TERRE PROMISE
© Stéphane Chasteller, 2011    éditions Embrasurewww.editions-embrasure.com ISBN : 978-2-940382-24-8
stéphane ChasTellerTerre promise        Roman            EMBRASURE
à Anne Auger Gourdon
à Lise Thibeault
« J’entre dans la vie pour sortir bientôt ;  je viens me montrer comme les autres ;            après, il faudra disparaîtr...
1   la route, large, presque majestueuse, traversait deloin de loin des villages désolés qui s’enorgueillissaientd’avoir u...
14                        Terre...cherchait à tuer l’ennui qui le tourmentait. il se tenaiten vigie à l’une des fenêtres d...
... promise                        15sa voiture dans la rue bien qu’il sût que son père ne man-querait pas de lui demander...
16                        Terre...est », avec vue sur la mer (réduite il est vrai par la crois-sance exubérante des palmie...
... promise                       17pu faire une vraie carrière. il s’en consolait en cherchantà diminuer l’attrait qu’il ...
2    solénoir n’aimait pas les longs dîners et encore moinsles longs dîners de famille. il tâchait pourtant de trouverun m...
20                         Terre...cadet de solénoir était heureux de revoir son frère et luiprodiguait des conseils : il ...
... promise                       21réalisait jamais, passant de lubie en lubie. solénoir nerépondit rien, sourit, et cher...
22                        Terre...car le demandeur serait débouté. la tante de solénoir,agacée, invita sa mère à plus de p...
Pour joindre l’auteur :http://stephanechasteller-un.blogspot.com/
Terre promise premiers chapitres
Terre promise premiers chapitres
Terre promise premiers chapitres
Terre promise premiers chapitres
Terre promise premiers chapitres
Terre promise premiers chapitres
Terre promise premiers chapitres
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Terre promise premiers chapitres

582 vues

Publié le

0 commentaire
1 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
582
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
10
Actions
Partages
0
Téléchargements
3
Commentaires
0
J’aime
1
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Terre promise premiers chapitres

  1. 1. TERRE PROMISE
  2. 2. © Stéphane Chasteller, 2011 éditions Embrasurewww.editions-embrasure.com ISBN : 978-2-940382-24-8
  3. 3. stéphane ChasTellerTerre promise Roman EMBRASURE
  4. 4. à Anne Auger Gourdon
  5. 5. à Lise Thibeault
  6. 6. « J’entre dans la vie pour sortir bientôt ; je viens me montrer comme les autres ; après, il faudra disparaître.» Bossuet
  7. 7. 1 la route, large, presque majestueuse, traversait deloin de loin des villages désolés qui s’enorgueillissaientd’avoir une église ou un château, classé et restauré, quiméritait peut-être qu’on s’y arrêtât mais solénoir étaitsi pressé qu’il renonça à visiter ces vestiges du passé.il se contentait de tourner un peu la tête pour admi-rer la longueur d’une façade, la hauteur d’un clocher,l’ampleur d’un cours, l’avancée d’un promontoire oùs’éboulaient les restes d’une citadelle dévastée. le soleilperçait faiblement à travers les nuages, répandant unelumière terne sur cette campagne déshabitée où lesarbres, exsangues, semblaient grelotter. il était enfinentré en Franche-Comté où son père s’était replié dansune retraite amère et languissante, compliquée par laprésence de sa grand-mère qu’il avait recueillie. se rap-pelant qu’il roulait depuis trois heures, il jugea prudentde faire une halte. Un panneau indiquait qu’on était àavancey. il se rangea sur le bas-côté de la route sansoublier de mettre son clignotant comme put le constateravec approbation un gendarme hâlé et dépoitraillé qui
