Supplement lr ademe

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Supplement lr ademe

  1. 1. juillet-août 2010 Cahier spécial – Ne peut être vendu séparément Inventons notre futur
  2. 2. ÉDITO Expérimenter les futurs possibles es défis de l’énergie et du change- les verrous de ces technologies innovantes, L ment climatique imposent une profonde mutation de nos sociétés. Il nous faut changer nos modes de vie bien trop énergivores pour satisfaire les besoins de 9 milliards d’habitants, valider leur faisabilité et leurs performances en visant une commercialisation d’ici à 2020. Il s’agit ainsi d’expérimenter ce que seront jacques le goff population prévue en 2050, changer nos les bâtiments du futur qui devront être modes de production et nos habitudes à « énergie positive », c’est-à-dire très de consommation. Nous pouvons bien sûr performants et consommant globalement Philippe Van De Maele d’ores et déjà modifier nos comportements. moins d’énergie qu’ils n’en produiront Président de l’Ademe Néanmoins, il nous faut également grâce aux énergies renouvelables. Mais aussi transformer notre système technique d’expérimenter de nouveaux systèmes et et inventer de nouvelles organisations services de mobilité pour une ville durable, pour les villes et les territoires. de nouveaux véhicules, de nouvelles sources Le Grenelle de l’environnement a permis d’énergie issues de la mer, du Soleil, un large consensus entre tous les acteurs du vent, de la biomasse, etc. de la société pour fixer les orientations préparer le long et identifier les pistes de recherche, Pour chaque thématique, avec un panel terme suppose afin de parvenir à un monde plus varié d’experts, l’Ademe définit une feuille d’explorer respectueux de notre environnement de route afin d’identifier les déploiements la faisabilité et des ressources épuisables. Le développe- possibles et les verrous, si possible dans de nombreuses ment des recherches sur toutes les options une perspective de long terme (2050). technologies visant à réduire nos consommations Depuis deux ans, l’Agence s’est engagée qui sont encore d’énergie, à mieux exploiter les énergies sur ce programme à grande échelle, dans les renouvelables et à limiter les émissions et l’intérêt porté par les chercheurs laboratoires. de gaz à effet de serre figure parmi et les entreprises à ces expérimentations les premières priorités. a permis d’ores et déjà de sélectionner notamment une trentaine de démonstra- Préparer le long terme suppose d’explorer teurs de véhicules, de solutions de captage la faisabilité de nombreuses technologies et de stockage du CO2, d’énergies des mers, qui sont encore dans les laboratoires. de biocarburants de seconde génération. L’Ademe est notamment chargée de la mise en œuvre de ces expérimentations. L’Agence Le partenariat avec La Recherche au travers a été dotée d’un fonds de 325 millions de ce numéro spécial nous permet d’euros sur quatre ans pour aider à de partager ces initiatives avec le plus grand la réalisation de « démonstrateurs nombre de lecteurs. C’est essentiel de recherche », technologies testées au stade car ces innovations ne se déploieront expérimental entre la phase de recherche que si elles répondent à nos besoins et et l’industrialisation. Objectifs : vaincre que les citoyens se les approprient. photo de couverture : richard bouhet/afp creative/ph la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 3
  3. 3. SOMMAIRE Le cahier 2 de La Recherche ne peut être vendu séparément du cahier 1 (LR N° 443). Le cahier spécial du magazine « La Recherche » a été élaboré les hommes les ressources avec le concours de l’Ademe. Sophia Publications 74, avenue du Maine – 75014 Peut-on avoir confiance dans repères Paris. Tél. : 01 44 10 10 10 e-mail rédaction : la technologie ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 Les promesses des renouvelables . . 18 courrier@larecherche.fr L’innovation technologique doit Pour joindre directement par téléphone un membre de la se faire dans la concertation. énergie solaire rédaction, composez le 01 44 10, suivi des quatre chiffres placés après son nom. Abonnements, anciens numéros, reliures la ville abo.recherche@groupe-gli.com La Recherche Service Abonnement repères 22, rue René Boulanger, 75472 Paris Cedex 10 Des solutions pour un urbanisme Tarif France : 1 an 11 nurméros, 59,00 €, durable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 1 an 11 nos + 4 hors-série, 79,50 €. Tarif international : nous contacter. transports Directrice de la rédaction : Aline Richard Vers une offre globale de mobilité . . 10 Directeur scientifique : Les véhicules de demain devront Jean-Michel Ghidaglia Comment profiter du Soleil ? . . . . . . . . . 20 Rédactrice en chef adjointe s’adapter à la diversité des besoins. du cahier 2 : Isabelle Bellin L’électricité solaire décolle à nouveau. Directeur artistique du cahier 2: urbanisme Technologiquement, tout reste possible. Alain de Pommereau/Édido Iconographie du cahier 2 : Xavier Lucas/Édido « Le métabolisme urbain Chef de projet édition du est à revoir» . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 énergie marine cahier 2 : Dominique Friocourt/Édido Exploiter les forces de la mer ........ 22 Fabrication : Christophe De nouveaux plans de déplacement Perrusson (13 78) sont nécessaires pour favoriser Vents, courants, vagues… Les filières Directrice commerciale publicité les modes doux. interview prometteuses d’une énergie durable. et hors média : Caroline Nourry (13 96) Chef de projet partenariats : bâtiments biomasse Stéphanie Jullien (54 55) « Une gestion des terres de plus Publicité Responsable clientèle : en plus complexe » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Antoine Faure (12 57) Marketing direct et abonnements Les surfaces cultivables sont limitées Directrice : Virginie Marliac (54 49) mais leur usage s’amplifie. interview Responsable gestion des abonnés : Isabelle Parez (13 60) Chargée du marketing : biocarburants Estelle Castillo (54 51) L’ère des bioraffineries . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 Ventes au numéro Directrice : Evelyne Miont (13 80) Ces usines nouvelles utiliseraient la Responsable Internet : Jean-Brice Ouvrier (54 52) plante entière comme matière première. Directeur administratif et financier : Dounia Ammor (13 73) Comptabilité : Marie-Françoise stockage de co2 Chotard (13 43) La Recherche est publiée par Des constructions productrices Enfouir ce gaz encombrant . . . . . . . . . . . . 26 Sophia Publications, filiale de Financière Tallandier. d’énergie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Confiner le CO2 en sous-sol pour agir Président-directeur général Bâtir des édifices sobres, réhabiliter sur le réchauffement climatique ? et Directeur de la publication : Philippe Clerget le parc ancien : le bâtiment permet Les titres, les intertitres, les textes beaucoup d’économies d’énergie. smart grid de présentation et les légendes sont établis par la rédaction. La loi du 11 mars « Il faut adapter nos réseaux 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. air électriques » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le La pollution est aussi à l’intérieur .. 16 Le développement de réseaux consentement de l’auteur, ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4 du Code de propriété Nos logements produisent un cocktail intelligents, une priorité. interview intellectuelle). Toute copie doit avoir l’accord du Centre français du droit d’émanations nuisibles pour la santé. de copie (CFC, 20, rue des Grands- Augustins, 75006 Paris. Tél. : 01 44 07 47 70. Fax : 01 46 34 67 19). L’éditeur sols L’AVENIR s’autorise à refuser toute insertion qui semblerait contraire aux intérêts moraux ou matériels de la publication. Terrains surveillés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 Se préparer à l’horizon 2050 ......... 30 Cahier 2 de La Recherche – Commission paritaire : 0909 K85863 ISSN 0029-5671 Les sols sont fragiles. Leur protection Les pistes technologiques pour Imprimerie Canale, Via Liguria 24, 10071 Borgaro, Torino (Italie). Dépôt légal à et leur remise en état sont cruciales. répondre aux enjeux de demain. parution. © 2010 SOPHIA PUBLICATIONS. IMPRIMÉ EN ITALIE. PRINTED IN ITALY 4 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010
  4. 4. les hommes Peut-on avoir confiance dans la technologie? L’innovation scientifique porte par essence son lot de risques, plus ou moins bien évalués. Pourquoi certains sont-ils mis en exergue, d’autres ignorés? Leur perception serait-elle de plus en plus paradoxale, subjective, individuelle? david grubbs/ap/sipa ouvrage d’Ulrich Beck La Société du aux conséquences potentiellement considéra- s Des technologies L’ risque » (1) a un quart de siècle. Publié pour la première fois en 1986, il a aujourd’hui un caractère prophétique car, pour la première fois, un sociologue défi- bles : c’est le cas, bien entendu, de l’usage de l’énergie nucléaire civile pour lequel l’accident de Tchernobyl (26 avril 1986) a donné un exemple dramatique. Mais ce sont aussi les paraissant bénéficer d’une image très positive suscitent aujourd’hui la polémique. Tel est notamment le cas nissait le risque comme le trait saillant des questions posées par de nouvelles technolo- de l’éolienne. sociétés modernes. Pourtant, l’idée de caracté- gies dont l’évaluation en termes de risques fait riser notre monde par la notion de risque l’objet de controverses sociales, probablement paraissait a priori paradoxale : les acquis des déroutantes pour le consommateur et le sciences et des techniques n’ont-ils pas rendu citoyen (OGM, nanotechnologies, etc.). notre monde plus sûr ? Ne vivons-nous pas La capacité et la volonté de nos gouvernants à dans des sociétés au sein desquelles l’espé- gérer les risques constituent d’autres motifs rance de vie ne cesse de progresser ? Sans d’inquiétude au sein de nos sociétés. Sans doute, mais plusieurs éléments viennent doute le devoir d’assurer la sûreté publique aujourd’hui conforter les thèses d’Ulrich Beck. est-il une fonction assumée précocement par C’est d’abord que le risque ne s’évalue pas seu- les États modernes. Pourtant, cette fonction lement à sa probabilité de réalisation mais régalienne est aujourd’hui mise en question aussi, et de manière indissociable, à l’ampleur pour deux raisons : c’est d’abord que la com- des dommages qui seraient causés s’il adve- plexité de l’évaluation et de la gestion du (1) La Société du risque : sur la voie d’une autre nait qu’il se réalise. Or bien des technologies risque est devenue considérable. Le récent modernité, Flammarion, paraissent aujourd’hui porteuses de risques « principe de précaution » propose un cadre 2008. la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 5
  5. 5. les hommes de conduite très général, mais il ne donne pas titutions ou des personnes nous évite d’avoir de recettes très précises à l’usage des gouver- à vérifier au cas par cas que nous ne risquons nants dans des situations concrètes d’incerti- pas d’être trompés. Mais aujourd’hui, en qui tude : doit-on par principe refuser toute cul- avoir confiance dans ce domaine puisque les ture de plantes génétiquement modifiées ? évaluations proviennent de sources variées et Est-il raisonnable d’étiqueter tout produit souvent divergentes et que le soupçon de incluant l‘usage de nanotechnologies ? La connivence avec des intérêts matériels est multiplicité des expertises et leurs conclu- presque toujours sous-jacent ? sions souvent contradictoires placent aujour- Cette perte de confiance reflète les doutes nés d’hui les gouvernants dans des situations de de la gestion des