Introduction

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Introduction

  1. 1. 21 Sommaire INTRODUCTION…………………………………………………………………….…..2 CHAP. I ARCHEOLOGIE DE LA CRITIQUE POSTCOLONIALE 1. Pourquoi la Critique postcoloniale ?.......................................................................3 1.1 les fruits de la « semence coloniale »………………...…………………………….3 1.2 Retour sur l’histoire récente des sociétés postcoloniales……………………...…...5 2. Précurseurs et Pères fondateurs………………….………………………………….….6 2.1 Frantz Fanon, Albert Memmi, Aimé Césaire, ………..………………….………..7 2.2 La Sainte trinité de la critique postcoloniale……………………...………………..7 CHAP. 2 UN APPORT CONSIDERABLE A L’HISTORIOGRAPHIE AFRICAINE 1. Déconstruction de la prose coloniale ………………………..………………………...9 1.1 L’Afrique est un continent en mouvement………….………………………….....9 1.2 L’Occident n’est plus le référent………………………………………………....10 1.3 La continuité postcoloniale…………………..………………………………..….12 1.4 Pour une histoire en partage…………………………………………………..…13 2. Apports Méthodologiques…………………………………………………………….14 2.1 L’interdisciplinarité………………………………………………………………14 2.2 Le versant subalterniste…………………………………………………………..15 2.3 Représentations symboliques et iconographiques………………………………..15 CHAP.3 TENDANCES DE LA CRITIQUE POSTCOLONIALE 1. La tendance Anglo Saxonne…………………………………………………………..17 2. La tendance Francophone……………………………………………………………..19
  2. 2. 21 CONCLUSION……………………………………………………………………………....20 SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES………………………………...21
  3. 3. 21 INTRODUCTION « L’historiographie est la description raisonnée des divers moments du savoir historique, conquis de façon progressive, étape par étape, grâce au labeur des générations, au fil du temps. »1 Ces propos sont de Théophile Obenga, figure marquante de l’Historiographie Africaine et « bras droit », selon certains, de Cheikh Anta Diop. L’historiographie Africaine a ainsi connu plusieurs moments : le moment colonial où l’histoire de l’Afrique était définie à partir du référent occidental. Le continent Africain n’avait pas d’histoire mais il y’avait une histoire de la colonisation et des colons en Afrique ; Le moment post-colonial qui a succédé au moment colonial au cours duquel on sent une volonté Africaine de réécrire l’histoire de l’Afrique. Au cours de ce moment, on voit apparaitre plusieurs courants de pensée notamment la critique « postcoloniale » ou théorie « postcoloniale » ou selon certains la postcolonie. La critique postcoloniale est une critique du monde et des savoirs tels qu’ils sont pensés et validés depuis le colonialisme puis le néocolonialisme.2 Cette définition de Robert Young nous apprend que la critique postcoloniale est une remise en cause de la manière dont l’Afrique a été l’objet du discours de l’occident. Dans ce discours, l’un des points marquants c’est l’anhistoricité de l’Afrique. Notre travail pose le problème de la place de la critique postcoloniale dans l’historiographie Africaine. Autrement dit quel est l’apport de la critique postcoloniale dans la description raisonnée des divers moments du savoir historique de l’Afrique ? Ou encore comment le thème postcolonial est présent dans cette description ? Pour y parvenir, notre travail s’organisera en plusieurs axes : premièrement nous allons montrer le contexte d’émergence de la critique postcoloniale d’abord en orient puis en occident, ensuite nous montrerons, à travers les idées, les outils et objets d’analyse de la critique postcoloniale, son apport à l’historiographie Africaine. Par la suite, nous présenterons les deux tendances des postcolonial studies et leurs différentes productions en termes de savoir historique. 1 Théophile Obenga., « Nouveaux acquis de l’historiographie africaine » in Ethiopiques, N°27, Juillet 1981. In http://ethiopiques.refer.sn/spip.php?article805 2 J.C Young, Postcolonialism. An Historical Introduction, Malden, Blackwell publishing, 2001. P 64.
  4. 4. 21 CHAP. I ARCHEOLOGIE DE LA CRITIQUE POSTCOLONIALE Pour saisir la « postcolonie » ou la « critique postcoloniale », il faut faire son archéologie c’est-à-dire rechercher sa naissance et son évolution. Dans cette partie, nous aborderons d’abord les faits historiques qui auraient stimulé la théorisation de cette critique. Ensuite, nous jetterons un regard sur les précurseurs. 1. POURQUOI LA CRITIQUE POSTCOLONIALE ? Cette question nous permettra de nous attarder sur deux aspects : la « semence coloniale3 » et l’histoire récente des sociétés postcoloniales. 1.1Les fruits de la « semence coloniale ». Dans son livre intitulé Sortir de la Grande Nuit paru aux éditions La Découverte en 2010, Achille Mbembe nous explicite la « Prose Coloniale » en ces termes « le montage mental, les représentations et formes symboliques ayant servi d’infrastructures au projet impérial. »4 Autrement dit, la colonisation fut une construction mentale5 qui prenait appui sur un ensemble de déconstruction afin de reconstruire quelque chose qui est tout, sauf Africain. Pour ce faire, à coté de la caution religieuse6 , les colons voulaient une caution intellectuelle pour dominer ce continent. La classe intellectuelle occidentale a, de ce fait, construit tout un discours sur l’Afrique à partir des écrits de certains voyageurs. Inaugurée par Hegel au cours de ses conférences organisées entre 1830 et 1831, cette idée de supériorité occidentale est aussi ancienne que le continent Européen. Déjà, dans la Grèce Antique, ce qui allait devenir l’Europe traitait les peuples étrangers de « Barbares ». Hegel inaugura donc un discours vieux 3 Fabien Kange Ewane, Semence et moisson coloniales : le Regard d’un Africain sur l’Histoire de la colonisation, Yaoundé, CLE, 1982 4 Achille Mbembe, Sortir de la Grande Nuit, Paris, La Découverte, 2010. P.81 5 Lire l’ouvrage de Fabien Kange Ewane, Semence et moisson coloniales: le Regard d’un Africain sur l’Histoire de la colonisation, Yaoundé, CLE, 1982. P8; Lire à Ce sujet Ashis Nandy, the intimate ennemy, Loss and Recovery of Self under Colonialism, Delhi, Bombay Calcutta, 1983. 6 Bulle papale…
