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Nicolas Foureur
Sandrine Fournier
Marie Jauffret-Roustide
Vincent Labrouve
Xavier Pasqual
Guillemette Quatremère
Daniela Rojas Castro
Slam.
Mot anglais qui signifie « claquer ».
Il désigne l'injection de produits divers de
type psychostimulant, dans un contexte
sexuel. Le terme est utilisé par des
hommes gays.
Pourquoi une enquête sur le Slam ?
• 2011 – Pratique émergente « slam »
Injection de drogues chez les gays dans un contexte sexuel
• Phénomène qui interpelle différents acteurs de santé :
– Quelles sont les conséquences du slam sur la santé ?
– Dans quelles mesures et comment intervenir ?
• Une étude dont les objectifs sont :
 fournir une connaissance plus précise du slam
 cerner les enjeux de ce phénomène : déterminants de la
prise de risque
 identifier des demandes des personnes concernées afin de
proposer des moyens d’actions pour y répondre
Pourquoi une enquête sur le Slam ?
La méthodologie
• Le rapid assessment processs :
1. Approche inductive : on part du terrain
2. Entretiens / Focus groupes.
3. Echantillon varié et non représentatif.
4. L’équipe est composée par un insider et 5 chercheurs
de différent disciplines.
5. L’équipe mène toute l’enquête de manière collective.
• Comprendre la situation du point de vue des insiders.
• Bilan complet dans un temps court
• Comité de pilotage.
• 23 Informateurs interrogés entre juin et
juillet 2012 :
– 10 slameurs
– 4 ex-slameurs
– 3 « proches » de slameurs
– 6 personnes ressources (3 associatifs, 1 médecin et
2 addictologues)
Echantillon
Les résultats
I. Le phénomène slam
II. La pratique du slam
III. Les complications médicales et sociales
IV. Les demandes
I. Le phénomène slam
• Définition du slam par les usagers: quelque soit la
relation des usagers avec le slam, il est défini comme suit :
une injection intraveineuse…
… dans un contexte sexuel
… de produits divers de type psychostimulants
« Maintenant  c’est…  trouver  beaucoup  plus  de  sensations,  je  sais  pas 
comment  s’exprimer  quoi,  c’est  un  petit  plus,  un  jeu,  je  sais  pas.  Voilà  quoi 
c’est un jeu sexuel en fait, je définis ça comme ça. » (Bruno, 46 ans, VHC+, 
Paris)
I. Le phénomène slam
• Eléments de description des informateurs:
• Hommes, de 25 à 57 ans, résidant en IDF (9/14), socialement insérés.
• 9 VIH+ (dont 1 VHC+) ; 5 VIH- (dont 1 VHC+).
• Consommation d’autres produits psychoactifs en contextes festifs et/ou
sexuels.
• Pratiques sexuelles sans préservatif majoritaires, sexe en groupe et
fisting. La sexualité occupe une place centrale.
• Tension quand confrontés à leurs propres pratiques « d’injecteur » :
« Je suis tombé sur un site « junky » je sais plus trop quoi. Sur le coup ça nous 
avait amusés tous les deux en disant, on est des junkies. Mais ça nous avait fait 
beaucoup rire. […] Et d’un seul coup c’est là où il s’est bloqué il a dit, mais je 
suis devenu un junky. Ben je lui dis oui ! » (Jean, 48 ans, VIH+, Paris)
II. La pratique du slam
II. 1. Les produits consommés
• Les produits
• L’accès et le coût
• Le dosage
• Les effets des produits et la fréquence des
injections
« C’est  puissant.  On  part  tout  de  suite,  on  décolle  tout  de  suite,  c’est  pas 
facile  à  expliquer.  Alors  qu’en  snif,  ça  agit  plus  longuement ;  le  slam,  c’est 
injecté et on a de suite la sensation du produit quoi. » (Nathan, 57 ans, VIH+, 
VHC+, Loire-Atlantique)
II. La pratique du slam
II. 2. Le slam dans la durée
• L’initiation au slam
« Mon ami de Lyon, il fait ça mais nickel ! Il organise six mois à l’avance. Et là, je veux 
dire, c’était vraiment, préparé dans une petite coupelle etc. On avait vraiment chacun 
notre étiquette. Et moi j’ai apprécié la démarche que c’était nickel, qu’il y avait pas de 
souci,  etc.  Donc  j’ai  fait  confiance,  j’ai  vu  qu’ils  en  faisait  eux.  Enfin  voilà.  J’ai  voulu 
essayer. »  (Eric, 34 ans, VIH+, Bouches-du-Rhône)
• La deuxième prise
II. La pratique du slam
II. 2. Le slam dans la durée
• La gestion des consommations
« On a vu arriver Oui-Oui au pays des toxs » (Médecin)
• La perte de contrôle des consommations
« On a vraiment le truc, la succession, j’en prends pour baiser, après je baise 
pour en prendre, et après j’en prends tout seul à la maison. Et je baise plus du 
tout, et je fais plus grand-chose d’ailleurs. » (Médecin)
• L’arrêt des consommations
« Le  moment  où  j’ai  pris  conscience  que  je  devais  arrêter  de  faire  ça  c’est 
quand j’avais trop slamé seul, et mon cœur a failli lâcher. Là j’ai dit stop, et j’ai 
vu un spécialiste. » (Farid, 38 ans, Hérault)
II. La pratique du slam
II. 3. « Sex and slam »
• Description des effets en contexte sexuel
«J’ai juste eu envie d’être pénétré, et, en fait, il m’a fisté, il m’a fisté et j’ai trouvé super 
agréable. Je me sentais vraiment bien, enfin les sensations étaient très agréables, ça 
inhibe la douleur, et ça me détruit pas le plaisir au contraire. » (François, 32 ans, VIH+, 
Loire-Atlantique)
• Quand le slam remplace le sexe
 « Très vite au début ça a un aspect aphrodisiaque, excitant au début, mais très vite je 
trouve que le produit prend le pas et impose ses règles. Il impose sa montée, il impose 
quand  tout  le  monde  descend,  il  impose  quand  tout  le  monde  prépare,  et  en  fait 
finalement, on est plus dans l’acte sexuel, c’est le produit qui prend le dessus en fait. » 
(François, 32 ans, VIH+, Loire-Atlantique)
II. La pratique du slam
II. 4. Réduction des risques liés à l’injection
• L’initiation à l’injection et le maintien dans le statut
d’initié
« Moi au début justement je voulais pas le faire moi-même et pas être tenté de le faire moi-
même. » (Christophe, 39 ans, VIH+, Paris)
• Les stratégies de RdR durant les plans
« Après  ce  que  je  faisais,  c’est  quand  le  mec  venait  chez  moi  je  prenais  des  assiettes 
dépareillées et chacun son assiette. Style moi je me mets là, toi ton assiette elle sera là, elle 
bouge pas il y a tout ton matos dedans, moi mon matos il est là, etc. Donc pour moi il y avait 
pas d’échange de matériel. » (Pierre, 25 ans, VIH+, Paris)
II. La pratique du slam
II. 4. Réduction des risques liés à l’injection
• Les limites des stratégies mises en place
« Moi j’ai vu des trucs horribles ! En fin de soirée, il y a plus de produit, tu récupères en fait 
toutes les cuillères qu’il y a et je gratte quoi. Tu vois. Donc après je doute que le mec ne 
sache pas qu’il a l’hépatite C, il avait surement l’hépatite C, c’est pour ça, il a dû se dire je 
risque plus rien donc j’y vais. Donc tu veux rien lui dire parce que t’es défoncé, t’es en fin de 
plan,  t’es  fatigué  puis  te  dit  ça  se  fait  pas  trop  quand  même.  Donc  au  final  tu  fermes  ta 
gueule. » (Pierre, 25 ans, VIH+, Paris)
« Alors le problème pour AIDES par exemple, j’ai un exemple sur Nantes, ça m’oblige d’y 
aller pendant les horaires d’ouverture et demander explicitement ça à ce moment-là, donc je 
m’expose à quelqu'un visuellement. Et ça je peux pas le faire. » (François, 32 ans, VIH+, 
Loire-Atlantique)
