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Trombinoscope historique de la non-violence
1-
Précurseurs de la non-violence
jusqu’à Gandhi
Étienne Godinot .15.08.2022
Rappel
Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité"
Parmi les diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles
(et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits :
1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques
2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits humains,
urbanisme, santé, politique, etc.)
3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la résolution
non-violente des conflits
3 - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées
4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance
5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique
6 - San* - Chercheurs de connaissance, science et pratique que dans
le domaine de la santé physique et psychique
7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité).
*Abréviation dans le répertoire alphabétique
Voir le diaporama « Présentation générale et mode d’emploi »
../..
Abraham
‟Père de multiples nations”, vers 1900 ans avant J.-C.
Personnage probablement plus symbolique qu’historique, patriarche
des Hébreux et père des trois religions monothéistes, judaïsme,
christianisme et islam. Ibrahim pour les Musulmans.
Chef d’une tribu de pasteurs semi-nomadiques, aurait vécu en
Haute Mésopotamie à Ur, puis à Harân. Non loin des sanctuaires
élevés en l’honneur des dieux de la fécondité, ces tribus et leurs
chefs ont peu à peu la certitude d’un Dieu unique. Certaines d’entre
elles acquièrent probablement peu à peu la conviction que Dieu ne
peut pas supporter et refuse les sacrifices humains.
Dans la tradition biblique, part au pays de Canaan, est invité
par un ange de Dieu à ne pas immoler son fils Isaac, et le remplace
sur l’autel par un bélier.
« Le messager du Seigneur l’appela alors de la part de Dieu :
« Abraham, Abraham ! (…) Ne touche pas à l’enfant, ne lui fais aucun
mal » Genèse, 22, 11
Images : - Ziggurat d’Ur en Chaldée (vallée du Tigre et de l’Euphrate, époque sumérienne)
- Tableau de Laurent La Hire, 1650. Abraham sacrifiant Isaac
Moïse
(- 1392 - 1272), Personnage biblique, premier prophète du judaïsme,
considéré comme légendaire ou symbolique par la grande majorité des
archéologues, philologues et autres scientifiques spécialistes de la Bible et
des lieux bibliques. Le récit de sa naissance ressemble de près à la légende
de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien
Dans la tradition biblique, fils d’Amran et de Jocabed, conduit le peuple
d’Israël hors d’Égypte en ouvrant la mer Rouge. L’exode de 40 ans dans le
désert, dont on ne trouve aucune trace archéologique, est aujourd’hui
considéré par beaucoup comme une construction théologique ou un parcours
spirituel.*
Écrit « sous la dictée de Dieu » sur le mont Sinaï les dix paroles
(Décalogue) ou commandements, dont le 6ème, "Tu ne tueras pas".
La traduction d'André Chouraqui "Tu n'assassineras pas" donne une
autre interprétation de ce commandement, qui ne couvre pas l'homicide en
cas de guerre, de légitime défense, ou prononcé par un tribunal régulier
(peine de mort).
Photos : - Moïse recevant les tables de la loi, par Marc Chagall
- Les 10 commandements en hébreu sur un parchemin
Selon l'historien Nadav Naaman, ce récit de l'Exode et de la conquête de Canaan constitue
probablement une construction biblique littéraire et théologique qui évoque la perte du contrôle militaire
égyptien en Canaan vécue comme une libération, la mémoire culturelle juive transférant cette situation
par la mise en scène d'une sortie d'Égypte.
Zoroastre
ou Zarathoustra, penseur, sage et prophète, fondateur du
zoroastrisme, ayant existé, selon les études, entre le 15è et le 11è siècle,
ou entre le 7è et le 6 è siècle avant J.-C., au nord-est de l'Iran actuel.
Réforme le mazdéisme sur la base de trois principes, « les bonnes
pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions », d’une démarche
éthique et d’une conscience claire en vue d’atteindre la plénitude
spirituelle.
Combat les sacrifices d’animaux, considère tous les hommes et toutes
les femmes sur un pied d’égalité, indépendamment de leurs croyances et
opinions, appartenance ethnique ou raciale. Non seulement ses idées ne
plaisent pas, mais surtout elles remettent en cause le pouvoir établi.
Pourchassé par le peuple, doit s'enfuir pour sauver sa vie.
« Le bonheur appartient à celui qui apporte le bonheur aux autres. »
Les zoroastriens ont été victimes de persécutions particulièrement par les
Musulmans. Ceux qui ont fui en Inde sont connus sous le nom de Parsi.
Photo du haut : le Farvahar symbolise le Fravashi, ange gardien d’un individu, l’univers sans fin
( le grand anneau central), la sagesse et l’amour (le petit anneau) se déplaçant vers l’avant pour
conduire l’homme au progrès, à la droiture, au bonheur
Le premier Isaïe
"Isaïe" est le nom de trois prophètes de l’histoire judéo-chrétienne dont
les textes ont été composés sur trois siècles entre 750 et 400 avant J.-C.
Le prophète est celui qui rappelle, à temps et à contre temps, les
exigences de la conscience.
« Nul ne brandira plus le glaive meurtrier et l’on n’apprendra plus la
guerre. Alors de leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs
javelots des serpes. »
« Le loup vivra avec l’agneau. Le tigre gîtera près du chevreau. Le
veau, le lionceau seront nourris ensemble, et un enfant les conduira. »
« Cet homme d’action est sans doute le premier homme que le rêve
d’une humanité entièrement pacifiée ait hanté, qui ait pensé à la défaite
de l’injustice, de la guerre (…) et qui ait annoncé une mutation cosmique.
Il a été choqué non seulement par la violence des hommes, mais par
celle qui règne dans la nature. Marx, Lénine et Mao ont-ils jamais eu
comme lui leur nuit troublée par la lutte des espèces dans la jungle ? Il est
en cela le premier, et peut-être le seul révolutionnaire de l’histoire. »
André Chouraqui (photo du bas)
Photo du haut : Le forgeron transformant l’épée en charrue. Statue offerte par l’URSS à l’ONU en
1959, installée devant le siège de l’ONU à New-York
Mahāvīra
De son vrai nom Vardhamarma Jnatiputra, ou Mahavira (‘Le
Grand Héros’, - 599 à - 527 ou - 549 à - 477 ? ), ascète jaïn, né dans
le Bihar. Dernier des 24 Tirthankara (guides de la voie de la libération)
jaïn.
La tradition jaïna indique que le premier des 24 "Tirthankara" est
Rsabha, considéré comme le précurseur de la civilisation humaine. Des preuves
historiques permettent d'affirmer l'existence du 23ème instructeur, Parsva (- 877 à
-777). De même, les historiens acceptent celle du 22ème , Nemi, que la tradition
considère comme cousin de Krishna.
À l'âge de 30 ans, devient un sadhana (ascète), abandonne
tout vêtement, jugeant que le détachement du monde exige la pratique
de la nudité (bodiya pratiquée par les Digambara et certains Sâdhus)
endure pendant 12 ans de nombreuses épreuves physiques et men-
tales et pratique la méditation. Enseigne ensuite pendant 30 ans à
travers toute l'Inde les principes du jaïnisme. Son enseignement, à
destination des moines, est réuni dans l'Acaranga Sutra.
L'emblème du jaïnisme est une main symbolisant le réconfort
moral et la compassion, dans laquelle est inscrit ahimsa c'est-à-dire
non-violence. La phrase en sanskrit sous la main signifie : " Toutes les
vies sont interdépendantes et donc se doivent un mutuel respect, une
mutuelle assistance". ../..
Mahāvīra
Les 4 principes du jaïnisme sont les suivants :
- L’identité de l’homme est à la fois matérielle et spirituelle,
- L'homme n'est pas parfait,
- L'homme est capable de vaincre sa nature matérielle,
- L'homme est seul responsable de son avenir.
Les 5 vœux principaux (mahavratas) sont exposés à travers
un dialogue entre Mahavira et l'un de ses disciples :
- Ne pas exercer de violence sur les êtres vivants,
- Ne pas faire de tort par la parole,
- Ne pas voler,
- Fidélité sexuelle (couples) ou chasteté (moines),
- Ne pas s'attacher aux biens matériels.
. Les 4 vertus du jaïnisme sont :
- le bienveillance pour tous les êtres vivants,
- la joie de voir des êtres plus avancés que soi sur la voie de la
libération,
- la compassion envers les personnes et créatures malheureuses,
- l’indifférence envers ceux qui se conduisent mal. ../..
Photos : - L’hôpital pour oiseaux à Delhi
. - Élevage industriel de poulets en France
Mahāvīra
Pour les occidentaux, jaïnisme et bouddhisme semblent très proches par la
réincarnation et le karma. Toutefois, au-delà des nombreuses différences, notam-
ment dans les détails de la vie religieuse, le jaïnisme ne vénère pas de Dieu et
considère que le monde existe depuis toujours, l'hindouisme considère que l'univers
a été crée et vénère les différentes formes d'un seul Dieu, créateur.
Le jaïnisme est la seule grande religion à avoir toujours prescrit le strict
végétarisme et la non-violence absolue envers tous les animaux. Outre les 5 vœux
du laïc, les vertus de base du jaïn s'incarnent dans l'abstention de consommer la
viande, le vin et le miel.
L’incitation jaïna à la non-violence attire l’attention sur
- les supports de la violence (action physique, parole, pensée),
- les processus engageant la violence (préparatifs, planification),
- les modalités de la violence (directe, incitation, approbation),
- la motivation de l’action violente (colère, avidité, manipulation).
Photos : - À la différence des végaliens, les végétariens mangent les produits issus des animaux (beurre, œufs,
fromage, miel, etc.) et s’en vêtissent (laine).
- Femmes jaïns portant un voile sur la bouche et sur le nez pour ne pas avaler de moustiques. Les Occidentaux,
s’étonnant de cette pratique, voire la décriant, oublient l’essentiel, à savoir les vœux et les vertus du jaïnisme
K’ong Fou Tseu
ou Kongfuzi, (nom latinisé en Confucius par les missionnaires du
16ème siècle). Philosophe chinois (- 552, - 479 avant J.-C.), contemporain
du Bouddha, de Nabuchodonosor et de Pythagore. Homme de grande
érudition et de caractère, profondément respectueux des idéaux de la
tradition. Fonctionnaire, maître d’école, gouverneur de la ville puis
intendant des travaux publics de la principauté de Zongdhu. Victime d'une
conspiration suscitée par ses résultats, exilé, erre pendant 14 ans, puis
rentre au pays natal.
Instaure une morale sociale axée sur la vertu d’humanité, l’équité et
le respect des rites cultuels. Attache une grande valeur au pouvoir de
l’exemple, soutient que les gouvernants doivent mener une vie
exemplaire. Veut appliquer la morale à la vie politique. Les 5 vertus
majeures sont pour lui : la courtoisie, la magnanimité, la bonne foi, la
diligence et la bonté.
Son enseignement a donné naissance au confucianisme, doctrine
politique et sociale érigée en religion d'État dès la dynastie Han et qui ne
fut officiellement bannie qu'au début du 20ème siècle.
« Entre les 4 mers, tous les hommes sont frères. »
«Le maître-mot de Confucius est “apprendre”.» Anne Cheng
siècle,
Lao Tseu
(« le vieux maître »), philosophe chinois (considéré par certains
comme une personnalité symbolique) contemporain de Confucius.
Sa doctrine, le taoïsme, est condensée dans un ouvrage de 5 000
caractères, le Livre de la Voie et de la Vertu ( ou Tao Te King). Il aurait
rédigé cette œuvre au cours d’un long voyage vers l’ouest , à dos de
buffle, qui marque le dernier épisode connu de sa vie. Selon le Diction-
naire de la sagesse orientale, le wu-wei ou non-agir, souvent traduit par
‘lâcher prise’, est « une attitude de non intervention dans le cours naturel
des choses, une spontanéité totale qui s'adapte sans la moindre idée
préconçue ni la moindre intention à chaque situation nouvelle. » La
philosophie du non-agir trouve une résonnance particulière quand il s'agit
de savoir ce qu'il faut faire ou ne pas faire face à son adversaire ou son
ennemi. Lao Tseu parle explicitement de « s'opposer sans armes ».
« Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté. Je traite avec bonté ceux
qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté »
« La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène
la profondeur. La bonté en donnant amène l'amour. »
« Tous les malheurs de l'humanité, proviennent, selon Lao Tseu, non pas de ce que les
hommes négligent de faire ce qui est nécessaire, mais de ce qu'ils font ce qui ne l'est pas ; de
sorte que si les hommes pratiquaient, comme il le dit, le non-agir, ils seraient non seulement
débarrassés de leurs calamités personnelles, mais encore de celles inhérentes à toute forme de
gouvernement » Léon Tolstoï
Le Bouddha
Siddharta Gautama (v. - 560 à v. - 480), dit le Bouddha
(« l’éveillé »), prince népalais issu de la tribu guerrière des Sakya. À
l’âge de 29 ans, s’enfuit de son palais pour se mettre en quête de la
Vérité, qu’il découvre après une vie errante et de dures ascèses.
L’existence est la souffrance, et la souffrance a son origine dans
le désir, qui ne peut jamais être comblé. La sagesse consiste donc à
vaincre le désir par la méditation, la compassion, la distance par rapport
au bonheur et aux malheurs, et à avoir conscience de l’impermanence.
Selon le Dictionnaire de la sagesse orientale, la pensée juste (ou
parfaite) implique une « volonté de renoncement, de tolérance et de
bienveillance envers tous les êtres vivants », et le mode de vie juste
signifie « la volonté d'éviter toute profession pouvant nuire à d'autres
êtres vivants ».
Le comportement juste se décline généralement en 5 préceptes,
souvent exprimés de façon négative : 1 - s'efforcer de ne pas nuire aux
êtres vivants ni prendre la vie (principe d'ahimsa), 2 - de ne pas prendre
ce qui n'est pas donné, 3 - de ne pas avoir une conduite sexuelle
incorrecte, 4 - de ne pas user de paroles fausses ou mensongères, 5 -
de s'abstenir d'alcool et de tous les intoxicants. ../..
Le Bouddha
Pour Albert Schweitzer (1875-1965), l'ahimsa dans le bouddhisme
se distingue du jaïnisme en ce sens qu'il est fondé sur la pitié et non pas
sur l'idée de se préserver à l'écart de la souillure du monde.
Pour Carl-Albert Keller (1920-2008), théologien protestant et
historien des religions, l'ahimsa, dans la philosophie bouddhiste, « impli-
que une attitude positive envers les êtres qui respirent », « s'appuie sur
un sentiment d'amitié et de solidarité avec les êtres vivants », est « un
comportement fait de bienveillance et de disponibilité ».
Pour Cécile Becker, historienne des religions asiatiques, « en
désignant le fait de s'abstenir de porter atteinte, de blesser ou de tuer
tout être vivant comme un thème fondamental de son enseignement, le
Bouddha s'oppose en fait implicitement à la violence sacrificielle et à
l'ordre socioreligieux brahmanique, et énonce une nouvelle échelle de
valeurs. »
«Ne blesse pas autrui de la manière qui te blesserait.»
«N’ayez qu’une seule passion : celle du bien des autres (…). Tous
ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur propre
bonheur. Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le
bonheur d’autrui. »
Mo Tseu
ou Mozi, ou Möti, latinisé Micius (littéralement "maître Mo"), de
son vrai nom Mo Di, (v.- 479, v. - 392), philosophe chinois. Commence
par adhérer au confucianisme avant de s'en démarquer et de créer sa
propre école de pensée (moïsme) dont les thèses remettent en cause à
la fois des enseignements confucianiste et taoïste.
Voyant l'origine de la guerre et de tous les crimes dans l'hostilité
avec laquelle l'homme considère ceux de ses semblables qui lui sont
étrangers, prêche pour une vaste communauté humaine solidaire où
chacun traiterait autrui, si éloigné qu'il soit, en prochain, par la pratique
de l'amour universel. L’être humain doit convertir son intérêt individuel
en intérêt général, chacun trouvant son compte dans le bien commun.
« Voici certainement la maxime d’amour : ne pas faire aux
autres ce que l’on ne veut pas qu’ils vous fassent. »
« L’attaque des petits États par les grands, le pillage des faibles
par les forts, l’oppression de la minorité par la majorité, la tromperie du
simple par la ruse, le dédain du noble pour l’humble sont quelques unes
des calamités du monde. (…) À quelle loi du Ciel obéirons-nous ? À
celle d’aimer tous les hommes universellement. »
Zacharie
(vers - 520 - 480), prophète de la Bible, proclamant les exigences
de bonté, de justice et de vérité sous le règne de Darius 1er, roi de Perse,
mais les auteurs anonymes désignés sous le nom de Deutéro-Zacharie
écrivent (Za, 9 et suivants) au 4ème et au 3ème siècle avant J.-C.
« Réjouis-toi, crie de joie, Jérusalem ! Crie de joie ! Voici ton roi. Il
vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un tout jeune
ânon. D’Israël, il fera disparaître les chars de guerre, et de Jérusalem,
les chevaux de combat. Il brisera l’arc des guerriers et annoncera la paix
aux nations. » (Za, 9, 9-10)
Jésus de Nazareth répond clairement à ce passage quand il entre
dans Jérusalem sur un ânon avant de chasser du Temple les vendeurs et
les animaux destinés au sacrifice et d’être condamné à mort. C’est un
symbole d’opposition à Pilate qui, au même moment, entre à Jérusalem
sur un cheval de guerre.
À l’époque de Zacharie et plus encore du temps de Jésus, le
cheval symbolise le pouvoir des puissants tandis que l’âne est l’animal
du pauvre et du pacifique. L’oracle de Zacharie décrit un dirigeant d’un
genre nouveau qui apporte à l’humanité l’exigence de non-violence et de
simplicité.
Socrate
(470-399 avant J.-C.), philosophe grec, un des premiers
penseurs de la philosophie morale et politique.
N’a laissé aucun écrit, mais sa pensée et réputation se sont
transmises par des témoignages indirects (Platon, Xénophon,
Aristophane et Aristote).
Citoyen exemplaire, s'oppose à la démagogie qui règne alors à
Athènes. Dans des discussions avec les habitants de la ville, répond à
des questions par des questions, pousse chacun, tel un accoucheur, à
dépasser le niveau des vérités de sens commun et à partir en quête de
la connaissance vraie.
Insoumis au tyran Citrias, refuse de fuir la ville à la suite de son
procès. Boit lui-même la ciguë qui le condamne.
« Il ne faut donc pas répondre à l’injustice ni faire du mal à aucun
homme, quoi qu’il nous ait fait »
« S’il me fallait absolument commettre l’injustice ou la subir, je
préférerais la subir plutôt que la commettre. »
Aristophane
(v. - 450, v. - 385), poète comique grec. Auteur d’au moins
44 pièces, dont beaucoup sont perdues. Critique par de grands éclats de
rire les politiciens démagogues et va-t-en-guerre, la pernicieuse manie
des procès, les maîtres d'incivisme et de décadence.
La hardiesse des poètes comiques, le retour au pouvoir du parti
aristocratique et les malheurs d'Athènes aboutissent à une loi qui interdit
formellement les attaques contre les personnes : c'est l'arrêt de mort de
la comédie ancienne. Tente des voies nouvelles, inaugure la satire des
mœurs. Attaché à la cause des petits propriétaires campagnards et des
paysans appauvris par la guerre, victimes des hommes d'affaires et des
intrigants de la ville, attaque le régime d’Athènes et les chefs de file de la
classe politique. Ses sympathies et ses détestations trouvent leur source
dans un profond besoin de fraternité.
« Disperse loin de notre ciel la guerre et ses rauques tumultes.
Mets un terme à ces soupçons alambiqués qui nous font jaser sur le
compte les uns des autres. De nous tous, nous les Grecs, refais une
pâte intimement liée par un ferment d'amour ; infuse en nos esprits, pour
en ôter le fiel, quatre grains d'indulgence. »
« Former un homme, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer
un feu ! » ../..
