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La débâcle consacrée et programmée de
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Sortir du châtiment divinPropos recueillis par Jackson Joseph
Le National. : Quelle est la pl...
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Champ-de-Mars ou
la banalisation du symbolismePar Joe Antoine Jn-Baptiste
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  1. 1. » P. 15 » P. 23 »   P. 4 SOCIÉTÉ SPORT » suite page 6 » lire page 3 Quand les femmes haïtiennes se « naturalisent » par Lamy Obed « Le budget pour le 3e tour est de six millions de gourdes », selon Yves Jean-Bart par Guerby Meyer P rès de 9 des 10 délégués et 41 des 42 vice-délégués départementaux ont pris part à cette rencontre. « Nous avons l’impérieux devoir de prendre toutes les dispositions nécessaires en notre qualité de responsable d’État. Cela vise à renforcer la confiance des électeurs. Il consiste aussi à garantir, péremptoirement,unclimatdesérénité pour favoriser le bon déroulement du scrutin du 9 août prochain », a lancé le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, Ariel Henry, aux participants. Mobiliser les délégués et les vice-délégués départementauxPar Reynold Aris HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES LUNDI 3 AOÛT 2015 NUMÉRO 52 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Une campagne en dessous des attentes HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES Le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT) a rencontré, le vendredi 31 juillet, les délégués et vice-délégués départementaux à travers le pays. Les autorités, par cette initiative, s’engagent à contribuer à une meilleure coordination des dispositifs relatifs à l’organisation des prochaines élections. L'institut médico-légal rouvre ses portes Par Évens RÉGIS
  2. 2. 2 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 TRIBUNE A vant toute autre explica- tion, si l’on analyse bien la situation, l’on doit sûrement remarquer que la demande de devises (importations, transferts expédiés) pour le second trimestre de l’exercice 2014-2015 ne dépasse l’offre de devises (exportations, trans- ferts reçus, dons, IDE) que de 30 mil- lions de dollars14 : déficit que les 68 millions de dollars d’interventions de la BRH auraient bien pu couvrir. De plus, si l’on tient compte des propos du gouverneur de la BRH15 , cette dernière a les moyens néces- saires pour intervenir, afin de rétablir la stabilité. Alors pourquoi une BCM voudrait-elle stocker des dollars pour quelle que soit la raison (spéculation aussi si c’est le cas), se mettant ainsi face à la BRH ? La première justification à cette ques- tion est qu’en mars 2015 les réserves nettes de change de la BRH (qui s’élevaient à près de 1,48 milliard de dollars américains) ne représentaient même pas 75 % des réserves nettes de change du système bancaire16 . En outre, les réserves de change de la Banque centrale n’ont fait que diminuer depuis octobre 2014 (pas- sant de 1,59 milliard de dollars en octobre 2014 à 1,48 en mars 2015). En d’autres termes, même si la BRH décidait de se mettre au travers de certains mouvements de spécula- tion que les BCM auraient entamés, elle (BRH) n’aurait pas la capacité de répondre à toutes les probables attaques spéculatives (si, bien sûr, ces attaques ont effectivement eu lieu). Afin de mieux cerner la situation et déterminer si la rareté pourrait effec- tivement avoir été provoquée, l’on peut revenir un peu en arrière. Le 28 juillet 2014, l’ambassade améri- caine décide de placer « son » taux de change à 48 gourdes17 alors qu’il n’était officiellement qu’à 46 gourdes. À partir de ce moment, tout le monde aurait pu percevoir cette initiative comme une anticipation négative et suivre la voie « tracée » par les représentants de l’Oncle Sam en Haïti. Et cette réflexion n’exclut pas certainement les banques commer- ciales en Haïti qui sont en quête de profit de façon permanente (même si ce profit ne provient pas de leurs activités principales en tant que banques). En d’autres termes, une banque commerciale aurait pu, si elle le voulait (car elles le peuvent), s’aligner automatiquement et du coup s’assurer d’un gain de change assez important. Pour continuer, quelques mois plus tard, la plus grande banque du sys- tème bancaire (qui représente avec la deuxième banque, plus de 60 % des dépôts en dollars du système bancaire au 31 mars 2015)18 décide subitement de jouer au plus pessimiste en pla- çant son taux un peu plus en-des- sus de celui qu’affichent les autres banques19 , ceci en le rehaussant à chaque fois que les autres banques décidaient de s’aligner. En faisant cela, la première banque d’Haïti est probablement devenue la première responsable de la montée fulgurante du taux de change entre avril et juin 2015, en créant une rareté du dollar, inexistante au vu des premières analyses de cet article. De plus, il est difficile d’imaginer que ces mesures étaient dues au fait que les BCM (par- ticulièrement la première banque) anticipaient une crise, puisqu’aucun des indicateurs économiques ne laissaient croire que la gourde allait se déprécier aussi rapidement. Par conséquent, l’explication du motif de précaution n’est pas plausible. Maintenant, en supposant que la rareté soit effectivement provoquée, la question fondamentale est celle-ci : Cui bono ? (À qui cela profite-t-il ?) En analysant les deux composantes du profit net des banques, c’est-à-dire les revenus nets d’intérêts qui constit- uent les revenus découlant des prin- cipales activités des banques (prêts, intérêts sur bons BRH, autres…) et les autres revenus, qui constituent les revenus découlant des activités secondaires des banques (commis- sions, gain de change, autres…), les deux premières banques du système se détachent des autres. La première et la deuxième banque du système affichent jusqu’à mars 2015 (pour les deux trimestres de l’exercice 2014-2015), d’autres revenus (1,01 milliard de gourdes et 740 millions respectivement)20 supérieurs ou presque équivalent aux revenus nets d’intérêts (929 millions de gourdes et 780 millions respectivement). En d’autres termes, ces deux banques ont autant ou plus d’intérêt dans leurs activités secondaires que dans leur activités principales de banques. En approfondissant, l’on peut remar- quer une chose assez importante : les gains de change (sous-composante des autres revenus des banques) pour ces deux banques pour l’exercice 2014-2015 (233 millions de gourdes)21 représentent près de 50 % des gains de change au niveau du système bancaire pour l’exercice (en 2013-2014, le poids de gains de change de ces deux banques dans tout le système représentait 56 %)22 . Ainsi, s’il y a deux banques qui prof- itent bien des transactions d’achat et de ventes de dollars, il n’y aucun doute, les deux premières banques du système se placent en tête de liste. Ce sont ces banques qui auraient pu au mieux profiter d’une dépréciation accélérée de la gourde, si elles avaient eu le temps d’accumuler une quan- tité importante de dollars (et l’on a montré que c’est bien le cas). De plus, c’est la première banque elle-même qui n’arrêtait pas de relever son taux à chaque fois que les autres banques s’alignaient. Est-ce une simple coïn- cidence ? Récapitulons un peu pour mieux comprendre : 1) La BRH est intervenue en vendant 68 millions de dollars au système bancaire entre octobre 2014 et juin 2015 ; 2) Paradoxalement, les crédits au secteur privé libellés en dollars US ont diminué de 41 millions entre octobre 2014 et mars 2015 ; 3) Paradoxalement, à partir des opéra- tions d’achat et de vente de dollars, les BCM ont retiré de la circulation près de 63 millions de dollars, entre octobre 2014 et juin 2015 ; 4) Les dépôts en dollars ont augmenté de 75 millions de dollars entre octo- bre 2014 et mars 2015. En d’autres termes, 75 millions de dollars ont été retirés de la circulation. Ces quatre éléments laissent automa- tiquement supposer qu’un proces- sus d’accumulation de dollars a été entamé depuis octobre 2014 ou même bien avant. Mais pourquoi ? La réponse : 1) Les réserves de change de la BRH représentent moins de 75 % des réserves de change du système ban- caire en mars 2015. 2) Depuis quelques mois, la première banque du système n’arrête pas d’afficher des taux de change supéri- eur au taux de référence et même en- dessus du taux affiché par les autres banques : ce qui pousse ces dernières à s’aligner automatiquement. 3) Les gains de change des deux pre- mières banques du système représen- tent plus de 50 % des gains au niveau du système pendant l’exercice 2014- 2015. Par conséquent, elles sont les banques qui pourraient le plus prof- iter de la spéculation sur le change. 4) Parallèlement, les deux premières banques du système sont les deux banques qui détiennent le plus de dépôt en dollars. Ces quatre éléments montrent qu’il y a de fortes chances que les BCM se soient effectivement adonnées à des pratiques de spéculation : ce qui a probablement fortement contribué à rendre instable le taux de change et fait capoter l’économie haïtienne dans la crise de change actuelle. Il se pourrait que l’alibi pour ces genres de pratiques (thésaurisation des dol- lars) soit les motifs de précautions, puisque transaction il n’y avait pas. Cependant, il est difficile d’imaginer que les BCM se protégeraient alors qu’aucune crise de change n’avait été anticipée jusque-là. De ce fait, l’interrogation demeure toujours d’actualité : Si l’instabilité du taux de change était effectivement due à des opérations de spéculation à outrance réalisées par les banques commercia- les, que devrait faire la BRH ? 14 BRH, Balance des paiements, mars 2015. 15 http://lenouvelliste.com/lenouvel- liste/article/147345/Dollar-Calmez- vous-la-BRH-a-assez-de-muscles- pour-faire-face-a-la-situation 16 Service Monnaie et Analyse Économique, BRH, Séries des agré- gats monétaires depuis 1958. 17 http://www.haitilibre.com/article- 11671-haiti-avis-l-ambassade-amer- icaine-modifie-son-taux-de-change- les-frais-vont-augmenter.html http://www.signalfmhaiti.com/ cooperations/1954-l-ambassade- americaine-en-haiti-fixe-le-taux-de- change-de-son-dollar-en-gourdes. html http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/ article/135031/LAmbassade-Americ- aine-et-la-devaluation-de-la-gourde. html 18 BRH, Rapport statistique, 2e tri- mestre 2015, mars 2015. 19 http://www.touthaiti.com/ economie/4484-et-si-la-brh-perdait- le-controle-de-la-gourde 20 BRH, Rapport statistique 2e tri- mestre 2015, mars 2015. BRH, Rapport statistique 1er trimes- tre 2015, mars 2015. 21 Op. cit. 22 Op. cit. Et si l'explication était la spéculation sur le dollar ?Par Roland Moisson | 2eme partie INSTABILITÉDUTAUXDECHANGE En considérant ces résultats, c’est-à-dire les effets combinés de diminution des crédits au secteur privé libellés en dollars, de diminution de vente des dollars, et d’augmentation des dépôts en dollars, il ne serait pas irrationnel d’accepter déjà le fait que les BCM n’ont fait que stocker depuis octobre 2014 une masse de dollars, créant ainsi une rareté artificielle, dont elles profiteront probablement sur le long terme. Cependant, là encore, il est important de se poser quelques questions avant de jeter la pierre. Pourquoi les banques voudraient-elles stocker ces dollars ? Est-ce un effet d’anticipation négative ou est-ce une rareté volontairement provoquée ? Et, bien entendu, la question la plus importante : Cui bono (à qui cela profite-t-il) ?