  5. 5. 21 mais désormais orienté vers l’Afrique. Pour saisir l’ampleur d’un tel déni, voici un extrait de Hegel : « Elle n'a donc pas, à proprement parler, une histoire. Là-dessus, nous laissons l'Afrique pour n'en plus faire mention par la Suite. Car elle ne fait pas partie du monde historique, elle ne montre ni mouvement, ni développement et ce qui s'y est passé, c'est-à-dire au Nord, relève du monde asiatique et européen… ce que nous comprenons en somme sous le nom d'Afrique, c'est un monde anhistorique non- développé, entièrement prisonnier de l'esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l'histoire universelle. »7 Pour Hegel, l’Afrique n’a pas d’Histoire. Il s’agit d’un continent immobile et anhistorique. Il faut de ce fait historiciser un continent de la sorte. Il faut le dominer pour lui apporter la civilisation8 . Il faut le conquérir pour le faire entrer dans l’histoire. C’est ainsi qu’en plus du déni d’histoire, le moment colonial a été un moment trouble et violent marqué par le binarisme. Dans la « situation coloniale »9 , il y’avait deux mondes : le monde nègre, le monde des mauvais, les mondes des barbares ; de l’autre le monde des hommes, le monde des civilisés qui doivent apporter la raison aux barbares. Hegel a posé les bases d’une entreprise qui allait se perpétuer. La suite de l’histoire est que les historiens et intellectuels européens du XXe siècle disait qu’avant le contact colonial, l’Afrique n’avait pas d’histoire. Ce n’est qu’avec l’arrivée des occidentaux que l’histoire commence en Afrique comme atteste cette phrase du professeur A.P. Newton en 1923 dans une conférence devant la Royal African Society à Londres sur le thème « L’Afrique et la Recherche Historique » : « L’Afrique n’avait pas d’histoire avant l’arrivée des Européens. L’histoire commence quand l’homme se met à écrire. Donc le passé de l’Afrique avant le début de l’impérialisme européen ne pouvait être reconstitué que d’après les témoignages des restes matériels, des langues et des coutumes primitives, toutes choses qui ne concernaient pas les historiens, mais les archéologues, les linguistes et les anthropologues »10 7 F.Hegel, La Raison dans l’Histoire, paris, Plon, 1965. P.269 8 Jules Ferry en 1885. 9 C’est un terme que nous empruntons au Sociologue Georges Balandier 10 Cité par J.D.Fage in « l’évolution de l’Historiographie Africaine » in Ki-Zerbo J. (dir), Histoire générale de l’Afrique, Tome 1, Paris, UNESCO, 1980. P 53.
  6. 6. 21 Ainsi pour l’occident, le départ de l’Afrique se fait avec son arrivée. Avant l’arrivée occidentale, il était impossible de parler d’une histoire. En plus, cette construction a été mentale et spirituelle. Ce qui a amené parfois les Africains à accepter ce statut et à s’y complaire. La semence coloniale a donc produit des préjugés vis-à-vis de l’Afrique, elle a produit un monde postcolonial où l’Afrique est toujours considérée comme étant au seuil de l’histoire universelle, elle a produit la division et la hiérarchisation des races dans le monde. Mais, l’histoire coloniale ne peut pas expliquer la naissance de la critique postcoloniale. Il faut rentrer dans l’histoire récente des sociétés Coloniales. 1.2Retour sur l’histoire récente des sociétés postcoloniales. Nous entendons par sociétés postcoloniales, ici, les anciennes colonies et les anciennes métropoles. Le développement de la critique postcoloniale s’est fait à l’image de l’histoire récente de ces sociétés qui ont connu l’expérience coloniale. Le premier moment est celui des luttes nationalistes pour l’indépendance. En effet, cette période est marquée par la « réflexion des colonisés sur eux-mêmes… ». C’est donc un moment de prise de conscience et de sa matérialisation qui connaitra son point culminant à la conférence des peuples dominés Afro- Asiatiques de Bandung en 1955. Cette conférence est, selon certains, le moment politique fondateur des études postcoloniales. Mais ce sont les sociétés postcoloniales récemment sorties de l’expérience de la colonisation qui font l’objet du questionnement de la critique postcoloniale. Il faut dire qu’après l’indépendance, une nouvelle diaspora Africaine a pris la route de l’étranger (Occident, Etats-Unis). Cette Diaspora, pour des raisons intellectuelle et humaine, est partie à la découverte d’un ailleurs par volonté de se mettre à l’écart de système autoritaire mais aussi pour faire l’expérience d’un ailleurs et discourir sur l’Afrique avec une double expérience. Ainsi plusieurs intellectuels et futurs intellectuels des pays Africains et asiatiques ont migré pour les anciennes métropoles ou les Etats-Unis. Lorsqu’ils partaient, ils fuyaient aussi un système : le système postcolonial. Le système postcolonial est, selon nous, le système de gestion des affaires publiques par les autorités postcoloniales (ceux qui ont remplacé les colons) qui n’avaient rien de différent avec le système colonial sauf le remplacement des hommes. Cette évolution de la société Africaine
  7. 7. 21 après l’expérience coloniale fait l’objet d’une attention particulière de la critique postcoloniale dans la mesure où tout est semblable au régime colonial. Achille Mbembe fait cette similitude dans son livre De la Postcolonie11 au sujet « Du Commandement ». Mais avant d’y arriver, il déclare que : « le père et le fils » Ceci pour montrer qu’avec la décolonisation ratée, c’est désormais le fils, le frère qui s’est transformée en colon et utilise tous les moyens utilisés par le colon hier pour dominer son frère. Dans les anciennes métropoles, plus précisément en France, du début de la décennie 1990 jusqu’au milieu de la décennie 2000, on a observé des revendications populaires des descendants des anciens colonisés ou des immigrés. Parmi ceux-ci, il y’avait bien évidement les immigrés, les harkis12 , les anciens combattants et les rapatriés. Ces revendications populaires avaient pour objectif une reconnaissance et une intégration au sein de la République comme citoyen pour les services rendus au cours de l’histoire. Ces revendications ont été supplantées en 2005 avec la loi du 23 Février. Une loi qui visait l’enseignement du rôle positif de la colonisation dans les écoles Françaises. Ainsi pour les députés Français : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Indochine, ainsi que dans les territoires antérieurement sous la souveraineté Française.»13 Cet esprit de révisionnisme à la Française a revivifié le courant postcolonial Français. Les questions au sujet de la nation au prisme de l’empire colonial sont revenues au devant de la scène. Il faut ajouter à cela un certain narcissisme français qui date de l’époque colonial. Bref, cette histoire récente des sociétés récemment sorties de l’expérience coloniale élucide davantage l’archéologie de la critique postcoloniale. Mais pour terminer cette archéologie, il faut présenter les précurseurs. 