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Introduction	  Pour	  Julian	  Assange,	  le	  fondateur	  du	  très	  médiatisé	  site	  WikiLeaks,	  Internet	  serait	 ...
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3) Un	  regard	  mutualisé	  :	  un	  outil	  de	  «	  sousveillance	  »	  On	   l’a	   vu,	   parler	   de	   «	  surveil...
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toujours	   la	   même	   chose,	   dans	   le	   même	   ordre	  :	   je	   commence	   par	   regarder	   qui	   est	  c...
"Les veilleurs - Que fait-on (vraiment) sur Facebook ?" / Mémoire de M1 - Celsa (Paris IV Sorbonne)
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"Les veilleurs - Que fait-on (vraiment) sur Facebook ?" / Mémoire de M1 - Celsa (Paris IV Sorbonne)

  1. 1.         Master  1ère  année   Mention  :  Information  et  Communication   Spécialité  :  Médias  et  Communication               LES  VEILLEURS   QUE  FAIT-­‐ON  (VRAIMENT)  SUR  FACEBOOK  ?             Sous  la  direction  de  Véronique  Richard       Clément  Picard   Année  universitaire  2010-­‐2011   Médias  et  Communication   Soutenu  le  :  5  juillet  2011   Note  du  mémoire  :  17/20   Mention  :  Très  Bien         CELSA  -­‐  Ecole  des  Hautes  Etudes  en  Sciences  de  l’Information  et  de  la  Communication   Université  Paris  IV  -­‐  Sorbonne
  2. 2. Remerciements    En   préambule,   je   souhaiterais   remercier   les   deux   enseignants   du   CELSA   qui   m’ont  encouragé   et   aidé   par   leurs   conseils   dans   l’élaboration   de   ce   travail   de   recherche  :  Jacqueline   Chervin,   dont   le   soutien   a   été   décisif   pour   lancer   la   construction   de   ce  mémoire,   mais   aussi   Etienne   Candel,   avec   qui   les   échanges,   aux   prémices   de   ma  réflexion,  ont  été  déterminants.  Je   tiens   également   à   remercier   l’un   des   contributeurs   les   plus   prolifiques   sur   les  questions   de   surveillance   et   de   vie   privée,   Jean-­‐Marc   Manach,   journaliste   à   Owni.fr   et  Internetactu.net,  et  rédacteur  du  blog  BugBrother  sur  Lemonde.fr,  qui,  en  dépit  de  ses  sollicitations  médiatiques,  a  toujours  pris  le  temps  de  répondre  à  mes  questions.  Par  ailleurs,   je   tiens   à   remercier   Hubert   Guillaud,   blogueur   et   rédacteur   en   chef   du   site  Internetactu.net,   dont   les   conseils   et   les   orientations   lors   de   nos   échanges   ont  toujours  été  pertinents.  Enfin,   j’ai   une   pensée   pour   tous   les   utilisateurs   de   Facebook   avec   qui   j’ai   eu   l’occasion  de  discuter  de  mon  projet  de  mémoire,  et  qui  ont  pris  le  temps  de  m’écouter,  dans  les  mois   qui   ont   précédé   sa   rédaction.   Leurs   réactions,   quelles   qu’elles   fussent,   ont  toujours   été   précieuses  :   elles   m’ont   aidé   à   mieux   définir   mon   sujet,   et   à   cerner   les  points   de   réflexion.   Elles   m’ont   aussi   permis,   et   c’est   le   plus   important   dans   mon  travail,  de  relativiser  certains  points  de  vue  trop  catégoriques,  pour  essayer  de  cerner  ce  que  les  utilisateurs  font  (vraiment)  sur  Facebook.  Il  serait  fastidieux  de  dresser  une  liste   exhaustive   de   ces   personnes   avec   qui   j’ai   pu   discuter   de   mon   sujet,   mais   ils   se  reconnaîtront.   Leurs   échos   m’ont   été   précieux,   je   leur   en   suis   extrêmement  reconnaissant.     2  
  3. 3.   Sommaire      Introduction................................................................................................................................. 5  I  –  De  la  surveillance  à  la  sousveillance............................................................................10   1)   Un  nouveau  rapport  à  l’espace  et  au  temps .................................................................... 10   2)   Un  dispositif  technique  «  panoptique  »  ? ......................................................................... 14   3)   Un  regard  mutualisé  :  un  outil  de  «  sousveillance  » ..................................................... 18  II  –  Tous  voyeurs  ? ...................................................................................................................23   1)   Regarder  pour  s’informer ..................................................................................................... 23   2)   Regarder  pour  se  rassurer .................................................................................................... 28   3)   Image  projetée  de  l’autre....................................................................................................... 31  III  –  Tous  exhibitionnistes  ?..................................................................................................40   1)   Pourquoi  se  montrer  ? ............................................................................................................ 41   2)   Entre  construction  et  gestion  sémiotique  de  son  identité ......................................... 46   3)   La  vie  privée  a-­t-­elle  disparu  ? ............................................................................................. 51  Conclusion ..................................................................................................................................56  Bibliographie.............................................................................................................................59  Annexes .......................................................................................................................................62  Résumé ........................................................................................................................................67  Mots-­clés .....................................................................................................................................68         3  
  4. 4.                        «  Internet,  c’est  la  plus  grande  machine  à  espionner  que  le  monde  ait  jamais  connue  ».   Julian  Assange,  15  mars  2011     4  
