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02 LE FAIT DU JOUR Aujourd’hui en France
Mardi 12 janvier 2016
D
avid Bowie, un
artiste toujours en
avance sur son
temps, est né trop tôt. A
quelques années près, nul
doute que la maladie qui
l’a emporté en quelques
mois aurait pu être
vaincue. Car les progrès
de la médecine dans la
lutte contre le cancer
sont édifiants et de plus
en plus rapides. Les deux
nouvelles techniques que
nous vous présentons
aujourd’hui semblent
tout droit issues d’une
œuvre de science-fiction.
Sauf qu’elles ne sont pas
des témoignages
imaginaires de la vie sur
Mars. Déjà utilisées, avec
succès, dans deux
hôpitaux français, elles
rappellent que le futur ne
se réduit pas, comme
pourrait le laisser croire
l’actualité récente, à un
long voyage vers
l’angoisse.
FRÉDÉRIC VÉZARD
@FVEZARD
n L’ÉDITO
Lavie
surMars
en pratiquant de petites incisions ca-
chées sous l’aisselle. Elle limite le pré-
judice esthétique de celles qui doi-
vent en passer par l’ablation d’un ou
deux seins, après un cancer déclaré
ou préventivement. Elle pourrait aus-
si, espère le docteur Benjamin Sarfati,
limiter les risques de complication.
Permettre à ses patients, souvent
jeunes, de travailler, se marier, faire
des enfants et ne pas envisager l’ave-
nir avec une bombe à retardement
dans le cerveau, c’est aussi ce qui gui-
de le docteur Hugues Duffau, chef du
département de neurochirurgie au
CHU de Montpellier (Hérault). Il
nous a permis, à la veille de la publi-
cation d’un livre dévoilant son appro-
che pionnière, d’assister à une inter-
vention sur une jeune femme… éveil-
lée. Aux antipodes de la chirurgie as-
sistée de machines, et contre tous les
dogmes appris par ses prédécesseurs,
c’est penché sur le cerveau de chaque
malade, et en collaboration avec lui
durant l’essentiel de l’intervention,
qu’il enlève ce qu’il peut de tumeurs.
En évitant l’irrémédiable.
CLAUDINE PROUST
ILS SAUVENT DES VIES. Et, quand
ce n’est pas dans l’urgence, ils
s’acharnent de plus en plus, désor-
mais, à nous assurer des jours d’après
qui soient un vrai retour à la vie nor-
male. Sans complications ni séquel-
les et le moins de traitements lourds
à suivre. Ils sont chirurgiens, mais
avant tout médecins, dignes héritiers
d’Hippocrate, soucieux d’aider leurs
patients à affronter au mieux les tu-
meurs qui les assaillent. Et, en ce dé-
but de XXIe
siècle, ils font de plus en
plus dans la dentelle.
Pionniers
L’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif
(Val-de-Marne) annoncera ce matin,
un mois et demi après une interven-
tion réalisée dans la discrétion sur
une jeune femme de 39 ans, être le
premier au monde à pouvoir opérer
des seins à l’aide du robot chirurgical
Da Vinci Xi. Pieuvre ultra-technologi-
que déjà utilisée en urologie et en gy-
nécologie, elle autorise une chirurgie
dite mini-invasive. Cette technique
permet d’ôter un sein et de le recons-
truire dans une même intervention,
Quellesprouesses !CHIRURGIE. Enlever des tumeurs, du sein ou du cerveau, sans mutiler les malades
ni leur qualité de vie. C’est le but de ces nouvelles approches porteuses d’espoir.
CE N’EST PAS LE ROBOT QUI OPÈRE, mais bien le
chirurgien qui se voit doté d’une visibilité, d’une
amplitude et d’une précision de mouvement supérieu-
res. L’outil a été mis au point aux Etats-Unis, par la
Nasa et pour le Pentagone, pour pouvoir opérer des
soldats blessés à distance. Une fois la licence rachetée
par le privé, le premier modèle a été mis sur le marché
par la société Intuitive Surgical en 1999. Les urologues
se sont approprié ce robot les premiers, suivis par les
gynécologues. Gustave-Roussy en disposait depuis 2014.
Opérant 2 000 patientes d’un cancer du sein par an, et
500 pour une reconstruction mammaire, l’équipe de
sénologie et de chirurgie plastique a eu l’idée de déve-
lopper son utilisation pour ces opérations d’ablation-
reconstruction. Chaque année, en France, 20 000 fem-
mes subissent une mastectomie. C.P.
