INFLUENCEUR ART: Franck Cazenave

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Interview de Franck Cazenave pour l'Agence VERTU (Paris)
Artiste Plasticien @ Biarritz

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INFLUENCEUR ART: Franck Cazenave

  1. 1. Artiste au tempérament romantico-rock hyper-romanesque, Franck Cazenave délivre une oeuvre à la verve poétique
  2. 2. Entretien & Texte: Aurélie SiouPortrait & Direction Artistique: Julien Toty Dans le fourmillement artistique de ses formes, la technique contemple les contours invisibles et la logique de croissance du monde organique; elle appose un lyrisme infini sur notre environnement et la mystique du corps humain. Ses toiles à l’allure poétique nous retracent un récit énigmatique. Celui de la genèse, hors du temps, révélée par un homme à l’âme contemplative. Ses oeuvres contemplent la progression, offrant une possibilité d’évasion à l’esprit nomade, évoquant les songes et les fables. Elles sont autant de portes ouvertes sur l’inconscient, que de méditations sur la beauté. Dans chacun de ses traits de crayon, dans chaque peinture, dans chaque sculpture, il y a autant de mondes subtils, « légers et aimables, comme des bulles de savon », qu’il aime voir « se peindre de soleil et de rouge, voler sous le ciel bleu, trembler soudainement et se rompre ». *1 Dans son approche il y a la projection, le présage, le rêve envisagé, effleuré, d’un autre monde. Un monde ou l’homme et la nature sont en harmonie symbiotique. Dans son empreinte artistique il y a un peu de tous ceux qui éveillent ses sens. On y décèle la poésie iconoclaste de Colette, écrivaine animée d’une ardente curiosité pour toutes les choses de la vie, terrassée par la beauté conjuguée du monde, de la nature et du corps humain et qui encadrait ses propos dans une trame de « touches » et de « couleurs détachées » semées au fil de son texte . Ses productions artistiques passent par l’émotion et la sensation, la vigueur de son imagerie est encadrée de formules et d’aphorismes empruntés aux philosophes. Une imagerie fécondée par la spiritualité philosophique de François Cheng de l’Académie Française, assaisonnée par la douceur onirique de la voix d’Anthony Hegarty*2 et bercée par les sonorités poétiques d’Antonio Machado. Sa collection de réalisations est un écho créatif à l’ idéologie rhétorique de ces hommes de lettre et artistes hors normes, à leur approche fondamentale de la beauté de l’univers qui s’impose avec une force d’évidence. Franck peint comme il vibre, il crée comme il respire, il produit comme il chavire. L’explosion de la matière qu’il projette sur la toile blanche se produit dans l’urgence. La mutation est énigmatique, l’envolée est féconde. Quand le foisonnement de couleurs, de substances, d’ombres et d’organismes s’entrechoquent, l’harmonie mystique atteint son nirvana. Chacune de ses toiles procure une vision d’enchantement ; celle d’un pêle-mêle, d’une mosaïque d’arômes, d’écumes, d’astéroïdes, de constellations, de mouvements, de chants, de reflets, d’ombres et de lumières. Son esthétique est un conte, une ode à la brise d’été, aux sanglots de l’océan, à « l’odeur d’une rive spongieuse fleurie » « au rire de l’eau »*3 Lorsqu’il crée « Woman Nature » il emprunte un chemin parsemé de symboliques. L’évanescence colorée des cotons utilisés par Franck évoque des tonalités visuelles inédites, mais le message lui est universel ; la beauté, la force de l’effervescence humaine n’est envisageable que dans un profond respect du cadre minéral, animal et végétal. Si pour Pierre Stasse, « l’écriture permet une vie en dehors de soi », pour Franck Cazenave, l’Art plastique permet une vie au-delà de soi. « Parce qu ‘il vit avec et pour l’Art, celui qui vit et circule, pour son message, les sensations qu’il véhicule, pour les histoires que disent les oeuvres, les rêves et leurs réalisations »*5 , il nous offre une vision spirituelle et transcendante qui s’impose à nous et révèle notre présence au monde. Son expression hybride est une élévation spirituelle, étymologique, culturelle, émotionnelle qui tisse des liens féeriques entre des modes d’expression universels. Son oeuvre est une allégorie de l’univers qui nous enveloppe. Un univers insaisissable et magistral!
