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ÉTUDE
Résidences longues,
ASSOCIATIONS AU LONG COURS...
PRATIQUES
DE PARTENARIATS
SUR LA DURÉE
ENTRE COMPAGNIES
ET LIEUX
ÉTUDE CONDUITE PAR L’ONDA, RÉALISÉE PAR FRÉDÉRIQUE PAYN ET MARIE DENIAU / FINANCÉE PAR LE
MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION - DIRECTION GÉNÉRALE DE LA CRÉATION
ARTISTIQUE (DGCA) / JUIN 2016
PRATIQUES DE PARTENARIATS SUR LA DURÉE ENTRE COMPAGNIES ET LIEUX DE SPECTACLE VIVANT
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
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RESIDENCES LONGUES, ASSOCIATIONS AU LONG COURS…
PRATIQUES DE PARTENARIATS SUR LA DURÉE
ENTRE COMPAGNIES ET LIEUX
Frédérique Payn : conception et mise en œuvre de l’enquête par questionnaires, rédaction du rapport
intermédiaire.
Marie Deniau : participation à la conception de l’enquête par questionnaires, entretiens qualitatifs, rédaction du
rapport final
Remerciements
À toutes les personnes ayant contribué à cette étude,
et
à toute l’équipe de l’Onda qui a participé tant à la collecte qu’à l’analyse des données.
Onda – Office national de diffusion artistique
tél. 33 (0)1 42 80 28 22
www.onda.fr
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Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
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SOMMAIRE
1. Présentation
2. Méthodologie
PARTIE 1 - LE CHOIX DE LA DUREE COMME OUTIL DE TRAVAIL
1.1 La résidence longue, une démarche globale pour répondre à une diversité d’enjeux et de besoins
1.1.1 Principaux objectifs et enjeux pour les lieux
1.1.2 Le cumul des partenariats par les lieux
1.1.3 Une nécessité autant qu’une opportunité pour les équipes artistiques
1.1.4 Le cumul des partenariats par les compagnies répondantes
1.2 Plateaux, moyens financiers, action culturelle et plus « si affinités »
1.2.1 Mise à disposition d’espaces de travail
1.2.2 Dialogue sur le projet artistique de la compagnie
1.2.3 Coproduction et diffusion des spectacles
1.2.4 L’artiste accueilli sur la durée devient fréquemment un acteur du projet culturel du lieu...
1.2.5 ... mais il est plus rarement associé aux choix artistiques ainsi qu’au fonctionnement de la structure
1.3 Les vertus du facteur temps
1.4 Partenariats longs : vers une concentration des moyens ?
PARTIE 2- DES NIVEAUX ET DES FORMES D’INTENSITE VARIABLES
2.1 La présence : une délicate combinaison de données temporelles et géographiques
2.1.1 La présence et ses déclinaisons
2.1.2 Un déficit notable à l’endroit de l’hébergement et de la restauration des équipes artistiques
2.1.3 Proximité artistique VS proximité physique : l’impact de la distance
2.2 L’intensité partenariale au prisme des rythmes de production, des pratiques de diffusion et des
capacités financières
2.2.1 Des rythmes variés en termes de coproduction
2.2.2 Une double lecture du principe de diffusion
2.2.3 « Il faut un minimum de moyens »
2.2.4 L’intensité peut aussi se mesurer en fonction du volume de relations entre partenaires
2.3 Emergence de pratiques de résidences longues mutualisées : bénéfices et écueils
PARTIE 3 - LA QUALITE DE LA RELATION COMME PARAMETRE CLE
3.1 Les affinités artistiques et les liens interpersonnels sont déterminants
3.1.1 Proximité artistique et collaborations préalables
3.1.2 Confiance mutuelle et dialogue
3.1.3 Où l’on retrouve la notion de responsabilité
3.2 Les partenariats longs entre artistes et lieux reposent sur des échanges plus réciproques qu'il n'y
paraît...
3.3 ... pourtant la durée ne suffit pas toujours à apaiser et à équilibrer la relation
3.3.1 Difficultés au sujet de la prise en charge du surplus d’activité
3.3.2 Persistances d’endroits de tensions et de malentendus
3.4 La mise en place d’un accord clair et de temps de concertation est un impératif
3.4.1 Clarification du cadre partenarial
3.4.2 Sans contrat
3.4.3 Ou avec contrat
3.4.4 Toujours avec agilité et dans un esprit de co-construction
3.5 Des tendances coopératives qui s’affirment
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
5
Rappel de chiffres clés
Conclusion
Remerciements
Annexes
- Annexe 1 : Échantillon de lieux, lieux répondants, et lieux présents dans les réponses des compagnies
- Annexe 2 : Compagnies répondantes et compagnies présentes dans les réponses des lieux
- Annexe 3 : Caractéristiques des 72 lieux répondants qui menaient des partenariats sur la durée avec un artiste
ou une compagnie en 2014/15
- Annexe 4 : Caractéristiques des 23 lieux répondants qui ne menaient pas de partenariats sur la durée avec un
artiste ou une compagnie en 2014/15
- Annexe 5 : Caractéristiques des 74 compagnies répondantes
- Annexe 6 : Questionnaire adressé aux lieux et festivals
- Annexe 7 : Questionnaire adressé aux compagnies
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
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PRÉSENTATION
Sous des appellations variées (artistes-associés, artistes en compagnonnage, artistes complices, artistes en
résidence longue...), de plus en plus de lieux du spectacle vivant ont pris l’habitude d’accueillir des artistes en
leurs murs de façon pluriannuelle.
De fait, depuis les années 1990, le phénomène de multiplication des résidences, en concordance avec la
poursuite d’une dynamique de décentralisation, n’a cessé de monter en puissance. Dans ce contexte, l’idée de
collaborer et de s’associer entre lieux et artistes non plus seulement de façon ponctuelle mais aussi sur de
longues périodes a émergé et a été mise en œuvre sur tout le territoire et par toutes sortes d’établissements,
quels que soient leur label ou leurs moyens financiers.
Plus ou moins formalisées, co-financées ou non par les aides publiques de l'Etat ou des collectivités territoriales,
ces formes partenariales - dont la durée est le paramètre central - conjuguent des objectifs de soutien au travail
de création, de médiation avec les publics, d'inscription territoriale des artistes et de permanence artistique au
sein des établissements.
L'étude sur Les pratiques de production et de diffusion de spectacles des compagnies subventionnées, menée à
partir de témoignages de compagnies et publiée par l'Onda en 2014, avait fait apparaitre ces pratiques de
partenariats au long cours non seulement comme une voie d’accès privilégiée pour les équipes artistiques aux
ressources les plus indispensables (espaces de travail, moyens matériels et techniques, apports en coproduction,
opportunités de diffusion), mais aussi comme un espace de collaboration où peuvent potentiellement se tisser
des relations plus sereines et plus symétriques entre les opérateurs. Frustrées par un jeu d’acteurs souvent
déséquilibré et limité à des rapports d’acheteur/vendeur, déçues par des situations de négociations de plus en
plus tendues, de nombreuses compagnies interrogées appelaient de leurs vœux des interactions plus poussées
avec les lieux et affirmaient une volonté d’élargir les partenariats au-delà de la stricte situation de
production/diffusion.
Or, si les lieux à l’initiative de ces résidences longues communiquent assez largement sur le nom et le parcours
des artistes qu’ils reçoivent et accompagnent, il est plus difficile de saisir quel est le réel contenu ainsi que la
nature et les modalités de réalisation de ces partenariats.
D’ailleurs, la circulaire ministérielle du 13 janvier 2006 avait déjà observé cet écueil : « La grande diversité des
formes adoptées par ces actions soulève, dans certains cas, des difficultés pour cerner clairement les enjeux
attachés à ces initiatives, définir les conditions de leur mise en œuvre et mesurer l'impact des moyens » qui y
sont consacrés.
Partant de là, l’Onda a entrepris de collecter des informations concrètes, tant auprès des équipes artistiques que
des lieux, afin de dresser un état des lieux à l'échelon national.
L’enjeu de ce travail exploratoire consiste bien à gagner en visibilité sur des pratiques encore nébuleuses, à
mettre à jour les plus-values des résidences au long cours, et à les illustrer par des propos d’acteurs de terrain.
Cette recherche et ce décryptage visent aussi à contribuer à une réflexion sur les opportunités d’une plus grande
solidarité structurelle dans le secteur du spectacle vivant.
Les résultats de l’étude sont présentés en trois parties :
- La première partie insiste sur le choix de la durée comme « outil de travail ». Elle examine d’abord les
motivations des lieux et des compagnies d’une part pour s’associer, d’autre part pour cumuler plusieurs
partenariats de longue durée. Elle présente ensuite les principaux axes de collaboration. Puis elle met en lumière
les vertus et les endroits d’efficacité des résidences au long cours. Enfin, elle interroge la tendance à une certaine
concentration des moyens sur un nombre limité d’équipes artistiques, via ces pratiques d’association
pluriannuelle.
- Si l’idée de durée constitue bien le point de départ de la recherche, la deuxième partie du rapport propose de
mettre aussi l’accent sur la notion d’intensité. En effet, la temporalité ne peut pas être le seul critère
d’observation, il faut aussi tenir compte de la densité de la collaboration. C’est donc ici qu’est abordée la question
centrale de la présence effective des artistes dans les lieux. Et le niveau d’intensité partenariale est également
rattaché à d’autres paramètres tels que le rythme des projets de production, l’ampleur de la diffusion des
spectacles (créés dans le cadre des partenariats longs), les moyens financiers, ou encore les volumes de
relations entre partenaires.
- Enfin, la troisième partie s’attache à étudier la corrélation entre durée et qualité de la relation. Après avoir
confirmé le caractère déterminant des affinités artistiques, des liens interpersonnels, de la capacité de chacun à
dialoguer et à faire confiance pour la faisabilité et la réussite des résidences longues, elle fait apparaitre que
l’échange entre compagnies et lieux est plus réciproque que ce qui est habituellement pensé. En effet, les lieux
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
7
semblent bien retirer de forts bénéfices des partenariats sur la durée, y compris dans des domaines un peu
inattendus comme celui des compétences. Mais malgré cette réciprocité dans les apports et malgré les vertus du
facteur temps, la relation demeure souvent déséquilibrée et des tensions continuent à se manifester. La
persistance de ces rapports de pouvoir plaide pour une clarification du cadre partenarial, tout particulièrement
sous une forme contractualisée.
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Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
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MÉTHODOLOGIE
La collecte de données s’est opérée en deux temps : à la fin de l’année 2015 par le biais de questionnaires en
ligne et au premier semestre de l’année 2016 via des entretiens qualitatifs.
Les équipes artistiques et les lieux ou festivals qui ont répondu à notre enquête ont manifesté un grand intérêt
pour la question abordée et un enthousiasme certain dans le partage de leurs expériences. Nous avons donc
travaillé sur un panel d’acteurs du terrain qui s’investissent fortement dans des partenariats sur la durée (d’au
minimum une saison), et réfléchissent à leurs enjeux comme à leurs modalités de mise en œuvre. Aussi, les
situations décrites dans leurs réponses sont-elles à considérer comme des cas plutôt développés, plutôt
solidaires, et plutôt intenses du point de vue de la collaboration entre les partenaires.
QUESTIONNAIRES
Deux questionnaires en ligne ont été conçus, l'un à destination des lieux et festivals, l'autre à destination des
compagnies, pour interroger les acteurs du terrain sur leurs pratiques de partenariats sur la durée.
Nous avons choisi d'utiliser, par défaut et par souci de neutralité, le terme peu satisfaisant de "partenariat" pour
ne pas orienter les réponses et les interprétations par l'usage des termes de "résidence", "association d'artiste à
un lieu" ou "compagnonnage". Nous avons, pour la même raison, préféré au qualificatif "long", l'expression "sur la
durée".
Dans les questionnaires, nous avons choisi de définir ce qui serait considéré comme un "partenariat sur la durée"
ainsi : un engagement réciproque entre une structure du spectacle vivant et une équipe artistique, sur une
durée d'au minimum une saison (septembre à août).
La saison 2014/15 a été choisie comme période de référence afin de permettre aux personnes interrogées d'avoir
suffisamment de recul pour tirer quelques enseignements de leur expérience.
Les deux questionnaires
1
ont été construits sur la même logique :
1. un bloc de questions sur les caractéristiques du lieu ou de la compagnie.
2. un bloc de questions concernant le contenu du partenariat (possibilité de décrire jusqu'à 5 partenariats pour les
lieux, et jusqu'à 4 partenariats pour les compagnies).
3. un bloc de questions évaluatives sur les bénéfices de ces partenariats et les évolutions souhaitées.
L'échantillon de lieux et de festivals a été établi sur la base des structures labellisées par le ministère de la
Culture et de la Communication (scènes nationales, centres dramatiques nationaux, centres chorégraphiques
nationaux, centres de développement chorégraphique, festivals de musique et SMAC jazz
2
, pôles nationaux des
arts du cirque, centres nationaux des arts de la rue, opéras en région et centres nationaux de création musicale)
et complété par les scènes conventionnées ainsi qu'une sélection de huit lieux non labellisés, repérés par l’Onda
pour leur pratique de résidences d’artistes sur la durée.
Soit au total : 375 structures
3
Concernant les compagnies, seules des équipes artistiques qui menaient des partenariats sur la durée avec des
lieux de l'échantillon (décrit ci-dessus) sur la saison 2014/15 étaient destinataires de l'enquête. C'est à partir
d’informations recueillies en amont sur les supports de communication des structures de l'échantillon (brochures
de saison et sites internet), puis à partir de leurs réponses au questionnaire, que nous avons constitué un panel
de 322 compagnies et ensembles musicaux
4
interrogés.
Ces compagnies ont été invitées, à leur tour, à décrire leurs pratiques de partenariats sur la durée durant la
saison 2014/15. Le panel de partenariats décrits par les compagnies n’est donc pas le même que celui des
partenariats décrits par les lieux : d’abord parce que certains lieux ont évoqué des partenariats avec des
compagnies qui n’ont pas répondu (133) ; ensuite parce que des compagnies qui étaient liées à des lieux non
répondants ont, elles, envoyé leurs réponses et que certaines d’entre elles décrivent aussi des partenariats avec
des lieux qui ne font pas partie de notre échantillon (76)
5
.
																																																													
1
Voir annexes 6 et 7
2
Une sélection de 74 SMAC Jazz et festivals de musique, réalisée par l'Onda, a été destinataire du questionnaire : 6 SMAC Jazz ont répondu et 7
festivals de musique.
3
Voir annexe 1
4
Voir annexe 2. Dans les pages qui suivent, le terme de "compagnies" englobera par commodité les ensembles musicaux.
5
Voir annexes 1 et 2.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
9
LES RÉPONSES AUX QUESTIONNAIRES
> 95 lieux sur 375 ont répondu au questionnaire, soit un quart de l’échantillon.
> 72 lieux (dont 3 festivals) ont répondu qu'ils menaient au moins un partenariat sur la durée avec un artiste en
2014/15. Ce sont ces 72 lieux que nous nommerons, dans les pages qui suivent, notre "panel".
Les résultats de l’enquête nous semblent devoir être lus en ayant à l’esprit que le panel de répondants se
compose probablement de structures qui sont particulièrement concernées et actives à l’endroit des
partenariats longs avec des artistes, et qui souhaitent par leurs réponses valoriser leur travail. En cela, il
peut ne pas être représentatif de notre échantillon de départ.
Les caractéristiques de ces structures, ainsi que celles des 23 structures qui ont répondu ne pas mener ce type
de partenariat, sont consultables en annexes 3 et 4.
> 74 compagnies (dont 13 ensembles musicaux) sur 322 ont répondu au questionnaire, toutes concernées
par au moins un partenariat sur la durée avec un lieu en 2014/15. Les caractéristiques de ces compagnies sont
consultables en annexe 5.
> 272 descriptifs de partenariats ont ainsi été collectés :
- 165 descriptifs émanant de lieux
- 107 descriptifs émanant de compagnies
Soit au total 257 partenariats différents car 25 partenariats ont été décrits à la fois par le lieu et par la compagnie
concernés.
Nous avons choisi, dans le traitement des données, de conserver toutes les réponses (272) même lorsqu’il s’agit
d’un seul et même partenariat décrit par les deux parties. En effet, il y a souvent des différences intéressantes
dans les contenus décrits de part et d'autre, et nous n'avons pas souhaité choisir entre les versions, ni prendre
une moyenne des deux.
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Sur l'ensemble des partenariats décrits :
> 39% des partenariats ont une durée de 4 saisons et plus
> 35% ont une durée de 3 saisons
> 16% une durée de 2 saisons
> 10% une durée d'une saison
Près des trois quarts des partenariats du panel s’étendent sur une durée supérieure à 2 saisons.
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LES ENTRETIENS
Une deuxième étape de travail a permis d’étudier et d’analyser plusieurs cas de collaboration via une série
d’entretiens qualitatifs.
La quantité d’entretiens étant limitée, le choix a été fait d’orienter l’observation vers des situations comportant une
part d’innovation c’est-à-dire intégrant dans le partenariat des pratiques plutôt inédites, ou en tout cas peu
répandues, fruits d’une évolution des processus de travail et de coopération dans le champ du spectacle vivant.
Ont été ainsi retenus :
- le cas d’un partenariat qui repose sur une collaboration entre un lieu et un bureau de production ;
- le cas de partenariats qui expérimentent un principe de partage de la prise de décision entre le lieu et les
artistes accueillis (gouvernance partagée, programmation partagée...) ;
- le cas d’un partenariat qui introduit l’idée de résidence partagée (l’équipe artistique est accueillie sur la durée
par plusieurs lieux qui se coordonnent volontairement pour concevoir un projet conjoint et mettre en commun
leurs ressources) ;
- le cas de partenariats qui réunissent autour du lieu une « constellation » d’artistes pour entretenir sur le long
terme une relation étroite (de complicité, de compagnonnage...) et faire émerger entre artistes des croisements et
des collaborations ; les lieux parlent à cet endroit de « collectif d’artistes ».
Nous nous sommes également intéressés à des situations permettant de considérer l’impact des baisses de
subventions sur les pratiques de résidence-association.
Les entretiens ont donc été orientés vers la dimension la plus innovante des partenariats retenus. Mais ils ont
également permis de recueillir des informations sur les usages et les pratiques les plus courantes,
complémentaires à celles collectées par les questionnaires. Nous avons notamment cherché à mieux saisir la
nature et le volume des apports des compagnies (artistique, créativité, inventivité, stimulation, compétences...)
ainsi que le caractère de réciprocité des échanges entre les partenaires. Les résultats de l’enquête en ligne
avaient en effet suggéré que les apports des partenaires, certes de nature différente, étaient probablement plus
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
10
équivalents que ce qui est habituellement dit ou pensé. Il nous a donc semblé intéressant d’interroger plus avant
les protagonistes sur ce point.
L’objectif de cette deuxième étape de l’étude a consisté à observer des situations riches d’enseignements et
susceptibles d’ouvrir des pistes de réflexions, de faire circuler des idées auprès des opérateurs, de susciter leur
envie d’intensifier leurs pratiques de résidences longues et/ou de les inciter à expérimenter de nouvelles formes
collaboratives.
REMARQUES TERMINOLOGIQUES
L’emploi de la notion de résidence s’est généralisé pour désigner finalement des pratiques et des réalités
extrêmement diverses tant en matière de durée, que d’intensité, de moyens ou encore d’objectifs.
Dans le même temps, afin de dénommer de façon plus précise et plus pertinente les choix des acteurs de terrain
ou de mieux cibler les endroits d’intervention des pouvoirs publics, d’autres termes sont apparus : artiste-associé,
artiste coopérateur, artiste adossé ; complicité, fidélité, compagnonnage, parrainage ; port d’attache, maison
d’artistes, maison mère, camp de base ; association, coopération, collaboration ; résidence de création, résidence
d’expérimentation, résidence laboratoire, accueil studio, résidence de diffusion, résidence-association, résidence
tremplin, artiste en territoire ; collectif d’artistes, association d’artistes, ensemble artistique... Mais la plupart de
ces expressions sont devenues elles aussi polysémiques.
Utilisés dans de trop nombreuses acceptions, la plupart de ces mots ne correspondent plus à une définition et à
une situation précise sur lesquelles tous les professionnels du secteur pourraient s’accorder. Même le terme de
résidence-association, pourtant clairement circonscrit par la circulaire ministérielle de 2006, est employé pour
parler de pratiques non conformes aux recommandations de cette même circulaire. Certaines compagnies par
exemple se déclarent artistes-associés dans un lieu alors qu’aucun contrat n’a été signé entre les parties.
