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Le Matricule des anges - Celui qui reste

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Le Matricule des anges - Celui qui reste - N°122 Avril 2011

Camille de Toledo cherche dans la littérature à s'affranchir de tous les déterminismes et à penser
radicalement le :XXle siècle. Coupé volontairement de sa famille, la mort et l'écriture l'enjoignent
aujourd'hui de renouer avec ses origines. À rebours peut-être du premier élan.

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Le Matricule des anges - Celui qui reste

  1. 1. BLAISE CENDRARSLA DIFFÉRENCEANTONIN POTOSKIMICHEL jULLIENFREDERICK ExLEYEDOUARD GANCHE
  2. 2. Mensuel ~: 04 67 92 29 3311111111111111111111111111111o 901101 530765 T.M.: 8 000 L.M.: 35000 AVRIL 2011 Celui qui reste Camille de Toledo cherche dans la littérature à saffranchir de tous les déterminismes et à penser radicalement le :XXle siècle. Coupé volontairement de sa famille, la mort et lécriture lenjoignent aujourdhui de renouer avec ses origines. À rebours peut-être du premier élan. est comme un hameau au cœur de Paris. Près du . le cœur même de lordre! » Une inversion des valeurs tradition- métro Parmentier à la sortie duquel débordent les nelles inscrite finalement dans la société du spectacle ... La vieille terrasses ensoleillées des restaurants, un passage bourgeoisie (représentée par le patriarcal Mickey) sapprête à pavé isole ceux qui habitent là des bruits de la ca- construire des lieux de mémoire universelle, comme ce « Memo- pitale. On entre par une grille, on longe des mai- rial Park dans les Balkans ( ... ) situé à lemplacement dun ancien sons et des ateliers dartistes sous le rire denfants camp de réfugiés. ( . . . ) Il Y aura un train fantôme. Il traversera des qui jouent là, comme en une longue cour de récréation. Un oli- charniers, et, sous chaque voûte artificielle, on verra des étoiles fi- vier, un peu maigrelet dans son pot, fait office de repère. On son- lantes pour chaque génocidé. }} La plume caustique de lécrivain ne, mais notre hôte nous surprend en venant depuis lautre côté trempe dans une même encre que celle utilisée pour lessai, mais du passage où il a laissé son scooter. Lunettes à monture épaisse, le roman, déjà, propose une multitude de lectures, brouille les ca- sourire franc, Camille de Toledo nous présente la jeune femme nons du genre, joue des masques et des ombres. qui garde ses trois enfants quand ni lui ni sa compagne ne sont là, La complexité romanesque saccentue avec Vies et mort dun terro- propose un verre et de monter à létage pour riste américain qui creuse dans la fiction des lentretien. On sal ue au passage deux têtes verticalités étourdissantes. Jouant des codes blondes qui, dans un lit où flotte encore le Lire de Toledo cest .cinématographiques, de lintrusion du ma- sommeil, regardent un film qui aurait pu être à la fois suivre une tériau autobiographique au cœur de la fic- Le Magicien dOz. tion, des niveaux différents de narration, Divisons lœuvre écrite de Camille de Toledo entreprise de Vies et mort semble déployer tout un laby- en deux voies non parallèles : les essais y tra- rinthe décritures, de strates, de trompe- cent une route droite comme une lame, les ro- démolition et entrer lœil. De belles inventions et laisance dune mans serpentent et ramifient des fictions sur un chantier de langue qui semble puiser dans tout le éparses. Ces deux voies se rejoign ent spectre de la littérature conduisent le lecteur aujo urdhui avec Vies potentielles dont la publi- construction. à glisser de trappe en trappe dans les sous- cation marque peut-être une nouvelle étape. sols dune fiction origamique. Lire Camille Le succès de son premier livre, Archimondain, jolipunk aurait pu de Toledo cest à la fois suivre une entreprise de démolition (faire valoir une belle notoriété à Camille de Toledo sil en avait accep- table rase des héritages, démonter la doxa) et entrer sur un chan- té le malentendu. Écrit à 25 ans, ce livre-là fut perçu comme le tier de construction (celle dune écriture propre à dire le siècle en 1 livre dune génération: celle de ceux qui grandirent sous Mitter- cours). rand, découvrirent le monde à la chute du mur de Berlin, et la fin Avec Visiter le Flurkistan, Camille de Toledo sen prend à un tex- du monde avec la chute des tours jumelles. Lessai fustige lhérita- te de promotion présenté comme un manifeste littéraire: lappel ge transmis à cette génération à laquelle on aura annoncé la fin lancé en mars 2007 au moment du Salon du Livre par quelques des idéologies (1989) et la fin de lHistoire (200 1), imposant « un écrivains rassemblés autour de Michel Le Bris sous lintitulé: Ma- 1 sentiment diffus, désagréable et obsédant: une claustration! » Lau- nifeste pour une littérature-monde. La réponse de lauteur dArchi- teur y fait preuve à la fois d une intelligence lucide hors normes mondain porte haut la virulence et la pensée. Il désigne les écueils et dun engagement intime (sy dévoilant) qui hybride le genre. moraux, politiques et esthétiques du pseudo manifeste et tente, à Essai remarquable qui sera remarqué aussitôt par les dandys mé- nouveau, détablir les possibilités d une écriture du XXI siècle. diatiques qui voudront le couronner plutôt que le lire. Succès im- Cette écriture doit, pour se faire, saffranchir de lhéritage histo- médiat et trompeur qui viendra coller une étiquette sur son au- rique du siècle qui la précède. Cest tout lenjeu du très bel essai teur, lui qui, justement, voulait routes les enlever. qui suivra: Le Hêtre et le bouleau réflexion en forme de kaddish JI lui faudra du temps pour revenir en librairie par, cette fois, la pour le siècle défunt, pour, surtout, rendre respirable le siècle voie romanesque. L Inversion de Hieronymus Bosch opère comme naissant. une fable . Leopold personnage à la fois sadien et balzacien lance Camille de Toledo est un pseudonyme avec lequel Alexis Mitai depuis les États-Unis une gamme de produits qui sapparentent à signe ses livres (sauf un). Le vrai nom apparaît dans Vies et mort des sex-toys psychiques et inventent une nouvelle sexualité plané- dun terroriste américain et désigne le scénariste dun film. taire. Jusquà faire des plaisirs sexuels « un vecteur de conserva- Alexis Mitai est né en 1975 (et non en 1976 comme indiqué gé- I tion», et affirmer que « la subversion, cest lordre, la pornographie, néralement) à Lyon. « Ma mère tenait à accoucher près de sa propre
