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Environnement - Social - Gouvernance




             Le GUIDE Professionnel
du Développement Durable & de la RSE




                                 2ère édition
                                     2011
PLAFONDS SYSTEMES
                                         Ensemble nos idées prennent forme ®




                                Nous ne perdons jamais de vue vos objectifs
                                     tout en préservant le futur…




              Programmes de recyclage


                                                                                                 Matériaux recyclés

                                                   Solutions durables


                                                                               Compatible HQE




TRANSPORT           BUREAU               COMMERCE            SANTÉ      ÉDUCATION
                                                                                                www.armstrong.fr/plafonds




Visitez notre site www.armstrong.fr/plafonds/environnement
Editorial




la valEur partagéE


J’emprunte à Michael Porter, l’un des plus éminents
économistes contemporains d’obédience libérale,
professeur à la prestigieuse Université de Harvard et
conseil de multinationales, cette formule qui en deux
mots si simples résume la notion si complexe de RSE.

La valeur partagée, « shared value », serait la seule
façon de sauver le capitalisme et réconcilier l’Entreprise
avec la Société.

En effet, décrédibilisé par des décennies d’abus et
d’incohérences, le monde de l’entreprise doit regagner
la confiance de l’opinion. Mais comment ?

En comprenant, tout simplement, que « ce qui est bon
pour la société est bon pour l’entreprise »
    Ce que je fais va-t-il accroître le bien-être des consommateurs ?
    Prend-il en compte la raréfaction des ressources naturelles ?
    Est-il bénéfique à mes fournisseurs ?
    Améliore-t-il le sort de la communauté à laquelle appartiennent mes sites
    de production et de vente ?
En faisant de cette « valeur partagée » l’axe principal de sa stratégie de déve-
loppement, l’entreprise se garantit, selon lui, des bénéfices sonnants et trébu-
chants. Car elle porte en elle le germe de l’innovation et du partage, si chers à
nos yeux.

Le Guide NewDDeal, à sa façon, tente lui aussi de vous montrer la route.
Riche en informations, en références, en adresses, la deuxième édition de ce
guide pratique réunit près de 200 acteurs du changement pour qui la RSE se
conjugue au présent.

Nous espérons qu’il saura remplir sa mission : aider les entreprises, petites et
grandes, à trouver le juste équilibre entre les impératifs économiques, sociaux
et environnementaux.

Bonne lecture !



Cécile Colonna d’Istria
Directrice de la publication
TODDAY




                               NewDDeal 2011     1
SoMMairE




Répertoire des annonceurs par ordre alphabétique                               5

Avant-propos                                                                    7

L’essentiel du développement durable & de la RSE                                9
    A la une en 2011                                                           10
    ISO 26000 : La norme hors norme                                            10
    Les fondamentaux                                                           12
    Le développement durable de quoi parle-t-on ?                              12
    La dimension sociale et sociétale                                          14
    La dimension environnementale                                              15
    La dimension économique                                                    16
    L’éthique et la gouvernance                                                18


Les premiers pas                                                               20
    Quel rôle pour l’entreprise ?                                              20
    Faire rimer efficacité et responsabilité sociale                           21
    Pourquoi se lancer dans un programme de développement durable              23
    Conseils pratiques pour démarrer votre programme                           24
    La méthode                                                                 25
    Code de conduite des entreprises                                           26


Les bonnes pratiques                                                           27
    Environnement                                                              28
    Finance / Gouvernance                                                      31
    Social                                                                     34


Les acteurs clés du changement                                                 37
    Institutionnels et Associations professionnelles                           37
    Conseil / Stratégie / Organisation                                         41
    Audit / Diagnostic / Certification                                         53
    Finance / Reporting / Gouvernance                                          59
    R&D / Innovation / Marketing                                               65
    Communication / Publicité / Medias                                         73
    Formation / Emploi                                                         85
    Economie sociale et Solidaire                                              93
    Cleantech / Management environnemental                                 101
    Urbanisme / Mobilité / Transport                                       107


Clés de recherche rapide : index et panorama                               113
    Index par personne                                                     114
    Index par activité                                                     117
    Panorama détaillé des prestataires                                     120




                                            NewDDeal 2011   3
POUR CHANGER D’ÈRE




          Le mag
   Le quotidien en ligne
       La web radio
        sur www.neoplanete.fr
              Tous les jours
Infos - Vidéos - Interviews radio - Actus
   Conso - Chroniques - Bons plans...

           Disponible sur Iphone
rEpErtoirE dES aNNoNCEurS


1RDESIGN - DESIGN ET DÉVELOPPEMENT DURABLE                            70
ABILIS ERGONOMIE                                                      44
ALTERNATIVES ECONOMIQUES                                              92
ARESSY                                                                75
ARMSTRONG BUILDING PRODUCTS SAS                            2ème de couv.
ART GENS                                                              95
ARVAL SERVICE LEASE                                                  110
BFM BUSINESS                                                           2
BIOVIVA DÉVELOPPEMENT DURABLE                                         45
BOSSA VERDE                                                           46
BUREAU VERITAS                                                        58
BUSINESS WIRE                                                         80
BY 105                                                                67
CARE FRANCE                                                           98
CLIMAT MUNDI                                                         102
COMITE 21                                                             38
CREAWA STUDIO D’ÉCO DESIGN GRAPHIQUE PRINT ET WEB                     81
DELOITTE                                                              47
DES ENJEUX ET DES HOMMES                                              48
DHL EXPRESS                                                          109
ECOCERT ENVIRONNEMENT                                                 55
ELIADIS                                                              103
EMCO2 SOLUTION                                                       104
ESDES - ÉCOLE DE MANAGEMENT                                           87
ETHICITY                                                              49
EXCEL                                                                50
FMF TALENTS                                                           88
GDF SUEZ                                                        6 et 100
GINGKO 21                                                             71
GL EVENTS                                                             77
GRIMALDI FORUM MONACO                                                 79
HSBC FRANCE                                          61 et 4ème de couv.
IBM                                                                   43
IMAGIN’ABLE                                                           51
INSTITUT LÉONARD DE VINCI                                             89
LA CABANE BLEUE                                                       82
LES JARDINS DE GALLY                                                  69
MALAKOFF MÉDÉRIC                                                      97
MINES PARISTECH - ISIGE                                               90
NEOPLANETE                                                             4
NETT’BIO                                                              99
NOVETHIC                                                              63
ORSE                                                                  39
PARTA DIALOGUE                                                        72
PRODURABLE                                                            64
QUALITIQUE                                                             8
R-CO2                                                                111
RECYLUM                                                               40
REVIALIS                                                             105
SGS                                                                   57
SIDIESE                                                               83
TERRA ACADEMY                                                         91
TERRA ECO                                                            106
VERTARIS                                                              84
VIGEO ENTERPRISE                                                      52
VRANKEN POMMERY MONOPOLE                            112 et 3ème de couv

                               NewDDeal 2011   5
newddeal - 480-1 - Wed 16/02/11 - 14:17:11
avaNt-propoS




la villE dE dEMaiN
SEra EN réSEau


En ce début de siècle, plus d’un habitant de la
planète sur deux est un citadin ; un mouvement




                                                                           Crédit photo : JGDF SUEZ / JBV News / Vermier Jean-Bernard
qui prévoit d’ici 2020, de manière irréversible,
19 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants,
dont 12 en Asie.

Alors que la technique est capable de toutes les
prouesses, il faut modeler la ville de demain sur
des critères autres que l’infinie disponibilité des
énergies et des ressources. Il faut innover et
penser l’espace urbain comme une somme de
systèmes qui se parlent entre eux.

Les valeurs d’une ville durable sont liées à sa capacité d’adaptation et
de transformation dans le temps, à sa haute qualité d’usage et de vie, à
l’économie de ses bâtiments, à la fluidité de ses réseaux, à sa sécurité
et à son partage des espaces.

Le Groupe GDF SUEZ s’attache à mettre en œuvre ces valeurs en
portant sa réflexion le plus en amont possible des grands projets
urbains.

Les fondements de la ville durable sont à anticiper très tôt, avant même
la conception des installations, afin que les valeurs techniques qui en
découlent puissent s’y inscrire durablement et de façon intégrée.

La métamorphose urbaine sera profonde. GDF SUEZ entend relever
ce défi.



Gérard Mestrallet
Président-Directeur Général
GDF SUEZ




                              NewDDeal 2011   7
l’ESSENtiEl
du dévEloppEMENt duraBlE
& dE la rSE
a la uNE EN 2011


iSo26000 : la NorME horS NorME
La norme internationale ISO 26000:2010, relative à la responsabilité sociétale,
apporte aux organisations de tous types, du secteur privé et du secteur public,
des lignes directrices harmonisées, mondialement pertinentes et fondées sur le
consensus international d’experts représentant les principaux groupes de parties
prenantes. Elle encourage ainsi l’application des meilleures pratiques de
responsabilité sociétale dans le monde.

Un grand pas pour la rse                          L’ISO 26000 définit la responsabilité       ponsabilité sociétale en réalisant une
                                                  sociétale comme étant le fait, pour une     synthèse de l’existant et en offrant une
Malgré des décennies riches en formi-             organisation, d’assumer ses impacts sur     compréhension structurante pour facili-
dables opportunités, nos conditions               la société et l’environnement. En appli-    ter la communication et l’appréciation
d’existence se détériorent et il semble           quant les principes tels que la redevabi-   des démarches responsables.
que nous allons devoir payer le prix de           lité, la transparence, la reconnaissance
l’exubérance de quelques-uns.                     des intérêts des parties prenantes, la      Mais la 26000 n’est en réalité qu’un
                                                  responsabilité sociétale tend à envisager   outil de transition, qu’une banque de
En poursuivant les mauvais objectifs,             de manière globale les conséquences         données pour forger de nouvelles
nous gaspillons nos chances et nous               des décisions et activités sur 7 grandes    cultures. Elle vise d’abord la mise en
détruisons de la valeur économique à              questions (Gouvernance, Communautés         cohérence de l’action de chacun dans
un rythme soutenu.                                et développement local, Droits de l’Hom-    un cadre global reconnu, elle a voca-
Pouvoir et richesse ont été accumulés             me, Relations et conditions de travail,     tion à « marier » les objectifs de chacun
au détriment des fondements sociaux               Loyauté des pratiques, Questions relati-    dans une logique de performance(s)
du développement de nos organisa-                 ves au consommateur, Environnement).        globale(s) et de lisibilité pour tous au
tions et de l’économie en général.                                                            regard des grands enjeux du présent
                                                  L’ambition de l’ISO 26000 est d’apporter    siècle. Cette mise en cohérence passe
Que de chemin parcouru pourtant de                une référence internationale sur la res-    par des fils rouges que chacun s’ap-
l’ISO 9000 à la toute première version
de l’ISO 26000.

Et la route est encore longue … Ceci
illustre parfaitement, si besoin était, la
mutation que nous vivons où l’entreprise
que nous attendons devra tenir compte,
dans ses modèles, des enjeux collectifs,
sociaux et environnementaux qui com-
mandent « l’optimum collectif ».



Internationale et unique

C’est en réponse à la demande des consom-
mateurs qui souhaitent disposer de repères
partagés au niveau mondial pour appré-
cier les démarches de responsabilité des
entreprises, que l’ISO mobilise, dès 2005,
près de 500 experts, dans 99 pays et 42
organisations internationales, représen-
tant les pouvoirs publics, les industriels, les
consommateurs, les syndicats, les ONG…,
pour définir les lignes directrices de la res-
ponsabilité sociétale et créer ainsi un cadre
international de référence en posant les dé-
finitions, les principes, les questions-clés et
les étapes à suivre.



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proprie. La gouvernance, les droits de          Quels avantages peut-on retirer de la mise en œuvre d’ISO 26000 ?
l’Homme, les conditions et relations de
travail, les bonnes pratiques des affai-        La réalité et la perception des performances d’une organisation en matière de
res, l’environnement, les questions re-         responsabilité sociétale peuvent avoir une incidence sur :
latives aux consommateurs ou encore             • Ses avantages concurrentiels
l’engagement sociétal sont reconnus             • Sa réputation
comme des questions centrales de la             • Sa capacité à attirer et à retenir ses salarié(e)s ou ses membres, ses clients
responsabilité des organisations. Ces             ou ses utilisateurs
fils rouges s’imposent au même titre            • Le maintien de la motivation et de l’engagement de ses employés, ainsi que
que la compétence première et dirige              de leur productivité
tout droit vers un professionnalisme            • La vision des investisseurs, des propriétaires, des donateurs, des sponsors
épanoui, gage d’intelligence dans                 et de la communauté financière
l’action et garantie de résultats               • Ses relations avec les entreprises, les pouvoirs publics, les médias, les four-
réellement orientés « développement               nisseurs, les pairs, les clients et la communauté au sein de laquelle elle
durable ».                                        intervient.


L’aboutissement des évolutions de
comportement ainsi prônés sera bien            Elle aborde 7 questions centrales :           questions centrales et domaines d’ac-
entendu la reconnaissance d’une bon-           • La gouvernance des organisations.           tion, et de traduire de manière opéra-
ne fluidité, d’une bonne mise en cohé-         • Les Droits de l’Homme.                      tionnelle les principes de responsabilité
rence de l’action de chacun passée au          • Les conditions et relations de travail.     dans la structure de l’organisation, ses
tamis des attentes des parties prenan-         • L’environnement.                            valeurs et engagements, ses procédu-
tes, croisées avec les effets globaux ou       • La loyauté des pratiques, y compris la      res et son management.
locaux redoutés face aux activités des           lutte contre la corruption.
hommes et à leurs effets pervers pour          • Les questions relatives aux consom-         La norme doit maintenant affronter le
la planète.                                      mateurs.                                    terrain, et les organisations concernées
                                               • Les communautés et le développe-            se l’approprier. Le principal danger qui
La réconciliation entre profits et respect       ment local.                                 guette la norme ISO 26000 est de se voir
de chacun dans et hors son organisa-           Ces questions de responsabilité socié-        instrumentalisée par des organisations
tion est finalement le but recherché. Le       tale doivent être appréhendées dans           s’en prévalant sans pour autant en sui-
pari n’a en réalité rien du Pascalien :        une logique globale, holistique, d’inter-     vre ni la lettre, ni l’esprit.
rentabilité renforcée et pérennité ac-         dépendance.
quise font partie des objectifs !
Outil de progrès durable, la 26000 vise        Il s’agit en effet de ne pas prendre en       Une norme qui se conjugue
à mettre les organisations au cœur de          compte les impacts environnementaux           au futur
la Société avec un grand S.                    en ignorant les impacts sociaux, mais
                                               au contraire en envisageant les consé-        Nous avons devant nous un terrain ex-
Norme ? Guide ? Puits sans fond ou             quences sur l’ensemble des questions          trêmement favorable, voire historique.
presque de bonnes pratiques ? Est-ce le        centrales.                                    Nous passons à un autre stade de l’exi-
sujet ? Rentrons résolument dans l’ère                                                       gence de qualité, que l’ISO a largement
de la maturité, avec modestie, avec            Les aspects économiques, de même              contribué à installer dans les organisa-
simplicité, à son rythme, en fonction de       que ceux relatifs à la santé, à la sécurité   tions ces vingt dernière années.
ses structures, de ses activités etc. Il n’y   et à la chaîne de valeur sont traités dans
a rien à perdre.                               les différentes questions centrales lors-     Il s’agit maintenant de répondre à la quê-
                                               que cela est pertinent.                       te de sens que la crise actuelle ne rend
                                                                                             que plus urgente. Le respect des droits
Assumer et rendre compte                       Il a en effet été considéré que ces as-       de l’homme et de l’environnement par
                                               pects étaient avant tout transverses et       les organisations, au premier rang des-
Le principal objectif de la norme ISO          qu’il n’y aurait que peu de valeur ajou-      quelles les entreprises, est sans doute
26000 est de définir et de clarifier le        tée à l’ISO 26000 d’en faire une ques-        l’exigence des Etats et des citoyens la
concept de responsabilité sociétale et         tion de responsabilité à part.                plus spectaculaire de ces dernières an-
de le rendre applicable à tout type d’or-                                                    nées. L’ISO 26000 n’en est qu’une tra-
ganisation (entreprises, collectivités         Bien que toutes les questions centra-         duction, mais ô combien symbolique.
territoriales, syndicats, associations).       les soient liées et complémentaires, la
Elle repose sur 2 fondamentaux qui             nature de la gouvernance de l’organi-
sont d’une part, la volonté de l’organi-       sation est quelque peu différente des         Jean-Luc Laffargue,
sation d’assumer la responsabilité des         autres questions centrales.                   Directeur de Qualitique,
impacts de ses activités et de ses déci-       Une gouvernance effective de l’organi-        Magazine de la culture managériale du
sions sur l’environnement et la société        sation permet à cette dernière de pren-       XXIe siècle. Business Ethics.
et, d’autre part, d’en rendre compte.          dre des mesures concernant les autres         www.qualitique.com

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lE dévEloppEMENt duraBlE : dE Quoi parlE-t-oN ?