  5. 5. Introduction  Pour  Julian  Assange,  le  fondateur  du  très  médiatisé  site  WikiLeaks,  Internet  serait  «  la  plus  grande  machine  à  espionner  que  le  monde  ait  jamais  connue  ».  C’est  une  dépêche  AFP   qui,   le   16   mars   2011,   nous   rapporte   l’information   délivrée   la   veille   devant   des  étudiants   de   l’université   britannique   de   Cambridge.   Au   delà   de   cette   phrase   choc,  prononcée  qui  plus  est  par  un  personnage  controversé  et  très  médiatique  qui  prône  la  transparence   la   plus   totale,   le   poids   des   mots   révèle   un   état   d’esprit   plus  profondément   ancré   dans   les   mentalités  :   Internet   serait   la   nouvelle   grande   menace  pour  la  vie  privée.  Une   certaine   actualité   entretient   par   ailleurs   ce   sentiment  :   les   médias   traditionnels  se   régalent   des   faits   divers   causés   par   le   monde   du   numérique,   et   relaient  fréquemment   des   cas   de   divorces   ou   de   licenciements   liés   à   des   sites  communautaires   et   autres   réseaux   dits   «  sociaux  ».   Le   journal   Le   Monde1   nous  rapporte   par   exemple   que   trois   employés   de   l’entreprise   d’ingénierie   Alten   ont   été  renvoyés   pour   «  faute   grave  »,   fin   2008,   pour   avoir   appartenu   au   «  groupe   des  néfastes  »   sur   Facebook,   dont   l’un   des   prérequis   pour   l’intégration   serait   de   «  se  foutre  de  la  gueule  de  sa  supérieure  hiérarchique  toute  la  journée  sans  qu’elle  s’en  rende  compte  (…)  et  de  lui  rendre  la  vie  impossible  pendant  plusieurs  mois  ».  Toujours  selon  Le  Monde,  les  salariés  auraient  revendiqué  l’aspect  «  privé  »  de  ces  échanges,  mais  le  conseil  des  prud’hommes  de  Boulogne-­‐Billancourt  leur  a  donné  tort,  en  octobre  2010.  L’affaire  a  été  médiatisée  et  judiciarisée  pour  au  moins  deux  raisons  :  la  première  est  que   ces   deux   salariés   ont   perdu   leur   emploi   pour   des   paroles   qu’ils   avaient   proférées  sur   un   réseau   «  social  »   encore   récent,   où   les   frontières   entre   vie   privée   et   vie  publique   sont   assez   floues,   mais   aussi   parce   que   cette   double   décision   (le  licenciement   suivi   de   sa   validation   par   le   conseil   des   prud’hommes)   était   inédite.  Cette   affaire,   qui   a   vu   fleurir   quelques   cas   similaires,   a   fait   grand   bruit.   Et   très  rapidement,   plutôt   que   de   mettre   en   avant   la   prise   de   risque   des   salariés   qui   ont  critiqué   ouvertement   leur   hiérarchie,   de   nombreux   journalistes   et   observateurs   ont                                                                                                                  1  «  Peut-­‐on  traiter  son  chef  de  minable  sur  Facebook  ?  »,  article  datant  du  10  mars  2011,  paru  dans  les  pages  du  quotidien  Le  Monde  et  sur  lemonde.fr     5  
  6. 6. remis   en   cause   l’outil   Internet   dans   son   ensemble.   Internet,   et   l’imaginaire   de  transparence  qu’il  véhicule  (déjà  pointé  du  doigt  par  Patrice  Flichy2)  semble  alors  la  cause  d’une  réduction  de  l’espace  privé,  au  profit  d’un  espace  public  grandissant.  Sur  Internet,   tout   serait   public   ou   tout   au   moins   «  publicisé  »,   rendu   public.   Dès   lors,   et  pour   symboliser   cette   «  publicisation  »   des   opinions,   des   échanges   et   des   faits,  certains  n’hésitent  plus  à  invoquer  la  figure  orwellienne  de  Big  Brother.  Plus   encore   qu’Internet,   le   site   Facebook   cristallise   intensément   ces   peurs.   Mais  précisons  d’abord  quelques  points.  Facebook,   qu’on   pourrait   traduire   par   «  trombinoscope  »,   est   un   site   de   réseau   dit  «  social  »   qui   a   vu   le   jour   en   2004   aux   Etats-­‐Unis.   Au   départ   réservé   au   milieu  universitaire  américain,  le  site  a  été  ouvert  fin  2006  au  grand  public.  En  janvier  2010,  on  recensait  350  millions  d’utilisateurs  dans  le  monde  :  on  en  compte  aujourd’hui  (en  mai  2011),  plus  de  600  millions.  Ces  chiffres  impressionnants  soulignent  la  croissance  exponentielle  du  nombre  d’utilisateurs  dans  le  monde,  et  lui  donnent  un  statut  de  site  Internet  majeur  et  incontournable  du  moment.  Pour   qualifier   Facebook,   on   parle   souvent   de   «  réseau   social  »,   mais   ce   terme   est  évidemment   à   manier   avec   précaution3.   Si   on   comprend   aisément   l’idée   du   «  réseau  »  puisque  le  site  était  initialement  conçu  pour  mettre  des  étudiants  en  relation  les  uns  avec   les   autres,   on   peut   être   plus   sceptique   quant   à   la   portée   «  sociale  »   du   site.   En  effet,  quand  on  parle  de  «  réseau  social  »,  on  imagine  un  réseau  qui  crée  du  lien  social,  qui  favorise  les  échanges  entre  ses  membres.  Or,  on  peut  se  demander  si  les  sites  de  réseau  dit  «  social  »  créent  véritablement  du  lien  social,  ou  s’ils  ne  font  que  permettre  d’autres  formes  d’échanges  avec  des  individus  que  nous  connaissons  déjà.  Enfin,   Facebook   peut   aussi   être   pensé   comme   un   «  média   social  ».   Reprenant   Fred  Cavazza4,   Hubert   Guillaud5   présente   un   point   de   définition   important   :   «  alors   que                                                                                                                  2  FLICHY  Patrice,  L’imaginaire  d’Internet,  éditions  La  Découverte,  2001  3  Nous  tacherons  alors,  dans  la  mesure  du  possible  et  en  essayant  de  ne  pas  surcharger  l’écriture,  d’utiliser  au  maximum  des  guillemets  pour  manier  ce  terme.  4  CAVAZZA  Fred  :  www.mediassociaux.fr/2009/06/29/une-­‐definition-­‐des-­‐medias-­‐sociaux/  5  GUILLAUD  Hubert,  «  Comprendre  Facebook,  (2/3)  :  Facebook,  technologie  relationnelle  »  sur  Internetactu.net    http://internetactu.net/2011/04/28/comprendre-­‐facebook-­‐23-­‐facebook-­‐technologie-­‐relationnelle/  Hubert  Guillaud  est  rédacteur  en  chef  du  site  Internetactu.net     6  
  7. 7. dans   les   médias   traditionnels   il   y   a   un   émetteur   qui   diffuse   un   message   unique   à  destination   de   cibles,   dans   les   médias   sociaux,   chacun   est   à   la   fois   diffuseur   et   cible  ».  Le   rédacteur   en   chef   d’Internetactu.net   poursuit  sa   définition   du   média   social   en  recensant  quelques  traits  caractéristiques  :  un  public  massif  et  décentralisé,  un  média  accessible   facilement,   immédiatement   et   en   permanence,   et   qui   ne   requiert   pas  nécessairement  de  compétences  particulières  pour  être  utilisé.  On   comprend   alors   l’amalgame   qui   est   fait   entre   la   fonction   «  réseau  »   du   site  Facebook,   au   sens   où   il   se   présente   comme   un   outil   de   mise   en   relation   d’individus  plus   ou   moins   disparates,   et   sa   fonction   de   «  média   social  »,   qui   fait   de   Facebook   un  site   d’échanges   d’informations,   plus   ou   moins   importantes.   Entre   «  réseau  »   et  «  média  social  »,  le  langage  courant  a  produit  un  raccourci  :  le  «  réseau  social  ».  Véritable   phénomène   numérique   du   moment,   Facebook   cristallise   bon   nombre  d’imaginaires  et  à  la  fois  de  craintes  déjà  présentes  de  façon  globale  sur  Internet.  Le  rapport  à  la  vie  privée  des  utilisateurs  est  sans  cesse  questionné,  comme  le  titrait  le  magazine   Capital   sur   sa   Une   du   mois   de   mai   2011  :   «  Facebook  :   Jusqu’où   ira   le  nouveau   Big   Brother  ?  ».   