  3. 3. mère. » Comme cela avait été le cas deux ans auparavant pour Jé- liale: « cétait lui le conteur, le récitant. Ce sorzt de très beaux souve- rôme laîné, les parents quittent Paris juste pour laccouchement. nirs que jai avec mon père. Par exemple, il ma raconté que pendant Sil ne grandit pas à Lyon, la capitale des Gaules est toutefois la guerre, mon grand-oncle pilotait des avions dans la famille et sest lun des lieux de lorigine familiale où sest déployée une impo- amusé un jour à mimer les bombardements en lançant des balles de sante généalogie, moteur (répulsif et attractif) de lœuvre. Tâ- tennis sur les courts pour empêcher les parties. Il y avait une profon- chons den survoler quelques branches: « Mon père descendait de insouciance qui est inadmissible aujourdhui, mais qui reste très dune famille juive dEspagne: cest la diaspora de Toledo que je re- belle. » trouve en 1992 lorsquon commémore les 500 ans de lexpulsion des On devine déjà tout un roman familial, une épopée à laquelle juifi dEspagne à Tolède. Ils partent vivre à Smyrne, dans lEmpire jusquà présent lécrivain a voulu tourner le dos. Mais si la matiè- Ottoman où ils parlent ladino qui est le judéo-espagnol. Cette re est riche, elle ne permet pas de saffranchir du nom. langue se perd au moment où, au début du XX siècle, mon arrière- Sa mère, justement, porte un nom célèbre puisquelle est la fille grand-père Victor passe en France pour faire des études de pharma- dAntoine Riboud, le fondateur de BSN, puis de Danone, lun cie avant de sinstaller en Suisse. Il abandonne le ladino pour sinté- des plus puissants groupes industriels français. Son oncle Jean est grer à la société occidentale. Il crée la Pharmacie Principale de le président de Schlumberger. « Le mariage de mes parents est dun1 Genève. Cest une histoire extraordinaire, jen ferais peut-être un déterminisme dingue. Gérard Mitai, polytechnicien, rencontre la fille livre qui sappellera Une histoire juive heureuse du xx" siècle. » dAntoine Riboud, le patron de BSN Mes parents se marient après La fille de Victor sinstalle à Lyon où elle rencontre « un bour- sêtre fréquentés aux Etats-Unis, à luniversité de Stanford durant les geois catholique et lyonnais, Jérôme Mital. » De leur union naîtra années du Power Flower. Mes parents étaient très réservés vis-à-vis de le père de Camille de Toledo qui deviendra orphelin de père à ces mouvements post-68. Ils voulaient être du côté du monde moder- 14 ans, « puisque les hommes du côté de mon père meurent jeunes li. ne, tout en charriant certaines idées sur la tradition. Jérôme MitaI était un héritier: son père avait eu lintuition de Pour moi, tout ça me semble un vaste jeu de domino: mon père perd cultiver à grande échelle du riz en Camargue en prenant modèle son père à 14 ans. Lorsquil rencontre ma mère, cest déjà un ami de sur léconomie américaine. Sportif, lhomme fut « en quelque sor- la famille. Il se choisit un père de substitution dans la figure dAntoi- te le cinquième des quatre mousquetaires du tennis français » et son ne Riboud. Antoine, lui-même, a perdu son père Camille qui sest ti- nom apparaît au palmarès de quelques tournois de golf. ré une balle en 1939 et sera un peu adopté par Maurice Schlumber- Cest le père de Camille de Toledo qui rapporte lhistoire fami- ger dont le frère était un des cofondateurs de la NRf »
  4. 4. Larrière-grand-père Camille était banquier, mais se rêvait écrivain et a noirci un très grand nombre de carnets. Cest à lui, le suicidé, que notre hôte emprunte le prénom de son hétéronyme, pour échapper au tropisme de la famille qui voulait quon soit banquier ou industriel et regardant aussi vers Marc Riboud (frère dAntoine) le photographe. « Je suis quelquun de la coupure, comme beaucoup au moment de ladolescence. Il y a une phrase qui dit ça dans Vies p0ten- tielles, lidée quil faut mener sa vie pour quelle soit un mystère auprès de ceux qui tont enfanté. » Le refus du nom, lécrivain le transforme en un hommage adressé à une femme qui vit au dernier étage de sa maison parisienne: la nourrice de son enfance. « Elle est ma conscien- ce, mon éthique de lécriture. Mazet a appris à lire à 16-17 ans, venue comme fille au pair chez ma grand-mère. Cest une figure dextrême timidité, qui na pas laisance sociale de notre milieu. Lempreinte maternelle réelle chez moi, cest Mazet (dont le nom est lérosion du nom de Mademoiselle). Etre du côté de la nourrice, quest-ce que ça donne? » Il se peut quon la croise, Mazet, ici ou là, dans Vies prJten- tielles ou dans la Maria de LInvention ... Une figure à lop- posé de ce que Camille de Toledo appelle « lartistocratie » En voyages, il réalise régulièrement des photos autour des lieux quil traverse (série Nowhere) qui « ne serait pas un problème si elle nétait reliée à loligar- chie de pouvoir qui se garde les bonnes places tandis que tout le mon- La famille sest dabord installée à Marnes-la-Coquette derrière le de rame et lutte pour sa survie. On ne peut pas ne pas être révolté bois de Saint-Cloud dans la banlieue ouest où les deux frères vont contre cette forme dhéritage qui produit de laisance sociale, de len- grandir. « Cest mon Combray» . Les week-ends, les amis de la fa- tregent surtout quand on a été élevé par quelquun qui a donné sa mille qui viennent manger font partie de lélite montante de la vie, son savoir, son temps tout en ne faisant pas partie de cet univers- nation, entrés en politique et en fonction dirigeante dans les là. Ça produit une sensibilité et une éthique très fortes. On ne peut grandes entreprises ou les médias avec le mitterrandisme. Enfance pas être du côté du milieu. » très protégée au sein de laquelle la fraternité conduit le jeune Mais cette sensibilité politique est peut-être aussi un héritage pa- Alexis à suivre partout son ternel. Gérard Mitai, le père de Camille de Toledo, va travailler grand frère Jérôme. On fait De Londres à Don plus de dix ans dans lentreprise dAntoine Riboud et cest lui qui beaucoup de sports selon la rédigera le fameux discours de Marseille en 1972 dans lequel tradition familiale: tennis Quichotte, de Tanger pour la première fois est évoqué le concept de développement du- et ski (Alexis est champion rable. Discours novateur en cela quil vise à redonner à lentrepri- de descente et verra lors à la Villa Médicis. se une dimension humaine. « Mon père est ensuite devenu produc- d un entraînement un teur de cinéma. Cest plein de merveilleux souvenirs pour moi. Je suis concurrent se tuer, décapité par un câble) . En ville, les deux fran- allé voir quelques tournages, mais ça faisait peur à ma mère qui pen- gins « rident » sur leur skateboard et ne ratent aucun film de la sait que cette bohème de luxe risquait dêtre immorale. Mon père a série « Les rois de la glisse » qui « représentait pour nous un modèle travaillé pour Caumont, UCc, il a été distributeur avant de passer de vie ». Léducation entamée par une maternelle américaine, le à la production. » Il coproduit Europa de Lars Von Trier, Jésus de conduit durant deux ans dans un collège de jésuites de Versailles, Montréal de Denys Arcand, « lhistoire dune sorte de Jésus moderne « ça a été un choc culturel mais drôle en même temps avec le passage qui donne ses organes. Mon père montrera ce film aux cancéreux obligé au confessionnal ». avec lesquels il va vivre les derniers jours de sa maladie. Cest un sou- Vers 14 ans, « cest le grand tournant avec larrivée à Paris