Aristophane : Lysistrata
Lysistrata ("celle qui délie l'armée") est une comédie d'Aristophane
écrite en - 411. Alors qu’Athènes et Sparte sont en guerre pendant la
guerre du Péloponnèse (- 431, - 404), les femmes se plaignent de l’ab-
sence de leurs maris et de leurs fils qui risquent leur vie, de tout l’argent
que coûte la guerre, des privations qui s’ensuivent. Lysistrata, une belle
Athénienne rusée et audacieuse, convainc les femmes d'Athènes -
Cléonice, Myrrhinè, Lampito - ainsi que celles de toutes les cités grecques,
de déclencher et de poursuivre une grève du sexe, jusqu'à ce que les
hommes reviennent à la raison et cessent le combat. Elles envahissent
l’Acropole où est stocké l’argent public, pour empêcher les gouvernants de
dilapider les fonds en achats d’armes et de bateaux.
« Aucun amant ni aucun époux ne pourra m'approcher. Je mènerai
chez moi une vie chaste, vêtue de robe légère, et parée, afin d'exciter les
désirs de mon époux. Jamais je ne m'y prêterai de bon gré. Et s'il me prend
de force, je ne ferai rien que de mauvaise grâce et avec froideur.
Dans Les Thesmophories (- 412), les femmes organisent une véritable assem-
blée et prennent des décrets.
Dans L'Assemblée des femmes ( -392), les femmes déguisées en hommes
décident, après avoir pris le pouvoir, de faire tout le contraire de ce que font les
hommes.
Pour Aristophane, ce gouvernement des femmes est une forme d'utopie,
incarnant son rêve de paix et de bonheur, inventant la paix perpétuelle et une forme
de vie communautaire.
L’interposition des Sabines
Cette comédie grecque est à rapprocher de
l’interposition des Sabines entre les Romains et les
Sabins, racontée par l’historien Tite-Live (v. - 60, + 17).
Peu après la fondation de Rome, Romulus invite les Sabins, habitants
du Quirinal et du Capitole, à des jeux équestres. C’est un piège : les femmes
sont emmenées de force par des Romains qui souhaitent repeupler leur ville.
Romulus explique que ce rapt est une noble et ancienne coutume grecque.
Ulcéré, le roi sabin Titus Tatius attaque le Palatin, mais une intervention des
Sabines, à présent romaines, décide les combattants à jeter les armes.
Pour le philosophe Plutarque (45-120), cet épisode symbolise la fondation du
Forum, lorsque le champ de bataille laisse la place à un espace d’échanges. Si les
historiens ont longtemps douté de la réalité de cette légende, on sait maintenant, grâce
à des vestiges retrouvés sous des temples, que ce Forum date des débuts de Rome
(8ème -7ème siècle av. J.-C.). La réalité de ce premier conflit est donc possible.
Images :
- Tableau Les Sabines arrêtant le combat entre les Romains et les Sabins peint en 1799
par Jacques-Louis David (1748-1825)
- Adèle : détail du tableau de David Les Sabines (Adèle de Bellegarde, 1772-1830, aristocrate
savoisienne, emprisonnée lors de la Révolution française, modèle du peintre David).
Ashoka
(v. 304-232 avant J.-C.), troisième empereur de la dynastie
indienne des Maurya, parvenu au pouvoir en faisant assassiner ses
frères et 99 membres de sa famille. Devient maître d’un immense
empire.
Subit une profonde crise morale à cause des horreurs de la
guerre du Kalinga (- 261). Retourné par son neveu bouddhiste
Nigrodha, se convertit lors de son voyage à Bodhgaya, fait une
retraite d’un an dans un monastère.
Son comportement et sa politique s’inspirent ensuite par la
non-violence et la compassion : la guerre est abolie, les
fonctionnaires ont pour mission de garantir la justice et la tolérance
religieuse.
../..
Ashoka
Met un terme aux sacrifices d’animaux dans les rituels
brahmaniques.
Premier souverain au monde à faire de la non-violence un
principe d’organisation politique.
À sa mort, après 37 ans de règne, ses enfants se partagent
son empire et les règles habituelles de la vie sociale et politique
reprennent leurs droits…
«Aux fonctionnaires : gagnons donc l’affection des hommes.»
«Le roi ami des dieux au regard amical veut que toutes les
écoles de pensée et religions puissent résider partout.Car toutes
veulent la maîtrise des sens et la pureté de l’âme.»
«Le but suprême est de faire le bien du monde entier.»
Édits gravés sur rocher
Image : chapiteau aux lions surmontant les colonnes dressées dans l’empire, devenu
l’emblème de la République de l’Union Indienne
Jésus de Nazareth
Ieshoua (« le désétrangleur ») (- 6, + 35 environ), Palestinien de
religion juive. Dans sa fratrie, a au moins 4 frères et 2 sœurs. Fait
l’expérience d’une telle proximité et d’une telle confiance en Dieu qu’il
l’appelle Abba (Papa).
Prêche le souci des exclus et la bonté, la joie et l’espérance, la non-
violence et le pardon, la liberté et la responsabilité.
Demande de ne pas répondre au mal par le mal et d’aimer ses
ennemis.
Dans une sainte colère, s’insurge contre la religion sacrificielle en
chassant, avec les vendeurs du Temple de Jérusalem, les animaux
destinés au sacrifice.
Combat les préjugés, la peur, les superstitions religieuses,
l’hypocrisie, le dogmatisme et le ritualisme. En conflit permanent avec les
religieux, particulièrement les Sadducéens.
Photo : Le Christ de Georges Rouault, vitrail, Cleveland Museum ../..
Jésus de Nazareth
Condamné à mort par les Grands prêtres, supplicié et crucifié à leur
demande par l’occupant romain.
Mort non pour racheter le péché du monde, mais pour être fidèle aux
exigences intérieures qui l’animaient et pour dire la non-violence de Dieu.
Présent après sa mort dans le cœur de ses disciples, « a fait faire à
son espèce le plus grand pas vers le divin » (Ernest Renan)
« Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. »
« Celui qui dit "J’aime Dieu" alors qu’il a de la haine pour son frère,
c’est un menteur ! »
« Le Shabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le
Shabbat. »
« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. »
« Rengaine ton épée, car quiconque prend l’épée périra par l’épée. »
« Le royaume des Cieux est au-dedans de vous. »
Tableau : Le retour de l’enfant prodigue, Rembrandt
Livre : Le royaume de Cieux est en vous, commentaire de Jésus par Léon Tolstoï
../..
Jésus de Nazareth
« En marche les humbles, en marche les humiliés, en marche les endeuillés,
en marche les affamés et les assoiffés de justice, en marche les cœurs purs, en
marche les faiseurs de paix, en marche les persécutés à cause de la justice. »
« Je ne suis pas venu apporter la paix (la tranquillité), mais le glaive (la
parole qui bouscule). »
« Si l’on te donne une gifle sur la joue droite, tends la joue gauche » *
« Femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne** ni à Jésusalem
que vous adorerez le Père. (…) Voici l’heure, et c’est maintenant, où les véritables
adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. »
* c’est-à-dire : ne pas répondre par la violence, rompre l’escalade de la violence
** le Garizim, lieu saint des Samaritains, près de Naplouse. Actualisation : ni à Bénarès, ni à
Lhassa, ni à Jérusalem, ni à Rome, ni à La Mecque…
Tableu : Jésus et la femme adultère, Lucas Cranach l’Ancien
Nagarjuna
(entre 150 et 250 après J.-C.), moine, philosophe et écrivain
bouddhiste indien, originaire de la région correspondant à l'Andhra
Pradesh actuel.
Fait un apport essentiel à la logique, par l'usage systématique
du tétralemme*, sa réfutation de la logique indienne, et utilise trois
types de réfutation : l'impossibilité logique, l'impossibilité réelle, le
constat d'inexistence.
Sa doctrine mène à la responsabilité et à la compassion
universelles, au respect des êtres sensibles et de l’environnement.
Condamne la torture, refuse la peine de mort et préconise un
traitement des prisonniers pour les réhabiliter.
Prône une égalité statutaire et une solidarité sociale qui
permettant que chacun évolue individuellement et se différencie
comme il le souhaite. Préconise l’association libre de personnes qui
se soutiennent pour se libérer de la souffrance.
* Le tétralemme (du grec tetra, "quatre" et lēmma, "proposition") étend la notion du dilemme à
un choix entre quatre issues.
Maximilianus
(v. 274 - v. 295, du latin ‘plus que maximus’ : plus grand), jeune
chrétien et martyr berbère originaire de Theveste en Numidie orientale
(aujourd’hui Tébessa à l’est de l'Algérie), alors que l’empereur Dioclétien
veut supprimer les religions inassimilables et combat le platonisme, le
manichéisme, le judaïsme et le christianisme (« la grande persécution
de Dioclétien »). Fils d’un agent recruteur de l’armée impériale.
En l’an 295, appelé à servir dans les légions romaines à l’âge de
21 ans. Déclare au proconsul Dion Cassius que l’Évangile est incompa-
tible avec toute forme de violence et lui interdit de porter les armes :
« Je ne peux pas servir dans l’armée. Je ne peux pas faire le mal. Je ne
serai pas un soldat de ce monde. Je suis un soldat du Christ. » Comme
il persiste dans son refus, est décapité, l’autorité romaine ne voulant pas
que cette attitude se répande parmi les Chrétiens, de plus en plus nom-
breux dans l’empire. Les actes de sa passion sont l'un des documents
historiques les plus solides dont on dispose sur la grande persécution
de la fin du 3ème siècle en Afrique du Nord. Reconnu comme martyr par
l'Église catholique sous le nom de St Maximilien (fêté le 12 mars)
Souvent considéré comme le premier objecteur de conscience
de l'histoire.
Mauricius et la légion thébaine
L'exemple le plus célèbre de la non-violence des premiers chrétiens
est celui de la légion thébaine. Bien que l'historicité de l'événement ne soit
pas complètement avérée, plusieurs sources racontent le massacre de
cette légion romaine, composée de chrétiens coptes, avec à sa tête un
dénommé Maurice, qui refuse, en l'an 286, d'obéir à des ordres impériaux
lui enjoignant de persécuter des chrétiens à Agaune, une cité celte
(aujourd'hui nommée Saint-Maurice en Valais sur le territoire suisse).
Les soldats auraient refusé l'ordre, motivés par leurs chefs Maurice,
Exupère et Candide. Devant cette insubordination, Maximien aurait
ordonné en 286 le massacre de la légion soit des 6 600 soldats et de leurs
chefs. Environ 80 ans plus tard, les restes des martyrs auraient été
exhumés par l'évêque d'Octodure Théodule puis inhumés dans une
chapelle funéraire sur le site de la future abbaye de Saint-Maurice.
Le peintre Domínikos Theotokópoulos, dit El Greco (1541-1614)
immortalisera cette tragédie en 1582 sur une immense toile nommée "Le
martyre de saint Maurice" (photo du bas).
Images :
- Sculpture représentant saint Maurice d'Agaune.
- Le martyre de saint Maurice, par Le Greco
Patanjali
(entre 300 et 500 après J.-C. ? *), fondateur indien de la philosophie
du yoga. Son enseignement est contenu dans les Yoga Sutras, un court
texte composé de 195 aphorismes. Selon lui, « les règles de vie dans la
relation aux autres » sont « la non-violence, la vérité, le désintéresse-
ment, la modération, le refus des possessions inutiles ». Elles « ne
dépendent ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des
circonstances ».
La non-violence (ahimsa), respect en pensée, en parole et en action
de la vie de tout être vivant, est la première exigence éthique de
l’homme.
Ce qui perturbe l’existence de l’homme, ce sont ses pensées. « Ces
pensées, comme la violence, qu’on la vive, la provoque ou l’approuve,
sont causées par l’impatience, la colère et l’erreur ».
« Si quelqu’un est installé dans la non-violence, autour de lui
l’hostilité disparaît. »
* L’anonymat est une des caractéristiques des grands sages de l’Inde
ancienne. Ils estimaient que leur enseignement était le résultat d’un effort collectif
sur plusieurs générations et refusaient de s’en attribuer tout le mérite.
Jean Chrysostome
(v. 344-407), ermite, théologien puis prédicateur chrétien,
archevêque de Constantinople. Développe une philosophie qui propose un
idéal de perfection : définit la vertu comme « l’exactitude des croyances
vraies » et « la droiture de la vie ». Le théologien Michel Spanneut (1919-
2014) considère que le commentaire de Jean Chrysostome sur l'évangile de
Matthieu, faisant l’éloge de « la patience », représente un véritable « traité de
non-violence ».
« Quoi donc, ne faut-il point résister au méchant ? Il faut lui résister,
mais non de la manière que vous pensez, mais de celle que Jésus-Christ nous
commande. (…) Ce n'est pas avec le feu qu'on éteint le feu, mais seulement
avec l'eau. (…) Non-seulement cette douceur arrête le cours des violences,
mais encore elle produit le repentir des injures déjà faites. »
Jean C. s’inscrit dans une tradition des Pères de l’Église : Tertullien
(150-220) : « Le Seigneur, en désarmant Pierre, a désarmé tous les soldats.
Rien de ce qui sert à un acte illicite n'est licite chez nous ». Cyprien de
Carthage (200-258) :« La patience n'est pas seulement la sauvegarde de nos
vertus,, elle repousse les attaques des puissances ennemies ». Lactance
(250-325) : « Celui qui veut venger l'injure qu'il a reçue, imite celui qui la lui a
faite. Or quiconque imite un méchant ne peut pas être homme de bien. »
François d’Assise
Giovanni di Pietro Bernardone (1182-1226), citoyen d’Ombrie,
mène jusqu’en 1206 une vie de plaisirs.
Un retournement lui fait adopter ensuite une existence de
pauvreté, de prière et de charité dans le respect de la Création.
Selon les récits hagiographiques de St Bonaventure, rétablit en
1217 la paix dans la ville d’Arezzo menacée par la guerre civile.
En septembre 1219, pendant la 5ème croisade et le siège de
Damiette, traverse les lignes ennemies avec un frère pour rencontrer
le sultan Al Khâmil et dialoguer avec lui.
En 1223, presse les habitants de Pérouse de renoncer aux
armes.
La prière pour la paix ("Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix"),
devenue en un demi-siècle une des prières les plus célèbres au monde, est
apparue, anonyme, en 1912 et a lui a été attribuée par erreur vers 1925.
Moheïddine Ibn ’Arabî
(1165 en Espagne -1240 en Syrie), théologien, juriste, poète,
métaphysicien et maître spirituel de l’Andalousie arabe.
Voyage et fait des rencontres à partir de 1196 : Fès, La Mecque,
Mossoul, Le Caire, Qonya, Arménie, Bagdad, Alep, meurt à Damas.
Considéré par Henry Corbin comme "un des plus grands
théosophes visionnaires de tous les temps".
Contrairement à la scission dessinée par Averroès (ou Ibn Rosd,
1126-1198) entre foi et raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la
rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance.
Se situe intellectuellement dans la lignée de Mansur Al-Hallaj
(857- 922) qu'il cite à de nombreuses reprises.
Le premier, dans le monde musulman, à condamner la peine de
mort.
Djalal ud-Din Rumi
(1207-1273), spirituel et mystique musulman soufi, fondateur de
la confrérie des derviches tourneurs.
Développe dans son monastère à Konya un style de vie
communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux.
Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les
concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des juifs et des chrétiens pour
rechercher avec eux le chemin de Dieu.
Manifeste une tendre compassion non seulement pour les
enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les animaux
et les plantes.
Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte contre
les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’élévation de soi.
Nicolas de Flüe
Niklaus von der Flüe (1417-1487), paysan, soldat puis officier,
conseiller municipal puis juge suisse. En 1467, père de 10 enfants, quitte
sa famille avec le consentement de sa femme, et s'installe comme ermite.
En dépit de son analphabétisme et de son peu d'expérience du
monde, son art de la médiation et son sincère amour de la paix font de lui
un conciliateur entre cantons ruraux et citadins.
Au cours de la diète de Stans (1481) qui résulte des guerres de
Bourgogne, intervient dans le conflit concernant l'admission de Fribourg et
de Soleure dans la Confédération, entrées redoutées par les cantons
ruraux.
Son message, dont le contenu exact demeure inconnu, établit les
bases d'un compromis juridique qui règle la situation.
Un des principaux unificateurs de son pays. Canonisé en 1947 et
déclaré saint patron de la Suisse.
« La différence entre le génie et la bêtise, c’est que le génie a ses
limites »
Érasme
Desiderius Erasmus Roterodamus (1469-1536), théologien et
humaniste néerlandais. Prêtre, docteur en théologie. Écrits en pédagogie,
philologie, politique, théologie. Parcourt l’Europe.
Étudie les sources grecques et hébraïques afin de restituer le
message chrétien débarrassé de la glose scolastique. Dans l’Éloge de la
folie, sous le masque du bouffon, prononce un réquisitoire contre les abus
de toute sorte et les déviations de l'Église. Affirme sa liberté de pensée par
rapport aux autorités ecclésiastiques.
Au nom de l’Évangile, dénonce le comportement du clergé et des
papes, mais se brouille avec l’impétueux Luther et n’encourage pas la
réforme protestante. Engagé pour la paix en Europe, dénonce les
penchants hégémoniques et belliqueux des souverains. Refuse la pourpre
de cardinal.
« Le monde entier est notre patrie à tous. »
« Ce que j’enseigne, c’est qu’il ne faut jamais entreprendre de
guerre, à moins que l’échec de toutes les autres tentatives l’ait rendue
inévitable. La raison est que la guerre est une chose si pernicieuse dans sa
nature même que, même sois la conduite du plus juste des princes et avec
les motifs les plus justes, elle engendre généralement plus de maux que de
bienfaits. »
Thomas More
(1478-1535), juriste, historien, philosophe, humaniste,
théologien et homme politique anglais.
Dans son livre Utopia, prône la tolérance et la discipline au
service de la liberté. Membre du Parlement à partir de 1504, s'élève
contre les taxes demandées par le roi Henri VII pour la guerre
d'Écosse.
Chancelier du Royaume, par amitié avec Catherine d’Aragon,
première femme du roi Henri VIII, n’assiste pas au couronnement
d’Anne Boylen, la seconde femme du roi, qui prend cela pour une
insulte. Refuse de cautionner l'autorité que le roi s'était arrogée en
matière religieuse. Condamné pour haute trahison, décapité le 6 juillet
1535.
Modèle de l’homme et du dirigeant politique qui, par amour de la
vérité, préfère mourir que renier ses convictions.
« La principale cause de la misère publique, c'est le nombre
excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du
travail d'autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers
jusqu'au vif, pour augmenter leurs revenus. »
Bartolomé de Las Casas
(1484-1566), dominicain espagnol, colon pendant 10 ans dans le
Nouveau Monde. Après un massacre d’Amérindiens par les Espagnols à
Cuba en 1514, combat pour la défense des indigènes par des
publications, interventions, et remontrances. S’engage dans une lutte de
50 ans durant laquelle il fera plus de 14 voyages entre les deux
continents,
Procurador de los Indios en 1516, évêque du Chiapas et membre du
Conseil des Indes auprès de Charles Quint.
Lors de la controverse de Valladolid en 1547, s’oppose à Juan
Ginés de Sepulveda, chanoine de Cordoue qui affirme que les Indiens
n’ont pas d’âme et peuvent être asservis.
Affirme au contraire qu’il n’est jamais permis d’asservir personne,
que les Indiens ont des droits naturels, que les seules armes du
Chrétien sont la douceur et la persuasion.
Dans son plan de réformes « Mémoire des quatorze remèdes », il préconise de prendre
des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. Il mesurera son
erreur lorsqu'il connaîtra les conditions de la guerre menée en Afrique, prendra alors la
défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repentira jusqu'à la fin de ses jours
de cette erreur.
Menno Simons
(1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé
qu’un tailleur converti au protestantisme, Sicke Freerks, soit
condamné à mort par la cour de Frise et décapité en 1531 pour
avoir été rebaptisé en tant qu'adulte.
Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité
absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter
serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention
de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté
l'Église romaine et a 3 enfants.
Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se
retrouvent sous le nom de menonnites. Une forte émigration
mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis
(amish, houttériens).
Environ 1 300 000 mennonites vivent dans un monde un peu à
part, souvent engagés dans lels mouvements non-violents et auprès
des populations frappées par la guerre.
Étienne de la Boétie
(1530-1563), juriste et écrivain français.
Ébauche dès 1548 le Discours de la servitude volontaire, qu’il
rédige probablement pendant sa licence de droit civil à Orléans en 1552-
53.
Conseiller au Parlement de Bordeaux, se lie d’amitié avec
Montaigne.
Traduit et édite les philosophes grecs. Meurt de la peste.
Le Discours, assimilé aux pamphlets anti-monarchiques, est
solennellement brûlé par arrêt du Parlement de Bordeaux. Il est réédité
par Lammenais en 1835.
« Soyez donc résolus à ne le plus servir (le tyran) et vous serez libre.
Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais
seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand
colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se
briser.»
Michel de Montaigne
(1533-1592), écrivain, philosophe et moraliste français. Magistrat,
conseiller au Parlement de Bordeaux pendant 13 ans, chargé de
missions politiques, puis diplomate, puis maire de Bordeaux.
Ses Essais, tolérés par les autorités, sont mis à l'Index par le
Saint Office en 1676.
Admet la guerre défensive. Un des très rares, au 16ème siècle, à
dénoncer les guerres de conquête et les atrocités des conquistadors
chrétiens, les guerres de Religion, la torture et la chasse aux sorcières.
« Il faut étendre la joie, mais retrancher autant qu’on peut la
tristesse. »
« Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre
d’après ce que je suis. (…) Je conçois et crois bonnes mille manières de
vivre opposées. »
« Il y a un certain respect qui nous attache, et un général devoir
d’humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux
arbres-mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la
grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être
capables ».
William Barclay
(1546-1608), juriste écossais. Études à l'université d'Aberdeen,
doctorat en droit à l'université de Bourges. Professeur de droit civil à
l'université de Pont-à-Mousson, conseiller d'État et maître des requêtes.
Doit quitter la France à la suite de l'inimitié des jésuites, y retourne quand
il est nommé professeur de droit civil à l'université d'Angers.
Est à l'origine du mot monarchomaque : "ceux qui combattent les
monarques". Auteur en 1600 d'un ouvrage polémique intitulé De regno et
regali potestate adversus Buchanum, Brutum et Boucherium et reliquos
Monarchomaquos libri sex (Six livres du royaume et de la puissance
royale, contre Buchanan, Brutus et Boucher et les autres monarchoma-
ques). Ces 3 auteurs affirment le refus de l'exercice du pouvoir par un
seul, la souveraineté du peuple et l'exigence de garanties institutionnelles
et légales pour en assurer l'exercice.
- George Buchanan (1506-1582) est un Écossais qui a écrit contre la tyrannie ;
- Brutus est le pseudonyme de l'auteur du pamphlet Vindiciae contra tyrannos
(Revendications contre les tyrans) publié à Bâle en 1579 et attribué aux Protestants
Hubert Languet (1518-1581) et Philippe Duplessis-Mornay (1549-1623). Languet
établit les cas où le recours à l’insurrection devient légitime.
- Jean Boucher (1548-1646), auteur de La vie et faits notables de Henry de
Valois est un monarchomaque catholique de la sainte Ligue.
Blaise Pascal
(1623-1662), mathématicien (démontre à 12 ans la 32ème proposition
d’Euclide, cycloïde), physicien (pression atmosphérique, vide), inventeur
(machine à calculer, brouette, presse hydraulique, système de transports en
commun urbains), philosophe, moraliste et théologien français.
Bien avant Gandhi, a l’intuition que la vérité et la justice sont impuis-
santes dans les rapports sociaux si elles ne sont pas appuyées par la force,
c’est-à-dire par la contrainte. D’autres penseurs après lui préciseront que la
contrainte (qui oblige l’autre à céder) n’est pas nécessairement la violence
(qui le détruit ou le meurtrit).
« La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est
tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des
méchants. La force sans la justice est accusée.
Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que
ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.
La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans
dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a
contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était
juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui
est fort fût juste. »
George Fox
(1624-1691), artisan et prédicateur anglais, dissident de
l’Église anglicane, non conformiste au sein de son courant puritain.
Fonde en 1647 la Société des Amis, plus connue sous le nom
de Quakers ("trembleurs" qui frémissent au nom de Dieu), voyage
pour la développer en Grande Bretagne, en Europe et en Amérique
du Nord.
Rejette le recours aux armes pour quelque cause que ce soit,
la vanité, le gaspillage, critique les dogmes et concepts théologiques,
la discrimination des femmes, la hiérarchie religieuse, l’abus des
rites.
Emprisonné plusieurs fois pour trouble à l’ordre public (culte
non autorisé, irrévérence envers les autorités, refus de prêter
serment, etc.). . Au total, passe plus de 6 années de sa vie dans des
géoles infâmes où il subit quantité de tortures morales et physiques.
« Nous rejetons vigoureusement tous les principes et toutes
les pratiques sanglantes, les guerres, conflits et combats extérieurs
au moyen d'armes extérieures, quel qu'en soit le but ou le prétexte. »
Baruch Spinoza
(1632-1677), philosophe néerlandais, issu d’une famille juive
portugaise ayant fui les persécutions de l’Église catholique.
Excommunié de la Synagogue car il affirme que la plupart des
grands récits bibliques (Déluge, division de la Mer rouge, etc.) sont des
mythes et non des vérités historiques : perd ses amis, sa famille, échappe
à une tentative d’assassinat.
Gagne sa vie en polissant des lentilles optiques pour lunettes et
microscopes.
Affirme que la plus grande servitude est celle envers nos propres
passions : l’être humain ne naît pas libre, mais le devient au terme d’un
effort rationnel de connaissance de ses émotions et de ses idées, de
réorientation de ses désirs.
La loi universelle de la vie est l’effort (conatus), générateur d’une joie
profonde, pour se perfectionner, persévérer dans son être et accroître sa
puissance vitale (potentia).
Pour lui, un État viable serait une République laïque où existerait
une totale liberté de conscience et d’expression pour tous les citoyens unis
dans un contrat social.
William Penn
(1644-1718), Anglais, adhère aux idées de George Fox.
Incarcéré pour cette raison à la Tour de Londres de décembre
1668 à juillet 1669.
Fuit les persécutions contre les Quakers et, grâce à la fortune
héritée de son père, obtient en 1681 du roi Charles II un territoire
anglais en Amérique du Nord, la province de Pennsylvanie.
Les Quakers fondent en 1682 la capitale Philadelphie ("amour
fraternel"), créent une société sans peine de mort et sans armée
permanente, fondée sur la tolérance et la liberté de conscience.
Signe en 1701 à Shackamaxon un traité d’amitié et de coopération
avec Tamanend, le chef de la tribu amérindienne Delaware.
« Moi et mes amis nous avons un vif désir de vivre avec vous en
paix et sur un pied d'amitié, et de vous servir de tout notre pouvoir. Il
n'est pas dans nos mœurs de nous servir d'armes hostiles vis-à-vis de
nos semblables ; c'est pourquoi nous sommes venus sans armes.
Notre but n'est pas de faire du mal à qui que ce soit, mais de faire le
bien. »
Un siècle plus tard, les Blancs massacrent les Peaux Rouges
lors de la conquête du Far West…
Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre
(1658-1743), écrivain, diplomate et académicien français,
précurseur de la philosophie des Lumières.
Négociateur d’un des traités d’Utrecht (France -GB en 1712) qui
met fin à la guerre de Succession d'Espagne.
S’inspire de ses négociations difficiles pour écrire en 1713 un
Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, traité de science
politique en 3 volumes. Propose aux États de renoncer à la violence, de
régler leurs différends de manière pacifique dans des assemblées qui
regroupent des représentants de tous les pays.
Cet ouvrage, qui influencera Jean-Jacques Rousseau et qui
constitue la première vision d’une unification européenne, semble même
avoir inspiré les créateurs de la Société des Nations.
En 1718, durant la Régence, publie La Polysynodie ou la pluralité des conseils,
ouvrage dans lequel il exalte la manière de gouverner du Régent et critique
ouvertement la politique du défunt Louis XIV, qu’il juge despotique. Exclu pour
cette raison de l’Académie française.
Emmanuel Kant
(1724-1804), philosophe allemand, né d’un père d’origine
écossaise.
Professeur de mathématiques, physique, morale, théologie,
anthropologie. Membre de l'Académie royale des sciences et des lettres
de Berlin.
Toute sa vie, empreinte d'austérité et d'une extrême régularité, est
tournée vers la méditation, l'étude et l'enseignement.
Les trois grandes branches de sa pensée sont la philosophie
théorique (« Que puis-je savoir ? »), la philosophie pratique (« Que dois-
je faire ? Que puis-je espérer ? ») et l’esthétique.
Auteur d’un essai philosophique Vers la paix perpétuelle (1795) où il
affirme notamment que les armées permanentes doivent être
supprimées avec le temps.
« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta
personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps
comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée
en loi morale universelle. »
Après René Descartes qui comparait les animaux à des machines, les assimile à
des pommes de terre…
Alfred Daviel
(1800-1856), juriste et homme politique français. Avocat à
Rouen. Devenu bâtonnier de son ordre, manifeste son opposition au
gouvernement de la Restauration. Conseiller municipal et départemental,
sénateur en 1854.
En 1829, prend la défense du Journal de Rouen accusé par les
autorités de provocation à la désobéissance aux lois après que celui-ci ait
publié des écrits d'une association bretonne suggérant qu'il serait légitime
de refuser « le paiement de tout impôt illégalement exigé ». N'ayant pu
exposer lors de son plaidoyer au procès (qui se terminera par un acquit-
tement) toute la réflexion que lui inspirait cet événement et la matière
historique issue de ses recherches, publie peu de temps après une pla-
quette sous le titre De la résistance passive. Procès du Journal de Rouen.
Dans sa démonstration, s'appuie sur des auteurs anglais, qui dès le 16e
siècle, ont contesté le principe de l'obéissance active ou absolue aux souverains,
notamment le juriste écossais William Barclay. Présente également de nombreux
exemples dans l'histoire de France qui attestent qu'a été reconnu le droit de ne pas
obéir à des ordres contraires aux lois divines, aux lois naturelles ou fondamentales.
« Toutes les fois que l'un de ces devoirs supérieurs qui obligent en même
temps le gouvernement et les sujets, serait manifestement blessé par l'exécution des
commandements prescrits, la résistance passive deviendrait un droit. »
Image du haut : Plaidoirie d’avocat, par la caricaturiste Honoré Daumier (1808-1879)
Ferenc Deák
(1803-1876), homme politique hongrois. En 1833, député à la Diète
de Hongrie. Devient l'un des chefs des nationalistes hongrois, réclamant
l'autonomie du pays au sein de la monarchie des Habsbourg. Noble
libéral, affranchit ses serfs lorsqu'il hérite des terres de son frère en
1842.
Lorsqu'éclate la Révolution hongroise de 1848, Deák se range
parmi les modérés et accepte de devenir ministre de la Justice dans le
gouvernement de Lajos Batthyány. Partisan d'un compromis avec
l'Autriche, il démissionne quand les nationalistes extrémistes conduits
par Lajos Kossuth prennent le pouvoir. En 1849, la Hongrie est totale-
ment annexée par l'Autriche. Il se fait ensuite discret jusqu'à la fin de la
guerre. Capturé et jugé par une cour martiale en 1849, il obtient son
acquittement.
Après la dissolution de la Diète en 1861, les conseils cantonaux
démissionnent. F. Déak, dans un nouvel appel à la résistance, clame :
« Rendons-nous aussi désagréables que possible aux Autrichiens ! »
Il exhorte son peuple à ne pas avoir recours à la violence, convaincu que
cette stratégie contre l'illégalité autrichienne est la plus efficace. « C'est
là le terrain sûr sur lequel, étant désarmés nous-mêmes, nous pouvons
tenir bon contre la force armée ».
../..
Ferenc Deák et la résistance hongroise
contre la domination autrichienne
Les refus d'impôt sont massifs, tout comme les refus
d'enrôlement dans l'armée autrichienne. Malgré l'imposition de la loi martiale, la
résistance s'amplifie.
Le Times de Londres du 24 août 1861, souligne alors que « la résistance passive
peut être organisée de telle manière qu'elle peut devenir plus séditieuse que la révolte
armée. » Les produits importés d'Autriche sont boycottés et un commerce parallèle
s'organise. La presse et la littérature non officielles se développent. Les prisons sont
pleines et le pouvoir autrichien est impuissant à contenir la désobéissance.
Deak propose alors un compromis à l'empereur d’Autriche François-Joseph Ier,
consistant en une reconnaissance de l'autonomie hongroise au sein de la monarchie.
Ses propositions jouent un rôle essentiel dans la rédaction du compromis austro-
hongrois de février 1867 instituant une double monarchie. Il est surnommé « le sage de
la nation".
Images :
- Subdivisions de l'Autriche-Hongrie après 1878 : en rose l’Autriche, en bleu la Hongrie,
en vert la Bosnie-Herzégovine
- Couronnement de François-Joseph 1er d’Autriche et de son épouse Élisabeth
de Wittelsbach ("Sissi", duchesse de Bavière) à Budapest en juin 1867 comme
souverains du royaume hongrois. Sissi était favorable au compromis austro-
hongrois de 1867.
Adin Ballou
(1803-1890), penseur et militant abolitionniste étatsunien. Né à Cum-
berland, en Nouvelle-Angleterre, devient prédicateur chrétien à l'âge de 18
ans. Développe le concept de "non-résistance chrétienne" durant la lutte
abolitionniste et fonde en 1840 un journal, le Practical Christian, « pour la
présentation, la défense et la propagation du christianisme originel ». À partir
de 1842, fonde à une quarantaine de kilomètres de Boston la ‘communauté
de Hopedale’, basée sur les principes de non-violence chrétienne, répudiant
toute participation aux gouvernements qui comptent sur la force coercitive en
ultime recours. Cette communauté, qui compte 200 à 300 membres et dure
jusqu’en 1856, expérimente diverses formes de socialisme.
Dans son Catéchisme de la non-résistance (1844), dont il dit « C'est
un livre pour l'avenir, plutôt que le présent », présente, dans un langage
simple, synthétique et pédagogique, les fondements de la non-résistance
chrétienne. En 1846, publie l'une de ses œuvres majeures, Christian non-
resistance, où il développe le concept de « force non préjudiciable » de «
force non nuisible », et de « force bienveillante », dans la perspective de
définir des techniques dans les conflits sans recourir à la violence, notam-
ment pour faire face à des personnes violentes. En 1854, publie Pratical
christian socialism.
Quelques mois avant sa mort, correspond avec l'écrivain russe Léon
Tolstoï.
William Whipper
(1804-1876), militant abolitionniste afro-étatsunien, ancien esclave.
Fait fortune avec Stephen Smith à Colombia dans le bois, le charbon,
l'immobilier à Philadelphie, les wagons de chemin de fer et les investisse-
ments en bourse. Cofondateur, en 1836, de la première organisation afro-
américaine abolitionniste, l'American Moral Reform Society. Considère que
la situation des Noirs n’est pas d'abord la conséquence du racisme des
Blancs, mais de leur manque d'élévation morale. C’est pourquoi il combat
l’alcoolisme autant que la discrimination raciale, promeut l'éducation des
Noirs, la création d'une presse noire et l'impression de biographies de
Noirs et de l’histoire de leur peuple..
Avec Stephen Smith (1797-1873, photo du bas), joue un rôle actif
dans "le chemin de fer clandestin", achète un bateau à vapeur, le T.
Whitney, qui transporte des matériaux et des esclaves en fuite.
En septembre 1837, publie l’essai An Address on Non-Resistance
to Offensive Aggression : des moyens non-violents de droiture morale sont
nécessaires pour encourager un mouvement politique pacifique vers le
changement. « La pratique de la non-résistance à l’agression physique
n’est pas seulement compatible avec la raison, mais est la méthode la plus
sûre pour obtenir un triomphe rapide des principes de paix universelle. »
William Lloyd Garrison
(1805-1879), abolitionniste et éditeur étatsunien. Consacre sa vie
à lutter contre l'esclavagisme et les préjudices fondés sur la race, en
prônant une réforme morale et politique pour l'émancipation immédiate de
tous les esclaves, qu'il voit comme une nécessité absolue découlant de la
doctrine chrétienne de « non-résistance », liée à la reconnaissance des
droits égaux pour les femmes, et seule compatible avec la Règle d'or, le
droit naturel et les idéaux républicains.
En 1831, crée son journal, le Liberator (devise : « Je serai dur
comme la vérité, inflexible comme la justice »), qui ne cessera d'être
publié que lorsque "la cause" l'aura emporté. En 1833, participe à la
création de l’American Anti-Slavery Society, anime son action, et la
préside de 1843 à 1865. Poursuit son combat jusqu’à ce que le président
Abraham Lincoln abolisse l’esclavage, après quatre années de guerre
civile entre les États du Nord et du Sud (1861-1865).
« La non-résistance n'est pas un état de passivité, c'est un état
d'activité, luttant toujours avec le bon combat de la foi, toujours avant tout
pour assaillir le pouvoir injuste, luttant toujours pour la liberté, l'égalité, la
fraternité, dans aucun sens national, mais dans un esprit mondial. Il n'est
passif en ce sens qu'il ne retournera pas le mal pour le mal, ni ne donnera
coup pour coup, ni n'aura recours à des armes meurtrières pour la
protection ou la défense. »
Charles King Wipple
(1808-1900), militant abolitionniste étatsunien. Originaire de New-
buryport, actif dans la Société anti-esclavagiste du Massachusetts.
Chroniqueur dans The Liberator et Le Non-Résistant. Auteur en 1839 d'un
ouvrage intitulé Maux de la guerre d'indépendance, remet en question la
pertinence de l'utilisation de la violence et des moyens militaires pour
atteindre les objectifs révolutionnaires de l'indépendance. Souligne qu'une
révolution pacifique aurait probablement abouti à une société sans escla-
vage, sans massacre des Indiens. Défend la non-résistance*, inspirée par
des valeurs chrétiennes, en toute circonstance.
Il est impossible selon lui de savoir à l'avance si un bien peut
survenir d'un mal. Considérant que la voie de la négociation et de la
discussion avec les propriétaires d'esclaves a peu de chance d'aboutir, il
appartient aux personnes libres de s'organiser pour libérer pacifiquement
les esclaves, et de les aider à s'enfuir, notamment par le "chemin de fer
clandestin".
« Le premier devoir de bonne volonté de l'esclave envers son
propriétaire, est de refuser plus longtemps d'être esclave, est de mettre un
terme à cette relation qui fait sombrer l'esclave dans le mal et le péché ».
« « La soumission silencieuse et continue à l'esclavage est
complicité avec le propriétaire d'esclaves. »
* Terme alors utilisé pour désigner la résistance non-violente
Elihu Burritt
(1810-1879), philanthrope et militant social étatsunien. Travaille
d’abord comme forgeron. Conférencier prolifique, journaliste et écrivain.
Au début des années 1840, parcourt la Nouvelle-Angleterre, s'exprimant
contre la guerre et promouvant la fraternité, avec le sobriquet de « forge-
ron savant ». Fonde en 1844 à Worcester un journal hebdomadaire,
Christian Citizen. Prend la tête d'un groupe de pacifistes radicaux au sein
de l' American Peace Society. Après un séjour en Angleterre et en Irlande
en 1846-47, fonde l’organisation pacifiste League of Universal Brother-
hood (‘Ligue de la Fraternité Universelle’). Organise le premier congrès
international de Friends of Peace, à Bruxelles en septembre 1848.
