E book un élan d'espoir (extrait)

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Voici un extrait de mon premier roman publié en version ebook sur Kobo-Fnac. La version complète est disponible sur le site Kobo et Fnac. Si vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas.

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E book un élan d'espoir (extrait)

  1. 1. UN ÉLAN D'ESPOIR L’espoir est ce qui compte avant tout quand on est jeune, et quand on est vieux aussi, il faut pouvoir s'en souvenir. Émile Ajar 1 Gabriel fut diagnostiqué à 15 heures 07. Cancer généralisé et incurable. Il était dans le bureau du docteur Mendez, quand il entendit ces mots sortirent de la bouche du docteur aux cheveux grisonnants. Dans ces moments-là, les médecins doivent avoir des phrases toutes faites pour leurs patients. Gabriel fixait perceptiblement les diplômes du docteur Mendez, quand il revint enfin à lui et à ce qui le concernait. - Je suis sincèrement désolé, reprit le docteur. - Il me reste combien de temps à vivre exactement ? questionna Gabriel, les idées dans le vague. - Je dirais à peu près 5 mois, tout au plus. - C’est court, ironisa Gabriel. Le médecin fit la moue puis se recala confortablement dans son fauteuil en cuir noir. - Ces moments-là sont toujours très difficiles, et si vous voulez je peux mettre en place une cellule psychologique, qui se tiendra ici même à l’hôpital. Gabriel se frotta le menton, puis sans conviction répondit : - Merci, mais je vais m’abstenir d’un médecin de la tête, je veux mourir lucide tout de même. - Généralement, les gens pensent la même chose que vous, qu’ils vont sortir d’une séance complètement fous et désorientés, mais détrompez-vous, ça aide beaucoup, et nous avons ici des professionnelles de qualité. Je pense que dans votre cas, cela vous ferait du bien et vous aiderez à surmonter cette épreuve. Surtout, ne vivez pas seul ce moment éprouvant, et entourez-vous de personnes qui comptent pour vous. Et bla bla bla et bla bla bla, se dit Gabriel dans sa tête. Ces paroles résonnèrent comme un marteau-piqueur dans la caboche de ce patient condamné et en fin de vie. La fin d’un parcours semé d’embûches mais tout de même florissant. Gabriel ne se rendait pas encore vraiment compte de ce qui lui arrivait. Il avait bien compris les propos du docteur Mendez, mais ne les avait pas encore assimilés. Il sortit de l’hôpital vers 16 heures 15 et retrouva un semblant d’air pur, malgré la forte pollution que l’on pouvait renifler à des kilomètres. Il s’imbiba les poumons d’air frais, l’odeur des hôpitaux lui donnait la gerbe, et grilla une cigarette avant de rentrer chez lui. On était la mi-juillet, le soleil battait son plein et la chaleur se faisait sentir. Ciel bleu dégagé et brillance des rayons lumineux frappant les immeubles de Paris. Gabriel, toujours assis dans sa voiture, impassible, ne savait que faire. Il ressentait enfin l’impact de son diagnostic. Il redoutait la réaction de sa bien-aimée, Alice, sa femme. Une femme si belle et si
  2. 2. forte à la fois. Il ne pouvait lui annoncer soudainement, comme on annonce une mauvaise nouvelle. Il l’aimait plus que tout et depuis toujours, mais il ne pouvait lui infliger une telle peine. Il ne supportait pas de la voir triste et en pleurs. Pourtant, il faudrait bien lui dire avant la fin du temps imparti, qui s’écoulait à une vitesse infernale. Il se dit qu’à partir de maintenant, les minutes seront précieuses et qu’il y a des choses qu’il ne pourra plus jamais faire. La seule chose que Gabriel voulait à tout prix, c’était de rester avec Alice, chaque seconde, chaque minute, chaque heure. Jusqu’à la fin de sa vie. Qui maintenant était réduite à un petit bout de calendrier : 5 mois. Gabriel claqua la portière de sa voiture, puis traîna les pieds pour rejoindre son foyer. Il sentit les larmes lui monter, quand il passa la porte d’entrée. Mécaniquement, il ôta sa veste, retira ses chaussures et traversa le petit couloir blanc qui menait droit au salon. Il y trouva sa femme, Alice, assise dans le canapé en train de lire un roman. Il la trouvait si belle avec ses longs cheveux bruns et son visage si parfait naturellement. Elle avait toujours un sourire au coin des lèvres quand elle était heureuse et épanouie. Gabriel s’étala de tout son long dans le grand canapé vert et regarda Alice avec une pointe de tristesse. - Tu rentres tôt aujourd’hui, lui dit-elle en relevant les yeux de son livre. - Oui, je suis passé à l’hôpital pour mes résultats, tu sais ceux du mois derniers. - Ah oui. Comment se porte le docteur Mendez ? - Il est en forme je dirais, mais la couleur de ses cheveux laisse à désirer, dit-il en lâchant un petit rire moqueur. - Eh oui, c’est l’âge mon chéri. Tu verras, tu passeras par là aussi, dit-elle en riant à son