  8. 8. 14 Terre...cherchait à tuer l’ennui qui le tourmentait. il se tenaiten vigie à l’une des fenêtres d’un immeuble de quatreétages, fragment de béton urbain égaré dans la boue,dévoué à la surveillance du territoire, moins pour obser-ver d’improbables incidents que pour rêver à la beautéde son pays plein de pierre et de soleil. solénoir qui avaitconnu l’ennui atroce de la vie militaire approuva cethomme qui attendait comme lui des choses qui peut-être ne se produiraient jamais. la route était meilleure,et le ciel plus profond à mesure qu’on se rapprochait deBesançon. les villages qu’on appelle Cités en Franche-Comté, peut-être par un reste de fierté espagnole mêléede vanité française, avaient quelque chose d’animé. lasévérité et la majesté de l’architecture soulignaient parcontraste l’air gai et débonnaire des passants occupés àde menues affaires qui semblaient innocentes à solénoir.Bientôt il prendrait la route sinueuse pour atteindre lepremier plateau ; si la mer de nuages daignait se retirerdes hauteurs pour s’écouler comme une avalanche dansla plaine triste et empoissée, il verrait surgir les alpesbernoises et il serait heureux un instant. Tout seraitparfait : il ne regretterait que l’absence de ces écharpesde brouillard bleuté, qui, l’hiver, flottent par endroits,dans les combes et les dépressions, en s’effilochant, ense déchirant, pour former d’autres écharpes aussi éphé-mères que celles dont elles sont issues. Ce brouillard degaze ne semblait se tisser que par caprice, pour voileret dévoiler, comme si la nature voulait jouer avec elle-même. Ce n’était pas le brouillard pesant et insistant dela puisaye et du Tonnerrois ! il reconnut à sa droite l’hô-tel des impôts dessiné par ledoux. il était arrivé. il gara
  9. 9. ... promise 15sa voiture dans la rue bien qu’il sût que son père ne man-querait pas de lui demander ou plutôt de lui reprocherpourquoi il ne voulait pas entrer sa voiture puisqu’ilsavaient plusieurs garages… Cette sollicitude paternellele dissuadait de faire le voyage plus souvent. Quand sonpère comprendrait-il qu’il ne sera plus jamais l’enfantqui, en se juchant sur ses épaules, riait d’admiration ? Dès qu’il eut passé le seuil de la porte, son père s’em-pressa de l’inviter avant toutes choses à venir fumer uncigare dans son bureau. son père n’attendrait pas doncqu’il ait déposé ses affaires dans sa chambre pour abor-der l’épineux sujet. solénoir tira une bouffée en prenantun air concentré et attentif. son père commença à rap-peler les faits : la grand-mère de solénoir avait vendu unevilla, située à hyères, qui leur appartenait en indivision.solénoir, comme les autres indivisaires, avait consentià vendre. aujourd’hui l’acquéreur demandait « à bondroit », une réduction du prix de vente, insinuant qu’ilpourrait porter l’affaire devant les tribunaux. il déclaraitqu’on avait cherché à le tromper en lui remettant le rap-port du diagnostic immobilier sur les termites au der-nier moment, une heure seulement avant la signature del’acte authentique… Ce rapport indiquait en effet qu’onavait décelé la présence d’insectes xylophages en plu-sieurs endroits. solénoir, estimant que l’acquéreur avaittoute chance de l’emporter, avait tenté de persuader sonpère de transiger et d’octroyer au plaignant un dédom-magement. mais sa grand-mère, fine mouche, qui setarguait de « savoir lire entre les lignes », avait rejeté cetteproposition. pouvait-on accepter que ce monsieur, aitune maison, presque habitable, pour rien, et « qui plus
  10. 10. 16 Terre...est », avec vue sur la mer (réduite il est vrai par la crois-sance exubérante des palmiers que la mairie avait plan-tés pour faire une promenade) ? si on avait consenti àla vendre à un prix très inférieur au marché, n’était-cepas sans raison ? sans doute, la maison était infestée determites mais leur présence était visible à « l’œil nu »…Tout le monde le savait ! solénoir était surpris d’appren-dre qu’il savait depuis longtemps une chose qu’il avaittoujours ignorée… son père au reste n’avait pas d’idéeprécise sur la question et ne faisait que reprendre, moinspar conviction que par paresse, les arguments débitéspar sa sœur et