crises scientifiques ou tech- dilemmes qui les conduisent parfois à surréa- niques des vingt dernières années : sang gir pour éviter de se trouver mis en accusation contaminé, vache folle, OGM et, plus récem- pour défaut de précaution. La récente mise en ment, nanotechnologies. Le mythe scienti- cause de la gestion par le gouvernement de la fique – l’image d’une science universelle et grippe A donne un exemple frappant des dif- désintéressée – a souffert du soupçon de ficultés auxquelles sont aujourd’hui confron- connivence avec les intérêts matériels. La tés les gouvernants en matière de gestion du science, en tant que telle, demeure une valeur risque : le risque lié à la grippe A a-t-il été cor- sociale reconnue, mais on souhaite plus qu’au- rectement évalué ? Le vaccin lui-même pré- trefois qu’elle fasse l’objet d’un contrôle social. s Le public n’exige sans doute pas le risque sentait-il par nature des risques ? Enfin, peut- Doit-on conclure de cette situation nouvelle zéro. En témoigne on soupçonner que des intérêts financiers que le public exige aujourd’hui le risque zéro l’usage généralisé soient intervenus dans le processus de déci- en matière d’innovation scientifique ou tech- du mobile, malgré les nombreuses alertes sion et, plus précisément, que les firmes phar- nique ? Sans doute pas si l’on en juge par l’uti- dont il a fait l’objet. maceutiques qui ont fabriqué le vaccin aient lisation qui est faite de nombreuses technolo- contribué à exagérer l’évaluation du risque de gies nouvelles. L’exemple du téléphone mobile t La mobilisation la grippe A pour bénéficier des commandes est ici particulièrement éclairant. Au cours des anti-OGM reflète bien de vaccin ? dix dernières années, son usage s’est généra- les doutes nés de la gestion des Au-delà du cas d’espèce, cette affaire démon- lisé, malgré son coût assez élevé. Or plusieurs crises scientifiques tre aussi à quel point un élément clé, celui que alertes ont été lancées ces dernières années sur précédentes. constituait la notion de confiance, s’est aujourd’hui délité. Ici, comme dans d’autres exemples, le défaut de confiance du public porte sur deux éléments : le jugement de capacité et le soupçon de connivence avec des intérêts privés. En d’autres termes, les doutes du public portent d’abord sur la capacité des experts à dresser un bilan bénéfice/risque convaincant et en second lieu sur l’indépen- dance de ces mêmes experts vis-à-vis des lob- bies industriels. perception de la confiance. La remise en cause du mécanisme de la confiance est dé- sormais au cœur du renouvellement de la pro- blématique du risque. Avoir confiance en ceux qui évaluaient le risque était une façon écono- mique de porter des jugements sur des objets scientifiques ou techniques complexes. La confiance est en effet pour les sociologues (2) « un mécanisme de réduction de la complexité sociale » : avoir confiance a priori dans des ins- 6 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010
  6. 6. écologiste. Sans doute, mais des associations de riverains font désormais valoir que ces implantations portent atteinte aux paysages, qu’elles impliquent un dommage lié au bruit de fonctionnement, et qu’elles génèrent peut- être d’autres risques dont témoignent aujourd’hui des plaignants qui s’estiment malades de la présence dans leur voisinage d’un champ d’éoliennes. Là encore, ce n’est pas le niveau « objectif » du risque qui compte – à supposer que cette notion ait un sens –, mais le calcul que font les riverains entre leur propre risque et leur propre bénéfice. débat public. On objectera que l’échec de photos : dr ces implantations tient aussi au manque de concertation préalable. On sait en effet aujourd’hui que le modèle traditionnel « Déci- les risques induits par son utilisation. Crédibles der, annoncer, défendre » (un équipement, ou non, ces alertes auraient dû générer des une installation industrielle, etc.) ne fonc- controverses et des mouvements de rejet de tionne plus face à une société qui a considé- chacun d’entre son utilisation, ou a minima une généralisation rablement évolué dans ses structures sociales nous élabore de l’usage de l’oreillette qui, sans écarter tout et culturelles. Bien souvent, les opérateurs ont sa propre danger, éloigne le signal du cerveau de l’utili- à convaincre non une société rurale, mal équation sateur. Il n’en a rien été, et la controverse qui armée culturellement, mais une société com- risque/bénéfice s’est développée concerne non le téléphone lui- posite où les néo-ruraux, actifs ou retraités, en choisissant même mais les antennes qui transmettent le forment la trame experte d’une opposition des modes de vie signal dont les implantations sont souvent résolue aux projets industriels. Dans cette plus ou moins contestées par des riverains. La sociologie de la nouvelle situation, le suivi de bonnes pra- risqués pour perception du risque qui s’est développée ces tiques de concertation est crucial. On en des bénéfices dernières années (3) explique parfaitement ce connait à peu près les règles (4) : en amont de plus ou moins paradoxe : on craint d’autant plus un risque la décision, rechercher la participation de valorisés. qu’il vous est imposé sans concertation préala- toutes les parties prenantes, les convier à un ble (l’antenne dans le voisinage), alors que l’on débat ouvert et transparent, leur fournir les s’accommode aisément de celui qu’on a soi- possibilités d’accéder à l’information tech- même choisi (le téléphone). Plus précisément, nique, voire de produire leur propre expertise on peut généraliser cette proposition en faisant contradictoire, etc. Depuis une vingtaine d’an- l’hypothèse que chacun d’entre nous élabore nées, ces pratiques ont été peu à peu expéri- pour son compte sa propre équation mentées puis instituées en France, notam- (2) Niklas