tour. Gabriel devint blanc et se leva pour aller se rafraîchir. - Ça va Gabriel ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette. - Oui, oui, ça va, juste un coup de fatigue, ne t’inquiète pas ma chérie. Il se dirigea dans la salle de bains. Alice décroisa ses jambes engourdies, posa son livre, en veillant à bien mettre le marque-page à la page 122, et se dirigea vers la cuisine pour se servir une boisson fraîche. Elle recoiffa ses cheveux en bataille dans le miroir et rejoignit Gabriel dans la salle de bains. - Tu es sûr que ça va ? Tu m’as l’air totalement ailleurs. Gabriel émit un silence en signe de réponse. Il prit Alice dans ses bras et l’embrassa longuement, comme un dernier baiser. Sur le moment, il ressentit une forte envie de lui faire l’amour, mais chassa cette idée pour revenir à ses lèvres humides. Elles avaient le goût de la limonade au citron. Jamais il n’avait ressenti une aussi forte envie de l’embrasser. Alice se laissa guider par ses baisers, puis elle retourna dans le salon, en ignorant la peine de son mari, mais les yeux de Gabriel mentaient mal. Elle savait que quelque chose n’allait pas. Les deux amoureux dînèrent vers 19 heures 30. Une salade verte et une quiche aux lardons. Par temps de chaleur, la légèreté et la fraîcheur sont appréciées. Gabriel déboucha une bouteille de vin blanc et versa le liquide transparent dans deux verres à pied. Il but une gorgée et reposa le verre. - Tu te souviens de la date de notre rencontre ? lança soudainement Gabriel. Alice, surprise de cette question, continua à servir la salade dans les deux assiettes, puis fixa son mari dans les yeux. - Pourquoi me demandes-tu ça ? - Comme ça. - Bien sûr que je m’en souviens. C’était un jour de pluie devant la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. On devait se rencontrer là, mais tu étais en retard, et quand tu es arrivé j’étais
  3. 3. complètement trempée de la tête aux pieds. Mais je suis tout de suite tombé amoureuse de toi. Tu devais sûrement avoir du charme. - Après t’avoir fait attendre une heure, je te devais bien ça, dit-il avec un petit sourire au coin des lèvres. Alice piqua sa fourchette dans sa salade verte et reprit : - Mais pourquoi tu voulais savoir ça ? - Comme ça, pour me rappeler des souvenirs. Tu sais que je n’aime que toi Alice, et que je tiens tellement à toi. Elle fronça les sourcils comme si Gabriel avait dit une bêtise. Elle se demandait pourquoi il lui disait ça. - Mais je sais bien, et c’est pareil pour moi, tu le sais. Elle prit une gorgée de son breuvage blanc et fruité. - Au fait, le docteur Mendez ne t’as pas donné les derniers résultats de mon échographie ? dit-elle en mâchant un morceau de quiche. - Ah si, mais toujours rien. Il faut se résoudre à cette éventualité Alice. Tu ne peux pas avoir d’enfants. D’ailleurs, il a été plutôt clair là-dessus. C’est sûr, maintenant. - Je sais bien… Après tous les tests que j’ai faits, il faut se rendre à l’évidence. Je suis désolée… - Désolé de quoi ma chérie ? lui dit-il en lui prenant la main. - De ne pas pouvoir te donner d’enfants. - Ce n’est pas de ta faute. Ne culpabilise pas, tu n’y es pour rien. Et puis on peut toujours adopter. - Oui, c’est vrai. - Je t’aime. - Moi aussi. Gabriel prit son verre à pleine main, le finit cul sec et se frotta les yeux rougis. Il se dit que c’était le moment de lui dire la vérité. Qu’il allait mourir. Qu’il ne la reverrait plus jamais. Que dans 5 mois, tout s’éteindra. L’ampoule de sa vie éclatera en petits morceaux et jamais elle ne se rallumera. Il ne reverra plus le visage d’Alice, ne la touchera plus, ne lui fera plus l’amour. Il ne sentira plus son souffle chaud dans son coup, le matin au réveil. Il ne l’embrassera plus. Plus jamais. Il sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il prit sa main fermement, puis lui parla d’une petite voix douce. - J’ai quelque chose d’important à te dire, Alice. - Je savais bien que quelque chose n’allait pas. Ton air grave me rassure pas du tout. Qu’est-ce qu’il y a ? dit-elle nerveuse. Gabriel sentit la main fine de sa femme resserrer son étreinte sur la sienne. Il sentit la chaleur de ses doigts s’agripper à lui, comme une sangsue. - Mon état de santé s’est… dégradé. Gabriel peiné à trouver ses mots. Les mots justes. - Comment ça ? fit Alice. - J’ai le… - Tu as quoi ? dit moi, dit-elle impatiente. - Le cancer. Je suis incurable et il me reste 5 mois à vivre. Alice reçut ces quelques mots comme une massue sur la tête. Les larmes ne tardèrent pas à se joindre aux mots douloureux. - Mais… non. Ce n’est pas possible. Pas toi. Gabriel… Gabriel avait baissé les yeux sur son assiette. Il avait du mal à retenir ses larmes. - Le médecin me l’a appris cette après-midi. Ne pleure pas Alice. C’est la vie, ça n’arrive pas qu’aux autres.