Il   y   a   dans   ce   titre   retentissant   deux   points   marquants  :   le  premier   est   la   comparaison   avec   la   figure   orwellienne   de   Big   Brother,   et   le   second   est  l’idée   sous-­‐tendue   de   processus   incontrôlable   («  jusqu’où   ira-­‐t-­‐il…  »,   synonyme   de  «  tout   peut   arriver,   même   le   pire  »).   Mais   à   la   différence   du   global   «  Internet  »,  Facebook   est   un   site,   mais   c’est   aussi   une   entreprise.   Une   entreprise   qui   emploie   plus  de  1  500  personnes  et  qui  aurait  dégagé  un  chiffre  d’affaires  de  plus  d’un  milliard  de  dollars  en  2010  selon  plusieurs  sources6.  Caractériser   Facebook   comme   un   «  nouveau   Big   Brother  »   c’est   maintenir   une  certaine   ambigüité   dans   ce   qu’est   Facebook.   On   peut   comprendre   que   c’est  l’entreprise  Facebook  qui  est  comparée  à  un  modèle  scrutateur,  quasi  totalitaire,  qui  contrôle   et   surveille   les   membres   du   réseau,   avec   tout   le   recueil   de   données  personnelles  auquel  procède  l’entreprise,  ainsi  que  les  éventualités  de  commerce  de  ces   fichiers.   Mais,   comme   on   l’a   déjà   souligné,   Facebook   c’est   aussi   un   dispositif  technique,  un  outil.  Et,  de  cet  angle  là  aussi,  Facebook  peut  être  considéré  comme  un  prolongement   d’un   certain   modèle   de   surveillance   généralisée,   façon   Big   Brother.  C’est   ce   deuxième   angle   d’approche   qu’il   est   intéressant   de   développer.   Le   premier,                                                                                                                  6  Chiffres  disponibles  sur  Wikipédia,  mais  aussi  Lemonde.fr  et  Lefigaro.fr     7  
  8. 8. celui   qui   concerne   l’entreprise   Facebook,   sera   volontairement   laissé   de   côté,   car   il  relève   plus   d’une   approche   marketing,   publicitaire,   voire   managériale,   qu’à   une  optique   communicationnelle.   Les   questions   relevant   du   modèle   économique   de  Facebook,  ou  du  rapport  de  Facebook  aux  entreprises  ou  aux  publicités  ne  seront  par  conséquent   pas   abordées.   Nous   nous   focaliserons   sur   l’utilisation   du   dispositif  Facebook  par  les  utilisateurs.  Dans  le  cas,  mentionné  précédemment,  des  salariés  licenciés  par  la  société  Alten  pour  s’être  moqué  ouvertement  de  leur  hiérarchie  sur  Facebook,  il  faut  préciser  un  point  :  la  direction  de  l’entreprise  a  été  mise  au  courant  de  l’appartenance  au  «  groupe  des  néfastes  »   des   employés   par…   un   autre   salarié   de   l’entreprise,   qui   a   révélé   ces  informations   à   la   direction.   Cette   situation,   ainsi   que   d’autres   cas   semblables,   a   pu  propager   l’idée   que   les   utilisateurs   de   Facebook   se   «  surveillent  »   les   uns   les   autres.  Certains  avancent  alors  l’idée  que  Facebook  serait  un  dispositif  panoptique  moderne,  où  la  surveillance  et  l’espionnage7  mutuel  sont  les  maitres  mots.  Cette  idée  a  fait  son  chemin,  et  avec  elle  deux  notions  complémentaires,  deux  postures  qu’adopteraient  les  utilisateurs   de   Facebook  :   le   voyeurisme   et   l’exhibitionnisme.   Ce   triptyque  «  surveillance   –   voyeurisme   –   exhibitionnisme  »   serait   caractéristique   d’une  utilisation   majoritaire   du   réseau.   Et   ces   mots,   malgré   un   caractère   péjoratif,   sont  aisément  repris  pour  parler  de  Facebook.  C’est  d’ailleurs  un  des  points  marquants  du  travail   mené   par   Inès   Chupin8   en   2008  :   ces   trois   termes   sont   présents   de   façon  régulière,  et  semblent  ne  pas  poser  problème.  Or,  justement,  ces  termes  là  posent  problème.  Le  terme  de  «  surveillance  »,  déjà,  cache  en   son   sein   une   idée   de   coercition,   de   sanction,   de   discipline,   si   l’on   suit   Michel  Foucault9.   Ce   terme   apparaît   comme   trop   fort,   pour   plusieurs   raisons,   qu’il  conviendra  d’aborder  par  la  suite.  De  la  même  façon,  il  semble  communément  admis  que   les   utilisateurs   de   Facebook   seraient   tantôt   des   exhibitionnistes   inconscients,  tantôt   des   voyeuristes   compulsifs.   Or,   si   ce   n’était   que   cela,   le   réseau   ne   connaîtrait                                                                                                                  7  On  parle  aussi  de  «  stalking  »,  terme  anglais  dont  la  traduction  se  situe  entre  «  filature  »  et  «  espionnage  »  8  CHUPIN  Inès,  «  Facebook  :  le  rôle  du  dispositif  technique  dans  la  gestion  de  l’identité  et  des  échanges  sur  Internet  »,  Mémoire  de  Master  2,    CELSA  –  Paris  IV  Sorbonne,  2008  9  FOUCAULT  Michel,  Surveiller  et  punir,  Gallimard,  1975     8  
  9. 9. pas   une   telle   popularité,   surtout   que   d’importants   appels   à   la   vigilance   et   à   la  protection   de   la   vie   privée   sont   régulièrement   lancés.   Il   y   a   là   plusieurs   points   qui  posent   problème,   et   qui   font   la   problématique  de   cette   réflexion  :   que   fait-­‐on  (vraiment)   sur   Facebook  ?   Et   dans   quelle   mesure   les   termes   de   «  surveillance  »,   de  «  voyeurisme  »  ou  d’  «  exhibitionnisme  »  peuvent-­‐ils  être  trompeurs  ?  Pour   tenter   d’apporter   un   éclairage   à   ce   questionnement,   on   peut   formuler   trois  hypothèses  de  travail,  qui  correspondent  aux  trois  parties  du  développement  suivant,  et   qu’il   s’agira   alors   d’affirmer   ou   d’infirmer.   La   première   consiste   à   remettre   en  cause   le   terme   de   surveillance   appliqué   à   Facebook,   car   le   terme   serait   trop   fort   pour  être   utilisé   tel   quel,   pour   plusieurs   raisons  :   l’absence   d’un   seul   surveillant,   un   regard  qui   serait   plus   horizontal   que   vertical,   etc.   Il   s’agira   alors   de   montrer   en   quoi   on   peut  considérer  Facebook  comme  un  dispositif  de  surveillance,  et  en  quoi  cette  définition  n’est   que   parcellaire.   La   seconde   hypothèse   de   travail   consiste   à   penser   que   les  membres   du   réseau   Facebook   ne   sont   pas,   contrairement   à   ce   qu’on   peut   entendre  souvent,  des  voyeurs.  L’observation  et  la  veille  qu’ils  entretiennent  ont  des  objectifs  intrinsèques  qui  ne  sont  ni  «  malsains  »  ni  «  inutiles  »  :  il  s’agira  alors  de  déterminer  les  motivations  qui  poussent  à  produire  ce  regard  vers  les  autres,  qu’on  qualifiera  de  «  veille  ».   Enfin,   la   troisième   hypothèse   de   travail,   dans   la   lignée   de   la   seconde,  consiste   à   concevoir   les   membres   du   réseau   Facebook   non   plus   comme   des  exhibitionnistes  naïfs  qui  déballent  leur  vie  privée  inconsciemment,  gratuitement,  et  pour   le   plaisir   de   s’exhiber,   mais   comme   des   individus   dotés   d’autres   motivations,  perpétuellement   tiraillés   entre   un   besoin   de   participer   et   un   désir   de   vie   privée.   Il  s’agira  alors  d’en  définir  les  contours.  Enfin,  sur  un  plan  méthodologique,  nous  considérerons  les  Sciences  de  l’Information  et   de   la   Communication   comme   un   champ   disciplinaire   ouvert,   au   confluent   de  plusieurs   disciplines   comme   la   sociologie   ou   la   psychologie,   qui   apporteront   des  éclairages  à  cette  thématique.  Suite  à  de  nombreuses  lectures,  des  entretiens  ont  été  menés  avec  des  observateurs  assidus  d’Internet  et  de  Facebook,  afin  de  recueillir  leur  vision,   et   enfin,   des   entretiens   avec   des   utilisateurs   de   Facebook   ont   également   été  menés,  afin  d’éclaircir  certaines  zones  d’ombres  ou  de  relativiser  certains  propos.     9  