où la fa- venir absolument bouleversant. .. » mille sinstalle et lentrée à Henri N où je me sens analphabète. Je Il va cosigner avec Richard Gotainer le scénario de Rendez-vous nai pas les codes. Je le vis assez mal. Cest là que la lecture commence au tas de sable que réalise Didier Grousset et qui va lui coûter vraiment, avant, je me souviens que ma mère me lisait Le Lion de beaucoup d argent. « Il rêvait de faire fortune et ce film a été un dé- Kessel, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère. Ainsi sastre. Jai retrouvé des photos extraordinaires en vidant sa maison que de Charly et la chocolaterie de Roald Dahl qui est peut-être après sa mort; on le voit aux bras de la Dombasle, avec ses lunettes présent dans LInversion de H. Bosch. de producteur ... Il devait se raconter des histoires (rires). » Pour me faire accepter, je me mets à tout lire, je notais tout titre dontSa métamorphose en producteur de cinéma marque une rupture jentendais parler et jessayais de le lire. Là, commence toute une avec Antoine et le temps du « désamour » avec sa femme, Christine construction mondaine ou des lectures maident à être clairvoyant. »Mitai. « Dans mon enfance la polarité de la tristesse était du côté de Lun des premiers livres quil lit doit lui révéler pourquoi ses pa- ma mère. Mon père était plutôt du côté de la joie, ou de linsouciance. » rents lont prénommé Alexis: cest Les Frères Karamazov qui vaElle, après ses études à Stanford, a commencé une carrière de jour- déclencher une passion pour la littérature russe « qui a à voir avecnaliste économique à France-Soir avant de devenir rédactrice en la compassion. Les grands livres sont des livres de compassion. La lec-chef du Nouvel Observateur. « Il faut imaginer ce que cest dêtre jour- ture change ma vie. » naliste écon omique avec un père qui pèse autant sur la vu Il va suivre alors une voie dexcentricité comme si cétait la seulefinancière . .. » façon dêtre accepté: « je m habillais en femme. Je ne comprends
  5. 5. Il entame alors un grand voyage pour coréaliser un documen- taire: Une journée dans la vie dun pneu qui raconte lhistoire de la fabrication dun pneu du prélèvement du caoutchouc, jus- quà lusine, en passant par les Fonds de pension qui pilotent les grandes entreprises; il se rend en Thaïlande, au Brésil, en Allemagne, aux États-Unis. Le cinéma se partage alors entre documentaires et fictions de « cinéma pauvre » où il lui arrive de filmer, jouer et faire la musique en même temps. Le voyage est un autre de ses pôles. « Jai foit des voyages récur- rents à Tanger de 18 à 24 ans. »Il se lie damitié avec un vieux chorégraphe qui y avait une maison où étaient descendus les Rolling Stones. Il consomme beaucoup de drogues (notam- ment du crack) durant cette période intense. « On vivait en bande chez cet ami chorégraphe, qui à 80 ans prenait énormément de drogues. Jai commencé à écrire un livre sur nous; ça sappelle Les Affamés: on était des crevarc/s, « nous nétions rien et ce que nous voulions? Tour. » Archimondain, joli punk, sera un chant dadieu à ce monde de crevards, à cette vie de nuits où on allait de fltes en fltes, de bars en bars, dans Paris. Cétait une nuit de misè- re, de crève-la-foim. Jai un regard ému sur ce monde car jy ai perdu un ami, Marc qui était le parrain de ma fille et qui est mort dune overdose. Cette disparition a commencé le cycle des morts .. . » Sil écrit, sur deux ans, Archimondain, jolipunk, cest que la1 pas pourquoi je foisais ça. » Il explore son homosexualité, fait de la commande lui a été passée par une éditrice de chez Calmann-Lé- guitare (plus tard il fera la musique de certains de ses films), de la vy qui a vu Globalement contre, son documentaire sur linsurrec- photo: «jëtais très agaçant surtout vers 22-23 ans, je ne voulais pas tion. La sortie de lessai « a été un malentendu énorme. Il a été lu du commun. Je deviens un mystère pour mes parents. » socialement, comme le livre dune génération. Je nai pas aimé lusage Dès quil découvre la littérature, il se met à écrire. Il se remémore qui a été foit de ce livre par de petits barons ». le premier ordinateur apporté vers 1982 par sa mère: un TO? de Pour fuir Paris, il dépose sa candidature pour la Villa Médicis où chez Thomson sur lequel il va écrire des pastiches et commencer il est accepté après le tournage dun documentaire sur le G8 de sans cesse un « roman russe », revenant infiniment sur la scène Gênes qui va lui faire rencontrer la mère de ses futurs enfants. inaugurale, une pluie qui tombe, sinfilrre sous le pavé, traverse le Une première fille naît alors quil est resté à Rome et la famille va plafond dune cave où des hommes jouent aux cartes ... DHenri sinstaller dans un minuscule appartement de Marseille. L Inver- IV, Camille de Toledo se souvient du professeur Azoulay « cétait sion de Hieronymus Bosch lui vaut une visite de Bernard Wall et le un homme habité, un fou, qui nous foisait écrire et écrire et écrire. directeur des éditions Verticales qui fait le voyage pour lui dire Tu sentais que la littérature était une question de vie ou de mort. Je quil veut faire ce livre, « cest Bernard Wallet qui ma foit devenir suis resté totalement impressionné par cet homme. » réellement écrivain ». Le bac en poche il fait une hypokhâgne en droit où il lit beau- Quand le livre paraîtra, à lautomne 2005 , la mort aura déjà im- coup de philosophie, suit le cursus de sciences-po (<< où je m em- . posé son retour du réel, contre la fiction. Cest donc le meilleur merdais »), celui de littérature comparée à Censier (sans aller en ami, Marc, qui meurt doverdose le 1ec janvier, puis le 1« mars, cours) . « À sciences-po, jy vais suffisamment pour saisir la doxa. cest Jérôme, son frère, qui se pend dans un appartement vide de Lorsque tu es passé par là, et que tu as un tout petit peu de distance la famille. « Je le découvre avec mon père, on le décroche ensemble. avec la doxa, tu vois à quel point elle circule dans chaque parole dite Cest dune violence inouïe. » le matin à la radio. » Neuf mois plus tard, cest sa mère quon retrouve morte, seule, Il parr à Londres pour faire des études dHistoire à Kings Colle- dans un bus: rupture danévrisme. On est le 26 janvier 2006, da- ge: « Mon éducation, cétait les humanités. Ça ma décloisonné la tê- re anniversaire de la naissance de Jérôme. Camille de Toledo te. Jai pris beaucoup de choses de diffirentes sciences humaines, in- ninsiste pas sur les faits, mais il révèle que chacun de ses morts fluencé par un livre que je cite dans LInversion de Hieronimus lui a fait signe le jour de sa disparition: sa mère déjeune avec lui Bosch : Le Livre du courtisan de Baldassare Castiglione, le grand avant de succomber, son frère lui donne rendez-vous, Marc lap- best-seller de la Renaissance. Les études de droit mont donné une sen- pelle au téléphone. sibilité à cette écriture dune très grande précision, avec beaucoup Il évoque la disparition de son père quil a