  4. 4. - Mais nous, on n’est pas les autres. Une larme coula le long de la joue d’Alice. Elle la frotta d’un revers de main, puis se leva pour se blottir contre son mari. Elle passa ses bras autour de son cou et le serra fort dans ses bras. - Je t’aime, lui dit-elle au creux de l’oreille. - Moi aussi. Une complicité et un amour aussi fort entre deux êtres allaient s’éteindre dans quelques mois, et pour toujours. Gabriel passa une main dans ses cheveux lisse et brillant, et l’embrassa tendrement. Le soleil se coucha comme à son habitude, et les deux tourtereaux firent l’amour jusqu’à tard dans la nuit. Gabriel profita de chaque instant du corps d’Alice. Leurs deux corps se mouvaient dans la nuit chaude et étoilées. Leurs ombres se dessinèrent sur les murs de la chambre, comme des vagues agitées. 2 Début décembre. Début des festivités pour Noël. La neige tombe sur la ville et le froid est déjà là. Mais pas pour Gabriel et Alice, qui depuis des mois, se sont recroquevillés chacun de leur côté. Ils ne se parlent presque plus. Ils ne savent plus où ils en sont. L’état de santé de Gabriel a chuté fortement. Il se retrouve peu à peu, seul. Il est comme un ermite dans sa maison, malgré la faible présence de sa femme. La fin approche, et Gabriel s’en rend bien compte. Il essaye de se souvenir des bons moments passés dans sa vie. Ceux avec Alice, les meilleurs, et les autres. Plus jamais, il ne pourra courir, marcher, respirer… Il ne regrette pas la vie qu’il a vécue avec Alice. Ces 5 mois n’auront été que souvenirs et caprices de la maladie. Il n’aura finalement pas profité de son reste de temps, comme il l’espérait. Il ne se rappelle même plus quand il a bu un bon vin. Le goût du raisin sucré et alcoolisé dans sa bouche. Ni quand il a mangé une vraie bonne pâtisserie. Fraise, chocolat, citron, ou encore framboise, sa saveur préférée. Il n’entendra plus le craquement de la pâte dans ses mâchoires. Et l’odeur des pains au chocolat de sa boulangerie. Tous ses sens partiront en fumée, avec le reste. Mais la chose qui lui manquera le plus, ce sera le visage d’Alice. Il n’entendra plus ses mots, ne goûtera plus ses lèvres, ses baisers, ses câlins, sa peau si douce et délicate. Il ne goûtera plus à son corps mince et voluptueux. Alors voilà, c’est vraiment ça la fin ? se questionna Gabriel. On naît pour mourir et perdre tout souvenir d’une vie remplie de petits bonheurs. Perdre celle qu’on aime et les choses auxquelles on tient tant. Quelle vie injuste, se renfrogna Gabriel. Au-delà de la mort, il ne savait si une vie ou tout autre chose exister. Il s’était souvent posé la question pendant ces 5 derniers mois. Sans jamais avoir de réponse précise. Il se demandait souvent pourquoi cela lui arrivait-il à lui. Pourquoi maintenant ? Et pourquoi mourir seul ? Mais c’était ainsi. Le sort de la vie, personne n’en réchappe. Ni les pauvres, ni les riches. Avec ou non une croyance. Il lui arrivait parfois de verser une ou deux larmes qui venaient s’écorcher sur la
  5. 5. manche de son pull vert. Il ne pensait plus qu’à Alice, en attendant ses derniers jours arriver, au chaud. Les yeux de Gabriel s’éteignirent à la mi-décembre. Son corps libéra son âme d’une emprise attachante. Il sentit qu’une montée en puissance se produisait autour de lui. Un léger froid se déposa sur lui, une fraîcheur douce et réconfortante. Soudain, ses yeux s’ouvrirent sur un monde inconnu. Ses paupières éclosent d’un monde nouveau. Tout autour de lui s’émanciper un large brouillard blanchâtre. Il se leva et essaya quelques pas dans cette brume épaisse. Sa tête pivotait de haut en bas, puis de bas en haut, mais il ne distingua que blancheur éparse. Il ne savait si c’était un ciel ce qui se trouvait au-dessus de sa tête. Il continua ses pas timides à travers le vague, puis s’arrêta net. Il distinguait une forme au loin. Une forme humaine, il en était sûr. Il s’avança à grands pas vers cette forme, mais elle était de plus en plus loin. Gabriel se frotta les yeux, puis remarqua d’autres formes semblables à celle-ci, tout autour de lui. Il se demandait où il avait bien pu atterrir. Aucun son ni aucune odeur n’étaient présents dans ce grand espace vide. Gabriel se fit une réflexion étrange mais de circonstance : C’est ça le paradis… ? 3 5 mois en plus… Début de la mi-juillet. Le beau temps est au rendez-vous. Le soleil ne cesse de monter dans les hauteurs du ciel. Les oiseaux clament leurs chants et les nuages sont retroussés sur eux-mêmes. Au petit matin, devant la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, deux policiers passèrent devant un banc public que s’était approprié un homme. Ils se dirent que c’était encore un soûlard de la veille et s’approchèrent de lui. - Monsieur ? tenta l’un des policiers. - Monsieur, il est interdit de dormir ici, renchérit l’autre. L’homme se releva courbaturé, il avait le visage grave et fatigué. Il se demanda ce qu’il faisait là et surtout où il était. Il gratta sa barbe hirsute, regarda les deux policiers, puis marcha devant lui en les ignorant. Les deux policiers se regardèrent étonner et l’un d’eux tenta : - Monsieur, vous allez bien ? Les deux hommes en uniforme ne tentèrent rien de plus, ils le regardèrent partir, puis continuèrent leur route.