  3. 3. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 3 ACTUALITÉ L'autel abandonné EnfaceduterrainvacantoùsetrouvaitlePalaisdejusticecasséparletremblement deterre,onvoitcequirestedel’AuteldelaPatrie.Dansl’abandon,oumisunpeuà côtédesurgentespréoccupationsdugouvernement,l’Autelesttoutentourédeplantes sauvages.Sicesdernièresnesontpasvitecoupées,dansquelquesjourslepassantde laruedelaRéunionneverraplus,entrelestôlesclouéessurl’ensembledeferforgéqui aprotégélaplacedepuisdesdécades,lemonumentsymboliquereprésentantunlieu devénérationancestrale. L’environnementimmédiatdel’AuteldelaPatrieestextrêmementdélabrédepuisle tremblementdeterre.L’espaceduPalaisnationalsubitdestransformationsphysiques avecl’ajoutdenouveauximmeubles.Lesmaisonscasséesàcoupsdepellesdetracteurs danslaperspectivedelarepriseparl’Étatdesterrainsdusecteurpour«moderniser» lacapitalelaissentvoirunpaysageapocalyptiquedansunebonnepartiedelaruede laRéunion.Surl’espaceoùsetrouvaientlesministèresdel’IntérieuretdelaDéfense, du Commerce et de l’Industrie, des Finances, des Travaux publics, les tôles rouges découpenttoutelazoneetcen’estpasévidentqu’onsauraquandlesreconstructions annoncéescommenceront.Àlaplacedel’ancienPalaisdejustice,c’estencorel’opacité. Ladébrouillardises’installeavecsesvigoureuxlaveursdevoitures. Toutautourdesmursdel’AuteldelaPatrie,depetitscommercesdelivres,delunettes, devêtementss’établissent,tandisqu’àlarueOswaldDuranddesbarragesfermentla circulationauxvéhicules,forçantdespassantsàemprunterunprécairecorridorpour serendreducôtédel’HôpitalGénéral.Ilestdoncpresqueévidentquel’Autelnepeut êtrelaperleaumilieudetoutcedégât!Toutefois,ilfautréaffirmerqueleseffortsfaits danslesreprésentationssymboliquesdelavillenesontpaseffectuésdansunvidesans fonctionréelle.Ilsannoncentunevolontéd’ancrageetderéorganisationenregardde l’héritagehistorique. Contrairementauxgrandesentreprisesdereconstruction,lesinitiativesd’assainissement ne demandent pas trop au Trésor public. Les statues des héros de l’Indépendance qui sont toutes restées debout en dépit des secousses méritent, pour cet exploit de résistance, une attention toute particulière à leur restauration à partir de leur socle jusqu’ausommet. Lemarbreetlebronzepeuventlongtempstenirfaceauxaléasdesintempéries.Mais ilfautqu’ilssoientpériodiquemententretenus.Sinonceneseraplusl’effetconnude lapatinemaisceluimoinsartistiquequis’appellecorrosionoularouilledelamatière, définitivementplusdestructriceetplusimpossibleàréparer. Lemarbredel’AuteldelaPatrieperddesablancheuràvued’œil.Cettesituationn’est passeulementdueàlapoussièreouauxeffetsdélétèresdesplantesnoncoupéesetdu gazonnonentretenu.Ils’agitdel’abandon.Unpaysabandonné.Unpaysquiméprise sessymboleslesplussacrés.Unpaysàreprendreenmain.Unpaysàreconstruire. Quelespoiraveclesprochainesélections? Pierre Clitandre Édito Une campagne en dessous des attentespar Stephen Ralph Henri HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES » suite de la première page L e doute qui hantait les esprits des citoyennes et des citoyens quant à la non-organisation des scrutins législatifs le dimanche 9 août prochain, semble se dissiper au fur et à mesure que le jour décisif approche. À Port-au-Prince, la campagne a gagné en ampleur, les appels radiophoniques pour voter des candidats sont diffusés sur les stations de radio, les publicités imprimées ont augmenté dans les rues, y compris les photos des candidats. Comme au temps du carnaval, des estrades sont construites dans la capitale dans plusieurs quartiers et sur celles-ci sont accolées les photos du candidat soutenu. C’est la même tendance au renforcement des activités de campagne dans les autres départements géographiques du pays. Des sources présentes sur place rapportent qu’elles ont constaté plus de mobiles dans les rues et les messages d’incitation sont constamment diffusés à la radio. Elles remarquent également une augmentation des photos des candidats affichées dans les rues, et partout c’est la même pratique, le décret électoral est bafoué, les barrières et les murs d’édifices privés et publics ne sont pas épargnés. Comme à Port-au-Prince, la violence est au rendez-vous, les partisans des candidats, parfois de même tendance, se battent, comme c’est le cas à Cerca-la-Source, dans le département du Centre où des supporteurs du PHTK et de Bouclier, deux partis proches du pouvoir, se sont battus. Le regain de foi des candidats n’exclut pas totalement leurs inquiétudes. Joints par Le National, des aspirants législateurs ont partagé leurs soucis. Marie Denise Claude est candidate au Sénat pour le département de l’Ouest. Elle déplore le fait que les élections s’organisent sur fond de crise économique et dans un climat de violence préélectorale. « Des zones restent rouges et le niveau d’insécurité a augmenté dans celles-ci, pendant toute la période électorale », regrette Marie Denise Claude, qui croit que cela empêche les candidats de faire campagne sans restriction. Quant aux résultats, Elle soutient qu’il « faut attendre et croire » que les résultats vont effectivement manifester l’expression des urnes. « La crainte que nous avons, c’est que ceux qui croient pouvoir tout acheter parce qu’ils ont de l’argent n’achètent pas les résultats », déclare la candidate sous la bannière de l’Unité patriotique. Marie Denise Claude appelle à « la vigilance générale », pour éviter l’achat des résultats. Rony Timothé, candidat à la députation, pour la première circonscription de Port-au-Prince sous la bannière de « Pitit Desalin», partage cette même inquiétude. Timothé juge que « les résultats peuvent devenir une source de tension ». Il déplore également le favoritisme de l’actuelle équipe au pouvoir, qui a donné les moyens financiers à ses candidats pour devancer les autres. Ancien commissaire du gouvernement et candidat au Sénat sous la bannière de LIDE, Jean Renel Sénatus est confiant, comme les autres candidats. Il souligne que le seul grand besoin du moment pour la tenue des élections, « c’est la sécurité ». Le Conseil électoral a entre- temps dépêché sur le territoire des techniciens pour former le personnel de terrain. « À travers le pays, il y a des formations en cours pour les membres des bureaux de vote et les agents de sécurité électorale, entre autres», déclare le conseiller Vijonet Demero au National. Il est le délégué des cultes reformés au sein de l’institution électorale. Ces formations ont commencé le samedi 1er août et ne finiront pas avant le vendredi 7 du même mois. Chaque catégorie est divisée en groupe et suit une formation sur deux jours. Sur la question des résultats, le conseiller estime que les partis et regroupements politiques ont leur rôle à jouer en envoyant leurs mandataires dans les centres de vote. Pour le CEP, en cas de fraude dans un bureau de vote, celui-ci est éliminé. En outre, Vijonet Demero a fait savoir que tous les bulletins de vote pour les législatifs sont déjà arrivés au pays. La mise à feu du moteur de la machine des journées électorales, est dans moins d’une semaine et chez certains candidats on continue de déceler de l’inquiétude. Sur cette ligne vers le premier tour des législatives, le Conseil électoral provisoire organise la formation du personnel de terrain sur tout le territoire.
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, KENSON DÉSIR, REYNOLD ARIS, SCHULTZ LAURENT JUNIOR WALTER CAMEAU PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 ACTUALITÉ L'institut médico-légal rouvre ses portesPar Évens RÉGIS HAÏTI/MÉDECINEJUDICIAIRE L acérémonieofficielledereprise des activités au sein de l’IML s’est déroulée en présence notamment de la Première dame de la République, Sophia St- Rémy Martelly, du représentant spé- cial adjoint du secrétaire général des Nations unies et de la Minustah, M. Carl Alexandre, de la directrice de l’Office de protection du citoyen, Mme Florence Elie, des membres du Bar- reau de Port-au-Prince, ainsi que des représentants du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). C’est Mme Florence Duperval Guil- laume et M. Pierre Richard Casi- mir, respectivement ministre de la Santé publique et ministre de la Justice, qui ont symboliquement ouvert les portes de l’institution, en marge de la cérémonie solen- nelle, organisée vendredi dernier dans les locaux de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH). Parmi les nombreux objectifs de cette institution spécialisée du MSPP et du MJSP, le plus perti- nent consiste en l’organisation, la coordination et la gestion des équipes de scènes de crimes char- gées de la levée de corps dans le cas de mort violente, selon ce qu’a fait savoir Pierre Richard Casimir, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique. Les opérations de l’IML, conseille M. Casimir, doivent être néces- sairement menées avec l’appui de la PNH. Et seuls les commissaires du gouvernement ainsi que les juges d’instruction sont habilités à solliciter les services de l’IML, qui s’inscrivent dans le cadre d’une recherche des causes et des cir- constances de la mort d’un indi- vidu, de déterminer si celle-ci est naturelle ou non, et de préciser les liens de causalité éventuelle avec une maladie, un accident ou un crime, a-t-il précisé. « C’est le résultat symbolique et significatif de la quête de la fonc- tionnalité d’un État de droit en Haïti », a déclaré le Dr Jean Armel Demorcy, le directeur général de l’Institut. L’IML, dit-il, est un organe spécialisé de l’État qui est là pour assurer l’application d’une politique pénale visant à rendre la justice respectueuse des normes de l’État démocratique. Il s’agit, poursuit-il, d’offrir au cours et aux tribunaux l’expertise scientifique nécessaire pour mener à bien des enquêtes et prendre des décisions justes, dans un délai raisonnable. L’administrateur de l’institution a de plus expliqué que l’une des missions de l’IML consiste aussi à générer et à collecter pour le sys- tème judiciaire haïtien, en toute impartialité, des informations rée- lles, objectives et scientifiques, découlant des cas de violence sur des personnes décédées ou encore vivantes. L’IML semble avoir gagné le pari en matériel, qui l’avait contraint de fermer ses portes depuis l’année 2008, mais tarde encore à lever le défi en ressources humaines. Selon les informations fournies par M. Demorcy, il devrait y avoir au moins deux ou trois médecins légistes par département, mais depuis sa création le 31 mars 2000 à aujourd’hui, l’institution compte en son sein seulement deux médecins pour desservir tout le territoire national, et ces derniers sont affectés directement dans le département de l’Ouest, à Port-au-Prince. La ministre de la Santé publique, Mme Florence Duperval Guillau- me, a de son côté précisé que la médecine légale est une spécialité médicale, mais c’est une spécialité au service de la justice, qui aide à lutter contre la violence. Ainsi, promet-elle, les deux ministères concernés vont faire de leur mieux pour doter l’Institut des ressources humaines et financières capables de le rendre toujours fonctionnel pour épauler la justice dans sa lutte contre l’impunité. La Première dame de la Répub- lique, Sophia St-Rémy Martelly, qui a patronné cette reprise des activités au sein de l’IML, a pour sa part salué cette initiative, qui pour elle n’est autre qu’un signe mon- trant que, dorénavant, l’histoire de la justice du pays prend un tournant décisif. « Les bâtiments ne sont rien sans les cadres com- pétents et sans les équipements adéquats », a-t-elle déclaré. Par contre, envisage-t-elle, il faut continuer à former d’autres méde- cins légistes, des techniciens en toxicologie, et lutter pour la mise en place d’un laboratoire de toxi- cologie moderne, afin d’assurer la pérennisation de ce service en Haïti. Son vœu le plus cher, c’est de voir chaque département doté d’un institut médico-légal pour la dissémination de cet outil dans toutes les juridictions du pays. À rappeler que le bâtiment de l’IML contient, entre autres, une salle de radiographie, une salle d’autopsie, une salle de con- férence, un bureau pour forma- tion et déploiement des médecins légistes, un bureau d’antenne de la police scientifique, une morgue et une extension en construction, où va être logé le laboratoire de toxicologie. La mission de l’IML est d’accompagner la police et la jus- tice dans la réalisation d’enquêtes scientifiques, exécuter les demandes formulées par les par- quets et les juges des tribunaux de première instance, en vue de diligenter des enquêtes pour tout éclaircissement sur des cas de mort violente, inconnue ou sus- pecte. Après environ sept années d’absence dans le système judiciaire, pour des problèmes de budget de fonctionnement, l’Institut médico-légal (IML), entité placée sous la tutelle du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) et du ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP), fait peau neuve. Le ministre de la Justice, Pierre Richard Casimir. / Photo : Ruben Chery
