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article de l'Obs sur le peacekeeping

  1. 1. L’OBS/N°2659-22/10/2015 Ilsprennentdeplusenplusderisques,nepeuventpastoujoursempêcherles massacresetsontaccusésdecrimessexuelscontrelespopulationsqu’ilssontcensés défendre…Lessoldatsquiserventdanslesmissionsdemaintiendelapaixont-ils encorelesmoyensdesambitionsdelaMaisondeverre ? DE NOS ENVOYÉES SPÉCIALES À TURTLE BAY, SARA DANIEL ET CÉLHIA DE LAVARÈNE Les70ansde l’ONULagrande déprime descasquesbleus SVENTORFINN/PANOS-REA UuejORJTiL81wxzrmLTKqP
  2. 2. 47 L’OBS/N°2659-22/10/2015 GRANDS FORMATS | D I P L O M AT I E sexuelles avec des casques bleus en échangedenourritureetdemédicaments. Cette autre enquête menée à Monrovia (Liberia)auprèsde489 femmesétablitque plusd’unquartd’entreellesontengagédes relationstariféesaveclescasquesbleus… Et si la plus grande armée du monde n’étaitqu’unrepairedesoldatsmalentraî- nés, aux mœurs dévoyées, incapables de faire face aux crises du xxie siècle ? Les opérations de maintien de la paix sont pourtant le leuron de l’ONU, « son vais- seau amiral » comme nous l’a expliqué SusanaMalcorra,lachefdecabinetdeBan Ki-moon. Avec un budget de 8,2milliards de dollars qui inancent 16  opérations déployant125 000hommes.Cettesomme, lesdétracteursdel’ONUlajugentastrono- mique. Ses défenseurs, eux, rappellent qu’ellenereprésenteque0,5%desbudgets militaires mondiaux (1 700 milliards de dollars),uneenveloppedérisoireauvude l’ampleur de la tâche à accomplir : sauver lemondedesgénocides,garantirlapaixet lesdroitsdel’homme,reconstruirelessys- tèmes politiques d’Etats déliquescents. DansunrapportpubliéparlaRandCorpo- ration, James Dobbins, un ancien diplo- mate, conclut d’ailleurs que le coût du casque bleu est inime par rapport à celui du soldat américain, pour des résultats souventmoinscontestables… Maislemalaisequitouchelesopérations de maintien de la paix ne s’explique pas seulement par la réticence de pays occi- dentaux,frappésdepleinfouetparlacrise, àmettrelamainauportefeuille.Ilestloin letempsoùlescasquesbleusrecevaient– c’était en 1998 – le prix Nobel de la paix. Koi Annan était alors à la tête de l’ONU. « Le doute s’est emparé de la communauté internationale »,expliqueJean-MarieGué- henno, président de l’International Crisis Group qui a présidé aux opérations de maintien de la paix entre 2000 et 2008. « Cedouten’existaitpasquandj’aiprismes fonctions. Malgré les désastres du Rwanda etdelaSomalie,ilyavaitencoreuncertain optimisme. Progressistes et conservateurs, comme Bush, pensaient que l’on pouvait changer le monde, l’améliorer. Aujourd’hui, depuis l’Irak, l’Afghanistan ou encore la Libye,cetoptimismeadisparu… » Deplus,àl’heureduterrorismegénéra- lisé, la notion de casque bleu comme pré- sence symbolique de la force est complè- tement dépassée. «  Actuellement, nous déployons des casques bleus dans des pays oùleconlitfaitrage,nossoldatscourentde plus en plus de risques », déplore Susana Malcorra.Oncompte3 402 mortsàce A u35e  étagedusiège de l’Organisation des Nations unies à New York, un blocdeverreposé surl’EastRiver,né de l’imagination de onze archi- tectes, dont Le Corbusier et Oscar Nie- meyer, la vue sur la friche industrielle de Brooklyn est à couper le soule. Mais ce jour-là,HervéLadsous,lepatrondesopé- rationsdemaintiendelapaixetnuméro3 de l’ONU, n’est pas d’humeur contempla- tive. Fatigué par un gros rhume attrapé à Bangui, l’ex-directeur de cabinet d’Alain Juppé, lorsque celui-ci était ministre des Afaires étrangères, devenu le chef de la plusgrandearméedumondeestdemau- vaisehumeur.Sondépartementestvulné- rable,débordéparlesconlitsquisedéve- loppent