–CES JEUNES DIPLÔMÉS
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LESÉTUDESDEL’EMPLOICADRE
N°2016-45
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Etude Apec - Ces jeunes diplômés qui s'intéressent à l'ESS : enjeux et perspectives
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Partenariat de recherche entre l’Apec et le Conservatoire National des Arts et Métiers (Valérie Cohen-Scali avec la collaboration de Naima Adassen, Cécile de Calan, David
Mahut, Cnam-CRF et CRTD.
Recherche qualitative auprès de jeunes récemment diplômés en emploi et/ou en recherche d'emploi.

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Etude Apec - Ces jeunes diplômés qui s'intéressent à l'ESS : enjeux et perspectives

  1. 1. –CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES– LESÉTUDESDEL’EMPLOICADRE N°2016-45 OCTOBRE 2016 Partenariat de recherche entre l’Apec et le Conservatoire National des Arts et Métiers (Valérie Cohen- Scali avec la collaboration de Naima Adassen, Cécile de Calan, David Mahut, Cnam-CRF et CRTD) RECHERCHE QUALITATIVE AUPRÈS DE JEUNES RÉCEMMENT DIPLÔMÉS EN EMPLOI ET/OU EN RECHERCHE D’EMPLOI
  2. 2. –LES ÉTUDES DE L’EMPLOI CADRE DE L’APEC– Observatoire du marché de l’emploi cadre, l’Apec analyse et anticipe les évolutions dans un programme annuel d’études et de veille : grandes enquêtes annuelles (recrutements, salaires, métiers et mobilité professionnelle des cadres, insertion professionnelle des jeunes diplômés…) et études spécifiques sur des thématiques clés auprès des jeunes de l’enseignement supérieur, des cadres et des entreprises. Le département Études et Recherche de l’Apec et sa quarantaine de collaborateurs animent cet observatoire. Toutes les études de l’Apec sont disponibles gratuitement sur le site www.cadres.apec.fr rubrique observatoire de l’emploi © Apec, 2016 Cet ouvrage a été créé à l’initiative de l’Apec, Association pour l’emploi des cadres, régie par la loi du 1er juillet 1901 et publié sous sa direction et en son nom. Il s’agit d’une œuvre collective, l’Apec en a la qualité d’auteur. L’Apec a été créée en 1966 et est administrée par les partenaires sociaux (MEDEF, CGPME, UPA, CFDT Cadres, CFE-CGC, FO-Cadres, CFTC Cadres, UGICT-CGT). Toute reproduction totale ou partielle par quelque procédé que ce soit, sans l’autorisation expresse et conjointe de l’Apec, est strictement interdite et constituerait une contrefaçon (article L122-4 et L335-2 du code de la Propriété intellectuelle).
  3. 3. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 1 02 Présentation 02 Les partenariats de recherche de l’Apec 02 Le partenariat avec le Centre de Recherche sur la Formation (CRF) – 1 LE CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE – 06 L’insertion des jeunes dans l’ESS 07 Les dimensions psychologiques impliquées dans la transition école-travail 09 Le rôle des valeurs dans les choix d’insertion dans l’ESS 10 Problématique et hypothèses 11 Méthodologie – 2 LES PRINCIPAUX RÉSULTATS – 14 Le parcours antérieur 17 Les représentations du secteur de l’ESS 20 Les sources de l’intérêt porté à l’ESS 24 Les intérêts professionnels des jeunes et les rapports à l’ESS 28 L’insertion professionnelle dans l’ESS 30 L’avenir professionnel 40 Conclusion – 3 ANNEXES – 44 Références bibliographiques 45 Caractéristiques des jeunes diplômés rencontrés 49 Le guide d’entretien –SOMMAIRE–
  4. 4. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES2 –PRÉSENTATION– – LES PARTENARIATS DE RECHERCHE DE L’APEC – En 2007, le département études et recherche de l’Apec a lancé un premier appel à projets auprès des laboratoires et centres de recherche. Cette démarche désormais renouvelée chaque année vise à renforcer les liens avec les milieux de la recherche en dévelop- pant des partenariats sur des thématiques intéres- sant l’Apec, les partenaires sociaux et les clients de l’Apec. Chaque recherche porte sur des sujets différents et l’apport de l’Apec varie selon les projets : apport fi- nancier pour optimiser des travaux en cours, appuis techniques pour des enquêtes sur Internet, exploita- tion des données de gestion de l’Apec, soutien pour l’accès à certaines populations de cadres… L’objectif est de construire de véritables partenariats dans des logiques de complémentarité des exper- tises : les chercheurs apportent leurs expertises poin- tues et spécialisées pour approfondir les sujets et étudier des méthodologies spécifiques, le départe- ment études et recherche de l’Apec apportant, lui, une connaissance approfondie de l’emploi cadre dé- veloppée depuis plus de quarante ans. – LE PARTENARIAT AVEC LE CENTRE DE RECHERCHE SUR LA FORMATION (CRF) ET LE CENTRE DE RECHERCHE SUR LE TRAVAIL ET LE DÉVELOPPEMENT – Identifier l’attractivité de l’économie sociale et solidaire (ESS) pour les cadres : un enjeu central pour l’Apec Selon l’Observatoire National de l’Économie Sociale et Solidaire porté par le Conseil National des Chambres Régionales de l’Économie Sociale (CNCRES), ce secteur rassemble plus de 222 900 établissements et 2,34 millions de salariés soit 14 % des emplois du secteur privé. 13 % des cadres du secteur privé exerceraient leur métier dans l’ESS, majoritairement dans des associations. En effet, depuis 2008, l’ESS regroupe les associations (78 %), les coopératives (13 %), les mutuelles (6 %), et les fondations (3 %). La loi du 24 juillet 2013 a permis d’ouvrir ce secteur aux entreprises sociales : ces organisations sont définies comme des groupe- ments de personnes et non de capitaux, porteuses d’un projet collectif, avec un ancrage territorial. Elles sont censées mettre en œuvre des projets innovants qui concilient intérêt collectif et activités écono- miques répondant aux besoins des populations. Les organisations appartenant à l’ESS sont susceptibles de fonctionner en s’appuyant sur des principes décla- rés qui sont les suivants : • La personne et l’objet social priment sur le capital ; les femmes et les hommes sont au cœur de l’écono- mie et en constituent la finalité. • La gestion est collective et démocratique et parti- cipative : élection des dirigeants, principe « une per- sonne = une voix », mise en place d’instances collec- tives de décision. • La lucrativité est limitée. • Les principes de solidarité et de responsabilité guident la mise en place des actions. L’Apec a publié en 2015 une étude portant sur l’ana- lyse de 12 600 offres d’emploi cadre dans l’ESS. Cette étude conclut qu’un grand nombre de recrutements devraient avoir lieu dans l’ESS d’ici 2020, 600 000 postes devant être libérés par des départs en retraite dans les 5 prochaines années (d’après l’Atlas de l’Eco- nomie Sociale et Solidaire 20141 ). Les postes à pour- voir concerneraient plus particulièrement les métiers du social et de la santé et ces recrutements seraient réalisés majoritairement par de grands établisse- ments de plus de 250 salariés. Dans ce contexte, identifier l’attractivité de l’ESS et repérer la manière dont des cadres en cours de car- rière s’engagent dans ce secteur doivent contribuer à mieux les préparer à affronter et réussir leur réorien- tation. Un premier rapport de recherche a été publié par l’Apec en 2015. L’enquête présentée dans ce premier rapport concerne la population des cadres en transi- tion professionnelle vers le secteur de l’ESS. Ce pre- 1. Conseil National des Chambres Régionales de l’Économie Sociale (CN CRES)
  5. 5. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 3 mier volet de la recherche visait à cerner la manière dont émergent l’intérêt pour ce secteur chez des cadres, les éventuels évènements marquants qui ont donné le départ du processus de réorientation et les trajectoires suivies pour parvenir à intégrer ce secteur professionnel. Rappel du contexte et des objectifs Dans le cadre d’un partenariat de recherche avec l’Apec, le Centre de Recherche sur la Formation du Cnam a proposé de réaliser une recherche visant à cerner les processus de mobilités professionnelles des cadres dans le secteur de l’Economie sociale et Soli- daire (ESS). Cette recherche comprend cinq volets. Les quatre premiers volets de la recherche ont été conduits en adoptant une méthodologie qualitative et visent à réaliser un panorama des différents profils gravitant autour du secteur de l’ESS, aspirants et expérimentés. Le premier volet sur les attitudes et représentations des cadres en transition professionnelle vers l’ESS. Le deuxième volet est centré sur l’analyse de la situa- tion des jeunes diplômés qui souhaitent intégrer l’ESS (l’objet de ce rapport). Le troisième volet a trait aux cadres qui se sont réo- rientés dans l’ESS après avoir travaillé dans le secteur de « l’économie classique ». Le quatrième volet expose les situations de cadres expérimentés dans l’ESS. Enfin, la cinquième étude est réalisée selon une mé- thodologie quantitative et porte sur les représenta- tions sociales de l’ESS des cadres et leurs intentions professionnelles. Elle permettra notamment de com- parer les profils des cadres se déclarant intéressés par le secteur de l’ESS et des cadres qui ne souhaitent pas s’orienter vers ce secteur. Il s’agit, avec ces différentes études, d’explorer la mobilité dans un champ professionnel en constitu- tion et de repérer son attractivité pour les cadres. Il s’agit également de mieux comprendre les processus de transition et de réorientation des professionnels qui souhaitent rompre avec les entreprises du « sec- teur marchand ». Dans ce rapport est présentée l’étude réalisée auprès de 14 jeunes diplômés qui souhaitent travailler dans l’économie sociale et solidaire. Dans cette étude, l’objectif était de repérer les aspi- rations et les attentes de jeunes diplômés qui se sont formés, pour un certain nombre d’entre eux, à l’ESS ou souhaitent intégrer une formation de ce secteur pour d’autres. Ce volet de l’étude doit permettre d’identifier les tra- jectoires professionnelles anticipées et la manière dont les jeunes conçoivent leur progression profes- sionnelle dans l’ESS. Il s’agit d’identifier les principaux déterminants de l’intérêt pour l’ESS comme secteur d’insertion profes- sionnelle pour les jeunes. En effet, on peut se deman- der pourquoi ces jeunes diplômés s’intéressent d’em- blée à l’ESS et conçoivent de construire leur carrière dans ce secteur. Quelles sont leurs principales moti- vations et comment conçoivent-ils leur intégration ? Un autre objectif est de repérer les représentations qu’ils ont de l’ESS, les activités qu’ils associent à ce secteur, et les compétences professionnelles qui leur paraissent nécessaires. Enfin, nous avons voulu interroger les attentes à l’égard de l’ESS, les projets et les souhaits pour le futur. •
  6. 6. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES4
  7. 7. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 5 06 L’insertion des jeunes dans l’ESS 07 Les dimensions psychologiques impliquées dans la transition école-travail 09 Le rôle des valeurs dans les choix d’insertion dans l’ESS 10 Problématique et hypothèses 11 Méthodologie –1– –LE CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE–