Luhmann, La Confiance. risque/bénéfice en « choisissant » des modes ment avec la création et la montée en Un mécanisme de réduction de vie plus ou moins risqués pour des béné- puissance de la Commission nationale du de la complexité sociale, Economica, 2005. fiques plus ou moins valorisés. Du fait de cette débat public (5) (CNDP). Pas plus qu’elle ne (3) Daniel Boy, Pourquoi individualisation de la notion de risque, des refuse par principe le risque, la société ne avons-nous peur de la technologies qui paraissaient il y a peu bénéfi- rejette toute implantation d’équipement. Mais technologie ? Presses de cier d’une image particulièrement positive sont elle demande à ce que lui soit reconnu le droit Sciences Po, 2007. aujourd’hui remises en question. C’est par de débattre à travers une procédure réglée et (4) Michel Callon, Pierre Lascoumes,Yannick Barthe, exemple le cas des implantations d’éoliennes. du fond (l’opportunité) et de la forme du pro- Agir dans un monde Fournissant une énergie renouvelable, ne pré- jet (ses modalités de réalisation). incertain : essai sur la démocratie technique, sentant pas a priori de risque majeur pour le daniel boy Seuil, 2001. voisinage, les éoliennes semblaient représen- Directeur de recherche au Centre d’étude (5) www.debatpublic.fr ter un mode de production proche de l’idéal de la vie politique française (Cévipof ) la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 7
  7. 7. la ville REPÈRES Des solutions pour un urbanis En France, en 2008, bâtiments et transports ont consommé les troi de 64 % des émissions de CO2. Ces deux secteurs doivent impérati Maîtriser les bâtiments énergivores Bâtiment à énergie Bâtiment ancien positive Objectif Réglementation Étiquette énergie En kWh/m2/an bâtiments bâtiments neufs d’énergie primaire Construits avant Parfaitement isolé existants 1975, ils sont 2020 <0 A+ Bâtiment à énergie positive avec des doubles ou particulièrement triples vitrages, des 2012 ≤ 50 A Bât. basse consommation énergivores. Ils isolants performants et 2020 51 à 90 B Bât. à très haute perfor- représentent environ une ventilation double 2012 91 à 150 C mance énergétique 60 % du parc. flux (l’air sortant 2005 151 à 230 D Bâtiment récent Objectif : améliorer préchauffe l’air entrant), l’isolation et il n’a presque plus 231 à 330 E la ventilation. besoin de chauffage. 331 à 450 F Équipé notamment de Avant 1975 > 450 G Bât. ancien panneaux solaires photovoltaïques et de capteurs thermiques, il tous les bâtiments (chaudières à conden- Bâtiment récent produit en un an plus neufs devront être à sation, pompes à d’énergie qu’il n’en énergie positive. chaleur). Un bâtiment Construits selon consomme. En 2020, neuf consomme la réglementation Bâtiment basse 50 kWh/m2/an, une thermique RT 2005, ils consommation (BBC) rénovation, entre 80 et consomment entre 80 100 kWh/m2/an. Début et 250 kWh/m2/an en Bien isolé, il 2010, 700 bâtiments majorité pour le bénéficie de moyens chauffage, et sont dr démonstrateurs, de chauffage 148 logements et un encore mal isolés. Maison Phénix BBC. très perfor - bâtiment tertiaire mants étaient labellisés BBC. Consommation d’énergie par usage En Mtep, 2007 Bâtiment à très 30 haute performance La consommation annuelle énergétique (THPE) est passée de 56 Mtep en 1973 à 69 Mtep en 2008. Ce label français 20 atteste une consomma- Chauffage Eau Électricité tion inférieure d’au chaude spécifique moins 20 % par rapport 10 Sanitaire Éclairage, à la réglementation et cuisson informatique… thermique de 2005 résidentiel Immeuble à énergie positive à Montpellier. (RT 2005). 0 tertiaire dr 8 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010
  8. 8. ‹ La consommation des bâtiments est évoquée en kilowatt- heure par mètre carré et par an : me durable kWh/m2/an ‹ La consommation d’un secteur est exprimée en million s quarts de l’énergie et ont été responsables de tonnes d’équiva - lent pétrole : Mtep vement progresser. Diversifier les modes de transport er ages serv Privilégier la mobilité urbaine ./urba im La ville durable n’est Les transports plus le terrain de jeu collectifs et les jaffre j.c exclusif de la voiture. modes doux Se déplacer autrement doivent reprendre est devenu un enjeu leurs droits. Des doivent être mises essentiel en ville. solutions alternatives, en œuvre. Des services Toute la planification comme des véhicules adaptés doivent être Le tramway urbaine est à revoir. hybrides et électriques, développés. de Bordeaux. Consommation dr d’énergie par mode En aménageant la ville En valorisant tous les transports En pourcentage, 2008 w Une logique territo - w Des équipements Modes motorisés En France, le trans- riale de déplacement électroniques qui w Véhicules individuels : port routier domine urbain renseignent l’usager voiture plus simple, largement : dépen- w Un réseau de (position, modes de plus petite, plus légère, dant toujours à plus transport en commun transport disponibles moins consommatrice, dr de 98 % du pétrole, interconnecté à proximité, horaires, voiture hybride (moteur Modes doux il est responsable w Des voies réservées tarifs, etc.) thermique et élec- w La marche, le vélo, de plus de 90 % cyclables, bus, w Des parking-relais trique) ; voiture élec- le roller des émissions tramway, voitures pour distribuer trique, taxi collectif de CO2 nationales. w Des véhicules urbains les marchandises w Transports collectifs : Et la part de la voi - en libre-service aux magasins tramway, bus et ture continue w Des services d’auto- minibus, train, métro, d’augmenter. partage, de covoiturage Station de recharge navette fluviale w Des lieux de station - de batterie électrique. Oléoducs nement (voitures, Fer 0,2 % vélos) près des dr Aérien 1,7 % transports publics Le Vélo’v de Lyon. 13,2 % w De nombreux lieux Maritime de recharge de batte - fluvial ries (domicile, parking, 4,8 % gares, hôtels, etc.) marion sabourdy better place Avec Daniel Clément, Route directeur scientifique 80,1 % adjoint à l’Ademe Sources : Ademe, SOeS, IFP, Ceren, Eurostat, IEA, EEA, association Effinergie. la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 9