comme autant de métastases, et sur lesquels prospère comme pour tout compliquerledjihadisme. ObamaenpersonneestvenuàNewYork mettre en garde la communauté interna- tionale : « Les missions n’arrivent plus à répondreàlademandecroissantedespays », s’estinquiétéleprésidentaméricain.Prin- cipaux bailleurs de fonds du maintien de lapaixavec28%dubudget,lesEtats-Unis sontvenusbattrelerappel destroupesen marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Uncomblequandonsaitqu’ilssesonttou- jours méiés de l’organisation internatio- nale.Etqu’ilsnefournissentque78 soldats pour la paix… Pour aggraver le tout, la presseaméricainesedélectedesscandales sexuelsimpliquantdescasquesbleus,que l’on exhume à la suite de révélations cette année sur les turpitudes des soldats fran- çais en Centrafrique. Un rapport de juin 2014 mentionne que 231  femmes haï- tiennes ont indiqué avoir eu des relations En2013,unebrigaded’interventiondel’ONU, composéedesoldatsd’AfriqueduSud,deTanzanie etduMalawi,estenvoyéeenRépublique démocratiqueduCongoafindecombattrelesrebelles duM23auxcôtésdel’arméecongolaise. UuejORJTiL81wxzrmLTKqP
  3. 3. 48 L’OBS/N°2659-22/10/2015 GRANDS FORMATS jour pour les 16 missions déployées, autant que depuis la création du départe- ment en 1948. C’est la mission au Mali (Minusma)quidétientlerecorddecetriste palmarès  : avec 60  morts depuis son déploiement en 2013, c’est l’une des plus meurtrières de l’histoire de l’organisation internationale.Usantdepériphrasesdont l’ONU a le secret, on parle aujourd’hui de « missionsrobustes ».« Carsidesmassacres sontcommissouslesyeuxdescasquesbleus sans qu’ils réagissent, c’est humainement inadmissible et politiquement suicidaire », remarque Guéhenno. Mais ceux qui demandentauxcasquesbleusdeprendre ces risques sont ceux qui fournissent le moins de soldats. On assiste à une fronde des principaux pays contributeurs de troupes (Pakistan, Inde, Bangladesh) qui refusentdevoirleurssoldatsfaireoicede chair à canon et demandent à être plus étroitement associés à l’élaboration des missions décidées par les pays membres permanentsduConseildeSécurité.« Nous ne sommes pas équipés pour nous battre contre le terrorisme, c’est une de nos lignes rouges, s’agace Maleeha Lodhi, ambassa- driceduPakistan,quidéploie7 675 soldats surleterrain.Lesmandatsdoiventêtreplus précis et nous devons être mieux dédom- magés… »Lespayscontributeurstouchent aujourd’hui 1 332dollars par mois et par soldatdétaché.Seuleuneinimepartiede la somme revient aux casques bleus… Exaspérés par ce gouvernement oligar- chique hérité de la Seconde Guerre mon- diale,despayscommel’Allemagne,leBré- sil,leJaponetl’AfriqueduSud,surnommés labandedesquatre,demandentàcequ’on élargisseleclubdesmembrespermanents du Conseil de Sécurité (France, Grande- Bretagne,Etats-Unis,Russie,Chine).Mais, selon Lakhdar Brahimi, ex-secrétaire généraladjointdesNationsunies,quipré- conisedepuisdesannéesquel’onaméliore le fonctionnement démocratique et la transparence des institutions de l’ONU, cetteréformeduConseildeSécuritén’est MALI MINUSMA (depuisavril2013) HAÏTI MINUSTAH (depuisjuin2004) LIBERIA MINUL (depuisseptembre2003) CÔTED’IVOIRE ONUCI (depuisavril2004) RÉP.DEM.DUCONGO MONUSCO (depuisjuillet2010) ABIYÉ FISNUA (depuisjuin2011) MOYEN-ORIENT ONUST (depuismai1948) SYRIE FNUOD (depuismai1974) CHYPRE UNFICYP (depuismars1964) SAHARA OCCIDENTAL MINURSO (depuisavril1991) RÉP.CENTRAFRICAINE MINUSCA (depuisavril2014) DARFOUR MINUAD (depuisjuillet2007) KOSOVO MINUK (depuisjuin1999) LIBAN FINUL (depuismars1978) INDE/PAKISTAN UNMOGIP (depuisjanvier1949) Bangladesh 8 420 Ethiopie 8 307 Inde 7 793 Pakistan 7 675 Rwanda 5 774 Népal 5 