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UNIVERSITE PARIS-EST MARNE-LA-VALLEE
UFR SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
MASTER 2 RECHERCHE ENTREPRISE, INNOVATION ET SOCI...
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Je tiens à remercier toutes les personnes ayant contribué à cette enquête pour m’avoir
chaleureusement ouvert leur porte...
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Table des matières
Introduction............................................................................................
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2.3.1 La proximité géographique a bien un effet... à condition que préexiste au moins une
logique de similitude ...........
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Introduction
Les clusters visent à rassembler des acteurs susceptibles d'innover en commun, avec l'espoir
que la proximi...
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environnementales avancées, le datacenter énergétique du fournisseur d'accès à internet
Céleste, le projet d'auto-partag...
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I. Problématique, hypothèses et méthodes
Après un état des lieux sur les définitions du cluster et une revue de littérat...
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La grappe d'entreprises est pour France Cluster également constituée de PME/TPE mais est
organisée selon un système de g...
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Enfin, notons que l'Observatoire européen des clusters, qui recense environ 2 000 clusters
dans l'UE, définit les cluste...
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Dès lors les notions de pôle de compétitivité et de cluster se confondent, mais surtout dans
cette perspective le clust...
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englober les appellations antérieures des systèmes localisés de production et
d’innovation tels que districts, milieux ...
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1.2 La co-localisation, un sujet abondamment traité en sciences du
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1.2.1 La pr...
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en évidence la nécessité́ d’une certaine masse critique d’entreprises, en termes de services, de
compétences et de four...
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avéré inadapté, les entreprises se trouvant enfermées dans un système obsolète qui ne leur
permettait pas d'accéder aux...
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en bourse tous les ans et les montants d'investissement y étant très inférieurs. Cette moindre
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Granovetter reprend à son compte la théorie de l'encastrement mais l’applique aux sociétés
modernes (2000), alors que P...
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Un encastrement trop faible empêche également le développement d'une entreprise
Dans le cas des Noirs Américains ayant ...
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c'est que nous proposons d'aborder dans le chapitre suivant, après avoir abordé la notion de
capital social.
1.3.2 Le «...
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les moins diplômés qui y ont le plus recours, les plus diplômés privilégiant les concours. Le
capital social exerce, se...
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L’articulation entre liens forts et «trous structuraux», entre capital social «individuel» et
capital social «collectif...
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Les auteurs ont étudié la dialectique entre ces deux formes de capital dans le monde
académique à partir d'un réseau de...
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fondateurs sont prédominantes, surtout lors de la phase de démarrage, dans l'accès aux
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Par ailleurs les entreprises ayant connu un succès inattendu se composent toutes de plusieurs
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1.4 L'école de la proximité
1.4.1 Principaux apports
L'Ecole de la proximité, également appelé le groupe «Dynamiques de...
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en tout cas, elle les rend a priori plus faciles qu’avec des unités situées à l’extérieur de
l’organisation» (Ibid.).
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d'appartenance qui peut se construire «à force d’interactions», par «la mise en réseau des
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Carrincazeaux et al. ne considèrent pas la proximité géographique de manière isolée comme
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proximité géographique (superposition, contiguïté ou voisinage forcés) fait subir des tensions
aux acteurs locaux, voi...
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Il note des différences entre les sites concernant l'importance joué par le pôle de formation.
Ainsi certains sites com...
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1.5 Problématique et hypothèses
Reprenant les études théoriques et empiriques décrites dans le chapitre précédent, nous...
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1.6 Méthodologie
Terminologie utilisée
Par «entrepreneurs», nous désignons les fondateurs ou associés de startup et on ...
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- une représentante du CSTB19
(1 entretien).
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Nous avons utilisé la documentation disponible, comme les plaquettes, les affiches et les sites
internet des différente...
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II. Restitution des résultats de l'enquête
2.1 Etude des ressources des entrepreneurs
2.1.1 Présentation de l’échantill...
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2.1.2 Répartition des ressources utilisées entre liens personnels,
intermédiaires et cluster.
Nous reprenons ici le réf...
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Dans le comptage, l’entrepreneur E est atypique p...
Mémoire M2 Etude d'un cluster par sa configuration sociale
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Enquête au sein d'un cluster dans l'est de Paris

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Mémoire M2 Etude d'un cluster par sa configuration sociale

  1. 1. 1 UNIVERSITE PARIS-EST MARNE-LA-VALLEE UFR SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES MASTER 2 RECHERCHE ENTREPRISE, INNOVATION ET SOCIETE. Etude d’un « cluster » par sa configuration sociale Enquête sur les coopérations au sein du «cluster Descartes ville durable» auprès d’un échantillon d’entrepreneurs et d’acteurs locaux Sophie Jaboeuf sjaboeuf@sfr.fr Sous la direction de Patrice Flichy Janvier 2015
  2. 2. 2 Je tiens à remercier toutes les personnes ayant contribué à cette enquête pour m’avoir chaleureusement ouvert leur porte, les entrepreneurs, les acteurs publics et les chercheurs. Je remercie également tous mes professeurs de master car leurs conseils m’ont tous été utiles dans ce travail. Je remercie bien sûr plus particulièrement Patrice Flichy pour son éclairage et sa patience. Je suis également très reconnaissante à Benoit Lelong pour son accueil et son accompagnement dans ce master et ses précieux conseils de lecture.
  3. 3. 3 Table des matières Introduction................................................................................................................................... 5 I. Problématique, hypothèses et méthodes.................................................................................... 7 1.1 Le cluster, un concept pas encore tout à fait stabilisé ......................................................... 7 1.1.1 Le cluster défini comme un regroupement d'entreprises sur un territoire donné.......... 7 1.1.2 Le cluster défini comme la réunion du monde académique et du monde économique 9 1.1.3 Aux origines du cluster................................................................................................. 10 1.2 La co-localisation, un sujet abondamment traité en sciences du management, en géographie et en économie ...................................................................................................... 12 1.2.1 La proximité géographique comme levier de la capacité à innover ............................ 12 1.2.2 Le rôle de la proximité géographique contesté par certains auteurs .......................... 13 1.2.3 Le cluster, un objet dont on cherche à mesurer les performances............................. 14 1.3 Du côté de la sociologie: l'origine sociale des phénomènes économiques....................... 15 1.3.1 La théorie de l'encastrement structural des relations marchandes............................. 15 1.3.2 Le «capital social» et la théorie de la force des liens faibles....................................... 18 1.3.3 La création d'entreprise est un processus de découplage .......................................... 21 1.4 L'école de la proximité ........................................................................................................ 24 1.4.1 Principaux apports........................................................................................................ 24 1.4.2 Les effets de proximité sont insuffisants pour expliquer seuls les coopérations entre les acteurs.............................................................................................................................. 28 1.5 Problématique et hypothèses ............................................................................................. 30 1.6 Méthodologie....................................................................................................................... 31 II. Restitution des résultats de l'enquête....................................................................................... 34 2.1 Etude des ressources des entrepreneurs .......................................................................... 34 2.1.1 Présentation de l’échantillon ........................................................................................ 34 2.1.2 Répartition des ressources utilisées entre liens personnels, intermédiaires et cluster. ............................................................................................................................................... 35 2.1.3 Liens personnels des enquêtés avec les autres acteurs............................................. 37 2.2 Cartographie des liens institutionnels entre les acteurs..................................................... 38 2.3 Analyse des résultats.......................................................................................................... 39
  4. 4. 4 2.3.1 La proximité géographique a bien un effet... à condition que préexiste au moins une logique de similitude .............................................................................................................. 40 2.3.2 Le faible encastrement des entrepreneurs dans le milieu local .................................. 44 2.3.3 Des acteurs nationaux peu présents localement......................................................... 51 2.3.4 Un monde académique très dense peu connecté au monde entrepreneurial ............ 56 III Éléments d'explications ............................................................................................................ 62 3.1 La faiblesse des liens faibles comme élément explicatif de la faiblesse des coopérations ................................................................................................................................................... 62 3.2 Les coûts de transaction comme élément explicatif de la faiblesse des liens faibles ....... 69 3.2.1 Définition utilisée .......................................................................................................... 70 3.2.2 Une capacité à nouer des liens qui dépend du capital social de chaque individu ...... 70 3.2.3 Des coûts de transaction trop élevés en cas d'absence de proximité organisée ....... 72 3.2.4 Le service commercial de CSTB éditions : un moyen de réduire les coûts de transaction entre monde académique et monde économique ? .......................................... 76 3.3 Le rôle des «objets-frontières» pour abaisser les coûts de transaction et augmenter les liens faibles................................................................................................................................ 79 3.3.1 Qu’est-ce qu’un objet-frontière ?.................................................................................. 79 3.3.2 Le dispositif Tous Créatifs............................................................................................ 81 3.4 Le rôle de l’imaginaire dans l'innovation............................................................................. 86 3.4.1 Les difficultés du cluster à s’imposer comme un idéal partagé par tous..................... 86 3.4.2 L'imaginaire de la d.school........................................................................................... 91 Conclusion .................................................................................................................................... 93 Bibliographie ................................................................................................................................. 95 Annexes ...................................................................................................................................... 100
  5. 5. 5 Introduction Les clusters visent à rassembler des acteurs susceptibles d'innover en commun, avec l'espoir que la proximité géographique joue un rôle bénéfique. Plus généralement il s'agit de concentrer des ressources spécifiques mises à disposition des acteurs locaux, leur conférant un avantage concurrentiel dans un contexte de mondialisation. Il s'agit également pour les acteurs publics territoriaux d'améliorer l'attractivité d'un «territoire». La France a ainsi lancé en 2004 puis labellisé en 2005 les pôles de compétitivité, associations d’entreprises, de centres de recherche et d’organismes de formation engagés dans une démarche partenariale, avec le soutien des collectivités territoriales. Le terme « cluster », d'origine anglo-saxonne1 , est utilisée en France tantôt pour désigner les pôles de compétitivité, tantôt pour désigner un regroupement géographique d'activités sur un même territoire. Dans le même objectif de créer de la croissance et de l'emploi, l'Union Européenne avait défini en 2006 le renforcement des clusters en Europe comme l'une des neuf priorités stratégiques pour promouvoir avec succès l'innovation2 Cette initiative s'est accompagnée du lancement du mémorandum sur les clusters en Europe, en janvier 20083 . Notre enquête s'intéresse au «cluster Descartes», situé dans l'Est de Paris. Le centre géographique du cluster, appelé le «cœur du cluster», se situe dans un quartier appelé «la Cité Descartes». Ce quartier présente la particularité d'être à cheval sur deux communes: Champs- sur-Marne et Noisy-le-Grand, sur deux départements, la Seine-et-Marne et la Seine-Saint-Denis et il appartient à différentes agglomérations de communes, le Val Maubuée et Marne-la-Vallée. La cité Descartes concentre les pôles de formation et de recherche du cluster Descartes ainsi qu’environ 300 entreprises. Parmi les 18 pôles de formation présents, on peut citer notamment l'université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEM), l'Ecole des Ponts et Chaussée, l'ESIEE, l’Ecole d'Architecture de la ville et des territoires. Ce cluster est dédié à la «ville durable», thème que l'on retrouve parmi certains axes de recherche des cinquante centres de recherche de la cité Descartes. On peut citer parmi eux l'Institut Efficacity qui travaille en partenariat avec la Société́ du Grand Paris sur la conception d'une gare à énergie positive, l'IFFSTAR qui a mis en place notamment un simulateur pour travailler sur la conception de routes «intelligentes», le laboratoire Labex Futurs urbains qui travaille sur l'étude des comportements des habitants en termes de consommation d’énergie et de déplacements dans les écoquartiers. La Cité Descartes se veut elle-même exemplaire en matière de construction et de ville durable, ainsi les acteurs y expérimentent, en même temps qu'ils mettent en vitrine, un certain nombre de projets innovants, comme les bâtiments Coriolis ou Génome, construits selon des normes 1 Le terme cluster signifie « grappe » ou « groupe » dans la langue anglaise et il est utilisé également comme un verbe (to cluster: se regrouper). On retrouve d’ailleurs ce terme dans de nombreuses disciplines, comme l'informatique, la physique, le marketing. 2 Conclusions de la réunion du Conseil du 4 décembre 2006 sur la compétitivité: http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_Data/docs/pressdata/en/intm/91989.pdf. 3 Voir www.proinno-europe.eu/NWEV/uploaded_documents/European_Cluster_Memorandum.pdf.