D’ailleurs les lieux et les équipes artistiques partenaires ont parfois recours à deux formules différentes pour
évoquer leur collaboration : la compagnie dira qu’elle est « artiste-associé », le lieu dira que la compagnie est
« membre du collectif » ou « en résidence ».
Dans ces conditions, le choix a été fait pour cette étude d’employer le terme de « partenariat », et en l’occurrence
de « partenariat sur la durée », au détriment de termes plus couramment utilisés par les acteurs de terrain eux-
mêmes.
Certes, comme cela s’est fait dans l’étude de l’Onda sur les pratiques de production et de diffusion des
compagnies, la notion de partenariat ou de partenaires s’applique souvent à de simples relations de coproduction
ou de diffusion. C’est pourquoi nous avons ajouté au titre du présent rapport un surtitre qui, outre l’idée de durée,
indique clairement notre point de départ : le fait résidentiel et les pratiques d’association.
Le terme de partenariat, nous l’avons vu, a été défini dans les questionnaires que nous avons élaborés comme
un « engagement réciproque » entre deux structures, il comprend aussi l’idée de regroupement, d’agencement,
d’association voire de coopération.
Il a l’avantage d’être très englobant et semble donc plus adapté à la diversité des pratiques et des combinaisons.
Il permet de tenir compte d’un espace relationnel qui s’étend bien au-delà des périodes « ciblées » (de quelques
jours à quelques semaines) durant lesquelles l’équipe artistique réside effectivement dans les lieux, sur le
territoire. En effet, lorsque la collaboration s’étire sur plusieurs saisons, et tout particulièrement lorsqu’elle associe
des structures relativement éloignées géographiquement, la résidence - au sens « habiter », accueillir - ne
devient finalement qu’un des volets des partenariats au même titre que le volet coproduction ou le volet diffusion.
Son caractère assez flou (il n’apporte pas de précisions sur le contenu, la nature, les objectifs des relations
nouées) nous a évité de consacrer de l’énergie à mener un travail de définition ou de catégorisation - entreprise
utile et nécessaire mais qui n’était pas l’objet de l’étude - et nous a donc en conséquence permis de nous
concentrer sur les critères, les paramètres qui nous avaient parus essentiels tels que la durée, la présence,
l’intensité, la qualité de la relation.
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NB :
Les verbatim reproduits au fil du rapport sont issus à la fois des réponses aux questionnaires en ligne et des
propos collectés en entretien.
Les propos énoncés par le directeur ou la directrice d’un lieu ou un membre de son équipe sont précédés de la
lettre L.
Les propos énoncés par un artiste ou par un membre d’une équipe artistique sont précédés de la lettre A.
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Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
11
1.
Le choix
de la durÉe
comme OUTIL
DE TRAVAIL
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
12
1.1 LA RÉSIDENCE LONGUE, UNE DÉMARCHE GLOBALE POUR RÉPONDRE À UNE
DIVERSITÉ DE BESOINS ET D’ENJEUX
1.1.1 Principaux objectifs et enjeux pour les lieux
Pour les lieux, les partenariats mis en œuvre sur la durée font écho à leurs responsabilités artistiques,
professionnelles et territoriales.
> 87% des lieux répondants déclarent que la mise en œuvre de partenariats sur la durée avec des équipes
artistiques fait partie des missions pour lesquelles ils reçoivent un financement public.
Nous avons posé aux lieux destinataires de l’enquête la question suivante : « Quels sont pour vous les enjeux et
objectifs d'un partenariat sur la durée avec un ou des artistes (pour votre lieu, pour les artistes, pour votre
territoire, pour l'ensemble du secteur) ? ».
Leurs réponses s’articulent autour de deux thèmes majeurs :
> Le soutien à la création : il s'agit d'accompagner le processus de création depuis l’idée jusqu’à la diffusion
des spectacles et de faire découvrir au public toutes les facettes d'un univers artistique.
Les lieux sont dans la démarche de proposer à des artistes, à un moment de leur parcours, une partie des
ressources dont ils ont besoin (production, espaces, compétences...) et de concevoir un partenariat qui réponde
aux souhaits des équipes artistiques.
Les dynamiques partenariales à l’œuvre sont ici d’ordre plutôt sectoriel et reposent sur de fortes affinités
artistiques. Un accueil de longue durée est une façon pour les lieux de « donner les moyens à la création », de
partager l’outil et les moyens de production, de proposer de meilleures conditions de travail aux artistes (dont la
possibilité de se projeter sur le moyen terme), de permettre également la prise de risque, l’expérimentation, les
créations originales, et les projets ambitieux. Le désir d’accueillir et le passage à l’acte se basent d’abord sur les
qualités d’un travail, l’originalité d’une proposition artistique.
L – « Le partage de l'outil public est un devoir et une nécessité. »
L – « Pour moi c’est une évidence. Les lieux sont au service des artistes. »
L – « Il est important pour qu'un théâtre vive, qu'il soit une maison d'artistes, un lieu de partage et
d'échange des arts et des idées. »
L – « Notre raison d'être c'est l'artiste. Plus ils sont présents dans les murs, plus nos missions ont du
sens. »
A – « Le directeur nous a appelé : « J’aimerais t’accompagner. Voilà ce qu’on peut mettre à ta disposition.
De quoi as-tu besoin ? ». Tout a été conçu selon les désirs de l’artiste. »
••••••••••
A cela peut s’ajouter la nécessité de se donner un atout en termes de communication et de rayonnement. Dans
ce cas, la notoriété de l’artiste constitue l’un des principaux critères de choix.
> L’inscription des artistes dans le lieu et sur le territoire : il s'agit d'approfondir et dynamiser le lien
artiste/lieu et de façon connexe le lien artiste/territoire/publics.
En assurant une présence artistique permanente avec un seul ou plusieurs artistes, en appelant les artistes à
s’impliquer dans la vie du lieu et au-delà dans la vie d’un territoire, il y a l'idée d’entrainer l’équipe du lieu sur des
projets qui sortent des cadres habituels, de créer des relations plus profondes et durables avec les publics, de
tisser des liens avec une population, et d'activer des synergies collaboratives avec d’autres opérateurs culturels
et non culturels. Les lieux prennent une position d’opérateurs « situés », c’est-à-dire qu’ils appartiennent à un
espace géographique, économique, social et politique donné, et qu’ils sont des acteurs de l’aménagement
culturel d’un territoire.
Dans ces situations, le contenu des partenariats relève plutôt d’enjeux territoriaux. Les partenaires - artistes et
lieux - conscients de leur inscription dans un écosystème territorial - ont le souci d’élaborer une offre artistique et
culturelle variée, répondant à la diversité des attentes des publics et des collectivités territoriales qui participent
au financement des structures.
Et cette offre artistique et culturelle est rendue accessible tant via la programmation que via des actions de
médiation, d’éducation, de sensibilisation, de formation sous toutes sortes de formats : ateliers, séminaires,
créations partagées, interventions dans les espaces du lieu ou en-dehors...
L – « En écrivant mon dossier de candidature pour la direction de ce lieu, je me suis demandé comment
tisser des liens avec le territoire (et qui dit territoire dit publics). J’ai compris que je ne pouvais le faire
qu’avec des artistes, leurs idées, leur culot, leurs envies… De même aujourd’hui, j’ai envie d’aller au-delà
de nos périmètres habituels, dans des zones blanches du territoire, et je sais que je ne pourrais le faire
qu’avec des artistes… »
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
13
L – « Nous avons besoin de la présence des artistes pour creuser plus en profondeur le rapport avec la
population et avec l’environnement. Il est intéressant de se demander comment l’on accède à nous, il est
tout aussi important de réfléchir à ce que nous mettons en place pour aller vers l’autre : cela demande du
temps, cela demande de pouvoir travailler avec des artistes. »
••••••••••
De fait, les partenariats sont le résultat d’une combinaison de ces dynamiques sectorielles et territoriales.
Certes l’accent est parfois mis plus sur l’une ou l’autre des missions des lieux : un lieu entend avant tout répondre
aux besoins de l’artiste accueilli pour créer ses prochains spectacles ; un autre entend mettre en place un
partenariat avec une équipe artistique qui lui permette surtout d’aller à la rencontre des publics et d’accompagner
les pratiques culturelles des populations ; un troisième fait le choix de donner la priorité à l’accompagnement sur
le long cours à une équipe émergente.
Mais le concept même de résidence se distingue par sa capacité à faire coïncider simultanément une
pluralité de priorités.
La résidence permet aux lieux d’agencer la quasi totalité de leurs missions dans un même projet. Elle est une
démarche globale qui conjugue à la fois les volets recherche et création, production et diffusion,
accompagnement professionnel, action culturelle et artistique, relations aux publics, partenariats locaux. Elle offre
une réponse à l’enjeu d’articulation entre recherche artistique et ouverture au public, entre exigences artistiques
et exigences de démocratisation et de démocratie culturelle
6
.
Mise en œuvre sur des périodes pluriannuelles, elle satisfait au besoin d’inscrire les projets des lieux dans la
durée (pour construire des publics, construire des partenariats avec les acteurs du territoire...).
Au-delà, la forme résidentielle constitue un espace de compromis et de convergence entre les missions, les
intérêts, les attentes de tous les acteurs en présence : lieux, artistes, partenaires financiers, publics.
1.1.2 Le cumul des partenariats par les lieux
Pour les lieux, le panachage des équipes artistiques fait écho à la pluridisciplinarité de leur programmation et
permet une réponse optimale à leur cahier des charges.
•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
> 79% des lieux répondants étaient engagés simultanément dans plusieurs partenariats longs avec des
artistes ou des compagnies sur la saison 2014/15
> 34% avec 4 équipes artistiques ou plus
> 24% avec 3 équipes artistiques
> 21% avec 2 équipes artistiques
•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
La principale motivation des lieux à mener simultanément plusieurs partenariats longs avec des équipes
artistiques repose sur la notion de diversité, et fait fortement écho à leurs principes de programmation. Ils
cherchent à couvrir, par leurs diverses associations à des artistes, un panel esthétique varié, à favoriser la
pluridisciplinarité, à toucher différents publics, à être au plus proche des singularités du territoire, et à optimiser
leur programme d’action culturelle.
> Ainsi, 72% des lieux recherchent dans le choix de leurs artistes partenaires une diversité disciplinaire.
L – « C'est l'occasion de montrer la diversité des pratiques et des esthétiques au sein même d'une
discipline. »
L – « On touche ainsi différents domaines et champs artistiques, on témoigne de l'éclectisme de la
programmation. »
L – « Le nombre d'artistes-associés permet des rencontres entre des univers artistiques très différents,
entre les publics et une véritable diversité artistique, selon des modes qui sont propres à chacun. Cela
crée une grande richesse pour un théâtre en région où chaque artiste peut venir se poser selon son
propre rythme et selon ses besoins. »
••••••••••
> Par ailleurs, 71% recherchent une diversité des parcours et des générations.
Les établissements ont semble-t-il une démarche mixte.
Ils accueillent des compagnies déjà reconnues voire renommées :
Sur les 74 compagnies répondantes, les trois quarts reçoivent des aides pluriannuelles (aide à la
structuration ou conventionnement de la DRAC, conventionnement de la Région, conventionnement du
Département).
																																																													
6
Voir Les résidences d’artistes en question, Philippe Chaudoir (dir.), 2005, Agence Musique et Danse Rhône-Alpes, collection Clef de 8.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
14
5 compagnies ne sont pas subventionnées (soit 7%), et 13 sont aidées uniquement au projet (soit 18%).
Ce sont majoritairement des compagnies structurées ayant en moyenne 13 ans d'existence.
Les 2 compagnies les plus jeunes du panel ont 3 ans d'existence, mais chacune avait rencontré avant 2014 un
grand succès avec sa dernière création.
On remarquera ici que le degré de notoriété de la compagnie accueillie est d’ailleurs une variable importante à
prendre en considération. Son impact se ressent dès la phase d’invitation (elle peut constituer un critère de choix
par le lieu), ainsi qu’à l’endroit de la concertation et de la négociation (l’artiste est plus facilement en position
d’exprimer ses souhaits et ses priorités, de refuser ou réduire les demandes du lieu). Ce paramètre pèse
également fortement sur la disponibilité et le niveau de présence de l’artiste.
Les lieux reçoivent aussi des compagnies émergentes, ou moins connues, afin de les accompagner dans leur
développement. Ce qui leur permet en outre de bénéficier d’une disponibilité des artistes a priori plus importante.
L- « J’ai pris conscience de cet enjeu de responsabilité professionnelle en lisant la Charte des missions
des scènes nationales. »
L- « Pour les plus jeunes d’entre eux, nous avons pu les accompagner en production de la petite salle à la
grande salle. »
L – « Ce n’est pas la même chose quand personne ne s’intéresse à un artiste et quand il devient connu. »
L – « Les équipes un peu solides, qui ont plus de partenaires tendent à être moins généreuses. Elles sont
plus gourmandes en budget. Elles ont plus d’attentes en termes de prise en charge. »
L – « On a besoin de jeunes artistes, plus disponibles, on grandit ensemble... Faire ça avec un artiste déjà
installé, ça m’intéresse moins, s’il s’agit de faire uniquement de la coproduction, pour moi ce n’est pas de
l’association, on peut très bien coproduire plusieurs spectacles d’un même artiste sans ça… »
A – « Pour un artiste très jeune, être artiste-associé sur 3 ans, c’est super, il va pouvoir se développer.
Cela fait partie des missions de soutien des lieux. Mais certains lieux n’ont pas envie de ça. »
••••••••••
L’attention particulière portée aux compagnies émergentes relève également du cahier des charges des lieux
labellisés et fait partie de leur responsabilité professionnelle telle que décrite dans la Charte des missions de
service public pour le spectacle vivant.
> 28% des lieux se déclarent attentifs à une parité homme-femme.
Ce qui semble encore peu, d’autant plus que cette dimension est a priori plus facile à traiter dans le cadre des
résidences-association que dans celui de l’activité de programmation.
> Une autre explication de la multiplication par un lieu de ses artistes « associés » est à trouver du côté de
l’optimisation organisationnelle, de la rationalisation du partage de l’outil (taux d'occupation des salles),
du panachage des échelles d’accompagnement, et de l’intensification de la permanence artistique (quand
les uns sont absents, d'autres sont là). Les structures choisissent en fonction de leurs capacités et de leurs
nécessités une palette d'artistes-partenaires entre lesquels se répartissent les ressources, les demandes, les
axes et les niveaux de collaboration. La réalité du nomadisme, de la mobilité des équipes artistiques (notamment
lorsqu’elles ont une forte activité de diffusion) participe de cette nécessaire déclinaison.
L – « La présence artistique est permanente mais pas toujours avec les mêmes. »
L – « Cela permet d'installer un genre de permanence artistique. Si une équipe est en tournée, l'autre peut
prendre le relais. Par ailleurs, cela favorise une plus large possibilité d'actions de sensibilisation des
publics selon les champs de recherche, davantage de transversalité aussi. »
L – « Cela permet d'assurer une activité de création permanente pour le public (quand une équipe tourne
un spectacle déjà créé, une autre équipe en crée un cette saison) et donc aussi de réduire la "pression"
qui serait mise sur une seule équipe artistique (qui serait seule "responsable" de la création d'œuvres). »
L- « Nous accompagnons un "grand format" mêlant musiciens régionaux et musiciens d'envergure
nationale et internationale, ainsi que la compagnie d’un musicien implantée dans notre ville. Soit deux
projets très différents l'un de l'autre. »
••••••••••
> Les entretiens qualitatifs ont permis de remarquer que certains directeurs et certaines directrices font le choix
de « mettre le paquet » sur un nombre limité voire sur un seul artiste durant plusieurs saisons. D’autres au
contraire expriment le désir d’accompagner un maximum d’artistes sur de longues périodes, une posture
d’ouverture et de partage, au risque de consacrer des sommes plus réduites à chacun.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
15
1.1.3 Une nécessité autant qu’une opportunité pour les équipes artistiques
L’étude sur les pratiques de production et de diffusion des compagnies subventionnées avait bien décrit cette
nécessité pour les équipes artistiques d’accéder aux moyens non-monétaires et monétaires indispensables, via
des rapprochements et des associations durables avec les lieux, afin de mener à bien leurs projets et leurs
missions tout en demeurant indépendantes.
En effet, « les compagnies, structures pourtant dédiées au projet d'un artiste concepteur de spectacles, ne
disposent pas de lieu pour lui permettre de travailler. Elles sont donc tout naturellement amenées à nouer des
liens avec d'autres structures pour accéder aux espaces ainsi qu'aux ressources matérielles, techniques et
logistiques (on pense au stockage) indispensables à leur cœur de métier. L'association à un lieu sur plusieurs
années, au-delà des résidences de création ponctuelles dans le cadre d'une production, est l'une des modalités
privilégiées de l'accès à ces ressources »
7
.
Ces pratiques de partenariats sur la durée constituent par ailleurs une base de travail pour monter les productions
ainsi qu’un cadre non seulement pour amorcer l’exploitation des spectacles, mais aussi pour envisager la
diffusion du répertoire.
Elles offrent également aux équipes artistiques la possibilité de prendre le temps de la recherche artistique, tout
en leur apportant très souvent une visibilité et une reconnaissance institutionnelle supplémentaire.
Les témoignages de compagnies collectés par questionnaires et par entretiens pour la présente recherche
confirment en outre le désir de la plupart d’entre elles d’avoir l’opportunité d’agir en direction des publics en
développant des activités conjointes avec des lieux. En contrepoint du nomadisme qui caractérise l'activité d’un
grand nombre d’entre elles, l'ancrage territorial et la rencontre des publics sur la durée qu'offre une association
pluriannuelle à un lieu sont deux ingrédients déterminants dans la réalisation d’une part importante des missions
des équipes artistiques.
On rappellera ici que les aides des collectivités publiques (Etat et collectivités territoriales) accordées aux
compagnies sur plusieurs années sont généralement assorties d’une demande d’intervention et d’action en
direction des publics - voire d’animation du territoire - y compris via une démarche de résidence, de partenariat ou
d’association avec un ou plusieurs lieux.
Pour toutes ces raisons, ces agencements inter-organisationnels (entre lieux et compagnies) représentent une
voie d’accès à une forme de stabilité et un facteur majeur de développement des équipes artistiques.
1.1.4 Le cumul des partenariats par les compagnies répondantes
•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
54% des compagnies répondantes
8
menaient simultanément en 2014/15 plusieurs partenariats sur la
durée avec des lieux différents.
Pour 48%, il s'agissait de 2 à 3 partenariats.
Pour 6%, il s’agissait de 4 partenariats ou plus.
•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
On peut sans doute lire ces résultats comme une conséquence de la fragmentation des apports en
ressources des lieux, telle qu'elle a été soulignée pour les apports en coproduction dans l'étude sur les
pratiques de production et de diffusion des compagnies subventionnées (Onda 2014).
> Une seule résidence longue ne suffit pas (ou plus). La recherche de financements et la nécessité de cumuler
les ressources en production poussent les compagnies à mener plusieurs partenariats simultanés.
A – « Financièrement, on ne peut pas faire sans ces trois associations. On a des besoins très forts sur la
production, il nous faut donc être artistes-associés à plusieurs lieux. »
A – « Projet après projet, j’ai autant besoin de ces trois lieux qu’au début de mon parcours. »
A – « La multiplication des associations permet de pouvoir continuer à monter des productions
importantes. »
A – « À l'heure où les subventions baissent, il est important d'avoir plusieurs partenariats pour multiplier
les possibilités de coproduction (…), cela permet aux compagnies un accompagnement et un échange
bénéfiques à la création artistique. »
••••••••••
																																																													
7
Les pratiques de production et de diffusion de spectacles des compagnies subventionnées, Onda, 2014.
8
Rappelons que sur les 74 compagnies répondantes, les trois quarts reçoivent des aides pluriannuelles (aide à la structuration ou
conventionnement de la DRAC, conventionnement de la Région, conventionnement du Département).
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
16
> Sur ces compagnies qui cumulent plusieurs partenariats sur la durée, 71% ont également mené en
2014/15 des résidences de création courtes auprès d’autres structures.
On constate que la proportion de compagnies qui complètent l'apport en ressources d'un partenariat long par des
résidences de création courtes dans d’autres lieux reste la même quel que soit le nombre de partenariats longs
dans lesquels elles sont engagées.
Une pratique partenariale ne vient pas en remplacement de l'autre, il s'agit d'un cumul de ressources
complémentaires, de nature et d'ampleur différentes.