  8. 8. LE CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE–1– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES6 –L’INSERTION DES JEUNES DANS L’ESS– L’Economie Sociale et Solidaire regroupe un ensemble d’organisations spécifiques : des associations, mu- tuelles, des fondations, des coopératives et des entre- prises sociales. Il s’agit de structures qui se définissent comme des groupements de personnes et non de capitaux. Elles relèvent du secteur privé. Elles re- posent sur des valeurs communes, telles que la lucra- tivité limitée, des fonds propres impartageables et une faible part d’excédents distribuables (Apec, 2012). Si l’ESS rassemble 13 % de l’emploi cadre du secteur privé en France, les jeunes ne représentent que 8 % des salariés de ce secteur (Petot & Braley, 2012) tandis que les salariés de plus de 50 ans repré- sentent 27 % des salariés de l’ESS. Ainsi, 335 000 salariés de l’ESS devraient prendre leur retraite, dont 55 000 cadres entre 2008 et 2018. Cette enquête du DALR-CNCRES de 2012 (Petot & Braley, 2012) a mis au jour que 79 % des employeurs interrogés envisagent de recruter du personnel pour faire face à ces départs. Les renouvellements concerneront les responsables de structures, des cadres, des employés. Rares seraient les employeurs qui envisagent néan- moins de recruter des jeunes de moins de 25 ans pour combler ces départs. Les organisations qui emploient le plus grand nombre de personnes dans l’ESS sont celles de l’action sociale (39 %), l’enseignement (14,8 %), la banque et les assurances (11 %), la santé (7,5 %) (Apec, 2014). Potentiellement, ce secteur pourrait donc être assimilé à un secteur « en tension » susceptible d’offrir de l’emploi à des personnes de plus de 25 ans. Par ailleurs, une enquête réalisée par Petot et Braley (2012) sur près de 300 jeunes sortant d’une des 72 filières répertoriées de formation supérieure quali- fiante de l’ESS permet de repérer la perception que les jeunes diplômés ont des employeurs du secteur. Au moment de l’enquête, 80 % de ces jeunes étaient en emploi dont 78 % dans une structure de l’ESS. 91 % travaillaient dans une association et 6 % dans une coopérative. 33,5 % étaient dans le secteur de l’action sociale, 9 % dans le soutien aux entreprises, 7,1 % dans l’enseignement. 70 % des diplômés de 2008, et 29 % de ceux de 2011, étaient en CDI en 2011. Les intitulés des emplois occupés sont principa- lement chargé de mission (19,8 %), directeur/trice (14,2 %), assistant, secrétaire (9,9 %) et chargé de projet (9,4 %). 48,6 % des jeunes diplômés tra- vaillaient sur une fonction « projet ». 46,7 % des jeunes récemment insérés disent avoir un poste où ils sont « très polyvalents et plutôt polyvalents » (29,2 %). Ainsi, 94 % des jeunes estiment que leur poste est polyvalent. 9 personnes se déclarent satis- faites de leur emploi actuel et 15 % des jeunes consi- dèrent que leur emploi ne correspond pas à leurs attentes. Même si leur situation professionnelle leur parait globalement satisfaisante, la plupart des jeunes ne pensent pas rester longtemps dans leur poste actuel. 39,6 % pensent n’y rester qu’entre 1 et 3 ans. Cette tendance à vouloir changer rapidement d’emploi est particulièrement vraie pour les jeunes les plus récemment insérés. Elle pourrait être interpré- tée par le fait qu’ils veulent se faire une première expérience avant de chercher un autre emploi corres- pondant mieux à leurs attentes, à leur niveau d’étude ou à leurs qualifications. Les premiers postes occupés à l’entrée dans la vie active pourraient donc être considérés comme des tremplins afin de se constituer une première expérience, ainsi qu’un réseau facilitant les embauches. Selon les jeunes diplômés, certaines compétences seraient plus particulièrement atten- dues par les employeurs de l’ESS : les compétences éthiques, managériales, gestionnaires, éducatives, politiques et techniques. Seuls 54 % de ces jeunes estiment que le diplôme ou la qualification joue un rôle important dans le processus de recrutement. Parmi les 295 jeunes diplômés étudiés, 34 % se sont insérés en répondant à une offre d’emploi et 18,6 % grâce au réseau professionnel, 17,4 % ont trouvé leur emploi grâce à des contacts crées en formation et 6,7 % ont créé leur propre emploi. Selon une étude de l’Apec (2014), l’ESS est un secteur qui attire les jeunes diplômés. Toutefois, les offres d’emploi ou- vertes aux jeunes diplômés sont moins fréquentes que dans l’ensemble des offres du privé (Apec, 2015). •
  9. 9. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 7 –LES DIMENSIONS PSYCHOLOGIQUES IMPLIQUÉES DANS LA TRANSITION ÉCOLE-TRAVAIL – De nombreux travaux ont été entrepris dès les années 90 pour cerner la manière dont les jeunes s’engagent dans la période qui va de la fin de la scolarité initiale au premier emploi durable (Méhaut, Rose, Monaco, et al., 1987). Il est observé une diversification des itinéraires d’accès au premier emploi et l’importance des acteurs impliqués dans l’accompagnement de cette transition (Rose, 1996 ; Banks et al., 1992). Pour Laflamme (1993), cette transition correspon- drait à un temps de structuration-déstructuration où les jeunes se confrontent à des rapports sociaux nou- veaux. L’adaptation à cette transition nécessite la mise en œuvre de certaines compétences : adaptabi- lité, connaissance de l’environnement, gestion du stress, planification, identification de ses points forts et faibles, etc… Selon Philips, Blustein et al., (2002) qui ont analysé les parcours de 17 jeunes en situations de transition vers le travail, il apparait que ceux qui s’adaptent le mieux à cette période de changement sont ceux qui ont des compétences généralistes, un plan clair et réaliste de la transition dans laquelle ils s’engagent, font preuve d’une certaine résilience pour affronter les obstacles, et d’un certain optimisme. Mais d’autres éléments jouent selon cette recherche : le fait de pou- voir apprendre dans les situations de travail favorise l’adaptation, le fait d’être entouré d’adultes qui ap- portent un soutien et le fait de s’engager activement vers le monde adulte. Cette « proactivité accompa- gnée » apparait déterminante pour réussir à se stabi- liser dans un emploi. Pour Heinz, la transition de l’école au travail s’appa- rente à une « socialisation de soi » (Self socialization) (Heinz, 2002). Combiner la notion d’agentivité avec celle de socialisation de soi permet de porter atten- tion aux conséquences biographiques des actions et de considérer le jeune comme un individu qui réflé- chit à ses intentions et aux options disponibles pour les actions futures. La biographie est pour Heinz un « arrangement réflexif » d’une personne avec les cir- constances, les contingences de la vie socialement structurées par les opportunités et les contraintes. Dans son étude empirique, Heinz identifie 6 modali- tés d’intégration biographique de la transition école- travail: 1/ L’identification à l’entreprise : l’entreprise est vue comme une sorte de domicile et les relations in- terpersonnelles au travail, sont très valorisées. Ces jeunes attendent du soutien social et de la reconnais- sance en échange de leur confiance et de leur loyauté à l’égard de l’employeur. Dans cette configuration, les ruptures au cours de la transition bloquent les anticipations professionnelles. 2/ L’habitus du « travailleur à la tâche » : l’em- ploi est perçu comme une nécessité, et les jeunes valorisent surtout la sécurité au travail et la conti- nuité de l’emploi. Certaines jeunes femmes sortent de cette situation par des périodes de maternité pré- coces, qui ne font que repousser les difficultés. 3/ L’orientation vers la carrière : les carrières dans une entreprise et la promotion sont favorisées parmi les alternatives professionnelles et du temps est consacré à l’enseignement supérieur. 4/ L’optimisation des chances : il s’agit d’accu- muler, autant que possible, de qualifications supplé- mentaires pour conserver un maximum de possibili- tés de développement et d’avancements, de chances de réussir. Ces jeunes utilisent la discontinuité de la transition comme des opportunités pour se former ou développer de nouvelles expériences. 5/ La croissance personnelle : le métier est choisi comme un espace pour assouvir les intérêts person- nels. Les conditions de travail et les promotions sont évaluées en se centrant sur l’autonomie octroyée et les possibilités d’auto-direction. Egalement, ces jeunes utilisent la discontinuité de la transition comme des opportunités, permettant de voyager, de se relaxer etc…. 6/ L’habitus d’auto-emploi : la liberté dans les activités économiques est valorisée, de même que les risques pris pour devenir un acteur indépendant. Cette approche montre que la confrontation à l’entre- prise au cours de la transition suscite des interpréta- tions diverses qui favorisent plus ou moins les pers- pectives futures. La théorie de la construction de Savickas (2005) sou- ligne également l’importance de l’adaptabilité, de l’identité et de la confrontation à une variété d’expé- riences au cours de la transition. Le développement de carrière se réaliserait en effet, par une adaptation
  10. 10. LE CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE–1– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES8 successive à une série d’emplois, de postes visant une certaine connaissance et maitrise de l’environne- ment. L’adaptabilité serait ainsi une compétence clef permettant de s’organiser pendant les transitions et d’élaborer des scenarios professionnels. Le concept d’Adaptabilité de carrière réfère au fait de faire face à des tâches pour se préparer à un rôle au travail et avec des ajustements peu prévisibles, ponctués de changements concernant le travail et les conditions de travail. L’adaptabilité permettrait de planifier son futur, d’anticiper les difficultés, de se fixer des buts réalistes. Ce processus psychologique comprendrait cinq dimensions psychologiques : - Disposer d’une certaine curiosité à l’égard de son environnement, - Se sentir concerné par son orientation profession- nelle, - Avoir le sentiment d’avoir un certain contrôle sur son environnement, - Avoir conscience de ses capacités, compétences, savoirs, - Avoir confiance en soi, dans ses aptitudes à faire face à la situation Avoir des scores élevés dans ces différents domaines de compétences provoquerait un sentiment de satis- faction dans la vie, induirait une carrière plus réussie et plus satisfaisante, un bien être subjectif élevé, une plus grande efficacité dans la recherche d’emploi, ainsi qu’une intégration plus rapide et l’obtention d’un emploi de meilleure qualité (Monteiro & Al- meida, 2015). Chez les étudiants, l’adaptabilité de carrière prédit de façon significative la situation après l’obtention du diplôme (Yanjun Guan, Hong Deng et al., 2013). Deux dimensions de l’adaptabilité de carrière appa- raissent être particulièrement prédictives de l’inser- tion professionnelle des jeunes diplômés : le fait de se sentir concerné par son orientation et celui d’avoir le sentiment de pouvoir contrôler son environnement. Les étudiants qui ont un niveau élevé en Contrôle sont plus consciencieux et peuvent prendre des déci- sions de carrière importantes. Ils obtiennent plus faci- lement un emploi en accord avec leurs valeurs et leurs capacités. Une autre recherche auprès de 406 jeunes diplômés (Monteiro & Almeida, 2015) montre que ceux qui travaillent pendant leurs études ont des scores plus élevés sur les dimensions de Contrôle de son environnement et de Curiosité. En revanche, les activités de loisirs extra scolaires n’ont, dans cette recherche, aucun lien avec le niveau d’adaptabilité. L’expérience de travail pourrait donc être un détermi- nant de certaines dimensions de l’adaptabilité de carrière. Travailler en faisant des études (que ce soit sous la forme de formations en alternance, de stages ou de petits boulots) est apparu dans plusieurs re- cherches comme un facteur de modification des re- présentations de soi, des attitudes à l’égard du travail et des perceptions du futur (Cohen-Scali, 2000). Plus particulièrement, la qualité des expériences de travail est un élément essentiel pour mobiliser les ressources psychologiques importantes dans l’insertion profes- sionnelle (Cohen-Scali, 2010). •