Troispetitesincisions sont efectuées sous
l’aisselle de la patiente endormie.Une des
trois permet l’entrée d’une caméra et les deux
autres laissent passer les bras articulés du
robot équipés d’instruments chirurgicaux.
1 L’un des bras du robot
éclairel’intérieur et
injectedel’air dans le
sein pour le gonler et
décoller la glande
mammaire de la peau.
2
Par l’incision plus large,
le chirurgien insèrela
prothèsemammaire.
4
us
uxux
Avant
pour une
mastectomie
classique,l’opération
laissait une cicatrice
visible surou
souslesein.
3 petites incisions
Ecran
Prothèse
mammaire
Bras
éclairant et
injectant de l’air
3 peti
Le chirurgien,devantun
écran à l’autre bout de la
pièce,dirige le robot.
3
Il décollela
glandemammaire
et laretireparun
troupluslarge formé
en reliant deux des
trois incisions.
LP/Infographie-C.Têche.
docteur Sarfati, qui sait combien les
patientes se sentent mutilées après
une ablation. « Le robot permet de
retirer la glande mammaire puis de
poser la prothèse en pratiquant seu-
lement trois petites incisions dissi-
mulées sous l’aisselle. Classique-
ment, cela supposait une grande in-
cision sur ou sous le sein.Une cicatri-
ce qui, se trouvant alors au contact
de la prothèse, peut ensuite aussi gé-
nérer des complications. » La réduc-
tion des infections postopératoires
sera donc un élément important de
l’étude.
Pour Anna, un mois et demi plus
tard, zéro regret. « Quand je me re-
garde dans la glace le matin, sauf à
me contorsionner, je ne vois aucu-
ne trace de mutilation. Et au-
cune séquelle. » Pour la jeu-
ne maman de 39 ans, il
s’agissait d’une opération
préventive, « comme An-
gelina Jolie », sourit-elle.
Soignant sa mère, les
généticiens de Gustave-
Roussy avait décelé
chez elle une mutation
du gène BRCA. Hé-
réditaire, ce der-
nier expose en ef-
fet au risque de
développer can-
cers du sein ou
des ovaires. « Il y
avait deux op-
tions : suivi tous
les ans ou abla-
tion. J’ai préféré le
zéro risque. »
Lorsque le chi-
rurgien, rencontré
pour la première
fois début 2015, lui a
évoqué les futures
interventions robo-
tisées, elle s’est très
vite porté candidate.
Quitte à attendre
huit mois que l’essai
soit autorisé.
C.P.
PREMIÈRE MONDIALE ou pas,
elle n’a pas hésité. Le 1er
décembre,
Anna s’est remise en toute confiance
aux mains du docteur Benjamin Sar-
fati, qui opérait pour la première
ablation des seins, une mastectomie,
avec reconstruction immédiate, à
l’aide d’un robot chirurgical.
« Pour y avoir accompagné ma
mère pendant huit ans et demi,
avant son décès d’un cancer au prin-
temps dernier, je connais assez cet
hôpital », justifie-t-elle. Une compé-
tence qui vaut à Gustave-Roussy, à
Villejuif (Val-de-Marne), de s’être vu
accorder, le premier au monde, le
droit d’opérer et reconstruire dans
une même intervention des seins de
femmes qui risquent un cancer
du sein ou en souffrent déjà,
avec la dernière génération
du robot Da Vinci. Une
grosse pieuvre high-tech à
quatre bras, l’un pour la
caméra, les autres pour
les outils chirurgicaux,
qui plongent dans le
corps du patient et que
le chirurgien manipule,
les yeux plongés dans le
sein qu’il opère, via
écran et console, à l’écart
de la table d’opération.
Des incisions cachées
sous l’aisselle
L’autorisation a été déli-
vrée par l’Agence du
médicament dans le
cadre d’une étude cli-
nique pour 35 patien-
tes, le temps de mesu-
rer les avantages d’une telle
façon d’opérer. « Un gain es-
thétique, aucun doute »,
souligne d’emblée le
Lapremièreablationduseinavecunrobot
« Quand je me regarde
dans la glace, sauf
à me contorsionner,
je ne vois aucune trace de
mutilation », plaide Anna,
39 ans (ici chez elle, hier).
(LP/PhilippeLavieille.)
UNE PRÉCISION INCOMPARABLE
Aujourd’hui en France
Mardi 12 janvier 2016
LE FAIT DU JOUR 03
Montpellier (Hérault)
De notre envoyée spéciale
« UNE VACHE, une girafe, une mai-
son, un peigne… » Concentrée, la jeu-
ne femme énumère les dessins qui
défilent sur l’écran d’un ordinateur
portable. Allongée sur le côté, sous le
regard de deux orthophonistes, doc-
teurs en neurosciences, les yeux
grands ouverts, elle doit aussi sans
relâche plier et déplier son bras droit.
