxiliaire. Si elle en est l'auxiliaire, est-ce comme l'art de faire des navettes sert à l'art de tisser ? ou bien comme l'art de fondre les métaux sert au statuaire ? Les services de ces deux arts subsidiaires sont en effet bien distincts : là, c'est l'instrument qui est fourni ; ici, c'est la matière. J'entends par …» </li></ul>
  58. 58. - POLITIQUE - <ul><li>«…matière la substance qui sert à confectionner un objet : par exemple, la laine pour le fabricant, l'airain pour le statuaire. Ceci montre que l'acquisition des biens ne se confond pas avec l'administration domestique, puisque l'une emploie ce que l'autre fournit. A qui appartient-il, en effet, de mettre en oeuvre les fonds de la famille, si ce n'est à l'administration domestique ? § 2 . Reste à savoir si l'acquisition des choses n'est qu'une branche de cette administration, ou bien une science à part. D'abord, si celui qui possède cette science doit connaître les sources de la richesse et de la propriété, on doit convenir que la propriété et la richesse embrassent des objets bien divers. En premier lieu, on peut se demander si l'art de l'agriculture, et en général la recherche et l'acquisition des aliments, est compris dans l'acquisition des biens, ou s'il forme un mode spécial d'acquérir. § 3 . Mais les …» </li></ul>
  59. 59. - POLITIQUE - <ul><li>«…genres d'alimentation sont extrêmement variés ; et de là, cette multiplicité de genres de vie chez l'homme et chez les animaux, dont aucun ne peut subsister sans aliments. Par suite, ce sont précisément ces diversités-là qui diversifient les existences des animaux. Dans l'état sauvage, les uns vivent en troupes, les autres s'isolent, selon que l'exige l'intérêt de leur subsistance, parce que les uns sont carnivores, les autres frugivores, et les autres omnivores. C'est pour leur faciliter la recherche et le choix des aliments que la nature leur a déterminé un genre spécial de vie. La vie des carnivores et celle des frugivores diffèrent justement en ce qu'ils n'aiment point par instinct la même nourriture, et que chacun d'eux a des goûts particuliers. § 4 . On en peut dire autant des hommes. Leurs modes d'existence ne sont pas moins divers. Les uns, dans un désoeuvrement absolu, sont nomades ; …» </li></ul>
  60. 60. - POLITIQUE - <ul><li>«…sans peine et sans travail, ils se nourrissent de la chair des animaux qu'ils élèvent. Seulement, comme leurs troupeaux sont forcés, pour trouver pâture, de changer constamment de place, eux aussi sont contraints de les suivre ; c'est comme un champ vivant qu'ils cultivent. D'autres subsistent de proie ; mais la proie des uns n'est pas celle des autres : pour ceux-ci, c'est le pillage ; pour ceux-là, c'est la pêche, quand ils habitent le bord des étangs ou des marais, les rivages des fleuves ou de la mer ; d'autres chassent les oiseaux et les bêtes fauves. Mais la majeure partie du genre humain vit de la culture de la terre et de ses fruits. § 5 . Voici donc à peu près tous les modes d'existence où l'homme n'a besoin d'apporter que son travail personnel, sans demander sa subsistance aux échanges ou au commerce : nomade, agriculteur, pillard, pêcheur ou chasseur. Des peuples vivent à …» </li></ul>
  61. 61. - POLITIQUE - <ul><li>«…l'aise en combinant ces existences diverses, et en empruntant à l'une de quoi remplir les lacunes de l'autre : ils sont à la fois nomades et pillards, cultivateurs et chasseurs, et ainsi des autres, qui embrassent le genre de vie que le besoin leur impose. § 6 . Cette possession des aliments est, comme on peut le voir, accordée par la nature aux animaux aussitôt après leur naissance, et tout aussi bien après leur entier développement. Certains animaux, au moment même de la ponte, produisent en même temps que le petit la nourriture qui doit lui suffire jusqu'à ce qu'il soit en état de se pourvoir lui-même. C'est le cas des vermipares et des ovipares. Les vivipares portent pendant un certain temps en eux-mêmes les aliments des nouveau-nés ; ce qu'on nomme le lait n'est pas autre chose. § 7 . Cette possession des aliments est également acquise aux animaux quand ils sont entièrement …» </li></ul>
  62. 62. - POLITIQUE - <ul><li>«…développés ; et il faut croire que les plantes sont faites pour les animaux, et les animaux, pour l'homme. Privés, ils le servent et le nourrissent ; sauvages, ils contribuent, si ce n'est tous, au moins la plupart, à sa subsistance et à ses besoins divers ; ils lui fournissent des vêtements et encore d'autres ressources. Si donc la nature ne fait rien d'incomplet, si elle ne fait rien en vain, il faut nécessairement qu'elle ait créé tout cela pour l'homme. § 8 . Aussi la guerre est-elle encore en quelque sorte un moyen naturel d'acquérir, puisqu'elle comprend cette chasse que l'on doit donner aux bêtes fauves et aux hommes qui, nés pour obéir, refusent de se soumettre ; c'est une guerre que la nature elle-même a faite légitime. Voilà donc un mode d'acquisition naturelle, faisant partie de l'économie domestique, qui doit le trouver tout fait ou se le procurer, sous peine de ne point accumuler ces …» </li></ul>
  63. 63. - POLITIQUE - <ul><li>«…indispensables moyens de subsistance sans lesquels ne se formeraient, ni l'association de l'État, ni l'association de la famille. § 9 . Ce sont même là, on peut le dire, les seules véritables richesses et les emprunts que le bien-être peut faire à ce genre d'acquisition sont bien loin d'être illimités, comme Solon l'a poétiquement prétendu : L'homme peut sans limite augmenter ses richesses. C'est qu'au contraire, il y a ici une limite comme dans tous les autres arts. En effet il n'est point d'art dont les instruments ne soient bornés en nombre et en étendue ; et la richesse n'est que l'abondance des instruments domestiques et sociaux. Il existe donc évidemment un mode d'acquisition naturelle commun aux chefs de famille et aux chefs des États. Nous avons vu quelles en étaient les sources. § 10 . Reste maintenant cet autre genre d'acquisition qu'on appelle plus particulièrement, et à juste titre, …» </li></ul>
