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trimestre2006–2,50€–www.frm.org
RECHERCHE
&SANTÉS o u t e n i r l a F o n d a t i o n p o u r l a R e c h e r c h e M é d i c a l e
N°108
Dépression
De vrais traitements
pour une vraie maladie
15 DOSSIER
Dépression
De vrais traitements
pour une vraie maladie
8 LA RECHERCHE EN DIRECT
Maladies rares : unir les
compétences pour développer
des traitements
30 LA FONDATION ET VOUS
Victoires de la médecine :
les espoirs de la recherche
à l'honneur
FRM108 P1couvBAF 30/08/06 11:30 Page 1
contre lesquelles on ne dispose que
de traitements peu efficaces (comme
le sida à une époque ou certains cancers
encore aujourd’hui), on compare l’effet
du traitement testé à celui des traite-
ments existants et non à un placebo.
Ainsi, tous les patients sont traités.
Comment sont encadrés ces essais ?
Claude Huriet : La loi de décembre 1988
a vraiment marqué
un tournant : la
recherche et les
chercheurs y ont
gagné en transpa-
rence. Son premier
objet fut de rendre
obligatoire le recueil du consentement
éclairé. Maintenant, les participants à des
essais cliniques doivent être informés
et ils doivent donner leur accord écrit.
Philippe Ménasché : À l’hôpital, les
patients sont sollicités par l’investiga-
teur. Les critères d’inclusion à un essai
clinique sont très précis. À partir du
moment où l’on prend son temps pour
expliquer le rationnel, c’est-à-dire l’objet
de l’essai, où l’on fournit un document
validé par un comité d’éthique et quand
on laisse le temps de la réflexion, les
refus sont rares.
Chantal Belorgey : Avant qu’il ne
débute, le protocole d’un essai est évalué
par une instance indépendante, le Comité
de protection des personnes (CPP) et
l’autorité compétente. Deux autorités
sont compétentes pour contrôler les
essais. L’Afssaps (l’Agence française de
sécurité sanitaire des produits de santé,
ancienne Agence du médicament, ndlr)
est en charge des essais sur les médica-
ments, les dispositifs médicaux, les théra-
pies géniques et cellulaires, mais aussi
les cosmétiques. La Direction générale
de la santé (DGS) contrôle les essais qui
ne portent pas sur des produits, comme
le fait de comparer deux techniques
chirurgicales. Pendant l’expérimentation,
tout effet indésirable est déclaré au CPP
et à l’autorité compétente ; celle-ci peut
à tout moment faire modifier ou stopper
l’essai. En fin de recherche, les résultats
sont envoyés à l’autorité compétente et
au CPP.
Y a-t-il des risques malgré tout ?
Et quels sont les bénéfices pour
les participants ?
Chantal Belorgey : Pour les personnes
malades, les avan-
t a g e s s o n t d e
pouvoir accéder à
un nouveau traite-
ment, d’être tout
particulièrement
suivies et surveil-
lées médicalement. Mais aussi l’al-
truisme, savoir que l’on participe à
l’amélioration des traitements pour
les générations à venir.
Pour les volontaires sains, les essais ne
comportent pas de bénéfice individuel
direct. Soit ils le font pour faire avancer
la science, soit parce qu’ils sont indem-
nisés. Seule la France applique le
principe d’un plafond d’indemnisation
annuel pour éviter la professionnalisa-
tion des volontaires sains. Le rapport
bénéfice/risque est évalué par l’autorité
compétente et le CPP.
Mais il existe toujours un risque
inconnu, imprévisible, comme dans tout
traitement.
Claude Huriet : À l’Institut Curie, où
nous développons des programmes de
recherche, nous constatons que chez les
personnes atteintes d’un cancer, leur
participation à la recherche est une
démarche évidente. Elle est perçue par
les malades comme une nouvelle
chance. Les essais cliniques contribuent
au progrès et permettent de mieux
appréhender les bénéfices d’un nouveau
traitement, mais également ses risques.
Philippe Ménasché : Il n’y a jamais de
rémunération des
participants, sauf
pour les volontai-
res sains. Concer-
nant les risques et
les avantages, c’est
une question qui
est discutée entre l’investigateur et le
patient. De plus, les essais sont parfois
croisés. Si le nouveau médicament se
révèle actif, les patients qui faisaient
partie du groupe placebo recevront ce
médicament dans un second temps. ■
…
CROISÉSENTRETIENS
RECHERCHE & SANTÉ lpage 14lN° 108 • 4e
trimestre 2006
VOTRE AVIS NOUS INTÉRESSE
Envoyez vos réactions
par courrier à On se dit tout
Fondation pour la Recherche
Médicale 54, rue de Varenne
75335 Paris Cedex 07 ou par
e-mail à onseditou@frm.org
Vous pouvez également exprimer
vos réactions sur le blog des
Entretiens croisés sur www.frm.org
La réglementation se renforce
– 1947 : la déclaration de Nuremberg reconnaît la nécessité d’une exigence
d’éthique dans les recherches cliniques chez l’Homme.
– 1988 : la loi Huriet encadre toutes les recherches biomédicales et rend
obligatoire le consentement éclairé.
– Août 2006 : un nouveau dispositif transpose en droit français une directive
européenne de 2001 concernant les essais de médicaments. Le plafond d’in-
demnisation des volontaires sains, un acquis de la loi Huriet, est revu à la hausse
et un registre officiel des participants aux essais cliniques est rendu obligatoire.
Plus d’informations sur les sites : clinicaltrials-dev.ifpma.org,
www.rechercheclinique.com, www.volterys.org et pour les maladies rares
www.orpha.net.
DÉPRESSIONDOSSIER
Pr
Jean-Pierre
Olié
Professeur
des universités,
praticien
hospitalier,
chef de service
de psychiatrie au centre
hospitalier Sainte-Anne (Paris).
Dossier
parrainé
par…
Les personnes dépressives ont encore trop souvent
la réputation d’être des faibles de caractère. Pourtant,
leur maladie et leur souffrance sont réelles et ils
n’en sont en rien responsables. La dépression est une
véritable maladie qui se soigne, à condition d’être bien prise
en charge, sur le plan médical comme psychologique.
17I Point de vue
du Dr
Jean-Pierre
Lépine
18I Recherche :
la quête de nouvelles
molécules
22I Prise en charge :
quel psy pour
quelle thérapie ?
RECHERCHE & SANTÉ lpage 15 lN° 108 • 4e
trimestre 2006
AnthonyHarvie/Gettyimages
DR
DE VRAIS TRAITEMENTS
POUR UNE VRAIE MALADIE
DÉPRESSION :DÉPRESSION :
FRM108 P13-14baf 31/08/06 15:50 Page 14
réactionnelle – consécutive à
un événement de la vie –, post-
traumatique – choc physique ou
psychique –, chronique lorsque les
symptômes persistent au-delà de deux ans, mas-
quée – se traduisant par des plaintes, des douleurs
physiques ou une agressivité –, etc.
La maladie maniaco-dépressive, ou trouble bipo-
laire, constitue quant à elle une pathologie à part
tant par ses symptômes que par ses traitements
(lire Recherche & Santé n° 93).
Pourquoi fait-on une dépression ? Les experts ne le
savent pas vraiment. À l’image d’autres pathologies,
elle serait la résultante de facteurs environnementaux
et individuels. Les premiers s’inscrivent souvent dès
la petite enfance, s’il y a eu abus physique ou psycho-
logique, ou bien encore «défaillance» affective. À
l’âge adulte, l’inactivité professionnelle, les conflits
…
Quel est le taux de consommation
d’antidépresseurs en France ?
Une enquête réalisée en 2002 dans six
pays européens révèle qu’en France, dans
un échantillon de population représenta-
tif, 6 % des personnes de plus de 18 ans
déclarent avoir consommé au moins une
fois des antidépresseurs dans les douze
derniers mois. C’est un taux élevé par
rapport à ceux des autres pays étudiés,
mais cela s’inscrit dans un contexte plus
général : on sait très bien que les Fran-
çais consomment globalement plus de
médicaments que leurs voisins européens.
Peut-on parler
d’une surconsommation ?
Je pense que le débat ne doit pas être vu
en ces termes. La même enquête épidé-
miologique indique que 6,7% de la popu-
lation interrogée a connu des troubles
dépressifs dans les douze derniers mois.
La prévalence de la dépression et de la
consommation d’antidépresseurs en France
semblent donc du même ordre de gran-
deur. La vraie question qu’il faut mainte-
nant se poser est : cela concerne-t-il
les mêmes personnes ? Aujourd’hui, nous
ne connaissons pas de manière précise
la proportion de personnes qui auraient pu
bénéficier de ces médicaments, mais n’en
ont pas pris et, à l’inverse, celles qui en
ont pris alors qu’elles n’auraient peut-être
pas dû. Évaluer cela demeure difficile,
notamment en termes méthodologiques.
Cette situation présente-t-elle
des risques ?
On peut d’abord s’interroger sur le risque
éventuel de survenue d’incidents lors de
sevrages trop brutaux. Il ne faut pas non
plus négliger un sujet très débattu en
ce moment, à savoir le lien éventuel entre
la prise de certaines molécules et les
conduites suicidaires chez les jeunes. Il
faut absolument faire comprendre au grand
public que les antidépresseurs ne sont pas
des substances anodines : ce sont des
médicaments qui sont là pour soigner une
vraie maladie, et non des « béquilles » qui
seraient utilisées pour aider dans les
moments un peu difficiles de la vie. Des
campagnes de communication doivent
pour cela être organisées, certes auprès
de la communauté médicale, mais aussi
de la population en général. Méfions-nous
d’une trop grande banalisation des anti-
dépresseurs.
P
rès de 3 millions de Français souffrent, à
un moment donné de leur vie, de dépres-
sion…, et la moitié d’entre eux rechutent.
Il s’agit là d’une véritable maladie, grave
de conséquences : grande souffrance pour
soi et son entourage, répercussions sociales et,
parfois, menace vitale.
Certains âges de la vie semblent plus
vulnérables que d’autres. C’est le cas
des adolescents, des jeunes adultes,
des femmes après l’accouchement
ou encore des seniors. « Chez les
personnes âgées, on observera des symptômes
physiques très forts ainsi qu’une grande altéra-
tion des fonctions cognitives, explique le Pr
Bruno
Millet, chef du service de psychiatrie du CHU de
Rennes. Le risque est de passer à côté en pensant
qu’il est naturel, à cet âge, de ressentir de la
tristesse et du découragement ou bien de consi-
dérer ces anomalies comme irréversibles.»
Selon la classification internationale, il n’existe qu’un
seul syndrome dépressif. Ses signes cliniques sont
bien définis. En priorité, on observe une humeur
dépressive – définie par une grande tristesse per-
manente, un repli sur soi, une perte de confiance
en soi… – et une perte d’élan vital, d’envie de faire
des choses. Viennent s’ajouter d’autres critères
comme l’autodévalorisation, des troubles de l’atten-
tion et de la concentration, des troubles du sommeil
(insomnie ou hypersomnie), une perte d’appétit,
de la libido, un ralentissement psychomoteur…
« Tout se fait dans la douleur morale et la
fatigue, cette dernière s’aggravant encore avec
le repos. Mais elle n’a rien à voir avec de la
paresse ou encore un manque de volonté », note
le Pr
Jean-Pierre Olié, chef de service de psychia-
trie à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.
