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Armes nucléaires. — 01. Les sept vices de la dissuasion nucléaire

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Le péril causé par les armes nucléaires
La dissuasion nucléaire française
L'inefficacité de l'arme nucléaire face aux dangers actuels
La prolifération des armes nucléaires
Les risques d'accident
L'improbabilité du désarmement nucléaire multilatéral


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  1. 1. Série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ 1 – Sous-série ‘Les armes nucléaires’ Diaporama n° 1 1 - Les sept vices de la dissuasion nucléaire Étienne Godinot 14.12.2022
  2. 2. Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle : un ensemble de trois sous-séries de diaporamas 1 – Abolir les armes nucléaires 2 – Développer l’intervention civile de paix 3 – Préparer une défense civile non-violente Rappel : ce diaporama fait partie de la sous-série 1 - ‘Abolir l’arme nucléaire’ qui fait elle-même partie de la série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ sur irnc.org
  3. 3. Abolir l’arme nucléaire : un ensemble de neuf diaporamas 1 - Les sept vices de la dissuasion nucléaire 2 - Pour un désarmement nucléaire de la France dans le cadre du TIAN 3 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - 1869-1925 4 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - de 1926 à 1945 5 - Figures de la résistance à l’arme nucléaire - depuis 1946 6 - Quelques personnalités qui ont remis ou remettent en cause la dissuasion nucléaire ou se posent des questions à son sujet 7 - La position de l’Église catholique et des Églises chrétiennes sur l’arme nucléaire 8 - Les combats non-violents pour le désarmement nucléaire en France. Rappel : ce diaporama fait partie de la sous-série 1 - ‘Abolir l’arme nucléaire’ qui fait elle-même partie de la série ‘Vers une politique de sécurité et de paix au XXIème siècle’ sur irnc.org
  4. 4. Le nucléaire civil … L’énergie nucléaire, sauf peut-être dans certains dévelop- pements en cours comme les réacteurs nucléaires à sels fondus de 4ème génération, est une énergie du passé : - Elle repose sur l’extraction d’uranium, une ressource minérale limitée (dont la France ne dispose d’ailleurs pas sur son territoire); - Elle est dangereuse (Three Misle Island, Tchernobyl, Fuku- shima; les centrales sont des cibles idéales en cas d’attaque étrangère ou terroriste); - Elle est ruineuse (corrosion-érosion de nombreux composants du circuit eau-vapeur; coûts réels très supérieurs aux coûts prévus, par ex. EPR ou ITER; coûts faramineux de démantè- lement des centrales, alors que les énergies renouvelables sont de moins en moins chères et que le stockage de l’énergie élec- trique progresse à grand pas, etc.); - C’est une fuite en avant : on ne sait pas quoi faire des déchets, sinon les enfouir et laisser ce cadeau empoisonné aux généra- tions futures.
  5. 5. …ne doit pas nous faire oublier le nucléaire militaire Mais Fukushima ne doit pas nous faire oublier Hiroshima : l’arme nucléaire est intrinsèquement immorale, elle est fabriquée à des fins de destruction, elle est infiniment plus dangereuse que l’énergie nucléaire. L’enjeu de l’arme nucléaire n’est pas d’abord militaire ; il est certes politique et culturel, mais il est en premier lieu philosophi- que et spirituel. Il est existentiel. Images : - Hiroshima (6 août 1945) - Nagasaki (9 août 1945) - La Tsar Bomba, bombe à hydrogène d’un équivalent de 57 mégatonnes de TNT, explosée en octobre 1961 au-dessus de l'archipel de la Nouvelle-Zemble dans l'Arctique russe, alors soviétique. Son énergie destructrice représente l'équivalent de 23 fois la puissance libérée par l'ensemble des explosifs largués sur l'Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, ou encore de 4 000 bombes atomiques du type de celle lancée sur Hiroshima .
  6. 6. La folie nucléaire L’arme nucléaire pose la question de la poursuite de l’aventure humaine. La menace de l’arme nucléaire, qui implique par elle-même le consentement au meurtre de millions d’innocents, est le reniement de toutes les valeurs qui constituent la civilisation. En anglais et en américain, dissuasion nucléaire se traduit par Mutual Assured Destruction, ou MAD. Le mot anglais mad signifie fou… Image : Hiroshima, 6 août 1945
  7. 7. Une arme politique… Les bombes atomiques ont été larguées sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945 par le Président états-unien Harry Truman davantage pour impressionner les Soviétiques que pour mettre fin à la guerre : les services secrets états-uniens avaient appris que l’empereur du Japon voulait capituler, l’Armée rouge s’apprêtait à déclencher son offensive en Mandchourie. Pour le général de Gaulle, l’arme atomique est surtout conçue comme l’instrument de la grandeur politique de la France*. Photo du haut : Little Boy ("Petit garcon", il fallait y penser !), bombe lancée sur Hiroshima. * NB : Certains affirment que la dissuasion nucléaire permet à la France d’être membre du Conseil de sécurité de l’ONU, mais à tort : La France était membre du Conseil de Sécurité (CS) dès 1946, bien avant d'avoir la bombe atomique. Il se trouve que les 5 membres permanents du CS détiennent l'arme nucléaire, mais la possession de l'arme nucléaire et le statut de membre du CS sont deux choses différentes et indépendantes. Le CS est d’ailleurs un vestige de la 2ème Guerre mondiale : il est anormal que l’Union Européenne ou l’Inde en soient absents, sans parler du Brésil ou de l’Indonésie, que l’Afrique n’y soit pas représentée, etc.
  8. 8. Emploi, menace de l’emploi Certes, par elle-même, la dissuasion n’est pas l’emploi, mais elle est l’emploi de la menace, et l’emploi de la menace comporte directement la menace de l’emploi. Dès lors que l’emploi de l’arme nucléaire serait un crime contre l’humanité, la menace de l’emploi est déjà criminelle. Dans un sous-marin nucléaire d’engins de nouvelle génération (SNLE.ng) comme Le Terrible où Emmanuel Macron s’est fait hélitreuiller peu après son élection, il est installé 16 missiles M51 chacun pouvant porter 6 têtes nucléaires TNO ayant chacune une puissance TNT 10 fois supérieure à celle de la bombe d'Hiroshima. Soit au total, en termes de puissance TNT, 16 x 6 x 10 = 960 bombes Hiroshima, soit plus de 150 millions de morts … Photo : SNLE Le Terrible
  9. 9. Une arme de dissuasion, faite pour ne pas être utilisée… Cependant, la menace de l’emploi veut être dissuasive, c’est-à-dire qu’elle a pour finalité de conduire l’agresseur potentiel à renoncer à décider d’attaquer ou de menacer nos « intérêts vitaux ».* L’intention de l’emploi semble perdre son caractère criminel, dès lors que l’objectif de celui qui l’exprime, c’est de ne pas avoir à passer à l’acte. La dissuasion nucléaire a été pensée à l’origine par les généraux Charles Ailleret, André Beaufre, Pierre-Marie Gallois et Lucien Poirier, surnommés "les quatre cavaliers de l’Apocalypse" (cette idée de destruction étant issue d’une mauvaise interprétation de l’Apocalypse de St Jean). Sacrée comme « la clé de voûte de notre défense », la dissuasion nucléaire fige la pensée stratégique française depuis plusieurs décennies. Le général Poirier, par exemple, disait qu’afficher du scepticisme sur la dissuasion nucléaire, c’est faire le jeu de l’adversaire. * « Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux.» Emmanuel Macron, 7 février 2020, devant des élèves officiers de l’École de Guerre,
  10. 10. Quelle rationalité ? « Mais c’est supposer que la rationalité domine les comporte- ments guerriers, ce qui est contredit en permanence par la réalité des guerres. Certes, il existe une part rationnelle dans les logiques guerrières. Mais celle-ci est subordonnée et le plus souvent débordée par une pression émotionnelle qui peut être au service de buts barbares. Ainsi la solution finale nazie était un modèle de rationalité managériale, tout comme le fut la construction des arsenaux nucléaires de tous les pays possesseurs de la bombe ». Patrick Viveret, philosophe, politologue, Conseiller honoraire à la Cour des Comptes Images : - La retraite de Russie (1812) et une colonne de prisonniers de guerre allemands après la chute de Stalingrad (février 1943). Hitler a commis la même erreur que Napoléon, qui n’a pas tenu compte du « général Hiver ». - La Shoah (1941-1945), imaginée par les dignitaires nazis lors de la conférence de Wannsee (20 janvier 1942) pour mettre au point l'organisation administrative, technique et économique de la « solution finale de la question juive »
  11. 11. La conscience tranquille… Puisque la bombe est faite pour ne pas servir, celui qui a le pouvoir de la déclencher a la conscience tranquille. Ni la méchanceté, ni la haine, qui alimentent d’ordinaire le désir du meurtre, n’animent la menace de l’emploi de l’arme nucléaire. Là se trouve le paradoxe de la dissua- sion nucléaire.