  10. 10. I  –  De  la  surveillance  à  la  sousveillance  Au   Royame-­‐Uni,   Facebook   serait   une   cause   de   divorce   invoquée   dans   20%   des   cas,  selon   un   cabinet   d’avocats.   L’information,   issue   du   quotidien   britannique   The  Telegraph10  a  fait  évidemment  grand  bruit,  et  le  chiffre  marquant  de  «  1  divorce  sur  5  »   est   resté   dans   les   mémoires.   Autre   exemple   marquant,   en   avril   2009,   une  employée  suisse,  qui  avait  demandé  un  congé  maladie  pour  soigner  ses  migraines  qui  l’empêchaient   de   travailler   devant   son   ordinateur,   a   été   licenciée   après   s’être  connecté   à   Facebook   durant   son   congé11.   La   Suissesse,   qui   a   reçu   l’invitation   d’une  personne   inconnue   à   faire   partie   de   son   réseau   quelques   jours   avant   son  licenciement,   et   qui   a   vu   cet   inconnu   quitter   sa   liste   d’   «  amis  »   juste   après  l’événement,   soupçonne   la   direction   de   son   entreprise   de   l’avoir   «  espionné  »   via   le  réseau.  Facebook   serait   alors   vu   comme   responsable   de   licenciements   et   de   divorces,  «  nouveau  Big  Brother  »12  qui  rend  impossible  la  préservation  de  sa  vie  privée,  et  qui,  surtout,   produit   voire   encourage   une   surveillance   généralisée,   comme   l’explique   le  sociologue   canadien   David   Lyon13.   Mais   qu’en   est-­‐il   vraiment  ?   Dans   quelle   mesure  peut-­‐on   (vraiment)   parler   de   surveillance   sur   Facebook  ?   C’est   ce   que   nous   allons  essayer  de  comprendre.   1) Un  nouveau  rapport  à  l’espace  et  au  temps  Avec   les   courriers   électroniques   ou   les   messageries   instantanées,   Internet   a  considérablement   réduit   la   dimension   temporelle,   nous   plongeant   dans   une   ère   de  l’instantanéité   potentielle.   En   donnant   la   possibilité   de   voir   différentes   régions   du  monde   (via   l’application   Google   Map   par   exemple)   ou   de   visiter   des   musées   depuis                                                                                                                  10  Source  :  http://www.telegraph.co.uk/technology/facebook/6857918/Facebook-­‐fuelling-­‐divorce-­‐research-­‐claims.html  11  Source  :  http://pro.01net.com/editorial/501674/licenciee-­‐pour-­‐avoir-­‐surfe-­‐sur-­‐facebook-­‐durant-­‐son-­‐conge-­‐maladie/  12  Selon  la  Une  du  magazine  Capital  de  mai  2011  :  «  Facebook  :  Jusqu’où  ira  le  nouveau  Big  Brother  ?  »  13  Pour  David  Lyon,  sociologue  canadien  spécialisé  dans  les  problèmes  liés  à  la  surveillance  et  à  la  protection  de  la  sphère  privée,  Facebook  est  un  «  redoutable  outil  de  surveillance  »  (Tribune  de  Genève  :  http://www.tdg.ch/actu/hi-­‐tech/Facebook-­‐sphere-­‐privee-­‐surveillance-­‐2010-­‐04-­‐25)     10  
  11. 11. chez   soi,   Internet   a   également   réduit   les   distances   spatiales.   C’est   l’idée   déjà   présente  chez   Marshall   McLuhan14   en   1967   de   la   constitution   d’un   «  village   global  »,   virtuel.  Facebook   incarne,   en   tant   que   dispositif   technique,   ces   imaginaires   de   facilité   d’accès,  de   gratuité,   de   transparence   et   de   communauté,   déjà   présents   dans   la   globalité  d’Internet.   La   caractérisation   du   site   en   «  réseau  »   ou   «  site   communautaire  »   en  révèle  les  contours.  A   l’instar   d’Internet   dans   son   ensemble,   Facebook   instaure   un   nouveau   rapport   à  l’espace   et   au   temps.   Un   rapport   qui   n’est   non   plus   linéaire   et   continu,   mais   qui   est  potentiellement   discontinu,   et   non   linéaire.   Cette   discontinuité   potentielle   est  impliquée   par   les   «  bifurcations  »   possibles   dans   le   parcours   de   l’utilisateur   de  Facebook.  La  non-­‐linéarité  revient,  quant  à  elle,  à  dire  qu’on  est  face  à  une  somme  de  fragments  non  ordonnés,  et  qu’il  n’y  a  pas  forcément  de  logiques  dans  la  lecture.  C’est,  de  façon  globale,  l’hypertexte  qu’on  est  ici  en  train  de  décrire.  Le  dispositif  Facebook  est  donc  d’abord  un  dispositif  hypertextuel.  Mais,   encore   plus   qu’Internet   dans   sa   globalité,   le   rapport   au   temps   et   à   l’espace  proposé   par   Facebook   est   troublant  :   il   permet   de   «  remonter  »   le   temps   et   l’espace.  Sur   Internet,   l’information   est   trouvée   soit   parce   qu’elle   est   recherchée,   soit   parce  qu’elle  est  populaire  (le  référencement  de  Google  domine  ainsi  la  vision  des  choses),  alors   qu’avec   Facebook   l’information   est   perpétuellement   enregistrée,   et   en  permanence  potentiellement  actualisable.  L’information  disponible  sur  Facebook  est  comme   indexée   à   toutes   sortes   de   noms,   de   relations,   d’événements,   etc.,   et   il   suffit  d’activer   ce   «  tri  »   pour   révéler   toutes   les   informations   au   sujet   d’une   personne,   ou  d’un  événement.  Ainsi,  en  cliquant  sur  le  nom  d’un  utilisateur  du  réseau,  on  est  placé  face   à   l’ensemble   de   ses   activités   plus   ou   moins   récentes,   classées   de   façon  chronologiques  :  qui  sont  ses  nouveaux  amis,  à  quels  événements  a-­‐t-­‐il  participé,  dans  quelles  photos  il  apparaît,  qu’a-­‐t-­‐il  commenté,  etc.  C’est  ce  qu’on  appelle  le  «  profil  »15  de   l’utilisateur,   sur   lequel   sont   concentrées   à   la   fois   les   informations   qu’il   a                                                                                                                  14  McLUHAN  Marshall,  The  Medium  Is  The  Message,  1967.  Attention  évidemment  à  ne  pas  faire  d’anachronisme,  McLuhan  parlait  des  effets  de  la  mondialisation  et  des  médias,  pas  d’Internet  qui  n’existait  pas  encore.  15  «  Profil  »  au  sens  large,  c’est  à  dire  pas  uniquement  ses  informations  personnelles     11  