III. Les complications
médicales et psychosociales
1. C. générales (e.g. amaigrissement, altération de l’état général).
2. C. diverses (e.g. fragilité de la peau et de la dentine, AVC).
3. C. liées à la pratique de l’injection (e.g. hématomes, abcès,
endocardites, septicémies).
4. C. neuropsychiatriques (e.g. photophobie, phonophobie, troubles du
sommeil, perte de la notion du temps, attaques de panique, délires).
5. C. liées à l’utilisation de stimulants érectiles ou de psychotropes ?
6. L’observance thérapeutique (VIH+) : à toute épreuve, décalée,
reléguée.
7. Prises de risques sexuelles : une véritable question?
8. Questions psychologiques ?
9. Retentissement social : au travail, ruptures, désocialisation
IV. Les demandes
• Les demandes en termes d’information et de
réduction des risques
• Apprentissage de l’injection (supports visuels ; Internet )
• Information quant aux effets et aux risques spécifiques des cathinones
• Accès facilité aux kits d’injection
• Internet : lieu d’information, échange…
• CAARUD « gay-friendly »
• Acteurs de RDR: transversalité
« Il y a des gens qui ne savent pas qu’il y a des précautions à prendre quand on fait des 
slams, qui ne savent pas slamer, qui le font dans des conditions catastrophiques. Il y en a 
qui s’échangent les seringues, il y en a qui n’ont aucune hygiène, il y  en a qui prennent de 
l’eau du robinet pour diluer ou qui mettent du… ce qu’on met pour les yeux ! […] Je pense 
qu’effectivement il y a un manque total d’information à ce niveau là. » (Jean,48 ans, VIH+, 
Paris)
IV. Les demandes
• Les demandes en termes de prise en charge
médicale
• Réduction de la discrimination et jugement moral
• Personnel soignant : connaissance de l’ existence de ces pratiques et
capacité d’orienter
• Ecoute et accompagnement
« Moi,  ce  qu’il  me  faudrait  c’est  un  médecin  traitant  avec  qui  parler  des  pratiques 
sexuelles, c’est aussi la prise de produits dans le cadre des pratiques sexuelles, ou pas ! 
Que ce soit quelqu’un qui connaisse un peu ou qui soit dedans, parce que si c’est pour 
tomber sur un médecin traitant qui te fait les gros yeux, le pire c’est le moralisant et le 
moins pire c’est qu’il connaît rien donc ça te fait pas avancer. Donc ce serait un médecin 
qui,  sur  ces  questions  là,  puisse  avoir  une  approche  un  peu  plus  globale  des  choses, 
puisse en parler, puisse orienter…» (Christophe, 39 ans, VIH+, Paris)
Perspectives
i. Diffusion ciblée de ces résultats
ii. Formation interdisciplinaire associant drogues et
sexualité
iii. Création sur internet d’espaces d’échanges dédiés entre
pairs
iv. Création de nouveaux centres de santé sexuelle
v. Renforcement de la prise en charge psychologique
adaptée a la question de la dépendance dans les
CSAPA
vi. Diffusion des résultats dans l’arène scientifique
Pour finir…
« On aura bientôt plus de gens qui 
vont  bosser  sur  le  slam,  que  de 
gens qui slament. » 
(Informateur associatif)
Merci beaucoup !
Contact:
Daniela Rojas Castro – Mission Innovation Recherche Expérimentation (MIRE)
drojas@aides.org
• Motivations à participer :
1. Prendre du recul sur leur pratique
2. Echanger sur le slam en l’absence d’autres interlocuteurs
3. Alerter sur les risques, notamment d’addiction, associés au slam.
« Une inquiétude je pense par rapport à des amis que j’ai vus commencer à 
slamer, et des besoins en termes d’approvisionnement du matériel, autour de 
l’habileté à s’injecter. J’ai vu des gens très rapidement se retrouver avec des 
abcès, se charcuter devant moi à l’hôtel, et aussi la vitesse à laquelle ça se 
propageait.  Je  me  suis  retrouvé  dans  des  situations  où  plusieurs  n’avaient 
jamais slamé et commençaient par prendre des slams pour accompagner très 
rapidement, et ont accroché pour certains. » (Marc, 45 ans, VIH+, Hérault )
Echantillon
I. Le phénomène slam
• Eléments pour apprécier l’ampleur et la distribution
géographique du slam.
• Ce n’était par notre objectif.
• Les cliniciens et les slameurs reportent une accélération
du nombre de slameurs…
…mais « à partir du moment où on a commencé à les voir, on a commencé 
à les chercher, et donc on les a trouvés » (médecin)
• D’après les informateurs de l’étude, si le nombre de
slameurs semble augmenter, le slam concerne une
population qui reste limitée.