par sa mère. il entendait les raisons deson fils mais il pensait que solénoir devait pour un fois,une seule fois, faire confiance à sa tante et sa grand-mère. Cet homme, n’ignorant aucun secret de cabinet,sachant expliquer les conduites les plus indéchiffrablesde Kim song ii, n’avait pas le moindre goût pour lesquestions domestiques qui le forçaient à quitter les toursd’horizon de la haute politique pour galvauder son intel-ligence en l’appliquant à des objets insignifiants. aussiavait-il pris l’habitude de charger sa sœur de la gestionde ses affaires auxquelles il feignait de ne rien compren-dre en se prévalant de son infériorité moins pour flattersa sœur que pour se rappeler in petto qu’il n’était pasné pour se mêler à de si chétifs intérêts. Fils, petit-fils,et frère de généraux, il avait essayé plusieurs métiers :soldat, contremaître, antiquaire, tenancier de café, jar-dinier, attaché linguistique, sans jamais songer à persé-vérer dans une profession qu’il n’avait exercée que pardéfaut ou par accident. Contrairement à son frère cadet,attaché militaire à l’ambassade de prague, il n’avait pas
  11. 11. ... promise 17pu faire une vraie carrière. il s’en consolait en cherchantà diminuer l’attrait qu’il éprouvait pour la vie brillanted’attaché ; il s’exagérait les contraintes liées à l’exercicede toute fonction : être amené à obéir à des ordres absur-des, se laisser bâillonner par le devoir de réserve, avalerdes couleuvres, rédiger des rapports sur des faits déri-soires, être obligé d’apprécier l’humour d’un supérieurhiérarchique. solénoir préféra enfin céder aux objurga-tions familiales, sachant maintenant que rien ne pourraitébranler ses parents, drapés dans leur droit le plus entier,que jamais, ils ne consentiraient à concéder la moindreréparation à « cet aigrefin ». son père, ne perdant pas sontemps à vérifier si solénoir était bien convaincu, sortitd’une chemise un formulaire pré-rempli. il le posa surla table en invitant son fils à continuer à délibérer s’il nepouvait se résigner d’emblée à signer un mandat qu’ilserait délicat de révoquer. le père de solénoir se retiradans l’embrasure de la haute croisée qui donnait sur lejardin à l’abandon depuis la mort de sa femme. les her-bes avaient tout envahi. après avoir signé d’une mainnonchalante et expédiente le mandat d’un avocat dont lenom, tout au moins, inspirait confiance, solénoir se sen-tit soulagé. il n’avait plus à s’en soucier. il salua son pèrequi lui rappela l’heure du dîner et sortit doucement.
  12. 12. 2 solénoir n’aimait pas les longs dîners et encore moinsles longs dîners de famille. il tâchait pourtant de trouverun mot agréable pour chacun, de faire rire ses neveuxpar des facéties qui mystifiaient leurs parents qu’il seconciliait en louant l’intelligence de leurs enfants. Cegenre de compliments qu’il redisait à chaque rencontre,faisait plaisir au frère de solénoir qui ne vivait, n’existait,ne respirait que pour ses enfants bien qu’ils commen-çassent à montrer de l’ingratitude, et qu’ils affectas-sent l’indifférence des trop-aimés qui veulent se défairede l’amour excessif dont ils sont comblés et accablés.Quand solénoir entra dans le séjour, il vit que tout lemonde était déjà là et chacun l’attendait un verre à lamain. il embrassa tous ses parents, ce qui lui prit uncertain temps, mais comme il n’avait pas salué sa niècepréférée en premier, contrairement à son habitude, ellese promit de ne lui adresser ni la parole ni un regard.mais elle céda vite au chantage de son oncle qui lui fitobserver, goguenard, que l’air sévère s’alliait très mal àson genre de beauté. elle se mit à rire aussi. le frère
