Hamer

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Hamer

  1. 1. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaité Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaieté "La compréhension de notre patrimoine génétique est une fenêtre ouverte sur lâme" De Robert POOL, Journaliste. Article publié dans la revue Discover en 1997. Traduit par Christian Jeanmougin. Généticien de réputation mondiale, Dean Hamer sest donné pour tâche depuis 1992 de traquer les gènes de la personnalité. Sa recherche des gènes impliqués dans lhomosexualité la rendu célèbre. Son programme : établir une cartographie des corrélations gènes-tempérament.La recherche - Juillet-Aout 1998 1
  2. 2. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitéDean Hamer est un homme chute libre, tandis que Paulineheureux. Cela se voit au large préfère jouer aux petits chevaux ?sourire qui éclaire son visage pour Pourquoi Pierre voit-il la bouteille àun oui pour un non. Alors que nous moitié vide, tandis que Marc la voitgagnons son laboratoire des à moitié pleine ?National Institutes of Health* (NIH), " Je suis persuadé que nousil prend lexemple de son propre découvrirons quelque chosebonheur pour illustrer sa théorie. dimportant sur le comportement"Aujourdhui, dit-il, je suis humain en étudiant son fondementseulement à moitié heureux. Jai génétique, dit Hamer. Quantitéappris ce matin que le locataire de détudes sur des familles et desla maison que je suis en train jumeaux, poursuit-il, montrent quedacheter na pas payé son loyer lhérédité rend compte de 30 % àdepuis quelques mois " Autrement 70 % des différences dedit, la journée a plutôt mal personnalité entre les gens. "commencé. Mais dun autre côté, il Bien sûr, cela laisse àattend fébrilement lheure de son lenvironnement la responsabilitérendez-vous avec une personne de 70 % à 30 % de notrequil vient de rencontrer, et son caractère. Pourtant Hamer persisteexcitation compense ses à croire que la reconstitution de lainquiétudes financières... partie génétique du puzzle vaut laMême lors dune journée moyenne peine dêtre explorée. "On saitcomme celle-ci, Hamer se dit plus encore moins quels sontheureux que nombre de personnes exactement les facteurs nonlorsquelles sont dans un bon jour. génétiques qui influencent nosEt, selon lui, cela tient à ses gènes. comportements, dit-il, mais il estLes psychologues, explique-t-il, ont clair que ce ne sont pas les trucsdécouvert que chaque être humain standard auxquels vous penseriezne séloigne jamais beaucoup dun spontanément - le cadre familial decertain niveau de bonheur qui lui votre enfance, les écoles où vousest propre, et que "ce niveau de êtes allés, votre classe socio-bonheur est essentiellement une économique." Ces données sontquestion dhérédité. " Jusquici, on ce que les psychologues appellentne sait toujours pas auquel des des facteurs environnementaux100 000 gènes disséminés le long partagés - que des frères et desdu génome humain Hamer doit sœurs ont en commun -, et lesadresser ses remerciements. Mais recherches, affirme Hamer,si, dans les prochaines années, montrent quils nont en réalitéquelquun met le doigt sur un gène quune influence mineure sur laqui rend votre démarche alerte et formation des traits fonda. mentauxvous fait trotter un air dans la tête, de la personnalité. En revanche,il y a de fortes chances pour que souligne-t-il, les facteursce quelquun soit Hamer. environnement taux les plus déterminants sont ceux que lesPourquoi, dans les soirées, frères et sœurs ne partagent pasFrançois nhésite-t-il pas à se depuis lordre de naissance dans lamêler à une foule détrangers, famille jusquaux expériencestandis que Thierry rase timidement vécues en propre par chaqueles murs ? Pourquoi Anne trouve-t- individu. Mais personne ne saitelle son plaisir dans le saut enLa recherche - Juillet-Aout 1998 2