  64. 64. - POLITIQUE - <ul><li>«…l'acquisition des biens ; et pour celui-là, on pourrait vraiment croire que la richesse et la propriété peuvent s'augmenter indéfiniment. La ressemblance de ce second mode d'acquisition avec le premier, est cause qu'ordinairement on ne voit dans tous deux qu'un seul et même objet. Le fait est qu'ils ne sont ni identiques, ni bien éloignés ; le premier est naturel ; l'autre ne vient pas de la nature, et il est bien plutôt le produit de l'art et de l'expérience. Nous en commencerons ici l'étude. §11 . Toute propriété a deux usages, qui tous deux lui appartiennent essentiellement, sans toutefois lui appartenir de la même façon : l'un est spécial à la chose, l'autre ne l'est pas. Une chaussure peut à la fois servir à chausser le pied ou à faire un échange. On peut du moins en tirer ce double usage. Celui qui, contre de l'argent ou contre des aliments, échange une chaussure dont un autre a besoin, emploie …» </li></ul>
  65. 65. - POLITIQUE - <ul><li>«…bien cette chaussure en tant que chaussure, mais non pas cependant avec son utilité propre ; car elle n'avait point été faite pour l'échange. J'en dirai autant de toutes les autres propriétés ; l'échange, en effet, peut s'appliquer à toutes, puisqu'il est né primitivement entre les hommes de l'abondance sur tel point et de la rareté sur tel autre, des denrées nécessaires à la vie. § 12 . Il est trop clair que, dans ce sens, la vente ne fait nullement partie de l'acquisition naturelle. Dans l'origine, l'échange ne s'étendait pas au delà des plus stricts besoins, et il est certainement inutile dans la première association, celle de la famille. Pour qu'il se produise, il faut que déjà le cercle de l'association soit plus étendu. Dans le sein de la famille, tout était commun ; parmi les membres qui se séparèrent, une communauté nouvelle s'établit pour des objets non moins nombreux que les premiers, mais différents, …» </li></ul>
  66. 66. - POLITIQUE - <ul><li>«…et dont on dut se faire part suivant le besoin. C'est encore là le seul genre d'échange que connaissent bien des nations barbares ; il ne va pas au delà du troc des denrées indispensables ; c'est, par exemple, du vin donné ou reçu pour du blé; et ainsi du reste. § 13 . Ce genre d'échange est parfaitement naturel, et n'est point, à vrai dire, un mode d'acquisition, puisqu'il n'a d'autre but que de pourvoir à la satisfaction de nos besoins naturels. C'est là, cependant, qu'on peut trouver logiquement l'origine de la richesse. A mesure que ces rapports de secours mutuels se transformèrent en se développant, par l'importation des objets dont on était privé et l'exportation de ceux dont on regorgeait, la nécessité introduisit l'usage de la monnaie, les denrées indispensables étant, en nature, de transport difficile. § 14 . On convint de donner et de recevoir dans les échanges une matière qui, utile …» </li></ul>
  67. 67. - POLITIQUE - <ul><li>«…par elle-même, fût aisément maniable dans les usages habituels de la vie ; ce fut du fer, par exemple, de l'argent, ou telle autre substance analogue, dont on détermina d'abord la dimension et le poids, et qu'enfin, pour se délivrer des embarras de continuels mesurages, on marqua d'une empreinte particulière, signe de sa valeur.  § 15 . Avec la monnaie, née des premiers échanges indispensables, naquit aussi la vente, autre forme d'acquisition, excessivement simple dans l'origine, mais perfectionnée bientôt par l'expérience, qui révéla, dans la circulation des objets, les sources et les moyens de profits considérables. § 16 . Voilà comment il semble que la science de l'acquisition a surtout l'argent pour objet, et que son but principal est de pouvoir découvrir les moyens de multiplier les biens ; car elle doit créer les biens et l'opulence. C'est qu'on place souvent l'opulence dans …» </li></ul>
  68. 68. - POLITIQUE - <ul><li>«…l'abondance de l'argent, parce que c'est sur l'argent que roulent l'acquisition et la vente ; et cependant cet argent n'est en lui-même qu'une chose absolument vaine, n'ayant de valeur que par la loi et non par la nature, puisqu'un changement de convention parmi ceux qui en font usage peut le déprécier complètement, et le rendre tout à fait incapable de satisfaire aucun de nos besoins. En effet, un homme, malgré tout son argent, ne pourra-t-il pas manquer des objets de première nécessité ? Et n'est-ce pas une plaisante richesse que celle dont l'abondance n'empêche pas de mourir de faim ? C'est comme ce Midas de la mythologie, dont le voeu cupide faisait changer en or tous les mets de sa table. § 17 . C'est donc avec grande raison que les gens sensés se demandent si l'opulence et la source de la richesse ne sont point ailleurs ; et certes la richesse et l'acquisition naturelles, objet…» </li></ul>
  69. 69. - POLITIQUE - <ul><li>«…de la science domestique, sont tout autre chose. Le commerce produit des biens, non point d'une manière absolue, mais par le déplacement d'objets déjà précieux en eux-mêmes. Or c'est l'argent qui paraît surtout préoccuper le commerce ; car l'argent est l'élément et le but de ses échanges ; et la fortune qui naît de cette nouvelle branche d'acquisition semble bien réellement n'avoir aucune borne. La médecine vise à multiplier ses guérisons à l'infini; comme elle, tous les arts placent dans l'infini l'objet qu'ils poursuivent, et tous y prétendent de toutes leurs forces. Mais du moins les moyens qui les conduisent à leur but spécial sont limités, et ce but lui-même leur sert à tous de borne ; bien loin de là, l'acquisition commerciale n'a pas même pour fin le but qu'elle poursuit, puisque son but est précisément une opulence et un enrichissement indéfinis. § 18 . Mais si l'art de cette richesse n'a …» </li></ul>