2. PRECURSEURS ET PERES FONDATEURS 11 Paris, Khartala, 2000. 12 Les Harkis sont les descendants des « pieds noirs » qui vivent actuellement en France. 13 Art 1 Cité par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, La Fracture Coloniale : la Société Française sous le prisme de l’héritage colonial, paris, la Découverte, 2006. P
  8. 8. 21 Nous avons identifié deux catégories à ce niveau : premièrement, il y’a les précurseurs de langue Française qui, officiellement, n’ont pas théorisé la critique postcoloniale mais donc les travaux ont largement influencé les théoriciens de la critique postcoloniale qui ont parfois traduit cela en d’autres langues ; deuxièmement, nous verrons les pères fondateurs même de la critique postcoloniale. 2.1Frantz Fanon, Albert Memmi, Aimé Césaire Les travaux de ces auteurs ont inspiré14 le courant postcolonial. Frantz Fanon est certainement celui qui a le plus influencé ce courant notamment avec sa description psychologique du monde colonial et les différents désirs de mort qui hante ce monde colonial. Son livre intitulé les damnées de la terre est d’ailleurs considéré comme un classique. Le questionnement centre qui est celui de la montée en humanité a été repris mais prolongé par la critique postcoloniale. Si Fanon propose la violence, la critique postcoloniale essaye de formuler une poétique de sortir de crise coloniale. La critique postcoloniale doit à Albert Memmi et à Aimé Césaire leur description du monde colonial et surtout des différents acteurs de ce monde ainsi que leurs pulsions, leurs envies et leurs rêves. Ils ont écrit chacun des ouvrages dont les plus populaires15 servent de bréviaire pour les penseurs de la critique postcoloniale. Mais avant ces penseurs, les précurseurs s’en sont servis. 2.2La « Sainte Trinité » de la Critique postcoloniale 14 Mbembe, « Qu’est ce que la pensée postcoloniale ? », Revue Esprit, N° 330, 2006. PP 117-133 15 Albert Memmi, Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, Paris, Payot, 1973. Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 1955.
  9. 9. 21 Nous empruntons le terme Sainte Trinité à Mamadou Diouf16 pour désigner les trois pères fondateurs de la critique postcoloniale. Il s’agit du maitre Edward Said, auteur de la bible Orientalism17 et les deux prophètes Gayatri Chakrabarty Spivak et Homi Bhabha. Edward Said, universitaire américain d’origine palestinienne, dans son livre que nous venons de citer, analyse les discours produits par l’occident sur l’Orient et parvient à la conclusion que l’orient est une création extérieure. Il prolongea sa pensée dans son Ouvrage Culture et impérialisme. Son apport essentiel a été de montrer que le projet colonial était davantage une infrastructure discursive, une économie symbolique qu’un dispositif militaro-économique18 . Chakrabarty quant à elle est une universitaire américaine d’origine indienne et traductrice de Jacques Derrida. Elle est auteure d’un fameux texte devenu classique, Les subalternes peuvent-elles parler ? Et d’une somme intitulée A critique of postcolonial reason. Le dernier de cette trilogie est Homi Bhabha, intellectuel indien, il est le traducteur de Fanon, éditeur de l’ouvrage collectif, Nation and Narration. Ces trois rejoints par Y.V Mudimbe, The Invention of Africa, inaugurent ainsi la critique postcoloniale. Une critique postcoloniale, comme nous le verrons, a beaucoup apporté à l’historiographie Africaine. 16 M. Diouf., « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues françaises » in Revue Contretemps, N°16, Mai 2006. P 25 17 Edward Said, L'Orientalisme. L'Orient crée par l'Occident, Paris, Seuil, 1980. 18 Achille Mbembe, Sortir de…P76
  10. 10. 21 CHAP. 2 UN APPORT CONSIDERABLE A L’HISTORIOGRAPHIE AFRICAINE La critique postcoloniale a eu un apport indéniable à la description raisonnée du savoir historique Africain et de ses divers moments à deux niveaux : au niveau épistémologique et au niveau méthodologique. 1. DECONSTRUCTION DE LA PROSE COLONIALE Comme nous l’avons vu avec Achille Mbembe plus haut, pour s’implanter en Afrique, la colonisation a eu besoin de certains subterfuges afin de légitimer son action. Au rang de ces subterfuges, il y’a ce qu’on appelle la prose coloniale qui est un discours ressassant des contre vérités sur l’Afrique avec pour objectif de leur faire être ce qu’ils ne sont pas pour les amener à devenir ce qu’ils ne veulent pas être. Ce sont ces contrevérités que nous allons disséquer à la lumière du courant postcolonial dans cette partie. 1.1L’Afrique est un continent en mouvement Héritière de Hegel, l’idéologie coloniale occidentale avait pour ambition de faire de l’Afrique un continent Anhistorique et immobile c’est-à-dire statique. Un continent qui n’a pas connu de civilisation. Or le courant postcolonial déconstruit cette prose en postulant que le continent Africain est un continent en mouvement, un continent où circulent des hommes et des femmes depuis des siècles et qui a fait l’expérience de la mondialisation : « L’Afrique a été une zone de départ en direction de plusieurs autres régions du monde. Ce processus de dispersion, multiséculaire, s'est déroulé à cheval sur ce que l'on désigne généralement les Temps modernes et a emprunté les trois couloirs que sont le Sahara, l'Atlantique et l'Océan Indien. La formation de diasporas nègres dans le Nouveau-Monde, par exemple, est le résultat de cette dispersion. L'esclavage, dont on sait qu'il ne concerna pas seulement les mondes euro-américains, mais aussi les mondes arabo-asiatiques, joua un rôle décisif dans ce processus. Du fait de cette circulation des mondes, des traces de l'Afrique recouvrent, de bout en bout, la surface du capitalisme et de l'Islam. Aux migrations forcées des siècles antérieurs se sont ajoutées d'autres dont le moteur principal a été la colonisation. Aujourd'hui, des millions de gens d'origine africaine sont des citoyens de divers pays du globe. »19 19 Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit… P 227