Reste que l’expression, la sévérité et les circonstances
de survenue de la maladie varient d’un individu à
l’autre. On distingue ainsi une vingtaine de formes
de dépression : saisonnière survenant l’hiver,
DÉPRESSIONDOSSIER DÉPRESSIONDOSSIER
familiaux ou professionnels, la prise de substances
psycho-actives (drogues ou médicaments), le stress,
sont autant d’éléments accumulés au long des années
et potentiellement déclencheurs, un jour ou l’autre,
de cette maladie. « Mais ces personnes auront
d’autant plus de risques de développer une
dépression qu’elles sont porteuses de certains
gènes, précise Bruno Millet. Ainsi, les enfants de
parents déprimés sont-ils plus exposés que les
autres à devenir dépressifs.»
Quelle qu’en soit la cause, les répercussions sur la vie
familiale et professionnelle sont souvent grandes.
L’entourage, comme le déprimé lui-même, peine à
reconnaître et à accepter la maladie. Au fil des
RECHERCHE & SANTÉ lpage 16 lN° 108 • 4e
trimestre 2006 RECHERCHE & SANTÉ lpage 17 lN° 108 • 4e
trimestre 2006
Trois millions
de Français souffrent
de dépression
La dépression est une maladie
qui se soigne... à condition
de consulter un médecin. L’écoute
et la confiance médecin-patient
est alors essentielle à une prise
en charge efficace.
La surconsommation
d’antidépresseurs :
un faux débat ?
DR
JEAN-PIERRE LÉPINE,
CHEF DU SERVICE DE PSYCHIATRIE D’ADULTES
À L’HÔPITAL LARIBOISIÈRE-FERNAND-WIDAL, À PARIS.
POINT DE VUE
…
DR
Mangado/BSIP
…
SUICIDE
Repérer les personnes à risque
Deux chiffres alarmants : 15% des
patients dépressifs majeurs passent
à l’acte ; 70 % des suicides sont asso-
ciés à la dépression. S’il vient par-
fois révéler – de façon dramatique –
une dépression méconnue, le suicide
reste surtout un risque évolutif des
dépressions en cours de traitement.
Un certain nombre de facteurs de
risque sont susceptibles d’alerter
l’entourage et le corps médical : anté-
cédents familiaux et personnels de
suicide ou de tentative(s) de suicide,
isolement social et affectif, intensité
de la maladie, situations à risque
(deuil, endettement), personnes de
plus de 60 ans chez lesquelles la
dépression peut être ignorée, etc.
Chez les jeunes, les adolescents
dépressifs, et en particulier les gar-
çons, montrent un taux élevé de sui-
cides. Prévenir cet acte passe avant
tout par l’écoute de leur souffrance
et la possibilité pour eux de parler
librement avec les adultes de leurs
tentations de mort et de leurs peurs.
Un dialogue qui les aide à se libérer
de leurs idées obsessionnelles. En
témoigne la réduction du taux de
suicides des jeunes, là où a été mis
en place comme en Angleterre, un
réseau d’écoute téléphonique et
de points d’accueil.
Quant à l’effet supposé aggravant
des antidépresseurs, il ne faut pas
se méprendre : c’est bien la maladie
dépressivequigénèreidéesetcondui-
tes suicidaires. Reste que, mal utilisé
le médicament peut effectivement
lever l’inhibition dépressive avant de
corriger le noyau dépressif et suici-
daire. D’où la nécessité d’un traite-
mentassociantsoutienpsychologique
et prescription médicamenteuse.
FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 16
RECHERCHE & SANTÉ lpage 18 lN° 108 • 4e
trimestre 2006 RECHERCHE & SANTÉ lpage 19 lN° 108 • 4e
trimestre 2006
À l’exception des dépressions saisonnières pour les-
quelles la luminothérapie est le traitement de choix,
antidépresseurs et psychothérapie de soutien for-
ment la combinaison gagnante pour lutter contre
la dépression. Principaux acteurs de cette prise en
charge : les médecins généralistes, qui connaissent
souvent bien leurs patients. À eux d’écarter le sim-
ple à-coup émotionnel et d’apporter le premier sou-
tien psychologique… sans recourir à une médication
immédiate systématique. « On peut comparer la
dépression à des maladies comme l’hyperten-
sion artérielle ou l’hypercholestérolémie, car il
s’agit rarement d’une urgence médicale, explique
le Pr Jean-Pierre Olié. Elle nécessite une prise en
charge complète, basée sur une relation durable
et de confiance entre le médecin et son patient.»
Bien que leur mode d’action soit encore mal cerné,
on sait les antidépresseurs actifs sur deux neuro-
transmetteurs : la noradrénaline et la sérotonine. En
gros, il existe quatre familles d’antidépresseurs. Les
plus anciens – les tricycliques, actifs sur la noradré-
mois, chacun peut avoir l’impression de faire
des efforts que l’autre ne reconnaît pas, d’autant que
l’appauvrissement des liens sociaux n’arrange rien…
Pour poser le diagnostic, seul le bilan clinique est
aujourd’hui pratiqué couramment. Basé sur des
entretiens et des séries de questions, il met en évi-
dence les aspects psychologiques dépressifs. D’ici à
plusieurs années, les médecins pourront le complé-
ter avec l’imagerie (IRM) fonctionnelle : on observe
en effet chez les personnes dépressives des anoma-
lies à la fois neuro-anatomiques et fonctionnelles
(voir infographie p.20), contemporaines de la mala-
die. Leurs origines ? L’une d’elles serait à chercher
dans l’augmentation des corticoïdes sécrétés par
l’organisme en réaction au stress : leur toxicité pour
les cellules nerveuses entraîne leur atrophie au
sein des structures cérébrales impliquées dans la
dépression. «Mais le traitement médicamenteux,
de même qu’un suivi psychologique, améliore
ces structures sur le plan fonctionnel, précise
Bruno Millet. C’est bien la preuve que les struc-
tures de notre cerveau ne sont pas figées. Elles
se modifient au fil de notre vécu : on parle de
plasticité de notre cerveau.»
naline – ne sont quasi plus prescrits. Actuellement,
les traitements de référence visent à augmenter le
taux de sérotonine dans certaines zones cérébrales :
il s’agit des Imao (Inhibiteurs de la monoamine
oxydase), et surtout des ISRS (Inhibiteurs sélectifs
de la recapture de la sérotonine). Nés en 1987 et
devenus célèbres sous le nom commercial de
Prozac®, ceux-là engendrent peu d’effets secon-
daires indésirables. Enfin, des molécules très récem-
ment mises sur le marché agissent à la fois sur les
niveaux de sérotonine et de noradrénaline.
Le médecin choisit le médicament qui lui paraît
le mieux adapté. Mais un délai minimal de trois à
quatre semaines est nécessaire pour évaluer l’effica-
cité du traitement. Même si l’amélioration est avérée,
il est déconseillé d’arrêter le traitement avant au
moins six mois pour éviter les rechutes. Il n’existe
pas de risque de dépendance lié aux antidépresseurs,
contrairement aux anxiolytiques.
Quid des régulateurs de l’humeur ? Ces médicaments
occupentuneplacedepremierordredansletrai-
La découverte des premiers
antidépresseurs en 1957
a marqué une véritable révolution
thérapeutique dans le monde de la
psychiatrie. Elle a permis de soulager
la souffrance morale de millions de
personnes. Mais les effets secondaires
lourds et l’efficacité insuffisante des
premières molécules ont rapidement
poussé les chercheurs à innover.
« Même les médicaments de
dernière génération, les inhibiteurs
sélectifs de la recapture de
sérotonine (ISRS), ont encore des
inconvénients : il faut patienter
plusieurs semaines avant qu’ils ne
soient efficaces, et 30 % des patients
sont résistants à tous les traitements
antidépresseurs actuels », explique
Philippe Marin, chercheur à
l’Institut de génomique fonctionnelle
de Montpellier. Plusieurs voies de
recherche existent donc, soit pour
développer de nouvelles molécules,
soit pour améliorer l’efficacité
des molécules existantes. Ainsi,
de nombreuses équipes recherchent
de nouvelles cibles thérapeutiques,
comme certains récepteurs
à la sérotonine ou à la mélatonine.
L’agomélatine, qui renforce l’effet
de la mélatonine, est ainsi en cours
d’évaluation dans des essais cliniques
et montre une bonne efficacité sur
les troubles dépressifs majeurs, ainsi
que sur les troubles du sommeil et
l’anxiété associés. Avec son équipe,
soutenue par la Fondation pour la
Recherche Médicale, Philippe Marin
étudie la communication entre
neurones, via la sérotonine. On sait
que le niveau de ce neuromédiateur
est insuffisant chez les dépressifs,
et les antidépresseurs actuels visent
à rétablir un niveau normal. « Les
récepteurs à la sérotonine que nous
étudions sont la cible de nombreux
antidépresseurs. Notre but est de
découvrir de nouveaux mécanismes
qui modulent la sensibilité de ces
récepteurs aux antidépresseurs, afin
d’envisager des voies thérapeutiques
plus efficaces et mieux tolérées »,
explique le chercheur. Grâce au
financement de la Fondation, nous
allons pouvoir acquérir du matériel
d’électrophysiologie sans lequel
nous ne pourrions pas mener à bien
ce projet. » Quant à l’avenir des
traitements antidépresseurs, il s’agira
probablement de plus en plus de
médicaments dont le mode d’utilisation
pourra être personnalisé selon le profil
génétique de chaque patient.
Sérotonine, mélatonine :
deux neuromédiateurs. Un dérèglement
de la sécrétion et de la sensibilité
à ces neuromédiateurs est impliqué
dans la dépression.
Neuromédiateur : messager
chimique sécrété par les neurones
et servant à transmettre une
information d’une cellule à une autre.
Récepteur à la sérotonine : protéine
située à la surface des neurones
capable de capter le message
chimique transmis par la sérotonine.
Électrophysiologie : science
qui étudie l’activité électrique des
cellules nerveuses ou musculaires
qui communiquent entre elles grâce
à des signaux de nature électrique.
Recherche
La quête de nouvelles molécules
Peu connue, souvent sous-diagnostiquée, la
dépression chez les seniors existe pourtant
bien : 5 à 30 % des plus de 65 ans seraient
concernés, et jusqu’à 40 % des pensionnaires
de maisons de retraite. « À cause d’une certaine
résignation, les seniors renoncent souvent à en
parler à leur médecin, explique le Dr
Isabelle
Fabre de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. De
plus, la dépression est plus difficile à repérer
chez eux car elle s’accompagne rarement d’i-
dées suicidaires.» Quant aux autres symptômes,
troubles de mémoire et du sommeil, ils sont sou-
vent associés à tort au phénomène normal de
vieillissement, ou considérés comme les premiers
signes de démence ou de maladie d’Alzheimer.
Autant d’éléments qui retardent le diagnostic
de la dépression. «Toute modification du carac-
tère ou des habitudes de vie doit alerter l’en-
tourage », souligne le Dr
Fabre. En effet, lorsque
le senior décide de passer à l’acte, il choisit
souvent des moyens radicaux : le taux de
suicide « réussi » est ainsi bien plus élevé que
dans le restant de la population. Les hommes
de plus de 65 ans décèdent quatre fois plus
par suicide que toute autre catégorie d’âge.
