SlideShare une entreprise Scribd logo
1  sur  23
Présentation de Catherine Boudet
1er février 2020, salle Eddy Norton, Rose-Hill
dans le cadre de la conférence-débat « Nos libertés » organisée
à l’occasion de la commémoration de l’Abolition de l’Esclavage 2020
par Observatoire de la Démocratie, Rosa Luxembourg Institute,
CLAIM & MPM
LA LIBERTÉ POLITIQUE
 La liberté politique comme accord entre devoir et volonté
(Montesquieu) ou comme attribut de l'action (Hannah Arendt) ?
 L’égalité, condition ou frein de la liberté politique ?
(Tocqueville)
 La liberté politique comme recherche du bien commun ou
comme outil de prise de pouvoir (Ogien) ?
 La corruption, dérive ou conséquence de la liberté politique ?
(Machiavel)
LA LIBERTE POLITIQUE, LUXE OU MIRAGE ?
 Comme l'a fait remarquer Jack Bizlall lors de cette conférence sur Les Libertés, pour
beaucoup d’humains la liberté n’est pas (ne peut pas être) une priorité, leur priorité plus
immédiate étant « ki manyer mo pou viv », comme je vais vivre (ou survivre).
 Comme nous le verrons, certains auteurs se sont penchés sur les conditions d’exercice
de la liberté politique, comme Tocqueville ou Machiavel.
 Doit-on pour autant en déduire que si ces conditions ne sont pas réunies, si “les libertés
politiques” ne sont pas respectées, il ne peut y avoir d’exercice de “la liberté politique”?
 Il est également important de retourner vers les conceptions classiques afin de
comprendre comment elles ont pu façonner voire orienter notre compréhension de la
liberté politique.
 D’où notre petit tour d’horizon de quelques conceptions classiques de la liberté politique
depuis Machiavel (16e siècle) jusqu’à Ogien (21e siècle). Petit tour d’horizon non
exhaustif bien sûr mais axé sur la compréhension des contours de cette notion, et de son
évolution.
LA LIBERTÉ POLITIQUE
vue par quelques auteurs :
• MACHIAVEL (16e siècle)
• HOBBES (17e siècle)
• MONTESQUIEU (18e siècle)
• TOCQUEVILLE (19e siècle)
• ARENDT (20e siècle)
• OGIEN (21e siècle)
ETYMOLOGIE
LIBERTÉ
du latin « liber », libre
= celui qui n’est pas
« servus ».
POLITIQUE
de « Polis » la cité en
grec
= la capacité/le pouvoir/la possibilité/le fait
de/la condition permettant de/ participer aux
affaires de la Cité.
Voilà une notion qui semble soulever plus de
questions qu’elle n’apporte de réponses.
MAIS DE QUELLE LIBERTÉ POLITIQUE
PARLONS-NOUS ?
L'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848
par François-Auguste Biard (1848)
L’égalité suffit-elle à garantir la liberté politique ?
Michael Walzer dans The Paradox of Liberation (2016) souligne que tout processus de libération reste
inachevé s’il se limite à la libération de l’oppression externe. Un véritable processus de libération tient à la
victoire sur la double oppression, externe mais aussi interne. La première correspond à l’asservissement
d’une population par une puissance coloniale, la seconde procède de l’intériorisation de cette domination (à
travers des schémas de pensée, habitudes, etc.) par la population opprimée.
La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix (1798 - 1863)
Selon Hannah Arendt, la liberté est rarement le but direct de l’action politique, sauf dans les
périodes de crise ou de révolution. Pour les Grecs anciens, l’homme était libre parce qu’il était
citoyen, membre de la communauté politique. La modernité se présente avec une
revendication de liberté, liée à l’affirmation de Droits de l'homme.
Avec l’avènement de l’Etat et de la République, la liberté politique est-elle acquise ou reste-t-
elle toujours à conquérir ?
Caracalla, tableau de Sir Lawrence Alma-Tadema (1902)
« Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser,
de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse
dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. » (Etienne de La Boétie, Discours
de la servitude volontaire, 1574).
La liberté politique se définit-elle seulement termes négatifs de refus de la domination ?
UNE NOTION QUI POSE PROBLÈME
Friedrich Hayek (prix Nobel d’économie 1974)
« Un peuple libre n’est pas nécessairement un peuple d’hommes
libres. »
Bertrand Lemennicier :
« Le mot liberté politique fait référence non pas à l’autonomie
individuelle mais à la compétition entre des factions de la population
pour s’emparer du pouvoir et nuire à autrui en le sacrifiant pour
atteindre ses propres objectifs. »
Hannah Arendt :
« Nous sommes enclins à croire que la liberté finit là où la politique
commence, parce que nous avons vu que la liberté a disparu là où
des considérations soi-disant politiques l’emportaient sur tout le
reste. »
UNE NOTION QUI POSE PROBLÈME
 La liberté politique est donc une notion auréolée d'idéalisme,
érigée notamment en idéal révolutionnaire.
 Pourtant, comme le fait remarquer la philosophe allemande
Hannah Arendt, la liberté n'est que rarement le but de l'action
politique.
 De nos jours, soulignait l’économiste français Bernard
Lenmenicier, la liberté politique devient même de plus en plus
synonyme de compétition pour le pouvoir où on n’hésite pas à
piétiner autrui et à le sacrifier sur l’autel de ses propres
ambitions. Une « liberté d’exploitation » en somme.
 A l’heure où la liberté politique semble devenir de plus en plus un
luxe ou un mirage face à la « glaciation » des libertés publiques,
il est donc utile de revenir à la pensée des auteurs classiques de
la liberté politique afin d’éclaircir le panorama conceptuel.
LA LIBERTÉ POLITIQUE
vue par quelques auteurs :
• 1. HOBBES : la liberté politique laissée par le silence de la loi
• 2. MONTESQUIEU : la liberté politique comme accord entre devoir et volonté
• 3. TOCQUEVILLE : l’égalité politique, condition et frein à la liberté politique
• 4. MACHIAVEL : les conditions et limites de la liberté politique
• 5. OGIEN : Liberté politique négative et positive
• 6. ARENDT : La liberté politique comme attribut de l’action
HOBBES, la liberté laissée par le silence de la loi
 Dans Le Léviathan (1651) Thomas Hobbes définit la liberté
politique comme « l'absence d'opposition (par opposition,