  6. 6. L’homme a l’allure atypique et à la barbe grasse, se dirigea vers les grands escaliers, qui lui offraient une vue imprenable et sublime sur la ville de Paris. Il descendit un à un les escaliers, se dirigea vers un petit banc et s’installa. Il se sentait souillé et fatigué. Il avait du mal à faire remonter des souvenirs à la surface de son cerveau. Il ressentait comme un blocage permanent. Un sportif matinal, habillé d’un short collant et moulant et d’une veste fluo, passa devant lui avec un air interrogateur. L’homme perdu fouilla ses poches et en sortit un paquet de cigarettes Lucky Strike, un portefeuille marron et une petite boîte d’allumettes. Il regarda d’abord dans le portefeuille et y trouva ses papiers, une carte bancaire et une photo d’une femme. Soudain, tout lui revient et son esprit s’éclaira. Maintenant, il sut exactement d’où il venait. Il regarda encore la photo, ses yeux s’illuminèrent et un mot lui vint naturellement à la bouche : Alice Gabriel n’y croyait pas, il était persuadé d’être mort. Il s’est même vu atteindre ce que les gens appellent : « le paradis ». Une impression étrange vint perturber les pensées de Gabriel. Il sait qu’il y a quelque chose après la mort et il sait ce que sait, car il l’a vu de ses yeux. Soudain, un manque indescriptible le gagna. Sa femme, Alice. Il avait envie de la voir, de la toucher et de l’embrasser. Gabriel rangea son portefeuille dans sa poche arrière de son jean et ouvrit le paquet de cigarettes devant lui. Il ne ressentit pas l’envie de fumer, mais il en sortit une des quatre qui restées, et la porta à ses lèvres sèches. Il fit craquer une petite allumette et alluma le bout de sa cigarette. Il prit une bouffée, s’imbiba les poumons de nicotine et jeta le tube blanc sur le bitume en l’écrasant du bout du pied. Il essuya son front qui perlait de gouttes de sueur et se remémorera son « paradis blanc ». Gabriel revient de loin. Il a atterri dans un endroit qui s’appelle « Les oubliés », ce que les gens appellent « le paradis ». Toutes les âmes viennent s'y retrouver et vague ici. Ce quelque chose qu'il y a après la mort existe, mais ce quelque chose, est…. rien. Le néant. Juste un voile de brume où errent tous les êtres de la Terre. Gabriel fait parti des privilégiés qui ont la chance de revenir sur Terre pendant un laps de temps défini. Après la mort, certains reviennent et bénéficient de ce laps de temps. Pour Gabriel, c'est 5 mois. Pour d'autres : 2 jours, 1 semaine, où même 10 ans. Ce sont ces privilégiés que l'on appelle : « Les anges » Gabriel se leva de son banc et marcha dans une direction non définie dans sa tête. Il se laissa guider par les odeurs de croissant chaud et de café. Il huma l’air et se sentit revivre. Une liberté totale s’échappait de son corps. Le jour se levait sur la ville, dévoilant un Paris romantique et chaotique à la fois. Les poubelles dégueulaient et les passants se faisaient de plus en plus denses. Les voitures s’agitaient déjà et les coups de klaxons résonnèrent dans les rues. Gabriel fit quelques mètres à pied et l’envie d’une boisson chaude le prit soudainement. Il déboucha dans la rue du Mont-Cenis et fut surpris qu’il y est autant de commerçants les uns sur les autres. Des cafés, des boulangeries, des restaurants… Il remonta la petite rue étroite et s’arrêta devant le Déli’s café. Il entra et s’installa au comptoir. Quelques personnes avaient déjà pris possession des tables et buvaient tranquillement leur café. Gabriel s’adressa au barman : - Un café, s’il vous plaît. - Tout de suite, Monsieur.