  11. 11. 21 Dans ce sillage, la critique postcoloniale remet aussi la conception de l’identité telle qu’elle a été produite par la prose coloniale. En effet, dans son esprit manichéen, la colonisation avait produit un reflexe nativiste voire indigéniste qui voulait qu’être Africain signifie être noir20 . Une identité exclusivement territoriale. Cette racialisation puis hiérarchisation de l’Afrique est remise en cause par la critique postcoloniale. Pour les théoriciens de la critique postcoloniale, par ailleurs membres de la diaspora, il est impossible de réduire l’identité Africaine à la couleur de la peau. Car, en vertu des mouvements que l’Afrique a connu depuis fort longtemps, plusieurs autres races sont devenues Africaines, se sont appropriées l’Afrique et participent à la vie de ce continent : «Venus d'Asie, d'Arabie ou d'Europe, d'autres groupes de populations se sont en effet implantés dans diverses parties du continent à diverses périodes de l'histoire et pour diverses raisons... Aujourd'hui, les rapports qu'entretiennent ces diverses diasporas avec leurs sociétés d'origine sont des plus complexes. Beaucoup de leurs membres se considèrent comme des Africains à part entière, même si, par ailleurs, ils appartiennent également à un ailleurs »21 . Ainsi, ces différentes diasporas participent à la vie de l’Afrique. Les théoriciens de la critique postcoloniale veulent participer à la redéfinition des identités et de l’altérité loin du paradigme colonial. Béatrice Collignon dit d’ailleurs qu’il faut « changer de paradigme pour écrire un autre récit du monde… »22 Pour écrire cet autre récit du monde, il faut aussi défaire le mythe de l’universel et du référent occidental. 1.2L’Occident n’est plus le référent Pour légitimer la domination coloniale, la prose coloniale a produit une raison coloniale. Dans cette raison coloniale, l’Afrique et l’Europe sont deux mondes distincts et différents. L’Afrique est le monde de la nuit, le monde la barbarie, le monde du paganisme qui a besoin de la civilisation universelle européenne. Une civilisation trop bonne et seule apte de sortir 20 Lire à ce sujet l’article de Djohar Sidhoum-Rahal , « Le Sahara n'est pas une frontière : identité Africaine, racialisation et hiérarchisation » in Konaré A.B., Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, Paris, la Découverte, 2008. PP 281-292 21 Achille Mbembe, Sortir… P 226 22 Béatrice Collignon, « Notes sur les fondements des postcolonial studies… » P 4.
  12. 12. 21 l’Afrique de sa misère. C’est cette conception universelle et narcissique de la civilisation européenne que remet aussi en cause la critique postcoloniale. En effet, la critique postcoloniale postule que l’occident n’est pas le référent ni le centre du monde mais une province comme les autres parties du monde qui produit, dans notre contexte, autant que ces autres parties. Même si par le passé ce n’était pas le cas, ça doit devenir ainsi car il faut « provincialiser l’Europe ». Cette relativisation et cette prise en considération des autres réalités de la diversité du monde doit se faire à tous les niveaux : social, culturel, scientifique et politique. Au niveau scientifique par exemple, la langue Française doit être considérée non plus comme une propriété française mais comme une langue que plusieurs pays ont en partage et que ces derniers devraient la domestiquer au contact de leurs langues vernaculaires. Il s’agit donc de réécrire l’histoire coloniale comme le dit si bien Mamadou Diouf : « réécrire l’histoire coloniale, non plus sous l’angle de l’histoire « première », celle de la modernité occidentale triomphante imposant au monde ses valeurs « universelles » issues des Lumières (État de droit, droits de l’homme...) et son mode d’organisation économique capitaliste, mais à partir des temporalités, des croyances et des vécus propres à l’histoire « seconde », celle des autochtones ou indigènes, pour reprendre à gros traits la distinction établie par Chakrabarty »23 Mamadou Diouf poursuit dans le même article en précisant sa pensée au sujet de ce qu’il appelle le « piège du référent » : « Les postcolonial studies visent à libérer le discours, la pensée et les concepts de ce piège qu’est le piège du référent…la possibilité de penser en dehors du référent – non pas refuser ce référent, mais l’engager, le repenser, reformuler les concepts à partir d’une réalité qui est autre, qui est marquée effectivement par l’expérience coloniale, mais sans se réduire uniquement à cette expérience-là »24 . Cela dit, la critique postcoloniale apporte à l’Afrique cette remise en cause du référent. Une remise en cause qui s’observe à l’échelle scientifique notamment en ce qui concerne la production puis la validation des savoirs. Les outils et objets de la science telle que conçue par l’occident sont de plus en plus remis en cause au profit d’une autre science, celle qui prend en considération l’environnement Africain dans toutes ses dimensions. Face à une science qui veut « rendre universalisable tout le savoir produit à travers les différentes épistémès 23 Diouf.M., « L’Afrique et le renouvellement des sciences humaines », entretien réalisé par Ivan Jablonka et retranscrit par Florence Brigand, 06/01/2009 in http://www.laviedesidees.fr/L-Afrique-et-le-renouvellement- des.html 24 Ibid.