j'entends les obstacles extérieurs au mouvement) ».
 Il rapporte la liberté à la communauté politique au sein de la
République conçue comme « un homme artificiel » fabriqué
pour maintenir la paix, et qui va donc de pair avec des
« chaînes artificielles » que sont les lois civiles.
 Etre libre, ce n’est donc pas être indépendant de la volonté
d’autrui (car tout état civil suppose une dépendance envers les
gouvernants ) :
 « Nul n'a la liberté de résister à l'épée de la République
pour défendre un autre homme, coupable ou innocent,
parce qu'une telle liberté prive le souverain des moyens de
nous protéger, et détruit donc l'essence même du
gouvernement. » C’est dans le cadre de ces liens artificiels (les lois) mais nécessaires à la paix collective
que se situe la liberté politique, qui consiste pour l’individu « en ce qu'il ne se trouve
pas arrêté dans l'exécution de ce qu'il a la volonté, le désir, ou l'inclination de faire ».
 Par liberté politique, Hobbes entend donc la liberté d’agir dans l’espace laissé par la
contrainte extérieure notamment légale :
 « Les autres libertés dépendent du silence de la loi. Dans les cas où le souverain
n'a prescrit aucune règle, le sujet a alors la liberté de faire ou de s'abstenir, cela à
sa propre discrétion ».
MONTESQUIEU : la liberté politique
comme pouvoir d’agir dans le cadre de la loi
 Charles de Montesquieu : « La liberté est le droit de faire tout ce que
les lois permettent. » (De l’esprit des lois, 1748)
 Il distingue la liberté philosophique de la liberté politique :
 La liberté philosophique n’exige que la liberté d’exercice de la
volonté (indépendamment des circonstances et des buts).
 La liberté politique ne consiste pas à faire ce que l’on veut (sinon
ce serait le chaos), mais à pouvoir faire ce qui est permis par la
loi (à « pouvoir faire ce que l'on doit vouloir ».
 « Il est vrai que dans les démocraties le peuple paraît faire ce qu'il veut ; mais la liberté
politique ne consiste point à faire ce que l'on veut. Dans un État, c'est-à-dire dans une
société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit
vouloir, et à n'être pas contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. »
 La liberté politique se distingue aussi de l’indépendance : « Il faut se mettre dans
l'esprit ce que c'est que l'indépendance, et ce que c'est que la liberté. La liberté est le
droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles
défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce
pouvoir. »
Implications de la conception de Montesquieu
 Liberté politique, Loi et Etat forment chez Montesquieu, un ensemble.
 La liberté ne réside pas dans les vides juridiques ou « les silences de la loi »
comme chez Hobbes.
 La liberté politique ne réside donc ni dans la simple participation à l’exercice du
pouvoir, ni dans la simple soumission à la loi.
 Pour Montesquieu, être libre d’un point de vue politique signifie l’accord entre le
devoir et la volonté (« pouvoir faire ce que l'on doit vouloir »).
 Un individu ne peut pas être appelé libre s’il lui manque la capacité de faire.
TOCQUEVILLE : l’égalité, condition et frein
à la liberté politique
1. LA LIBERTÉ DANS L’ÉGALITÉ :
 Dans la démocratie, le principe de l’égalité implique que chacun a
les mêmes droits de se choisir la vie qu’il a voulu et de
poursuivre son projet de vie.
 La liberté politique ne peut être pratiquée que dans des
conditions d’égalité. « Vivre démocratiquement avec ses
concitoyens, c’est n’obéir qu’à soi et donc ne commander qu’à
soi : n’obéir qu’à ce qu’on a voulu et aussi faire tout ce que sa
propre volonté a ordonné ».
Pour Alexis de Tocqueville, dans le cadre de la démocratie, la liberté politique est à envisager en
rapport avec l’égalité. D’une part, la démocratie fait de l’égalité une condition de la liberté
politique. Mais d’autre part, la recherche d’égalité devient un obstacle à la liberté politique.
2. LA RECHERCHE D’ÉGALITÉ POUSSE À RENONCER À LA LIBERTÉ POLITIQUE :
 Leur obsession pour la recherche d’égalité (de statut) inciterait les individus à privilégier la
recherche de jouissance de biens matériels et à abdiquer leur responsabilité politique : «Je
pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-
mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais
ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité
dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage.» (De la
démocratie en Amérique, T. II, 1840)
Implications de la conception de Tocqueville
 La démocratie donne aux individus l’idée de leur égalité, mais ne leur permet pas de la
réaliser : « Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans
pouvoir jamais la satisfaire entièrement ». « Ce n’est point tant parce qu’elles offrent à
chacun des moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans
cesse à ceux qui les emploient.
 La recherche forcenée d’égalité de statut produit une forme de tyrannie douce (qui ne
repose ni sur le caprice du gouvernant ni sur la force brutale).
 Le conformisme et l’individualisme dans la démocratie rendent les hommes «
apathiques » et les prépare à consentir au despotisme. Ils sont prêts à sacrifier leur
liberté à leur tranquillité et aux « vulgaires et petits plaisirs ».
 La pauvreté aussi peut être une raison de renonciation à la liberté politique et une
exclusion de la vie politique : « Sans les ressources économiques et matérielles
nécessaires pour le plein exercice de leurs droits, les citoyens sont incapables de
participer pleinement aux affaires publiques. »
MACHIAVEL, LES CONDITIONS ET LIMITES
DE LA LIBERTÉ POLITIQUE
1. LA CORRUPTION COMME LA FIN DE LA LIBERTÉ POLITIQUE :
 La corruption est désignée par Nicolas Machiavel comme la cause
de la fin des libertés républicaines.
 Elle se manifeste de deux manières: soit les individus abandonnent
peu à peu les affaires de l’État, soit ils y prennent une part active
mais pour leur ambition personnelle.
2. LES DÉSACCORDS PUBLICS, ASPECT NÉCESSAIRE DE LA LIBERTÉ POLITIQUE :