  3. 3. L’interview Exclusive de Franck Cazenave Franck, parle moi de toi Franck Cazenave, je suis un Artiste plasticien d’origine Basque. J’ai commencé à peindre à l’âge de 15 ans. J’ai fait des études littéraires et artistiques à Bordeaux. J’ai toujours eu une grande passion pour l’art et l’art contemporain en particulier. J’ai mis beaucoup de temps à oser montrer mon travail, j’ai pris le temps de trouver une écriture personnelle qui ne soit pas une redite de ce qui a été fait par les autres. Mon travail est une pulsion personnelle qui est apparue et réapparue au fil du temps et que j’ai fini par accepter. Quelle est la genèse et l’essence de ton oeuvre ? Certaines périodes de ma vie m’ont amené des questionnements. Des questionnements orientés autour de la Nature et de notre lien à elle…Par exemple lorsque je vivais à Paris, j’ai travaillé sur les paysages de montagnes. Sur la notion de paysage, sur l’archétype. J’ai d’ailleurs participé au Salon de Montrouge en 2004 où je montrais des visuels hybrides entre le dessin et l’image digitale. J’interroge aussi notre incarnation de celle-ci à travers une recherche autour de la Femme. Quels matériaux utilises-tu ? Lequel est le plus palpable pour toi ? Tous les médiums m’intéressent, mais je suis un grand amoureux de la peinture, la prise de risque y est très forte. Le coton aussi, que je tisse à la main pour mon projet Woman Nature. Cela se rapproche de l’attitude que j’adopte quand je peins. Je travaille aussi d’autres supports. En ce moment je grave des miroirs par exemple. Mais quel que soit le support, Il y a un toujours un aspect laborieux, artisanal dans mon approche, qui lui est très palpable ! Quelle place occupent les éléments suivants dans ton univers onirique : l’être humain, la femme, la musique, la couleur. La musique est un compagnon de route qui me retape. Qui m’aide à vivre. C’est une énergie personnelle vitale, je ne produis pas sans musique. Elle est également intimement liée à mes prestations publiques ou scéniques lorsque je propose des performances. La couleur je l’aborde aussi avec tous ces petits souvenirs du quotidien, souvent liés à une lumière, un instant, une texture, un végétal ou rencontre visuelle. Je choisis rarement ma « palette » avant de commencer un travail, j’aime toutes les couleurs,, le fluo, aussi et surtout. J’essaie d’aborder celle-ci comme lors de mes performances à l’instinct, que ce soit dans les tableaux, les fils ou d’autres supports. Cependant j’ai récemment produit une exposition (The Red Room, à la Galerie Providence de Guéthary) où je n’exposais que des travaux monochromes, utilisant seulement le rouge. Une « expo concept » qui faisait suite à celle que j’avais préparée au même endroit l’année précédente et qui elle, était dans le noir. Je ne sais pas si le public en a réellement compris le sens, mais pour moi cela en avait beaucoup! Avec la couleur, je tente et tente encore… Mon rapport à l’être humain prend la forme d’un hommage à la Nature. Il est guidé par mon envie de montrer notre extrême proximité avec elle. Un lien indéfectible et romantique qu’incarne la Femme avec excellence. (ndlr : la Femme inclut l’homme). Nous sommes tous des bactéries en mutation permanente. Mon travail étudie la genèse, d’où l’on vient, comment nous évoluons, quelle place nous occupons dans l’univers, comment se regarder face à cette extraordinaire folie de la Nature dans laquelle nous évoluons et qui est nôtre.
  4. 4. L’art n’est pas quelque chose « d’utile » dans le sens ou il n’a pas de fonction, ou il ne correspond à aucun besoin vital. C’est un peu fou de se dire que j’exprime des choses et que les gens peuvent y trouver de l’intérêt. J’essaie juste de montrer ce que nous avons en nous et autour de nous. Ma démarche artistique est de dire ce « nous » qui inclut tout. A ce propos, définirais-tu l’art comme un processus en solitaire tel le navigateur en pleine mer ou plutôt comme une forme de symbolique collective ? En dépit du soutien des gens qui t’entourent, c’est une grande course en solitaire, avec ses tempêtes. Comme un marin sur un bateau. Très peu de personnes peuvent comprendre la tempête que tu affrontes à l’intérieur. La forme de pensée elle, est collective, mon travail est une invitation. Ce que je fais, je le fais pour interpeller et partager avec l’autre. Y-a-t-il une âme ou plusieurs qui t’habitent lorsque tu produis ? Souvent, dans l’atelier, je pense à beaucoup de gens, ceux qui me sont chers, ceux qui sont partis. Parfois je me demande si ce qui arrive dans l’atelier vient de moi, il y a une forme d’oubli du moment, quelque chose qui sort de moi qui me dépasse, qui est plus grand que moi et que j’essaie de relayer. Je suis un