  13. 13. 21 occidentales, une science qui impose ses canons, ses paradigmes, ses concepts et occulte, en quelque sorte, la spécificité des terrains et la particularité des réels étudiés », la critique postcoloniale refuse de « considérer comme référentiels les fondements épistémologiques qui ont sous-tendu les constructions théoriques produites dans l’enclave de cette bibliothèque coloniale »25 . Au delà de cette critique du référent, la critique postcoloniale a d’autres apports à l’historiographie Africaine. Il s’agit ce que nous pouvons appeler la « continuité postcoloniale ». 1.3La Continuité postcoloniale La continuité postcoloniale est, selon nous, la récurrence des pratiques coloniales sous d’autres formes pendant la période postcoloniale. En effet, pour les théoriciens de la critique postcoloniale notamment Achille Mbembe, la postcolonie ne fut qu’une continuité de la colonie avec d’autres formes mais avec le même fond. La colonie et la postcolonie, ce sont les mêmes reflexes avec des acteurs et spectateurs différents : « La colonisation aurait simplement changé de visage, revêtant mille autres masques »26 . Ceci signifie que les élites qui ont pris en main le destin des Etats Africains aux indépendances n’étaient que des faire- valoir occidentaux qui devaient continuer le pillage de l’Afrique de l’intérieur en direction d’abord de l’extérieur (ex métropole) ensuite de l’intérieur (Famille, clan, tribu, village). Ainsi le commandement postcolonial a repris à son compte tous les attributs du commandement colonial comme le montre si bien Achille Mbembe dans son livre phare intitulé De la Postcolonie27 . Que ce soit le régime d’exception ou encore la répression et la surveillance, le commandement postcolonial ne fut qu’une copie du commandement colonial. Cette idée de continuité du commandement postcoloniale est constatée mais remise en cause par l’historiographie postcoloniale qui suggère une déconstruction véritable de la colonisation et tout ce qu’elle avait dans ses bagages. C’est cette déconstruction qui permettra aux Africains, à travers la prise en considération de leur histoire, la réécriture de leur identité et de leur présence au monde, de s’affirmer comme sujet dans ce monde si divers et disparate. 25 Amadou Sarr Diop, « Radicalité des sciences sociales africanistes et réinvention du futur de l’Afrique face aux défis du XXIème siècle : Les enjeux d’un débat» in L’Afrique et les défis du XXIème Siècle, 13eme assemblée générale du CODESRIA, 5-9 Novembre 2011, Rabat/Maroc, P 9. 26 Achille Mbembe, « La République et l’impensé de la race » in Blanchard.P., Bancel.N., Lemaire.S., La Fracture coloniale. La Société française au prisme de l'héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005. P 146. 27 Lire à ce sujet le chapitre 1 de la page 41 à 93.
  14. 14. 21 Le dernier élément de cette déconstruction est essentiellement français et est d’ailleurs porté par une grande partie de l’élite postcoloniale Française. 1.4 Pour une histoire en partage S’il est une certitude postcoloniale, il s’agit de l’histoire en partage entre les ex colonies et ex métropoles. En effet, pendant près de plusieurs siècles, occidentaux et Africains ont vécu ensemble pour des raisons non partagées. L’Afrique a de ce fait beaucoup contribué à la construction de la nation et de l’empire. Mais aujourd’hui, l’esprit français semble marqué par un révisionnisme et des « maladies posthumes de la mémoire »28 qui refusent de reconnaitre aux ex colonisés une place dans l’histoire de la nation. Bien au contraire, ce révisionnisme est marqué par des lois mémorielles qui tendent à légitimer le fait colonial ainsi que ses avantages et veut même l’institutionnaliser et l’inculquer aux jeunes. Mais pour les théoriciens français de la critique postcoloniale, il s’agirait d’une peur vis-à-vis des immigrés, une peur de l’exotisation de nation. Cette fracture coloniale est une rupture entre l’histoire impériale et l’histoire nationale. Aujourd’hui cette rupture postcoloniale s’observe par une différenciation de l’autre, une marginalisation du descendant du colonisé qui est devenu l’immigré, du descendant des pieds noirs qui est devenu le « harki » et le musulman. Bref, toute une crise mémorielle entre les Français de race et les Français d’adoption, ces français dont les parents ou ancêtres ont participé à la construction de la nation et qui veulent à leur tour avoir part, en tant qu’héritier, aux avantages de cette nation. C’est dans ce contexte que la critique postcoloniale made in France essaye de rompre avec ce discours pour produire un discours historiographique intégrant ces anciens colonisés dans la vie de la nation. La question coloniale devrait, selon eux, faire partie de l’Histoire nationale voire occidentale comme le précise bien l’historien Algérien Tayeb Chenntouf: « L’Histoire des colonisés devient l’Histoire des colonisateurs, et l’Histoire des colonisateurs l’Histoire des colonisés...La colonisation fait partie intégrante de l’Histoire de la France. La construction de l’Etat, de la République, de la Nation est inséparable de la colonisation… L’Histoire de l’Europe ne peut être pensée en dehors et sans la colonisation sauf à être, une fois de plus, ethnocentriste. »29 Une histoire partagée entre la France et ses anciennes colonies et qui devraient être suivies non par des largesses en faveur des descendants des anciens dominés mais par une 28 Achille Mbembe, Sortir de la Grande…, P 164. 29 Tayeb Chenntouf, « l’enseignement du fait colonial dans une perspective d’Histoire mondiale » in Konaré A.B., Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, Paris, la Découverte, 2008. P 156.