  12. 12. Pouvoir commettre le crime absolu Au cœur de ce paradoxe, il y a l’immoralité absolue de la possibilité et de l’intention de pouvoir commettre le crime absolu. Il est en outre totalement insensé de prendre, pour se défendre, le risque d’être détruit, et de voir transformer son pays en désert radioactif. Seuls l’aveuglement, l’irresponsabilité et l’inconscience peuvent expliquer l’accommodement qui unit les décideurs et les citoyens.
  13. 13. Les sept vices de la dissuasion nucléaire Sommaire 1 - Inefficace 2 - Dangereuse 3 - Illégale 4 - Antidémocratique 5 - Démobilisatrice 6 - Immorale 7 - Ruineuse
  14. 14. 1 - La dissuasion nucléaire est inefficace Sommaire - Une arme non crédible, car inutilisable - Les déclarations d’un ex-président de la République, Valéry Giscard d’Estaing - L’inefficacité de la dissuasion nucléaire : 7 exemples historiques - La non-agression de l’Europe depuis 75 ans grâce à la dissuasion nucléaire ? - La dissuasion nucléaire n’arrête pas le terrorisme - Des armes non seulement inutiles, mais nuisibles
  15. 15. Une arme non crédible, car inutilisable En réalité, cette arme est inutilisable - stratégiquement : son usage entrainerait des destructions mutuelles inouïes, - politiquement : l'utilisateur serait mis au ban de la communauté internationale et de son propre pays - ou de ce qu’il en resterait, - moralement : crime de guerre ou crime contre l’humanité selon l’importance des dégâts, - écologiquement : la radioactivité n'a pas de frontière, cf. Tchernobyl. Or une arme inutilisable ne peut avoir aucun effet dissuasif puisque l’agresseur potentiel sait qu’elle ne sera pas utilisée… La dissuasion nucléaire, c’est du… pipeau ! Image du haut : Tandem pour fiancés Tandem pour conjoints en instance de divorce (tirée du Catalogue des objets introuvables, car inutilisables)
  16. 16. Uniquement du bluff * Un ancien ambassadeur de France à la conférence du désarmement, Éric Danon (photo ci-dessus), a pu dire que l’arme nucléaire garantit la sécurité de la France comme une porte blindée garantit la sécurité d’un logement. En réalité, lui a répondu Dominique Lalanne, la dissuasion nucléaire n’est pas une porte blindée, c’est une porte grande ouverte avec, au-dessus de la porte, un panneau indiquant « Défense d’entrer, danger de mort ! ». Mais si un voleur ne croit pas à la menace de mort, il entre dans la maison… Non pas une sécurité… … mais une menace psychologique * Bluff : Parole, attitude qui cherche à impressionner en faisant illusion . Synonymes de bluff : boniment, bourrage de crâne, chantage, charlatanisme, chiqué, culot, épate, esbroufe, illusionnisme, intimidation, mystification, mythe, poker, rodomontade, tromperie, vantardise, vanterie..
  17. 17. La dissuasion nucléaire, non crédible Durant la Guerre froide, dans le scénario envisagé lors d’une confrontation armée avec l’Union Soviétique, l’emploi des armes nucléaires françaises contre les armées du Pacte de Varsovie n’aurait pas manqué de déclencher les représailles nucléaires massives de l’adversaire qui auraient provoqué la destruction de la France. La France était donc dissuadée de dissuader… Valéry Giscard d’Estaing, au sujet d’un scénario d’invasion massive des forces soviétiques en direction de l’Europe de l’Ouest durant la guerre froide, écrit dans ses Mémoires en 1992* : « Une conclusion se fait jour peu à peu : ni de loin, où je suis, ni sur le terrain, où se situent les responsables militaires, la décision d’employer l’arme nucléaire tactique n’apparaît opportune. ( …) Quoi qu’il arrive je ne prendrai jamais l’initiative d’un geste qui conduirait à l’anéantissement de la France. » * V. Giscard d’Estaing, Le pouvoir et la vie - T2 L’affrontement, Poche, p. 1965
  18. 18. L’interview de Valéry Giscard d’Estaing Dans une interview*, V. Giscard d’Estaing répond : « Moi je savais que je n’appuierais sans doute jamais sur le bouton nucléaire, pour une raison simple, qui a sa valeur : c’était la fin de la France ! Si on utilisait, nous, notre armement, ce serait contre les Russes qui évidemment riposteraient tout de suite et la France serait détruite. » Il est regrettable que cette déclaration soit intervenue plus de 30 ans après la fin de son mandat présidentiel, au cours duquel il a pourtant défendu la position gaullienne traditionnelle. C’est ainsi qu’en mars 1979, il déclarait à la télévision française : « Notre système nucléaire est un moyen qui a pour objet la sécurité ultime de la France. Si la décision appropriée à la sécurité de la France conduisait à appuyer sur le bouton de la force nucléaire, je le ferais. (…) » Comme le commente l’association ‘Initiatives pour le désarmement nucléaire’ (IDN), « l’État français, quoiqu’il continue de faire la sourde oreille aux appels au désarmement nucléaire, n’a jamais été dupe de ce coup de bluff bancal appelé dissuasion ». * https://www.youtube.com/watch?v=n6OtgP3CrcY&feature=youtu.be
  19. 19. Le passage à l’acte : inimaginable et irresponsable Il est facile d’élaborer en chambre et de proclamer sur une estrade une rhétorique vantant les mérites de la dissuasion nucléaire. Mais lorsque survient le moment du passage à l’acte, il apparaît clairement que la rhétorique n’a aucune prise sur la réalité. Les réflexions de V. Giscard d’Estaing montrent que le passage à l’acte est véritable- ment impensable, inconcevable, inimaginable, irréaliste et, surtout, qu’il serait irresponsable. On peut légitimement penser qu'Emmanuel Macron aurait la sagesse de son prédécesseur. Tout le monde sait cela pertinemment, y compris les agresseurs potentiels, si bien que la dissuasion est une vaste tragi-comédie (dange- reuse et ruineuse), un jeu psychologique entre chefs d’État qui tiennent en otage leurs populations. Photo du bas : E. Macron à bord du sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) ‘Le Terrible’ en juillet 2017, peu après son élection.