À la lecture des témoignages collectés, il semble qu'au-delà de la contrainte, la multiplication et la diversification
des partenariats sur la durée sont appréhendées de manière globalement positive et bénéfique par les équipes
artistiques, et souhaitées par elles dans un souci de développement de leur activité. Il semble bien y avoir une
véritable dynamique en ce sens.
Et visiblement, même avec un fort niveau de structuration et de dotations propres, cela demeure une manière
tout à fait privilégiée pour elles de maximiser leurs ressources.
Pour aller plus loin, au sujet des artistes très reconnus qui ne souhaitent pas prendre la direction d’un lieu, on
remarquera que seules l’addition et la combinaison d’associations au long cours leur permettent de réunir les
moyens et le socle structurel dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs projets.
> Outre l’impératif besoin d’additionner les apports en production, les arguments les plus récurrents dans les
réponses des compagnies sur la pertinence de mener simultanément plusieurs partenariats longs se déclinent
autour de trois autres thèmes principaux :
- la diffusion : être dans une relation privilégiée sur la durée avec plusieurs structures garantit un certain nombre
de représentations d'une année sur l'autre, donc une visibilité plus large et récurrente, ainsi que l'entretien d'un
réseau.
- l'expérience des publics et des territoires : travailler sur des territoires et dans des contextes différents
permet de faire évoluer le projet artistique en le confrontant à des publics variés, en l’adaptant à un
environnement singulier, en diversifiant les formes. Il s'agit aussi pour certains artistes de développer le champ
des actions artistiques, en diversifiant les expériences et en aiguisant une réflexion sur la relation artiste / public /
structure. Sont affirmés à la fois l'importance de l'assise territoriale de la compagnie (son centre de gravité) et son
besoin d'autres espaces (géographiques, sociaux, artistiques). Ce thème est très présent dans les réponses.
A - « Le travail sur le territoire permet d'approfondir la réflexion artistique avec les habitants. »
A - « Il me paraît nécessaire de multiplier aujourd'hui les lieux partenaires, c'est une question vitale pour la
création, la diffusion et la transmission. J'ai toujours considéré qu'il était très important de mener une
double action de présence artistique : à la fois sur le territoire d'implantation de la compagnie mais
également dans d'autres espaces géographiques. Cela donne des "ailes" à la compagnie tout en l'ancrant
durablement sur son centre de gravité. De manière très concrète également c'est une manière de
multiplier les sources de financement pour un même projet artistique et de rencontrer différentes équipes
et publics. »
••••••••••
- le cumul de moyens diversifiés et complémentaires à la fois : on observe de la part des compagnies des
logiques de recherche de complémentarité entre lieux partenaires (l'un dispose d’un espace de répétition, l’autre
d’un atelier de décor, etc.), en termes de ressources, de compétences, de domaines de collaboration et de
degrés d'accompagnement. Certaines compagnies composent ainsi pour elles-mêmes, en fonction de leurs
besoins et des opportunités, des formes de "chaînes de résidences".
A - « Mener plusieurs partenariats permet à la compagnie d'avoir différents niveaux de soutien en dehors
des apports financiers des structures (qui sont de natures très différentes) : la mise à disposition
d'espaces de travail et de personnel technique, la mutualisation du travail de production pour trouver de
nouveaux partenaires, le travail de communication,... »
A - « Chaque partenariat se définit en fonction des besoins de la structure partenaire et des nôtres. Les
partenaires n'ont pas tous les mêmes demandes ni les mêmes besoins, et ne proposent pas la même
chose aux compagnies. Certains partenaires peuvent engager un partenariat financier plus important avec
des moyens techniques et humains conséquents, tandis que d'autres mettront l'action sur une relation
singulière au territoire. »
A - « Sur le temps long, il est possible d'imaginer "un collège de coproducteurs" qui soutiendraient un
projet selon les moyens et les missions de chacun, mais qui suivraient également les recherches et les
évolutions de la création. »
••••••••••
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
17
La multiplicité des partenariats pose néanmoins la question de la capacité des équipes artistiques à assurer une
présence effective, longue, régulière, forte dans le lieu et/ou sur le territoire. C’est pourquoi des compagnies
nuancent la pertinence qu’il y a à mener des partenariats simultanés en précisant que cela dépend des moyens
alloués par les structures mais aussi de l’effectif de la compagnie, de la demande de présence sur le territoire par
le lieu partenaire, ou encore de la distance géographique entre les territoires concernés. Nous reviendrons sur ce
point dans la deuxième partie du rapport.
1.2. PLATEAUX, MOYENS FINANCIERS, ACTION CULTURELLE
ET PLUS « SI AFFINITÉS »
1.2.1. Mise à disposition d’espaces de travail
Tableau 1 - Apports en nature des lieux dans le cadre de partenariats sur la durée
(en % de partenariats décrits par les compagnies et lieux répondants)
Plateau salle de spectacle 82%
Espace de répétition 69%
Matériel technique 66%
Hébergement 46%
Repas 45%
Fichier de contacts professionnels 41%
Espace de stockage 24%
Espace de travail dans un lieu partenaire 19%
Bureau administratif 19%
Espace de répétition équipé pour la danse 16%
Studio multimédia (image, son) 6%
Espace de répétition équipé pour le cirque 2%
Autre 10%
Aucun 2%
Les apports en nature des lieux qui sont les plus courants dans les partenariats décrits sont relatifs aux espaces
de travail.
Dans 82% des cas, les compagnies en résidence longue ont accès au plateau d’une salle de spectacle.
Et dans 69 % des partenariats, les lieux mettent à disposition un espace de répétition.
Enfin, 65% des partenariats donnent lieu à un partage de matériel technique.
> Les partenariats sur la durée permettent donc - dans la majorité des situations - aux équipes artistiques
d’accéder à des espaces de recherche et de fabrication.
Ils donnent également lieu parfois à la mise à disposition de matériel et de personnel le temps d’une tournée. Il
semble que les lieux soient aussi enclins à faire des avances sur trésorerie au bénéfice des équipes qu’ils
accueillent sur la durée et en qui ils ont confiance. Ce qui tend à indiquer que le partage de l’outil est une idée
désormais relativement courante dans les établissements labellisés.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
18
1.2.2. Dialogue sur le projet artistique de la compagnie
Tableau 2 - Apports en compétences et en industrie des lieux dans le cadre de partenariats sur la durée
(en % de l’ensemble des partenariats décrits par les compagnies et lieux répondants)
Dialogue et retours sur le projet artistique 82%
Aide à la stratégie de production et diffusion 52%
Expertise technique 48%
Aide à la conception d'actions de médiation et d'outils pédagogiques 47%
Construction de décor 22%
Prise en charge de la production déléguée 16%
Aide à la structuration administrative 16%
Confection de costumes 8%
Autre 9%
Aucun 5%
À partir d’une liste de propositions, nous avons interrogé les apports en industrie et en compétences fournis par
les lieux dans le cadre des partenariats sur la durée.
> Au premier rang des réponses, loin devant les autres apports, on trouve le dialogue et les retours sur le
projet artistique. Le fait que les compagnies mentionnent, avec la même fréquence que les lieux, cette
dimension comme un apport en compétences nous indique qu'elles sont vraisemblablement en demande de ces
échanges et du regard à la fois bienveillant et critique de leurs lieux-partenaires. On peut en partie expliquer cette
tendance par le fait que les lieux choisissent justement leurs compagnies-partenaires sur le critère d’une affinité
esthétique forte (cf. tableau n°4 en troisième partie), et cela garantit sans doute une forme de bienveillance.
> Sur l’ensemble des partenariats décrits, l'apport d’une aide à la structuration administrative est présente
dans 16% des cas. Mais lorsque l’on examine séparément les réponses des lieux et les réponses des équipes
artistiques
9
, cet apport apparaît dans 24% des cas pour les partenariats décrits par les lieux, et dans 4% des cas
seulement pour les partenariats décrits par les compagnies. Certes, les panels de partenariats ne sont pas les
mêmes, mais on peut peut-être voir dans cette distorsion une différence d’appréciation par les protagonistes de la
compétence en question et de son impact effectif.
> Les apports en industrie et en compétences des lieux sont peu corrélés au niveau de budget qu'ils consacrent
au partenariat.
On note cependant que la construction de décor, la confection de costumes ou la prise en charge de la
production déléguée sont des apports qui augmentent avec le niveau de budget consacré par le lieu au
partenariat, sans doute parce qu'on a alors affaire à des structures mieux dotées pour ce travail (prépondérance
de centres dramatiques nationaux).
De la même manière, la mention d’une aide à la structuration administrative diminue avec le niveau de l'apport
financier des structures, ce qui laisse entrevoir que les compagnies concernées par les partenariats auxquels les
lieux consacrent les budgets les plus élevés, sont des compagnies déjà structurées, au professionnalisme
confirmé.
1.2.3. Coproduction et diffusion des spectacles
> 90% des partenariats décrits, quelle que soit leur durée, intègrent la coproduction d’au moins un
spectacle.
10
Et, pour les compagnies comme pour les lieux répondants, l'amélioration des conditions de production arrive au
premier rang des bénéfices constatés sur les spectacles créés dans le cadre de partenariats sur la durée
11
.
																																																													
9
Ici, seul le tableau présentant les partenariats décrits à la fois par les lieux et les compagnies a été reproduit. En effet, afin de faciliter la lecture
du rapport, le nombre de tableaux a été limité.
10
Si l'on s'intéresse aux partenariats sans coproduction (10% du panel), on constate une prépondérance des disciplines musique, danse et
marionnette. Les cas sont à observer individuellement. Y figurent, par exemple, un artiste-associé qui dirige lui-même un autre lieu et dont les
productions sont sans doute prises en charge ailleurs, ou une compagnie dont la mission auprès du lieu concerne plutôt la sensibilisation des
publics, et la diffusion hors les murs de petites formes existantes. Mais il semble qu’apparaissent aussi dans cette catégorie sans coproduction
des fidélités sur plusieurs années, des compagnonnages informels basés sur l’accueil récurrent des spectacles, sans apport financier autre de la
part du lieu.
La présence de ce type de réponses parmi les données collectées est liée à l’interprétation libre qui a été laissée aux répondants concernant
la nature de l’« engagement» que scelle un partenariat long entre le lieu et la compagnie. On observe par conséquent dans notre panel
des pratiques très diverses, qui ne s’inscrivent pas à proprement parler dans le cadre d’une résidence ou d’une association (aussi
nombreuses qu’en soient les variantes), mais semblent se tisser et se consolider de manière bien plus informelle.
11
La question était : Quels éventuels bénéfices issus d'un partenariat sur la durée avez-vous constatés concernant les spectacles créés dans ce
cadre ? Les réponses proposées étaient : Amélioration des conditions de production ; Amélioration du volume de diffusion ; Liberté accrue dans la
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
19
Notons ici que la prise en charge de la production déléguée apparaît à hauteur de 16% des cas sur l’ensemble du
panel de partenariats. Lorsque cette observation chiffrée est limitée aux lieux dotés d’une unité de production
12
, la
proportion de partenariats donnant lieu à une pratique de production déléguée passe à 38%. Dans les réponses
de ces lieux, l’aide à la stratégie de production et de diffusion passe, de manière logique, à 72% des cas, contre
52% sur l’ensemble du panel. Rappelons ici que plus de la moitié des lieux répondants ne sont cependant pas
pourvus d’une équipe de production.
Quant au choix de la société en participation (SEP) pour la contractualisation de la coproduction, il est mentionné
par 16 lieux sur 61 (11 d’entre eux sont des lieux dotés d’une unité de production), et par 8 compagnies sur 67.
Nous avons par ailleurs observé dans un lieu la mise en place d’un système original de pot commun entre les
productions des différents artistes partenaires. Alimenté par les remontées financières sur des spectacles qui
fonctionnent bien, ce pot commun permet ensuite de faire des apports sur de nouvelles créations.
> 96% des partenariats comportent la diffusion d'au moins un spectacle.
Bien évidemment, le nombre de spectacles diffusés est corrélé à la durée du partenariat : plus les partenariats
sont longs, plus le nombre de spectacles diffusés est grand.
> On observe la pratique majoritaire de l'achat de spectacles en cession, mentionnée par 95% des compagnies
répondantes, et 85% des lieux.
> 66% des répondants (lieux et compagnies confondus) attestent d’une pratique de programmation des
spectacles en série (plus de 2 représentations) dans le cadre des partenariats qu’ils mènent sur la durée.
> 9 partenariats décrits ne comportent pas de diffusion (4 scènes conventionnées, 1 CNAR, 1 CNCM, 1 CDC, 2
fondations). Ce sont pour moitié des partenariats sur une saison, ils sont en partie portés par des structures non
prioritairement dédiées à la diffusion, et en partie réalisés dans le cadre de "projets artistiques et culturels de
territoire" ou de "résidence de création et d’action culturelle territoriale".
Les partenariats longs garantissent donc bien :
- La coproduction de spectacles. Néanmoins, nous verrons que ces apports en coproduction s’opèrent selon des
rythmes très variés (voir partie 2).
- La diffusion des spectacles dans le lieu partenaire. C'est d’ailleurs, nous l'avons vu, l'un des objectifs que se
fixent les lieux dans l'accompagnement de la création. Néanmoins, l’impact sur la diffusion globale des
compagnies semble limité (voir partie 2).
1.2.4. L’artiste accueilli sur la durée devient fréquemment un acteur du projet culturel
du lieu...
> Au-delà de la stricte relation de production et de diffusion, la conception des actions de médiation et
des outils pédagogiques est le principal endroit de collaboration.
Tableau 3a - Espaces de collaboration ouverts par les lieux
Réponses des compagnies (en % des partenariats décrits par les compagnies)
Conception des actions de médiation et des outils pédagogiques 44%
Réflexion sur l'avenir du projet artistique et culturel du lieu 27%
Dialogue avec les tutelles du lieu 22%
Intervention sur les supports de communication 19%
Participation à la programmation 14%
Participation aux réunions d'équipe 11%
Intervention sur la scénographie des espaces de convivialité (hall, foyer) 8%
Choix des autres compagnies en résidence 1%
Aucun 26%
																																																																																																																																																																																														
recherche et l’expérimentation artistique et culturelle (développement de nouvelles formes, dans de nouveaux espaces) ; Liberté accrue dans la
prise de risque artistique, Autre ; Aucun bénéfice constaté.
12
Une des questions posées aux lieux était : « Votre structure est-elle dotée d’un service de production ? ».
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
20
Tableau 3b - Espaces de collaboration ouverts par les lieux
Réponses des lieux (en % des partenariats décrits par les lieux)
Conception des actions de médiation et des outils pédagogiques 65%
Réflexion sur l'avenir du projet artistique et culturel du lieu 40%
Dialogue avec les tutelles du lieu 30%
Participation aux réunions d'équipe 27%
Intervention sur les supports de communication 18%
Participation à la programmation 15%
Intervention sur la scénographie des espaces de convivialité (hall, foyer) 6%
Choix des autres compagnies en résidence 2%
Aucun 12%
Il faut dire que la conception et la mise en œuvre d’actions artistiques et culturelles sont souvent considérées
comme une contrepartie que les équipes artistiques accueillies sur la durée se doivent d’apporter en échange des
moyens de création qui leur sont donnés par les lieux.
Les entretiens ont d’ailleurs permis de confirmer que les prédispositions de l’artiste à s’impliquer à cet endroit et
la capacité de son équipe à assumer un certain volume d’actions de médiation est un critère de choix au moment
où le directeur ou la directrice propose un partenariat.
Il se trouve, nous l’avons vu plus haut, que l’appétence des artistes pour ouvrir leur processus de création selon
différents modes et pour initier des formats de relation avec les publics est plutôt forte. Certains considèrent
même ces moments d’interaction autant comme des temps de recherche pour eux-mêmes que des temps
d’éducation artistique pour les participants.
Mais des témoignages ont aussi rappelé que nombre d’artistes n’ont pas toujours ce désir. Parfois ils ne l’ont pas
encore. Parfois ils l’ont perdu. Les actions artistiques et culturelles sont alors vécues comme une obligation, une
contrainte, voire une perte de temps
13
.
A - « J’en ai fait beaucoup. Mais je n’en peux plus. Comme il y a beaucoup de demandes, je continue un
peu. Mais je considère que je n’ai pas besoin d’éduquer les gens pour expliquer ce que je suis en train de
faire. Je ne suis pas médiateur culturel. »
A - « D’une façon générale, j’ai freiné un peu. On ne faisait pas ça bien et puis ce n’est pas notre boulot.
Moi j’ai besoin de temps pour écrire. Les actions culturelles prennent du temps qui n’est pas consacré à la
réflexion artistique. »
A - « A un moment donné, mon équipe artistique a été fatiguée. J’avais peur de perdre des partenariats
mais finalement je me suis rendu compte que c’était possible de dire non. »
A - « Nous avons parfois la sensation d’être plus associés pour l’action culturelle que pour les affinités
artistiques. »
A - « On a parfois l’impression que la compagnie est considérée comme un prestataire de service. »
A - « On croit à tort que tous les artistes peuvent faire des actions culturelles. Un vrai travail sur le territoire
et avec les publics est un investissement énorme, qui doit être volontaire. »
••••••••••
D’ailleurs, certains directeurs et directrices d’établissement reconnaissent qu’il faut savoir se laisser du temps
pour que la perspective de relations avec les publics se développe dans l’esprit des artistes, pour que l’envie et
les idées émergent. Le temps est également une donnée nécessaire pour mettre en place des espaces de
concertation, imaginer des dispositifs adaptés et trouver des solutions qui fassent sens pour tous les
protagonistes.
A - « Au départ, je n’avais pas très envie de faire de l’action culturelle. Mais le directeur m’a dit : « Ok on
va prendre le temps ». Et finalement petit à petit une rencontre s’est faite avec le territoire et les publics et
sur cette base, nous avons construit des actions de médiation. »
A - « En général, j’y vais à reculons, mais on a trouvé des solutions qui nous correspondaient. »
A - « On m’a demandé de faire de la formation (avec des professionnels). J’étais réticent mais ça s’est très
bien passé et finalement on va le refaire. »
A - « On nous mettait la pression pour que l’on accepte des choses. Le nombre d’heures était très précis.
Il y avait des obligations mais sans concertation, du coup les dispositifs n’étaient pas bien pensés en
fonction de leur contexte. Ni l’équipe artistique, ni les relations publiques du lieu, ni les partenaires
n’étaient satisfaits. »
																																																													
13
Selon l’étude Territoires et ressources des compagnies en France, l’action culturelle et la formation professionnelle « sont moins rémunératrices
et plus chronophages » que d’autres activités telles que l’exportation de spectacle à l’international. Territoires et ressources des compagnies en
France, Urrutiaguer Daniel, Henry Philippe, 2011, recherche menée pour le compte du Département des études, de la prospective et des
statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
21
A - « L'obligation de faire de la médiation, selon des propositions fixées par les équipes des lieux sans
réelle concertation avec l'équipe artistique, est un frein à la réussite des partenariats. »
L - « Il faut du temps pour que ça se développe dans la tête des artistes. »
L - « Pressurer les artistes : ça ne marche pas. On a du mal avec les élus là-dessus. Les financements
publics, ça peut être pour la création et pas que pour l’animation de quartier. Nous on s’emploie à
détourner ça, à faire de l’animation créative. »
••••••••••
> Les actions de médiation sont le terrain d’une collaboration forte et s'opèrent le plus souvent dans les
cas où les compagnies consacrent du temps in situ pour leur travail artistique.
La moitié des partenariats qui affichent un temps de travail artistique de la compagnie in situ
14
supérieur à 30
jours par an comporte un volume d’actions de médiation supérieur à 50 heures par an. Seulement 6% d'entre eux
n'ont pas de volet de médiation.
À l’inverse, 40% des partenariats qui ne comportent aucun temps de travail artistique in situ de la compagnie
affichent un volume d'actions de médiation inférieur à 50 heures par an. Et plus d’un tiers d’entre eux n'ont pas de
volet de médiation.
La présence des artistes dans le lieu semble donc nourrir en parallèle l’activité de recherche artistique et l’activité
d’action culturelle. Plus le temps de présence de la compagnie dédié à l’activité artistique est long, plus le
volume d’heures de médiation qu’elle assure in situ est important.
Le même constat apparaît en partant des temps de médiation. Dans 50% des partenariats sans action de
médiation, le temps de travail artistique in situ de la compagnie est inférieur à 15 jours.
