Juin 2012             Participation au Concours du Mad1 – Le Soir,                   À l’occasion de l’adaptation cinémato...
Récit de voyage       Les seize heures de vol dans les os sont annihilées instantanément par un retourclaquant d’endorphin...
Jour 3 –La Highway 1 donne envie de pleurer aux parents d’enfants-reflex, doublant la durée du trajetà force d’exiger des ...
Jour 6 –Aujourd’hui, nous allons sortir de Californie en contournant les étendues forestières, jusqu’àla pointe du Nevada ...
fois dans le Bradbury, on se retrouve entouré des décors de Blade Runner et du récent TheArtist.Jour 9 –Étreindre une cult...
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Fanny Pluymers

  1. 1. Juin 2012 Participation au Concours du Mad1 – Le Soir, À l’occasion de l’adaptation cinématographique d’On the Road, de Jack KerouacFanny PluymersUne copie de ma carte d’identité est annexée à la fin de ce fichier.Note préalable à l’intention du jury Lorsque Gallimard publia en 2010 le véritable rouleau d’On the road, j’ai décidé decentraliser mes notes chaotiques dans un même fichier, où mon clavier s’échineraitfrénétiquement et quotidiennement – à défaut de cette vieille machine à écrire, à sauver desabîmes de mon oubli, ces fragments de vie simple qui me filent entre les doigts. J’ignore si cegeste prenait source dans mon angoisse de la Perte de l’Autre, dans le besoin de formulerl’instant toujours fuyant pour pouvoir le comprendre, dans le besoin de reconnaissance demon existence comme légitime, ou encore dans un simple besoin de pratiquer une forme athéede méditation. Puisant dans les Préceptes de prose spontanée2 de Kerouac, je me libérais detoute inhibition syntaxique, dans l’assurance de mon intimité. Je me suis amusée à rédiger cevoyage fictif de la même façon, en parcourant virtuellement les rues, munie de meschaussures googlemap, celles qui me donnent tant envie.J’ai tâché de respecter au mieux les consignes du concours, cependant, bien que les comptes-rendus de certaines journées dépassent d’un poil les 1000 caractères maximum, d’autres jourssont plus légers. Je totalise 8687 caractères (espaces compris). J’ai pris quelques libertés parrapport aux passages « obligés » parfois un peu trop touristiques à mon goût, tournant monchemin aux courbes de mes intérêts, suivant la fougue qui me prendrait certainement en tellesituation. Les notes en bas de page sont des informations à l’intention du jury, il ne faut pasles publier en ligne.Merci de votre compréhension, je vous souhaite une bonne lecture !1 Mad to live, mad to talk, desirous of everything at the same time…2 KEROUAC Jack, Vraie blonde et autres, Gallimard, 2003. 1
  2. 2. Récit de voyage Les seize heures de vol dans les os sont annihilées instantanément par un retourclaquant d’endorphine dans le sang : la pellicule de ces neuf jours peut se mettre à défilercomme le tarmac de l’aéroport sous mes pieds. Voyageons léger, le grand Parm à moustachedans une poche, le reflex dans l’autre, je n’ai besoin de rien. Je me sens vivant, cela seulimporte.Jour 1 –Jouer à Brenda et Brandon qui imitent des touristes hollandais dans Beverly Hill était unincontournable pour débuter avec classe. Les extravagances des villas sont chatouillées par untemps qui me rappelle Barcelone : la chaleur est la mariée du vent de la côte. Comme les GPSne sont pas amusants en matière de challenge aventurier, nous déchiffrons une carte. Les ruesau nord de Santa Monica Bld. dessinent des vagues hippies, imperturbables face auxquadrillages stricts des rues au sud. On s’y promène au hasard, au volant de la Ford, leurlargeur semble proportionnelle à la superficie des USA. Devant le Mann’s Chinese Theater,on croise le vieux pote de Parm, Batman, et mon père, le Vador. Au sol, Duke Ellington mefait un clin d’œil en étoile avant Von Sternberg, mécontent d’avoir deux féministes et