  13. 13. 20 Terre...cadet de solénoir était heureux de revoir son frère et luiprodiguait des conseils : il l’incitait à se marier, à menerl’existence de tout le monde, à avoir des enfants. solénoirsouriait des niaiseries de son frère qui oubliait qu’il avaitdéjà un fils. Ce fils rejetait en s’en moquant les goûtsqu’il essayait de développer chez lui. il transmettait sesdoléances par le canal de sa mère qui triomphait dansses circonstances en songeant que ce père ne pouvaitpas se targuer, au final, d’avoir la confiance de son fils.il s’agaçait du « nous » employé par son fils, désignant samère et son beau-père, et qui ne l’incluait jamais. – au fond, tu as peut-être raison, conclut le frère desolénoir qui commençait à percevoir chez ses deux jeu-nes enfants qu’il idolâtrait des signes d’ingratitude. il était si difficile de les satisfaire. ils n’étaient jamaiscontents et ne remerciaient que sur l’instance d’unparent. Chacun devait porter un toast, à ses projets, à sesamours, à ses enfants, ou à un vœu secret. C’est le pèrede solénoir qui avait institué cette coutume à son retourde séoul pour inciter chacun à s’exprimer. on levaitson verre mais on ne trinquait pas. le beau-frère desolénoir se décida à porter un toast à ses spéculations,à l’achat d’une grosse parcelle de terrain qu’il voulaitdiviser en lots et vendre tels quels, sans les viabiliser. lasœur de solénoir leva son verre sans enthousiasme. elles’était un peu confiée à lui avant le repas : elle préten-dait ne pas vouloir l’embêter avec ses histoires mais ellene savait plus quoi faire, se plaignant sans pouvoir sedécider à quitter cet homme plein de projets qu’il ne
  14. 14. ... promise 21réalisait jamais, passant de lubie en lubie. solénoir nerépondit rien, sourit, et chercha à l’amuser. il avait peurd’éprouver une certaine sympathie pour cet homme quine se résigne pas au train-train conjugal, mais sympathiemêlée d’hostilité. son jeune cousin, qui avait préféré nepas l’inviter à son mariage pour ne pas avoir un nombreimpair d’invités, était là aussi, détendu et à son affaire.le père de solénoir avait menacé, avec plus de grabugeque de fermeté, de ne pas honorer de son auguste pré-sence et de son robuste appétit le banquet de noces.mais il ne manqua pas de s’y rendre, cédant aux ins-tances de ce fils paria qui ne voulait pas que son pèresouffre d’être isolé comme lui-même l’était au sein de sapropre famille. Vieux et veuf, il avait besoin de l’affec-tion de tous ses neveux. son cousin l’avait exonéré d’unecorvée. il lui avait évité les désagréments du voyage, etla difficulté de trouver une chambre simple un samedisoir dans une région qui accueille de nombreux pari-siens fuyant dès le vendredi une ville qu’ils prétendentne plus supporter avant de recommencer à l’apprécierle samedi soir quand l’ennui les envahit tout à coup, aumoment du dessert. il ne fut pas au reste surpris. Depuisqu’il était seul, son cousin ne l’invitait plus que de loin enloin. solénoir ne cherchait plus à rendre des invitationsqui auraient obligé son parent à l’inviter à nouveau alorsqu’il ne cherchait qu’à rompre avec ce pestiféré de néo-célibataire qui offrait des fleurs à la maîtresse de maisonsans penser que son nouvel état ne se conciliait plus avecde telles largesses. le cousin voulait porter un toast auxamours de solénoir. sa grand-mère portait un toast à lajustice, au droit des gens de bonne foi, et à leur victoire
  15. 15. 22 Terre...car le demandeur serait débouté. la tante de solénoir,agacée, invita sa mère à plus de prudence, et porta àson tour un toast à la solidarité familiale. solénoir portaun toast à la « perspicuité » des discours judiciaires et aujargon du palais… on mangea ensuite en parlant et enriant beaucoup. solénoir cependant pensait à rentreret se préparait à l’annoncer à son père qui peut-être leprierait de rester au moins jusqu’à demain. solénoir yconsentit. le lendemain, au moment de se séparer, lepère de solénoir déclara qu’il fallait se voir, s’appeler, ous’écrire plus souvent. solénoir acquiesça, embrassa sonpère et s’en retourna le cœur léger.
  16. 16. Pour joindre l’auteur :http://stephanechasteller-un.blogspot.com/

×