Inversement, 40% des partenariats avec un fort volet de médiation (50 heures et plus) affichent des temps de
travail artistique de la compagnie in situ supérieurs à 30 jours par an.
> Il y a donc une forte corrélation entre la présence des équipes artistiques dans le lieu pour se consacrer
strictement au travail de recherche artistique et de répétition, et le volume d’heures de médiation qu’elles
prennent en charge. L’un ne semble pas se faire au détriment de l’autre mais, à tout le moins, de manière
conjointe et, selon les témoignages des intéressés, avec parfois des passerelles et un enrichissement réciproque.
> A travers les propos collectés, se dessinent des sortes de successions de phases permettant d’articuler
intelligemment temps de création et temps de médiation sur plusieurs saisons.
Ces cycles semblent se mettre en place à la fois en fonction du rythme de création de l’artiste, de ses
disponibilités et des besoins du lieu.
Souvent les actions de médiation sont mises en place au début du partenariat (parfois en lien avec une création
jeune public), au cours de la première année. Les lieux auraient en effet tendance à exprimer plus fortement leurs
attentes en la matière à ce moment, par volonté peut-être de s’assurer sans trop attendre que l’apport de l’équipe
artistique est bien effectif, par crainte peut-être de voir l’implication de l’artiste se relâcher par la suite... Les deux
autres années, lorsque l’artiste se consacre alors plus intensément à sa création en cours, au moment où l’équipe
artistique ressent une certaine fatigue, le volume d’intervention culturelle est alors réduit et adapté. Mais les
actions ont pu gagner entre temps en pertinence et en intensité car la compagnie a gagné en maturité et en
savoir-faire, elle connait mieux le lieu, le territoire, les publics.
A l’inverse, les partenaires conviennent parfois, tacitement ou par contrat, que leur association vise d’abord à
donner du temps et des moyens au travail de création. Dans ce cas, l’artiste se consacre essentiellement à sa
recherche artistique et à ses spectacles. Puis le temps passant, il enrichit son dialogue avec l’équipe du lieu, il
s’intéresse peu à peu au territoire qui l’entoure, au public qui vient voir ses spectacles, et finit par avoir le désir
d’être plus en interaction avec ce public.
> Parmi les autres domaines de collaboration ouverts par les lieux (voir tableaux n°3a et 3b), le fait que la
réflexion sur l'avenir artistique et culturel du lieu se place au second rang des réponses est peut-être plus
surprenant. Tout comme le dialogue avec les tutelles du lieu sur les projets en cours. Les réponses des
compagnies et des lieux sur ce point s'accordent dans une belle harmonie. Et l’on émet ici l'hypothèse que dans
le cadre des partenariats sur la durée, l'artiste est fréquemment considéré par le lieu comme un acteur de
son projet culturel voire même, à ses côtés, comme un acteur de la politique culturelle territoriale.
																																																													
14
Nous utilisons ici les termes "temps de travail artistique in situ" par commodité. La formulation de la question était : "temps de travail
approximatif dans le lieu ou sur le territoire strictement dédié à la recherche, aux répétitions ou au processus de création en 2014/15 hors
périodes d'exploitation".
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
22
1.2.5 ... mais il est plus rarement associé aux choix artistiques ainsi qu’au
fonctionnement de la structure
> Autre point d’accord entre les réponses des compagnies et celles des lieux qui apparait aussi dans les tableaux
n°3a et 3b : le choix des autres compagnies en résidence ne concerne que 1 à 2% des partenariats décrits et la
participation à la programmation n'est mentionnée que pour 15% des cas (seuls 11 des 75 lieux ayant répondu au
questionnaire déclarent ouvrir l’activité de programmation à la participation des artistes).
L'artiste accueilli sur la durée semble donc peu associé aux choix artistiques qui demeurent le plus
souvent le domaine réservé de la direction du lieu.
> En outre, les compagnies évoquent dans un quart des partenariats une absence totale de domaine de
collaboration autre que la stricte relation de production et de diffusion.
> Néanmoins, les réponses qualitatives aux questionnaires comme les entretiens complémentaires ont établi que
certains partenariats sont pensés pour aller bien au-delà de la mise à disposition d’espaces, de la relation
de coproduction et du développement d’actions culturelles conjointes.
> Des directeurs et des directrices accomplissent par exemple des pas supplémentaires pour ne pas se
limiter à un dialogue rare et informel sur la programmation artistique. Ils expriment en effet le souhait de
voir les artistes leur apporter un regard critique et les seconder dans l’élaboration des saisons et des
évènements qui la ponctuent, en les appelant à être maitres d’œuvre le temps de soirées ou de week-ends
(cartes blanches) ou en les considérant comme de véritables conseillers artistiques.
Nous avons remarqué que l’idée de « rémunérer » les temps que l’artiste consacre à ces activités est parfois
présente dans l’esprit des partenaires. Ainsi, dans l’une des conventions d’association que nous avons consultée,
une partie du budget de la résidence était affectée au « travail de réflexion sur les projets et de programmation »
assuré par l’artiste.
A - « La direction du CCN m’a proposé de m’associer et de participer à la sélection des dossiers d’accueil
studio, de réaliser une carte blanche chaque année, avec une aide spécifique de l’Etat et de discuter
systématiquement sur l’artistique. »
A - « Il est à noter la proposition très originale du directeur de confier un espace de programmation à deux
artistes-associés. Nous sommes chargés tous les deux de programmer quatre spectacles dans la saison
et d’organiser un Laboratoire des nouvelles écritures scéniques. C'est un chantier à part entière excitant et
valorisant pour un artiste, une démarche à saluer! »
L - « Les artistes-associés ne sont pas en charge de la programmation, mais ils sont naturellement
conseillers artistiques. En tant que directeur de lieu, on ne peut pas aller tout voir. Je gère des problèmes
de budget, des problèmes politiques, des problèmes de mondanités... Or, si j’ai choisi ces artistes, c’est
que j’ai confiance dans leur jugement artistique. Un artiste qu’on apprécie, c’est comme une planète, c’est
comme quand on ouvre un livre, c’est un rhizome. J’ai besoin de regards extérieurs, c’est très précieux, et
j’envisage donc d’aller encore plus loin en formalisant cela avec la mise en place d’un comité artistique de
direction. »
L - « Nous avons décidé que chaque artiste-associé pourrait programmer librement un spectacle d’un
autre artiste chaque saison. Ce qui a évidemment posé la question de la convergence des goûts. Le choix
fait par un des artistes-associés nous a même amenés à reprendre contact avec un artiste dont nous
avions décliné quelques mois plus tôt la proposition. Finalement, cette expérience est intéressante, car les
spectacles sélectionnés par les artistes-associés ont fait émerger une cohérence supplémentaire dans la
programmation autour d’une même génération d’artistes et autour de propositions artistiques qui
présentaient une certaine proximité. »
L - « Il a été associé à la réflexion sur les projets artistiques développés par la scène conventionnée. Il a
participé aux réunions de programmation, et il a pris une part active dans la direction artistique du
festival. »
••••••••••
> Dans certains cas, les lieux et les artistes développent aussi une collaboration à l’endroit de la communication.
Cette pratique concerne près de 19% des partenariats.
A - « J’écris les textes de la brochure de saison. »
L - « Nous avions un besoin en termes de renouvellement de la communication visuelle et nous savions
que la compagnie avait cette compétence. D’où l’opportunité d’ouvrir la collaboration à un nouveau
terrain. »
••••••••••
> D’aucuns voient l’artiste - ou la compagnie - « comme un nouveau collaborateur pour l’équipe » et
l’invitent à s’impliquer non seulement dans la vie du lieu mais également dans son fonctionnement.
Il peut s’agir de mettre à profit la présence et la participation de l’artiste pour stimuler l’équipe, éviter la
routinisation, donner et redonner du plaisir.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
23
Ou bien le lieu souhaite aller plus loin en associant l’artiste à des décisions clé et en lui ouvrant la possibilité
d’être présent aux instances de gouvernance.
L - « Dans les théâtres, il y a les 35h, les personnes ont une certaine distance par rapport aux projets, la
structure est codifiée. Je pensais qu’un artiste pouvait apporter quelque chose à des équipes permanentes
qui sont dans la sécurité, dans un fonctionnement un peu figé. Mon idée était d’introduire un artiste pour
embêter tout le monde, pour être une sorte de mouche du coche. »
L - « Notre SMAC accueille dans son lieu un artiste-associé pendant 2 ans. Celui-ci intervient à tous les
endroits du projet artistique et culturel, c'est passionnant pour l'apport d'idées nouvelles, d'une vision
extérieure, de contacts et de collaborations renouvelés, d'une présence forte ancrée sur le territoire. C'est
comme un nouveau collaborateur pour l'équipe et son apport de nouvelles propositions est important.
Depuis mai 2015, les statuts de l'association qui gère la SMAC permettent à un représentant des artistes
de siéger au conseil d'administration et donc de participer à la gouvernance. »
L - « Deux artistes du collectif sont membres de la SCIC qui administre désormais le CDN. »
L - « Chez nous, la compagnie en résidence longue est membre associé de l'association qui exploite le
théâtre. »
••••••••••
> Ce qui n’est pas sans poser quelques questions : les artistes ont-ils finalement une vraie appétence
pour participer au fonctionnement des lieux voire à leur gouvernance ? Formulent-ils des demandes en ce
sens ? Expriment-ils clairement des souhaits pour être présents dans les espaces de décision ?
Les responsables de lieux semblent ouverts mais bien dubitatifs. Lorsque ces questions leur ont été posées en
entretien afin de creuser un peu le sujet, les réponses ont toutes été plutôt négatives.
L - « Oui si c’est pour un seul trimestre et si c’est une expérience artistique. Sinon, au contraire les artistes
devraient être déchargés de ces histoires administratives. »
L - « Concernant la gouvernance, je pense que les artistes s’en foutent. »
L - « Idéalement ils pourraient assister aux réunions d’équipe, mais c’est énergivore, ils n’ont pas le temps
et ils ne sont pas payés pour ça. »
L - « Ils n’ont pas particulièrement exprimé le désir de participer aux réunions d’équipe. L’une de nos
artistes- associés est venue deux fois, mais elle a vu combien c’est ennuyeux. »
••••••••••
Ce qui ne signifie pas nécessairement que les artistes se désintéressent de ces questions, mais peut-être ont-ils
déjà beaucoup d’autres souhaits, plus essentiels, à soumettre aux lieux...
De fait, les propos collectés auprès des artistes révèlent que beaucoup d’entre eux ne sont pas contre cette idée.
Néanmoins, les obstacles sont selon eux assez considérables : manque de temps ; non-rémunération ; incapacité
globale des artistes à s’investir sur ces enjeux alors qu’ils ne parviennent même pas à financer leur recherche
artistique.
A - « Les réunions, oui, mais comment sont payés les artistes ? Mais c’est vrai, je rêverais de ça : investir
vraiment le lieu. »
A - « Oui, mais dans les résidences, il y a d’un côté les gens de la maison qui sont permanents, payés
pour être présents et en face des artistes payés que lorsqu’ils répètent ou qu’ils jouent. »
••••••••••
Globalement les réponses tendent à indiquer qu’il y aurait un désir de part et d’autre, et même une évolution dans
l’esprit des acteurs du secteur à cet endroit, mais que les freins et les inconvénients sont perçus comme
insurpassables. Aussi le sujet est-il le plus souvent clos avant même d’être vraiment traité.
Les expériences que la présente étude a permis d’identifier et une enquête complémentaire pourraient contribuer
à suivre de près certaines expérimentations et à en tirer des enseignements un peu plus précis.
En attendant, un constat complémentaire peut d’ores et déjà être dressé : c’est plus particulièrement lorsque le
lieu connait un tournant dans son activité que les artistes sont appelés à intervenir sur le diagnostic, l’écriture et la
réorganisation du projet.
D’une façon générale, l’arrivée d’une nouvelle direction est souvent propice à un dialogue poussé et à la mise en
place d’une réflexion conjointe et approfondie.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
24
1.3. LES VERTUS DU FACTEUR TEMPS
Au fur et à mesure du développement des pratiques de partenariat sur la durée ces vingt dernières années, de
nombreux témoignages (dans la presse professionnelle notamment), des prises de position
15
, ainsi que quelques
rares travaux universitaires
16
, ont rendu compte des avantages de ces associations pour les lieux, pour les
artistes, pour les publics, pour le territoire.
Ainsi on a déjà pu lire souvent que les artistes apportent dans les lieux une autre vision, une dynamique qui
bouscule les habitudes des équipes, une énergie qui aide à éviter la routine ; que leur présence sur la durée est
un outil indispensable pour aller à la rencontre des habitants, une formidable opportunité de construire et de
resserrer les liens avec les publics
17
, une occasion de mener un travail d’action culturelle plus poussé en lien
avec une pluralité d’opérateurs locaux.
Il est aussi communément admis qu’être associé à un lieu améliore les conditions de travail et de production des
compagnies et que le cheminement des artistes s’en trouve amplement facilité durant une ou plusieurs années.
Enfin, lieux et artistes ont toujours affirmé que ces pratiques les aident à gagner en rayonnement, en poids et en
visibilité (cf. tableaux 5a et 5b, plus de trois-quarts des compagnies et des lieux confirment que les partenariats
sur la durée ont un impact sur la notoriété de leur structure).
La présente étude a permis de compléter ces constats et surtout de repérer d’autres vertus du facteur temps.
Tout d’abord, il est important de souligner que le paramètre de la durée constitue une partie de la réponse à deux
des difficultés majeures identifiées dans l’étude portée en 2014 par l’Onda au sujet des Pratiques de production
et de diffusion de spectacles des compagnies subventionnées :
- la difficulté des compagnies à disposer d’un socle un minimum durable pour y implanter la réalisation de projets
ponctuels (de production) ;
- la difficulté des lieux et des équipes artistiques à se comprendre, à tenir compte des contraintes et des besoins
de l’autre, à nouer une relation équilibrée.
> Les cinq propos ci-dessous synthétisent assez bien les nombreux témoignages d’artistes qui indiquent que
l’addition [appui + durée] a bien pour résultat la structuration d’une « assise », d’un « port d’attache »,
d’un « camp de base », d’une « maison » auxquels vont pouvoir être rattachés les processus de
recherche artistique, de création et de fabrication.
A - « La durée, c’est la seule façon pour nous d’avoir un peu de sécurité, de sérénité. »
A - « Dans les bénéfices, nous pourrions ajouter la sensation
18
d'appui et d'une accroche à un endroit pour
un temps qui assure une certaine assise pour se concentrer sur l'artistique. »
A - « Le long terme est l’opposé du sursis, c’est super complexe de se projeter. Artistiquement, si on se dit
tout le temps qu’on va mourir demain, c’est épuisant. On ne s’autorise pas à se ressourcer. Du coup dès
que la directrice m’a parlé d’association, j’ai pu mettre en place un labo de recherche sur deux ans. Je me
suis autorisé de la recherche et ça a été porteur pour la suite. »
A - « La durée, c’est s’offrir des temps de recherche, de laboratoire artistique. »
A - « La possibilité d'avoir des temps de recherche qui sont détachés des logiques de création. »
L - « Pour une des équipes accompagnées, le fait d'être artiste-associé a probablement renforcé "l'assise
institutionnelle" de la compagnie, et la DRAC a choisi de la conventionner. »
••••••••••
> En outre, l’étalement d’une collaboration entre lieux et artistes sur la durée est source de valeur-ajoutée
grâce à des progrès en termes de compréhension mutuelle et grâce à des dynamiques de simplification
et d’assainissement progressif des relations, non seulement entre artiste / directeur ou directrice /service des
relations publiques, mais aussi - et c’est important - entre équipes artistiques accueillies et équipe technique du
lieu.
A - « La durée simplifie les choses. On s’écoute. On s’entend mieux avec l’équipe des relations publiques.
Et avec les équipes techniques c’est génial, la durée permet de se connaitre, ils se rendent très
disponibles, ils nous prêtent du matériel. »
																																																													
15
Voir par exemple Pour une politique active d’association entre les artistes et les lieux. Motion A, SYNDEAC, Assemblée Générale, 13 juin 2005.
16
Voir par exemple « Artistes associés » : quels enjeux pour l’association d’artistes dans les établissements subventionnés ?, Edwige Peigné,
Mémoire de Master2 en management du spectacle vivant, Université de Bretagne-Occidentale, Brest, 2006.
17
La question des liens avec le public peut néanmoins donner lieu à des propos quelque peu nuancés. Par exemple, le responsable des relations
publiques d’un théâtre nous a déclaré : « Concernant les publics, la durée est un outil à double tranchant. D’un côté cela offre aux publics la
possibilité de percevoir avec une acuité plus forte, d’avoir une relation plus intime avec l’œuvre, ça permet de mettre en confiance, de fidéliser les
publics. La récurrence des projets d’un même artiste permet aussi une familiarité : ces artistes font partie du même monde que celui qu’on
connait. Cela conduit le public à faire des choix à l’aveugle, en confiance (au lieu). Mais à l’inverse cela peut éloigner des gens qui savent très
bien ce qu’ils ne veulent plus voir, des gens qui n’ont plus envie de suivre un artiste ».
18
Le terme employé de « sensation » est intéressant car il nous incite d’entrée de jeu à nuancer les constats globalement positifs, à interroger les
limites du principe de la durée, ce que nous ferons dans les parties 2 et 3.
Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux
25
L - « Parfois il y a des tensions entre des équipes artistiques et notre équipe technique, mais précisément
ce n’est pas avec les artistes-associés. Parce qu’avec les artistes-associés, on anticipe les lourdeurs, on
prévoit ce qui pourrait générer des tensions en amont. Le temps permet de travailler ainsi et d’éviter les
frictions. »
••••••••••
C’est sur le temps long que la compagnie peut s'imprégner totalement des modalités de travail, des projets ou
des dispositifs mis en œuvre au sein de la structure dans chaque domaine d'activité.
A - « C’est plus fluide, plus confortable, on peut apprendre plein de choses sur le fonctionnement du lieu.
On connait tout le monde. On peut faire attention aux endroits sensibles. »
L - « La durée permet aux artistes de comprendre les réalités de gestion d’un équipement comme le nôtre,
les réalités de gestion d’une équipe, de gestion des plannings.
L - « On apprend à se connaitre. Il y a une familiarité. On prend le temps de développer des affinités. Tout
est plus simple. »
••••••••••
C’est grâce au temps long que la structure apprend à connaitre l'univers artistique et le fonctionnement de la
compagnie, ses projets spécifiques. Nous avons vu plus haut que le rapprochement sur la durée favorisait le
dialogue et les retours du lieu sur le projet artistique de la compagnie (cf. tableau n°2).
L - « Pour moi et mon équipe, la durée nous aide à mieux saisir jusqu’où nous allons pouvoir aller avec un
artiste, ce qu’on peut lui demander et à quel moment. »
L - « C’est un atout pour travailler ensemble. On connait mieux les artistes. On peut anticiper et s’adapter
à leurs demandes. Et pour nous l’équipe du lieu, c’est un facteur de proximité avec l’artistique.»
••••••••••
Et plus globalement, en partageant le quotidien des équipes artistiques
19
, l’équipe du lieu nourrit une
compréhension plus intime de la création.
A - « Les lieux peuvent d’autant mieux défendre nos spectacles que toute l’équipe nous voit créer. Ils
accompagnent le geste artistique. Il faut des artistes dans les maisons. C’est super pour l’équipe du lieu.
Ils croisent les artistes, ils soutiennent quelque chose qu’ils ont vu naitre. »
••••••••••
> Dans ces conditions, la collaboration peut augmenter en termes d’envergure et de complexité.
Par exemple, les données chiffrées collectées montrent que trois domaines de collaboration, pour certains très
peu investis, semblent tout particulièrement s’ouvrir aux artistes avec la durée du partenariat : ainsi plus le
partenariat dure plus la participation à la programmation, à la réflexion sur l’avenir du projet artistique et culturel
du lieu et, à la marge, au choix des autres compagnies en résidence augmentent. La durée favorise donc la
combinaison de plusieurs axes et plusieurs niveaux d’échanges : temps de résidence, production et diffusion,
action culturelle, collaboration sur la programmation, sur la vie et sur le fonctionnement du lieu.
Les données qualitatives corroborent et détaillent les dynamiques d’approfondissement de la relation artiste-lieu-
public-territoire.
Nous développerons en deuxième partie cette approche en la rattachant à la notion d’intensité.