  11. 11. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 9 –LE RÔLE DES VALEURS DANS LES CHOIX D’INSERTION DANS L’ESS– Etudiant le développement du jugement moral chez l’enfant, Piaget (1985) souligne qu’il est associé à l’importance du respect des règles : « toute morale consiste en un système de règles et l’essence de toute moralité est à chercher dans le respect que l’individu acquiert pour les règles » (p.1). Les travaux de Kohl- berg (1981) portent également sur le développement du jugement moral chez l’enfant et l’adolescent. Il observe l’existence de différents types de jugement moral qui sont définis comme une cognition de na- ture prescriptive, et se réfère à ce qui est obligatoire, juste, bien. Ceux-ci sont prescriptifs et normatifs et renvoient à ce qui devrait être, à des droits, des res- ponsabilités et non à des gouts ou des préférences. Kohlberg a mis au jour l’existence de 6 stades de développement du jugement moral. Selon Kohlberg les principes moraux déterminent les actions. Or, di- verses recherches (par exemple celles de Milgram sur la soumission à l’autorité) ont montré que les prin- cipes moraux n’influencent que rarement les conduites. Les individus sont capables de changer de principes moraux selon les circonstances et les contextes. Ainsi, les principes moraux formulés par les individus ne seraient pas nécessairement assortis d’actions réalisées conformément à ces principes. De même, ces principes apparaissent fortement associés à la culture et donc aux principes moraux et de com- portement qui règlent la vie des communautés dans une certaine société (Tostain, 1999). A la différence de ces principes moraux personnels, les valeurs appa- raissent comme davantage trans-situationnelles, et seraient assimilables, selon Rokeach et Schwartz (Hel- kama, 1999) à des buts généraux désirables, qui orientent les actions et les appréciations dans un grand nombre de situations de la vie. Les valeurs seraient donc plus partagées et les principes moraux plus personnels et relativement intimes. Schwartz explique « on utilise les valeurs pour caractériser les individus ou les sociétés, pour suivre le changement au cours du temps, pour expliquer les motivations de base qui sous-tendent les attitudes et les comporte- ments » (2006, p. 930). Selon cet auteur, il existerait dix valeurs de base communes à toutes les cultures, comme des motivations fondamentales. Certaines valeurs seraient compatibles, d’autres s’opposeraient. Les individus et les groupes se distinguent quant à l’importance qu’ils attribuent à ces différentes va- leurs. Pour Schwartz, les valeurs ont certaines carac- téristiques : - Il s’agit de croyances associées aux affects. - Elles renvoient à des objectifs désirables qui mo- tivent l’action - Elles transcendent les actions et les situations spé- cifiques - Elles servent des critères pour évaluer les actions - Elles sont classées par ordre d’importance les unes par rapport aux autres - L’importance relative des multiples valeurs guide l’action Les dix valeurs identifiées par Schwartz comme étant universelles sont : 1. L’autonomie, la centration sur soi (recherche d’indé- pendance) 2. La stimulation (enthousiasme pour la nouveauté) 3. L’hédonisme (recherche de plaisir) 4. L’accomplissement (recherche de succès personnel obtenu grâce à la reconnaissance de compétences reconnues) 5. Le pouvoir (recherche de contrôle, de prestige) 6. La sécurité (recherche de sureté, de stabilité) 7. La conformité (recherche de la modération des gouts) 8. La tradition (recherche de respect des coutumes, des idées soutenues par la culture ou la religion) 9. La bienveillance (recherche de préservation et amé- lioration du bien-être des personnes) 10. L’universalisme (recherche de protection du bien- être de tous et de la nature) Les jeunes ont-ils des valeurs différentes des adultes ? Une étude portant sur les jeunes en France de 18 à 30 ans (Bigot, 2007) met au jour des différences importantes entre ces populations notamment sur le plan de l’optimisme à l’égard de la situation écono- mique. Les adultes portent un regard plus défaitiste sur l’évolution future de leur niveau de vie, les jeunes croient en un avenir meilleur et sont plus favorables à la mondialisation que les adultes. Ils sont plus sen- sibles que les adultes à des questions de société telles que les problèmes du chômage, de la pauvreté dans le monde, de l’environnement, de violence et ceux associés aux tensions internationales. En revanche, ils sont moins nombreux à penser que la société de- vrait être réformée (82 % contre 87 % des adultes).
  12. 12. LE CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE–1– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES10 Par ailleurs, certaines valeurs liées au travail semblent jouer un rôle non négligeable dans l’adaptation à un emploi (Sortheix, Chow & Salmela-Aro, 2015). Sor- theix et al. (2015) distinguent les valeurs intrinsèques de travail (mobilisant la motivation intrinsèque : uti- liser ses compétences, l’auto-direction, le plaisir au travail…) et les valeurs extrinsèques de travail (mobi- lisant la motivation intrinsèque : avoir de bons reve- nus, la sécurité, un emploi stable). La recherche conduite selon un mode longitudinal auprès de jeunes adultes, montre qu’avoir des valeurs intrin- sèques de travail à 21 ans prédit un sentiment de meilleure adéquation avec son travail à l’âge de 23 ans. Avoir plutôt des valeurs extrinsèques au travail à 21 ans est relié positivement au fait d’être au chô- mage deux ans plus tard. Ainsi, la nature des valeurs au travail selon qu’elles mobilisent la motivation in- trinsèque ou la motivation extrinsèque constitue- raient un des soubassements de la réussite de la transition vers l’emploi. Différentes valeurs guidant les choix de carrière à l’âge de 21 ans sont liées à certaines situations deux ans plus tard. Les valeurs intrinsèques semblent contribuer, selon ces auteurs, à trouver un emploi qui convienne mieux. Ceci peut être lié au fait que ces personnes qui ont plutôt des valeurs intrinsèques s’attacheraient à faire évoluer leur poste en accord avec leurs valeurs et leurs inté- rêts. Les auteurs concluent en soulignant que le fait de parvenir à décrocher un job qui convient serait sans doute un peu moins lié aux capacités cognitives et au diplôme obtenu qu’aux valeurs intrinsèques de travail des jeunes. Ces différentes approches montrent que la période de transition est importante pour structurer le rap- port au travail des jeunes. Différents processus psy- chosociaux comme l’identité, les représentations et les valeurs prennent une place centrale au cours de cette période notamment parce qu’elle est l’occasion de se confronter à des situations de travail réel, d’in- tégrer le monde du travail et de mettre en œuvre des compétences. Ces situations peuvent imposer des choix, des prises de décisions qui se basent de plus en plus sur des critères que les jeunes se construisent au fil du temps (se basant notamment sur ce qui leur apparait comme particulièrement crucial dans la so- ciété) plutôt que sur des catégories prédéfinies. • –PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHÈSES– L’ESS est généralement présentée comme un secteur en tension car les départs à la retraite seront impor- tants au cours des 10 prochaines années. Des jeunes diplômés pourraient donc y être davantage employés. Ce secteur s’attache à développer la communication autour de ses principes et de ses actions. Par exemple, en Ile de France, le centre de ressources de l’ESS, l’Atelier, développe des actions visant à favoriser le développement et la promotion du secteur. L’Atelier organise des sessions d’échanges de pratiques, sensi- bilise et guide pour la création de projets et propose des formations. Il organise également des évène- ments centrés sur l’information et des forums sur les emplois dans l’ESS. Dans le contexte économique actuel plutôt morose, l’ESS se présente comme une alternative proposant le développement de projets et d’activités apportant des plus-values sur le plan social et environnemental, ce qui est potentiellement attrac- tif pour des jeunes en situation d’insertion. Les tra- vaux réalisés sur les transitions de l’école au travail ont montré que cette période consacrée à l’insertion est très importante pour la construction de la carrière future. Les expériences, les évènements rencontrés, notamment ceux en lien avec le travail, peuvent modifier le rapport au travail et induire de nouvelles perspectives (Heinz, 2002). Les compétences mises en œuvre, les anticipations qui se dessinent, le fait de faire preuve ou non d’une certaine proactivité jouent également sur l’issue de cette transition école- travail (Philps et al. 2002). Les valeurs et le rapport au travail, ainsi que la motivation intrinsèque ou ex- trinsèque pour le travail apparaissent également comme des déterminants importants pour l’intégra- tion professionnelle et la constitution du soi profes- sionnel (Sortheix, et al. 2015). Cette recherche constitue une contribution à la com- préhension des processus psychosociaux de transition de jeunes diplômés. L’hypothèse principale est que ces jeunes souhaitent construire leur vie profession- nelle en s’appuyant sur des valeurs qu’on peut quali- fier avec Schwartz (2006) de bienveillance et d’uni- versalisme. Une partie de la jeunesse diplômée pourrait donc définir elle-même ses propres normes d’insertion professionnelle et refuserait de s’engager
  13. 13. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 11 sur des voies toutes tracées. Ces jeunes construisent leur place dans la société en développant une ré- flexion approfondie sur eux-mêmes, sur leur environ- nement et sur le monde en général. Travailler n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie. Il s’agit de l’expression d’un rapport au monde qui fait préva- loir les valeurs. La transition serait, pour les jeunes, une période d’affirmation des valeurs, de détermina- tion de sa place dans la société et du rôle qu’ils veulent jouer à l’avenir. Ainsi, il s’agit d’une part, de penser que les jeunes élaborent, à partir de leurs expériences de formation, personnelles, familiales et professionnelles, une représentation qui s’apparente à un modèle de vie (Savickas, 2005, Levinson, 1978) sur lequel prennent appui certaines anticipations de soi comme citoyen, professionnel, ou tout simplement jeune adulte en devenir. D’autre part, ils rattachent cette représentation à un ensemble de valeurs et à une idéologie humaniste qui sont également en cours de formation et qui servent peu à peu de guides pour la mise en œuvre du modèle de vie. Une autre hypothèse consiste à penser que les expé- riences professionnelles peuvent notamment conduire à des modifications des souhaits d’insertion initiaux (Cohen-Scali, 2010) Les expériences valori- santes et positives dans l’ESS pourront conduire à un renforcement de la détermination à vouloir s’intégrer dans ce secteur ou à préciser les modalités. Les expé- riences dans l’ESS peuvent alors jouer un rôle confir- mant ou infirmant les premières pistes qui ont été dessinées. Il s’agit donc de cerner ce qui, dans les expériences variées des jeunes, les conduisent à déterminer un certain modèle de vie où les idéologies et les valeurs prennent une place et permettent d’élaborer cer- taines projections d’avenir. • –MÉTHODOLOGIE– Une étude qualitative a été réalisée auprès de 14 jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et sou- haitant d’intégrer dans l’ESS. L’étude par entretiens semi-directifs Pour construire le guide d’entretien, plusieurs sources d’informations ont été utilisées. D’une part, certains thèmes ont été repris de l’étude réalisée auprès des personnes en transition vers l’ESS. Nous sommes en effet, dans ces deux cas confrontés à des situations de personnes qui veulent s’engager dans un secteur professionnel, l’ESS, avec des niveaux d’information et de connaissance différents. D’autre part, plusieurs enquêtes ont été réalisées par notre équipe par le passé, sur des populations de jeunes en insertion et nous avons également pris en compte cette expé- rience passée pour interroger ces jeunes. Ainsi, le guide utilisé pour réaliser les entretiens com- portait les thèmes suivants abordés au cours des entretiens semi-directifs: - Le parcours de formation, les expériences de béné- volat et d’emploi ; - Les représentations du secteur de l’ESS et les motifs de choix d’insertion dans ce secteur ; - Les circonstances qui ont conduit à s’engager dans ce secteur ; - Les activités et la trajectoire professionnelle future attendues/espérées. Les entretiens ont été retranscrits et analysés en uti- lisant l’analyse de contenu thématique. Au cours de ce processus, l’ensemble des entretiens ont été réor- ganisés par thème. Les participants Les interviewés ont été recrutés de plusieurs manières en contactant : - Des centres de formation et universités qui pro- posent des formations supérieures en ESS (l’Univer- sité de Marne la Vallée, le Cnam, l’Université d’Evry) ou des stages à thèmes financés par la région (par exemple « Devenir entrepreneur dans l’ESS » qui s’est tenu en région Poitou Charentes ). - Les responsables de l’Atelier2 qui ont accepté que nous participions à des évènements susceptibles de rassembler des jeunes à la recherche d’un emploi dans l’ESS. - L’Apec qui pouvait nous mettre en contact avec des jeunes diplômés en recherche d’emploi Les personnes rencontrées ont 25 ans en moyenne. Elles sont toutes un diplôme supérieur de niveau Bac +3 (une seule) à Bac +5, voire davantage pour certains. 2. Centre de ressources régionales (Ile de France) de l’ESS, à but non lucratif.