  20. 20. L’inefficacité de la dissuasion nucléaire : 7 exemples 1 - Le 24 juin 1948, alors que la future Allemagne de l’Est se trouve occupée par les Soviétiques et que trois puissances occi- dentales (États-Unis, Grande-Bretagne, France) sont présentes à Berlin au milieu de cette zone, l’arme nucléaire états-unienne ne dissuade pas l’URSS de bloquer les accès terrestres vers Berlin. C’est le début de la "guerre froide". La réponse occidentale est un pont aérien vers l’aéroport berlinois de Tempelhof destiné au ravitaillement de la population berlinoise de plus de 2 millions de personnes, jusqu’à ce que les Soviétiques lèvent le blocus sans contrepartie le 12 mai 1949. 2 - Le 25 novembre 1950, l’arme nucléaire états-unienne, pourtant installée sur l’île de Guam dans la mer des Philippines, ne dissuade pas la Chine de s’engager dans la guerre de Corée aux côtés de la Corée du Nord dirigée par un régime communiste. Photos : - Caricature de l’ours soviétique enserrant Berlin dans ses griffes. - Bataille du Chongchon en Corée du Nord (25 novembre au 2 décembre 1950) : les troupes chinoises envahissent une des positions de l'ONU. ../..
  21. 21. Inefficacité de la dissuasion nucléaire : 7 exemples 3 - L’Égypte attaque Israël en 1967 et en 1973 malgré l'arme nucléaire israélienne. 4 - Les armes nucléaires soviétiques et chinoises n’empêchent pas la guerre russo-chinoise de 1969 au sujet d'une île du fleuve Oussouri, l'île Zhenbao. De nos jours, la CIA et de nom- breux historiens estiment le bilan humain à 20 000 morts. 5 - l'Argentine ne craint pas l'arme nucléaire britannique en 1982 quand elle décide d’annexer les îles Malouines. Photo du milieu : l’île Zhenbao ../..
  22. 22. Inefficacité de la dissuasion nucléaire : 7 exemples 6 - Les armes nucléaires indiennes et pakistanaises n’empêchent pas les crises entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire, dont celle de Kargil, ("guerre des glaciers") en 1999, qui cause plus de 1 000 morts. 7 - la Russie dirigée par Vladimir Poutine n'a pas peur des armes nucléaires de l'Occident en 2014 quand elle phagocyte une partie du Donbass ukrainien, puis en 2022 quand elle agresse l’Ukraine*. Photo du haut : panorama de Kargil * Il convient toutefois de préciser que l'Ukraine n'est pas membre de l'OTAN. Certains affirment que si l'Ukraine avait conservé ses armes nucléaires au moment de la dissolution de l'URSS en déc. 1991, elle n'aurait pas subi d'agression russe en 2014 et en 2022. Cet argument ne tient pas, car l’Ukraine n’avait pas jusqu’en 1991 la maîtrise des armes nucléaires installées sur son territoire par l’URSS.
  23. 23. Le bouclier nucléaire protège… l’agresseur Comme l’écrit Leonidas Kalogeropoulos à propos de la guerre en Ukraine en 2022, « le bouclier nucléaire ne protège qu'un seul protagoniste : l'agresseur ! Loin d'empêcher l'attaque du faible par le fort, l'arme nucléaire ne dissuade que d'une chose : elle prohibe toute intervention de forces alliées pour venir en aide à la victime, dont nous sommes condamnés à assister impuissants à l'écrasement par les armes, sous peine de transformer une guerre territoriale en guerre mondiale. » Photos : - Le 13 octobre 2022, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, déclare à Bruges : « Toute attaque nucléaire contre l’Ukraine entraînera une réponse, pas une réponse nucléaire, mais une réponse militaire si puissante que l’armée russe sera anéantie ». - Léonidas Kalogeropoulos, consultant en affaires publiques, diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Paris, de l'Institut Français de Presse et titulaire d’une maîtrise de droit public, dirige le cabinet Médiation & Arguments. Il défend une approche éthique du monde des affaires au sein du mouvement patronal Ethic (Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance). Il est frappant de remarquer qu’en cas d’attaque russe sur des villes ou sites d’Ukraine par des armes nucléaires tactiques, l’Europe annonce - à juste titre - qu’elle réagirait par des armes conventionnelles. Cette annonce est une dissuasion beaucoup plus efficace envers V. Poutine (dont l’armée mesure cruellement l’efficacité des armes conven- tionnelles occidentales) qu’une menace de frappe nucléaire à laquelle il ne croit pas de la part de dirigeants humanistes et démocrates.
  24. 24. La non-agression de l’Europe depuis 75 ans grâce à la dissuasion nucléaire ? Contrairement à ce qu’on entend dire souvent, l'arme nucléaire n'a pas fait preuve de son efficacité depuis 75 ans : la preuve principale est qu'elle génère une course aux armements, et que certains États ont voulu ou veulent se doter de boucliers anti-missiles au cas où elle ne fonctionnerait pas... Expliquer par la dissuasion nucléaire l’absence d’agression de l’Europe depuis plus 75 ans est une affirmation gratuite qui ne repose sur aucune preuve*. « On ne peut attribuer une cause certaine à un événement qui ne s’est pas produit », écrit très justement le général B. Norlain. Imagine-t-on un physicien donner une explication à une absence de mouvement, ou un chimiste à une absence de réaction ? * Au moins jusqu’en 1974, le dispositif français de dissuasion nucléaire n’était pas techniquement opérationnel pour remplir la mission qui lui était assignée, et on sait maintenant que les services de renseignements états-uniens, britanniques et soviétiques le savaient parfaitement… La croyance à l’absence de guerre en Europe depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale à cause des armes nucléaires ressemble fort à la croyance de l’efficacité de la poudre anti- éléphants. Un homme dans le train entre Le Mans et Angers jette une poudre blanche par la fenêtre tous les 20 km. Une femme lui demande ce qu’il fait. - C’est une poudre pour éloigner les éléphants. - Mais, Monsieur, il n’y a pas d’éléphants d’ici ! - Bien sûr, Madame ! C’est grâce à ma poudre !
  25. 25. La non-agression de l’Europe depuis 75 ans : quelques explications On peut expliquer l'absence d'agression soviétique - par le souvenir cruel de la 2ème Guerre mondiale en Russie, - par le fait que le pouvoir communiste avait suffisamment à faire pour imposer sa domination en URSS, en Europe de l’Est, dans les pays musulmans, - par la solidarité politique et militaire des pays d'Europe, - par le rôle des organisations internationales (ONU, Union européenne, OSCE), par le travail des diplomates, - ou encore par l’interdépendance économique et culturelle croissante. D’autres même, comme l’historien Basil Liddell Hart, l’expliquent par la résistance civile qu'auraient opposée les nations européennes en cas d'agression par les troupes du Pacte de Varsovie et par la "contagion démocratique" qui aurait menacé la dictature communiste.