  12. 12. «  donné16  »  sur  lui-­‐même  (date  de  naissance,  ville  d’origine,  situation  professionnelle  ou  sentimentale,  etc.),  et  à  la  fois  l’ensemble  des  activités  auxquelles  il  s’est  livré  sur  le  réseau   (ajout   de   contacts,   publications   diverses,   présence   dans   une   photo   ou   une  vidéo,  etc.)  ou  auxquelles  d’autres  se  sont  livrés,  mais  qui  le  concernent  directement  (message  publié  par  un  autre  sur  son  «  mur  »,  ou  statut  citant  le  nom  de  l’utilisateur  mais  publié  par  un  autre,  etc.).  En   cliquant   sur   le   nom   d’un   utilisateur,   on   a   donc   accès   à   son   «  profil  »,   et   ainsi   à  l’ensemble   de   ses   activités   sur   le   réseau.   Plus   besoin   de   chercher   les   informations,  celles-­‐ci   sont   livrées   par   l’outil   Facebook,   qui   procède   exactement   comme   un  documentaliste   qui   pourrait   sortir   toutes   les   sources   faisant   référence   à   un   auteur  particulier.   Facebook   étale,   presque   physiquement,   l’éventail   des   données   qui  concernent   un   utilisateur,   sur   un   simple   clic,   et   de   façon   chronologique.   Au   niveau  «  géographique  »,  Facebook  permet  également  de  suivre  les  traces  des  déplacements  des   utilisateurs,   en   leur   donnant   la   possibilité   de   se   géo-­‐localiser.   L’application  «  Places  »  du  site  permet  alors  de  dire  que  tel  utilisateur  s’est  trouvé  à  tel  endroit  à  tel  moment,   et   avec   telle   ou   telle   personne.   Là   encore,   plus   besoin   de   chercher   ces  informations,  l’outil  Facebook  les  révèle  à  l’ensemble  des  membres  du  réseau  :  sur  le  «  flux  d’actualité  »  (ou  «  newsfeed  »)  et  sur  le  «  profil  »  de  l’utilisateur,  où  l’ensemble  des  activités  sont  répertoriées.  On   peut   donc   dire   que   l’outil   Facebook   favorise,   parce   qu’il   constitue   un   nouveau  rapport  à  l’espace  et  au  temps,  la  surveillance  des  utilisateurs  entre  eux  :  autrement  dit,   Facebook   donne   les   clés   pour   prendre   connaissance   de   l’ensemble   des   traces  laissées  par  un  utilisateur.  On  peut  alors  imaginer  suivre  l’ensemble  des  activités  d’un  utilisateur,  via  son  «  profil  »,  et  ainsi  reconstituer  un  «  parcours  »,  et  un  «  discours  ».  C’est  l’idée  de  la  traçabilité  qui  est  derrière  :  on  pourrait  «  pister  »,  suivre  «  à  la  trace  »  un  individu  sur  le  réseau.  C’est  sans  doute  l’une  des  raisons  qui  ont  motivé  l’auteur  du  premier   «  portrait   Google  »,   édité   par   le   magazine   indépendant   «  Le   Tigre  »17   en  janvier   2009.   Ce   portrait   détaillé,   qui   a   connu   un   retentissement   médiatique                                                                                                                  16  Nous  reviendrons  un  peu  plus  loin  sur  cette  idée  du  «  don  »  d’information,  tout  à  fait  centrale  quand  on  veut  comprendre  ce  que  font  les  utilisateurs  sur  Facebook.  17  http://le-­‐tigre.net/Marc-­‐L     12  
  13. 13. important18,   a   été   établi   uniquement   à   l’aide   des   «  traces  »   et   indices   trouvées   sur  Internet   à   propos   d’un   individu.   YouTube,   Flickr,   et   évidemment   Facebook   ont   été  utilisés   pour   constituer   ce   «  portrait  »   de   celui   qui   est   appelé   Marc   L.   Ces   trois   sites  ont  comme  point  commun  d’obliger  l’utilisateur  à  laisser  des  traces  de  lui  même  pour  participer  :   Flickr   n’a   pas   d’intérêt   si   on   n’y   met   pas   de   photos,   YouTube   n’a   pas  d’intérêt   si   on   n’y   met   pas   de   vidéos.   Sur   ces   trois   sites,   les   informations   sont  facilement   accessibles,   mais   peu   compréhensibles   individuellement  :   c’est   le  recoupement   des   informations   entre   elles   qui   constitue   le   «  portrait  »   de   l’individu  qui  utilise  activement  ces  trois  sites.  Plus  que  les  deux  autres,  Facebook  est  celui  qui  favorise   le   plus   le   suivi   des   activités   des   utilisateurs   et   l’observation   des   «  traces  »  qu’ils  laissent19.  Enfin,   s’il   est   vrai   que   Facebook   facilite   ce   qu’on   appelle   le   «  stalking  »20,   il   peut  paraître   encore   plus   pertinent   de   dire   qu’il   l’encourage21.   Plusieurs   applications   ont  en  effet  fleuri  sur  le  réseau  Facebook,  pour  rappeler  à  chaque  utilisateur  les  activités  ou   publications   des   autres.   Prenons   quelques   exemples.   Lorsqu’on   consulte   un  «  album  »   photos   d’un   utilisateur,   plusieurs   albums   apparaissent   dans   la   colonne   de  droite   (sous   le   titre   «  les   photos   de   vos   amis  »),   renvoyant   aléatoirement   à   d’autres  albums   photos   où   apparaît   la   personne   dont   on   était   en   train   de   regarder   des   photos.  Ce   cas   est   très   courant,   et   devient   de   fait   très   ordinaire,   mais   incite   à   regarder  d’autres   photos,   et   à   s’aventurer   dans   le   parcours   hypertextuel   proposé   par   le  dispositif   Facebook.   Autre   exemple     d’application   :   les   «  memorable   stories  »22,   ces  anciens   statuts   ou  anciennes   photos,   qui   peuvent   apparaître   aléatoirement   sur   la  page   d’accueil   du   site   (toujours   dans   la   colonne   de   droite),   et   proposent   de  «  redécouvrir   les   anciens   statuts  »   ou   «  anciennes   photos  »   de   nos   contacts.   Ces  anciennes   activités   ont   deux   conséquences  :   la   première   c’est   qu’elles   donnent   des                                                                                                                  18  La  plupart  des  réactions  n’ont  d’ailleurs  pas  compris  la  portée  «  ludique  »  et  démonstrative  d’un  tel  portrait,  pour  y  critiquer  seulement  l’étalement  de  la  vie  privée  d’un  individu  qui  ne  l’avait  pas  demandé…  Lire  à  ce  titre  :  http://www.le-­‐tigre.net/Marc-­‐L-­‐Genese-­‐d-­‐un-­‐buzz-­‐mediatique.html  19  Les  «  traces  »  laissées  sur  Facebook  sont  par  ailleurs  de  plus  en  plus  nombreuses  et  de  plus  en  plus  complètes,  comparativement  à  des  sites  comme  YouTube  ou  Flickr.  20  Terme  anglais  dont  la  traduction  se  situe  entre  «  filature  »  et  «  espionnage  »  21  C’est  en  tout  cas  le  terme  utilisé  par  Vincent  Glad  dans  son  article  «  Peut-­‐on  savoir  qui  visite  son  profil  Facebook  ?  »,  sur  Slate.fr,  le  7  novembre  2010  22  http://reface.me/news/memorable-­‐stories-­‐facebook/     13  