« Il ne faut pas hésiter
à prescrire des anti-
dépresseurs aux per-
sonnes âgées, car les
nouvelles molécules
ne présentent plus de
contre-indication sur
le plan cardio-vascu-
laire. Dans les formes
sévères de dépression,
la sismothérapie peut
aussi avoir de très
bons résultats », pré-
cise Isabelle Fabre
(voir aussi le témoi-
gnage en p. 22). Les
moyens pour se soi-
gner existent : la
dépression ne doit plus
être considérée comme une fatalité liée au
« grand âge ».
Sismothérapie : thérapie à base d’électrochocs
où l’on soumet le cerveau du malade à de
fortes décharges de courant électrique, sous
anesthésie générale.
PRISE EN CHARGE
Les seniors dépriment aussi
…
…
(suite page 22)
Luminothérapie :
traitement
par la lumière
réalisé par
l’exposition
sous une lampe
spécialement
étudiée pendant
une demi-heure
par jour.
Neuro-
transmetteur :
substance
chimique
sécrétée par
les neurones
et servant à
transmettre
une information
d’une cellule
à une autre.
Imagerie (IRM)
fonctionnelle :
technique
d’imagerie
médicale
permettant
d’apprécier
l’activité réelle
de différentes
zones du
cerveau, en
visualisant leur
consommation
de glucose,
notamment.
Corticoïdes :
hormones
sécrétées par
les glandes
surrénales
(situées au-
dessus des reins),
notamment
en situation
de stress.
La dépression
des personnes âgées
est une réalité
trop souvent
négligée, au regard
d’autres pathologies.
DÉPRESSIONDOSSIER DÉPRESSIONDOSSIER
L’équipe de Philippe Marin à
l’Institut de génomique fonctionnelle
de Montpellier a reçu le label
Équipe FRM et se verra attribuer la
somme de 300 000 € sur trois ans
pour ses recherches de nouveaux
principes actifs antidépresseurs.
300 000 €
LE DON UTILE
La luminothérapie
peut aider à surmonter
les dépressions saisonnières,
à l’approche de l’hiver.
Laurent/BSIP
NicoleHenry-Cremon/Editing
FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 18
RECHERCHE & SANTÉ lpage 20 lN°108 • 4e
trimestre 2006 RECHERCHE & SANTÉ lpage 21lN° 108 • 4e
trimestre 2006
La dépression,
le cerveau au cœur de la maladie
Le cortex préfrontal traite
les émotions, la prise de
décision et l’adaptation du
comportement social.
L’hippocampe est impliqué
dans la mémoire explicite,
il est facilement perturbé
par le stress.
Les modifications
de structure
On observe chez les patients une diminution
du volume de l’hippocampe proportionnelle
à la durée et la sévérité des épisodes
dépressifs, ainsi qu’une réduction du cortex
préfrontal (volume normal en pointillés).
Grâce à la neuroplasticité du cerveau,
ces phénomènes sont réversibles lors
d’un traitement médicamenteux, et
également après une psychothérapie.
Les modifications
de fonctionnement
Chez les dépressifs,
quelques structures ont
une activité plus importante.
Certaines ont un rôle
direct, d’autres sont
en charge de contrôler
les premières à travers
des boucles de régulation.
Ces observations ne sont
donc pas toujours faciles
à interpréter en termes
de symptômes dépressifs.
Les perturbations
du sommeil
Chez la plupart des dépressifs on constate des perturbations
dans la sécrétion des hormones qui contrôlent le rythme
circadien. Cela provoque des troubles du sommeil :
diminution de la durée et de la profondeur du sommeil
paradoxal, réveil précoce, humeur matinale
difficile et, selon les patients, insomnie ou hypersomnie.
À l’origine de ces troubles,
un dérèglement de l’axe
hypothalamo-hypophysaire :
l’hypothalamus est impliqué
dans le maintien
des paramètres biologiques
de l’organisme et le contrôle
des émotions, et l’hypophyse,
sous le contrôle de l’hypothalamus,
est une sorte de chef d’orchestre
des sécrétions hormonales du corps.
La sismothérapie, ou électrochocs
Un courant électrique de très courte durée est délivré grâce à des électrodes
placées sur le crâne. Il provoque une hyperactivité dans tout le cerveau.
Pratiquée sous anesthésie générale et curarisation, la sismothérapie donne
de très bons résultats dans le cas de dépressions sévères résistantes aux
autres traitements.
La stimulation magnétique
transcranienne (SMT)
Cela consiste à stimuler le cerveau à l’aide d’un
puissant électro-aimant placé à l’extérieur du crâne
pour provoquer une courte décharge électrique dans
une zone précise du cerveau. Cette technique est
totalement indolore. Son utilisation reste pour l’instant
du domaine de la recherche, dans le cas de
dépressions sévères ou résistantes.
La stimulation électrique profonde
Déjà testée pour traiter les symptômes de la maladie
de Parkinson, cette technique consiste à implanter
définitivement des électrodes dans le cerveau.
Reliées à un stimulateur, elles délivrent un courant
électrique ajustable. Ce « pacemaker cérébral »
est l’objet de nombreuses recherches. Il reste à découvrir
les meilleures cibles cérébrales.
La stimulation électrique
corticale
Elle repose sur le même principe que
la stimulation profonde. Mais cette fois
les électrodes sont placées en surface, au
niveau du cortex préfrontal, dont on connaît
l’implication dans la dépression. Il s’agit, là
encore, d’une technique pour l’instant
réservée au domaine de la recherche.
Grâce à différentes techniques d’imagerie médicale, on observe dans le cerveau des modifications des structures mêmes
ou de leur fonctionnement durant une dépression. Ces modifications, dont on ne sait pas encore si elles sont des causes
ou des conséquences de la maladie, sont réversibles. En plus des médicaments ou des psychothérapies, les médecins
utilisent parfois des stimulations magnétiques ou électriques pour traiter ces perturbations du fonctionnement cérébral.
Les neurones communiquent entre eux par des signaux de nature électrique. Ainsi, avec une décharge électrique
d’origine extérieure, on peut facilement influer sur l’activité du cerveau. Selon l’intensité et la durée de ce courant,
il est possible de moduler, d’exciter ou d’inhiber le fonctionnement de certaines zones cérébrales. On peut
aussi tenter de rétablir un fonctionnement normal lorsque celui-ci est perturbé par une maladie comme la dépression.
DÉPRESSIONDOSSIER DÉPRESSIONDOSSIER
Les aspects cliniques de la maladie
Le cortex
préfrontal traite les
émotions, la prise
de décision et
l’adaptation du
comportement
social.
Les amygdales
régulent l’anxiété et
l’hypersensibilité.
Le thalamus joue
un rôle essentiel
dans la vigilance
et la régulation
de l’affectivité,
des humeurs
et de la mémoire.
Des
neuromédiateurs
comme la
sérotonine
permettent aux
neurones de
communiquer
entre eux.
Curarisation : traitement par le curare
qui a une action paralysante et évite
ainsi les convulsions.
Neuromédiateur : molécule permettant
aux neurones de communiquer entre eux.
Neuroplasticité : capacité du cerveau à
réorganiser les circuits neuronaux existants,
et donc à faire évoluer leur fonctionnement.
Rythme circadien : cycle s’étalant sur
une période d’environ 24 heures et qui
règle de nombreux phénomènes
biologiques comme l’alternance
des phases de veille et de sommeil.
Sommeil paradoxal : phase du sommeil
pendant laquelle on rêve.
Stimuler pour soigner
Hypothalamus
Hypophyse
Veille
Sommeil
paradoxal (rêve)
Sommeil profond
(ondes lentes)
0 1 2 3 4 5 6 7 8
Dépressif
Normal
Nombre d’heures de sommeil
Illustrations:SylvieDessert
FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 20
DÉPRESSION
AFFRONTER
DÉPRESSION
SYMPTÔMES
DÉPRESSION
SE SOIGNER
VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE
VIE PRATIQUEVIE PRATIQUE
Éviter la rechute
Reconnaître la maladie
• Plus sournoise que spectaculaire, la dépression peut
dérouter par son installation progressive comme par la diversité
des symptômes psychiques (tristesse et anxiété inhabituelles,
difficultés de concentration…) et physiques (insomnie, fatigue,
perte d’appétit).
• Deux indicateurs à reconnaître :
– l’aspect durable du changement : plus de deux semaines;
– l’entrave au fonctionnement quotidien de la personne.
• Deux aspects à rechercher en posant gentiment et sans
insistance excessive, deux questions :
– des idées noires sur la mort, le futur ?
– une perte de goût pour les plaisirs habituels ?
• Le médecin généraliste est le premier interlocuteur,
surtout s’il connaît la personne, son histoire et son environnement.
La décision de prendre un traitement doit se faire de manière
réfléchie (deux ou trois consultations sur quelques semaines).
• Une hospitalisation peut être demandée en cas de
gravité particulière avec risque vital ou suicidaire, parfois contre
l’avis du dépressif qui méconnaît sa maladie.
• L’avis du psychiatre se justifie en cas d’échec total
ou partiel du traitement mis en place par le médecin généraliste
ou bien pour envisager et choisir une psychothérapie.
• Moyens de prévention
– En phase aiguë du traitement par antidépresseurs, le suivre
de façon ininterrompue durant au moins six mois. Ne jamais
l’arrêter seul.
– Bonne hygiène de vie, maintien des liens sociaux et amicaux,
pas d’excitants psychiques ni d’hormonothérapie sans avis
médical.
– Dans certains cas, une psychothérapie pour mieux gérer ses
capacités personnelles.
– Après deux ou trois rechutes, un médicament stabilisateur
de l’humeur s’impose.
• L’entourage et/ou les associations de malades jouent
un rôle important pour soutenir la personne et l’aider dans la
poursuite de son traitement.
• Attention aux freins psychologiques qui retardent
le diagnostic : le regard de soi et des autres sur la maladie,
la réticence devant le traitement médicamenteux et/ou
psychologique, la difficulté à se faire entendre par un médecin
généraliste…
• La volonté ne fait pas tout, même si l’entourage et le déprimé
lui-même sont souvent enclins à le croire. Il faut savoir reconnaître
cette maladie qui modifie la façon de penser, d’agir, de décider,
voire d’aimer.
• Accepter les traitements efficaces et les compétences
des médecins, qui permettent de lutter contre la dépression,
maladie à part entière.
Guérir : une démarche
personnelle
Le parcours de soin
RECHERCHE & SANTÉ lpage 22 lN°108 • 4e
trimestre 2006
tement des rechutes et des récidives dépressi-
ves.Lesselsdelithium,notamment,sontindiquésdès
lorsqu’unpatientaprésentétroisépisodesdépressifs.
Quantaumillepertuis,souventprisenautomédication
pourtraiterunedépressionlégère,cettesubstancenatu-
relle est certes efficace, mais peut entraîner des inter-
actions avec d’autres médicaments, d’où la nécessité
d’un suivi médical.
Trente pour cent des patients ont pourtant une
dépression qui résiste aux médicaments. Pour eux
ou pour les formes de dépression particulièrement
graves, on peut exceptionnellement proposer des
électrochocs. La mauvaise réputation de ce traite-
ment n’est aujourd’hui plus justifiée. Il est efficace,
sans danger et sans douleur, puisque réalisé sous
anesthésie générale et accompagné d’une curarisa-
tion pour empêcher les contractures musculaires.
Une approche novatrice est aujourd’hui en cours
d’évaluation clinique : la stimulation magnétique
transcrânienne (voir infographie p. 21). Cette
méthode se montre efficace dans deux tiers des cas.