  26. 26. Les leçons de l’histoire Le mur de Berlin et le communisme n’ont pas été vaincus par les armes de l’Occident. Pour l’essentiel, ils se sont effondrés sous la pression de la résistance non-violente des femmes et des hommes des sociétés civiles de l’Est qui ont eu le courage de prendre les plus grands risques pour conquérir leur liberté. La dissuasion nucléaire occidentale n’a joué aucun rôle dans la chute de l’empire soviétique*. Photos : Vaclav Havel et la Charte 77 en Tchécoslovaquie Lech Walesa et Solidarnosc en Pologne Manifestation du 9 octobre 1989 à Leipzig, Allemagne de l’Est * sinon peut-être que l'escalade (militaire en général) a eu un coût colossal que l'URSS n'a pu continuer d'assumer, au détriment de ses services publics et de la population.
  27. 27. « Il n’y a pas de plan B ! » Lors d’un colloque*, un participant a posé à Jean-Claude Mallet (photo ci- dessus), conseiller spécial de Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, la question suivante : « Quel est le plan B en cas d’échec de la dissuasion ? ». La réponse de Jean-Claude Mallet est courte et a le mérite de la clarté : « Il n’y a pas de plan B ! ». Cela signifie en clair qu’en cas d’échec de la dissuasion nucléaire, la France serait soit sous la domination de l’adversaire qu’elle entendait dissuader et en tous cas ne serait pas en mesure de protéger ses "intérêts vitaux", soit victime d’une frappe nucléaire en réponse à la frappe française. Les théoriciens de la dissuasion n’imaginent même pas qu’elle puisse ne pas fonctionner, car cela reviendrait à remettre en cause sa pertinence… Le dogme de la dissuasion nucléaire paralyse notre réflexion sur nos réponses possibles en cas de crise. Une dissuasion sans plan B, c’est comme un navire sans canots de sauvetage, un hôpital sans groupe électrogène, un député sans suppléant… Qui sont les réalistes et qui sont les utopistes ? Qui sont les ‘bisounours’ ** ? * colloque « Résistance et dissuasion - Des origines du programme nucléaire français à nos jours » organisé à la ‘Bibliothèque Nationale de France’ le 5 octobre 2017. La question est de Dominique Lalanne. ** terme cher à Hubert Védrine pour désigner les partisans du désarmement nucléaire. Image : Le Titanic, réputé insubmersible… et dépourvu d’un nombre suffisant de canots de sauvetage.
  28. 28. « N'envisagez jamais d'utiliser une arme nucléaire » L’affirmation de Jean-Claude Nallet « Il n’y a pas de plan B ! » est toutefois contredite par un de ses excellents confrères, Bruno Tertrais, le « pape de la dissuasion », ex-chargé de mission auprès du directeur des Affaires stratégiques du ministère de la Défense, ex-membre de la commission du ‘Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale’ nommé par Nicolas Sarkozy, directeur adjoint de la ‘Fondation pour la recherche stratégique’ (FRS). « Mon propos était de dire que les armes nucléaires ne devraient jamais être considérées sur le plan technique. N'envisagez jamais d'utiliser une arme nucléaire car "il n'y a pas d'autre solution technique" pour détruire ou neutraliser une cible. Il y a toujours un moyen. »* Alors que la dissuasion est soi-disant « la clé de voûte » de notre défense, on reste confondu d’entendre un de ses grands théoriciens affirmer qu’il ne faut jamais envisager d’utiliser l’arme nucléaire … * Disarmament and Deterrence - Bridging the Divide : Q&A (questions and answers) EU Non-Proliferation and Disarmament Conference 2016 - Publication Fondation pour la recherche stratégique (FRS) : Désarmement et dissuasion - Combler le fossé, 3 novembre 2016
  29. 29. Se préparer pour la guerre : l’aveu d’échec de la dissuasion nucléaire La Revue nationale stratégique (RNS) 2022 décidée par le président Macron actualise des documents similaires de 2017 et 2021. Le retour d’un conflit armé « de haute intensité » sur le sol européen figure désormais en tête des menaces. Le document énumère les autres atteintes non militaires à la sécurité du pays et de la population déjà identifiées par le passé : « les conséquences de la prolifération, technologique ou autre, et la persistance de la menace terroriste », les « autres grands défis globaux susceptibles de nourrir des déséquilibres importants tels que les impacts du changement climatique (accès à l’eau, insécurité alimentaire, migrations, démographie, pandémies, etc.) », la « compétition de puissance » dans les « espaces communs (cyber, spatial, fonds marins et espaces aéromaritimes) », etc. Or, alors même qu’aucune de ces menaces n’est susceptible d’être contrée par l’arme nucléaire et avant même d’examiner les moyens les plus appropriés de répondre à ces défis, le document assène que « les fondamentaux demeurent » et que donc « la France est et restera une puissance dotée d’une dissuasion nucléaire robuste et crédible ».
  30. 30. Les contradictions de la doctrine française de défense Selon le document, il faut que la France devienne capable de « passer en économie de guerre, c’est-à-dire de s’organiser pour que l’industrie française puisse soutenir un effort de guerre dans la durée, en cas de nécessité. » Il s’agit donc de se préparer à la guerre alors que l’objectif stratégique affirmé de la dissuasion nucléaire « vise fondamenta- lement à empêcher une guerre majeure qui menacerait la survie de la Nation en protégeant la France contre toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux et contre toute tentative de chantage. » Autant dire que l’on ne fait pas réellement confiance à la dissuasion nucléaire, pourtant censée être « crédible », pour empêcher la guerre. C’est d’ailleurs déjà le cas dans la doctrine dite de « l’ultime avertissement », prévu pour « rétablir » la dissuasion donc au cas où elle échouerait… Au total, cette mise à jour de la stratégie de la France compte tenu du nouveau contexte international ne se traduit que par « la réaffir- mation de dogmes éculés et des contradictions constantes d’une politique de défense rendue impuissante par l’endormissement de l’esprit de défense imputable à la dissuasion nucléaire. »* * Marc Finaud, diplomate, vice-président de l’association ‘Initiatives pour le Désarmement Nucléaire’ (IDN),
  31. 31. La dissuasion nucléaire n’arrête pas le terrorisme La dissuasion nucléaire n’offre aucune défense contre les nombreuses attaques terroristes islamistes subies depuis des années par les pays occidentaux. Au contraire, il existe de réelles probabilités pour qu’un État nucléaire soit jugé comme un acteur majeur auquel incombe la responsabilité du désordre du monde et que, de ce fait, il soit jugé comme une cible potentielle par des groupes terroristes. Non seulement l’arme nucléaire est inopérante face au terrorisme, mais elle est, comme d’ailleurs les centrales nucléaires, une cible idéale des terroristes. Images : - L’attentat contre les Twin Towers à New York (2 septembre 2001) - Les victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo (7 janvier 2015) - Le camion du massacre sur la Promenade des Anglais à Nice (14 juillet 2016)