En 1856-1857, donne des conférences abolitionnistes aux États-
Unis et publie son ouvrage majeur Thoughts and things at home and
abroad. Y développe sa philosophie de la non-violence qu’il appelle alors
"résistance passive" : « une puissance irrésistible lorsqu'elle s'oppose à
l'oppression, qu'elle vienne de l'étranger ou de l'intérieur », qui permet «
d'élever la plus petite nation au premier rang parmi les grandes puissan-
ces de la terre » dans la mesure où elle exprime « une dignité et une
volonté indomptable ».
Nommé par Abraham Lincoln consul des États-Unis à Birmingham
(1865-70)
Henry-David Thoreau
(1817-1862), écrivain états-unien d’ascendance française et
écossaise, naturaliste amateur, disciple et ami de Ralph Waldo
Emerson, influencé par des mystiques hindous et des idéalistes
allemands.
Démissionne de son poste d’instituteur car il refuse les
châtiments corporels, et ouvre une école privée. Sera ensuite
producteur de crayons et d’encre, puis géomètre.
Refuse de payer une partie de ses impôts pour protester
contre la politique esclavagiste et contre la guerre du Mexique
menées par son gouvernement.
Après son emprisonnement pendant une nuit, écrit en 1849
son Essai sur le devoir de désobéissance civile.
Critique l’économie et la société industrielles.
../..
Henry-David Thoreau
« Ce n’est pas à des ennemis lointains que je cherche querelle,
mais à ceux qui, tout proches, coopèrent avec eux, exécutent leurs
ordres, et sans qui ces ennemis seraient inoffensifs. (…) Il y a des
milliers de gens qui, par principe, sont opposés à la guerre et à
l’esclavage, mais qui en fait ne font rien pour y mettre un terme. (…)
Si la machine du gouvernement est de telle nature qu’elle vous
requiert pour être l’instrument de l’injustice envers votre prochain, alors,
je vous le dis, violez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour
bloquer la machine. (…)
Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la
véritable place de l’homme juste est en prison (…) La seule place que le
Massachusetts ait prévue pour ses esprits les plus libres et les moins
abattus, c’est la prison d’État.» ../..
Photos : - Gandhi en prison a lu Thoreau.
- José Bové devant la cabane reconstituée de Thoreau à Walden Pond
Henry-David Thoreau
« Je crois que nous devrions être hommes d’abord, et sujets
ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et
pour le bien. La seule obligation que je dois assumer est de faire à tout
moment ce que j’estime juste. »
« Même voter pour ce qui est juste, ce n’est encore rien faire pour
la justice. Ce n’est qu’exprimer faiblement son désir de la voir
triompher ».
« Tout homme qui a raison contre ses voisins constitue déjà une
majorité d’une voix. »
« Le sort du pays ne dépend pas de la manière dont vous votez
aux élections - le pire des hommes est aussi fort que le meilleur à ce jeu-
là -, il ne dépend pas du bulletin que vous déposez dans l’urne, mais de
l’homme que vous êtes dès l’instant où vous sortez de chez vous le
matin. »
Susan B. Anthony
et Elizabeth Cady Stanton
Susan Brownell Anthony, (1820-1906), enseignante et militante
états-unienne des droits civiques. Fille d’un père quaker militant pour
l’abolition de l’esclavage. Milite contre l’esclavage et l’alcoolisme.
Cofondatrice en 1869, avec Elizabeth Cady Stanton (1815-1902,
photo du bas), de la National Woman Suffrage Association. Lors de l'élection
présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un
second mandat, est arrêtée à Rochester et condamnée, pour avoir tenté
de voter, à une amende de 100 dollars qu’elle refuse de payer.
Sillonne les États-Unis et l'Europe pendant plus de 45 ans, en
donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes.
Co-écrit de 1884 à 1887 The History of Woman Suffrage, en 4
volumes.
Avec Lucrecia Mott, Elizabeth Cady Stanton, Josephine Brawley
Hughes, Matilda Joslyn Gage, Ida Husted Harper, Carrie Chapman Catt,
joue un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-
Unis qui aboutira en 1920 à l'adoption du 19ème amendement de la
Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
Léon Tolstoï
Lev Nikolaïevitch Tolstoï (1829-1910), écrivain et comte
russe, auteur de romans (Guerre et paix, Anna Karénine, etc.),
pièces de théâtre, nouvelles, journaux représentant 90 volumes.
En 1969, confronté à la perspective de sa mort, découvre la
foi en Dieu, mais rompt peu à peu avec l’Église orthodoxe à qui
il reproche son dogmatisme et sa fermeture, mais surtout de
trahir le message évangélique de non-violence.
Contestant la divinité de Jésus, il en est excommunié en
1901.
S’insurge contre la guerre russo-japonaise et contre la
peine de mort, appelle au refus de l’impôt et du service militaire.
../..
Léon Tolstoï
Milite pour l’émancipation des serfs, fonde une école où sont
enseignées des méthodes de résolution non-violente des conflits,
organise des actions de solidarité, défend les droits humains.
Peu avant sa mort, entretient une correspondance avec Gandhi et
soutient le jeune avocat indien dans sa lutte pour les minorités d’Afrique
du Sud.
« L’amour – c’est-à-dire l’aspiration à l’harmonie des âmes humaines
et l’action qui résulte de cette aspiration – l’amour est la loi supérieure,
unique de la vie humaine. (…)
Cette loi fut proclamée par tous les sages de l’univers, aussi bien par
ceux de l’Inde et de la Chine que par ceux d’Europe, Grecs et Romains.
Et je pense qu’elle a été très clairement exprimée par le Christ lorsqu’il
dit qu’elle seule "contient toute la loi et les prophètes". (…)
Les fils du monde chrétien ont accepté cette loi tout en se
permettant la violence. »
3ème et dernière lettre de Tolstoï à Gandhi le 7 septembre 1910
Leo Mechelin
Leopold Mechelin ou Léo Malines (1839-1914), homme politique
finlandais, professeur et homme d'affaires. Études de philosophie et docto-
rat en droit. Fondateur du ‘Parti libéral de Finlande’ (1880-1885), cofonda-
teur de l'Union Bank of Finland (1862) et de la société ‘Nokia’ (1871), à deux
reprises président du Conseil municipal d'Helsinki, membre du mouvement
pour la paix.
Personnage central du Kagaali, mouvement non-violent de résistan-
ce à la politique de russification de la Finlande ordonnée par le tsar Nicolas
II et mise en œuvre par le gouverneur général russe Nikolaï Bobrikov. En
1901, le Kagaali écrit au tsar une lettre ouverte s’opposant au projet de
conscription des Finlandais dans l’armée russe. La lettre recueille plus de
500 000 signatures. Le tsar rejette la demande et menace les objecteurs de
conscience de perdre leurs emplois. Des grèves sont organisées par le
Kagaali. Seulement 42 % des conscrits de la classe 1902 se présentent aux
conseils de révision : la conscription est abolie peu après, car les recrutés
sont considérés comme peu fiables par les autorités russes.
Voir le § « Résistance à la russification de la Finlande » dans le diaporama « Résistance
aux dictatures » de la série « Préparer une défense civile non-violente »
Image du bas : pierre commémorative érigée en l'honneur du mouvement de résistance Kagaali
dans le parc Tullisaari, à Laajasalo, Helsinki.
Michael Davitt
(1846-1906), homme politique irlandais. Né pendant la Grande famine
en Irlande*, 2ème des 5 enfants d’un couple de paysans pauvres. En 1850,
ils sont chassés de leur exploitation en raison de leurs arriérés de loyer et
émigrent en Angleterre. À 9 ans, travaille dans une filature textile, mais 2 ans
plus tard, perd son bras, pris dans une machine. N'est pas indemnisé. Un
philanthrope local finance son éducation dans une école méthodiste, bien
que Davitt soit catholique. En 1861, travaille dans une imprimerie où il reste
5 ans, tout en poursuivant ses études.
En 1865, rejoint l'Irish Republican Brotherhood (IRB). En 1867, aban-
donne l'imprimerie et se consacre à plein temps au militantisme irlandais.
Devient secrétaire de l'IRB pour le nord de l'Angleterre et l'Écosse, chargé
du trafic d'armes. Pour dissimuler cette activité, se fait représentant de com-
merce. ../..
* La Grande famine en Irlande* (1845-1851) est le résultat de 50 années d'interactions
désastreuses entre la politique économique impériale britannique, des méthodes agricoles inappro-
priées et l'apparition du mildiou sur l'île. Diverses estimations récentes évaluent à un million le nombre
total de victimes. Les Irlandais accusèrent le Royaume-Uni de les avoir volontairement abandonnés,
puisque Westminster était partisan de la théorie du Laisser faire : l'État ne doit pas se substituer au
marché. En revanche, l'armée britannique possédait les plus grandes réserves alimentaires d'Europe,
qu'elle refusa de partager. Cette catastrophe fut à l'origine d'un renouveau du nationalisme irlandais. La
forte immigration irlandaise, notamment en Amérique du Nord, est aussi une des conséquences de la
Grande famine.
Michael Davitt, Charles Stewart Parnell
et la Ligue agraire irlandaise
Afin de diffuser son programme sur la redistribution des terres,
cofonde en octobre 1879 l'Irish National Land League, dont l’objectif à
long terme est de permettre aux paysans d'accéder à la propriété des
terres*.
Charles Stewart Parnell (1846-1891, photo du haut), homme politique
et nationaliste connu, prend vite la présidence de la Ligue pour mieux en
contrôler la dimension égalitariste. Les grèves de loyers entraînent des
expulsions, contre lesquelles la Ligue se dresse.
Le boycottage est une stratégie de la Ligue, ainsi nommée en réfé-
rence au traitement réservé au capitaine Charles Cunningham Boycott,
régisseur de John Crichton, comte Erne, un landlord du comté de Mayo.
C.C. Boycott doit expulser les paysans qui n’ont pas payé tout leur loyer,
alors que suite à de mauvaises récoltes, ils demandent une réduction de
25 %. ../..
* Les principaux objectifs de la Ligue se résument dans l'expression des "3 F" :
1 - Fair rent : fixation équitable de la rente versée par les paysans irlandais au
propriétaire de la terre qu'ils exploitent, y compris en faisant appel à l'arbitrage ; 2 -
Fixity of tenure : assurance pour tout locataire qu'il ne peut être exclu de sa tenure
s'il verse régulièrement le loyer ; 3 - Free sale : possibilité pour un fermier de céder
son bail s'il le souhaite, au prix du marché.
Michael Davitt, Charles Stewart Parnell
et la Ligue agraire irlandaise
Quand un paysan prend la ferme d'un autre qui a été
renvoyé, quand un propriétaire expulse des paysans, « vous
devez l'éviter dans les rues du village, dans les boutiques, dans le parc
et sur la place du marché, et même au lieu de culte, en le laissant seul,
en le mettant en quarantaine morale ».
À la suite de la parution d'un manifeste appelant à ne plus payer
les loyers (le No Rent Manifesto de Parnell et d'O'Brien d'octobre
1881), les loyers sont intégralement versés aux organisateurs de la
Ligue ou au clergé local, qui tentent alors de négocier avec les proprié-
taires une réduction des loyers. Le boycott est également appliqué aux
locataires qui acceptent de payer tout leur loyer, à la police, ainsi
qu'aux magasins et autres entreprises qui commercent avec des
personnes boycottées. Les boycotts sont efficaces, car incontestable-
ment légaux au regard de la common law, non-violents et réellement
punitifs.
Aujourd’hui, le boycott est la cessation volontaire de toute relation
avec un individu, un groupe, une entreprise ou un pays, et le refus
d’acheter les biens qu'il met en circulation pour l’obliger à changer de
comportement et/ou à négocier.
Images : - Une scène d’expulsion de paysans en Irlande
- Le boycott des oranges Outspan d’Afrique du Sud pendant la période de l’apartheid
Hubertine Auclert
(1848-1914), militante féministe française. Jugée trop indépen-
dante par les religieuses, est écartée à deux reprises de la vie monacale.
Choisit l’engagement républicain et la conquête de la liberté pour les
femmes par la révision des lois du code Napoléon.
À Paris, rejoint l‘’Association pour le droit des femmes’, dissoute en
1877 et reconstituée sous le nom de ‘Ligue française pour le droit des
femmes’. En 1876, fonde la société ‘Le droit des femmes’ qui soutient le
droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société ‘Le
suffrage des femmes’.
Entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée
que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être
imposables. En 1881, lance La Citoyenne, journal qui plaide avec force
pour la libération féminine. En 1888, s’établit pour 4 ans avec son mari en
Algérie et elle y fait une enquête de terrain sur les femmes de ce pays.
En avril 1910, de concert avec Marguerite Durand, se présente
comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres
femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas
retenue.
« La femme doit participer à la vie publique, coopérer à la
transformation de la société, afin de s’assurer de n’être point sacrifiée
dans l’organisation sociale future. »
Benjamin R. Tucker
(1854-1939), philosophe et économiste étatsunien. Principal
partisan de l'anarchisme individualiste aux États-Unis, traducteur des
œuvres de Pierre-Joseph Proudhon. Dans son périodique libertaire
Liberty (1881-1908), fait une synthèse des théories de penseurs
européens (Proudhon, Herbert Spencer), d'anarchistes individualistes
américains, de la libre-pensée et des partisans de l'amour libre.
Pour lui, « un empiètement est le fait d'empiéter sur le domaine
d'un individu, domaine déterminé par les bornes à l'intérieur desquelles
sa liberté d'action ne se heurte pas à la liberté d'autrui. » L'individu a le
droit de se défendre contre des empiètements sur son champ d'action.
Toutefois, si « le droit de se défendre par la violence contre l'assujettis-
sement est incontestable, l'usage de ce droit n'est pas à conseiller tant
qu'on peut recourir à d'autres moyens. » Considère légitime le recours
à la violence dans certaines circonstances, mais le déconseille.
« Il n'y a pas un tyran dans le monde civilisé aujourd'hui, qui ne
ferait rien en son pouvoir pour précipiter une révolution sanglante plutôt
que de se voir confronté à une fraction importante de ses sujets déter-
minés à désobéir. (…) « La résistance passive est l'instrument par
lequel la force révolutionnaire est destinée à garantir à jamais les droits
du peuple. (…) Le temps des révolutions armées est fini, on en triom-
phe trop facilement. »
Clarence Darrow
(1857-1938), avocat étatsunien. Né dans la campagne de l'Ohio,
d’un père abolitionniste et d’une mère qui lutte pour le droit de vote des
femmes. Étudie à l'université de droit du Michigan, admis au barreau de
l'Ohio en 1878. Admirateur de Tolstoï qui, à cette époque, est le chantre de
« la non-résistance au mal par la violence », est profondément engagé
contre la peine de mort.
Auteur d'un important ouvrage Resist not evil (Ne résistez pas au
mal, 1902), dans lequel il développe une réflexion originale sur la non-
résistance appliquée aux crimes et aux peines. Envisage la philosophie de
la non-résistance comme alternative à la punition, aux châtiments et à la
vengeance. Se rend célèbre par ses plaidoiries en défense de militants
syndicalistes. Plaide pour que les deniers publics aujourd'hui investis dans
les prisons, le soient dans l'élimination de la pauvreté, l’emploi et le soula-
gement de la souffrance, ce qui éviterait les tentations criminelles des plus
pauvres. S'inscrit en faux contre l'opinion commune que la guerre serait
l'occasion pour les soldats de faire preuve de bravoure, alors que « sous
l'ivresse du patriotisme, du désir de gloire et de la peur du mépris, la
plupart marchent avec une volonté qui n'est qu'apparence. »
« Le vrai courage et la virilité proviennent de la conscience de
l'attitude vraie envers le monde, de la foi en son propre idéal, et de
l'assurance d'agir en conformité avec cet idéal. »
Georg Simmel
(1858-1918), philosophe et sociologue allemand. Étudie la philoso-
phie et l'histoire à la Friedrich-Wilhelm Universität de Berlin, docteur en
philosophie et professeur à l’université de Berlin. Atypique et hétérodoxe,
dépasse les clivages, pratique l'interdisciplinarité, s’intéresse à beaucoup de
sujets : l’art, le conflit, le secret, la mode, l’amour, le travail, l’argent, la ville,
les étrangers, les pauvres, la relation, la sociabilité et la socialisation : celle-ci
“se fait et se défait constamment, et elle se refait à nouveau parmi les
hommes dans un éternel flux et bouillonnement qui lient les individus”.
Avant lui, le conflit était compris comme une source de désintégration
sociale et un échec de la vie politique. Décrit au contraire le conflit comme
« une forme de socialisation ». Soutient que le conflit fait naturellement et
nécessairement partie de la vie, qu’il n’est pas un signe d’instabilité, mais
qu’il peut servir à renforcer la cohésion sociale.
Ses idées sont reprises dans les années 1950 par deux sociologues,
Lewis Coser (né Ludwig Cohen, germano-étatsunien, 1913-2003) et Ralph
Dahrendorf (germano-britannique, 1929-2009). Ils réagissent contre le
sociologue étatsunien Talcott Parsons (1902-1979) qui considère le conflit
comme « une maladie ».
Jane Addams
(1860-1935), réformatrice sociale états-unienne, sociologue,
philosophe et écrivaine. Contracte jeune une tuberculose à la colonne
vertébrale, qui lui cause une courbure du dos et des problèmes de santé
durant toute sa vie. Fascinée par les premiers chrétiens et par Tolstoï. À
la lecture de Devoirs de l'homme de Giuseppe Mazzini, commence à être
inspirée par l'idée de la démocratie comme un idéal social.
Créatrice en 1889 de la Hull House, maison pour les pauvres à
Chicago, centre de recherches, d'analyses empiriques, d'études et de
débats, puis de l’Aide sociale publique.
S’implique dans le mouvement qui réclame le droit de vote pour les
femmes. Rejoint la ‘Ligue anti-impérialiste’, en protestation à l'annexion
des Philippines par les États-Unis. En janvier 1915, entre au Women's
Peace Party dont elle devient présidente.
Avec Nicholas Butler (1862-1947, président de la ‘Fondation
Carnegie pour la paix internationale’, promoteur du pacte Briand-Kellog),
lauréate du prix Nobel de la paix en 1931 pour ses actions dans le
domaine de l’éducation et de la santé.
Présidente de la ‘Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la
Liberté’ (WILPF) de 1915 à 1935, membre de la branche américaine du
‘Mouvement International de la Réconciliation’ (International Fellowship
of Reconciliation - IFOR).
Romain Rolland
(1866-1944), Français, professeur d’histoire de l’art, agrégé d’histoire,
écrivain.
Recherche la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la
Première Guerre mondiale. Prix Nobel de littérature en 1915. Fondateur de
la revue Europe en 1923.
Tenaillé par son idéal humaniste et sa quête d’un monde non-violent,
admire Léon Tolstoï. Pendant 30 ans, cultive une relation privilégiée avec
l’Inde.
En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître le
Mahatama, qui qualifie R. Rolland en 1928 "d’homme le plus sage de
l’Europe" et le rencontre en 1931 dans sa maison au bord du lac Léman
(photo du haut).
« Un héros, c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. » R.R.
« Vous pouvez être fier de posséder cette "grande âme".
L’Europe n’en a aucune qui l’approche, de bien loin ! » M. K. Gandhi
Emily Greene Balch
(1867-1961), États-unienne, professeure d’économie et de
sociologie, syndicaliste. Après avoir étudié en tant que sociologue les
conditions des travailleurs, des immigrants, des minorités et des
femmes, se déclare socialiste dès 1906. Quaker dès l’âge de 34 ans,
milite pour le suffrage universel et l'égalité des races, s'oppose au
travail des enfants.
Mène campagne contre l’entrée des États-Unis dans la première
Guerre Mondiale, est exclue pour cette raison de son poste de
professeure au Wellesley College (Massachusetts).
Devient éditrice de The Nation, journal liberal, participe à la
création du syndicat des femmes américaines, milite pour le suffrage
universel, l'égalité des races et contre le travail des enfants.
Membre de la Wooman International League for Peace and
Freedom (WILPF) et de l’International Followship of Reconciliation
(IFOR-MIR).
