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Adoptions forcées uk

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International Royaume-Uni / Adoptions forcées
Le Royaume-Uni pratique un système
controversé d’adoptions forcées,
justifié par la protection des enfants.
l

Un couple de Britanniques a préféré
fuir, plutôt que se voir retirer
son second enfant.
l

Kidnapping d’Etat
“Nous ignoro ns où est notre fille”
SANS DÉFENSE
Témoignage
Recueilli par Olivier le Bussy

G

ary dépose sur la table un al­
bum souvenir. Le sourire de
Judi, 1 an et demi à l’époque, il­
lumine la couverture. Les pa­
ges de papier coloré débordent
de photos prises sur trois mois dans le
centre où Gary et son épouse Karen(1) ont
pu rendre visite à leur fille, quelque part
dans l’est de l’Angleterre. La garde de Judi
leur avait été retirée, quatre jours après sa
naissance, en 2011, les services sociaux
britanniques estimant que Gary et Karen
présentaient un profil de parents suscep­
tibles de faire subir des violences psycho­
logiques (emotional abuse) à leur fille, dans
le futur. Pourtant, l’amour parental trans­
pire des clichés. Et la lettre d’une respon­
sable du centre, témoignant à Karen et
Gary de “son profond regret”, suite au pla­
cement de Judi, leur assure qu’ils sont “des
parents formidables”. “Ils n’en ont pas tenu
compte au tribunal”, où le couple a tenté
de récupérer son enfant, se désole Gary.
Cette séparation, Gary la juge “pire que la
mort. Après la mort, vous pouvez faire votre
deuil. Ici, nous ne savons pas où et avec qui
est notre fille”. Ni s’ils la reverront jamais,
car Judi a été adoptée.
Karen et Gary sont un de ces milliers de
couples dont les enfants ont été retirés abu­
sivement par les services sociaux britanni­
ques “par mesures préventives”, puis placés
en famille d’accueil avant d’être adoptés
(lire ci­contre). La presse a révélé, début dé­
cembre, jusqu’où pouvait aller cette kaf­
kaïenne obsession de la prévention.
En 2012, les services sociaux du comté
d’Essex ont obtenu le droit d’enlever son
bébé par césarienne forcée à une Italienne
souffrant de troubles psychiatriques.
Un refuge, sur le continent

MICHEL TONNEAU

Gary, Karen
et Jaimie, réfugiés,
“au milieu de nulle part”.

16

La Libre Belgique - samedi 14 et dimanche 15 décembre 2013

25

Jaimie, tonique bambin de 3 mois, passe
des bras de Gary à ceux de Karen.
Deux mois avant sa naissance, le couple a
fui le Royaume­Uni pour éviter qu’on lui
retire son second enfant. Ils ont trouvé re­
fuge depuis trois mois chez David et
Laura, dans un pays de l’Union euro­
péenne (2). David, assistant social, et Laura,
enseignante, ont découvert le scandale
des adoptions forcées dans les médias.
Après avoir creusé le sujet, ils sont entrés
en contact avec une personne active dans
la défense des parents. “Nous lui avons de­
mandé ce que nous pouvions faire, rappelle
Laura. Elle nous a dit: accueillir un couple
qui veut fuir.” Gary et Karen. “On a à peine
réfléchi avant de dire oui, reconnaît David.