  7. 7. Le barman s’affaira sur sa machine qui émit un bruit assourdissant, puis posa devant Gabriel, une soucoupe, une cuillère et un petit sucre. Le barman exécuta des gestes presque mécaniques. Il déposa la tasse de café dans sa soucoupe et s’occupa d’un autre client. Gabriel tourna sa cuillère dans son café et prit une gorgée brûlante de ce liquide noir. La petite fumée opaque tournoyait au-dessus de la tasse blanche. Il appela le serveur et lui demanda l’heure. - Il est 10 heures 05, Monsieur. - Merci, dit-il en sortant une cigarette. - Désolé, mais il est interdit de fumer à l’intérieur. Gabriel rangea son paquet et revint à son café. Il se fit une réflexion exaspérante à lui-même : « Tout est vraiment interdit ici, on ne peut pas dormir dehors et ni fumer à l’intérieur des lieux publics. Ce monde va de travers. » Gabriel s’apprêta à quitter le café, quand il vit débouler de nulle part, une femme portant un plateau avec des consommations. Ses yeux restèrent interloquer, et il la suivit du regard quand elle sortit. - Excusez-moi ? dit Gabriel, s’adressant au barman. - Oui, Monsieur. - Qui est cette femme dehors, qui sert les clients ? - C’est une serveuse. - Elle travaille ici depuis longtemps ? - Euh, oui, ça fait un moment déjà. Pourquoi ? - Non, pour rien. Le barman lui tourna le dos et Gabriel laissa échapper une phrase dans sa tête : Je pense la connaître. Gabriel s’était assis à une table et observa la femme sur le qui-vive. De là où il était, il avait une vue d’ensemble et il pouvait la voir se déplacer, ainsi que ses allers-retours, entre la terrasse et l’intérieur. Il appela la serveuse pour la voir de plus près. - Bonjour, Monsieur. Gabriel resta en émoi devant cette femme si belle de traits et de caractère. Elle avait les cheveux en bataille et l’air fatigué. Elle ne le reconnut pas et il en fut contrarié. Il avait l’air d’un étranger à ses yeux. C’était sûrement le prix à payer pour revenir sur cette Terre. Alice n’était plus sa femme, et il se demandait même qu’est-ce qu’elle pouvait bien faire dans un café à servir des gens toute la journée. Il se renfrogna, mais garda espoir. C’est bien la seule chose qui lui restait et qui allait le suivre pendant son laps de temps. Il regarda encore et encore son visage, et une seule pensée lui traversa tout son corps, celle de la reconquérir et de rester à ses côtés, jusqu’à sa fin définitive. Gabriel savait éperdument qu’il n’était pas revenu pour toujours, et qu’il repartirait une fois ses 5 mois écoulés. Il ne savait pourquoi il avait été choisi, pourquoi c’était un privilégié, mais cette fois- ci il comptait bien profiter de ce petit bout de calendrier, car en décembre il repartirait et il n’y aura plus de retour sur Terre. Il repartirait pour toujours dans cet endroit brumeux et vertigineux de néant. Alice réitéra son « Bonjour, Monsieur », puis lui demanda si tout aller bien. Gabriel était encore sous l’effet du choc mais se reprit rapidement. - Oui, oui, ça va, dit-il en se gardant bien de lâcher un Alice. Je vais prendre un whisky, s’il vous plaît. Euh, non, plutôt une limonade, merci. Alice lui lâcha son plus beau sourire et repartit vers le comptoir. Elle avait bien perçu les intentions de son client et cela la fit rire dans sa tête. Elle lui apporta sa limonade, et avant de s’éclipser, Gabriel la retenue par les mots. - On ne s’est pas déjà vu ? lui demanda-t-il avec un grand sourire. Alice, un peu perturbée, répondit : - Ah non, je ne crois pas. Vous devez me confondre avec quelqu’un d’autre.
  8. 8. - Excusez-moi d’insister, mais je suis sûr de vous avoir déjà vu. Gabriel essayait de faire durer l’échange, mais la serveuse ne fit pas plus attention et commença à nettoyer les tables voisines. Il se dit que ce n’était pas gagner d’avance. Alice ne lui accordait aucun crédit pour l’instant. Il aurait voulu la toucher, la sentir et même l’embrasser, mais cela n’était pas possible. Cela faisait plus de deux heures qu’il était là, attablé avec son verre de limonade, qui lui, ne se vidait pas à grande vitesse. Les bulles avaient presque disparu et laissaient place à une simple eau pétillante. Il était plus de midi et il se résigna à se lever et à suivre Alice. Elle venait de partir pour sa pause déjeuner. Il la suivit avec de grandes enjambées et lui tapota l’épaule. - Encore vous, mais je pensais que vous étiez partis. Qu’est-ce que vous me voulez ? - Désolé de vous importuner encore, mais vous avez oublié de me donner votre prénom. - Et pourquoi je devrais vous le donner, je ne vous connais même pas. Et puis vous savez, cessez de me faire du charme, moi et les hommes, c’est une histoire compliquée. - Mais vous savez, moi je ne suis pas « les hommes », mais un homme, dit-il en riant. Ça vous dérange si je fais quelques pas avec vous ? Alice le regarda un instant dans les yeux, puis accepta. - Si vous voulez. - Je m’appelle Gabriel, lança-t-il. - Alice. - J’aime beaucoup ce prénom, ça me rappelle une personne. - Qui ça ? Gabriel mit les mains dans ses poches puis regarda le bitume sous ses pieds. Une pensée traversa son esprit, puis il reprit : - Une femme que j’ai connue, il y a longtemps. D’ailleurs elle vous ressemble beaucoup. - Je dois le pendre comment ? dit-elle les yeux plisser à cause du soleil tapant. - C’était juste une comparaison. Vous déjeunez où le midi ? dit-il pour changer de sujet. - Souvent je prends un sandwich, mais