  32. 32. Des armes non seulement inutiles, mais nuisibles Les armes nucléaires ne servent à rien non plus - pour combattre le crime transnational, les paradis fiscaux, - pour prévenir les conflits ethniques et religieux, - face aux risques de la guerre cybernétique*, - et face aux risques de crise climatique, de crise énergétique et donc alimentaire**. Par les dépenses qu’elles occasionnent au détriment de causes vitales et urgentes (lutte contre la faim et les pandémies, misère, exclusion, analphabétisme, dépollution, etc.), elles engendrent l’instabilité et l’insécurité. * Guerre cybernétique : utilisation d'ordinateurs et d'Internet pour mener une guerre dans le cyberespace, c’est-à-dire dans l’univers d’information et le milieu de communi- cation lié à l’interconnexion mondiale des ordinateurs * 30 % des transports routiers sont affectés aux denrées alimentaires. En cas de grosse crise pétrolière, des famines urbaines sont probables…
  33. 33. 2 - La dissuasion nucléaire est dangereuse • à cause du stock d’armes et des risques de la prolifération : D’après le SIPRI*, il y a dans le monde, en 2021, environ 12 700 armes nucléaires en service, dont 1 800 à 2 000 en état d’alerte. C’est certes moins que les 70 000 armes nucléaires dans le monde dans les années 1990, mais c’est suffisant pour mettre fin à l’aventure humaine. La puissance de destruction moyenne de chacune étant d’environ 30 fois celle de la bombe d’Hiroshima, cela signifie que les États dotés d’armes nucléaires possèdent l’équivalent de 380 000 bombes d’Hiroshima. • et à cause des risques d’erreurs ou d’accidents. * SIPRI : Stockholm International Peace Research Institute
  34. 34. Le monde est une poudrière : 12 700 armes nucléaires possédées par 9 États
  35. 35. La menace nucléaire à l’occasion de crises Dans son livre La menace nucléaire - De Hiroshima à la crise ukrainienne (2022), l’historien Jean-Marc Le Page recense 29 épisodes aigus de menaces nucléaires, la plus grave étant la crise de Cuba (1962) entre l’Union soviétique et les États-Unis*. Il répertorie aussi les crises de prolifération et quelques accidents (aériens et sous-marins**) * mais aussi les crises avec évocation de la menace nucléaire : la guerre de Corée (1950-1953, entre la Corée du Sud, soutenue par les États-Unis, et la Corée du Nord, soutenue par la Chine), Dien Bien Phu (1954, entre le Vietnam et la France), Suez (1956, entre les Occidentaux et l’Égypte, soutenue par l’URSS), l’Oussouri (1969, guerre russo-chinoise au sujet d'une île du fleuve Oussouri, l'île Zhenbao), le Kippour (entre Israël et les pays arabes en 1973), le Cachemire (1999- 2003, ‘guerre des glaciers’ entre l’Inde et le Pakistan), le détroit de Formose (1994- 2022, entre la Chine et Taïwan, soutenue par les États-Unis), l’Iran (2001-2022, contre Israël, soutenu par les États-Unis), l’Ukraine (agressée par la Russie de V. Poutine en 2022, et soutenue par les Occidentaux,). ** notamment la disparition des sous-marins nucléaires USS Tresher (États- Unis,1963), K 129 (URSS, mars 1968), USS Scorpion (États-Unis, mai 1968), K-141 ‘Koursk’ (Russie, 2000) Photo du haut : l’USS Scorpion, disparu en mer en mai 1968, avec 99 marins à son bord et 2 torpilles nucléaires anti sous-marines.
  36. 36. Les risques d’accident Selon le journaliste états-unien Eric Schlosser, au moins 700 accidents ou incidents mettant en cause 1 250 armes nucléaires auraient eu lieu pour la seule période 1950-1968. Quelques exemples : - Le 23 janvier 1961, un bombardier B 52 de l’US Air Force laisse échapper ses deux bombes H au-dessus de Goldsboro, en Caroline du Nord. L’une d’elles (260 x Hiroshima) termine sa course dans les branches d’un arbre, son parachute déployé et ses mécanismes de sécurité désactivés. Seul un petit interrupteur à faible voltage permet d’éviter la catastrophe. Si la bombe avait explosé, les villes de Washington, Baltimore, Philadelphie et New-York auraient pu être touchées. Photo : L’accident de Goldsboro (1961)
  37. 37. Les risques d’accident : exemples en 1966 - Le 17 janvier 1966, deux avions se percutent au-dessus de la Méditerranée. Des quatre bombes H que transportait le B 52, trois sont retrouvées à terre près du village de Palomares en Andalousie. 2 sont détruites à l'impact au sol, dispersant environ 4,5 kg de plutonium sur 250 hectares. La 3ème bombe touche le sol et reste presque intacte. La 4ème, tombée dans la mer, est récupérée intacte après 2 mois et demi de recherches. - En juillet 1966, un bug se produit dans les transmissions électriques à cause d'un orage, et la plaquette "DG" (décollage de guerre), en noir sur rouge = immédiat, s’affiche dans l'escadron d'alerte. Un bombardier Mirage IV des ‘Forces aériennes stratégiques’ françaises décolle sur alerte, avec une arme nucléaire réelle, une bombe AN-21 de 1500 kg. Une fois l’erreur constatée, l’appareil est rappelé. Aucune procédure d’engage- ment de tir - et sans doute d’amorçage de l’arme - n’a été engagée. Images : Une des bombes de Palomarès retrouvée en mer Mirage IV de la Force aérienne stratégique
  38. 38. Les risques d’accident : exemples en 1977 et 1980 - En 1977, près de côtes du Kamchatka, un sous-marin soviétique K-171 (photo) largue accidentellement une ogive nucléaire. Après une fouille impliquant des douzaines de navires et avions, l'ogive est retrouvée. - Le 19 septembre 1980 à Damascus (Arkansas), sur le complexe de lancement 374-7 de la Little Rock Air Force Base, après une fuite accidentellement provoquée dans l'un de ses réservoirs de propergols, l’explosion détruit la porte de 700 tonnes censée protéger le missile Titan (photo) d’une attaque nucléaire soviétique, et projette dans les airs la tête thermonucléaire W-53, qui équipe alors le missile. Sa puissance explosive est de 600 bombes d’Hiroshima. Elle est retrouvée le lendemain à proximité ; ses dispositifs de sécurité ont empêché l'explosion nucléaire et l'émission de matières radioactives. Voici les noms de code des incidents et des accidents d'armes nucléaires par le Département de la Défense des États-Unis : - Nuke Flash (‘flash nucléaire’) : lancement accidentel et non autorisé d'une arme nucléaire créant un risque de guerre ; - Broken Arrow (‘flèche brisée’) : accident d'une arme nucléaire qui ne crée pas un risque de guerre ; - Bent Spear (‘lance pliée’) : incident significatif non catégorisé comme les deux premiers - Dull Sword ( ‘sabre émoussé’) : événement ou déficience sur une arme nucléaire non catégorisé comme incident, impliquant une arme nucléaire ou une ogive nucléaire, des composants nucléaires, ou véhicule transportant une arme nucléaire ; - Empty Quiver (‘carquois vide’) : saisie, vol ou perte d'une arme nucléaire états-unienne.