Nous ne sommes pas riches, mais nous avons pas le temps de lire le dossier.”
une grande maison. Nos conditions étaient
Judi est placée, mais ses parents obtien­
que ces personnes soient autonomes finan­ nent un droit de visite plusieurs jours par
cièrement, et qu’elles n’aient ni problème semaine dans un centre. Dans le même
d’alcool ni de drogue. Nous les avons ac­ temps, ils entament une action en justice
cueillis parce que nous jugeons que ces adop­ pour la récupérer. Gary déroule le chape­
tions forcées violent les droits de l’homme”, let d’humiliations subies. Dont les horai­
complète David. Pour accueillants et ac­ res de visites modifiés, après qu’il a trouvé
cueillis, ce saut vers l’inconnu ne va pas un arrangement avec son employeur. “Si
sans appréhension. “On était mort de tu n’y vas pas, on dit que tu ne t’intéresses
peur”, admet David. “Moi aussi, glisse Ka­ pas à ton enfant. Ils m’ont conseillé de quit­
ren. Mais je leur suis très reconnaissante de ter mon job, puis au tribunal, on m’a dit que
m’avoir permis d’avoir Jaimie.”
mes revenus étaient insuffisants.” Ou en­
La vie de Karen, 33 ans, n’a pas été un core: “Les services sociaux qualifiaient notre
long fleuve tranquille. Is­
couple d’instable. Nous
sue d’un milieu modeste,
avons tout fait pour prouver
elle a eu trois filles –la pre­
le contraire. Alors, au tribu­
mière à 16 ans– et un gar­
nal, ils ont avancé que notre
çon d’une première union.
relation était si forte qu’elle
Quand le couple se sépare,
ne laissait pas de place à un
le père garde les enfants.
enfant. Avant, je pensais que
Karen refait sa vie avec un
les parents à qui on retirait
patron de bar. Alors qu’elle
leur enfant avaient fait quel­
est enceinte de lui, son
que chose qui le justifie. Jus­
mari est emprisonné, pour
qu’à ce que cela nous arrive
s’être méconduit avec une
à nous”, souffle Gary.
mineure. “Les services so­
GARY
ciaux m’ont dit que je devais Père d’une enfant confisquée. Dossier uniquement à charge
le quitter et que je pourrais
Karen tombe enceinte de
garder le bébé. Mais moi je
Jaimie. “Au septième mois,
croyais en son innocence”, explique Karen. nous avons reçu la visite d’une assistance so­
Elle élève seule sa fille pendant un an et ciale. Elle nous a cuisinés sur notre relation.
demi, avant que les services sociaux ne la Elle devait revenir, mais c’est nous qui avons
lui enlève, toujours en vertu du brumeux été convoqués, se souvient Gary. Ils nous
concept d’“emotional abuse in the future”. ont annoncé qu’ils nous le retireraient. C’est
Depuis le “last goodbye”, l’envoi de deux là que nous avons décidé de partir.” Karen
lettres et une réponse des parents adop­ d’abord, qui accouche prématurément
tifs, Karen n’a plus pris de nouvelles : dans son pays d’accueil, tandis que Gary
“Qu’écrire à un enfant qui ne vous connaît est occupé à vendre tout ce qu’ils possè­
plus?”
dent en Angleterre pour constituer un bas
Après avoir quitté son second mari vio­ de laine.
lent, Karen récupère ses trois filles. “Nous
Gary et Karen excluent de se réinstaller
vivions dans un appartement d’une cham­ outre­Manche. Mais pour qu’ils puissent
bre. J’ai appelé les services sociaux pour demeurer où il est, au moins l’un des deux
avoir de l’aide, ils m’ont félicitée.” Vient la doit trouver un emploi. Rapidement, sans
rencontre avec Gary, vingt ans plus âgé, quoi ils seront renvoyés au Royaume­Uni.
divorcé après vingt­cinq ans de mariage et Où Karen est portée disparue. “J’ai appelé
père d’une fille adulte. Le couple emmé­ la police pour dire que nous allions bien et
nage dans un lieu plus spacieux. Les deux qu’ils pouvaient arrêter de harceler ma fa­
aînées de Karen, cependant, accusent de mille”, peste Gary. Tant qu’ils ne sont pas
gros problèmes scolaires et psychologi­ résidents de leur pays hôte, le couple peut
ques. Les services sociaux décident de être poursuivi par les services sociaux bri­
placer les trois gamines. “J’ai expliqué tanniques. “Ils ont déjà repris des enfants à
qu’elles avaient des problèmes depuis qu’el­ l’étranger, mais la Justice de ces pays les a
les avaient vécu avec leur père. Que les cho­ obligés à la rendre”, pointe Laura.
ses s’arrangeraient”, s’indigne Karen, alors
Gary et Karen n’abandonnent pas l’es­
enceinte de Judi. En vain.
poir de récupérer Judi. “Les adoptions sont
Judi voit le jour en 2011. Karen est en­ irréversibles, mais si nous pouvons prouver
core à l’hôpital quand Gary reçoit un coup que les services sociaux ont menti au tribu­
de fil des services sociaux, un vendredi nal… Je ne sais pas”, soupire Gary.
soir. “J’étais convoqué au tribunal le lundi
matin et je devais trouver un avocat. J’en ai U (1)Les prénoms ont été changés,
pris une au hasard le lundi dans le bottin que pour garantir l’anonymat des témoins.
j’ai trouvé au tribunal. Elle n’a évidemment (2)Non précisé, à la demande des témoins.

