Kerry nomination

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Kerry nomination

  1. 1. DG/7/6/n° …….. /N/2013/ Rabat, le 08 janvier 2013 CONFIDENTIEL DIFFUSION RESTREINTE Note à l’attention de Monsieur le Ministre Objet : Nomination du Sénateur John Kerry au poste de Secrétaire d’Etat et les conséquences sur les relations avec le Maroc. J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que la nomination du Sénateur John Kerry à la tête de la diplomatie américaine1 semble indiquer que le Président Obama ait opté pour un allié politique de longue date, partageant avec le chef de l'exécutif américain l'essentiel de sa vision vis-à-vis des affaires internationales, dont la négociation sans conditions préalables avec certains régimes dans le monde. Le Sénateur Kerry, qui est le Président de la Commission des Affaires étrangères au Sénat et ancien candidat à la présidentielle, dispose de l’expérience et des contacts essentiels à un Secrétaire d’Etat. Il a également joué un rôle de premier ordre dans la récente campagne électorale de M. Obama, en représentant « la voix démocrate » critiquant les positions du candidat républicain M. Romney en politique étrangère. Enjeux globaux La nomination de M. Kerry laisse présager la possibilité d’un changement d’approche et de priorités de la politique étrangère américaine, dont les intérêts seraient actuellement positionnés autour de la Chine, en vue de contrecarrer le rapprochement de ce pays avec la Russie, et impliquer davantage Moscou dans les processus de résolution des conflits au Moyen-Orient. Le Sénateur démocrate a régulièrement été un conseiller du Président sur des dossiers importants, notamment les relations avec Pékin, le Pakistan, le programme nucléaire iranien et les négociations sur la réduction des armes nucléaires avec la Russie (newSTART). Le Sénateur Kerry, n'ayant aucune ambition présidentielle, serait plus susceptible de suivre une voie plus pragmatique vis-à-vis de certains dossiers importants, sans toutefois insuffler des changements radicaux dans la politique étrangère des Etats-Unis. Son mandat pourrait être légèrement différent de celui de Mme Clinton, estimé par les experts comme étant une sorte d'action de relations publiques, dans la perspective d’une éventuelle candidature pour les présidentielles de 2016. 1 : la nomination de M. Kerry devrait être approuvée par le Sénat américain. Royaume du Maroc Ministère des Affaires Etrangères Et de la Coopération Direction des Affaires Américaines
  2. 2. 2 L’arrivée de M. Kerry devrait être également analysée dans le cadre des changements survenus à la tête de l’institution militaire américaine et la CIA, notamment la démission du Général David Petraeus, et du Commandant de l’AFRICOM, le Général Carter Ham. En choisissant M. Kerry, un partisan du «soft power», le Président américain semble vouloir revenir à sa stratégie d’ouverture envers les adversaires de son pays, notamment Téhéran, et à les engager dans des discussions plutôt que de les isoler. Par ailleurs, il convient de relativiser l’importance de la nomination de M. Kerry comme Chef de la diplomatie étasunienne, étant donné, d’un côté, l’influence parfois limitée du Secrétaire d’Etat au sein de l’Administration, et de l’autre côté, la « concentration » du processus décisionnel à la Maison-Blanche durant le premier mandat du Président américain. Ainsi, les membres de l’équipe de M. Obama devraient conserver leur influence, notamment le Conseiller à la Sécurité Nationale, M. Thomas Donilon et son Adjoint, M. Dennis McDonough. La nomination de M. Kerry a été favorablement reçue dans plusieurs capitales mondiales. En France, les réactions ont été extrêmement positives. Les Français se sont notamment félicités de la nomination d’une « personnalité attachée à l'amitié franco- américaine, basée sur des valeurs qui unissent les deux pays et sur leur engagement commun pour la liberté, la paix et la sécurité ». Sur ce même registre, même s’il n’y a aucune raison objective susceptible d’indiquer que M. Kerry pourrait prendre de positions davantage pro- européennes que Mme Clinton, notamment en ce qui concerne les divergences qui existent entre la position de Washington et celle de Paris sur le dossier de l’intervention militaire au Mali, il est vraisemblable que ses nombreux liens avec des personnalités françaises ainsi que ses visites dans ce pays constituent un atout pour la France. S’agissant du dossier israélo-palestinien, les réactions officielles à cette nomination ont été mitigées. Les médias dans ce pays estiment que l’arrivée de M. Kerry lance un mauvais signal à l’adresse de Benjamin Netanyahu qui s’apprête à effectuer une visite officielle aux Etats-Unis, et reprochent au Sénateur américain son appui à la position hostile d’Obama à la construction de nouvelles colonies à Jérusalem Est. En dépit de ces critiques, cette nomination devrait renforcer le partenariat américano-israélien, étant donné les origines juives de M. Kerry, ainsi que son soutien à un accord de paix à deux Etats, mais seulement si les intérêts d'Israël sont considérés prioritaires. La