  6. 6. 6 environnementales avancées, le datacenter énergétique du fournisseur d'accès à internet Céleste, le projet d'auto-partage de véhicules électriques ou encore le projet d'aménagement sonore par un doctorant du LAB'URBA pour lutter contre le bruit. Enfin notons que se tient chaque année au sein de la cité Descartes la conférence Green city, événement de rencontres internationales sur le thème de la ville durable. La littérature académique, aussi bien économique que sociologique, a déjà montré que la proximité géographique à elle seule est insuffisante pour créer des liens entre des mondes sociaux hétérogènes. Le cluster a justement la particularité de rassembler volontairement des mondes sociaux hétérogènes pour créer de l’innovation, le monde académique, le monde économique et les acteurs publics. Dès lors, on se demandera à quelles conditions la proximité géographique, recherchée par les aménageurs du territoire, permet-elle de créer des coopérations ? Dans la lignée des travaux de la sociologie économique, on étudiera le rôle de la configuration sociale dans le développement de coopérations et d’activités, en particulier dans le développement de jeunes entreprises au sein du cluster. La configuration observée est-elle un frein ou favorise-t-elle les coopérations et le développement des jeunes entreprises ? Après avoir montré que les entrepreneurs sont faiblement encastrés dans le cluster, nous tenterons d’analyser les raisons pour lesquelles les coopérations à l’intérieur du cluster ne se réalisent pas. Et nous tenterons, non pas d’apporter des solutions, mais d’ouvrir des pistes de réflexion sur les conditions favorables pour créer des coopérations, notamment la création d’objets-frontières et la formation d’un imaginaire commun. On s’appuiera pour cela également sur des expériences ayant réussi à rassembler plusieurs mondes sociaux au sein du cluster.
  7. 7. 7 I. Problématique, hypothèses et méthodes Après un état des lieux sur les définitions du cluster et une revue de littérature sur les travaux de recherche nous permettant d'analyser les coopérations au sein d'un cluster, en particulier les travaux sur la co-localisation, sur la théorie de l'encastrement ou encore ceux de l'Ecole de la proximité, nous détaillerons différentes problématiques et hypothèses, ainsi que la méthode d'enquête utilisée. 1.1 Le cluster, un concept pas encore tout à fait stabilisé Nous avons regroupé dans ce chapitre plusieurs définitions du cluster données par des acteurs publics ainsi que par des auteurs académiques. La variété des définitions prouve que ce concept n'est pas encore stabilisé, ce qui permet aux acteurs d'interpréter librement le rôle du cluster. Par une recherche dans Factiva, nous avons pu montrer que le terme «cluster» commence à être utilisé à partir de 2003 dans la presse française (annexe 1), soit peu avant le lancement des pôles de compétitivités. 1.1.1 Le cluster défini comme un regroupement d'entreprises sur un territoire donné L'association France Clusters, association de soutien aux politiques publiques, revendique 150 membres en France, qui sont tous des clusters répartis sur le territoire français et classés selon six métiers: industrie, agriculture, TIC, environnement, santé, service. Cet acteur distingue les notions de pôles de compétitivité, de grappes d'entreprises et de «clusters régionaux». Pour cet acteur, le pôle de compétitivité fait référence à une politique industrielle, il est ainsi défini: Un pôle de compétitivité rassemble sur un territoire bien identifié et une thématique donnée, des entreprises petites et grandes, des laboratoires de recherche et des établissements de formation. Il a vocation à soutenir l'innovation, favoriser le développement des projets collaboratifs de recherche et développement (R&D) particulièrement innovants. Il crée ainsi de la croissance et de l'emploi.4 Le cluster en revanche n'intègre pas forcément, pour cet acteur, le monde académique: Les clusters sont des réseaux d'entreprises constitués majoritairement de PME et de TPE, fortement ancrés localement, souvent sur un même créneau de production et souvent à une même filière. L'intérêt premier du cluster est d'augmenter le chiffre d'affaire et l'efficacité économique de son entreprise et ensuite de détecter dans son environnement les facteurs favorisant sa croissance.5 4 http://www.franceclusters.fr/page-definition-15.html consulté le 04/10/2014 5 Ibid.
  8. 8. 8 La grappe d'entreprises est pour France Cluster également constituée de PME/TPE mais est organisée selon un système de gouvernance propre émanant des entreprises, elles ont par ailleurs « un « noyau dur » ancré sur un territoire permettant des rapports aisés de proximité entre ses membres et qui est pertinent par rapport au tissu d’entreprises concerné »6 . Par conséquent, selon cette vision, les grappes d'entreprises sont un groupement d'entreprises organisé par les entreprises, tandis que le cluster est un regroupement d'entreprises sur un territoire donné sans système de gouvernance défini. Les pôles de compétitivités en revanche sont organisés par les acteurs publics locaux. Le site internet officiel des pôles de compétitivité partage exactement la même définition du pôle de compétitivité que France Clusters en ajoutant que ce dernier repose sur « un ancrage territorial fort tout en s’appuyant sur les structures existantes (tissu industriel, campus, infrastructures collectives, etc.)»7 . Le terme de cluster n'est utilisé sur le site que pour faire référence à la politique européenne, notamment à une communication de la Commission européenne intitulée «Vers des clusters de classe mondiale dans l'Union européenne: mise en œuvre d'une stratégie d'innovation élargie»8 . Dans cette note le cluster est ainsi défini: Un cluster peut se définir, globalement, comme un groupe d'entreprises, d'opérateurs économiques liés et d'institutions géographiquement proches les uns des autres et ayant atteint une échelle suffisante pour développer une expertise, des services, des ressources, des fournisseurs et des compétences spécialisés.9 On retrouve donc la définition du cluster comme regroupement d'acteurs économiques avec en plus des «institutions» et une «expertise». La même note précise plus loin que c'est à la Communauté Européenne d'encourager la politique des clusters, notamment en promouvant la recherche et en favorisant les liens entre les entreprises et le monde scientifique. Le CGET10 qui est chargée de « concevoir et de mettre en œuvre la politique nationale d’égalité des territoires et d’en assurer le suivi et la coordination interministérielle.»11 a de son côté un usage du terme plus générique, comme en témoigne une annonce publiée sur son site internet : «Le champ d’action (...) porte sur tous les types de clusters: pôles de compétitivité́, grappes d’entreprises, pôles territoriaux de coopération économique...»12 . 6 Ibid. 7 http://competitivite.gouv.fr/politique-des-poles-471.html consulté le 29/06/2014 8 http://www.eurosfaire.prd.fr/7pc/doc/1225459600_com_2008_652_fr.pdf consulté le 04/10/2014 9 Ibid. 10 Le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires, créé en avril 2014 est un regroupement de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar), du Secrétariat général du comité interministériel des villes (SGCIV) et de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé). Cet organisme est rattaché au Premier ministre 11 http://www.cget.gouv.fr/actualites/lancement-du-commissariat-general-a-legalite-territoires consulté le 29/06/2014 12 http://www.cget.gouv.fr/sites/default/files/pdf/page/113/2014-4ddct- fichedepostechargedemissionclusters .pdf L’annonce a été publiée en octobre 2014 et a été supprimée depuis.
  9. 9. 9 Enfin, notons que l'Observatoire européen des clusters, qui recense environ 2 000 clusters dans l'UE, définit les clusters comme des regroupements régionaux d'industries et de services situés en un même lieu. Par ailleurs l'observatoire indique que 38 % de la main-d'œuvre européenne est employée par des entreprises membres de ces clusters13 . 1.1.2 Le cluster défini comme la réunion du monde académique et du monde économique Les acteurs publics de notre terrain d'enquête ont une représentation du cluster plus spécifiquement orientée vers les coopérations entre monde économique et monde académique. Epamarne, qui est l'établissement public en charge de l’aménagement du territoire de Marne-la Vallée, territoire auquel appartient notre terrain d'enquête, adopte une définition du cluster qui correspond plutôt à celle que France Clusters donne du pôle de compétitivité: Le Cluster Descartes doit stimuler le lien vertueux entre enseignement supérieur, recherche et entreprises afin de favoriser la diffusion des innovations et de développer une stratégie de filière qui répondra aux défis des villes de demain. Le Cluster, avec le soutien du pôle de compétitivité Advancity et de l’ensemble des acteurs locaux, va ainsi permettre la création de nouvelles activités liées à l’éco-construction, la mobilité durable ou encore l’efficacité énergétique, vecteurs de croissance et créatrices d’emplois d’avenir.14 Par ailleurs, Epamarne, dans sa plaquette présente le cluster Descartes comme le premier pôle de R&D en France dans le domaine de la ville durable et de l'innovation urbaine. Elle met notamment en avant ses 50 laboratoires, 18 000 étudiants et 3 000 enseignants-chercheurs et ingénieurs, faisant donc du monde académique un pilier du cluster15 . De son côté, Advancity, pôle de compétitivité dont le siège est sur la cité Descartes, se définit elle-même sur son site internet comme un cluster: La vocation d’ADVANCITY, cluster dédié à la ville durable en France, est de permettre aux entreprises, aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche et aux collectivités territoriales de coopérer et de monter des projets collaboratifs innovants en vue de mettre au point des produits ou services commercialisables à moyen terme, générateurs d’activité économique et créateurs d’emploi16 13 Voir http://www.clusterobservatory.eu consulté le 04/10/2014 14 http://projets.epa-marnelavallee.fr/Le-Cluster-Descartes/Le-Cluster-Descartes-pole-d-excellence-de-la- ville -durable consulté le 25/09/2014 15 http://projets.epa- marnelavallee.fr/content/download/799/6268/version/20/file/Plaquette+Cluster+Descartes +2013 consulté le 25/09/2014 16 http://www.advancity.eu/a-propos/ consulté le 25/09/2014
  10. 10. 10 Dès lors les notions de pôle de compétitivité et de cluster se confondent, mais surtout dans cette perspective le cluster est indissociable du monde académique. Concernant l'agence Descartes Développement, quand elle fait référence au cluster Descartes dans un document de présentation, par un astérix en bas de page elle le définit ainsi: (*)Cluster : Regroupement de scientifiques, d’universitaires et d’acteurs économiques17 Du côté des sciences de gestion, l'auteur Patrick Dambron qui a consacré un livre sur les clusters considère les pôles de compétitivité comme «les clusters à la française» et utilise indifféremment les deux termes (2008). Il adopte une définition assez proche de celles données précédemment: L’objectif vise à dégager des synergies autour de projets innovants concentrés sur des technologies spécifiques et conduits en commun en direction d’un ou de plusieurs marchés déterminés à haut potentiel de croissance. La mutualisation des connaissances et la visibilité internationale complètent leurs caractéristiques. Si nous voulions résumer en une phrase ce qu’ils sont, nous dirions qu’il s’agit d’une mise en réseau d’acteurs de l’innovation travaillant ensemble sur un territoire donné pour le développer et le prospérer. (Dambron, 2008, p.20) 1.1.3 Aux origines du cluster Un concept d'origine anglo-saxonne Le chercheur Michael Porter qui est un des grands promoteurs de la politique des clusters aux Etats-Unis dans les années 1990 définit ainsi le cluster: «clusters are geographic concentrations of interconnected companies and institutions in a particular field» (1998b, p.78). Il ajoute que le cluster peut inclure les fournisseurs spécialisés, les clients et que beaucoup de clusters incluent des institutions gouvernementales, des universités, des think tank ou encore des associations. Porter attribue deux caractéristiques à la concentration d'entreprises pour qualifier cette derrière de cluster: l'interconnexion entre les entreprises (ou plus largement les différents acteurs locaux) et la spécialisation du domaine d'activités. Le cluster, héritier des Systèmes Productifs Locaux (SPL) Le terme cluster comme on l'a vu s'est diffusé à partir de 2003 en France peu avant le lancement des pôles de compétitivité, ces deux notions ont alors progressivement effacé les notions précédentes de «districts» apparus dans les années 1980, ou de SPL qui avaient été créés en France en 1997. Comme le note André Torre (2014): Le terme de clusters, qui constitue la manière contemporaine de qualifier les formes locales d’organisation des activités d’innovation et de production, a fini par recouvrir et 17 extrait d'un document de présentation de l’agence Descartes lors de sa création en 2010 http://www.univ-paris-est.fr/fichiers/dossier%20agence.pdf consulté le 25/09/2014