“Les services
sociaux
vous manipulent
pour que vous
fassiez des choses
qui se retournent
contre vous.”

BRATISLAVA RÉCLAME LES ENFANTS SLOVAQUES
En 2012, la Slovaquie a identifié 25 cas d’enfants slovaques
enlevés à leurs parents résidant au Royaume-Uni et a saisi
le Commissaire aux Droits de l’Homme auprès du Conseil
de l’Europe.

Idéologie ou business ?
Éclairage Florence Bellone (*)
Correspondance particulière
à Londres

C

là, les autorités britanniques déci­
dent chaque année pour plusieurs
milliers de jeunes femmes qu’elles
n’auront pas d’enfant, et ce dès la
première grossesse.

omme l’esclavage, l’adoption
forcée est née d’une sélection
sociale et s’est imposée en tant
que ressource économique. Ce qui a Un eugénisme profitable
changé, c’est l’idée que l’exploitation
C’est au XIXe siècle que Thomas
humaine n’a plus sa place dans un Barnado a eu l’idée de créer des or­
pays civilisé. Aussi, le Royaume­Uni a phelinats pour enfants pauvres.
tout fait pour en cacher l’existence. L’homme ne cachait pas qu’il les ra­
Lorsque cela n’a plus été possible, le massait dans les rues de l’East End
gouvernement a sorti son joker, la sans même contacter leurs parents.
propagande, pour justifier et même Barnado a achevé son œuvre avec la
glorifier l’inacceptable: il est normal vente de 18000 enfants au Canada et
de prendre les enfants des autres si en Australie. Les “orphelins” ont
l’on peut être un meilleur parent commencé à rapporter au lieu de
pour eux.
coûter. Cent vingt ans plus tard, les
L’an passé, près de 4000 adoptants profits de la protection de l’enfance
se sont laissées convaincre par les ar­ (192 millions d’euros pour l’agence
guments officiels et les descriptions de familles d’accueil n°1 du pays,
cauchemardesques de parents natu­ Core Assets) attirent les sociétés d’in­
rels par les services sociaux. Quant vestissement. Le secteur s’est priva­
aux parents qui ne consentent pas à tisé et diversifié: services sociaux,
l’adoption de leurs enfants (presque avocats, psychologues et psychiatres,
tous, de l’aveu même des services so­ experts médico­légaux, unités “ma­
ciaux), ils sont qualifiés de déraison­ man et bébé” (où les parents sont in­
nables. On leur propose une thérapie ternés avec leur nouveau­né dans le
visant à leur faire comprendre le but d’évaluer leurs capacités éducati­
bien­fondé de l’opéra­
ves), familles d’ac­
tion. “L’Etat est le
cueils (1500 euros par
meilleur parent”, a af­
mois pour les débu­
firmé à la presse le
tants), maisons pour
conseiller en adoption
enfants, agences d’ac­
ENFANTS SÉPARÉS
du gouvernement. En
cueil ou d’adoption.
DE LEUR FAMILLE
Ecosse, le gouverne­ L’ampleur du phénomène au L’adoption
forcée
ment local travaille sur
longtemps considérée
cours de l’année 2013.
une loi pour que cha­
comme une dérive tra­
que enfant soit super­
vailliste n’a plus de
visé dès la naissance par un tra­ couleur politique. Des députés de
vailleur social. Le parent n’y sera plus tous partis s’opposent à cette prati­
qu’un reproducteur.
que, même si leur chef de file, John
L’adoption forcée est un outil de Hemming, est un Libéral Démocrate.
contrôle. Dans les années 1970, la
Et Baby P, alors? Le meurtre de Pe­
contraception,
l’avortement
et ter Connelly par son beau­père en
l’émancipation sexuelle féminine 2007 demeure le prétexte officiel à
avaient quasi éradiqué les abandons l’adoption forcée, malgré une qua­
de bébés. Depuis, on retire les enfants rantaine d’infanticides par an. Envi­
principalement des familles pauvres ron 16000 enfants auront été séparés
ou anticonformistes. L’adoption for­ de leurs familles en 2013, ce qui fait
cée fournit des mères porteuses pour une moyenne de 400 familles détrui­
les classes moyennes. Mais le concept tes pour chaque infanticide. Les ser­
va plus loin et avait fait l’objet d’une vices sociaux sont régulièrement sur
prophétie littéraire en 1931, par la sellette pour avoir “raté” un parent
l’Anglais Aldous Huxley. Dans son meurtrier. Il a fallu qu’ils arrachent
chef­d’œuvre, “Le Meilleur des mon­ un bébé du ventre de l’Italienne Ales­
des”, la famille, “putride foyer d’inti­ sandra Pacchieri pour qu’on s’inté­
mités”, n’existe plus. Les femmes ne resse aux enfants qu’ils prennent
sont plus dégradées par l’accouche­ autant qu’à ceux qu’ils épargnent.
ment, l’amour est remplacé par un
antidépresseur. Un peuple libéré de U (*) Récompensée du prix Lorenzo
l’émotion et de la souffrance ne dit ja­ Natali décerné par la Commission pour
mais non aux gouvernants du le premier de ses trois reportages radio
meilleur des mondes. Sans en arriver consacrés aux adoptions forcées.

