DU MÊME AUTEURItalie : une démocratie pervertie ?, Essai, Edern éditions, 2011.Ce livre a été réalisé avec le soutien de l...
Giuseppe Santoliquido     L’audition    du docteur Fernando Gasparri
À Mafarda, Alessandro et Clara            À Giuseppe Norcia       et Nicola Santoliquido,                in memoriam
L’audition du docteur Gasparri dura cinqjours. Durant ces cinq jours, il tâcha de fournirune description des événements qu...
Première  journéed’audition
I     Le docteur Gasparri déclara avoir fait laconnaissance de la famille Guareschi au débutdu mois de juillet. Un mois de...
rue de la Tulipe à ausculter, analyser, compi-ler sans relâche le fruit de ses nombreusesconsultations. Le docteur Gasparr...
en parlant de choses et d’autres, comme onle fait de coutume entre amis, jusqu’au mo-ment où le docteur Desforgues posa se...
C’est que depuis son plus jeune âge, il avaitune nature réfractaire à toute forme de nou-veauté, avoua-t-il, une nature do...
Voilà, cette boîte contient toute la bonté demon âme, c’est une quantité finie, limitée àce volume précis  je dois donc me...
Quand ils furent tombés d’accord, tousdeux commandèrent un café bien tassé qu’ilsburent d’une seule gorgée. Ils réglèrent ...
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L'audition du docteur Fernando Gasparri (extrait)

  1. 1. DU MÊME AUTEURItalie : une démocratie pervertie ?, Essai, Edern éditions, 2011.Ce livre a été réalisé avec le soutien de la Communauté françaisede Belgique.© 2011 Renaissance SAAvenue du Château Jaco, 11410 Waterloowww.renaissancedulivre.be / editions@renaissancedulivre.beDirecteur de collection : Vincent EngelConception de la couverture : Xavier VanvaerenberghPhoto de couverture : © Campbell CreativeISBN : 9782507049973Dépôt légal : D/2011/6840/52Achevé d’imprimer en novembre 2011 par l’imprimerie VD (Temse).Droits de traduction et de reproduction réservés pour touspays. Toute reproduction, même partielle, de cet ouvrage eststrictement interdite.
  2. 2. Giuseppe Santoliquido L’audition du docteur Fernando Gasparri
  3. 3. À Mafarda, Alessandro et Clara À Giuseppe Norcia et Nicola Santoliquido, in memoriam
  4. 4. L’audition du docteur Gasparri dura cinqjours. Durant ces cinq jours, il tâcha de fournirune description des événements qui collât leplus fidèlement possible à la réalité, mêmesi, déclara-t-il, la mémoire n’est pas un outildont on use à sa guise. Les faits relatés dansce récit sont donc le fruit de ses déclarationsspontanées. Seule la chronologie de certainspassages a fait l’objet d’un travail a posteriori,afin d’en faciliter la lecture. 7
  5. 5. Première journéed’audition
  6. 6. I Le docteur Gasparri déclara avoir fait laconnaissance de la famille Guareschi au débutdu mois de juillet. Un mois de juillet commeon en avait plus connu depuis des lustres,chaud, ensoleillé, avec un ciel flamboyant dejour comme de nuit. À cette époque, le doc-teur Gasparri menait une étude sur les dan-gers industriels du sulfure de carbone, uneétude scientifique dont la portée s’annonçaitconsidérable. Et si son collègue, le docteurDesforgues, était en charge de la coordina-tion des recherches, c’était lui et lui seul quitraitait de l’ensemble des examens cliniques. Aussi, en ces beaux jours d’un été qui fai-sait miroiter la ville sous un soleil chatoyant,lui, Fernando Gasparri, médecin généralisteà Bruxelles, passait le plus clair de son tempsdans son cabinet de travail du vingt-six de la 11
  7. 7. rue de la Tulipe à ausculter, analyser, compi-ler sans relâche le fruit de ses nombreusesconsultations. Le docteur Gasparri précisatoutefois que cette situation ne le gênait pasle moins du monde, bien au contraire, cardepuis qu’il était veuf et qu’il vivait seul avecLeandra, sa vieille sœur à demi-impotente, letravail était devenu pour lui le seul moyen dese raccrocher à la vie, la seule manière de nepas s’abîmer dans la douleur qui avait suivi laperte de sa Louisa. Il semble pourtant que cette étude surle sulfure de carbone, le docteur Gasparris’y était lancé un peu malgré lui, pour nepas dire à contrecœur. Tout avait commencéau Café des Argonautes, son souvenir à cetégard était encore très net. En ce temps-là,le Café des Argonautes était un restaurantd’intellectuels. On y croisait des professeursd’université, des fins lettrés, des artistes re-nommés, autrement dit la fine fleur de ce quicomptait alors dans le quartier. Et c’est préci-sément pour cette raison, parce qu’ils appré-ciaient d’être entourés de gens cultivés, quele docteur Gasparri et le docteur Desforguesaimaient s’y retrouver de temps à autre pourdéjeuner. Ce jour-là, ils prirent place à leur tablehabituelle, près des hautes fenêtres donnantsur l’avenue de la Couronne. Ils comman-dèrent le plat du jour, du saumon en papil-lote qu’on leur servit avec de l’aneth et dujus de citron, et commencèrent de manger 12