  15. 15. 21 reconnaissance de leur altérité longtemps refusée : «…Ce qu'on lui a refusé avant tout, c'est d'être différent : ni inférieur ni (même) supérieur, mais autre, justement. »30 La critique postcoloniale postule justement pour cette reconnaissance de la généalogie de ces descendants d’Hommes qui ont construit la Nation Française mais surtout une reconnaissance de leur altérité, de leur différence. Voila sur le plan de la production de nouvelles analyses sur l’Afrique, l’apport de la critique postcoloniale à l’Historiographie Africaine. Un apport qui se situe d’emblée au niveau de la déconstruction de la prose coloniale contenue dans la bibliothèque coloniale à différents niveaux. Mais cet apport s’est aussi fait au niveau méthodologique. 2. APPORTS METHODOLOGIQUES Les apports méthodologiques sont des apports stricto sensu au niveau des méthodes. Avec la critique postcoloniale, nous pouvons noter trois apports majeurs : la transdisciplinarité, la subalternité et surtout des nouvelles sources : l’iconographie. 2.1L’interdisciplinarité des sciences sociales L’interdisciplinarité est l’interaction entre différentes sciences. Ceci peut s’observer lors d’un colloque scientifique, dans un ouvrage ou dans les approches d’un auteur. C’est l’un des apports de la critique postcoloniale dans la mesure où c’est un courant qui se situe à la frontière de plusieurs sciences sociales. Les théoriciens de ce courant de pensée essayent dans leurs analyses de convoquer régulièrement plusieurs sciences auxiliaires pour expliquer, déconstruire le passé Africain tel qu’il a été construit pour construire une humanité A venir. C’est ainsi que les pères fondateurs de ce courant de pensée sont des linguistes, des psychologues, des historiens, des politologues, des anthropologues… Bref, au-delà d’une simple critique historique ou philosophique, la critique postcoloniale essaye d’utiliser les méthodes, les objets et les outils de toutes ces sciences pour atteindre son objectif. Nous parlerons des sans-voix et de l’iconographie dans la suite. Mais avant cela, rappelons que les textes d’Achille Mbembe, par exemple, sont un œcuménisme de toutes ces sciences. Il y mêle 30 Tzvetan Todorov, préface à l’édition française de l’orientalisme, P 8.
  16. 16. 21 Histoire, Philosophie, Sociologie, Anthropologie et bien d’autres. Avec la critique postcoloniale, les humanités ne sont plus qu’un et les différentes méthodes ou outils doivent servir les uns les autres. 2.2Le Versant Subalterniste Le second apport méthodologique est lié aux « subaltern studies » qui sont une variante de la critique postcoloniale. Les subaltern studies sont un courant historique né en Inde et qui développe une critique de l’historiographie nationaliste. En s’inspirant de la conception de la société d’Antonio Gramsci, ce courant donne la voix et s’intéresse aux dominés ou aux sans- voix d’hier. Ce sont les paysans, les femmes, les marginaux. Bref, ces gens du bas pour reprendre le terme de Jean François Bayart au sujet de la politique par le bas. Cet apport de la critique postcoloniale permet aux théoriciens et historiens Africains de s’intéresser aussi aux « hommes dominés »31 pour construire le discours historique. Des hommes dominés qui n’étaient pas toujours pris en considération par le passé. Le dernier aspect est l’apport d’un outil indéniable : l’iconographie. 2.3Représentations symboliques et iconographiques L’autre outil qu’a apporté la « postcolonie » dans la compréhension de l’histoire Africaine, c’est l’iconographie. L’iconographie est un ensemble d’illustrations picturales, photos… avant d’y arriver, il fut rappeler que le versant Français de la critique postcoloniale s’attèle aussi à analyser la perception, le regard de l’autre sur le noir, sur l’étranger dans la société Française actuelle. C’est ainsi que le programme Association pour la Connaissance de l’Histoire de l’Afrique contemporaine (ACHAC) a mis sur pieds depuis sa création en 1989 des programmes d’utilisation des images et des sources iconographiques et représentatives à des fins historiques. La première étape de ce programme a permis d’abord de répertorier les sources iconographiques (23 fonds iconographiques explorés, environ 1 100 000 images visionnées, 40 000 sélectionnées, photographiées et répertoriées), puis s’est attachée à 31 Albert Memmi, L’Homme Dominé, Paris, Gallimard, 1968.
  17. 17. 21 exploiter de façon scientifique ces sources lors de deux colloques internationaux, le premier à la Bibliothèque nationale, en 1993 et le second à l’Institut du Monde Arabe, en 1994 et dans le cadre d’un Cd-rom mis à disposition des chercheurs32 . Ensuite le programme ACHAC a mis sur pieds une revue scientifique dénommée plein sud, et un programme de manifestations culturelles et scientifiques, intitulé Images et Colonies, s’attachant particulièrement aux représentations corporelles de l’altérité, qui constituent un analyseur privilégié de la construction en métropole de l’image du colonisé. Cela dit, pour atteindre leur objectif qui est de montrer la présence de la culture coloniale en France actuellement à travers le regard Français sur les descendants des colonisés. L’exposition Images et Colonies a été présentée dans plusieurs manifestations scientifiques et sur plusieurs continents : en France, en 1993 ; en Afrique et aux antillais, à partir de 1994. Ce programme d’exposition du groupe ACHAC qui pense que les continuités coloniales dans le monde postcolonial permettent de comprendre la société contemporaine Française à l’aune de l’Histoire coloniale. Il s’agit essentiellement des représentations et du regard du Français sur le noir, sur le colonisé d’hier devenu l’immigré d’aujourd’hui. Ainsi, la postcolonie occupe une place de plus en plus importante dans la production historique Africaine. Une place proportionnelle à son apport que nous venons de visiter à différents niveaux : au niveau purement épistémologique et au niveau méthodologique avec l’utilisation de nouveaux outils. Dans la dernière partie qui suivra, nous montrera justement la présence de ce thème postcolonial dans les différentes productions historiques tant dans le monde Anglo-Saxon que dans le monde Francophone ainsi que les principaux penseurs. 32 http://www.achac.com/