  14. 14. informations   à   celui   qui   n’en   cherchait   pas   forcément,   et   la   seconde   c’est   qu’elles  incitent  à  en  apprendre  davantage,  et  à  aller  consulter  l’intégralité  de  l’album  d’où  est  tirée  la  photo  «  mémorable  ».  Le  dispositif  technique  de  Facebook  redéfinit  un  rapport  à  l’espace  et  au  temps  déjà  amorcé  par  Internet  de  façon  générale.  A  la  différence  de  la  vie  «  réelle  »,  où  une  fois  qu’un   fait   est   passé   il   est   impossible   de   l’observer   à   nouveau   sans   une   médiation  technique   (photographie,   film,   enregistrement   sonore,   etc.)   qui   suppose   déjà   une  possibilité   de   «  reconstruction  »   (montages,   trucages,   etc.),   sur   Facebook   il   semble  possible  d’observer,  voire  de  «  surveiller  »,  dans  le  temps  et  dans  l’espace,  les  activités  d’un   individu.   Et   avec   cela   l’idée   d’un   «   rattrapage  »   possible   de   ce   qu’on   a   manqué  parce  qu’on  faisait  autre  chose.  Si   Facebook  instaure  à  ce  point  un  nouveau  rapport  à  l’espace   et   au   temps   c’est   justement   parce   qu’il   permet   un   regard   qui   est  potentiellement   illimité   (spatialement   et   temporellement),   et   qui   de   plus   est  actualisable  (possibilité  d’un  regard  en  différé  sur  une  action),  grâce  à  la  compilation  automatique   des   données   que   le   dispositif   Facebook   permet.   C’est   justement   ce  constat   qui   fait   dire   à   certains   observateurs   que   Facebook   serait   un   dispositif  «  panoptique  »  moderne.   2) Un  dispositif  technique  «  panoptique  »  ?  L’évocation   du   terme   de   «  panoptisme  »   renvoie   aux   idées   liées   à   la   surveillance,  présentées   par   Michel   Foucault   dans   Surveiller   et   punir23.   L’auteur   y   aborde   la  thématique   de   la   surveillance   et   attire   l’attention   sur   le   modèle   du   Panopticon,  proposé   par   Jeremy   Bentham   à   la   fin   du   XVIIIème   siècle.   Il   y   a   dans   le   modèle   de  surveillance   décrit   par   Michel   Foucault   plusieurs   points   de   similitude   avec   ce   qu’on  peut   voir   couramment   de   Facebook,   mais   de   nombreux   points   de   dissonance   existent  entre   le   modèle   foucaldien   et   le   réseau   Facebook.   Il   conviendra   alors   d’en   éclaircir   les  contours.  Le   premier   point   de   convergence   dans   l’analyse   concerne   le   recueil   des   données  :  «  parmi  les  conditions  fondamentales  d’une  bonne  ‘‘discipline’’  aux  deux  sens  du  mot,  il  faut  mettre  les  procédés  d’écriture  qui  permettent  d’intégrer,  mais  sans  qu’elles  s’y                                                                                                                  23  FOUCAULT  Michel,  Surveiller  et  punir,  Gallimard,  1975     14  
  15. 15. perdent  les  données  individuelles  dans  des  systèmes  cumulatifs  ;  faire  en  sorte  qu’à  partir   de   n’importe   quel   registre   général   on   puisse   retrouver   un   individu  »,   nous  explique   Foucault24,   qui   poursuit   un   peu   plus   loin   sur   «  l’importance   décisive   des  petites  techniques  de  notation,  d’enregistrement  et  de  constitution  de  dossiers  ».  Sur  Facebook   le   recueil   et   l’enregistrement   des   données   ont   effectivement   une   place  centrale,   et   sont   portés   par   des   procédés   d’écriture   en   apparence   simples   («  X   est  désormais   ami   avec   Y  »,   «  Y   aime   le   commentaire   de   Z  »,   etc.),   et   automatisés.  L’écriture   systématique   de   chaque   opération   d’un   utilisateur   sur   Facebook   est   à   la  base   de   la   surveillance   potentielle   qui   peut   s’opérer   sur   le   réseau.   Et   ce   qui   fait  «  discipline  »  chez  Foucault,  c’est  précisément  le  fait  que  le  recours  à  ces  informations  soit   potentielle   :   «  non   plus   monument   pour   une   mémoire   future,   mais   document  pour  une  utilisation  éventuelle  ».  Mais,  cette  «  mise  en  écriture  des  existences  réelles  (…)  fonctionne  comme  procédure  d’objectivation  et  d’assujettissement  »25.  On  trouve  alors  ici  un  premier  point  de  dissonance  avec  l’utilisation  qui  est  faite  de  Facebook  :  dans  la  très  grande  majorité  des  cas,  la  «  surveillance  »  qui  est  faite  ne  fonctionne  pas  comme  «  procédure  d’assujettissement  »26.  Il  semble  donc  déjà  que  le  terme  même  de  surveillance,   au   sens   foucaldien,   n’apparaisse   pas   comme   étant   tout   à   fait   adaptée   à  l’utilisation  qui  est  faite  du  réseau  Facebook  par  ses  utilisateurs.  Nonobstant,  le  modèle  panoptique,  tel  qu’il  est  décrit  par  Foucault,  peut  trouver  des  similitudes   avec   le   dispositif   Facebook.   L’idée   du   Panopticon,   théorisée   par   Jeremy  Bentham   à   la   fin   du   XVIIIème   siècle,   proposait,   pour   des   prisons   mais   aussi   pour   des  ateliers,  des  hôpitaux,  des  casernes  ou  des  écoles,  un  modèle  de  surveillance  fondée  sur   un   bâtiment   circulaire,   divisé   en   cellules   isolées   les   unes   des   autres,   avec   au  centre  du  cercle  une  tour  centrale  où  l’on  place  un  surveillant.  Depuis  la  tour  centrale,  on  peut  tout  voir  sans  jamais  être  vu,  alors  que  dans  les  cellules  on  peut  toujours  être  vu  sans  jamais  voir.  Comme  l’écrit  Michel  Foucault,  c’est  «  une  machine  à  dissocier  le  couple   voir-­‐être   vu  »27.   Il   y   a   dans   ce   modèle   «  panoptique  »,   repris   par   Foucault,  plusieurs  points  intéressants  qui  permettent  de  le  rapprocher  d’un  dispositif  comme                                                                                                                  24  Ibid,  p.  224  25  Ibid,  p.  225  26  La  deuxième  partie  de  ce  travail  s’attachera  alors  à  comprendre  les  logiques  d’observation  réciproque  des  utilisateurs  de  Facebook  27  Ibid,  p.  235     15  
  16. 16. Facebook.   Le   premier   concerne   la   clôture   des   espaces.   Foucault   décrit   un   «  espace  clos,  découpé,  surveillé  en  tous  ses  points,  où  les  individus  sont  insérés  en  une  place  fixe,   où   les   moindres   mouvements   sont   contrôlés,   où   tous   les   événements   sont  enregistrés,  où  un  travail  ininterrompu  d’écriture  relie  le  centre  et  la  périphérie  »28,  qu’on  peut  rapprocher  du  réseau  Facebook,  à  plusieurs  niveaux  :   • le   dispositif   Facebook   se   définit   par   un   espace   clos   et   délimité,   celui   du   site   Internet   • cet   espace   est   découpé,   quadrillé,   à   la   fois   symboliquement,   en   donnant   à   chacun  son  «  profil  »  personnel,  mais  aussi  visuellement  puisque  la  ligne  et  le   quadrillage  sont  à  la  base  de  l’aspect  visuel  du  site  :  les  formes  rectangulaires   des   commentaires,   les   lignes   verticales   du   flux   d’actualité,   les   séparations   horizontales   des   différentes   actualités,   ou   encore   les   cadres   carrés   imposés   aux  photos…  Tout  ceci  participe  à  un  quadrillage  de  la  page  et  à  un  cadrage  du   regard,  et  délimite  ce  qu’il  faut  regarder   • la  plupart  des  actions  engagées  par  les  utilisateurs  de  Facebook  peuvent  être   vues   et   donc   «  surveillées   en   tout   point  ».   