 Dans un État où règne une véritable liberté, les « tumulti » (discordes) apparaissent au
grand jour entre les groupes sociaux. Ces « tumulti » témoignent de l’existence de la
liberté politique des citoyens.
 Les « tumulti » contribuent à l’édification des bonnes lois et agissent comme des garde-
fous contre la corruption.
3. LA LIBERTÉ POLITIQUE PORTE SON CONTRAIRE EN ELLE :
 La liberté politique est le produit des désaccords entre les désirs des puissants et ceux
du peuple. Mais la dynamique de ces désirs et surtout leur insatiabilité devient source de
corruption, ce qui donc entraîne la fin de la liberté. D’où l’idée chez Machiavel que la
liberté politique porte son contraire en elle.
(Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, 1513-1520)
Implications de la conception de Machiavel
 Machiavel est le défenseur du « vivere civile » (vivre libre)
en tant qu’aspiration des peuples à la liberté par la voie
de leur participation politique active.
 Machiavel analyse le concept de liberté politique en
rapport avec des « umori » (désirs) de liberté et de
domination. Les umori des grands consistent à vouloir
dominer, ceux du peuple consistent à chercher la liberté
(à ne pas vouloir être dominés).
 Que ce soit chez le peuple ou chez les grands, le motif de
l’action politique est l’intérêt
 Le peuple est politiquement passif lorsqu’il ne voit pas
son intérêt dans la défense de l’État, sauf lorsqu’il s’agit
de résister à l’oppression. Inversement, l’appétit
insatiable des grands ou des détenteurs du pouvoir les
conduit à préférer leur intérêt propre au bien collectif.
 Le désir des grands et du peuple seraient en
confrontation, cette confrontation constituant une force
motrice de la communauté politique.
RUWEN OGIEN : LIBERTÉ POSITIVE ET NEGATIVE
 La LIBERTÉ POLITIQUE NÉGATIVE serait la possibilité de
faire ce que l’on veut sans contraintes externes. C’est la
conception de Hobbes. La liberté négative n’implique pas une
maîtrise de soi. Elle n’impose pas de savoir ce que l’on fait de
cette liberté. Elle est juste une question de volonté : il s’agit
uniquement de déterminer ce qu’on ne veut pas ou plus.
 La LIBERTÉ POLITIQUE POSITIVE consisterait à s’orienter
vers une vie plus juste, à construire un monde meilleur. Être
libre politiquement parlant, ce serait donc viser le bien. Elle
repose sur une conception perfectionniste de la vie humaine
où participer à la vie publique veut dire œuvrer au bien
commun.
Toutefois, chacune de ces conceptions selon Ruwen Ogien, pose un problème :
 La conception négative de la liberté politique peut permettre de justifier le non-respect de la
loi, puisque la liberté politique est supposée s’inscrire dans un certain « silence de la loi » de
Hobbes.
 La conception positive de la liberté politique en prenant pour prétexte une vision de
l’excellence peut servir à justifier des politiques coercitives et pour discriminer les citoyens
qui ne partageraient pas cette vision.
(Source : Ruwen Ogien, L’Etat nous rend-il meilleurs ? 2003)
HANNAH ARENDT :
la liberté politique comme liberté de l’action
1. LA LIBERTE COMME ATTRIBUT DE L’ACTION :
 La liberté politique c’est un attribut de l’action et non du libre-
arbitre.
 La liberté politique est à l’opposé de la liberté philosophique
laquelle s’exprime dans le moi intérieur à l’abri du monde et de la
contrainte.
 « La raison d’être de la politique est la liberté, et son champ
d’expérience est l’action ». (Hannah Arendt, Crise de la culture,
1954).
 « Les hommes sont libres aussi longtemps qu’ils agissent, ni
avant ni après ; en effet, être libre et agir ne font qu’un ».
2. LES CONDITIONS DE LA LIBERTÉ POLITIQUE :
 L’action politique pour être libre doit être libérée de tout motif et objectif prédéterminé : c’est « la
liberté d’appeler à l’existence quelque chose qui n’existait pas auparavant, qui n’était pas
donné ».
 L’action politique libre n’est pas sous la direction de l’entendement ou de la volonté (bien qu’elle
ait besoin des deux pour s’exécuter) mais trouve sa source dans les principes
supérieurs/extérieurs au moi : l’honneur, la gloire, l’amour de la justice, l’excellence, mais aussi
la crainte ou la haine…
 Ces principes sont manifestes tant que dure l’action : la liberté apparaît dans le monde chaque
fois que ces principes sont actualisés.
Implications de la conception de H. Arendt
Elle rejoint les penseurs grecs pour qui liberté et politique ne sont que les deux facettes
d’une même pièce : « Sans une vie publique politiquement garantie, il manque à la liberté
l’espace mondain où faire son apparition. » (Hannah Arendt, La crise de la culture, 1954).
Son apport à la théorie de la liberté politique réside dans la créativité attachée à l’acte
politique, création dont le résultat n’était pas intentionnel.
 Le domaine politique naît de la communauté d’action entendue comme « mise en
commun des paroles et des actes ».
 Si l’action désintéressée est le lieu par excellence de liberté politique, c’est parce
qu’elle contribue à révéler l’agent (l’individu agissant) sans pouvoir calculer à l’avance
ce qui est révélé. (Condition de l’homme moderne, 1961)
 Dans le sillage de Montesquieu, pour Hannah Arendt
ce n’est que là où le « je veux » et le « je peux »
coïncident que la liberté politique a lieu.
 Pour Hannah Arendt, si on en est venu à croire que la
liberté finit là où la politique commence, c’est en
raison d’une fausse croyance hérités de penseurs qui
ont identifié la liberté politique avec la sécurité au
sein de l’Etat.
Selon Cynthia Fleury, le courage peut se définir
comme « cette disposition à faire face lorsque tout
nous amène à baisser les yeux ». Il est « une
intelligence tournée vers l’avenir ».
Pour Hannah Arendt, il en découle que le
courage (au sens de Churchill) est une
composante essentielle à la liberté politique :
« Le courage est indispensable, parce qu’en
politique, ce n’est pas la vie mais le monde qui
est en jeu ».
Avec Hannah Arendt, le concept de liberté politique nous entraîne ainsi vers la
philosophie de l’action et du courage.
CONCLUSION