  18. 18. 21 CHAP.3 TENDANCES DE LA CRITIQUE POSTCOLONIALE Les deux principales tendances de la critique postcoloniale ont connu des publications et des théoriciens qui ont édité, publié des ouvrages sur l’Afrique. Nous verrons, dans cette partie, la tendance Anglo-saxonne et la tendance Francophone. Avant d’y parvenir, il est à noter que certains auteurs francophones d’Afrique noire sont de tendance anglo-saxonne malgré que leurs publications soient en Français dans la mesure où ils ont été influencés par la tendance anglo-saxonne. 1. LA TENDANCE ANGLO SAXONNE Ce que nous appelons tendance Anglo-Saxonne est la tendance de la critique postcoloniale née dans le monde anglo saxon au début de la décennie 1980 avec pour pionnier la sainte trinité des postcolonial studies que nous avons citée plus haut. A mesure que le temps avançait, ce courant a conquis des intellectuels Africains de langue Francophone et est devenu une réalité en Afrique du Sud. Au rang des intellectuels que nous pouvons citer, il y’a Yves Valentin Mudimbe, le congolais qui s’est installé aux Etats-Unis pendant la décennie 1980 et a commencé à écrire des textes en langue de Shakespeare. Il a notamment écrit les ouvrages intitulés The Invention of Africa et The Idea of Africa dans lesquels il explique davantage son idée de bibliothèque coloniale et surtout la façon avec laquelle l’occident a construit, au fil des temps l’Afrique selon ses fantasmes et ses ambitions. Ils ont inventé une Afrique à partir des carnets et des visions européocentristes de certains philosophes occidentaux. En dehors de lui, plusieurs textes ont été écrits en langue de Shakespeare sur la critique postcoloniale dans l’historiographie Africaine. Plusieurs autres auteurs Africains qui ont fait leurs études en Afrique et aux Etats-Unis ont suivi les pas de Mudimbe. Il s’agit du Sénégalais Mamadou Diouf et du Camerounais Achille Mbembe. Mamadou Diouf est un Historien sénégalais, actuellement enseignant d’Histoire et directeur de l’institut pour les Etudes Africaines à l’Université de Columbia aux Etats-Unis. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles scientifiques sur la question postcoloniale dans l’historiographie Africaine. Nous citerons son ouvrage paru en 1999 chez Karthala, intitulé Le Nationalisme, le Colonialisme et les Sociétés post-coloniales. C’est son livre majeur sur la question. En dehors de cet ouvrage, il a contribué aux revues et surtout aux ouvrages collectifs. C’est le cas de l’article qu’il a signé la
  19. 19. 21 meme année c’est-à-dire en 1999 dans la revue Africaine de Sociologie33 . Par ailleurs, en 2006, dans le numéro 16 de la Revue contretemps sous le titre « Postcolonialisme et immigration », il a signé un article intitulé « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues françaises » dans lequel, il revient sur l’origine de la critique postcoloniale et son apport à ka compréhension de l’Histoire coloniale et postcoloniale34 . Dans l’ouvrage collectif Ruptures Postcoloniales : les nouveaux visages de la société Française35 , il signe une contribution semblable à la première intitulée : « Les postcolonial studies et leur réception dans le champ académique en France »36 . En plus de Mamadou Diouf, Achille Mbembe est considéré comme l’un des grands théoriciens de ce courant en Afrique tant Anglophone que Francophone. Son ouvrage fondateur dans ce sens est intitulé De la Postcolonie paru aux éditions Karthala en 2000. Un ouvrage dans lequel, il revisite les reflexes postcoloniaux à la lumière des pratiques coloniale. Il y fait notamment allusion au commandement postcolonial. Avant cet ouvrage, dans le cadre des échanges, des conférences du CODESRIA (Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique), il exposait déjà ses positions à ce sujet. Mais en 2006, il a signé un article à la suite de son ouvrage dans la revue Esprit37 , article dans lequel il expliquait davantage la pensée postcoloniale et sa généalogie. En plus de ses multiples communications à différents séminaires, il a écrit en 2010 son dernier ouvrage dans lequel il parle abondamment de la critique postcoloniale et l’historiographie Africaine. Il reprend parfois des textes qu’il avait déjà publiés dans d’autres ouvrages collectifs que nous verrons dans la partie consacrée à la tendance Francophone. Au delà des ouvrages, sa participation aux activités du CODESRIA, aux activités du WISER dans lequel il enseigne et surtout aux JWTC (Johannesburg Workshop of Theoritical Criticise) illustrent sa position de théoricien de la critique postcoloniale. Il dirige d’ailleurs le JWTC qui a fait paraitre jusqu’ici 5 numéros. C’est dire que la tendance anglo saxonne est essentiellement constituée d’Africains immigrés qui ont fait une partie de leur parcours dans les universités Américaines. Nous verrons par la suite la tendance Francophone. 33 Mamadou Diouf, « Des Historiens et des histoires, pourquoi faire ? L’Historiographie Africaine entre l’Etat et les communautés » in Revue Africaine de Sociologie, N°3, Vol 2, PP 99-128. 34 PP 21-34 35 Paru à Paris, aux éditions La découverte en 2010 sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Ahmed Boueker, Achille Mbembe. 36 PP 149-158. 37 Achille Mbembe, « Qu’est ce que la pensée postcoloniale ? », Revue Esprit, N 330, 2006. PP 117-133.