Participe à la fondation de la ‘Société des Nations’ (SDN), fonde
des écoles internationales d’été. Lors de la 2ème guerre mondiale,
s’implique dans l’accueil des réfugiés et notamment des Juifs.
Prix Nobel de la paix en 1946 avec John Raleigh Mott (1865-1955,
fondateur de la World Student Christian Federation
Mary Parker Follett
(1868-1933), consultante étatsunienne. Élevée dans la tradition
quaker, étudie au Radcliffe College, annexe féminine d’Harvard. Travaille
pendant 25 ans dans un des pires quartiers de Boston, y crée et organise
avec succès des structures sociales (maisons de quartier, clubs de jeunes,
services d’éducation populaire et d’orientation professionnelle) en faveur de
l’intégration de populations immigrées. S’engage dans des associations qui
militent pour le droit de vote pour les femmes ou combattent l’alcoolisme.
Intervenante dans différents organismes chargés de prévenir ou
régler des conflits du travail. Formatrice et consultante en management,
pionnière de la théorie des organisations du point de vue des ressources
humaines et de la démocratie participative.
Avec Eduard Christian Lindeman (1885-1953), crée un ‘Comité
pour l’étude de la nature constructive du conflit.’ Préconise une approche
évitant de sacrifier les précieuses différences qui font la richesse d’une
société, tout en parvenant à un accord entre des points de vue éloignés,
voire opposés. Distingue 3 manières de régler un conflit : la domination, le
compromis et l’intégration, sortie par le haut suite à un conflit constructif.
« Ce que les gens entendent souvent par ‘éliminer les conflits’ est en fait
‘éliminer la diversité’. Le conflit n’est pas nécessairement l’expression brutale et
coûteuse d’incompatibilités, il est un processus normal par lequel des différences
précieuses pour la société s’affirment et font progresser tous ceux qui sont
concernés. » ■

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  • 1. Trombinoscope historique de la non-violence 1- Précurseurs de la non-violence jusqu’à Gandhi Étienne Godinot .15.08.2022
  • 2. Rappel Trombinoscopes "Chercheurs d’humanité" Parmi les diaporamas en ligne sur ce site Internet figurent 7 familles (et quelques sous-familles) de "trombinoscopes" ou galeries de portraits : 1 - Eco* - Penseurs et acteurs d’alternatives économiques 2 - Sté* - Penseurs et acteurs d’un changement sociétal (éducation, droits humains, urbanisme, santé, politique, etc.) 3 - NV* - Penseurs et acteurs de la non-violence et de la résolution non-violente des conflits 3 - Jus* - "Justes" ayant protégé des personnes persécutées 4 - Alter* - Penseurs et acteurs de l’écologie et de l’altercroissance 5 - Sci* - Chercheurs de connaissance, science et technique 6 - San* - Chercheurs de connaissance, science et pratique que dans le domaine de la santé physique et psychique 7 - Sens* - Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité). *Abréviation dans le répertoire alphabétique Voir le diaporama « Présentation générale et mode d’emploi » ../..
  • 3. Abraham ‟Père de multiples nations”, vers 1900 ans avant J.-C. Personnage probablement plus symbolique qu’historique, patriarche des Hébreux et père des trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam. Ibrahim pour les Musulmans. Chef d’une tribu de pasteurs semi-nomadiques, aurait vécu en Haute Mésopotamie à Ur, puis à Harân. Non loin des sanctuaires élevés en l’honneur des dieux de la fécondité, ces tribus et leurs chefs ont peu à peu la certitude d’un Dieu unique. Certaines d’entre elles acquièrent probablement peu à peu la conviction que Dieu ne peut pas supporter et refuse les sacrifices humains. Dans la tradition biblique, part au pays de Canaan, est invité par un ange de Dieu à ne pas immoler son fils Isaac, et le remplace sur l’autel par un bélier. « Le messager du Seigneur l’appela alors de la part de Dieu : « Abraham, Abraham ! (…) Ne touche pas à l’enfant, ne lui fais aucun mal » Genèse, 22, 11 Images : - Ziggurat d’Ur en Chaldée (vallée du Tigre et de l’Euphrate, époque sumérienne) - Tableau de Laurent La Hire, 1650. Abraham sacrifiant Isaac
  • 4. Moïse (- 1392 - 1272), Personnage biblique, premier prophète du judaïsme, considéré comme légendaire ou symbolique par la grande majorité des archéologues, philologues et autres scientifiques spécialistes de la Bible et des lieux bibliques. Le récit de sa naissance ressemble de près à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire, fondateur de l'Empire assyrien Dans la tradition biblique, fils d’Amran et de Jocabed, conduit le peuple d’Israël hors d’Égypte en ouvrant la mer Rouge. L’exode de 40 ans dans le désert, dont on ne trouve aucune trace archéologique, est aujourd’hui considéré par beaucoup comme une construction théologique ou un parcours spirituel.* Écrit « sous la dictée de Dieu » sur le mont Sinaï les dix paroles (Décalogue) ou commandements, dont le 6ème, "Tu ne tueras pas". La traduction d'André Chouraqui "Tu n'assassineras pas" donne une autre interprétation de ce commandement, qui ne couvre pas l'homicide en cas de guerre, de légitime défense, ou prononcé par un tribunal régulier (peine de mort). Photos : - Moïse recevant les tables de la loi, par Marc Chagall - Les 10 commandements en hébreu sur un parchemin Selon l'historien Nadav Naaman, ce récit de l'Exode et de la conquête de Canaan constitue probablement une construction biblique littéraire et théologique qui évoque la perte du contrôle militaire égyptien en Canaan vécue comme une libération, la mémoire culturelle juive transférant cette situation par la mise en scène d'une sortie d'Égypte.
  • 5. Zoroastre ou Zarathoustra, penseur, sage et prophète, fondateur du zoroastrisme, ayant existé, selon les études, entre le 15è et le 11è siècle, ou entre le 7è et le 6 è siècle avant J.-C., au nord-est de l'Iran actuel. Réforme le mazdéisme sur la base de trois principes, « les bonnes pensées, les bonnes paroles et les bonnes actions », d’une démarche éthique et d’une conscience claire en vue d’atteindre la plénitude spirituelle. Combat les sacrifices d’animaux, considère tous les hommes et toutes les femmes sur un pied d’égalité, indépendamment de leurs croyances et opinions, appartenance ethnique ou raciale. Non seulement ses idées ne plaisent pas, mais surtout elles remettent en cause le pouvoir établi. Pourchassé par le peuple, doit s'enfuir pour sauver sa vie. « Le bonheur appartient à celui qui apporte le bonheur aux autres. » Les zoroastriens ont été victimes de persécutions particulièrement par les Musulmans. Ceux qui ont fui en Inde sont connus sous le nom de Parsi. Photo du haut : le Farvahar symbolise le Fravashi, ange gardien d’un individu, l’univers sans fin ( le grand anneau central), la sagesse et l’amour (le petit anneau) se déplaçant vers l’avant pour conduire l’homme au progrès, à la droiture, au bonheur
  • 6. Le premier Isaïe "Isaïe" est le nom de trois prophètes de l’histoire judéo-chrétienne dont les textes ont été composés sur trois siècles entre 750 et 400 avant J.-C. Le prophète est celui qui rappelle, à temps et à contre temps, les exigences de la conscience. « Nul ne brandira plus le glaive meurtrier et l’on n’apprendra plus la guerre. Alors de leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs javelots des serpes. » « Le loup vivra avec l’agneau. Le tigre gîtera près du chevreau. Le veau, le lionceau seront nourris ensemble, et un enfant les conduira. » « Cet homme d’action est sans doute le premier homme que le rêve d’une humanité entièrement pacifiée ait hanté, qui ait pensé à la défaite de l’injustice, de la guerre (…) et qui ait annoncé une mutation cosmique. Il a été choqué non seulement par la violence des hommes, mais par celle qui règne dans la nature. Marx, Lénine et Mao ont-ils jamais eu comme lui leur nuit troublée par la lutte des espèces dans la jungle ? Il est en cela le premier, et peut-être le seul révolutionnaire de l’histoire. » André Chouraqui (photo du bas) Photo du haut : Le forgeron transformant l’épée en charrue. Statue offerte par l’URSS à l’ONU en 1959, installée devant le siège de l’ONU à New-York
  • 7. Mahāvīra De son vrai nom Vardhamarma Jnatiputra, ou Mahavira (‘Le Grand Héros’, - 599 à - 527 ou - 549 à - 477 ? ), ascète jaïn, né dans le Bihar. Dernier des 24 Tirthankara (guides de la voie de la libération) jaïn. La tradition jaïna indique que le premier des 24 "Tirthankara" est Rsabha, considéré comme le précurseur de la civilisation humaine. Des preuves historiques permettent d'affirmer l'existence du 23ème instructeur, Parsva (- 877 à -777). De même, les historiens acceptent celle du 22ème , Nemi, que la tradition considère comme cousin de Krishna. À l'âge de 30 ans, devient un sadhana (ascète), abandonne tout vêtement, jugeant que le détachement du monde exige la pratique de la nudité (bodiya pratiquée par les Digambara et certains Sâdhus) endure pendant 12 ans de nombreuses épreuves physiques et men- tales et pratique la méditation. Enseigne ensuite pendant 30 ans à travers toute l'Inde les principes du jaïnisme. Son enseignement, à destination des moines, est réuni dans l'Acaranga Sutra. L'emblème du jaïnisme est une main symbolisant le réconfort moral et la compassion, dans laquelle est inscrit ahimsa c'est-à-dire non-violence. La phrase en sanskrit sous la main signifie : " Toutes les vies sont interdépendantes et donc se doivent un mutuel respect, une mutuelle assistance". ../..
  • 8. Mahāvīra Les 4 principes du jaïnisme sont les suivants : - L’identité de l’homme est à la fois matérielle et spirituelle, - L'homme n'est pas parfait, - L'homme est capable de vaincre sa nature matérielle, - L'homme est seul responsable de son avenir. Les 5 vœux principaux (mahavratas) sont exposés à travers un dialogue entre Mahavira et l'un de ses disciples : - Ne pas exercer de violence sur les êtres vivants, - Ne pas faire de tort par la parole, - Ne pas voler, - Fidélité sexuelle (couples) ou chasteté (moines), - Ne pas s'attacher aux biens matériels. . Les 4 vertus du jaïnisme sont : - le bienveillance pour tous les êtres vivants, - la joie de voir des êtres plus avancés que soi sur la voie de la libération, - la compassion envers les personnes et créatures malheureuses, - l’indifférence envers ceux qui se conduisent mal. ../.. Photos : - L’hôpital pour oiseaux à Delhi . - Élevage industriel de poulets en France
  • 9. Mahāvīra Pour les occidentaux, jaïnisme et bouddhisme semblent très proches par la réincarnation et le karma. Toutefois, au-delà des nombreuses différences, notam- ment dans les détails de la vie religieuse, le jaïnisme ne vénère pas de Dieu et considère que le monde existe depuis toujours, l'hindouisme considère que l'univers a été crée et vénère les différentes formes d'un seul Dieu, créateur. Le jaïnisme est la seule grande religion à avoir toujours prescrit le strict végétarisme et la non-violence absolue envers tous les animaux. Outre les 5 vœux du laïc, les vertus de base du jaïn s'incarnent dans l'abstention de consommer la viande, le vin et le miel. L’incitation jaïna à la non-violence attire l’attention sur - les supports de la violence (action physique, parole, pensée), - les processus engageant la violence (préparatifs, planification), - les modalités de la violence (directe, incitation, approbation), - la motivation de l’action violente (colère, avidité, manipulation). Photos : - À la différence des végaliens, les végétariens mangent les produits issus des animaux (beurre, œufs, fromage, miel, etc.) et s’en vêtissent (laine). - Femmes jaïns portant un voile sur la bouche et sur le nez pour ne pas avaler de moustiques. Les Occidentaux, s’étonnant de cette pratique, voire la décriant, oublient l’essentiel, à savoir les vœux et les vertus du jaïnisme
  • 10. K’ong Fou Tseu ou Kongfuzi, (nom latinisé en Confucius par les missionnaires du 16ème siècle). Philosophe chinois (- 552, - 479 avant J.-C.), contemporain du Bouddha, de Nabuchodonosor et de Pythagore. Homme de grande érudition et de caractère, profondément respectueux des idéaux de la tradition. Fonctionnaire, maître d’école, gouverneur de la ville puis intendant des travaux publics de la principauté de Zongdhu. Victime d'une conspiration suscitée par ses résultats, exilé, erre pendant 14 ans, puis rentre au pays natal. Instaure une morale sociale axée sur la vertu d’humanité, l’équité et le respect des rites cultuels. Attache une grande valeur au pouvoir de l’exemple, soutient que les gouvernants doivent mener une vie exemplaire. Veut appliquer la morale à la vie politique. Les 5 vertus majeures sont pour lui : la courtoisie, la magnanimité, la bonne foi, la diligence et la bonté. Son enseignement a donné naissance au confucianisme, doctrine politique et sociale érigée en religion d'État dès la dynastie Han et qui ne fut officiellement bannie qu'au début du 20ème siècle. « Entre les 4 mers, tous les hommes sont frères. » «Le maître-mot de Confucius est “apprendre”.» Anne Cheng siècle,
  • 11. Lao Tseu (« le vieux maître »), philosophe chinois (considéré par certains comme une personnalité symbolique) contemporain de Confucius. Sa doctrine, le taoïsme, est condensée dans un ouvrage de 5 000 caractères, le Livre de la Voie et de la Vertu ( ou Tao Te King). Il aurait rédigé cette œuvre au cours d’un long voyage vers l’ouest , à dos de buffle, qui marque le dernier épisode connu de sa vie. Selon le Diction- naire de la sagesse orientale, le wu-wei ou non-agir, souvent traduit par ‘lâcher prise’, est « une attitude de non intervention dans le cours naturel des choses, une spontanéité totale qui s'adapte sans la moindre idée préconçue ni la moindre intention à chaque situation nouvelle. » La philosophie du non-agir trouve une résonnance particulière quand il s'agit de savoir ce qu'il faut faire ou ne pas faire face à son adversaire ou son ennemi. Lao Tseu parle explicitement de « s'opposer sans armes ». « Je traite avec bonté ceux qui ont la bonté. Je traite avec bonté ceux qui sont sans bonté. Et ainsi gagne la bonté » « La bonté en parole amène la confiance. La bonté en pensée amène la profondeur. La bonté en donnant amène l'amour. » « Tous les malheurs de l'humanité, proviennent, selon Lao Tseu, non pas de ce que les hommes négligent de faire ce qui est nécessaire, mais de ce qu'ils font ce qui ne l'est pas ; de sorte que si les hommes pratiquaient, comme il le dit, le non-agir, ils seraient non seulement débarrassés de leurs calamités personnelles, mais encore de celles inhérentes à toute forme de gouvernement » Léon Tolstoï
  • 12. Le Bouddha Siddharta Gautama (v. - 560 à v. - 480), dit le Bouddha (« l’éveillé »), prince népalais issu de la tribu guerrière des Sakya. À l’âge de 29 ans, s’enfuit de son palais pour se mettre en quête de la Vérité, qu’il découvre après une vie errante et de dures ascèses. L’existence est la souffrance, et la souffrance a son origine dans le désir, qui ne peut jamais être comblé. La sagesse consiste donc à vaincre le désir par la méditation, la compassion, la distance par rapport au bonheur et aux malheurs, et à avoir conscience de l’impermanence. Selon le Dictionnaire de la sagesse orientale, la pensée juste (ou parfaite) implique une « volonté de renoncement, de tolérance et de bienveillance envers tous les êtres vivants », et le mode de vie juste signifie « la volonté d'éviter toute profession pouvant nuire à d'autres êtres vivants ». Le comportement juste se décline généralement en 5 préceptes, souvent exprimés de façon négative : 1 - s'efforcer de ne pas nuire aux êtres vivants ni prendre la vie (principe d'ahimsa), 2 - de ne pas prendre ce qui n'est pas donné, 3 - de ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte, 4 - de ne pas user de paroles fausses ou mensongères, 5 - de s'abstenir d'alcool et de tous les intoxicants. ../..
  • 13. Le Bouddha Pour Albert Schweitzer (1875-1965), l'ahimsa dans le bouddhisme se distingue du jaïnisme en ce sens qu'il est fondé sur la pitié et non pas sur l'idée de se préserver à l'écart de la souillure du monde. Pour Carl-Albert Keller (1920-2008), théologien protestant et historien des religions, l'ahimsa, dans la philosophie bouddhiste, « impli- que une attitude positive envers les êtres qui respirent », « s'appuie sur un sentiment d'amitié et de solidarité avec les êtres vivants », est « un comportement fait de bienveillance et de disponibilité ». Pour Cécile Becker, historienne des religions asiatiques, « en désignant le fait de s'abstenir de porter atteinte, de blesser ou de tuer tout être vivant comme un thème fondamental de son enseignement, le Bouddha s'oppose en fait implicitement à la violence sacrificielle et à l'ordre socioreligieux brahmanique, et énonce une nouvelle échelle de valeurs. » «Ne blesse pas autrui de la manière qui te blesserait.» «N’ayez qu’une seule passion : celle du bien des autres (…). Tous ceux qui sont malheureux le sont pour avoir cherché leur propre bonheur. Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le bonheur d’autrui. »
  • 14. Mo Tseu ou Mozi, ou Möti, latinisé Micius (littéralement "maître Mo"), de son vrai nom Mo Di, (v.- 479, v. - 392), philosophe chinois. Commence par adhérer au confucianisme avant de s'en démarquer et de créer sa propre école de pensée (moïsme) dont les thèses remettent en cause à la fois des enseignements confucianiste et taoïste. Voyant l'origine de la guerre et de tous les crimes dans l'hostilité avec laquelle l'homme considère ceux de ses semblables qui lui sont étrangers, prêche pour une vaste communauté humaine solidaire où chacun traiterait autrui, si éloigné qu'il soit, en prochain, par la pratique de l'amour universel. L’être humain doit convertir son intérêt individuel en intérêt général, chacun trouvant son compte dans le bien commun. « Voici certainement la maxime d’amour : ne pas faire aux autres ce que l’on ne veut pas qu’ils vous fassent. » « L’attaque des petits États par les grands, le pillage des faibles par les forts, l’oppression de la minorité par la majorité, la tromperie du simple par la ruse, le dédain du noble pour l’humble sont quelques unes des calamités du monde. (…) À quelle loi du Ciel obéirons-nous ? À celle d’aimer tous les hommes universellement. »
  • 15. Zacharie (vers - 520 - 480), prophète de la Bible, proclamant les exigences de bonté, de justice et de vérité sous le règne de Darius 1er, roi de Perse, mais les auteurs anonymes désignés sous le nom de Deutéro-Zacharie écrivent (Za, 9 et suivants) au 4ème et au 3ème siècle avant J.-C. « Réjouis-toi, crie de joie, Jérusalem ! Crie de joie ! Voici ton roi. Il vient à toi, juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un tout jeune ânon. D’Israël, il fera disparaître les chars de guerre, et de Jérusalem, les chevaux de combat. Il brisera l’arc des guerriers et annoncera la paix aux nations. » (Za, 9, 9-10) Jésus de Nazareth répond clairement à ce passage quand il entre dans Jérusalem sur un ânon avant de chasser du Temple les vendeurs et les animaux destinés au sacrifice et d’être condamné à mort. C’est un symbole d’opposition à Pilate qui, au même moment, entre à Jérusalem sur un cheval de guerre. À l’époque de Zacharie et plus encore du temps de Jésus, le cheval symbolise le pouvoir des puissants tandis que l’âne est l’animal du pauvre et du pacifique. L’oracle de Zacharie décrit un dirigeant d’un genre nouveau qui apporte à l’humanité l’exigence de non-violence et de simplicité.