passeur. Quel autre terme aimerais-tu voir émerger, jaillir de tes projets ? Je ne déclare rien, je souffle à l’oreille, aux autres de le définir. L’art pour toi c’est une quête, une conquête perpétuelle ? De quoi ? La quête est dans le travail plastique, trouver les formes les plus surprenantes, sensibles, poétiques, pour s’exprimer, dans quel sens aller pour affirmer ce que je ressens. Les formes évoluent, le thème reste identique. Mais l’art est une bataille. Dans l’atelier, il y a plus de journées de difficulté que de joie. Qu’insuffles-tu au public au travers de ton oeuvre ? Je n’ai pas la prétention d’insuffler mais plus d’inspirer. En travaillant sur le macro et le micro, pour les gens qui prennent le temps de regarder, ils peuvent y sentir une alerte sur la beauté, sur l’infime, le presque invisible, la fragilité, le corps… Le moindre regard sur une chose peut me provoquer des émotions intenses. La vitalité dans un paysage naturel qui rappelle sa propre vitalité. Même à Paris, il suffit de s’asseoir au bord de la Seine, de couper son téléphone et d’observer. Tout est là! Toutes ces choses que l’on vulgarise au quotidien, l’eau, le froid, le soleil, les saisons…sont là. Le choix des mots dans « I need another world », est très marqué. Est-ce pour toi une forme de déclaration ou d’interrogation ? C’est d’abord un hommage à Anthony Hegarty, chanteur de Anthony & The Johnsons, une personne dont j’admire le talent, la sensibilité…Une personne dont je me sens très proche sans le connaître, nous avons le même discours, je crois. Il y a beaucoup de personnes comme ça dont je me sens très proche, j’ai beaucoup d’amis que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas, nous sommes très nombreux finalement…(rires). « Another world » est le titre de l’une de ses chansons. J’ai besoin d’un autre monde c’est dire un monde de paix, paix entre les gens, paix avec la nature, paix avec le fric, paix avec la consommation…C’est cette ambivalence avec cette idée de vouloir quelque chose, ce rêve, ce monde imaginaire, qui en fait est devant nous mais qu’on ne voit plus, parce qu’on a mis des couches de merde par-dessus. Mais existe-t-il encore ?
  5. 5. Parle moi des bas dans ton travail « Woman Landscapes » Pourquoi penses-tu que les gens interprètent une forme d’érotisme dans cette oeuvre ? Les gens sont très terre à terre et un peu trop le nez dans les magazines. Le bas pour eux est assimilé à la mode, aux dessous, aux portes jarretelles, donc aux fantasmes. Pour moi les jambes des femmes c’est prodigieux, un territoire de collines, de montagnes. J’avais envie de dessiner en enlevant de la matière. J’ai craqué la fibre du bas, j’ai dessiné sans apporter de matière, ce qui était une démarche nouvelle pour moi. J’aime beaucoup cette idée, c’est l’opposé de la peinture. Dans la peinture, on est sur du blanc, on part du geste et on remplit en amenant de la matière. C’est l’histoire « du plein et du vide » dont François Cheng parle si bien quand il décrit la peinture chinoise. Ce projet est une forme de mini partition poétique, quelque chose d’éphémère qui dit : dans le rien, dans ce que tu crois être foutu (ndlr : le bas, filé, craqué) il y a une subtilité, un voile, une douceur. Plutôt que d’être dans l’apparat, nous avons face à nous quelque chose de très beau et de très pur. On voit la peau mais on ne la voit pas tout à fait, on est dans ce moment entre le début et la fin, il n’y a rien de figé, de final. C’est en cours. J’espère que mon travail interpelle sur ce sujet. Qu’il donne l’impression de flotter, qu’il n’est pas tout à fait terminé, qu’il pourrait continuer, évoluer. J’espère que tout un chacun y voit ce rapport avec la mutation, la transformation que l’on vit à chaque instant. Si ton Art était une vertu, laquelle serait-ce ? Je ne peux répondre autrement qu’en invitant les gens à écouter le discours sur la vertu de François Cheng, de l’Académie française *4. Il illustre son propos par l’observation de la nature. Dans la nature, on trouve des territoires intellectuels et philosophiques qui définissent la vertu, qui définissent tout, en fait. Mais pour moi la vertu, surtout, c’est un regard ! ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ *1 « Caminante no hay camino », poème de Antonio Machado *2 Leader du groupe Anthony & the Johnsons. Franck a choisi le titre de la chanson « Another Word » pour évoquer une partie de son oeuvre. *3 Colette, extraits *4 http://www.canalacademie.com/ida2683-Francois-Cheng-la-vertu-selon-la-culture-chinoise.html *5 Galerie W http://www.galeriew.com/ Franck Cazenave http://www.franck-cazenave.com/ More infos: contact[@]franck-cazenave.com

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