là j'ai un peu plus de temps et puis j'ai très faim, alors je ne sais pas trop, peut-être un repas en terrasse. - Je peux vous accompagner ? demanda-t-il en s’arrêtant sur place. Alice lâcha un soupir, puis accepta. - Pourquoi pas, puisque vous êtes là. Ils amortirent leurs derniers pas devant un petit restaurant simplet et charmant, La Bohême. Ils s’installèrent en terrasse et commandèrent le plat du jour. Les rues étaient bondées et la chaleur se faisait pesante. Un serveur vint leur apporter des boissons fraîches. Le soleil était à son zénith et l'ombre se faisait rare. Alice et Gabriel, mangèrent et discutèrent encore et encore. La présence de sa femme le troubla un moment, puis il s'y habitua. Ce face-à-face lui rappelait son premier rendez-vous avec Alice. Il pouvait voir la serveuse rire et sourire dans leur conversation. Il était assez proche d'elle pour sentir son parfum de vanille intense, parsemée d'une pointe d’écorce d'orange. Ils finirent leur déjeuner sur un café gourmand, accompagné de ses trois macarons, quand Alice regarda sa montre et lui fit un signe distinct qu'elle devait partir. - Je n'ai pas vu l'heure passée, je reprends dans 10 minutes. - Je vous raccompagne. Gabriel s’éclipsa pour régler l'addition et revint vers Alice. Ils avaient parlé de tout et de rien, mais Alice ne parut pas insensible à son charme. Ils arrivèrent devant le Déli's café, Alice l'embrassa sur la joue et le remercia pour le déjeuner et ce délicieux moment, avant de s’éclipser à l’intérieur. Gabriel resta scotcher sur ses pas qui disparurent sous ses yeux heureux et conquérants. Ce petit baiser, avait complètement assiégé son corps. Il avait senti sa peau si douce, délicate et fraîche. Il aurait donné n'importe quoi pour recevoir encore ce baiser. Jamais il n'avait ressenti une telle émotion avec Alice.
  9. 9. Un aussi grand besoin de son contact, ses bras qui l'entourent, ses baisers, sa main dans la sienne. Il reprit ses esprits, puis tourna le dos au bâtiment et engendra quelques pas, droit devant lui. Gabriel avait élu domicile dans un petit hôtel non loin du Déli's café. Il s’était rafraîchi et refait une petite beauté. Barbe rasée, douche, parfum... Un vrai gentleman. Enfin presque. Il était vers 18 heures, fin de service pour Alice. Gabriel quitta son hôtel et se rendit au café. Il ne voulait pas paraître harceleur à ses yeux, mais il voulait lui proposer de marcher un peu et de faire une balade dans les rues de Paris. Le soleil était encore bien éveillé, mais la chaleur se faisait moins sentir. Un petit vent frais s’était même levé dans les airs. Au coin d'une rue, Gabriel rencontra un sans-abri. Le vieillard devait avoir une soixantaine d'années, il était sale et sentait mauvais, il était assis sur des cartons, une bouteille de vin à la main. Gabriel fouilla ses poches et sortit quelques pièces de monnaie qu'il plaça dans la main du sans-abri. Il lui sourit et reprit sa route, quand le vieillard à la grosse barbe l’interpella. - Tu es un ange, n'est-ce pas ? Gabriel, surprit, se retourna et s'agenouilla près de lui. - Quoi ? Comment ça ? - Merci pour ton argent, dit-il d'une voix enrouée. Tu t'appelles comment ? - Gabriel et vous ? - Isidore. Je l'ai vu tout de suite que tu étais un ange. Moi aussi j'en suis un, depuis 2 semaines, et ce soir c'est mon dernier soir. - Mais pourquoi êtes-vous revenu ? - Et toi, tu sais pourquoi tu es revenu ? - Non, pas vraiment. - Tu as eu droit à combien de temps ? - 5 mois, dit-il du tac au tac. - Alors profite Gabriel, profite. On n'est pas un ange éternellement, dit-il d'une voix calme et lente. Gabriel se releva, sourit au vieillard et reprit sa route vers le Déli's café. Il attendit devant le bâtiment en allumant une cigarette de son paquet froissé. Celle-ci, il l’apprécia par les voluptés de fumées qui s’élevaient dans l'air chaud et frais à la fois. Il jeta sa cigarette à terre, quand Alice sortit du café. Et il jeta par la même occasion son paquet de Lucky Strike dans une poubelle. Il se dirigea vers la serveuse d'un pas lent mais décidé. - Alice..., tenta-t-il. - Gabriel ? renchérit-elle surprise. Que faites-vous là ? - Je pensais qu'on aurait pu faire une petite balade après votre service. Alice soupira un coup, puis reprit : - J'ai bien aimé déjeuner avec vous ce midi... et... vous me paraissez gentil et aimable... mais... ne vous attendez pas à autre chose Gabriel. Ceci dit vous êtes très entreprenant, dit-elle avec un petit rire. Puis vous savez je suis très fatiguée, et à cette heure-là, je rentre chez moi, je me mets sous ma couette devant un bon film ou un bon livre et je ne bouge plus. Pas de sortie pour moi. Gabriel parut gêné mais reconnaissait bien là le profil d'Alice. Si solitaire au cœur ouvert et méfiante à la fois. Pas seulement des hommes, mais de tout en général. - Je comprends bien..., dit-il déçu en faisant la moue. Alice soupira une deuxième fois et laissa retomber ses épaules comme un signe de défaite. Son adversaire avait pris les devants et avait remporté ce dilemme. - Bon, eh bien allons-y, lâcha-t-elle, un sourire au coin des lèvres. C'est bien parce que vous m'avez attendu. - Je dois le prendre comme de la pitié ? dit-il moqueur. - Prenez-le comme vous voulez. Par contre on va devoir se balader avec... ça. J'habite dans le quartier des Batignolles, dans le 17e, et je me vois mal rentré à pied. Prêt pour faire un tour ?