Le développement durable est devenu       « Un développement qui réponde aux          sations (RSO), dont les principaux ob-
un concept « fourre-tout » que chacun,    besoins du présent sans compromet-          jectifs restent : équité sociale, préser-
entreprise, salarié, syndicat, consom-    tre la capacité des générations futures     vation de l’environnement et efficacité
mateur, client, fournisseur, État, en     à répondre aux leurs ».                     économique.
résumé les parties prenantes, s’appro-    Sur le plan macroéconomique, deux
prie en fonction de ses intérêts, voire   concepts sont inhérents à cette no-
en l’instrumentalisant.                   tion :                                      La responsabilité sociale
L’erreur la plus courante et en même      • Le concept de « besoins », et plus        des entreprises (rse)
temps la plus équivoque consiste à          particulièrement des besoins essen-
assimiler le développement durable à        tiels qu’ont les plus démunis, à qui il   Tous les siècles précédents ont
l’écologie.                                 convient d’accorder la priorité.          connu, sous des formes différentes,
La confusion la plus grande règne         • Les limites que l’état de nos techni-     la corruption, l’exploitation des in-
donc autour de la définition du déve-       ques et de notre organisation sociale     dividus (esclavage, servage), les «
loppement durable et de ses termes          impose à la capacité de l’environne-      Affaires » (faillite de Law, scandale
dérivés.                                    ment à répondre aux besoins actuels       de Panama, pour rappeler les plus
Il ne s’agit pas d’un concept nou-          et à venir.                               connues). L’histoire nous apprend
veau, ni d’un effet de mode, il repose                                                que, de l’antiquité à nos jours, les
sur des bases solides tant historiques    Les 3 objectifs associés du développe-      rapports commerciaux ont connu
que conceptuelles (cf. J. Ballet et F.    ment durable sont :                         bien des vicissitudes.
de Bry, L’entreprise et l’éthique, Le     • L’égalité sociale (People).
Seuil, 2001).                             • La préservation de l’environnement        La RSE, dont le moteur principal est
Les latins font appel à leurs ancêtres      (Planet).                                 l’éthique, se définit selon le « Livre
philosophes et à leurs économistes        • L’efficacité économique (Profit).         Vert » de la Commission européenne
du 18ème et 19ème siècle, les anglo-                                                  comme : « Être socialement responsa-
saxons à l’utilitarisme, mais ils se      Ces objectifs sont également identifiés     ble signifie non seulement satisfaire
rejoignent sur un point : aujourd’hui,    dans un triptyque célèbre, les 3 P : Peo-   pleinement aux obligations juridiques
quel que soit le niveau, micro ou         ple, Planet, Profit. Le développement       applicables, mais aussi aller au-delà et
macroéconomique, aucune organisa-         durable de l’humanité doit passer par       investir « davantage » dans le capital
tion ne peut le négliger sans prendre     le meilleur équilibre possible entre les    humain, l’environnement et les rela-
des risques majeurs, tant sur le plan     « 3P ».                                     tions avec les parties prenantes ».
social qu’environnemental et écono-       Le développement durable, concept           La RSE signifie donc que l’entreprise
mique. Des exemples récents (Enron,       planétaire, devient au niveau micro-        doit non seulement se soucier de sa
Erika, Worldcom, Nike, Société géné-      économique le développement des             rentabilité financière et de sa crois-
rale …), nous montrent que cette né-      entreprises socialement responsables        sance, mais aussi de ses impacts envi-
gligence a un coût pour l’entreprise,     (RSE), et plus globalement des organi-      ronnementaux et sociaux. Elle ne doit
non seulement en termes financiers
(baisse des cours de bourse, des pro-
fits, …) mais également en termes
de réputation vis-à-vis de ses parties      3 piliers
                                                                                                   Préservation
prenantes.
                                                                       Responsabilité
                                                                      environnementale
Le développement
durable contemporain :
de la macroéconomie à la                                            Viable           Vivable
microéconomie                                                                Durable
                                                         Responsabilité                   Responsabilité
Même si le concept a une histoire,                        économique         Equitable       sociale
une définition, celle du rapport Brunt-
land (du nom de la Présidente de
la commission, la Norvégienne
Gro Harlem Brundtland), semble ad-               Efficacité                                                  Equité
mise aujourd’hui par la communauté
internationale :



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pas produire dans n’importe quelles
conditions sous prétexte de faire des        Un peu d’histoire …..
bénéfices. Elle doit rester éthique.         L’activité économique a longtemps été considérée comme immorale ou amorale.
                                             Le Code d’Hammourabi (2000 av. J.C.) témoigne du souci de son rédacteur
L’éthique, hypothétique et relative,         de moraliser les affaires en réglementant strictement les échanges tant sur le
nous dit ce qui est bon et mauvais           plan commercial que financier. Aristote critique l’économie de richesse (chré-
en fonction de notre jugement, elle          matistique) dans son aspect téléologique. La richesse n’est pas une fin soi,
répond à la question « Comment vi-           elle doit être un moyen au service de l’Homme.
vre ? » alors que la morale, impérative      Juristes, mais aussi moralistes, les romains critiquent violemment le luxe et
et absolue, répond à la question « Que       l’attrait de l’argent.
dois-je faire ? ». Aujourd’hui, la morale    Ce mépris pour la richesse se porte sur le travail qui la produit. Seuls les es-
s’efface devant l’éthique non pour des       claves ou les étrangers peuvent travailler à sa production.
raisons philosophiques ou conceptuel-        Au cours du Moyen-âge, les nobles et les corporations jouèrent un rôle déter-
les, mais pour des raisons médiatiques.      minant dans les rapports entre la morale et l’économie : les premiers en n’exer-
La morale est qualifiée de ringarde, de      çant aucune activité économique (dérogeance), les seconds en faisant peser
conformiste ; sa connotation en fait un      une forte contrainte sociale sur les relations économiques grâce à une sévère
terme au « cachet victorien, suranné         réglementation (limitation de la concurrence, forte hiérarchie, loyauté et solida-
et répressif ». Existe-t-il une éthique      rité entre ses membres, …). Avec la survenance du protestantisme, la réussite
universelle ou plusieurs éthiques (une       économique devient un signe de la grâce divine, à condition qu’elle s’appuie
pour les affaires, une pour les salariés,    sur la ténacité et l’esprit d’ascèse (Max Weber). L’appartenance à cette religion
une pour le consommateur, …).                apparaît, en affaires, comme un « certificat de qualification éthique ».


L’ambiguïté se lève si on distingue          A la fin du 18ème siècle, l’économie libérale, placée sous le signe d’une mo-
l’éthique universelle de l’éthique appli-    rale utilitariste (J. Bentham), se substitue à l’économie de l’Ancien régime.
quée, considérée comme s’appuyant            L’homme recherche alors son bonheur à travers la maximisation de ses plai-
sur les principes de la première tout        sirs et la minimisation de ses peines.
en les adaptant à des contextes parti-       Devant les conséquences sociales du libéralisme sauvage et de son cortège
culiers. Le mot anglo-saxon « ethics »,      de misères ouvrières (logements insalubres, malnutrition, salaires insuffi-
ne faisant aucune distinction entre la       sants, journées de travail longues et pénibles, absence d’assurances socia-
morale et l’éthique, s’est imposé sur le     les …), l’éthique renoue avec l’économie à travers le catholicisme social, le
plan international.                          socialisme et le communisme. Elle se traduit notamment par l’exercice d’un
                                             paternalisme entrepreneurial qui subsistera sous des vocables divers jusqu’à
                                             nos jours. La Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1945 marque
Le cercle vertueux                           une étape importante dans cette réhabilitation de la morale à travers notam-
du développement durable                     ment le respect de la dignité humaine.
                                             Ainsi, plus qu’un effet de mode, la « RSE » dans l’entreprise demeure un phé-
En considérant que le Développement          nomène récurrent sous des vocables divers : l’éthique de cette fin de siècle,
durable, décliné sous le vocable RSE,        c’est le paternalisme qui débute dans les années 1850 ; c’est l’Etat-providence
constitue des objectifs sur le plan mon-     à partir de 1936, renforcé depuis 1945 ; c’est l’entreprise citoyenne des années
dial, national et organisationnel, il ne     80, l’entreprise éthique, voire l’entreprise durable.
peut être atteint que s’il s’appuie sur
une bonne gouvernance, elle-même
résultat d’une éthique de la responsa-
bilité, qui est la condition nécessaire     Dans l’optique du développement dura-       éthiques et de la garantie du dialogue
au bon fonctionnement de ce cercle          ble et de la RSE, la bonne gouvernance      avec les parties prenantes.
vertueux.                                   résulte notamment du respect des nor-       Le concept de parties prenantes peut
                                            mes et de certains principes (principes     être compris de manière plus ou moins
La gouvernance se définit comme « le        de précaution, de prévention, de coo-       large : réduit aux relations entre l’orga-
système par lequel les entreprises sont     pération, de transparence …), de l’en-      nisation et ses actionnaires (sharehol-
dirigées et contrôlées » (Rapport Ca-       gagement et de l’exemplarité de ses         ders) ou élargi aux relations entre l’or-
dbury, 1992).                               dirigeants, de l’élaboration de codes       ganisation et ses stakeholders.




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lES FoNdaMENtauX


la diMENSioN SoCialE Et SoCiétalE


Le respect des droits de l’homme, en          Le dirigeant possède une fonction mo-         Dans un souci de cohérence logique et
tout premier lieu le respect de la dignité    rale dans l’entreprise, qui joue un rôle      d’harmonie affective, l’individu tente
humaine, constitue le fondement même          fondamental en créant la confiance            de réduire, voire de faire disparaître
des relations sociales dans l’entreprise.     indispensable à sa survie. La perfor-         cette dissonance.
                                              mance de l’organisation à long terme          L’équité sociale tente ainsi d’établir un
La gestion des personnes est sans             dépendra de sa valeur personnelle, no-        équilibre entre les attentes du salarié,
aucun doute le domaine du manage-             tamment de ses principes éthiques et          ses performances, et la rentabilité de
ment dans l’entreprise où la RSE ap-          de sa faculté à donner l’exemple.             l’entreprise. De nombreux exemples
paraît comme incontournable. Concer-                                                        apparaissent ainsi dans le cycle de vie
nant tant les rapports entre l’entreprise     Si l’entreprise affirme son rôle éthique,     du salarié.
et ses salariés que les rapports entre        les chefs doivent certes montrer l’exem-
les salariés entre eux et les salariés et     ple, mais il ne leur appartient pas de
leur environnement, elle est au centre        s’ériger en directeurs de conscience,         La rse et le cycle de vie du
des contradictions entre les logiques         détenteurs des valeurs universelles,          salarié
économiques et les logiques sociales,         mettant ainsi l’exemplarité au service
mais elle est en même temps la che-           de la manipulation.                           L’équité sociale ne concerne pas unique-
ville de la politique de motivation et                                                      ment les rapports entre le salarié et son
d’implication du personnel. Les diri-         Quels sont les critères d’un compor-          entreprise, il concerne également les
geants eux-mêmes ont des pratiques            tement exemplaire ? L’honnêteté, la           autres parties prenantes, notamment
contradictoires, considérant les sala-        franchise, le sens de l’intérêt général, le   les rapports avec les sous-traitants,
riés tantôt comme une variable d’ajus-        charisme, la cohérence personnelle … Il       avec les fournisseurs, avec les clients.
tement, tantôt comme un avantage              peut se définir de manière positive, « Je     Du recrutement au départ du salarié,
compétitif, ou encore comme un enjeu          fais ce que je dis, je dis ce que je fais »   la RSE concerne tous les aspects de
idéologique.                                  ou de manière négative : « Faites ce que      son cycle de vie dans l’entreprise, no-
                                              je dis, ne faites pas ce que je fais ». Il    tamment : recrutement, rémunération,
La violation des droits de l’homme, sous      tend à légitimer l’autorité du chef, corol-   formation, climat social, harcèlement,
des formes diverses (harcèlement moral        laire du pouvoir qui lui est donné par sa     discrimination, stress, alerte éthique,
et sexuel, non-respect de la vie privée des   place dans la hiérarchie de l’entreprise.     organisation du travail, licenciement,
individus, …), est à l’origine des princi-    Théorie du processus, l’équité est l’une      démission ou départ à la retraite.
paux conflits éthiques.                       des explications de la satisfaction, de
                                              la motivation et de l’implication du sa-      Si la liberté de l’entreprise doit s’exer-
« Tous DRH », tel est le titre d’un ouvra-    larié. Elle repose sur l’idée que les sa-     cer dans un cadre, la France oscille
ge collectif, sous la direction du Pro-       lariés attendent que leurs apports dans       entre la soft law, avec la mise en place
fesseur JM. Peretti, qui nous démontre        le travail (compétence, expérience,           spontanée de chartes éthiques et le res-
que la gestion des ressources humai-          temps, obéissance …) soient récom-            pect volontaire de normes facultatives
nes n’est pas l’apanage de la fonction        pensés équitablement.                         (SA8000, ISO9000, ISO 14000, GRI, …)
correspondante dans l’entreprise,                                                           et la hard law caractérisée par des obli-
mais qu’elle concerne tous les niveaux        Symétriquement, l’employeur attend            gations légales (cf. Code du travail) tel-
et toutes les fonctions. Si l’équité so-      qu’en échange l’employé fournisse un          les que : le bilan social, rendu obliga-
ciale est l’un des objectifs de la RSE,       effort qui lui paraisse équitable. Le sa-     toire par la loi de 1977, puis le Rapport
elle ne peut se construire qu’à partir de     larié effectue des comparaisons avec          sur l’égalité professionnelle, instauré
l’exemplarité et de la justice.               d’autres employés dans l’entreprise,          par la loi Roudy en1983 et complété ré-
                                              qui exécutent soit le même travail, soit      cemment par la loi Génisson en 2001 ;
                                              un travail hiérarchiquement inférieur         enfin la loi sur les Nouvelles Régula-
exemplarité et justice                        ou supérieur, et également avec des           tions Économiques en 2002 qui impo-
                                              salariés d’autres entreprises.                se notamment aux entreprises cotées
« Le poisson pourrit par la tête » dit le                                                   d’établir annuellement un rapport so-
proverbe chinois. Cette citation exprime      Ces comparaisons le conduisent à dé-          cial et environnemental.
la nécessité pour le dirigeant, mais aus-     terminer son comportement au travail.
si pour tous les responsables à quelque       Qualifiée de « dissonance cognitive »
niveau que ce soit, d’être exemplaires.       au sens de Festinger (1957), cette si-
Cette exemplarité doit être au cœur de        tuation différenciée se définit comme
l’équité sociale, elle constitue le fonde-    « un état de malaise psychique dû au
ment de la confiance des salariés dans        fait que l’on est partagé entre deux ou
leurs supérieurs hiérarchiques.               plusieurs idées contradictoires ».

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la diMENSioN ENviroNNEMENtalE


