L’affaire du collier de la reine est peut-être le plus grand des scandales ayant
touché directement la monarchie française...
diamants « inégalable ». Les deux hommes repartent à Paris certes ravis, mais à la
vérité plutôt inquiets. Car dans l’augu...
dauphin Louis-Joseph naît en 1781, ils retentent leur chance auprès de la reine… qui
refuse une nouvelle fois.
La toile de...
jouer un vrai sale tour à la future reine, Madame du Barry profite d’un dîner à la cour
pour lire publiquement la lettre i...
main de Marie-Antoinette et destinées au cardinal. Pour bien ferrer son pigeon, Jeanne
persuade de Rohan qu’elle est deven...
susurrant un langoureux « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le
passé sera oublié… ». Dans la foulée...
Pour parfaire l’escroquerie, Cagliostro achève d’enfumer l’esprit du cardinal. Dans une
séance de spiritisme soigneusement...
Seulement voila, l’un de nos joailliers, en l’occurrence Boehmer, tient à couvrir ses
arrières. Profitant de ses entrées à...
qui a élevé Louis XVI. Rien à faire. Le roi reste inflexible : « Je fais ce que je dois, et
comme roi, et comme mari. Sort...
Le faussaire Rétaux de Villette finira sa vie à Venise où il écrira lui aussi son récit
personnel de l’affaire.
Le « comte...
torrent d’insultes et de calomnies, jusqu’aux plus crues. Pour les caricaturistes et le
peuple, la chose est sûre : « L’Au...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

L’affaire du collier de la reine complet

432 vues

Publié le

L’affaire du collier de la reine Marie Antoinette

Publié dans : Formation
0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
432
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
2
Actions
Partages
0
Téléchargements
1
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

L’affaire du collier de la reine complet

  1. 1. L’affaire du collier de la reine est peut-être le plus grand des scandales ayant touché directement la monarchie française. Pour comprendre cette rocambolesque histoire d’escroquerie qui a secoué la France de la fin du XVIIIème siècle jusque dans l’entourage intime de Louis XVI, il faut tout d’abord remonter en 1772. A cette date, le roi Louis XV est fou amoureux de celle qui est sa dernière favorite : la comtesse du Barry. Soutenue par le puissant parti des dévots, Madame du Barry exerce une influence certaine sur le roi mais se heurte à l’hostilité d’une toute jeune femme : la Dauphine, la future reine Marie-Antoinette, arrivée à la cour en 1770. La jeune femme, brutalement arrachée à son Autriche natale, est perdue dans la jungle sauvage de la cour de Versailles. Très influençable, elle est très vite prévenue que Madame du Barry n’est pas « reconnue » par le parti lorrain, grand rival des dévots à la cour. Précisons que Marie-Antoinette, par sa naissance autrichienne, est justement de la maison de Lorraine. Encouragés par les filles de Louis XV qui exècrent la favorite, les partisans lorrains dressent pour Marie-Antoinette un portrait des plus noirs de « la du Barry » : scandaleuse, vulgaire, libertine, sournoise, comploteuse… Ainsi dûment prévenue, Marie-Antoinette refuse ouvertement, et devant toute la cour, d’adresser la parole ou même un regard à Madame du Barry, ce qui constitue une offense grave dans un Versailles où les rumeurs et le qu’en-dira-t-on font et défont les réputations au grès des plus basses intrigues… Bref, les deux femmes sont loin d’être les meilleures amies du monde. Bien évidemment, ce cruel jeu de cour n’a d’autre but que de renforcer l’influence des joueurs. Plus d’influence à la cour, c’est plus de pouvoir sur le roi. Plus de pouvoir, c’est plus de faveurs. Plus de faveurs, c’est plus de privilèges. Et plus privilèges, c’est plus d’argent. Dans