353 Sénégal 3 628 Ghana 3 247 Chine 3 040 Nigeria 2 969 …HOMMES …MOYENSFINANCIERS* Etats-Unis 28,38% Japon 10,83% France 7,22% Allemagne 7,14% Royaume-Uni 6,68% Chine 6,64% Italie 4,45% FédérationdeRussie 3,14% Canada 2,98% Espagne 2,97% (*)Partdubudgettotaldesopérationsdemaintien delapaixdesNationsunies SOUDANDUSUD MINUSS (depuisjuillet2011) SOURCE : NATIONS UNIES MAINTIENDELAPAIX LES16OPÉRATIONS ENCOURS LESPLUSGROS CONTRIBUTEURSEN pas près de se produire. « Les cinq pays membres permanents du Conseil ne s’en- tendent sur rien, on l’a vu récemment avec la Syrie, sauf sur le fait qu’ils doivent conti- nueràexercerseulslepouvoir… »,explique l’ex-envoyé spécial de Ban Ki-moon à Damas.Lefaitquedepuisquatremandats desFrançaissesoientsuccédéàlatêtedes opérations de maintien de la paix est un autresignedecestractationssecrètesentre grandes puissances. Dans les couloirs de l’ONU, on raconte que les Français ont obtenu le poste de chef des casques bleus, aprèsd’intensesnégociationsaveclesAmé- ricains,quivoulaientqueleurcandidatKoi Annansoitéluaupostedesecrétairegéné- ral,alorsquelesFrançaissoutenaientBou- tros Boutros-Ghali. « Franchement, aucun poste ne doit être la propriété d’un pays, reconnaît Guéhenno. Cela me paraîtrait naturelquelesopérationsdemaintiendela paixreviennentàunautrepaysquelaFrance lorsque le mandat de Ladsous arrivera à échéanceenjuin2016. »Maisl’ex-patrondes casquesbleusprévientqueleposten’estpas une sinécure : « On n’a pas la maîtrise de touteslescartesetpourtantonvousmettra toujours les échecs des missions sur le dos. Faire de la politique dans son pays, c’est diicile, mais faire de la politique dans 16 paysquinesontpaslesvôtres… » LesiègedesNationsunies,àNewYork. UNPHOTO/ANDREABRIZZI UuejORJTiL81wxzrmLTKqP
  4. 4. 49 L’OBS/N°2659-22/10/2015 GRANDS FORMATS | D I P L O M AT I E « Cequis’estpasséenCentrafriqueestlamentable ! » Selon Hervé Ladsous, le chef des opé- rations de maintien de la paix, la mau- vaise conduite de certains soldats et casques bleus risque de porter un grave préjudice à des missions qui évitent des massacres dans les régions les plus troublées de la planète. N’y a-t-il pas trop de missions de maintiendelapaixdanslemonde ? On atteint aujourd’hui un palier dans le déploiement des opérations. Dans les deux ans qui viennent, deux ou trois missions vont se terminer. D’abord la Côte d’Ivoire, si, comme tout semble l’indiquer, les élections se passent bien ; ensuiteHaïti ;eteninleLiberia,oùtout lemondes’accordeàdirequelesNations unies ont fait leur temps. Ensuite, nous avons des négociations compliquées avec le Soudan au sujet du Darfour et avec la République démocratique du Congo, deux pays qui voudraient que nous nous accordions sur une stratégie de sortie de leur territoire. Nous n’y sommespasopposésmaisnoussommes toujoursendiscussionsurlescritèreset sur le rythme d’une décroissance de la présencedecasquesbleusdanscesdeux missions qui se sont révélées les plus importantesdel’histoiredel’ONU.Bien sûr, nous ne savons pas encore si le Conseil de Sécurité ne va pas nous conier de nouveaux mandats… La situation ne risque-t-elle pas d’empirer au Congo et au Darfour si les casques bleus réduisent leur présence ? Bien sûr. Ce ne sont pas des questions queleConseildeSécuritédoitprendreà la légère. L’an dernier, il y a eu 400 000 personnesdéplacéesdeplusau Darfour et de nombreux tués. Cela prouve bien que rien n’est réglé. Le dia- logue national soudanais est en panne. Donc le raisonnement de Khartoum qui consiste à dire que la région est retour- néeàsesquerellestribalesséculairesest un peu rapide. Les opérations de maintien de la paix ont-elles les moyens de