L - « La durée nous permet d’élaborer des choses « situées », en fonction du contexte, c’est-à-dire de
faire ensemble du sur mesure avec une compréhension et une analyse du territoire. »
L - « La durée nous donne le temps de coconstruire, d’instaurer un dialogue qui dépasse largement la
relation habituelle entre un artiste et un lieu. On atteint un autre degré relationnel. »
L - « Le travail sur la durée permet d'installer une réelle collaboration et de mieux la faire repérer par nos
partenaires et nos publics. »
L - « Avec la durée, on peut aller au-delà de « donner des moyens ».
L - « Si la durée est trop courte, il est plus difficile d’aller au-delà de l’accompagnement en
production/diffusion. »
A - « C’est là qu’apparait la notion de coopération. »
••••••••••
																																																													
19
La configuration même des espaces peut d’ailleurs aider à ce partage du quotidien de l’autre. Ainsi, dans les locaux de la Snat 61 à Alençon, où
nous nous sommes rendus pour des entretiens, les loges se trouvent dans le même couloir que les bureaux de l’équipe du lieu.
PRATIQUES DE PARTENARIATS SUR LA DURÉE ENTRE COMPAGNIES ET LIEUX DE SPECTACLE VIVANT
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PRATIQUES DE PARTENARIATS SUR LA DURÉE ENTRE COMPAGNIES ET LIEUX DE SPECTACLE VIVANT

  • 1. ÉTUDE Résidences longues, ASSOCIATIONS AU LONG COURS... PRATIQUES DE PARTENARIATS SUR LA DURÉE ENTRE COMPAGNIES ET LIEUX ÉTUDE CONDUITE PAR L’ONDA, RÉALISÉE PAR FRÉDÉRIQUE PAYN ET MARIE DENIAU / FINANCÉE PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION - DIRECTION GÉNÉRALE DE LA CRÉATION ARTISTIQUE (DGCA) / JUIN 2016
  • 3. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 3 •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• RESIDENCES LONGUES, ASSOCIATIONS AU LONG COURS… PRATIQUES DE PARTENARIATS SUR LA DURÉE ENTRE COMPAGNIES ET LIEUX Frédérique Payn : conception et mise en œuvre de l’enquête par questionnaires, rédaction du rapport intermédiaire. Marie Deniau : participation à la conception de l’enquête par questionnaires, entretiens qualitatifs, rédaction du rapport final Remerciements À toutes les personnes ayant contribué à cette étude, et à toute l’équipe de l’Onda qui a participé tant à la collecte qu’à l’analyse des données. Onda – Office national de diffusion artistique tél. 33 (0)1 42 80 28 22 www.onda.fr ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
  • 4. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 4 SOMMAIRE 1. Présentation 2. Méthodologie PARTIE 1 - LE CHOIX DE LA DUREE COMME OUTIL DE TRAVAIL 1.1 La résidence longue, une démarche globale pour répondre à une diversité d’enjeux et de besoins 1.1.1 Principaux objectifs et enjeux pour les lieux 1.1.2 Le cumul des partenariats par les lieux 1.1.3 Une nécessité autant qu’une opportunité pour les équipes artistiques 1.1.4 Le cumul des partenariats par les compagnies répondantes 1.2 Plateaux, moyens financiers, action culturelle et plus « si affinités » 1.2.1 Mise à disposition d’espaces de travail 1.2.2 Dialogue sur le projet artistique de la compagnie 1.2.3 Coproduction et diffusion des spectacles 1.2.4 L’artiste accueilli sur la durée devient fréquemment un acteur du projet culturel du lieu... 1.2.5 ... mais il est plus rarement associé aux choix artistiques ainsi qu’au fonctionnement de la structure 1.3 Les vertus du facteur temps 1.4 Partenariats longs : vers une concentration des moyens ? PARTIE 2- DES NIVEAUX ET DES FORMES D’INTENSITE VARIABLES 2.1 La présence : une délicate combinaison de données temporelles et géographiques 2.1.1 La présence et ses déclinaisons 2.1.2 Un déficit notable à l’endroit de l’hébergement et de la restauration des équipes artistiques 2.1.3 Proximité artistique VS proximité physique : l’impact de la distance 2.2 L’intensité partenariale au prisme des rythmes de production, des pratiques de diffusion et des capacités financières 2.2.1 Des rythmes variés en termes de coproduction 2.2.2 Une double lecture du principe de diffusion 2.2.3 « Il faut un minimum de moyens » 2.2.4 L’intensité peut aussi se mesurer en fonction du volume de relations entre partenaires 2.3 Emergence de pratiques de résidences longues mutualisées : bénéfices et écueils PARTIE 3 - LA QUALITE DE LA RELATION COMME PARAMETRE CLE 3.1 Les affinités artistiques et les liens interpersonnels sont déterminants 3.1.1 Proximité artistique et collaborations préalables 3.1.2 Confiance mutuelle et dialogue 3.1.3 Où l’on retrouve la notion de responsabilité 3.2 Les partenariats longs entre artistes et lieux reposent sur des échanges plus réciproques qu'il n'y paraît... 3.3 ... pourtant la durée ne suffit pas toujours à apaiser et à équilibrer la relation 3.3.1 Difficultés au sujet de la prise en charge du surplus d’activité 3.3.2 Persistances d’endroits de tensions et de malentendus 3.4 La mise en place d’un accord clair et de temps de concertation est un impératif 3.4.1 Clarification du cadre partenarial 3.4.2 Sans contrat 3.4.3 Ou avec contrat 3.4.4 Toujours avec agilité et dans un esprit de co-construction 3.5 Des tendances coopératives qui s’affirment
  • 5. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 5 Rappel de chiffres clés Conclusion Remerciements Annexes - Annexe 1 : Échantillon de lieux, lieux répondants, et lieux présents dans les réponses des compagnies - Annexe 2 : Compagnies répondantes et compagnies présentes dans les réponses des lieux - Annexe 3 : Caractéristiques des 72 lieux répondants qui menaient des partenariats sur la durée avec un artiste ou une compagnie en 2014/15 - Annexe 4 : Caractéristiques des 23 lieux répondants qui ne menaient pas de partenariats sur la durée avec un artiste ou une compagnie en 2014/15 - Annexe 5 : Caractéristiques des 74 compagnies répondantes - Annexe 6 : Questionnaire adressé aux lieux et festivals - Annexe 7 : Questionnaire adressé aux compagnies
  • 6. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 6 •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• PRÉSENTATION Sous des appellations variées (artistes-associés, artistes en compagnonnage, artistes complices, artistes en résidence longue...), de plus en plus de lieux du spectacle vivant ont pris l’habitude d’accueillir des artistes en leurs murs de façon pluriannuelle. De fait, depuis les années 1990, le phénomène de multiplication des résidences, en concordance avec la poursuite d’une dynamique de décentralisation, n’a cessé de monter en puissance. Dans ce contexte, l’idée de collaborer et de s’associer entre lieux et artistes non plus seulement de façon ponctuelle mais aussi sur de longues périodes a émergé et a été mise en œuvre sur tout le territoire et par toutes sortes d’établissements, quels que soient leur label ou leurs moyens financiers. Plus ou moins formalisées, co-financées ou non par les aides publiques de l'Etat ou des collectivités territoriales, ces formes partenariales - dont la durée est le paramètre central - conjuguent des objectifs de soutien au travail de création, de médiation avec les publics, d'inscription territoriale des artistes et de permanence artistique au sein des établissements. L'étude sur Les pratiques de production et de diffusion de spectacles des compagnies subventionnées, menée à partir de témoignages de compagnies et publiée par l'Onda en 2014, avait fait apparaitre ces pratiques de partenariats au long cours non seulement comme une voie d’accès privilégiée pour les équipes artistiques aux ressources les plus indispensables (espaces de travail, moyens matériels et techniques, apports en coproduction, opportunités de diffusion), mais aussi comme un espace de collaboration où peuvent potentiellement se tisser des relations plus sereines et plus symétriques entre les opérateurs. Frustrées par un jeu d’acteurs souvent déséquilibré et limité à des rapports d’acheteur/vendeur, déçues par des situations de négociations de plus en plus tendues, de nombreuses compagnies interrogées appelaient de leurs vœux des interactions plus poussées avec les lieux et affirmaient une volonté d’élargir les partenariats au-delà de la stricte situation de production/diffusion. Or, si les lieux à l’initiative de ces résidences longues communiquent assez largement sur le nom et le parcours des artistes qu’ils reçoivent et accompagnent, il est plus difficile de saisir quel est le réel contenu ainsi que la nature et les modalités de réalisation de ces partenariats. D’ailleurs, la circulaire ministérielle du 13 janvier 2006 avait déjà observé cet écueil : « La grande diversité des formes adoptées par ces actions soulève, dans certains cas, des difficultés pour cerner clairement les enjeux attachés à ces initiatives, définir les conditions de leur mise en œuvre et mesurer l'impact des moyens » qui y sont consacrés. Partant de là, l’Onda a entrepris de collecter des informations concrètes, tant auprès des équipes artistiques que des lieux, afin de dresser un état des lieux à l'échelon national. L’enjeu de ce travail exploratoire consiste bien à gagner en visibilité sur des pratiques encore nébuleuses, à mettre à jour les plus-values des résidences au long cours, et à les illustrer par des propos d’acteurs de terrain. Cette recherche et ce décryptage visent aussi à contribuer à une réflexion sur les opportunités d’une plus grande solidarité structurelle dans le secteur du spectacle vivant. Les résultats de l’étude sont présentés en trois parties : - La première partie insiste sur le choix de la durée comme « outil de travail ». Elle examine d’abord les motivations des lieux et des compagnies d’une part pour s’associer, d’autre part pour cumuler plusieurs partenariats de longue durée. Elle présente ensuite les principaux axes de collaboration. Puis elle met en lumière les vertus et les endroits d’efficacité des résidences au long cours. Enfin, elle interroge la tendance à une certaine concentration des moyens sur un nombre limité d’équipes artistiques, via ces pratiques d’association pluriannuelle. - Si l’idée de durée constitue bien le point de départ de la recherche, la deuxième partie du rapport propose de mettre aussi l’accent sur la notion d’intensité. En effet, la temporalité ne peut pas être le seul critère d’observation, il faut aussi tenir compte de la densité de la collaboration. C’est donc ici qu’est abordée la question centrale de la présence effective des artistes dans les lieux. Et le niveau d’intensité partenariale est également rattaché à d’autres paramètres tels que le rythme des projets de production, l’ampleur de la diffusion des spectacles (créés dans le cadre des partenariats longs), les moyens financiers, ou encore les volumes de relations entre partenaires. - Enfin, la troisième partie s’attache à étudier la corrélation entre durée et qualité de la relation. Après avoir confirmé le caractère déterminant des affinités artistiques, des liens interpersonnels, de la capacité de chacun à dialoguer et à faire confiance pour la faisabilité et la réussite des résidences longues, elle fait apparaitre que l’échange entre compagnies et lieux est plus réciproque que ce qui est habituellement pensé. En effet, les lieux
  • 7. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 7 semblent bien retirer de forts bénéfices des partenariats sur la durée, y compris dans des domaines un peu inattendus comme celui des compétences. Mais malgré cette réciprocité dans les apports et malgré les vertus du facteur temps, la relation demeure souvent déséquilibrée et des tensions continuent à se manifester. La persistance de ces rapports de pouvoir plaide pour une clarification du cadre partenarial, tout particulièrement sous une forme contractualisée. ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
  • 8. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 8 •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• MÉTHODOLOGIE La collecte de données s’est opérée en deux temps : à la fin de l’année 2015 par le biais de questionnaires en ligne et au premier semestre de l’année 2016 via des entretiens qualitatifs. Les équipes artistiques et les lieux ou festivals qui ont répondu à notre enquête ont manifesté un grand intérêt pour la question abordée et un enthousiasme certain dans le partage de leurs expériences. Nous avons donc travaillé sur un panel d’acteurs du terrain qui s’investissent fortement dans des partenariats sur la durée (d’au minimum une saison), et réfléchissent à leurs enjeux comme à leurs modalités de mise en œuvre. Aussi, les situations décrites dans leurs réponses sont-elles à considérer comme des cas plutôt développés, plutôt solidaires, et plutôt intenses du point de vue de la collaboration entre les partenaires. QUESTIONNAIRES Deux questionnaires en ligne ont été conçus, l'un à destination des lieux et festivals, l'autre à destination des compagnies, pour interroger les acteurs du terrain sur leurs pratiques de partenariats sur la durée. Nous avons choisi d'utiliser, par défaut et par souci de neutralité, le terme peu satisfaisant de "partenariat" pour ne pas orienter les réponses et les interprétations par l'usage des termes de "résidence", "association d'artiste à un lieu" ou "compagnonnage". Nous avons, pour la même raison, préféré au qualificatif "long", l'expression "sur la durée". Dans les questionnaires, nous avons choisi de définir ce qui serait considéré comme un "partenariat sur la durée" ainsi : un engagement réciproque entre une structure du spectacle vivant et une équipe artistique, sur une durée d'au minimum une saison (septembre à août). La saison 2014/15 a été choisie comme période de référence afin de permettre aux personnes interrogées d'avoir suffisamment de recul pour tirer quelques enseignements de leur expérience. Les deux questionnaires 1 ont été construits sur la même logique : 1. un bloc de questions sur les caractéristiques du lieu ou de la compagnie. 2. un bloc de questions concernant le contenu du partenariat (possibilité de décrire jusqu'à 5 partenariats pour les lieux, et jusqu'à 4 partenariats pour les compagnies). 3. un bloc de questions évaluatives sur les bénéfices de ces partenariats et les évolutions souhaitées. L'échantillon de lieux et de festivals a été établi sur la base des structures labellisées par le ministère de la Culture et de la Communication (scènes nationales, centres dramatiques nationaux, centres chorégraphiques nationaux, centres de développement chorégraphique, festivals de musique et SMAC jazz 2 , pôles nationaux des arts du cirque, centres nationaux des arts de la rue, opéras en région et centres nationaux de création musicale) et complété par les scènes conventionnées ainsi qu'une sélection de huit lieux non labellisés, repérés par l’Onda pour leur pratique de résidences d’artistes sur la durée. Soit au total : 375 structures 3 Concernant les compagnies, seules des équipes artistiques qui menaient des partenariats sur la durée avec des lieux de l'échantillon (décrit ci-dessus) sur la saison 2014/15 étaient destinataires de l'enquête. C'est à partir d’informations recueillies en amont sur les supports de communication des structures de l'échantillon (brochures de saison et sites internet), puis à partir de leurs réponses au questionnaire, que nous avons constitué un panel de 322 compagnies et ensembles musicaux 4 interrogés. Ces compagnies ont été invitées, à leur tour, à décrire leurs pratiques de partenariats sur la durée durant la saison 2014/15. Le panel de partenariats décrits par les compagnies n’est donc pas le même que celui des partenariats décrits par les lieux : d’abord parce que certains lieux ont évoqué des partenariats avec des compagnies qui n’ont pas répondu (133) ; ensuite parce que des compagnies qui étaient liées à des lieux non répondants ont, elles, envoyé leurs réponses et que certaines d’entre elles décrivent aussi des partenariats avec des lieux qui ne font pas partie de notre échantillon (76) 5 . 1 Voir annexes 6 et 7 2 Une sélection de 74 SMAC Jazz et festivals de musique, réalisée par l'Onda, a été destinataire du questionnaire : 6 SMAC Jazz ont répondu et 7 festivals de musique. 3 Voir annexe 1 4 Voir annexe 2. Dans les pages qui suivent, le terme de "compagnies" englobera par commodité les ensembles musicaux. 5 Voir annexes 1 et 2.