position de M. Kerry au sujet du dossier syrien a connu des changements notables. En effet, au début des événements en Syrie, le Sénateur américain avait qualifié M. Assad de réformateur, mais a changé de position en avril 2010, en appelant à discuter des zones de sécurité et à armer l'opposition syrienne tout en réclamant un renforcement des pressions internationales sur le régime du président Assad. Ces prises de positons semblent confirmer les critiques qu’on lui adressait lors de sa campagne électorale de 2004, qui le qualifiait d’indécis et de « flip floper »1 , notamment à cause du changement de position au sujet de l’intervention militaire en Irak. Sur un autre registre, le Sénateur Kerry est connu pour son activisme et son attachement aux questions liées à l’environnement. Il estime que ces questions sont « aussi dangereuses » pour la sécurité de la planète que la possibilité d’une guerre nucléaire contre l'Iran, et ajoute que le dossier du changement climatique a le même degré d'importance que la crise en Syrie, eu égard aux répercussions qu’il pourrait avoir sur la stratégie géopolitique et la sécurité des Etats-Unis, s’il devient un facteur d'instabilité dans certaines des régions les plus volatiles du monde. 1 : Un flip-flopper est un homme politique accusé de changer de position en fonction du temps.
  3. 3. 3 Concernant le Maroc : S’agissant de notre pays, la plus importante question est de savoir si M. Kerry, en tant que secrétaire d'Etat, cherchera à marquer les relations maroco-américaines de son propre empreinte, notamment en ce qui concerne la position de Washington vis-à-vis de la Question Nationale. A cet égard, il y a lieu de noter qu’à la différence de Mme Clinton, qui a connu le Maroc en tant que première dame, et qui était un allié important du Royaume au sein de l’Administration Obama, le Sénateur Kerry n’a jamais visité le Maroc ou le Maghreb, et a tenu à certaines occasions des positions qui n’étaient pas toujours favorables à notre pays. Aussi, il y a lieu de signaler que John Kerry est un proche du Sénateur Patrick Leahy, élu récemment nouveau président pro tempore du Sénat des Etats-Unis1 , et qui est connu pour son soutien aux séparatistes, notamment la dénommée aminatou haidar. A cet égard, il y a également lieu de rappeler que MM. Kerry, Leahy et Edward Kennedy, alors Sénateur représentant le Massachusetts, ont adressé, en juin 2001, une lettre à l’ancien Secrétaire d’Etat Colin Powell pour exprimer leur “ inquiétude que l’O.N.U. abandonne le référendum et soutienne une solution proposant l’intégration du Sahara occidental au Maroc contre la volonté du peuple sahraoui. ” Le Sénateur Kerry est également un proche de la famille Kennedy, et particulièrement de la présidente du Centre Robert Kennedy, Mme Kerry Kennedy, qui est connue pour son soutien aux thèses des adversaires de notre intégrité territoriale. En Novembre 2011, M. Kerry était l’invité d’honneur de la cérémonie des remises des prix aux militants des Droits de l’Homme primés par le centre. Cependant, il est primordial de rappeler que l’impulsion de la politique des Etats-Unis dans le monde dérive presque entièrement de la politique domestique, et particulièrement de la stratégie de sécurité nationale. Dans ce sens, la nomination de l’ancien sénateur républicain du Nebraska, M. Chuck Hagel au poste de Secrétaire à la défense, pourrait apporter de nouvelles opportunités de rapprochement entre le Maroc et les Etats-Unis, et assurer un certain équilibre dans les positions de Washington, au cas où M. Kerry tenterait de les orienter vers une direction non favorable aux intérêts du Royaume. M. Hagel, qui avait voté en faveur de l’ALE Maroc / Etats-Unis, et qui avait également effectué une visite de travail au Maroc en 2003, durant laquelle il a eu des entretiens avec l’ancien Premier Ministre, M. Driss Jettou, a été cité comme étant un partisan des positions marocaines. Il y a lieu de souligner à cet égard que le Sénateur américain entretient de bonnes relations avec la communauté marocaine aux Etats-Unis, dont des représentants ont participé à des événements de levée de fonds dans le cadre des campagnes électorales de M. Hagel. Remarques conclusives : L’arrivée de M. Kerry nous interpelle à explorer de nouvelles pistes de rapprochement et de communication avec le Nouveau Secrétaire d’Etat, ainsi qu’avec l’Administration américaine dont le chef de l'exécutif demeure le même, tout en prenant en considération que la politique étrangère des Etats-Unis est l’aboutissement d’un processus élaboré auquel participent plusieurs autres acteurs. Il est également nécessaire de prendre les mesures adéquates afin de défendre les intérêts du Maroc, notamment si les rumeurs de la nomination de Mme Susan Rice en tant que Conseillère d’Obama se confirment, étant donné que le centre de décision en matière de politique étrangère, comme décrit par la majorité des experts, reste la Maison Blanche. 1 : le Sénateur de plus haut rang et le deuxième plus important personnage du Sénat après le vice-président des États-Unis qui en est le président ex officio.