  9. 9. TRANSPORTS la ville Vers une offre globale de mobilité À quoi ressembleront les véhicules de demain? Électriques ou hybrides, la question n’est pas tant celle du carburant que du modèle d’affaires et des stratégies d’usage. Révolution en cours. t Voiture n nous promettait des véhicules élec- l’Ademe et auteur du blog Les Transports du électrique Daimler à l’exposition Ever, à Monaco, en mars 2010. O triques dès les années 1960. Plus de quarante ans plus tard, à quelques per- cées récentes près, la voiture électrique est loin d’avoir envahi notre quotidien. La faute aux batteries trop lourdes, trop chères, peu futur (1) : « Le verrou n’est pas technologique. On prend le problème à l’envers. On le centre sur : quelle sera la solution d’avenir entre élec- trique, hybride rechargeable ou hydrogène ? Alors qu’en matière de transports c’est tout le (1) http://transportsdufutur. autonomes, trop longues à recharger, aux système d’exploitation qu’il faut changer ! » typepad.fr infrastructures de charge largement insuffi- santes, aux modèles économiques un autre paradigme. Pour l’instant, notre encore à inventer… Alors, à défaut mobilité est essentiellement conçue à partir de saut technologique, condamné d’un fonctionnement unimodal (le métro ou le véhicule électrique ? la voiture, par exemple) et basée sur la pos- Pas forcément. À condition de session d’objets (les véhicules). Or, avec l’avè- poser les bonnes questions, nement des véhicules à bas coût, les modèles répond Gabriel Plassat, électriques ou hybrides, généralement à plus chargé de la prospective de 30 000 euros, sont hors jeu. Même pour sur les transports et les plus enthousiastes ! les mobilités à Et si l’on passait à un autre paradigme ? Si l’offre était celle non plus d’objets véhicules, mais de mobilité ? Une flotte de véhicules électriques partagée deviendrait dès lors concurrentielle en termes de prix au kilomè- tre. « C’est donc en fonction des usages que se déclinera le panel de solutions techniques envi- sageables », poursuit l’expert. On voit déjà se dessiner ces nouveaux modèles de parcs partagés, tel celui développé par la fourmy mario/sipa/1003261724 start-up israélienne Better Place qui, en novembre 2009, a commandé à Renault 100 000 voitures électriques, roulant à 110 km/h et d’une autonomie de 170 km. Elle déploie avec la ville de Jérusalem un réseau de bornes de charge (en trois heures) sur la 10 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010
  10. 10. mation, par exemple), qui s’intéressent au sec- teur des transports. Néanmoins, beaucoup reste à développer. Gabriel Plassat plaide pour une « mobilité pensée » avec un haut degré d’interopérabilité, intégrant la « nature des véhicules urbains déployés et leurs relations avec les systèmes de transports existants ». Cela néces- sitera des acteurs travaillant en multimodal et des autorités régionales de régulation des sys- tèmes de transports. investir. Comment s’y retrouver ? Le four- nisseur de système informatique Cisco a éla- boré un assistant personnel de mobilité (PTA sipa-press en anglais). Ce dernier est déjà opérationnel à Séoul, célèbre pour ses embouteillages monstres. Il indique pour chaque déplace- ment le trajet le plus rapide, le plus écono- voirie et dans les parkings, ainsi qu’un sys- s Un service mique ou le plus écologique, qu’il s’agisse du tème de changement express des batteries en autopartage vélo, du métro, du tramway ou du véhicule de véhicules déchargées par des batteries pleines en électriques devrait urbain. Cela implique évidemment de déve- cinq minutes, l’équivalent d’un plein d’es- être lancé à Nice lopper les modes doux. « En France, il fau- sence. Un vrai modèle d’affaires. Idem en en 2011. drait y investir autant d’argent que ce qui a France : après le succès des flottes de vélos été fait pour les autoroutes depuis quarante partagées, la Mairie de Paris veut développer ans », affirme Michel Gioria qui souligne des voitures électriques en libre-service. Avec il faut répondre l’importance de politiques publiques soute- l’idée que la possession incite à l’usage et que à l’hétérogé- nues dans la durée. la non-possession permet de choisir le mode néité des Alors, trop attachés à leur automobile, les de transport le plus adapté, lequel est bien besoins avec des Français ? Pas sûr ! « Entre santé publique, souvent le plus efficace énergétiquement. performances prise de conscience écologique, crise écono- À quoi ressembleront les véhicules de optimisées pour mique et épuisement des réserves pétrolifères, demain ? Pas de réponse unique. « La voiture chaque usage. beaucoup de choses ont changé depuis les d’aujourd’hui est surdimensionnée, souligne années 1960, explique Gabriel Plassat. Nous Michel Gioria, chef de service adjoint pour la sommes prêts au changement. Et, surtout, nous recherche et les technologies avancées à n’avons pas le choix. » l’Ademe. Elle est conçue pour emmener une renaud persiaux famille avec deux enfants et un chien en vacances. Alors qu’en moyenne elle transporte une personne et demie qui fait 30 kilomètres Quelle énergie pour les véhicules de demain ? par jour pour aller travailler. » Conséquences : Quatre des projets soutenus par l’Ademe encombrement et pollution. Il faut répondre Watt ® testera en 2011 dans ou quatre moteur-roues intégrant à l’hétérogénéité des besoins et des situations une grande ville française freinage, suspension, motorisa- de mobilité avec des performances optimisées un système de bus électrique à tion et direction, pour libérer pour