  11. 11. 11 englober les appellations antérieures des systèmes localisés de production et d’innovation tels que districts, milieux innovants, technopoles, SPL… Pour Zimmermann (2002), le cluster est un concept flou, mais qui permet néanmoins une avancée par rapport aux districts des années 1980: L’approche en termes de clusters, bien qu’elle ne s’appuie pas sur une définition précise généralement reconnue et malgré́ la variabilité́ des conceptions mises en œuvre, représente une avancée intéressante sur le plan analytique et sur celui d’une instrumentation en termes de politiques publiques. Elle constitue une rupture avec les approches de nature sectorielle et un élargissement par rapport au cadre trop étroit de la notion de district. Le sociologue Michel Grossetti définissait le SPL comme un «espace déterminé (...) de coopérations coexistant avec des relations de compétition. Ces coopérations sont favorisées principalement par la structure des réseaux sociaux» (2004). Cette approche générale est donc assez proche de celle de Porter pour qui le cluster se caractérise par l’interconnexion entre les acteurs locaux. Grossetti tente de dresser une typologie des SPL en fonction de différents critères, comme le type d'organisations présentes (Grandes entreprises, PME, universités, ...), la présence de R&D, le type de localisation (métropoles, petites agglomérations, zones rurales,..), les ressources échangées (informations, prêts d'argent,..), le type de relations sociales dominantes (familiale, d'écoles, professionnelles). Grossetti aboutit à une classification en six SPL: les districts, les technopoles, les systèmes de sous-traitance, les «activités rares», les «services métropolitains», les systèmes «agro-alimentaires». Selon cette classification, notons que les technopoles sont les seules dans lesquelles l'activité de recherche et développement est toujours présente (Ibid.) Pour l'auteur, les technopoles sont situées dans les grandes agglomérations, elles se composent de grandes entreprises, de PME et d'universités, leurs relations sociales dominantes sont construites autour du travail et de l'enseignement supérieur (Ibid.). Grossetti, dont l'étude sur les SPL date de 2004, n'a pas utilisé le terme de cluster, alors peu répandu en France. Cependant le cluster pourrait tout à fait s'inscrire dans la typologie de Grossetti. Il constitue une nouvelle désignation d'espace de coopération. En conclusion, la notion de cluster a d'abord été théorisée outre Atlantique dans les années 1990 puis cette notion s'est répandue en France dans les années 2000. Comme on l’a vu à travers les différentes définitions données par les acteurs publics, le cluster n’est pas simplement un secteur géographique dense en activités économiques, mais il renvoie à une stratégie de politique économique pour faire de cette densité un facteur de compétitivité au niveau local mais aussi à un niveau national et international. Dans la suite de ce mémoire nous utiliserons le terme cluster dans le sens de la réunion sur un même territoire de centres de formations, de laboratoires de recherche et d'entreprises.
  12. 12. 12 1.2 La co-localisation, un sujet abondamment traité en sciences du management, en géographie et en économie 1.2.1 La proximité géographique comme levier de la capacité à innover Michael Porter, en introduction de son «Clusters and the new Economics of competition», resume ainsi sa thèse: Paradoxically, the enduring competitive advantages on a global economy lie increasingly in local things-knowledge, relationships, and motivation that distant rival cannot match (Porter, 1998b). Dans cette perspective, le cluster constitue une nouvelle politique économique visant à renforcer par la proximité géographique la performance du tissu économique. Le cluster se caractérise par sa spécialisation et sa singularité: «Clusters are not unique, however; they are highly typical» (Ibid.). Pour Porter (1998 a; b) le rôle de la localisation a été longtemps négligé, les entreprises recherchant auparavant des avantages concurrentiels essentiellement au niveau des prix d'achat de leurs matières premières, qu'elles se procuraient à n'importe quel endroit de la planète. En remettant au premier plan le rôle joué par l'environnement économique de proximité dans la performance des acteurs économiques, l'auteur souhaite ouvrir de nouvelles perspectives : Clusters represent a new way or thinking about location challenging much of the conventional wisdom about how companies should be configured, how institutions such as universities can contribute to competitive success and how government can promote economic development and prosperity (Ibid.) L'auteur précise néanmoins que si la co-localisation représente un potentiel, cela ne garantit pas la réalisation de ce potentiel. Il se propose alors d'expliquer ce qui fait le succès d'un cluster, il évoque le mélange indispensable de concurrence et de coopération pour innover. Un autre facteur de succès réside dans les liens informels créés entre les acteurs, ces liens sont pour l'auteur plus efficace car ils permettent plus de flexibilité que les relations formelles traditionnelles autour de partenariats. C'est la proximité qui favorise des échanges fréquents, et renforce la confiance et la diffusion de la connaissance. Le système se « renforce de l’intérieur » et produit alors de la richesse de manière endogène sur un territoire donné «Once a cluster begins to form, a self-reinforcing cycle promotes its growth» (Porter, 1998b). Globalement le cluster rend les entreprises plus productives, plus innovantes et favorise la création d'activités entrepreneuriales. Et pour Porter, plus le monde devient complexe, et basé sur la connaissance, plus la proximité est nécessaire. De nombreux travaux académiques s’inscrivent dans cette lignée. Enright (1996) ou Rosenfeld (2002), tout en réaffirmant l’importance des dimensions géographiques et relationnelles, mettent
  13. 13. 13 en évidence la nécessité́ d’une certaine masse critique d’entreprises, en termes de services, de compétences et de fournisseurs spécialisés, pour permettre l’émergence et le développement des clusters. Pour Kukalis, les entreprises ont avantage à se localiser dans les clusters (2009). De même pour Krugmam, la concentration des activités permet de s'échanger des biens, du travail, des informations et autres connaissances (1995). L'auteur a montré ainsi comment la présence d'«externalités» induit une répartition géographique inégalitaire de l'activité économique, favorisant certaines zones au détriment d'autres régions. Talbot cherche à montrer la pertinence d’une réflexion sur les «stratégies de proximité́» (2009). L'auteur s'appuie sur plusieurs exemples de cluster comme l'assemblage des Airbus à Toulouse et Hambourg, la City de Londres, la concentration des fournisseurs de l'industrie automobile à Hambach (Moselle) pour la Smart, etc. Il souligne que même si les données empiriques montrent que la proximité géographique est un levier dans la capacité à innover, la dimension spatiale est selon lui encore peu prise en compte en management stratégique et ces stratégies restent à définir (2009). 1.2.2 Le rôle de la proximité géographique contesté par certains auteurs Saxenian dans une étude comparée entre la Silicon Valley et Route 128 (Boston, Massachusetts), partant du constat que l'industrie électronique de la Silicon Valley a poursuivi sa croissance dans les années 1980 alors celle de Route 128 a décliné, réfute l'idée de la proximité spatiale comme facteur de performance économique The simple fact of spatial proximity evidently reveals little about the ability of firms to respond to the fast-changing markets and technologies that now characterize international competition (Saxenian, 1994) Elle adopte ce qu'elle appelle «the Network perspective» inspiré de Granovetter, c'est à dire que l'économie locale est analysée par la structure des liens entre les acteurs et non comme un ensemble d'entreprises atomisées (Ibid.). The network perspective helps explain the divergent performance of apparently comparable regional clusters, such as Silicon Valley and Route 128, and provides important insights into the local sources of competitive advantage. La différence majeure dans l'organisation sociale entre la Silicon Valley et Route 128 est que la première est basée sur un système de réseaux d'acteurs dans lequel les acteurs sont très mobiles, les salariés peu "fidèles" à leur entreprise, où l'échange d'informations est facilité par des relations horizontales tandis que Route 128 est qualifié par l'auteur de «firm-based system», un système où l'entreprise est plus indépendante, centrée sur elle-même, plus autocratique, ayant des activités plus intégrées, des salariés plus fidèles et où l'information circule moins bien compte tenu de la culture du secret. Ce système était bien adapté à un marché stable avec des technologies peu changeantes grâce aux économies d'échelle qu'il permettait, en revanche dans un contexte de fortes évolutions et d'incertitude, Route 128 s'est
  14. 14. 14 avéré inadapté, les entreprises se trouvant enfermées dans un système obsolète qui ne leur permettait pas d'accéder aux ressources locales avoisinantes qui auraient pu les rendre réactives face aux changements, selon l'auteur. A l'inverse, l'organisation en réseau, qui abolit les différences entre petites et grandes entreprises et entre secteurs d'activités, favorise le processus d'innovation. Dans cette perspective, ce n'est pas la co-localisation qui créé de l'innovation mais ce sont les réseaux de liens existants entre les différents acteurs, la co-localisation permet en outre aux acteurs de créer de nouvelles opportunités par le regroupement des ressources locales (capital, technologies, compétences,....). La proximité géographique vient donc renforcer le dynamisme économique qui repose avant tout sur un tissu de liens dense entre les acteurs. Proximity facilitates the repeated, face-to-face interaction that fosters the mix of competition and collaboration required in today’s fast-paced technology industries. Yet the case of Route 128 demonstrates that geographic clustering alone does not ensure the emergence of regional networks. Competitive advantage derives as much from the way that skill and technology are organized as from their presence in a regional environment.(Ibid.) 1.2.3 Le cluster, un objet dont on cherche à mesurer les performances Des auteurs en sciences économiques se sont attachés à tenter de mesurer la performance des clusters en proposant un ensemble d'indicateurs et de méthodologies tout en soulignant la difficulté de cette tâche compte tenu de la forte hétérogénéité des clusters, en terme de taille, de secteurs d'activité, d'historique, d'organisations (Merindol et al., 2010). Sylvie Chalaye, constatant que les politiques économiques contemporaines sont essentiellement fondées sur la logique de cluster, propose une grille d’analyse pour bien comprendre les performances des clusters. Cependant elle évoque également les difficultés liées à la construction des indicateurs ainsi que celles liées à la conception des études d’impact (2011). Michel Ferrary et Yvon Pesqueux définissent les facteurs qui peuvent contribuer à la «croissance endogène» d'un cluster (2004). Après avoir décrit douze champs d'expertise nécessaire à la performance d'un cluster, les auteurs évaluent le cluster en fonction du poids relatif des douze «communautés de pratique»18 qui soutiennent chaque pôle d'expertise et de la qualité des relations entre ces communautés. Ainsi dans une étude comparative entre la Silicon Valley et Sophia Antipolis qui est alors la principale technopole européenne de hautes technologies, les auteurs soulignent que Sophia Antipolis connait une croissance moindre que la Silicon Valley, le nombre des sociétés cotées 18 Les 12 communautés de pratiques sont les enseignants-chercheurs universitaires, les chercheurs des centres de recherche, les salariés des grandes entreprises, les capital-risqueurs, les avocats, les experts en recrutement, les consultants, les experts comptables, les chargés de relations publiques, les banques commerciales, les banques d'investissement et les journalistes (Ferrary, Pesqueux, 2004)