  14. 14. LE CADRE THÉORIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE–1– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES12 L’échantillon rassemble neuf femmes et cinq hommes. Le principal critère était qu’il s’agisse de jeunes qui déclarent chercher à s’intégrer professionnellement dans l’Economie Sociale et Solidaire. Les jeunes connaissaient le terme mais parfois nous mention- nions la définition du secteur (les organisations le constituant et les principes revendiqués). Les entretiens ont eu une durée de 1h30 en moyenne et se sont déroulés dans des lieux variés : domicile des interviewés, locaux du Cnam ou cafés. Ils ont été enregistrés et intégralement retranscrits. Les profils des personnes interrogées Au moment de l’enquête, les interviewés sont dans une variété de situations : • 4 sont employés dans le secteur de l’ESS • 3 suivent une formation supérieure en alternance dans l’ESS • 1 est employé hors de l’ESS • 1 est dans une formation en alternance hors ESS • 5 sont en recherche d’emploi et ne travaillent pas • 8 personnes travaillent dont 6 sont en recherche d’emploi. La moitié des personnes ont fait un Bac ES. La popu- lation est donc composée d’un grand nombre de personnes sensibilisées aux questions économiques. La plupart des personnes interrogées ont un parcours jusqu’en Licence dans le même domaine et ont en- suite changé d’orientation. Les diplômes de licence 3 ont été obtenus dans les filières suivantes : - Le commerce (3), la gestion (2), le droit (2), l’écono- mie, la communication, les lettres, la géographie, la sociologie et les sciences politiques. Ensuite les masters réalisés ou en cours concernent : - Le management des projets dans l’Economie Sociale et Solidaire (5), le marketing (2), l’administration des territoires, la finance, les sciences politiques, le com- merce, les politiques culturelles, l’ingénierie. Une personne n’a pas de master. On observe deux grands ensembles de types de pro- jets d’insertion : 7 jeunes ont un projet de création de structures ou d’entreprises dans l’ESS, à moyen terme et 7 envisagent de travailler comme salariés. Le traitement des données Les trois entretiens les plus longs ont été utilisés pour identifier les thèmes principaux, les sous- thèmes évo- qués par la population. La grille d’analyse théma- tique élaborée est présentée en annexe. Ensuite tous les entretiens ont été analysés à partir de cette trame. Dans un deuxième temps, nous avons procédé à l’analyse transversale des entretiens sur laquelle sont basés les résultats présentés dans ce document. En- fin, une analyse individuelle, des profils a été réalisée et a permis d’aboutir à une typologie. Les résultats sont présentés de manière chronolo- gique en 6 points : le parcours passé, les représenta- tions de l’ESS, les sources de l’intérêt pour l’ESS, les types d’intérêts professionnels pour l’ESS, l’insertion professionnelle envisagée et les projets et concep- tions de l’engagement futur dans l’ESS. •
  15. 15. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 13 14 Le parcours antérieur 17 Les représentations du secteur de l’ESS 20 Les sources de l’intérêt porté à l’ESS 24 Les intérêts professionnels des jeunes et les rapports à l’ESS 28 L’insertion professionnelle dans l’ESS 30 L’avenir professionnel 40 Conclusion –2– –LES PRINCIPAUX RÉSULTATS –
  16. 16. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES14 –LE PARCOURS ANTÉRIEUR– Les jeunes interrogés ont acquis une formation dans l’enseignement supérieur. Ils ont suivi des filières variées. Ils n’ont pas nécessairement de formation dans le secteur de l’ESS. Nombre d’entre eux sont passés par l’économie, les relations internationales ou les sciences politiques qui sont des filières propo- sant parfois des enseignements pouvant être associés à l’ESS. Leur parcours passé comprend des expé- riences nombreuses et variées dont certaines à l’étranger. – DES FORMATIONS SUPÉRIEURES, UN GOUT POUR LE SAVOIR, UNE FORTE IMPLICATION – Toutes les personnes interrogées ont un master 2, sauf une jeune femme qui a une licence. Les spécialités jusqu’au master 2 sont le commerce (3 personnes en école de commerce), la gestion/ management (3 personnes), les relations internatio- nales (1 personne), les sciences politiques (2 per- sonnes), les lettres et langues (2 personnes), 2 suivent un master ESS. Une personne a suivi une licence droit/gestion. Par ailleurs, dans l’ensemble, 7 per- sonnes ont suivi ou suivent une formation dans le domaine de l’ESS (premier ou second master ou for- mation continue). Les personnes interrogées ont le sentiment d’avoir été de bons élèves, relativement sérieux et plutôt brillants. Elles rapportent leur bon niveau scolaire, un goût pour le savoir, une curiosité du monde qui les entoure, ou des interrogations auxquelles elles es- saient de répondre en poursuivant des études. « J’étais bonne élève et je voulais faire un métier qui me permettrait de voyager, puis j’ai une sensibilité à tout ce qui est solidarité depuis que je suis assez petite en fait ! » Line « Moi j’étais très bonne élève donc on m’a logiquement orientée ou poussée vers une Prépa. Dans cette Prépa, je suis allée en école de commerce parce que c’était la voie royale. » Charlotte « Je passe un bac théâtre, je fais deux ans en hypo- khâgne et khâgne pour avoir une culture générale et une compréhension plus rapide des enjeux actuels, et j’intègre des écoles de théâtre. » Bella Les jeunes interviewés ont fait des études, le plus souvent par intérêt pour leur contenu et moins avec une perspective d’insertion et de professionnalisa- tion. Certains recherchent une stimulation intellectuelle : « En fait, j’ai vraiment un besoin d’être stimulé en permanence et la Prépa est un endroit où je pourrais me stimuler, me faire plaisir, en terme d’ouverture culturelle, d’apprentissage, d’intensité, la densité des choses à apprendre, c’est plutôt intéressant quoi. » Moktar D’autres cherchent à comprendre le monde qui les entoure sans perspective professionnelle claire. « En m’engouffrant dans les sciences politiques, j’avais juste un peu soif de connaissance ou d’autres choses, d’analyse, de faire des dissertations et tout… Mais pas de métier précis quoi… J’ai toujours eu la fonction publique en tête, mais sur le plan de la sécurité que ça pouvait offrir, même si c’est de moins en moins le cas… Et puis ça pouvait être aussi stimulant sur le plan intellectuel de participer aux politiques pu- bliques. » Solal Les études peuvent aussi contribuer à développer la culture générale. Cet intérêt profond pour les activi- tés culturelles est présent par exemple chez Clara. « En lettres, c’était juste des études de goût plus qu’autre chose. Moi, j’aime la littérature, le cinéma tout ça. Et puis je me suis dit que je trouverai quelque chose mais… Je n’ai pas du tout réfléchi en terme d’emploi. C’est épouvantable ! Enfin c’est complète- ment aberrant, c’est vrai quand j’étais dans les études, j’étais super investie, j’adorais ça. Jusque-là j’avais des bonnes notes mais finalement ! Je ne sais pas trop quoi, parce que j’aimais bien ! Mais j’ai besoin du concret ! » Clara Les jeunes de l’échantillon interrogé ont un rapport singulier aux études : ils ont, d’une façon générale, plutôt assez bien réussi leurs études secondaires et supérieures et cherchaient à se cultiver, à apprendre avant tout. La question de la professionnalisation, de l’insertion professionnelle n’est apparue que dans un second temps, pour la plupart d’entre eux.
  17. 17. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 15 Certains, comme Solal, ont même choisi de privilégier leur vie personnelle et sociale plutôt que de s’orienter dans des filières prestigieuses « Le conseil de classe me conseillait d’aller en prépa : soit Sciences Po, soit… Khâgne et tout ça… Et je vou- lais pas faire de prépa. Parce que je m’étais renseigné un peu et faire du 40h de cours, bosser comme un malade dans une chambre et tout, jamais pouvoir faire la fête avec les copains, c’était hors de question. » Solal En plus de leur scolarité plutôt réussie, ces jeunes ont cherché à vivre des expériences à l’étranger. – SE FORMER À L’ÉTRANGER : UNE STRATÉGIE LARGEMENT PARTAGÉE – Parmi les 14 jeunes interrogés, 11 ont fait une partie de leur formation à l’étranger. Il peut s’agir d’une formation intégrée dans le cursus, d’échanges Eras- mus, d’expériences de petits boulots en vue d’ap- prendre des langues. Ces formations ont eu des du- rées assez longues, 6 mois en moyenne, parfois une année. Il est possible de rassembler ces expériences en trois grands ensembles : Les expériences de développement de pro- jets dans des pays en développement (6 jeunes) Les jeunes qui ont fait une école de commerce ou Sciences Po ont effectué des missions dans des pays en développement comme l’Afrique du Sud, l’Inde, le Sénégal. Il s’agissait pour eux de travailler dans des ONG, pour le développement de missions. Cela a été le cas des expériences rencontrées par Louise et Char- lotte. « J’arrive par un tour de force, encore une fois, à faire une césure. Je dis : je pars six mois en Inde en ONG. C’est ce que je veux. Je veux partir en Inde, je veux faire un projet qui a du sens pour moi. Je monnaie un peu tout ça, six mois en Inde en volontariat contre six mois chez Dior ! Rien à voir mais pour l’école de com- merce, ils sont contents, mes parents ils sont contents, voilà ! Mais Il a fallu forcer. » Louise « Donc en fait mes stages ils ont été surtout dans le culturel ou la coopération internationale notamment une année de césure au Sénégal, où j’ai travaillé pour l’Institut français. Je ne sais pas si vous voyez qu’est-ce que c’est, c’est l’équivalence d’un centre culturel et d’un centre de formation à l’étranger, à Dakar; et puis pour l’UNICEF, donc c’est là où je me suis posée les premières questions. » Charlotte Les formations visant le perfectionnement linguistique (5 jeunes) Plusieurs jeunes ont eu l’opportunité de rejoindre des programmes Erasmus ou des programmes d’échanges existant dans leur université ; Jeanne a ainsi pu aller une année en Australie suivre une licence de gestion et droit « On était quand même inscrit en fac en France, on est à l’université de Chambéry. Donc si on validait tout à l’étranger, on obtenait la licence française. Après, en fonction des accords avec les universités étrangères, on obtenait ou pas de diplôme à l’étran- ger, moi je suis partie en Australie, j’ai tout eu. » Jeanne Anne a vécu une année aux Etats Unis comme fille au pair. Joris a passé 7 mois au Mexique : « J’ai choisi le Mexique parce que je voulais un pays hispanophone mais pas l’Espagne. Je voulais voir si j’étais capable de partir un peu plus loin, me tester un petit peu, voir si j’étais capable de tenir le coup en partant une bonne durée, loin de la France, loin de mes amis, et … Me refaire une vie. Ça a marché. » Joris Clara s’est rendue en Irlande afin d’allier le dévelop- pement de ses compétences linguistiques et son gout pour la musique irlandaise. Elle a travaillé dans des bars et pour des festivals de musique. « Ensuite je suis partie à étranger, je suis partie en Irlande pour six mois, pour partir, pour apprendre l’anglais. J’aime bien bouger, donc Dublin ce n’est pas très loin et ça fait du bien. J’ai validé mon Master. Je suis partie comme ça donc je travaillais en tant que serveuse dans des bars, comme ça.