  5. 5. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 5 ACTUALITÉ Les jeunes femmes appeler à s'investirPar Stephen Ralph Henri HAÏTI/ENTREPRENEURIAT E lles sont 10 jeunes femmes entrepreneures haïtiano-can- adiennes, venues de Montréal dans le cadre de cette mission destinéeàinciterlesjeunesHaïtiennes à prendre la voie de l’entrepreneuriat. Elles comptent également explorer des opportunités d’investissement dans divers domaines, dont la mode, la communication, le management, l’organisation d’événements et d’autres métiers relatifs à l’internet. Cette initiative s’entreprend sous le label d’Entrepren’Elles. En organisant cette mission, « nous avons pensé à encourager les femmes à prendre leur avenir au sérieux. Elles sont marginalisées, nous les encourageons à s’investir dans l’entrepreneuriat (feminin) », explique Amors Cincir au National. Amors Cincir assure la présidence de la structure Gouvernement de la jeunesse haïtienne au sein de l’Avd. L’idée, c’est de porter les femmes à explorer leurs idées, leur donner vie dans des entreprises et parvenir à créer des emplois et de surcroît de la richesse. Pendant leur séjour les 10 déléguées rencontreront des jeunes Haïtiennes. Elles rencontreront également des entrepreneurs haïtiens, dont des femmes, et des membres du ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (Mhave). Une vingtaine de jeunes Haïtiennes ont déjà discuté avec les entrepreneures de la mission, dans la matinée du jeudi 30 juillet, en marge de la conférence de lancement officiel des activités, à Pétion-Ville. Une soirée de réseautage a été organisée le vendredi 31 juillet. Cela a été l’occasion de rencontres formelles entre les jeunes de la mission et d’autres jeunes entrepreneurs haïtiens, femmes incluses. Ils ont aussi échangé sur les opportunités qu’offrent les écosystèmes entrepreneuriaux des deux pays par rapport à leur domaine respectif, selon des informations recueillies auprès des deux institutions organisatrices. Dans la matinée du 31 juillet, les déléguées de la mission ont effectué des visites d’entreprises. Elles se sont déplacées à Jacmel, dans le Sud-est du pays et devront rencontrer le ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Robert Labrousse, au cours de la journée du lundi 3 août. Le président du GJH est confiant que cette mission « va apporter beaucoup au pays », notamment sur le plan de la motivation. La présidente de la Chambre de commerce et d’industrie haïtiano- canadienne (CCIHC), Martine Chandler, dit espérer que des « affaires seront développées au bout de toutes les activités entreprises ». Elle souhaite par ailleurs que cette initiative participe « au grand effort de développement qui se fait pour le pays ». Parmi les entrepreneures, mem- bres de la délégation, on retrouve Déborah Chérenfant, créatrice de Mots d’Elles, un magazine assur- ant la promotion et l’encadrement des femmes d’affaires, Kerlande Mibel, fondateur de Zwart Com- munication, une agence de mar- keting, et Sylberte Desrosiers qui a lancé une agence de planification et d’organisation d’événements, Sophysti-K. D’autres, comme Rachelle Jean- Jacques, technicienne juridique, qui s’est convertie à la mode, en particulier la lingerie féminine, avec pour perspective de lancer bientôt sa propre ligne ; et Yrina Janvier, qui de son côté, se verse dans l’entrepreneuriat social, et prête ses services à des organisations à but non lucratif. L’Association des volontaires pour la démocratie (AVD), via sa structure baptisée Gouvernement de la jeunesse haïtienne (GJH) et la Chambre de commerce et d’industrie haïtiano-canadienne (CCIHC) appellent les jeunes femmes à s’investir dans l’entrepreneuriat, une démarche de création de richesses et d’emplois, pour se défaire des liens de la marginalisation et parvenir à leur pleine émancipation. Dans cette perspective, ces deux institutions organisent une mission d’échange et d’exploration au pays du 29 juillet au 5 août 2015. Amors Cincir
  6. 6. 6 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 ACTUALITÉ Mobiliser les délégués et les vice-délégués départementauxPar Reynold Aris Des sanctions seront prises contre les juges partiaux, avertit le CSPJSources : Alterpresse HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES HAÏTI/ÉLECTIONS Ces échanges, a précisé le ministre de l’Intérieur, témoignent de la volonté manifeste de l’administration Martelly et du gouvernement Paul d’organiser les prochaines élections. Au regard de la Constitution, les délégués et vice-délégués constituent les piliers sur lesquels repose tout pouvoir. Ainsi, Ariel Henry les exhorte à jouer leur rôle de médiateurs sans ostracisme, sans sectarisme en vue de favoriser la bonne marche de ce processus sur toute l’étendue du territoire national. Ce scrutin, dit-il, consiste à contribuer au renouvellement du personnel politique par le bien- être des institutions républicaines et la consolidation des acquis démocratiques. Selon le titulaire du MICT, le CEP se doit de garantir un scrutin uni- versel, honnête, crédible, trans- parent et participatif. Il a cepen- dant souligné que l’organisme électoral n’est pas le seul acteur à jouer sa partition dans le cadre de la réussite des prochaines joutes. Hormis les autres partenaires du gouvernement, précise M. Henry, le MICT, via les délégués et vice-délégués, doit également s’y impliquer au regard de la loi. Ce, en vue d’assurer la bonne marche du processus dans les dix départements du pays. Aussi a-t-il pris l’initiative de réunir ces plus hautes autorités locales afin de prévenir des contestations à l’issue de ces élections. Tout est fin prêt De son côté, le ministre chargé des Questions électorales, Jean Fritz Jean-Louis, a déclaré que tout est déjà fin prêt en ce qui concerne l’organisation des prochaines compétitions électorales. Tous les bulletins de vote (près de 8 millions 91 mille 520, sans compter ceux des départements de l’Ouest), les urnes, (les isoloirs), l’encre indélébile, les feutres sont disponibles. S’agissant des membres des bureaux de vote, M. Jean-Louis a informé qu’on a entamé le vendredi 31 juillet 2015 la formation des formateurs. Ce sont ces derniers, explique-t-il, qui vont s’assurer de la formation de ces membres dans les différents départements du pays. Dès ce lundi 3 août, une délégation de conseillers électoraux effectuera une visite d’évaluation du processus à travers ces zones géographiques en compagnie des délégués et vice-délégués départementaux, a-t-il ajouté. Jean Fritz Jean-Louis a en outre déclaré que des exercices de simulation du déroulement de ce scrutin seront bientôt entrepris à l’aide d’une flotte de mille deux cents véhicules, 300 camions, 500 voitures de formes diverses. Près de 400 animaux domestiques tels des ânes et des chevaux seront utilisés dans le cadre du transport du matériel électoral sur tout le territoire national. C’est à ce stade le plus fragile, souligne M. Jean- Louis, que l’on aura le plus besoin des responsables de délégation, de vice-délégation départementales, des agents exécutifs intérimaires, des autorités des Conseils d’administration de la section communale (Casec) et des dirigeants des Assemblées de la section communale (Asec). Assimilant cette phase à l’alerte rouge, le ministre chargé des Questions électorales croit que la vigilance est de mise. Cette attitude, soutient-il, consiste à favoriser la coordination des différentes actions relatives à la tenue de ce scrutin dans les départements, les communes et les sections communales. Confiant, le titulaire chargé des Questions électorales a déclaré que l’heure n’est plus à la gestion du 9 août. Celle-ci, martèle-t-il, est sur pilotage automatique. Nous sommes en train de préparer le 10 août. La Police nationale d’Haïti s’apprête à renforcer sa présence dans les différents départements du pays en vue de permettre aux citoyens de vaquer à leurs activités. Il s’en remet toutefois aux bonnes grâces de la nature qui pourrait empêcher le déroule- ment de ces législatives comme cela avait été le cas le 12 janvier 2010. L e Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) annonce de sévères sanctions contre des magistrats qui s’impliqueraient de façon malhonnête dans le déroule- ment des opérations électorales. « Tout juge, quelque soit le niveau de juridiction auquel il appartient, se trouvant en contravention pour violation des principes fondamen- taux caractérisant sa charge sera sévèrement sanctionnée dépen- dant des résultats de l’enquête ». C’est ce qui ressort d’un mémo- randum du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), en date du 27 juillet 2015, et transmise à l’agence en ligne AlterPresse. « Cette sanction consistera en une mise en disponibilité sans solde durant la période électorale ou la destitution pure et simple selon la gravité de l’infraction », indique le mémorandum. Cette mesure fait suite aux rumeurs faisant état d’implication malhonnête de certains magistrats dans le déroulement des opéra- tions électorales. Les juges en fonction dans les tribunaux et cours de la Répub- lique sont tenus de respecter scrupuleusement les principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance du pouvoir judi- ciaire. Dans une circulaire rendue pub- lique, le Ministère de la justice et de la sécurité publique (MJSP) a aussi appelé tous les acteurs judi- ciaires impliqués dans le proces- sus électoral à l’impartialité et la neutralité. Il demande la mise en applica- tion stricte de la loi envers et contre tous, sans aucune consi- dération relative notamment à la popularité d’un candidat ou à son appartenance politique ou doctrinale ainsi qu’au choix des électeurs et électrices. Entre temps, la campagne élec- torale qui se poursuit jusqu’au 7 août est, de plus en plus, marquée par la violence à l’approche des élections législatives fixées au 9 août. Le Conseil électoral provisoire (Cep) et la Police nationale d’Haïti (PNH) se disent quand même prêts pour ces élections au cours des- quelles l’institution policière sera dotée de 150 véhicules flambant neufs. » suite de la première page Le ministre de l’Intérieur, Ariel Henry. / Photo : communication.gouv.ht
  7. 7. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 7