ces conditions, il est absolument hors de question de céder un pouce de terrain à l’ennemi. Madame du Barry et ses partisans se doivent donc de réagir. Et ils vont très largement aider à propager les pires ragots et rumeurs sur la futur reine et ses comportements dépensiers, frivoles, voire… déviants… Une ambiance bien sympathique qui va contribuer plus tard servir de toile de fond dans l’affaire du collier. Ceci étant posé en petit préambule incontournable, le rideau peut se lever sur le récit de cette extraordinaire « affaire du collier », qui est restée dans l’histoire comme le plus gros scandale du XVIIIème siècle en France. Dans l’affaire du collier de la reine, il faut un collier… Louis XV, très amoureux donc, décide d’offrir un cadeau somptueux à la comtesse du Barry. Il fait venir à Versailles deux joailliers parisiens parmi les plus réputés, ci- nommés messieurs Boehmer et Bassange. Il leur demande de créer un collier de
  2. 2. diamants « inégalable ». Les deux hommes repartent à Paris certes ravis, mais à la vérité plutôt inquiets. Car dans l’auguste bouche royale, le terme « inégalable » signifie bien-sûr « absolument hors de prix ». Il va donc leur falloir être à la hauteur des ambitions démesurées du souverain. Bien évidemment, il n’est pas question à l’époque de faire signer au roi une quelconque demande écrite, un quelconque devis ou quoi que ce soit ressemblant de près ou de loin à une commande. Le privilège d’être choisis par Sa Majesté vaut tous les engagements du monde. Dans les semaines qui suivent, ils se mettent donc à la tâche et commencent à faire jouer leurs nombreux contacts pour réunir des pierres d’une qualité exceptionnelle, ne regardant ni au temps ni à la dépense, quitte à s’endetter assez lourdement. Mais voila, tous ces préparatifs prennent énormément de temps… Beaucoup trop même, car Louis XV meurt le 10 mai 1774 alors que le collier n’est pas encore terminé. Le jeune Dauphin accède au trône sous le nom de Louis XVI. Exit la du Barry, place à la désormais reine Marie-Antoinette… La toile de fond de l’affaire du collier Nos deux joailliers se retrouvent donc le bec dans l’eau, avec sur les bras une pièce rarissime encore inachevée mais dont la valeur est déjà si colossale qu’ils savent pertinemment qu’ils ne pourront pas la revendre facilement. Endettés jusqu’au cou, les deux compères n’ont toutefois pas d’autres choix que de terminer leur ouvrage. Au final, la pièce est d’une somptuosité exceptionnelle de 2840 carats. Mais qui va bien pouvoir leur acheter cette pièce hors de prix ? Les deux bijoutiers ont alors une idée. Celle de la dernière chance : voyons… si le roi est mort…. hé bien… « vive le roi ! » Ou plutôt « vive la reine ! ». Connaissant le goût prononcé de la jeune nouvelle reine Marie-Antoinette pour le luxe, les deux compères espèrent bien lui présenter leur collier et arriver à le lui vendre, ou tout le moins à convaincre le nouveau roi Louis XVI de le lui offrir. Les deux compères, habiles commerçants, flatteurs invétérés et lobbyistes rusés fort bien introduits à la cour de part leur prestigieuse profession, parviennent à manœuvrer correctement leur barque et, en 1778, Louis XVI consent à présenter le collier à Marie- Antoinette pour solliciter la permission de le lui offrir. Boehmer et Bassange sont ravis. Ils entendent déjà les pièces sonnantes et trébuchantes remplir leur bourse mise au supplice par la fabrication du collier. Malheureusement pour eux, ils déchantent très vite car la Reine refuse purement et simplement de porter un bijou conçu pour une autre femme… à fortiori quand cette femme est la détestée comtesse du Barry. Dépités, les deux orfèvres éconduits tentent alors désespérément de vendre le fameux collier à l’étranger. Mais même après avoir frappé aux portes des plus grandes places d’Europe, ils ne trouvent aucun preneur. Mais ils n’abandonnent pas. Lorsque le