  • 9. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 9 LES RÉPONSES AUX QUESTIONNAIRES > 95 lieux sur 375 ont répondu au questionnaire, soit un quart de l’échantillon. > 72 lieux (dont 3 festivals) ont répondu qu'ils menaient au moins un partenariat sur la durée avec un artiste en 2014/15. Ce sont ces 72 lieux que nous nommerons, dans les pages qui suivent, notre "panel". Les résultats de l’enquête nous semblent devoir être lus en ayant à l’esprit que le panel de répondants se compose probablement de structures qui sont particulièrement concernées et actives à l’endroit des partenariats longs avec des artistes, et qui souhaitent par leurs réponses valoriser leur travail. En cela, il peut ne pas être représentatif de notre échantillon de départ. Les caractéristiques de ces structures, ainsi que celles des 23 structures qui ont répondu ne pas mener ce type de partenariat, sont consultables en annexes 3 et 4. > 74 compagnies (dont 13 ensembles musicaux) sur 322 ont répondu au questionnaire, toutes concernées par au moins un partenariat sur la durée avec un lieu en 2014/15. Les caractéristiques de ces compagnies sont consultables en annexe 5. > 272 descriptifs de partenariats ont ainsi été collectés : - 165 descriptifs émanant de lieux - 107 descriptifs émanant de compagnies Soit au total 257 partenariats différents car 25 partenariats ont été décrits à la fois par le lieu et par la compagnie concernés. Nous avons choisi, dans le traitement des données, de conserver toutes les réponses (272) même lorsqu’il s’agit d’un seul et même partenariat décrit par les deux parties. En effet, il y a souvent des différences intéressantes dans les contenus décrits de part et d'autre, et nous n'avons pas souhaité choisir entre les versions, ni prendre une moyenne des deux. ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• Sur l'ensemble des partenariats décrits : > 39% des partenariats ont une durée de 4 saisons et plus > 35% ont une durée de 3 saisons > 16% une durée de 2 saisons > 10% une durée d'une saison Près des trois quarts des partenariats du panel s’étendent sur une durée supérieure à 2 saisons. ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• LES ENTRETIENS Une deuxième étape de travail a permis d’étudier et d’analyser plusieurs cas de collaboration via une série d’entretiens qualitatifs. La quantité d’entretiens étant limitée, le choix a été fait d’orienter l’observation vers des situations comportant une part d’innovation c’est-à-dire intégrant dans le partenariat des pratiques plutôt inédites, ou en tout cas peu répandues, fruits d’une évolution des processus de travail et de coopération dans le champ du spectacle vivant. Ont été ainsi retenus : - le cas d’un partenariat qui repose sur une collaboration entre un lieu et un bureau de production ; - le cas de partenariats qui expérimentent un principe de partage de la prise de décision entre le lieu et les artistes accueillis (gouvernance partagée, programmation partagée...) ; - le cas d’un partenariat qui introduit l’idée de résidence partagée (l’équipe artistique est accueillie sur la durée par plusieurs lieux qui se coordonnent volontairement pour concevoir un projet conjoint et mettre en commun leurs ressources) ; - le cas de partenariats qui réunissent autour du lieu une « constellation » d’artistes pour entretenir sur le long terme une relation étroite (de complicité, de compagnonnage...) et faire émerger entre artistes des croisements et des collaborations ; les lieux parlent à cet endroit de « collectif d’artistes ». Nous nous sommes également intéressés à des situations permettant de considérer l’impact des baisses de subventions sur les pratiques de résidence-association. Les entretiens ont donc été orientés vers la dimension la plus innovante des partenariats retenus. Mais ils ont également permis de recueillir des informations sur les usages et les pratiques les plus courantes, complémentaires à celles collectées par les questionnaires. Nous avons notamment cherché à mieux saisir la nature et le volume des apports des compagnies (artistique, créativité, inventivité, stimulation, compétences...) ainsi que le caractère de réciprocité des échanges entre les partenaires. Les résultats de l’enquête en ligne avaient en effet suggéré que les apports des partenaires, certes de nature différente, étaient probablement plus
  • 10. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 10 équivalents que ce qui est habituellement dit ou pensé. Il nous a donc semblé intéressant d’interroger plus avant les protagonistes sur ce point. L’objectif de cette deuxième étape de l’étude a consisté à observer des situations riches d’enseignements et susceptibles d’ouvrir des pistes de réflexions, de faire circuler des idées auprès des opérateurs, de susciter leur envie d’intensifier leurs pratiques de résidences longues et/ou de les inciter à expérimenter de nouvelles formes collaboratives. REMARQUES TERMINOLOGIQUES L’emploi de la notion de résidence s’est généralisé pour désigner finalement des pratiques et des réalités extrêmement diverses tant en matière de durée, que d’intensité, de moyens ou encore d’objectifs. Dans le même temps, afin de dénommer de façon plus précise et plus pertinente les choix des acteurs de terrain ou de mieux cibler les endroits d’intervention des pouvoirs publics, d’autres termes sont apparus : artiste-associé, artiste coopérateur, artiste adossé ; complicité, fidélité, compagnonnage, parrainage ; port d’attache, maison d’artistes, maison mère, camp de base ; association, coopération, collaboration ; résidence de création, résidence d’expérimentation, résidence laboratoire, accueil studio, résidence de diffusion, résidence-association, résidence tremplin, artiste en territoire ; collectif d’artistes, association d’artistes, ensemble artistique... Mais la plupart de ces expressions sont devenues elles aussi polysémiques. Utilisés dans de trop nombreuses acceptions, la plupart de ces mots ne correspondent plus à une définition et à une situation précise sur lesquelles tous les professionnels du secteur pourraient s’accorder. Même le terme de résidence-association, pourtant clairement circonscrit par la circulaire ministérielle de 2006, est employé pour parler de pratiques non conformes aux recommandations de cette même circulaire. Certaines compagnies par exemple se déclarent artistes-associés dans un lieu alors qu’aucun contrat n’a été signé entre les parties. D’ailleurs les lieux et les équipes artistiques partenaires ont parfois recours à deux formules différentes pour évoquer leur collaboration : la compagnie dira qu’elle est « artiste-associé », le lieu dira que la compagnie est « membre du collectif » ou « en résidence ». Dans ces conditions, le choix a été fait pour cette étude d’employer le terme de « partenariat », et en l’occurrence de « partenariat sur la durée », au détriment de termes plus couramment utilisés par les acteurs de terrain eux- mêmes. Certes, comme cela s’est fait dans l’étude de l’Onda sur les pratiques de production et de diffusion des compagnies, la notion de partenariat ou de partenaires s’applique souvent à de simples relations de coproduction ou de diffusion. C’est pourquoi nous avons ajouté au titre du présent rapport un surtitre qui, outre l’idée de durée, indique clairement notre point de départ : le fait résidentiel et les pratiques d’association. Le terme de partenariat, nous l’avons vu, a été défini dans les questionnaires que nous avons élaborés comme un « engagement réciproque » entre deux structures, il comprend aussi l’idée de regroupement, d’agencement, d’association voire de coopération. Il a l’avantage d’être très englobant et semble donc plus adapté à la diversité des pratiques et des combinaisons. Il permet de tenir compte d’un espace relationnel qui s’étend bien au-delà des périodes « ciblées » (de quelques jours à quelques semaines) durant lesquelles l’équipe artistique réside effectivement dans les lieux, sur le territoire. En effet, lorsque la collaboration s’étire sur plusieurs saisons, et tout particulièrement lorsqu’elle associe des structures relativement éloignées géographiquement, la résidence - au sens « habiter », accueillir - ne devient finalement qu’un des volets des partenariats au même titre que le volet coproduction ou le volet diffusion. Son caractère assez flou (il n’apporte pas de précisions sur le contenu, la nature, les objectifs des relations nouées) nous a évité de consacrer de l’énergie à mener un travail de définition ou de catégorisation - entreprise utile et nécessaire mais qui n’était pas l’objet de l’étude - et nous a donc en conséquence permis de nous concentrer sur les critères, les paramètres qui nous avaient parus essentiels tels que la durée, la présence, l’intensité, la qualité de la relation. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• NB : Les verbatim reproduits au fil du rapport sont issus à la fois des réponses aux questionnaires en ligne et des propos collectés en entretien. Les propos énoncés par le directeur ou la directrice d’un lieu ou un membre de son équipe sont précédés de la lettre L. Les propos énoncés par un artiste ou par un membre d’une équipe artistique sont précédés de la lettre A. •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
  • 11. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 11 1. Le choix de la durÉe comme OUTIL DE TRAVAIL
  • 12. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 12 1.1 LA RÉSIDENCE LONGUE, UNE DÉMARCHE GLOBALE POUR RÉPONDRE À UNE DIVERSITÉ DE BESOINS ET D’ENJEUX 1.1.1 Principaux objectifs et enjeux pour les lieux Pour les lieux, les partenariats mis en œuvre sur la durée font écho à leurs responsabilités artistiques, professionnelles et territoriales. > 87% des lieux répondants déclarent que la mise en œuvre de partenariats sur la durée avec des équipes artistiques fait partie des missions pour lesquelles ils reçoivent un financement public. Nous avons posé aux lieux destinataires de l’enquête la question suivante : « Quels sont pour vous les enjeux et objectifs d'un partenariat sur la durée avec un ou des artistes (pour votre lieu, pour les artistes, pour votre territoire, pour l'ensemble du secteur) ? ». Leurs réponses s’articulent autour de deux thèmes majeurs : > Le soutien à la création : il s'agit d'accompagner le processus de création depuis l’idée jusqu’à la diffusion des spectacles et de faire découvrir au public toutes les facettes d'un univers artistique. Les lieux sont dans la démarche de proposer à des artistes, à un moment de leur parcours, une partie des ressources dont ils ont besoin (production, espaces, compétences...) et de concevoir un partenariat qui réponde aux souhaits des équipes artistiques. Les dynamiques partenariales à l’œuvre sont ici d’ordre plutôt sectoriel et reposent sur de fortes affinités artistiques. Un accueil de longue durée est une façon pour les lieux de « donner les moyens à la création », de partager l’outil et les moyens de production, de proposer de meilleures conditions de travail aux artistes (dont la possibilité de se projeter sur le moyen terme), de permettre également la prise de risque, l’expérimentation, les créations originales, et les projets ambitieux. Le désir d’accueillir et le passage à l’acte se basent d’abord sur les qualités d’un travail, l’originalité d’une proposition artistique. L – « Le partage de l'outil public est un devoir et une nécessité. » L – « Pour moi c’est une évidence. Les lieux sont au service des artistes. » L – « Il est important pour qu'un théâtre vive, qu'il soit une maison d'artistes, un lieu de partage et d'échange des arts et des idées. » L – « Notre raison d'être c'est l'artiste. Plus ils sont présents dans les murs, plus nos missions ont du sens. » A – « Le directeur nous a appelé : « J’aimerais t’accompagner. Voilà ce qu’on peut mettre à ta disposition. De quoi as-tu besoin ? ». Tout a été conçu selon les désirs de l’artiste. » •••••••••• A cela peut s’ajouter la nécessité de se donner un atout en termes de communication et de rayonnement. Dans ce cas, la notoriété de l’artiste constitue l’un des principaux critères de choix. > L’inscription des artistes dans le lieu et sur le territoire : il s'agit d'approfondir et dynamiser le lien artiste/lieu et de façon connexe le lien artiste/territoire/publics. En assurant une présence artistique permanente avec un seul ou plusieurs artistes, en appelant les artistes à s’impliquer dans la vie du lieu et au-delà dans la vie d’un territoire, il y a l'idée d’entrainer l’équipe du lieu sur des projets qui sortent des cadres habituels, de créer des relations plus profondes et durables avec les publics, de tisser des liens avec une population, et d'activer des synergies collaboratives avec d’autres opérateurs culturels et non culturels. Les lieux prennent une position d’opérateurs « situés », c’est-à-dire qu’ils appartiennent à un espace géographique, économique, social et politique donné, et qu’ils sont des acteurs de l’aménagement culturel d’un territoire. Dans ces situations, le contenu des partenariats relève plutôt d’enjeux territoriaux. Les partenaires - artistes et lieux - conscients de leur inscription dans un écosystème territorial - ont le souci d’élaborer une offre artistique et culturelle variée, répondant à la diversité des attentes des publics et des collectivités territoriales qui participent au financement des structures. Et cette offre artistique et culturelle est rendue accessible tant via la programmation que via des actions de médiation, d’éducation, de sensibilisation, de formation sous toutes sortes de formats : ateliers, séminaires, créations partagées, interventions dans les espaces du lieu ou en-dehors... L – « En écrivant mon dossier de candidature pour la direction de ce lieu, je me suis demandé comment tisser des liens avec le territoire (et qui dit territoire dit publics). J’ai compris que je ne pouvais le faire qu’avec des artistes, leurs idées, leur culot, leurs envies… De même aujourd’hui, j’ai envie d’aller au-delà de nos périmètres habituels, dans des zones blanches du territoire, et je sais que je ne pourrais le faire qu’avec des artistes… »
  • 13. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 13 L – « Nous avons besoin de la présence des artistes pour creuser plus en profondeur le rapport avec la population et avec l’environnement. Il est intéressant de se demander comment l’on accède à nous, il est tout aussi important de réfléchir à ce que nous mettons en place pour aller vers l’autre : cela demande du temps, cela demande de pouvoir travailler avec des artistes. » •••••••••• De fait, les partenariats sont le résultat d’une combinaison de ces dynamiques sectorielles et territoriales. Certes l’accent est parfois mis plus sur l’une ou l’autre des missions des lieux : un lieu entend avant tout répondre aux besoins de l’artiste accueilli pour créer ses prochains spectacles ; un autre entend mettre en place un partenariat avec une équipe artistique qui lui permette surtout d’aller à la rencontre des publics et d’accompagner les pratiques culturelles des populations ; un troisième fait le choix de donner la priorité à l’accompagnement sur le long cours à une équipe émergente. Mais le concept même de résidence se distingue par sa capacité à faire coïncider simultanément une pluralité de priorités. La résidence permet aux lieux d’agencer la quasi totalité de leurs missions dans un même projet. Elle est une démarche globale qui conjugue à la fois les volets recherche et création, production et diffusion, accompagnement professionnel, action culturelle et artistique, relations aux publics, partenariats locaux. Elle offre une réponse à l’enjeu d’articulation entre recherche artistique et ouverture au public, entre exigences artistiques et exigences de démocratisation et de démocratie culturelle 6 . Mise en œuvre sur des périodes pluriannuelles, elle satisfait au besoin d’inscrire les projets des lieux dans la durée (pour construire des publics, construire des partenariats avec les acteurs du territoire...). Au-delà, la forme résidentielle constitue un espace de compromis et de convergence entre les missions, les intérêts, les attentes de tous les acteurs en présence : lieux, artistes, partenaires financiers, publics. 1.1.2 Le cumul des partenariats par les lieux Pour les lieux, le panachage des équipes artistiques fait écho à la pluridisciplinarité de leur programmation et permet une réponse optimale à leur cahier des charges. ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• > 79% des lieux répondants étaient engagés simultanément dans plusieurs partenariats longs avec des artistes ou des compagnies sur la saison 2014/15 > 34% avec 4 équipes artistiques ou plus > 24% avec 3 équipes artistiques > 21% avec 2 équipes artistiques ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• La principale motivation des lieux à mener simultanément plusieurs partenariats longs avec des équipes artistiques repose sur la notion de diversité, et fait fortement écho à leurs principes de programmation. Ils cherchent à couvrir, par leurs diverses associations à des artistes, un panel esthétique varié, à favoriser la pluridisciplinarité, à toucher différents publics, à être au plus proche des singularités du territoire, et à optimiser leur programme d’action culturelle. > Ainsi, 72% des lieux recherchent dans le choix de leurs artistes partenaires une diversité disciplinaire. L – « C'est l'occasion de montrer la diversité des pratiques et des esthétiques au sein même d'une discipline. » L – « On touche ainsi différents domaines et champs artistiques, on témoigne de l'éclectisme de la programmation. » L – « Le nombre d'artistes-associés permet des rencontres entre des univers artistiques très différents, entre les publics et une véritable diversité artistique, selon des modes qui sont propres à chacun. Cela crée une grande richesse pour un théâtre en région où chaque artiste peut venir se poser selon son propre rythme et selon ses besoins. » •••••••••• > Par ailleurs, 71% recherchent une diversité des parcours et des générations. Les établissements ont semble-t-il une démarche mixte. Ils accueillent des compagnies déjà reconnues voire renommées : Sur les 74 compagnies répondantes, les trois quarts reçoivent des aides pluriannuelles (aide à la structuration ou conventionnement de la DRAC, conventionnement de la Région, conventionnement du Département). 6 Voir Les résidences d’artistes en question, Philippe Chaudoir (dir.), 2005, Agence Musique et Danse Rhône-Alpes, collection Clef de 8.
  • 14. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 14 5 compagnies ne sont pas subventionnées (soit 7%), et 13 sont aidées uniquement au projet (soit 18%). Ce sont majoritairement des compagnies structurées ayant en moyenne 13 ans d'existence. Les 2 compagnies les plus jeunes du panel ont 3 ans d'existence, mais chacune avait rencontré avant 2014 un grand succès avec sa dernière création. On remarquera ici que le degré de notoriété de la compagnie accueillie est d’ailleurs une variable importante à prendre en considération. Son impact se ressent dès la phase d’invitation (elle peut constituer un critère de choix par le lieu), ainsi qu’à l’endroit de la concertation et de la négociation (l’artiste est plus facilement en position d’exprimer ses souhaits et ses priorités, de refuser ou réduire les demandes du lieu). Ce paramètre pèse également fortement sur la disponibilité et le niveau de présence de l’artiste. Les lieux reçoivent aussi des compagnies émergentes, ou moins connues, afin de les accompagner dans leur développement. Ce qui leur permet en outre de bénéficier d’une disponibilité des artistes a priori plus importante. L- « J’ai pris conscience de cet enjeu de responsabilité professionnelle en lisant la Charte des missions des scènes nationales. » L- « Pour les plus jeunes d’entre eux, nous avons pu les accompagner en production de la petite salle à la grande salle. » L – « Ce n’est pas la même chose quand personne ne s’intéresse à un artiste et quand il devient connu. » L – « Les équipes un peu solides, qui ont plus de partenaires tendent à être moins généreuses. Elles sont plus gourmandes en budget. Elles ont plus d’attentes en termes de prise en charge. » L – « On a besoin de jeunes artistes, plus disponibles, on grandit ensemble... Faire ça avec un artiste déjà installé, ça m’intéresse moins, s’il s’agit de faire uniquement de la coproduction, pour moi ce n’est pas de l’association, on peut très bien coproduire plusieurs spectacles d’un même artiste sans ça… » A – « Pour un artiste très jeune, être artiste-associé sur 3 ans, c’est super, il va pouvoir se développer. Cela fait partie des missions de soutien des lieux. Mais certains lieux n’ont pas envie de ça. » •••••••••• L’attention particulière portée aux compagnies émergentes relève également du cahier des charges des lieux labellisés et fait partie de leur responsabilité professionnelle telle que décrite dans la Charte des missions de service public pour le spectacle vivant. > 28% des lieux se déclarent attentifs à une parité homme-femme. Ce qui semble encore peu, d’autant plus que cette dimension est a priori plus facile à traiter dans le cadre des résidences-association que dans celui de l’activité de programmation. > Une autre explication de la multiplication par un lieu de ses artistes « associés » est à trouver du côté de l’optimisation organisationnelle, de la rationalisation du partage de l’outil (taux d'occupation des salles), du panachage des échelles d’accompagnement, et de l’intensification de la permanence artistique (quand les uns sont absents, d'autres sont là). Les structures choisissent en fonction de leurs capacités et de leurs nécessités une palette d'artistes-partenaires entre lesquels se répartissent les ressources, les demandes, les axes et les niveaux de collaboration. La réalité du nomadisme, de la mobilité des équipes artistiques (notamment lorsqu’elles ont une forte activité de diffusion) participe de cette nécessaire déclinaison. L – « La présence artistique est permanente mais pas toujours avec les mêmes. » L – « Cela permet d'installer un genre de permanence artistique. Si une équipe est en tournée, l'autre peut prendre le relais. Par ailleurs, cela favorise une plus large possibilité d'actions de sensibilisation des publics selon les champs de recherche, davantage de transversalité aussi. » L – « Cela permet d'assurer une activité de création permanente pour le public (quand une équipe tourne un spectacle déjà créé, une autre équipe en crée un cette saison) et donc aussi de réduire la "pression" qui serait mise sur une seule équipe artistique (qui serait seule "responsable" de la création d'œuvres). » L- « Nous accompagnons un "grand format" mêlant musiciens régionaux et musiciens d'envergure nationale et internationale, ainsi que la compagnie d’un musicien implantée dans notre ville. Soit deux projets très différents l'un de l'autre. » •••••••••• > Les entretiens qualitatifs ont permis de remarquer que certains directeurs et certaines directrices font le choix de « mettre le paquet » sur un nombre limité voire sur un seul artiste durant plusieurs saisons. D’autres au contraire expriment le désir d’accompagner un maximum d’artistes sur de longues périodes, une posture d’ouverture et de partage, au risque de consacrer des sommes plus réduites à chacun.
  • 15. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 15 1.1.3 Une nécessité autant qu’une opportunité pour les équipes artistiques L’étude sur les pratiques de production et de diffusion des compagnies subventionnées avait bien décrit cette nécessité pour les équipes artistiques d’accéder aux moyens non-monétaires et monétaires indispensables, via des rapprochements et des associations durables avec les lieux, afin de mener à bien leurs projets et leurs missions tout en demeurant indépendantes. En effet, « les compagnies, structures pourtant dédiées au projet d'un artiste concepteur de spectacles, ne disposent pas de lieu pour lui permettre de travailler. Elles sont donc tout naturellement amenées à nouer des liens avec d'autres structures pour accéder aux espaces ainsi qu'aux ressources matérielles, techniques et logistiques (on pense au stockage) indispensables à leur cœur de métier. L'association à un lieu sur plusieurs années, au-delà des résidences de création ponctuelles dans le cadre d'une production, est l'une des modalités privilégiées de l'accès à ces ressources » 7 . Ces pratiques de partenariats sur la durée constituent par ailleurs une base de travail pour monter les productions ainsi qu’un cadre non seulement pour amorcer l’exploitation des spectacles, mais aussi pour envisager la diffusion du répertoire. Elles offrent également aux équipes artistiques la possibilité de prendre le temps de la recherche artistique, tout en leur apportant très souvent une visibilité et une reconnaissance institutionnelle supplémentaire. Les témoignages de compagnies collectés par questionnaires et par entretiens pour la présente recherche confirment en outre le désir de la plupart d’entre elles d’avoir l’opportunité d’agir en direction des publics en développant des activités conjointes avec des lieux. En contrepoint du nomadisme qui caractérise l'activité d’un grand nombre d’entre elles, l'ancrage territorial et la rencontre des publics sur la durée qu'offre une association pluriannuelle à un lieu sont deux ingrédients déterminants dans la réalisation d’une part importante des missions des équipes artistiques. On rappellera ici que les aides des collectivités publiques (Etat et collectivités territoriales) accordées aux compagnies sur plusieurs années sont généralement assorties d’une demande d’intervention et d’action en direction des publics - voire d’animation du territoire - y compris via une démarche de résidence, de partenariat ou d’association avec un ou plusieurs lieux. Pour toutes ces raisons, ces agencements inter-organisationnels (entre lieux et compagnies) représentent une voie d’accès à une forme de stabilité et un facteur majeur de développement des équipes artistiques. 1.1.4 Le cumul des partenariats par les compagnies répondantes ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 54% des compagnies répondantes 8 menaient simultanément en 2014/15 plusieurs partenariats sur la durée avec des lieux différents. Pour 48%, il s'agissait de 2 à 3 partenariats. Pour 6%, il s’agissait de 4 partenariats ou plus. ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• On peut sans doute lire ces résultats comme une conséquence de la fragmentation des apports en ressources des lieux, telle qu'elle a été soulignée pour les apports en coproduction dans l'étude sur les pratiques de production et de diffusion des compagnies subventionnées (Onda 2014). > Une seule résidence longue ne suffit pas (ou plus). La recherche de financements et la nécessité de cumuler les ressources en production poussent les compagnies à mener plusieurs partenariats simultanés. A – « Financièrement, on ne peut pas faire sans ces trois associations. On a des besoins très forts sur la production, il nous faut donc être artistes-associés à plusieurs lieux. » A – « Projet après projet, j’ai autant besoin de ces trois lieux qu’au début de mon parcours. » A – « La multiplication des associations permet de pouvoir continuer à monter des productions importantes. » A – « À l'heure où les subventions baissent, il est important d'avoir plusieurs partenariats pour multiplier les possibilités de coproduction (…), cela permet aux compagnies un accompagnement et un échange bénéfiques à la création artistique. » •••••••••• 7 Les pratiques de production et de diffusion de spectacles des compagnies subventionnées, Onda, 2014. 8 Rappelons que sur les 74 compagnies répondantes, les trois quarts reçoivent des aides pluriannuelles (aide à la structuration ou conventionnement de la DRAC, conventionnement de la Région, conventionnement du Département).