Le monde a changé. Nous prenons len-         autant le penser extérieur à elle, car        nité, mais seulement certains aspects
tement conscience des défis environ-         considérer l’homme comme autonome             de celle-ci relatifs à la technicité, les
nementaux que l’Homme doit relever           reviendrait à nier la nature. La nature       rapports de pouvoirs n’étant pas remis
dans les années à venir.                     que nous connaissons est le reflet de         en cause.
                                             l’état actuel de la science.                  A l’opposé, les écologistes orien-
Les richesses ne sont réparties ni                                                         tent leurs analyses d’un point de vue
équitablement ni harmonieusement             L’écologie promeut l’idée d’une wilder-       scientifique dans le but de promouvoir
entre les peuples, les ressources sont       ness absolue qui doit évoluer sans la         une société plus juste, c’est-à-dire en
déséquilibrées entre les pays produc-        trace indélébile de l’homme. La wilder-       meilleure relation avec la nature. Ils
teurs du Sud et les consommateurs            ness établit indirectement que l’hom-         sont en rupture avec la technocratie.
du Nord, la biodiversité disparaît, la       me est mauvais pour la nature. Face à
pollution et le gaspillage augmen-           cette vision de la nature sauvage, la re-     Ces distinctions établies, il n’en de-
tent, les biens et les denrées sont          cherche de l’écologie scientifique tente      meure pas moins que la question entre
mal distribués, il y a de plus en plus       de remédier aux perturbations naturel-        l’homme et la nature reste entière.
de pauvres et de chômeurs, beau-             les par l’action humaine. Le glissement       C’est seulement à l’aube des temps
coup d’enfants n’ont pas accès à la          sémantique entre nature, environne-           modernes qu’apparaît l’idée carté-
connaissance et sont exploités, les          ment et écologie peut de ce fait se per-      sienne de l’homme comme « maître et
intérêts publics sont confrontés aux         cevoir par l’acceptation progressive de       possesseur de la nature », pliant la na-
intérêts privés, et bien sûr la fracture     l’homme en leur sein.                         ture à sa propre rationalité. La science
Nord-Sud s’accentue, parmi beau-             Le mot écologie inventé par Haeckel           moderne s’entend d’abord comme un
coup d’autres déséquilibres …                en 1866, prend une dimension scien-           processus de domination du monde. Il
                                             tifique, puis à l’avènement du 21ème          s’agit alors pour elle d’améliorer la na-
                                             siècle devient un enjeu global.               ture ; c’est dans cette orientation que
Nature, environnement,                                                                     prend place l’écologie. Longtemps, elle
écologie                                     « Environnement » est un mot relation-        n’avait été qu’un décor, un fond. A pré-
                                             nel signifiant ce qui environne, il dési-     sent, une des figures par excellence de
Peut-on parler indifféremment de la          gne toujours le milieu comme référent,        la nature est le paysage, c’est-à-dire la
nature, de l’environnement et de l’éco-      mais cette fois, son champ d’applica-         nature qui mérite d’être regardée.
logie ? Les relations entre ces trois no-    tion relève de la biologie et renvoie au      La maîtrise de la nature débouche
tions ne sont pas simples. La nature est     système. Mais il ne faut pas se tromper       sur une contradiction de fond : si l’on
notre environnement, mais tout envi-         sur l’enjeu véritable de ce terme. En ef-     est « maître et protecteur », on peut
ronnement n’est pas naturel. De même,        fet, c’est la sphère du politique qui s’en    aussi bien se déclarer « maître et sac-
si l’écologie est la science des rapports    accapare.                                     cageur ». En réponse à la question de
entre les êtres vivants et leur milieu,      Dès lors, l’environnement devient la          la crise écologique, nous pouvons dire
l’écologie n’est-elle pas la science de      protection de la nature et la gestion des     qu’elle ne concerne pas tant la nature
l’environnement ?                            risques.                                      que la question des changements dans
L’écologie est une science de la nature      On peut par conséquent affirmer que           nos façons de gérer le vivant. Ceci im-
et en faire la science de l’environnement    l’environnement renvoie à la respon-          plique qu’il y a crise de notre représen-
serait donner le pouvoir aux sciences        sabilité générale définie comme celle         tation de la nature.
de la nature sur ces questions. Or, le dé-   de l’Etat. Ce n’est que dans les années       Autrement dit, la crise environnemen-
bat traitant de cet aspect a été de mettre   quatre vingt que ce terme s’impose            tale est une crise de paradigme, donc
en cause la domination naturaliste sur       unanimement dans le domaine scien-            une crise du sens. Une réorientation
les questions d’environnement et d’af-       tifique.                                      de nos valeurs est donc indispensable
firmer que l’environnement était une                                                       pour repenser la nature. Repenser la na-
question sociale. Bien sûr, cette analyse    En substance, on peut affirmer que si         ture ne veut pas pour autant signifier se
est rapide et donc schématique.              la rationalité scientifique fait de l’envi-   la réapproprier. Or, le réductionnisme
                                             ronnement la conception hiérarchique          cartésien, auquel notre système de pen-
Le terme le plus disputé est sans            du monde, c’est le politique qui en fait      sée est attaché, nous impose un dua-
conteste celui de nature. Effectivement,     le référent incontournable.                   lisme environnemental du type « maître
il ne se réfère pas seulement à la des-      En contre point au pouvoir politique,         et possesseur » ou « maître et protec-
cription, mais reste chargé de valeur,       les environnementalistes et les écolo-        teur ». Il s’avère donc que cette stérile
de telle sorte que les scientifiques s’en    gistes se sont structurés au devant de        opposition ne débouche pas sur une
méfient en préférant évoquer le terme        la scène sociale (greenpeace, wwf, …).        troisième voie reflétant la complexité
d’environnement. Penser l’homme              En effet, les environnementalistes ne         de notre rapport au monde. C’est ainsi,
différent de la nature n’est pas pour        discutent pas sur le fond de la moder-        et en ce sens, qu’il y a crise.

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la diMENSioN éCoNoMiQuE



Le mode de croissance qui a prévalu         Dans une étude de la Banque mondiale
                                                                                         Le concept de «capabilité»
jusqu’alors, fondé sur le profit à court    intitulée « La croissance est bonne pour
                                                                                         En fait, l’approche par les capabilités
terme au bénéfice d’une minorité nous       les pauvres », l’accent est mis sur l’ac-
                                                                                         tire son origine de l’observation des
conduit vers une impasse. Pour répon-       célération de la croissance en faisant
                                                                                         conséquences des famines surve-
dre à cet échec, le développement du-       confiance aux processus de redistri-
                                                                                         nues en Inde, au Bengale, en 1943.
rable prône un développement capable        bution par capillarité et en négligeant
                                                                                         La famine n’est due ni au manque
de répondre aux besoins de tous les         toute mesure de redistribution.
                                                                                         de nourriture, ni à une quelconque
hommes, et de préserver les équilibres
                                                                                         catastrophe naturelle. Les greniers
écologiques, sociaux, économiques, y        Bien sûr, de nombreux économistes ont
                                                                                         sont pleins alors que les gens meu-
compris dans le long terme. En bref, de     contesté cette conception, se refusant
                                                                                         rent de faim. La famine est surtout
construire une communauté viable.           à considérer que toute augmentation
                                                                                         la conséquence d’une déchirure du
                                            du revenu accroît automatiquement
                                                                                         lien social et d’un manque d’accès
                                            et de manière proportionnelle le bien-
                                                                                         à la nourriture disponible. C’est le
Approche économique                         être des populations. Ils ont proposé
                                                                                         défaut de « droits d’accès » (« en-
standard du développement                   d’autres visions du développement
                                                                                         titlements ») qui importe, plus que
                                            comme le « développement basé sur la
                                                                                         la production, la disponibilité ou le
Pour les économistes libéraux, crois-       satisfaction des besoins essentiels », le
                                                                                         prix des biens. Cette vision permet
sance économique et développement           « développement endogène basé sur
                                                                                         de ne plus aborder le problème de
sont intimement liés. C’est la croissan-    l’amélioration du capital humain », ou
                                                                                         la famine sous l’angle exclusif de
ce économique des pays du Nord qui a        le « développement participatif ».
                                                                                         l’économique, mais de considérer
permis leur industrialisation, considérée
                                                                                         aussi les dimensions politiques et
comme la finalité du développement.         Toutes ces approches visent à redon-
                                                                                         sociales qui jouent un rôle dans la
Le modèle de croissance repose essen-       ner de l’importance aux dimensions
                                                                                         capacité à se procurer de la nourri-
tiellement sur l’accumulation du capital    humaines et sociales du développe-
                                                                                         ture.
et la réalisation d’investissements pro-    ment. Parmi celles-ci, Amartya Sen
                                                                                         Sur la base de cette expérience,
ductifs. Cette vision s’est traduite par    propose un cadre d’analyse nouveau,
                                                                                         Amartya Sen élargit son raisonne-
la mise en œuvre de programmes de           préconisant le renforcement des capa-
                                                                                         ment à l’ensemble des possibilités
planification du développement stan-        bilités des personnes comme moyen et
                                                                                         d’utiliser des ressources que ren-
dardisés, souvent similaires de par leur    finalité du développement. Cette vision
                                                                                         contre une personne pour mettre en
principe d’accumulation du capital et de    a inspiré la mise en œuvre à partir de
                                                                                         valeur ses propres capacités et ainsi
représentation linéaire des étapes de la    1990, de politiques de « développe-
                                                                                         mener la vie qu’elle souhaite vivre.
croissance économique.                      ment humain » par le Programme des
                                                                                         L’ensemble de ces capacités définit
Selon une telle vision, toutes les socié-   Nations Unies pour le Développement
                                                                                         le concept de capabilité, qui retrace
tés doivent passer par un processus de      (PNUD).
                                                                                         ce qu’elle est ou serait capable de
développement en cinq étapes : l’éco-
                                                                                         faire, d’être et de devenir.
nomie traditionnelle, les conditions
préalables au démarrage, le décollage,      Un nouveau regard :
la maturité et la consommation de           Le dévéloppement humain                     tisfaction retirée de la consommation
masse.                                                                                  de ces biens. Il est mis sur la capabilité
                                            Pour Amartya Sen, la finalité du déve-      des personnes, c’est-à-dire sur la façon
ce cadre, la pauvreté est due à l’accès     loppement ne se situe pas dans l’ac-        dont elles fonctionnent pour améliorer
insuffisant aux biens de consomma-          cumulation de biens, notamment de           leur bien-être, et, plus généralement,
tion à cause d’un niveau de revenu          capital. Il faut plutôt améliorer les ca-   la qualité de leur vie. Il y a, de fait, une
faible. La croissance économique, en        pabilités des personnes, ce qui a pour      équation fondamentale, ou fonction de
augmentant le revenu par habitant,          effet d’étendre leurs libertés réelles      conversion, qui permet de convertir la
permet alors de réduire la pauvreté.        d’agir et de devenir ce qu’elles souhai-    dotation en ressources d’une personne
Les institutions financières internatio-    tent être (« beings and doings »). On       donnée, en un certain nombre de fonc-
nales, Fond monétaire international         peut toutefois se demander comment          tionnements qui retracent sa capabilité.
(FMI) et Banque mondiale, appuient          une telle approche peut permettre de        Les ressources disponibles sont des
leurs interventions sur cette vision du     repenser le modèle économique du dé-        biens de consommation, des biens du-
développement. Elles mettent l’accent       veloppement.                                rables, des biens publics, des biens pre-
sur la croissance économique qui, en                                                    miers, mais aussi des droits politiques,
se propageant naturellement par ca-         L’accent n’est plus uniquement mis sur      économiques ou sociaux qui permettent
pillarité (« trickle down effect ») tou-    la production de biens et sur les reve-     l’accès à ces biens et font que, sur cette
che toutes les couches de la société.       nus qui en découlent, ni sur la seule sa-   base, les personnes peuvent accroître

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leurs potentialités (capital humain, capi-   Cependant, cette approche présente           Cependant l’approche par les capabili-
tal social, réseaux, …). Tout cela consti-   aussi des limites.                           tés permet d’aborder le problème de la
tue la dotation des personnes.               Tout d’abord, son opérationnalisation        soutenabilité du développement sous
Ensuite, en fonction de ses caractéris-      demeure difficile, car si les fonction-      un jour nouveau, en considérant qu’un
tiques personnelles (le fait d’être un       nements effectivement réalisés sont          développement ne peut être durable
homme ou une femme, handicapé ou             facilement observables et mesurables,        que s’il promeut les capabilités de la
pas, d’un âge donné, etc.) et des op-        l’observation de la capabilité poten-        génération présente sans compromet-
portunités sociales, économiques ou          tielle d’une personne est compliquée         tre les capabilités des générations à
environnementales, chaque personne           à imputer. Ensuite, l’accent mis sur les     venir. Ceci pose la question de la distri-
peut convertir sa dotation en fonction-      capabilités individuelles des agents ne      bution équitable au sein d’une même
nements.                                     rend pas bien compte des interactions        génération et entre les générations et
Des fonctionnements qui sont effecti-        et des relations sociales qui permettent     ouvre la voie à la recherche des condi-
vement réalisés, ou potentiellement          l’action collective. Une action collective   tions qui font qu’un développement
réalisables et qui ont tous pour finalité    qui engendre des capabilités collecti-       soit socialement durable.
de réaliser ce qu’une personne aspire à      ves dont on perçoit mal le lien avec les
être ou à faire.                             capabilités individuelles.                   On attend d’un tel développement qu’il
                                                                                          accroisse les potentialités et les capa-
A travers la combinaison de ses fonc-        Enfin, si l’amélioration de la capabilité    cités d’une génération donnée, tout
tionnements, l’individu devient capa-        permet d’accroître la liberté des person-    en facilitant leur transfert de manière
ble d’un certain nombre de choses. La        nes, elle implique aussi un accroisse-       équitable à la génération suivante.
capabilité d’une personne représente         ment de la responsabilité personnelle        Ceci afin de garantir à toutes les géné-
alors l’ensemble des fonctionnements         pour respecter les obligations sociales      rations, présentes comme futures, une
effectifs ou potentiels qu’elle est capa-    auxquelles les personnes font réguliè-       amélioration équitable de leurs capabi-
ble, ou serait capable, d’accomplir sur      rement face … une dimension qui est          lités de bien-être.
la base de ses caractéristiques propres      peu prise en compte dans l’analyse.
et des opportunités ou contraintes éco-
nomiques, sociales et environnemen-
tales qu’elle rencontre. Cette capabilité
résulte de son aptitude à transformer          Rapport Stiglitz : mesurer la croissance autrement
des ressources de toutes sortes en
fonctionnements.                               La Commission Stiglitz, du nom de son président Joseph Stiglitz, est née
                                               d’une proposition de Nicolas Sarkozy le 8 janvier 2008. Elle est officiellement
Le fait, pour une personne, de devenir         intitulée « Commission sur la mesure des performances économiques et du
plus « capable » la rend aussi plus li-        progrès social ». Le but de cette commission est de développer une « réflexion
bre dans ses choix effectifs face aux          sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable
contraintes de la vie ou de la société.        de la mesure de nos performances collectives » et d’élaborer de nouveaux
La capabilité devient alors assimilable        indicateurs de richesse renseignant sur le progrès social et le bien-être des
à la liberté d’agir et d’être, à une épo-      individus.
que donnée, dans une société donnée.
Elle constitue ainsi autant un moyen           Le rapport formule 12 recommandations. Trois principes sont retenus : la
qu’une fin du développement. Dans              prise en compte des ménages dans l’analyse économique, la mesure de la
ce cadre, la croissance peut se faire          qualité de vie et le développement durable.
plus par l’amélioration des fonction-          Le PIB est la mesure de la production nationale, il donne une moyenne sur la
nements et, plus généralement, des             situation française et masque ainsi les disparités individuelles. Le rapport pro-
capabilités ou libertés des personnes,         pose d’analyser les revenus et la consommation en fonction des catégories
que par l’augmentation de la quantité          d’individus et non plus d’une moyenne nationale.
de biens disponibles.                          Pour l’analyse de la situation des ménages, il préconise de prendre en compte
                                               le patrimoine et les activités non marchandes, par exemple l’activité domes-
C’est en ce sens que l’approche de             tique et les loisirs alors que le PIB mesure essentiellement la production mar-
Amartya Sen est fortement innovante :          chande.
elle met l’accent sur les fonctionne-          Le rapport établit également une distinction entre évaluation du bien-être pré-
ments, effectifs et potentiels, des per-       sent et l’évaluation de la soutenabilité, c’est-à-dire de sa capacité à se main-
sonnes et sur leur capacité d’acteur.          tenir dans le temps (capital naturel, physique, humain, social transmis aux
Elle considère plus les potentialités des      générations à venir).
personnes que leur revenu ou richesse          La commission estime qu’outre ces indicateurs objectifs, il conviendrait de
accumulée, ce qui apporte un nouveau           procéder à des mesures subjectives de la qualité de vie (perception du bien-
regard au développement économique             être, du bonheur, inquiétude…).
et rend le modèle de développement             Enfin, le rapport prône la création d’indicateurs monétaires de développe-
orthodoxe inadapté aux contraintes du          ment durable permettant de mesurer les ressources naturelles.
monde actuel.