  3. 3. dauphin Louis-Joseph naît en 1781, ils retentent leur chance auprès de la reine… qui refuse une nouvelle fois. La toile de fond de l’affaire du collier est donc ainsi posée, avec en son centre une pièce d’orfèvrerie exceptionnelle au coût faramineux qui reste sur les bras lourdement endettés de deux orfèvres parisiens bien dépités et au bord de la banqueroute. Un collier qui va devenir le centre d’une incroyable arnaque. Le tout dans une cour de Versailles où les sourires de convenance et les couches de fards masquent à peine les couteaux qu’on aiguise lentement… Le décor du scandale est dressé. Il faut maintenant que les principaux personnages entrent en scène… L’affaire du collier de la reine : les personnages… C’est à ce stade de notre histoire qu’entre en scène la jeune, jolie et sulfureuse Jeanne de Valois-Saint-Rémy. Ne nous fions pas à son noble nom car si Jeanne descend par son père du roi de France Henri II et de sa maîtresse Madame de Savigny, sa famille issue d’un « bâtard » est depuis longtemps tombée dans une pauvreté misérable. La jeune fille n’est sauvée de la mendicité que par la compassion de la Marquise de Boulainvilliers qui se prend d’affection pour elle et entreprend de faire vérifier ses antécédents pour finir par lui obtenir une maigre pension royale et lui octroyer une éducation convenable dans un couvent. En 1774, Jeanne épouse un jeune officier, Nicolas de la Motte, dont le plus grand intérêt pour elle consiste en ce qu’il sert dans la garde personnelle du frère du Roi, le Comte d’Artois, ce qui lui assure une solde convenable. Dans l’affaire du collier de la reine, Jeanne va jouer un rôle central… C’est la Marquise de Boulainvilliers qui va plus tard présenter à Jeanne un ami, le prince-évêque Louis-Edouard-René de Rohan-Guéméné. Lorsqu’ils se rencontrent, de Rohan est en poste comme ambassadeur de France à Vienne où ses frasques libertines, ses nuits de débauche et ses dépenses outrancières scandalisent l’Impératrice Marie-Thérèse qui a déjà demandé plusieurs fois son rappel à Versailles. Mais de Rohan a aussi un lourd contentieux avec la fille de Marie-Thérèse d’Autriche, savoir la reine de France Marie-Antoinette. En 1773, il découvre que l’Impératrice d’Autriche joue un double jeu contre la France en préparant en secret le démantèlement de la Pologne avec la Prusse et la Russie. Il envoie donc une lettre secrète à Louis XV pour l’informer du complot, usant à satiété de propos plutôt désagréables envers l’Impératrice, n’épargnant pas Marie-Antoinette – alors encore Dauphine – sur un ton très ironique. Mais le courrier est intercepté par le Duc d’Aiguillon, ministre des Affaires Etrangères de Louis XV, qui s’empresse de le remettre à la comtesse du Barry. Trop heureuse de
  4. 4. jouer un vrai sale tour à la future reine, Madame du Barry profite d’un dîner à la cour pour lire publiquement la lettre injurieuse. Humiliée et furieuse, Marie-Antoinette garde une vraie rancœur envers la comtesse mais surtout envers de Rohan qu’elle a désormais dans le collimateur. C’est à peu près à la même époque que Jeanne fait la connaissance d’un proche de Rohan, un dénommé Joseph Balsamo, plus connu sous le nom de… Cagliostro. Occultiste de bazar, ésotériste de basse-cour, faux mage et mais véritable escroc de la haute société, le « comte » de Cagliostro gagne facilement les faveurs de la belle et lui avoue qu’il soutire allègrement de grosses sommes d’argent à de Rohan en échange de pseudo-miracles. Car c’est bien là le nœud de l’affaire : de Rohan est un homme riche