  3. 3. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitélesquels sont les plus importants. quelle direction sorienter. "Je"Et le problème, dit Hamer, est tournais sur moi-même, dit-il,notamment que ceux qui javais 40 ans, jen avais fini avecrecherchent ces facteurs ne le programme sur latiennent aucun compte de la métallothionéine, et je savais quegénétique.". Cest uniquement en je voulais faire quelque chose enla prenant en compte, pense-t-il, génétique. Javais pas mal damisque lon pourra avoir une idée du atteints du sida. Certainsrôle des gènes dans la formation mouraient en moins dun an,de chaque type de tempérament. dautres restaient en bonne santé. Cela semblait aléatoire" Fallait-ilSa découverte la plus controversée limputer à une différencecest le lien quil a établi entre génétique ? Pour répondre à cettelhomosexualité masculine et question, il commença àcertains gènes présents sur le rechercher une sensibilitéchromosome X (voir larticle de génétique au sarcome de Kaposi,Bertrand Jordan dans ce numéro). ce cancer mortel frappant nombrePar la même occasion, il a initié de personnes atteintes du sida.lun des plus ambitieux projets dela science actuelle. Partant de En même temps, il se lança dansprofils psychologiques et à une entreprise bien plusdéchantillons dADN de centaines spéculative : la recherche dede sujets - qui vont bientôt se gènes liés à lhomosexualité.compter en milliers - il inspecte Plusieurs études montraient queactuellement le génome humain, lhomosexualité est un caractèrechromosome par chromosome, partiellement héritable (parafin dy déceler tout gène ayant un exemple, les résultats indiquanteffet notable sur la personnalité. que 50 % des vrais jumeaux de"Cest comme une partie de pêche pères homosexuels sont eux-géante ” reconnaît-il avec entrain. mêmes homosexuels) et lon pouvait légitimement croire àRien, dans son curriculum vitae, ne lexistence de ces gènes. Mais ceslaissait prévoir quil deviendrait un mêmes études mettaient enspécialiste du comportement évidence le caractère complexe dehumain. Dans les années 1970, lhomosexualité, résultat probableHamer fut le premier à introduire de linteraction entre certainsdes gènes étrangers dans des gènes et divers facteurscellules animales et il passa environnementaux. Les chancesplusieurs années à étudier les didentifier un seul de ces gènesmécanismes de contrôle de ces étaient donc limitées. "je me disaisgènes. Puis, en 1983, il se tourna constamment : "Cela ne marcheravers la levure et décrivit en détail jamais, cest trop compliqué" selactivation et la désactivation du souvient Hamer.gène responsable de la productionde la métallothionéine, une Létude sur le sarcome de Kaposiprotéine fixatrice des métaux. En tourna court. Hamer sait1992, chef de département au aujourdhui pourquoi: ce cancer estNational Cancer Institute, il était provoqué par un virus qui sattaquedevenu une sommité dans son aux personnes dotées dundomaine, mais, se rappelle-t-il, il système immunitaire déficient.ne savait pas très bien alors dans Mais, à sa grande surprise, sonLa recherche - Juillet-Aout 1998 3
  4. 4. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitésecond thème de recherche fournit un ou des gènes contribuant àle premier témoignage solide en lhomosexualité de ces hommes.faveur de lexistence de ce que Lorsquil publia ses résultats, endautres surnommaient déjà le 1993, Hamer fut vivement attaqué.gène “ gay ”. Hamer était allé Certains groupes opposés auxpêcher dans lADN de 40 paires de droits des homosexuelsfrères homosexuels. Sa stratégie contestèrent ses travaux, leurétait simple : en moyenne, deux crainte principale étant quils nefrères ont la moitié de leur ADN favorisent lacceptation deidentique. Si ces deux frères sont lhomosexualité par la société. Dehomosexuels et si un gène son côté, la communautéparticulier favorise lhomosexualité scientifique se montra plus queil doit se trouver dans la partie de prudente mais la raison était autre :lADN qui leur est commune. ce nétait pas la première fois, en effet, que lon attribuaitHamer se focalisa sur lesanomalies statistiques - des Lorigine dun comportement -segments dADN identiques habituellement un comportementprésents chez un trop grand aberrant tels la schizophrénie, lanombre paires de frères pour être cyclothymie ou lalcoolisme - à unele fruit du hasard. anomalie chromosomique et, chaque fois, des études ultérieuresHamer avait établi que étaient venues infirmer