Les   «  moindres   mouvements  »   peuvent  être  contrôlés,  par  le  jeu  automatisé  d’écriture  des  actions  :  «  tous  les   éléments  sont  enregistrés  »  dans  un  «  travail  ininterrompu  d’écriture  ».  De  plus,  selon  Foucault,  l’intérêt  majeur  du  regard  panoptique  est  son  effet  potentiel  :  «  le   pouvoir   devait   être   visible   et   invérifiable  »29.   Et   de   préciser   «  visible   car   sans  cesse  le  détenu  aura  devant  les  yeux  la  haute  silhouette  de  la  tour  centrale  d’où  il   est  épié,  et  invérifiable  car  le  détenu  ne  doit  jamais  savoir  s’il  est  actuellement  regardé,  mais   il   doit   être   sûr   qu’il   peut   toujours   l’être  ».   Sur   Facebook,   de   la   même   façon,   on  sait   qu’on   peut   être   observé,   à   tout   moment,   et   que   chacune   de   nos   activités   va  pouvoir   potentiellement   être   vue   par   d’autres.   Mais   on   ne   sait   jamais   si   on   va   être   vu,  ni   quelles   parties   de   nos   activités   vont   être   perçues,   ni   à   quel   moment   on   va   l’être,  avec   l’idée   d’une   surveillance   a   posteriori,   ou   «  de   rattrapage  »,   comme   décrit  précédemment.  Sur  Facebook,  ce  qui  rend  l’idée  d’une  surveillance  panoptique  assez  pertinente,  c’est  l’amalgame   de   ces   différents   points  :   des   actions   potentiellement   toujours   visibles,                                                                                                                  28  Ibid,  p.  230  29  Ibid,  p.  235     16  
  17. 17. une  impossibilité  de  savoir  qui  regarde  et  à  quel  moment,  mais  une  mise  en  lumière  permanente  de  ces  actions  et  publications,  et  chacun  est  clairement  identifiable  dans  ce  dispositif,  grâce  à  un  ensemble  de  données  recueillies  et  compilées.  Mais,  là  où  on  peut  s’interroger  c’est  sur  la  place  de  l’individu  qui  est  observé.   Pour  Foucault,  le  surveillé  «  est  vu,  mais  ne  voit  pas  ;  objet  d’une  information,  jamais  sujet  dans  une  communication30  ».  Or,  justement,  c’est  toute  la  différence  entre  le  modèle  panoptique   et   Facebook   qui   est   présente   ici.   Sur   Facebook,   chaque   individu   est   à   la  fois  surveillant  et  surveillé.  Il  y  a  toujours  cette  dissociation  du  couple  «  voir-­‐être  vu  »,  mais   elle   n’est   jamais   définitive,   et,   toujours,   les   rôles   peuvent   s’inverser.   Par   ailleurs,  sur  Facebook  il  serait  évidemment  inexact  de  penser  qu’un  individu  peut  ne  pas  être  sujet   dans   une   communication   mais   n’être   qu’objet   d’observation.   Ce   qu’on   observe  sur   Facebook   ce   sont   justement   des   traces   laissées,   d’actions,   d’échanges   ou   de  relations.   Et   toutes   ces   traces   «  communiquent  »,   dans   l’acception   la   plus   simple   du  verbe   communiquer  :   mettre   en   commun.   Les   traces   laissées   sur   Facebook  communiquent,   en   ce   sens   qu’elles   résultent   d’actions   et   d’interactions   des   membres.  Les   individus   observés   sont   donc   autant   des   objets   d’information   que   des   sujets   de  communication.  On   s’en   rend   compte,   comparer   Facebook   à   un   dispositif   panoptique   semble   à   peu  près  aussi  évident  que  problématique.  De  la  même  façon,  le  terme  de  «  surveillance  »,  semble   également   mal   adapté   à   la   situation   propre   de   Facebook.   L’un   des   points  d’achoppement  peut  être  assez  simple  :  si  le  Panopticon  de  Bentham  prévoyait  un  seul  surveillant,   et   de   nombreux   surveillés,   le   Facebook   de   Zuckerberg31   fait   cohabiter   des  individus   qui   sont   tour   à   tour   surveillants   et   surveillés.   Ainsi,   sur   Facebook,   il   n’y   a  pas  un  surveillant,  mais  plusieurs.  Le  regard  n’est  plus  unidirectionnel  et  individuel,  il  est  mutualisé  et  réciproque.                                                                                                                  30  Ibid,  p.  234  31  Mark  Zuckerberg,  né  le  14  mai  1984,  est  le  co-­‐fondateur  et  PDG  de  Facebook     17  
  18. 18. 3) Un  regard  mutualisé  :  un  outil  de  «  sousveillance  »  On   l’a   vu,   parler   de   «  surveillance  »   ou   de   «  panoptisme  »   semble   assez   périlleux   dans  le   cas   de   Facebook,   car   on   peut   y   opposer   des   contradictions   théoriques   fortes.   De  même,  en  discutant  avec  des  utilisateurs  du  réseau  Facebook,  on  se  rend  rapidement  compte   que   le   terme   de   «  surveillance  »   les   gêne.   Même   s’il   est   parfois   difficile  d’expliquer   clairement   pourquoi,   le   mot   même   de   «  surveillance  »   pose   problème  dans   ce   qu’il   représente   et   suppose  :   un   suivi   régulier,   et   surtout   doté   d’un   objectif  précis  qui  se  rapprocherait  de  la  domination.  «  Tout  au  plus,  on  regarde,  on  s’informe,  mais  on  ne  surveille  pas  vraiment,  parce  que  finalement  ce  que  fait  l’autre,  on  s’en  moque  un  peu  »  m’explique  Gabriel32,  16  ans  et  déjà  200  contacts  sur  le  réseau.  «  En  fait,  c’est  juste  pour  se  tenir  au  courant,  savoir  qui  est  ami  avec  qui,  connaître  un  peu  les  potins  !  »  renchérit  Claire,  17  ans,  dont  le  réseau  Facebook  est  plus  restreint  (une  centaine  de  contacts).  Ainsi,  si  de  nombreuses  personnes   reconnaissent   consulter   régulièrement   les   profils   de   leurs   «  amis  »   sur   le  réseau,  peu  d’entre  eux  acceptent  l’étiquette  de  «  surveillant  ».  Parce  qu’ils  ne  font  pas  que  ça  ou  parce  qu’ils  cherchent  juste  à  s’informer,  à  «  se  tenir  au  courant  ».  Ainsi,  sur  Facebook,  le  regard  ne  viendrait  plus  «  d’en  haut  »  et  d’un  «  sur-­‐veillant  »,  mais  plutôt  «  d’en   bas  »,   et   donc   de   (plusieurs)   «  sous-­‐veillants  ».   Cette   «  sousveillance  »   serait  une   forme   de   surveillance   de   tous   par   tous,   où,   de   fait,   le   regard   n’est   plus   vertical  mais  horizontal.  Pour  marquer  ce  regard  «  par  en  dessous  »,  Jean-­‐Gabriel  Ganascia33  ne  parle  plus  de  Panopticon  mais  de  Catopticon34  (cata  signifiant  «  en  dessous  »,  «  en  bas   »,   comme   dans   «  catacombe  »   par   exemple).   Le   Catopticon   c’est   l’observation   de  tous  par  tous,  par  la  base.  Facebook   relèverait   donc   davantage   d’un   outil   de   «  sousveillance  »   plutôt   que   d’un  outil  de  «  surveillance  ».  Mais,  si  ce  terme  paraît  plus  à  même  de  décrire  les  usages  de  Facebook,   il   permet   également   d’élargir   la   sphère   d’analyse   de   cette   «  sousveillance  ».  Hubert   Guillaud   avance   l’idée   d’une   «  sensibilisation   ambiante  »,   c’est   à   dire   un                                                                                                                  32  Gabriel,  Claire,  puis  plus  loin  Etienne  et  Anna,  sont  quatre  jeunes  utilisateurs  de  Facebook,  à  qui  j’ai  posé  quelques  questions  sur  leurs  usages.  L’intégralité  de  leurs  réactions  figure  en  annexe  1.  33  GANASCIA  Jean-­‐Gabriel,  Voir  et  pouvoir,  Broché,  2009  34  http://www-­‐poleia.lip6.fr/~ganascia/Catopticon     18  