  8. 8. en parlant de choses et d’autres, comme onle fait de coutume entre amis, jusqu’au mo-ment où le docteur Desforgues posa ses cou-verts de part et d’autre de son plat, essuyases lèvres à l’aide d’une serviette de papieret prononça les mots suivants  « Mon cher :Fernando, j’ai besoin de vous pour un tra-vail de confiance. L’université, ou plutôt mondépartement, vient d’être chargé de menerune étude sur les différentes formes d’intoxi-cation en milieu industriel. C’est une mis-sion de la plus haute importance, qui peutavoir des répercussions considérables sur lesconditions de travail du monde ouvrier. Pourla mener à bien, j’ai besoin d’être secondéde personnes compétentes, de personnesde confiance  c’est donc tout naturellement ;que j’ai pensé à vous, Fernando, et je comptebien que vous acceptiez ma proposition. » Comme à son habitude, le docteurDesforgues s’était exprimé avec assurance.Depuis toujours, le docteur Gasparri admi-rait l’aisance oratoire de son ami, sa capacitéà aller à l’essentiel, à cibler avec précision lecœur d’un sujet. Il ne fut donc pas surpris del’entendre développer en quelques mots lestenants et aboutissants de la recherche, insis-ter avec minutie mais aussi limpidité sur lesdélais à respecter pour constituer un échan-tillon représentatif de la population à étudier.Quelle fut la réaction du docteur Gasparri àla proposition de son ami ? Dans un premiertemps, il ne prononça pas le moindre mot. 13
  9. 9. C’est que depuis son plus jeune âge, il avaitune nature réfractaire à toute forme de nou-veauté, avoua-t-il, une nature dont l’habitatoriginel avait toujours été la routine, uneroutine faite d’habitudes et de petits automa-tismes, et la seule perspective de s’en évader,de s’aventurer en dehors d’un cadre quoti-dien rigoureusement balisé par cette routinele rendait fébrile. De sorte que plus le doc-teur Desforgues le pressait d’accepter sa pro-position, plus il entendait les battements deson cœur monter en volume, plus il sentaitla transpiration perler sur son front, se pré-cipiter le long de son échine – bref, plus ilperdait de sa contenance. Aussi se contenta-t-il de bredouillerqu’il regrettait, oui, il regrettait, mais uneétude aux implications importantes pourle monde ouvrier, voilà qui était affaire tropgrande pour lui – lui qui n’était somme toutequ’un simple médecin de quartier, un méde-cin auquel ses patients, à qui il se dévouaitentièrement – corps et âme – suffisaientamplement. Il prononça ces mots machina-lement, sans se soucier de leur portée pré-cise, comme on le fait pour les expressionsconsacrées. «  m’étonne, mon cher Fernando, Jequ’un fervent catholique comme vousveuille limiter les bienfaits de l’âme à sesseuls patients, objecta toutefois le docteurDesforgues. C’est un peu comme si vous pre-niez une boîte de carton et que vous disiez : 14
  10. 10. Voilà, cette boîte contient toute la bonté demon âme, c’est une quantité finie, limitée àce volume précis  je dois donc me montrer ;économe et n’en prélèverai qu’une petitedose chaque jour à l’unique profit de mespatients, sinon je risque de tomber à court  !Ça ne fonctionne pas de cette manière, moncher Fernando, la bonté de l’âme est infinie,vous le savez aussi bien que moi, et la raisonde son infinitude est simple  elle nous est :transmise par un Être infiniment bon ! » À ce stade de son audition, le docteurGasparri voulut apporter la précision suivante :depuis la mort de Louisa, un certain nombrede questions lui trottaient dans la tête. Desquestions douloureuses, de nature philoso-phique ou religieuse, il ne savait trop com-ment les qualifier. Toujours est-il qu’elles por-taient sur des sujets auxquels il n’avait jamaisréfléchi auparavant, comme par exemple lanature du mal, de la souffrance, leur nécessitésur terre, ou encore l’existence d’un desseindivin qui régirait l’ensemble des choses d’ici-bas. Ces questions le tourmentaient au pointqu’il sentait peser sur ses épaules une sorted’inquiétude mal définie, diffuse, sournoise,dont il parvenait difficilement à se débarrasser.Voilà peut-être pourquoi il se montra ce jour-là particulièrement sensible aux arguments dudocteur Desforgues et qu’en fin de compte, ilfinit par accepter de prendre part à son étudesur le sulfure de carbone : « Bien, acquiesça-t-il,c’est entendu, vous pouvez compter sur moi. » 15
  11. 11. Quand ils furent tombés d’accord, tousdeux commandèrent un café bien tassé qu’ilsburent d’une seule gorgée. Ils réglèrent l’ad-dition, puis quittèrent le restaurant pour al-ler se dégourdir les jambes sur l’avenue de laCouronne. C’était une belle avenue aux trot-toirs propres et parés de tilleuls en fleurs,avec des devantures fournies et coloréesqui ravissaient l’œil des passants. Ils se bala-dèrent avec d’autant plus de plaisir qu’unebrise légère en provenance du parc attenantau cimetière voisin emplissait l’atmosphèred’une douce odeur de freesias. Combien detemps marchèrent-ils ainsi, côte à côte, sou-pesant au plus près les détails de leur futurecollaboration, cela le docteur Gasparri nepouvait se le remémorer. Il se souvint parcontre qu’avant de prendre congé, le docteurDesforgues posa une main sur son épauleet dit  «  : Vous avez pris la bonne décision,Fernando, et je n’ai aucun doute : vous serezà la hauteur de la tâche qui vous attend. Enoutre, vous verrez, cela vous changera dutrain-train habituel de vos patients. » On était alors aux premiers jours dumois de juillet de l’an mille neuf cent trente-deux et, toujours d’après le docteur Gasparri,Monsieur et Madame Guareschi se présente-raient à son cabinet moins d’une semaineplus tard. 16

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