Mais, pour l’heure, elle reste empirique et coûteuse.
Enfin, la stimulation électrique corticale ou profonde
– avec l’implantation d’électrodes permanentes –
demeure une thérapie réservée aux cas extrêmes. ■
Il n’est pas toujours facile de s’y retrou-
ver parmi les professionnels de la prise
en charge psychologique. Il y a les
psychiatres qui, forts de leurs dix ans
de médecine, sont les seuls à pouvoir
prescrire des antidépresseurs. Puis les
psychologues, qui ont suivi un cursus
universitaire d’au moins cinq ans, mais
ne sont pas médecins. Enfin, les psycha-
nalystes, formés auprès de leurs pairs
et ayant eux-mêmes suivis une analyse.
Quant aux psychothérapeutes, c’est une
profession qui ne bénéficie d’aucune
définition légale. «Il existe d’ailleurs un
grand débat autour de la reconnaissance
de leurs formations et de leurs statuts»,
explique Emmanuel Haffen, psychiatre
au CHU de Besançon. Si les psychiatres
sont les plus à même de prendre en
charge une dépression, ils ne sont pas
les seuls à proposer des psychothé-
rapies. Il en existe plusieurs types : «La
thérapie de soutien est la plus courante,
mais aussi la moins structurée. Cela
dépend de chaque praticien, explique
le Dr
Haffen. La psychothérapie d’inspi-
ration analytique considère le patient
dans sa globalité, dans son histoire de
vie, et pas seulement la dépression.»
Quant aux thérapies comportementales
et cognitives, leur but est d’aider le
patient à modifier ses comportements
inadaptés et ses croyances sur lui-même
et son environnement qui l’ont conduit
ou le maintiennent dans un état dépres-
sif. Il serait simpliste de croire qu’à un
symptôme correspond une thérapie.
« C’est plutôt au patient, avec l’aide de
son médecin, de choisir une thérapie
selon sa motivation et ses affinités. Mais
pour cela, il doit avant tout bénéficier
d’une information claire et complète,
ce qui n’est pas toujours évident »,
regrette le Dr
Haffen.
PRISE EN CHARGE
Quel psy pour quelle thérapie ?
…
(suite de la page 19)
JulianRenard
DÉPRESSIONDOSSIER
MIREILLE, 63 ANS
Une maladie tabou
Lorsqu’il y a quelques années Mireille
a commencé à ressentir angoisses,
fatigue et mal-être importants, elle n’a pas
tout de suite osé en parler, « par pudeur et
pour ne pas inquiéter mes enfants et mon mari »,
explique-t-elle. La personne souffrante s’isole
alors et cela retarde la prise de contact avec
les médecins. « Il ne faut surtout pas avoir honte
d’aller voir un psychiatre. C’est lui qui connaît
le mieux les traitements. Avec l’aide de mon mari,
j’ai accepté la sismothérapie. C’est grâce
à cela que je m’en suis sortie. C’est un traitement
dont il ne faut pas avoir peur. » L’entourage joue
ainsi un rôle considérable, c’est souvent lui
qui empêche le passage à l’acte face à des idées
suicidaires. La famille, les amis doivent aider
à aller de l’avant, à positiver et aussi surveiller
les risques de récidive. « On ne peut pas s’en
sortir seul », insiste Mireille.
“
TÉMOIGNAGE
DÉPRESSION
VIVRE APRÈS
L’adhésion du patient
participe pour
beaucoup à la réussite
de toute prise en
charge psychologique.
Sismothérapie :
thérapie à base
d’électrochocs
où l’on soumet
le cerveau
du malade
à de fortes
décharges
de courant
électrique,
sous anesthésie
générale.
FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 22
LA FONDATION ET VOUS
L
a présence de la Fondation sur l’en-
semble du territoire français lui per-
met d’être au plus près de ses dona-
teurs comme des chercheurs qu’elle sou-
tient. À Paris, les comités régionaux
bénéficient de l’appui d’une équipe
dédiée, animée par Isabelle Fleury. Ce
service coordonne le développement
d’outils de communication, de docu-
ments d’information, etc., en s’appuyant
sur toutes les forces vives de la
Fondation. Ainsi, le donateur qui fait le
choix de donner à un comité régional est
assuré que son argent sera affecté à une
équipe de recherche de sa région (dans
la mesure du possible).
Nouvellement arrivé, Jean-Marc Pautras,
responsable du développement, appor-
tera aussi son soutien pour monter des
partenariats entrepreneurs/chercheurs
en région. Au sein de l’équipe, Farida
Tiar assure le secrétariat au sein de la
coordination nationale des comités régio-
naux. Membre de l’Académie nationale
de médecine et de l’Académie de phar-
macie, le Pr
Claude Dreux, quant à lui,
assure bénévolement la responsabilité
scientifique des comités régionaux. Il les
conseille et fait le lien entre eux et
le Conseil scientifique national pour
l’évaluation des projets scientifiques
soumis par les comités régionaux.
« Leurs membres, tous bénévoles, tient
à souligner Isabelle Fleury, font preuve
d’une imagination débordante au
service de la Fondation (lire leurs
dernières actualités p. 28-29). Leur
motivation et leur dynamisme nous
entraînent. » ■
IsabelleVincenti
La fin de dix ans de dévouement
aux comités régionaux
Bénévole auprès de la Fondation, Jean-François Pétélaud a œuvré pendant
près d’une dizaine d’années pour soutenir et accompagner les initiatives
des comités régionaux. Aujourd’hui, il a décidé de goûter à un repos
bien mérité. « Pour moi, le bénévolat repose sur deux moteurs : l’utilité et
le plaisir. J’emporte avec moi de multiples souvenirs. J’ai rencontré une
communauté humaine très intéressante, notamment avec les formidables
bénévoles qui se démènent en province. C’est ce qui a motivé ma longévité
auprès de la Fondation », souligne-t-il.
Le Pr
Claude Dreux, Isabelle Fleury,
Jean-François Pétélaud et Farida Tiar.
SERVICE DE COORDINATION NATIONALE DES COMITÉS RÉGIONAUX
Développer et animer
la Fondation partout en France
Plus de 170 bénévoles œuvrent dans 16 comités
régionaux. Au siège, une équipe dédiée les soutient.
❏ Oui, je souhaite aider la recherche en faisant,
par chèque bancaire ou postal à l’ordre de la Fondation
pour la Recherche Médicale, un don de :
❏ 20 € ❏ 25 € ❏ 30 €
❏ 40 € ❏ 50 € ❏ autre…………
❏ Oui, je souhaite recevoir, sans engagement,
une documentation sur le prélèvement automatique.
Conformément à la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978, en vous adressant au siège de notre Fondation, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, demander leur rectification
ou suppression, ou vous opposer à ce qu’elles soient échangées ou cédées. Dans ce dernier cas, les informations vous concernant seraient alors réservées à l’usage exclusif de notre Fondation.
Bulletin de soutien
Merci de découper ce bulletin ou de le recopier et de le retourner accompagné de votre règlement à l’adresse suivante :
FONDATION POUR LA RECHERCHE MÉDICALE - 54, rue de Varenne, 75335 Paris Cedex 07
Déduction fiscale 66 % de votre don est déductible de vos impôts à concurrence de 20 % de votre revenu imposable.
Vous recevrez un reçu fiscal.
M. Mme
Mlle
M. et Mme
Nom Prénom
Code postal Ville
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Si vous avez l’envie et le temps
de relayer l’action de la Fondation
en créant un comité régional,
il vous faut constituer un groupe
minimum de trois bénévoles et
chercher l’appui de personnalités
scientifiques et économiques
de votre région. Contactez ensuite
la Fondation au 01 44 39 75 76.
ALLERGIESUN MONDE HOSTILE
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• REPÉRER
Au moins l’un des
deux signes essentiels :
– humeur dépressive
avec tristesse, déprime ;
– perte d’intérêt ou de plaisir
pour toutes ou presque
toutes les activités usuelles ;
Associé à au moins cinq des
symptômes suivants pendant
au moins deux semaines :
– pessimisme, autoapitoiement,
anxiété, baisse d’énergie
(ou fatigue), sentiment
d’agitation, diminution
de l’efficacité au travail
(ou à l’école ou à la maison),
diminution de l’aptitude à se
concentrer, perte de poids,
insomnie (ou hypersomnie),
baisse d’activité sexuelle.
• S’ENTRAIDER
SOS Dépression propose
des entretiens téléphoniques
avec un psychologue.
Objectif : écouter pour faire
le point sur la situation et
mettre en mots la souffrance,
éclaircir les questionnements
sur les prises en charge
possibles, réfléchir ensemble à
l’aide qui conviendrait le mieux.
http://sos.depression.free.fr
Tél. : 01 40 47 95 95
Urgences psychiatrie
propose l’intervention
d’un psychologue à domicile ou
dans les locaux de l’association
(basée à Paris), dans la
journée, pour aider la personne
déprimée ou son entourage.
Tél. : 01 40 47 04 47
DÉPRESSIONsymptômes
• S’ENTRAIDER
Association
France-Dépression
4, rue Vigée-Lebrun,
75015 Paris
Tél. : 01 40 61 05 66
de 14h à 17h en semaine
sauf le mercredi.
www.france-depression.org
Propose un soutien
et une information
aux patients et aux
familles, sous la forme de
permanences téléphoniques
et de groupes de parole.
Cinq antennes régionales :
– France-Dépression
Bourgogne
CCAS, 1, place Étienne-Dolet,
89100 Sens
Tél. : 06 62 57 27 87
(vendredi après-midi)
– France-Dépression Centre
12, avenue Marcel-Dassault,
37200 Tours
Tél. : 06 67 70 86 77
– France-Dépression Lorraine
10, rue de Norvège,
54500 Vandœuvre
Tél. : 06 03 89 34 47
– France-Dépression
Normandie
Maison Saint-Sever,
10-12, rue Saint-Julien,
76100 Rouen
Tél. : 02 35 15 01 69
– France-Dépression Paca
(active à partir d’octobre)
Tél. : 06 86 37 68 17
DÉPRESSIONvivre après
• CONSULTER
Les centres médico-
psychologiques (CMP)
proposent des consultations
ambulatoires de psychiatrie
pour adultes, dépendant
du ministère de la Santé.
Les adresses des CMP
de chaque secteur
géographique s’obtiennent
auprès de la mairie ou au
CPOA (Centre psychiatrique
d’orientation et d’accueil)
de l’hôpital Sainte-Anne,
1, rue Cabanis, Paris 14e
Tél. : 01 45 65 81 09/10
DÉPRESSIONse soigner
DOCUMENT
D’INFORMATION
• La Dépression, Dr
Philippe
Nuss et Pr
Maurice Ferreri,
éd. bach, 2003.
DÉPRESSIONaffronter
VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE
VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE
• S’INFORMER
Psydoc-France est un site
Internet complet destiné
aux professionnels
et aux usagers. Il présente
en ligne les textes
et analyses officiels,
les sites santé :
http://psydoc-fr.broca.inserm.
fr/Usagers/usagersutile.html
• S’ENTRAIDER
La Fnap Psy (Fédération
nationale d’associations
d’[ex]-patients en psychiatrie)
recense et regroupe les
associations françaises
de patients ou ex-patients
en psychiatrie, accueille les
personnes ayant été soignées
en psychiatrie et les oriente
vers les associations capables
de les aider, démystifie
la maladie mentale auprès
de l’opinion publique et de
l’entourage des malades.