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Le slam : consommation à risque et enjeux de la prévention

  • 1. Nicolas Foureur Sandrine Fournier Marie Jauffret-Roustide Vincent Labrouve Xavier Pasqual Guillemette Quatremère Daniela Rojas Castro Slam. Mot anglais qui signifie « claquer ». Il désigne l'injection de produits divers de type psychostimulant, dans un contexte sexuel. Le terme est utilisé par des hommes gays.
  • 2. Pourquoi une enquête sur le Slam ? • 2011 – Pratique émergente « slam » Injection de drogues chez les gays dans un contexte sexuel • Phénomène qui interpelle différents acteurs de santé : – Quelles sont les conséquences du slam sur la santé ? – Dans quelles mesures et comment intervenir ?
  • 3. • Une étude dont les objectifs sont :  fournir une connaissance plus précise du slam  cerner les enjeux de ce phénomène : déterminants de la prise de risque  identifier des demandes des personnes concernées afin de proposer des moyens d’actions pour y répondre Pourquoi une enquête sur le Slam ?
  • 4. La méthodologie • Le rapid assessment processs : 1. Approche inductive : on part du terrain 2. Entretiens / Focus groupes. 3. Echantillon varié et non représentatif. 4. L’équipe est composée par un insider et 5 chercheurs de différent disciplines. 5. L’équipe mène toute l’enquête de manière collective. • Comprendre la situation du point de vue des insiders. • Bilan complet dans un temps court • Comité de pilotage.
  • 5. • 23 Informateurs interrogés entre juin et juillet 2012 : – 10 slameurs – 4 ex-slameurs – 3 « proches » de slameurs – 6 personnes ressources (3 associatifs, 1 médecin et 2 addictologues) Echantillon
  • 6. Les résultats I. Le phénomène slam II. La pratique du slam III. Les complications médicales et sociales IV. Les demandes
  • 7. I. Le phénomène slam • Définition du slam par les usagers: quelque soit la relation des usagers avec le slam, il est défini comme suit : une injection intraveineuse… … dans un contexte sexuel … de produits divers de type psychostimulants « Maintenant  c’est…  trouver  beaucoup  plus  de  sensations,  je  sais  pas  comment  s’exprimer  quoi,  c’est  un  petit  plus,  un  jeu,  je  sais  pas.  Voilà  quoi  c’est un jeu sexuel en fait, je définis ça comme ça. » (Bruno, 46 ans, VHC+,  Paris)
  • 8. I. Le phénomène slam • Eléments de description des informateurs: • Hommes, de 25 à 57 ans, résidant en IDF (9/14), socialement insérés. • 9 VIH+ (dont 1 VHC+) ; 5 VIH- (dont 1 VHC+). • Consommation d’autres produits psychoactifs en contextes festifs et/ou sexuels. • Pratiques sexuelles sans préservatif majoritaires, sexe en groupe et fisting. La sexualité occupe une place centrale. • Tension quand confrontés à leurs propres pratiques « d’injecteur » : « Je suis tombé sur un site « junky » je sais plus trop quoi. Sur le coup ça nous  avait amusés tous les deux en disant, on est des junkies. Mais ça nous avait fait  beaucoup rire. […] Et d’un seul coup c’est là où il s’est bloqué il a dit, mais je  suis devenu un junky. Ben je lui dis oui ! » (Jean, 48 ans, VIH+, Paris)
  • 9. II. La pratique du slam II. 1. Les produits consommés • Les produits • L’accès et le coût • Le dosage • Les effets des produits et la fréquence des injections « C’est  puissant.  On  part  tout  de  suite,  on  décolle  tout  de  suite,  c’est  pas  facile  à  expliquer.  Alors  qu’en  snif,  ça  agit  plus  longuement ;  le  slam,  c’est  injecté et on a de suite la sensation du produit quoi. » (Nathan, 57 ans, VIH+,  VHC+, Loire-Atlantique)
  • 10. II. La pratique du slam II. 2. Le slam dans la durée • L’initiation au slam « Mon ami de Lyon, il fait ça mais nickel ! Il organise six mois à l’avance. Et là, je veux  dire, c’était vraiment, préparé dans une petite coupelle etc. On avait vraiment chacun  notre étiquette. Et moi j’ai apprécié la démarche que c’était nickel, qu’il y avait pas de  souci,  etc.  Donc  j’ai  fait  confiance,  j’ai  vu  qu’ils  en  faisait  eux.  Enfin  voilà.  J’ai  voulu  essayer. »  (Eric, 34 ans, VIH+, Bouches-du-Rhône) • La deuxième prise
  • 11. II. La pratique du slam II. 2. Le slam dans la durée • La gestion des consommations « On a vu arriver Oui-Oui au pays des toxs » (Médecin) • La perte de contrôle des consommations « On a vraiment le truc, la succession, j’en prends pour baiser, après je baise  pour en prendre, et après j’en prends tout seul à la maison. Et je baise plus du  tout, et je fais plus grand-chose d’ailleurs. » (Médecin) • L’arrêt des consommations « Le  moment  où  j’ai  pris  conscience  que  je  devais  arrêter  de  faire  ça  c’est  quand j’avais trop slamé seul, et mon cœur a failli lâcher. Là j’ai dit stop, et j’ai  vu un spécialiste. » (Farid, 38 ans, Hérault)
  • 12. II. La pratique du slam II. 3. « Sex and slam » • Description des effets en contexte sexuel «J’ai juste eu envie d’être pénétré, et, en fait, il m’a fisté, il m’a fisté et j’ai trouvé super  agréable. Je me sentais vraiment bien, enfin les sensations étaient très agréables, ça  inhibe la douleur, et ça me détruit pas le plaisir au contraire. » (François, 32 ans, VIH+,  Loire-Atlantique) • Quand le slam remplace le sexe  « Très vite au début ça a un aspect aphrodisiaque, excitant au début, mais très vite je  trouve que le produit prend le pas et impose ses règles. Il impose sa montée, il impose  quand  tout  le  monde  descend,  il  impose  quand  tout  le  monde  prépare,  et  en  fait  finalement, on est plus dans l’acte sexuel, c’est le produit qui prend le dessus en fait. »  (François, 32 ans, VIH+, Loire-Atlantique)
  • 13. II. La pratique du slam II. 4. Réduction des risques liés à l’injection • L’initiation à l’injection et le maintien dans le statut d’initié « Moi au début justement je voulais pas le faire moi-même et pas être tenté de le faire moi- même. » (Christophe, 39 ans, VIH+, Paris) • Les stratégies de RdR durant les plans « Après  ce  que  je  faisais,  c’est  quand  le  mec  venait  chez  moi  je  prenais  des  assiettes  dépareillées et chacun son assiette. Style moi je me mets là, toi ton assiette elle sera là, elle  bouge pas il y a tout ton matos dedans, moi mon matos il est là, etc. Donc pour moi il y avait  pas d’échange de matériel. » (Pierre, 25 ans, VIH+, Paris)