  • 16. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 16 > Sur ces compagnies qui cumulent plusieurs partenariats sur la durée, 71% ont également mené en 2014/15 des résidences de création courtes auprès d’autres structures. On constate que la proportion de compagnies qui complètent l'apport en ressources d'un partenariat long par des résidences de création courtes dans d’autres lieux reste la même quel que soit le nombre de partenariats longs dans lesquels elles sont engagées. Une pratique partenariale ne vient pas en remplacement de l'autre, il s'agit d'un cumul de ressources complémentaires, de nature et d'ampleur différentes. À la lecture des témoignages collectés, il semble qu'au-delà de la contrainte, la multiplication et la diversification des partenariats sur la durée sont appréhendées de manière globalement positive et bénéfique par les équipes artistiques, et souhaitées par elles dans un souci de développement de leur activité. Il semble bien y avoir une véritable dynamique en ce sens. Et visiblement, même avec un fort niveau de structuration et de dotations propres, cela demeure une manière tout à fait privilégiée pour elles de maximiser leurs ressources. Pour aller plus loin, au sujet des artistes très reconnus qui ne souhaitent pas prendre la direction d’un lieu, on remarquera que seules l’addition et la combinaison d’associations au long cours leur permettent de réunir les moyens et le socle structurel dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs projets. > Outre l’impératif besoin d’additionner les apports en production, les arguments les plus récurrents dans les réponses des compagnies sur la pertinence de mener simultanément plusieurs partenariats longs se déclinent autour de trois autres thèmes principaux : - la diffusion : être dans une relation privilégiée sur la durée avec plusieurs structures garantit un certain nombre de représentations d'une année sur l'autre, donc une visibilité plus large et récurrente, ainsi que l'entretien d'un réseau. - l'expérience des publics et des territoires : travailler sur des territoires et dans des contextes différents permet de faire évoluer le projet artistique en le confrontant à des publics variés, en l’adaptant à un environnement singulier, en diversifiant les formes. Il s'agit aussi pour certains artistes de développer le champ des actions artistiques, en diversifiant les expériences et en aiguisant une réflexion sur la relation artiste / public / structure. Sont affirmés à la fois l'importance de l'assise territoriale de la compagnie (son centre de gravité) et son besoin d'autres espaces (géographiques, sociaux, artistiques). Ce thème est très présent dans les réponses. A - « Le travail sur le territoire permet d'approfondir la réflexion artistique avec les habitants. » A - « Il me paraît nécessaire de multiplier aujourd'hui les lieux partenaires, c'est une question vitale pour la création, la diffusion et la transmission. J'ai toujours considéré qu'il était très important de mener une double action de présence artistique : à la fois sur le territoire d'implantation de la compagnie mais également dans d'autres espaces géographiques. Cela donne des "ailes" à la compagnie tout en l'ancrant durablement sur son centre de gravité. De manière très concrète également c'est une manière de multiplier les sources de financement pour un même projet artistique et de rencontrer différentes équipes et publics. » •••••••••• - le cumul de moyens diversifiés et complémentaires à la fois : on observe de la part des compagnies des logiques de recherche de complémentarité entre lieux partenaires (l'un dispose d’un espace de répétition, l’autre d’un atelier de décor, etc.), en termes de ressources, de compétences, de domaines de collaboration et de degrés d'accompagnement. Certaines compagnies composent ainsi pour elles-mêmes, en fonction de leurs besoins et des opportunités, des formes de "chaînes de résidences". A - « Mener plusieurs partenariats permet à la compagnie d'avoir différents niveaux de soutien en dehors des apports financiers des structures (qui sont de natures très différentes) : la mise à disposition d'espaces de travail et de personnel technique, la mutualisation du travail de production pour trouver de nouveaux partenaires, le travail de communication,... » A - « Chaque partenariat se définit en fonction des besoins de la structure partenaire et des nôtres. Les partenaires n'ont pas tous les mêmes demandes ni les mêmes besoins, et ne proposent pas la même chose aux compagnies. Certains partenaires peuvent engager un partenariat financier plus important avec des moyens techniques et humains conséquents, tandis que d'autres mettront l'action sur une relation singulière au territoire. » A - « Sur le temps long, il est possible d'imaginer "un collège de coproducteurs" qui soutiendraient un projet selon les moyens et les missions de chacun, mais qui suivraient également les recherches et les évolutions de la création. » ••••••••••
  • 17. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 17 La multiplicité des partenariats pose néanmoins la question de la capacité des équipes artistiques à assurer une présence effective, longue, régulière, forte dans le lieu et/ou sur le territoire. C’est pourquoi des compagnies nuancent la pertinence qu’il y a à mener des partenariats simultanés en précisant que cela dépend des moyens alloués par les structures mais aussi de l’effectif de la compagnie, de la demande de présence sur le territoire par le lieu partenaire, ou encore de la distance géographique entre les territoires concernés. Nous reviendrons sur ce point dans la deuxième partie du rapport. 1.2. PLATEAUX, MOYENS FINANCIERS, ACTION CULTURELLE ET PLUS « SI AFFINITÉS » 1.2.1. Mise à disposition d’espaces de travail Tableau 1 - Apports en nature des lieux dans le cadre de partenariats sur la durée (en % de partenariats décrits par les compagnies et lieux répondants) Plateau salle de spectacle 82% Espace de répétition 69% Matériel technique 66% Hébergement 46% Repas 45% Fichier de contacts professionnels 41% Espace de stockage 24% Espace de travail dans un lieu partenaire 19% Bureau administratif 19% Espace de répétition équipé pour la danse 16% Studio multimédia (image, son) 6% Espace de répétition équipé pour le cirque 2% Autre 10% Aucun 2% Les apports en nature des lieux qui sont les plus courants dans les partenariats décrits sont relatifs aux espaces de travail. Dans 82% des cas, les compagnies en résidence longue ont accès au plateau d’une salle de spectacle. Et dans 69 % des partenariats, les lieux mettent à disposition un espace de répétition. Enfin, 65% des partenariats donnent lieu à un partage de matériel technique. > Les partenariats sur la durée permettent donc - dans la majorité des situations - aux équipes artistiques d’accéder à des espaces de recherche et de fabrication. Ils donnent également lieu parfois à la mise à disposition de matériel et de personnel le temps d’une tournée. Il semble que les lieux soient aussi enclins à faire des avances sur trésorerie au bénéfice des équipes qu’ils accueillent sur la durée et en qui ils ont confiance. Ce qui tend à indiquer que le partage de l’outil est une idée désormais relativement courante dans les établissements labellisés.
  • 18. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 18 1.2.2. Dialogue sur le projet artistique de la compagnie Tableau 2 - Apports en compétences et en industrie des lieux dans le cadre de partenariats sur la durée (en % de l’ensemble des partenariats décrits par les compagnies et lieux répondants) Dialogue et retours sur le projet artistique 82% Aide à la stratégie de production et diffusion 52% Expertise technique 48% Aide à la conception d'actions de médiation et d'outils pédagogiques 47% Construction de décor 22% Prise en charge de la production déléguée 16% Aide à la structuration administrative 16% Confection de costumes 8% Autre 9% Aucun 5% À partir d’une liste de propositions, nous avons interrogé les apports en industrie et en compétences fournis par les lieux dans le cadre des partenariats sur la durée. > Au premier rang des réponses, loin devant les autres apports, on trouve le dialogue et les retours sur le projet artistique. Le fait que les compagnies mentionnent, avec la même fréquence que les lieux, cette dimension comme un apport en compétences nous indique qu'elles sont vraisemblablement en demande de ces échanges et du regard à la fois bienveillant et critique de leurs lieux-partenaires. On peut en partie expliquer cette tendance par le fait que les lieux choisissent justement leurs compagnies-partenaires sur le critère d’une affinité esthétique forte (cf. tableau n°4 en troisième partie), et cela garantit sans doute une forme de bienveillance. > Sur l’ensemble des partenariats décrits, l'apport d’une aide à la structuration administrative est présente dans 16% des cas. Mais lorsque l’on examine séparément les réponses des lieux et les réponses des équipes artistiques 9 , cet apport apparaît dans 24% des cas pour les partenariats décrits par les lieux, et dans 4% des cas seulement pour les partenariats décrits par les compagnies. Certes, les panels de partenariats ne sont pas les mêmes, mais on peut peut-être voir dans cette distorsion une différence d’appréciation par les protagonistes de la compétence en question et de son impact effectif. > Les apports en industrie et en compétences des lieux sont peu corrélés au niveau de budget qu'ils consacrent au partenariat. On note cependant que la construction de décor, la confection de costumes ou la prise en charge de la production déléguée sont des apports qui augmentent avec le niveau de budget consacré par le lieu au partenariat, sans doute parce qu'on a alors affaire à des structures mieux dotées pour ce travail (prépondérance de centres dramatiques nationaux). De la même manière, la mention d’une aide à la structuration administrative diminue avec le niveau de l'apport financier des structures, ce qui laisse entrevoir que les compagnies concernées par les partenariats auxquels les lieux consacrent les budgets les plus élevés, sont des compagnies déjà structurées, au professionnalisme confirmé. 1.2.3. Coproduction et diffusion des spectacles > 90% des partenariats décrits, quelle que soit leur durée, intègrent la coproduction d’au moins un spectacle. 10 Et, pour les compagnies comme pour les lieux répondants, l'amélioration des conditions de production arrive au premier rang des bénéfices constatés sur les spectacles créés dans le cadre de partenariats sur la durée 11 . 9 Ici, seul le tableau présentant les partenariats décrits à la fois par les lieux et les compagnies a été reproduit. En effet, afin de faciliter la lecture du rapport, le nombre de tableaux a été limité. 10 Si l'on s'intéresse aux partenariats sans coproduction (10% du panel), on constate une prépondérance des disciplines musique, danse et marionnette. Les cas sont à observer individuellement. Y figurent, par exemple, un artiste-associé qui dirige lui-même un autre lieu et dont les productions sont sans doute prises en charge ailleurs, ou une compagnie dont la mission auprès du lieu concerne plutôt la sensibilisation des publics, et la diffusion hors les murs de petites formes existantes. Mais il semble qu’apparaissent aussi dans cette catégorie sans coproduction des fidélités sur plusieurs années, des compagnonnages informels basés sur l’accueil récurrent des spectacles, sans apport financier autre de la part du lieu. La présence de ce type de réponses parmi les données collectées est liée à l’interprétation libre qui a été laissée aux répondants concernant la nature de l’« engagement» que scelle un partenariat long entre le lieu et la compagnie. On observe par conséquent dans notre panel des pratiques très diverses, qui ne s’inscrivent pas à proprement parler dans le cadre d’une résidence ou d’une association (aussi nombreuses qu’en soient les variantes), mais semblent se tisser et se consolider de manière bien plus informelle. 11 La question était : Quels éventuels bénéfices issus d'un partenariat sur la durée avez-vous constatés concernant les spectacles créés dans ce cadre ? Les réponses proposées étaient : Amélioration des conditions de production ; Amélioration du volume de diffusion ; Liberté accrue dans la
  • 19. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 19 Notons ici que la prise en charge de la production déléguée apparaît à hauteur de 16% des cas sur l’ensemble du panel de partenariats. Lorsque cette observation chiffrée est limitée aux lieux dotés d’une unité de production 12 , la proportion de partenariats donnant lieu à une pratique de production déléguée passe à 38%. Dans les réponses de ces lieux, l’aide à la stratégie de production et de diffusion passe, de manière logique, à 72% des cas, contre 52% sur l’ensemble du panel. Rappelons ici que plus de la moitié des lieux répondants ne sont cependant pas pourvus d’une équipe de production. Quant au choix de la société en participation (SEP) pour la contractualisation de la coproduction, il est mentionné par 16 lieux sur 61 (11 d’entre eux sont des lieux dotés d’une unité de production), et par 8 compagnies sur 67. Nous avons par ailleurs observé dans un lieu la mise en place d’un système original de pot commun entre les productions des différents artistes partenaires. Alimenté par les remontées financières sur des spectacles qui fonctionnent bien, ce pot commun permet ensuite de faire des apports sur de nouvelles créations. > 96% des partenariats comportent la diffusion d'au moins un spectacle. Bien évidemment, le nombre de spectacles diffusés est corrélé à la durée du partenariat : plus les partenariats sont longs, plus le nombre de spectacles diffusés est grand. > On observe la pratique majoritaire de l'achat de spectacles en cession, mentionnée par 95% des compagnies répondantes, et 85% des lieux. > 66% des répondants (lieux et compagnies confondus) attestent d’une pratique de programmation des spectacles en série (plus de 2 représentations) dans le cadre des partenariats qu’ils mènent sur la durée. > 9 partenariats décrits ne comportent pas de diffusion (4 scènes conventionnées, 1 CNAR, 1 CNCM, 1 CDC, 2 fondations). Ce sont pour moitié des partenariats sur une saison, ils sont en partie portés par des structures non prioritairement dédiées à la diffusion, et en partie réalisés dans le cadre de "projets artistiques et culturels de territoire" ou de "résidence de création et d’action culturelle territoriale". Les partenariats longs garantissent donc bien : - La coproduction de spectacles. Néanmoins, nous verrons que ces apports en coproduction s’opèrent selon des rythmes très variés (voir partie 2). - La diffusion des spectacles dans le lieu partenaire. C'est d’ailleurs, nous l'avons vu, l'un des objectifs que se fixent les lieux dans l'accompagnement de la création. Néanmoins, l’impact sur la diffusion globale des compagnies semble limité (voir partie 2). 1.2.4. L’artiste accueilli sur la durée devient fréquemment un acteur du projet culturel du lieu... > Au-delà de la stricte relation de production et de diffusion, la conception des actions de médiation et des outils pédagogiques est le principal endroit de collaboration. Tableau 3a - Espaces de collaboration ouverts par les lieux Réponses des compagnies (en % des partenariats décrits par les compagnies) Conception des actions de médiation et des outils pédagogiques 44% Réflexion sur l'avenir du projet artistique et culturel du lieu 27% Dialogue avec les tutelles du lieu 22% Intervention sur les supports de communication 19% Participation à la programmation 14% Participation aux réunions d'équipe 11% Intervention sur la scénographie des espaces de convivialité (hall, foyer) 8% Choix des autres compagnies en résidence 1% Aucun 26% recherche et l’expérimentation artistique et culturelle (développement de nouvelles formes, dans de nouveaux espaces) ; Liberté accrue dans la prise de risque artistique, Autre ; Aucun bénéfice constaté. 12 Une des questions posées aux lieux était : « Votre structure est-elle dotée d’un service de production ? ».
  • 20. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 20 Tableau 3b - Espaces de collaboration ouverts par les lieux Réponses des lieux (en % des partenariats décrits par les lieux) Conception des actions de médiation et des outils pédagogiques 65% Réflexion sur l'avenir du projet artistique et culturel du lieu 40% Dialogue avec les tutelles du lieu 30% Participation aux réunions d'équipe 27% Intervention sur les supports de communication 18% Participation à la programmation 15% Intervention sur la scénographie des espaces de convivialité (hall, foyer) 6% Choix des autres compagnies en résidence 2% Aucun 12% Il faut dire que la conception et la mise en œuvre d’actions artistiques et culturelles sont souvent considérées comme une contrepartie que les équipes artistiques accueillies sur la durée se doivent d’apporter en échange des moyens de création qui leur sont donnés par les lieux. Les entretiens ont d’ailleurs permis de confirmer que les prédispositions de l’artiste à s’impliquer à cet endroit et la capacité de son équipe à assumer un certain volume d’actions de médiation est un critère de choix au moment où le directeur ou la directrice propose un partenariat. Il se trouve, nous l’avons vu plus haut, que l’appétence des artistes pour ouvrir leur processus de création selon différents modes et pour initier des formats de relation avec les publics est plutôt forte. Certains considèrent même ces moments d’interaction autant comme des temps de recherche pour eux-mêmes que des temps d’éducation artistique pour les participants. Mais des témoignages ont aussi rappelé que nombre d’artistes n’ont pas toujours ce désir. Parfois ils ne l’ont pas encore. Parfois ils l’ont perdu. Les actions artistiques et culturelles sont alors vécues comme une obligation, une contrainte, voire une perte de temps 13 . A - « J’en ai fait beaucoup. Mais je n’en peux plus. Comme il y a beaucoup de demandes, je continue un peu. Mais je considère que je n’ai pas besoin d’éduquer les gens pour expliquer ce que je suis en train de faire. Je ne suis pas médiateur culturel. » A - « D’une façon générale, j’ai freiné un peu. On ne faisait pas ça bien et puis ce n’est pas notre boulot. Moi j’ai besoin de temps pour écrire. Les actions culturelles prennent du temps qui n’est pas consacré à la réflexion artistique. » A - « A un moment donné, mon équipe artistique a été fatiguée. J’avais peur de perdre des partenariats mais finalement je me suis rendu compte que c’était possible de dire non. » A - « Nous avons parfois la sensation d’être plus associés pour l’action culturelle que pour les affinités artistiques. » A - « On a parfois l’impression que la compagnie est considérée comme un prestataire de service. » A - « On croit à tort que tous les artistes peuvent faire des actions culturelles. Un vrai travail sur le territoire et avec les publics est un investissement énorme, qui doit être volontaire. » •••••••••• D’ailleurs, certains directeurs et directrices d’établissement reconnaissent qu’il faut savoir se laisser du temps pour que la perspective de relations avec les publics se développe dans l’esprit des artistes, pour que l’envie et les idées émergent. Le temps est également une donnée nécessaire pour mettre en place des espaces de concertation, imaginer des dispositifs adaptés et trouver des solutions qui fassent sens pour tous les protagonistes. A - « Au départ, je n’avais pas très envie de faire de l’action culturelle. Mais le directeur m’a dit : « Ok on va prendre le temps ». Et finalement petit à petit une rencontre s’est faite avec le territoire et les publics et sur cette base, nous avons construit des actions de médiation. » A - « En général, j’y vais à reculons, mais on a trouvé des solutions qui nous correspondaient. » A - « On m’a demandé de faire de la formation (avec des professionnels). J’étais réticent mais ça s’est très bien passé et finalement on va le refaire. » A - « On nous mettait la pression pour que l’on accepte des choses. Le nombre d’heures était très précis. Il y avait des obligations mais sans concertation, du coup les dispositifs n’étaient pas bien pensés en fonction de leur contexte. Ni l’équipe artistique, ni les relations publiques du lieu, ni les partenaires n’étaient satisfaits. » 13 Selon l’étude Territoires et ressources des compagnies en France, l’action culturelle et la formation professionnelle « sont moins rémunératrices et plus chronophages » que d’autres activités telles que l’exportation de spectacle à l’international. Territoires et ressources des compagnies en France, Urrutiaguer Daniel, Henry Philippe, 2011, recherche menée pour le compte du Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication
  • 21. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 21 A - « L'obligation de faire de la médiation, selon des propositions fixées par les équipes des lieux sans réelle concertation avec l'équipe artistique, est un frein à la réussite des partenariats. » L - « Il faut du temps pour que ça se développe dans la tête des artistes. » L - « Pressurer les artistes : ça ne marche pas. On a du mal avec les élus là-dessus. Les financements publics, ça peut être pour la création et pas que pour l’animation de quartier. Nous on s’emploie à détourner ça, à faire de l’animation créative. » •••••••••• > Les actions de médiation sont le terrain d’une collaboration forte et s'opèrent le plus souvent dans les cas où les compagnies consacrent du temps in situ pour leur travail artistique. La moitié des partenariats qui affichent un temps de travail artistique de la compagnie in situ 14 supérieur à 30 jours par an comporte un volume d’actions de médiation supérieur à 50 heures par an. Seulement 6% d'entre eux n'ont pas de volet de médiation. À l’inverse, 40% des partenariats qui ne comportent aucun temps de travail artistique in situ de la compagnie affichent un volume d'actions de médiation inférieur à 50 heures par an. Et plus d’un tiers d’entre eux n'ont pas de volet de médiation. La présence des artistes dans le lieu semble donc nourrir en parallèle l’activité de recherche artistique et l’activité d’action culturelle. Plus le temps de présence de la compagnie dédié à l’activité artistique est long, plus le volume d’heures de médiation qu’elle assure in situ est important. Le même constat apparaît en partant des temps de médiation. Dans 50% des partenariats sans action de médiation, le temps de travail artistique in situ de la compagnie est inférieur à 15 jours. Inversement, 40% des partenariats avec un fort volet de médiation (50 heures et plus) affichent des temps de travail artistique de la compagnie in situ supérieurs à 30 jours par an. > Il y a donc une forte corrélation entre la présence des équipes artistiques dans le lieu pour se consacrer strictement au travail de recherche artistique et de répétition, et le volume d’heures de médiation qu’elles prennent en charge. L’un ne semble pas se faire au détriment de l’autre mais, à tout le moins, de manière conjointe et, selon les témoignages des intéressés, avec parfois des passerelles et un enrichissement réciproque. > A travers les propos collectés, se dessinent des sortes de successions de phases permettant d’articuler intelligemment temps de création et temps de médiation sur plusieurs saisons. Ces cycles semblent se mettre en place à la fois en fonction du rythme de création de l’artiste, de ses disponibilités et des besoins du lieu. Souvent les actions de médiation sont mises en place au début du partenariat (parfois en lien avec une création jeune public), au cours de la première année. Les lieux auraient en effet tendance à exprimer plus fortement leurs attentes en la matière à ce moment, par volonté peut-être de s’assurer sans trop attendre que l’apport de l’équipe artistique est bien effectif, par crainte peut-être de voir l’implication de l’artiste se relâcher par la suite... Les deux autres années, lorsque l’artiste se consacre alors plus intensément à sa création en cours, au moment où l’équipe artistique ressent une certaine fatigue, le volume d’intervention culturelle est alors réduit et adapté. Mais les actions ont pu gagner entre temps en pertinence et en intensité car la compagnie a gagné en maturité et en savoir-faire, elle connait mieux le lieu, le territoire, les publics. A l’inverse, les partenaires conviennent parfois, tacitement ou par contrat, que leur association vise d’abord à donner du temps et des moyens au travail de création. Dans ce cas, l’artiste se consacre essentiellement à sa recherche artistique et à ses spectacles. Puis le temps passant, il enrichit son dialogue avec l’équipe du lieu, il s’intéresse peu à peu au territoire qui l’entoure, au public qui vient voir ses spectacles, et finit par avoir le désir d’être plus en interaction avec ce public. > Parmi les autres domaines de collaboration ouverts par les lieux (voir tableaux n°3a et 3b), le fait que la réflexion sur l'avenir artistique et culturel du lieu se place au second rang des réponses est peut-être plus surprenant. Tout comme le dialogue avec les tutelles du lieu sur les projets en cours. Les réponses des compagnies et des lieux sur ce point s'accordent dans une belle harmonie. Et l’on émet ici l'hypothèse que dans le cadre des partenariats sur la durée, l'artiste est fréquemment considéré par le lieu comme un acteur de son projet culturel voire même, à ses côtés, comme un acteur de la politique culturelle territoriale. 14 Nous utilisons ici les termes "temps de travail artistique in situ" par commodité. La formulation de la question était : "temps de travail approximatif dans le lieu ou sur le territoire strictement dédié à la recherche, aux répétitions ou au processus de création en 2014/15 hors périodes d'exploitation".