Contenu connexe

Similaire à La liberté politique, luxe ou mirage ? par Catherine Boudet

[Evelyne pisier] totalitarisme et for intérieur
[Evelyne pisier]   totalitarisme et for intérieur[Evelyne pisier]   totalitarisme et for intérieur
[Evelyne pisier] totalitarisme et for intérieur
Félix Bastien Julien 2N
 
B. Constant par Alexia loth louise maunier
B. Constant par Alexia loth louise maunierB. Constant par Alexia loth louise maunier
B. Constant par Alexia loth louise maunier
Theillier Damien
 
L'avènement des démocratie libérales
L'avènement des démocratie libéralesL'avènement des démocratie libérales
L'avènement des démocratie libérales
Theillier Nicomaque
 
Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411
Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411
Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411
Mathieu Laine
 
Discours de la servitude volontaire d. lot
Discours de la servitude volontaire d. lotDiscours de la servitude volontaire d. lot
Discours de la servitude volontaire d. lot
Theillier Damien
 
(Bibliothèque identitaire) alain de benoist au dela des droits de l'homme (...
(Bibliothèque identitaire) alain de benoist   au dela des droits de l'homme (...(Bibliothèque identitaire) alain de benoist   au dela des droits de l'homme (...
(Bibliothèque identitaire) alain de benoist au dela des droits de l'homme (...
freemens
 
La route de la servitude par dhiver chevillotte_recoursé
La route de la servitude par dhiver chevillotte_recourséLa route de la servitude par dhiver chevillotte_recoursé
La route de la servitude par dhiver chevillotte_recoursé
Theillier Nicomaque
 
Hayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitoger
Hayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitogerHayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitoger
Hayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitoger
Theillier Nicomaque
 
Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14
Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14
Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14
Ahmed GALAI
 

Similaire à La liberté politique, luxe ou mirage ? par Catherine Boudet (20)

Désobéissance civile : 2 Les penseurs de la désobéissance civile
Désobéissance civile : 2 Les penseurs de la désobéissance civileDésobéissance civile : 2 Les penseurs de la désobéissance civile
Désobéissance civile : 2 Les penseurs de la désobéissance civile
 
[Evelyne pisier] totalitarisme et for intérieur
[Evelyne pisier]   totalitarisme et for intérieur[Evelyne pisier]   totalitarisme et for intérieur
[Evelyne pisier] totalitarisme et for intérieur
 
B. Constant par Alexia loth louise maunier
B. Constant par Alexia loth louise maunierB. Constant par Alexia loth louise maunier
B. Constant par Alexia loth louise maunier
 
01- Introduction.pptx
01- Introduction.pptx01- Introduction.pptx
01- Introduction.pptx
 
01- Introduction.pptx
01- Introduction.pptx01- Introduction.pptx
01- Introduction.pptx
 
L'avènement des démocratie libérales
L'avènement des démocratie libéralesL'avènement des démocratie libérales
L'avènement des démocratie libérales
 
Introduction à la liberté d'expression
Introduction à la liberté d'expressionIntroduction à la liberté d'expression
Introduction à la liberté d'expression
 
La démocratie est-elle le meilleur régime ?
La démocratie est-elle le meilleur régime ?La démocratie est-elle le meilleur régime ?
La démocratie est-elle le meilleur régime ?
 
Democratie representative
Democratie representativeDemocratie representative
Democratie representative
 
Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411
Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411
Dictionnaire du Libéralisme - Les Echos.fr - 120411
 
Dictionnaire de la science politique et des institutions -- Hermet, Guy & Bad...
Dictionnaire de la science politique et des institutions -- Hermet, Guy & Bad...Dictionnaire de la science politique et des institutions -- Hermet, Guy & Bad...
Dictionnaire de la science politique et des institutions -- Hermet, Guy & Bad...
 
Discours de la servitude volontaire d. lot
Discours de la servitude volontaire d. lotDiscours de la servitude volontaire d. lot
Discours de la servitude volontaire d. lot
 
Désobéissance civile : 1 L'impératif de désobéissance
Désobéissance civile : 1 L'impératif de désobéissanceDésobéissance civile : 1 L'impératif de désobéissance
Désobéissance civile : 1 L'impératif de désobéissance
 
(Bibliothèque identitaire) alain de benoist au dela des droits de l'homme (...
(Bibliothèque identitaire) alain de benoist   au dela des droits de l'homme (...(Bibliothèque identitaire) alain de benoist   au dela des droits de l'homme (...
(Bibliothèque identitaire) alain de benoist au dela des droits de l'homme (...
 
Bibliothèques et démocratie
Bibliothèques et démocratieBibliothèques et démocratie
Bibliothèques et démocratie
 
La route de la servitude par dhiver chevillotte_recoursé
La route de la servitude par dhiver chevillotte_recourséLa route de la servitude par dhiver chevillotte_recoursé
La route de la servitude par dhiver chevillotte_recoursé
 
Diapo avons nous déjà été en démocratie ?
Diapo avons nous déjà été en démocratie ?Diapo avons nous déjà été en démocratie ?
Diapo avons nous déjà été en démocratie ?
 
Hayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitoger
Hayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitogerHayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitoger
Hayek - La route de la servitude par hantzen, michalon, guitoger
 
Article Arbi chouika
Article Arbi chouika Article Arbi chouika
Article Arbi chouika
 
Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14
Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14
Révolution tn, les leçons. rennes 3.7.14
 

Plus de Catherine Boudet

Plus de Catherine Boudet (10)

Maurice : de la construction nationale à la construction de la République
Maurice : de la construction nationale à la construction de la RépubliqueMaurice : de la construction nationale à la construction de la République
Maurice : de la construction nationale à la construction de la République
 
Législatives 2019 à Maurice : décodage des discours politiques
Législatives 2019 à Maurice : décodage des discours politiquesLégislatives 2019 à Maurice : décodage des discours politiques
Législatives 2019 à Maurice : décodage des discours politiques
 
Ethnicite et politique a Maurice
Ethnicite et politique a MauriceEthnicite et politique a Maurice
Ethnicite et politique a Maurice
 
Corruption et conflit d'interets a Maurice
Corruption et conflit d'interets a MauriceCorruption et conflit d'interets a Maurice
Corruption et conflit d'interets a Maurice
 
Religion a Maurice entre respect et debordements
Religion a Maurice entre respect et debordementsReligion a Maurice entre respect et debordements
Religion a Maurice entre respect et debordements
 
De la violence visible a la violence structurelle a Maurice
De la violence visible a la violence structurelle a MauriceDe la violence visible a la violence structurelle a Maurice
De la violence visible a la violence structurelle a Maurice
 
Redaction web fiche pedagogique 4 la titraille
Redaction web fiche pedagogique 4 la titrailleRedaction web fiche pedagogique 4 la titraille
Redaction web fiche pedagogique 4 la titraille
 
Redaction web fiche pedagogique 3 le call-to-action
Redaction web fiche pedagogique 3 le call-to-actionRedaction web fiche pedagogique 3 le call-to-action
Redaction web fiche pedagogique 3 le call-to-action
 
Redaction web fiche pedagogique 2 structurer sa page
Redaction web fiche pedagogique 2 structurer sa pageRedaction web fiche pedagogique 2 structurer sa page
Redaction web fiche pedagogique 2 structurer sa page
 
Redaction web fiche pedagogique 1 rediger une attaque
Redaction web fiche pedagogique 1 rediger une attaqueRedaction web fiche pedagogique 1 rediger une attaque
Redaction web fiche pedagogique 1 rediger une attaque
 

Dernier

Dernier (12)

Présentation sur les Risques Électriques et Leur Prévention en Algérie
Présentation sur les Risques Électriques et Leur Prévention en AlgériePrésentation sur les Risques Électriques et Leur Prévention en Algérie
Présentation sur les Risques Électriques et Leur Prévention en Algérie
 
Comment enseigner la langue française en Colombie?
Comment enseigner la langue française en Colombie?Comment enseigner la langue française en Colombie?
Comment enseigner la langue française en Colombie?
 
Festival de Cannes 2024. pptx
Festival    de   Cannes      2024.  pptxFestival    de   Cannes      2024.  pptx
Festival de Cannes 2024. pptx
 
Webinaire Technologia | DAX : nouvelles fonctions
Webinaire Technologia | DAX : nouvelles fonctionsWebinaire Technologia | DAX : nouvelles fonctions
Webinaire Technologia | DAX : nouvelles fonctions
 
Quitter la nuit. pptx
Quitter        la             nuit.   pptxQuitter        la             nuit.   pptx
Quitter la nuit. pptx
 
EL KATRY Reem: Proposition de Programme Artistique et Exposition pour les Écoles
EL KATRY Reem: Proposition de Programme Artistique et Exposition pour les ÉcolesEL KATRY Reem: Proposition de Programme Artistique et Exposition pour les Écoles
EL KATRY Reem: Proposition de Programme Artistique et Exposition pour les Écoles
 
Fiche - Accompagnement du travail coopératif au sein d’une équipe d’enseignan...
Fiche - Accompagnement du travail coopératif au sein d’une équipe d’enseignan...Fiche - Accompagnement du travail coopératif au sein d’une équipe d’enseignan...
Fiche - Accompagnement du travail coopératif au sein d’une équipe d’enseignan...
 
Traitement des eaux usées par lagunage a macrophytes.pptx
Traitement des eaux usées par lagunage a macrophytes.pptxTraitement des eaux usées par lagunage a macrophytes.pptx
Traitement des eaux usées par lagunage a macrophytes.pptx
 
PLANNING HEBDO ET CR LYCEE COUDON 21 MAI2024
PLANNING HEBDO ET CR LYCEE COUDON 21 MAI2024PLANNING HEBDO ET CR LYCEE COUDON 21 MAI2024
PLANNING HEBDO ET CR LYCEE COUDON 21 MAI2024
 
Quitter la nuit. pptx
Quitter          la        nuit.    pptxQuitter          la        nuit.    pptx
Quitter la nuit. pptx
 
Présentation Webinaire Cohésion - Concevoir et mettre en place une CMDB, comm...
Présentation Webinaire Cohésion - Concevoir et mettre en place une CMDB, comm...Présentation Webinaire Cohésion - Concevoir et mettre en place une CMDB, comm...
Présentation Webinaire Cohésion - Concevoir et mettre en place une CMDB, comm...
 