  39. 39. Les risques d’accident : exemples en 2009 et 2010 - Dans la nuit du 3 au 4 février 2009, collision à faible vitesse par grand fond entre deux sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, le britannique HMS Vanguard transportant 16 missiles nucléaires Trident, et le français Le Triomphant transportant lui aussi 16 missiles intercontinentaux M-45. Les technologies anti-sonar sont tellement sophistiquées qu'il n'est pas étonnant qu'aucun des deux submersibles n'ait vu l'autre, suggère le quotidien anglais The Sun… D’après le Daily Telegraph, le coût des réparations pour les deux sous-marins est estimé à 50 millions de £. - Un responsable du Pentagone révèle, le 27 octobre 2010, que l’armée américaine a perdu le contact, quatre jours plus tôt, pendant 45 minutes, avec 50 missiles nucléaires balistiques intercontinentaux d’une portée de 5 500 km. Une panne informatique est à l’origine de cet incident… (Le Monde daté du vdi 29 octobre 2010) Photos : Le Triomphant et missile balistique intercontinental dans son silo
  40. 40. La dangerosité n’est pas une vertu Certains partisans de la dissuasion nucléaire objectent que la dangerosité des armes nucléaires, loin d’être un problème, est une preuve de la crédibilité de la dissuasion : si les armes nucléaires font peur à des citoyens français, disent-il, elles font peur aussi à nos agresseurs potentiels, si bien que les opposants à l’arme nucléaire, en utilisant l’argument de la dangerosité, confortent involontairement la dissuasion qu’ils critiquent. Ces sophistes oublient simplement une différence essentielle : - la dissuasion est un dispositif volontaire, dont on ne sait d’ailleurs absolument pas s’il sera efficace, - alors que les accidents et les défaillances techniques ou humaines sont involontaires, mais bien réels. Photos du bas : Le colonel Stanislas Petrov, officier soviétique qui, suspectant une fausse alerte, à désobéi à une procédure. Grâce à sa perspicacité et à son bon sens, une guerre nucléaire a été évitée de justesse le 26 septembre 1983. En mémoire de cette date, l'Assem- blée générale de l’ONU, le 26 septembre 2013, proclame le 26 septembre ‘Journée internatio- nale pour l'élimination totale des armes nucléaires’.
  41. 41. « Un jour, la bombe partira sans qu’on sache pourquoi ! » « Un jour, la bombe partira sans qu’on sache pourquoi ! » a laissé échapper le général de Gaulle, premier des présidents de la Vème République française. Cette phrase est citée en 4ème page de couverture par Jean Toulat dans son livre La bombe ou la vie (Fayard, 1969.) Jean Toulat, ancien Résistant, prêtre et journaliste honnête, ne précise malheureusement pas où et quand le général a prononcé cette phrase. Probablement cela lui a-t-il été rapporté par un proche du général qu’il n’a pas pu citer. - Photo du haut : Le 14 septembre 1966, le général de Gaulle, en tenue spéciale anti- radiations, entouré d’Alain Peyrefitte, de Pierre Messmer et du général Pierre Billotte, assiste depuis la passerelle du croiseur ‘De Grasse’ à l'explosion de la troisième bombe nucléaire française dans le Pacifique. - Photo du bas : Le livre de Jean Toulat (1915-1994) La bombe ou la vie (1969), alors interdit dans les casernes
  42. 42. Le risque ne diminue pas, il ne fait que croître S’exprimant devant les services de renseignement le 27 juillet 2021, le président des États-Unis Joe Biden a eu ces mots : « Je pense qu’il est plus que probable que si nous finissons par une guerre – une vraie guerre contre une puissance majeure – ce soit la consé- quence d’une cyberintrusion de grande ampleur. » La croyance que la chance pourra se prolonger indéfiniment fait penser à cet homme qui tombe du 82ème étage d’un gratte-ciel, et qui au niveau du 3ème étage se rassure en constatant « Jusqu’ici, tout s’est bien passé ! » Le risque d’explosion d’armes nucléaires ou même de guerre nucléaire, déjà fort du fait de la prolifération, des défaillances techniques, des erreurs humaines, augmente aujourd’hui avec les risques d’attaque cybernétique contre les systèmes d’alerte ou de déclenchement. Beyza Unal et Patricia Lewis ont ainsi identifié 13 zones vulnérables aux cyber-risques, parmi lesquelles les différents systèmes de communication, les données télémétriques des missiles, les cyber-technologies dans les laboratoires et les installations d’assemblage, les informations météorologiques et de ciblage provenant de systèmes spatiaux ou de stations au sol, ou encore les systèmes autonomes robotisés dans l’infrastructure stratégique.
  43. 43. Le risque d’utilisation par des dirigeants déjantés ou paranoïaques Les menaces de guerre nucléaire proférées par le président des États-Unis Donald Trump contre la Corée du Nord en 2017, par le dictateur Vladimir Poutine en mars 2022 contre l’Europe si elle aidait l’Ukraine, ou par le dictateur nord-coréen Kim Jong-un en juillet 2022 contre la Corée du Sud et les États-Unis rappellent que l’abolition des armes nucléaires est une nécessité impérieuse, notamment pour qu'aucun respon- sable politique ou militaire, et en particulier des dirigeants déjantés ou paranoïaques, n'ait la possibilité d'en faire usage.
  44. 44. 3 - La dissuasion nucléaire est illégale 1) au regard du droit international Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), signé à l’ONU par les représentations diplomatiques de 122 pays en juillet 2017, est entré en vigueur le 22 janvier 2021. Il est devenu alors la norme du droit international. Les États parties au TIAN s'interdisent « la mise au point, l'essai, la production, le stockage, le transfert, l'utilisation et la menace de l'utilisation d'armes nucléaires, en raison des conséquences humanitaires catastrophiques qu’entraînerait leur utilisation ». Pour les États dotés d'armes nucléaires y adhérant, le TIAN prévoit un processus assorti d'un calendrier, conduisant à l'élimination vérifiée et irréversible de leur programme d'armes nucléaires. Certes, les 9 puissances nucléaires, non signataires, ne sont pas tenues de l’appliquer. Mais elles seront de plus en plus considérées comme des États irresponsables, par l’opinion publi- que internationale et par une grande partie de leur propre popu- lation. Photo du haut : La salle où le TIAN a été adopté à l’ONU en juillet 2017
  45. 45. La France perfectionne ses armements en violation du TICE et du TNP Le Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (TICE), signé par la France en 1998, vise l’interdiction universelle des essais nucléaires. Or la France poursuit au Barp (Gironde) le programme ‘Laser Mégajoule’ qui permettra d’atteindre en laboratoire des conditions thermo- dynamiques (densité, pression, température) similaires à celles rencontrées lors d’un essai nucléaire. Dans le cadre du traité franco-britannique ‘Teutatès’ signé en nov. 2010, le programme ‘Epure’ du site CEA-DAM de Valduc se réalise avec les Anglais en violation de l’article 6 du Traité de Non-Prolifération (TNP). Il a pour but d’installer un ensemble de 3 accélérateurs d’électrons pour radiographier l’explosion du premier étage des bombes nucléaires. Ce qui est grave au Barp et à Valduc, ce n’est pas seulement le gaspillage de l’argent public, c’est surtout la perversion de la science à des fins de destruction. Images : L’extension du site CEA-DAM de Valduc, l’installation Mégajoule’ au Barp
  46. 46. La mauvaise foi de la France De même, - le programme de construction de 60 missiles balistiques intercontinentaux M-51 destinés à remplacer les missiles M-45 de la Force océanique stratégique (FOST) - et le missile de croisière ASMP-A (Air Sol Moyenne Portée Amélioré) de la composante nucléaire aéroportée ne respectent ni l’esprit ni même la lettre de l’article 6 du TNP*, traité auquel la France a adhéré en 1992 (22 ans après l’avoir refusé). * « Chacune des Parties au Traité s'engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. » Images : Missile intercontinental M 51, missile de croisière ASPM-A
  47. 47. La dissuasion nucléaire est illégale 2 - au regard du règlement militaire français * « Le subordonné ne doit pas exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifes- tement illégal ou contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés et aux conventions internationales en vigueur en France ». Bulletin Officiel des Armées, décembre 2005, n° 45. Aujourd’hui, quelle est la crédibilité de la dissuasion nucléaire française, alors que le règlement militaire français* interdit aux militaires, et donc aux officiers de tir des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), d’obéir à des ordres contraires à la loi internationale et à la morale ? Le 8 juillet 1996, sur demande de l'AG de l'OMS et de l'AG de l’ONU, la Cour Internationale de Justice (La Haye), conclut que l'emploi des armes nucléaires est, en principe, illégal après avoir notamment constaté que ces armes sont « potentiellement d'une nature catastrophique », car leur « pouvoir destructeur ne peut être endigué ni dans l'espace ni dans le temps. Ces armes ont le pouvoir de détruire toute civilisation, ainsi que l'écosystème tout entier de la planète ».