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l’éthiQuE Et la gouvErNaNCE


Le développement durable, la respon-         sont dirigées et contrôlées » (rapport       l’entreprise en termes non seulement
sabilité sociale de l’entreprise, ne peu-    Cadbury, 1992). Dans l’optique du Dé-        économiques, mais sociaux et affectifs
vent être atteints que s’ils s’appuient      veloppement Durable ou de la RSE,            (fidélité, loyauté, confiance). Il résulte
sur une bonne gouvernance, elle-mê-          une bonne gouvernance résulte no-            seulement de promesses perçues in-
me résultat d’une éthique de la res-         tamment du respect des normes et de          dividuellement comme telles par les
ponsabilité qui constitue la condition       certains principes (principe de précau-      deux parties.
nécessaire au bon fonctionnement de          tion, de prévention, de concertation, de
ce cercle vertueux (Ethique-Gouver-          transparence …), de l’engagement et
nance-Développement Durable).                de l’exemplarité de ses dirigeants, de       Morale, éthique et déontologie
                                             l’élaboration de codes éthiques et de
Une bonne gouvernance ne peut se             la garantie du dialogue avec les parties     Faut-il parler de morale, d’éthique ou
concevoir que dans un système intégré        prenantes …                                  encore de déontologie ? Adossée sur
de management qui implique la conver-                                                     un code social qui s’impose à tous, la
gence de tous les systèmes.                  Ce mécanisme du cercle vertueux dans         morale est impérative et absolue, elle
Les préoccupations en matière de gou-        l’entreprise peut être compris de ma-        nous dit ce qui doit être en distinguant
vernance d’entreprise ont véritablement      nière plus ou moins large : réduit aux       le bien et le mal en fonction de ce qui
émergé au cours des années 1990.             relations entre l’entreprise et ses ac-      est conforme. Elle répond à la ques-
                                             tionnaires (shareholders) ou élargi aux      tion « Que dois-je faire ? ». Fondée
Les raisons ne manquent pas pour ex-         relations entre l’entreprise et ses par-     sur la liberté de jugement et d’action,
pliquer le besoin croissant de prendre       ties prenantes (stakeholders).               résultat de l’expérience, l’éthique est
en compte la dimension éthique dans                                                       hypothétique et relative, elle nous dit
la gouvernance des grandes entrepri-         Les définitions des parties prenantes        ce qui est bon et mauvais en fonction
ses :                                        (ou parties intéressées) de l’entreprise     de notre jugement, elle répond à la
• l’accroissement (et surtout la média-      sont nombreuses, nous les définirons         question : « Comment vivre ? ». Quant
  tisation) de scandales impliquant les      comme des individus ou des groupes           à la déontologie, elle se définit comme
  dirigeants ;                               d’individus qui peuvent affecter ou être     « l’ensemble des règles et des devoirs
• l’accélération des fusions et restruc-     affectés par la gestion de l’entreprise      qui régissent une profession ».
  turations ;                                (salariés, actionnaires, fournisseurs,
• l’existence de rémunérations exces-        clients, État, groupes de pression …).       Aujourd’hui, la morale s’efface devant
  sives, en complète déconnexion avec        La relation est bilatérale avec l’entre-     l’éthique, non pour des raisons philo-
  l’évolution financière des entrepri-       prise, chacune des Parties Prenantes         sophiques ou conceptuelles, mais pour
  ses ;                                      étant animée par son propre intérêt.         des raisons médiatiques. La morale est
• le manque de transparence de l’infor-      Il faut cependant noter les limites de       qualifiée de ringarde, de conformis-
  mation délivrée aux actionnaires ;         cette notion de Partie Prenante : diffi-     te ; sa connotation dogmatique, reli-
• le manque de clarté dans le fonction-      culté d’identifier les Parties Prenantes,    gieuse, impérative, en fait un terme au
  nement des conseils d’administra-          de déterminer leur légitimité et de hié-     « cachet victorien, suranné et répres-
  tion ;                                     rarchiser leurs attentes.                    sif » (A. Minc).
• les soupçons portant sur l’intégrité
  des audits comptables et financiers.       Les relations entre les Parties Prenan-      Existe-t-il une éthique universelle ?
                                             tes et l’entreprise sont définies par des    Existe-t-il plusieurs éthiques : une pour
« La justice commence par le refus           contrats juridiques plus ou moins com-       les affaires, une pour les salariés, une
de la démesure » disait le poète grec        plets ou par des liens d’intérêt sans        pour les média, une autre pour la mé-
Hésiode (milieu du VIII ème siècle av.       contrat écrit. Elles doivent être basées     decine … ?
JC).                                         sur la confiance mutuelle, valeur-clé
L’élégance morale nécessite la justesse      de l’éthique. Devant l’incomplétude          L’ambiguïté se lève si l’on distingue
des proportions, l’éthique doit placer       ou l’absence de contrat juridique, le        l’éthique universelle de « l’éthique
l’Homme au centre de l’entreprise.           contrat psychologique établit une autre      appliquée » considérée comme s’ap-
Toute éthique doit être pensée avec          forme de lien entre la firme et chaque       puyant sur les principes de la première
sensibilité, sérénité sans “effet pathéti-   partie prenante. Il peut ainsi être consi-   tout en les faisant redescendre dans
que” ni indulgence. La notion de « mo-       déré comme une amélioration quali-           les différentes sphères (affaires, méde-
rale » n’a de sens que rattachée au bien     tative du contrat juridique ou, en l’ab-     cine, média …).
ou au mal. Aussi faut-il soutenir la vé-     sence de celui-ci, comme un contrat          Quant à l’éthique des affaires, elle ne
rité du bien !                               virtuel, défini comme un contrat synal-      peut exister que dans des institutions
La gouvernance se définit comme « le         lagmatique qui détermine les attentes        justes et être circonscrite par cinq
système par lequel les entreprises           réciproques d’une Partie Prenante avec       mots-clés, considérés comme repré-

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sentant les valeurs fondamentales qui        Dans la pratique, elle se traduit notam-
pilotent le comportement éthique dans        ment par la mise en place de codes         Les principales raisons invoquées
l’entreprise : justice, responsabilité so-   d’éthiques, de responsables d’éthi-        par l’entreprise pour promouvoir
ciale, exemplarité, confiance mutuelle       ques, de développement durable, de         une fonction éthique sont les sui-
et respect des autres.                       différents comités : comité de rémuné-     vantes :
                                             ration, de nomination, des comptes de      • en interne, affirmer l’identité de
À ce concept d’éthique des affaires,         conformité (compliance) …, d’institu-        l’entreprise et sa différence, recher-
s’ajoute celui de responsabilité sociale     tions organisant les relations avec les      cher une cohérence éthique autour
de l’entreprise (RSE). Être responsable,     actionnaires, d’indicateurs, de normes,      de principes communs, fédérer et
c’est répondre de ses actes, en accep-       la mise en place d’administrateurs in-       mobiliser le personnel, développer
ter les conséquences.                        dépendants, des contrôles externes           la culture de responsabilité des ma-
                                             tant sur le plan financier qu’extra-fi-      nagers ;
                                             nancier, du respect des conventions et     • en externe, concrétiser la respon-
La gouvernance                               des normes internationales.                  sabilité sociale de l’entreprise et se
                                                                                          donner un avantage concurrentiel ;
Si la gouvernance d’entreprise est un        Une bonne gouvernance d’entrepri-          • en interne comme en externe, pro-
produit «made in USA», elle a rapide-        se ne peut se concevoir que dans un          téger l’entreprise contre les agis-
ment été adoptée par d’autres zones          système intégré de management qui            sements d’agents susceptibles de
géographiques, notamment l’Europe,           implique la convergence de tous les          nuire à ses intérêts.
mais avec des approches spécifiques à        systèmes de la firme (ressources hu-
chaque culture.                              maines, finances, qualité, achat, santé,
                                             hygiène …).
Les mécanismes de gouvernance ne se                                                     Les missions du déontologue varient,
manipulent pas de la même manière                                                       notamment avec le secteur d’activité et
selon les entreprises, leurs secteurs        Le déontologue                             la taille de l’entreprise.
d’activité, leur implantation géogra-                                                   Celles qui sont le plus souvent repérées
phique, le contexte économique, so-          L’émergence du développement dura-         dans l’organisation sont les suivantes :
cial, politique … Cependant, quel que        ble, de la RSE et de l’éthique crée un     aider l’entreprise à expliciter sa politi-
soit l’environnement, ils jouent un rôle     nouveau métier dans les organisations      que en matière d’éthique, mettre en
complémentaire et une firme n’est ja-        aux dénominations variées : déontolo-      œuvre la politique éthique, organiser et
mais soumise à un seul mécanisme. Ce         gue, éthicien, compliance officer.         déployer la fonction éthique, sensibili-
sont des mécanismes contingentiels et                                                   ser et former le personnel à l’éthique,
contextuels.                                 A la croisée des fonctions dans l’or-      mettre l’entreprise à l’abri de toute mal-
                                             ganisation, le déontologue, pour sau-      versation et la protéger contre les ris-
Des lois récentes, Sarbanes-Oxley aux        vegarder son indépendance, dépend          ques éthiques, promouvoir la politique
USA ou les lois françaises sur les «Nou-     généralement directement de la direc-      éthique dans l’entreprise, assurer le re-
velles Régulations Économiques» et de        tion, qu’il s’agisse d’un poste à temps    porting global et mettre en évidence les
« Sécurité financière » sont contingen-      plein ou bien faisant partie de la DRH,    réalisations de l’entreprise en matière
tes, notamment à des évènements fi-          de la direction juridique, voire du ser-   de RSE.
nanciers récents et à des rapports en        vice financier.
Europe (Viénot, Bouton en France, Ca-        La fonction de déontologue dans l’en-      Le principal défi est de créer une effi-
dbury en Angleterre).                        treprise remonte aux années 1970 aux       cacité économique au service de l’Hu-
                                             USA et elle connaît un essor remarqua-     main et de sa planète. L’objectif est de
Une « bonne gouvernance » repose sur         ble en France dans la décennie 1990.       répondre aux besoins par une produc-
le respect d’un certain nombre de prin-      À partir de 1997, une réglementation       tion écologique et responsable.
cipes et de valeurs : principe de précau-    a imposé aux entreprises du secteur
tion, souci de la prévention, recherche      financier de mettre en place une fonc-     Jean-Luc Laffargue,
d’une gestion sobre et économe, prin-        tion déontologique.                        Directeur de Qualitique,
cipe de responsabilité, participation,                                                  Magazine de la culture managériale du
esprit de solidarité …                                                                  XXIe siècle. Business Ethics.
                                                                                        www.qualitique.com




                                                      NewDDeal 2011      19
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QuEl rÔlE pour l’ENtrEpriSE ?
Le Développement Durable concerne toutes les entreprises, privées
comme publiques, quelque soit leur secteur d’activité, de l’industrie
aux services en passant par le commerce et l’artisanat.

  Les préoccupations liées à la pollu-         fit de la libéralisation des marchés et        entreprises ont compris l’importance
tion, à la dégradation des ressources          de l’intégration des échanges en s’ap-         d’un dialogue avec toutes leurs «parties
énergétiques, à la réduction de la biodi-      provisionnant auprès de filiales et de         prenantes» – clientèle, fournisseurs, in-
versité et à la nécessité d’introduire une     fournisseurs dans les pays en voie de          vestisseurs, collectivités locales et ONG.
éthique dans l’économie conduisent à           développement.
considérer désormais la performance
de l’entreprise non plus seulement sous         Les entreprises sont au coeur du sys-         Une vision intégrée
l’angle économique et financier, mais           tème de production / consommation.
également en fonction du respect des            Elles ont donc un rôle primordial à           Pour une entreprise, le développement
intérêts de la communauté et de l’envi-         jouer dans la mise en oeuvre du dé-           durable repose sur une démarche ser-
ronnement dans lesquels elle opère.             veloppement durable.                          vant à la fois le développement écono-
La communauté peut être conçue, dans                                                          mique, le développement social et la
le sens géographique du terme, comme                                                          préservation de l’environnement.
le voisinage immédiat, ou dans un sens         Développement durable                          Une entreprise soucieuse d’appliquer les
plus large, comme une entité incluant          et secteur privé                               principes du développement durable et
toutes les «parties prenantes» (stakehol-                                                     de jouer un rôle constructif dans la so-
ders) – personnel, actionnaires, clientèle,    Par les biens et services qu’il produit, par   ciété investira dans des techniques «éco-
fournisseurs et autres groupes concer-         ses modes de production, par sa politi-        efficaces» respectant les ressources na-
nés par les activités de l’entreprise.         que sociale, etc., le secteur privé est en     turelles et l’environnement, et dans le
                                               mesure de contribuer à l’amélioration          capital humain afin de créer des produits
                                               de la qualité de vie et à la préservation      et des services nouveaux.
Un mouvement de fond                           de l’environnement pour les générations        De même, l’intégration de la dimension
                                               futures. Jusqu’ici toutefois, certains obs-    sociale fera de votre entreprise une entre-
Sous la pression conjuguée des investis-       tacles ont freiné l’adoption de pratiques      prise citoyenne qui se préoccupe de la ma-
seurs, des consommateurs, des groupes          «durables» par ce secteur. Au cours            nière dont ses activités affectent son capi-
d’opinion et parfois des gouvernements,        des années qui ont suivi la Conférence         tal humain, les consommateurs ainsi que
les entreprises doivent faire face à des       de Rio, les gouvernements ont tardé à          les communautés locales, régionales ou
exigences accrues en matière de respon-        émettre des signaux clairs vers le sec-        internationales dans lesquelles elle opère.
sabilité et de durabilité. Ces impératifs se   teur privé ; les investissements consentis
fondent encore à l’heure actuelle sur des      ont été insuffisants, les consommateurs
critères non standardisés, et ils concernent   et les actionnaires – que ce soit par man-     spécificité des PMe
surtout les multinationales et les grandes     que d’intérêt ou d’information – n’ont pas
entreprises. Il n’en demeure pas moins         exercé une pression suffisante ; à l’échel-    Une enquête réalisée en 2001 par le
que cette tendance commence à influen-         le internationale, les marchés instables       Réseau européen de recherche sur les
cer le marché de manière globale. Les          et imprévisibles ont souvent empêché           PME (ENSR) révèle que de nombreu-
PME (souvent fournisseuses de produits et      un développement industriel durable            ses PME ont déjà adopté des pratiques
de services pour les grandes entreprises)      dans des secteurs prioritaires.                sociales et environnementales dura-
sont confrontées de manière croissante à       Mais depuis quelques années, un chan-          bles, souvent définies et comprises par
la nécessité de répondre à certaines ques-     gement se fait sentir. Le public est tou-      les PME comme des pratiques respon-
tions, sinon à prouver qu’elles opèrent se-    jours plus sensible aux questions de           sables de gestion d’entreprise. Leur
lon certains critères de responsabilité.       «durabilité». Le milieu financier – notam-     engagement dans le domaine social
L’économie évoluant vers une écono-            ment les fonds de pension – exerce une         ou au sein de leur communauté est gé-
mie de services, on s’attend à ce que          pression croissante en faveur des inves-       néralement de portée locale, de nature
les PME et surtout les TPE – très petites      tissements socialement responsables.           occasionnelle et détaché de la stratégie
entreprises - gagnent encore en impor-         Face à ces mouvements d’opinion, les           commerciale. Il semble que la principale
tance. La tendance croissante à la créa-       entreprises européennes, puis américai-        motivation soit la conception éthique du
tion de nouvelles entreprises participe        nes ont pris conscience de la nécessité        responsable d’entreprise. L’obstacle ma-
à cette évolution.                             d’adopter un comportement éthique-             jeur à un engagement social, surtout chez
Par ailleurs, un nombre croissant de           ment, écologiquement et socialement            les plus petites PME, paraît être le manque
PME développent leurs activités au             responsable dans la conduite de leurs          de sensibilisation, suivi par la limitation
niveau international ; elles tirent pro-       affaires. Parallèlement, de nombreuses         des ressources.

                                                         NewDDeal 2011        20
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FairE riMEr EFFiCaCité Et rESpoNSaBilité SoCialE
Les entreprises sont de plus en plus conscientes que leur succès commercial et
leurs bénéfices ne découlent pas uniquement d’une maximisation des profits
à court terme, mais exige un comportement responsable qui prenne en compte
les facteurs de durabilité.
Une démarche globale
                                              Du point de vue du développement durable, l’entreprise remplit pleinement
La principale fonction de l’entreprise est    son rôle économique si :
de créer de la valeur en produisant les       • Elle contribue au développement du tissu économique et à une meilleure
biens et services demandés par la so-           qualité de vie dans les communautés au sein desquelles elle opère, que ce
ciété, et de dégager ainsi des bénéfices        soit sur le plan local, national, régional ou mondial,
pour ses propriétaires et actionnaires,       • Elle recherche une amélioration constante de sa performance, de sa capacité
tout en contribuant au bien-être général.       d’innovation et de sa viabilité économique à long terme en restant à l’écoute
Mais la mondialisation a favorisé               des besoins et attentes de ses «parties prenantes» et en y répondant,
l’émergence d’une nouvelle culture de         • Elle se conduit de manière responsable et respectueuse de la santé et de la
responsabilité pour l’entreprise. L’exi-        dignité des personnes,
gence croissante de transparence qui          • Elle contribue à la préservation des ressources – naturelles, matérielles et
se manifeste aujourd’hui ne fait que            non renouvelables – qui jouent un rôle-clé dans la croissance économique,
renforcer cette tendance. Les entre-          • Elle anticipe et gère les risques, notamment en matière de responsabilité
prises comprennent qu’elles peuvent             civile,
contribuer au développement durable           • Elle participe au processus social de recherche, d’apprentissage et de créa-
en gérant leurs activités :                     tion qu’est le développement durable en incitant tous les acteurs à prendre
• de manière à renforcer leur crois-            leurs respondabilités, notamment en favorisant la pleine participation des
  sance économique et à accroître leur          minorités à la prospérité.
  compétitivité
• tout en garantissant la protection de
  l’environnement et en veillant à leur      La gouvernance d’entreprise concerne         • les pressions d’ordre social provenant
  responsabilité sociale, notamment          le fonctionnement de l’entreprise et           d’organisations non gouvernementales
  en ce qui concerne les intérêts des        ses relations avec les différentes «par-       ou d’associations de consommateurs
  consommateurs. Car le développe-           ties prenantes». Il comprend les droits      • les pressions d’ordre commercial
  ment durable s’inscrit dans une dé-        et obligations du conseil d’administra-        exercées par les investisseurs sou-
  marche globale qui concilie efficacité     tion et de la direction, les relations de      cieux d’éviter tout risque financier
  économique, solidarité sociale et res-     l’entreprise avec les actionnaires, la         lié à des comportements contraires
  ponsabilité écologique.                    politique de communication et l’éthi-          à certains critères de responsabilité
                                             que commerciale.                               éthique, sociale et environnementale
                                             La prise en compte de la responsabi-         • la volonté d’anticiper la mise en place
Qu’est-ce que la responsabilité              lité sociale de l’entreprise, bien que         par les pouvoirs publics d’instruments
d’entreprise ?                               volontaire, se distingue nettement du          juridiquement contraignants.
                                             mécénat ou de la philanthropie. Elle
La citoyenneté ou responsabilité d’en-       implique un changement de culture au
treprise est un engagement qui respecte      sein de l’entreprise et doit s’inscrire au   Les bénéfices pour l’entreprise
un ensemble de principes qui dépasse la      coeur de sa stratégie.
simple application des dispositions léga-                                                 Les entreprises qui s’engagent dans
les. Ces principes sont le plus souvent                                                   une politique de citoyenneté d’entre-
basés sur des instruments internatio-        Pourquoi se lancer dans une                  prise constatent qu’elles :
naux universellement reconnus comme          démarche citoyenne ?                         • améliorent leur réputation et leurs ca-
les conventions de l’Organisation inter-                                                    pacités opérationnelles
nationale du travail (OIT), la Déclaration   L’engagement d’une entreprise dans           • renforcent leur compétitivité
universelle des droits de l’homme et la      une démarche citoyenne peut être mo-         • diminuent les risques juridiques et
Déclaration de Rio sur le développement      tivé par différents facteurs :                 opérationnels ainsi que les risques
durable. Les domaines sur lesquels           • les convictions et valeurs personnel-        liés à leur image
s’exerce la responsabilité d’entreprise        les de certains dirigeants et dirigean-    • améliorent la productivité, la loyauté
sont l’environnement, les conditions et        tes d’entreprise conscients de l’im-         et la motivation du personnel
normes de travail, les droits humains,         portance économique des exigences          • améliorent leur capacité d’attirer des
l’éthique commerciale (ou la lutte contre      sociales et environnementales                investisseurs.
la corruption) et la gouvernance.