Système National de Santé au- Maroc-(2017)."pdf"
Système National de Santé au- Maroc-(2017)."pdf"Système National de Santé au- Maroc-(2017)."pdf"
Système National de Santé au- Maroc-(2017)."pdf"
 

La liberté politique, luxe ou mirage ? par Catherine Boudet

  • 1. Présentation de Catherine Boudet 1er février 2020, salle Eddy Norton, Rose-Hill dans le cadre de la conférence-débat « Nos libertés » organisée à l’occasion de la commémoration de l’Abolition de l’Esclavage 2020 par Observatoire de la Démocratie, Rosa Luxembourg Institute, CLAIM & MPM LA LIBERTÉ POLITIQUE
  • 2.  La liberté politique comme accord entre devoir et volonté (Montesquieu) ou comme attribut de l'action (Hannah Arendt) ?  L’égalité, condition ou frein de la liberté politique ? (Tocqueville)  La liberté politique comme recherche du bien commun ou comme outil de prise de pouvoir (Ogien) ?  La corruption, dérive ou conséquence de la liberté politique ? (Machiavel)
  • 3. LA LIBERTE POLITIQUE, LUXE OU MIRAGE ?  Comme l'a fait remarquer Jack Bizlall lors de cette conférence sur Les Libertés, pour beaucoup d’humains la liberté n’est pas (ne peut pas être) une priorité, leur priorité plus immédiate étant « ki manyer mo pou viv », comme je vais vivre (ou survivre).  Comme nous le verrons, certains auteurs se sont penchés sur les conditions d’exercice de la liberté politique, comme Tocqueville ou Machiavel.  Doit-on pour autant en déduire que si ces conditions ne sont pas réunies, si “les libertés politiques” ne sont pas respectées, il ne peut y avoir d’exercice de “la liberté politique”?  Il est également important de retourner vers les conceptions classiques afin de comprendre comment elles ont pu façonner voire orienter notre compréhension de la liberté politique.  D’où notre petit tour d’horizon de quelques conceptions classiques de la liberté politique depuis Machiavel (16e siècle) jusqu’à Ogien (21e siècle). Petit tour d’horizon non exhaustif bien sûr mais axé sur la compréhension des contours de cette notion, et de son évolution.
  • 4. LA LIBERTÉ POLITIQUE vue par quelques auteurs : • MACHIAVEL (16e siècle) • HOBBES (17e siècle) • MONTESQUIEU (18e siècle) • TOCQUEVILLE (19e siècle) • ARENDT (20e siècle) • OGIEN (21e siècle)
  • 5. ETYMOLOGIE LIBERTÉ du latin « liber », libre = celui qui n’est pas « servus ». POLITIQUE de « Polis » la cité en grec = la capacité/le pouvoir/la possibilité/le fait de/la condition permettant de/ participer aux affaires de la Cité.
  • 6. Voilà une notion qui semble soulever plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. MAIS DE QUELLE LIBERTÉ POLITIQUE PARLONS-NOUS ?
  • 7. L'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en 1848 par François-Auguste Biard (1848) L’égalité suffit-elle à garantir la liberté politique ? Michael Walzer dans The Paradox of Liberation (2016) souligne que tout processus de libération reste inachevé s’il se limite à la libération de l’oppression externe. Un véritable processus de libération tient à la victoire sur la double oppression, externe mais aussi interne. La première correspond à l’asservissement d’une population par une puissance coloniale, la seconde procède de l’intériorisation de cette domination (à travers des schémas de pensée, habitudes, etc.) par la population opprimée.
  • 8. La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix (1798 - 1863) Selon Hannah Arendt, la liberté est rarement le but direct de l’action politique, sauf dans les périodes de crise ou de révolution. Pour les Grecs anciens, l’homme était libre parce qu’il était citoyen, membre de la communauté politique. La modernité se présente avec une revendication de liberté, liée à l’affirmation de Droits de l'homme. Avec l’avènement de l’Etat et de la République, la liberté politique est-elle acquise ou reste-t- elle toujours à conquérir ?
  • 9. Caracalla, tableau de Sir Lawrence Alma-Tadema (1902) « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. » (Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1574). La liberté politique se définit-elle seulement termes négatifs de refus de la domination ?
  • 10. UNE NOTION QUI POSE PROBLÈME Friedrich Hayek (prix Nobel d’économie 1974) « Un peuple libre n’est pas nécessairement un peuple d’hommes libres. » Bertrand Lemennicier : « Le mot liberté politique fait référence non pas à l’autonomie individuelle mais à la compétition entre des factions de la population pour s’emparer du pouvoir et nuire à autrui en le sacrifiant pour atteindre ses propres objectifs. » Hannah Arendt : « Nous sommes enclins à croire que la liberté finit là où la politique commence, parce que nous avons vu que la liberté a disparu là où des considérations soi-disant politiques l’emportaient sur tout le reste. »
  • 11. UNE NOTION QUI POSE PROBLÈME  La liberté politique est donc une notion auréolée d'idéalisme, érigée notamment en idéal révolutionnaire.  Pourtant, comme le fait remarquer la philosophe allemande Hannah Arendt, la liberté n'est que rarement le but de l'action politique.  De nos jours, soulignait l’économiste français Bernard Lenmenicier, la liberté politique devient même de plus en plus synonyme de compétition pour le pouvoir où on n’hésite pas à piétiner autrui et à le sacrifier sur l’autel de ses propres ambitions. Une « liberté d’exploitation » en somme.  A l’heure où la liberté politique semble devenir de plus en plus un luxe ou un mirage face à la « glaciation » des libertés publiques, il est donc utile de revenir à la pensée des auteurs classiques de la liberté politique afin d’éclaircir le panorama conceptuel.
  • 12. LA LIBERTÉ POLITIQUE vue par quelques auteurs : • 1. HOBBES : la liberté politique laissée par le silence de la loi • 2. MONTESQUIEU : la liberté politique comme accord entre devoir et volonté • 3. TOCQUEVILLE : l’égalité politique, condition et frein à la liberté politique • 4. MACHIAVEL : les conditions et limites de la liberté politique • 5. OGIEN : Liberté politique négative et positive • 6. ARENDT : La liberté politique comme attribut de l’action