  10. 10. Gabriel regarda, interloquer, le petit scooter rouge rétro et urbain, utile pour la ville. Il se dit que jamais il ne monterait là-dessus, mais il le fallait bien. Se balader en scooter dans les rues de Paris, un suicide, se dit-il à lui-même. Mais Gabriel était prêt à tout pour Alice. Même de mourir une deuxième fois, là, tout de suite. Il fut soudain pris d'un doute, quand Alice mit son casque sur sa tête. - Vous n'en avez qu'un ? demanda-t-il les yeux plissés de peur. - Non, voilà le vôtre, répondit-elle en sortant un autre casque du compartiment de son scooter. Gabriel fut soulagé. Alice mit en route son petit scooter rouge, et il démarra avec un bruit de moteur malade. Gabriel s'accrocha à Alice en la prenant par la taille. Au début il hésita, puis il serra son étreinte autour d'elle. Il sentit un contact passer quand il l'avait touchée, et quand il avait effleuré ses seins. Il sentit des demi-sphères en remontant un peu plus, et naturellement il redescendit vers sa taille. Il ne voulait pour rien au monde, gâcher et échanger ce moment avec autre chose. Il était avec Alice et c'est tout ce qui comptait. Alice jalonnait les rues, et dépassait les voitures avec beaucoup de précautions. Ils passèrent devant une rue piétonne et Alice s’arrêta. Gabriel remarqua que le vieillard de tout à l'heure n’était plus là. Il ne restait que ses cartons et sa bouteille de vin renverser à terre. Alice avait le vent dans ses cheveux malgré son casque et, sentit que Gabriel éprouvait une réelle émotion à être agrippé derrière elle. Elle sentit ses bras se refermer de plus en plus sur sa taille. Gabriel sentit l'air frais passer au travers des cheveux d'Alice, ainsi que son parfum intense que l'on pouvait renifler et s'imprégner à des kilomètres. Le petit scooter fila au travers des voitures endormies, et racla rue sur rue. Ils quittèrent le 18e arrondissement et pénétrèrent dans le 9e. Alice accéléra un coup, ce qui ne déplut pas à Gabriel, et s'engagea dans le quartier Saint-Georges. Elle se retourna sur Gabriel et lui fit un sourire charmeur, qui le lui rendit de bon cœur. Ils continuèrent sur Rochechouart et le scooter défila encore et encore les petites rues de la capitale. Gabriel s’imprégnait de plus en plus du corps d'Alice. Il posa son nez sur son dos dénudé et humecta l'odeur de sa peau. Tous ses sens s’enivrèrent et se mélangèrent dans un tourbillon de bien-être et de bonheur absolu. À ce moment précis, Gabriel se dit que c’était la meilleure balade qui l'est faite dans Paris. Et même ailleurs. Ils s’engouffrèrent dans des rues désertes et remontèrent le boulevard de Rochechouart. Ils arrivèrent dans le 18e arrondissement et Alice s’arrêta sur la voie de la place Saint-Pierre. Ils abandonnèrent le scooter et marchèrent en direction du Sacré-Cœur. D'une hauteur et d'une vue vertigineuses, on pouvait voir et remarquer que le petit endroit, où Alice et Gabriel marchaient, ressembler à un cœur, remplie de Parisiens encore éveillés mais nonchalant. Les gens affluèrent de partout et montèrent ou descendirent pour aller retrouver une personne, manger, boire un verre, ou peut-être autre chose encore. Les deux badauds passèrent devant un manège pour enfants et remontèrent les escaliers. Le soleil s'endormait au crépuscule et laissait place à de belles couleurs Orientales dans le ciel des nuits parisiennes. La température était retombée et l'air se faisait plus respirable. Alice et Gabriel arrivèrent au sommet des marches, firent encore quelques pas et se posèrent sur un mur de pierre. Ils étaient maintenant devant le Sacré-Cœur. Un marchand de glaces et de gaufres était posté juste à côté d'eux. Alice eut soudain une faim dévorante, avec les odeurs qui émanaient du camion à plaisirs. - Ça vous dit une glace ? - Oui, pourquoi pas, après cette journée étouffante. Attendez, j'y vais. Vous voulez quoi ? - Une glace aux trois parfums. Pistache, vanille et fraise. Dans un grand cornet et double chantilly, lâcha-t-elle sans gêne. Tant pis s'il me trouve gourmande, se dit-elle en riant. - Ça va être lourd à transporter ça, dit-il ironiquement. Je reviens avec votre commande chère Alice.