accompagné jusquà la dexégèses, de commentaires. Ça reprend les formes du texte biblique. » fin survenue lan dernier: « Cest lui mourant qui va mapprendre Au retour de Londres, après sciences-po et un séjour à New York, à sortir de cette angoisse de la mort en me conduisant sur une voie il souhaite créer un magazine littéraire, et avec trois amis, il fonde insoupçonnée, quasiment mystique. » Don Quichotte qui sera finalement un magazine plus politique, Cela est dit dans Vies potentielles, dont la sortie sonne comme une plus généraliste. Trois formules se succéderont en trois ans (de 98 résurrection. Camille de Toledo sourit. Dehors des enfants à 2000). « On tirait à 4000 exemplaires. On ne sest pas foit beau- crient. Son fils appelle den bas. « Jai un projet de film avec mon coup damis. La troisième année, on foit entrer du capital; on croit fils. Je voudrais filmer la traversée des Cévennes que nous ferions en- avoir un engagement du Monde qui nous propose la vente en semble, lui à trotinette et moi sur mon skate. » On se demande sil y kiosques en nous promettant de nous renflouer un peu plus tard, mais a plus belle idée de transmission. nous laissera couler. Je vis très mal cet échec. » Thierry Guichard
  6. 6. Entamée par un essai vif et brillant,l œuvre de Camille de Toledo déploieune hétérogénéité complexe où fictionet pensée inventent le siècle naissant.Avec son nouveau roman, la routesinfléchit et aborde des paysages plusouvertement autobiographiques.La vie desautres ener un entretien avec Camille de M Toledo sapparente presque à de la spéléologie: lécrivain prend très au sérieux les questions quon lui pose et profite de lespace quelles ouvrent pour entraîner son inter- locuteur très loin dans les différentes strates de lécriture, de la pensée, de la vie, quelle soit intime ou universelle. Le langage est dévidence pour lui une affaire sérieuse. Vitale même. La voix parfois se fait ténue quand la parole sap- proche un peu trop des gouffres intimes, de lévo- cation des morts qui en peu de temps ont fait de cet écrivain en rupture, lhéritier de ceux dont il avait pensé saffranchir. Pourtant, Camille de Tole- do se livre pleinement, comme si linjonction de penser juste et sans affèterie imposait de passer outre la pudeur, la douleur, le doute. Si ses essais ont la fluidité saffranchir de tous les déterminismes (sociaux, culturels, fami- du coup de sabre, ses romans, jusquà aujourdhui semblaient mi- liaux) pour inventer sa propre existence, elle devra peut-être en ner la fiction qui les légitimait. Une manière de dé-raconter les passer par lexploration de lorigine, par le devoir de raconter la histoires afin de faire entendre le pouls dun siècle trop rapide, vie des défunts. Jusquà faire le deuil delle-même? trop peu humain. Les morts soudaines de son ami, son frère, sa mère, lagonie de Cinéma, photographie, musique, romans, essais: la multi- son père Ont imposé un retour du matériau autobiographique plication des champs artistiques que vous pratiquez rend (certes encore brouillé, fragmenté, contourné) dans les Vies poten- difficilement percevable lidentité de lœuvre en cours. Cet tielles qui paraît cette ann ée. Soit dix ans après lattentat du éclatement des productions artistiques nest-il pas une sorte World Trade Center qui désignait dans Archimondain, jolipunk la de masque qui sajoute aux hétéronymes? parenthèse fermée de lHistoire, la date palindrome de la chute Je crois que lhétéronymie a plus à vo ir avec l idée que nous du Mur de Berlin le 9 novembre 1989. Du 9/11 au 11/9, de la sommes perdus pour le présent. Nous ne voulons pas de sa ré- fin des idéologies à la fin de lHistoire, la stèle était prête pour en- duction. Je lai vécu très violemment lors de mon premier livre terrer lavenir de toute une génération. Une stèle quArchimon- publié: la sottise de la visibilité. Lidiotie de la réduction. Le jeu dain , jolipunk et les romans à sa suite voulaient soulever et de massacre de lexhibition qui dépouille ce qui est écrit du sens, fendre , allant jusq uà dénuder lhétéronymie de lauteur qui de la recherche. Jai dû faire pénitence. Pour échapper au juge- savançait nu dans lépilogue du premier livre. Si lœuvre vise à ment qui se porte sur ce qui apparaît de nouveau, dinouï. Je me
  7. 7. suis émietté. Je suis passé de linouï à linaudible, de ce que lon dêtre écrivains. Nous sommes écrivains, je crois, parce que nous croit avoir compris - la figure stéréotypée de la révolte - à ce que avons eu une certaine expérience de la lecture. Et comme le fu- lon rejette pour incompréhensible -le désir secret dune profon- meur cherche à retrouver le goût de sa première cigarette, nous de métamorphose. Jai dû consciemment me mettre en mor- cherchons, humblement, à transmettre cette même eXpérience, en ceaux. Contourner cette époque, son présent, pour tisser dautres nous montrant dignes, dans nos écrits, de ces lectures qui ont liens: des liens secrets où la parole a encore un sens. Je dis sou- changé notre manière de voir. En ce sens, je dis que la littérature vent que jai dû tout reconstruire. Mais cest vrai. Tout. est un savoir. Elle porte un savoir singulier, que lon ne retrouve Quant à la multiplicité des langages - photographie, vidéo, mu- dans aucune autre science. C est cette science - les gens qui par- sique - je dois avouer que tout ça est très exagéré. Plus nous lent de pur roman pourraient également sentendre sur ce mot vieillissons - jai maintenant trois enfants -, plus nous sommes « science » en reconnaissant que cest aussi une science du récit, obligés de choisir. Les images, je men sers comme traces, comme de la composition - cest cette science, donc, qui a la responsabi- lieu dexpérience, et cest vrai, parfois, comme langage principal. lité de la voix humaine. Mais cest aussi par ce savoir de la littéra- Mais tout revient in fine à lécriture. Tout découle dune nécessité ture que lon peut reconquérir, non pas le monde, mais au moins de répondre, par tous les moyens, à lHistoire que lon nous impo- une sensation du monde. se. Comme dans ce film des Monty Python où lon coupe un bras « Mon territoire littéraire », je crois quil se dessine dans ma ré- à un chevalier qui se bat avec lautre bras, où on lui coupe une ponse. Je suis un type particulier de re-lisant. Je sais quil y a des jambe et il se bat avec lautre jambe. Nous devons tenter de ré- lecteurs-mangeurs. Jaime lidée quil y ait une gourmandise à lire pondre que ce soit par les images, la poésie, la violence, lart ou des livres, mais je ne suis pas cette espèce-là de lecteur. Il y a, chez lamitié. Jai traversé une longue période démiettement, de cloi- moi, une oscillation entre la poésie et la science. Comprendre, sonnement qui, jespère, se termine. Désormais, je ne reconnais saisir le temps où nous vivons et - ce qui nest pas la moindre des plus quune seule voie: contre-écrire pour reprendre possession du tâches - réfléchir à ce que cest que ces deux choses, un