  8. 8. 8 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 MONDE L'hécatombe des journalistes continue au Mexique Sources : François-Xavier GOMEZ / liberation.fr P Le Mexique est bien le pays du monde le plus dangereux pour les journalistes : le pho- toreporter Rubén Espinosa est le 103e homme de médias tué dans le pays depuis 2000, et le sep- tième pour 2015. Spécialisé dans les conflits sociaux de l’Etat de Veracruz, sur la côte caraïbe, il avait maintes fois dénoncé des menaces. Fin juin, devant la recrudescence des intimidations, il avait décidé de «s’auto-exiler» à Mexico, pen- sant que la capitale lui offrirait une protection. A tort : samedi, il était découvert parmi cinq cadavres dans un appartement du quartier Benito Juárez, avec des traces de violences et deux impacts de balle. Les autres vic- times sont quatre femmes. La tuerie a probablement été perpé- trée la veille. Rubén Espinosa, 31 ans, travaillait pour le magazine de gauche Proceso, pour l’agence d’images Cuarto Oscuro et pour plusieurs médias régionaux. Dans l’Etat de Veracruz, où le groupe criminel du cartel des Zetas est très actif, il est le 16e journaliste tué depuis 2010, date de l’arrivée au poste de gouverneur de Javier Duarte de Ochoa, membre du PRI, le parti de droite du président Peña Nieto. L’assassinat le plus commenté fut celui de Regina Martinez, en 2012. La journaliste de Proceso et du quotidien de gauche la Jornada enquêtait sur les liens supposés entre Duarte et les Zetas. Espinosa avait couvert les rassemblements et mobilisations après sa mort. Carte mémoire En 2013, le reporter avait été violemment frappé par la police régionale alors qu’il couvrait une manifestation d’enseignants à Xalapa, et forcé d’effacer la carte mémoire de son appareil photo. Après avoir alerté la justice, il s’était vu proposer de l’argent, en échange du retrait de sa plainte, par des proches de Duarte, avait-il révélé. L’ONG Article 19 qui défend la liberté d’expression, souligne qu’environ 80 journalistes mexicains menacés ont trouvé refuge dans la capitale, où les autorités sont supposées veiller à leur sécurité. Dans le cas d’Espinosa, il semble qu’aucune mesure de protection n’avait été prise. A vec la dissolution de la Chambre des communes dimanche, les Canadiens sont appelés aux urnes avec le choix de donner un quatrième mandat au Premier ministre conser- vateur sortant Stephen Harper ou de lui préférer un changement de poli- tique avec les libéraux ou la gauche démocrate. La sécurité et l’économie sont « les enjeux importants » de la campagne des législatives du 19 octobre, a déclaré M. Harper, qui dirige le Canada depuis plus de neuf ans. Et son message est clair, l’expérience doit prévaloir et l’électeur doit éviter de céder aux chants des aventuriers. « Ces élections vont déterminer qui est mieux placé pour prendre des décisions difficiles afin d’assurer la sécurité », et ce « n’est pas un concours de popularité », a déclaré M. Harper dès l’annonce de la dissolution. De son côté, Thomas Mulcair, chef du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche), a demandé aux Canadiens de « remplacer la politique de peur et de divisions des conservateurs par une politique d’espoir et d’optimisme ». Le chef du parti libéral (PLC), Justin Trudeau estime lui que « le moment est venu de faire prospérer la classe moyenne et créer de la croissance économique ». La course s’annonce serrée. Dans les derniers sondages, le Parti conservateur (PCC) et le NPD sont au coude à coude (entre 31,5 % et 33 % selon les instituts) devant le PLC avec 25 %. Le reste se partage entre le Bloc Québécois (indépendantiste), le Parti Vert et d’autres petites formations locales. La dissolution de la Chambre en pleine période des vacances signifie une longue (79 jours, record absolu) et coûteuse campagne pour les partis politiques et leurs candidats afin d’obtenir la majorité relative ou absolue des 338 sièges de députés nécessaire à la formation du prochain gouvernement. M. Harper a une nouvelle fois estimé être le plus compétent pour garder une économie prospère au moment où la chute vertigineuse des prix du pétrole depuis l’été dernier la plonge dans une deuxième récession sous le mandat conservateur. Techniquement l’économie sera officiellement en récession le 1er septembre, au beau milieu de la campagne électorale. C’est à cette date que seront publiés les chiffres de la croissance au deuxième trimestre après un premier trimestre de décroissance. Mais le gouverneur de la banque centrale Stephen Poloz a déjà rendu son verdict mi-juillet en déclarant la récession. Enjeu sécuritaire Avec un bilan économique aussi terne, les conservateurs vont utiliser « l’enjeu de la sécurité, du terrorisme, et en faire un enjeu de politique intérieure », a dit à l’AFP Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia de Montréal. « Ils vont jouer beaucoup sur la peur », brandir le risque en cas de défaite d’un délitement de la société avec « le risque djihadiste et la montée de l’islam », a-t-il ajouté. Pour cela, les conservateurs mettent en avant leur toute récente loi antiterroriste censée prévenir la radicalisation de jeunes Canadiens aux idées djihadistes et les empêcher de rejoindre les rangs des combattants de groupes rebelles au Moyen-Orient. Après les attaques mortelles contre des militaires à deux jours d’intervalle en octobre dernier --perpétrées par deux jeunes radicalisés-- les conservateurs majoritaires ont voté la loi antiterroriste sans franche opposition, exceptée celle des néo-démocrates. Le Premier ministre sortant a ciblé la menace des « violents mouvements djihadistes (...) qui ont clairement déclaré la guerre au Canada ». Ses adversaires ne voudront pas se cantonner au débat sécuritaire. Thomas Mulcair a lui fixé les thèmes de sa campagne: l’emploi et l’environnement. « Les conservateurs laissent aux générations futures une énorme dette économique, sociale et écologique » a-t-il dit en évoquant les 200 000 chômeurs supplémentaires par rapport à 2008, veille de la précédente récession. Fidèle à l’idéologie libérale, Justin Trudeau promet une fois au pouvoir d’aider « les familles à joindre les deux bouts » en estimant « le moment venu de faire prospérer la classe moyenne ». L’environnement sera un enjeu clé dans un pays où le secteur de l’énergie compte pour 10 % du PIB, et sur ce point les Verts avec Elizabeth May iront chercher des députés en Colombie-Britannique (Ouest) où « le terreau est plus fertile ». La Chambre dissoute, les électeurs canadiens aux urnes en octobreSources : AFP Le Premier ministre canadien Stephen Harper à Ottawa, le 15 avril 2015. / Photo: AFP/Archives Rubén Espinosa lors d’un reportage à Xalapa, le 20 janvier 2014. / Photo : Reuters Régulièrement menacé, le photoreporter Ruben Espinosa avait fui l’Etat de Veracruz où quinze de ses confrères ont été assassinés depuis 2010.
  9. 9. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 9 MONDE D es milliers de pompiers lut- taient dimanche contre les flammes d’une vingtaine d’incendies en Californie, frappée par la pire sécheresse de son histoire, qui ont causé la mort d’un soldat du feu et nécessité l’évacuation de milliers de personnes. « Depuis jeudi soir, des milliers de coups de foudre sont tombés, déclenchant plusieurs centaines de petits incendies », a indiqué Calfire, l’organisme de prévention des feux en Californie, dans un communiqué dimanche en milieu de journée. Il prévoyait des orages en montagne dans la journée, avec peu de pluie. Les éclairs pourraient donc de nouveau allumer des feux en touchant un sol et des végétaux asséchés par quatre années d’une sécheresse historique. Dimanche matin, quelque 8 500 pompiers combattaient 21 vastes incendies, disséminés dans tout l’Etat de la côte ouest des Etats-Unis. Ils ont entraîné l’évacuation d’au moins 6 000 habitations dans les zones d’intervention de Calfire, avait indiqué plus tôt à l’AFP une porte-parole. Les soldats du feu californiens ont en effet reçu le renfort de pompiers venus d’autres Etats, comme le Nevada et le Colorado. Et la Garde nationale de Californie a également été mobilisée. L’incendie le plus important, situé dans le comté de Lake, n’était circonscrit qu’à 5 % dimanche matin. Le Rocky Fire, comme il a été baptisé, a brûlé près de 186 km2 depuis mercredi après-midi et détruit 24 maisons. Il mobilisait près de 2 000 pompiers à lui seul, 180 engins au sol, 4 avions bombardier d’eau et 19 hélicoptères. Dans la nuit de samedi à dimanche, il a détruit près de 80 km2 supplémentaires. Près de 12 000 personnes et 5 200 habitations ont été évacuées. L’origine de ce feu, et de plusieurs autres, faisait encore l’objet d’une enquête dimanche matin. Selon un bilan effectué mi-juillet par Calfire, le feu le plus important survenu cette année avait eu lieu fin juin près de San Bernardino, à environ 80 km de Los Angeles, avec 125 km2 brûlés. Au total, d’après un calcul de l’AFP, ces 21 incendies avaient détruit dimanche près de 500 km2. Près de 10 000 personnes mobilisées Le bureau du gouverneur de Californie Jerry Brown a fait savoir dimanche à l’AFP qu’environ 9 600 personnes luttaient contre les flammes, rattachées à des agences locales, de l’Etat et fédérales. Le gouverneur avait décrété l’état d’urgence en Californie tard vendredi soir. « La sévère sécheresse et le climat extrême ont transformé quasiment tout l’Etat en poudrière », avait justifié le gouverneur dans un communiqué. Il avait annoncé la mort d’un pompier de 38 ans, Dave Ruhl, qui a succombé jeudi dans la forêt nationale de Modoc, près d’Alturas (nord-ouest de la Californie). Il était venu du Dakota du Sud (nord) pour prêter main forte. Les incendies sont fréquents en Californie mais ils se multiplient ces derniers temps à cause de la grave sécheresse qui sévit depuis quatre ans dans cet Etat. D’importantes restrictions de la consommation d’eau ont d’ailleurs été décidées en avril par le gouverneur, et renforcées depuis. Mi-juillet, les autorités californiennes avaient fait part de leurs inquiétudes concernant un éventuel record d’incendies cette année si la sécheresse persistait. L’Etat avait déjà dénombré plus de 3 400 feux, soit un millier de plus que lors d’une année normale. Et 900 de plus que sur la même période de 2014. « Nous n’avons pas vu des conditions (de sécheresse telles) depuis les années 1970 en Californie », avait relevé Daniel Berlant, porte-parole de Calfire. A cause de terrains desséchés « si tôt dans la saison », « il y a une possibilité que cette année établisse un nouveau record (d’incendies) si les conditions persistent », a-t-il averti. D’après lui, 95 % des incendies recensés en Californie sont causés par l’homme, que ce soit par des imprudences ou parfois simplement par un appareil électrique, comme une tondeuse à gazon, qui produit des étincelles. Selon le Service national des forêts (USDA forest service), qui veille sur les 780 000 km2 de forêts et de prairies des Etats-Unis, les incendies ravagent désormais deux fois plus d’hectares chaque année qu’il y a 40 ans. Des milliers de pompiers sur le front en Californie, dévorée par les flammes Sources : AFP L’autoroute 20 près de South Lake, en Californie, le 2 août 2015. / Photo : AFP Au Venezuela, après la pénurie, les pillages Sources : François-Xavier GOMEZ / liberation.fr La ville de San Felix dans le sud du pays a été le théâtre de saccages de magasins vendredi. Nié par le gouvernement socialiste, le manque d’aliments de base exaspère la population. D evant les étagères d’un supermarché chargées de paquets de riz, le ministre de l’Alimentation, Carlos Osorio, affirmait samedi à la télévi- sion, non sans aplomb : «Le Venezue- la produit tout ce qu’il doit produire», ajoutant que les nécessités de base sont assurées pour les deux mois à venir et que, pour les denrées qu’il faut importer, «les cycles logistiques et les accords internationaux se déroulent normalement». Pourtant, vendredi, la ville de San Felix, dans l’Etat de Bolivar, a connu une journée de violences avec un mort par balles et des saccages de commerces en série. L’origine des troubles est floue. Pour certains, tout serait parti d’une manifestation spontanée contre le chaos dans les transports publics. D’autres sources parlent d’une rumeur selon laquelle un grand magasin avait reçu un arrivage important de produits alimentaires. Débordée par la ruée, la direction a décidé de fermer les portes. Le magasin a été dévasté, puis deux autres ont subi le même sort. Samedi, 800 poulets ont été volés dans une ferme d’élevage, et un entrepôt d’alcool a été vandalisé. Un supermarché d’Etat n’a échappé au pillage que grâce au déploiement de l’armée, qui a décrété l’état d’alerte. Quelque 80 personnes ont été arrêtées. Sur une vidéo