  • 14. II. La pratique du slam II. 4. Réduction des risques liés à l’injection • Les limites des stratégies mises en place « Moi j’ai vu des trucs horribles ! En fin de soirée, il y a plus de produit, tu récupères en fait  toutes les cuillères qu’il y a et je gratte quoi. Tu vois. Donc après je doute que le mec ne  sache pas qu’il a l’hépatite C, il avait surement l’hépatite C, c’est pour ça, il a dû se dire je  risque plus rien donc j’y vais. Donc tu veux rien lui dire parce que t’es défoncé, t’es en fin de  plan,  t’es  fatigué  puis  te  dit  ça  se  fait  pas  trop  quand  même.  Donc  au  final  tu  fermes  ta  gueule. » (Pierre, 25 ans, VIH+, Paris) « Alors le problème pour AIDES par exemple, j’ai un exemple sur Nantes, ça m’oblige d’y  aller pendant les horaires d’ouverture et demander explicitement ça à ce moment-là, donc je  m’expose à quelqu'un visuellement. Et ça je peux pas le faire. » (François, 32 ans, VIH+,  Loire-Atlantique)
  • 15. III. Les complications médicales et psychosociales 1. C. générales (e.g. amaigrissement, altération de l’état général). 2. C. diverses (e.g. fragilité de la peau et de la dentine, AVC). 3. C. liées à la pratique de l’injection (e.g. hématomes, abcès, endocardites, septicémies). 4. C. neuropsychiatriques (e.g. photophobie, phonophobie, troubles du sommeil, perte de la notion du temps, attaques de panique, délires). 5. C. liées à l’utilisation de stimulants érectiles ou de psychotropes ? 6. L’observance thérapeutique (VIH+) : à toute épreuve, décalée, reléguée. 7. Prises de risques sexuelles : une véritable question? 8. Questions psychologiques ? 9. Retentissement social : au travail, ruptures, désocialisation
  • 16. IV. Les demandes • Les demandes en termes d’information et de réduction des risques • Apprentissage de l’injection (supports visuels ; Internet ) • Information quant aux effets et aux risques spécifiques des cathinones • Accès facilité aux kits d’injection • Internet : lieu d’information, échange… • CAARUD « gay-friendly » • Acteurs de RDR: transversalité « Il y a des gens qui ne savent pas qu’il y a des précautions à prendre quand on fait des  slams, qui ne savent pas slamer, qui le font dans des conditions catastrophiques. Il y en a  qui s’échangent les seringues, il y en a qui n’ont aucune hygiène, il y  en a qui prennent de  l’eau du robinet pour diluer ou qui mettent du… ce qu’on met pour les yeux ! […] Je pense  qu’effectivement il y a un manque total d’information à ce niveau là. » (Jean,48 ans, VIH+,  Paris)
  • 17. IV. Les demandes • Les demandes en termes de prise en charge médicale • Réduction de la discrimination et jugement moral • Personnel soignant : connaissance de l’ existence de ces pratiques et capacité d’orienter • Ecoute et accompagnement « Moi,  ce  qu’il  me  faudrait  c’est  un  médecin  traitant  avec  qui  parler  des  pratiques  sexuelles, c’est aussi la prise de produits dans le cadre des pratiques sexuelles, ou pas !  Que ce soit quelqu’un qui connaisse un peu ou qui soit dedans, parce que si c’est pour  tomber sur un médecin traitant qui te fait les gros yeux, le pire c’est le moralisant et le  moins pire c’est qu’il connaît rien donc ça te fait pas avancer. Donc ce serait un médecin  qui,  sur  ces  questions  là,  puisse  avoir  une  approche  un  peu  plus  globale  des  choses,  puisse en parler, puisse orienter…» (Christophe, 39 ans, VIH+, Paris)
  • 18. Perspectives i. Diffusion ciblée de ces résultats ii. Formation interdisciplinaire associant drogues et sexualité iii. Création sur internet d’espaces d’échanges dédiés entre pairs iv. Création de nouveaux centres de santé sexuelle v. Renforcement de la prise en charge psychologique adaptée a la question de la dépendance dans les CSAPA vi. Diffusion des résultats dans l’arène scientifique
  • 19. Pour finir… « On aura bientôt plus de gens qui  vont  bosser  sur  le  slam,  que  de  gens qui slament. »  (Informateur associatif)
  • 20. Merci beaucoup ! Contact: Daniela Rojas Castro – Mission Innovation Recherche Expérimentation (MIRE) drojas@aides.org
  • 21. • Motivations à participer : 1. Prendre du recul sur leur pratique 2. Echanger sur le slam en l’absence d’autres interlocuteurs 3. Alerter sur les risques, notamment d’addiction, associés au slam. « Une inquiétude je pense par rapport à des amis que j’ai vus commencer à  slamer, et des besoins en termes d’approvisionnement du matériel, autour de  l’habileté à s’injecter. J’ai vu des gens très rapidement se retrouver avec des  abcès, se charcuter devant moi à l’hôtel, et aussi la vitesse à laquelle ça se  propageait.  Je  me  suis  retrouvé  dans  des  situations  où  plusieurs  n’avaient  jamais slamé et commençaient par prendre des slams pour accompagner très  rapidement, et ont accroché pour certains. » (Marc, 45 ans, VIH+, Hérault ) Echantillon
  • 22. I. Le phénomène slam • Eléments pour apprécier l’ampleur et la distribution géographique du slam. • Ce n’était par notre objectif. • Les cliniciens et les slameurs reportent une accélération du nombre de slameurs… …mais « à partir du moment où on a commencé à les voir, on a commencé  à les chercher, et donc on les a trouvés » (médecin) • D’après les informateurs de l’étude, si le nombre de slameurs semble augmenter, le slam concerne une population qui reste limitée.

Notes de l'éditeur

  1. Bonjour à toutes et à tous, Je voudrais d’abord remercier les organisateurs de cette rencontre pour l’invitation à présenter aujourd’hui les résultats d’une étude concernant le Slam, coordonnée par AIDES, en collaboration avec Sidaction, l’Inserm, et l’Association des médecins gays, et menée par toutes les personnes qui apparaissent sur cette diapositive.