  • 22. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 22 1.2.5 ... mais il est plus rarement associé aux choix artistiques ainsi qu’au fonctionnement de la structure > Autre point d’accord entre les réponses des compagnies et celles des lieux qui apparait aussi dans les tableaux n°3a et 3b : le choix des autres compagnies en résidence ne concerne que 1 à 2% des partenariats décrits et la participation à la programmation n'est mentionnée que pour 15% des cas (seuls 11 des 75 lieux ayant répondu au questionnaire déclarent ouvrir l’activité de programmation à la participation des artistes). L'artiste accueilli sur la durée semble donc peu associé aux choix artistiques qui demeurent le plus souvent le domaine réservé de la direction du lieu. > En outre, les compagnies évoquent dans un quart des partenariats une absence totale de domaine de collaboration autre que la stricte relation de production et de diffusion. > Néanmoins, les réponses qualitatives aux questionnaires comme les entretiens complémentaires ont établi que certains partenariats sont pensés pour aller bien au-delà de la mise à disposition d’espaces, de la relation de coproduction et du développement d’actions culturelles conjointes. > Des directeurs et des directrices accomplissent par exemple des pas supplémentaires pour ne pas se limiter à un dialogue rare et informel sur la programmation artistique. Ils expriment en effet le souhait de voir les artistes leur apporter un regard critique et les seconder dans l’élaboration des saisons et des évènements qui la ponctuent, en les appelant à être maitres d’œuvre le temps de soirées ou de week-ends (cartes blanches) ou en les considérant comme de véritables conseillers artistiques. Nous avons remarqué que l’idée de « rémunérer » les temps que l’artiste consacre à ces activités est parfois présente dans l’esprit des partenaires. Ainsi, dans l’une des conventions d’association que nous avons consultée, une partie du budget de la résidence était affectée au « travail de réflexion sur les projets et de programmation » assuré par l’artiste. A - « La direction du CCN m’a proposé de m’associer et de participer à la sélection des dossiers d’accueil studio, de réaliser une carte blanche chaque année, avec une aide spécifique de l’Etat et de discuter systématiquement sur l’artistique. » A - « Il est à noter la proposition très originale du directeur de confier un espace de programmation à deux artistes-associés. Nous sommes chargés tous les deux de programmer quatre spectacles dans la saison et d’organiser un Laboratoire des nouvelles écritures scéniques. C'est un chantier à part entière excitant et valorisant pour un artiste, une démarche à saluer! » L - « Les artistes-associés ne sont pas en charge de la programmation, mais ils sont naturellement conseillers artistiques. En tant que directeur de lieu, on ne peut pas aller tout voir. Je gère des problèmes de budget, des problèmes politiques, des problèmes de mondanités... Or, si j’ai choisi ces artistes, c’est que j’ai confiance dans leur jugement artistique. Un artiste qu’on apprécie, c’est comme une planète, c’est comme quand on ouvre un livre, c’est un rhizome. J’ai besoin de regards extérieurs, c’est très précieux, et j’envisage donc d’aller encore plus loin en formalisant cela avec la mise en place d’un comité artistique de direction. » L - « Nous avons décidé que chaque artiste-associé pourrait programmer librement un spectacle d’un autre artiste chaque saison. Ce qui a évidemment posé la question de la convergence des goûts. Le choix fait par un des artistes-associés nous a même amenés à reprendre contact avec un artiste dont nous avions décliné quelques mois plus tôt la proposition. Finalement, cette expérience est intéressante, car les spectacles sélectionnés par les artistes-associés ont fait émerger une cohérence supplémentaire dans la programmation autour d’une même génération d’artistes et autour de propositions artistiques qui présentaient une certaine proximité. » L - « Il a été associé à la réflexion sur les projets artistiques développés par la scène conventionnée. Il a participé aux réunions de programmation, et il a pris une part active dans la direction artistique du festival. » •••••••••• > Dans certains cas, les lieux et les artistes développent aussi une collaboration à l’endroit de la communication. Cette pratique concerne près de 19% des partenariats. A - « J’écris les textes de la brochure de saison. » L - « Nous avions un besoin en termes de renouvellement de la communication visuelle et nous savions que la compagnie avait cette compétence. D’où l’opportunité d’ouvrir la collaboration à un nouveau terrain. » •••••••••• > D’aucuns voient l’artiste - ou la compagnie - « comme un nouveau collaborateur pour l’équipe » et l’invitent à s’impliquer non seulement dans la vie du lieu mais également dans son fonctionnement. Il peut s’agir de mettre à profit la présence et la participation de l’artiste pour stimuler l’équipe, éviter la routinisation, donner et redonner du plaisir.
  • 23. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 23 Ou bien le lieu souhaite aller plus loin en associant l’artiste à des décisions clé et en lui ouvrant la possibilité d’être présent aux instances de gouvernance. L - « Dans les théâtres, il y a les 35h, les personnes ont une certaine distance par rapport aux projets, la structure est codifiée. Je pensais qu’un artiste pouvait apporter quelque chose à des équipes permanentes qui sont dans la sécurité, dans un fonctionnement un peu figé. Mon idée était d’introduire un artiste pour embêter tout le monde, pour être une sorte de mouche du coche. » L - « Notre SMAC accueille dans son lieu un artiste-associé pendant 2 ans. Celui-ci intervient à tous les endroits du projet artistique et culturel, c'est passionnant pour l'apport d'idées nouvelles, d'une vision extérieure, de contacts et de collaborations renouvelés, d'une présence forte ancrée sur le territoire. C'est comme un nouveau collaborateur pour l'équipe et son apport de nouvelles propositions est important. Depuis mai 2015, les statuts de l'association qui gère la SMAC permettent à un représentant des artistes de siéger au conseil d'administration et donc de participer à la gouvernance. » L - « Deux artistes du collectif sont membres de la SCIC qui administre désormais le CDN. » L - « Chez nous, la compagnie en résidence longue est membre associé de l'association qui exploite le théâtre. » •••••••••• > Ce qui n’est pas sans poser quelques questions : les artistes ont-ils finalement une vraie appétence pour participer au fonctionnement des lieux voire à leur gouvernance ? Formulent-ils des demandes en ce sens ? Expriment-ils clairement des souhaits pour être présents dans les espaces de décision ? Les responsables de lieux semblent ouverts mais bien dubitatifs. Lorsque ces questions leur ont été posées en entretien afin de creuser un peu le sujet, les réponses ont toutes été plutôt négatives. L - « Oui si c’est pour un seul trimestre et si c’est une expérience artistique. Sinon, au contraire les artistes devraient être déchargés de ces histoires administratives. » L - « Concernant la gouvernance, je pense que les artistes s’en foutent. » L - « Idéalement ils pourraient assister aux réunions d’équipe, mais c’est énergivore, ils n’ont pas le temps et ils ne sont pas payés pour ça. » L - « Ils n’ont pas particulièrement exprimé le désir de participer aux réunions d’équipe. L’une de nos artistes- associés est venue deux fois, mais elle a vu combien c’est ennuyeux. » •••••••••• Ce qui ne signifie pas nécessairement que les artistes se désintéressent de ces questions, mais peut-être ont-ils déjà beaucoup d’autres souhaits, plus essentiels, à soumettre aux lieux... De fait, les propos collectés auprès des artistes révèlent que beaucoup d’entre eux ne sont pas contre cette idée. Néanmoins, les obstacles sont selon eux assez considérables : manque de temps ; non-rémunération ; incapacité globale des artistes à s’investir sur ces enjeux alors qu’ils ne parviennent même pas à financer leur recherche artistique. A - « Les réunions, oui, mais comment sont payés les artistes ? Mais c’est vrai, je rêverais de ça : investir vraiment le lieu. » A - « Oui, mais dans les résidences, il y a d’un côté les gens de la maison qui sont permanents, payés pour être présents et en face des artistes payés que lorsqu’ils répètent ou qu’ils jouent. » •••••••••• Globalement les réponses tendent à indiquer qu’il y aurait un désir de part et d’autre, et même une évolution dans l’esprit des acteurs du secteur à cet endroit, mais que les freins et les inconvénients sont perçus comme insurpassables. Aussi le sujet est-il le plus souvent clos avant même d’être vraiment traité. Les expériences que la présente étude a permis d’identifier et une enquête complémentaire pourraient contribuer à suivre de près certaines expérimentations et à en tirer des enseignements un peu plus précis. En attendant, un constat complémentaire peut d’ores et déjà être dressé : c’est plus particulièrement lorsque le lieu connait un tournant dans son activité que les artistes sont appelés à intervenir sur le diagnostic, l’écriture et la réorganisation du projet. D’une façon générale, l’arrivée d’une nouvelle direction est souvent propice à un dialogue poussé et à la mise en place d’une réflexion conjointe et approfondie.
  • 24. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 24 1.3. LES VERTUS DU FACTEUR TEMPS Au fur et à mesure du développement des pratiques de partenariat sur la durée ces vingt dernières années, de nombreux témoignages (dans la presse professionnelle notamment), des prises de position 15 , ainsi que quelques rares travaux universitaires 16 , ont rendu compte des avantages de ces associations pour les lieux, pour les artistes, pour les publics, pour le territoire. Ainsi on a déjà pu lire souvent que les artistes apportent dans les lieux une autre vision, une dynamique qui bouscule les habitudes des équipes, une énergie qui aide à éviter la routine ; que leur présence sur la durée est un outil indispensable pour aller à la rencontre des habitants, une formidable opportunité de construire et de resserrer les liens avec les publics 17 , une occasion de mener un travail d’action culturelle plus poussé en lien avec une pluralité d’opérateurs locaux. Il est aussi communément admis qu’être associé à un lieu améliore les conditions de travail et de production des compagnies et que le cheminement des artistes s’en trouve amplement facilité durant une ou plusieurs années. Enfin, lieux et artistes ont toujours affirmé que ces pratiques les aident à gagner en rayonnement, en poids et en visibilité (cf. tableaux 5a et 5b, plus de trois-quarts des compagnies et des lieux confirment que les partenariats sur la durée ont un impact sur la notoriété de leur structure). La présente étude a permis de compléter ces constats et surtout de repérer d’autres vertus du facteur temps. Tout d’abord, il est important de souligner que le paramètre de la durée constitue une partie de la réponse à deux des difficultés majeures identifiées dans l’étude portée en 2014 par l’Onda au sujet des Pratiques de production et de diffusion de spectacles des compagnies subventionnées : - la difficulté des compagnies à disposer d’un socle un minimum durable pour y implanter la réalisation de projets ponctuels (de production) ; - la difficulté des lieux et des équipes artistiques à se comprendre, à tenir compte des contraintes et des besoins de l’autre, à nouer une relation équilibrée. > Les cinq propos ci-dessous synthétisent assez bien les nombreux témoignages d’artistes qui indiquent que l’addition [appui + durée] a bien pour résultat la structuration d’une « assise », d’un « port d’attache », d’un « camp de base », d’une « maison » auxquels vont pouvoir être rattachés les processus de recherche artistique, de création et de fabrication. A - « La durée, c’est la seule façon pour nous d’avoir un peu de sécurité, de sérénité. » A - « Dans les bénéfices, nous pourrions ajouter la sensation 18 d'appui et d'une accroche à un endroit pour un temps qui assure une certaine assise pour se concentrer sur l'artistique. » A - « Le long terme est l’opposé du sursis, c’est super complexe de se projeter. Artistiquement, si on se dit tout le temps qu’on va mourir demain, c’est épuisant. On ne s’autorise pas à se ressourcer. Du coup dès que la directrice m’a parlé d’association, j’ai pu mettre en place un labo de recherche sur deux ans. Je me suis autorisé de la recherche et ça a été porteur pour la suite. » A - « La durée, c’est s’offrir des temps de recherche, de laboratoire artistique. » A - « La possibilité d'avoir des temps de recherche qui sont détachés des logiques de création. » L - « Pour une des équipes accompagnées, le fait d'être artiste-associé a probablement renforcé "l'assise institutionnelle" de la compagnie, et la DRAC a choisi de la conventionner. » •••••••••• > En outre, l’étalement d’une collaboration entre lieux et artistes sur la durée est source de valeur-ajoutée grâce à des progrès en termes de compréhension mutuelle et grâce à des dynamiques de simplification et d’assainissement progressif des relations, non seulement entre artiste / directeur ou directrice /service des relations publiques, mais aussi - et c’est important - entre équipes artistiques accueillies et équipe technique du lieu. A - « La durée simplifie les choses. On s’écoute. On s’entend mieux avec l’équipe des relations publiques. Et avec les équipes techniques c’est génial, la durée permet de se connaitre, ils se rendent très disponibles, ils nous prêtent du matériel. » 15 Voir par exemple Pour une politique active d’association entre les artistes et les lieux. Motion A, SYNDEAC, Assemblée Générale, 13 juin 2005. 16 Voir par exemple « Artistes associés » : quels enjeux pour l’association d’artistes dans les établissements subventionnés ?, Edwige Peigné, Mémoire de Master2 en management du spectacle vivant, Université de Bretagne-Occidentale, Brest, 2006. 17 La question des liens avec le public peut néanmoins donner lieu à des propos quelque peu nuancés. Par exemple, le responsable des relations publiques d’un théâtre nous a déclaré : « Concernant les publics, la durée est un outil à double tranchant. D’un côté cela offre aux publics la possibilité de percevoir avec une acuité plus forte, d’avoir une relation plus intime avec l’œuvre, ça permet de mettre en confiance, de fidéliser les publics. La récurrence des projets d’un même artiste permet aussi une familiarité : ces artistes font partie du même monde que celui qu’on connait. Cela conduit le public à faire des choix à l’aveugle, en confiance (au lieu). Mais à l’inverse cela peut éloigner des gens qui savent très bien ce qu’ils ne veulent plus voir, des gens qui n’ont plus envie de suivre un artiste ». 18 Le terme employé de « sensation » est intéressant car il nous incite d’entrée de jeu à nuancer les constats globalement positifs, à interroger les limites du principe de la durée, ce que nous ferons dans les parties 2 et 3.
  • 25. Pratiques de partenariats sur la durée entre compagnies et lieux 25 L - « Parfois il y a des tensions entre des équipes artistiques et notre équipe technique, mais précisément ce n’est pas avec les artistes-associés. Parce qu’avec les artistes-associés, on anticipe les lourdeurs, on prévoit ce qui pourrait générer des tensions en amont. Le temps permet de travailler ainsi et d’éviter les frictions. » •••••••••• C’est sur le temps long que la compagnie peut s'imprégner totalement des modalités de travail, des projets ou des dispositifs mis en œuvre au sein de la structure dans chaque domaine d'activité. A - « C’est plus fluide, plus confortable, on peut apprendre plein de choses sur le fonctionnement du lieu. On connait tout le monde. On peut faire attention aux endroits sensibles. » L - « La durée permet aux artistes de comprendre les réalités de gestion d’un équipement comme le nôtre, les réalités de gestion d’une équipe, de gestion des plannings. L - « On apprend à se connaitre. Il y a une familiarité. On prend le temps de développer des affinités. Tout est plus simple. » •••••••••• C’est grâce au temps long que la structure apprend à connaitre l'univers artistique et le fonctionnement de la compagnie, ses projets spécifiques. Nous avons vu plus haut que le rapprochement sur la durée favorisait le dialogue et les retours du lieu sur le projet artistique de la compagnie (cf. tableau n°2). L - « Pour moi et mon équipe, la durée nous aide à mieux saisir jusqu’où nous allons pouvoir aller avec un artiste, ce qu’on peut lui demander et à quel moment. » L - « C’est un atout pour travailler ensemble. On connait mieux les artistes. On peut anticiper et s’adapter à leurs demandes. Et pour nous l’équipe du lieu, c’est un facteur de proximité avec l’artistique.» •••••••••• Et plus globalement, en partageant le quotidien des équipes artistiques 19 , l’équipe du lieu nourrit une compréhension plus intime de la création. A - « Les lieux peuvent d’autant mieux défendre nos spectacles que toute l’équipe nous voit créer. Ils accompagnent le geste artistique. Il faut des artistes dans les maisons. C’est super pour l’équipe du lieu. Ils croisent les artistes, ils soutiennent quelque chose qu’ils ont vu naitre. » •••••••••• > Dans ces conditions, la collaboration peut augmenter en termes d’envergure et de complexité. Par exemple, les données chiffrées collectées montrent que trois domaines de collaboration, pour certains très peu investis, semblent tout particulièrement s’ouvrir aux artistes avec la durée du partenariat : ainsi plus le partenariat dure plus la participation à la programmation, à la réflexion sur l’avenir du projet artistique et culturel du lieu et, à la marge, au choix des autres compagnies en résidence augmentent. La durée favorise donc la combinaison de plusieurs axes et plusieurs niveaux d’échanges : temps de résidence, production et diffusion, action culturelle, collaboration sur la programmation, sur la vie et sur le fonctionnement du lieu. Les données qualitatives corroborent et détaillent les dynamiques d’approfondissement de la relation artiste-lieu- public-territoire. Nous développerons en deuxième partie cette approche en la rattachant à la notion d’intensité. L - « La durée nous permet d’élaborer des choses « situées », en fonction du contexte, c’est-à-dire de faire ensemble du sur mesure avec une compréhension et une analyse du territoire. » L - « La durée nous donne le temps de coconstruire, d’instaurer un dialogue qui dépasse largement la relation habituelle entre un artiste et un lieu. On atteint un autre degré relationnel. » L - « Le travail sur la durée permet d'installer une réelle collaboration et de mieux la faire repérer par nos partenaires et nos publics. » L - « Avec la durée, on peut aller au-delà de « donner des moyens ». L - « Si la durée est trop courte, il est plus difficile d’aller au-delà de l’accompagnement en production/diffusion. » A - « C’est là qu’apparait la notion de coopération. » •••••••••• 19 La configuration même des espaces peut d’ailleurs aider à ce partage du quotidien de l’autre. Ainsi, dans les locaux de la Snat 61 à Alençon, où nous nous sommes rendus pour des entretiens, les loges se trouvent dans le même couloir que les bureaux de l’équipe du lieu.