leurs ambitions ? Quand j’ai pris la tête des opérations de maintiendelapaix,ilyaquatreans,95% des casques bleus venaient des pays du Sud.Iln’estpasmoralementconvenable d’avoir d’un côté ceux qui donnent les sous et de l’autre ceux qui donnent le sang. J’ai essayé de faire venir des sol- datsdespaysduNorddansnosmissions. Cela n’est pas un processus rapide ni évident mais les choses changent un peu : au Mali, nous avons désormais des soldats hollandais et suédois  ; il faut tendre à un partage aussi équitable que possible du fardeau. Le problème, notamment au Darfour, n’est pas une questiond’efectifmaisdeperformance. Certains bataillons d’infanterie méca- nisée ne sont opérationnels qu’à 30% ! Petit à petit, nous avons décidé de les remplacer par des hommes équipés et entraînéscommeillefautetquiontl’at- titudequ’ilfaut.Unedessolutionsserait quelespaysquineveulentpass’engager sur le terrain aident ceux qui y sont en les formant. Ainsi, les Japonais créent à Nairobiuncentredeformationetd’équi- pementd’unitédugénie.Pourapprendre aux troupes à reconstruire des ponts, à créer des pistes d’atterrissage… Commentexpliquez-vousqu’ilyait si peu de casques bleus américains (moinsde80) ? Posez-leur la question ! Il y a de vieilles cicatricesliéesàlaterribleafairesoma- lienne,ilyavingt-troisans,lorsqu’unde leurshélicoptèresaétéabattu.Pourtant lesAméricainsnousaident.Ilséquipent les contingents africains au Mali et en Centrafrique où ils ont distribué 500 véhicules, des blindés et des jeeps. Sans eux, nos amis africains seraient bien démunis ! Quelles sont les missions qui vous préoccupentleplus ? La question est plutôt de savoir quelles sont les missions qui ne nous préoc- cupentpas !Aujourd’hui,deuxmissions sontparticulièrementsensibles :leMali etlaCentrafrique.AuMali,nousdevons mettre en œuvre les accords d’Alger dans un contexte sécuritaire très dégradé : attaques asymétriques quasi quotidiennesàlamine,àlaroquette.En Centrafrique,nousallonsconnaîtreune période compliquée avec les élections quidoiventsetenircetteannée.Jepour- raisaussiajouterleGolan,où,àcausede la guerre civile en Syrie, différents groupes armés se font la guerre dans ce qui a historiquement été au Proche- Orient une poudrière. L’afaire des allégations de viols d’enfantspardessoldatsfrançaisde l’ONUenCentrafriquea-t-elleporté un grave préjudice à l’image des casquesbleus ? C’estévidemmentmauvaispourl’image des Nations unies. Ce qui s’est passé en Centrafrique et aussi dans d’autres mis- sionsestlamentable !Chacundecesinci- dents est un incident de trop. Mais 97% de notre personnel fait du très bon tra- vail,nel’oublionspas.JereviensdeCen- trafrique, et dans la région de Bambari, où se sont produits des faits allégués de viols par des soldats congolais, je n’ai eu qu’un seul message : « Bravo les casques bleus,onvousadore ! »Etaumomentdes troubles, des milliers de Bambariotes sont allés se réfugier auprès des casques bleus… C’est vrai que nous n’avons aucunelatitudepourenquêteretencore moins punir les casques bleus qui se comportent mal. Car, légalement, il revientauxEtatsdes’encharger.Ceque je regrette, c’est que l’ONU ne dispose pas d’une capacité à amener ces Etats à poursuivre leurs ressortissants cou- pablesdecrimes.L’undesmoyensserait cequel’onappellelenaming,c’est-à-dire qu’ondésignelespaysdescasquesbleus contre lesquels il y a des plaintes. Cela obligerait les pays en question à pour- suivre plus activement leurs soldats. HervéLadsousetMahamatKamoun,lePremierministre centrafricain,passentlestroupesenrevue,le28avril2015. PACOMEPABANDJI/AFP UuejORJTiL81wxzrmLTKqP

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