ceslhomosexualité masculine est résultats.transmissible par la mère. Ilcommença alors sa recherche en Que sest-il passé pour le gène “portant son attention sur le gay ” ? Depuis 1993, il semblechromosome X, que les garçons plutôt bien résister: Hamer a réussireçoivent uniquement de leur à reproduire ses résultats et, à cemère. Sur chaque sujet, il isola et jour, aucune étude nest venue lesidentifia un même ensemble de 22 contredire. Pourtant, ce gène namarqueurs - en quelque sorte des toujours pas été localisé et lonsegments dADN facilement ignore toujours sa vraie fonction.reconnaissables, différents dun Selon Hamer, il interviendrait dansindividu à lautre que les le développement degénéticiens utilisent pour repérer lhypothalamus, une région duun endroit particulier sur un cerveau qui, daprès certainschromosome. Si deux frères chercheurs, est différente chezpossédaient un même marqueur, a lhomme homosexuel et lhommey avait de très fortes chances pour hétérosexuel. Mais, ajoute-t-il , ilque les gènes situés au voisinage pourrait avoir une fonctionde ce marqueur leur soient totalement inattendue. Qui sait ? ”également communs. Hamer Hamer commença ensuite àdécouvrit que dans une région rechercher un marqueur duchromosomique baptisée Xq28, 33 chromosome X associé àdes 40 paires de frères avaient en lhomosexualité féminine. Cettecommun un même ensemble de fois, il eut moins de chance.cinq marqueurs. Lhomosexualité féminine estCela ne pouvait être une simple certes un trait de famille, affirme-t-coïncidence. Quelque part dans il, mais rien nindique véritablementcette région, conclut-il, se trouvait quelle soit dorigine génétique. ”La recherche - Juillet-Aout 1998 4
  5. 5. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitéLes études sur les jumelles quarante dollars pour un petit tubehomosexuelles sétaient révélées de sang et une demi-journée dejusque-là peu concluantes. tests. Ici encore, il faut rassemblerLorsquil collecta lADN de 36 des données portant au minimum.paires de soues homosexuelles et sur deux membres dune mêmede membres de leurs familles, il ne famille ; Hamer fait donc venir danstrouva aucun indice suggérant son laboratoire de Washingtonlexistence dun marqueur (D.C.) jusquà trois générationsgénétique du chromosome X. parentales, provoquant ainsi deDepuis, ces résultats lui font croire mini-réunions familiales.que la programmation génétique Selon Hamer, Le bénéfice que londes préférences sexuelles est tire à travailler sur les membresmoins déterminante chez les dune même famille justifie, le coûtfemmes et que "certaines de ces et leffort car il permet déviter lepréférences auraient une origine "problème des baguettespartiellement sociale, tandis que chinoises". "Supposez, explique-t-dautre auraient une origine il, quun chercheur en quête dunauthentiquement biologique. gène responsable, de la dextéritéA la même époque, sa curiosité fut dans la manipulation baguettespiquée par un problème effectue ses tests sur unquexaminait un de ses collègues: échantillon de personnes recrutéesdes NIH, Jonathan Benjamin. Des au hasard.années de recherche, la plupart Ce chercheur trouveraitréalisées sur de vrais et de faux probablement un certain nombrejumeaux, montraient quenviron la de gènes pertinents, nuis la plupartmoitié des différences de scores dentre eux, voire leur totalité,observées entre les personnes seraient simplement des gènes -soumises à des tests sur tels ceux de lépicanthus - Présentslextraversion, la conscience, etc., surtout chez les Asiatiques.sexpliquaient par des particularités Comment savoir si lun de cesdu patrimoine génétique. Pourquoi gènes est effectivementalors ne pas essayer de relier responsable de la dextérité dans ladirectement les caractéristiques de manipulation de baguettes ? ” Cetla personnalité à des gènes ou des exemple peut paraître frivole, ditensembles de gènes! Voilà un Hamer, mais il est typique desprogramme auquel Hamer pouvait complications survenant damsatteler. Il lui suffisait de se presque toutes les étudesconstituer une base de données génétiques. Et cest là quapparaîtADN/personnalités sur le maximum lintérêt des études sur