16000

samedi 14 et dimanche 15 décembre 2013 - La Libre Belgique

17

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  • 1. International Royaume-Uni / Adoptions forcées Le Royaume-Uni pratique un système controversé d’adoptions forcées, justifié par la protection des enfants. l Un couple de Britanniques a préféré fuir, plutôt que se voir retirer son second enfant. l Kidnapping d’Etat “Nous ignoro ns où est notre fille” SANS DÉFENSE Témoignage Recueilli par Olivier le Bussy G ary dépose sur la table un al­ bum souvenir. Le sourire de Judi, 1 an et demi à l’époque, il­ lumine la couverture. Les pa­ ges de papier coloré débordent de photos prises sur trois mois dans le centre où Gary et son épouse Karen(1) ont pu rendre visite à leur fille, quelque part dans l’est de l’Angleterre. La garde de Judi leur avait été retirée, quatre jours après sa naissance, en 2011, les services sociaux britanniques estimant que Gary et Karen présentaient un profil de parents suscep­ tibles de faire subir des violences psycho­ logiques (emotional abuse) à leur fille, dans le futur. Pourtant, l’amour parental trans­ pire des clichés. Et la lettre d’une respon­ sable du centre, témoignant à Karen et Gary de “son profond regret”, suite au pla­ cement de Judi, leur assure qu’ils sont “des parents formidables”. “Ils n’en ont pas tenu compte au tribunal”, où le couple a tenté de récupérer son enfant, se désole Gary. Cette séparation, Gary la juge “pire que la mort. Après la mort, vous pouvez faire votre deuil. Ici, nous ne savons pas où et avec qui est notre fille”. Ni s’ils la reverront jamais, car Judi a été adoptée. Karen et Gary sont un de ces milliers de couples dont les enfants ont été retirés abu­ sivement par les services sociaux britanni­ ques “par mesures préventives”, puis placés en famille d’accueil avant d’être adoptés (lire ci­contre). La presse a révélé, début dé­ cembre, jusqu’où pouvait aller cette kaf­ kaïenne obsession de la prévention. En 2012, les services sociaux du comté d’Essex ont obtenu le droit d’enlever son bébé par césarienne forcée à une Italienne souffrant de troubles psychiatriques. Un refuge, sur le continent MICHEL TONNEAU Gary, Karen et Jaimie, réfugiés, “au milieu de nulle part”. 16 La Libre Belgique - samedi 14 et dimanche 15 décembre 2013 25 Jaimie, tonique bambin de 3 mois, passe des bras de Gary à ceux de Karen. Deux mois avant sa naissance, le couple a fui le Royaume­Uni pour éviter qu’on lui retire son second enfant. Ils ont trouvé re­ fuge depuis trois mois chez David et Laura, dans un pays de l’Union euro­ péenne (2). David, assistant social, et Laura, enseignante, ont découvert le scandale des adoptions forcées dans les médias. Après avoir creusé le sujet, ils sont entrés en contact avec une personne active dans la défense des parents. “Nous lui avons de­ mandé ce que nous pouvions faire, rappelle Laura. Elle nous a dit: accueillir un couple qui veut fuir.” Gary et Karen. “On a à peine réfléchi avant de dire oui, reconnaît David. Nous ne sommes pas riches, mais nous avons pas le temps de lire le dossier.” une grande maison. Nos conditions étaient Judi est