  70. 70. - POLITIQUE - <ul><li>«…pas de bornes, la science domestique en a, parce que son objet est tout différent. Ainsi, l'on pourrait fort bien croire à première vue que toute richesse sans exception a nécessairement des limites. Mais les faits sont là pour nous prouver le contraire ; tous les négociants voient s'accroître leur argent sans aucun terme. Ces deux espèces si différentes d'acquisition, employant le même fonds qu'elles recherchent toutes deux également, quoique dans des vues bien diverses, l'une ayant un tout autre but que l'accroissement indéfini de l'argent, qui est l'unique objet de l'autre, cette ressemblance a fait croire à bien des gens que la science domestique avait aussi la même portée; et ils se persuadent fermement qu'il faut à tout prix conserver ou augmenter à l'infini la somme d'argent qu'on possède.  § 19 . Pour en venir là, il faut être préoccupé uniquement du soin de vivre, sans songer à vivre …» </li></ul>
  71. 71. - POLITIQUE - <ul><li>«…comme on le doit. Le désir de la vie n'ayant pas de bornes, on est directement porté à désirer, pour le satisfaire, des moyens qui n'en ont pas davantage. Ceux-là mêmes qui s'attachent à vivre sagement recherchent aussi des jouissances corporelles ; et comme la propriété semble encore assurer ces jouissances, tous les soins des hommes se portent à amasser du bien ; de là, naît cette seconde branche d'acquisition dont je parle. Le plaisir ayant absolument besoin d'une excessive abondance, on cherche tous les moyens qui peuvent la procurer. Quand on ne peut les trouver dans les acquisitions naturelles, on les demande ailleurs ; et l'on applique ses facultés à des usages que la nature ne leur destinait pas. § 20 . Ainsi, faire de l'argent n'est pas l'objet du courage, qui ne doit nous donner qu'une mâle assurance ; ce n'est pas non plus l'objet de l'art militaire ni de la médecine, qui …» </li></ul>
  72. 72. - POLITIQUE - <ul><li>«…doivent nous donner, l'un la victoire, l'autre la santé ; et cependant, on ne fait de toutes ces professions qu'une affaire d'argent, comme si c'était là leur but propre et que tout en elles dût viser à atteindre ce but. Voilà donc ce que j'avais à dire sur les divers moyens d'acquérir le superflu ; j'ai fait voir ce que sont ces moyens, et comment ils peuvent nous devenir un réel besoin. Quant à l'art de la véritable et nécessaire richesse, j'ai montré qu'il était tout différent de celui-là ; qu'il n'était que l'économie naturelle, uniquement occupée du soin de la subsistance ; art non pas infini comme l'autre, mais ayant au contraire des limites positives. § 21 . Ceci rend parfaitement claire la question que nous nous étions d'abord posée, à savoir si l'acquisition des biens est ou non l'affaire du chef de famille et du chef de l'État. Il est vrai qu'il faut toujours supposer la préexistence de ces biens. Ainsi, la politique …» </li></ul>
  73. 73. - POLITIQUE - <ul><li>«…même ne fait pas les hommes ; elle les prend tels que la nature les lui donne, et elle en use. De même, c'est à la nature de nous fournir les premiers aliments, qu'ils viennent de la terre, de la mer, ou de toute autre source ; c'est ensuite au chef de famille de disposer de ces dons comme il convient de le faire ; c'est ainsi que le fabricant ne crée pas la laine ; mais il doit savoir l'employer, en distinguer les qualités et les défauts, et connaître celle qui peut servir et celle qui ne le peut pas. §22 . On pourrait demander encore pourquoi, tandis que l'acquisition des biens fait partie du gouvernement domestique, la médecine lui est étrangère, bien que les membres de la famille aient besoin de santé tout autant que de nourriture, ou de tel autre objet indispensable pour vivre. En voici la raison : si d'un côté le chef de famille et le chef de l'État doivent s'occuper de la santé de leurs administrés, d'un autre…» </li></ul>
  74. 74. - POLITIQUE - <ul><li>...«…côté, ce soin regarde, non point eux, mais le médecin. De même, les biens de la famille, jusqu'à certain point, concernent son chef, et, jusqu'à certain point, concernent non pas lui, mais la nature qui doit les fournir. C'est exclusivement à la nature, je le répète, de donner le premier fonds. C'est à la nature d'assurer la nourriture à l'être qu'elle crée ; et, en effet, tout être reçoit les premiers aliments de celui qui lui transmet la vie. Voilà aussi pourquoi les fruits et les animaux forment un fonds naturel que tous les hommes savent exploiter. § 23 . L'acquisition des biens étant double, comme nous l'avons vu, c'est-à-dire à la fois commerciale et domestique, celle-ci nécessaire et estimée à bon droit, celle-là dédaignée non moins justement comme n'étant pas naturelle, et ne résultant que du colportage des objets, on a surtout raison d'exécrer l'usure, parce qu'elle est un mode d'acquisition né de l'argent lui-même, et ne lui donnant pas la destination pour laquelle on l'avait créé. L'argent ne devait servir qu'à l'échange; et l'intérêt qu'on en tire le multiplie lui-même, comme l'indique assez le nom que lui donne la langue grecque. Les pères ici sont absolument semblables aux enfants. L'intérêt est de l'argent issu d'argent, et c'est de toutes les acquisitions celle qui est la plus contraire à la nature.» </li></ul>_
  75. 75. - MÉTAPHYSIQUE - Le monde géocentrique imaginé par Aristote