  15. 15. 15 en bourse tous les ans et les montants d'investissement y étant très inférieurs. Cette moindre performance est expliquée par les auteurs par l'absence ou la faiblesse de certaines «communautés de pratiques» à Sophia Antipolis, en particulier les capital-risqueurs, les avocats d'affaires, les banques d'affaires et les salariés de grandes entreprises. En raison de l'interdépendance systémique de l'efficacité́ des autres communautés de pratiques, l'absence de certaines d'entre elles nuit à l'efficacité́ des communautés présentes (laboratoires de recherche, universités...) et, plus globalement, handicape la croissance endogène que pourrait générer le cluster. La faiblesse de la croissance endogène n'est pas due à l'incapacité́ des chercheurs à générer des inventions brevetées mais à la pauvreté́ de I ‘environnement économique en pôles d'expertise, notamment financier et juridique, pour faciliter la création et le développement d'entreprises ainsi que la continuité du cycle de vie de l'innovation (Ibid.). Suchman avait de son côté parlé de « communauté́ organisationnelle » au sujet des avocats de la Silicon Valley (2000). Ces derniers en jouant le rôle d’« entremetteurs » [dealmakers], de « conseillers » [counselors] et de « prosélytes » [proselytizers], ont selon lui influencé le développement d’une communauté associant des entreprises informatiques, des sociétés de capital-risque et des cabinets d’avocat (Ibid.). Nous allons voir dans le chapitre suivant que l'approche par les réseaux sociaux est empruntée à la sociologie économique. 1.3 Du côté de la sociologie: l'origine sociale des phénomènes économiques La sociologie s'est attachée à montrer la construction sociale des relations marchandes. Il s'agit de mettre à jour un ensemble de représentations, d'institutions et de normes, plus ou moins contraignants pour le développement économique. Pour expliquer les phénomènes marchands, l'analyse des réseaux sociaux, des relations domestiques ou politiques sont notamment mobilisés. Ce chapitre est essentiellement consacré à la théorie de l'encastrement. L'Ecole de la proximité qui traite également du rôle des liens sociaux dans le développement économique est abordée au chapitre suivant. 1.3.1 La théorie de l'encastrement structural des relations marchandes Steiner attribue à l'économiste hongrois Karl Polanyi (1886-1964) la mise en avant de l'argument d'encastrement social pour expliquer les relations entre le système de marchés et la société (2011). La circulation des biens, selon Polanyi, suppose nécessairement une structure institutionnelle, quel que soit la société considérée (1977, chap.2). L'activité économique est encastrée (embedded) dans les relations sociales, c'est à dire que les relations sociales constituent un ensemble d'institutions servant de socle au fonctionnement des échanges.
  16. 16. 16 Granovetter reprend à son compte la théorie de l'encastrement mais l’applique aux sociétés modernes (2000), alors que Polanyi opposait les économies des sociétés primitives jugées fortement encastrées aux économies modernes considérées comme désencastrées.. Granovetter montre tout d'abord que dans le processus de recherche d'emploi, les relations amicales et familiales et plus généralement les «liens faibles» jouent un rôle déterminant dans l'obtention d'un emploi (1974). Ensuite il montre que le degré d'encastrement de l'économie dans les relations sociales d'un milieu donné influence directement le succès du développement économique (2003). Notons que le terme embeddedness utilisé par les auteurs américains peut être traduit par «encastrement» ou par «couplage». La théorie de l'encastrement structural a été critiquée, soit parce qu'elle était jugée insuffisante eu égard à d'autres formes d'encastrement, culturel, politique, cognitif (Zukin et DiMaggio, 1990), soit parce que certains auteurs se refusent à adopter une démarche séparant les «sphères sociales» avec l'économie d'un côté et le social de l'autre (Zelizer, 2011). Granovettrer s'appuyant sur les données empiriques de nombreux travaux décrit la configuration sociale de plusieurs systèmes marchands dans le monde, comme celui de la ville de Modjokuto (Indonésie), le Bazar au Maroc, la ville de pêcheurs d'Estancia aux Philippines, la ville balinaise de Tabanan, l'organisation des tontines ou encore la diaspora chinoise (2003). Il montre alors que la structure sociale peut empêcher ou au contraire favoriser le développement économique des entreprises. Un encastrement trop fort est un frein au développement d'une entreprise Ainsi dans les entreprises de certaines communautés, les membres sont redevables d'un ensemble d'obligations vis-à-vis des autres membres, comme fournir un emploi à un proche, prêter de l'argent à quelqu'un en difficulté, devoir prendre un fournisseur par solidarité ou tout autre engagement qui peuvent nuire aux intérêts purement économiques de l'entreprise. S’ils ne satisfont pas ces obligations, ils prennent le risque d’être désapprouvés par la communauté. Dans l'exemple de Tabanan, petite ville indonésienne de pêcheurs étudiée par Geertz et Granovetter (2003), la structure sociale se présente comme densément connectée verticalement et horizontalement. Les entrepreneurs appartiennent tous à plusieurs groupes sociaux, les «seka», formés sur des bases religieuses, politiques, économiques ou autres. Cette configuration leur apporte une forte solidarité mais aussi une obligation de loyauté vis-à- vis du groupe dont l'intérêt est supérieur à ceux des individus. Granovetter observe ainsi que les entrepreneurs ont tendance à se comporter de manière «non économique». Cela se traduit par «une forte pression en faveur de la redistribution du profit au détriment de son réinvestissement mais aussi par la tendance à employer plus de salariés que nécessaire». Les entreprises ne peuvent dès lors se développer que jusqu'à un certain point, la rationalisation des entreprises «aux dépens de la communauté» étant impossible (Ibid.)
  17. 17. 17 Un encastrement trop faible empêche également le développement d'une entreprise Dans le cas des Noirs Américains ayant migré du Sud vers les villes du Nord, Granovetter, à l'appui de l'étude de Light, montre que les tentatives de créer des petites entreprises ont échoué faute de solidarités locales entre les membres de la communauté (1972). Contrairement par exemple aux minorités chinoises ou japonaises fortement soudés par leurs origines géographiques (le village ou la Province d'origine), les Noirs américains, coupés de leurs origines africaines depuis plusieurs décennies n'éprouvaient plus aucun sentiment d'appartenance sur la base de leurs villes d'origine, ils ne pouvaient compter que sur des associations vastes et impersonnelles comme la Ligue Urbaine ou la Ligue Nationale des Affaires Noires, composées, selon Light, de l'élite Noire américaine, structurellement isolée et «incapable d'atteindre la jeunesse noire des classes inferieures.» (Ibid., p117). Dans l’exemple de la ville javanaise de Modjokuto étudiée par Dewey et Geertz, Granovetter (2003) montre que dans une structure sociale atomisée, faiblement connectée horizontalement et verticalement, les entreprises ne peuvent pas se développer au-delà du cadre individuel ou familial. Il en est de même à Estancia aux Philippines ou la structure sociale se caractérise par une forte hiérarchie sociale provoquant une concurrence exacerbée, les personnes pauvres entrant en concurrence pour obtenir l'appui d'une personne au statut plus élevé. La base sociale de l'entreprise se retrouve dans ces villes le plus souvent circonscrite à la famille, faute de confiance dans les relations verticales et faute de solidarité horizontale. A Estancia, la défiance est généralisée même au sein de la famille «tout le monde pense que l'autre ne pense qu'à son intérêt» (Ibid.). Le succès économique résulte d'un subtil équilibre entre couplage et découplage Granovetter montre qu'une structure sociale peut présenter un net avantage dans certaines situations, c'est le cas par exemple de la diaspora chinoise qui a eu un développement économique beaucoup plus profitable que d'autres minorités (2003). A l'appui de plusieurs données empiriques, Granovetter note que: Tous les récits s’accordent à dire que les affaires chinoises bénéficient de coûts de fonctionnement beaucoup plus faibles, liés à l’existence de la confiance à l’intérieur de cette communauté́. Le crédit est accordé́ et le capital mis en commun avec l’idée que les engagements seront tenus; la délégation d’autorité́ a lieu sans crainte que l’agent poursuive son intérêt propre aux dépens du principal. (Ibid., p.184) Selon l'auteur, le succès de l'activité entrepreneuriale résulte d'un «savant dosage entre d’une part une cohésion sociale suffisante pour faire appliquer des normes de moralité́ dans les affaires et créer une atmosphère de confiance, et d’autre part des circonstances qui limitent les revendications non économiques pesant sur une entreprise et freinant sa rationalisation » (Ibid., p.187) Si Granovetter a analysé l'encastrement au travers de l'activité économique de minorités ethniques, Michel Grosssetti s'est intéressé à l'activité entrepreneuriale hors contexte ethnique,
  18. 18. 18 c'est que nous proposons d'aborder dans le chapitre suivant, après avoir abordé la notion de capital social. 1.3.2 Le «capital social» et la théorie de la force des liens faibles Le capital social comme moyen d'accéder à des ressources Bien que l’idée selon laquelle le réseau de relations d’un individu constitue pour lui une forme de ressources est ancienne (Degenne et Forsé, 1994), elle a été popularisée à travers la notion de «capital social» de Pierre Bourdieu (1980). L’auteur distingue trois formes de capital: (i) le capital économique défini par les revenus, le patrimoine matériel et financier, (ii) le capital culturel, de nature intellectuelle, mesurable notamment par les diplômes, et (iii) le capital social. Ce dernier est défini comme «l’ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d’interconnaissance et d’interreconnaissance» (Ibid.). Cette définition s’inscrit dans une approche utilitariste des relations sociales, qui suppose un «travail» et une «compétence spécifique» pour former et entretenir un réseau de relations que l’individu peut mobiliser selon ses besoins. Comme le rappelait Pierre Mercklé, Bourdieu n’a en fait accordé qu’un rôle secondaire au capital social dans les mécanismes de reproduction sociale, le capital social étant issu du capital économique et du capital culturel et n’étant là que pour les renforcer (2011). En revanche des auteurs anglosaxons comme Nan Lin, Coleman, Granovetter, Ronald Burt se sont emparés de cette notion dans l’analyse des réseaux sociaux pour lui donner une place centrale. Coleman introduit de plus la notion de «capital humain» constituée par les compétences propres d’un individu indépendamment de ses relations («le capital humain se situe dans les points, et le capital social dans les lignes qui relient les points») (1988). Dans la perspective structurale, le capital social d’un individu ne se limite pas à ses relations directes, mais comprend les relations indirectes et donc inclut le capital social de toutes ses relations. La «valeur» du capital social réside dans la position de l’individu dans une structure sociale et dans l’ensemble des ressources auxquelles il peut ainsi accéder. Burt montre ainsi que les caractéristiques structurales du réseau doivent être prises en compte, notamment le caractère redondant d’une relation, et pas seulement le nombre des relations (1995). De Graaf et Flap ont nuancé cette approche en soulignant qu’il ne suffit pas d’avoir beaucoup d’amis, faut-il encore que ces derniers soient prêts à mobiliser pour vous leurs propres ressources (1988). Par conséquent le capital social d’un individu doit également tenir compte d’autres paramètres comme le volume des ressources détenues par ses relations (capital économique, culturel et social) et les chances d’accès à ces ressources (Ibid.). Enfin, contrairement à l’hypothèse de Bourdieu, Michel Forsé, à l’appui de données statistiques sur l’enquête emploi de l’INSEE, a montré un effet propre du capital social (1997). Il conclut que le capital social est réparti dans toutes les catégories sociodémographiques, ce sont d’ailleurs