  2. Pour cadrer la naissance de cette étude, il faut revenir deux ans en arrière, quand les acteurs de terrain ont commencé à partager ce qu’ils entendaient sur l’existence d’une pratique émergente chez les gays. Cette pratique, le slam, n’est pas nouvelle, mais elle mal connue et ce que les personnes mettaient derrière le mot slam n’était pas, à ce moment là, claire. Ainsi, dès qu’on demandait plus de précisions sur cette pratique, les choses n’étaient pas claires : parle-t-on toujours d’injection ou pas ? Le slam concerne-t-il que la consommation de méphédrone (et ses dérivées) ou aussi d’autres substances ? En revanche, ce qui était clair c’est le fait que les différents acteurs de la santé s’interrogeaient sur les conséquences potentielles du slam en termes de santé publique et sur la manière d’intervenir.
  3. Avant de se lancer dans une « réponse » à un phénomène, il est bien sûr nécessaire de savoir d’abord de quoi il s’agit, d’avoir une connaissance précise de ce phénomène, et de voir dans quelles mesures et comment une intervention devrait être réalisée. Or, à ce stade là, nous n’avions que les récits inquiets des personnes qui rencontraient des slameurs, mais pas les récits des slameurs eux-mêmes. Les acteurs rapportaient parfois des constats ambigus (par exemple, on entendait parler d’une augmentation critique des cas de VHC mais il n’y a eu aucune alerte de l’Invs). De plus, il s’agit d’un sujet qui devenait et devient à la mode, et qui se prête très facilement à décrire des situations horribles/sensationnelles qui peuvent cacher d’autres réalités possibles. Nous avons ainsi décidé de mieux connaître le slam en partant des témoignages des personnes concernées directement afin de atteint les trois objectifs présents sur la dispo : 1) Fournir une connaissance plus précise de ce que recouvre le terme slam, pour répondre aux incertitudes, aux questions et aux constats ambigus. 2) Appréhender les effets de cette pratique sur la vie des personnes, notamment le risque d’infection par le VIH et/ou le VHC ainsi que la survenue de complication de santé liées à l’injection. 3) Enfin, et suivant les principes de la démarche communautaire, il s’agissait d’identifier les demandes des personnes concernées afin de mettre en place, si nécessaire, des réponses associatives et/ou sanitaires adaptées à leurs besoins. Ainsi, on peut proposer des moyens d’actions pertinents et adéquats pour répondre aux besoins.
  4. Pour atteindre ces objectifs la méthode du rapid assessment process a été choisie. Il s’agit d’une méthode ethnographique, rarement utilisée en France et caractérisée pour les éléments ci-dessous : 1. D’abord on part du principe que les membres de l’équipe « ne connaissent rien » au sujet de la pratique : on part des éléments de terrain, du discours des personnes. Ainsi, on favorise la formulation des questions en évitant au maximum les « a priori » sur le sujet. 2. Le recueil d’information se fait sous la forme d’entretiens ou focus groupes (=entretiens collectifs) avec les membres du groupe de recherche (en fonction des envies et du confort des personnes interviewées). 3. L’échantillon cherche à être le plus varié possible. On ne cherche pas à avoir une représentativité mais une vision la plus globale possible; du coup, le recrutement s’arrête à partir du moment où l’information commence à devenir redondante. Concernant la constitution de l’équipe de recherche, deux choses méritent être soulignées : 4. D’abord, il est indispensable d’avoir un « insider » au sein de l’équipe. Cet insider, un slameur lui-même, participe tout au long de la recherche et il a le même poids que les autres membres. Il participe donc à la construction de la grille d’entretien, il mène les entretiens, il participe à l’analyse des résultats et à la rédaction du rapport. En deuxième lieu, il faut que l’équipe soit le plus hétérogène possible. Ainsi, il faut assurer la présence d’hommes et des femmes, de disciplines différentes, des sexualités différentes, mais avec un point en commun, que tous apportent une connaissance et une compétence dans le sujet à traiter. Notre équipe était donc formée par : un insider, une anthropologue, un dermato-vénérologue, une psychologue de la santé et deux chargés d’études économiques et sociales ayant travaillé soit sur la consommation des produits, soit sur le comportement sexuel chez les gays, soit les deux. 5. Pour finir, l’équipe mène tout le travail de l’enquête de manière collective. Tous les membres participent ainsi à toutes les étapes de l’étude (construction du grille, entretiens, lectures des entretiens, analyse et rédaction du rapport). Lors des entretiens, l’équipe n’était pas toujours au complet, allant de 2 interviewers à 3 interviewers/accompagnés de 2 observateurs, mais l’insider était toujours présent. En tout cas, et à notre avis, possiblement la questions la plus importante et la plus précieuse de cette méthode est : - qu’elle fait son mieux pour comprendre une situation du point de vue des insiders . Ce qui correspond aux valeurs de la recherche communautaire que nous défendons et pratiquons avec énergie. Il s’agit de partir des besoins des personnes pour répondre à leur besoins. Elle permet de faire un bilan multidmensionnel assez complet dans des délais courts. La présence de l’insider et d’une équipe multidisciplinaire assure ce résultat. Un comité de pilotage , constitué par des experts de la réduction de risques liés à la consommation de produits psychoactifs ainsi que de la réduction de risque sexuels a accompagné l’équipe de recherche tout long du projet. (Les membres de ce comité sont : Patrizia Carrieri Inserm U912), Jean-Marie Le Gall (AIDES), Laurent Michel (Inserm U669 et Centre Pierre Nicole, Croix rouge française), Régis Missonier (Hopital Tenon), Catherine Péquart (Association Charonne), Annie Velter (Institut de veille sanitaire).
  5. Nous avons interviewé 23 personnes : 10 slameurs, 4 ex-slameurs, qui ont une vision avec plus de recul sur leur (ancienne) pratique, 3 proches de slameurs, qui nous offrent une perspective assez détaillée de la pratique mais sous un angle différent, et 6 personnes ressources qui nous ont apporté leur expertise sur la pratique dans leur domaine d’activité. Le recrutement s’est fait : Par le réseau personnel de l’équipe de recherche Par le réseau AIDES Par le site BarebackZone (site Internet de rencontre gays)
  6. Les résultats seront présentés, comme vous pouvez lire, selon ces quatre parties.
  7. Quand l’équipe a posé la question de la définition, trois éléments caractérisant le slam ressortent : l’injection (dans les bras majoritairement), le cadre sexuel puis le type de produit utilisé (psychostimulant = produits qui stimulent les perceptions). Pour certaines des personnes interrogées, la pratique du slam est aussi une pratique sexuelle (verbatim).