  • 16. Socrate (470-399 avant J.-C.), philosophe grec, un des premiers penseurs de la philosophie morale et politique. N’a laissé aucun écrit, mais sa pensée et réputation se sont transmises par des témoignages indirects (Platon, Xénophon, Aristophane et Aristote). Citoyen exemplaire, s'oppose à la démagogie qui règne alors à Athènes. Dans des discussions avec les habitants de la ville, répond à des questions par des questions, pousse chacun, tel un accoucheur, à dépasser le niveau des vérités de sens commun et à partir en quête de la connaissance vraie. Insoumis au tyran Citrias, refuse de fuir la ville à la suite de son procès. Boit lui-même la ciguë qui le condamne. « Il ne faut donc pas répondre à l’injustice ni faire du mal à aucun homme, quoi qu’il nous ait fait » « S’il me fallait absolument commettre l’injustice ou la subir, je préférerais la subir plutôt que la commettre. »
  • 17. Aristophane (v. - 450, v. - 385), poète comique grec. Auteur d’au moins 44 pièces, dont beaucoup sont perdues. Critique par de grands éclats de rire les politiciens démagogues et va-t-en-guerre, la pernicieuse manie des procès, les maîtres d'incivisme et de décadence. La hardiesse des poètes comiques, le retour au pouvoir du parti aristocratique et les malheurs d'Athènes aboutissent à une loi qui interdit formellement les attaques contre les personnes : c'est l'arrêt de mort de la comédie ancienne. Tente des voies nouvelles, inaugure la satire des mœurs. Attaché à la cause des petits propriétaires campagnards et des paysans appauvris par la guerre, victimes des hommes d'affaires et des intrigants de la ville, attaque le régime d’Athènes et les chefs de file de la classe politique. Ses sympathies et ses détestations trouvent leur source dans un profond besoin de fraternité. « Disperse loin de notre ciel la guerre et ses rauques tumultes. Mets un terme à ces soupçons alambiqués qui nous font jaser sur le compte les uns des autres. De nous tous, nous les Grecs, refais une pâte intimement liée par un ferment d'amour ; infuse en nos esprits, pour en ôter le fiel, quatre grains d'indulgence. » « Former un homme, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu ! » ../..
  • 18. Aristophane : Lysistrata Lysistrata ("celle qui délie l'armée") est une comédie d'Aristophane écrite en - 411. Alors qu’Athènes et Sparte sont en guerre pendant la guerre du Péloponnèse (- 431, - 404), les femmes se plaignent de l’ab- sence de leurs maris et de leurs fils qui risquent leur vie, de tout l’argent que coûte la guerre, des privations qui s’ensuivent. Lysistrata, une belle Athénienne rusée et audacieuse, convainc les femmes d'Athènes - Cléonice, Myrrhinè, Lampito - ainsi que celles de toutes les cités grecques, de déclencher et de poursuivre une grève du sexe, jusqu'à ce que les hommes reviennent à la raison et cessent le combat. Elles envahissent l’Acropole où est stocké l’argent public, pour empêcher les gouvernants de dilapider les fonds en achats d’armes et de bateaux. « Aucun amant ni aucun époux ne pourra m'approcher. Je mènerai chez moi une vie chaste, vêtue de robe légère, et parée, afin d'exciter les désirs de mon époux. Jamais je ne m'y prêterai de bon gré. Et s'il me prend de force, je ne ferai rien que de mauvaise grâce et avec froideur. Dans Les Thesmophories (- 412), les femmes organisent une véritable assem- blée et prennent des décrets. Dans L'Assemblée des femmes ( -392), les femmes déguisées en hommes décident, après avoir pris le pouvoir, de faire tout le contraire de ce que font les hommes. Pour Aristophane, ce gouvernement des femmes est une forme d'utopie, incarnant son rêve de paix et de bonheur, inventant la paix perpétuelle et une forme de vie communautaire.
  • 19. L’interposition des Sabines Cette comédie grecque est à rapprocher de l’interposition des Sabines entre les Romains et les Sabins, racontée par l’historien Tite-Live (v. - 60, + 17). Peu après la fondation de Rome, Romulus invite les Sabins, habitants du Quirinal et du Capitole, à des jeux équestres. C’est un piège : les femmes sont emmenées de force par des Romains qui souhaitent repeupler leur ville. Romulus explique que ce rapt est une noble et ancienne coutume grecque. Ulcéré, le roi sabin Titus Tatius attaque le Palatin, mais une intervention des Sabines, à présent romaines, décide les combattants à jeter les armes. Pour le philosophe Plutarque (45-120), cet épisode symbolise la fondation du Forum, lorsque le champ de bataille laisse la place à un espace d’échanges. Si les historiens ont longtemps douté de la réalité de cette légende, on sait maintenant, grâce à des vestiges retrouvés sous des temples, que ce Forum date des débuts de Rome (8ème -7ème siècle av. J.-C.). La réalité de ce premier conflit est donc possible. Images : - Tableau Les Sabines arrêtant le combat entre les Romains et les Sabins peint en 1799 par Jacques-Louis David (1748-1825) - Adèle : détail du tableau de David Les Sabines (Adèle de Bellegarde, 1772-1830, aristocrate savoisienne, emprisonnée lors de la Révolution française, modèle du peintre David).
  • 20. Ashoka (v. 304-232 avant J.-C.), troisième empereur de la dynastie indienne des Maurya, parvenu au pouvoir en faisant assassiner ses frères et 99 membres de sa famille. Devient maître d’un immense empire. Subit une profonde crise morale à cause des horreurs de la guerre du Kalinga (- 261). Retourné par son neveu bouddhiste Nigrodha, se convertit lors de son voyage à Bodhgaya, fait une retraite d’un an dans un monastère. Son comportement et sa politique s’inspirent ensuite par la non-violence et la compassion : la guerre est abolie, les fonctionnaires ont pour mission de garantir la justice et la tolérance religieuse. ../..
  • 21. Ashoka Met un terme aux sacrifices d’animaux dans les rituels brahmaniques. Premier souverain au monde à faire de la non-violence un principe d’organisation politique. À sa mort, après 37 ans de règne, ses enfants se partagent son empire et les règles habituelles de la vie sociale et politique reprennent leurs droits… «Aux fonctionnaires : gagnons donc l’affection des hommes.» «Le roi ami des dieux au regard amical veut que toutes les écoles de pensée et religions puissent résider partout.Car toutes veulent la maîtrise des sens et la pureté de l’âme.» «Le but suprême est de faire le bien du monde entier.» Édits gravés sur rocher Image : chapiteau aux lions surmontant les colonnes dressées dans l’empire, devenu l’emblème de la République de l’Union Indienne
  • 22. Jésus de Nazareth Ieshoua (« le désétrangleur ») (- 6, + 35 environ), Palestinien de religion juive. Dans sa fratrie, a au moins 4 frères et 2 sœurs. Fait l’expérience d’une telle proximité et d’une telle confiance en Dieu qu’il l’appelle Abba (Papa). Prêche le souci des exclus et la bonté, la joie et l’espérance, la non- violence et le pardon, la liberté et la responsabilité. Demande de ne pas répondre au mal par le mal et d’aimer ses ennemis. Dans une sainte colère, s’insurge contre la religion sacrificielle en chassant, avec les vendeurs du Temple de Jérusalem, les animaux destinés au sacrifice. Combat les préjugés, la peur, les superstitions religieuses, l’hypocrisie, le dogmatisme et le ritualisme. En conflit permanent avec les religieux, particulièrement les Sadducéens. Photo : Le Christ de Georges Rouault, vitrail, Cleveland Museum ../..
  • 23. Jésus de Nazareth Condamné à mort par les Grands prêtres, supplicié et crucifié à leur demande par l’occupant romain. Mort non pour racheter le péché du monde, mais pour être fidèle aux exigences intérieures qui l’animaient et pour dire la non-violence de Dieu. Présent après sa mort dans le cœur de ses disciples, « a fait faire à son espèce le plus grand pas vers le divin » (Ernest Renan) « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis. » « Celui qui dit "J’aime Dieu" alors qu’il a de la haine pour son frère, c’est un menteur ! » « Le Shabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le Shabbat. » « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » « Rengaine ton épée, car quiconque prend l’épée périra par l’épée. » « Le royaume des Cieux est au-dedans de vous. » Tableau : Le retour de l’enfant prodigue, Rembrandt Livre : Le royaume de Cieux est en vous, commentaire de Jésus par Léon Tolstoï ../..
  • 24. Jésus de Nazareth « En marche les humbles, en marche les humiliés, en marche les endeuillés, en marche les affamés et les assoiffés de justice, en marche les cœurs purs, en marche les faiseurs de paix, en marche les persécutés à cause de la justice. » « Je ne suis pas venu apporter la paix (la tranquillité), mais le glaive (la parole qui bouscule). » « Si l’on te donne une gifle sur la joue droite, tends la joue gauche » * « Femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne** ni à Jésusalem que vous adorerez le Père. (…) Voici l’heure, et c’est maintenant, où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » * c’est-à-dire : ne pas répondre par la violence, rompre l’escalade de la violence ** le Garizim, lieu saint des Samaritains, près de Naplouse. Actualisation : ni à Bénarès, ni à Lhassa, ni à Jérusalem, ni à Rome, ni à La Mecque… Tableu : Jésus et la femme adultère, Lucas Cranach l’Ancien
  • 25. Nagarjuna (entre 150 et 250 après J.-C.), moine, philosophe et écrivain bouddhiste indien, originaire de la région correspondant à l'Andhra Pradesh actuel. Fait un apport essentiel à la logique, par l'usage systématique du tétralemme*, sa réfutation de la logique indienne, et utilise trois types de réfutation : l'impossibilité logique, l'impossibilité réelle, le constat d'inexistence. Sa doctrine mène à la responsabilité et à la compassion universelles, au respect des êtres sensibles et de l’environnement. Condamne la torture, refuse la peine de mort et préconise un traitement des prisonniers pour les réhabiliter. Prône une égalité statutaire et une solidarité sociale qui permettant que chacun évolue individuellement et se différencie comme il le souhaite. Préconise l’association libre de personnes qui se soutiennent pour se libérer de la souffrance. * Le tétralemme (du grec tetra, "quatre" et lēmma, "proposition") étend la notion du dilemme à un choix entre quatre issues.
  • 26. Maximilianus (v. 274 - v. 295, du latin ‘plus que maximus’ : plus grand), jeune chrétien et martyr berbère originaire de Theveste en Numidie orientale (aujourd’hui Tébessa à l’est de l'Algérie), alors que l’empereur Dioclétien veut supprimer les religions inassimilables et combat le platonisme, le manichéisme, le judaïsme et le christianisme (« la grande persécution de Dioclétien »). Fils d’un agent recruteur de l’armée impériale. En l’an 295, appelé à servir dans les légions romaines à l’âge de 21 ans. Déclare au proconsul Dion Cassius que l’Évangile est incompa- tible avec toute forme de violence et lui interdit de porter les armes : « Je ne peux pas servir dans l’armée. Je ne peux pas faire le mal. Je ne serai pas un soldat de ce monde. Je suis un soldat du Christ. » Comme il persiste dans son refus, est décapité, l’autorité romaine ne voulant pas que cette attitude se répande parmi les Chrétiens, de plus en plus nom- breux dans l’empire. Les actes de sa passion sont l'un des documents historiques les plus solides dont on dispose sur la grande persécution de la fin du 3ème siècle en Afrique du Nord. Reconnu comme martyr par l'Église catholique sous le nom de St Maximilien (fêté le 12 mars) Souvent considéré comme le premier objecteur de conscience de l'histoire.
  • 27. Mauricius et la légion thébaine L'exemple le plus célèbre de la non-violence des premiers chrétiens est celui de la légion thébaine. Bien que l'historicité de l'événement ne soit pas complètement avérée, plusieurs sources racontent le massacre de cette légion romaine, composée de chrétiens coptes, avec à sa tête un dénommé Maurice, qui refuse, en l'an 286, d'obéir à des ordres impériaux lui enjoignant de persécuter des chrétiens à Agaune, une cité celte (aujourd'hui nommée Saint-Maurice en Valais sur le territoire suisse). Les soldats auraient refusé l'ordre, motivés par leurs chefs Maurice, Exupère et Candide. Devant cette insubordination, Maximien aurait ordonné en 286 le massacre de la légion soit des 6 600 soldats et de leurs chefs. Environ 80 ans plus tard, les restes des martyrs auraient été exhumés par l'évêque d'Octodure Théodule puis inhumés dans une chapelle funéraire sur le site de la future abbaye de Saint-Maurice. Le peintre Domínikos Theotokópoulos, dit El Greco (1541-1614) immortalisera cette tragédie en 1582 sur une immense toile nommée "Le martyre de saint Maurice" (photo du bas). Images : - Sculpture représentant saint Maurice d'Agaune. - Le martyre de saint Maurice, par Le Greco
  • 28. Patanjali (entre 300 et 500 après J.-C. ? *), fondateur indien de la philosophie du yoga. Son enseignement est contenu dans les Yoga Sutras, un court texte composé de 195 aphorismes. Selon lui, « les règles de vie dans la relation aux autres » sont « la non-violence, la vérité, le désintéresse- ment, la modération, le refus des possessions inutiles ». Elles « ne dépendent ni du mode d’existence, ni du lieu, ni de l’époque, ni des circonstances ». La non-violence (ahimsa), respect en pensée, en parole et en action de la vie de tout être vivant, est la première exigence éthique de l’homme. Ce qui perturbe l’existence de l’homme, ce sont ses pensées. « Ces pensées, comme la violence, qu’on la vive, la provoque ou l’approuve, sont causées par l’impatience, la colère et l’erreur ». « Si quelqu’un est installé dans la non-violence, autour de lui l’hostilité disparaît. » * L’anonymat est une des caractéristiques des grands sages de l’Inde ancienne. Ils estimaient que leur enseignement était le résultat d’un effort collectif sur plusieurs générations et refusaient de s’en attribuer tout le mérite.
  • 29. Jean Chrysostome (v. 344-407), ermite, théologien puis prédicateur chrétien, archevêque de Constantinople. Développe une philosophie qui propose un idéal de perfection : définit la vertu comme « l’exactitude des croyances vraies » et « la droiture de la vie ». Le théologien Michel Spanneut (1919- 2014) considère que le commentaire de Jean Chrysostome sur l'évangile de Matthieu, faisant l’éloge de « la patience », représente un véritable « traité de non-violence ». « Quoi donc, ne faut-il point résister au méchant ? Il faut lui résister, mais non de la manière que vous pensez, mais de celle que Jésus-Christ nous commande. (…) Ce n'est pas avec le feu qu'on éteint le feu, mais seulement avec l'eau. (…) Non-seulement cette douceur arrête le cours des violences, mais encore elle produit le repentir des injures déjà faites. » Jean C. s’inscrit dans une tradition des Pères de l’Église : Tertullien (150-220) : « Le Seigneur, en désarmant Pierre, a désarmé tous les soldats. Rien de ce qui sert à un acte illicite n'est licite chez nous ». Cyprien de Carthage (200-258) :« La patience n'est pas seulement la sauvegarde de nos vertus,, elle repousse les attaques des puissances ennemies ». Lactance (250-325) : « Celui qui veut venger l'injure qu'il a reçue, imite celui qui la lui a faite. Or quiconque imite un méchant ne peut pas être homme de bien. »
  • 30. François d’Assise Giovanni di Pietro Bernardone (1182-1226), citoyen d’Ombrie, mène jusqu’en 1206 une vie de plaisirs. Un retournement lui fait adopter ensuite une existence de pauvreté, de prière et de charité dans le respect de la Création. Selon les récits hagiographiques de St Bonaventure, rétablit en 1217 la paix dans la ville d’Arezzo menacée par la guerre civile. En septembre 1219, pendant la 5ème croisade et le siège de Damiette, traverse les lignes ennemies avec un frère pour rencontrer le sultan Al Khâmil et dialoguer avec lui. En 1223, presse les habitants de Pérouse de renoncer aux armes. La prière pour la paix ("Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix"), devenue en un demi-siècle une des prières les plus célèbres au monde, est apparue, anonyme, en 1912 et a lui a été attribuée par erreur vers 1925.
  • 31. Moheïddine Ibn ’Arabî (1165 en Espagne -1240 en Syrie), théologien, juriste, poète, métaphysicien et maître spirituel de l’Andalousie arabe. Voyage et fait des rencontres à partir de 1196 : Fès, La Mecque, Mossoul, Le Caire, Qonya, Arménie, Bagdad, Alep, meurt à Damas. Considéré par Henry Corbin comme "un des plus grands théosophes visionnaires de tous les temps". Contrairement à la scission dessinée par Averroès (ou Ibn Rosd, 1126-1198) entre foi et raison, la profondeur d'Ibn ’Arabî se situe dans la rencontre entre l'intelligence, l'amour et la connaissance. Se situe intellectuellement dans la lignée de Mansur Al-Hallaj (857- 922) qu'il cite à de nombreuses reprises. Le premier, dans le monde musulman, à condamner la peine de mort.
  • 32. Djalal ud-Din Rumi (1207-1273), spirituel et mystique musulman soufi, fondateur de la confrérie des derviches tourneurs. Développe dans son monastère à Konya un style de vie communautaire, pauvre, non-violent, joyeux et laborieux. Scandalise les intégristes en accueillant les femmes dans les concerts sacrés, ou en se faisant l’ami des juifs et des chrétiens pour rechercher avec eux le chemin de Dieu. Manifeste une tendre compassion non seulement pour les enfants, les ivrognes et les prostituées, mais aussi pour les animaux et les plantes. Veut transformer le petit jihad du Coran (guerre sainte contre les infidèles) en grand jihad (combat spirituel pour l’élévation de soi.
  • 33. Nicolas de Flüe Niklaus von der Flüe (1417-1487), paysan, soldat puis officier, conseiller municipal puis juge suisse. En 1467, père de 10 enfants, quitte sa famille avec le consentement de sa femme, et s'installe comme ermite. En dépit de son analphabétisme et de son peu d'expérience du monde, son art de la médiation et son sincère amour de la paix font de lui un conciliateur entre cantons ruraux et citadins. Au cours de la diète de Stans (1481) qui résulte des guerres de Bourgogne, intervient dans le conflit concernant l'admission de Fribourg et de Soleure dans la Confédération, entrées redoutées par les cantons ruraux. Son message, dont le contenu exact demeure inconnu, établit les bases d'un compromis juridique qui règle la situation. Un des principaux unificateurs de son pays. Canonisé en 1947 et déclaré saint patron de la Suisse. « La différence entre le génie et la bêtise, c’est que le génie a ses limites »
  • 34. Érasme Desiderius Erasmus Roterodamus (1469-1536), théologien et humaniste néerlandais. Prêtre, docteur en théologie. Écrits en pédagogie, philologie, politique, théologie. Parcourt l’Europe. Étudie les sources grecques et hébraïques afin de restituer le message chrétien débarrassé de la glose scolastique. Dans l’Éloge de la folie, sous le masque du bouffon, prononce un réquisitoire contre les abus de toute sorte et les déviations de l'Église. Affirme sa liberté de pensée par rapport aux autorités ecclésiastiques. Au nom de l’Évangile, dénonce le comportement du clergé et des papes, mais se brouille avec l’impétueux Luther et n’encourage pas la réforme protestante. Engagé pour la paix en Europe, dénonce les penchants hégémoniques et belliqueux des souverains. Refuse la pourpre de cardinal. « Le monde entier est notre patrie à tous. » « Ce que j’enseigne, c’est qu’il ne faut jamais entreprendre de guerre, à moins que l’échec de toutes les autres tentatives l’ait rendue inévitable. La raison est que la guerre est une chose si pernicieuse dans sa nature même que, même sois la conduite du plus juste des princes et avec les motifs les plus justes, elle engendre généralement plus de maux que de bienfaits. »
  • 35. Thomas More (1478-1535), juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais. Dans son livre Utopia, prône la tolérance et la discipline au service de la liberté. Membre du Parlement à partir de 1504, s'élève contre les taxes demandées par le roi Henri VII pour la guerre d'Écosse. Chancelier du Royaume, par amitié avec Catherine d’Aragon, première femme du roi Henri VIII, n’assiste pas au couronnement d’Anne Boylen, la seconde femme du roi, qui prend cela pour une insulte. Refuse de cautionner l'autorité que le roi s'était arrogée en matière religieuse. Condamné pour haute trahison, décapité le 6 juillet 1535. Modèle de l’homme et du dirigeant politique qui, par amour de la vérité, préfère mourir que renier ses convictions. « La principale cause de la misère publique, c'est le nombre excessif de nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d'autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu'au vif, pour augmenter leurs revenus. »
  • 36. Bartolomé de Las Casas (1484-1566), dominicain espagnol, colon pendant 10 ans dans le Nouveau Monde. Après un massacre d’Amérindiens par les Espagnols à Cuba en 1514, combat pour la défense des indigènes par des publications, interventions, et remontrances. S’engage dans une lutte de 50 ans durant laquelle il fera plus de 14 voyages entre les deux continents, Procurador de los Indios en 1516, évêque du Chiapas et membre du Conseil des Indes auprès de Charles Quint. Lors de la controverse de Valladolid en 1547, s’oppose à Juan Ginés de Sepulveda, chanoine de Cordoue qui affirme que les Indiens n’ont pas d’âme et peuvent être asservis. Affirme au contraire qu’il n’est jamais permis d’asservir personne, que les Indiens ont des droits naturels, que les seules armes du Chrétien sont la douceur et la persuasion. Dans son plan de réformes « Mémoire des quatorze remèdes », il préconise de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. Il mesurera son erreur lorsqu'il connaîtra les conditions de la guerre menée en Afrique, prendra alors la défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repentira jusqu'à la fin de ses jours de cette erreur.