  18. 18. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES16 Ce que font les français là-bas ? Ils servent dans les bars. Là aussi je ne voulais pas lâcher le milieu musi- cal donc je me suis rapprochée de l’Alliance française pour travailler sur le festival de « Let´s french », la musique française à Dublin, voilà donc toujours en tant que bénévole. Donc je suis restée six mois, après, j’ai voulu rechanger donc je suis partie sur l’île de la Réunion. » Clara Séjour à l’étranger en vue de se former (2 personnes) Sofia et Bernard originaires de pays africains ont, tous deux, été sélectionnés pour effectuer des forma- tions courtes en France dans le secteur de l’ESS dans le cadre d’un programme soutenu par l’association pour la francophonie. Ces formations leur ont permis de développer un réseau relationnel étendu à un ensemble de participants francophones issus de nom- breux pays. Ces expériences à l’étranger ont été perçues comme particulièrement formatrices, souvent intéressantes. Elles ont constitué des mises à l’épreuve, des tenta- tives « pour voir si on est capable » et ont permis des rencontres avec des cultures éloignées de la leur. – DES PARCOURS DE RUPTURE AVEC LES ATTENTES DE L’ENVIRONNEMENT – L’analyse des parcours de formation permet de mettre au jour une caractéristique assez commune : leur forte détermination à construire par eux-mêmes leur vie et leur carrière. Cela apparait dans les choix de formation ou dans la volonté exprimée parfois de faire ses propres expériences pour se faire son idée. Les quatre portraits suivants illustrent des parcours assez variés mais qui se caractérisent par un rejet de tout engagement précoce dans un modèle ou une tra- jectoire toute tracée. Cette tendance se retrouve de manière assez systématique et à des degrés divers chez les personnes interrogées. Bernard : saisir les opportunités de forma- tion pour développer un projet Bernard est né en Afrique de l’Ouest. Son père est gen- darme et sa mère a ouvert sa boulangerie. Après des études supérieures en comptabilité, il est sélectionné pour participer à un programme de formation « Cam- pus coopératif » dans la région du Poitou dans le do- maine de l’entreprenariat social, le sensibilisant à l’ESS. Son père est opposé à ses projets de s’impliquer dans le monde associatif et à son départ en France pour suivre la formation. Bernard s’estime en rupture avec ses parents. En rentrant de France, il crée une associa- tion pour les jeunes, dont le but est de sensibiliser les jeunes au développement d’activités sociales et plus particulièrement à l’entrepreneuriat social. Il retourne ensuite dans le nord-est de la France pour entreprendre un master en ingénierie de l’ESS. Il veut désormais trouver des financements pour développer son associa- tion afin qu’elle soit solide et puisse l’employer comme salarié. Bella : le théâtre à tout prix Depuis l’âge de 8 ans, Bella sait qu’elle veut être comé- dienne. Elle fait un Bac théâtre, étudie le russe pour « pouvoir lire les dramaturges russes dans le texte ». Après avoir suivi les classes préparatoires littéraires, elle enchaine sur des études de théâtre. Après avoir joué dans différentes troupes comme amateur, elle obtient son premier emploi comme comédienne en 2009. Elle décide ensuite de monter sa compagnie. Mais elle rencontre des difficultés importantes pour vivre de son art. Elle estime avoir rencontré beaucoup de problèmes relationnels dans le théâtre, des décep- tions, des problèmes d’argent, de la souffrance. Elle est au RSA tout en gérant son association de théâtre. C’est pour continuer à faire fonctionner son association qu’elle entreprend une formation dans le domaine de la gestion des associations. A cette occasion, elle dé- couvre ce qu’est l’ESS. Son projet est de créer une coo- pérative pour mutualiser la gestion des compagnies de théâtre. Moktar : pas question de travailler dans des entreprises classiques Après un Bac ES, Moktar entre en prépa et fait une école de commerce. Il estime avoir fait ce choix par défaut car il a toujours été intéressé par l’action so- ciale. Il choisit le parcours finance. Pendant son année de césure, il fait des stages dans le domaine de la fu- sion-acquisition, le contrôle de gestion international et le conseil en croissance externe aux entreprises. Mais cela ne correspond pas du tout à ses intérêts profonds. Il obtient un CDD dans ce secteur. Les rémunérations sont élevées. A la fin de son CDD, l’entreprise lui pro- pose un CDI mais il le refuse car il veut engager une rupture, changer d’orientation et utiliser ses connais- sances en gestion financière plutôt dans le domaine de la finance solidaire. Il cherche alors un emploi et se rend compte qu’il n’est pas si facile d’en trouver un dans un secteur, l’ESS, dans lequel il estime qu’il est difficile d’accéder aux offres d’emploi.
  19. 19. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 17 Plusieurs jeunes expriment une certaine méfiance à l’égard de l’entreprise marchande, qu’ils perçoivent comme parfois davantage préoccupée par le profit fi- nancier des actionnaires que par le bien être de la population et de la société. Cathy : ne pas être prof Cathy entreprend des études de Lettres Modernes après un Bac scientifique. Lors de la première année de master, elle a l’occasion de partir en Angleterre avec le programme Erasmus pendant 6 mois. A son retour, elle suit un master 2 LEA intitulé gestion de projet et développement durable. Après son master, elle fait un stage dans une collectivité territoriale de province, puis est employée en CDD de trois mois sur la gestion de réseaux dans le développement durable, puis elle obtient un contrat dans une entreprise de conseil en gestion de déchets en province. Sans em- ploi, après ce contrat, elle contacte Pôle emploi qui lui propose un poste de professeure de lycée en fran- çais et latin. Cette option n’a jamais été envisagée car elle n’a jamais voulu s’engager dans l’enseigne- ment même si sa formation l’y oriente. Elle se voit néanmoins contrainte d’accepter ce poste pour avoir un salaire. Après 2 ans de travail comme enseignante de français et latin en lycée, un nouveau contrat de travail comme enseignante lui est proposé mais elle ne donne pas suite. Elle ne veut pas s’engager davan- tage dans un métier qui ne lui plait pas. Elle démé- nage alors pour Paris avec l’espoir de trouver un emploi dans l’ESS et pour être avec son compagnon. Malgré ses difficultés financières, elle essaie de résis- ter aux appels de l’Education nationale. Ces exemples nous semblent montrer que les jeunes perçoivent le travail avant tout comme source d’épa- nouissement, de réalisation de soi ayant une finalité sociale. Ils privilégient les chemins plus difficiles de la construction de soi plutôt que d’accepter des solu- tions certes plus confortables mais aussi plus éloi- gnées de leur motivation essentielle. La période de fin de formation est aussi celle des essais et erreurs, des tests de ses intérêts et de ses projets, associés éventuellement à des conflits avec leur environne- ment familial. Les parcours de formation semblent avoir été guidés par une volonté d’apprendre et de comprendre son environnement et la société avant tout. Les jeunes témoignent d’un gout pour le savoir et une forte curiosité intellectuelle. Ils ont acquis une formation de niveau élevé, avec parfois une certaine polyva- lence. L’intérêt pour se former dans l’ESS n’est pas toujours venu d’emblée mais s’est construit au fil des expériences et se manifeste parfois par un second master ou une spécialisation. Une partie de ces jeunes se sont formés à l’étranger, ce qui témoigne de leur ouverture culturelle et souvent de leur mai- trise de plusieurs langues vivantes. Par ailleurs, au cours de leur parcours, ces jeunes ont souvent ex- primé des choix différents de ceux qui étaient atten- dus d’eux et les ont assumés, même si ces attitudes ont induit des conflits familiaux. • –LES REPRÉSENTATIONS DU SECTEUR DE L’ESS– Cinq grands thèmes apparaissent chez les personnes interrogées quand on leur demande ce qu’est l’ESS. – LE DÉVELOPPEMENT D’ACTIVITÉS D’INTÉRÊT GÉNÉRAL (7 PERSONNES) – Ce thème général est assez globalement partagé. L’idée est que l’ESS regroupe des activités et des struc- tures visant l’intérêt commun. Pour Solal, son implication dans l’ESS compense l’absence de perspectives associée aux partis poli- tiques. Pour lui, l’ESS représente un projet de société qui peut faire évoluer la société, à l’heure où les par- tis politiques s’avèrent incapables de proposer un projet mobilisateur. « Mais les partis politiques me gênent énormément en fait parce qu’ils sont un petit peu dans l’impasse au niveau de l’action et ils ont du mal à résoudre les problèmes. Ils sont éloignés des gens, etc. Donc je crois plutôt en la société civile. Et ça rejoint le secteur de l’économie sociale et solidaire, c’est-à-dire des gens qui se prennent en main, qui décident de s’associer, qui sont mis en relation, et qui construisent leur inté- rêt commun quoi, voilà… Et de manière alternative si possible. C’est comme ça que je vois l’ESS. » Stéphane
  20. 20. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES18 Pour Clara, l’activité d’une structure est plus impor- tante que son statut pour dire qu’elle appartient ou non à l’ESS. Le plus déterminant est l’objet de la struc- ture. « Et l’économie solidaire, pour moi c’est les structures dont l’objet est l’intérêt général, pas forcément l’ESS. Enfin, les deux ne sont pas forcément compatibles en fait. S’il y a les deux, par exemple, si c’est une associa- tion et je ne sais pas quoi comme population, qui crée la musique pour tous. Là ça fait partie de l’ESS. En- suite, l’exemple type des associations, ce sont des clubs privés, de je ne sais quelle entreprise, d’accord ils sont sous le statut associatif mais leur objet n’a rien à voir avec l’intérêt général. » Clara Pour Line qui a une certaine expérience des activités et structures de l’ESS, ce qui compte avant tout c’est que l’activité concerne le plus grand nombre de per- sonnes et vise à améliorer le bien-être sans nuire à quiconque. « Je vais vous décrire mon ESS idéale et ce n’est pas comme ça que ça se passe. Moi vraiment, j’inclus dans le secteur de l’ESS tout ce qui participe à la transfor- mation de la société, vers une société où le maximum de gens soient concernés, où pour faire notre bien à nous ce n’est pas faire le mal à l’autre quoi. Alors ce n’est pas du tout précis comme définition mais en tout cas on va sur des gains collectifs plus grands. » Line – LE SOIN À AUTRUI, LES ACTIONS SOLIDAIRES (4 PERSONNES) – D’autres personnes précisent davantage la nature des activités qui peuvent se prévaloir d’être dans l’ESS. Ces activités sont centrées sur le soin à autrui et le développement de l’entraide. « Après, si on élargit au monde de l’associatif, au milieu associatif en général, je trouve que c’est une très bonne chose que ça existe. C’est indispensable qu’il y ait des personnes qui donnent de leur temps et de leur argent pour prendre soin de ceux qui a priori sont les plus démunis ou, en tout cas, plus défavori- sés… ou moins avantagés que la moyenne d’une so- ciété. C’est vraiment le point de base. » Joris Relier les individus entre eux, reconstruire des liens sociaux, l’ESS est surtout conçue de par sa finalité sociale, comme pour Moktar par exemple. « Pour moi, je définis beaucoup par le dernier mot «solidaire» plus qu’avec le mot social. En plus ce mot pour moi c’est un mouvement qui remet le lien entre les gens. N’oubliez pas en fait, que la valeur principale quand même c’est l’humain et de recréer des liens entre les gens, c’est vraiment ça que je perçois. Donc il y a cet aspect-là dans cette perspective là c’est la proximité avec les gens mais aussi le territoire. Je pense que les choses se développent aussi dans le territoire, dans un espace donné. C’est vraiment impor- tant de le prendre en compte. Oui c’est aussi une va- leur quelque part. C’est un peu quelque chose où je me retrouve et c’est l’union, on fait passer le solidaire avant les intérêts propres, personnels même si c’est ça qui stimule les choses. Mais la valeur ici c’est la soli- darité pour moi et créer les liens. Ce n’est pas une définition exacte de ce qu’est l’ESS mais c’est ce que je perçois. » Moktar – LA PRODUCTION D’ACTIVITÉS QUI NE SOIENT PAS PRIORITAIREMENT CENTRÉES SUR LE PROFIT FINANCIER (4 PERSONNES) – Un certain nombre de personnes considèrent comme une caractéristique essentielle de l’ESS le fait que les activités ne visent pas l’accroissement du profit éco- nomique, à l’image de Patrick ou de Louise. « Je pense que pour être dans l’ESS, il faut briser l’es- pèce de pacte capitaliste qui veut en fait que le rôle de l’entreprise est de faire des résultats en vue de re- partir des bénéfices entre les actionnaires. Je crois que c’est ça qui est le nerf de la guerre. » Patrick Louise souligne l’importance de consacrer du temps aux activités. « Ce que je trouve dans l’ESS aussi c’est qu’il n’y a pas que l’argent, il y a le temps et pour moi le temps c’est la valeur qui me parle. Voilà, j’y mets beaucoup plus de valeur. » Louise Pour Bella, une organisation de l’ESS ne vise pas à enrichir ses membres.