placée, mais ses parents obtien­ que ces personnes soient autonomes finan­ nent un droit de visite plusieurs jours par cièrement, et qu’elles n’aient ni problème semaine dans un centre. Dans le même d’alcool ni de drogue. Nous les avons ac­ temps, ils entament une action en justice cueillis parce que nous jugeons que ces adop­ pour la récupérer. Gary déroule le chape­ tions forcées violent les droits de l’homme”, let d’humiliations subies. Dont les horai­ complète David. Pour accueillants et ac­ res de visites modifiés, après qu’il a trouvé cueillis, ce saut vers l’inconnu ne va pas un arrangement avec son employeur. “Si sans appréhension. “On était mort de tu n’y vas pas, on dit que tu ne t’intéresses peur”, admet David. “Moi aussi, glisse Ka­ pas à ton enfant. Ils m’ont conseillé de quit­ ren. Mais je leur suis très reconnaissante de ter mon job, puis au tribunal, on m’a dit que m’avoir permis d’avoir Jaimie.” mes revenus étaient insuffisants.” Ou en­ La vie de Karen, 33 ans, n’a pas été un core: “Les services sociaux qualifiaient notre long fleuve tranquille. Is­ couple d’instable. Nous sue d’un milieu modeste, avons tout fait pour prouver elle a eu trois filles –la pre­ le contraire. Alors, au tribu­ mière à 16 ans– et un gar­ nal, ils ont avancé que notre çon d’une première union. relation était si forte qu’elle Quand le couple se sépare, ne laissait pas de place à un le père garde les enfants. enfant. Avant, je pensais que Karen refait sa vie avec un les parents à qui on retirait patron de bar. Alors qu’elle leur enfant avaient fait quel­ est enceinte de lui, son que chose qui le justifie. Jus­ mari est emprisonné, pour qu’à ce que cela nous arrive s’être méconduit avec une à nous”, souffle Gary. mineure. “Les services so­ GARY ciaux m’ont dit que je devais Père d’une enfant confisquée. Dossier uniquement à charge le quitter et que je pourrais Karen tombe enceinte de garder le bébé. Mais moi je Jaimie. “Au septième mois, croyais en son innocence”, explique Karen. nous avons reçu la visite d’une assistance so­ Elle élève seule sa fille pendant un an et ciale. Elle nous a cuisinés sur notre relation. demi, avant que les services sociaux ne la Elle devait revenir, mais c’est nous qui avons lui enlève, toujours en vertu du brumeux été convoqués, se souvient Gary. Ils nous concept d’“emotional abuse in the future”. ont annoncé qu’ils nous le retireraient. C’est Depuis le “last goodbye”, l’envoi de deux là que nous avons décidé de partir.” Karen lettres et une réponse des parents adop­ d’abord, qui accouche prématurément tifs, Karen n’a plus pris de nouvelles : dans son pays d’accueil, tandis que Gary “Qu’écrire à un enfant qui ne vous connaît est occupé à vendre tout ce qu’ils possè­ plus?” dent en Angleterre pour constituer un bas Après avoir quitté son second mari vio­ de laine. lent, Karen récupère ses trois filles. “Nous Gary et Karen excluent de se réinstaller vivions dans un appartement d’une cham­ outre­Manche. Mais pour qu’ils puissent bre. J’ai appelé les services sociaux pour demeurer où il est, au moins l’un des deux avoir de l’aide, ils m’ont félicitée.” Vient la