                                                      NewDDeal 2011       21
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Moyens d’action                            Intérêt pour les autorités

Une entreprise qui choisit de s’engager    Les Etats, les institutions intergouver-
dans une démarche de responsabilité        nementales et les autorités locales ont
sociale est consciente de la contribu-     un intérêt vital à soutenir et promou-
tion qu’elle peut apporter, par le biais   voir la responsabilité sociale des entre-
de ses biens et services, à la prospé-     prises. Cet intérêt s’est déjà traduit par
rité économique et au développement        des mesures législatives (Loi NRE)
de la communauté dans laquelle elle        Appliquée aux entreprises multina-
opère. Elle cherche à la fois à réduire    tionales, la responsabilité sociale des
l’impact négatif de ses activités sur      entreprises est considérée comme un
l’environnement et l’exclusion sociale     moyen de poser des garde-fous afin
et à s’engager activement dans sa          que la mondialisation favorise le plus
sphère d’influence pour améliorer ces      grand nombre plutôt qu’une minorité.
paramètres.                                Appliquée aux entreprises nationales,
Les outils à disposition pour mettre en    elle est un moyen pour les Etats de
oeuvre une politique de responsabilité     protéger l’image de leur pays, qui peut
sociale sont les suivants :                dépendre fortement de la réputation
• Les codes de conduite.                   de ses entreprises.
• Les labels environnementaux et so-       Appliquée aux PME, elle permet de
  ciaux.                                   préserver la prospérité d’une économie
• Les pratiques éthiques d’investisse-     dépendant de son image de marque,
  ment.                                    de sa compétitivité et de son ouverture
• Le dialogue avec les parties prenan-     internationale.
  tes, c’est-à-dire l’ensemble des grou-
  pes ou individus affectés directement
  ou indirectement par les activités
  d’une entreprise. Il s’agit générale-
  ment du personnel, des actionnaires,
  des partenaires commerciaux (four-
  nisseurs, sous-traitants), des autori-
  tés, de la clientèle, des communautés
  locales, des ONG et d’associations de
  consommateurs. Ce dialogue deman-
  de un investissement en temps plutôt
  qu’en ressources financières ; il joue
  un rôle vital pour toute entreprise
  soucieuse de rester en phase avec les
  demandes et attentes de la société.




                                                    NewDDeal 2011       22
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Guide NewDDdeal