  21. 21. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 19 « Les valeurs que je mettrais dans l’ESS… Il y en a plusieurs, mais celles qui, à mon avis regroupent les trois: associations, coopératives, mutuelles, c’est plutôt la non-lucrativité. C’est à dire que les trois organisa- tions ne vont pas chercher un enrichissement de ses membres, mais toujours à être au service, soit de l’inté- rêt général, soit de l’intérêt de ses membres mais en tous cas ont une utilité sociale, et dans les trois struc- tures, l’argent va être là au service du projet, et non jamais... le projet ne sera jamais là pour enrichir le capital. Donc on peut voir la différence entre une coo- pérative, qui est une SARL, et une SARL classique. Pour moi, c’est ça qui va faire la ligne de frontière. L’association de fait, dans ses statuts, ce sont des bénévoles à la base, donc il n’y a pas d’enrichissement forcément, mais ce qui ne veut pas dire que l’activité qu’ils vont développer se sera pas une activité ren- table, ne sera pas une activité qui peut dégager des chiffres d’affaire astronomiques. Ce n’est pas ça... Mais c’est que l’objectif à l’intérieur ne sera jamais l’enrichissement des membres. » Bella Concernant la question de la lucrativité des activités du secteur, tous s’entendent pour affirmer que cette dimension n’est pas prioritaire. Toutefois certains jeunes pensent que le profit doit être totalement absent et d’autres estiment que les activités de l’ESS doivent générer des bénéfices pour être durables. « Il y a quand même quelque chose qui a trait aux valeurs j’ai l’impression qu’on le retrouve plus dans l’ESS, voilà, que dans les entreprises traditionnelles, sans être complètement idéaliste non plus, parce que la rentabilité fait aussi partie aussi de l’ESS, ce n’est pas le pré carré de l’économie traditionnelle. » Clara Pour Charlotte, le principe de non lucrativité ne signi- fie pas que les activités ne sont pas rentables. « On ne prend plus en compte seulement l’efficacité économique qui est nécessaire à mon avis, et qui est à la base de tout. Mais on va aussi prendre en compte tout ce qui se passe autour. Et moi je crois personnel- lement et profondément, contrairement à beaucoup de gens aujourd’hui dans l’ESS, que l’ESS peut être faire gagner de l’argent ! Bon! Je ne vous dis ça qu’à vous mais ... Et il y a mes études en école de commerce qui me permettent de voir les choses comme cela aussi. » Charlotte – LA RÉALISATION D’ACTIVITÉS DANS UN CADRE DÉMOCRATIQUE (3 PERSONNES) – Le management et l’organisation des prises de déci- sions des structures de l’ESS doivent, pour les per- sonnes interrogées, se conformer aux principes de démocratie affichés par le secteur. Il est attendu que les organisations s’appliquent à elles-mêmes un fonc- tionnement participatif, respectueux des points de vue individuels, des rythmes et des modes de vie de chacun des salariés. « Et puis l’idée que les gens qui font partie des entre- prises de l’ESS, font partie de la gouvernance. Ce qui n’est pas autant le cas dans les entreprises d’économie traditionnelle. C’est ça aussi, il y a un côté un peu..., «je suis encore moi». Je suis quand même moi-même quand je suis au travail. C’est caricatural mais quand même, je trouve que ça..., je trouve qu’il y a quelque chose avec ça quoi, le fait qu’il y a un certain nombre de valeurs autour de l’humain, autour de ... Etre une part de la société dans laquelle on travaille, le fait que la voix d’une personne compte. Dans les SCOP, je crois, chaque membre, chaque salarié a une voix au Conseil en fait. Il ne détient peut-être juste qu’un pour cent de la société mais il va avoir une voix, en principe, équi- valent à celui qui détient 20 %. » Cathy « L’autre chose qui pour moi est très importante et qui du coup pose question dans les compagnies de théâtre, c’est la démocratie. Pour moi, ces entreprises elles sont toutes démocratiques. Et elles permettent également d’expérimenter le fait d’être démocra- tique. » Bella – LA PRODUCTION D’INNOVATIONS (2 PERSONNES) – La nature des activités doit également être tournée vers l’innovation sociale qui correspond à des activi- tés visant à faire évoluer certains aspects sociaux et relationnels de la société.
  22. 22. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES20 « J’aimerais bien qu’on garde un peu la notion d’inno- vation sociale, je ne suis pas tout le temps à dire que ce n’est pas bien comme les maisons de retraite, mais pour moi ce n’est pas innovant! Mais l’ESS a quand même une connotation d’innovation. Voilà une nou- velle manière de répondre à des besoins qui existaient depuis longtemps, autrement. » Line – LE SENS DU TRAVAIL – Dernier point mentionné : travailler dans l’ESS, c’est avoir une activité qui a du sens, ce qui passe par le fait de connaitre la finalité de son travail et d’y adhé- rer. « Lorsqu’on regarde ce que veulent faire les étudiants, le désir d’un certain nombre de jeunes diplômés main- tenant, ce critère là permet de réunir tous ces désirs –LES SOURCES DE L’INTÉRÊT PORTÉ À L’ESS– que j’avais aussi et qui est partagé, on veut un tout autre but dans notre activité professionnelle, des struc- tures qui ont un autre but. Voilà, que ça ait du sens par rapport à ces valeurs-là, qui sont quand même assez présentes je crois, c’est partagé. » Anne Les attentes sont fortes à l’égard des structures ESS. Les jeunes perçoivent ce secteur comme rassemblant des structures vertueuses à plusieurs points de vue : un management démocratique et humain, des activi- tés visant le bien commun sans profit économique nécessaire, permettant d’aider les individus et les groupes fragiles, reconstruisant du lien social. Ce sont aussi des structures où il fait bon travailler, où l’on sait pourquoi on est là et à quoi sert le travail accom- pli. Les jeunes interrogés aspirent à effectuer un travail qui a du sens, qui leur permet d’avoir un rôle dans une société, d’être acteur de leur carrière et non de la subir en étant ballotés de contrat en contrat. • – LE RÔLE DE LA SOCIALISATION FAMILIALE – La moitié des jeunes interrogés (7 jeunes sur 14) esti- ment que leurs parents ont joué un rôle direct ou indirect dans leur intérêt puis leur engagement dans des activités associatives. Ces influences prennent des formes différentes. L’idée que les parents ont contribué à développer l’intérêt pour les pays étran- gers et les cultures différentes est présente chez plu- sieurs personnes dont les parents ont voyagé. « C’était les préoccupations existentielles en fait fina- lement. Je pense qu’il y a quelque chose qui a été transmis par ma famille, parce que j’ai eu des membres de ma famille qui avaient voyagé, qui ont été dans des projets d’ONG internationales. Mon père qui voyageait beaucoup aussi… vraiment, j’étais consciente assez jeune d’être prise dans un monde qui avait dépassé la France, qu’il y avait d’autres pays et qu’il y avait des relations entre ces pays. » Anne Certains parents étaient engagés dans des ONG, dans des activités de développement des pays éloi- gnés. Ces préoccupations ont joué un rôle important chez les jeunes qui ont rapidement souhaité partici- per à ces activités. Elles sont associées à des voyages auxquels ont pu participer les jeunes. « Puis j’ai une sensibilité à tout ce qui est solidarité depuis que je suis assez petite en fait ! Parce que j’ai pas mal voyagé avec mes parents, pas dans les pays très lointains, et que mes deux grandes sœurs, dont une qui voyageait en Afrique assez régulièrement, qui m’en ont parlé beaucoup. Maintenant c’est complète- ment dépassé mais mes parents ont parrainé une petite nigérienne, vous savez à cette époque-là c’était… Maintenant on n’est plus du tout là-dedans mais… Après tout ça, ma mère est fille de militaire donc c’est à l’opposé de ça, mais elle a vécu en Afrique, aux Antilles etc. En tout cas, j’ai le goût du voyage, puis j’avais de grands espoirs de partir pour pouvoir chan- ger des choses. » Line Dans d’autres cas, l’engagement profond d’un membre de la famille dans une activité profession- nelle dans le social, ou le soin suscite chez le jeune, une certaine admiration et évoque une sorte de modèle de conduite à suivre pour le jeune. C’est aussi au cours d’échanges dans le cadre familial que des informations importantes sur le travail et son
  23. 23. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 21 contexte sont transférées au jeune. Joris parle de sa mère infirmière qui travaille en maison de retraite comme d’un modèle moral et professionnel. Elle a contribué à susciter un intérêt de Joris pour l’aide aux personnes affaiblies, comme les enfants malades et les personnes âgées. Joris a d’ailleurs travaillé comme aide-soignant dans une maison de retraite, expé- rience qui l’a profondément ému. « Ça ne m’étonnerait pas que ça ait un lien [avec mon parcours]. Si je devais placer l’un de mes deux parents sur un podium, je placerais ma mère sur la première marche pour plein de raisons mais qui sont person- nelles, parce que j’ai plus de respect et plus d’admira- tion pour elle. Peut-être que ça a un lien. C’est vrai, j’y ai jamais pensé à ça. [On parlait de son travail à la maison], pas dans le détail non plus parce qu’elle avait le secret médical à respecter. Donc, elle rentrait [et] elle en parlait… Oui, tout le temps… Tous les soirs, elle racontait un petit peu comme tout le monde quoi. Elle racontait sa journée, mon père racontait sa jour- née. Moi, je racontais la mienne. Et puis voilà. Et on en discutait. » Joris L’intérêt pour l’ESS est également apparu chez des jeunes dont les parents ont un engagement religieux associé à des activités caritatives. C’est le cas de Moktar dont les parents sont engagés dans des asso- ciations catholiques et qui a hérité de certaines va- leurs de solidarité. « [J’ai une famille] un peu militant[e] au quotidien … Une vraie ouverture là-dessus qui m’avait donné cette sensibilité, au social en tant que tel, je ne me sens pas chrétien mais là-dedans il y a des valeurs auxquelles j’adhère totalement, justement le partage, etc., et dans lequel j’étais baigné depuis que j’étais tout petit, d’autant plus que j’ai été adopté assez tard, donc ça donnait tout un contexte autour de ça, des valeurs desquelles je peux me rapprocher, c’est donc ça. » Moktar Cathy découvre l’ESS lors de son séjour sur un campus universitaire en Angleterre lors d’un séjour Erasmus. « Je rencontrais des gens qui faisaient différentes choses et on discutait pas mal. En fait, je me suis rendu compte que ce sont des choses qui me tenaient à cœur! Améliorer les modes de vie, voilà, il y avait de beaux projets... enfin il y avait ce côté d’utilité pu- blique qui était intéressant aussi. » Cathy – LA PARTICIPATION À DES ACTIVITÉS DANS LES SECTEURS DE L’ESS – L’intérêt pour l’ESS se traduit avant tout par des enga- gements bénévoles qui sont assez partagés par la population des jeunes interrogés puisque 10 jeunes ont eu des expériences bénévoles dans l’ESS. Ces activités peuvent avoir été développées dans trois types de contextes : le contexte de la formation, celui d’une création de structure, ou encore celui d’une intervention en tant que membre d’une association. De plus, certains jeunes ont également travaillé dans l’ESS. Participer à une activité associative Quatre jeunes déclarent être ou avoir été membres d’associations. Patrick faisait partie d’une association dans son ly- cée, puis a été réserviste pour l’armée. Sofia participe à des actions de lutte contre le décrochage scolaire dans une association, dans son pays le Maroc. Cathy adhère à une association de promotion de la bicy- clette en ville et ne circule qu’en vélo. Joris commence par tester son intérêt pour l’ESS en intervenant dans une association d’enfants malades. « Et donc, j’ai commencé, en Master, par travailler dans une association… Enfin, par faire du bénévolat dans une association qui s’occupait des enfants ma- lades à l’hôpital Necker. C’était pas exactement ce que je recherchais. J’étais un petit peu déçu, finalement de cette expérience. Mais ça m’a quand même donné envie de continuer à essayer d’intégrer le monde de l’associatif et de l’économie sociale et solidaire. » Joris Se former dans une association Trois jeunes qui ont fait une formation en école de commerce sont intervenus dans des ONG à l’étranger dans le cadre de leur année de césure. Charlotte est allée au Sénégal, à l’institut Français où elle devait travailler avec des ONG locales pour développer des projets avec les écoles de la ville. Louise, tout comme Moktar, est allée en Inde pendant son année de césure. Ce choix n’était pas approuvé par les parents qui auraient préféré qu’elle intègre une grande entreprise dans le luxe. Pour Louise, cette expérience a été particulièrement enrichissante et lui a permis de confirmer son intérêt pour ce secteur.