doit trouver un emploi. Rapidement, sans rencontre avec Gary, vingt ans plus âgé, quoi ils seront renvoyés au Royaume­Uni. divorcé après vingt­cinq ans de mariage et Où Karen est portée disparue. “J’ai appelé père d’une fille adulte. Le couple emmé­ la police pour dire que nous allions bien et nage dans un lieu plus spacieux. Les deux qu’ils pouvaient arrêter de harceler ma fa­ aînées de Karen, cependant, accusent de mille”, peste Gary. Tant qu’ils ne sont pas gros problèmes scolaires et psychologi­ résidents de leur pays hôte, le couple peut ques. Les services sociaux décident de être poursuivi par les services sociaux bri­ placer les trois gamines. “J’ai expliqué tanniques. “Ils ont déjà repris des enfants à qu’elles avaient des problèmes depuis qu’el­ l’étranger, mais la Justice de ces pays les a les avaient vécu avec leur père. Que les cho­ obligés à la rendre”, pointe Laura. ses s’arrangeraient”, s’indigne Karen, alors Gary et Karen n’abandonnent pas l’es­ enceinte de Judi. En vain. poir de récupérer Judi. “Les adoptions sont Judi voit le jour en 2011. Karen est en­ irréversibles, mais si nous pouvons prouver core à l’hôpital quand Gary reçoit un coup que les services sociaux ont menti au tribu­ de fil des services sociaux, un vendredi nal… Je ne sais pas”, soupire Gary. soir. “J’étais convoqué au tribunal le lundi matin et je devais trouver un avocat. J’en ai U (1)Les prénoms ont été changés, pris une au hasard le lundi dans le bottin que pour garantir l’anonymat des témoins. j’ai trouvé au tribunal. Elle n’a évidemment (2)Non précisé, à la demande des témoins. “Les services sociaux vous manipulent pour que vous fassiez des choses qui se retournent contre vous.” BRATISLAVA RÉCLAME LES ENFANTS SLOVAQUES En 2012, la Slovaquie a identifié 25 cas d’enfants slovaques enlevés à leurs parents résidant au Royaume-Uni et a saisi le Commissaire aux Droits de l’Homme auprès du Conseil de l’Europe. Idéologie ou business ? Éclairage Florence Bellone (*) Correspondance particulière à Londres C là, les autorités britanniques déci­ dent chaque année pour plusieurs milliers de jeunes femmes qu’elles n’auront pas d’enfant, et ce dès la première grossesse. omme l’esclavage, l’adoption forcée est née d’une sélection sociale et s’est imposée en tant que ressource économique. Ce qui a Un eugénisme profitable changé, c’est l’idée que l’exploitation C’est au XIXe siècle que Thomas humaine n’a plus sa place dans un Barnado a eu l’idée de créer des or­ pays civilisé. Aussi, le Royaume­Uni a phelinats pour enfants pauvres. tout fait pour en cacher l’existence. L’homme ne cachait pas qu’il les ra­ Lorsque cela n’a plus été possible, le massait dans les rues de l’East End gouvernement a sorti son joker, la sans même contacter leurs parents. propagande, pour justifier et même Barnado a achevé son œuvre avec la glorifier l’inacceptable: il est normal vente de 18000 enfants au Canada et de prendre les enfants des autres si en Australie. Les “orphelins” ont l’on peut être un meilleur parent commencé à rapporter au lieu de pour eux. coûter. Cent vingt ans plus tard, les L’an passé, près de 4000 adoptants