  20. 20. 21 2. LA TENDANCE FRANCOPHONE La tendance des études postcoloniales à la Française en rapport avec l’historiographie Africaine ont connu la publication d’ouvrages à partir de 2005 même si c’est dès 1989 que les futurs théoriciens de cette tendance commencèrent à mettre sur pieds des documents notamment iconographiques. Nous avons parlé plus haut de zoos humains. En dehors des contributions ou des articles collectifs, Pascal Blanchard et Nicolas Bancel en compagnie d’autres historiens ont écrit des ouvrages à ce sujet. Nous pouvons citer la Fracture coloniale38 et Ruptures postcoloniales39 . A coté de ces deux ouvrages, il y’a l’ouvrage intitulé Culture coloniale. Dans ces ouvrages, les thématiques postcoloniales en rapport avec la société Française et Africaine sont présentes. Dans ces ouvrages, les auteurs mettent en exergue les idées que nous avons évoquées plus haut en convoquant des collèges de jeunes historiens, sociologues Français. Au delà de ces deux tendances, il faut rappeler que le thème de la critique postcoloniale est présent dans l’historiographie Africaine et dans d’autres ouvrages et revues. L’idée principale étant de déconstruire les mythes hérités de la colonisation, rompre avec la « fracture coloniale » et la culture coloniale présentée en France et proposer à l’Afrique et aux anciennes colonies une nouvelle humanité, un nouvel imaginaire de vie. 38 Nicolas Bancel et Ali. , La Fracture Coloniale… 39 Ruptures postcoloniales. Les nouveaux visages de la société française, Paris, La Découverte, 2010.
  21. 21. 21 CONCLUSION Au terme de notre analyse, il apparait que l’apport de la critique postcoloniale a été considérable pour l’historiographie Africaine. Aussi le thème postcolonial est de plus en plus récurrent dans les travaux historiographiques sur l’Afrique. Un apport qui se situe à différent niveaux : au niveau de la production des savoirs notamment de la déconstruction de la prose coloniale avec l’historicisation de l’Afrique, la proposition d’une histoire en partage ; au niveau méthodologique avec la transdisciplinarité, la subalternité et l’utilisation des outils iconographiques dans la construction du fait historique. Pour vulgariser cet apport, les théoriciens de la critique postcoloniale de tendance Anglo-Saxonne comme Francophone ont écrit des ouvrages, crée des revues scientifiques, mis sur pieds des programmes, des workshops. Cela dit, il est indéniable aujourd’hui que l’historiographie Africaine se fera désormais avec la critique postcoloniale. Il faudra prendre en considération les innovations et les apports de ce courant de pensée. Seulement, comment remédier au silence autour de ce courant de pensée en Afrique ? Quel avenir pour la critique postcoloniale, peu répandue en Afrique Francophone ?
  22. 22. 21 SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES  Articles Diop.A.S, « Radicalité des sciences sociales africanistes et réinvention du futur de l’Afrique face aux défis du XXIème siècle : Les enjeux d’un débat» in L’Afrique et les défis du XXIème Siècle, 13eme assemblée générale du CODESRIA, 5-9 Novembre 2011, Rabat/Maroc. Diouf.M., « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues françaises » in Revue Contretemps, N°16, Mai 2006. PP 21-34 Gallié.M., « Des analyses « tiers-mondistes » aux « postcolonial studies » – théories critiques du pouvoir et revendications politiques » introduction aux actes du colloque sur le thème «Des analyses « Tiers-mondistes » aux « Postcolonial Studies » – théories critiques du pouvoir et revendications politiques. », tenu à l’UQÀM, 1er et 2 septembre 2011. Mamarbachi.A., « Quand La Fracture coloniale fait disparaître les rapports de classe… » In Revue Contretemps, N°16, Mai 2006. PP 147-153. Mbembe.A., « Qu’est ce que la pensée postcoloniale ? », Revue Esprit, N 330, 2006. PP 117- 133. Thénault.S., « L’historien et le postcolonialisme » in Revue Contretemps, N°16, Mai 2006. PP 129-136 Mbembe. A., « La République et l’impensé de la race » in Blanchard.P., Bancel.N., Lemaire.S., La Fracture coloniale. La Société française au prisme de l'héritage colonial, Paris, La Découverte, 2005. P-P 143-157. Fage. J.D., « l’évolution de l’Historiographie Africaine » in Ki-Zerbo J. (dir), Histoire générale de l’Afrique, Tome 1, Paris, UNESCO, 1998. PP 45-63. Djohar Sidhoum-Rahal , « Le Sahara n'est pas une frontière : identité Africaine, racialisation et hiérarchisation » in Konaré A.B., Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, Paris, la Découverte, 2008. PP 281-292.
  23. 23. 21 Anonyme, « Historiographie post-coloniale » in http://unt-new.univ- reunion.fr/fileadmin/Fichiers/UNT/UOH/idc/co/cours012.html Anonyme, « Inventer l’Autre, s’illusionner sur soi ? Le débat des études postcoloniales » in http://www.revuenouvelle.be/rvn_abstract.php3?id_article=1939 Cohen Jim, « La bibliothèque postcoloniale en pleine expansion », Mouvements, 2007/3 n° 51, p. 166-170. DOI : 10.3917/mouv.051.0166 disponible à l’adresse http://www.cairn.info/revue-mouvements-2007-3-page-166.htm Collignon.B., « Note sur les fondements des postcolonial studies », EchoGéo [En ligne], 1 | 2007, mis en ligne le 06 mars 2008, consulté le 24 décembre 2012. in http://echogeo.revues.org/2089 DOI : 10.4000/echogeo.2089 Diouf.M., « L’Afrique et le renouvellement des sciences humaines », entretien réalisé par Ivan Jablonka et retranscrit par Florence Brigand, 06/01/2009 in http://www.laviedesidees.fr/L-Afrique-et-le-renouvellement-des.html Ndaywel è Nziem.I., « L’historiographie congolaise », Civilisations [En ligne], 54 | 2006, mis en ligne le 01 avril 2009, consulté le 16 décembre 2012.in http://civilisations.revues.org/489 ; DOI : 10.4000/civilisations.489 Obenga.T., « Nouveaux acquis de l’historiographie africaine » in Ethiopiques, N°27, Juillet 1981. In http://ethiopiques.refer.sn/spip.php?article805 Rémy.J.,« Sur les postcolonial studies : hybridité, ambivalence et conflit » in http://www.journaldumauss.net/spip.php?article801 Vergès Françoise, « Approches postcoloniales de l'esclavage et de la colonisation », Mouvements, 2007/3 n° 51, p. 102-110. Disponible en ligne à l’adresse http://www.cairn.info/revue-mouvements-2007-3-page-102.htm
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