33, rue Daviel, 75013 Paris
Tél. : 01 43 64 85 42
www.fnappsy.org
• TÉMOIGNAGES
– Tomber sept fois,
se relever huit,
de Philippe Labro,
éd. Gallimard, 2005.
– Le Diable intérieur :
anatomie de la dépression,
d’Andrew Solomon,
éd. Albin Michel, 2002.
DOCUMENT
D’INFORMATION
• Deux dossiers complets
sur la dépression et ses
traitements sont disponibles sur
le site Internet de la Fondation
pour la Recherche Médicale :
www.frm.org
DOCUMENTS
D’INFORMATION
• Guide de la psychiatrie
publique à Paris. Conçu
comme un annuaire, ce guide
présente l’intégralité
des structures publiques ou
privées, hospitalières ou non,
malheureusement uniquement
dans la capitale. Rôle, mode
de fonctionnement et
responsables sont clairement
précisés. Il permet une
recherche par différents
critères : situation d’urgence,
structures psychiatriques
précises, structures par
arrondissement…
Édition 2006 disponible
sur demande par fax
au 01 45 65 89 86 ou
sur minitel 3615 code
PSYCOM 75, et consultable
sur www.psycom75.org/
GUIDE/leguide.htm.
• Les Psychothérapies. Destiné
aux patients et à leur famille,
ce guide inventorie les
différentes approches, leurs
bénéfices, les adresses, etc. :
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Nouveaux traitements contre la dépression

  • 1. 4e trimestre2006–2,50€–www.frm.org RECHERCHE &SANTÉS o u t e n i r l a F o n d a t i o n p o u r l a R e c h e r c h e M é d i c a l e N°108 Dépression De vrais traitements pour une vraie maladie 15 DOSSIER Dépression De vrais traitements pour une vraie maladie 8 LA RECHERCHE EN DIRECT Maladies rares : unir les compétences pour développer des traitements 30 LA FONDATION ET VOUS Victoires de la médecine : les espoirs de la recherche à l'honneur FRM108 P1couvBAF 30/08/06 11:30 Page 1
  • 2. contre lesquelles on ne dispose que de traitements peu efficaces (comme le sida à une époque ou certains cancers encore aujourd’hui), on compare l’effet du traitement testé à celui des traite- ments existants et non à un placebo. Ainsi, tous les patients sont traités. Comment sont encadrés ces essais ? Claude Huriet : La loi de décembre 1988 a vraiment marqué un tournant : la recherche et les chercheurs y ont gagné en transpa- rence. Son premier objet fut de rendre obligatoire le recueil du consentement éclairé. Maintenant, les participants à des essais cliniques doivent être informés et ils doivent donner leur accord écrit. Philippe Ménasché : À l’hôpital, les patients sont sollicités par l’investiga- teur. Les critères d’inclusion à un essai clinique sont très précis. À partir du moment où l’on prend son temps pour expliquer le rationnel, c’est-à-dire l’objet de l’essai, où l’on fournit un document validé par un comité d’éthique et quand on laisse le temps de la réflexion, les refus sont rares. Chantal Belorgey : Avant qu’il ne débute, le protocole d’un essai est évalué par une instance indépendante, le Comité de protection des personnes (CPP) et l’autorité compétente. Deux autorités sont compétentes pour contrôler les essais. L’Afssaps (l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, ancienne Agence du médicament, ndlr) est en charge des essais sur les médica- ments, les dispositifs médicaux, les théra- pies géniques et cellulaires, mais aussi les cosmétiques. La Direction générale de la santé (DGS) contrôle les essais qui ne portent pas sur des produits, comme le fait de comparer deux techniques chirurgicales. Pendant l’expérimentation, tout effet indésirable est déclaré au CPP et à l’autorité compétente ; celle-ci peut à tout moment faire modifier ou stopper l’essai. En fin de recherche, les résultats sont envoyés à l’autorité compétente et au CPP. Y a-t-il des risques malgré tout ? Et quels sont les bénéfices pour les participants ? Chantal Belorgey : Pour les personnes malades, les avan- t a g e s s o n t d e pouvoir accéder à un nouveau traite- ment, d’être tout particulièrement suivies et surveil- lées médicalement. Mais aussi l’al- truisme, savoir que l’on participe à l’amélioration des traitements pour les générations à venir. Pour les volontaires sains, les essais ne comportent pas de bénéfice individuel direct. Soit ils le font pour faire avancer la science, soit parce qu’ils sont indem- nisés. Seule la France applique le principe d’un plafond d’indemnisation annuel pour éviter la professionnalisa- tion des volontaires sains. Le rapport bénéfice/risque est évalué par l’autorité compétente et le CPP. Mais il existe toujours un risque inconnu, imprévisible, comme dans tout traitement. Claude Huriet : À l’Institut Curie, où nous développons des programmes de recherche, nous constatons que chez les personnes atteintes d’un cancer, leur participation à la recherche est une démarche évidente. Elle est perçue par les malades comme une nouvelle chance. Les essais cliniques contribuent au progrès et permettent de mieux appréhender les bénéfices d’un nouveau traitement, mais également ses risques. Philippe Ménasché : Il n’y a jamais de rémunération des participants, sauf pour les volontai- res sains. Concer- nant les risques et les avantages, c’est une question qui est discutée entre l’investigateur et le patient. De plus, les essais sont parfois croisés. Si le nouveau médicament se révèle actif, les patients qui faisaient partie du groupe placebo recevront ce médicament dans un second temps. ■ … CROISÉSENTRETIENS RECHERCHE & SANTÉ lpage 14lN° 108 • 4e trimestre 2006 VOTRE AVIS NOUS INTÉRESSE Envoyez vos réactions par courrier à On se dit tout Fondation pour la Recherche Médicale 54, rue de Varenne 75335 Paris Cedex 07 ou par e-mail à onseditou@frm.org Vous pouvez également exprimer vos réactions sur le blog des Entretiens croisés sur www.frm.org La réglementation se renforce – 1947 : la déclaration de Nuremberg reconnaît la nécessité d’une exigence d’éthique dans les recherches cliniques chez l’Homme. – 1988 : la loi Huriet encadre toutes les recherches biomédicales et rend obligatoire le consentement éclairé. – Août 2006 : un nouveau dispositif transpose en droit français une directive européenne de 2001 concernant les essais de médicaments. Le plafond d’in- demnisation des volontaires sains, un acquis de la loi Huriet, est revu à la hausse et un registre officiel des participants aux essais cliniques est rendu obligatoire. Plus d’informations sur les sites : clinicaltrials-dev.ifpma.org, www.rechercheclinique.com, www.volterys.org et pour les maladies rares www.orpha.net. DÉPRESSIONDOSSIER Pr Jean-Pierre Olié Professeur des universités, praticien hospitalier, chef de service de psychiatrie au centre hospitalier Sainte-Anne (Paris). Dossier parrainé par… Les personnes dépressives ont encore trop souvent la réputation d’être des faibles de caractère. Pourtant, leur maladie et leur souffrance sont réelles et ils n’en sont en rien responsables. La dépression est une véritable maladie qui se soigne, à condition d’être bien prise en charge, sur le plan médical comme psychologique. 17I Point de vue du Dr Jean-Pierre Lépine 18I Recherche : la quête de nouvelles molécules 22I Prise en charge : quel psy pour quelle thérapie ? RECHERCHE & SANTÉ lpage 15 lN° 108 • 4e trimestre 2006 AnthonyHarvie/Gettyimages DR DE VRAIS TRAITEMENTS POUR UNE VRAIE MALADIE DÉPRESSION :DÉPRESSION : FRM108 P13-14baf 31/08/06 15:50 Page 14
  • 3. réactionnelle – consécutive à un événement de la vie –, post- traumatique – choc physique ou psychique –, chronique lorsque les symptômes persistent au-delà de deux ans, mas- quée – se traduisant par des plaintes, des douleurs physiques ou une agressivité –, etc. La maladie maniaco-dépressive, ou trouble bipo- laire, constitue quant à elle une pathologie à part tant par ses symptômes que par ses traitements (lire Recherche & Santé n° 93). Pourquoi fait-on une dépression ? Les experts ne le savent pas vraiment. À l’image d’autres pathologies, elle serait la résultante de facteurs environnementaux et individuels. Les premiers s’inscrivent souvent dès la petite enfance, s’il y a eu abus physique ou psycho- logique, ou bien encore «défaillance» affective. À l’âge adulte, l’inactivité professionnelle, les conflits … Quel est le taux de consommation d’antidépresseurs en France ? Une enquête réalisée en 2002 dans six pays européens révèle qu’en France, dans un échantillon de population représenta- tif, 6 % des personnes de plus de 18 ans déclarent avoir consommé au moins une fois des antidépresseurs dans les douze derniers mois. C’est un taux élevé par rapport à ceux des autres pays étudiés, mais cela s’inscrit dans un contexte plus général : on sait très bien que les Fran- çais consomment globalement plus de médicaments que leurs voisins européens. Peut-on parler d’une surconsommation ? Je pense que le débat ne doit pas être vu en ces termes. La même enquête épidé- miologique indique que 6,7% de la popu- lation interrogée a connu des troubles dépressifs dans les douze derniers mois. La prévalence de la dépression et de la consommation d’antidépresseurs en France semblent donc du même ordre de gran- deur. La vraie question qu’il faut mainte- nant se poser est : cela concerne-t-il les mêmes personnes ? Aujourd’hui, nous ne connaissons pas de manière précise la proportion de personnes qui auraient pu bénéficier de ces médicaments, mais n’en ont pas pris et, à l’inverse, celles qui en ont pris alors qu’elles n’auraient peut-être pas dû. Évaluer cela demeure difficile, notamment en termes méthodologiques. Cette situation présente-t-elle des risques ? On peut d’abord s’interroger sur le risque éventuel de survenue d’incidents lors de sevrages trop brutaux. Il ne faut pas non plus négliger un sujet très débattu en ce moment, à savoir le lien éventuel entre la prise de certaines molécules et les conduites suicidaires chez les jeunes. Il faut absolument faire comprendre au grand public que les antidépresseurs ne sont pas des substances anodines : ce sont des médicaments qui sont là pour soigner une vraie maladie, et non des « béquilles » qui seraient utilisées pour aider dans les moments un peu difficiles de la vie. Des campagnes de communication doivent pour cela être organisées, certes auprès de la communauté médicale, mais aussi de la population en général. Méfions-nous d’une trop grande banalisation des anti- dépresseurs. P rès de 3 millions de Français souffrent, à un moment donné de leur vie, de dépres- sion…, et la moitié d’entre eux rechutent. Il s’agit là d’une véritable maladie, grave de conséquences : grande souffrance pour soi et son entourage, répercussions sociales et, parfois, menace vitale. Certains âges de la vie semblent plus vulnérables que d’autres. C’est le cas des adolescents, des jeunes adultes, des femmes après l’accouchement ou encore des seniors. « Chez les personnes âgées, on observera des symptômes physiques très forts ainsi qu’une grande altéra- tion des fonctions cognitives, explique le Pr Bruno Millet, chef du service de psychiatrie du CHU de Rennes. Le risque est de passer à côté en pensant qu’il est naturel, à cet âge, de ressentir de la tristesse et du découragement ou bien de consi- dérer ces anomalies comme irréversibles.» Selon la classification internationale, il n’existe qu’un seul syndrome dépressif. Ses signes cliniques sont bien définis. En priorité, on observe une humeur