écrivain monde. Que ce soit par limage, la littérature, les vidéos, lopéra ... et un livre, au XXIe siècle. À quoi est-ce quils peuvent bien enco- Certains écrivains ont la chance de vivre longtemps dans le cœur re servir? Cest en ce sens que je minscrirais volontiers dans une et le secret de quelques lecteurs savants. Dautres ont la chance de tradition de ce que jappelle: les écrivains du vertige. Je pense à ce trouver immédiatement leur voix et leurs complices. Quant à moi, moment extraordinaire, commenté par Borgès, où le Quichotte jai erré. Il aura fallu du temps et bien des malentendus pour trou- se met à lire ses propres aventures. Il y a de ça dans Vies et mort ver le lieu de lécriture et les fraternités qui lautorisent. dun terroriste américain, dans tout le projet des Strates, les quatre Concernant les masques, ils ont ce sens de carnaval qui me dé- volets de ce livre commencé avec LInversion de Hieronymus plaît. Notre dépossession -la façon dont nous sommes exclus de Bosch. Cette école du vertige quest la littérature pour moi se pro- nos vies - exige de trouver une image plus grave, plus douloureu- longe désormais dans une forme que jai relevée, à lissue du XXe se. Le type avec la hache plantée dans le crâne qui ouvre les Vies siècle, sous le nom des « épopées de labsence ». Mais je crois quil y potentielles est plus proche de là où jen suis. Un travestissement a une autre polarité dans mes lectures qui fait corps avec un trait qui serait une affaire de vie - créer pour tisser un lien de sens et de mon caractère. Ce que lon pourrait nommer les écrivains de damitié - ou de mort. la compassion - que je distingue de la pitié, sentiment répugnant qui va du haut vers le bas, là où la compassion est à égalité de On retrouve cette variété dans votre œuvre qui se divise cœur et dâme et suppose de prendre sa part de lenfer, de la folie, entre essais et romans ou, avec Vies potentielles, une sorte de la violence où nous vivons. Je sens cette compassion chez Dos- dhybridation du roman par lessai. Comment expliquez- roïevski. Plus tard, chez Malaparte, chez Faulkner et aujourdhui, vous cette hétérogénéité de lœuvre? Avez-vous une image chez Cormac Mc Carthy. tre dans chaque douleur de lhomme, mentale de votre territoire littéraire? dans sa misère, dans ses espoirs, sa foi, être dans ses efforts de sur- Lopposition entre pensée et littérature est une histoire que jai vie. Enfin - et cest une troisième polarité qui tend vers le rire - toujours bien mal comprise. L Homme sans qualités est une oeuvre mais pas ce rire ricanant, sardonique, qui caractérise notre société littéraire immense et philosophique. Bien souvent - je crois pou- médiatique. Je parle de ce rire né du désespoir, qui est un tropis- voir dire tout le temps - les philosophes qui font œuvre, de Pas- me de la littérature juive, mais aussi de bien dautres cultures. cal à Heidegger, SOnt également les inventeurs d une langue. Une littérature travaillée par le vide et labsence; ce vide que Cest en tout cas la lecture que jai de leurs livres: une forme par- jécris « vidh » dans les Vies potentielles comme parfois « di-h- ticulière de poésie qui nous rend plus voyant; avec une réserve pora », en ajoutant la lettre silencieuse, présente et absente à la sans retour pour M. Heidegger, mais ça, cest une autre histoi- fois, qui revient dans Le Hêtre et le bouleau et Vies potentielles. re .. . Je pourrais reprendre chacune de mes lectures depuis que je suis gosse et voir les liens incessants qui vont de la littérature à la Vous parlez de vide, mais le premier de vos livres, Archi- pensée. Par exemple, cette écriture du nihilisme, où se retrouvent mondain, jolipunk dans son refus dune fin de lHistoire Dostoïevski et Nietzsche. Ou encore, si lon pense aux œuvres déclarée, semble construit dabord sur une violente colère. philosophiques des Lumières qui sont également des œuvres litté- Linjonction décrire, chez vous, nest-elle pas prise dans la raires, la malice et lintelligence de Jacques le fataliste de Diderot tenaille de « écrire pour» (et cest la compassion) et « écrire ou leffleurement de la censure dans les Contes philosophiques de contre» (et cest la colère)? Voltaire. Les programmes de nos écoles témoignent de cette am- Je crois que nous ne nous remettons jamais vraiment de cet âge biguïté du littéraire et de la philosophie, qui ne cessent daller et magique ou sacré du verbe où il suffit de dire « pluie » pour quil venir entre commentaire littéraire ou philosophique des textes ca- se mette à pleuvoir. Cette foi renvoie aussi bien à lenfance quau noniques. Cette ambiguïté court de Montaigne jusquà Camus. texte sacré, quau théâtre, au cinéma ou au roman. Dieu dit: Et même de grands romans d action, daventure, entrent dans « Terre », et il y a la Terre. Lenfant entend: « le monstre» et il y a1 lhistoire sous le jour de leurs sens cachés, de leurs métaphores. Je un monstre. Le dramaturge écrit: « Elle tombe et meurt de pense à Moby Dick dont tous ceux qui sintéressent à la littérature chagrin» et les spectateurs acceptent quen tOmbant, le personna- connaissent limprégnation biblique. Nous sommes lecteurs avant ge meure de chagrin. À ma manière, jaimerais quil suffise décri-
  8. 8. re: « infomie » et « inversion » pour révéler linfamie dans lorga- LInversion de Hieronymus Bosch et Vies et mort dun terroristenisation des affaires humaines et renverser du même coup les va- américain sont les deux premiers volets d un seul et même travailleurs qui gouvernent nos sociétés. Je pense ici à la Genèse et à ces qui comprendra quatre livres. Ce travail a pour titre Strates. Cestphrases puissantes où le verbe crée la chose, où la chose éclot dans un tableau du monde à lère de limitation et de lersatz, un tra-le verbe. Cest cet âge sacré du verbe - son âge puissant - dont vail inachevé que je mets sous la paternité du texte de Walternous portons le souvenir - alors quil na jamais existé - et dont Benjamin: L Œuvre dart à lère de sa reproductibilité technique.nous avons la responsabilité après leffondrement du XX siècle. En ce sens, oui, jai cherché à produire - jinsiste sur ce mot deCertaines formes dart ont pris le parti de travailler à partir de la production qui implique des moyens pour créer les décors, les dé-langue morte. Ils en prennent acte, et la mettent en scène, en truire, etc. - avec ces deux premiers livres, une vision exacte dupoèmes, en romans. Je suis, je crois par mon père ou par mes ori- XXI siècle. Là où nous en sommes. Je ne dirais pas que la fictiongines juives, un type de lespérance. Celui qui attend le Messie y est au service de la pensée, car il me semble que la fiction est dé-tout en sachant quil y a assez peu de chance pour quil arrive du sormais à la fois la pensée et le réel. Ne parle-t-on pas dailleurssimple fait que jaurais écrit: « Tiens, didé-o-grammes - de v-idéo-grammes?voilà le Messie ». Le cœur de mon es- «pérance, toute ma foi, je les mets A part