  24. 24. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES22 « Il s’agissait d’aider des ONG locales dans le sud de l’Inde. C’est un projet de développement, on aura aidé à trouver des fonds étrangers mais aussi à définir la méthodologie du projet. Je touchais à tout, je me re- trouvais dans une équipe multidisciplinaire. Je me suis retrouvée avec 5 ONG différentes donc 5 manières de travailler différentes, en milieu rural, en milieu urbain, etc. Ça m’a beaucoup marqué, ça m’a absolument enchanté […] : je me levais le matin, j’étais ravie de faire ce que j’avais à faire, j’étais payée zéro euro mais j’étais très contente d’avoir cette liberté d’action, de sentir que tout ce que je faisais servait aux gens d’une manière ou d’une autre, même si ce n’est pas si direct mais bon! Moi je levais des fonds mais je ne soignais personne, je n’avais pas de maison, j’avais quand même une fonction support quoi qu’il arrive, mais sentir que la finalité qui était là et ça, ça me plaisait. » Louise Pour ces jeunes d’école de commerce, ces choix sont plutôt marginaux dans les promotions. Il s’agit donc de décisions murement réfléchies correspondant à une volonté délibérée d’orienter sa trajectoire profes- sionnelle vers l’ESS. Enfin, une option un peu différente évoquée a consisté à partir comme volontaire internationale. C’est ce qu’a fait Line, après un master à Sciences Po. Elle est partie comme volontaire internationale en administration au Mozambique pendant un an et demi. Créer une structure de l’ESS Trois autres jeunes ont été à l’origine de la création de coopératives ou d’associations. Bella a créé une coopérative dans le théâtre. « Donc moi du coup j’ai monté un structure en 2012, je me rappelle juillet 2012, on a monté une structure à plusieurs, sous forme de coopérative et on réfléchit... dans les projets à... pérenniser ça dans une autre struc- ture coopérative avec d’autres compagnies. » Bella Bernard a créé son association de promotion de l’entrepreneuriat social destiné aux jeunes du Bénin. Solal a créé une organisation ayant pour mission le conseil aux collectivités territoriales sur les questions d’ESS, sous forme de coopérative. « On était loin du compte puisqu’on partait de zéro, nous. Donc on a un petit peu cherché les alternatives et on a trouvé les coopératives d’activité économique, notamment une qui est basée à Lyon, qui s’appelle Cap Services, est spécialisée dans le lancement d’en- trepreneurs soit individuels, soit maximum à deux et s’occupe un petit peu de l’accompagnement. (…). Et donc, le principe de la coopérative d’activité écono- mique, c’est qu’ils leur fournissent les statuts juri- diques. Et nous, ça nous a permis, en fait, de tester notre activité sans avoir à faire toutes les démarches administratives. Et donc, à partir de là, on a com- mencé à construire des méthodes d’intervention sur nos sujets, construire un site Internet, construire des objets de communication, essayer de contacter des collectivités territoriales et de regarder les marchés publics. » Solal. Les engagements dans le bénévolat prennent donc une variété de formes possibles et vont des activités caritatives ou sociales effectuées à la marge à des activités plus créatives et plus centrales pour la construction de l’identité professionnelle de ces jeunes. La facilité avec laquelle il est possible de créer une association permet aux jeunes de tester des acti- vités qu’ils initient et peuvent développer. – TRAVAILLER DANS LE SECTEUR DE L’ESS – Quels types d’activités ont été mis en œuvre au cours de ces expériences dans l’ESS ? A titre d’exemples, quelques expériences sont décrites. Des activités dans l’aide à autrui Joris relate son expérience comme aide-soignant en maison de retraite. Cette expérience a été difficile au départ mais s’est avérée enrichissante. « Je commençais en tant qu’aide-soignant pendant trois mois en maison de retraite. Le 1er mois a été hyper dur. J’ai failli démissionner parce que c’était vraiment dur et parce qu’on me faisait faire des choses que je n’étais pas censé faire : changer les personnes âgées, etc. Enfin, ça ne faisait pas partie de mes attri- butions à la base. Les doucher non plus. Mais bon, je le faisais. J’étais, on va dire, docile. Et après, passé le 1er mois où ça passait mal. Je me suis adapté. (…) La maison de retraite, j’y suis pas allé par choix. J’ai pos- tulé à l’hôpital de façon générale. On m’a dit : “tu iras à la maison de retraite“. Et après, on m’a dit : “tu verras, c’est ce qu’il y a de pire comme job à l’hôpital“.
  25. 25. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 23 Et puis, en fait, j’ai adoré ! À la fin, quand je suis parti, il y a un des pensionnaires qui avait une lettre adres- sée au directeur pour dire que je méritais, gnagnagna, gnagnagna… Bon service, adorable, patati, patata et tout. Enfin, ça c’était vraiment super bien passé. J’ai eu le déclic. » Joris Des activités de gestion ou d’ingénierie Patrick a fait une formation par alternance et a tra- vaillé dans une association d’aide au logement où il intervenait dans le domaine de la gestion. « On m’a proposé quelque chose qui est en rapport avec mon profil, c’est plutôt accès sur la gestion. Moi, je trouvais assez intéressant comment fonctionnait une association, comment faire des demandes de sub- ventions, c’est là-dessus que vit l’association, la ges- tion prévisionnelle, le budget, etc. Bien sûr, j’étais as- sez frustré du fait que je ne suis pas vraiment en contact avec les bénéficiaires de l’association, les gens qui ont été suivis. Mais après je peux comprendre qu’ils nous ont donné une mission selon notre profil. » Patrick Cathy travaille dans le secteur des RH dans une col- lectivité locale sur une mission de mise en réseau d’organisations intervenant dans le développement durable. « Donc 6 mois de cours intensifs, 6 mois de stage. Moi, j’ai fait le stage dans une collectivité territoriale. Du coup j’ai travaillé sur l’avancement de carrière locale, sur les questions de mobilité durable pendant 6 mois. Puis après j’ai été recrutée, j’ai travaillé trois mois en CDD pour terminer ma mission. » Cathy « Mon boulot était de travailler sur les aspects de gestion financière et de management associatif. Et je travaillais dans le Sud sur la formation et le manage- ment associatif. On fait travailler ensemble avec le Conseil d’Administration et les salariés..., ce genre de chose... Je réalisais des diagnostics organisationnels. » Line « Je ne faisais pas les formations moi-même, j’organi- sais en synergie, les formations, donc, c’était très large. C’est de la création de projet, l’écriture de projet, la discussion même du projet avec les structures sur place, la réalisation, l’organisation logistique, la bud- gétisation, la vérification de tous les paramètres de sécurité... Et puis une fois que j’étais à Madagascar, c’est également l’accueil de ces volontaires qui ve- naient de France sur place, tout ceci implique une logistique de suivi, et puis l’évaluation en termes de projets. […] Ça pouvait être des besoins en compé- tences en bureautique classique, comptabilité, mana- gement et puis parfois des choses très spécifiques, on a eu des formations d’apiculteur, de logiciel de biblio- thèque, enfin...c’est très varié. » Anne Clara est chargée de mission dans une université parisienne où elle s’occupe des relations entre l’école doctorale et les entreprises, notamment du secteur de l’ESS. « Et puis ce que je fais là actuellement me plait beau- coup. J’arrive à mettre en place ce qui me plait, c’est toujours en lien avec ce que j’ai connu, c’est à dire ce qui me tient à cœur donc j’ai créé une journée d’ESS auprès des doctorants, car mon travail consiste à mettre en place des journées d’information pour les doctorants, pour leur faire découvrir différentes car- rières possibles avec le niveau de docteur. Jusqu’à présent, ce sont surtout les très grandes entreprises qui étaient venues présenter. Puis je voulais voir s’il n’y avait pas des doctorants dans les coopératives, les associations ou les mutuelles par exemple. J’ai mis six mois pour en trouver mais j’en ai trouvé dix. » Clara Jeanne, à son retour d’Australie où elle a effectué sa licence en gestion, trouve d’abord un petit job comme réceptionniste dans un hôtel. Cet emploi mal payé ne lui convient pas. Elle trouve ensuite un remplacement à faire dans un centre équestre à un poste de secré- taire comptable. Elle découvre les difficultés de ges- tion de cette association et en même temps apprécie ce travail car l’ambiance est bonne et elle apprécie la relation aux clients. « Puis je finis par trouver une offre de CDD de secré- taire comptable dans un centre équestre, c’était à 20 minutes de mon appartement en plus, et vu que j’ai été cavalière pendant dix ans, c’était parfait. J’y suis allée. J’ai obtenu le poste pour sept mois, en fait. Donc c’était un remplacement de congé de maternité et je préférais quitter un CDI pour un CDD tellement c’était la catastrophe. (…). J’ai travaillé à ce poste pendant sept mois.... et, c’est après coup que je me suis rendu compte qu’il y avait des choses qu’ils ne respectaient pas dans la convention collective(…), des choses qui n’étaient pas réglementaires. L’équipe était fantas- tique, je me suis très bien entendue avec les clients mais sauf que celle que je remplaçais était revenue de son congé de maternité. Ils ont essayé de s’en séparer, mais ils n’ont pas réussi parce qu’ils voulaient me gar- der. » Jeanne