  76. 76. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>« § 1 . Ce mot d'Être peut recevoir plusieurs acceptions, comme l'a montré l'analyse que nous en avons faite antérieurement, en traitant des sens divers de ce mot. Être peut signifier, d'une part, la substance de la chose et son existence individuelle; d'autre part, il signifie qu'elle a telle qualité, telle quantité, ou tel autre des différents attributs de cette sorte. § 2 .  Du moment que l'Être peut s'énoncer sous tant de formes, il est clair que l'Être premier entre tous est celui qui exprime ce qu'est la chose, c'est-à-dire son existence substantielle. Ainsi, quand nous voulons désigner la qualité d'une chose, nous disons qu'elle est bonne ou mauvaise; et alors nous ne disons pas plus que sa longueur est de trois coudées que nous ne disons qu'elle est un homme. Tout au contraire, si nous voulons exprimer ce qu'est la chose elle-même, nous ne disons plus qu'elle est blanche, ou chaude, ou de trois coudées…» </li></ul>
  77. 77. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…; nous disons simplement que c'est un homme, ou un Dieu. § 3 . Toutes les autres espèces de choses ne sont appelées des êtres que parce que les unes sont des quantités de l'Être ainsi conçu ; les autres, des qualités; celles-ci, des affections ; celles-là, telle autre modification analogue. § 4 .  Aussi, l'on peut se demander si chacune de ces façons d'être, qu'on désigne par ces mots Marcher, Se bien porter, S'asseoir, sont bien de l'Être ou n'en sont pas; et la même question se représente pour toutes les autres classes qu'on vient d'énumérer. Aucun de ces êtres secondaires n'existe naturellement en soi, et ne peut être séparé de la substance individuelle; et ceci doit paraître d'autant plus rationnel que l'Être réel, c'est ce qui marche, c'est ce qui se porte bien, c'est ce qui est assis. Et ce qui fait surtout que ce sont là des êtres, c'est qu'il y a sous tout cela un être déterminé, qui leur sert de sujet.» </li></ul>
  78. 78. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>« § 5 . Ce sujet, c'est précisément la substance et l'individu, qui se montre clairement dans la catégorie qui y est attribuée. Sans cette première condition, on ne pourrait pas dire que l'être est bon, ou qu'il est assis. §6 .  Ainsi donc, il est bien clair que c'est uniquement grâce à cette catégorie de la substance, que chacun des autres attributs peut exister. Et par conséquent, l'Être premier, qui n'est pas de telle ou telle manière particulière, mais qui est simplement l'Être, c'est la substance individuelle. Le mot de Premier peut, il est vrai, être pris lui-même en plusieurs sens; mais la substance n'en est pas moins le premier sens de l'Être, qu'on le considère d'ailleurs sous quelque rapport que ce soit, la définition, la connaissance, le temps, et la nature. Pas un seul des autres attributs de l'Être ne peut exister séparément; il n'y a que la substance toute seule qui le puisse.» </li></ul>
  79. 79. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>« § 7 . D'abord, c'est bien cela qu'est le primitif sous le rapport de la définition ; car de toute nécessité, dans la définition d'une chose quelconque, la définition même de la substance est toujours implicitement comprise. Ajoutez que, quel que soit l'être dont il s'agit, nous ne croyons le connaître que quand nous savons, par exemple, que c'est un homme, ou que c'est du feu. Et alors, nous le connaissons bien plus que quand nous savons seulement qu'il a telle qualité, ou telle quantité, ou qu'il est dans tel lieu. Pour ces notions mêmes, nous les comprenons d'autant mieux que nous savons quel est l'être qui a telle quantité, ou telle qualité. § 8 . On le voit donc : cette question agitée depuis si longtemps, agitée encore aujourd'hui, cette question toujours posée, et toujours douteuse de la nature de l'Être, revient à savoir ce qu'est la substance. Les uns prétendent que l'Être, c'est l'unité; …» </li></ul>
  80. 80. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…pour les autres, c'est la pluralité; pour ceux-ci, les êtres sont limités; pour ceux-là, ils sont infinis. Mais quant à nous, notre recherche principale, notre recherche première, et nous pourrions presque dire, notre unique recherche, c'est de savoir ce qu'est l'Être considéré sous le point de vue que nous avons indiqué. </li></ul><ul><li>§ 1 . C'est surtout aux corps que la substance individuelle semble appartenir le plus évidemment; et c'est ainsi que l'on qualifie de Substances, les animaux, les plantes, leurs différentes parties, et aussi les corps de la nature, tels que le feu, l'eau, la terre, et tous les autres éléments de ce genre, avec tout ce qui en fait partie, ou tout ce qui en est composé, soit qu'on les considère à l' état de fraction, soit à l'état de totalité : par exemple, le ciel et les parties du ciel, étoiles, lune, soleil. §2 .  Sont-ce bien là les seules substances ? Y en a-t-il d'autres …» </li></ul>
  81. 81. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…encore ? Ou bien ne sont-ce même pas du tout des substances? Les vraies substances ne sont-elles pas toutes différentes? C'est ce qu'il faut examiner. § 3 . Des philosophes ont pensé que les limites du solide, surface, ligne, point, unité, sont des substances véritables, et qu'elles en sont plus réellement que le corps lui-même et le solide. D'autres ont cru qu'en dehors des choses sensibles, il n'y a rien qu'on puisse appeler substance; d'autres, au contraire, ont supposé qu'il y a en outre bien des substances, et qui le sont même d'autant plus qu'elles sont éternelles. § 4 .  Ainsi, Platon a fait des Idées et des Êtres mathématiques deux substances, et il n'a placé qu'au troisième rang la substance des corps sensibles. Speusippe a également admis plusieurs substances, en commençant par l'unité; il supposait des principes pour chaque espèce de substance, un principe des …» </li></ul>