Senges, Volodine La ficüon façonne et englobe à tel point nos vies que nous y sommes in-dans le verbe et dans sa capacité à et quelques autres, qui se tégrés comme spectateurs, spect-ac-métamorphoser lordre des choses. teurs, auteurs. En ce sens, le travailPour que les aveugles aient des yeux. relient à une histoire de la des Strates cherche pleinement une for-Pour que louïe soit rendue aux malen- lecture médiévale ou davant me romanesque qui puisse dire le XXItendants. Surtout pour quune voix siècle. Il est à la fois une fresque, unehumaine soppose à ce règne de la le xx siècle, nous avons pris e expérience romanesque, et une mise enpuissance technocratique, gestionnai- mouvement de larchitecture généralere et assassine. Cest ce désir inconso- lhabitude de lire des livres de nos vies dans un temps qui succèdelable de métamorphose que les lec- "directs", sans code ». à la destruction du réel. Est-ce que jas-teurs ont senti dans mon premier signe à ce travail une mission identiquelivre. Ce que vous sentez de colère contre lArchimonde - les aux essais? Sans doute. Celle que je dois à mes expériences de lec-flux, les nomades volontaires - et contre la fausse révolte dandy tures philosophiques, poétiques ou littéraires: des livres qui nousdes postures transgressives - impasse de lart qui ne parvient pas à rendent voyants et nous aident à saisir, appréhender le temps oùquitter le XX siècle. Cest encore ce désir de métamorphose que nous sommes, sa complexité, sa démence; qui nous aident aussi àvous trouvez lorsque je men prends à la chape du devoir de mé- nous libérer de lhypnose où nous sommes tenus. Mais je seraismoire, notre « hantologie européenne », qui nous tient attachés aux tenté de dire quavec la fiction, nous faisons un pas de côté. Nousfantômes du siècle passé. Il nous revient, à nous autres, enfants de codons le texte pour quil entre en résonance avec le monde. Jela charnière des siècles, dinventer les formes littéraires, artistiques pense ici au livre de Jameson qui a ce titre génial: La Totalité com-et politiques de la vie au XXI siècle. Cest cette foi qui ne me me complot où il dit quaprès les « grands récits » - donc lidéologiequitte jamais lorsque jécris. Par contre, elle saccompagne dune marxiste qui offrait une vision totale de lHistoire - nous neprofonde crise lorsque les livres sortent. Car je m attends assez sommes pas restés longtemps orphelins. Nous nous sommes jetésnaïvement à voir, comme un enfant, une pluie de Bible si jécris: sur lidée du « complot » - et Jameson fait une étude savante de ce« Il y eut une pluie de Bible ». Je retrouve ici le problème du scéna- thème dans le cinéma. La paranoïa et le complot sont les deuxriste et du producteur qui savent quen écrivant: « La voiture ex- termes par lesquels nous conservons une vision totale du monde,plose au fond du ravin », ils augmentent les coûts de leur film. après le marxisme. Cest ce qui apparaît dans la folie de LancasterVous voyez donc que cette foi - écrire en souvenir dune puissan- Reynolds, le journaliste de L Inversion de H. Bosch, quand il de-ce biblique du verbe, pour changer lordre des choses - est sans vient dingue et se met à écrire: « Ils ne foisaient quUn. » Au fond,cesse contrariée. Jajoute ici lomniprésence de la langue morte: la pour ne pas céder à cette vision du complot, nous écrivons une fic-langue des médias qui tourne sur elle-même et produit partout tion qui puisse, un jour, nous aider à nous affranchir.un sentiment dimpuissance ou dapocalypse. Je me demandedailleurs si ce ne serait pas une question préalable pour définir Dans LInversion de Hieronymus Bosch, vous multipliez lesQuel type décrivain êtes-vous? Savoir de quel côté on se place de signes dune modernité annoncée (le clonage de Paris en Pa-là p ocalypse. Ça renvoie à ce que vous suggérez: jécris pour - ris-Texas, la people attitude, le cosmopolitisme, etc.) notam-compassion pour lhomme, ce quil en reste, mais aussi, écriture ment par lentreprise de Leopold qui lance mondialement,du temps des monstres et des catastrophes, de la fêlure, de la frag- via ses sex-toys, une nouvelle sexualité planétaire, désincar-mentation - et contre les produits de la langue morte, de lHistoi- née, dé-moralisée, consumériste et onaniste. Comment vousre répliquée, ânonnée. Mais je crois plus encore que linjonction est venue lidée de cette entreprise: « Designing Desire »?décrire vient simplement dune nécessité de survie. Je naccepte Je navais pas encore le plan des Strates. Les quatre livres, lar-pas que nous soyons sans cesse exclus du sens de nos vies. D où chéologie, etc. Mais je pensais beaucoup à cette nécessité de codercette nécessité de contre-écrire: à rebours de la production monu- le roman, comme au XVIIIe siècle. Nous venions juste dentrermentale de la fatalité. dans le XXI" siècle quand je lai commencé et dès les premiers mois, tous les traits de caractère des temps nouveaux étaient tra- Vos deux premiers romans (LInversion de Hieronymus Bosch cés. Je pense ici aux attentats du Il septembre 2001 qui ouvrent et Vies et mort dun terroriste américain) se rapprochent des le siècle et lui donnent sa forme. Le sentiment dirréalité du réel, romans de lanticipation sociale dun J. G. Ballard dans leur la démesure, la démence, une forme extrême de la foi .. . On re- façon spéculative daborder le XXI" siècle. Ne leur avez-vons trouvait aussi dans ce moment le thème du complot, de la pas confié la même mission que vos essais? La fiction nest-el- conspiration: Al Qaïda, la figure spectrale, inquiétante du pèlerin le pas au service dune pensée dans ces deux livres? Oussama Ben Laden. Puis il y avait larchaïque, le dénuement -
  9. 9. les couteaux des terroristes - contre lhypermodernité - les tours du code dans nos lectures. À part Pierre Senges, Antoine Volodine du WTC. Passés leffroi, le tremblement, les médias se jetèrent et quelques autres contemporains, qui se relient à une histoire de sur la première thèse venue pour expliquer lHistoire en cours. Ce la lecture médiévale ou davant le XXe siècle, nous avons pris lha- fut le cLash des civilisations: lutte à mort de lOccident contre bitude de lire des livres « directs », sans code. Les Américains ont lobscurantisme islamiste. Il y avait tout ce bavardage, ce mélange une expression pour ça: nous vivons dans une culture « in your fa- de propagande, de peur, de critiques qui empêchaient toute inter- ce ». Pourtant, il me semble que cest bien cette écriture codée quivention directe dans la fiction qui nous était imposée. Cest de là tisse le rapport - et le pacte de lecture - le plus fort, car elle a be- que naît la nécessité de coder, de déplacer. Je ne pourrais pas dire soin du lecteur, de sa complicité. terme à terme ce qui est dans le roman « à la place de ». Je crois que cest au lecteur de faire le lien entre le roman et ses propres Ce codage nest-il pas aussi un moyen de vous tenir à dis-référents, ses sensations. Jaime les livres - et