et particulièrement crédule. Deux raisons pour le faire apprécier de Jeanne qui ne tarde pas à devenir sa maîtresse et lui soutirer elle aussi de l’argent, avec la bénédiction complice de son mari. Forts de leurs nouvelles fréquentations, les époux de La Motte s’autoproclament « comte et comtesse de La Motte-Valois » et se font désormais appeler comme tels. En 1777, de Rohan rentre en France où, malgré l’opposition farouche de Marie- Antoinette devenue reine, il est nommé Cardinal et Grand Aumônier du Royaume. Mais il reste malgré tout éloigné de la cour de Versailles, justement à cause de l’hostilité de la reine. Avide de pouvoir entrer dans le cercle fermé du proche entourage du roi et de profiter allègrement des frasques et des délices de Versailles, de Rohan désespère de pouvoir revenir un jour dans les bonnes grâces de Marie-Antoinette. Rajoutons à cette joyeuse distribution un autre amant de la « comtesse » de La Motte, un ami de son mari, Marc Rétaux de Villette, dont les talents de faussaire vont s’avérer très utiles par la suite, ainsi qu’une pauvre fille de joie sans le sou qui s’est fait une solide réputation parmi les prostituées exerçant près du Palais-Royal grâce à une ressemblance troublante avec la reine, et nous aurons un aperçu à peu près complet des protagonistes de l’affaire… L’affaire du collier de la reine : l’intrigue… Tout ce petit monde se retrouve donc à graviter autour de Versailles et de la cour où Madame de La Motte tente de se faire admettre. Elle ne doute pas que ses atours sauront lui ouvrir les lits de princes puissants et riches. Mais elle a sous la main un pigeon facile en la personne du Cardinal de Rohan et entreprend de commencer à le manipuler pour lui extorquer de plus en plus d’argent. Nous l’avons vu, son amant Rétaux de Villette a un vrai talent de faussaire. Nicolas de La Motte, le mari de Jeanne, le convainc d’écrire de fausses lettres censée être de la
  5. 5. main de Marie-Antoinette et destinées au cardinal. Pour bien ferrer son pigeon, Jeanne persuade de Rohan qu’elle est devenue l’amie intime de la reine et qu’elle met tout en œuvre pour le faire revenir en grâce. Et la voila donc en train de mettre en place, en tant que (fausse) messagère intime, une correspondance secrète totalement fictive entre la reine et le cardinal, celui-ci recevant des lettres pleines d’amabilités augurant d’une prochaine réconciliation et signées « Marie-Antoinette de France ». A ce stade, de Rohan aurait pu facilement comprendre toute la supercherie. Car l’usage de l’époque veut que la reine ne signe jamais autrement que par son simple prénom. En outre, le titre « de France » est une erreur grossière car si d’aventure elle avait utilisé ses titres, Marie-Antoinette aurait signé « de Lorraine d’Autriche ». Oui mais de Rohan est décidément bien trop crédule et il tombe largement dans le panneau. L’affaire du collier de la reine : le pigeon… La « comtesse » de La Motte joue d’abord petit jeu. Grâce aux lettres, « Marie- Antoinette » demande au cardinal de remettre à sa fidèle amie deux versements de 30 000 livres pour que « ses » dépenses luxueuses « soient plus discrètes ». Bien au fait de toutes les rumeurs toujours soigneusement alimentées sur le caractère dépensier de la reine, et trop heureux de cette opportunité inespérée qui s’offre à lui, le Cardinal accepte sans hésiter et notre « comtesse » empoche la somme avec une facilité déconcertante. S’ensuivent pour le cardinal des lettres de reconnaissances éperdues toujours signée par « Marie-Antoinette de France » qui prennent bien soin de repousser aux calendes grecques les demandes insistantes de rendez-vous de Rohan. C’est là que notre fille de joie fait son apparition. C’est Cagliostro