les enfantsde sujets possible, puis de partir à dune même famille. Supposez enla pêche. Cela fait maintenant effet que divers indices suggèrentquatre années que Hamer tisse le que tel gène est un gène desfilet high-tech qui lui permettra baguettes chinoises. Le chercheurdexplorer le génome humain. Il recensera alors les pairescommence par placer des petites denfants de mêmes parentsannonces afin de recruter des possédant des versions différentescandidats pour ses tests de ce gène et ceux qui enpsychologiques. Le possèdent une version identique.dédommagement dune séance Ce nest que lorsque les enfantsnest pas formidable, justeLa recherche - Juillet-Aout 1998 5
  6. 6. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitégénétiquement dissemblables facilement attirée par des activitésobtiennent des scores plus comme la plongée sous-marine etdifférenciés lors du test des le deltaplane, tandis quunebaguettes que le chercheur peut personne avide de nouveauté maisalors annoncer la découverte dun sensible au danger rechercheragène des baguettes. " Dès leur des émotions plus douces - et searrivée, Hamer soumet ses sujets livrera par exemple à desà un prélèvement sanguin puis leur expériences gastronomiques oupropose un test de personnalité à apprendra à iodler comme leschoix multiples. Il sagit de chanteurs tyroliens.répondre à des centaines de Comment Hamer utilise-t-il cesquestions telles que “je préférerais données psychologiques pouravoir une maison a) dans une extraire ses informations desbanlieue agréable, b) isolée au échantillons dADN ? Soit il part àfond des bois, ou c) entre les deux la pêche, comme il le fit par le” ; ou encore “ Vrai ou faux : passé pour le gène "gay", etlorsquune personne me blesse recherche des corrélations entreintérieurement, jessaie marqueurs génétiques et traitshabituellement de rester comportementaux, soit, lorsquilimpassible. ” Ces questions estime être en présence dun gènepeuvent paraître absurdes, mais très prometteur, il teste sonelles ont permis à travers des hypothèse pour voir sil est corrélédécennies de pratique, de déduire ou non à certains traits dedes profils psychologiques fiables. personnalité. Cest ainsi quauLun des tests standard, appelé milieu de lannée 1995, un tel gèneinventaire de personnalité NEO, a été mis en évidence.classe les gens en fonction de cinq Avant de quitter Israël pour venirgrandes échelles tendances aux NIH, Benjamin avait entendunévrotiques, extraversion, ses collègues lui raconter quilsouverture desprit, caractère avaient établi un lien entre laagréable et méticulosité -, elles- recherche de la nouveauté et unmêmes subdivisées en plusieurs gène fournissant leurs instructionssous-échelles. Par exemple, aux récepteurs de dopamine.lextraversion se subdivise en Lorsque ces récepteurs, quicordialité, grégarisme, assurance, parsèment la surface desactivité, recherche dexcitations et neurones, captent une molécule deémotions positives. Un autre test dopamine, ils envoient un signaldonne quatre dimensions chimique activateur à lintérieur detempéramentales - recherche de la la cellule.nouveauté, refus du danger,sensibilité aux récompenses et Le gène codant pour le récepteurobstination - censées correspondre de dopamine comprend unà des systèmes chimiques segment se répétant chez tout lecérébraux distincts. monde entre deux et huit fois, les valeurs les plus communes étantCertains types de personnalité quatre et sept. Toute personnecorrespondent à des combinaisons possède deux versions de cede tempéraments. Une personne gène, provenant respectivement deavide de nouveauté et peu ses deux parents. Les chercheurssensible au danger sera plus israéliens affirmaient que lesLa recherche - Juillet-Aout 1998 6