chaque usage. Certains véhicules seront recharge rapide (10 secondes) à l’espace occupé par le groupe l’abribus avec bras télescopique. motopropulseur classique. des monoplaces urbains légers électriques de Mhygale est une solution de DHRT2 expérimente à Stras- faible autonomie, d’autres des routières motorisation hybride (thermique bourg depuis la fin de 2009 la 4 places capables de faire 800 kilomètres. et électrique) optimisée, généra - technologie hybride rechargeable Cela ne peut se concevoir sans une offre glo- lisable, conçue pour n’entraîner sur le secteur avec une centaine bale de mobilité dont les prémices sont déjà qu’un surcoût « acceptable ». de Prius 3 équipées de batteries Forewheel est un véhicule élec- lithium-ion. Une infrastructure de visibles avec les nouveaux acteurs du tertiaire trique de 5 places, doté de deux recharge solaire est aussi testée. (fournisseurs de services, de systèmes d’infor- la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 11
  11. 11. URBANISME la ville « Le métabolisme urbain est à revoir » Nos cités sont des organismes complexes et dynamiques où les choix d’urbanisme sont entièrement à repenser pour réduire leurs impacts environnementaux, sanitaires dr s Alain Morcheoine et sociaux. interview est conseiller à la présidence de l’Ademe en matière de ville durable. Premier point, la mobilité. Comment les choix ports publics, et la construction de nou- d’urbanisme l’influencent-elle ? velles voies, lesquelles attirent des voitures Alain Morcheoine : Ils imposent une certaine et sont bientôt congestionnées. Et ainsi de densité, laquelle définit les distances à parcou- suite… Cet urbanisme mal pensé empêche rir, favorise ou non l’utilisation de modes non la diversité des modes de transport. motorisés et le développement de transports publics. Dans le Paris haussmannien, la den- Vous évoquez des conséquences sanitaires et sité est de 85 000 habitants au kilomètre carré. sociales importantes… Dans les grands ensembles des années 1950- A. M. : À commencer par le bruit et la pollu- 1970, elle n’est que de 25 000, et les zones tion, vrais problèmes de santé publique. Sur le pavillonnaires plafonnent à 2 500, avec un plan social, le coût du foncier conduit à l’acces- mitage de la campagne. En outre, la mobilité sion à la propriété « dans les champs de bette- est contrainte par la segmentation de l’espace raves ». Conséquences : une dépendance à la en secteurs résidentiel, de loisirs, de travail, voiture et un budget transport contraint, par- de commerce, une segmentation héritée de Le fois considérable. Sans oublier les effets tra- Corbusier et d’autres urbanistes au milieu giques sur le tissu social : enfermé dans sa du XXe siècle. voiture, «  pédoncule de chez soi  », on ne communique plus et la vie de quartier s’ap- Quelles sont les incidences pauvrit. La ville actuelle est le résultat de 50 ans sur les transports ? de non-urbanisme. Le choix de Pompidou était A. M. : Les trajets quotidiens se multi- clair : adapter la ville à la voiture. Rocades péri- plient, s’allongent. Les transports publics, phériques, autoroutes urbaines sur les voies viables uniquement si la densité est suffi- sur berges, tout a été pensé pour faire de la voi- sante, se développent peu, la voiture parti- ture le mode de transport le plus compétitif. culière est indispensable. Avec un cercle Résultat : une ville qui s’étale en tache d’huile. françois kronenberger/ademe vicieux : l’utilisation massive de la voiture Il faut faire machine arrière toute ! Concevoir entraîne la congestion des voiries et rend la ville comme un organisme dynamique. impraticables les autres modes comme le vélo ou la marche, qui deviennent des par- C’est cela que vous appelez le métabolisme cours du combattant. D’où un usage crois- urbain ? sant de la voiture au détriment des trans- A. M. : On oublie que la ville est un corps R D 12 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010
  12. 12. réduit qu’à la marge consomma- tion et nuisances. Il faut revoir la planification urbaine et les plans de déplacement, afin de mieux répar- tir l’espace public de la voirie en faveur des modes doux. Il est occupé à 90 % par la voiture qui n’assure que 60 % des déplace- ments urbains. Concrètement, cela veut dire agrandir les trottoirs, rendre praticables les espaces piétonniers, créer des transports en commun en sites propres, instaurer des zones 30 très étendues, mettre en place un code de la rue comme en Belgique, rendre possible l’augmentation de la place du vélo comme à Strasbourg où il assure 20 % des olivier sébart/ademe déplacements… On peut donc agir rapidement ? A. M. : Oui, sur les plans fiscal et réglemen- taire par exemple. Le nœud du problème, s À Grenoble, vivant, avec des êtres humains qui échan- c’est la consommation de l’espace public. Il quatre lignes de tramway assurent gent. Un système complexe très dynamique, faut la faire payer, avec une bonne politique la liason entre l’est, avec des interactions multiples. C’est cela de stationnement : des tarifs horaires crois- l’ouest et le sud qu’il faut comprendre, désosser. Exemple : la sants, comme à Florence ou à Venise, pour de l’agglomération. mixité fonctionnelle entre bâtiments d’habi- éviter les «  voitures ventouses  », ou des tation et de bureau permet d’optimiser la péages urbains pour l’accès au centre-ville consommation de chaleur et augmente la comme à Londres ou à Milan. Et repenser la probabilité de trouver un emploi près de quantité de places de parking non en termes chez soi. Contre-exemple  : construire un de minimum comme actuellement, ce qui bâtiment à énergie positive au mauvais incite à la possession et à l’usage de voitures, « il faut revoir endroit peut induire une mobilité qui rend mais de maximum comme en Suisse. Tout la planification le solde énergétique