demipendues aux oreilles. Il est tard, mais le pouvoir des heures est moindre à 21 ans, nousgrimpons le Mont Lee pour nous approcher de la célèbre enseigne, en traversant les treillisabîmés, pour quelques clichés nocturnes.Jour 2 –Le soleil se lève sur Bonnie & Clyde sur la Route 101, vers le Port de Santa Barbara. Aprèsavoir caressé trente minutes de côtes, nous apercevons l’animal. San Simeon m’amuse parcequ’il porte le même nom que mon village de vaches et de belges âgés. La ville a veillé à ceque l’architecture des anciens missionnaires espagnols reste intègre. Ainsi, l’homogénéité dupaysage urbain est assurée par des normes. Cependant, il faut reconnaître que ces mursréfléchissant le soleil ne seraient rien sans l’écrin naturel qui vous subjugue, vous prend etvous retourne pour vous laisser comme mort d’admiration allongé sur le sable. La Nature et« La Ville des Arbres » se pelotent l’une l’autre dans de gros gloussements étouffés, c’est joli.Dans le gigantesque Parc de Los Padres, Parm nomme les oiseaux et je sue de bonheur.Ce soir, les tickets de concert qui m’ont longtemps brûlé les doigts vont enfin pouvoirexploser : nous nous rendons au concert de Crosby, Stills and Nash, au Santa Barbara Bowl. 2
  3. 3. Jour 3 –La Highway 1 donne envie de pleurer aux parents d’enfants-reflex, doublant la durée du trajetà force d’exiger des arrêts pour photographier les splendeurs environnantes. De plus, une foishors de la voiture, Nicon et Chanon se disputent les phoques, les baleines, les ponts et toutel’échelle des bleus possibles. Ils veulent pister la mystérieuse Pfeiffer Beach afin d’encapturer quelques éclats. Cependant, j’ai dans la bouche, une pâteuse acide et ironique d’unpeuple qui jouit d’une Nature Majestueuse, mais qui refuse de participer à tout acteécologique d’ampleur internationale.Le Monterey County Film Commission distribue une carte3 de lieux de tournages de filmsimportants ou anodins dans l’Histoire du cinéma, et depuis les premiers temps de celui-ci.Nous traversons les décors de Foolish Wives, Star Trek IV et Basic Instinct.Ce soir, nous voyons le soleil décliner sur l’appréciation délectable des vins gorgés de cetteterre.Jour 4 –If you’re going to San Francisco, be sure to wear some flowers in your hair… Allonsdénicher la Coit Tower, dressée en l’honneur de Lillie Hitchcock en 1933, la même que notreAlfred immisça subtilement dans Vertigo. Elle se situe dans le vieux quartier de North Beach,où nous prenons une pause au Saloon, le premier bar construit à SF. Parm traque lesperroquets sauvages, je me transforme donc en bol de graines de tournesol, appât finaud. Je necompte pas alimenter le tourisme morbide de la prison d’Alcatraz, tourisme paradoxal dans laville des hippies. Un tramway nommé Hyde mena Marlon et moi vers le berceau du Summerof love, sur la Haight-Ashbury st. Parmi les maisons victoriennes repeintes de vives couleurs,le n° 635 est celle de Janis Joplin, et il est fort doux d’utiliser sa machine imaginaire àremonter le temps. On a warm San Francisco night, Eric Burdon et moi nous endormons surKerouac expliquant le beat dans « San Francisco Scene »…Jour 5 –Au petit matin, nous quittons la côte pour nous enfoncer dans le continent. Oakland,Hayward, Dublin et les autres défilent jusqu’à Groveland Big Oak Flat. Dans cette villeadossée aux montagnes, nous entrons dans la maison de bois de Patrick, un membre deCouchsurfing4. Cela sent le café et le pancake, il semble tout enthousiaste à l’idée de nousemmener dans le gigantesque paradis du Yosemite National Park. À mes côtés, Ansel Adamsest en feu. Nous roulons jusqu’à El Capitan, le très vertical défi des escaladeurs. De là, nousrepartons vers Glacier Point. Après une quinzaine de miles, nous laissons la voiture surWawona road pour arpenter les sept derniers à patte. Caméra Gopro fixée au cou, je suis untéméraire aventurier frappé d’une amnésie pour ses guibolles trop molles. Les dômes de granitcollaborent avec le profond du ciel pour nous cerner, nous gober jusqu’au fond des poumons,si minuscules sommes-nous dans un sublime titanesque.3 http://www.seemonterey.com/includes/content/images/media/MovieLocations.pdf44 http://www.couchsurfing.org 3