  11. 11. Gabriel savait bien que son Alice était une gourmande. Il revint avec une grosse glace qui dégoulinait de toutes parts et une gaufre sucrée au chocolat. Sans surplus. - J'ai une faim de loup, dit-elle en croquant presque dans son cornet. Gabriel regarda cette femme au teint clair, malgré le jour presque disparu, s'en mettre partout et mangeait de bonne grâce. - Une serviette ? proposa Gabriel. - Ah oui, merci. - Alors, cette glace ? - À voir comment je mange, vous n'avez pas une petite idée ? Ils rirent ensemble et Gabriel prit une bouchée de sa gaufre. - Vous devez me trouver gourmande. - Pas du tout. J'ai plaisir à vous regarder manger. - Parce qu’en plus vous me regarder manger. Ils rirent une fois encore ensemble, et Alice s'essuya la bouche pleine de crème chantilly. Silence. - C'est beau Paris la nuit, n'est-ce pas ? dit Gabriel en coupant le silence. - Oui, surtout avec cette vue. Je n'ai pas vraiment le temps et ni l'envie de m'offrir des moments comme celui-ci. Puis personne avec qui les partager. - Bien sûr que si. Vous partagez un moment avec moi là, et j'en suis très heureux. - Oui, moi aussi. Gabriel plongea ses yeux dans ceux d'Alice et sourit en lui prenant la main. - Vous avez de la chantilly sur la main. - Je mange vraiment comme une cochonne, dit-elle gêner, en riant. Et votre gaufre est comment ? - Sèche, mais plutôt mangeable. Avec le chocolat elle passe très bien. Les gens s'amassaient devant le Sacré-Cœur, et on pouvait entendre un filet de leur conversation. Paris remplit la nuit, Paris conquit, se dit Gabriel dans sa tête. - Je ne vous l'ai pas encore demandé, et c'est peut-être trop indiscret de ma part, mais avez-vous quelqu'un dans votre vie, Alice ? - Vous croyez que si j'avais quelqu'un je serais là, avec vous, à cette heure, à manger une glace, et devant le Sacré-Cœur en plus. - Oui, vu sous cette forme... Mais peut-être un admirateur, ou êtes-vous peut-être amoureuse, dit- il en croquant le dernier morceau de sa gaufre. - Un admirateur, oui. J'en ai un à côté de moi, dit-elle en riant. - Cela vous gêne ? - C'est-à-dire que je ne vous connais presque pas, quoique je vous trouve assez charmant et sympathique. D’où venez-vous Gabriel ? Vous n’êtes pas de Paris, je me trompe ? Gabriel hésita un instant, puis répondit : - Je suis d'ici et d'ailleurs. À la base je suis bien de Paris, mais si je vous disais exactement d’où je viens, vous ne me croiriez pas. - Ah bon ? Et pourquoi ça ? Vous venez de la planète Mars, dit-elle en riant un peu plus fort. Excusez-moi... - Hum... eh bien on peut dire ça comme ça, dit-il, riant à son tour. - Un homme mystérieux alors. Mais je lèverai le voile sur ce mystère. Je crois que l'on a commencé à l'envers tous les deux. - Comment ça ? - Eh bien, on ne sait rien l'un de l'autre, à part notre prénom. Normalement on commence par une présentation. D’où l'on vient, ce que l'on fait et qui l'on est. - C'est bien pour les gens normaux ça, non ? Nous avons dépassé ce stade. - Si vous le dites... - Et puis je suis sûr que c'est la première fois que vous prenez une personne derrière votre scooter. On était dans le vent tous les deux, dit-il en riant encore.
  12. 12. - Ça vous pouvait le dire, et heureusement c'est moi qui conduis. - Vous rigolez, les femmes sont de vrai danger public, que ce soit en voiture ou en scooter, et même à vélo. - J'ai tout de même fait preuve de conduite et de sécurité tout à l'heure. - Je vous l'accorde. Le parvis du Sacré-Cœur commençait à se vider de ses Parisiens du soir, pour laisser place à une jeunesse assoiffer de vie et de festivités. - Que faites-vous dans la vie Gabriel ? - Je suis... dans les affaires. Et c'est pour ça que je suis à Paris ces temps-ci, pour quelques mois. - Quels genres d'affaires ? insista Alice. Gabriel n'aimait pas mentir et encore moins à sa femme, mais il ne se démonta pas. - Des affaires en tous genres, c'est assez compliquer. Alice regarda Gabriel dans les yeux, lui sourit, puis jeta un œil à sa montre. - Il est déjà si tard, dit-elle en baillant. Merci pour cette soirée Gabriel, mais je vais rentrer sinon je vais m’écrouler de fatigue. - Évidemment, je comprends. - Je vous raccompagne. - Non, ce n'est pas la peine, ça va aller. Mon hôtel est tout proche et un peu de marche ne me fera pas de mal. - Comme vous voulez. Le ciel s’obscurcissait d'une noirceur d’étoiles filantes et scintillantes. Ils descendirent les escaliers et rejoignirent le petit scooter rouge. Alice démarra, lui fit un signe de la main et se volatilisa à travers les rues de la capitale. Gabriel, seul et les mains dans les poches, partit de son côté, le cœur serré mais léger.

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