postée par le quotidien Correo del Caroni, un témoin affirme : «Les faits s’enchaînent. On craque une allumette et très vite c’est l’incendie.» Le même homme met en cause le marché noir et la farine de maïs, qu’il faut payer 200 bolivars le kilo, alors qu’elle en coûte 30 dans les magasins d’Etat. Le salaire minimum s’élève à 7 000 bolivars. Mis en place en 2010 pour freiner la spéculation sur les produits de base (alimentaire, hygiène), le réseau de magasins d’Etat vend à des prix modérés mais avec des contraintes : quantités limitées et une seule visite par semaine et par famille. L’Etat de Bolivar, dans la région amazonienne frontalière avec le Brésil et le Guyana, est un des plus pauvres du pays. De nombreux habitants se déplacent vers les mines d’or clandestines, comme celles de Las Cristinas. Pétrole contre nourriture Pendant ce temps, le gouvernement révolutionnaire poursuit son offensive contre le secteur privé. Mercredi, la corporation Polar a été expropriée de ses entrepôts du quartier de La Yaguara, à Caracas : l’Etat a décidé de les détruire pour construire à la place 140 logements sociaux. Les dirigeants du groupe, qui commercialise la bière Polar, la plus consommée dans le pays, mais aussi les marques Nestlé, Pepsi, et bon nombre de denrées alimentaires, dénoncent la précipitation du pouvoir, avec pour conséquence selon eux la suppression de 5 000 emplois et une distribution encore plus perturbée dans la capitale pour la farine, l’huile, le sucre et les pâtes. Etranglé par le manque de devises dû à la baisse des revenus pétroliers, le Venezuela s’enfonce dans la crise, à cinq mois d’élections législatives pour lesquelles l’opposition (dont plusieurs leaders sont en prison) part largement favorite. L’inflation dépasse 100% par an, les déficits sont abyssaux et le PIB devrait chuter de 7% cette année, prévoit le FMI. La semaine dernière a été signé un accord avec l’Uruguay, prévoyant la livraison de 235 000 tonnes de vivres (riz, lait en poudre, poulet, fromage et soja) en échange de pétrole brut. Le pillage du supermarché Uniferia à San Felix, vendredi. / Photo : Wilmer Gonzalez. Reuters
  10. 10. 10 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 ÉCONOMIE La débâcle consacrée et programmée de l'économie haïtiennePar Henri Alphonse (6e partie) ENTREVUE J e me suis alors demandé com- ment cette administration, qui se débattait en plein déficit bud- gétaire, impuissante à contenir la débâcle programmée de notre mon- naie nationale et de notre économie, allait pouvoir tenir parole. Je fis part de mes impressions à l’économiste Eddy Labossière, insistant surtout pour savoir d’où sortirait le finance- ment de ce ‘mégaprogramme’. « C’est une blague ?! », lui demandai-je. Sourire narquois de mon inter- locuteur. « Non seulement c’est une blague, mais l’approche n’est pas nouvelle. Dans toute l’histoire de ce pays, les gouvernements ont régulièrement évoqué l’agriculture en tant que ‘moteur de l’économie’ (…) L’on parle du secteur agri- cole comme la ‘locomotive’ de ce pays, pour tous les gouvernements qui se sont succédé- bien avant celui de Jean Claude Duvalier – l’agriculture est toujours priori- taire ». Et d’ajouter : « C’est une façon de dire que l’agriculture est prioritaire. Certains sont plus démagogues que d’autres.. J’ai pensé qu’eux aussi diraient le ‘moteur de croissance’.. ils ont changé le mot ‘moteur’ qu’ils ont transformé en ‘locomotive’ de croissance ... Je réprime un ricanement. Tout au cours de cette longue entrevue avec le professeur Labossière, la crudité de la réalité m’a été révé- lée dans toute son ampleur. Des situations écœurantes à l’extrême. Des personnages parfois tout droit sortis d’un mauvais rêve. Des indi- vidus d’une avidité insoupçonna- ble, cyniques, sans état d’âme. La roublardise à son zénith, tiens ! Une stratégie de ‘plon gaye’ Le professeur, inlassablement, poursuit son diagnostic angois- sant. « Mais c’est la même ritour- nelle ! ». Et de s’interroger : qu’est-ce qu’il faudra faire pour que le secteur agricole devienne la ‘locomotive’ de croissance économique ? « Que vont-ils faire ? Solliciter le concours du budget ?! ». Et il fulmine. « Ces gens ne sont pas sérieux ! ». Le budget est un outil de politique économique. Un budget donne les grandes ori- entations d’un gouvernement. Un budget montre la voie à suivre. « La question ne devrait donc pas être budgétaire. Elle aurait dû être d’abord fiscale ». D’où viendra le financement de tout ça ? « Ah mais, c’est qu’ils sont fatigants ! ». Je m’esclaffe. Il a une de ces façons de manifester son ras-le- bol... Et je le comprends. Les recettes de la Direction générale des impôts (DGI) et de la douane ne vont jamais dépass- er le niveau des 50 milliards de gourdes. D’ailleurs ils n’ont pu dépasser les 42 milliards de recettes prévus alors que leur objectif était d’atteindre un mon- tant de 52 milliards pour l’actuel exercice fiscal. « Alors, qu’ils nous disent comment diantre vont-ils pouvoir, avec 52 milliards de gourdes, faire de l’agriculture la locomotive’ du développement ?! ». Au dehors, sur la cour de l’INAGHEI, de nouveau le bour- donnement des étudiants en attendant le prochain cours. La canicule bat son plein. Sans doute une autre poussée éruptive de notre soleil. Pensent-ils vrai- ment relancer notre agriculture sans la maîtrise de l’eau ? Sans une approche raisonnée, durable, de conservation des sols ? Se doutent-ils qu’un producteur agri- cole vulnérable à l’extrême peut soutenir, sans revenus non agri- coles, sans crédit – les lacunes tra- ditionnelles en services sociaux de base ? Je hoche la tête, submergé par une grande perplexité. « Avec quel argent vont-ils pou- voir atteindre leur objectif ? », se demande notre économiste. Au ministère de l’Agriculture, déplore-t-il, ils n’ont pas pour deux sous de jugeote qui pensent pouvoir utiliser leur budget pour faire un ‘plon gaye’ dans tous les secteurs. « Ces gens auraient dû avoir l’intelligence de chang- er de cap après tout ce temps passé à appliquer une politique infructueuse sur le terrain ». Au lieu de se concentrer sur deux ou trois filières porteuses et d’y investir massivement, ils préfèrent pratiquer l’art du ‘plon gaye’. Et même s’il pouvait dispos- er d’un surplus, il serait noyé dans les besoins des différents sous- secteurs, comme la production végétale, la production animale, l’irrigation… De fait, les ressources financières actuelles ne leur permettront pas d’avoir les moyens de leur politique. Quel est le budget du ministère de l’Agriculture ? Le budget du MARNDR, budget de fonctionnement et d’investissement compris, ce sont 17, 18 même pas 20 milliards de gourdes. C’est l’international qui finance son budget. Le gouver- nement haïtien n’a jamais eu les moyens d’un développement agri- cole durable. Sa participation a toujours été insignifiante par rapport aux besoins véritables du secteur. Vou- loir générer un surplus d’argent en faisant du secteur une ‘locomotive de croissance économique’, c’est se leurrer. Le surplus généré sera une fois de plus utilisé en ‘plon gaye’. « La réalité, ça risque de leur péter à la figure ! ». Ce sont les bailleurs de fonds internation- aux qui décident. Le gouverne- ment n’a aucune prise sur eux. « Toute cette démagogie est inutile ». Et notre économiste revient, comme un leitmotiv, à sa prop- osition première : un focus sur deux ou trois filières, capables de donner des résultats palpables. La population pourra ainsi se rendre compte de l’efficacité de la politique adoptée. Le riz, par exemple, ils auraient pu se dire « prenons le riz !» et pendant un ou deux ans, le pays serait autosuf- fisant en riz ». Et ce riz importé qui domine le marché – j’objecte – il faudrait alors replacer les bar- rières tarifaires…. «Ce fut une erreur monumentale que d’avoir éliminé les barrières tarifaires et non tarifaires ainsi que les taxes, concède notre économiste. La taxe sur les œufs, c’est presque zéro pour cent ! La taxe sur le poulet, c’est à peine 5 % ! La taxe sur le riz, c’est à peine 10 % ! Alors que dans les autres pays de la Caraïbe, il est de 20 à 40 % ! D’ailleurs, c’est l’une des exigences de la CARI- COM : nous devons relever nos barrières tarifaires ! Ces produits ne sont pas suffisamment taxés ». On peut le faire, je lui demande. « Oui, on peut le faire ! ». Evidemment, cela offusquerait les Nord-Américains, mais avons-nous le choix ? Voulons-nous vraiment nous en sortir ? Prenons-nous les moyens qu’il faut ? Coura- geusement ? Un petit pays aussi pauvre que le nôtre, « c’est une aubaine pour l’Amérique, pour l’écoulement de son riz de mau- vaise qualité (…) si le marché est aussi ouvert, il viendra y vendre son ‘riz-plastique ‘, un riz qui donne la sensation du ventre plein ». Notre interlocuteur fait manife- stement référence à la production rizicole basée sur la modification génétique - OGM - de notre grand voisin d’Amérique. « Un jour, l’on pourrait bien se voir atteint de cancer.. mais là c’est une toute autre histoire.. ». « Aucune initiative potentielle- ment productive pour notre pays n’a été prise pendant les trente dernières années. Evidemment, l’intention est bonne, admet-il, lorsqu’un gouvernement décide de faire de l’agriculture le fer de lance de notre économie. Mais comment la traduire dans les faits ? Que fera le ministre de l’économie quand viendra le temps de répartir les 52 milliards à sa disposition ? Et que fera-t-il lorsque la présidence lui présen- tera ses exigences ? Les voyages à l’extérieur en forte équipée, les hôtels cinq étoiles, la bouffe et le vin aux notes astronomiques ? Les questions qui s’imposent, revi- ennent, lancinantes. Où le gouver- nement trouvera-t-il de l’argent pour investir dans le secteur agri- cole ? Que fera-t-il lorsque chaque ministère, chaque organisme autonome ira de son plaidoyer pour un budget d’investissement déjà réduit en peau de chagrin ? Que fera-t-il lorsque les nouveaux parlementaires exprimeront leurs propres exigences ? Et, s’il faut tout passer en revue – je lui dis – ces producteurs agricoles, qui auront pour tâche de gorger la locomotive en fioul, auront-ils enfin accès à ces services sociaux de base auprès desquels ils soupi- rent depuis des temps immémo- riaux ? Peut-on, raisonnablement, relanc- er, moderniser le secteur agricole sans une politique efficace de pro- tection des ressources naturelles, d’aménagement des bassins ver- sants, de financement des activi- tés dites de post récolte ? Lorsque le besoin des techniciens agricoles intermédiaires incontournables, se fera sentir, qui devront se char- ger du suivi des opérations sur le terrain, que fera-t-on sans argent ? Toutes ces décisions courageuses à prendre – des fois envers et contre de puissants secteurs de pouvoir –, ces individualités à la convic- tion forte, au caractère trempé, qui devront assumer, absolument, cette transition économique qu’il faudra garantir sans coup férir, cet effort gigantesque à mener à terme et à maintenir, durable- ment, est-ce possible dans les conditions actuelles ? Dans cette ‘économie de rente’ qui nous tue à petit feu ? Cette longue entrevue avec l’économiste Eddy Labossière nous a permis de voir la réalité telle qu’elle ne devrait pas être. Ses fondements ont été analysés avec la plus grande rigueur et – il faudra le souligner – avec le plus grand courage. La débâcle consacrée et programmée de l’économie haïti- enne a désormais un processus, des procédés – occultes et maquil- lés –, des acteurs et des comparses identifiés. Penser collectivement le nouveau paradigme du vivre- ensemble sera le début du change- ment véritable attendu par tous. Ce sera le premier pas. Fondamen- tal. Incontournable. Lorsqu’en ce début de juillet le gouvernement haïtien fit battre la grosse caisse pour annoncer son intention de faire de l’agriculture la « locomotive de croissance économique » à travers le budget du prochain exercice fiscal, je me suis senti envahi par une impression tenace de déjà-vu.