dépressive – définie par une grande tristesse per- manente, un repli sur soi, une perte de confiance en soi… – et une perte d’élan vital, d’envie de faire des choses. Viennent s’ajouter d’autres critères comme l’autodévalorisation, des troubles de l’atten- tion et de la concentration, des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), une perte d’appétit, de la libido, un ralentissement psychomoteur… « Tout se fait dans la douleur morale et la fatigue, cette dernière s’aggravant encore avec le repos. Mais elle n’a rien à voir avec de la paresse ou encore un manque de volonté », note le Pr Jean-Pierre Olié, chef de service de psychia- trie à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Reste que l’expression, la sévérité et les circonstances de survenue de la maladie varient d’un individu à l’autre. On distingue ainsi une vingtaine de formes de dépression : saisonnière survenant l’hiver, DÉPRESSIONDOSSIER DÉPRESSIONDOSSIER familiaux ou professionnels, la prise de substances psycho-actives (drogues ou médicaments), le stress, sont autant d’éléments accumulés au long des années et potentiellement déclencheurs, un jour ou l’autre, de cette maladie. « Mais ces personnes auront d’autant plus de risques de développer une dépression qu’elles sont porteuses de certains gènes, précise Bruno Millet. Ainsi, les enfants de parents déprimés sont-ils plus exposés que les autres à devenir dépressifs.» Quelle qu’en soit la cause, les répercussions sur la vie familiale et professionnelle sont souvent grandes. L’entourage, comme le déprimé lui-même, peine à reconnaître et à accepter la maladie. Au fil des RECHERCHE & SANTÉ lpage 16 lN° 108 • 4e trimestre 2006 RECHERCHE & SANTÉ lpage 17 lN° 108 • 4e trimestre 2006 Trois millions de Français souffrent de dépression La dépression est une maladie qui se soigne... à condition de consulter un médecin. L’écoute et la confiance médecin-patient est alors essentielle à une prise en charge efficace. La surconsommation d’antidépresseurs : un faux débat ? DR JEAN-PIERRE LÉPINE, CHEF DU SERVICE DE PSYCHIATRIE D’ADULTES À L’HÔPITAL LARIBOISIÈRE-FERNAND-WIDAL, À PARIS. POINT DE VUE … DR Mangado/BSIP … SUICIDE Repérer les personnes à risque Deux chiffres alarmants : 15% des patients dépressifs majeurs passent à l’acte ; 70 % des suicides sont asso- ciés à la dépression. S’il vient par- fois révéler – de façon dramatique – une dépression méconnue, le suicide reste surtout un risque évolutif des dépressions en cours de traitement. Un certain nombre de facteurs de risque sont susceptibles d’alerter l’entourage et le corps médical : anté- cédents familiaux et personnels de suicide ou de tentative(s) de suicide, isolement social et affectif, intensité de la maladie, situations à risque (deuil, endettement), personnes de plus de 60 ans chez lesquelles la dépression peut être ignorée, etc. Chez les jeunes, les adolescents dépressifs, et en particulier les gar- çons, montrent un taux élevé de sui- cides. Prévenir cet acte passe avant tout par l’écoute de leur souffrance et la possibilité pour eux de parler librement avec les adultes de leurs tentations de mort et de leurs peurs. Un dialogue qui les aide à se libérer de leurs idées obsessionnelles. En témoigne la réduction du taux de suicides des jeunes, là où a été mis en place comme en Angleterre, un réseau d’écoute téléphonique et de points d’accueil. Quant à l’effet supposé aggravant des antidépresseurs, il ne faut pas se méprendre : c’est bien la maladie dépressivequigénèreidéesetcondui- tes suicidaires. Reste que, mal utilisé le médicament peut effectivement lever l’inhibition dépressive avant de corriger le noyau dépressif et suici- daire. D’où la nécessité d’un traite- mentassociantsoutienpsychologique et prescription médicamenteuse. FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 16
  • 4. RECHERCHE & SANTÉ lpage 18 lN° 108 • 4e trimestre 2006 RECHERCHE & SANTÉ lpage 19 lN° 108 • 4e trimestre 2006 À l’exception des dépressions saisonnières pour les- quelles la luminothérapie est le traitement de choix, antidépresseurs et psychothérapie de soutien for- ment la combinaison gagnante pour lutter contre la dépression. Principaux acteurs de cette prise en charge : les médecins généralistes, qui connaissent souvent bien leurs patients. À eux d’écarter le sim- ple à-coup émotionnel et d’apporter le premier sou- tien psychologique… sans recourir à une médication immédiate systématique. « On peut comparer la dépression à des maladies comme l’hyperten- sion artérielle ou l’hypercholestérolémie, car il s’agit rarement d’une urgence médicale, explique le Pr Jean-Pierre Olié. Elle nécessite une prise en charge complète, basée sur une relation durable et de confiance entre le médecin et son patient.» Bien que leur mode d’action soit encore mal cerné, on sait les antidépresseurs actifs sur deux neuro- transmetteurs : la noradrénaline et la sérotonine. En gros, il existe quatre familles d’antidépresseurs. Les plus anciens – les tricycliques, actifs sur la noradré- mois, chacun peut avoir l’impression de faire des efforts que l’autre ne reconnaît pas, d’autant que l’appauvrissement des liens sociaux n’arrange rien… Pour poser le diagnostic, seul le bilan clinique est aujourd’hui pratiqué couramment. Basé sur des entretiens et des séries de questions, il met en évi- dence les aspects psychologiques dépressifs. D’ici à plusieurs années, les médecins pourront le complé- ter avec l’imagerie (IRM) fonctionnelle : on observe en effet chez les personnes dépressives des anoma- lies à la fois neuro-anatomiques et fonctionnelles (voir infographie p.20), contemporaines de la mala- die. Leurs origines ? L’une d’elles serait à chercher dans l’augmentation des corticoïdes sécrétés par l’organisme en réaction au stress : leur toxicité pour les cellules nerveuses entraîne leur atrophie au sein des structures cérébrales impliquées dans la dépression. «Mais le traitement médicamenteux, de même qu’un suivi psychologique, améliore ces structures sur le plan fonctionnel, précise Bruno Millet. C’est bien la preuve que les struc- tures de notre cerveau ne sont pas figées. Elles se modifient au fil de notre vécu : on parle de plasticité de notre cerveau.» naline – ne sont quasi plus prescrits. Actuellement, les traitements de référence visent à augmenter le taux de sérotonine dans certaines zones cérébrales : il s’agit des Imao (Inhibiteurs de la monoamine oxydase), et surtout des ISRS (Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine). Nés en 1987 et devenus célèbres sous le nom commercial de Prozac®, ceux-là engendrent peu d’effets secon- daires indésirables. Enfin, des molécules très récem- ment mises sur le marché agissent à la fois sur les niveaux de sérotonine et de noradrénaline. Le médecin choisit le médicament qui lui paraît le mieux adapté. Mais un délai minimal de trois à quatre semaines est nécessaire pour évaluer l’effica- cité du traitement. Même si l’amélioration est avérée, il est déconseillé d’arrêter le traitement avant au moins six mois pour éviter les rechutes. Il n’existe pas de risque de dépendance lié aux antidépresseurs, contrairement aux anxiolytiques. Quid des régulateurs de l’humeur ? Ces médicaments occupentuneplacedepremierordredansletrai- La découverte des premiers antidépresseurs en 1957 a marqué une véritable révolution thérapeutique dans le monde de la psychiatrie. Elle a permis de soulager la souffrance morale de millions de personnes. Mais les effets secondaires lourds et l’efficacité insuffisante des premières molécules ont rapidement poussé les chercheurs à innover. « Même les médicaments de dernière génération, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de sérotonine (ISRS), ont encore des inconvénients : il faut patienter plusieurs semaines avant qu’ils ne soient efficaces, et 30 % des patients sont résistants à tous les traitements antidépresseurs actuels », explique Philippe Marin, chercheur à l’Institut de génomique fonctionnelle de Montpellier. Plusieurs voies de recherche existent donc, soit pour développer de nouvelles molécules, soit pour améliorer l’efficacité des molécules existantes. Ainsi, de nombreuses équipes recherchent de nouvelles cibles thérapeutiques, comme certains récepteurs à la sérotonine ou à la mélatonine. L’agomélatine, qui renforce l’effet de la mélatonine, est ainsi en cours d’évaluation dans des essais cliniques et montre une bonne efficacité sur les troubles dépressifs majeurs, ainsi que sur les troubles du sommeil et l’anxiété associés. Avec son équipe, soutenue par la Fondation pour la Recherche Médicale, Philippe Marin étudie la communication entre neurones, via la sérotonine. On sait que le niveau de ce neuromédiateur est insuffisant chez les dépressifs, et les antidépresseurs actuels visent à rétablir un niveau normal. « Les récepteurs à la sérotonine que nous étudions sont la cible de nombreux antidépresseurs. Notre but est de découvrir de nouveaux mécanismes qui modulent la sensibilité de ces récepteurs aux antidépresseurs, afin d’envisager des voies thérapeutiques plus efficaces et mieux tolérées », explique le chercheur. Grâce au financement de la Fondation, nous allons pouvoir acquérir du matériel d’électrophysiologie sans lequel nous ne pourrions pas mener à bien ce projet. » Quant à l’avenir des traitements antidépresseurs, il s’agira probablement de plus en plus de médicaments dont le mode d’utilisation pourra être personnalisé selon le profil génétique de chaque patient. Sérotonine, mélatonine : deux neuromédiateurs. Un dérèglement de la sécrétion et de la sensibilité à ces neuromédiateurs est impliqué dans la dépression. Neuromédiateur : messager chimique sécrété par les neurones et servant à transmettre une information d’une cellule à une autre. Récepteur à la sérotonine : protéine située à la surface des neurones capable de capter le message chimique transmis par la sérotonine. Électrophysiologie : science qui étudie l’activité électrique des cellules nerveuses ou musculaires qui communiquent entre elles grâce à des signaux de nature électrique. Recherche La quête de nouvelles molécules Peu connue, souvent sous-diagnostiquée, la dépression chez les seniors existe pourtant bien : 5 à 30 % des plus de 65 ans seraient concernés, et jusqu’à 40 % des pensionnaires de maisons de retraite. « À cause d’une certaine résignation, les seniors renoncent souvent à en parler à leur médecin, explique le Dr Isabelle Fabre de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. De plus, la dépression est plus difficile à repérer chez eux car elle s’accompagne rarement d’i- dées suicidaires.» Quant aux autres symptômes, troubles de mémoire et du sommeil, ils sont sou- vent associés à tort au phénomène normal de vieillissement, ou considérés comme les premiers signes de démence ou de maladie d’Alzheimer. Autant d’éléments qui retardent le diagnostic de la dépression. «Toute modification du carac- tère ou des habitudes de vie doit alerter l’en- tourage », souligne le Dr Fabre. En effet, lorsque le senior décide de passer à l’acte, il choisit souvent des moyens radicaux : le taux de suicide « réussi » est ainsi bien plus élevé que dans le restant de la population. Les hommes de plus de 65 ans décèdent quatre fois plus par suicide que toute autre catégorie d’âge. « Il ne faut pas hésiter à prescrire des anti- dépresseurs aux per- sonnes âgées, car les nouvelles molécules ne présentent plus de contre-indication sur le plan cardio-vascu- laire. Dans les formes sévères de dépression, la sismothérapie peut aussi avoir de très bons résultats », pré- cise Isabelle Fabre (voir aussi le témoi- gnage en p. 22). Les moyens pour se soi- gner existent : la dépression ne doit plus être considérée comme une fatalité liée au « grand âge ». Sismothérapie : thérapie à base d’électrochocs où l’on soumet le cerveau du malade à de fortes décharges de courant électrique, sous anesthésie générale. PRISE EN CHARGE Les seniors dépriment aussi … … (suite page 22) Luminothérapie : traitement par la lumière réalisé par l’exposition sous une lampe spécialement étudiée pendant une demi-heure par jour. Neuro- transmetteur : substance chimique sécrétée par les neurones et servant à transmettre une information d’une cellule à une autre. Imagerie (IRM) fonctionnelle : technique d’imagerie médicale permettant d’apprécier l’activité réelle de différentes zones du cerveau, en visualisant leur consommation de glucose, notamment. Corticoïdes : hormones sécrétées par les glandes surrénales (situées au- dessus des reins), notamment en situation de stress. La dépression des personnes âgées est une réalité trop souvent négligée, au regard d’autres pathologies. DÉPRESSIONDOSSIER DÉPRESSIONDOSSIER L’équipe de Philippe Marin à l’Institut de génomique fonctionnelle de Montpellier a reçu le label Équipe FRM et se verra attribuer la somme de 300 000 € sur trois ans pour ses recherches de nouveaux principes actifs antidépresseurs. 