cest ainsi quon li- tance de la source de vos romans? Avec Vies potentielles, onsait les Contes philosophiques de Voltaire à lécole - qui exigent sent une fluidité plus grande (même si vous la brouillezque le lecteur, par-delà la censure, donc aujourdhui labondance, formellement), comme si avec ce nouveau livre vous com-fasse le lien entre ce quil lit et ce qui est là, sous ses yeux. Ce qui menciez à tomber les masques. Pour le dire autrement: lesous-tend Designing Desire, lentreprise de Leopold, cest une vi- codage nest-il pas un moyen pour vous davancer dession du mode de vie occidental: la mécanique qui cherche à rap- choses quil vous est nécessaire de circonscrire (le désir, laprocher le désir de sa satisfaction. Je mappuie dans lécriture sur folie, la paranoïa) mais quil vous est impossible de dénu-les modèles micro-économiques de Léon Walras, léconomiste qui der car trop intimes?a mis les pulsions humaines en équation et mathématisé le désir Le premier livre des Strates ne fonctionnait pas, car il planait au-humain (via son « taux marginal de substitution »), et qui donne, dessus du monde - comme une théorie ou une fable sans corps.dans L Inversion de H. Bosch : la maximisation du taux de jouissan- Or cest précisément dans cette impasse - personnages-fonctions,ce. Jai déplacé la fiction d un clash des civilisations et lai recodée histoire-machine, absence de corps et de pulsation humaine - queen une lutte entre abstinence et chasteté -lécologie au XXI<siècle je me suis mis à creuser. Cest pourquoi dans Vies et mort dun ter-contre le temps des catastrophes. Mais il y avait encore autre chose roriste américain, il y a trace dune première entaille, lorsquondans la construction du personnage de Leopold qui me poussait à entre dans la vie dAlexis, le scénariste, qui est aussi un double,imaginer un Sade contemporain, un industriel. Lhypothèse est Alexis étant le prénom que mes parents mont donné à la naissan-dautant plus appropriée si lon connaît lobsession de Sade pour ce. À ce moment-là, le vernis de fiction - lécran du livre derrièreles nombres, les combinaisons. Je crois que L Inversion ... est un lequel je me cachais en disant, « ce nest pas moi, cest la machine etlivre qui na pas été compris, car nous navons plus cette culture la nécessité qui produisent cette histoire » - est percé. Ce fut, pour
  10. 10. moi, un long combat contre et avec la pudeur qui dans ma famille appris quavant dêtre père, je fus dabord un fils ». Il y a, en effet,est comme un coffre de banque. Il ya le corps, mais on nen par- une initiation par la mort des miens qui a présidé à lécriture dulait pas. Il y a la chair et la douleur, mais on les réduit au silence à livre. Ce savoir immémorial - que lon apprend au contact decoup de médicaments. Il y a la passion, mais on ne la montre pas. ceux qui sapprêtent à mourir - travaille à rebours de ce mondeIl yale suicide - de Camille, mon arrière-grand-père, le banquier technocratique où la mort est cachée, dissimulée. Avec la m aladieécrivain dont jai pris le prénom pour écrire - mais on le cache. Il de mon père, jai fait lexpérience de ce savoir immémorial. Jy aiy a la folie, mais elle fait peur et on lexpulse. Il y a la mort, mais été initié et je lai éprouvé physiquement. Il m e nseigneon fait mine de pouvoir lignorer. Il y a la vieillesse et le déclin, aujourdhui que si nous écoutons le cycle des vies et des morts, simais on sen détourne. Cest la vie intime -la biographie - qui va nous parvenons à nous ré-inscrire dans le sens dune transmis-me contraindre à percer ce coffre de pudeur dans lequel la littéra- sion, et du lien qui nous unit à toutes les particules de ce mondeture se cache. Ce sont les années où je perds tous les membres de en feu - par la compassion, mais aussi par la joie, lespoir et unma famille biologique - mon frère, dabord, qui se suicide, ma grand acquiescement, le rire puissant du sage qui sait que tout cemère qui le suit très brutalement et meurt, lannée suivante, puis la qui advient doit être, y compris la douleur - alors cest toutemaladie de mon père et finalement, cetre dernière année où je ten- lillusion de la liberté qui tombe; illusion du choix, de laffran-te de laccompagner, dêtre à ses côtés, où il me conduit vers la foi, chissement, de larrachement. Impasse de la volonté, etc. Jaila présence. Au cours de ces années, les forces me manquent pour dabord été un enfant de la rupture. Jai adopté des manières, uneécrire. Trois personnes de ma famille disparaissent et trois enfants sexualité, un style de rupture. Je me rêvais orphelin, fils du cani-naissent, dont japprends chaque jour à être plus « le père ». À par- veau, alors que jétais un petit garçon bien protégé. Je marchaistir de là, le contournement de la vie - par la·fiction - devient inte- dans le sens de lorphelinat. Et puis, tout le monde est mort au-nable et je me soumets à ce que je pourrais appeler « limpératif de tour de moi. Il a fallu me relier aux voix, aux paroles, aux traces, àla voix ». Accepter la voix humaine qui parle en nous - voix para- la mémoire de mon frère, de ma mère, de mon père. Cest ce ges-doxale dun animal qui sait quil va mourir. Accepter de descendre te - de relecture et de reliure - un mot du livre: la reliure - quien humanité, en compassion avec nos espérances et nos douleurs, est au cœur des Vies plJtentielles. Jai enfin compris pourquoi jeet reconnaître mes propres états de démence, dangoisse. Travailler métais d abord trompé en prenant le prénom de mon arrière-enfin avec ce matériau brut de honte et de culpabilité dont nous grand-père, Camille, et le nom de jeune fille de ma grand-mère,sommes tissés. Je dois _ dire que cest également à cette époque, de Toledo, pour minventer écrivain. Ce que je croyais au départpour lutter contre mes angoisses et certaines douleurs que je me un geste contre - rompre avec le nom donné, mon nom de nais-mets à pratiquer lhypnose ericksonienne: pratiques et exercices sance, la famille, etc. - était en fait une manière de me réinscrirequi maident, chaque jour, à retrouver une force, par-delà ou en dans une chaîne de transmission. Entre les vivants et les morts.deçà de la peur. En cela, Vies plJtentielles est un livre charnière dema vie. Après lui, plus rien ne sera comme avant. . Comment est né ce livre? Pourquoi tisse-t-il des « vies po- tentielles » à leur exégèse? Vies potentielles est-il le livre de lacceptation? Une manière Ce sont les deux « âges» du livre, ses deux stations. Il y a dabord dendosser lhéritage des disparus et daccepter de parler pour le vieux rêve de lécriture. Écrire le livre-miroir du monde. Jai eux? donc commencé par collectionner des Vies de femmes etVoyez la dédicace du livre: « Pour vous, mes enfants, ce livre où jai dhommes du XXIc siècle. Petites fables, mythes, histoires, boutsLambeaux dOsiris ies protentielles est un livre constitué phique empêché jusque-là par la fiction. 