« C’est bien, il va falloir travailler
comme ça sans s’arrêter », l’encoura-
ge le chirurgien.
La scène à laquelle j’ai le privilège
d’assister ce jeudi dans un bloc opé-
ratoire du CHU de Montpellier est
saisissante. Ni high-tech ni robots.
Mais, de l’autre côté du champ opé-
ratoire, le cerveau de cette jeune
femme palpite légèrement, à nu
dans sa boîte crânienne. Le docteur
Hugues Duffau doit en retirer un
gliome. Ce type de tumeurs, dont on
diagnostique 4 000 cas chaque an-
née en France, a la propriété de s’in-
filtrer dans le cerveau. Elles progres-
sent inexorablement, deviennent un
jour malignes, menaçant le système
nerveux (hémiplégie, perte de la pa-
role, de la mémoire, paralysie…) et, à
terme, la vie. Le premier signe,
quand elles poussent depuis un cer-
tain temps et que le cerveau com-
mence à peiner pour se réorganiser,
est souvent une crise d’épilepsie.
« On les diagnostique encore trop
tard », regrette le spécialiste en neu-
rosciences, qui milite pour un dépis-
tage systématique et plus précoce.
Sa patiente, trentenaire, est venue
de Lisbonne (Por-
tugal) pour se
confier à ses mains
de « cartographe
du cerveau ». Chez
elle, on la jugeait
inopérable, ris-
quant fauteuil rou-
lant et perte de la parole si on lui
retirait la tumeur de façon classique,
sous anesthésie générale. « Tant que
la tumeur n’a pas provoqué de han-
dicap, à condition de savoir où l’on
est dans le cerveau pendant l’opéra-
tion, on peut pourtant l’enlever, au
moins en grande partie, sans séquel-
le ni chimiothérapie, la tenant ainsi à
distance », explique le médecin, qui
développe sûrement — quoique trop
doucement à son goût — cette ap-
proche pionnière de la chirurgie des
tumeurs cérébrales, opérant le mala-
de éveillé. La patiente est arrivée
consciente puis a été endormie le
temps d’ouvrir son crâne et inciser la
méninge qui entoure le cerveau. La
seule partie douloureuse, explique
Hugues Duffau : « Le cerveau lui-mê-
me ne souffre pas. » Opéré ainsi en
2012, menant une vie parfaitement
normale depuis,
G u y , 4 4 a n s ,
confirme « la sen-
sation étrange que
quelqu’un vous
fouille dans la tête,
mais sans dou-
leur ».
Dans le bloc de Montpellier, la
phase la plus impressionnante de
l’opération commence. « Vous pou-
vez la réveiller », indique Hugues
Duffau aux anesthésistes. Du cer-
veau de sa patiente, il sait tout ce que
l’imagerie lui en a montré et qu’il a
mémorisé. Mais « chaque cerveau est
unique », explique-t-il. Désormais,
pendant une heure et demie, il se fie
aux infimes impulsions électriques
qu’il délivre avec un stylet, à son
écoute de la jeune femme qu’il en-
courage régulièrement, et à l’inter-
médiaire des orthophonistes qui
l’orientent pour délimiter le périmè-
tre d’excision puis guider son bistou-
ri, par petites touches.
« Attention, elle bute », « le bras
bloque », « articulation ! »… Sitôt que
l’impulsion perturbe l’exercice que la
patiente répète sans arrêt, il sait qu’il
ne doit pas toucher au faisceau de
connexions nerveuses ainsi stimulé.
C’est la condition pour qu’elle re-
trouve une vie normale.
Une grosse partie de la tumeur est
ôtée. Tandis que le médecin s’avance
plus profondément, la patiente blo-
que plus souvent. Dix exercices d’af-
filée puis, d’une voix douce, il expli-
que : « On a enlevé le maximum, on
va raisonnablement s’arrêter là.Vous
allez à nouveau dormir deux heures,
vous récupérerez complètement. »
Dès le lendemain, la jeune femme
marchait un peu dans le couloir et
pouvait tenir une longue discussion
avec sa famille.