qui découvre son existence en apprenant sa ressemblance troublante avec la reine. Il en parle à Nicolas de La Motte qui lui-même en parle à sa femme. Très intriguée, la « comtesse » et son mari reçoivent la jeune femme dans l’appartement qu’ils louent à Versailles. Ladite jeune femme se nomme Nicoles Leguay et, oui, elle ressemble bougrement à la reine. Suffisamment en tout cas pour qu’une personne crédule qui ne connait pas bien Marie-Antoinette soit facilement abusée. Or de Rohan ne connait pas personnellement la reine. Il ne l’a vue qu’en portrait. Et pour sûr, il est plus que crédule. Pour 15 000 livres, la « comtesse » persuade facilement Nicoles de jouer le rôle de la reine pour… « faire un bon tour à un ami ». Enfin, le Cardinal voit son vœu exaucé. Dans une nouvelle lettre, la « reine » lui accorde un rendez-vous secret le 11 août 1784, à onze heures du soir, dans le bien nommé « Bosquet de Vénus » du parc du château de Versailles. Au lieu dit et à l’heure dite, « Marie-Antoinette » alias Nicoles Leguay, déguisée d’une robe de mousseline et légèrement voilée par une gaze noire, tend une rose à un de Rohan ébahi en lui
  6. 6. susurrant un langoureux « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié… ». Dans la foulée, Jeanne de La Motte, accompagnée par Rétaux de Villette déguisé en valet de la reine, interrompt la rencontre en prétextant l’approche soudaine des comtesses de Provence et d’Artois. De Rohan s’éclipse rapidement. Complètement abusé et conquis par la « reine » au terme de ce vaudeville incroyable et semi-improvisé dans les jardins de Versailles, sa confiance aveugle dans sa très chère amie de La Motte est définitivement acquise. Le pigeon est bien accroché, il est temps de passer aux choses sérieuses… L’affaire du collier de la reine : l’escroquerie… La passion de la Reine pour les bijoux est largement connue de tous et même très largement exagérée par les ragots et les rumeurs qui se murmurent partout à Versailles et dans Paris. Sur ce postulat facile, Jeanne de La Motte décide d’entreprendre maintenant le coup le plus fabuleux de sa vie. Nous sommes alors à la fin de l’année 1784… Comme tout le monde, elle a beaucoup entendu parler du fameux collier commandé plus de 10 ans auparavant par le feu roi Louis XV pour Madame du Barry et refusé plusieurs fois par Marie-Antoinette. On ne change pas une recette à succès : elle décide de continuer la comédie qui a si bien abusé le cardinal de Rohan. Se faisant donc toujours passer pour une amie très intime de la reine, elle rencontre nos deux joailliers, messieurs Boehmer et Bassange. Les compères sont évidemment bien pressés de vendre, car les dettes qu’ils ont contractées pour fabriquer le fameux bijou courent toujours sur leurs têtes et la réputation de leur maison. La « comtesse » leur assure qu’elle va tout faire pour convaincre la reine d’acheter ce si magnifique objet. Le prix ? Peu importe le prix ! Comment ? 1 600 000 livres ? Mais voyons, ce n’est pas un problème messieurs… Il suffira juste de passer par un intermédiaire pour assurer à la reine toute la discrétion qui s’impose… 1 600 000 livres… Une véritable fortune. Déjà à l’époque, c’est le prix de trois luxueux châteaux avec au moins 500 ha de terre autour… C’est ainsi qu’en janvier 1785, le Cardinal de Rohan, le pigeon, reçoit une nouvelle lettre signée « Marie-Antoinette de France » dans laquelle la « reine » s’ouvre de son désir ardent pour le collier mais explique qu’elle ne peut acheter le bijou au grand jour de la cour. « Elle » demande au Cardinal de jouer l’intermédiaire discret et de se porter caution, lui promettant de s’engager par contrat à le rembourser en quatre versements d’un montant de 400 000 livres chacun.