  4. 4. Jour 6 –Aujourd’hui, nous allons sortir de Californie en contournant les étendues forestières, jusqu’àla pointe du Nevada où Las Vegas tapine sec. Elle doit être en train de se faire belle pour cesoir en écoutant I’m so excited des Pointer Sisters. Nous traversons la grande Vallée de SanJoaquin, potager des USA. Nous faisons une première escale dans la ferme bio de la famillePafford5, où Paul nous fait déguster ses grenades. Quelques miles plus loin, les Peterson nousaccueillent au vin. Ils racontent l’histoire de leur entreprise et de leur lutte contre l’emprise del’industrie pétrochimique.C’est l’heure où les Looney Tunes passent à l’action, j’ai préparé un bob blanc et des lunettesaviateurs aux verres jaunes : « bonjour Vegas ». Intrigués par cette ville synthétique au milieudu désert, cette plaine de jeux pharaonique, nous déambulons curieusement entre lesCathouse Lounge, les casinos à l’effigie de Cléopâtre, Rome ou Paris et autres houses ofblues.Jour 7 –En cinq heures, nous filons retrouver la côte jusqu’à Santa Monica, où la plus belle plage deLos Angeles nous attend, en compagnie de John, lui aussi membre de Couchsurfing. À notrearrivée, le gros bonhomme dispose Parm dans son seau et l’emmène pêcher le maquereau surl’immense jetée de 2,000 pieds. Quant à moi, je photographie les curiosités autour de la finOuest de la Route 66.Au Getty Center6, les expérimentations photographiques de Ray K. Metzker côtoient uneexposition temporaire dédiée aux portraits rock de Robert Mapplethorpe. Après nous êtreravitaillés en ouvrages de photographie, nous découvrons la cuisine fusion au Leaf Organics,un restaurant bio sur le boulevard Georges Washington. L’idée est de mixer les saveurs dediverses origines culinaires pour un résultat étonnant.Jour 8 –Le huitième jour, Dieu créa le cinéma. L’année 2012 célèbre le centième anniversaire desStudios Universal, fondés par Carl Laemmle. Dès leurs débuts, les studios sont égalementdevenus un lieu de visite, pour intégrer aujourd’hui un véritable parc d’attractions. J’insistepour que l’on s’enfourne dans le Simpsons Ride, après quoi nous voyons ce que propose leSpecial Effets Stage. Lors du Studio Tour, nous faisons la sombre rencontre de Norman Batesdevant le motel de Psycho, et nous croisons l’avion crashé de War or the Worlds.En route pour une visite à Downtown, quartier des affaires caractérisé par ses hauts buildings,dont certains produisent un effet miroir déconcertant. Plus loin, l’imposant Million DollarTheatre en jette, il est un des premiers cinémas fixes construits aux USA, en 1918. Enfin, une5 Ces fermes sont regroupées sous le Homegrown organic farms : http://hgofarms.com6 http://www.getty.edu/visit/exhibitions/future.html 4
  5. 5. fois dans le Bradbury, on se retrouve entouré des décors de Blade Runner et du récent TheArtist.Jour 9 –Étreindre une culture et sa nature environnante en neuf jours haletants est une expérienceéreintante. Cependant, si le temps fila comme un claquement de doigts, en souvenir, il sembledilaté, les jours ayant été tellement emplis de voir, d’entendre et sentir. Il est temps des’effondrer dans l’avion, de fermer les yeux sur une giclée en furie de couleurs que nousavons chapardées partout. On s’endort sur les fiers coups bleus dans les pattes, les reliques surlesquelles nous avons trébuchées, et que nous avons entassées dans le foutoir de mon sac,armes contre l’oubli, et surtout, sur les ridules dessinées par le soleil dans le coin des yeux. 5

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