CLAUDINE PROUST
Opérée,éveillée,desatumeuraucerveau
Montpellier (Hérault), le 7 janvier. Le docteur Hugues Duffau a retiré un gliome du cerveau de sa patiente, maintenue éveillée. Dès le lendemain de l’opération, la jeune femme pouvait marcher un peu et tenir une conversation.
nPas plus que de bosse des
maths il n’existe dans le
cerveau une aire délimitée qui pilote
à elle seule la parole. Elle figure
pourtant au panthéon de l’histoire
de la médecine, et « on l’enseigne
toujours », peste le docteur Hugues
Duffau. Baptisée aire de Broca, on
doit sa découverte à un anatomiste
français du XIXe
siècle. Paul Broca
l’avait mise en évidence après s’être
occupé de patients devenus
incapables de parler. Ayant décelé
des lésions dans cette région du
cerveau, après autopsie, il en
déduisait qu’elle était le siège de la
parole. « A partir d’observations
exactes, il a mal extrapolé, orientant
la recherche pendant 150 ans avec
cette fausse compréhension
localisationniste du cerveau »,
soupire Hugues Duffau. Lui défend
une approche « connexioniste » qu’il
explique dans un ouvrage grand
public à paraître ce jeudi*. Si l’on
peut enlever une tumeur dans le
cerveau sans que le patient perde sa
capacité à parler ou à marcher — « à
condition de savoir où on va » grâce
à la participation consciente de
l’opéré —, c’est parce que cet organe
est un tout : formé d’un réseau de
faisceaux et de connexions, dont
une grande partie s’organise de
façon propre à chaque individu.
« Comme le réseau électrique d’une
grande ville ou le métro, résume le
médecin. Vous pouvez couper une
station, tant que les grands
échangeurs des Halles et de
Montparnasse fonctionnent, vous
trouverez un itinéraire pour rentrer
chez vous. » Le cerveau étant « un
grand rusé » doué de plasticité tant
qu’on ne touche pas aux connexions
principales, « il peut se réparer tout
seul », réorganisant ses connexions
sans séquelles autour du morceau
amputé. C.P.
* « L’Erreur de Broca »,
d’Hugues Duffau, Ed. Michel
Lafon. 17,95 €.
d’honneur à partir de 2000 à ali-
gner reconnaissances académiques
et publications, et ainsi « cocher
toutes les cases administratives et
universitaires requises », c’était
pour opposer une irréfutable barriè-
re scientifique à ceux qui le
voyaient, parmi ses pairs, comme
un illuminé, parce qu’il dérangeait
les codes établis :
« Mon seul proto-
cole est de ne pas
en avoir ! » Ses
700 patients opé-
rés qui vivent sans séquelles, pour
la plus ancienne depuis 1997, sont
ses meilleurs avocats.
S’il n’a pas encore fait école dans
tous les blocs opératoires, de jeunes
neurochirurgiens de quelque
350 centres dans 50 pays ont déjà
été formés à son approche
« connexioniste » du cerveau.
C.P.
Dans cette vaste pièce s’affiche
l’univers de cet « explorateur » qui,
tel un Christophe Colomb du cer-
veau, le guide avec une détermina-
tion acharnée depuis vingt ans. Les
livres et revues auxquels il a colla-
boré ou qu’on lui a offerts, quelques
reproductions et objets, cadeaux de
confrères ou de patients, comme
cette pièce de bois
sculptée par un
menuisier qu’il a
opéré (photo). Et
les diplômes et re-
connaissances internationales qui
tapissent un pan de mur entier.
A 35 ans, sa thèse à peine ache-
vée, il obtenait le Young Neurosur-
geons Award de la Société mondia-
le de neurochirurgie. A 44 ans, en
2010, la médaille Olivecrona, qui
chaque année à Stockholm (Suède)
distingue un médecin de l’équiva-
lent d’un Nobel. S’il a mis un point
bureau, au quatrième étage des bâ-
timents de Gui-de-Chauliac au
CHU de Montpellier (Hérault), dont
il dirige le département de neuro-
chirurgie depuis 2006. « C’est là que
je reçois mes patients », justifie-t-il.
« JE NE SUIS qu’un médecin de
famille qui opère des cerveaux. »
C’est ainsi que le docteur Hugues
Duffau, 49 ans, tient à se définir.
Surtout pas un dieu : « Je ne sais
pas réparer le cerveau ! » Un as du
bistouri ? Non plus : « Je ne fais pas
de prouesse, ça ne m’intéresse pas.
Ce que vous m’avez vu faire, techni-
quement, je vous l’apprends en un
an… à condition de franchir la bar-
rière conceptuelle dans laquelle la
neurochirurgie a vécu enfermée
150 ans. » Rien n’insupporte plus
cet homme aux gestes calmes em-
preints des exercices de méditation
auxquels il s’adonne avant chaque
intervention que jouer aux célébri-
tés. Même quand il écrit un livre,
dont il souhaite qu’il fasse progres-
ser les neurosciences « au bénéfice
des patients ».