  19. 19. 19 les moins diplômés qui y ont le plus recours, les plus diplômés privilégiant les concours. Le capital social exerce, selon lui, un effet, inférieur à celui du diplôme mais équivalent à celui de l’origine sociale, sur le statut acquis dans la hiérarchie sociale. Les liens faibles pour assurer la cohésion entre les groupes sociaux La théorie des liens faibles permet d’éclairer la façon dont le capital social peut produire ses effets. Granovetter définit la force d’un lien comme «une combinaison (...) de la quantité de temps, de l’intensité émotionnelle, de l’intimité (la confiance mutuelle) et des services réciproques qui caractérisent ce lien» (1973). L’auteur parle alors de liens forts et de liens faibles. Un pont (bridge) est, selon l'auteur, un lien qui permet de relier entre eux deux individus qui appartiennent à des groupes totalement disjoints. Enfin rappelons qu'une «clique» est définie comme un groupe d’individus dont les liens sont très denses au sein du groupe mais ayant peu de liens avec l’extérieur du groupe. Granovetter démontre qu’un pont n’est jamais un lien fort, car une des particularités statistiques des liens forts, c’est que plus un lien est fort et plus les relations respectives de chacun sont superposées: ainsi si A et B sont en lien fort et A et C sont en lien fort, alors B et C seront liés également. Une configuration dans laquelle B et C ne seraient pas liés constitue une «triade interdite» (Ibid.) Par conséquent un pont, selon cette hypothèse, est toujours un lien faible permettant de relier entre eux deux groupes d’individus séparés. Ainsi la diffusion d’une information qui ne circulerait que par des liens forts risquerait de rester limitée à la clique. Ce sont les liens faibles qui permettent une large diffusion des informations au sein de la société. Un individu obtiendra donc grâce à ses liens faibles des informations qui ne sont pas accessibles dans son cercle restreint, car les liens faibles le relient à des groupes d’individus qui ont plus de chance de disposer d’informations différentes, c’est pourquoi l’auteur parle de la «force des liens faibles». Les liens faibles dans cette vision génèrent de la cohésion sociale alors que les liens forts fragmentent la société. Cette théorie a notamment été complétée par la théorie des «trous structuraux» de Ronald Burt (1995). Cet auteur s’est plus attaché à montrer l’avantage compétitif que peut représenter la structure sociale d’un acteur. Un acteur qui dispose de «trous structuraux» est avantagé sur les autres, c’est à dire que cet acteur est relié à plusieurs groupes distincts d’individus et aucun de ces groupes ne sont reliés entre eux. En effet si les groupes se superposent, alors pour Burt, les relations sont redondantes, elles sont «structuralement équivalentes», c’est à dire qu’elles donnent accès aux mêmes ressources (Ibid.) En conclusion plus il y a de ponts et de trous structuraux dans la configuration du réseau social d’un individu, plus son capital social est important, Burt a vérifié cette hypothèse notamment lors d’une grande enquête auprès d’un échantillon de 3000 directeurs d’entreprises (1992).
  20. 20. 20 L’articulation entre liens forts et «trous structuraux», entre capital social «individuel» et capital social «collectif» Si d'un côté des auteurs ont tenté de renforcer le capital social par une approche structurale des relations, en cherchant un équilibre entre liens forts et liens faibles, d'autres ont mis en avant la nécessité d'articuler le capital social individuel avec le capital social du groupe pour une mobilisation optimale des ressources. A l'inverse de la théorie de la force des liens faibles, des auteurs ont montré les avantages de la «fermeture» relationnelle (Coleman, 1988). Les individus d'un groupe dont les liens sont denses s'accordent plus facilement sur la valeur des biens et des personnes (Baker, 1984). Une structure cohésive permet d'élaborer des normes et de créer un fort degré́ de confiance interpersonnelle (Coleman, 1988). Une structure dense et cohésive permet de créer un sentiment d'appartenance et de solidarité, mieux à même d’assurer sa reproduction et son extension (Bourdieu, 1980). La théorie des trous structuraux a également été critiquée car elle ne tient pas compte de la mesure de la «centralité de proximité» dans un réseau ni de l’«intermédiarité» qui fait qu’un contact occupe une position clé dans un réseau en tant que point de passage obligé pour les autres (Freeman, 1979). Ronald Burt a lui-même amendé sa théorie pour prendre en compte la confiance et la réputation, sans lesquelles les acteurs ne peuvent s’engager dans une coopération (2006). La confiance et la réputation s’obtiennent par la force des liens et la densité des liens qui permettent d’exercer des contrôles indirects. Par conséquent les liens forts sont aussi un facteur d’efficacité relationnelle. Il y aurait donc un point d’équilibre à trouver entre trous structuraux et densité des liens. Olivier Godechot et Nicolas Mariot distinguent quant à eux les notions de capital social «individuel» du capital social «collectif» (2004). Il y aurait une articulation optimale à trouver entre ces deux formes de capital pour que les acteurs puissent lutter efficacement contre la concurrence au sein d'un groupe et contre la concurrence du groupe avec les autres groupes. À un niveau individuel, les relations peuvent être vues comme un système de mobilisation de ressources, dans le cadre d’une multiplicité́ d’échanges dyadiques. Mais à un niveau plus agrégé́, les relations peuvent être aussi le support d’un comportement coopératif. Aussi, nous considérerons ici que le capital social « individuel » est le bénéfice qu’un individu tire de sa place dans la structure des relations, alors que le capital social collectif est le capital du groupe, bien collectif que le groupe partage et renforce par l’établissement d’une forte cohésion (Ibid.) Les auteurs notent cependant que l'acquisition de ces deux formes de capital peut rentrer en tension: si l'on cherche à densifier son réseau de relations proches, alors on risque de perdre sa singularité relationnelle (peu de trous structuraux) et si au contraire on travaille à étendre son réseau de liens faibles, on évite les relations redondantes et on peut affaiblir la cohésion de son groupe d'appartenance.
  21. 21. 21 Les auteurs ont étudié la dialectique entre ces deux formes de capital dans le monde académique à partir d'un réseau de chercheurs en sciences politiques. Postulant que les relations d’invitation dans les jurys sont un indicateur de la structure relationnelle d’une discipline, les auteurs ont recueillis des données empiriques sur la composition des jurys et sur l'obtention de postes par les jeunes docteurs durant les années 1990. Ils en concluent que : (…) d’une part, la diversification à l’intérieur du groupe permet à l’échelle individuelle de gagner les doubles avantages, stratégiques et informationnels de la non-redondance, d’autre part, la cohésion et la densité́ du groupe permettent au groupe d’exister, de limiter la concurrence en son sein et de se mobiliser contre les autres groupes pour l’obtention d’avantages pour ses propres membres. (Ibid.). Ainsi dans le champs académique étudié par les auteurs (les sciences politiques), les docteurs ont nettement plus de chance d'obtenir un poste si à la fois ils bénéficient d'un jury dont la provenance est diversifiée, ce qui va leur ouvrir plus d'opportunités (capital social individuel), et si le groupe formé par leur directeur de thèse est cohésif, auquel cas ce dernier est plus enclin à les défendre contre la concurrence externe des autres docteurs qualifiés dans la discipline pour l'obtention d'un poste (capital social collectif). 1.3.3 La création d'entreprise est un processus de découplage Grossetti et d'autres socioligues ont repris les notions d'encastrement et de découplage pour pouvoir analyser les liens entre les organisations, les individus et leur réseau. Grossetti et Barthe (2008) reprennent les notions d'encastrement et de découplage de White (2002). L’encastrement est défini comme «un processus d’accroissement de la dépendance d’une forme sociale par rapport à une autre». Le découplage est «le processus réciproque d’autonomisation d’une forme par rapport à une autre. Lorsqu’une relation interpersonnelle s’extrait d’un collectif (par exemple lorsque l’un des deux protagonistes d’une relation quitte le collectif mais maintient un lien personnel avec l’autre), elle s’en découple. Lorsqu’une organisation met en place des procédures qui la prémunissent contre les aléas des relations interpersonnelles, elle se découple de celles-ci.» (Grossetti, Barthe, 2008). Selon cette approche, les auteurs s'éloignent de l'analyse habituelle des réseaux statiques et s'intéressent plutôt à l’activation de relations dans des processus d’accès̀ à des ressources. Les relations personnelles sont prédominantes dans le processus de création d'entreprise Nous avons vu précédemment que la sociologie des réseaux sociaux a montré le rôle des relations personnelles dans la vie économiques et dans le développement des entreprises. Cependant pour Grossetti et Barthe aucune étude n'avait quantifié leur importance, c'est ce qu'ils ont proposé de faire à partir de 54 histoires de création d’entreprises de la région Midi- Pyrénées et des régions limitrophes (2008). Leur étude montre que les relations sociales des
  22. 22. 22 fondateurs sont prédominantes, surtout lors de la phase de démarrage, dans l'accès aux ressources utilisées pour l'entreprise, comme la recherche de clients, de partenaires, de fournisseurs, d'employés ou de financement : Tout se passe comme si les relations jouaient un rôle particulièrement central dans les phases d’imprévisibilité́ (Grossetti, 2004), dans lesquelles les dispositifs destinés à réduire cette imprévisibilité́ (services d’aide à la création d’entreprises) n’opèrent pas encore ou sont d’une efficacité́ limitée (Grossetti et Barthe, 2008). Lorsque le rôle des relations personnelles diminue, c'est alors un indice, pour les auteurs, du découplage de la nouvelle entreprise, qui acquiert plus d’autonomie vis-à-vis des relations personnelles des fondateurs. Un autre résultat de l'étude quantitative de Grossetti et Barthe est que les relations personnelles à caractère professionnel, comme les anciens collègues ou des connaissances acquises dans le monde professionnel, sont plus favorables au succès des jeunes entreprises, au moins dans les premiers temps (Grossetti et Barthe, 2008). L'entreprise doit nécessairement se découpler des relations personnelles de ses membres pour croître Plus une organisation se découple des relations personnelles de ses membres, plus pour Grossetti elle devient un «acteur social, cet acteur étant lui-même encastré dans un réseau d’organisations ou un ensemble plus vaste tel qu’un marché́.» (2004). Fabien Reix montre également à partir de 45 entretiens biographiques avec des créateurs d’entreprises, que la création d’entreprise est un processus de découplage (2008). Au départ les entrepreneurs sont ancrés dans des liens forts, très locaux, mais par la suite ils mobilisent davantage de liens faibles. Dans l'étude de Grossetti et Barthe, la part des accès aux ressources par des chaines relationnelles se restreint au fil du temps et devient minoritaire, passant de 64% du total des ressources obtenues avant le dépôt des statuts à 40 % après un an de création. La part des relations non professionnelles reste stable (16 %). Les auteurs soulignent néanmoins que ce découplage est très relatif puisque les 40% semblent constituer un palier, que l'on constate aussi sur les années suivantes. Si Grosseti et Barthe affirment que «le devenir de l’entreprise est corrélé́ à la mobilisation des relations sociales» (2008), ils montrent aussi que les entreprises qui ont connu une croissance conforme aux prévisions mobilisent beaucoup les organismes d’aide à la création. Et celles qui réussissent mieux que prévu mobilisent plus les relations personnelles de type professionnel. A l'inverse, celles qui connaissent des difficultés ou des échecs sont celles qui mobilisent le moins les relations professionnelles ou les organismes de soutien.