profits de la protection de l’enfance se sont laissées convaincre par les ar­ (192 millions d’euros pour l’agence guments officiels et les descriptions de familles d’accueil n°1 du pays, cauchemardesques de parents natu­ Core Assets) attirent les sociétés d’in­ rels par les services sociaux. Quant vestissement. Le secteur s’est priva­ aux parents qui ne consentent pas à tisé et diversifié: services sociaux, l’adoption de leurs enfants (presque avocats, psychologues et psychiatres, tous, de l’aveu même des services so­ experts médico­légaux, unités “ma­ ciaux), ils sont qualifiés de déraison­ man et bébé” (où les parents sont in­ nables. On leur propose une thérapie ternés avec leur nouveau­né dans le visant à leur faire comprendre le but d’évaluer leurs capacités éducati­ bien­fondé de l’opéra­ ves), familles d’ac­ tion. “L’Etat est le cueils (1500 euros par meilleur parent”, a af­ mois pour les débu­ firmé à la presse le tants), maisons pour conseiller en adoption enfants, agences d’ac­ ENFANTS SÉPARÉS du gouvernement. En cueil ou d’adoption. DE LEUR FAMILLE Ecosse, le gouverne­ L’ampleur du phénomène au L’adoption forcée ment local travaille sur longtemps considérée cours de l’année 2013. une loi pour que cha­ comme une dérive tra­ que enfant soit super­ vailliste n’a plus de visé dès la naissance par un tra­ couleur politique. Des députés de vailleur social. Le parent n’y sera plus tous partis s’opposent à cette prati­ qu’un reproducteur. que, même si leur chef de file, John L’adoption forcée est un outil de Hemming, est un Libéral Démocrate. contrôle. Dans les années 1970, la Et Baby P, alors? Le meurtre de Pe­ contraception, l’avortement et ter Connelly par son beau­père en l’émancipation sexuelle féminine 2007 demeure le prétexte officiel à avaient quasi éradiqué les abandons l’adoption forcée, malgré une qua­ de bébés. Depuis, on retire les enfants rantaine d’infanticides par an. Envi­ principalement des familles pauvres ron 16000 enfants auront été séparés ou anticonformistes. L’adoption for­ de leurs familles en 2013, ce qui fait cée fournit des mères porteuses pour une moyenne de 400 familles détrui­ les classes moyennes. Mais le concept tes pour chaque infanticide. Les ser­ va plus loin et avait fait l’objet d’une vices sociaux sont régulièrement sur prophétie littéraire en 1931, par la sellette pour avoir “raté” un parent l’Anglais Aldous Huxley. Dans son meurtrier. Il a fallu qu’ils arrachent chef­d’œuvre, “Le Meilleur des mon­ un bébé du ventre de l’Italienne Ales­ des”, la famille, “putride foyer d’inti­ sandra Pacchieri pour qu’on s’inté­ mités”, n’existe plus. Les femmes ne resse aux enfants qu’ils prennent sont plus dégradées par l’accouche­ autant qu’à ceux qu’ils épargnent. ment, l’amour est remplacé par un antidépresseur. Un peuple libéré de U (*) Récompensée du prix Lorenzo l’émotion et de la souffrance ne dit ja­ Natali décerné par la Commission pour mais non aux gouvernants du le premier de ses trois reportages radio meilleur des mondes. Sans en arriver consacrés aux adoptions forcées. 16000 samedi 14 et dimanche 15 décembre 2013 - La Libre Belgique 17