  82. 82. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>..«…nombres, un principe des grandeurs, un principe de l'âme; et c'est de cette façon qu'il multiplie les substances. § 5 . D'autres philosophes encore ont soutenu que les Idées et les nombres sont de même nature, et que tout le reste ne fait qu'en dériver, les lignes et les surfaces, et même jusqu'à la substance du ciel et jusqu'aux choses sensibles. § 6 . Pour éclaircir toutes ces questions, il nous faut examiner ce qu'il y a d'exact ou d'erroné dans ces systèmes, quelles sont les vraies substances, s'il y a ou s'il n'y a pas de substances en dehors des substances sensibles; et alors, nous nous demanderons ce qu'elles sont. Puis en supposant qu'il existe quelque substance séparée, pourquoi et comment elle l'est. Enfin, nous rechercherons s'il n'y a aucune substance possible en dehors des substances que nos sens nous révèlent. Mais auparavant, il nous faut esquisser ce que c'est que la substance.» </li></ul>
  83. 83. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>« § 1 . Le mot de Substance peut présenter tout au moins quatre sens principaux, si ce n'est davantage. Ainsi, dans chaque chose, la notion de substance semble s'appliquer à l'essence, qui fait que la chose est ce qu'elle est, à l'universel, au genre, et, en quatrième lieu, au sujet. § 2 . Par Sujet, on doit entendre ce à quoi tout le reste est attribué, sans qu'il soit jamais réciproquement l'attribut d'une autre chose. C'est donc du sujet qu'il faut tout d'abord nous occuper. Le sujet, en effet, semble être plus particulièrement substance. Sous ce rapport, on l'appelle d'abord la matière; puis à un autre point de vue, on l'appelle la forme; et en troisième et dernier lieu c'est le composé que constituent, toutes deux réunies, la forme et la matière. § 3 . La matière, c'est par exemple l'airain; la forme, c'est la figure que revêt la conception de l'artiste; et l'ensemble qu'elles produisent en se réunissant, c'est, en fin de …» </li></ul>
  84. 84. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…compte, la statue. Par conséquent si la forme, qui donne l'espèce, est antérieure à la matière. et si elle est davantage de l'Être, par la même raison elle doit être antérieure au composé, qui sort de la réunion des deux. § 4 .  Nous avons donc maintenant un aperçu de ce qu'est la substance ; et nous savons qu'elle n'est jamais l'attribut de quoi que ce soit, et qu'au contraire c'est à elle que se rapportent tous les attributs divers. Mais nous ne devons pas nous contenter de cette esquisse, qui n'est pas tout à fait suffisante. § 5 . Elle est d'abord assez obscure en elle-même; et de plus, c'est alors la matière qui devient la substance; car, si la matière n'est pas la substance même, on ne voit plus quelle autre substance il pourrait y avoir. Tout le reste a disparu, et il n'y a plus rien absolument qui subsiste. § 6 .  Tout le reste, en effet, ne représente que les affections des corps, leurs actions, leurs puissances.» </li></ul>
  85. 85. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…Longueur, largeur, profondeur, ce ne sont que des quantités; ce ne sont pas des substances ; car la quantité et la substance ne se confondent pas; et, loin de là, la substance est bien plutôt le sujet primordial auquel toutes ces modifications appartiennent. Si l'on retranche successivement longueur, largeur, profondeur, nous ne voyons pas qu'il reste quoi que ce soit, si ce n'est précisément l'objet que limitaient et déterminaient ces trois dimensions. § 7 . Ainsi, en se mettant à ce point de vue, il n'y a plus que la matière toute seule qui puisse être prise pour la substance. Mais quand je dis Matière, c'est la matière en soi, celle qui n'est, ni un objet individuel, ni une quantité, ni aucun des modes qui servent à déterminer l'Être. Il faut bien qu'il y ait quelque chose à quoi s'appliquent tous ces attributs, et dont la façon d'être soit tout à fait différente de chacune des catégories.» </li></ul>
  86. 86. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>« § 8 . En effet, tout le reste est attribué à la substance, qui elle-même est l'attribut de la matière; et par conséquent, ce terme dernier n'est en soi, ni un individu, ni une quantité, ni rien de pareil. Ce sont encore moins les négations de tout cela; car les négations n'ont qu'une existence indirecte et accidentelle. § 9 . On voit donc qu'en adoptant ces théories, on arrive à reconnaître la matière pour la substance. Mais cette théorie est insoutenable, puisque le caractère éminent de la substance, c'est d'être séparée, et d'être quelque chose de distinct et d'individuel. Aussi, à ce point de vue, la forme et le composé que constituent la forme et la matière, sembleraient avoir plus de droit que la matière à représenter la substance. Cependant, il faut laisser de côté la substance formée de ces deux éléments, je veux dire, le résultat que composent la matière et la forme combinées.» </li></ul>
  87. 87. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«Cette substance est postérieure, et elle n'a rien d'obscur; la matière est à peu près aussi claire; mais c'est à la troisième substance, celle de la forme, qu'il faut nous attacher ; car elle est la plus difficile à comprendre. § 10 . Mais, comme on est d'accord pour reconnaître que, parmi les choses sensibles, il y en a qui sont des substances, c'est à celles-là que nos recherches vont s'adresser tout d'abord. </li></ul><ul><li>[…] § 1 . L'essence d'une chose, l'essence qui fait que la chose est ce qu'elle est, et la chose elle-même, sont-elles toujours identiques, ou sont-elles différentes? C'est une question que nous avons à examiner, et qui nous sera de quelque utilité dans notre étude de la substance. Il ne semble pas qu'une chose puisse jamais différer de sa substance propre, et l'essence qui fait que chaque chose est ce qu'elle est, s'appelle sa substance. § 2 . Mais, pour les attributions qui ne sont …» </li></ul>