Il n’accepte de poser pour la pho-
to nulle part ailleurs que dans son
L’hommequiarévolutionnélaneurochirurgie
« La sensation étrange
que quelqu’un vous fouille
dans la tête,
mais sans douleur »
Guy, 44 ans, opéré en 2012
Un organe
vraiment rusé
« Mon seul protocole
est de ne pas en avoir ! »
Le docteur Hugues Duffau
(LP/ClaudineProust.)
Montpellier, le 7 janvier. Le docteur
Hugues Duffau dans son bureau.(LP/PascalParrot.)

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Fait du jour opération cerveau

  • 1. 02 LE FAIT DU JOUR Aujourd’hui en France Mardi 12 janvier 2016 D avid Bowie, un artiste toujours en avance sur son temps, est né trop tôt. A quelques années près, nul doute que la maladie qui l’a emporté en quelques mois aurait pu être vaincue. Car les progrès de la médecine dans la lutte contre le cancer sont édifiants et de plus en plus rapides. Les deux nouvelles techniques que nous vous présentons aujourd’hui semblent tout droit issues d’une œuvre de science-fiction. Sauf qu’elles ne sont pas des témoignages imaginaires de la vie sur Mars. Déjà utilisées, avec succès, dans deux hôpitaux français, elles rappellent que le futur ne se réduit pas, comme pourrait le laisser croire l’actualité récente, à un long voyage vers l’angoisse. FRÉDÉRIC VÉZARD @FVEZARD n L’ÉDITO Lavie surMars en pratiquant de petites incisions ca- chées sous l’aisselle. Elle limite le pré- judice esthétique de celles qui doi- vent en passer par l’ablation d’un ou deux seins, après un cancer déclaré ou préventivement. Elle pourrait aus- si, espère le docteur Benjamin Sarfati, limiter les risques de complication. Permettre à ses patients, souvent jeunes, de travailler, se marier, faire des enfants et ne pas envisager l’ave- nir avec une bombe à retardement dans le cerveau, c’est aussi ce qui gui- de le docteur Hugues Duffau, chef du département de neurochirurgie au CHU de Montpellier (Hérault). Il nous a permis, à la veille de la publi- cation d’un livre dévoilant son appro- che pionnière, d’assister à une inter- vention sur une jeune femme… éveil- lée. Aux antipodes de la chirurgie as- sistée de machines, et contre tous les dogmes appris par ses prédécesseurs, c’est penché sur le cerveau de chaque malade, et en collaboration avec lui durant l’essentiel de l’intervention, qu’il enlève ce qu’il peut de tumeurs. En évitant l’irrémédiable. CLAUDINE PROUST ILS SAUVENT DES VIES. Et, quand ce n’est pas dans l’urgence, ils s’acharnent de plus en plus, désor- mais, à nous assurer des jours d’après qui soient un vrai retour à la vie nor- male. Sans complications ni séquel- les et le moins de traitements lourds à suivre. Ils sont chirurgiens, mais avant tout médecins, dignes héritiers d’Hippocrate, soucieux d’aider leurs patients à affronter au mieux les tu- meurs qui les assaillent. Et, en ce dé- but de XXIe siècle, ils font de plus en plus dans la dentelle. Pionniers L’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) annoncera ce matin, un mois et demi après une interven- tion réalisée dans la discrétion sur une jeune femme de 39 ans, être le premier au monde à pouvoir opérer des seins à l’aide du robot chirurgical Da Vinci Xi. Pieuvre ultra-technologi- que déjà utilisée en urologie et en gy- nécologie, elle autorise une chirurgie dite mini-invasive. Cette technique permet d’ôter un sein et de le recons- truire dans une même intervention, Quellesprouesses !CHIRURGIE. Enlever des tumeurs, du sein ou du cerveau, sans mutiler les malades ni leur qualité de vie. C’est le but de ces nouvelles approches porteuses d’espoir. CE N’EST PAS LE ROBOT QUI OPÈRE, mais bien le chirurgien qui se voit doté d’une visibilité, d’une amplitude et d’une précision de mouvement supérieu- res. L’outil a été mis au point aux Etats-Unis, par la Nasa et pour le Pentagone, pour pouvoir opérer des soldats blessés à distance. Une fois la licence rachetée par le privé, le premier modèle a été mis sur le marché par la société Intuitive Surgical en 1999. Les urologues se sont approprié ce robot les premiers, suivis par les gynécologues. Gustave-Roussy en disposait depuis 2014. Opérant 2 000 patientes d’un cancer du sein par an, et 500 pour une reconstruction mammaire, l’équipe de sénologie et de chirurgie plastique a eu l’idée de déve- lopper son utilisation pour ces opérations d’ablation- reconstruction. Chaque année, en France, 20 000 fem- mes subissent une mastectomie. C.P. Troispetitesincisions sont efectuées sous l’aisselle de la patiente endormie.Une des trois permet l’entrée d’une caméra et les deux autres laissent passer les bras articulés du robot équipés d’instruments chirurgicaux. 