négatif. D’ailleurs, les cela est efficace, mais on rechigne à le mettre urbaine et écoquartiers traitant correctement la mobi- en place en France. les plans lité sont très rares, certains n’ont même pas de déplacement, de boulanger ! Peut-on être optimiste ? afin de mieux Il existe déjà des outils sectoriels, des modé- A. M. : L’urbanisme doit prendre en compte répartir l’espace lisations de parcs de bâtiments ou de voi- les trois axes du développement durable : public de la tures. La recherche donne des solutions à des social, économique, environnemental, aux- voirie en faveur bouts de problèmes. Il faut les rassembler quels je rajouterais le culturel. Cela passe par des modes pour créer des outils d’aide à la décision de nouveaux critères, de nouveaux arbitrages, doux.» comme le simulateur MobiSim (1) que déve- qui sont expliqués dans les «  référentiels loppe le laboratoire Théma, unité mixte de villes durables ». Ville durable, planification recherche CNRS-universités de Franche- urbaine, mixité sociale et fonctionnelle ont Comté et de Bourgogne : il détermine quel été au centre du Grenelle de l’environne- usage donner à un espace vacant en centre- ment, de la Charte de Leipzig sur la ville euro- ville (habitation, tertiaire, espace vert, etc.), péenne durable en 2007 ou du Colloque inter- afin de maîtriser la mobilité globale induite. national des urbanistes de Marseille en 2008. On a les outils, on sait qu’ils sont efficaces, Comment s’attaquer au fond du problème ? mais on tarde à les utiliser. A. M. : Améliorer la technologie pour des propos recueillis (1) www.mobisim.org véhicules plus efficaces ne suffit pas, cela ne par renaud persiaux la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 13
  13. 13. BÂTIMENTS la ville Des constructions productrices e bâtiment est le secteur le plus énergi- pas encore réglementé car il s’agit d’un usage Bâtir des édifices sobres, réhabiliter L vore avec 70 millions de tonnes d’équi- valent pétrole consommées, soit 43 % de l’énergie française et 18 % de nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Selon mobilier, explique Pierre Hérant, chef du ser- vice Bâtiment à l’Ademe. Cela ouvre un champ nouveau dans l’intégration de l’électro- nique et des nouvelles technologies dans le bâti- le parc le Grenelle de l’environnement, ces chiffres ment. » Autre exemple : dans sa feuille de ancien, devront être divisés par quatre d’ici à 2050. route, l’Ademe envisage un fonctionnement Malgré le très faible renouvellement du parc en îlots où les bâtiments échangeront, voire recomposer immobilier, le bâtiment pourrait bien être le mutualiseront les énergies produites avec le tissu seul secteur capable de répondre à ces enga- leurs voisins. D’ici à 2020, 200 000 à 400 000 urbain: gements, selon l’Ademe. Bepos devraient sortir de terre, 6 millions au le bâtiment À partir de 2011 pour les édifices publics et moins dans les trente années suivantes, pour devient le fer tertiaires et de 2012 pour les bâtiments rési- viser 16 % du parc national en 2050. de lance des dentiels, toutes les nouvelles constructions devront être des bâtiments basse consom- appels à projets. Mais moins de 1 % du économies mation (BBC). Ceux-ci consommeront en parc est renouvelé annuellement, tandis que d’énergie. moyenne 50 kWh/m2 par an contre 60 % des bâtiments existants datent d’avant 280 kWh/m2/an pour les bâtiments actuels. la première réglementation thermique. L’ob- Le Prebat (1) prépare l’échéance 2020, lorsque jectif du vaste programme de réhabilitation tous les nouveaux bâtiments seront à énergie énergétique engagé est de réduire de 38 % la positive (Bepos), c’est-à-dire produisant plus consommation moyenne du parc existant d’énergie qu’ils n’en consomment. Implantés d’ici à 2020 (400 000 logements par an). En et orientés selon les caractéristiques de la 2050, il devrait rester 36 % du parc à réhabi- région et l’ensoleillement, peu déperditifs, liter. À terme, les consommations visées ces bâtiments auront très peu besoin de seront inférieures à 80 kWh/m2/par an. chauffage, poste qui dévore actuellement Où en est-on ? De nombreuses initiatives environ 70 % de l’énergie dans le résidentiel sont en cours. Ces trois dernières années, la et 45 % dans le tertiaire. Leurs parois seront quasi-totalité des conseils régionaux a lancé isolantes et productrices d’énergie, avec des avec l’Ademe des appels à projets dans le matériaux thermiquement très performants, cadre du Prebat. Plus de 1 000 bâtiments capables même de stocker l’énergie et de la démonstrateurs bénéficieront de soutiens restituer au besoin grâce à des matériaux à financiers pour leur réalisation, leur suivi et changement de phase (2). Des panneaux leur évaluation. Des municipalités comme (1) Programme de recherche solaires, voire des micro-éoliennes, seront Dunkerque ou Lille ont mis en place des poli- et d’expérimentation intégrés à la façade ou au toit. tiques énergétiques au sein du réseau euro- sur l’énergie dans le bâtiment. Électricité et gestion de l’énergie seront l’objet péen Énergie-Cités. Créée en 2005, la fonda- (2) Ces matériaux absorbent de toutes les attentions, à l’instar des usages tion Bâtiment-Énergie a soutenu une dizaine de la chaleur en passant de l’état solide à l’état spécifiques de l’électricité (réfrigérateur, de projets de R&D pour la rénovation éner- liquide et inversement. congélateur, éclairage, informatique, veille…) gétique à très haut niveau de performance de (3) Habitats et bâtiments optimisés pour la maîtrise qui ont grimpé de 71 % dans le résidentiel maisons individuelles, immeubles de de l’énergie et des services. depuis vingt-cinq ans. « Ce poste majeur n’est bureaux ou logements collectifs sociaux. Le 14 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010