  • 1. Environnement - Social - Gouvernance Le GUIDE Professionnel du Développement Durable & de la RSE 2ère édition 2011
  • 2. PLAFONDS SYSTEMES Ensemble nos idées prennent forme ® Nous ne perdons jamais de vue vos objectifs tout en préservant le futur… Programmes de recyclage Matériaux recyclés Solutions durables Compatible HQE TRANSPORT BUREAU COMMERCE SANTÉ ÉDUCATION www.armstrong.fr/plafonds Visitez notre site www.armstrong.fr/plafonds/environnement
  • 3. Editorial la valEur partagéE J’emprunte à Michael Porter, l’un des plus éminents économistes contemporains d’obédience libérale, professeur à la prestigieuse Université de Harvard et conseil de multinationales, cette formule qui en deux mots si simples résume la notion si complexe de RSE. La valeur partagée, « shared value », serait la seule façon de sauver le capitalisme et réconcilier l’Entreprise avec la Société. En effet, décrédibilisé par des décennies d’abus et d’incohérences, le monde de l’entreprise doit regagner la confiance de l’opinion. Mais comment ? En comprenant, tout simplement, que « ce qui est bon pour la société est bon pour l’entreprise » Ce que je fais va-t-il accroître le bien-être des consommateurs ? Prend-il en compte la raréfaction des ressources naturelles ? Est-il bénéfique à mes fournisseurs ? Améliore-t-il le sort de la communauté à laquelle appartiennent mes sites de production et de vente ? En faisant de cette « valeur partagée » l’axe principal de sa stratégie de déve- loppement, l’entreprise se garantit, selon lui, des bénéfices sonnants et trébu- chants. Car elle porte en elle le germe de l’innovation et du partage, si chers à nos yeux. Le Guide NewDDeal, à sa façon, tente lui aussi de vous montrer la route. Riche en informations, en références, en adresses, la deuxième édition de ce guide pratique réunit près de 200 acteurs du changement pour qui la RSE se conjugue au présent. Nous espérons qu’il saura remplir sa mission : aider les entreprises, petites et grandes, à trouver le juste équilibre entre les impératifs économiques, sociaux et environnementaux. Bonne lecture ! Cécile Colonna d’Istria Directrice de la publication TODDAY NewDDeal 2011 1
  • 4.
  • 5. SoMMairE Répertoire des annonceurs par ordre alphabétique 5 Avant-propos 7 L’essentiel du développement durable & de la RSE 9 A la une en 2011 10 ISO 26000 : La norme hors norme 10 Les fondamentaux 12 Le développement durable de quoi parle-t-on ? 12 La dimension sociale et sociétale 14 La dimension environnementale 15 La dimension économique 16 L’éthique et la gouvernance 18 Les premiers pas 20 Quel rôle pour l’entreprise ? 20 Faire rimer efficacité et responsabilité sociale 21 Pourquoi se lancer dans un programme de développement durable 23 Conseils pratiques pour démarrer votre programme 24 La méthode 25 Code de conduite des entreprises 26 Les bonnes pratiques 27 Environnement 28 Finance / Gouvernance 31 Social 34 Les acteurs clés du changement 37 Institutionnels et Associations professionnelles 37 Conseil / Stratégie / Organisation 41 Audit / Diagnostic / Certification 53 Finance / Reporting / Gouvernance 59 R&D / Innovation / Marketing 65 Communication / Publicité / Medias 73 Formation / Emploi 85 Economie sociale et Solidaire 93 Cleantech / Management environnemental 101 Urbanisme / Mobilité / Transport 107 Clés de recherche rapide : index et panorama 113 Index par personne 114 Index par activité 117 Panorama détaillé des prestataires 120 NewDDeal 2011 3
  • 6. POUR CHANGER D’ÈRE Le mag Le quotidien en ligne La web radio sur www.neoplanete.fr Tous les jours Infos - Vidéos - Interviews radio - Actus Conso - Chroniques - Bons plans... Disponible sur Iphone
  • 7. rEpErtoirE dES aNNoNCEurS 1RDESIGN - DESIGN ET DÉVELOPPEMENT DURABLE 70 ABILIS ERGONOMIE 44 ALTERNATIVES ECONOMIQUES 92 ARESSY 75 ARMSTRONG BUILDING PRODUCTS SAS 2ème de couv. ART GENS 95 ARVAL SERVICE LEASE 110 BFM BUSINESS 2 BIOVIVA DÉVELOPPEMENT DURABLE 45 BOSSA VERDE 46 BUREAU VERITAS 58 BUSINESS WIRE 80 BY 105 67 CARE FRANCE 98 CLIMAT MUNDI 102 COMITE 21 38 CREAWA STUDIO D’ÉCO DESIGN GRAPHIQUE PRINT ET WEB 81 DELOITTE 47 DES ENJEUX ET DES HOMMES 48 DHL EXPRESS 109 ECOCERT ENVIRONNEMENT 55 ELIADIS 103 EMCO2 SOLUTION 104 ESDES - ÉCOLE DE MANAGEMENT 87 ETHICITY 49 EXCEL 50 FMF TALENTS 88 GDF SUEZ 6 et 100 GINGKO 21 71 GL EVENTS 77 GRIMALDI FORUM MONACO 79 HSBC FRANCE 61 et 4ème de couv. IBM 43 IMAGIN’ABLE 51 INSTITUT LÉONARD DE VINCI 89 LA CABANE BLEUE 82 LES JARDINS DE GALLY 69 MALAKOFF MÉDÉRIC 97 MINES PARISTECH - ISIGE 90 NEOPLANETE 4 NETT’BIO 99 NOVETHIC 63 ORSE 39 PARTA DIALOGUE 72 PRODURABLE 64 QUALITIQUE 8 R-CO2 111 RECYLUM 40 REVIALIS 105 SGS 57 SIDIESE 83 TERRA ACADEMY 91 TERRA ECO 106 VERTARIS 84 VIGEO ENTERPRISE 52 VRANKEN POMMERY MONOPOLE 112 et 3ème de couv NewDDeal 2011 5
  • 8. newddeal - 480-1 - Wed 16/02/11 - 14:17:11
  • 9. avaNt-propoS la villE dE dEMaiN SEra EN réSEau En ce début de siècle, plus d’un habitant de la planète sur deux est un citadin ; un mouvement Crédit photo : JGDF SUEZ / JBV News / Vermier Jean-Bernard qui prévoit d’ici 2020, de manière irréversible, 19 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants, dont 12 en Asie. Alors que la technique est capable de toutes les prouesses, il faut modeler la ville de demain sur des critères autres que l’infinie disponibilité des énergies et des ressources. Il faut innover et penser l’espace urbain comme une somme de systèmes qui se parlent entre eux. Les valeurs d’une ville durable sont liées à sa capacité d’adaptation et de transformation dans le temps, à sa haute qualité d’usage et de vie, à l’économie de ses bâtiments, à la fluidité de ses réseaux, à sa sécurité et à son partage des espaces. Le Groupe GDF SUEZ s’attache à mettre en œuvre ces valeurs en portant sa réflexion le plus en amont possible des grands projets urbains. Les fondements de la ville durable sont à anticiper très tôt, avant même la conception des installations, afin que les valeurs techniques qui en découlent puissent s’y inscrire durablement et de façon intégrée. La métamorphose urbaine sera profonde. GDF SUEZ entend relever ce défi. Gérard Mestrallet Président-Directeur Général GDF SUEZ NewDDeal 2011 7
  • 10.
  • 12. a la uNE EN 2011 iSo26000 : la NorME horS NorME La norme internationale ISO 26000:2010, relative à la responsabilité sociétale, apporte aux organisations de tous types, du secteur privé et du secteur public, des lignes directrices harmonisées, mondialement pertinentes et fondées sur le consensus international d’experts représentant les principaux groupes de parties prenantes. Elle encourage ainsi l’application des meilleures pratiques de responsabilité sociétale dans le monde. Un grand pas pour la rse L’ISO 26000 définit la responsabilité ponsabilité sociétale en réalisant une sociétale comme étant le fait, pour une synthèse de l’existant et en offrant une Malgré des décennies riches en formi- organisation, d’assumer ses impacts sur compréhension structurante pour facili- dables opportunités, nos conditions la société et l’environnement. En appli- ter la communication et l’appréciation d’existence se détériorent et il semble quant les principes tels que la redevabi- des démarches responsables. que nous allons devoir payer le prix de lité, la transparence, la reconnaissance l’exubérance de quelques-uns. des intérêts des parties prenantes, la Mais la 26000 n’est en réalité qu’un responsabilité sociétale tend à envisager outil de transition, qu’une banque de En poursuivant les mauvais objectifs, de manière globale les conséquences données pour forger de nouvelles nous gaspillons nos chances et nous des décisions et activités sur 7 grandes cultures. Elle vise d’abord la mise en détruisons de la valeur économique à questions (Gouvernance, Communautés cohérence de l’action de chacun dans un rythme soutenu. et développement local, Droits de l’Hom- un cadre global reconnu, elle a voca- Pouvoir et richesse ont été accumulés me, Relations et conditions de travail, tion à « marier » les objectifs de chacun au détriment des fondements sociaux Loyauté des pratiques, Questions relati- dans une logique de performance(s) du développement de nos organisa- ves au consommateur, Environnement). globale(s) et de lisibilité pour tous au tions et de l’économie en général. regard des grands enjeux du présent L’ambition de l’ISO 26000 est d’apporter siècle. Cette mise en cohérence passe Que de chemin parcouru pourtant de une référence internationale sur la res- par des fils rouges que chacun s’ap- l’ISO 9000 à la toute première version de l’ISO 26000. Et la route est encore longue … Ceci illustre parfaitement, si besoin était, la mutation que nous vivons où l’entreprise que nous attendons devra tenir compte, dans ses modèles, des enjeux collectifs, sociaux et environnementaux qui com- mandent « l’optimum collectif ». Internationale et unique C’est en réponse à la demande des consom- mateurs qui souhaitent disposer de repères partagés au niveau mondial pour appré- cier les démarches de responsabilité des entreprises, que l’ISO mobilise, dès 2005, près de 500 experts, dans 99 pays et 42 organisations internationales, représen- tant les pouvoirs publics, les industriels, les consommateurs, les syndicats, les ONG…, pour définir les lignes directrices de la res- ponsabilité sociétale et créer ainsi un cadre international de référence en posant les dé- finitions, les principes, les questions-clés et les étapes à suivre. NewDDeal 2011 10
  • 13. a la uNE EN 2011 proprie. La gouvernance, les droits de Quels avantages peut-on retirer de la mise en œuvre d’ISO 26000 ? l’Homme, les conditions et relations de travail, les bonnes pratiques des affai- La réalité et la perception des performances d’une organisation en matière de res, l’environnement, les questions re- responsabilité sociétale peuvent avoir une incidence sur : latives aux consommateurs ou encore • Ses avantages concurrentiels l’engagement sociétal sont reconnus • Sa réputation comme des questions centrales de la • Sa capacité à attirer et à retenir ses salarié(e)s ou ses membres, ses clients responsabilité des organisations. Ces ou ses utilisateurs fils rouges s’imposent au même titre • Le maintien de la motivation et de l’engagement de ses employés, ainsi que que la compétence première et dirige de leur productivité tout droit vers un professionnalisme • La vision des investisseurs, des propriétaires, des donateurs, des sponsors épanoui, gage d’intelligence dans et de la communauté financière l’action et garantie de résultats • Ses relations avec les entreprises, les pouvoirs publics, les médias, les four- réellement orientés « développement nisseurs, les pairs, les clients et la communauté au sein de laquelle elle durable ». intervient. L’aboutissement des évolutions de comportement ainsi prônés sera bien Elle aborde 7 questions centrales : questions centrales et domaines d’ac- entendu la reconnaissance d’une bon- • La gouvernance des organisations. tion, et de traduire de manière opéra- ne fluidité, d’une bonne mise en cohé- • Les Droits de l’Homme. tionnelle les principes de responsabilité rence de l’action de chacun passée au • Les conditions et relations de travail. dans la structure de l’organisation, ses tamis des attentes des parties prenan- • L’environnement. valeurs et engagements, ses procédu- tes, croisées avec les effets globaux ou • La loyauté des pratiques, y compris la res et son management. locaux redoutés face aux activités des lutte contre la corruption. hommes et à leurs effets pervers pour • Les questions relatives aux consom- La norme doit maintenant affronter le la planète. mateurs. terrain, et les organisations concernées • Les communautés et le développe- se l’approprier. Le principal danger qui La réconciliation entre profits et respect ment local. guette la norme ISO 26000 est de se voir de chacun dans et hors son organisa- Ces questions de responsabilité socié- instrumentalisée par des organisations tion est finalement le but recherché. Le tale doivent être appréhendées dans s’en prévalant sans pour autant en sui- pari n’a en réalité rien du Pascalien : une logique globale, holistique, d’inter- vre ni la lettre, ni l’esprit. rentabilité renforcée et pérennité ac- dépendance. quise font partie des objectifs ! Outil de progrès durable, la 26000 vise Il s’agit en effet de ne pas prendre en Une norme qui se conjugue à mettre les organisations au cœur de compte les impacts environnementaux au futur la Société avec un grand S. en ignorant les impacts sociaux, mais au contraire en envisageant les consé- Nous avons devant nous un terrain ex- Norme ? Guide ? Puits sans fond ou quences sur l’ensemble des questions trêmement favorable, voire historique. presque de bonnes pratiques ? Est-ce le centrales. Nous passons à un autre stade de l’exi- sujet ? Rentrons résolument dans l’ère gence de qualité, que l’ISO a largement de la maturité, avec modestie, avec Les aspects économiques, de même contribué à installer dans les organisa- simplicité, à son rythme, en fonction de que ceux relatifs à la santé, à la sécurité tions ces vingt dernière années. ses structures, de ses activités etc. Il n’y et à la chaîne de valeur sont traités dans a rien à perdre. les différentes questions centrales lors- Il s’agit maintenant de répondre à la quê- que cela est pertinent. te de sens que la crise actuelle ne rend que plus urgente. Le respect des droits Assumer et rendre compte Il a en effet été considéré que ces as- de l’homme et de l’environnement par pects étaient avant tout transverses et les organisations, au premier rang des- Le principal objectif de la norme ISO qu’il n’y aurait que peu de valeur ajou- quelles les entreprises, est sans doute 26000 est de définir et de clarifier le tée à l’ISO 26000 d’en faire une ques- l’exigence des Etats et des citoyens la concept de responsabilité sociétale et tion de responsabilité à part. plus spectaculaire de ces dernières an- de le rendre applicable à tout type d’or- nées. L’ISO 26000 n’en est qu’une tra- ganisation (entreprises, collectivités Bien que toutes les questions centra- duction, mais ô combien symbolique. territoriales, syndicats, associations). les soient liées et complémentaires, la Elle repose sur 2 fondamentaux qui nature de la gouvernance de l’organi- sont d’une part, la volonté de l’organi- sation est quelque peu différente des Jean-Luc Laffargue, sation d’assumer la responsabilité des autres questions centrales. Directeur de Qualitique, impacts de ses activités et de ses déci- Une gouvernance effective de l’organi- Magazine de la culture managériale du sions sur l’environnement et la société sation permet à cette dernière de pren- XXIe siècle. Business Ethics. et, d’autre part, d’en rendre compte. dre des mesures concernant les autres www.qualitique.com NewDDeal 2011 11
  • 14. lES FoNdaMENtauX lE dévEloppEMENt duraBlE : dE Quoi parlE-t-oN ? Le développement durable est devenu « Un développement qui réponde aux sations (RSO), dont les principaux ob- un concept « fourre-tout » que chacun, besoins du présent sans compromet- jectifs restent : équité sociale, préser- entreprise, salarié, syndicat, consom- tre la capacité des générations futures vation de l’environnement et efficacité mateur, client, fournisseur, État, en à répondre aux leurs ». économique. résumé les parties prenantes, s’appro- Sur le plan macroéconomique, deux prie en fonction de ses intérêts, voire concepts sont inhérents à cette no- en l’instrumentalisant. tion : La responsabilité sociale L’erreur la plus courante et en même • Le concept de « besoins », et plus des entreprises (rse) temps la plus équivoque consiste à particulièrement des besoins essen- assimiler le développement durable à tiels qu’ont les plus démunis, à qui il Tous les siècles précédents ont l’écologie. convient d’accorder la priorité. connu, sous des formes différentes, La confusion la plus grande règne • Les limites que l’état de nos techni- la corruption, l’exploitation des in- donc autour de la définition du déve- ques et de notre organisation sociale dividus (esclavage, servage), les « loppement durable et de ses termes impose à la capacité de l’environne- Affaires » (faillite de Law, scandale dérivés. ment à répondre aux besoins actuels de Panama, pour rappeler les plus Il ne s’agit pas d’un concept nou- et à venir. connues). L’histoire nous apprend veau, ni d’un effet de mode, il repose que, de l’antiquité à nos jours, les sur des bases solides tant historiques Les 3 objectifs associés du développe- rapports commerciaux ont connu que conceptuelles (cf. J. Ballet et F. ment durable sont : bien des vicissitudes. de Bry, L’entreprise et l’éthique, Le • L’égalité sociale (People). Seuil, 2001). • La préservation de l’environnement La RSE, dont le moteur principal est Les latins font appel à leurs ancêtres (Planet). l’éthique, se définit selon le « Livre philosophes et à leurs économistes • L’efficacité économique (Profit). Vert » de la Commission européenne du 18ème et 19ème siècle, les anglo- comme : « Être socialement responsa- saxons à l’utilitarisme, mais ils se Ces objectifs sont également identifiés ble signifie non seulement satisfaire rejoignent sur un point : aujourd’hui, dans un triptyque célèbre, les 3 P : Peo- pleinement aux obligations juridiques quel que soit le niveau, micro ou ple, Planet, Profit. Le développement applicables, mais aussi aller au-delà et macroéconomique, aucune organisa- durable de l’humanité doit passer par investir « davantage » dans le capital tion ne peut le négliger sans prendre le meilleur équilibre possible entre les humain, l’environnement et les rela- des risques majeurs, tant sur le plan « 3P ». tions avec les parties prenantes ». social qu’environnemental et écono- Le développement durable, concept La RSE signifie donc que l’entreprise mique. Des exemples récents (Enron, planétaire, devient au niveau micro- doit non seulement se soucier de sa Erika, Worldcom, Nike, Société géné- économique le développement des rentabilité financière et de sa crois- rale …), nous montrent que cette né- entreprises socialement responsables sance, mais aussi de ses impacts envi- gligence a un coût pour l’entreprise, (RSE), et plus globalement des organi- ronnementaux et sociaux. Elle ne doit non seulement en termes financiers (baisse des cours de bourse, des pro- fits, …) mais également en termes de réputation vis-à-vis de ses parties 3 piliers Préservation prenantes. Responsabilité environnementale Le développement durable contemporain : de la macroéconomie à la Viable Vivable microéconomie Durable Responsabilité Responsabilité Même si le concept a une histoire, économique Equitable sociale une définition, celle du rapport Brunt- land (du nom de la Présidente de la commission, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland), semble ad- Efficacité Equité mise aujourd’hui par la communauté internationale : NewDDeal 2011 12
  • 15. lES FoNdaMENtauX pas produire dans n’importe quelles conditions sous prétexte de faire des Un peu d’histoire ….. bénéfices. Elle doit rester éthique. L’activité économique a longtemps été considérée comme immorale ou amorale. Le Code d’Hammourabi (2000 av. J.C.) témoigne du souci de son rédacteur L’éthique, hypothétique et relative, de moraliser les affaires en réglementant strictement les échanges tant sur le nous dit ce qui est bon et mauvais plan commercial que financier. Aristote critique l’économie de richesse (chré- en fonction de notre jugement, elle matistique) dans son aspect téléologique. La richesse n’est pas une fin soi, répond à la question « Comment vi- elle doit être un moyen au service de l’Homme. vre ? » alors que la morale, impérative Juristes, mais aussi moralistes, les romains critiquent violemment le luxe et et absolue, répond à la question « Que l’attrait de l’argent. dois-je faire ? ». Aujourd’hui, la morale Ce mépris pour la richesse se porte sur le travail qui la produit. Seuls les es- s’efface devant l’éthique non pour des claves ou les étrangers peuvent travailler à sa production. raisons philosophiques ou conceptuel- Au cours du Moyen-âge, les nobles et les corporations jouèrent un rôle déter- les, mais pour des raisons médiatiques. minant dans les rapports entre la morale et l’économie : les premiers en n’exer- La morale est qualifiée de ringarde, de çant aucune activité économique (dérogeance), les seconds en faisant peser conformiste ; sa connotation en fait un une forte contrainte sociale sur les relations économiques grâce à une sévère terme au « cachet victorien, suranné réglementation (limitation de la concurrence, forte hiérarchie, loyauté et solida- et répressif ». Existe-t-il une éthique rité entre ses membres, …). Avec la survenance du protestantisme, la réussite universelle ou plusieurs éthiques (une économique devient un signe de la grâce divine, à condition qu’elle s’appuie pour les affaires, une pour les salariés, sur la ténacité et l’esprit d’ascèse (Max Weber). L’appartenance à cette religion une pour le consommateur, …). apparaît, en affaires, comme un « certificat de qualification éthique ». L’ambiguïté se lève si on distingue A la fin du 18ème siècle, l’économie libérale, placée sous le signe d’une mo- l’éthique universelle de l’éthique appli- rale utilitariste (J. Bentham), se substitue à l’économie de l’Ancien régime. quée, considérée comme s’appuyant L’homme recherche alors son bonheur à travers la maximisation de ses plai- sur les principes de la première tout sirs et la minimisation de ses peines. en les adaptant à des contextes parti- Devant les conséquences sociales du libéralisme sauvage et de son cortège culiers. Le mot anglo-saxon « ethics », de misères ouvrières (logements insalubres, malnutrition, salaires insuffi- ne faisant aucune distinction entre la sants, journées de travail longues et pénibles, absence d’assurances socia- morale et l’éthique, s’est imposé sur le les …), l’éthique renoue avec l’économie à travers le catholicisme social, le plan international. socialisme et le communisme. Elle se traduit notamment par l’exercice d’un paternalisme entrepreneurial qui subsistera sous des vocables divers jusqu’à nos jours. La Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1945 marque Le cercle vertueux une étape importante dans cette réhabilitation de la morale à travers notam- du développement durable ment le respect de la dignité humaine. Ainsi, plus qu’un effet de mode, la « RSE » dans l’entreprise demeure un phé- En considérant que le Développement nomène récurrent sous des vocables divers : l’éthique de cette fin de siècle, durable, décliné sous le vocable RSE, c’est le paternalisme qui débute dans les années 1850 ; c’est l’Etat-providence constitue des objectifs sur le plan mon- à partir de 1936, renforcé depuis 1945 ; c’est l’entreprise citoyenne des années dial, national et organisationnel, il ne 80, l’entreprise éthique, voire l’entreprise durable. peut être atteint que s’il s’appuie sur une bonne gouvernance, elle-même résultat d’une éthique de la responsa- bilité, qui est la condition nécessaire Dans l’optique du développement dura- éthiques et de la garantie du dialogue au bon fonctionnement de ce cercle ble et de la RSE, la bonne gouvernance avec les parties prenantes. vertueux. résulte notamment du respect des nor- Le concept de parties prenantes peut mes et de certains principes (principes être compris de manière plus ou moins La gouvernance se définit comme « le de précaution, de prévention, de coo- large : réduit aux relations entre l’orga- système par lequel les entreprises sont pération, de transparence …), de l’en- nisation et ses actionnaires (sharehol- dirigées et contrôlées » (Rapport Ca- gagement et de l’exemplarité de ses ders) ou élargi aux relations entre l’or- dbury, 1992). dirigeants, de l’élaboration de codes ganisation et ses stakeholders. NewDDeal 2011 13