1 L’un des bras du robot éclairel’intérieur et injectedel’air dans le sein pour le gonler et décoller la glande mammaire de la peau. 2 Par l’incision plus large, le chirurgien insèrela prothèsemammaire. 4 us uxux Avant pour une mastectomie classique,l’opération laissait une cicatrice visible surou souslesein. 3 petites incisions Ecran Prothèse mammaire Bras éclairant et injectant de l’air 3 peti Le chirurgien,devantun écran à l’autre bout de la pièce,dirige le robot. 3 Il décollela glandemammaire et laretireparun troupluslarge formé en reliant deux des trois incisions. LP/Infographie-C.Têche. docteur Sarfati, qui sait combien les patientes se sentent mutilées après une ablation. « Le robot permet de retirer la glande mammaire puis de poser la prothèse en pratiquant seu- lement trois petites incisions dissi- mulées sous l’aisselle. Classique- ment, cela supposait une grande in- cision sur ou sous le sein.Une cicatri- ce qui, se trouvant alors au contact de la prothèse, peut ensuite aussi gé- nérer des complications. » La réduc- tion des infections postopératoires sera donc un élément important de l’étude. Pour Anna, un mois et demi plus tard, zéro regret. « Quand je me re- garde dans la glace le matin, sauf à me contorsionner, je ne vois aucu- ne trace de mutilation. Et au- cune séquelle. » Pour la jeu- ne maman de 39 ans, il s’agissait d’une opération préventive, « comme An- gelina Jolie », sourit-elle. Soignant sa mère, les généticiens de Gustave- Roussy avait décelé chez elle une mutation du gène BRCA. Hé- réditaire, ce der- nier expose en ef- fet au risque de développer can- cers du sein ou des ovaires. « Il y avait deux op- tions : suivi tous les ans ou abla- tion. J’ai préféré le zéro risque. » Lorsque le chi- rurgien, rencontré pour la première fois début 2015, lui a évoqué les futures interventions robo- tisées, elle s’est très vite porté candidate. Quitte à attendre huit mois que l’essai soit autorisé. C.P. PREMIÈRE MONDIALE ou pas, elle n’a pas hésité. Le 1er décembre, Anna s’est remise en toute confiance aux mains du docteur Benjamin Sar- fati, qui opérait pour la première ablation des seins, une mastectomie, avec reconstruction immédiate, à l’aide d’un robot chirurgical. « Pour y avoir accompagné ma mère pendant huit ans et demi, avant son décès d’un cancer au prin- temps dernier, je connais assez cet hôpital », justifie-t-elle. Une compé- tence qui vaut à Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne), de s’être vu accorder, le premier au monde, le droit d’opérer et reconstruire dans une même intervention des seins de femmes qui risquent un cancer du sein ou en souffrent déjà, avec la dernière génération du robot Da Vinci. Une grosse pieuvre high-tech à quatre bras, l’un pour la caméra, les autres pour les outils chirurgicaux, qui plongent dans le corps du patient et que le chirurgien manipule, les yeux plongés dans le sein qu’il opère, via écran et console, à l’écart de la table d’opération. Des incisions cachées sous l’aisselle L’autorisation a été déli- vrée par l’Agence du médicament dans le cadre d’une étude cli- nique pour 35 patien- tes, le temps de mesu- rer les avantages d’une telle façon d’opérer. « Un gain es- thétique, aucun doute », souligne d’emblée le Lapremièreablationduseinavecunrobot « Quand je me regarde dans la glace, sauf à me contorsionner, je ne vois aucune trace de mutilation », plaide Anna, 39 ans (ici chez elle, hier). (LP/PhilippeLavieille.) UNE PRÉCISION INCOMPARABLE Aujourd’hui en France Mardi 12 janvier 2016 LE FAIT DU JOUR 03 Montpellier (Hérault) De notre envoyée spéciale « UNE VACHE, une girafe, une mai- son, un peigne… » Concentrée, la jeu- ne femme énumère les dessins qui défilent sur l’écran d’un ordinateur portable. Allongée sur le côté, sous le regard de deux orthophonistes, doc- teurs en