  11. 11. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 11 ÉCONOMIE P eter Thompson de l’Autorité jamaïcaine de développement de l’agriculture en milieu rural (RADA) a déclaré que la tech- nologie des Systèmes d’information géographique(SIG)estdeplusenplus utilisée pour suivre des « conditions localisées, des parasites et la préva- lence des maladies. Cette technologie ajoutera de la valeur non seulement pour nous, mais aussi pour les agri- culteurs en donnant les informations dont ils ont besoin ». Thompson a parlé à IPS lors de la Semaine de l’agriculture des Caraïbes (CWA), qui a eu lieu du 6 au 12 octo- bre à Paramaribo, au Suriname. Une grande attention a été accordée à « l’intensification » de l’intégration de la technologie dans les pratiques agri- coles quotidiennes à la CWA 2014, co- parrainée par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) du groupe ACP-UE et l’Institut de recher- ches agricoles et de développement des Caraïbes (CARDI). L’Université des Antilles, à Saint Augustine, a présenté des applications que les étudiants du Département de l’informatique et de la technologie de l’information ont développées dans le cadre du projet AgriNeTT, un effort de collaboration entre le départe- ment, la Faculté de l’alimentation et l’agriculture, et les représentants des agriculteurs. Chef/coordinatrice du de projet Agri- NeTT, Dr Margaret Bernard, a indiqué que « l’objectif principal ... est de développer des systèmes intelligents dans l’agriculture. Il y a un manque de données [et] la plupart des modèles en cours de développement ne dispo- saient pas de données réelles prov- enant du terrain ». Les applications sont destinées à soutenir l’agriculture, a-t-elle souligné à IPS. « Une grande partie du projet AgriNeTT, c’est le développement d’un référen- tiel de Données ouvertes, notamment pour loger les données agricoles au niveau national ... Ce référentiel abri- tera différents ensembles de données, y compris les données de production au niveau des fermes, les prix et les volumes des produits de base, les don- nées spatiales foncières, les sols, le climat, ainsi que les données de suivi des mauvais insectes et des maladies ». Dr Bernard a dit que le but du référen- tiel de Données ouvertes était de con- struire une plateforme qui serait acces- sible à travers les Caraïbes. Le projet vise à encourager toute la communauté agricole des Caraïbes à partager en téléchargeant des don- nées afin que « les équipes de promo- teurs puissent utiliser ces données de manière créative et développer des applications [pour l’agriculture] ». Elle a ajouté que la création d’applications et d’outils basés sur ces données per- mettrait de moderniser l’agriculture dans les Caraïbes. « La collecte, l’agrégation, l’analyse, la visualisa- tion et la diffusion des données sont importantes pour la compétitivité des Caraïbes », a déclaré Dr Bernard. Dr Bernard nourrit de grands espoirs pour une nouvelle application appelée AgriExpenseTT, que son équipe a développée pour la tenue des infor- mations agricoles. Cette application, aujourd’hui disponible pour être téléchargée sur Google Play, permet aux agriculteurs de surveiller les dépenses de plus d’une culture à la fois, suivre les achats des produits agricoles qu’ils utilisent sur leurs fermes, ainsi que de savoir quelle quantité des produits achetés est effectivement utilisée pour chaque culture. Elle a dit que les agriculteurs qui ont opté pour le service d’abonnement pour cette application auraient alors leurs données stockées, qui per- mettraient aux chercheurs « de vérifier certains des modèles pour les coûts de production; ainsi, nous savons que c’est ce qu’il coûte pour produire une quantité X de [toute culture] ». L’autre raison d’encourager l’utilisation des TIC dans l’agriculture, c’est la nécessité de rendre l’agriculture un métier plus attrayant pour les jeunes, a expliqué, Michael Hailu, directeur du CTA. Il a dit qu’une dimension importante de l’agriculture familiale, le thème de la CWA de cette année, c’est le rôle important que les jeunes devraient et pourraient jouer dans le développement de l’agriculture dans la région. Puisque la population agricole de la région vieillit, « nous au CTA, nous fai- sons un effort spécial pour encourager les jeunes à s’engager dans l’agriculture – par des manières à travers lesquelles ils peuvent s’identifier, en utilisant de nouvelles technologies qui sont loin de la vieille image de l’agriculture », a-t-il indiqué. A cette fin, le CTA a offert un prix à de jeunes promoteurs d’applications dans la région qui développeraient des applications de TIC innovantes pour relever les principaux défis agri- coles dans les Caraïbes et encourager l’agro-entreprise chez les jeunes. Bon nombre des applications développées pour la compétition AgriHack Talent de la CWA 2014 se sont concentrées sur la fourniture aux agriculteurs des informations utiles qui ne sont pas tou- jours facilement disponibles. Jason Scott, qui fait partie de l’équipe jamaïcaine qui a remporté le hack- athon agricole avec leur application nommée Node 420, a déclaré: « La collecte des informations dont ils ont besoin peut être un véritable problème pour les fermiers ». Il a dit que lui et son collègue Orane Edwards « ont décidé de concevoir un certain maté- riel qui pourrait rassembler toutes sortes d’informations pour les aider avec leur culture, y compris la planta- tion, le semis et la récolte ». Thompson de la RADA a indiqué que « L’application de ces technologies dans l’agriculture attirera les jeunes. Si vous vous concentrez sur les moyens traditionnels, il y des chances que l’agriculture meurt d’une mort naturel- le ... Nous avons ces jeunes gars qui font leur entrée qui ont simplement envie de faire des choses en termes de technologie. Nous devons les aider ». Toutefois, Faumuina Tatunai, une spécialiste des médias qui travaille avec ‘Women and Business Development’ ‘Femmes et développement des entreprises), une ONG qui appuie 600 agriculteurs au Samoa, a déclaré à IPS que la concen- tration excessive sur l’attraction des jeunes vers l’agriculture à travers les TIC peut être à courte vue. « La réalité de l’agriculture est que nous avons besoin des jeunes dans les fermes dans le cadre de la famille. Pour ce faire, nous devons les attirer de façons tout à fait holistiques ... et les TIC ne sont qu’une partie de la solu- tion, mais elles constituent pas la seule solution ». Elle a dit que son organ- isation cherche à encourager l’intérêt pour l’agriculture chez les jeunes en adoptant une approche centrée sur la famille et en encourageant tous les membres de la famille à en apprendre davantage sur l’agriculture et grandir ensemble en tant qu’agriculteurs à travers la formation et d’autres oppor- tunités. « Tout le monde dans la famille est un agriculteur, qu’ils aient six ou 70 ans ... notre approche consiste à renforcer les capacités de la mère, du père et de l’enfant », a expliqué Tatunai. Des applications pour aider les fermiers à avoir de grandes récoltes Par Jewel Fraser | IPS Les fermiers des Caraïbes sont encouragés à utiliser davantage des applications agricoles et d’autres formes de Technologies de l’information et de la communication (TIC) dans un effort visant à accroître les connaissances disponibles pour prendre des décisions agricoles judicieuses et rentables. CARAÏBES La création d’applications et d’outils basés sur ces données permettrait de moderniser l’agriculture dans les Caraïbes | © detourlocal.com
  12. 12. I l serait assez utopique de penser à chiffrer les retombées de cette épi- démie sur l’économie d’un pays ou d’une zone. De fait, une épidémie est capable d’affecter tous les secteurs de l’économie d’un pays. Ce genre de choc peut provoquer une suite d’évènements qui peuvent à leur tour provoquer d’autres chocs qui vont exacerber la situation économique. Il est toutefois possible d’identifier les différents secteurs qui seront affectés par cette épidémie. Pour assurer la prise en charge des personnes infectées et lutter contre la propagation de la maladie, les pays affectés ont été amenés à faire des dépenses supplémentaires non prévues au budget. En Sierra Léone, une dizaine de millions de dollars USD ont déjà été dépensés au deuxième trimestre et d’autres sont à prévoir pour le reste de l’année. Ce qui est certainement le cas dans les autres pays touchés mais aussi chez leurs voisins, qui ont mis en place des mesures diverses pour éviter ou prendre en charge assez rapidement tout cas de maladie déclarée. Ces dépenses supplé- mentaires affecteront, sans nul doute, les équilibres budgétaires quel que soit le moyen de finance- ment adopté. De nombreux programmes d’investissement public ou de développement ont été mis à l’arrêt et certaines entreprises, notam- ment celles des secteurs extractif ou minier ou de l’agro-alimentaire ont dû suspendre leurs activités. En Guinée, Arcelor Mittal a sus- pendu les travaux d’expansion d’un minerai de fer parce qu’une partie de la main d’œuvre travail- lant sur ce chantier a été évacuée. En Sierra Léone, aussi, London Mining a fait évacuer une partie de son personnel « non essentiel ». Par ailleurs, le secteur touristique est aussi affecté de pleins fouets. La destination étant compromise avec l’épidémie, les touristes préfèrent ne pas se rendre dans ces pays. Pour les voisins, l’impact sur le secteur touristique est aussi éminent. La crainte de la maladie amènera les touristes à ne pas s’intéresser à la destination. Aussi, les mesures comme la fermeture de frontières ou les contrôles médicales systématiques limitent les échanges économiques avec les voisins mais aussi contraignent certains touristes à préférer des destinations moins contraignantes et présentant moins de risques de contamination. Le Sénégal a interdit toutes importations de produits agricoles en provenance de la Guinée ; une mesure qui pourrait concerner tous les pays touchés et adoptée sans doute par de nombreux partenaires com- merciaux de ces pays, notamment ceux importants de la viande et des produits agricoles. La croissance se trouve ainsi limi- tée, tout au moins cette année. Selon des travaux de l’agence Moody’s, du FMI et de la Banque Mondiale, la Guinée-Conakry pourrait perdre un point de crois- sance en 2014 : 3,5 % au lieu de 4,5 % initialement estimé. Les autres pays touchés pourraient aussi voir leur croissance attein- dre des niveaux plus bas que celle prévue. Les objectifs de recettes, fiscales notamment, de l’Etat ne seront pas atteints, contribuant ainsi à accentuer les déséquilibres budgétaires et à tenir en échec les programmes de développement des autorités. En effet, les dépenses supplé- mentaires de santé causées par cette épidémie, seront financées en réduisant certaines dépenses d’investissement ou courantes, avec l’aide financière ou à travers des emprunts. Ce faisant, l’Etat augmente ses arriérés auprès de certains de ses fournisseurs et crée ainsi une entorse à ses pro- pres programmes de développe- ment en retardant l’avancement des travaux d’infrastructures qui sont essentiels pour pérenniser les performances économiques. Les déséquilibres budgétaires provoqués par cette épidémie en cours, affecteront à moyen terme la qualité de la signature du pays touché. De fait, le respect des critères notamment en matière de gestion budgétaire, sous la surveil- lance du Fmi sont des préalables à l’action des partenaires financiers et garantissent aussi la réussite des interventions sur le marché financier international. Si les incursions des pays afric- ains ces dernières années (surtout en 2014) sur le marché financier international, ont été des réus- sites, c’est en partie parce que les indicateurs produits par le Fonds en matière de gestion de ressources publiques rassurent les investisseurs. Si ces indicateurs se dégradent, bien qu’indépendant d’une mau- vaise gestion des ressources mais en