  26. 26. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES24 L’analyse des expériences passées des jeunes permet d’observer une socialisation précoce à la sphère de l’ESS de la plupart d’entre eux. La moitié ont des parents sensibles aux valeurs de l’ESS ou impliqués dans des activités de bénévolat, avec une certaine ouverture sur d’autres cultures. C’est donc naturelle- ment, qu’ils s’intéressent à des activités qu’ils ont toujours connues. D’autres sont venus à l’ESS parce qu’ils s’intéressent à des activités qui sont mises en œuvre la plupart du temps dans le cadre de structures de l’ESS : par exemple le théâtre, la musique, l’aide aux pays en développement. D’autres enfin, ont saisi une opportunité de stage ou d’emploi se déroulant dans l’ESS. • –LES INTÉRÊTS PROFESSIONNELS DES JEUNES ET LES RAPPORTS À L’ESS– Les expériences dans l’ESS, la promotion de certaines valeurs humanistes, la mise en œuvre de certaines compétences s’organisent en plusieurs profils d’inté- rêts pour certaines activités mises en œuvre dans ce secteur. Ainsi, dans cette population, on compte cinq profils d’intérêts différents. Il s’agit des intérêts domi- nants qui marquent leur trajectoire professionnelle et occupent une partie de leur temps. Ces profils d’inté- rêts guident aussi la recherche d’emploi dans « une filière » spécifique de l’ESS. Il s’agit donc avant tout de personnes qui souhaitent développer certaines activités, travailler dans certains types de contextes mais ayant en commun une finalité altruiste et de protection de l’environnement. – INTÉRÊT POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL – Quatre personnes sont particulièrement sensibles et intéressées aux questions de l’insertion sociale des personnes en difficultés. Moktar expose un projet qu’il a conduit et qui l’a beaucoup intéressé, avec des personnes Sans Domi- cile Fixe à Toulouse. Cette expérience l’a sensibilisé aux actions favorisant la réinsertion sociale et cette idée constitue selon lui, une piste sérieuse pour son avenir. « On a essayé de trouver une autre idée, quelque chose à proximité et on a trouvé l’idée de donner les appa- reils photo à des SDF pendant trois à quatre semaines. On a donné une vingtaine d’appareils mais ça durait plus que ça, trois à quatre mois, parce qu’il fallait re- trouver les SDF, mais c’était impossible ! On a un taux de perte extraordinaire, mais c’était un jeu. Après avoir récupéré ces appareils photo, on a fait une expo- sition des photos qu’on a sélectionnées (…) Moi, ce qui m’intéresse dans l’ESS, c’est la réinsertion, ça m’intéresse beaucoup... Cette expérience-là m’a ouvert pas mal les yeux. Voilà, pour pouvoir travailler dans l’ESS, j’aimerais travailler dans les sociétés ayant un caractère social ». Moktar. Joris a trouvé du travail dans une association spécia- lisée dans la prise en charge de personnes qui ont un handicap physique. Il a travaillé auprès de personnes âgées et aimerait aussi travailler avec des enfants qui connaissent des situations sociales difficiles. Ces inté- rêts le conduisent à chercher des activités dans des associations. « Ca m’a fait un petit déclic quand j’ai travaillé avec les personnes âgées. Il y a eu un petit déclic qui m’a fait dire qu’il y avait des gens qui, quand même, avaient besoin d’aide et qui en recevaient peut-être pas suffisamment. Donc au début, comme je disais, ça me donnait envie d’aller travailler avec les gens directement. Et puis après… Après avoir expérimenté plus sérieusement ce côté-là, en fait, je me suis aperçu que peut-être je pouvais travailler dans l’associatif sans être forcément en contact des gens tout le temps parce que je n’avais peut-être pas non plus… la car- rure. Enfin, je n’avais peut-être pas apprécié d’être tout le temps au contact des gens et de leurs problèmes. Donc, je me suis dit que je pouvais continuer mais en étant, côté organisation justement plutôt que sur le terrain. Mais c’était un job d’été dans une maison de retraite. » Joris
  27. 27. APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES 25 Après avoir eu une expérience, durant sa formation, dans une association d’aide au logement, Patrick s’est intéressé aux entreprises d’insertion. Il est sen- sible au fait que ces entreprises aient une activité économique réelle et ne fonctionnent pas seulement grâce à des subventions publiques. « Je me suis intéressé à d’autres modèles économiques, on va dire plus hybrides, donc à l’insertion par l’acti- vité économique, à des structures qui ont une double vocation. Elles ont à la fois une activité de production de biens et de services et en même temps une vocation sociale. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant puisqu’on ne construit pas une civilisation sur la cha- rité ! Je me suis dit que c’est peut-être plus intéressant de pouvoir créer des entreprises qui peuvent apporter des bénéfices, des richesses mais aussi peuvent se pré- occuper de l’impact social sur la société. Voilà ce que je souhaitais. C’est pourquoi je me suis orienté vers O, l’association où je travaille actuellement en alter- nance. » Patrick Enfin, Sofia, qui est en master dans le domaine du marketing et du commerce, imagine bien créer son entreprise dans le domaine de l’aide sociale égale- ment. – INTÉRÊT POUR LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT – Trois personnes sont intéressées par les activités consistant à venir en aide aux habitants de pays en développement. Il s’agit d’un profil qui associe le goût pour le voyage, la capacité d’adaptation à des modes de vie variés, une ouverture d’esprit et une volonté d’être utile socialement. Ces personnes ont donc eu des expériences à l’étranger, en Inde, en Afrique et ont eu le sentiment d’être vraiment utiles dans leurs missions passées, malgré les faibles sa- laires voire l’absence totale de rémunérations. Anne a travaillé pour une ONG à Madagascar dans le secteur de la formation des volontaires, après des études en relations internationales. Elle souhaite re- nouer avec cette dimension de son parcours en es- sayant de trouver un emploi lui permettant d’analyser la situation politique et économique des pays en développement. « J’ai quelques pistes. L’une d’elle c’est travailler pour des entreprises de conseil sur les questions de straté- gie, par exemple c’est ce qu’on appelle dans les rela- tions internationales faire du risque pays. Il s’agit d’aller voir ce qui se passe dans les pays, mais le plus souvent on reste à Paris. Quand une entreprise veut exporter et veut créer un partenariat dans un pays étranger, on fait une enquête pour étudier la faisabi- lité de cette exploitation du partenariat en fonction de la corruption, des risques économiques, de la situa- tion économique et politique du pays. » Anne Charlotte a travaillé dans une ONG au Sénégal dans le domaine de l’animation des écoles et s’intéresse toujours aux questions de développement. Bernard, qui est africain, souhaite développer l’asso- ciation qu’il a créée à destination des jeunes de son pays dont l’objectif est l’aide à l’entrepreneuriat. – INTÉRÊT POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL EN MILIEU URBAIN (PARFOIS NOMMÉ « DÉVELOPPEMENT LOCAL ») – Trois personnes sont intéressées par l’ESS mais plus particulièrement par les activités de promotion du développement durable local. Line vient de trouver du travail dans une structure qui vise à proposer des denrées alimentaires produites localement et selon les règles de l’agriculture durable. Si elle apprécie ce principe, elle s’interroge sur le res- pect des principes de l’ESS dans cette organisation. « Ce n’est pas une association, c’est une SAS, une so- ciété commerciale qui a l’agrément d’ESS du Ministère. Elle propose une plateforme de vente en ligne, c’est un outil qui met en relation des consommateurs avec des producteurs locaux, elle organise la vente directe entre les producteurs et les consommateurs. Donc l’idée de promouvoir les circuits courts me plait bien, je trouve que c’est un bel outil, mais après je suis un peu plus circonspecte sur le caractère..., sur l’agrément d’ESS de cette entreprise car certaines pratiques, selon moi, qui ne relèvent pas du secteur tel que je l’entends.» Line
  28. 28. LES PRINCIPAUX RÉSULTATS–2– APEC – CES JEUNES DIPLÔMÉS QUI S’INTÉRESSENT À L’ESS : ENJEUX ET PERSPECTIVES26 Cathy s’intéresse au développement urbain, à la pro- motion de transports collectifs et écologiques et plus particulièrement du vélo et d’autres moyens de trans- ports propres. Depuis longtemps avec son frère et son père, elle fait partie d’une association qui répare les vélos. Elle se voit bien travailler dans le secteur de l’urbanisme. « ESS ou pas, mais que ça m’apporte ces choses : que ça réponde à une utilité, que ça me permettre de m’épanouir, voilà. Si possible du côté de la mobilité, du côté de l’urbanisme, voilà en gros. Voilà c’est comme ça que je vois. » Cathy Louise qui a fait une année de césure en Inde, dans une ONG en développement des projets autour de l’approvisionnement en eau, a pris conscience de son intérêt pour l’écologie. A la suite de cette expérience, elle décide d’entreprendre une formation d’ingénieur dans le domaine de l’écoconception. « Dans le projet en Inde, j’avais touché beaucoup la question environnementale notamment parce que je bossais sur le projet de réservoir hydraulique. Et moi, ça m’a fascinée, je ne connaissais rien à l’époque mais alors je trouvais ça génial. En fait ce que j’ai aimé, c’est ça que je trouve et c’est ça que je cherche encore aujourd’hui, c’est de travailler sur des projets où on comprend vite que tout est lié. On était là pour rétablir des réservoirs hydrauliques mais les réservoirs hydrau- liques ça veut dire rétablir l’eau, l’agriculture, les reve- nus, les écoles, la santé, et ça veut dire tout et du coup, c’est ça que j’ai enfin compris et je me suis dit que tout ça c’est logique. Il faut mettre la cohérence et le point de départ c’est l’environnemental, et c’est important. Et du coup, en rentrant d’Inde, je me suis demandé ce que je pouvais faire en ayant un diplôme de l’école de commerce qui serait proche de cette vo- lonté-là. Je me suis dit alors : commençons par regar- der les métiers de l’environnement et les métiers qui s’en rapprochent, qu’est ce qui peut faire un pont entre moi et l’environnement, et j’ai découvert l’éco concep- tion. » Louise Cette diversité d’intérêts peut être associée à l’ESS. Il s’agit donc d’un secteur comportant plusieurs sous- secteurs, des familles de métiers très différentes mobilisant des compétences variées. Il n’est pas tou- jours facile pour les jeunes de concevoir que ces dif- férents sous-secteurs sont liés et qu’il est possible pour eux de postuler à des emplois très différents appartenant à ces différents sous-secteurs, comme le souligne Line. « Je me suis dit vraiment je ne vois pas dans quoi je peux postuler hors solidarité internationale! Et par exemple je n’ai jamais pensé aux métiers de l’insertion alors que lorsqu’on en parle, en fait j’avais le profil. C’est tout à fait possible pour moi de travailler sans faire de formation, de postuler comme responsable de petites structures ou de chef d’équipe. Mais j’étais noyée par la masse des possibilités qui n’en étaient pas. » Line Si les jeunes manifestent des intérêts plus particuliers pour certains aspects de l’ESS, ils sont néanmoins sensibles à l’ensemble des autres. Ces intérêts parti- culiers se sont construits en lien avec des expériences familiales, sociales, ou de voyages ou encore en lien avec des compétences requises. – INTÉRÊT POUR LE DÉVELOPPEMENT RURAL – Deux personnes interrogées ont évoqué des intérêts pour le secteur du développement rural. Jeanne est cavalière de haut niveau, et titulaire d’une licence en Gestion obtenue en Australie. Elle est pas- sionnée d’équitation et surtout d’élevage de chevaux, activité qu’elle se verrait bien développer en plus d’une activité régulière et plus sure. « Mais le gros du circuit c’est en Europe, très peu au Canada aussi, donc pour l 

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