  7. 7. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitépersonnes ayant au moins un gène savait non seulement que laà sept répétitions obtenaient des sérotonine du tissu cérébral est unscores significativement plus régulateur de létat psychologique,élevés lorsquelles étaient mais aussi que le gène en questionsoumises à des tests sur lattirance jouait un rôle clé dans le transportpour la nouveauté. Apparemment, de la sérotonine : il code uneles gènes à sept répétitions protéine qui se plaque sur laproduisaient des récepteurs de sérotonine présente dans lesdopamine qui, dune manière ou espaces séparant les cellulesdune autre, rendaient la nouveauté cérébrales, bloquant ainsi sonplus Gratifiante. activité. Se pouvait-il, se demanda Hamer, que certaines différencesHamer vérifia facilement cette affectant ce gène influencent létataffirmation sur une base de psychologique dune personne ?données concernant 315 sujets.Réunissant ses échantillons En examinant la zone régulatricedADN, il utilisa des techniques de du gène - un segment dADN situégénétique standard pour isoler et à lavant du gène contrôlant lamesurer la longueur du gène production de la protéine vecteur -,codant pour les récepteurs de Lesch avait découvert quedopamine de chaque échantillon. certaines personnes enLorsquil compara ses résultats aux possédaient une version plusscores obtenus par les sujets lors longue. Avec dautres chercheurs,des tests de personnalité, il aboutit il avait par la suite établi que laà la même conclusion que léquipe forme longue de la zone régulatriceisraélienne : les personnes avec au déclenchait une production dumoins une version longue du gène vecteur de sérotonine environ unecodant pour les récepteurs de fois et demie supérieure à celledopamine étaient plus extraverties, fournie par la forme courte. Ce quiplus chaleureuses et plus impliquait que les personnespromptes à senthousiasmer, mais possédant la forme longue avaientmoins méticuleuses et moins moins de sérotonine disponibleréfléchies. Les deux études, pour leurs cellules cérébrales.publiées ensemble au début de Examinant sa base de données,1996, levèrent un très gros poisson Hamer découvrit que les: pour la première fois, une personnes possédant deuxexpérience reproduite exemplaires de la version longueindépendamment allait clairement étaient effectivement quelque peudans le sens dun lien entre un différentes des autres personnes -gène et un trait de personnalité. dans lensemble, elles étaient légèrement moins anxieuses, plusPeu après Hamer se mit en chasse insouciantes.dun autre gène. Lors dunséminaire aux NIH, il entendit Pour Hamer, la mise en évidenceKlaus-Peter Lesch, de luniversité dun lien entre létat psychologiquede Wurtzbourg, en Allemagne, et la régulation du vecteur dedécrire la découverte de sérotonine donne un bon aperçudifférences affectant la zone de la direction dans laquelle doitrégulatrice du gène codant pour le sengager la génétique duvecteur de sérotonine. Cette comportement. Les futuresdécouverte intrigua Hamer, car on découvertes mettrontLa recherche - Juillet-Aout 1998 7
  8. 8. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitéprobablement en jeu, non pas le sur un comportement extrêmementgène lui même, mais sa régulation. spécifique. Aujourdhui quil" je suis persuadé quun grand sattaque à de multiples traits denombre de différences personnalité, seul un échantilloncomportementales sinterpréteront très étendu peut lui garantir queen termes de taux de protéines toute corrélation quil découvriraitplutôt quen termes de structures nest pas simplement le fruit duproteïques " souligne-t-il. Toute hasard. Si on pense quun gène estfois, la plupart des gènes pris un à extrêmement déterminant pour laun ne peuvent expliquer quune personnalité, a suffit de cent àfaible partie du tempérament dune deux cents sujets pour lidentifier;personne. Dan le cas du vecteur mais si lon étudie des gènes auxde la sérotonine, les différences de effets plus faibles, il fautla zone régulatrice du gène probablement disposer dunrendent compte de seulement 4 % échantillon de plusieurs milliers dede léventail des formes danxiété. personnes. Cest une rechercheUn effet aussi faible na rien de laborieuse, statistiquementsurprenant, explique Hamer, car il exigeante - il a recruté à pleinest probable que chaque trait de temps un statisticien qui soccupepersonnalité résulte de laction uniquement de conduire lesconcourante de nombreux gènes. analyses statistiques -, mais il est convaincu quil parviendraDepuis cette découverte, Hamer finalement à relier certains