  • 13. HOBBES, la liberté laissée par le silence de la loi  Dans Le Léviathan (1651) Thomas Hobbes définit la liberté politique comme « l'absence d'opposition (par opposition, j'entends les obstacles extérieurs au mouvement) ».  Il rapporte la liberté à la communauté politique au sein de la République conçue comme « un homme artificiel » fabriqué pour maintenir la paix, et qui va donc de pair avec des « chaînes artificielles » que sont les lois civiles.  Etre libre, ce n’est donc pas être indépendant de la volonté d’autrui (car tout état civil suppose une dépendance envers les gouvernants ) :  « Nul n'a la liberté de résister à l'épée de la République pour défendre un autre homme, coupable ou innocent, parce qu'une telle liberté prive le souverain des moyens de nous protéger, et détruit donc l'essence même du gouvernement. » C’est dans le cadre de ces liens artificiels (les lois) mais nécessaires à la paix collective que se situe la liberté politique, qui consiste pour l’individu « en ce qu'il ne se trouve pas arrêté dans l'exécution de ce qu'il a la volonté, le désir, ou l'inclination de faire ».  Par liberté politique, Hobbes entend donc la liberté d’agir dans l’espace laissé par la contrainte extérieure notamment légale :  « Les autres libertés dépendent du silence de la loi. Dans les cas où le souverain n'a prescrit aucune règle, le sujet a alors la liberté de faire ou de s'abstenir, cela à sa propre discrétion ».
  • 14. MONTESQUIEU : la liberté politique comme pouvoir d’agir dans le cadre de la loi  Charles de Montesquieu : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. » (De l’esprit des lois, 1748)  Il distingue la liberté philosophique de la liberté politique :  La liberté philosophique n’exige que la liberté d’exercice de la volonté (indépendamment des circonstances et des buts).  La liberté politique ne consiste pas à faire ce que l’on veut (sinon ce serait le chaos), mais à pouvoir faire ce qui est permis par la loi (à « pouvoir faire ce que l'on doit vouloir ».  « Il est vrai que dans les démocraties le peuple paraît faire ce qu'il veut ; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut. Dans un État, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être pas contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. »  La liberté politique se distingue aussi de l’indépendance : « Il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que l'indépendance, et ce que c'est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. »
  • 15. Implications de la conception de Montesquieu  Liberté politique, Loi et Etat forment chez Montesquieu, un ensemble.  La liberté ne réside pas dans les vides juridiques ou « les silences de la loi » comme chez Hobbes.  La liberté politique ne réside donc ni dans la simple participation à l’exercice du pouvoir, ni dans la simple soumission à la loi.  Pour Montesquieu, être libre d’un point de vue politique signifie l’accord entre le devoir et la volonté (« pouvoir faire ce que l'on doit vouloir »).  Un individu ne peut pas être appelé libre s’il lui manque la capacité de faire.
  • 16. TOCQUEVILLE : l’égalité, condition et frein à la liberté politique 1. LA LIBERTÉ DANS L’ÉGALITÉ :  Dans la démocratie, le principe de l’égalité implique que chacun a les mêmes droits de se choisir la vie qu’il a voulu et de poursuivre son projet de vie.  La liberté politique ne peut être pratiquée que dans des conditions d’égalité. « Vivre démocratiquement avec ses concitoyens, c’est n’obéir qu’à soi et donc ne commander qu’à soi : n’obéir qu’à ce qu’on a voulu et aussi faire tout ce que sa propre volonté a ordonné ». Pour Alexis de Tocqueville, dans le cadre de la démocratie, la liberté politique est à envisager en rapport avec l’égalité. D’une part, la démocratie fait de l’égalité une condition de la liberté politique. Mais d’autre part, la recherche d’égalité devient un obstacle à la liberté politique. 2. LA RECHERCHE D’ÉGALITÉ POUSSE À RENONCER À LA LIBERTÉ POLITIQUE :  Leur obsession pour la recherche d’égalité (de statut) inciterait les individus à privilégier la recherche de jouissance de biens matériels et à abdiquer leur responsabilité politique : «Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux- mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage.» (De la démocratie en Amérique, T. II, 1840)
  • 17. Implications de la conception de Tocqueville  La démocratie donne aux individus l’idée de leur égalité, mais ne leur permet pas de la réaliser : « Les institutions démocratiques réveillent et flattent la passion de l’égalité sans pouvoir jamais la satisfaire entièrement ». « Ce n’est point tant parce qu’elles offrent à chacun des moyens de s’égaler aux autres, mais parce que ces moyens défaillent sans cesse à ceux qui les emploient.  La recherche forcenée d’égalité de statut produit une forme de tyrannie douce (qui ne repose ni sur le caprice du gouvernant ni sur la force brutale).  Le conformisme et l’individualisme dans la démocratie rendent les hommes « apathiques » et les prépare à consentir au despotisme. Ils sont prêts à sacrifier leur liberté à leur tranquillité et aux « vulgaires et petits plaisirs ».  La pauvreté aussi peut être une raison de renonciation à la liberté politique et une exclusion de la vie politique : « Sans les ressources économiques et matérielles nécessaires pour le plein exercice de leurs droits, les citoyens sont incapables de participer pleinement aux affaires publiques. »