lien avec un choc, les investisseurs seront moins aptes à investir et ce d’autant que les moteurs de la croissance ont été mis à mal. Pour preuve, un simple coup d’état militaire (bien que non assimilable à une épidémie), suffit pour entacher l’image d’un pays auprès de ces partenaires, quel que soient les efforts fournis pour revenir à l’ordre constitutionnel. Au moins dans ce cas, l’activité économique se poursuit, garan- tissant au moins des recettes budgétaires pour l’Etat. Avec une épidémie, le retour des entre- prises n’est pas imminent. Il peut s’avérer lent quand des garanties solides ne sont pas données quant à la capacité du pays à contenir l’épidémie, ce qui se traduirait par une croissance plus molle et donc par une incapacité de l’Etat à hon- orer ses engagements financiers, retardant ainsi la mise en œuvre des programmes de développe- ment et contribuant à accentuer le poids de la dette sur l’économie à moyen termes. Dans tous les cas de figure, l’incidence économique d’une épidémie, telle qu’Ebola, sur les pays africains est et sera majeure. S’il est difficile de chiffrer ses con- séquences sur l’agriculture, la pro- duction industrielle, la sécurité alimentaire et plus encore sur les inévitables conséquences socia- les de l’épidémie (destruction des familles et des structures socia- les, millions d’orphelins livrés à eux-mêmes, réduction à néant des réseaux communautaires) ; une évidence est qu’elle limitera les performances économiques des pays et des zones qui sont affec- tées. En effet, si l’on considère que la croissance économique d’un pays est habituellement corrélée à l’espérance de vie (selon les esti- mations de l’OMS, 0,5 % de crois- sance économique est gagnée pour chaque 5 ans d’espérance de vie supplémentaire), une épidémie mortelle comme celle d’Ebola con- stitue une entrave considérable à la croissance économique à court et à moyen terme, surtout si elle n’est pas rapidement maitrisée. Les dépenses en infrastructures, en personnel qualifié et en for- mation que nécessite ce genre de maladie obèrent sérieusement le développement économique des pays africains qui ont déjà bien de mal à rendre leur croissance inclusive. Une situation qui met à nu une Afrique encore assez fragile dont les performances peuvent être remises en cause par des chocs tels une épidémie, un coup d’état, une catastrophe naturelle, etc. Si l’on ne peut prévoir la survenue de tels évènements, il est tout au moins possible de pouvoir prendre les précautions nécessaires pour limiter leurs impacts, notamment en ce qui concerne la santé et la vie politique. Dans une démocratie (ou du moins quand on veut en construire une), des moyens moins onéreux pour l’économie existent ; de même, quand il s’agit de la santé, il est tout à fait possible d’éviter des situations qui freineront le dével- oppement du continent. En effet, si l’Ebola ou toutes maladies mor- telles (comme le Sida) se propage aussi rapidement en Afrique, c’est parce que le système de santé est assez obsolète et ne permet pas de prendre en charge ces types de fléau. De plus, le comporte- ment des populations en lien avec certaines pratiques culturel- les – toutefois non maîtrisables en lien avec le niveau d’éducation – accentuent les risques de con- tamination. Les 260 millions de dollar US promis par la Banque Mondiale et la BAD, pour lutter contre l’épidémie actuelle d’Ebola ne suf- firont pas à contenir la situation actuellement et à préparer les 54 pays du continent à d’autres situ- ations similaires. Il serait conven- able dès lors que les pays africains puissent déterminer des moyens permettant le renforcement du système de santé, avec la mise en place de systèmes d’informations adéquats et un investissement plus conséquent dans ce secteur mais aussi dans l’éducation. Une équation qui peut paraître complexe, dans la mesure où l’Afrique veut accélérer son rat- trapage et qui se reflète à travers les divers plans de développement adoptés par les pays ; alors que les financements pour leur exécution ne sont pas généralement mobili- sés à l’interne. Ces différentes contraintes appel- lent les pays africains à penser à un modèle de développement, qui s’adapte à ses capacités et prend en compte les différents défis. Après tout, la Chine ou la Corée du sud ne sont pas dev- enues émergentes en quelques plans d’émergence exécutés en une dizaine d’années. *Fondée en 2011, L’Afrique des Idées est un laboratoire d’idées (think-tank) qui produit des analyses et élabore des proposi- tions novatrices sur des sujets économiques, politiques et cul- turels liés à l’Afrique. 12 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 ÉCONOMIE–SANTÉPUBLIQUE Bonne nouvelle ! Un vaccin contre le virus Ebola, testé depuis le mois de mars en Guinée, s’avère être efficace à 100 %, a annoncé vendredi l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’occasion de réfléchir les conséquences d’une épidémie sur l’économie d’un pays. ÉCONOMIE Quelle serait l'incidence économique du virus Ébola ? Par Foly Ananou | L’Afrique des Idées*
  13. 13. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 13 Sortir du châtiment divinPropos recueillis par Jackson Joseph Le National. : Quelle est la place de l’éducation scolaire dans la lutte pour un environnement régé- néré en Haïti ? Frère Nelson Augustin. : Notre pays demeure très vulnérable aux catastrophes à cause de la pau- périsation, de la déforestation, de la non prise en compte des normes de construction, de l’urbanisation anarchique et du non aménage- ment de l’espace. C’est la raison pour laquelle chaque évènement naturel se transforme très vite en catastrophe dans notre société mal préparée. Pourtant, il n’y a pas de fatalité c’est par l’éducation que nous devons développer la cul- ture du risque de façon à amener chacun à adopter une conduite appropriée face aux cataclysmes et autres événements tragiques. J’estime que l’éducation est essen- tielle parce que pour faire face aux catastrophes naturelles il faut, au préalable, connaître leurs causes et leurs conséquences. Cela con- tribuera à réduire la vulnérabil- ité de la population du point de vue social, économique et envi- ronnemental. Pour y parvenir, les médias, les responsables d’État, les enseignants/enseignantes et les compétences locales doivent s’unir pour créer une culture de prévention qui viendra rem- placer celle naïve, qui pousse beaucoup de nos compatriotes à la résignation ou à la percep- tion d’un châtiment divin quant aux conséquences d’une conduite inappropriée par rapport à notre environnement. L.N. Cette perception du châ- timent ne vient-elle pas de l’enseignement des faits religieux en Haïti ? F.N.A. Dans le contexte haïtien, les faits religieux peuvent constituer en même temps un avantage et une source de blocage. Il est bon, en effet, de scruter les signes des temps à la lumière de la foi tout en faisant un bon usage de la raison humaine. Nous avons besoin de toujours plus et de toujours mieux nous servir des lumières naturelles de la raison afin que la foi puisse s’affermir et se développer. Car c’est Dieu qui a mis au cœur de la personne humaine le désir de con- naître la vérité et, au terme, de Le connaître Lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui- même et sur son environnement. De ce point de vue, il serait un avantage. Par contre, dans notre société, beaucoup de groupes à caractère religieux ont tendance à opposer une société mauvaise le « monde » qui serait en opposition radicale à une réalité céleste. Ils oublient que notre société et notre humani- té sont travaillées par l’affirmation originelle de la bonté : cela était très bon (Gn1, 31). C’est ainsi qu’on qualifie tout ce que Dieu a fait. D’autres cherchent des adeptes à leurs mouvements sec- taires en misant sur la peur et la souffrance des gens. Il s’agit de la manipulation. Une prise en compte de ces élé- ments dans l’éducation va faire basculer l’âme haïtienne de la naïveté des fausses certitudes au sérieux d’une foi toujours en chemin et à une prise en charge de son environnement. L.N. Cette approche de l’éducation parait intéressante, mais com- ment la faire atterrir ? F.N.A. C’est là, la grande ques- tion. Tout passe par une prise de conscience. Il faut comprendre qu’une population qui souffre de façon chronique de traumatisme, de vulnérabilité extrême et de conditions exacerbées de pau- vreté, devient réfractaire par rap- port aux nouvelles approches. Elle est plutôt une proie facile pour des gourous manipulateurs qui proposent de fausses solutions. Il faudrait qu’il y ait beaucoup plus de voies pacifiques qui se lèvent pour protéger les personnes vul- nérables de notre société qui se prêtent au «chantage» des malveil- lants qui, par des manœuvres de déstabilisation psychologique cherchent à obtenir de leurs vic- times une allégeance incondition- nelle avec une diminution de leur esprit critique. En résumé, nous devons, en tant que peuple, retravailler notre rap- port au savoir et nous débarrasser de la naïveté afin de nous respon- sabiliser. Nous devons assumer les actes que nous posons en société et qui ont des conséquences pour l’avenir. Pour cela, il faut une nou- velle éducation. L.N. En quoi consisterait cette nouvelle éducation ? F.N.A. Dans cette nouvelle approche, la dimension culturel- le a une place importante dans la mission éducative de l’école. Cela permettrait de donner aux jeunes l’occasion d’élargir leurs horizons et de s’ouvrir sur le monde actuel. Il faudrait aussi une refonte du curriculum à tous les niveaux afin que les enseigne- ments dispensés dans les institu- tions éducatives soient en rapport avec l’environnement physique et les réalités socio-économiques du pays. Ces enseignements doivent être directement liés aux tâches de production. Dans cette per- spective, l’école garantira aux apprenants un ensemble de con- naissances utilitaires qui leur per- mettront de s’adapter au monde dans lequel ils évoluent. Comme vous le savez, par ses particularités géographiques et climatiques, Haïti est un pays où l’on doit développer la culture du risque. Dans ce sens, l’école doit être dotée de nouveaux pro- grammes environnementaux pou- vant éduquer et sensibiliser les jeunes au respect de leur envi- ronnement et de leur cadre de vie. Ils auront pour objectif un change- ment de mentalités, de comporte- ments et de pratiques vis-à-vis de l’environnement. Il est un impératif pour l’école de donner aux sujet-apprenant le savoir, le savoir-être, le savoir- faire et aussi la motivation indis- pensables à la rationalisation de la gestion environnementale. Pour ce faire, l’État doit mettre en place un véritable plan d’alphabétisation, tenir compte de l’intégration des jeunes sur le marché de l’emploi et prendre des mesures visant à améliorer la qualité des services publics notamment au niveau de la gestion environnementale. Dans cette nouvelle approche, le principal rôle de l’école sera d’adapter la personne à son milieu. La question qui demeure permanente pour notre pays est de savoir quelle jeunesse qu’on veut former pour quel projet de société. L’effort pour la mise en place d’un système éducatif qui s’adapte au contexte d’un monde en constante évolution et qui tient compte de notre réalité environnementale devient indispensable. L’éducation à l’environnement, voilà une question fondamentale qui mérite d’être abordée. Encore plus parce que les problèmes environnementaux deviennent plus qu’une priorité chez nous aujourd’hui. Ce sont toutes les couches de la société qui sont concernées par cette question. Et autant qu’on le peut, il faut passer par l’école, l’espace essentiel pour alimenter une réelle campagne de sensibilisation pour la réhabilitation de l’écologie en Haïti. Le frère Nelson Augustin, spécialiste en la matière propose les différentes stratégies permettant d’aboutir à des résultats concrets à ce niveau. Frère Nelson Augustin. / Photo : Jackson Joseph HAÏTI/ÉDUCATION/ENVIRONNEMENT