  4. 4. 4 Fort de ses relations historiques et séculaires avec les Etats-Unis, le Maroc, membre non permanent du Conseil de Sécurité, et jouissant d’un statut privilégié avec ce pays, pourrait capitaliser sur les acquis en matière de coopération avec Washington, notamment le partenariat stratégique et l’Accord de Libre Echange afin d’assurer la continuité de la consolidation d’un partenariat gagnant-gagnant. Les bonnes relations de M. Kerry avec le Sénateur républicain Monsieur McCain, qui avait déclaré à plusieurs reprises que le plan marocain d'autonomie est une solution viable susceptible de mettre un terme au conflit autour du Sahara, ainsi que l’amitié qui lie le Sénateur Kerry à des personnalités françaises, notamment M. Brice Lalande (qui entretient de bonnes relations avec l’Ex Président français Sarkozy) restent également des pistes à explorer pour une meilleure coopération avec le nouveau Secrétaire d’Etat. Il s’agit également de renforcer la stratégie d’engagement politique vis-à-vis des Etats- Unis en oeuvrant à assurer une cadence élevée de visites et de rencontres avec les responsables américains. Les groupes de travail bilatéraux, établis dans le cadre du Partenariat stratégique facilitent ces relations, le Maroc possède ainsi les outils appropriés d’engagement et devrait continuer à les utiliser, en vue de garantir le soutien du nouveau Secrétaire d’Etat. Le renforcement de l’engagement politique permettrait de poursuivre la coopération dans des domaines où les intérêts des deux pays se recoupent, faciliter la visibilité nationale aux Etats- Unis, et cibler des secteurs ayant un intérêt manifeste pour l’excellence marocaine. Le Maroc pourrait notamment consolider ses relations avec les différents Think tanks et les lobbies américains, notamment en exploitant son excellente collaboration avec le Comité Juif Américain (AJC), en cherchant à renforcer ses relations avec l’American-Israel Public Affairs Committee (AIPAC), avec qui M. Kerry entretient de bonnes relations, et en oeuvrant à établir des liens privilégiés, structurés et permanents avec d’autres organismes, à l’instar de ceux liant notre pays au Think Tank « The Atlantic Council » dont le président est M. Chuck Hagel. Au niveau économique, le Royaume pourrait concrétiser une proposition dégagée par la Conférence Maroc / Etats-Unis, tenue le 4 décembre 2012 à Washington, qui porte sur l’organisation d’une table ronde aux Etats-Unis sur les opportunités du secteur énergétique marocain (un sujet important pour M. Kerry), aussi bien pour les énergies renouvelables que pour les hydrocarbures, et profiter de cette occasion pour présenter les avancées réalisées par notre pays dans ce domaine. Sur le même registre, et dans le but de consolider les relations de coopération avec les différents autres départements américains qui exercent une certaine influence dans la formulation de la politique étrangère des Etats-Unis, le Maroc devrait chercher à mettre en œuvre les propositions de la même conférence, notamment en ce qui concerne l’organisation d’une mission d’affaires au Maroc des entreprises aéronautiques américaines. Le Royaume pourrait aussi mettre à profit la présence d’une forte communauté marocaine aux Etats-Unis, notamment à Massachusetts (Etat d’origine du Sénateur Kerry). Dans ce sens, le Maroc pourrait appeler les représentants des ressortissants marocains à remplir pleinement leur rôle de citoyen, et leur suggérer d’adresser une lettre à M. Kerry, qui le félicite pour le nouveau poste, et qui exprime le souhait qu’il puisse exercer un rôle constructif dans la résolution du différent autour du Sahara.

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