  88. 88. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…qu'accidentelles, on peut croire que la substance et l'essence sont différentes; car l'Homme-blanc, par exemple, est autre chose que l'essence de l'homme qui est blanc. Mais, si Homme et Homme blanc sont la même chose, l'être de l'Homme et l'être de l'Homme blanc seront la même chose aussi, puisque, dit-on, Homme se confond avec Homme blanc, de telle sorte qu'être Homme blanc et être Homme sont des choses identiques. § 3 . Mais ne peut-on pas soutenir qu'il n'est pas du tout nécessaire que les attributs accidentels soient identiques avec l'essence? En effet, les extrêmes ne s'identifient pas toujours avec l'essence de la même façon ; mais on peut croire que, s'ils peuvent s'identifier, c'est au moins d'une manière accidentelle; comme, par exemple, être blanc serait la même chose qu'être instruit; or cela n'est pas soutenable. § 4 . Mais pour les choses considérées en …» </li></ul>
  89. 89. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…elles-mêmes, est-il nécessaire que l'essence et la substance soient toujours identiques, en supposant, par exemple, qu'il existe des substances qui soient antérieures à toutes les autres substances et à toutes les autres natures, dans le genre de ces substances que quelques philosophes ont appelées des Idées? Si l'on veut distinguer l'essence du bien du bien réel, l'essence de l'animal de l'animal réel, l'essence de l'Être de l'Être réel, alors il y a d'autres substances et d'autres Idées que celles dont on nous parle; et ces autres substances seront les premières, si l'essence ne s'applique vraiment qu'à la substance. § 5 . Si les essences sont distinctes et indépendantes des substances, alors il n'y a plus de science possible pour les unes; et les autres ne sont plus des êtres réels. Quand je dis Indépendantes et Distinctes, j'entends que l'essence du bien n'est pas le bien réel, …» </li></ul>
  90. 90. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…et que le bien réel n'est pas davantage l'essence du bien. La science d'un objet quelconque consiste à savoir quelle en est l'essence, qui fait que l'objet est ce qu'il est. Le bien et toutes les choses sans exception sont dans le même cas ; et si le bien en soi n'est pas le bien, l'Être en soi non plus n'est plus l'Être, l'unité en soi cesse d'être l'unité. De deux choses l'une : ou toutes les essences sont soumises à la même règle, ou il n'y en a pas une qui le soit ; et, par une conséquence forcée, du moment que l'Être en soi n'est plus l'Être, tout le reste cesse du même coup de pouvoir être identique. Ajoutez encore que, dans cette supposition, ce qui n'a pas l'essence du bien n'est pas bon. § 6 .  Dès lors, il faut nécessairement que le bien et l'essence du bien soient une seule et unique chose, que le beau soit identique à l'essence du beau, comme en un mot toutes les choses qui ne peuvent jamais être les…» </li></ul>
  91. 91. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…attributs d'une autre chose, mais qui sont en soi les premières. Cette identité suffit du moment qu'elle existe, quand bien même il n'y aurait pas d'Idées, et, à bien plus forte raison peut-être, s'il y en a. § 7 . Il n'est pas moins clair que, s'il existe des Idées du genre de celles qu'on suppose, le sujet dès lors cesse d'être une substance ; car ce sont les Idées qui sont nécessairement les substances, et elles ne sont jamais les attributs d'un sujet, puisqu'alors elles n'existeraient que par simple participation. § 8 . De toutes ces considérations, on peut conclure que la chose réelle et l'essence de la chose forment une unité et une identité qui n'a rien d'accidentel ; et que savoir une chose quelconque, c'est savoir ce qu'est son essence. L'exposition que nous venons de faire prouve bien que l'une et l'autre ne sont absolument qu'une même chose. § 9 . Quant à l'accidentel, tels, par exemple, que les attributs…» </li></ul>
  92. 92. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«…de Blanc et d'Instruit, il est impossible de dire avec vérité que, dans ce cas, la chose et son essence se confondent et ne font qu'un, parce que le mot d'Accidentel peut se prendre en un double sens; car pour le Blanc, par exemple, il y a d'une part le sujet auquel cet accident est attribué; et, d'autre part, il y a cet accident lui-même. Par conséquent, ici la chose et son essence sont identiques en un sens ; et en un autre sens, elles ne le sont pas. Être Homme et être Homme-blanc ne sont pas des choses identiques, et il n'y a identité que par l'affection spéciale du sujet. § 10 . On verrait d'ailleurs aisément combien cette assertion est absurde, si l'on donnait à chacune de ces prétendues essences, sujet et attribut, un nom particulier; car, à côté de cette essence-là, il y en aurait une autre; et, par exemple, s'il s'agissait de l'essence du cheval, il y en aurait aussi une tout autre.» </li></ul>
  93. 93. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>« § 11 . Cependant, qui empêche que, dans ce cas aussi, les essences ne soient immédiatement identiques à la substance, puisqu'on admet que l'essence est une substance? Mais non seulement il y a ici unité de la substance et de l'essence; mais la notion de l'une et de l'autre est absolument la même, comme le fait bien voir ce qu'on vient d'en dire; car il n'y a rien d'accidentel à ce que l'essence de l'unité et l'unité soient identiques. § 12 . Si l'on supposait une différence entre la substance et l'essence, ce serait se perdre dans l'infini ; car il faudra toujours avoir, d'une part, l'essence de l'unité, et d'autre part, l'unité; et par conséquent, pour ces autres termes également, le raisonnement serait encore le même. § 13 . Il est donc évident que, quand il s'agit de primitifs et de choses en soi, l'essence de la chose et la chose elle-même sont absolument une seule et unique notion.» </li></ul>