  14. 14. soulabaille y./urba images d’énergie projet Homes (3), qui mise sur l’efficacité éner- gétique des bâtiments via des contrôleurs et s Bel exemple de capteurs, regroupe quant à lui 13 acteurs renouvellement urbain par l’extérieur, etc., indique Pierre Hérant. industriels et de recherche comme EDF, Phi- tertiaire HQE en Seine- Notre mission est d’accélérer leur diffusion et Saint-Denis (immeuble lips, Schneider Electric et le Centre scienti- Vitalys). Fermetures leur installation selon les contraintes de fique et technique du bâtiment. Un capteur en bois pour réguler chaque bâtiment pour parvenir à une très de surveillance de l’environnement intérieur la température, haute performance énergétique globale ». la lumière et protéger (humidité, température, luminosité, taux de du bruit. CO2) a déjà été mis au point. des solutions standardisées. Or ces Mais pour l’ensemble, « les solutions tech- contraintes thermiques, d’architecture et d’uti- niques sont déjà très souvent sur le marché, lisation varient énormément entre un immeu- comme la chaudière à condensation, la venti- ble haussmannien, un logement collectif des lation double flux, le triple vitrage, l’isolation années 1960 ou une villa individuelle… Afin de t La tour Elithis, bâtiment tertiaire trouver des solutions standardisées, la fonda- inauguré à Dijon tion Bâtiment-Énergie définit des sous-ensem- en avril 2009, bles de bâtiments aux profils similaires. « Il consomme 20 kWh/m2/an. faut révolutionner l’organisation du secteur du bâtiment, avance Michel Gioria, chef de service adjoint pour la recherche et les technologies avancées à l’Ademe. Cette notion de pac-kages de solutions permettra de favoriser l’industriali- sation de la réhabilitation et ainsi de réduire les coûts et d’améliorer la qualité. » Pierre Hérant renchérit : « Le Prebat préconise de créer la pro- fession d’“améliorateur de bâtiment”. » Au slogan du ministère du Développement durable « Faisons vite, ça chauffe ! », Pierre Hérant répond : « L’objectif de l’Ademe est d’accélérer le développement de produits, afin de mettre sur le marché en trois à quatre ans des solutions présentant une amélioration de performance d’un facteur 2, 3, voire plus, à coût maîtrisé. » Pour cela, des Programmes d’actions concertées en technologies de l’éner- gie (Pacte) sont mis en place, tel celui lancé en août dernier sur l’eau chaude sanitaire, poste qui représente jusqu’à 25 % de la consomma- tion énergétique d’un logement BBC. Cinq projets ont été retenus pour un montant aidé de 6 à 8 millions d’euros sur quatre ans. marion sabourdy dr la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010 15
  15. 15. AIR la ville xavier richer/photononstop La pollution est la simple gêne (odeurs, somnolence, irritation des yeux et de la peau) jusqu’à l’aggravation, voire le développement de pathologies plus aussi à l’intérieur lourdes. « Asthme et allergies respiratoires aug- mentent depuis trente ans, alors que la pollution atmosphérique diminue mais que nos bâti- ments, autrefois véritables passoires, sont de plus La piètre ls sont une petite centaine à polluer notre en plus étanches », s’alarme-t-il. Les classe- qualité de l’air dans les maisons a été I air intérieur : composés organiques vola- tils comme les aldéhydes, éthers de glycol et hydrocarbures…, allergènes d’acariens, de chats et de chiens, dioxyde et monoxyde de ments en matière de toxicité ne délivrent que des informations parcellaires. D’autant que ces cocktails de polluants pourraient agir en synergie à de très faibles concentrations. carbone, particules, radon, rayonnement longtemps gamma et moisissures. Sans oublier les nom- ventilation. « Les effets de l’exposition conti- ignorée. breux pollens et polluants atmosphériques ! nue à de faibles doses de polluants sur de On cherche Loin d’être des cocons protecteurs, nos loge- longues périodes sont mal connus, ajoute ments abritent un sacré concentré de molé- Hélène Desqueyroux. Les études suivant un désormais cules. Selon une enquête menée entre 2003 grand nombre de personnes pendant plusieurs à y remédier et 2005 par l’Observatoire de la qualité de l’air années sont les seules capables de relier l’expo- et à évaluer intérieur (1), 5 à 30 % des logements présen- sition au développement d’un symptôme. Elles précisément tent des valeurs nettement plus élevées que viennent à peine de commencer. » En atten- ses impacts. les concentrations moyennes. dant, l’Ademe a lancé de nombreux projets de Quel impact sur la santé ? « On ne le sait pas recherche spécifiques, par exemple sur l’im- encore précisément, mais cela pourrait être un pact des formaldéhydes ou des moisissures. véritable problème de santé publique, explique Comment agir ? « À trois niveaux, explique Hélène Desqueyroux, spécialiste de la ques- Pierre Deroubaix : la réduction des sources tion à l’Ademe. L’impact de l’air intérieur a été (meubles, peintures sans solvant, etc.), la ven- longtemps négligé, celui de la pollution atmo- tilation, et éventuellement le traitement de l’air. sphérique monopolisant toutes les attentions. » Parent pauvre de l’habitation, une bonne ven- Or nous passons 90 % de notre temps en tilation est essentielle. Malgré son coût margi- espace clos. Et « l’air n’a pas de frontière. On nal, un logement neuf sur deux n’est pas retrouve dans l’air intérieur les substances de conforme à la réglementation ! » Et surtout, il l’air ambiant, celles émanant des meubles, faut informer le grand public : « Trop de per- peintures et produits d’entretien… », détaille sonnes colmatent leur ventilation qu’ils voient Pierre Deroubaix, spécialiste de la ventilation comme une perte de chaleur. » (1) www.air-interieur.org à l’Ademe. Avec des effets suspectés allant de renaud persiaux 16 la recherche | inventons notre futur | juillet-août 2010

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