  7. 7. Pour parfaire l’escroquerie, Cagliostro achève d’enfumer l’esprit du cardinal. Dans une séance de spiritisme soigneusement mise en scène, un enfant avec des dons de médium « certains » délivre au cardinal médusé un oracle lui promettant un destin fabuleux pour peu qu’il négocie habilement cette affaire. Se rêvant déjà premier des ministres du roi, de Rohan signe, le 1er février 1785, un document officiel des deux joailliers que lui présente sa chère « comtesse » l’engageant comme caution de la reine sur l’achat du collier pour un montant de 1 600 000 livres. Dans la marge, Rétaux de Villette, le faussaire, a même ajouté une signature d’accord de la « reine ». La première échéance de paiement est fixée au 1er août 1785. Les deux joailliers reçoivent le papier et livrent le collier au cardinal. Le soir même, celui-ci l’apporte en personne à la « comtesse ». Devant lui, elle le remet à un « valet de la reine » qui n’est autre que Rétaux de Villette, encore lui… Enchantés par la conclusion inespérée de l’affaire, les deux joailliers offrent de splendides bijoux en cadeau de remerciement à leur chère intermédiaire, Madame de La Motte… Pendant ce temps, notre bande d’escrocs a commencé bien maladroitement à dépecer le collier pour mieux revendre les pierres desserties qu’ils se partagent rapidement. Mais bien-sûr, ils ont oublié de compter avec l’exceptionnelle qualité des diamants volés. Rétaux de Villette a par exemple beaucoup de mal à négocier les siens. Pressé par le temps, il est contraint d’en demander un prix très inférieur à leur valeur réelle, ce qui attire les soupçons des diamantaires avec qui il traite. Convaincus d’avoir affaire à un voleur, ils le dénoncent. Mais il parvient in extremis à partir pour Bruxelles pour finalement écouler, mais plus qu’au rabais, sa précieuse marchandise. De son côté, le « comte » Nicolas de La Motte part chez l’ennemi juré de la France, en Angleterre. Il se rend auprès de deux bijoutiers londoniens réputés. Eux aussi flairent un mauvais coup. Mais à ce moment là, l’escroquerie n’est pas connue et, de fait, aucun vol de bijoux d’une telle valeur n’a été signalé. Et les anglais achètent les pierres, mais à un prix là encore très largement en deçà de leur valeur réel. En France, les deux joailliers et le cardinal commencent à s’étonner d’un fait très étrange : à Versailles, la reine ne porte pas le collier… Evidemment, la « comtesse » s’empresse de les rassurer pour gagner du temps : la reine attend une grande occasion digne du bijou. Bien-sûr, la vente doit rester absolument secrète… Juillet 1785 arrive. La première échéance approchant, Jeanne de La Motte veut encore gagner du temps. Elle annonce au cardinal que la reine a des difficultés pour le rembourser mais souhaite évidemment s’acquitter de sa dette. « Elle » demande qu’on lui trouve des prêteurs dignes de confiance. Toujours aussi incroyablement naïf, de Rohan ne s’inquiète de rien. Et tout aurait pu tranquillement continuer ainsi pour nos escrocs.
  8. 8. Seulement voila, l’un de nos joailliers, en l’occurrence Boehmer, tient à couvrir ses arrières. Profitant de ses entrées à la cour, il se rend chez la première femme de chambre de la reine, madame Campan, pour s’assurer que le premier versement lui sera bien remis dans les temps. Complètement interloquée, madame Campan en parle aussitôt à Marie-Antoinette qui, bien-sûr, ne comprend rien à l’affaire et charge alors le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi, de se renseigner plus avant. Breteuil enquête et découvre rapidement l’escroquerie dans laquelle l’un de ses plus farouches ennemis – le cardinal de Rohan est mouillé jusqu’au coup… L’affaire du collier de la reine : le scandale… Entretemps, la « comtesse » de La Motte a réussi à amasser près de 300 000 livres de la vente de pierres. Un argent qu’elle a en grande partie transformé en investissant dans l’immobilier. Mais elle sent que le vent commence à tourner. Pour continuer à embrouiller son monde, elle donne à de Rohan un versement symbolique de la part de la « reine » d’un montant de 35 000 livres. Dans le même temps, elle informe les deux joailliers que la signature de la « reine » est sûrement un faux… Elle espère que les deux hommes vont se retourner sur de Rohan puisque celui-ci, par le document qu’il a signé, est finalement leur vrai client et débiteur. Jeanne espère que la peur du scandale forcera le cardinal à payer intégralement