  94. 94. - MÉTAPHYSIQUE - <ul><li>«Les objections sophistiques qu'on peut élever contre cette thèse, se réfuteraient de la même manière qu'on démontre que Socrate et l'essence de Socrate sont tout-à-fait des choses identiques; car il n'y a ici aucune différence à mettre entre les interrogations que peuvent poser des Sophistes, et les solutions qu'on peut opposer victorieusement à de vaines objections. § 14 . En résumé, nous avons fait voir dans quel sens on peut dire que l'essence se confond avec la substance, et en quel sens on peut dire qu'elle ne se confond pas avec elle.» </li></ul>_
  95. 95. - DE L’ÂME -
  96. 96. - DE L’ÂME - <ul><li>« § 1 . Bien que toute science soit, selon nous, une chose belle et de grand prix, on peut pourtant s'occuper de telle science plus que de telle autre, soit parce qu'elle exige des recherches plus précises, soit parce qu'elle traite d'objets plus relevés et plus admirables; et à ces deux titres, nous avons toute raison de placer en première ligne l'histoire de l'âme. On peut dire que cette connaissance contribue beaucoup à compléter l'ensemble de la vérité, et surtout à faire comprendre la nature, parce que l'âme est en quelque sorte le principe des êtres animés. Nous cherchons donc à découvrir et à connaître d'abord sa nature et son essence, et ensuite tous les faits accessoires qui se rapportent à elle. C'est que, parmi les divers faits qui la concernent, les uns semblent être ses affections propres; et quant aux autres, c'est à cause d'elle qu'ils appartiennent aussi aux êtres animés.» </li></ul>
  97. 97. - DE L’ÂME - <ul><li>« § 2 . Mais, dans tous les cas, il est de tout point des plus difficiles d'avoir sur l'âme quelques notions positives. En effet, il y a ici une difficulté commune à bien d'autres choses encore, et je veux dire la question de savoir ce qu'est l'essence, ce qu'est la chose. II pourrait sembler au premier coup d'œil qu'il n'y a qu'une seule méthode pour étudier toutes les choses, quand nous voulons en connaître l'essence, de même qu'il n'y a qu'une seule démonstration pour les qualités propres de ces choses; et l'on pourrait croire qu'il faut s'enquérir de cette méthode unique. D'autre part, s'il n'existe point de méthode générale et commune pour savoir ce que sont essentiellement les choses, il devient encore plus difficile de faire cette étude; car dès lors il faudra rechercher en particulier pour chaque chose quelle est la marche à suivre. Quoique l'on voie évidemment qu'il faut procéder par …» </li></ul>
  98. 98. - DE L’ÂME - <ul><li>«…démonstration, par division ou par telle autre méthode, il n'en reste pas moins bien des difficultés et bien des chances d'erreur; car on ne sait de quels principes il convient de partir, puisque les principes sont différents pour des choses différentes, et qu'ainsi ceux des nombres ne sont pas ceux des surfaces. § 3 . Peut-être faut-il indiquer d'abord celui des genres de l'être dans lequel est placée l'âme et ce qu'elle est; je veux dire qu'il faut indiquer si elle est un être et substance, ou qualité, ou quantité, ou telle autre des catégories et divisions admises, et voir ensuite si elle fait partie des choses en puissance, ou si elle n'est pas plutôt une sorte de réalité achevée et complète, une entéléchie; et cette différence n'est pas de petit intérêt. § 4 . En outre, on doit examiner si l'âme est divisée en parties ou si elle est sans parties. II faut encore rechercher si toute âme est ou n'est pas de même espèce; et en …» </li></ul>
  99. 99. - DE L’ÂME - <ul><li>«…supposant que les âmes ne soient pas de même espèce, si elles diffèrent en espèce ou en genre, tandis qu'à présent ceux qui parlent ou font des recherches sur l'âme paraissent se borner exclusivement à l'âme de l'homme. § 5 . On doit aussi bien prendre garde à savoir précisément si l'on peut donner de l'âme une seule définition, par exemple, pour l'animal en général; ou bien s'il faut une définition différente de chacun des êtres animés, du cheval, du chien, de l'homme, de Dieu. C'est que l'animal, pris en un sens universel, ou n'est rien, ou bien n'est que quelque chose de très ultérieur. Même observation pour tout autre terme commun auquel on attribuerait l'âme. § 6 . D'autre part, s'il n'y a pas plusieurs âmes, mais s'il y a seulement plusieurs parties de l'âme, faut–il étudier l'âme tout entière avant ses parties? Pour les parties mêmes, il est difficile de dire quelles sont …» </li></ul>
  100. 100. - DE L’ÂME - <ul><li>«…celles qui diffèrent naturellement entre elles; et il n'est pas plus aisé de savoir s'il faut étudier les parties avant leurs fonctions; et, par exemple, la pensée avant l'intelligence, la sensation avant la sensibilité; et de même pour les autres. § 7 . Si l'on commence par les fonctions, on peut se demander s'il faut d'abord étudier les opposés; et, par exemple, l'objet senti avant ce qui sent, l'objet conçu par l'intelligence avant l'intelligence qui le conçoit. § 8 . Certainement il parait utile de connaître l'essence pour bien comprendre ce qui cause la qualité dans les substances; et ainsi, dans les mathématiques, il faut savoir ce que c'est que droit et courbe, ligne et surface, pour voir à combien d'angles droits sont égaux les angles du triangle. Mais réciproquement, la connaissance des qualités sert aussi, en grande partie, à faire connaitre l'essence de la chose. En effet, c'est quand nous pouvons …» </li></ul>