  • 16. lES FoNdaMENtauX la diMENSioN SoCialE Et SoCiétalE Le respect des droits de l’homme, en Le dirigeant possède une fonction mo- Dans un souci de cohérence logique et tout premier lieu le respect de la dignité rale dans l’entreprise, qui joue un rôle d’harmonie affective, l’individu tente humaine, constitue le fondement même fondamental en créant la confiance de réduire, voire de faire disparaître des relations sociales dans l’entreprise. indispensable à sa survie. La perfor- cette dissonance. mance de l’organisation à long terme L’équité sociale tente ainsi d’établir un La gestion des personnes est sans dépendra de sa valeur personnelle, no- équilibre entre les attentes du salarié, aucun doute le domaine du manage- tamment de ses principes éthiques et ses performances, et la rentabilité de ment dans l’entreprise où la RSE ap- de sa faculté à donner l’exemple. l’entreprise. De nombreux exemples paraît comme incontournable. Concer- apparaissent ainsi dans le cycle de vie nant tant les rapports entre l’entreprise Si l’entreprise affirme son rôle éthique, du salarié. et ses salariés que les rapports entre les chefs doivent certes montrer l’exem- les salariés entre eux et les salariés et ple, mais il ne leur appartient pas de leur environnement, elle est au centre s’ériger en directeurs de conscience, La rse et le cycle de vie du des contradictions entre les logiques détenteurs des valeurs universelles, salarié économiques et les logiques sociales, mettant ainsi l’exemplarité au service mais elle est en même temps la che- de la manipulation. L’équité sociale ne concerne pas unique- ville de la politique de motivation et ment les rapports entre le salarié et son d’implication du personnel. Les diri- Quels sont les critères d’un compor- entreprise, il concerne également les geants eux-mêmes ont des pratiques tement exemplaire ? L’honnêteté, la autres parties prenantes, notamment contradictoires, considérant les sala- franchise, le sens de l’intérêt général, le les rapports avec les sous-traitants, riés tantôt comme une variable d’ajus- charisme, la cohérence personnelle … Il avec les fournisseurs, avec les clients. tement, tantôt comme un avantage peut se définir de manière positive, « Je Du recrutement au départ du salarié, compétitif, ou encore comme un enjeu fais ce que je dis, je dis ce que je fais » la RSE concerne tous les aspects de idéologique. ou de manière négative : « Faites ce que son cycle de vie dans l’entreprise, no- je dis, ne faites pas ce que je fais ». Il tamment : recrutement, rémunération, La violation des droits de l’homme, sous tend à légitimer l’autorité du chef, corol- formation, climat social, harcèlement, des formes diverses (harcèlement moral laire du pouvoir qui lui est donné par sa discrimination, stress, alerte éthique, et sexuel, non-respect de la vie privée des place dans la hiérarchie de l’entreprise. organisation du travail, licenciement, individus, …), est à l’origine des princi- Théorie du processus, l’équité est l’une démission ou départ à la retraite. paux conflits éthiques. des explications de la satisfaction, de la motivation et de l’implication du sa- Si la liberté de l’entreprise doit s’exer- « Tous DRH », tel est le titre d’un ouvra- larié. Elle repose sur l’idée que les sa- cer dans un cadre, la France oscille ge collectif, sous la direction du Pro- lariés attendent que leurs apports dans entre la soft law, avec la mise en place fesseur JM. Peretti, qui nous démontre le travail (compétence, expérience, spontanée de chartes éthiques et le res- que la gestion des ressources humai- temps, obéissance …) soient récom- pect volontaire de normes facultatives nes n’est pas l’apanage de la fonction pensés équitablement. (SA8000, ISO9000, ISO 14000, GRI, …) correspondante dans l’entreprise, et la hard law caractérisée par des obli- mais qu’elle concerne tous les niveaux Symétriquement, l’employeur attend gations légales (cf. Code du travail) tel- et toutes les fonctions. Si l’équité so- qu’en échange l’employé fournisse un les que : le bilan social, rendu obliga- ciale est l’un des objectifs de la RSE, effort qui lui paraisse équitable. Le sa- toire par la loi de 1977, puis le Rapport elle ne peut se construire qu’à partir de larié effectue des comparaisons avec sur l’égalité professionnelle, instauré l’exemplarité et de la justice. d’autres employés dans l’entreprise, par la loi Roudy en1983 et complété ré- qui exécutent soit le même travail, soit cemment par la loi Génisson en 2001 ; un travail hiérarchiquement inférieur enfin la loi sur les Nouvelles Régula- exemplarité et justice ou supérieur, et également avec des tions Économiques en 2002 qui impo- salariés d’autres entreprises. se notamment aux entreprises cotées « Le poisson pourrit par la tête » dit le d’établir annuellement un rapport so- proverbe chinois. Cette citation exprime Ces comparaisons le conduisent à dé- cial et environnemental. la nécessité pour le dirigeant, mais aus- terminer son comportement au travail. si pour tous les responsables à quelque Qualifiée de « dissonance cognitive » niveau que ce soit, d’être exemplaires. au sens de Festinger (1957), cette si- Cette exemplarité doit être au cœur de tuation différenciée se définit comme l’équité sociale, elle constitue le fonde- « un état de malaise psychique dû au ment de la confiance des salariés dans fait que l’on est partagé entre deux ou leurs supérieurs hiérarchiques. plusieurs idées contradictoires ». NewDDeal 2011 14
  • 17. lES FoNdaMENtauX la diMENSioN ENviroNNEMENtalE Le monde a changé. Nous prenons len- autant le penser extérieur à elle, car nité, mais seulement certains aspects tement conscience des défis environ- considérer l’homme comme autonome de celle-ci relatifs à la technicité, les nementaux que l’Homme doit relever reviendrait à nier la nature. La nature rapports de pouvoirs n’étant pas remis dans les années à venir. que nous connaissons est le reflet de en cause. l’état actuel de la science. A l’opposé, les écologistes orien- Les richesses ne sont réparties ni tent leurs analyses d’un point de vue équitablement ni harmonieusement L’écologie promeut l’idée d’une wilder- scientifique dans le but de promouvoir entre les peuples, les ressources sont ness absolue qui doit évoluer sans la une société plus juste, c’est-à-dire en déséquilibrées entre les pays produc- trace indélébile de l’homme. La wilder- meilleure relation avec la nature. Ils teurs du Sud et les consommateurs ness établit indirectement que l’hom- sont en rupture avec la technocratie. du Nord, la biodiversité disparaît, la me est mauvais pour la nature. Face à pollution et le gaspillage augmen- cette vision de la nature sauvage, la re- Ces distinctions établies, il n’en de- tent, les biens et les denrées sont cherche de l’écologie scientifique tente meure pas moins que la question entre mal distribués, il y a de plus en plus de remédier aux perturbations naturel- l’homme et la nature reste entière. de pauvres et de chômeurs, beau- les par l’action humaine. Le glissement C’est seulement à l’aube des temps coup d’enfants n’ont pas accès à la sémantique entre nature, environne- modernes qu’apparaît l’idée carté- connaissance et sont exploités, les ment et écologie peut de ce fait se per- sienne de l’homme comme « maître et intérêts publics sont confrontés aux cevoir par l’acceptation progressive de possesseur de la nature », pliant la na- intérêts privés, et bien sûr la fracture l’homme en leur sein. ture à sa propre rationalité. La science Nord-Sud s’accentue, parmi beau- Le mot écologie inventé par Haeckel moderne s’entend d’abord comme un coup d’autres déséquilibres … en 1866, prend une dimension scien- processus de domination du monde. Il tifique, puis à l’avènement du 21ème s’agit alors pour elle d’améliorer la na- siècle devient un enjeu global. ture ; c’est dans cette orientation que Nature, environnement, prend place l’écologie. Longtemps, elle écologie « Environnement » est un mot relation- n’avait été qu’un décor, un fond. A pré- nel signifiant ce qui environne, il dési- sent, une des figures par excellence de Peut-on parler indifféremment de la gne toujours le milieu comme référent, la nature est le paysage, c’est-à-dire la nature, de l’environnement et de l’éco- mais cette fois, son champ d’applica- nature qui mérite d’être regardée. logie ? Les relations entre ces trois no- tion relève de la biologie et renvoie au La maîtrise de la nature débouche tions ne sont pas simples. La nature est système. Mais il ne faut pas se tromper sur une contradiction de fond : si l’on notre environnement, mais tout envi- sur l’enjeu véritable de ce terme. En ef- est « maître et protecteur », on peut ronnement n’est pas naturel. De même, fet, c’est la sphère du politique qui s’en aussi bien se déclarer « maître et sac- si l’écologie est la science des rapports accapare. cageur ». En réponse à la question de entre les êtres vivants et leur milieu, Dès lors, l’environnement devient la la crise écologique, nous pouvons dire l’écologie n’est-elle pas la science de protection de la nature et la gestion des qu’elle ne concerne pas tant la nature l’environnement ? risques. que la question des changements dans L’écologie est une science de la nature On peut par conséquent affirmer que nos façons de gérer le vivant. Ceci im- et en faire la science de l’environnement l’environnement renvoie à la respon- plique qu’il y a crise de notre représen- serait donner le pouvoir aux sciences sabilité générale définie comme celle tation de la nature. de la nature sur ces questions. Or, le dé- de l’Etat. Ce n’est que dans les années Autrement dit, la crise environnemen- bat traitant de cet aspect a été de mettre quatre vingt que ce terme s’impose tale est une crise de paradigme, donc en cause la domination naturaliste sur unanimement dans le domaine scien- une crise du sens. Une réorientation les questions d’environnement et d’af- tifique. de nos valeurs est donc indispensable firmer que l’environnement était une pour repenser la nature. Repenser la na- question sociale. Bien sûr, cette analyse En substance, on peut affirmer que si ture ne veut pas pour autant signifier se est rapide et donc schématique. la rationalité scientifique fait de l’envi- la réapproprier. Or, le réductionnisme ronnement la conception hiérarchique cartésien, auquel notre système de pen- Le terme le plus disputé est sans du monde, c’est le politique qui en fait sée est attaché, nous impose un dua- conteste celui de nature. Effectivement, le référent incontournable. lisme environnemental du type « maître il ne se réfère pas seulement à la des- En contre point au pouvoir politique, et possesseur » ou « maître et protec- cription, mais reste chargé de valeur, les environnementalistes et les écolo- teur ». Il s’avère donc que cette stérile de telle sorte que les scientifiques s’en gistes se sont structurés au devant de opposition ne débouche pas sur une méfient en préférant évoquer le terme la scène sociale (greenpeace, wwf, …). troisième voie reflétant la complexité d’environnement. Penser l’homme En effet, les environnementalistes ne de notre rapport au monde. C’est ainsi, différent de la nature n’est pas pour discutent pas sur le fond de la moder- et en ce sens, qu’il y a crise. NewDDeal 2011 15
  • 18. lES FoNdaMENtauX la diMENSioN éCoNoMiQuE Le mode de croissance qui a prévalu Dans une étude de la Banque mondiale Le concept de «capabilité» jusqu’alors, fondé sur le profit à court intitulée « La croissance est bonne pour En fait, l’approche par les capabilités terme au bénéfice d’une minorité nous les pauvres », l’accent est mis sur l’ac- tire son origine de l’observation des conduit vers une impasse. Pour répon- célération de la croissance en faisant conséquences des famines surve- dre à cet échec, le développement du- confiance aux processus de redistri- nues en Inde, au Bengale, en 1943. rable prône un développement capable bution par capillarité et en négligeant La famine n’est due ni au manque de répondre aux besoins de tous les toute mesure de redistribution. de nourriture, ni à une quelconque hommes, et de préserver les équilibres catastrophe naturelle. Les greniers écologiques, sociaux, économiques, y Bien sûr, de nombreux économistes ont sont pleins alors que les gens meu- compris dans le long terme. En bref, de contesté cette conception, se refusant rent de faim. La famine est surtout construire une communauté viable. à considérer que toute augmentation la conséquence d’une déchirure du du revenu accroît automatiquement lien social et d’un manque d’accès et de manière proportionnelle le bien- à la nourriture disponible. C’est le Approche économique être des populations. Ils ont proposé défaut de « droits d’accès » (« en- standard du développement d’autres visions du développement titlements ») qui importe, plus que comme le « développement basé sur la la production, la disponibilité ou le Pour les économistes libéraux, crois- satisfaction des besoins essentiels », le prix des biens. Cette vision permet sance économique et développement « développement endogène basé sur de ne plus aborder le problème de sont intimement liés. C’est la croissan- l’amélioration du capital humain », ou la famine sous l’angle exclusif de ce économique des pays du Nord qui a le « développement participatif ». l’économique, mais de considérer permis leur industrialisation, considérée aussi les dimensions politiques et comme la finalité du développement. Toutes ces approches visent à redon- sociales qui jouent un rôle dans la Le modèle de croissance repose essen- ner de l’importance aux dimensions capacité à se procurer de la nourri- tiellement sur l’accumulation du capital humaines et sociales du développe- ture. et la réalisation d’investissements pro- ment. Parmi celles-ci, Amartya Sen Sur la base de cette expérience, ductifs. Cette vision s’est traduite par propose un cadre d’analyse nouveau, Amartya Sen élargit son raisonne- la mise en œuvre de programmes de préconisant le renforcement des capa- ment à l’ensemble des possibilités planification du développement stan- bilités des personnes comme moyen et d’utiliser des ressources que ren- dardisés, souvent similaires de par leur finalité du développement. Cette vision contre une personne pour mettre en principe d’accumulation du capital et de a inspiré la mise en œuvre à partir de valeur ses propres capacités et ainsi représentation linéaire des étapes de la 1990, de politiques de « développe- mener la vie qu’elle souhaite vivre. croissance économique. ment humain » par le Programme des L’ensemble de ces capacités définit Selon une telle vision, toutes les socié- Nations Unies pour le Développement le concept de capabilité, qui retrace tés doivent passer par un processus de (PNUD). ce qu’elle est ou serait capable de développement en cinq étapes : l’éco- faire, d’être et de devenir. nomie traditionnelle, les conditions préalables au démarrage, le décollage, Un nouveau regard : la maturité et la consommation de Le dévéloppement humain tisfaction retirée de la consommation masse. de ces biens. Il est mis sur la capabilité Pour Amartya Sen, la finalité du déve- des personnes, c’est-à-dire sur la façon ce cadre, la pauvreté est due à l’accès loppement ne se situe pas dans l’ac- dont elles fonctionnent pour améliorer insuffisant aux biens de consomma- cumulation de biens, notamment de leur bien-être, et, plus généralement, tion à cause d’un niveau de revenu capital. Il faut plutôt améliorer les ca- la qualité de leur vie. Il y a, de fait, une faible. La croissance économique, en pabilités des personnes, ce qui a pour équation fondamentale, ou fonction de augmentant le revenu par habitant, effet d’étendre leurs libertés réelles conversion, qui permet de convertir la permet alors de réduire la pauvreté. d’agir et de devenir ce qu’elles souhai- dotation en ressources d’une personne Les institutions financières internatio- tent être (« beings and doings »). On donnée, en un certain nombre de fonc- nales, Fond monétaire international peut toutefois se demander comment tionnements qui retracent sa capabilité. (FMI) et Banque mondiale, appuient une telle approche peut permettre de Les ressources disponibles sont des leurs interventions sur cette vision du repenser le modèle économique du dé- biens de consommation, des biens du- développement. Elles mettent l’accent veloppement. rables, des biens publics, des biens pre- sur la croissance économique qui, en miers, mais aussi des droits politiques, se propageant naturellement par ca- L’accent n’est plus uniquement mis sur économiques ou sociaux qui permettent pillarité (« trickle down effect ») tou- la production de biens et sur les reve- l’accès à ces biens et font que, sur cette che toutes les couches de la société. nus qui en découlent, ni sur la seule sa- base, les personnes peuvent accroître NewDDeal 2011 16
  • 19. lES FoNdaMENtauX leurs potentialités (capital humain, capi- Cependant, cette approche présente Cependant l’approche par les capabili- tal social, réseaux, …). Tout cela consti- aussi des limites. tés permet d’aborder le problème de la tue la dotation des personnes. Tout d’abord, son opérationnalisation soutenabilité du développement sous Ensuite, en fonction de ses caractéris- demeure difficile, car si les fonction- un jour nouveau, en considérant qu’un tiques personnelles (le fait d’être un nements effectivement réalisés sont développement ne peut être durable homme ou une femme, handicapé ou facilement observables et mesurables, que s’il promeut les capabilités de la pas, d’un âge donné, etc.) et des op- l’observation de la capabilité poten- génération présente sans compromet- portunités sociales, économiques ou tielle d’une personne est compliquée tre les capabilités des générations à environnementales, chaque personne à imputer. Ensuite, l’accent mis sur les venir. Ceci pose la question de la distri- peut convertir sa dotation en fonction- capabilités individuelles des agents ne bution équitable au sein d’une même nements. rend pas bien compte des interactions génération et entre les générations et Des fonctionnements qui sont effecti- et des relations sociales qui permettent ouvre la voie à la recherche des condi- vement réalisés, ou potentiellement l’action collective. Une action collective tions qui font qu’un développement réalisables et qui ont tous pour finalité qui engendre des capabilités collecti- soit socialement durable. de réaliser ce qu’une personne aspire à ves dont on perçoit mal le lien avec les être ou à faire. capabilités individuelles. On attend d’un tel développement qu’il accroisse les potentialités et les capa- A travers la combinaison de ses fonc- Enfin, si l’amélioration de la capabilité cités d’une génération donnée, tout tionnements, l’individu devient capa- permet d’accroître la liberté des person- en facilitant leur transfert de manière ble d’un certain nombre de choses. La nes, elle implique aussi un accroisse- équitable à la génération suivante. capabilité d’une personne représente ment de la responsabilité personnelle Ceci afin de garantir à toutes les géné- alors l’ensemble des fonctionnements pour respecter les obligations sociales rations, présentes comme futures, une effectifs ou potentiels qu’elle est capa- auxquelles les personnes font réguliè- amélioration équitable de leurs capabi- ble, ou serait capable, d’accomplir sur rement face … une dimension qui est lités de bien-être. la base de ses caractéristiques propres peu prise en compte dans l’analyse. et des opportunités ou contraintes éco- nomiques, sociales et environnemen- tales qu’elle rencontre. Cette capabilité résulte de son aptitude à transformer Rapport Stiglitz : mesurer la croissance autrement des ressources de toutes sortes en fonctionnements. La Commission Stiglitz, du nom de son président Joseph Stiglitz, est née d’une proposition de Nicolas Sarkozy le 8 janvier 2008. Elle est officiellement Le fait, pour une personne, de devenir intitulée « Commission sur la mesure des performances économiques et du plus « capable » la rend aussi plus li- progrès social ». Le but de cette commission est de développer une « réflexion bre dans ses choix effectifs face aux sur les moyens d’échapper à une approche trop quantitative, trop comptable contraintes de la vie ou de la société. de la mesure de nos performances collectives » et d’élaborer de nouveaux La capabilité devient alors assimilable indicateurs de richesse renseignant sur le progrès social et le bien-être des à la liberté d’agir et d’être, à une épo- individus. que donnée, dans une société donnée. Elle constitue ainsi autant un moyen Le rapport formule 12 recommandations. Trois principes sont retenus : la qu’une fin du développement. Dans prise en compte des ménages dans l’analyse économique, la mesure de la ce cadre, la croissance peut se faire qualité de vie et le développement durable. plus par l’amélioration des fonction- Le PIB est la mesure de la production nationale, il donne une moyenne sur la nements et, plus généralement, des situation française et masque ainsi les disparités individuelles. Le rapport pro- capabilités ou libertés des personnes, pose d’analyser les revenus et la consommation en fonction des catégories que par l’augmentation de la quantité d’individus et non plus d’une moyenne nationale. de biens disponibles. Pour l’analyse de la situation des ménages, il préconise de prendre en compte le patrimoine et les activités non marchandes, par exemple l’activité domes- C’est en ce sens que l’approche de tique et les loisirs alors que le PIB mesure essentiellement la production mar- Amartya Sen est fortement innovante : chande. elle met l’accent sur les fonctionne- Le rapport établit également une distinction entre évaluation du bien-être pré- ments, effectifs et potentiels, des per- sent et l’évaluation de la soutenabilité, c’est-à-dire de sa capacité à se main- sonnes et sur leur capacité d’acteur. tenir dans le temps (capital naturel, physique, humain, social transmis aux Elle considère plus les potentialités des générations à venir). personnes que leur revenu ou richesse La commission estime qu’outre ces indicateurs objectifs, il conviendrait de accumulée, ce qui apporte un nouveau procéder à des mesures subjectives de la qualité de vie (perception du bien- regard au développement économique être, du bonheur, inquiétude…). et rend le modèle de développement Enfin, le rapport prône la création d’indicateurs monétaires de développe- orthodoxe inadapté aux contraintes du ment durable permettant de mesurer les ressources naturelles. monde actuel. 