  8. En ce qui concerne les points communs des slameurs interrogés : Par rapport à l’âge, nous avons interviewé des personnes âgés de 25 à 57 ans, la plupart socialement insérées (locataires ou propriétaires, avec un emploi, un réseau amical, parfois en couple) et résident majoritairement en Ile de France, même si des personnes de Montpellier, Perpignan, Nantes et d’autres villes ont participé à l’étude. La majorité est séropositive pour le VIH. Mais parmi les slameurs interviewés, il y a un nombre non négligeable de personnes séronégatives au VIH. Tous ont une carrière de consommation de produits plus ou moins importante en contextes festifs et/ou sexuels. La plupart déclarent des pratiques sexuelles sans préservatif, pratiquent le sexe en groupe, donnent à la sexualité une place centrale dans leurs vie. Le fist est une pratique courante. Au fur et à mesure de leur consommation, les slameurs sont confrontés à leurs propres pratiques d’injecteur, ce qui génère, comme on peut lire dans ce verbatim, des tensions. A l’aide de ces caractéristiques et de celles données sur les autres slameurs lors des récits, nous ne pouvons pas décrire un « profil type  » mais ces éléments semblent être globalement partagés par les slameurs.
  9. Concernant les produits consommés, les plus fréquemment cités sont des dérivés de la mephédrone (famille des cathinones). Les appellations sont diverses : 3MEC, 4MEC, 4P, 4MMC, Méthylone, Ardor, MDAI, MDPV et NRG3. La cocaïne, le crystal peuvent être aussi injectées. Peu d’information regardant le mélange des substances a été récoltée. Par rapport à l’accès aux cathinones, on peut dire qu’il est aisé (commande via Internet et livraison à domicile en 24 heures) ainsi que peu coûteux (20 euros le gramme, ce prix est dégressif en fonction de la quantité commandée). Le dosage du produit est en général effectué à l’oeil nu ou à l’aide d’instruments rudimentaires (objets confectionnées à partir de paille, bouchons en plastique…), seulement trois personnes déclarent utiliser une balance électronique. Lors de l’initiation les slameurs déclarent s’injecter une quantité « faible » avant d’augmenter progressivement les dosages lors des injections ultérieures. Les effets produits par les cathinones sont similaires à ceux des amphétamines, elles sont réputés provoquer une grande empathie et une perception accrue des sens. Selon les usagers, le désir et le plaisir sexuel sont intensifiées. De plus, la rapidité et la puissance de la « montée » sont très fortes et en font une spécificité de l’injections de cathinones (« la claque… »). Le craving , ce besoin impérieux de reprendre des produits, est particulièrement associé à l’injection des cathinones.
  10. Si on devait dessiner le chemin parcouru par les slameurs interviewés, on peut dire que la première expérience a toujours lieu dans un contexte sexuel à deux ou à plusieurs, dans un cadre privé (ce qui est le cas de tous les « plans slams ») et de confiance (hommes connus de l’usager). Ce qui apparaît comme un élément primordial pour se « lancer » à slamer, malgré les représentations négatives vis-à-vis de l’injection, c’est la sécurité que le cadre offre et surtout que l’initiateur offre. Ainsi, tous les usagers déclarent au début des entretiens que le cadre dans lequel l’injection se produit est « nickel », très propre, très professionnel, ça leur rappelle même l’hôpital… Or, on découvre au fur et à mesure de ce parcours que ce cadre idéal d’injection ne l’est pas pour la plupart des usagers. Nous avons constaté que la deuxième prise survient presque dans tous les cas 2 à 3 semaines après la première. La question d’apprendre à s’injecter se pose à nouveau à cette étape : certains ne souhaitent pas apprendre à injecter pour ne pas être tenté de consommer seul.
  11. Un autre point évoqué par tous les slameurs, était la difficulté à contrôler la consommation à un moment donné. Ça peut arriver plus tôt, ou plus tard, notamment après l’arrivée d’un événement, tel qu’une rupture amoureuse ou la perte d’un travail, qui va donner à la consommation une place plus importante dans la vie de la personne. On a pu constater que oui, il y a certaines personnes qui perdent le contrôle, mais il y en a aussi qui maîtrisent . Et c’est justement une vision lucide des risques d’addiction qui va favoriser cette maîtrise… Comme dans le cas d’autres produits, la structuration professionnelle joue aussi un rôle centrale à l’heure de maîtriser ou pas. Mais la difficulté à contrôler sa consommation est évoquée par tous les slameurs (et apparaît 4 à 8 semaines après le 1 er slam). Des stratégies de maîtrise peuvent être mises en place : ne pas apprendre à s’injecter, laisser les produits sur le lieu de travail... Finalement, parmi les personnes qui ont arrêté ou qui le souhaite, on trouve que cet arrêt se produit suite à plusieurs épisodes de vie négatifs comme ceux qui sont cités sur la diapo. L’arrêt se produit dans certains cas après la survenue de plusieurs épisodes indésirables (problèmes médicaux, arrêts de travail, ruptures, désocialisation).
  12. Par rapport au lien entre le sexe et le slam, on peut dire que le slam s’inscrit dans le continuum qui intègre la prise de produits en contexte sexuel. Les effets perçus et attendus de l’injection de cathinones sont semblables à ceux l’on sait être associés à d’autres mode d’usages. Ainsi, on trouve une intensification du désir, on est capable d’avoir de rapports sexuels avec des partenaires que a priori ne seraient pas désirés (e.g. personnes plus âgées) ou de réaliser des pratiques sexuelles qui ne font pas partie de leur répertoire (e.g. uro), une intensification des sensations, et une facilitation de la pénétration anale réceptive. Plus que d’autres usages associés aux contextes festifs et sexuels, il est parfois appréhendé comme une pratique sexuelle plutôt que comme un usage de psychoactifs, c’est un « trip sexuel » parmi d’autres. Comme je l’ai déjà dit, une spécificité du slam est la simultanéité des effets. Il favorise l’expression et l’échange verbale autour de fantasmes sexuels (e.g. faire une partouze avec des skinheads…). En tout cas, ce qui est sûr c’est que le slam est toujours lié au sexe, mais cela n’empêche pas que la fréquence des injections produise une diminution de l’activité sexuelle. Parfois, on trouve des personnes qui ne slament plus en groupe, mais qui slament seules c’est-à-dire qu’elles s’injectent et se masturbent (face à un film porno par exemple) ou ont une idée/fantasme sexuel quand elles s’injectent. De plus, comme cela a déjà été constaté avec d’autres types d’usages de psychoactifs systématiques associé à la sexualité, la difficulté à envisager une sexualité sans produit est évoquée.