300 000 € LE DON UTILE La luminothérapie peut aider à surmonter les dépressions saisonnières, à l’approche de l’hiver. Laurent/BSIP NicoleHenry-Cremon/Editing FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 18
  • 5. RECHERCHE & SANTÉ lpage 20 lN°108 • 4e trimestre 2006 RECHERCHE & SANTÉ lpage 21lN° 108 • 4e trimestre 2006 La dépression, le cerveau au cœur de la maladie Le cortex préfrontal traite les émotions, la prise de décision et l’adaptation du comportement social. L’hippocampe est impliqué dans la mémoire explicite, il est facilement perturbé par le stress. Les modifications de structure On observe chez les patients une diminution du volume de l’hippocampe proportionnelle à la durée et la sévérité des épisodes dépressifs, ainsi qu’une réduction du cortex préfrontal (volume normal en pointillés). Grâce à la neuroplasticité du cerveau, ces phénomènes sont réversibles lors d’un traitement médicamenteux, et également après une psychothérapie. Les modifications de fonctionnement Chez les dépressifs, quelques structures ont une activité plus importante. Certaines ont un rôle direct, d’autres sont en charge de contrôler les premières à travers des boucles de régulation. Ces observations ne sont donc pas toujours faciles à interpréter en termes de symptômes dépressifs. Les perturbations du sommeil Chez la plupart des dépressifs on constate des perturbations dans la sécrétion des hormones qui contrôlent le rythme circadien. Cela provoque des troubles du sommeil : diminution de la durée et de la profondeur du sommeil paradoxal, réveil précoce, humeur matinale difficile et, selon les patients, insomnie ou hypersomnie. À l’origine de ces troubles, un dérèglement de l’axe hypothalamo-hypophysaire : l’hypothalamus est impliqué dans le maintien des paramètres biologiques de l’organisme et le contrôle des émotions, et l’hypophyse, sous le contrôle de l’hypothalamus, est une sorte de chef d’orchestre des sécrétions hormonales du corps. La sismothérapie, ou électrochocs Un courant électrique de très courte durée est délivré grâce à des électrodes placées sur le crâne. Il provoque une hyperactivité dans tout le cerveau. Pratiquée sous anesthésie générale et curarisation, la sismothérapie donne de très bons résultats dans le cas de dépressions sévères résistantes aux autres traitements. La stimulation magnétique transcranienne (SMT) Cela consiste à stimuler le cerveau à l’aide d’un puissant électro-aimant placé à l’extérieur du crâne pour provoquer une courte décharge électrique dans une zone précise du cerveau. Cette technique est totalement indolore. Son utilisation reste pour l’instant du domaine de la recherche, dans le cas de dépressions sévères ou résistantes. La stimulation électrique profonde Déjà testée pour traiter les symptômes de la maladie de Parkinson, cette technique consiste à implanter définitivement des électrodes dans le cerveau. Reliées à un stimulateur, elles délivrent un courant électrique ajustable. Ce « pacemaker cérébral » est l’objet de nombreuses recherches. Il reste à découvrir les meilleures cibles cérébrales. La stimulation électrique corticale Elle repose sur le même principe que la stimulation profonde. Mais cette fois les électrodes sont placées en surface, au niveau du cortex préfrontal, dont on connaît l’implication dans la dépression. Il s’agit, là encore, d’une technique pour l’instant réservée au domaine de la recherche. Grâce à différentes techniques d’imagerie médicale, on observe dans le cerveau des modifications des structures mêmes ou de leur fonctionnement durant une dépression. Ces modifications, dont on ne sait pas encore si elles sont des causes ou des conséquences de la maladie, sont réversibles. En plus des médicaments ou des psychothérapies, les médecins utilisent parfois des stimulations magnétiques ou électriques pour traiter ces perturbations du fonctionnement cérébral. Les neurones communiquent entre eux par des signaux de nature électrique. Ainsi, avec une décharge électrique d’origine extérieure, on peut facilement influer sur l’activité du cerveau. Selon l’intensité et la durée de ce courant, il est possible de moduler, d’exciter ou d’inhiber le fonctionnement de certaines zones cérébrales. On peut aussi tenter de rétablir un fonctionnement normal lorsque celui-ci est perturbé par une maladie comme la dépression. DÉPRESSIONDOSSIER DÉPRESSIONDOSSIER Les aspects cliniques de la maladie Le cortex préfrontal traite les émotions, la prise de décision et l’adaptation du comportement social. Les amygdales régulent l’anxiété et l’hypersensibilité. Le thalamus joue un rôle essentiel dans la vigilance et la régulation de l’affectivité, des humeurs et de la mémoire. Des neuromédiateurs comme la sérotonine permettent aux neurones de communiquer entre eux. Curarisation : traitement par le curare qui a une action paralysante et évite ainsi les convulsions. Neuromédiateur : molécule permettant aux neurones de communiquer entre eux. Neuroplasticité : capacité du cerveau à réorganiser les circuits neuronaux existants, et donc à faire évoluer leur fonctionnement. Rythme circadien : cycle s’étalant sur une période d’environ 24 heures et qui règle de nombreux phénomènes biologiques comme l’alternance des phases de veille et de sommeil. Sommeil paradoxal : phase du sommeil pendant laquelle on rêve. Stimuler pour soigner Hypothalamus Hypophyse Veille Sommeil paradoxal (rêve) Sommeil profond (ondes lentes) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 Dépressif Normal Nombre d’heures de sommeil Illustrations:SylvieDessert FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 20
  • 6. DÉPRESSION AFFRONTER DÉPRESSION SYMPTÔMES DÉPRESSION SE SOIGNER VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE VIE PRATIQUEVIE PRATIQUE Éviter la rechute Reconnaître la maladie • Plus sournoise que spectaculaire, la dépression peut dérouter par son installation progressive comme par la diversité des symptômes psychiques (tristesse et anxiété inhabituelles, difficultés de concentration…) et physiques (insomnie, fatigue, perte d’appétit). • Deux indicateurs à reconnaître : – l’aspect durable du changement : plus de deux semaines; – l’entrave au fonctionnement quotidien de la personne. • Deux aspects à rechercher en posant gentiment et sans insistance excessive, deux questions : – des idées noires sur la mort, le futur ? – une perte de goût pour les plaisirs habituels ? • Le médecin généraliste est le premier interlocuteur, surtout s’il connaît la personne, son histoire et son environnement. La décision de prendre un traitement doit se faire de manière réfléchie (deux ou trois consultations sur quelques semaines). • Une hospitalisation peut être demandée en cas de gravité particulière avec risque vital ou suicidaire, parfois contre l’avis du dépressif qui méconnaît sa maladie. • L’avis du psychiatre se justifie en cas d’échec total ou partiel du traitement mis en place par le médecin généraliste ou bien pour envisager et choisir une psychothérapie. • Moyens de prévention – En phase aiguë du traitement par antidépresseurs, le suivre de façon ininterrompue durant au moins six mois. Ne jamais l’arrêter seul. – Bonne hygiène de vie, maintien des liens sociaux et amicaux, pas d’excitants psychiques ni d’hormonothérapie sans avis médical. – Dans certains cas, une psychothérapie pour mieux gérer ses capacités personnelles. – Après deux ou trois rechutes, un médicament stabilisateur de l’humeur s’impose. • L’entourage et/ou les associations de malades jouent un rôle important pour soutenir la personne et l’aider dans la poursuite de son traitement. • Attention aux freins psychologiques qui retardent le diagnostic : le regard de soi et des autres sur la maladie, la réticence devant le traitement médicamenteux et/ou psychologique, la difficulté à se faire entendre par un médecin généraliste… • La volonté ne fait pas tout, même si l’entourage et le déprimé lui-même sont souvent enclins à le croire. Il faut savoir reconnaître cette maladie qui modifie la façon de penser, d’agir, de décider, voire d’aimer. • Accepter les traitements efficaces et les compétences des médecins, qui permettent de lutter contre la dépression, maladie à part entière. Guérir : une démarche personnelle Le parcours de soin RECHERCHE & SANTÉ lpage 22 lN°108 • 4e trimestre 2006 tement des rechutes et des récidives dépressi- ves.Lesselsdelithium,notamment,sontindiquésdès lorsqu’unpatientaprésentétroisépisodesdépressifs. Quantaumillepertuis,souventprisenautomédication pourtraiterunedépressionlégère,cettesubstancenatu- relle est certes efficace, mais peut entraîner des inter- actions avec d’autres médicaments, d’où la nécessité d’un suivi médical. Trente pour cent des patients ont pourtant une dépression qui résiste aux médicaments. Pour eux ou pour les formes de dépression particulièrement graves, on peut exceptionnellement proposer des électrochocs. La mauvaise réputation de ce traite- ment n’est aujourd’hui plus justifiée. Il est efficace, sans danger et sans douleur, puisque réalisé sous anesthésie générale et accompagné d’une curarisa- tion pour empêcher les contractures musculaires. Une approche novatrice est aujourd’hui en cours d’évaluation clinique : la stimulation magnétique transcrânienne (voir infographie p. 21). Cette méthode se montre efficace dans deux tiers des cas. Mais, pour l’heure, elle reste empirique et coûteuse. Enfin, la stimulation électrique corticale ou profonde – avec l’implantation d’électrodes permanentes – demeure une thérapie réservée aux cas extrêmes. ■ Il n’est pas toujours facile de s’y retrou- ver