  14. 14. 14 | N0 52 LUNDI 3 AOÛT 2015 Champ-de-Mars ou la banalisation du symbolismePar Joe Antoine Jn-Baptiste E space public situé au cœur de la capitale, regroupant plusieurs places dont celles de Pétion, Dessalines, Chris- tophe, des artistes, de la Constitution, la colombe…, le Champ-de-Mars est aujourd’hui un parc en pleine trans- formation. C’est un grand marché. Ceux qui le fréquentent peuvent tout trouver pour leurs délices. Mêmedes « prostitués ». Selon plus d’un, l’espace perd son originalité et la force de son symbolisme. Malgré l’état chaotique dans lequel se trouvent actuellement ces lieux, des jeunes, des élèves, des écoliers, des étudiants et des passants s’y réfugient. Ils y viennent étudier et prendre de l’air. Il arrive que certains d’entre eux fréquentent cet espace à la tombée de la nuit. Ils le transforment souvent en un véritable bordel où le sexe devient une affaire publique. « Champ-de-Mars n’existe plus. Dans le temps, il n’y avait pas tout ce tohu-bohu. C’était un bel espace, toujours propre et calme. Des parents prenaient toujours le temps d’accompagner leurs enfants pour une promenade tous les dimanches. Des jets d’eau, des fleurs embellissaient l’espace. On se sentait chez soi et en sécurité. On avait une mairie consciente et qui assumait ses responsabilités. En Haïti, nous marchons à recu- lons », raconte, l’air nostalgique, une dame dans la cinquantaine qui s’empresse de quitter l’espace. La partie de la place où se dresse la statue de l’Empereur Jacques 1er est contournée par des tôles rouges. « Des travaux de réno- vation sans doute », lance sur un ton ironique un jeune qui fait escale dans le périmètre. À l’extrémité sud, un long mur blanc cache la nouvelle construc- tion qui prolonge le musée du panthéon national. Sur la partie restante, des citoyens, des indi- vidus, majoritairement ceux de conditions modestes font le va et vient, jouent au football. D’autres s’attroupent pour discuter, débat- tre de la politique, des élections, de religions et des causes de l’état lamentable de la cité. Dans ce même espace, aux abords du jet d’eau dysfonctionnel bien avant le séisme de janvier 2010, de petites marchandes vendent du pain et du beurre de cacahouète, des œufs bouillis et de la figue- banane pendant toute la journée. Elles sont éparpillées partout sur la place, vendent leurs produits à chaque client s’approchant d’elles. Sur la place Dessalines, on trouve tout : du clairin de toute sorte et des cigarettes. Dans ce coin de la place, encore ouvert au public et qui se présente comme un raccourci serpentant une montagne, des tables de jeux de hasard sont disposées. Jeunes et moins jeunes, par moment des vieillards viennent faire une partie de « roulette ». Ils s’amusent dans l’idée de remporter le gros lot pour s’acheter un plat chaud si la chance les accompagne. Entre les débats qui s’animent, les marchands qui crient leur produits, les jeunes qui jouent au football et font du sport, des passants causent, se racontent des histoires ; cette place, portant le nom du père fondateur de la patrie, semble devenir une décep- tion, une honte pour les esprits nostalgiques. De la place Dessalines à celle du roi Henri Christophe, s’interpose la rue Liberté. Elle n’est plus ouverte à la circulation. De gros cercles en béton et inachevés se dressent à chaque extrémité et obstruent le passage aux véhi- cules à quatre roues. Ceux, qui ont transformé cette rue en un véritable terrain de pratique pour des conducteurs amateurs, n’arrivent pas à y trouver leurs places. Ils se voient obligés de garer leurs voitures dans la rue qui sépare la place Dessalines de celle de la Constitution. Là où des acheteurs, qui fort souvent accom- pagnés d’une « nana », passent, réclament un plat de barbecue, de spaghetti, boivent de la bière ou d’autres boissons alcoolisées, le temps que des laveurs d’autos qui sillonnent la place mettent à neuf leurs voitures. En face du ciné Triomphe, le décor demeure inchangé. On y trouve particulièrement des arti- sans qui exposent leurs produits artisanaux dans un coin qu’ils ont investi à cause des travaux de rénovation sur la place d’en face. Ajouté à cela, la base du Corps d’intervention et de main- tien d’ordre occupe la plus grande partie de cette place. Les agents ont bouclé le périmètre. C’est là qu’ils prennent de l’air le matin ou en fin d’après midi. La rue Piquant, quant à elle, est trans- formée en parking. L’accès en est parfois interdit même aux piétons. La place Pétion, celle qui se trouve en face des vestiges du Rex Théâtre, aujourd’hui clôtu- rée de tôles grises, est aussi une plaie pour le Champ-de- Mars. Le même décor macabre y est planté. Dans la partie nord, se trouvent les marchands de DVD, de livres et de glaces. Ils s’alignent jusqu’à la limite de l’avenue Magloire Ambroise, près de la faculté d’Ethnologie. En plus du com- merce qui se fait à cet endroit, les amants des cuisses qui s’écartent facilement en échange de l’argent peuvent également trouver pour leur compte. Le Champ-de-Mars, espace très fréquenté de la capitale, devrait rester ce haut lieu exempt de toute promiscuité et d’idée de march- andage, de commerce et autres. Ce plus grand parc de Port-au- Prince devrait également offrir à la population la possibilité de continuer à vénérer les héros de l’indépendance pour les prouesses accomplies. Il devrait être un espace sacré, le symbole du pouvoir. Les Port-au- Princiens arriveront-ils un jour à retrouver le Champ-de- Mars d’antan ? Quelle action les agents munici- paux comptent faire pour cica- triser cette plaie qui pue au cœur de la capitale ? Chaque président qui accède à la magistrature suprême de l’État apporte une touche particulière au plus grand parc de Port-au-Prince. Le président Martelly aussi. Entre-temps, le Champ-de-Mars qui, durant la période des Duvalier, était considéré comme un lieu de paix où les esprits perturbés allaient se refugier, le temps d’une réflexion, devient au fil des ans un lieu en pleine transformation. Un grand marché public s’y dessine et rend fragile le symbolisme du pouvoir en Haïti. Champ-de-Mars est aujourd’hui un parc en pleine transformation. C’est un grand marché. / Photo : J. J. Augustin
  15. 15. LUNDI 3 AOÛT 2015 N0 52 | 15 SOCIÉTÉ J adis dévolus aux « sœurs d’église », les cheveux crépus font aujourd’hui la folie des femmes branchées, toujours en quête d’astuces pour préserver la beauté et l’élégance. Celles qui s’investissaient hier dans le capillaire lisse et soyeux, exhibent avec glamour leur chevelure touffue. C’est le cas de Daphnée qui adopte le « nappy » depuis bientôt deux ans : « J’étais malade, j’étais atteinte de calvitie et d’alopécie (perte de cheveux). Mon derma- tologue m’a conseillé de ne plus continuer à me faire des perma- nentes ». Elle se rappelle avoir défrisé ses cheveux pour sa pre- mière communion à l’âge de neuf ans. Mais Marie Michèle, étudi- ante en sciences juridiques de 29 ans a eu à prendre cette décision osée de son propre chef : « Après un défrisage je me suis dit que c’était trop de galère pour moi. Le séchoir, le blew dry, cela faisait un peu trop de chaleur. Et j’ai donc décidé d’arrêter. » Mais d’autres renoncent au défrisage juste après une chute. Passer au naturel exige du temps et de la patience : bouts de mèches bouclées, pointes fourchues, cheveux cassés. Le processus dure un temps plus ou moins long, selon le type de cheveux à traiter. Pour opérer ce changement, cer- taines femmes osent de grands coups de ciseaux, pour se débar- rasser de tous les cheveux défri- sés. Cette méthode radicale, c’est le « big chop », c’est-à-dire la grande coupe. D’autres préfèrent une transition lente, en infligeant aux cheveux des traitements, ou adoptant des coiffures qui les pro- tègent et cachent. Quoiqu’il en soit, après cette péri- ode de privation, les femmes en res- sortent plus embellies qu’avant. « Enfin j’ai retrouvé la vraie moi. Et puis ça me rajeunit. Je parais plus jeune » a déclaré Marie Michèle, comme une expression de sou- lagement. « Moi je suis quelqu’un qui aime changer de « look » de temps en temps, c’est pourquoi je me sens mieux avec les cheveux naturels ». Juste quelques coups de peigne, quelques bouclettes ou quelques ondulés au vent, toutes les coiffures se valent pour toutes les occasions : mariages, festins, funérailles, bureau. En plus des valeurs esthétiques qu’ils confèrent, les cheveux crêpés permettent aussi à la gent féminine de faire de grandes économies. « Pas de coiffure dans les salons de beauté toutes les semaines, pas de retouches tous les mois » s’exclame Wise Dannie, une jeune fille de 23 ans. Aussi, les dépenses pour les gammes de produits de traitement et les greffages, sont réduites. Car pour sa simplicité, la routine de soin de la chevelure naturelle est moins coûteuse. C’est Marie Michèle, styliste-designer, qui nous livre le secret : « Pas besoin de beau- coup d’argent pour avoir de beaux cheveux en bonne santé. Le secret des cheveux naturels se trouve dans notre cuisine, normalement il faut un shampoing et un après- shampoing, des huiles essenti- elles. Pour le reste, on peut s’en passer. » Au-delà d’une simple expres- sion de beauté superficielle, « cheveux naturels » c’est tout aussi un mouvement d’affirmation et « d’acceptation de soi » de la femme noire. Marie Michèle l’assume : « Avoir des cheveux naturels c’est bien plus qu’une tendance. C’est une identité. On peut changer la couleur de sa peau et même sa nationalité, mais s’il y a une chose à laquelle on ne peut pas échapper : c’est notre origine ». Si bien que, aujourd’hui, les femmes noires revendiquent ainsi leur identité afro pour se démarquer du modèle de la beauté europée- nne, caractérisée par la femme blanche aux cheveux qui tombent, véhiculée à travers le cinéma, la publicité. Elles confessent que le défrisage traduit est un manque d’estime de soi, une aliénation. Et Wise Dannie se montre mieux réfléchie aujourd’hui. «Quand on était ado, on nous disait que pour être demoiselle, il faut avoir les cheveux permanentés. Maintenant je réalise que c’est faux». Ce phénomène, s’il est arrivé depuis près de deux ans en Haïti, a éclaté au début des années 2000 chez les afro-américaines, les sud- africaines. Désormais, la beauté noire est revenue sur le tapis rouge, avec des grandes stars de Hollywood qui exposent leur « look afro » dans les grandes salles et sur les scènes. Et la foule a suivi le courant. Les initiatives pour promouvoir le mouvement des cheveux crépus n’ont pas cessé de pulluler en Haïti. Des pages facebook, des forums de discussion, des défilés, des « fashions », des expositions. Il s’agit d’un combat permanent encouragé par les adeptes des cheveux naturels qui tendent par- fois à se laisser dissuader par des proches. «Mes amies me disent toujours que je ne pourrai pas résister encore longtemps, que j’étais plus belle avec les cheveux défrisés», raconte Daphnée qui travaille au ministère des Affaires sociales. De plus en plus, des produits cos- métiques pour cheveux crépus sont disponibles sur le marché. Des salons de beauté se spé- cialisent davantage dans le soin de ce type de cheveu. Maintenant que les cheveux retournent au naturel, les « nappy » jurent de ne plus jamais revenir au défrisage. Mais, un retour à l’identité cul- turelle ne devrait pas seulement porter sur la chevelure mais aussi sur les tenues vestimentaires, les accessoires, la gastronomie, pour des femmes toutes naturelles. Quand les femmes haïtiennes se « naturalisent »par Lamy Obed Depuis quelques années, les« cheveux naturels » sont très en vogue chez les femmes haïtiennes. Simple tendance d’une époque ou révolution de la femme noire ? Les cheveux crépus font aujourd’hui la folie des femmes branchées, toujours en quête d’astuces pour préserver la beauté et l’élégance.

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