  13. La pratique du slam vient interroger les stratégies de réductions des risques dans la mesure où elle concerne de manière concomitante l’injection de drogues et la sexualité, impliquant deux sphères habituellement séparées. Concernant l’initiation , on trouve qu’elle constitue un moment particulièrement à risque pour la transmission de l’hépatite C. Ces premières injections sont le plus souvent réalisées par des tiers plus expérimentés sans que l’usager n’ait réellement la maîtrise des stratégies de protection. Cependant le respect de certaines règles considérées comme « propres » en termes d’injection à moindre risque par les initiés a été mise en avant comme un élément décisif pour franchir le pas du premier slam. Un élément assez intéressant était la réticence de la plupart des usagers à apprendre à s’injecter comme moyen de se préserver d’une potentielle addiction mais qui, en revanche, les expose à un risque infectieux accru vu le déroulement des plans. Pour d’autres, apprendre à s’auto-injecter est justement la meilleure façon de se protéger et de prendre soins d’eux-mêmes (éviter les abcès notamment) Au fil des entretiens effectués il a été possible d’identifier quelques stratégies mises on œuvre par les usagers visant à limiter le risque, tels que l’utilisation de matériel stérile pour chaque injection, le marquage du matériel et de seringues et des stratégies alternatives comme la prise de produits par voie intra-rectale (sans utiliser l’aiguille). Notons que pour avoir du matériel neuf en quantité suffisante, les usagers doivent se confronter aux regards des pharmaciens ou du personnel des CAARUD (quand ils ont connaissance de ces dispositifs). Cela génère une tension entre l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et l’image du toxicomane. L’existence des Distribox est assez vite connue par les novices.
  14. L’intention de mettre en œuvre des stratégies de RdR peut décroitre au fur et à mesure du déroulement des plans. Lors des fins de plan, l’absence de matériel stérile n’est pas un frein dans la consommation. Le craving (besoin de reprendre du produit) et la volonté de poursuivre les injections jusqu’à l’épuisement du produit peut amener les slameurs à abandonner leurs stratégies de RdR. Ainsi, des épisodes de fins de soirée durant lesquelles des injections sont réalisées avec des seringues usagées ont été décrits. Un usager, respectant habituellement des règles de RdR peut aussi être amenée, dans une dynamique de groupe à accepter ponctuellement de ne pas se protéger au cours d’un plan slam. Par rapport au matériel, on observe que pendant le plan slam la question du partage ou de la réutilisation des seringues est identifiée comme une pratique à risque alors que la phase de préparation du produit et les risques liés au partage du petit matériel ne semblent pas l’être. Finalement, nous pouvons remarquer que l’acquisition d’informations sur la RdR s’effectue au cours de l’apprentissage de l’injection, internet étant un milieu privilégié d’information. En revanche, la démarche de contacter des associations (CAARUD) est plutôt rare : soit en raison d’une méconnaissance de ces dispositifs, soit à cause de l’image de toxicomanie associée aux dispositifs en question.
  15. Les complications médicales ont été demandées aux usagers interviewés. Comme vous pouvez le constater, nous ne trouvons pas de complications très différentes de celles qu’on retrouve dans d’autres types de consommation. Peut-être que seules les complications liées à la pratique d’injection pourraient avoir une place différenciée, dues au fait que pendant un plan slam, le nombre d’injections peut monter très vite à 30 ou 40, ce qui multiplie la probabilité des complications citées. 1.Les complications générales, sont semblables à celles habituellement associées à toute consommation excessive de psychoactifs. 2. et 3. Les complications diverses sont plutôt anecdotiques tandis que les complications directement liés à la pratique de l’injection sont sans doute les plus nombreuses et nous montrent que le risque infectieux est primordial. 4. Les complications neuropsychiatriques sont les plus difficiles à évaluer mais fréquentes. 5. D’éventuelles complications liées à l’utilisation de stimulants érectiles ou de psychotropes n’ont pas émergé lors des entretiens, ces substances sont pourtant utilisées. 6. L’observance thérapeutique chez les personnes séropositives sous traitement prend toutes les formes possibles, allant d’une observance « à toute épreuve » à la relégation. 7. La question des prises de risques sexuelles ont été peu mises en avant par les usagers, cela ne leur posait pas vraiment question, comme si le slam ne changeait rien à leurs comportement préexistants. 8. D’un point de vue psychologique de multiples questions se posent, mais les entretiens n’ayant pas été construits pour interroger ce versant, les éléments abordés ici sont partiels. Un mal être important a pu, quand même, être visible chez certains slameurs. 9. Finalement, au niveau social, il peut exister un absentéisme professionnel, mais d’autres événements tels des ruptures amoureuses ou de la désocialisation ont été reportés.
  16. Un des principaux objectifs de cette étude était d’identifier les demandes explicites et implicites des usagers. A notre avis, il y a deux véritables questions qui émergent : 1) ils souhaitent plus d’informations sur la pratique ; 2) ils veulent une meilleure prise en charge médicale. Par rapport au premier point, on retrouve une demande d’apprentissage d’injection , il s’agit sans doute de la demande la plus fréquente. Ce n’est pas étonnant si on se souvient du déroulement des plans slam, où les conditions « idéales » d’injection se dévoilent pas si idéales et en gardant en mémoire les complications médicales (abcès) chez les usagers. Cela favorise cette demande d’apprentissage des gestes de l’injection pour mieux prendre soin de soi. Pour cet apprentissage l’utilisation des vidéos et de dessins améliorés par rapport à ceux qu’on peut trouver dans les steribox est mis en avant. Il est reporté aussi une demande d’information concernant les cathinones . Les effets de la « descente », la compulsion à l’injection ou les effets négatifs sur l’organisme sont très méconnus. De plus, il faudrait un accès au matériel d’injection facilité, puisque aller dans des Caarud ou des pharmacies est difficile. De façon générale, toutes les personnes interrogées déclarent qu’ Internet , qui est le lieu de recrutement des partenaires sexuels et de l’achat des produits, et qui maintient une distance (anonymat), est le meilleur support pour la distribution d’information ainsi que pour la création des lieux d’échange entre slameurs. Concernant l’accès aux CAARUD, il est proposé la création d’un CAARUD gay ou gay friendly. Finalement, et comte-tenu du lien inextricable entre sexe et consommation de produits, certains usagers interrogent la spécialisation des acteurs de prévention , trop centrés soit dans la sexualité, soit dans la consommation des produits, sans tenir une vision plus transversale de ce deux questions.