neurosciences, les yeux grands ouverts, elle doit aussi sans relâche plier et déplier son bras droit. « C’est bien, il va falloir travailler comme ça sans s’arrêter », l’encoura- ge le chirurgien. La scène à laquelle j’ai le privilège d’assister ce jeudi dans un bloc opé- ratoire du CHU de Montpellier est saisissante. Ni high-tech ni robots. Mais, de l’autre côté du champ opé- ratoire, le cerveau de cette jeune femme palpite légèrement, à nu dans sa boîte crânienne. Le docteur Hugues Duffau doit en retirer un gliome. Ce type de tumeurs, dont on diagnostique 4 000 cas chaque an- née en France, a la propriété de s’in- filtrer dans le cerveau. Elles progres- sent inexorablement, deviennent un jour malignes, menaçant le système nerveux (hémiplégie, perte de la pa- role, de la mémoire, paralysie…) et, à terme, la vie. Le premier signe, quand elles poussent depuis un cer- tain temps et que le cerveau com- mence à peiner pour se réorganiser, est souvent une crise d’épilepsie. « On les diagnostique encore trop tard », regrette le spécialiste en neu- rosciences, qui milite pour un dépis- tage systématique et plus précoce. Sa patiente, trentenaire, est venue de Lisbonne (Por- tugal) pour se confier à ses mains de « cartographe du cerveau ». Chez elle, on la jugeait inopérable, ris- quant fauteuil rou- lant et perte de la parole si on lui retirait la tumeur de façon classique, sous anesthésie générale. « Tant que la tumeur n’a pas provoqué de han- dicap, à condition de savoir où l’on est dans le cerveau pendant l’opéra- tion, on peut pourtant l’enlever, au moins en grande partie, sans séquel- le ni chimiothérapie, la tenant ainsi à distance », explique le médecin, qui développe sûrement — quoique trop doucement à son goût — cette ap- proche pionnière de la chirurgie des tumeurs cérébrales, opérant le mala- de éveillé. La patiente est arrivée consciente puis a été endormie le temps d’ouvrir son crâne et inciser la méninge qui entoure le cerveau. La seule partie douloureuse, explique Hugues Duffau : « Le cerveau lui-mê- me ne souffre pas. » Opéré ainsi en 2012, menant une vie parfaitement normale depuis, G u y , 4 4 a n s , confirme « la sen- sation étrange que quelqu’un vous fouille dans la tête, mais sans dou- leur ». Dans le bloc de Montpellier, la phase la plus impressionnante de l’opération commence. « Vous pou- vez la réveiller », indique Hugues Duffau aux anesthésistes. Du cer- veau de sa patiente, il sait tout ce que l’imagerie lui en a montré et qu’il a mémorisé. Mais « chaque cerveau est unique », explique-t-il. Désormais, pendant une heure et demie, il se fie aux infimes impulsions électriques qu’il délivre avec un stylet, à son écoute de la jeune femme qu’il en- courage régulièrement, et à l’inter- médiaire des orthophonistes qui l’orientent pour délimiter le périmè- tre d’excision puis guider son bistou- ri, par petites touches. « Attention, elle bute », « le bras bloque », « articulation ! »… Sitôt que l’impulsion perturbe l’exercice que la patiente répète sans arrêt, il sait qu’il ne doit pas toucher au faisceau de connexions nerveuses ainsi stimulé. C’est la condition pour qu’elle re- trouve une vie normale. Une grosse partie de la tumeur est ôtée. Tandis que le médecin s’avance plus profondément, la patiente blo- que plus souvent. Dix exercices d’af- filée puis, d’une voix douce, il expli- que : « On a enlevé le maximum, on va raisonnablement s’arrêter là.Vous allez à nouveau dormir deux heures, vous récupérerez complètement. » Dès le lendemain, la jeune femme marchait un peu dans le couloir et pouvait tenir une longue discussion avec sa famille. CLAUDINE PROUST Opérée,éveillée,desatumeuraucerveau Montpellier (Hérault), le 7 janvier. Le docteur Hugues Duffau a retiré un gliome du cerveau de sa patiente, maintenue éveillée. Dès le lendemain de l’opération, la jeune femme pouvait marcher un peu et tenir une conversation. nPas plus que de bosse des maths il n’existe dans le cerveau une aire délimitée qui pilote à elle seule la parole. Elle figure pourtant au panthéon de l’histoire de la médecine, et « on l’enseigne toujours », peste le docteur Hugues Duffau. Baptisée aire de Broca, on doit sa découverte à un anatomiste français du XIXe siècle. Paul