parmi les professionnels de la prise en charge psychologique. Il y a les psychiatres qui, forts de leurs dix ans de médecine, sont les seuls à pouvoir prescrire des antidépresseurs. Puis les psychologues, qui ont suivi un cursus universitaire d’au moins cinq ans, mais ne sont pas médecins. Enfin, les psycha- nalystes, formés auprès de leurs pairs et ayant eux-mêmes suivis une analyse. Quant aux psychothérapeutes, c’est une profession qui ne bénéficie d’aucune définition légale. «Il existe d’ailleurs un grand débat autour de la reconnaissance de leurs formations et de leurs statuts», explique Emmanuel Haffen, psychiatre au CHU de Besançon. Si les psychiatres sont les plus à même de prendre en charge une dépression, ils ne sont pas les seuls à proposer des psychothé- rapies. Il en existe plusieurs types : «La thérapie de soutien est la plus courante, mais aussi la moins structurée. Cela dépend de chaque praticien, explique le Dr Haffen. La psychothérapie d’inspi- ration analytique considère le patient dans sa globalité, dans son histoire de vie, et pas seulement la dépression.» Quant aux thérapies comportementales et cognitives, leur but est d’aider le patient à modifier ses comportements inadaptés et ses croyances sur lui-même et son environnement qui l’ont conduit ou le maintiennent dans un état dépres- sif. Il serait simpliste de croire qu’à un symptôme correspond une thérapie. « C’est plutôt au patient, avec l’aide de son médecin, de choisir une thérapie selon sa motivation et ses affinités. Mais pour cela, il doit avant tout bénéficier d’une information claire et complète, ce qui n’est pas toujours évident », regrette le Dr Haffen. PRISE EN CHARGE Quel psy pour quelle thérapie ? … (suite de la page 19) JulianRenard DÉPRESSIONDOSSIER MIREILLE, 63 ANS Une maladie tabou Lorsqu’il y a quelques années Mireille a commencé à ressentir angoisses, fatigue et mal-être importants, elle n’a pas tout de suite osé en parler, « par pudeur et pour ne pas inquiéter mes enfants et mon mari », explique-t-elle. La personne souffrante s’isole alors et cela retarde la prise de contact avec les médecins. « Il ne faut surtout pas avoir honte d’aller voir un psychiatre. C’est lui qui connaît le mieux les traitements. Avec l’aide de mon mari, j’ai accepté la sismothérapie. C’est grâce à cela que je m’en suis sortie. C’est un traitement dont il ne faut pas avoir peur. » L’entourage joue ainsi un rôle considérable, c’est souvent lui qui empêche le passage à l’acte face à des idées suicidaires. La famille, les amis doivent aider à aller de l’avant, à positiver et aussi surveiller les risques de récidive. « On ne peut pas s’en sortir seul », insiste Mireille. “ TÉMOIGNAGE DÉPRESSION VIVRE APRÈS L’adhésion du patient participe pour beaucoup à la réussite de toute prise en charge psychologique. Sismothérapie : thérapie à base d’électrochocs où l’on soumet le cerveau du malade à de fortes décharges de courant électrique, sous anesthésie générale. FRM108 p15_24baf 30/08/06 11:43 Page 22
  • 7. LA FONDATION ET VOUS L a présence de la Fondation sur l’en- semble du territoire français lui per- met d’être au plus près de ses dona- teurs comme des chercheurs qu’elle sou- tient. À Paris, les comités régionaux bénéficient de l’appui d’une équipe dédiée, animée par Isabelle Fleury. Ce service coordonne le développement d’outils de communication, de docu- ments d’information, etc., en s’appuyant sur toutes les forces vives de la Fondation. Ainsi, le donateur qui fait le choix de donner à un comité régional est assuré que son argent sera affecté à une équipe de recherche de sa région (dans la mesure du possible). Nouvellement arrivé, Jean-Marc Pautras, responsable du développement, appor- tera aussi son soutien pour monter des partenariats entrepreneurs/chercheurs en région. Au sein de l’équipe, Farida Tiar assure le secrétariat au sein de la coordination nationale des comités régio- naux. Membre de l’Académie nationale de médecine et de l’Académie de phar- macie, le Pr Claude Dreux, quant à lui, assure bénévolement la responsabilité scientifique des comités régionaux. Il les conseille et fait le lien entre eux et le Conseil scientifique national pour l’évaluation des projets scientifiques soumis par les comités régionaux. « Leurs membres, tous bénévoles, tient à souligner Isabelle Fleury, font preuve d’une imagination débordante au service de la Fondation (lire leurs dernières actualités p. 28-29). Leur motivation et leur dynamisme nous entraînent. » ■ IsabelleVincenti La fin de dix ans de dévouement aux comités régionaux Bénévole auprès de la Fondation, Jean-François Pétélaud a œuvré pendant près d’une dizaine d’années pour soutenir et accompagner les initiatives des comités régionaux. Aujourd’hui, il a décidé de goûter à un repos bien mérité. « Pour moi, le bénévolat repose sur deux moteurs : l’utilité et le plaisir. J’emporte avec moi de multiples souvenirs. J’ai rencontré une communauté humaine très intéressante, notamment avec les formidables bénévoles qui se démènent en province. C’est ce qui a motivé ma longévité auprès de la Fondation », souligne-t-il. Le Pr Claude Dreux, Isabelle Fleury, Jean-François Pétélaud et Farida Tiar. SERVICE DE COORDINATION NATIONALE DES COMITÉS RÉGIONAUX Développer et animer la Fondation partout en France Plus de 170 bénévoles œuvrent dans 16 comités régionaux. Au siège, une équipe dédiée les soutient. ❏ Oui, je souhaite aider la recherche en faisant, par chèque bancaire ou postal à l’ordre de la Fondation pour la Recherche Médicale, un don de : ❏ 20 € ❏ 25 € ❏ 30 € ❏ 40 € ❏ 50 € ❏ autre………… ❏ Oui, je souhaite recevoir, sans engagement, une documentation sur le prélèvement automatique. Conformément à la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978, en vous adressant au siège de notre Fondation, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, demander leur rectification ou suppression, ou vous opposer à ce qu’elles soient échangées ou cédées. Dans ce dernier cas, les informations vous concernant seraient alors réservées à l’usage exclusif de notre Fondation. Bulletin de soutien Merci de découper ce bulletin ou de le recopier et de le retourner accompagné de votre règlement à l’adresse suivante : FONDATION POUR LA RECHERCHE MÉDICALE - 54, rue de Varenne, 75335 Paris Cedex 07 Déduction fiscale 66 % de votre don est déductible de vos impôts à concurrence de 20 % de votre revenu imposable. Vous recevrez un reçu fiscal. M. Mme Mlle M. et Mme Nom Prénom Code postal Ville E-mail Adresse ✂RV108062 Si vous avez l’envie et le temps de relayer l’action de la Fondation en créant un comité régional, il vous faut constituer un groupe minimum de trois bénévoles et chercher l’appui de personnalités scientifiques et économiques de votre région. Contactez ensuite la Fondation au 01 44 39 75 76. ALLERGIESUN MONDE HOSTILE ALLERGIESUN MONDE HOSTILE • REPÉRER Au moins l’un des deux signes essentiels : – humeur dépressive avec tristesse, déprime ; – perte d’intérêt ou de plaisir pour toutes ou presque toutes les activités usuelles ; Associé à au moins cinq des symptômes suivants pendant au moins deux semaines : – pessimisme, autoapitoiement, anxiété, baisse d’énergie (ou fatigue), sentiment d’agitation, diminution de l’efficacité au travail (ou à l’école ou à la maison), diminution de l’aptitude à se concentrer, perte de poids, insomnie (ou hypersomnie), baisse d’activité sexuelle. • S’ENTRAIDER SOS Dépression propose des entretiens téléphoniques avec un psychologue. Objectif : écouter pour faire le point sur la situation et mettre en mots la souffrance, éclaircir les questionnements sur les prises en charge possibles, réfléchir ensemble à l’aide qui conviendrait le mieux. http://sos.depression.free.fr Tél. : 01 40 47 95 95 Urgences psychiatrie propose l’intervention d’un psychologue à domicile ou dans les locaux de l’association (basée à Paris), dans la journée, pour aider la personne déprimée ou son entourage. Tél. : 01 40 47 04 47 DÉPRESSIONsymptômes • S’ENTRAIDER Association France-Dépression 4, rue Vigée-Lebrun, 75015 Paris Tél. : 01 40 61 05 66 de 14h à 17h en semaine sauf le mercredi. www.france-depression.org Propose un soutien et une information aux patients et aux familles, sous la forme de permanences téléphoniques et de groupes de parole. Cinq antennes régionales : – France-Dépression Bourgogne CCAS, 1, place Étienne-Dolet, 89100 Sens Tél. : 06 62 57 27 87 (vendredi après-midi) – France-Dépression Centre 12, avenue Marcel-Dassault, 37200 Tours Tél. : 06 67 70 86 77 – France-Dépression Lorraine 10, rue de Norvège, 54500 Vandœuvre Tél. : 06 03 89 34 47 – France-Dépression Normandie Maison Saint-Sever, 10-12, rue Saint-Julien, 76100 Rouen Tél. : 02 35 15 01 69 – France-Dépression Paca (active à partir d’octobre) Tél. : 06 86 37 68 17 DÉPRESSIONvivre après • CONSULTER Les centres médico- psychologiques (CMP) proposent des consultations ambulatoires de psychiatrie pour adultes, dépendant du ministère de la Santé. Les adresses des CMP de chaque secteur géographique s’obtiennent auprès de la mairie ou au CPOA (Centre psychiatrique d’orientation et d’accueil) de l’hôpital Sainte-Anne, 1, rue Cabanis, Paris 14e Tél. : 01 45 65 81 09/10 DÉPRESSIONse soigner DOCUMENT D’INFORMATION • La Dépression, Dr Philippe Nuss et Pr Maurice Ferreri, éd. bach, 2003. DÉPRESSIONaffronter VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE VIE PRATIQUE • S’INFORMER Psydoc-France est un site Internet complet destiné aux professionnels et aux usagers. Il présente en ligne les textes et analyses officiels, les sites santé : http://psydoc-fr.broca.inserm. fr/Usagers/usagersutile.html • S’ENTRAIDER La Fnap Psy (Fédération nationale d’associations d’[ex]-patients en psychiatrie) recense et regroupe les associations françaises de patients ou ex-patients en psychiatrie, accueille les personnes ayant été soignées en psychiatrie et les oriente vers les associations capables de les aider, démystifie la maladie mentale auprès de l’opinion publique et de l’entourage des malades. 33, rue Daviel, 75013 Paris Tél. : 01 43 64 85 42 www.fnappsy.org • TÉMOIGNAGES – Tomber sept fois, se relever huit, de Philippe Labro, éd. Gallimard, 2005. – Le Diable intérieur : anatomie de la dépression, d’Andrew Solomon, éd. Albin Michel, 2002. DOCUMENT D’INFORMATION • Deux dossiers complets sur la dépression et ses traitements sont disponibles sur le site Internet de la Fondation pour la Recherche Médicale : www.frm.org DOCUMENTS D’INFORMATION • Guide de la psychiatrie publique à Paris. Conçu comme un annuaire, ce guide présente l’intégralité des structures publiques ou privées, hospitalières ou non, malheureusement uniquement dans la capitale. Rôle, mode de fonctionnement et responsables sont clairement précisés. Il permet une recherche par différents critères : situation d’urgence, structures psychiatriques précises, structures par arrondissement… Édition 2006 disponible sur demande par fax au 01 45 65 89 86 ou sur minitel 3615 code PSYCOM 75, et consultable sur www.psycom75.org/ GUIDE/leguide.htm. • Les Psychothérapies. Destiné aux patients et à leur famille, ce guide inventorie les différentes approches, leurs bénéfices, les adresses, etc. : www.psycom75.org FRM108 P25_31fondationbaf 31/08/06 15:56 Page 24