  17. En ce qui concerne les demandes en termes de prise en charge médicale , nous avons entendu des cas de discrimination et de jugement moral ainsi que de déni de la pratique assez troublants. Ainsi, les usagers demandent une amélioration du niveau de connaissance des médecins par rapport à l’existence de ces pratiques, de cette façon ils seraient au moins en capacité d’orienter vers d’autres services spécialisés. Désemparés par le récit des slameurs, les soignants ne sont pas toujours en capacité d’écouter pour proposer des stratégies adaptées, l’injonction à l’arrêt étant le premier réflexe. Mais, les slameurs souhaitent avant tout un espace de parole afin de pouvoir être accompagnés dans leur pratique, un accompagnement qui peut prendre des formes différentes allant de la prévention à l’accompagnement à la désintoxication en passant par l’apprentissage de l’injection.
  18. A partir de l’ensemble des demandes identifiées sur le terrain, mais aussi à partir du dialogue avec différents acteurs associatif, on identifie quelques pistes de réflexion et d’action pour mieux répondre aux éventuels besoins liés à cette pratique, mais aussi plus largement à la consommation de produits psychoactifs associés à l’activité sexuelle : 1. Une diffusion ciblée de ces résultat afin d’attirer l’attention des soignants et des acteurs de prévention sur cette pratique et plus largement sur la consommation de produits psychoactifs en contexte sexuel. 2. Des nouvelles formations interdisciplinaires associant drogues et sexualité peuvent être proposés aux acteurs de prévention agissant auprès des gays et aux intervenant de la RdR. Les projets d’éducation liés à l’injection déjà existants (tels que AERLI/ERLI) pourraient ainsi intégrer un module sur l’usage de produits psychoactifs en contexte sexuel. 3. La création sur Internet d’espaces d’échanges dédiés entre pairs, incluant plus généralement la consommation de produits psychoactifs dans un contexte sexuel peut être envisagé. La diffusion d’informations spécifiques ciblant les slameurs, via internet, apparait également intéressante. 4. La création de nouveaux centres de santé sexuelle, répondant aux recommandations du plan de lutte national contre le sida 2010-2014 devrait être envisagé. Ces espaces semblent particulièrement adéquats pour accueillir les slameurs. 5. Renforcer dans certains CSAPA (Centre de soins et d’accompagnement et de prévention en addictologie) une prise en charge psychologique adaptée à la question de la dépendance aux produits et à la sexualité. 6. Pour finir, générer des publications et des interventions lors de congrès médicaux et en science sociales pour diffuser des informations précises sur le phénomène du slam en France, au-delà des articles sensationnalistes déjà parus sur cette question.
  19. Tout ça m’amène à cette dernière diapositive, où je voudrais qu’on se regarde nous-mêmes et qu’on revisite certaines questions, telles que la place du plaisir , ou telles que la place centrale inhérente aux normes sociales et morales dans tout cela. Il me semble qu’on s’intéresse de façon inégale à ces questions par rapport aux risques, aux dangers. Or, pour comprendre la consommation des produits, le plaisir et les normes externes mais aussi les normes intégrées chez les usagers peuvent nous expliquer plein des choses. Il serait aussi intéressant de s’interpeller sur l’énorme intérêt que cette pratique suscite quand d’autres populations vivant des difficultés similaires ne profitent pas du même investissement et inquiétude. S’agit-il d’une question d’inégalités sociales de santé ? En ce qui nous concerne, on a pu remarqué que parmi les personnes qui maîtrisent ou qui ont arrêté, ceux qui ont un meilleure statut, qui peuvent se payer une consultation privée chez un addictologue, chez un psy, s’en sortent mieux que ceux qui sont moins lotis… En tout cas, on espère que ces premiers éléments de recherche serviront à donner une réponse aux besoins des personnes concernées, et que l’échange entre les personnes concernées, les militants associatifs mobilisés et les chercheurs investis sur cette thématique assure la pertinence de la suite.
  20. Merci beaucoup pour votre attention
  21. Quand questionnés sur leurs motivations à participer, le fait de prendre du recul sur la pratique, l’envie d’échanger sur le slam dans un cadre différent, et alerter sur le potentiel risque d’addiction ont émergé comme les trois motivations principales. On a donc un potentiel biais : on entend que des personnes qui ont un peu de recul (et c’est sûrement le plus intéressant) sur leur pratique, et pas ceux qui sont encore en « lune de miel » avec le slam.
  22. La présente étude n’a pas vocation à déterminer le nombre de slameurs en France, ni leur répartition géographique. Elle peut tout au plus, sur la base de l’appréciation des usagers et des informateurs clefs interrogés, formuler quelques hypothèses. La majorité des personnes interrogées a été initiée au slam entre 2010 et 2012 et les cliniciens interviewés disent avoir rencontrés les premiers slameurs dans leur patientèle depuis deux ans également, avec une accélération du nombre de slameurs depuis fin 2011 - début 2012. Cela laisse à penser que le nombre de slameurs a augmenté avec l’arrivée de nouvelles drogues de synthèse étroitement associées à la pratique (contrairement aux slams de crystal ou de cocaïne plus anciens mais plus rares). Cependant, les cliniciens sont en contact avec une population bien particulière, celles de slameurs en difficultés et/ou en demande de conseils. Ce repérage dépend fortement des questions posées par les professionnels à leurs patients, puisque ces derniers sont nombreux à ne pas déclarer qu’ils slament. Quant à l’ampleur du phénomène, aucune donnée ne permet actuellement de quantifier le phénomène, mais d’après les informateurs de l’étude, si le nombre de slameurs semble augmenter, le slam concerne une population qui reste limitée. La présente étude n’a pas vocation à déterminer le nombre de slameurs en France, ni leur répartition géographique. Elle peut tout au plus, sur la base de l’appréciation des usagers et des informateurs clefs interrogés, formuler quelques hypothèses.