  • 37. Menno Simons (1496-1561), prêtre hollandais originaire de Frise. Scandalisé qu’un tailleur converti au protestantisme, Sicke Freerks, soit condamné à mort par la cour de Frise et décapité en 1531 pour avoir été rebaptisé en tant qu'adulte. Se convertit en 1536 à l’anabaptisme, qui affirme l’impossibilité absolue pour un chrétien de faire la guerre, l’interdiction de prêter serment, la réservation du baptême aux adultes, la non-intervention de l’État dans les débats théologiques. Se marie après avoir quitté l'Église romaine et a 3 enfants. Presque toutes les branches de l’anabaptisme non-violent se retrouvent sous le nom de menonnites. Une forte émigration mennonite s’est produite au 19ème siècle en direction des États-Unis (amish, houttériens). Environ 1 300 000 mennonites vivent dans un monde un peu à part, souvent engagés dans lels mouvements non-violents et auprès des populations frappées par la guerre.
  • 38. Étienne de la Boétie (1530-1563), juriste et écrivain français. Ébauche dès 1548 le Discours de la servitude volontaire, qu’il rédige probablement pendant sa licence de droit civil à Orléans en 1552- 53. Conseiller au Parlement de Bordeaux, se lie d’amitié avec Montaigne. Traduit et édite les philosophes grecs. Meurt de la peste. Le Discours, assimilé aux pamphlets anti-monarchiques, est solennellement brûlé par arrêt du Parlement de Bordeaux. Il est réédité par Lammenais en 1835. « Soyez donc résolus à ne le plus servir (le tyran) et vous serez libre. Je ne veux pas que vous le heurtiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser.»
  • 39. Michel de Montaigne (1533-1592), écrivain, philosophe et moraliste français. Magistrat, conseiller au Parlement de Bordeaux pendant 13 ans, chargé de missions politiques, puis diplomate, puis maire de Bordeaux. Ses Essais, tolérés par les autorités, sont mis à l'Index par le Saint Office en 1676. Admet la guerre défensive. Un des très rares, au 16ème siècle, à dénoncer les guerres de conquête et les atrocités des conquistadors chrétiens, les guerres de Religion, la torture et la chasse aux sorcières. « Il faut étendre la joie, mais retrancher autant qu’on peut la tristesse. » « Je ne partage point cette erreur commune de juger d’un autre d’après ce que je suis. (…) Je conçois et crois bonnes mille manières de vivre opposées. » « Il y a un certain respect qui nous attache, et un général devoir d’humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux arbres-mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui en peuvent être capables ».
  • 40. William Barclay (1546-1608), juriste écossais. Études à l'université d'Aberdeen, doctorat en droit à l'université de Bourges. Professeur de droit civil à l'université de Pont-à-Mousson, conseiller d'État et maître des requêtes. Doit quitter la France à la suite de l'inimitié des jésuites, y retourne quand il est nommé professeur de droit civil à l'université d'Angers. Est à l'origine du mot monarchomaque : "ceux qui combattent les monarques". Auteur en 1600 d'un ouvrage polémique intitulé De regno et regali potestate adversus Buchanum, Brutum et Boucherium et reliquos Monarchomaquos libri sex (Six livres du royaume et de la puissance royale, contre Buchanan, Brutus et Boucher et les autres monarchoma- ques). Ces 3 auteurs affirment le refus de l'exercice du pouvoir par un seul, la souveraineté du peuple et l'exigence de garanties institutionnelles et légales pour en assurer l'exercice. - George Buchanan (1506-1582) est un Écossais qui a écrit contre la tyrannie ; - Brutus est le pseudonyme de l'auteur du pamphlet Vindiciae contra tyrannos (Revendications contre les tyrans) publié à Bâle en 1579 et attribué aux Protestants Hubert Languet (1518-1581) et Philippe Duplessis-Mornay (1549-1623). Languet établit les cas où le recours à l’insurrection devient légitime. - Jean Boucher (1548-1646), auteur de La vie et faits notables de Henry de Valois est un monarchomaque catholique de la sainte Ligue.
  • 41. Blaise Pascal (1623-1662), mathématicien (démontre à 12 ans la 32ème proposition d’Euclide, cycloïde), physicien (pression atmosphérique, vide), inventeur (machine à calculer, brouette, presse hydraulique, système de transports en commun urbains), philosophe, moraliste et théologien français. Bien avant Gandhi, a l’intuition que la vérité et la justice sont impuis- santes dans les rapports sociaux si elles ne sont pas appuyées par la force, c’est-à-dire par la contrainte. D’autres penseurs après lui préciseront que la contrainte (qui oblige l’autre à céder) n’est pas nécessairement la violence (qui le détruit ou le meurtrit). « La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. »
  • 42. George Fox (1624-1691), artisan et prédicateur anglais, dissident de l’Église anglicane, non conformiste au sein de son courant puritain. Fonde en 1647 la Société des Amis, plus connue sous le nom de Quakers ("trembleurs" qui frémissent au nom de Dieu), voyage pour la développer en Grande Bretagne, en Europe et en Amérique du Nord. Rejette le recours aux armes pour quelque cause que ce soit, la vanité, le gaspillage, critique les dogmes et concepts théologiques, la discrimination des femmes, la hiérarchie religieuse, l’abus des rites. Emprisonné plusieurs fois pour trouble à l’ordre public (culte non autorisé, irrévérence envers les autorités, refus de prêter serment, etc.). . Au total, passe plus de 6 années de sa vie dans des géoles infâmes où il subit quantité de tortures morales et physiques. « Nous rejetons vigoureusement tous les principes et toutes les pratiques sanglantes, les guerres, conflits et combats extérieurs au moyen d'armes extérieures, quel qu'en soit le but ou le prétexte. »
  • 43. Baruch Spinoza (1632-1677), philosophe néerlandais, issu d’une famille juive portugaise ayant fui les persécutions de l’Église catholique. Excommunié de la Synagogue car il affirme que la plupart des grands récits bibliques (Déluge, division de la Mer rouge, etc.) sont des mythes et non des vérités historiques : perd ses amis, sa famille, échappe à une tentative d’assassinat. Gagne sa vie en polissant des lentilles optiques pour lunettes et microscopes. Affirme que la plus grande servitude est celle envers nos propres passions : l’être humain ne naît pas libre, mais le devient au terme d’un effort rationnel de connaissance de ses émotions et de ses idées, de réorientation de ses désirs. La loi universelle de la vie est l’effort (conatus), générateur d’une joie profonde, pour se perfectionner, persévérer dans son être et accroître sa puissance vitale (potentia). Pour lui, un État viable serait une République laïque où existerait une totale liberté de conscience et d’expression pour tous les citoyens unis dans un contrat social.
  • 44. William Penn (1644-1718), Anglais, adhère aux idées de George Fox. Incarcéré pour cette raison à la Tour de Londres de décembre 1668 à juillet 1669. Fuit les persécutions contre les Quakers et, grâce à la fortune héritée de son père, obtient en 1681 du roi Charles II un territoire anglais en Amérique du Nord, la province de Pennsylvanie. Les Quakers fondent en 1682 la capitale Philadelphie ("amour fraternel"), créent une société sans peine de mort et sans armée permanente, fondée sur la tolérance et la liberté de conscience. Signe en 1701 à Shackamaxon un traité d’amitié et de coopération avec Tamanend, le chef de la tribu amérindienne Delaware. « Moi et mes amis nous avons un vif désir de vivre avec vous en paix et sur un pied d'amitié, et de vous servir de tout notre pouvoir. Il n'est pas dans nos mœurs de nous servir d'armes hostiles vis-à-vis de nos semblables ; c'est pourquoi nous sommes venus sans armes. Notre but n'est pas de faire du mal à qui que ce soit, mais de faire le bien. » Un siècle plus tard, les Blancs massacrent les Peaux Rouges lors de la conquête du Far West…
  • 45. Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre (1658-1743), écrivain, diplomate et académicien français, précurseur de la philosophie des Lumières. Négociateur d’un des traités d’Utrecht (France -GB en 1712) qui met fin à la guerre de Succession d'Espagne. S’inspire de ses négociations difficiles pour écrire en 1713 un Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, traité de science politique en 3 volumes. Propose aux États de renoncer à la violence, de régler leurs différends de manière pacifique dans des assemblées qui regroupent des représentants de tous les pays. Cet ouvrage, qui influencera Jean-Jacques Rousseau et qui constitue la première vision d’une unification européenne, semble même avoir inspiré les créateurs de la Société des Nations. En 1718, durant la Régence, publie La Polysynodie ou la pluralité des conseils, ouvrage dans lequel il exalte la manière de gouverner du Régent et critique ouvertement la politique du défunt Louis XIV, qu’il juge despotique. Exclu pour cette raison de l’Académie française.
  • 46. Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe allemand, né d’un père d’origine écossaise. Professeur de mathématiques, physique, morale, théologie, anthropologie. Membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin. Toute sa vie, empreinte d'austérité et d'une extrême régularité, est tournée vers la méditation, l'étude et l'enseignement. Les trois grandes branches de sa pensée sont la philosophie théorique (« Que puis-je savoir ? »), la philosophie pratique (« Que dois- je faire ? Que puis-je espérer ? ») et l’esthétique. Auteur d’un essai philosophique Vers la paix perpétuelle (1795) où il affirme notamment que les armées permanentes doivent être supprimées avec le temps. « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi morale universelle. » Après René Descartes qui comparait les animaux à des machines, les assimile à des pommes de terre…
  • 47. Alfred Daviel (1800-1856), juriste et homme politique français. Avocat à Rouen. Devenu bâtonnier de son ordre, manifeste son opposition au gouvernement de la Restauration. Conseiller municipal et départemental, sénateur en 1854. En 1829, prend la défense du Journal de Rouen accusé par les autorités de provocation à la désobéissance aux lois après que celui-ci ait publié des écrits d'une association bretonne suggérant qu'il serait légitime de refuser « le paiement de tout impôt illégalement exigé ». N'ayant pu exposer lors de son plaidoyer au procès (qui se terminera par un acquit- tement) toute la réflexion que lui inspirait cet événement et la matière historique issue de ses recherches, publie peu de temps après une pla- quette sous le titre De la résistance passive. Procès du Journal de Rouen. Dans sa démonstration, s'appuie sur des auteurs anglais, qui dès le 16e siècle, ont contesté le principe de l'obéissance active ou absolue aux souverains, notamment le juriste écossais William Barclay. Présente également de nombreux exemples dans l'histoire de France qui attestent qu'a été reconnu le droit de ne pas obéir à des ordres contraires aux lois divines, aux lois naturelles ou fondamentales. « Toutes les fois que l'un de ces devoirs supérieurs qui obligent en même temps le gouvernement et les sujets, serait manifestement blessé par l'exécution des commandements prescrits, la résistance passive deviendrait un droit. » Image du haut : Plaidoirie d’avocat, par la caricaturiste Honoré Daumier (1808-1879)
  • 48. Ferenc Deák (1803-1876), homme politique hongrois. En 1833, député à la Diète de Hongrie. Devient l'un des chefs des nationalistes hongrois, réclamant l'autonomie du pays au sein de la monarchie des Habsbourg. Noble libéral, affranchit ses serfs lorsqu'il hérite des terres de son frère en 1842. Lorsqu'éclate la Révolution hongroise de 1848, Deák se range parmi les modérés et accepte de devenir ministre de la Justice dans le gouvernement de Lajos Batthyány. Partisan d'un compromis avec l'Autriche, il démissionne quand les nationalistes extrémistes conduits par Lajos Kossuth prennent le pouvoir. En 1849, la Hongrie est totale- ment annexée par l'Autriche. Il se fait ensuite discret jusqu'à la fin de la guerre. Capturé et jugé par une cour martiale en 1849, il obtient son acquittement. Après la dissolution de la Diète en 1861, les conseils cantonaux démissionnent. F. Déak, dans un nouvel appel à la résistance, clame : « Rendons-nous aussi désagréables que possible aux Autrichiens ! » Il exhorte son peuple à ne pas avoir recours à la violence, convaincu que cette stratégie contre l'illégalité autrichienne est la plus efficace. « C'est là le terrain sûr sur lequel, étant désarmés nous-mêmes, nous pouvons tenir bon contre la force armée ». ../..
  • 49. Ferenc Deák et la résistance hongroise contre la domination autrichienne Les refus d'impôt sont massifs, tout comme les refus d'enrôlement dans l'armée autrichienne. Malgré l'imposition de la loi martiale, la résistance s'amplifie. Le Times de Londres du 24 août 1861, souligne alors que « la résistance passive peut être organisée de telle manière qu'elle peut devenir plus séditieuse que la révolte armée. » Les produits importés d'Autriche sont boycottés et un commerce parallèle s'organise. La presse et la littérature non officielles se développent. Les prisons sont pleines et le pouvoir autrichien est impuissant à contenir la désobéissance. Deak propose alors un compromis à l'empereur d’Autriche François-Joseph Ier, consistant en une reconnaissance de l'autonomie hongroise au sein de la monarchie. Ses propositions jouent un rôle essentiel dans la rédaction du compromis austro- hongrois de février 1867 instituant une double monarchie. Il est surnommé « le sage de la nation". Images : - Subdivisions de l'Autriche-Hongrie après 1878 : en rose l’Autriche, en bleu la Hongrie, en vert la Bosnie-Herzégovine - Couronnement de François-Joseph 1er d’Autriche et de son épouse Élisabeth de Wittelsbach ("Sissi", duchesse de Bavière) à Budapest en juin 1867 comme souverains du royaume hongrois. Sissi était favorable au compromis austro- hongrois de 1867.
  • 50. Adin Ballou (1803-1890), penseur et militant abolitionniste étatsunien. Né à Cum- berland, en Nouvelle-Angleterre, devient prédicateur chrétien à l'âge de 18 ans. Développe le concept de "non-résistance chrétienne" durant la lutte abolitionniste et fonde en 1840 un journal, le Practical Christian, « pour la présentation, la défense et la propagation du christianisme originel ». À partir de 1842, fonde à une quarantaine de kilomètres de Boston la ‘communauté de Hopedale’, basée sur les principes de non-violence chrétienne, répudiant toute participation aux gouvernements qui comptent sur la force coercitive en ultime recours. Cette communauté, qui compte 200 à 300 membres et dure jusqu’en 1856, expérimente diverses formes de socialisme. Dans son Catéchisme de la non-résistance (1844), dont il dit « C'est un livre pour l'avenir, plutôt que le présent », présente, dans un langage simple, synthétique et pédagogique, les fondements de la non-résistance chrétienne. En 1846, publie l'une de ses œuvres majeures, Christian non- resistance, où il développe le concept de « force non préjudiciable » de « force non nuisible », et de « force bienveillante », dans la perspective de définir des techniques dans les conflits sans recourir à la violence, notam- ment pour faire face à des personnes violentes. En 1854, publie Pratical christian socialism. Quelques mois avant sa mort, correspond avec l'écrivain russe Léon Tolstoï.
  • 51. William Whipper (1804-1876), militant abolitionniste afro-étatsunien, ancien esclave. Fait fortune avec Stephen Smith à Colombia dans le bois, le charbon, l'immobilier à Philadelphie, les wagons de chemin de fer et les investisse- ments en bourse. Cofondateur, en 1836, de la première organisation afro- américaine abolitionniste, l'American Moral Reform Society. Considère que la situation des Noirs n’est pas d'abord la conséquence du racisme des Blancs, mais de leur manque d'élévation morale. C’est pourquoi il combat l’alcoolisme autant que la discrimination raciale, promeut l'éducation des Noirs, la création d'une presse noire et l'impression de biographies de Noirs et de l’histoire de leur peuple.. Avec Stephen Smith (1797-1873, photo du bas), joue un rôle actif dans "le chemin de fer clandestin", achète un bateau à vapeur, le T. Whitney, qui transporte des matériaux et des esclaves en fuite. En septembre 1837, publie l’essai An Address on Non-Resistance to Offensive Aggression : des moyens non-violents de droiture morale sont nécessaires pour encourager un mouvement politique pacifique vers le changement. « La pratique de la non-résistance à l’agression physique n’est pas seulement compatible avec la raison, mais est la méthode la plus sûre pour obtenir un triomphe rapide des principes de paix universelle. »
  • 52. William Lloyd Garrison (1805-1879), abolitionniste et éditeur étatsunien. Consacre sa vie à lutter contre l'esclavagisme et les préjudices fondés sur la race, en prônant une réforme morale et politique pour l'émancipation immédiate de tous les esclaves, qu'il voit comme une nécessité absolue découlant de la doctrine chrétienne de « non-résistance », liée à la reconnaissance des droits égaux pour les femmes, et seule compatible avec la Règle d'or, le droit naturel et les idéaux républicains. En 1831, crée son journal, le Liberator (devise : « Je serai dur comme la vérité, inflexible comme la justice »), qui ne cessera d'être publié que lorsque "la cause" l'aura emporté. En 1833, participe à la création de l’American Anti-Slavery Society, anime son action, et la préside de 1843 à 1865. Poursuit son combat jusqu’à ce que le président Abraham Lincoln abolisse l’esclavage, après quatre années de guerre civile entre les États du Nord et du Sud (1861-1865). « La non-résistance n'est pas un état de passivité, c'est un état d'activité, luttant toujours avec le bon combat de la foi, toujours avant tout pour assaillir le pouvoir injuste, luttant toujours pour la liberté, l'égalité, la fraternité, dans aucun sens national, mais dans un esprit mondial. Il n'est passif en ce sens qu'il ne retournera pas le mal pour le mal, ni ne donnera coup pour coup, ni n'aura recours à des armes meurtrières pour la protection ou la défense. »
  • 53. Charles King Wipple (1808-1900), militant abolitionniste étatsunien. Originaire de New- buryport, actif dans la Société anti-esclavagiste du Massachusetts. Chroniqueur dans The Liberator et Le Non-Résistant. Auteur en 1839 d'un ouvrage intitulé Maux de la guerre d'indépendance, remet en question la pertinence de l'utilisation de la violence et des moyens militaires pour atteindre les objectifs révolutionnaires de l'indépendance. Souligne qu'une révolution pacifique aurait probablement abouti à une société sans escla- vage, sans massacre des Indiens. Défend la non-résistance*, inspirée par des valeurs chrétiennes, en toute circonstance. Il est impossible selon lui de savoir à l'avance si un bien peut survenir d'un mal. Considérant que la voie de la négociation et de la discussion avec les propriétaires d'esclaves a peu de chance d'aboutir, il appartient aux personnes libres de s'organiser pour libérer pacifiquement les esclaves, et de les aider à s'enfuir, notamment par le "chemin de fer clandestin". « Le premier devoir de bonne volonté de l'esclave envers son propriétaire, est de refuser plus longtemps d'être esclave, est de mettre un terme à cette relation qui fait sombrer l'esclave dans le mal et le péché ». « « La soumission silencieuse et continue à l'esclavage est complicité avec le propriétaire d'esclaves. » * Terme alors utilisé pour désigner la résistance non-violente
  • 54. Elihu Burritt (1810-1879), philanthrope et militant social étatsunien. Travaille d’abord comme forgeron. Conférencier prolifique, journaliste et écrivain. Au début des années 1840, parcourt la Nouvelle-Angleterre, s'exprimant contre la guerre et promouvant la fraternité, avec le sobriquet de « forge- ron savant ». Fonde en 1844 à Worcester un journal hebdomadaire, Christian Citizen. Prend la tête d'un groupe de pacifistes radicaux au sein de l' American Peace Society. Après un séjour en Angleterre et en Irlande en 1846-47, fonde l’organisation pacifiste League of Universal Brother- hood (‘Ligue de la Fraternité Universelle’). Organise le premier congrès international de Friends of Peace, à Bruxelles en septembre 1848. En 1856-1857, donne des conférences abolitionnistes aux États- Unis et publie son ouvrage majeur Thoughts and things at home and abroad. Y développe sa philosophie de la non-violence qu’il appelle alors "résistance passive" : « une puissance irrésistible lorsqu'elle s'oppose à l'oppression, qu'elle vienne de l'étranger ou de l'intérieur », qui permet « d'élever la plus petite nation au premier rang parmi les grandes puissan- ces de la terre » dans la mesure où elle exprime « une dignité et une volonté indomptable ». Nommé par Abraham Lincoln consul des États-Unis à Birmingham (1865-70)
  • 55. Henry-David Thoreau (1817-1862), écrivain états-unien d’ascendance française et écossaise, naturaliste amateur, disciple et ami de Ralph Waldo Emerson, influencé par des mystiques hindous et des idéalistes allemands. Démissionne de son poste d’instituteur car il refuse les châtiments corporels, et ouvre une école privée. Sera ensuite producteur de crayons et d’encre, puis géomètre. Refuse de payer une partie de ses impôts pour protester contre la politique esclavagiste et contre la guerre du Mexique menées par son gouvernement. Après son emprisonnement pendant une nuit, écrit en 1849 son Essai sur le devoir de désobéissance civile. Critique l’économie et la société industrielles. ../..