  • 18. MACHIAVEL, LES CONDITIONS ET LIMITES DE LA LIBERTÉ POLITIQUE 1. LA CORRUPTION COMME LA FIN DE LA LIBERTÉ POLITIQUE :  La corruption est désignée par Nicolas Machiavel comme la cause de la fin des libertés républicaines.  Elle se manifeste de deux manières: soit les individus abandonnent peu à peu les affaires de l’État, soit ils y prennent une part active mais pour leur ambition personnelle. 2. LES DÉSACCORDS PUBLICS, ASPECT NÉCESSAIRE DE LA LIBERTÉ POLITIQUE :  Dans un État où règne une véritable liberté, les « tumulti » (discordes) apparaissent au grand jour entre les groupes sociaux. Ces « tumulti » témoignent de l’existence de la liberté politique des citoyens.  Les « tumulti » contribuent à l’édification des bonnes lois et agissent comme des garde- fous contre la corruption. 3. LA LIBERTÉ POLITIQUE PORTE SON CONTRAIRE EN ELLE :  La liberté politique est le produit des désaccords entre les désirs des puissants et ceux du peuple. Mais la dynamique de ces désirs et surtout leur insatiabilité devient source de corruption, ce qui donc entraîne la fin de la liberté. D’où l’idée chez Machiavel que la liberté politique porte son contraire en elle. (Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, 1513-1520)
  • 19. Implications de la conception de Machiavel  Machiavel est le défenseur du « vivere civile » (vivre libre) en tant qu’aspiration des peuples à la liberté par la voie de leur participation politique active.  Machiavel analyse le concept de liberté politique en rapport avec des « umori » (désirs) de liberté et de domination. Les umori des grands consistent à vouloir dominer, ceux du peuple consistent à chercher la liberté (à ne pas vouloir être dominés).  Que ce soit chez le peuple ou chez les grands, le motif de l’action politique est l’intérêt  Le peuple est politiquement passif lorsqu’il ne voit pas son intérêt dans la défense de l’État, sauf lorsqu’il s’agit de résister à l’oppression. Inversement, l’appétit insatiable des grands ou des détenteurs du pouvoir les conduit à préférer leur intérêt propre au bien collectif.  Le désir des grands et du peuple seraient en confrontation, cette confrontation constituant une force motrice de la communauté politique.
  • 20. RUWEN OGIEN : LIBERTÉ POSITIVE ET NEGATIVE  La LIBERTÉ POLITIQUE NÉGATIVE serait la possibilité de faire ce que l’on veut sans contraintes externes. C’est la conception de Hobbes. La liberté négative n’implique pas une maîtrise de soi. Elle n’impose pas de savoir ce que l’on fait de cette liberté. Elle est juste une question de volonté : il s’agit uniquement de déterminer ce qu’on ne veut pas ou plus.  La LIBERTÉ POLITIQUE POSITIVE consisterait à s’orienter vers une vie plus juste, à construire un monde meilleur. Être libre politiquement parlant, ce serait donc viser le bien. Elle repose sur une conception perfectionniste de la vie humaine où participer à la vie publique veut dire œuvrer au bien commun. Toutefois, chacune de ces conceptions selon Ruwen Ogien, pose un problème :  La conception négative de la liberté politique peut permettre de justifier le non-respect de la loi, puisque la liberté politique est supposée s’inscrire dans un certain « silence de la loi » de Hobbes.  La conception positive de la liberté politique en prenant pour prétexte une vision de l’excellence peut servir à justifier des politiques coercitives et pour discriminer les citoyens qui ne partageraient pas cette vision. (Source : Ruwen Ogien, L’Etat nous rend-il meilleurs ? 2003)
  • 21. HANNAH ARENDT : la liberté politique comme liberté de l’action 1. LA LIBERTE COMME ATTRIBUT DE L’ACTION :  La liberté politique c’est un attribut de l’action et non du libre- arbitre.  La liberté politique est à l’opposé de la liberté philosophique laquelle s’exprime dans le moi intérieur à l’abri du monde et de la contrainte.  « La raison d’être de la politique est la liberté, et son champ d’expérience est l’action ». (Hannah Arendt, Crise de la culture, 1954).  « Les hommes sont libres aussi longtemps qu’ils agissent, ni avant ni après ; en effet, être libre et agir ne font qu’un ». 2. LES CONDITIONS DE LA LIBERTÉ POLITIQUE :  L’action politique pour être libre doit être libérée de tout motif et objectif prédéterminé : c’est « la liberté d’appeler à l’existence quelque chose qui n’existait pas auparavant, qui n’était pas donné ».  L’action politique libre n’est pas sous la direction de l’entendement ou de la volonté (bien qu’elle ait besoin des deux pour s’exécuter) mais trouve sa source dans les principes supérieurs/extérieurs au moi : l’honneur, la gloire, l’amour de la justice, l’excellence, mais aussi la crainte ou la haine…  Ces principes sont manifestes tant que dure l’action : la liberté apparaît dans le monde chaque fois que ces principes sont actualisés.
  • 22. Implications de la conception de H. Arendt Elle rejoint les penseurs grecs pour qui liberté et politique ne sont que les deux facettes d’une même pièce : « Sans une vie publique politiquement garantie, il manque à la liberté l’espace mondain où faire son apparition. » (Hannah Arendt, La crise de la culture, 1954). Son apport à la théorie de la liberté politique réside dans la créativité attachée à l’acte politique, création dont le résultat n’était pas intentionnel.  Le domaine politique naît de la communauté d’action entendue comme « mise en commun des paroles et des actes ».  Si l’action désintéressée est le lieu par excellence de liberté politique, c’est parce qu’elle contribue à révéler l’agent (l’individu agissant) sans pouvoir calculer à l’avance ce qui est révélé. (Condition de l’homme moderne, 1961)  Dans le sillage de Montesquieu, pour Hannah Arendt ce n’est que là où le « je veux » et le « je peux » coïncident que la liberté politique a lieu.  Pour Hannah Arendt, si on en est venu à croire que la liberté finit là où la politique commence, c’est en raison d’une fausse croyance hérités de penseurs qui ont identifié la liberté politique avec la sécurité au sein de l’Etat.
  • 23. Selon Cynthia Fleury, le courage peut se définir comme « cette disposition à faire face lorsque tout nous amène à baisser les yeux ». Il est « une intelligence tournée vers l’avenir ». Pour Hannah Arendt, il en découle que le courage (au sens de Churchill) est une composante essentielle à la liberté politique : « Le courage est indispensable, parce qu’en politique, ce n’est pas la vie mais le monde qui est en jeu ». Avec Hannah Arendt, le concept de liberté politique nous entraîne ainsi vers la philosophie de l’action et du courage. CONCLUSION