traitssest fixé un nouvel objectif : le comportementaux à des zonesgène du fumeur. Selon lui, la particulières des vingt-trois pairesdépendance ou la non- de chromosomes. “ Ici, la zone quidépendance à la nicotine semble explique pourquoi vous fumez trop,avoir pour origine certains facteurs là, la région qui vous rend heureux,génétiques. Lun des suspects etc. ” Bien sûr, il nobtiendra pasévidents est le récepteur de demblée les gènes eux-mêmes,lacétylcholine, une substance seulement leur localisation sur unchimique cérébrale qui réagit chromosome ; mais une fois cefortement à la nicotine. Même stade atteint, il pourra espérermotivation, même méthode: Hamer isoler ces gènes.recrute actuellement des fumeurset les membres de leur famille pour Le résultat de ces recherches, uneles soumettre à des analyses cartographie ADN de notregénétiques et à des tests de personnalité, a de quoi effrayerpersonnalité. plus dun. Hamer doute pourtant que la réduction du tempéramentDans le même temps, il continue et du comportement à leurs seulessa pêche aux gènes. Il existe 350 composantes génétiques conduiramarqueurs pour tout le génomes, les gens à se résigner et dire : “ jedit-il, et nous les examinons un par ne peux mempêcher dêtreun. " Ses chances de réussite triste/anxieux/antisocial/meurtrier.dépendent fortement du volume de Cest la faute de mes gènes ”.sa base de données, qui comprend Prenant lexemple du bonheur,actuellement plus de mille sujets. Hamer explique : les recherchesQuatre-vingts homosexuels lui effectuées sur des vrais jumeauxavaient suffi pour ferrer le gène “ suggèrent que 80 % du bonheur àgay ”, car il sagissait dune étude long terme - comment vous vousLa recherche - Juillet-Aout 1998 8
  9. 9. Dean HAMER : Du Gène "GAY" au gène de la gaitésentez en moyenne au cours du moindre de ces cauchemarstemps - serait dordre génétique. éthiques deviendra un jour réalité,Imaginez quun scientifique et voit au contraire quantitéconfirme cette découverte en davantages à de telles recherches.identifiant les dix ou vingt gènes “ je suis convaincu que les aspectsqui contribuent au bonheur. Les positifs lemporteront finalementgens cesseront-ils alors dessayer sur les aspects négatifs, dit-il. Ladêtre plus heureux ? Seront-ils connaissance des gènes qui sous-déprimés parce que leur voisin tendent notre personnalité devrait,possède des gènes plus heureux ? par exemple, conduire à linventionProbablement non, pense Hamer. de médicaments plus sophistiqués"Chacun de nous a sa propre pour traiter les maladies mentaleséchelle du bonheur, dit-il, et nous et à la découverte de méthodesmesurons généralement notre nouvelles pour aider les gens àbonheur en fonction de normes surmonter leurs dépendancespersonnelles, et non pas envers certains produits. Mais lecollectives ". plus important, ajoute-t-il, est peut-La connaissance des gènes qui être que nous en saurons plus suragissent sur le bonheur - ou nous-mêmes et sur les autres. Lalextraversion, ou la persévérance, compréhension de notreou la franchise envers soi-même - patrimoine génétique est la clé quinous offrira un nouveau moyen de nous permettra de découvrir quipenser notre identité, de savoir nous sommes. Cest un outil decomment nous améliorer, voire de libération, une fenêtre de lamieux nous comprendre science ouverte sur lâmemutuellement. humaine.”Voilà pour le côté positif de ces R.P.recherches. Quen est-il du côténégatif ? Les employeurs ne lesutiliseront-ils pas pour sélectionnerleurs employés potentiels ? Lescompagnies dassurances ne senserviront-elles pas pour refuser lesclients dotés des mauvais gènes ?Les futurs parents ne refuseront-ilspas certains fœtus ? "Il y atoujours la possibilité dunemauvaise utilisation de larecherche scientifique, dit Hamer,et nous devons nous en prémunir ""En fait, je consacre une grandepartie de mon temps à travaillersur les problèmes sociaux etéthiques. " Il donne desconférences, participe à desateliers, et a même écrit un livregrand public sur le sujet, Livingwith Our Genes, qui sortira cetteannée. Mais il doute que leLa recherche - Juillet-Aout 1998 9

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