Broca l’avait mise en évidence après s’être occupé de patients devenus incapables de parler. Ayant décelé des lésions dans cette région du cerveau, après autopsie, il en déduisait qu’elle était le siège de la parole. « A partir d’observations exactes, il a mal extrapolé, orientant la recherche pendant 150 ans avec cette fausse compréhension localisationniste du cerveau », soupire Hugues Duffau. Lui défend une approche « connexioniste » qu’il explique dans un ouvrage grand public à paraître ce jeudi*. Si l’on peut enlever une tumeur dans le cerveau sans que le patient perde sa capacité à parler ou à marcher — « à condition de savoir où on va » grâce à la participation consciente de l’opéré —, c’est parce que cet organe est un tout : formé d’un réseau de faisceaux et de connexions, dont une grande partie s’organise de façon propre à chaque individu. « Comme le réseau électrique d’une grande ville ou le métro, résume le médecin. Vous pouvez couper une station, tant que les grands échangeurs des Halles et de Montparnasse fonctionnent, vous trouverez un itinéraire pour rentrer chez vous. » Le cerveau étant « un grand rusé » doué de plasticité tant qu’on ne touche pas aux connexions principales, « il peut se réparer tout seul », réorganisant ses connexions sans séquelles autour du morceau amputé. C.P. * « L’Erreur de Broca », d’Hugues Duffau, Ed. Michel Lafon. 17,95 €. d’honneur à partir de 2000 à ali- gner reconnaissances académiques et publications, et ainsi « cocher toutes les cases administratives et universitaires requises », c’était pour opposer une irréfutable barriè- re scientifique à ceux qui le voyaient, parmi ses pairs, comme un illuminé, parce qu’il dérangeait les codes établis : « Mon seul proto- cole est de ne pas en avoir ! » Ses 700 patients opé- rés qui vivent sans séquelles, pour la plus ancienne depuis 1997, sont ses meilleurs avocats. S’il n’a pas encore fait école dans tous les blocs opératoires, de jeunes neurochirurgiens de quelque 350 centres dans 50 pays ont déjà été formés à son approche « connexioniste » du cerveau. C.P. Dans cette vaste pièce s’affiche l’univers de cet « explorateur » qui, tel un Christophe Colomb du cer- veau, le guide avec une détermina- tion acharnée depuis vingt ans. Les livres et revues auxquels il a colla- boré ou qu’on lui a offerts, quelques reproductions et objets, cadeaux de confrères ou de patients, comme cette pièce de bois sculptée par un menuisier qu’il a opéré (photo). Et les diplômes et re- connaissances internationales qui tapissent un pan de mur entier. A 35 ans, sa thèse à peine ache- vée, il obtenait le Young Neurosur- geons Award de la Société mondia- le de neurochirurgie. A 44 ans, en 2010, la médaille Olivecrona, qui chaque année à Stockholm (Suède) distingue un médecin de l’équiva- lent d’un Nobel. S’il a mis un point bureau, au quatrième étage des bâ- timents de Gui-de-Chauliac au CHU de Montpellier (Hérault), dont il dirige le département de neuro- chirurgie depuis 2006. « C’est là que je reçois mes patients », justifie-t-il. « JE NE SUIS qu’un médecin de famille qui opère des cerveaux. » C’est ainsi que le docteur Hugues Duffau, 49 ans, tient à se définir. Surtout pas un dieu : « Je ne sais pas réparer le cerveau ! » Un as du bistouri ? Non plus : « Je ne fais pas de prouesse, ça ne m’intéresse pas. Ce que vous m’avez vu faire, techni- quement, je vous l’apprends en un an… à condition de franchir la bar- rière conceptuelle dans laquelle la neurochirurgie a vécu enfermée 150 ans. » Rien n’insupporte plus cet homme aux gestes calmes em- preints des exercices de méditation auxquels il s’adonne avant chaque intervention que jouer aux célébri- tés. Même quand il écrit un livre, dont il souhaite qu’il fasse progres- ser les neurosciences « au bénéfice des patients ». Il n’accepte de poser pour la pho- to nulle part ailleurs que dans son L’hommequiarévolutionnélaneurochirurgie « La sensation étrange que quelqu’un vous fouille dans la tête, mais sans douleur » Guy, 44 ans, opéré en 2012 Un organe vraiment rusé « Mon seul protocole est de ne pas en avoir ! » Le docteur Hugues Duffau (LP/ClaudineProust.) Montpellier, le 7 janvier. Le docteur Hugues Duffau dans son bureau.(LP/PascalParrot.)