1958: rr Il ny a pas de raison que lhumanitéV de morceaux épars. Dune part les vies relatées en de courts chapitres .Ces vies potentielles perpétuent le fil narra- rr En commençant ce livre, je métais promis de collectionner des gens fêlés pour créer, à limage des portraits dancêtres dans les soit exemptée de ce quelle inflige aux choses. L homme, en fissurant latome, se brise également. Il /ignore, mais il le sent. ))tif tissé dans Vies et mort dun terroriste vieux manoirs, la première galerie de notre La prière que lon entend est une plainte, laaméricain où plusieurs possibilités étaient orphelinat : une généalogie sans racines. )) vision dun monde à lère du nucléaire, dunoffertes à la fiction, un peu dans le registre Sauf que peu à peu, les portraits qui sim- monde atomisé. Ces Vies petentielles, telsde ce que fait un Régis Jauffret. Écrire ces posent sont ceux dune généalogie réelle, les lambeaux dOsiris, le dieu de la fertilitévies potentielles est une manière aussi de rappelée dans lespace du livre par la figure et de la résurrection, forment le lien entrene pas faire le deuil des vies quon aurait du père que lauteur accompagne jusquà la les morts et ceux qui viendront après nous.pu avoir pour peu quon eût la maîtrise de mort. La fiction autant que lexégèse dres- Ils désignent, ces récits, le rôle primordialnotre origine et de notre destin. Pourtant, saient en réalité le tombeau familial. Une de la littérature qui maintient le passageVie protentielles est aussi un livre de deuil. troisième voie strie le livre qui, aujourdhui entre la mort et la vie . Lien fragile et ténuChaque vie est en effet prolongée dune très particulièrement, fait entendre un écho qui fonde peut-être lessence de lhumani-exégèse qui rattache le récit, sa naissance, saisissant. Cest une prière qui vient, à in- té. Tant quil y aura des hommes.à Abraham le narrateur, double transparent tervalle régulier, déchirer la litanie des viesde lauteur. Ainsi, du texte fictif à son com- et que précède une citation placée en VIES P0TENTIELLES Seuil, ({ La librairie du XXI mentaire se noue le matériau autobiogra- exergue, signée de Arun Behtji et datée de siècle », 313 pages, 19 €
  11. 11. Cette image de lhéritier qui porte les voix dispa- rues a quelque chose de christique. Votre écriture, avec ces Vies potentielles ne se dirige-t-elle pas vers une forme de mysticisme? Je crois que la question qui naît de la perte prématurée de ma famille rejoint celle de tous les survivants: « Pour- quoi ai-je échappé à la mort? » Par quel commandement? Que dois-je accomplir, qui justifie que je vive encore? Cette question, nous pouvons lévacuer, ne pas y ré- pondre et dire: « ça n est pas mon histoire ». Ou bien, en suivant une pensée rationnelle classique, nous en éloigner et penser que les choses sont séparées: « Chacun sa vie ». Mais il y a une autre réponse, celle qui vous conduit pré- cisément à une vision mystique et animale de lexistence humaine. Cela revient à accepter dêtre inclus et relié aux morts et aux vivants, de nêtre quun trait dunion, un cycle, entre deux cycles de vie et de mort, un filtre de langue, doubli, de joie, de transmission. Cest vers cette réponse-là que jai été porté par mon père et sa foi dans les derniers mois de sa vie: je suis né de cette famille qui est morte, jai hérité de son histoire, de ses voix, de ses mémoires. Et cest alors que jai pu entendre le sens de chaque douleur, de chaque perte. Il ny a rien de « chris- tique» dans cette expérience, car il ny a pas de sacrifice. Ce que je pressentais enfant est revenu: une vision ma- gique du réel, une intensité de foi, un état suspendu de la vie, entre démence et consolation, une présence quoti- dienne des morts. Mais si jai basculé du côté du mystère, cest aussi, dans une forme de mystique du livre et de la lettre. Depuis des décennies, nous cherchons à sauver le livre en le poussant du côté de la performance, de la scène, du live, en exhi- bant partout des écrivains vivants, pour les transformer en personnages publics. Cela soppose, pour moi , à ce quest un livre: un lieu hors de la présence, hors du mon- de, où un sens codé vous relie à une pensée, une nécessi- té, une histoire. Exhiber le livre, cest vouloir mettre lin- et fragments où se révèle létat hypothétique de notre vie sur terre. visible du côté du visible et cest, à mes yeux, une profonde1Cest aussi ce que je nomme « ramifiction »en parlant dun lapsus erreur. Le rapport du lecteur au livre est un rapport de type mys- de lecteur que jai eu en classant des lettres de mon père. Ramific- tique. Il est là, sans médiation - sans scène - en contact avec le tion infinie de nos têtes où un jeune homme vit dans le film quil texte. Nous devons oeuvrer à sauver ce rapport silencieux et se- croit écrit pour lui, où une femme vit dans une image de lamour cret, car cest là, à mes yeux, que se construit - ou reconstruit - qui ne lui appartient pas, où un père imaginaire récolte des pho- tout le sens que nous pouvons espérer.1 tos denfants volés, où une Anglaise, Isabella Dawthorne, dresse la Propos recueillis par Thierry Guichard liste de toutes les choses quelle aurait aimé être. Cette galerie Photos: Olivier Roller dorphelins, de fous, de mythomanes, cette collection de gens bri- sés, fêlés, aurait pu sétendre à linfini. Mais il y a ce retour au tex- te, au manuscrit, après la mort de mon père où jai senti quil manquait à ces Vies laurre moitié du monde: celle où nous cher- BIBLlOGBAPHm chons à recoller nos vies en morceaux, contre cet horizon nucléai- re de lHomme où tour se fissure et se fragmente, lesprit, le • Vies petentielles, roman, Seuil, (( La Librairie du XXI" siècle ll, 2011 corps, le livre, la matière - la « fission du noyau de lêtre ». Je me • Le Hêtre et le bouleau, essai sur la tristesse européenne, essai, suis donc mis à contre-écrire, à rebours de ces Vies, contre cette fis- Seuil, (( La Librairie du XXI" siècle, 2009 sure, pour survivre à la mort des miens. Ce fut le temps de « lexé- • Visiter le Flurkistan ou les illusions de la littérature monde, essai, gète » qui se nomme Abraham dans le livre et qui est mon double. PUF, (( Travaux pratiques ll, 2008 Il commente ces histoires et les prolonge en se mêlant aux person- • Vies et mort dun terroriste américain, roman, Verticales, 2007 nages, à leurs fictions, aux histoires racontées. La circulation entre • LInversion de Hieronimus Bosch, roman, Verticales, 2005 ces deux âges du texte est le moteur dramatique des Vies p@ten- • Archimondain, jolipunk - Confessions dun jeune homme à contretemps, tielles. Une circulation entre des Vies que lon croit inventées et essai, Cal mann-Lévy, 2002; Le Livre de poche, 2005 une vie à laquelle on sattache, une vie de lecteur, la vie de lexégè- te, qui cherche à se relier à son père, malade, à sa mère, à son frère Sous le nom de Oscar Philipsen et marche à rebours de notre orphelinat. • Rêves, livre-cd avec Keren Ann, La Martinière, 2004

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