  48. 48. Une discrimination inacceptable Le traité de non prolifération (TNP) introduit de manière discriminatoire un déséquilibre dans les rapports entre les États. Il exige que les États non-nucléaires renoncent à acquérir l’arme nucléaire alors même que les États nucléaires (USA, Russie, GB, France, Chine) n’ont pas renoncé à les posséder.
  49. 49. Une discrimination inacceptable Les États nucléaires qui ne n’ont pas signé le TNP (Inde, Israël, Pakistan) ne subissent pas la menace de sanctions. Corée du Nord, Arabie saoudite, Iran, Syrie possèdent ou peuvent posséder l’arme nucléaire. L’Allemagne*, le Japon, le Brésil, géants économi- ques et politiques, n’ont pas l’arme nucléaire. Le Brésil et l’Afrique du Sud y ont renoncé et ne s’en portent pas plus mal… * Toutefois, l’Allemagne, comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et la Turquie, accepte d’abriter des armes nucléaires états- uniennes dans le cadre de l’OTAN
  50. 50. 4 - La dissuasion nucléaire est antidémocratique Par sa structure même, la dissuasion nucléaire implique la démission des citoyen(ne)s qui abandonnent leur destin à la seule décision du Président de la République. Par les pouvoirs qu’elle confère au Chef d’État, l’arme nucléaire instaure de facto une monarchie absolue de droit divin qui écarte et éloigne le peuple de décisions qui concernent son existence. De même que Louis XIV, le Roi Soleil, disait : « L’État, c’est moi ! », François Mitterrand a pu dire : « La bombe atomique, c’est moi. » (1) Même si l’on doit se méfier des sondages et de la "sondocratie", une majorité des citoyens sont pour un désarmement nucléaire en France. 76 % des Français en 2018 étaient en faveur de l’engagement de la France dans un processus d’élimination des armes nucléaires (2). À la question : « Vous personnellement, pensez-vous que la France doive maintenant s’engager dans ce processus, c’est-à-dire signer et ratifier ce Traité d’interdiction des armes nucléaires », 67 % des Français répondent favorablement, soit plus des 2/3 de la population. 1 - Intervention de F. Mitterrand sur la politique de défense de la France, 5 mai 1994. 2 - Sondage IFOP du 4 juillet 2018 commandé par La Croix et le ‘Mouvement de la Paix’.
  51. 51. Un débat refusé Le débat sur l’arme et la dissuasion nucléaires est totalement étouffé en France. La séance parlementaire du 23 mai 2018 est révélatrice : Une sénatrice, Hélène Conway-Mouret (photo du haut), propose un débat national sur la question : « Il nous paraît opportun d’organiser un débat au niveau national sur cette question, afin d’informer et de sensibiliser nos concitoyens. Il ne s’agirait en aucun lieu d’un sondage ni même d’un référendum. Ce serait une occasion pour les Français d’être correctement informés et de s’approprier le thème du nucléaire militaire au travers d’un débat porté, par exem-ple, par les parlementaires. » Réponse du rapporteur, Christian Cambon, Président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat (photo du milieu) : « Un an après la campagne pour l’élection présidentielle, au cours de laquelle ce sujet a été abordé, j’ai le sentiment que le débat a été tranché. Il ne me paraît pas judicieux de le relancer, au risque de mettre ainsi à nouveau en lumière toutes les oppositions sur le sujet et de donner la parole à tous ceux qui souhaitent se manifester contre le nucléaire d’une manière générale. » Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État (photo du bas) : « Même avis : le Gouvernement demande le retrait de cet amendement. »
  52. 52. 5 - La dissuasion nucléaire est démobilisatrice Comme naguère la ligne Maginot face au nazisme, le risque principal de la dissuasion nucléaire, en la faisant reposer sur un seul homme, le chef de l’État, est de démobiliser la population au sujet de sa défense, et de la laisser complètement démunie en cas de crise ou d'agression, d'où qu'elle vienne. En décembre 1929, le ministre de la Guerre, André Maginot, présentait au Parlement son ‘projet de loi relatif à l'organisation défensive des frontières’. Plusieurs députés répon- dirent que la ‘Ligne Maginot’ coûterait très cher et n'offrirait aucune garantie contre les véritables risques encourus par le pays. Ainsi, Jean-Marie Thomas (SFIO, Saône-et- Loire) qui disait : « La France, c'est non seulement le territoire, mais peut-être aussi ceux qui vivent sur ce territoire. » À grands frais, on a construit jusqu'en 1936 sur les frontières Est et Nord-Est de la France un énorme système de fortifications, qui a contribué à démobiliser la population contre le risque réel que représentait le régime national-socialiste allemand. ../..