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  • 20. lES FoNdaMENtauX l’éthiQuE Et la gouvErNaNCE Le développement durable, la respon- sont dirigées et contrôlées » (rapport l’entreprise en termes non seulement sabilité sociale de l’entreprise, ne peu- Cadbury, 1992). Dans l’optique du Dé- économiques, mais sociaux et affectifs vent être atteints que s’ils s’appuient veloppement Durable ou de la RSE, (fidélité, loyauté, confiance). Il résulte sur une bonne gouvernance, elle-mê- une bonne gouvernance résulte no- seulement de promesses perçues in- me résultat d’une éthique de la res- tamment du respect des normes et de dividuellement comme telles par les ponsabilité qui constitue la condition certains principes (principe de précau- deux parties. nécessaire au bon fonctionnement de tion, de prévention, de concertation, de ce cercle vertueux (Ethique-Gouver- transparence …), de l’engagement et nance-Développement Durable). de l’exemplarité de ses dirigeants, de Morale, éthique et déontologie l’élaboration de codes éthiques et de Une bonne gouvernance ne peut se la garantie du dialogue avec les parties Faut-il parler de morale, d’éthique ou concevoir que dans un système intégré prenantes … encore de déontologie ? Adossée sur de management qui implique la conver- un code social qui s’impose à tous, la gence de tous les systèmes. Ce mécanisme du cercle vertueux dans morale est impérative et absolue, elle Les préoccupations en matière de gou- l’entreprise peut être compris de ma- nous dit ce qui doit être en distinguant vernance d’entreprise ont véritablement nière plus ou moins large : réduit aux le bien et le mal en fonction de ce qui émergé au cours des années 1990. relations entre l’entreprise et ses ac- est conforme. Elle répond à la ques- tionnaires (shareholders) ou élargi aux tion « Que dois-je faire ? ». Fondée Les raisons ne manquent pas pour ex- relations entre l’entreprise et ses par- sur la liberté de jugement et d’action, pliquer le besoin croissant de prendre ties prenantes (stakeholders). résultat de l’expérience, l’éthique est en compte la dimension éthique dans hypothétique et relative, elle nous dit la gouvernance des grandes entrepri- Les définitions des parties prenantes ce qui est bon et mauvais en fonction ses : (ou parties intéressées) de l’entreprise de notre jugement, elle répond à la • l’accroissement (et surtout la média- sont nombreuses, nous les définirons question : « Comment vivre ? ». Quant tisation) de scandales impliquant les comme des individus ou des groupes à la déontologie, elle se définit comme dirigeants ; d’individus qui peuvent affecter ou être « l’ensemble des règles et des devoirs • l’accélération des fusions et restruc- affectés par la gestion de l’entreprise qui régissent une profession ». turations ; (salariés, actionnaires, fournisseurs, • l’existence de rémunérations exces- clients, État, groupes de pression …). Aujourd’hui, la morale s’efface devant sives, en complète déconnexion avec La relation est bilatérale avec l’entre- l’éthique, non pour des raisons philo- l’évolution financière des entrepri- prise, chacune des Parties Prenantes sophiques ou conceptuelles, mais pour ses ; étant animée par son propre intérêt. des raisons médiatiques. La morale est • le manque de transparence de l’infor- Il faut cependant noter les limites de qualifiée de ringarde, de conformis- mation délivrée aux actionnaires ; cette notion de Partie Prenante : diffi- te ; sa connotation dogmatique, reli- • le manque de clarté dans le fonction- culté d’identifier les Parties Prenantes, gieuse, impérative, en fait un terme au nement des conseils d’administra- de déterminer leur légitimité et de hié- « cachet victorien, suranné et répres- tion ; rarchiser leurs attentes. sif » (A. Minc). • les soupçons portant sur l’intégrité des audits comptables et financiers. Les relations entre les Parties Prenan- Existe-t-il une éthique universelle ? tes et l’entreprise sont définies par des Existe-t-il plusieurs éthiques : une pour « La justice commence par le refus contrats juridiques plus ou moins com- les affaires, une pour les salariés, une de la démesure » disait le poète grec plets ou par des liens d’intérêt sans pour les média, une autre pour la mé- Hésiode (milieu du VIII ème siècle av. contrat écrit. Elles doivent être basées decine … ? JC). sur la confiance mutuelle, valeur-clé L’élégance morale nécessite la justesse de l’éthique. Devant l’incomplétude L’ambiguïté se lève si l’on distingue des proportions, l’éthique doit placer ou l’absence de contrat juridique, le l’éthique universelle de « l’éthique l’Homme au centre de l’entreprise. contrat psychologique établit une autre appliquée » considérée comme s’ap- Toute éthique doit être pensée avec forme de lien entre la firme et chaque puyant sur les principes de la première sensibilité, sérénité sans “effet pathéti- partie prenante. Il peut ainsi être consi- tout en les faisant redescendre dans que” ni indulgence. La notion de « mo- déré comme une amélioration quali- les différentes sphères (affaires, méde- rale » n’a de sens que rattachée au bien tative du contrat juridique ou, en l’ab- cine, média …). ou au mal. Aussi faut-il soutenir la vé- sence de celui-ci, comme un contrat Quant à l’éthique des affaires, elle ne rité du bien ! virtuel, défini comme un contrat synal- peut exister que dans des institutions La gouvernance se définit comme « le lagmatique qui détermine les attentes justes et être circonscrite par cinq système par lequel les entreprises réciproques d’une Partie Prenante avec mots-clés, considérés comme repré- NewDDeal 2011 18
  • 21. lES FoNdaMENtauX sentant les valeurs fondamentales qui Dans la pratique, elle se traduit notam- pilotent le comportement éthique dans ment par la mise en place de codes Les principales raisons invoquées l’entreprise : justice, responsabilité so- d’éthiques, de responsables d’éthi- par l’entreprise pour promouvoir ciale, exemplarité, confiance mutuelle ques, de développement durable, de une fonction éthique sont les sui- et respect des autres. différents comités : comité de rémuné- vantes : ration, de nomination, des comptes de • en interne, affirmer l’identité de À ce concept d’éthique des affaires, conformité (compliance) …, d’institu- l’entreprise et sa différence, recher- s’ajoute celui de responsabilité sociale tions organisant les relations avec les cher une cohérence éthique autour de l’entreprise (RSE). Être responsable, actionnaires, d’indicateurs, de normes, de principes communs, fédérer et c’est répondre de ses actes, en accep- la mise en place d’administrateurs in- mobiliser le personnel, développer ter les conséquences. dépendants, des contrôles externes la culture de responsabilité des ma- tant sur le plan financier qu’extra-fi- nagers ; nancier, du respect des conventions et • en externe, concrétiser la respon- La gouvernance des normes internationales. sabilité sociale de l’entreprise et se donner un avantage concurrentiel ; Si la gouvernance d’entreprise est un Une bonne gouvernance d’entrepri- • en interne comme en externe, pro- produit «made in USA», elle a rapide- se ne peut se concevoir que dans un téger l’entreprise contre les agis- ment été adoptée par d’autres zones système intégré de management qui sements d’agents susceptibles de géographiques, notamment l’Europe, implique la convergence de tous les nuire à ses intérêts. mais avec des approches spécifiques à systèmes de la firme (ressources hu- chaque culture. maines, finances, qualité, achat, santé, hygiène …). Les mécanismes de gouvernance ne se Les missions du déontologue varient, manipulent pas de la même manière notamment avec le secteur d’activité et selon les entreprises, leurs secteurs Le déontologue la taille de l’entreprise. d’activité, leur implantation géogra- Celles qui sont le plus souvent repérées phique, le contexte économique, so- L’émergence du développement dura- dans l’organisation sont les suivantes : cial, politique … Cependant, quel que ble, de la RSE et de l’éthique crée un aider l’entreprise à expliciter sa politi- soit l’environnement, ils jouent un rôle nouveau métier dans les organisations que en matière d’éthique, mettre en complémentaire et une firme n’est ja- aux dénominations variées : déontolo- œuvre la politique éthique, organiser et mais soumise à un seul mécanisme. Ce gue, éthicien, compliance officer. déployer la fonction éthique, sensibili- sont des mécanismes contingentiels et ser et former le personnel à l’éthique, contextuels. A la croisée des fonctions dans l’or- mettre l’entreprise à l’abri de toute mal- ganisation, le déontologue, pour sau- versation et la protéger contre les ris- Des lois récentes, Sarbanes-Oxley aux vegarder son indépendance, dépend ques éthiques, promouvoir la politique USA ou les lois françaises sur les «Nou- généralement directement de la direc- éthique dans l’entreprise, assurer le re- velles Régulations Économiques» et de tion, qu’il s’agisse d’un poste à temps porting global et mettre en évidence les « Sécurité financière » sont contingen- plein ou bien faisant partie de la DRH, réalisations de l’entreprise en matière tes, notamment à des évènements fi- de la direction juridique, voire du ser- de RSE. nanciers récents et à des rapports en vice financier. Europe (Viénot, Bouton en France, Ca- La fonction de déontologue dans l’en- Le principal défi est de créer une effi- dbury en Angleterre). treprise remonte aux années 1970 aux cacité économique au service de l’Hu- USA et elle connaît un essor remarqua- main et de sa planète. L’objectif est de Une « bonne gouvernance » repose sur ble en France dans la décennie 1990. répondre aux besoins par une produc- le respect d’un certain nombre de prin- À partir de 1997, une réglementation tion écologique et responsable. cipes et de valeurs : principe de précau- a imposé aux entreprises du secteur tion, souci de la prévention, recherche financier de mettre en place une fonc- Jean-Luc Laffargue, d’une gestion sobre et économe, prin- tion déontologique. Directeur de Qualitique, cipe de responsabilité, participation, Magazine de la culture managériale du esprit de solidarité … XXIe siècle. Business Ethics. www.qualitique.com NewDDeal 2011 19
  • 22. lES prEMiErS paS QuEl rÔlE pour l’ENtrEpriSE ? Le Développement Durable concerne toutes les entreprises, privées comme publiques, quelque soit leur secteur d’activité, de l’industrie aux services en passant par le commerce et l’artisanat. Les préoccupations liées à la pollu- fit de la libéralisation des marchés et entreprises ont compris l’importance tion, à la dégradation des ressources de l’intégration des échanges en s’ap- d’un dialogue avec toutes leurs «parties énergétiques, à la réduction de la biodi- provisionnant auprès de filiales et de prenantes» – clientèle, fournisseurs, in- versité et à la nécessité d’introduire une fournisseurs dans les pays en voie de vestisseurs, collectivités locales et ONG. éthique dans l’économie conduisent à développement. considérer désormais la performance de l’entreprise non plus seulement sous Les entreprises sont au coeur du sys- Une vision intégrée l’angle économique et financier, mais tème de production / consommation. également en fonction du respect des Elles ont donc un rôle primordial à Pour une entreprise, le développement intérêts de la communauté et de l’envi- jouer dans la mise en oeuvre du dé- durable repose sur une démarche ser- ronnement dans lesquels elle opère. veloppement durable. vant à la fois le développement écono- La communauté peut être conçue, dans mique, le développement social et la le sens géographique du terme, comme préservation de l’environnement. le voisinage immédiat, ou dans un sens Développement durable Une entreprise soucieuse d’appliquer les plus large, comme une entité incluant et secteur privé principes du développement durable et toutes les «parties prenantes» (stakehol- de jouer un rôle constructif dans la so- ders) – personnel, actionnaires, clientèle, Par les biens et services qu’il produit, par ciété investira dans des techniques «éco- fournisseurs et autres groupes concer- ses modes de production, par sa politi- efficaces» respectant les ressources na- nés par les activités de l’entreprise. que sociale, etc., le secteur privé est en turelles et l’environnement, et dans le mesure de contribuer à l’amélioration capital humain afin de créer des produits de la qualité de vie et à la préservation et des services nouveaux. Un mouvement de fond de l’environnement pour les générations De même, l’intégration de la dimension futures. Jusqu’ici toutefois, certains obs- sociale fera de votre entreprise une entre- Sous la pression conjuguée des investis- tacles ont freiné l’adoption de pratiques prise citoyenne qui se préoccupe de la ma- seurs, des consommateurs, des groupes «durables» par ce secteur. Au cours nière dont ses activités affectent son capi- d’opinion et parfois des gouvernements, des années qui ont suivi la Conférence tal humain, les consommateurs ainsi que les entreprises doivent faire face à des de Rio, les gouvernements ont tardé à les communautés locales, régionales ou exigences accrues en matière de respon- émettre des signaux clairs vers le sec- internationales dans lesquelles elle opère. sabilité et de durabilité. Ces impératifs se teur privé ; les investissements consentis fondent encore à l’heure actuelle sur des ont été insuffisants, les consommateurs critères non standardisés, et ils concernent et les actionnaires – que ce soit par man- spécificité des PMe surtout les multinationales et les grandes que d’intérêt ou d’information – n’ont pas entreprises. Il n’en demeure pas moins exercé une pression suffisante ; à l’échel- Une enquête réalisée en 2001 par le que cette tendance commence à influen- le internationale, les marchés instables Réseau européen de recherche sur les cer le marché de manière globale. Les et imprévisibles ont souvent empêché PME (ENSR) révèle que de nombreu- PME (souvent fournisseuses de produits et un développement industriel durable ses PME ont déjà adopté des pratiques de services pour les grandes entreprises) dans des secteurs prioritaires. sociales et environnementales dura- sont confrontées de manière croissante à Mais depuis quelques années, un chan- bles, souvent définies et comprises par la nécessité de répondre à certaines ques- gement se fait sentir. Le public est tou- les PME comme des pratiques respon- tions, sinon à prouver qu’elles opèrent se- jours plus sensible aux questions de sables de gestion d’entreprise. Leur lon certains critères de responsabilité. «durabilité». Le milieu financier – notam- engagement dans le domaine social L’économie évoluant vers une écono- ment les fonds de pension – exerce une ou au sein de leur communauté est gé- mie de services, on s’attend à ce que pression croissante en faveur des inves- néralement de portée locale, de nature les PME et surtout les TPE – très petites tissements socialement responsables. occasionnelle et détaché de la stratégie entreprises - gagnent encore en impor- Face à ces mouvements d’opinion, les commerciale. Il semble que la principale tance. La tendance croissante à la créa- entreprises européennes, puis américai- motivation soit la conception éthique du tion de nouvelles entreprises participe nes ont pris conscience de la nécessité responsable d’entreprise. L’obstacle ma- à cette évolution. d’adopter un comportement éthique- jeur à un engagement social, surtout chez Par ailleurs, un nombre croissant de ment, écologiquement et socialement les plus petites PME, paraît être le manque PME développent leurs activités au responsable dans la conduite de leurs de sensibilisation, suivi par la limitation niveau international ; elles tirent pro- affaires. Parallèlement, de nombreuses des ressources. NewDDeal 2011 20
  • 23. lES prEMiErS paS FairE riMEr EFFiCaCité Et rESpoNSaBilité SoCialE Les entreprises sont de plus en plus conscientes que leur succès commercial et leurs bénéfices ne découlent pas uniquement d’une maximisation des profits à court terme, mais exige un comportement responsable qui prenne en compte les facteurs de durabilité. Une démarche globale Du point de vue du développement durable, l’entreprise remplit pleinement La principale fonction de l’entreprise est son rôle économique si : de créer de la valeur en produisant les • Elle contribue au développement du tissu économique et à une meilleure biens et services demandés par la so- qualité de vie dans les communautés au sein desquelles elle opère, que ce ciété, et de dégager ainsi des bénéfices soit sur le plan local, national, régional ou mondial, pour ses propriétaires et actionnaires, • Elle recherche une amélioration constante de sa performance, de sa capacité tout en contribuant au bien-être général. d’innovation et de sa viabilité économique à long terme en restant à l’écoute Mais la mondialisation a favorisé des besoins et attentes de ses «parties prenantes» et en y répondant, l’émergence d’une nouvelle culture de • Elle se conduit de manière responsable et respectueuse de la santé et de la responsabilité pour l’entreprise. L’exi- dignité des personnes, gence croissante de transparence qui • Elle contribue à la préservation des ressources – naturelles, matérielles et se manifeste aujourd’hui ne fait que non renouvelables – qui jouent un rôle-clé dans la croissance économique, renforcer cette tendance. Les entre- • Elle anticipe et gère les risques, notamment en matière de responsabilité prises comprennent qu’elles peuvent civile, contribuer au développement durable • Elle participe au processus social de recherche, d’apprentissage et de créa- en gérant leurs activités : tion qu’est le développement durable en incitant tous les acteurs à prendre • de manière à renforcer leur crois- leurs respondabilités, notamment en favorisant la pleine participation des sance économique et à accroître leur minorités à la prospérité. compétitivité • tout en garantissant la protection de l’environnement et en veillant à leur La gouvernance d’entreprise concerne • les pressions d’ordre social provenant responsabilité sociale, notamment le fonctionnement de l’entreprise et d’organisations non gouvernementales en ce qui concerne les intérêts des ses relations avec les différentes «par- ou d’associations de consommateurs consommateurs. Car le développe- ties prenantes». Il comprend les droits • les pressions d’ordre commercial ment durable s’inscrit dans une dé- et obligations du conseil d’administra- exercées par les investisseurs sou- marche globale qui concilie efficacité tion et de la direction, les relations de cieux d’éviter tout risque financier économique, solidarité sociale et res- l’entreprise avec les actionnaires, la lié à des comportements contraires ponsabilité écologique. politique de communication et l’éthi- à certains critères de responsabilité que commerciale. éthique, sociale et environnementale La prise en compte de la responsabi- • la volonté d’anticiper la mise en place Qu’est-ce que la responsabilité lité sociale de l’entreprise, bien que par les pouvoirs publics d’instruments d’entreprise ? volontaire, se distingue nettement du juridiquement contraignants. mécénat ou de la philanthropie. Elle La citoyenneté ou responsabilité d’en- implique un changement de culture au treprise est un engagement qui respecte sein de l’entreprise et doit s’inscrire au Les bénéfices pour l’entreprise un ensemble de principes qui dépasse la coeur de sa stratégie. simple application des dispositions léga- Les entreprises qui s’engagent dans les. Ces principes sont le plus souvent une politique de citoyenneté d’entre- basés sur des instruments internatio- Pourquoi se lancer dans une prise constatent qu’elles : naux universellement reconnus comme démarche citoyenne ? • améliorent leur réputation et leurs ca- les conventions de l’Organisation inter- pacités opérationnelles nationale du travail (OIT), la Déclaration L’engagement d’une entreprise dans • renforcent leur compétitivité universelle des droits de l’homme et la une démarche citoyenne peut être mo- • diminuent les risques juridiques et Déclaration de Rio sur le développement tivé par différents facteurs : opérationnels ainsi que les risques durable. Les domaines sur lesquels • les convictions et valeurs personnel- liés à leur image s’exerce la responsabilité d’entreprise les de certains dirigeants et dirigean- • améliorent la productivité, la loyauté sont l’environnement, les conditions et tes d’entreprise conscients de l’im- et la motivation du personnel normes de travail, les droits humains, portance économique des exigences • améliorent leur capacité d’attirer des l’éthique commerciale (ou la lutte contre sociales et environnementales investisseurs. la corruption) et la gouvernance. NewDDeal 2011 21
  • 24. lES prEMiErS paS Moyens d’action Intérêt pour les autorités Une entreprise qui choisit de s’engager Les Etats, les institutions intergouver- dans une démarche de responsabilité nementales et les autorités locales ont sociale est consciente de la contribu- un intérêt vital à soutenir et promou- tion qu’elle peut apporter, par le biais voir la responsabilité sociale des entre- de ses biens et services, à la prospé- prises. Cet intérêt s’est déjà traduit par rité économique et au développement des mesures législatives (Loi NRE) de la communauté dans laquelle elle Appliquée aux entreprises multina- opère. Elle cherche à la fois à réduire tionales, la responsabilité sociale des l’impact négatif de ses activités sur entreprises est considérée comme un l’environnement et l’exclusion sociale moyen de poser des garde-fous afin et à s’engager activement dans sa que la mondialisation favorise le plus sphère d’influence pour améliorer ces grand nombre plutôt qu’une minorité. paramètres. Appliquée aux entreprises nationales, Les outils à disposition pour mettre en elle est un moyen pour les Etats de oeuvre une politique de responsabilité protéger l’image de leur pays, qui peut sociale sont les suivants : dépendre fortement de la réputation • Les codes de conduite. de ses entreprises. • Les labels environnementaux et so- Appliquée aux PME, elle permet de ciaux. préserver la prospérité d’une économie • Les pratiques éthiques d’investisse- dépendant de son image de marque, ment. de sa compétitivité et de son ouverture • Le dialogue avec les parties prenan- internationale. tes, c’est-à-dire l’ensemble des grou- pes ou individus affectés directement ou indirectement par les activités d’une entreprise. Il s’agit générale- ment du personnel, des actionnaires, des partenaires commerciaux (four- nisseurs, sous-traitants), des autori- tés, de la clientèle, des communautés locales, des ONG et d’associations de consommateurs. Ce dialogue deman- de un investissement en temps plutôt qu’en ressources financières ; il joue un rôle vital pour toute entreprise soucieuse de rester en phase avec les demandes et attentes de la société. NewDDeal 2011 22