  23. 23. 23 Par ailleurs les entreprises ayant connu un succès inattendu se composent toutes de plusieurs fondateurs: «la dimension collective du projet, par le nombre des fondateurs autant que par les relations qu’ils mobilisent, semble associée à de plus grandes possibilités de croissance en taille » (Grossetti et Barthe, 2008). Et selon leurs données empiriques, les entreprises qui ne réalisent pas ce découplage ont des taux d'échecs bien supérieurs à celles qui se sont «désencastrées» (Ibid.). De ce point de vue ces résultats convergent avec ceux de Granovetter (2003). Les relations personnelles sont moins prédominantes dans un cluster Claire Champenois insiste davantage sur l'importance des dispositifs d'aide à la création au sein des clusters qu'elle étudie, ceux de la biotechnologie allemande. Selon l'auteur, ces dispositifs se substituent en partie aux réseaux interpersonnels (2008). Au plus fort de la croissance entrepreneuriale, ces intermédiaires [les sociétés de capital risques, publiques ou privées dans les régions de Munich, Berlin ou le Bade- Wurtemberg] orientent notamment les entrepreneurs vers les financements, nouveaux et abondants, apparus au niveau local et extra-local. Autrement dit, c’est cette possibilité́ d’accéder aux ressources clés sans posséder de relations interpersonnelles pertinentes qui a sous-tendu l’émergence massive et localisée d’entrepreneurs dans la seconde moitié́ des années 1990. (Ibid. p.82) Claire Champenois remet en cause la prédominance du réseau social ainsi que des externalités de connaissance pour expliquer la création entrepreneuriale sur un territoire donné. Elle met en avant trois autres facteurs clés qui sont: la richesse du capital humain scientifique, c’est-à-dire la co-présence d’individus engagés dans les sciences de la vie qui vont cofonder et diriger une entreprise, cette co- présence étant liée à la densité́ d’institutions d’enseignement supérieur et de recherche sur ce territoire ; l’existence d’une offre de financements, principalement extra-locale et, dans une moindre mesure, de possibilités d’hébergement et de conseils ; l’existence d’une structure sociale locale – constituée d’organisations et de dispositifs – capable d’orienter les entrepreneurs vers cette offre sur un mode plus dépersonnalisé́ que les réseaux sociaux. Dans les clusters de biotechnologie allemande, les dispositifs intermédiaires locaux ont joué un rôle déterminant pour Claire Champenois, de la même manière que dans la Silicon Valley, les avocats ont joué un rôle clé.
  24. 24. 24 1.4 L'école de la proximité 1.4.1 Principaux apports L'Ecole de la proximité, également appelé le groupe «Dynamiques de proximité» par Carrincazeaux, Lung, Vicente (2008), est un courant de pensée interdisciplinaire composé d'économistes, de géographes, de gestionnaires et de sociologues français comme Grossetti et Barthe. André Torre fait remonter les bases de l'Ecole de la Proximité à la parution d´un numéro spécial de la Revue d’Economie Régionale et Urbaine intitulé «Economie de Proximités» en 1993 (2010). Prenant pour objet d'études les relations industrielles, l'innovation, le nomadisme des entreprises, les nouvelles technologies, les ressources territoriales ou encore les systèmes productifs locaux, ce courant a cherché à prendre en compte la proximité dans sa dimension spatiale et non spatiale en définissant un ensemble de notions que nous présentons ci-après. Proximité géographique et proximité organisée Comme souligné par Rallet et Torre (2008), il ne suffit pas d’être côte-à-côte pour communiquer et travailler ensemble, comme en témoigne l’«habitat vertical» qui met en relation de grande proximité des gens qui ne se connaissent pas. Il ne suffit pas que des entreprises résident dans un même lieu pour interagir, échanger des connaissances et créer de l’innovation, «encore faut- il que les membres de ces organisations se connaissent, et, plus encore, désirent échanger et travailler ensemble, se projettent ensemble dans des projets et des constructions communes» (Ibid., p.9). Rallet et Torre distinguent d'un côté la proximité géographique, définie ainsi: La proximité́ géographique traduit la distance kilométrique entre deux entités (individus, organisations, villes...), pondérée par le coût temporel et monétaire de son franchissement. (...) la proximité́ géographique a, in fine, pour objet de savoir si l’on se trouve « loin de » ou « près de » (2005). Ils précisent par ailleurs que la proximité géographique est relative d'une part aux moyens de transport, la distance géométrique étant relative selon la facilité d'accès et le coût du transport. Elle est relative d'autre part au «jugement porté par les individus ou les groupes sur la nature de la distance géographique qui les sépare» (Ibid.), ce jugement dépendant de données objectives aussi bien que de leur perceptions variables selon l'âge, la profession, etc. Les auteurs distinguent de l'autre côté la proximité́ organisée qui n’est pas de nature géographique mais relationnelle Par proximité́ organisée, on entend la capacité́ qu’offre une organisation de faire interagir ses membres. L’organisation facilite les interactions et les actions en son sein ;
  25. 25. 25 en tout cas, elle les rend a priori plus faciles qu’avec des unités situées à l’extérieur de l’organisation» (Ibid.). Il faut comprendre ici le terme organisation dans un sens générique «qui désigne tout ensemble structuré de relations sans préjuger de la forme de la structure. Ce peut être une entreprise, une administration, un réseau social, une communauté́, un milieu...» (Ibid.). La proximité géographique va ensuite être enrichie avec la notion de proximité géographique «temporaire». Pour Torre, les proximités vont se combiner selon différentes dynamiques, l'auteur a ainsi décrit plusieurs types de séquences ou alternent les proximités organisées et géographiques temporaires dans le cadre de collaborations interentreprises (2010). De même pour Carrincazeaux et Lung, le besoin de proximité géographique peut être par exemple intense lors des phases communes de conception et de développement et moins intense lors des phases de fabrication (1998). Enfin certains auteurs soulignent que la proximité peut aussi être un handicap «parce qu’elle peut conduire à un repli sur un territoire limité, laissant passer des opportunités d’innovation existant ailleurs, ou parce que les forces centripètes exercées par les centres d’innovation, notamment les grandes métropoles urbaines, peuvent désertifier les territoires environnants» (Carrincazeaux et al., 2008). Logique d'appartenance et logique institutionnelle Selon Rallet et Torre, la proximité organisée repose sur une logique d'appartenance et de similitude (2008). Les auteurs décrivent ainsi la logique d'appartenance: «deux membres d’une organisation sont proches l’un de l’autre parce qu’ils interagissent et que leurs interactions sont facilitées par les règles ou les routines de comportement (explicites ou tacites) qu’ils suivent» (Ibid.). La logique de similitude se traduit de son côté par le partage d'un même système de représentations, ou d'un ensemble de croyances, et de savoirs communs. C’est ce que les auteurs appellent la logique de similitude de la proximité́ organisée: «Deux individus sont dits proches parce qu’ils « se ressemblent », autrement dit parce qu’ils partagent un même système de représentations, ce qui facilite leur capacité́ à interagir » (Ibid.). Au sujet de la logique de similitude, Torre précise: «La différence majeure avec la logique d’appartenance est que cette dynamique, loin de s’initier ex nihilo, vient s’ancrer dans les relations passées» (2010). Pour Torre et Zuindeau, il est bien plus difficile de construire une logique de similitude qui suppose «une représentation partagée d'un projet de long terme» qu'une logique
  26. 26. 26 d'appartenance qui peut se construire «à force d’interactions», par «la mise en réseau des acteurs, le partage de règles et d’instruments» (2009). Proximité institutionnelle et proximité organisationnelle Des auteurs distinguent les notions de proximité «institutionnelle» et «organisationnelle». Ainsi Kirat et Lung définissent la proximité́ institutionnelle comme « l’adhésion d’agents à un même espace commun de représentations, de règles d’actions et de modèles de pensée », tandis que selon eux la proximité organisationnelle fait référence au mode de coordination au sein d’une organisation entendue comme un « espace de définition des pratiques et des stratégies des agents à l’intérieur d’un ensemble de règles portées par les institutions » (1995). Carrincazeaux et al. soulignent quant à eux que la proximité́ organisationnelle ne peut se construire que si les acteurs sont institutionnellement proches (2008). Pour Talbot, le groupe «Dynamiques de Proximité» est traversé par un débat récurrent concernant le traitement de la dimension non spatiale de la proximité: faut-il distinguer la proximité institutionnelle et organisationnelle ou bien les réunir sous le terme de proximité organisée ? Selon cet auteur «Une façon de trancher le débat consiste à considérer dans un premier temps que la proximité est un phénomène institutionnel (...) dont on distinguera dans un second temps pour des raisons pratiques d’un côté les caractéristiques d’ordre spatial, de l’autre les caractéristiques d’ordre non spatial» (2009). Articulation entre les différentes proximités La plupart des auteurs s'accordent sur le fait que la proximité géographique n'a d'effets que si elle est accompagnée d'une proximité organisée qui permet de coordonner les acteurs. Pour Rallet et Torre, « la proximité géographique n’est efficace que si elle recouvre des liens organisationnels. » (2001). Pour Talbot, la proximité géographique ne favorise les mises en relation «que si les acteurs partagent simultanément une proximité non spatiale» (2009). En effet pour l'auteur «la proximité géographique ne joue que dans son articulation à une proximité de nature organisationnelle, qu’elle soutient, renforce, compense, voire détruit en s’avérant être une source de conflits.» (Ibid.) Pour Zimmermann, la proximité géographique renforce «l’efficacité des interactions» mais elle n'est pas indispensable pour la coordination: «La proximité des agents peut s’accommoder d’une distance géographique compensée par le partage de buts communs ou de représentations communes qui vont fonder la qualité́ de leur coordination.» (2008). C'est donc pour cet auteur la logique de similitude qui créé des coopérations.