la somme due sans faire de bruit. Et toujours dans le même temps, la bande continue d’essayer d’écouler les pierres et parvient, dans des conditions restées assez floues, à escroquer quelques dizaines de milliers de livres supplémentaires à d’autres bijoutiers trop crédules ou trop véreux. Le baron de Breteuil tient l’affaire de sa vie. Il va pouvoir tailler en pièce de Rohan qu’il déteste depuis bien longtemps. Il informe l’entourage du roi qui comprend immédiatement l’ampleur de l’affaire. Le 14 août, Louis XVI est mis au courant de toute l’escroquerie. Le 15 août, alors que de Rohan doit célébrer la messe de l’Assomption dans la chapelle de Versailles, il reçoit une convocation du roi. Alors qu’il se rend dans les appartements royaux, il est arrêté par les gardes dans la galerie des glaces, en plein milieu des courtisans, comme un vulgaire voleur. Sommé de s’expliquer, le prélat pigeonné ne tarde pas à comprendre l’escroquerie dans laquelle de La Motte l’a fait tomber. Il tente de se justifier et envoie chercher les fameuses lettres signées de la main de la reine ». En découvrant les faux pourtant grossiers, le roi s’emporte : « Comment un prince de la maison de Rohan, grand- aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France ? ». Le Cardinal tente encore de s’expliquer. Mais le roi persiste : « Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté ! » De Rohan gémit, fond en larmes et supplie qu’on lui épargne l’humiliation d’une mise au cachot. Tout y passe, sa réputation, la dignité de l’Eglise et même le souvenir de sa cousine Madame de Marsan
  9. 9. qui a élevé Louis XVI. Rien à faire. Le roi reste inflexible : « Je fais ce que je dois, et comme roi, et comme mari. Sortez. » De Rohan est emprisonné sur l’heure à la Bastille. Grave erreur du roi, qui avait pourtant toutes les cartes en main pour étouffer le scandale dans l’oeuf. Car avant la fin de la journée, la nouvelle a déjà fait le tour la cour qui connait tout de l’affaire. La boîte de Pandore est ouverte et rien n’arrêtera plus la propagation du récit graveleux de l’incroyable arnaque. La « comtesse » de La Motte est rapidement arrêtée. Son mari a déjà filé en Angleterre et son amant, Rétaux de Villette, en Suisse. Cagliostro est lui aussi interpelé. Fin octobre, on met également la main sur Nicoles Leguay, à Bruxelles où, enceinte, elle s’est expatriée avec son amant. L’affaire du collier de la reine : le procès, l’épilogue… Magnanime, ou plutôt une fois de plus très maladroit, Louis XVI choisit de laisser à de Rohan le choix de la méthode de jugement au lieu de l’imposer d’autorité. Soit le cardinal s’en remet discrètement à un jugement décidé par le seul roi, dans le huis clos du cabinet de Versailles, soit il est traduit en public devant le parlement de Paris. Louis XVI compte bien-sûr que le Cardinal choisira la discrétion… Raté. De Rohan préfère tenter sa chance avec le parlement qu’il sait toujours en opposition à l’autorité du roi. Le procès de l’affaire du collier débute le 22 mai 1786, devant pas moins de 64 magistrats. Attiré par l’odeur du scandale royal, le public afflue en masse et tous les journaux et pamphlets de Paris s’apprêtent à donner le compte rendu précis des débats. Le 31 mai 1786, les juges rendent leur verdict. Malgré un réquisitoire particulièrement à charge de la part du procureur, le cardinal est acquitté des crimes d’escroquerie et de lèse-majesté envers la reine. La soi-disant comtesse de La Motte est condamnée à la prison à perpétuité. Avant d’être enfermée, elle est fouettée au sang et marquée au fer rouge de deux « V » – pour « voleuse ». Son mari le « comte » est condamné par contumace aux galères à perpétuité. Rétaux de Villette est définitivement banni du royaume. Nicole Leguay a réussi à émouvoir les juges avec son tout jeune bébé dans les bras. Elle est mise hors de cause. Cagliostro est lui aussi embastillé. Pendant toute la durée du procès, la « comtesse » de La Motte niera crânement toute participation à l’escroquerie, reconnaissant uniquement une liaison avec de Rohan. Elle parviendra plus tard à s’évader de sa prison de la Salpêtrière sans qu’on découvre jamais ses complices qu’elle avait du grassement soudoyer. Elle se réfugiera à Londres, d’où elle écrira sa version de l’affaire, allant jusqu’à inventer une liaison plus qu’intime entre elle et la reine, impliquant complètement la reine dans toute l’affaire et même dans sa propre évasion.