  19. 19. «  contact   en   ligne   incessant   qui   permet   d’avoir   toujours   un   œil   sur   l’humeur   d’un   ami  en   surveillant   la   moindre   de   ses   actions   en   ligne,   du   coin   de   l’œil  »35.   C’est   un   suivi  régulier  des  activités  des  autres  qui  est  ici  décrit,  une  activité  qu’on  pourrait  assimiler  à   une   «  veille  ».   En   soi,   les   éléments   récoltés   par   cette   veille   peuvent   sembler  insignifiants,   mais   assemblés,   ils   peuvent   donner   un   portrait   relativement  sophistiqué  :   c’est   exactement   le   cas   du   portrait   de   «  Marc   L.  »36,   présenté  précédemment.  Cette  veille,  ou  «  sousveillance  »,  relève  par  ailleurs  de  pratiques  tout  à  fait  ordinaires,  infra-­‐ordinaires   même,   pour   reprendre   Georges   Pérec37   qui   incite   à   «  interroger  l’habituel  ».  Il  convient  pour  Pérec  de  questionner  «  ce  qui  se  passe  chaque  jour  et  qui  revient   chaque   jour,   le   banal,   le   quotidien,   l’évident,   le   commun,   l’ordinaire,   l’infra-­‐ordinaire,   le   bruit   de   fond,   l’habituel  »,   et   justement,   Facebook   est   un   site   Internet   qui  fait  de  plus  en  plus  partie  du  quotidien  des  internautes,  et  la  plupart  des  pratiques  sur  Facebook  sont  infra-­‐ordinarisées,  en  ce  sens  qu’on  n’y  prête  plus  attention  tant  elles  se   sont   banalisées.   Il   convient   alors   de   chercher   à   «  abolir   l’évidence  »38,   et   de  comprendre   les   pratiques   auxquelles   on   ne   fait   plus   attention   –   et   qui   pourtant  relèvent  d’une  logique  de  sousveillance,  ou  de  veille  –  comme  de  choisir  de  regarder  les   «  publications   plus   anciennes   »39,   ou   de   consulter   les   nouvelles   photos   publiées  par  un  contact  et  dont  on  sait  très  bien  qu’elles  ne  nous  concernent  pas.  Une  grande  partie   des   activités   sur   Facebook   relève   de   pratiques   très   ordinaires,   presque  automatiques,   visant   à   «  se   tenir   au   courant  »,   quitte   à   suivre   «  les   détails   intimes   (…)  de   gens   en   périphérie   de   notre   réseau  »,   comme   le   souligne   Hubert   Guillaud40.  Symbole   de   cette   stratégie   de   petite   veille,   une   utilisation   régulière   du   réseau  Facebook,  et  un  parcours  de  lecture  initial  bien  réglé  :  «  quand  je  me  connecte,  je  fais                                                                                                                  35  GUILLAUD  Hubert,  «  Le  Nouveau  Monde  de  l’Intimité  Numérique  »,  sur  Internetactu.net,  15  septembre  2008  :  http://www.internetactu.net/2008/09/15/le-­‐nouveau-­‐monde-­‐de-­‐lintimite-­‐numerique/  36  http://le-­‐tigre.net/Marc-­‐L  37  PEREC  Georges,  «  L’infra-­‐ordinaire  »,  Le  Seuil,  1989  38  Selon  lexpression  utilisée  par  Yves  Jeanneret  et  Emmanuël  Souchier  dans  «  La  griffe,  la  fonction  et  le  mérite  :  cartes  de  visite  professionnelles  »,  Communication  et  Langages  n°125,  2000  39  Rappelons  que  «  Publication  plus  anciennes  »  est  le  bouton  qui  permet  d’élargir  le  spectre  des  actualités  sur  Facebook.  40  GUILLAUD  Hubert,  «  Le  Nouveau  Monde  de  l’Intimité  Numérique  »,  sur  Internetactu.net,  15  septembre  2008     19  
  20. 20. toujours   la   même   chose,   dans   le   même   ordre  :   je   commence   par   regarder   qui   est  connecté,   puis   je   parcours   le   fil   d’actualité,   en   affichant   les   publications   les   plus  anciennes,  pour  me  tenir  informé  de  tout  ce  qui  s’est  passé  depuis  que  je  suis  parti,  puis   je   commence   à   consulter   les   photos   ajoutées   récemment  »,   m’explique   Etienne,  près   de   150   contacts   sur   le   site.   Ce   qui   frappe   ici   c’est   une   utilisation   quasi   ritualisée,  ou   en   tout   cas   qui   procède   toujours   de   la   même   manière,   et   qui   a   pour   objectif   avoué  de   «  se   tenir   au   courant  »,   et   de   ne   rien   rater   d’important.   C’est   bien   ici   un   objectif  de  «  tout  voir  »  qui  est  décrit.  Ainsi,  on  serait  non  pas  en  présence  d’un  Big  Brother  qui  «  espionne  pour  maintenir  l’ordre,  consolider  ses  positions  et  éteindre  les  rebellions  éventuelles  »41,  mais  face  à  d’innombrables   «  Little   Sisters  »42   (ou   «  Little   Brothers  »   selon   les   textes)   qui  n’auraient  «  aucune  notion  très  claire  de  ce  qu’elles  cherchent  »,  précise  Xavier  de  la  Porte,  mais  qui  observent,  enregistrent  et  assemblent  en  permanence  les  traces  de  la  vie   des   autres.   En   soi,   rien   (ou   presque)   de   ce   qui   est   observé   n’est   essentiel   pris  individuellement,   mais   tout,   assemblé,   produit   du   sens,   et   de   la   connaissance   sur  l’autre.   On   pourrait   alors   rappeler   la   caractéristique   de   ce   qui   fait   un   média   social  :  chacun  y  est  à  la  fois  diffuseur  et  cible.  Chacun   y   est   donc   émetteur   et   récepteur   de  message,   et   la   réception   de   ce   message   ne   peut   se   faire   que   par   une   volonté   d’aller  «  saisir  »   l’information,   par   l’observation   systématique,   régulière   et   répétée,   des  autres.  L’idée   de   «  sousveillance  »   ne   s’applique   d’ailleurs   pas   qu’à   Facebook.   Pour   de  nombreux   auteurs,   comme   Jean-­‐Gabriel   Ganascia43,   nous   serions   entrés   dans   une  société   de   sousveillance   généralisée,   dont   Facebook   ne   serait   qu’un   volet,   mais  qu’Internet  en  général  aurait  conduit  à  imposer.  Des  sites  de  commerce  en  ligne  où  le  cross-­‐selling44   s’est   généralisé,   permettant   de   cartographier   nos   goûts,   aux   réseaux  communautaires   comme   LinkedIn   qui   invitent   à   «  scanner   votre   boite   mail   pour                                                                                                                  41  DE  LA  PORTE  Xavier,  «  Little  Brothers  contre  Big  Brother  »,  sur  Internetactu.net,  16  novembre  2010  42  GUILLAUD  Hubert,  «  De  Big  Brother  à  Little  Sister  »,  sur  Internetactu.net,  le  7  avril  2008  43  GANASCIA  Jean-­‐Gabriel,  Voir  et  pouvoir,  Broché,  2009  44  Pratique  marchande  de  plus  en  plus  courante  sur  Internet  visant  à  proposer  un  article  supplémentaire  en  complément,  ou  parce  que  «  ceux  qui  ont  aimé  ceci  ont  aussi  acheté  cela  »,  selon  la  formule  d’incitation  à  l’achat  la  plus  connue.     20  

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