  27. 27. 27 Carrincazeaux et al. ne considèrent pas la proximité géographique de manière isolée comme pouvant avoir un effet propre mais la considèrent comme un «moment nécessaire» de la proximité non spatiale: «la proximité géographique est souvent un moment nécessaire pour que se développent des apprentissages en matière de gestion de la communication entre acteurs, notamment par la construction d’une proximité institutionnelle. Le regroupement favorise en effet le partage des représentations et des valeurs, l’élaboration des règles ou même de stratégies et les échanges sur les modalités de mise en pratique de ces règles (proximités institutionnelle et organisationnelle)» (2008). Pour ces auteurs, la proximité géographique doit être activée par l'existence d'une proximité organisationnelle et/ou institutionnelle. Par ailleurs Carrincazeaux et al. Introduisent le critère de la complexité des savoirs pour expliquer quelle proximité doit être mobilisée: «D’un côté, la dimension peu complexe des savoirs facilite la coordination à distance quand, de l’autre, la mise en commun de connaissances accumulées implique que cet éloignement soit supporté́ par une proximité́ organisationnelle forte» (2008). Pour ces auteurs, les besoins de communication fondent la dynamique spatiale de l'innovation. Cependant la proximité n'est pas unidimensionnelle et l'agglomération géographique n'est pas «la panacée». Plusieurs configurations sont possibles. Si les bases de connaissance mobilisées pour innover sont complexes, alors les acteurs peuvent avoir recours à une proximité organisationnelle renforcée qui peut s'accompagner de proximité géographique permanente ou temporaire. Dans certains cas il est même possible de s’affranchir totalement de la proximité géographique pour innover. Ainsi, selon Coris et Lung, la création de logiciels libres ou open source repose sur une proximité institutionnelle sans aucune proximité géographique (2005). Pour les auteurs il existe en effet parmi les membres de ces communautés virtuelles une forte proximité institutionnelle incarnée par deux visions du hackerisme, celle de la FSF (Free Software Fondation) et celle de l'Open Source Initiative. Ces deux mouvements fédèrent leurs communautés respectives autour de règles et de valeurs partagées qui ont permis de construire une proximité organisationnelle pour produire des logiciels par des individus très éparpillés géographiquement (Ibid.). Trop ou pas assez de proximité est générateur de tensions Pour Torre et Zuindeau, un excès de proximité organisée peut entraîner des relations conflictuelles lorsque des processus de ségrégations spatiales se produisent entre différentes communautés (2009). A l'inverse quand la proximité organisée est insuffisante, alors la proximité géographique peut devenir source de tensions: «L’insuffisance ou les difficultés de mobilisation de la proximité́ organisée se traduisent par une absence ou une faiblesse extrêmes des relations de coopération, des liens de solidarité́ ou des représentations partagées. La contrainte de
  28. 28. 28 proximité géographique (superposition, contiguïté ou voisinage forcés) fait subir des tensions aux acteurs locaux, voire les entraîne à des relations conflictuelles, en particulier quand ils sont confrontés à des situations nouvelles ou complexes.» (Ibid.). Pour ces auteurs les tensions naissent lorsque les acteurs sur un même espace géographique ne partagent pas les mêmes logiques de similitude ou d'appartenance. L'absence de liens, le manque de visions communes peuvent alors entraîner des conflits lorsque survient de nouveaux événements -comme une pollution soudaine ou un projet controversé de construction d'infrastructure-, par incapacité à trouver ensemble des solutions et à mener des actions concertées (Ibid.). Cependant pour ces auteurs, l'efficacité de la proximité organisée qui se constitue devant un problème nouveau varie en fonction du degré d'incertitude du problème. La proximité organisée sera plus efficace pour traiter un problème circonscrit comme la pollution ponctuelle d'une usine que pour traiter du réchauffement climatique, dont l'origine comporte une grande incertitude (Ibid.) Ces auteurs ouvrent ainsi une piste théorique qui selon eux pourrait s'appliquer, pas seulement aux problèmes environnementaux mais également aux innovations et aux projets productifs locaux. 1.4.2 Les effets de proximité sont insuffisants pour expliquer seuls les coopérations entre les acteurs Selon Grossetti, «parmi les diverses théories qui ont été avancées pour expliquer les effets de proximité, la mieux fondée empiriquement est celle qui fait résulter la mise en relation des organisations de l’existence de réseaux sociaux locaux interindividuels traversant leurs frontières (Saxenian, 1994 ; Grossetti et Bès, 2002)» (2004) Pour Grossetti, «ce n’est pas la proximité physique en soi qui compte, ce sont les relations sociales qui rendent possible des engagements et des prises de risques » (2004). L'auteur qui s'est intéressé de près aux districts et aux systèmes productifs locaux, étudie ces ensembles sous l'angle des relations sociales entre les membres: Dans les districts italiens ou les sites français de même nature, la famille joue un rôle déterminant (...) parce que les populations concernées sont plutôt sédentaires. Dans les systèmes industriels de haute technologie, les instituts de formation, les entreprises et les autres organisations professionnelles ou non professionnelles sont les cadres principaux de formation et de maintien des relations sociales parce que les populations concernées sont nettement plus mobiles et rassemblent des personnes ayant pour une bonne part passé leur enfance ailleurs. (Ibid.)
  29. 29. 29 Il note des différences entre les sites concernant l'importance joué par le pôle de formation. Ainsi certains sites comme la Silicon Valley des débuts, ou en France Toulouse et Grenoble, les instituts de formation jouent un rôle central dans la structuration des activités contrairement à d'autres sites comme Sophia Antipolis (Ibid.). Dans certains cas, comme pour le commerce du textile dans le Sentier à Paris ou dans le cas du montage des ordinateurs à Los Angeles, ce sont les regroupements familiaux et communautaires qui constituent le réseau social qui sous-tend ces activités. Pour l'auteur ce n'est pas la proximité géographique qui génère ces activités, mais les liens communautaires qui permettent «des engagements et des prises de risques» sans lesquels ces activités ne pourraient pas se développer. Pour Grossetti, la proximité géographique ne favorise les coopérations que dans la mesure où elle permet «l’existence et la pérennisation de relations sociales sur la base desquelles ces coopérations peuvent s’établir» (2004). Zimmermann s'intéresse à l'articulation entre les relations locales et les relations globales (au- delà du local) dans les clusters. Il propose un outil conceptuel pour évaluer le dosage optimal entre local et global, il réutilise la notion de «small world» pour qualifier un système dont la configuration des liens serait optimale: Les propriétés remarquables des small worlds, qui apparaissent pour une dose modérée de relations globales et un maillage local significatif, correspondent à un bon équilibre et une forme de conciliation entre l’inscription spatiale des agents et leur intégration dans des circuits à l’échelle globale» (2002). Enfin pour Lamy qui s'intéresse aux relations science-industrie et en particulier à des créations de sociétés par des chercheurs, ce qui importe «pour une articulation efficace des pôles scientifiques et industriels des projets de créations d’entreprises par des chercheurs, c’est l’existence de synergies entre ces pôles, synergies qui ne dépendent que marginalement de la proximité́ des entreprises aux centres de recherche»(2008). En effet pour l'auteur l'éloignement géographique n'empêche pas les échanges d'idées, les échanges de personnels, la co- publication entre laboratoire et entreprise. S'il reconnaît que le rapprochement géographique peut faciliter la communication, il montre néanmoins qu'une certaine distance est source de plus d'efficacité dans les sous-groupes de chercheurs observés. Il en conclut : Aussi, plutôt que de vouloir toujours rapprocher les entreprises des laboratoires dans l’espoir de mieux voir circuler les connaissances scientifiques, il conviendrait plutôt de questionner cette idée de proximité en se penchant certes sur les bénéfices qu’elle peut apporter mais également sur les tensions et les problèmes qu’elle peut susciter. C’est de l’équilibre de ces différentes conséquences des rapprochements entre entreprises et laboratoires de recherche publique que pourra naître une organisation géographique optimale des espaces dédiés à l’innovation technologique."(Lamy, 2008)
  30. 30. 30 1.5 Problématique et hypothèses Reprenant les études théoriques et empiriques décrites dans le chapitre précédent, nous nous posons plusieurs questions sur notre terrain d’enquête. Comment s'articulent la proximité géographique et la proximité organisée? Nous nous demandons quel rôle joue réellement la proximité géographique prônée par les aménageurs du territoire et quel rôle joue la proximité organisée. Comment s'articulent les effets de la proximité géographique et organisée sur notre terrain d’enquête? Nous faisons l'hypothèse, conformément à l'Ecole de la proximité, que le potentiel de la proximité géographique doit nécessairement être activé par une proximité non spatiale. Le processus de découplage des entrepreneurs du cluster se fait-il en faveur des ressources disponibles dans le cluster? Conformément aux enquêtes déjà réalisées par Grossetti et Barthe, nous faisons l'hypothèse que pour les entrepreneurs, ce sont les liens personnels (famille, amis, connaissances) qui sont prédominants pour apporter les ressources nécessaires au développement de leurs activités. Néanmoins nous faisons l'hypothèse que l'entrepreneur dispose de plus de ressources dans un cluster que s’il était isolé dans un endroit peu concentré en activités. Conformément aux conclusions de Champenois (2008), les dispositifs d’accompagnement dans un cluster peuvent se substituer aux relations personnelles de l’entrepreneur. Nous supposons donc que le processus de découplage, qui permet à l’entrepreneur de s’extraire de ses relations personnelles pour croître, est facilité par la présence dans un cluster et se fait en faveur du développement local. Quel rôle joue la configuration sociale du cluster dans le développement des jeunes entreprises locales ? On se demandera, dans la lignée de Granovetter, si la configuration sociale de notre terrain d’enquête favorise ou freine le développement des jeunes entreprises. Les acteurs de mondes sociaux différents, en particulier le monde économique et le monde académique, sont-ils connectés entre eux sur le campus Descartes? Existe-t-il des coopérations entre les acteurs, si oui sous quelles conditions ? Nous faisons l'hypothèse, conformément à Granovetter, que la configuration sociale du cluster, sa cohésion et les normes qui pèsent sur les acteurs, influencent directement la réussite des jeunes entreprises locales. Enfin nous suggèrerons que les liens sociaux, même s'ils étaient configurés de manière optimale, à supposer que cela soit possible, sont insuffisants si les acteurs ne sont pas portés par un idéal commun qui les pousserait à collaborer avec un acteur local quand cette même ressource peut être trouvée ailleurs, en dehors du cluster. On vérifiera donc s'il existe un « imaginaire » du cluster parmi les différents acteurs.