  53. 53. Le précédent de la ‘ligne Maginot’ La presse de 1939 proclamait le dogme sécuritaire de la ligne Maginot en affirmant son caractère infaillible. Mais, quelques mois plus tard, l'armée allemande contour- nait cette dissuasion illusoire, infligeait aux armées françaises une défaite éclair et occupait le territoire national. La défense militaire ayant échoué, et aucune défense civile n'ayant été préparée, la société française s'est retrouvée littéralement sans défense. Ne sachant que faire, la plupart des Français se sont alors résignés, à la suite des pouvoirs publics, à une collaboration qui a permis à l'agresseur d'occuper les institutions de la société politi- que et de les faire fonctionner à son propre service. Photos : - Ligne Maginot : fort de Schoenenboug - L’exode de 1940 - La collaboration de la police avec les Allemands : la rafle du Vel d’Hiv (16 juillet 1942)
  54. 54. 6 - La dissuasion nucléaire est immorale L’existence même de l’arme nucléaire consacre l’échec de toutes les morales, de toutes les philosophies, de toutes les spiritua- lités, de toutes les sagesses, de toutes les religions. Et cela même si l’arme nucléaire est destinée à ne pas être utilisée. Un terroriste exerce un chantage, il ne passe pas forcément à l’action. Albert Camus, dans Combat le 8 août 1945, écrit : « La civilisa- tion mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. (…) Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ». Le pape François déclare en novembre 2019 à Hiroshima : « L’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune. (…) La possession d’armes nucléaires est immorale. »
  55. 55. Un terrorisme d’État La logique de la dissuasion implique que les décideurs politiques soient fermement déterminés à passer à l’acte. La menace nucléaire s’apparente directement à la prise d’otage d’une population civile, à du terrorisme d’État*. Les idéologues ont construit une représentation irénique de la dissuasion nucléaire totalement éloignée de la réalité guer- rière de la menace des bombes nucléaires et de leur emploi potentiel. * L’État français a d’ailleurs commis un acte terroriste en juillet 1985, en coulant le Rainbow Warrior, navire-amiral de ‘Greenpeace’ qui s’apprêtait à protester contre les essais nucléaires à Mururoa : un mort, Fernando Pereira, une sérieuse crise diplomatique avec la Nouvelle-Zélande, un "bide" international, la démission du ministre de la Défense, d’énormes dédommagements à la Nouvelle-Zélande et à ‘Greenpeace’, etc. Le colonel chef du ‘Service Action’ de la DGSE chargé de cette opération a été élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur en 1995… Photos : 1) Essai de tir d’un missile balistique intercontinental; 3) L’attentat contre le Rainbow Warrior
  56. 56. Une double aliénation de l’homme moderne En réalité, la croyance dans l’arme nucléaire se fonde irrationnellement dans la confiance qui nous a été inculquée par la civilisation moderne dans la technique et dans l’État. Pour renoncer à la bombe, il faudrait que l’homme d’aujourd’hui ait le courage d’oser se libérer de cette double emprise qui le rend inconscient et irresponsable. En définitive, l’arme nucléaire est une idole, plus dange- reuse que les autres idoles contemporaines que sont le prestige, le gigantisme, l’obsession de la vitesse, l’avidité, la course infinie aux biens matériels en dépit des conséquences sur la planète, etc. Image du haut : Charlie Chaplin dans Les temps modernes (1936)
  57. 57. 7 - La dissuasion nucléaire est ruineuse Elle engloutit des sommes gigantesques, alors que les crédits manquent pour l’hôpital, l’éducation, la transition écologique. Le coût de l’arsenal nucléaire français de 1945 à 2010 est estimé à 228,67 milliards d’euros. (1) La France a effectué 210 essais nucléaires, dont 146 en Polynésie, et doit maintenant indemniser les victimes… Nos dirigeants ont décidé de moderniser la dissuasion nucléaire française dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) et de consacrer un effort budgétaire d'environ 25 milliards d'euros sur la période 2019-2023. Images - Les essais nucléaires à Reggane, dans le Sahara algérien, ont précédé les essais en galerie dans le Hoggar (1960-1966) - Les essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa, dans l’océan Pacifique (1966- 1996) - Le site Laser Mégajoule au Barp, en Gironde, où sont faites des simulations informatiques d’explosions nucléaires. (1) Brunot Barillot, Audit Atomique, ‘Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits’ (CRDPC) devenu L’Observatoire des armements.
  58. 58. Le poids des lobbys Derrière toutes ces décisions se profile l’emprise des lobbies de l’industrie d’armement sur les décideurs politiques. Les liens forts entre la ‘Direction Générale de l’Armement’ (DGA - ingénieurs à statut militaire), premier investisseur de l’État, et les entreprises de défense permettent de parler à juste titre de complexe militaro-industriel. Paul Quilès, alors que les dirigeants états-unien songeaient à l’Initiative de défense stratégique (IDS : missiles anti-missiles, "guerre des étoiles") a écrit dans Le Monde que l’IDS coûterait très cher et ne servirait à rien. Jean-Luc Lagardère, dirigeant de Matra, lui a reproché cette tribune : « Vous allez nous faire perdre d’énormes contrats ! » Le général et Président des États-Unis Dwight Eisenhower (1890-1969) est le plus célèbre des militaires et des hommes politiques à avoir dénoncé le « complexe militaro-industriel », qu’il faudrait appeler plutôt complexe militaro-scientifico-industriel. Son discours télévisé de fin de mandat, prononcé le 17 janvier 1961, reste connu sous le nom de Military-Industrial Complex Speech : « Dans les conseils du gouvernement, nous devons prendre garde à l'acquisition d'une influence illégitime, qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe et persistera. »
  59. 59. La mentalité nucléaire Le plus grave, et donc le plus inquiétant, c’est le triomphe de la mentalité nucléaire qui inhibe la conscience des citoyens. Ceux-ci ont perdu toute faculté d’indignation devant le fait que l’ingéniosité de l’homme se pervertit dans la fabrication d’armes de destruction massive. Notre pays a besoin de nombreux lanceurs d’alerte pour rompre cette compromission et ce silence. Selon l’article 6 de la ‘loi Sapin II’ du 9 décembre 2016, “Un lanceur d’alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désin- téressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d’un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d’un acte unilatéral d’une organisation internationale pris sur le fondement d’un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice grave pour l’intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance”.
  60. 60. La défaite de la raison et de l’intelligence L’existence même de l’arme nucléaire consacre l’échec de toutes les morales, de toutes les philosophies, de toutes les spiritualités, de toutes les sagesses, de toutes les religions. La dissuasion nucléaire est la défaite de la raison, la défaite de la pensée, la défaite de l’intelligence. Images - Albert Einstein : « Si j’avais su, je me serais fait plombier ! » - Mohandas Gandhi : « J’affirme que celui qui a inventé la bombe atomique a commis la plus grande faute dans le domaine de la science »
  61. 61. Abolir les armes les plus immorales et dangereuses Les armes nucléaires seront abolies un jour - le plus vite possible sera le mieux. Les armes de destruction massive ou les armes les plus immorales sont interdites par la communauté internationale et peu à peu abolies : - les armes biologiques (avril 1972) - les armes chimiques (Paris, janvier 1993) - les mines antipersonnel (Ottawa, déc. 1997) - les armes à sous-munitions (Oslo, déc. 2008) - les armes nucléaires (TIAN, janvier 2021).
  62. 62. Et la menace iranienne ? Et la bombe nord-coréenne ? Certains pourront dire : la dissuasion nucléaire nous met à l’abri des armes nucléaires (existantes, supposées ou à venir) de pays non démocratiques, tels que l’Iran (qui n’en a pas) et la Corée du Nord. La réponse tient en 2 points : 1 - Les bombes des pays démocratiques ne dissuadent pas ces dirigeants de s’armer, puisqu’ils le font ou menacent de le faire… On n’imagine pas une menace de frappe, nucléaire ou non, pour obliger ces pays à arrêter leurs programmes d’armement et de recherche. 2 - Au contraire, les bombes atomiques des pays démocratiques donnent un argument majeur aux dictateurs : « Pourquoi, si l’arme nucléaire est nécessaire à la sécurité de votre pays, n’aurions-nous pas le droit de nous en doter nous aussi ? ». Le seul langage crédible est celui de l’exemplarité. ■ Photos : - Mahmoud Ahmadinejad (Iran, dictature islamique) - Kim Jong-un (Corée du Nord, monarchie stalinienne)

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