  10. 10. Le faussaire Rétaux de Villette finira sa vie à Venise où il écrira lui aussi son récit personnel de l’affaire. Le « comte » de La Motte, on l’a vu, s’est donc refugié à Londres… en prenant bien soin d’emporter et de négocier les derniers diamants. Il disparait ensuite totalement de l’histoire. Peut-être le seul vrai bénéficiaire de l’affaire du collier de la reine. Cagliostro ne restera pas enfermé très longtemps. Il sera expulsé du royaume dans le courant de l’année 1786, l’affaire du collier de reine ayant mis fin à sa lucrative carrière d’escroc ésotérique auprès de la haute société française. En 1791, il sera arrêté en Italie par la Sainte Inquisition pour « pratique de la Franc-maçonnerie ». Il sera condamné à la prison à perpétuité et mourra dans sa cellule en 1795. L’histoire ne dit pas ce qu’il est advenu de jeune Nicoles Leguay dont on ne peut qu’espérer qu’elle ait eu une vie plus vertueuse et plus heureuse. Le Cardinal de Rohan sera donc ressorti totalement blanchi et libre de cette affaire du collier de la reine. Libre de corps, mais pas de son engagement comme caution lors de l’achat du collier. Il devra donc bien payer les 1 600 000 livres à messieurs les joailliers Boehmer et Bassange. Il s’acquittera avec difficulté de la plus grande partie de sa dette en vendant des biens et des terres. Mais ce sont ses descendants qui finiront de payer les derniers reliquats d’intérêts aux descendants des joailliers… à la fin du XIXème siècle. Député du Clergé aux Etats Généraux, il sera brièvement membre de la Constituante avant de devoir s’exiler. Il mourra tranquillement en 1803 dans les territoires allemands. Malgré une conclusion relativement rapide du procès, l’affaire du collier de la reine restera un scandale énorme et absolument retentissant, d’un ampleur que l’on aurait du mal à imaginer aujourd’hui. Déjà très lourdement entachée, la réputation de Marie-Antoinette, pourtant complètement innocente à l’affaire, va être gravement compromise à la cour et définitivement dans l’opinion publique. En acquittant le cardinal de Rohan de toute faute, les juges n’ont pas cru devoir le condamner pour avoir porté crédit à des billets doux de la reine qui lui donnait un rendez-vous en secret, la nuit, en cachette du roi, dans un bosquet, par l’intermédiaire d’une femme peu recommandable. Sous entendu évident que la reine, telle qu’on la connait en sa réputation, aurait très bien pu se commettre dans de telles frasques. Une humiliation suprême pour Marie-Antoinette. L’image de la reine restera donc salie à jamais par l’ampleur du scandale et de l’incroyable vague de pamphlets, de chansons grivoises, de calomnies, de caricatures et de rumeurs qu’il va engendrer. Déjà largement accusée de creuser le déficit du budget du pays par des dépenses aussi futiles qu’excessives, Marie-Antoinette va subir un
  11. 11. torrent d’insultes et de calomnies, jusqu’aux plus crues. Pour les caricaturistes et le peuple, la chose est sûre : « L’Autrichienne » offrait son cul au cardinal pour des diamants hors de prix. Plus indirectement, mais tout aussi sûrement, le discrédit jeté par l’affaire sur la cour de Versailles aura des répercussions populaires qui rencontreront un très large écho, lors de la révolution, dans les sentiments haineux du peuple à l’encontre de la noblesse en général et de la famille royale en particulier. Même lors de son procès qui la conduira droit à l’échafaud révolutionnaire, Marie- Antoinette se verra reprocher « l’affaire du collier de la reine ».

×