  101. 101. - DE L’ÂME - <ul><li>«…expliquer, suivant ce qui nous semble, les accidents de la chose, sinon tous, du moins la plupart, que nous pouvons aussi le mieux nous rendre compte de son essence. L'essence est le vrai principe de toute démonstration; et il résulte de là que toutes les définitions où l'on ne connaît pas les accidents de la chose, et où il n'est pas même aisé de s'en faire une idée, sont évidemment des définitions de pure dialectique et tout-à-fait vides. § 9 . Quant aux affections de l'âme, on peut se demander si elles sont toutes sans exception communes au corps qui a l'âme, ou bien s'il n'y en a pas quelqu'une qui soit propre à l'âme exclusivement. C'est là une recherche indispensable, mais elle est loin d'être facile. L'âme, dans la plupart des cas, ne semble ni éprouver ni faire quoi que ce soit sans le corps; et, par exemple, se mettre en colère, avoir du courage, désirer, et en général sentir.» </li></ul>
  102. 102. - DE L’ÂME - <ul><li>«La fonction qui semble surtout propre à l'âme, c'est de penser; mais la pensée même, qu'elle soit d'ailleurs une sorte d'imagination, ou qu'elle ne puisse avoir lieu sans imagination, ne saurait jamais se produire sans le corps. § 10 . Si donc l'âme a quelqu'une de ses affections ou de ses actes qui lui soit spécialement propre, elle pourrait être isolée du corps; mais si elle n'a rien qui soit exclusivement à elle, elle n'en saurait être séparée. C'est ainsi que le droit, en tant que droit, peut avoir bien des accidents, et, par exemple, il peut toucher en un point à une sphère d'airain ; mais cependant le droit, séparé d'un corps quelconque, ne touchera pas cette sphère; c'est que le droit n'existe pas à part, et qu'il est toujours joint à quelque corps. De même aussi, toutes les modifications de l'âme semblent n'avoir lieu qu'en compagnie du corps: courage, douceur, crainte, pitié, audace, joie, aimer et haïr.» </li></ul>
  103. 103. - DE L’ÂME - <ul><li>«Simultanément à toutes ces affections, le corps éprouve aussi une modification. Ce qui le montre bien, c'est que si parfois, même sous le coup d'affections violentes et parfaitement claires, on ne ressent ni excitation ni crainte, parfois aussi on est tout ému d'affections faibles et obscures, lorsque le corps est irrité et qu'il est dans l'état où le met la colère. Ce qui peut rendre ceci plus évident encore, c'est que souvent, sans aucun motif réel de crainte, on tombe tout-à-fait dans les émotions d'un homme que la crainte transporte; et, si cela est vrai, on peut affirmer évidemment que les affections de l'âme sont des raisons matérielles. Par suite, des expressions telles que celles-ci : Se mettre en colère, signifient un mouvement du corps qui est dans tel état, ou un mouvement de telle partie du corps, de telle faculté du corps, causé par telle chose et ayant telle fin.» </li></ul>
  104. 104. - DE L’ÂME - <ul><li>« § 11 . Voilà aussi pourquoi c'est au physicien d'étudier l'âme, soit tout entière, soit sous un rapport particulier. D'ailleurs, le naturaliste et le dialecticien exposeraient tout différemment ce qu'est chaque affection de l'âme, et, par exemple, la colère. L'un dirait que c'est le désir de rendre douleur pour douleur, ou donnerait telle explication analogue; l'autre dirait que c'est un bouillonnement du sang ou de la chaleur qui se porte au cœur. Ainsi l'un s'attache à la matière, l'autre à la forme et à la notion. La notion est la forme de la chose; mais il faut nécessairement, si la chose est, qu'elle soit dans une matière spéciale. Ainsi, prenant cette notion de la maison : Abri qui nous empêche de souffrir de l'intempérie des vents, des pluies, des chaleurs, le naturaliste parlera de pierres, de bois, de poutres; l'autre, au contraire, dira que la forme de la maison est telle et qu'elle a telle fin.» </li></ul>
  105. 105. - DE L’ÂME - <ul><li>«Où est ici le naturaliste? est-ce celui qui ne parle que de la matière et qui ignore la notion? ou bien est-ce celui qui ne connaît que cette notion? N'est-ce pas plutôt celui qui réunit les deux conditions? Mais quel est celui d'entre eux qui les possède l'une et l'autre? Les modifications de la matière non séparées d'elle, et en tant qu'elles n'en sont pas séparées, ne sont étudiées que par le physicien, qui doit s'occuper de toutes les actions et de toutes les modifications de tel corps spécial et de telle matière spéciale. Toutes les fois que l'on ne considère pas le corps en tant qu'il est de telle façon, c'est à un autre que le physicien de l'étudier; et dans certains cas, cet autre devient un artiste, ou, selon l'occasion, architecte, médecin, etc. Quant aux modifications non séparées, mais qui ne sont plus considérées comme appartenant à tel corps spécialement, et qui sont considérées par abstraction, c'est…» </li></ul>
  106. 106. - DE L’ÂME - <ul><li>«…l'affaire du mathématicien. En tant que séparées, elles sont l'objet de la philosophie première. Mais revenons à notre point de départ : nous disions que les modifications de l'âme sont inséparables de la matière physique des êtres animés, en tant qu'elles sont, par exemple, courage, crainte, etc. ; et elles ne sont pas du tout comme la ligne et la surface. </li></ul><ul><li>[…] § 1 . Jusqu'à présent nous avons exposé les opinions que nos prédécesseurs nous ont transmises sur l'âme. Maintenant revenons sur nos pas, comme pour reprendre notre point de départ; et essayons de définir ce que c'est que l'âme, et d'en donner la notion la plus générale possible. § 2 . Nous disons d'abord que la substance est un genre particulier des êtres, et que dans la substance il faut distinguer, en premier lieu : la matière, c'est- à-dire ce qui n'est pas par soi-même telle chose spéciale; puis ensuite, la forme et l'espèce, et c'est d'après…» </li><

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