  31. 31. 31 1.6 Méthodologie Terminologie utilisée Par «entrepreneurs», nous désignons les fondateurs ou associés de startup et on entend par startup toute jeune entreprise dans sa phase de lancement qui fait encore l'objet d'un accompagnement par les structures dédiées à l'entrepreneuriat comme l'incubateur ou la pépinière d'entreprise. L'incubateur accueille des projets à un stade précoce de développement, le produit/ service est encore en phase expérimentale, les statuts de la société ne sont pas forcément créés, le chiffre d'affaires est généralement insuffisant pour faire vivre l'entreprise. La pépinière accueille des entreprises à un stade plus avancé, le produit/service est déjà éprouvé, la société a déjà des clients et un chiffre d'affaires mais elle n'est pas encore assez solide financièrement pour voler de ses propres ailes. Sur notre terrain d'enquête l'incubateur accueille les projets au maximum pour deux ans contre quatre ans pour la pépinière. Le terme de «territoire» est souvent utilisé dans le cadre de cette enquête. Comme le définissait Georges Benko «Le territoire est une œuvre humaine, il est à la base géographique de l’existence sociale. (...) Il renvoie à un sentiment d'appartenance» (2007). L'emploi du terme de territoire, plutôt que des termes d'espaces géographiques, de zones, de secteurs, etc., s'observe plus particulièrement chez les acteurs publics, certains parlant même de «notre territoire». Les relations sociales sont définies à partir des interactions: «une interaction entre personnes qui ne sont pas en relation s’appuie sur des codes, des références, des allant de soi génériques pour une population donnée (les rites d’interaction de Goffman), alors qu’une interaction entre personnes en relation implique certaines références spécifiques qui renvoient à la connaissance réciproque existant entre les protagonistes et à leurs engagements l’un envers l’autre, l’engagement minimal pour chacun étant de reconnaitre qu’« on se connait » par certaines attitudes ou propos envers l’autre» (Grossetti et Barthe, 2008). Les ressources sont définies ici au sens que leur donnent Grossetti «tout ce à quoi les acteurs s’intéressent (ou qu’ils redoutent), ce à quoi ils accordent de la valeur». Entretiens et observation ethnographique L'enquête s'est déroulée de février à juin 2014. Des entretiens semi-directifs ont été menés auprès des acteurs suivants: - un échantillon de 7 entrepreneurs locaux (un entretien par entrepreneur) - les responsables de l'accompagnement de l'incubateur (un entretien) et de la pépinière (plusieurs entretiens informels) - une représentante de l'agence Descartes (1 entretien et plusieurs échanges) - deux représentants de l'université (2 entretiens) - une représentante de la d.school de l’Ecole des Ponts (1 entretien) - deux chercheurs de l’Université Paris-Est (2 entretiens)
  32. 32. 32 - une représentante du CSTB19 (1 entretien). Ce que nous appelons ici «échantillon» est en fait un cumul de monographies, nous n'utilisons pas ce terme au sens statistique. L'objectif n'est pas de généraliser des résultats sur une «population» donnée mais d'identifier des «processus» et de décrire des relations sociales (Beaud et Weber, 2010). Cette approche permet une «généralisation partielle» des liens de cause à effets: «sous telle et telle condition, dans tel ou tel contexte, si tel événement (action) a lieu, alors tel autre événement (réaction) devrait suivre» (Ibid., p. 249) Les entretiens ont été menés sur le lieu de travail des enquêtés ou à proximité et durent de 45 minutes à 1h50. Les entretiens se déroulent en trois parties, tout d'abord une première partie vise à mieux connaître l'entrepreneur et la trajectoire de son projet de création d'entreprise. Une deuxième partie est consacrée aux ressources utilisées pour la création et le développement de l'entreprise et une troisième partie traite des relations personnelles et/ou institutionnelles avec les autres acteurs du cluster. De plus des observations ethnographiques ont été réalisées au sein du campus pendant toute la durée de l'enquête, par la participation à plusieurs événements locaux, comme les petits - déjeuners de l'agence Descartes, la journée Tous Connectés, le jour des projets de l'ESIEE, la présentation des projets de la d.school, la présentation des projets Innov'acteurs, l'atelier Femmes et entrepreneuriat, la restitution de l'enquête sur le bilan énergétique de Coriolis. Par ailleurs, dans le cadre de l'année universitaire, nous avons assisté à trois colloques organisés par des enseignants-chercheurs de Paris-Est, ainsi qu'à deux jours de formation sur un produit développé par un laboratoire de recherche de l'université. Nous avons également assisté à une journée France Clusters qui se tenait au Conseil Régional d'Ile de France à Paris le 1er avril 2014. A cela s'ajoutent de nombreux entretiens informels avec les entrepreneurs, étudiants et enseignants-chercheurs rencontrés sur le campus Observation participante Nous avons participé bénévolement à une mission consistant à organiser une journée porte- ouverte au sein de la pépinière. Documentation 19 Le CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) est un établissement public français à caractère industriel et commercial (EPIC) qui a pour mission de développer et de partager avec les acteurs de la construction les connaissances scientifiques et techniques dans le domaine de la qualité et la sécurité des bâtiments et de leur environnement.
  33. 33. 33 Nous avons utilisé la documentation disponible, comme les plaquettes, les affiches et les sites internet des différentes institutions du terrain d'enquête. Nous avons également consulté sur internet les vidéos de l'événement Tous Créatifs des années précédentes. Traitement des données Pour rendre compte des coopérations au sein du cluster, nous avons essayé de reconstituer les liens des acteurs entre eux. Nous avons regroupé plusieurs données issues des entretiens et de la documentation: (i) la part de ressources utilisées par les entrepreneurs issue directement du cluster, (ii) les relations personnelles des enquêtes avec les autres acteurs du cluster, (iii) la cartographie des liens institutionnels entre les acteurs du cluster. La part des ressources issue du cluster permet d'en déduire les coopérations existantes entre les acteurs au niveau local. Ces données sont ensuite mises en relation avec les liens personnels existants ou pas entre les acteurs, ainsi qu'avec les liens institutionnels entre les organisations. Limites de la méthode L'échantillon des entrepreneurs ne se veut pas représentatif pour deux raisons, le volume est trop faible et un biais est introduit par le fait que quatre des entrepreneurs rencontrés l'ont été grâce à des mises en relation par les acteurs locaux (les représentants institutionnels) ou lors de manifestations sur l'entrepreneuriat. Les trois autres ont été contactés en direct par téléphone. Sur une dizaine d'entrepreneurs contactés par téléphone, trois ont bien voulu se rendre disponibles pour un entretien. Un entretien était prévu avec un huitième enquêté puis l'entrepreneur concerné a souhaité annuler l'entretien car il se trouvait en redressement judiciaire, et ne souhaitait plus participer à cette enquête. Donc les entrepreneurs de l'échantillon sont, selon notre hypothèse, un peu plus encastrés dans le réseau des acteurs locaux que la moyenne. Une autre limite réside dans l'absence de données chiffrées ou d'études internes à chaque institution. En effet soit ces données n'étaient pas diffusables soit elles n'existaient pas. Ainsi nous n'avons pas de données chiffrées par exemple sur les entreprises sorties de la pépinière depuis sa création il y a vingt ans, ni sur les étudiants entrepreneurs de Tous Créatifs, dispositif vieux de trois ans. Nous n'avons pas pu avoir accès à une étude d’un cabinet de consulting qui a été menée sur le cluster Descartes pour le compte de l'agence Descartes.
  34. 34. 34 II. Restitution des résultats de l'enquête 2.1 Etude des ressources des entrepreneurs 2.1.1 Présentation de l’échantillon Le tableau ci-après présente les sept entrepreneurs interviewés ainsi que leur entreprise. Tableau 1: profil des entrepreneurs interviewés Entrepreneur A Entrepreneur B Entrepreneur C Entrepreneur D Entrepreneur E Entrepreneur F Entrepreneur G Niveau d'étude CAP + DUCA (UPEM) BAC+5 (Beaux Arts Paris) BAC+5 (IFU en cours) BAC+5 (Gestion UPEM en cours) NC BAC+2 (BTS éléctrotechni que Bussy) BAC+5 (Biologie) Situation juste avant la création salarié en conflit avec son précédent employeur Etudiant et autoentrepre neur Etudiant et autoentrepre neur Etudiant salarié salarié, départ volontaire pour développer le projet salarié, départ volontaire pour développer le projet Ancienneté professionnelle avant la création 6 ans - - - > 20 ans 4-5 ans 7 ans Statut gérant gérant étudiant et gérant étudiant entrepreneur salarié dirigeant gérant gérant Lieu d'habitation Torcy (77) Paris Paris Marne la Vallée Paris Magny-le- Hongre (77) Plessis Trévise (94) Sexe (H/F) F F H H H H F L'entrepreneur peut-il se verser un salaire? non non non non oui oui oui Entreprise: Objet Salon d'esthétique mobile Production, montage vidéo Logiciel de gestion de la voirie Jeu éducatif physique et numérique Grossiste en materiel vidéo Conseil en rénovation de bâtiment avec du matériel 3D Contrôle qualité en recherche clinique Secteur d'activités Services Audiovisuel Ville durable Outils de formation Audiovisuel Ville durable Pharmacie Age de l'entreprise 2 ans 1 an 1,5 an en cours de création 2,5 ans 3 ans 2 ans Nombre de personnes dans l'entreprise (associés + salariés) 1 2 2 3 1 3+4 1+4 Domiciliation de l'entreprise Gournay-sur- Marne Pépinière Descartes Incubateur Descartes demande en cours aupres de l'incubateur et de la pépinière Pépinière Descartes Pépinière Descartes Pépinière Descartes Profil de l'entrepreneur:
  35. 35. 35 2.1.2 Répartition des ressources utilisées entre liens personnels, intermédiaires et cluster. Nous reprenons ici le référentiel de Grossetti et Barthe (2008) pour définir la liste des types de ressources utilisées par les entrepreneurs et nous réutilisons en partie la méthodologie utilisée. Les différents types de ressources utilisés comme informations, conseils, financement, recrutement,..., sont présentés en ligne dans le tableau 2. Les auteurs avaient comptabilisé deux modes d'accès aux ressources: les liens personnels et les «ressources de médiation». Les ressources de médiation incluent «l’usage de médiations génériques (médias, Internet) ou la participation à des foires ou salons» ainsi que «le passage par des dispositifs formels de soutien (services d’aide à la création d’entreprises, pépinières, incubateurs, ANVAR, etc.)» (Ibid.). Nous regroupons ici les ressources de médiation sous la catégorie «intermédiaires». Pour les besoins de notre enquête, nous avons subdivisé les intermédiaires en deux parties: les intermédiaires hors cluster et les intermédiaires dans le cluster. Par ailleurs, contrairement à Grossetti et Barthe, nous ne comptons pas ici le nombre de séquences d'accès aux ressources mais uniquement le nombre de ressources différentes utilisées. En effet ce qui nous intéresse, ce n'est pas tant de savoir quelles sont les ressources les plus utilisées proportionnellement aux autres mais d’évaluer la part des ressources issues du cluster versus les autres modes d'accès. On se demande si le cluster intervient de manière significative dans le processus de création d'entreprises. Enfin les auteurs avaient analysé la dynamique de création en relevant les volumes de séquences d'accès aux ressources à trois moments, avant le dépôt des statuts de la société, juste après et un an après. Dans cette enquête nous n'avons pas tenu compte de l'évolution dans l'utilisation des ressources, nous avons comptabilisé toutes les ressources utilisées depuis la naissance du projet de création d'entreprise, notre objectif étant de mesurer le rôle du cluster dans la création. Les résultats ont été synthétisés dans le tableau 2 ci-dessous. La quantification obtenue nous donne un ordre de grandeur, elle n’est pas généralisable.
  36. 36. 36 Tableau 2: Répartition des ressources utilisées par les entrepreneurs Dans le comptage, l’entrepreneur E est atypique par rapport aux autres dans la mesure où il utilise très majoritairement des intermédiaires (57%) et quasiment pas de relations personnelles (7%). Inversement l’entrepreneur B a une part de relations personnelles très élevé (74%) liées au fait que cet entrepreneur a beaucoup de partenaires, une vingtaine, issus entièrement de son réseau personnel de connaissance. Description des ressources Les ressources comptabilisées dans les relations personnelles concernent la famille, les amis, d’anciens collègues et les « connaissances ». L’intermédiaire hors cluster le plus cité est bien sûr de loin internet. On trouve notamment les réseaux sociaux, en particulier twitter cité deux fois pour trouver des clients ou partenaires, ainsi que les forums pour chercher des réponses à des questions techniques. Ensuite on trouve de manière plus marginale les magazines spécialisés, les livres et les centres de gestion comme CGA sur Paris, les salons professionnels pour trouver d’éventuels partenaires ou fournisseurs, les Pages Jaunes pour faire de la publicité, les associations d’anciens élèves pour trouver des collaborateurs. Egalement le pôle emploi est cité deux fois soit pour des informations soit pour recruter une assistante administrative. Dans les financements on a une demande de subvention Relations personnelles Intermédiaires hors cluster Intermédiares du cluster Information, idée ou conseil technique 6 7 6 19 Conseil juridique, commercial ou en ressources humaines 2 8 8 18 Travail (sans être recruté) 3 - - 3 Financement 7 5 2 14 Partenariat 27 3 5 35 Client 17 10 3 30 Fournisseur 7 9 2 18 Recrutement d'un employé 4 8 4 16 Locaux 3 - 5 8 Technologie (brevet, licence) ou instrument 1 7 - 8 Total 77 57 35 169 Poids 46% 34% 21% 100% Mode d'acces aux ressources Total

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