  • 56. Henry-David Thoreau « Ce n’est pas à des ennemis lointains que je cherche querelle, mais à ceux qui, tout proches, coopèrent avec eux, exécutent leurs ordres, et sans qui ces ennemis seraient inoffensifs. (…) Il y a des milliers de gens qui, par principe, sont opposés à la guerre et à l’esclavage, mais qui en fait ne font rien pour y mettre un terme. (…) Si la machine du gouvernement est de telle nature qu’elle vous requiert pour être l’instrument de l’injustice envers votre prochain, alors, je vous le dis, violez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour bloquer la machine. (…) Sous un gouvernement qui emprisonne quiconque injustement, la véritable place de l’homme juste est en prison (…) La seule place que le Massachusetts ait prévue pour ses esprits les plus libres et les moins abattus, c’est la prison d’État.» ../.. Photos : - Gandhi en prison a lu Thoreau. - José Bové devant la cabane reconstituée de Thoreau à Walden Pond
  • 57. Henry-David Thoreau « Je crois que nous devrions être hommes d’abord, et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation que je dois assumer est de faire à tout moment ce que j’estime juste. » « Même voter pour ce qui est juste, ce n’est encore rien faire pour la justice. Ce n’est qu’exprimer faiblement son désir de la voir triompher ». « Tout homme qui a raison contre ses voisins constitue déjà une majorité d’une voix. » « Le sort du pays ne dépend pas de la manière dont vous votez aux élections - le pire des hommes est aussi fort que le meilleur à ce jeu- là -, il ne dépend pas du bulletin que vous déposez dans l’urne, mais de l’homme que vous êtes dès l’instant où vous sortez de chez vous le matin. »
  • 58. Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton Susan Brownell Anthony, (1820-1906), enseignante et militante états-unienne des droits civiques. Fille d’un père quaker militant pour l’abolition de l’esclavage. Milite contre l’esclavage et l’alcoolisme. Cofondatrice en 1869, avec Elizabeth Cady Stanton (1815-1902, photo du bas), de la National Woman Suffrage Association. Lors de l'élection présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un second mandat, est arrêtée à Rochester et condamnée, pour avoir tenté de voter, à une amende de 100 dollars qu’elle refuse de payer. Sillonne les États-Unis et l'Europe pendant plus de 45 ans, en donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes. Co-écrit de 1884 à 1887 The History of Woman Suffrage, en 4 volumes. Avec Lucrecia Mott, Elizabeth Cady Stanton, Josephine Brawley Hughes, Matilda Joslyn Gage, Ida Husted Harper, Carrie Chapman Catt, joue un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États- Unis qui aboutira en 1920 à l'adoption du 19ème amendement de la Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
  • 59. Léon Tolstoï Lev Nikolaïevitch Tolstoï (1829-1910), écrivain et comte russe, auteur de romans (Guerre et paix, Anna Karénine, etc.), pièces de théâtre, nouvelles, journaux représentant 90 volumes. En 1969, confronté à la perspective de sa mort, découvre la foi en Dieu, mais rompt peu à peu avec l’Église orthodoxe à qui il reproche son dogmatisme et sa fermeture, mais surtout de trahir le message évangélique de non-violence. Contestant la divinité de Jésus, il en est excommunié en 1901. S’insurge contre la guerre russo-japonaise et contre la peine de mort, appelle au refus de l’impôt et du service militaire. ../..
  • 60. Léon Tolstoï Milite pour l’émancipation des serfs, fonde une école où sont enseignées des méthodes de résolution non-violente des conflits, organise des actions de solidarité, défend les droits humains. Peu avant sa mort, entretient une correspondance avec Gandhi et soutient le jeune avocat indien dans sa lutte pour les minorités d’Afrique du Sud. « L’amour – c’est-à-dire l’aspiration à l’harmonie des âmes humaines et l’action qui résulte de cette aspiration – l’amour est la loi supérieure, unique de la vie humaine. (…) Cette loi fut proclamée par tous les sages de l’univers, aussi bien par ceux de l’Inde et de la Chine que par ceux d’Europe, Grecs et Romains. Et je pense qu’elle a été très clairement exprimée par le Christ lorsqu’il dit qu’elle seule "contient toute la loi et les prophètes". (…) Les fils du monde chrétien ont accepté cette loi tout en se permettant la violence. » 3ème et dernière lettre de Tolstoï à Gandhi le 7 septembre 1910
  • 61. Leo Mechelin Leopold Mechelin ou Léo Malines (1839-1914), homme politique finlandais, professeur et homme d'affaires. Études de philosophie et docto- rat en droit. Fondateur du ‘Parti libéral de Finlande’ (1880-1885), cofonda- teur de l'Union Bank of Finland (1862) et de la société ‘Nokia’ (1871), à deux reprises président du Conseil municipal d'Helsinki, membre du mouvement pour la paix. Personnage central du Kagaali, mouvement non-violent de résistan- ce à la politique de russification de la Finlande ordonnée par le tsar Nicolas II et mise en œuvre par le gouverneur général russe Nikolaï Bobrikov. En 1901, le Kagaali écrit au tsar une lettre ouverte s’opposant au projet de conscription des Finlandais dans l’armée russe. La lettre recueille plus de 500 000 signatures. Le tsar rejette la demande et menace les objecteurs de conscience de perdre leurs emplois. Des grèves sont organisées par le Kagaali. Seulement 42 % des conscrits de la classe 1902 se présentent aux conseils de révision : la conscription est abolie peu après, car les recrutés sont considérés comme peu fiables par les autorités russes. Voir le § « Résistance à la russification de la Finlande » dans le diaporama « Résistance aux dictatures » de la série « Préparer une défense civile non-violente » Image du bas : pierre commémorative érigée en l'honneur du mouvement de résistance Kagaali dans le parc Tullisaari, à Laajasalo, Helsinki.
  • 62. Michael Davitt (1846-1906), homme politique irlandais. Né pendant la Grande famine en Irlande*, 2ème des 5 enfants d’un couple de paysans pauvres. En 1850, ils sont chassés de leur exploitation en raison de leurs arriérés de loyer et émigrent en Angleterre. À 9 ans, travaille dans une filature textile, mais 2 ans plus tard, perd son bras, pris dans une machine. N'est pas indemnisé. Un philanthrope local finance son éducation dans une école méthodiste, bien que Davitt soit catholique. En 1861, travaille dans une imprimerie où il reste 5 ans, tout en poursuivant ses études. En 1865, rejoint l'Irish Republican Brotherhood (IRB). En 1867, aban- donne l'imprimerie et se consacre à plein temps au militantisme irlandais. Devient secrétaire de l'IRB pour le nord de l'Angleterre et l'Écosse, chargé du trafic d'armes. Pour dissimuler cette activité, se fait représentant de com- merce. ../.. * La Grande famine en Irlande* (1845-1851) est le résultat de 50 années d'interactions désastreuses entre la politique économique impériale britannique, des méthodes agricoles inappro- priées et l'apparition du mildiou sur l'île. Diverses estimations récentes évaluent à un million le nombre total de victimes. Les Irlandais accusèrent le Royaume-Uni de les avoir volontairement abandonnés, puisque Westminster était partisan de la théorie du Laisser faire : l'État ne doit pas se substituer au marché. En revanche, l'armée britannique possédait les plus grandes réserves alimentaires d'Europe, qu'elle refusa de partager. Cette catastrophe fut à l'origine d'un renouveau du nationalisme irlandais. La forte immigration irlandaise, notamment en Amérique du Nord, est aussi une des conséquences de la Grande famine.
  • 63. Michael Davitt, Charles Stewart Parnell et la Ligue agraire irlandaise Afin de diffuser son programme sur la redistribution des terres, cofonde en octobre 1879 l'Irish National Land League, dont l’objectif à long terme est de permettre aux paysans d'accéder à la propriété des terres*. Charles Stewart Parnell (1846-1891, photo du haut), homme politique et nationaliste connu, prend vite la présidence de la Ligue pour mieux en contrôler la dimension égalitariste. Les grèves de loyers entraînent des expulsions, contre lesquelles la Ligue se dresse. Le boycottage est une stratégie de la Ligue, ainsi nommée en réfé- rence au traitement réservé au capitaine Charles Cunningham Boycott, régisseur de John Crichton, comte Erne, un landlord du comté de Mayo. C.C. Boycott doit expulser les paysans qui n’ont pas payé tout leur loyer, alors que suite à de mauvaises récoltes, ils demandent une réduction de 25 %. ../.. * Les principaux objectifs de la Ligue se résument dans l'expression des "3 F" : 1 - Fair rent : fixation équitable de la rente versée par les paysans irlandais au propriétaire de la terre qu'ils exploitent, y compris en faisant appel à l'arbitrage ; 2 - Fixity of tenure : assurance pour tout locataire qu'il ne peut être exclu de sa tenure s'il verse régulièrement le loyer ; 3 - Free sale : possibilité pour un fermier de céder son bail s'il le souhaite, au prix du marché.
  • 64. Michael Davitt, Charles Stewart Parnell et la Ligue agraire irlandaise Quand un paysan prend la ferme d'un autre qui a été renvoyé, quand un propriétaire expulse des paysans, « vous devez l'éviter dans les rues du village, dans les boutiques, dans le parc et sur la place du marché, et même au lieu de culte, en le laissant seul, en le mettant en quarantaine morale ». À la suite de la parution d'un manifeste appelant à ne plus payer les loyers (le No Rent Manifesto de Parnell et d'O'Brien d'octobre 1881), les loyers sont intégralement versés aux organisateurs de la Ligue ou au clergé local, qui tentent alors de négocier avec les proprié- taires une réduction des loyers. Le boycott est également appliqué aux locataires qui acceptent de payer tout leur loyer, à la police, ainsi qu'aux magasins et autres entreprises qui commercent avec des personnes boycottées. Les boycotts sont efficaces, car incontestable- ment légaux au regard de la common law, non-violents et réellement punitifs. Aujourd’hui, le boycott est la cessation volontaire de toute relation avec un individu, un groupe, une entreprise ou un pays, et le refus d’acheter les biens qu'il met en circulation pour l’obliger à changer de comportement et/ou à négocier. Images : - Une scène d’expulsion de paysans en Irlande - Le boycott des oranges Outspan d’Afrique du Sud pendant la période de l’apartheid
  • 65. Hubertine Auclert (1848-1914), militante féministe française. Jugée trop indépen- dante par les religieuses, est écartée à deux reprises de la vie monacale. Choisit l’engagement républicain et la conquête de la liberté pour les femmes par la révision des lois du code Napoléon. À Paris, rejoint l‘’Association pour le droit des femmes’, dissoute en 1877 et reconstituée sous le nom de ‘Ligue française pour le droit des femmes’. En 1876, fonde la société ‘Le droit des femmes’ qui soutient le droit de vote pour les femmes et qui devient en 1883 la société ‘Le suffrage des femmes’. Entame, à partir de 1880, une grève de l'impôt en défendant l’idée que, faute de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables. En 1881, lance La Citoyenne, journal qui plaide avec force pour la libération féminine. En 1888, s’établit pour 4 ans avec son mari en Algérie et elle y fait une enquête de terrain sur les femmes de ce pays. En avril 1910, de concert avec Marguerite Durand, se présente comme candidate aux élections législatives, imitée par deux autres femmes, Renée Mortier et Gabrielle Chapuis. Leur candidature n'est pas retenue. « La femme doit participer à la vie publique, coopérer à la transformation de la société, afin de s’assurer de n’être point sacrifiée dans l’organisation sociale future. »
  • 66. Benjamin R. Tucker (1854-1939), philosophe et économiste étatsunien. Principal partisan de l'anarchisme individualiste aux États-Unis, traducteur des œuvres de Pierre-Joseph Proudhon. Dans son périodique libertaire Liberty (1881-1908), fait une synthèse des théories de penseurs européens (Proudhon, Herbert Spencer), d'anarchistes individualistes américains, de la libre-pensée et des partisans de l'amour libre. Pour lui, « un empiètement est le fait d'empiéter sur le domaine d'un individu, domaine déterminé par les bornes à l'intérieur desquelles sa liberté d'action ne se heurte pas à la liberté d'autrui. » L'individu a le droit de se défendre contre des empiètements sur son champ d'action. Toutefois, si « le droit de se défendre par la violence contre l'assujettis- sement est incontestable, l'usage de ce droit n'est pas à conseiller tant qu'on peut recourir à d'autres moyens. » Considère légitime le recours à la violence dans certaines circonstances, mais le déconseille. « Il n'y a pas un tyran dans le monde civilisé aujourd'hui, qui ne ferait rien en son pouvoir pour précipiter une révolution sanglante plutôt que de se voir confronté à une fraction importante de ses sujets déter- minés à désobéir. (…) « La résistance passive est l'instrument par lequel la force révolutionnaire est destinée à garantir à jamais les droits du peuple. (…) Le temps des révolutions armées est fini, on en triom- phe trop facilement. »
  • 67. Clarence Darrow (1857-1938), avocat étatsunien. Né dans la campagne de l'Ohio, d’un père abolitionniste et d’une mère qui lutte pour le droit de vote des femmes. Étudie à l'université de droit du Michigan, admis au barreau de l'Ohio en 1878. Admirateur de Tolstoï qui, à cette époque, est le chantre de « la non-résistance au mal par la violence », est profondément engagé contre la peine de mort. Auteur d'un important ouvrage Resist not evil (Ne résistez pas au mal, 1902), dans lequel il développe une réflexion originale sur la non- résistance appliquée aux crimes et aux peines. Envisage la philosophie de la non-résistance comme alternative à la punition, aux châtiments et à la vengeance. Se rend célèbre par ses plaidoiries en défense de militants syndicalistes. Plaide pour que les deniers publics aujourd'hui investis dans les prisons, le soient dans l'élimination de la pauvreté, l’emploi et le soula- gement de la souffrance, ce qui éviterait les tentations criminelles des plus pauvres. S'inscrit en faux contre l'opinion commune que la guerre serait l'occasion pour les soldats de faire preuve de bravoure, alors que « sous l'ivresse du patriotisme, du désir de gloire et de la peur du mépris, la plupart marchent avec une volonté qui n'est qu'apparence. » « Le vrai courage et la virilité proviennent de la conscience de l'attitude vraie envers le monde, de la foi en son propre idéal, et de l'assurance d'agir en conformité avec cet idéal. »
  • 68. Georg Simmel (1858-1918), philosophe et sociologue allemand. Étudie la philoso- phie et l'histoire à la Friedrich-Wilhelm Universität de Berlin, docteur en philosophie et professeur à l’université de Berlin. Atypique et hétérodoxe, dépasse les clivages, pratique l'interdisciplinarité, s’intéresse à beaucoup de sujets : l’art, le conflit, le secret, la mode, l’amour, le travail, l’argent, la ville, les étrangers, les pauvres, la relation, la sociabilité et la socialisation : celle-ci “se fait et se défait constamment, et elle se refait à nouveau parmi les hommes dans un éternel flux et bouillonnement qui lient les individus”. Avant lui, le conflit était compris comme une source de désintégration sociale et un échec de la vie politique. Décrit au contraire le conflit comme « une forme de socialisation ». Soutient que le conflit fait naturellement et nécessairement partie de la vie, qu’il n’est pas un signe d’instabilité, mais qu’il peut servir à renforcer la cohésion sociale. Ses idées sont reprises dans les années 1950 par deux sociologues, Lewis Coser (né Ludwig Cohen, germano-étatsunien, 1913-2003) et Ralph Dahrendorf (germano-britannique, 1929-2009). Ils réagissent contre le sociologue étatsunien Talcott Parsons (1902-1979) qui considère le conflit comme « une maladie ».
  • 69. Jane Addams (1860-1935), réformatrice sociale états-unienne, sociologue, philosophe et écrivaine. Contracte jeune une tuberculose à la colonne vertébrale, qui lui cause une courbure du dos et des problèmes de santé durant toute sa vie. Fascinée par les premiers chrétiens et par Tolstoï. À la lecture de Devoirs de l'homme de Giuseppe Mazzini, commence à être inspirée par l'idée de la démocratie comme un idéal social. Créatrice en 1889 de la Hull House, maison pour les pauvres à Chicago, centre de recherches, d'analyses empiriques, d'études et de débats, puis de l’Aide sociale publique. S’implique dans le mouvement qui réclame le droit de vote pour les femmes. Rejoint la ‘Ligue anti-impérialiste’, en protestation à l'annexion des Philippines par les États-Unis. En janvier 1915, entre au Women's Peace Party dont elle devient présidente. Avec Nicholas Butler (1862-1947, président de la ‘Fondation Carnegie pour la paix internationale’, promoteur du pacte Briand-Kellog), lauréate du prix Nobel de la paix en 1931 pour ses actions dans le domaine de l’éducation et de la santé. Présidente de la ‘Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté’ (WILPF) de 1915 à 1935, membre de la branche américaine du ‘Mouvement International de la Réconciliation’ (International Fellowship of Reconciliation - IFOR).
  • 70. Romain Rolland (1866-1944), Français, professeur d’histoire de l’art, agrégé d’histoire, écrivain. Recherche la paix "au-dessus de la mêlée" pendant et après la Première Guerre mondiale. Prix Nobel de littérature en 1915. Fondateur de la revue Europe en 1923. Tenaillé par son idéal humaniste et sa quête d’un monde non-violent, admire Léon Tolstoï. Pendant 30 ans, cultive une relation privilégiée avec l’Inde. En 1924, son livre sur Gandhi contribue beaucoup à faire connaître le Mahatama, qui qualifie R. Rolland en 1928 "d’homme le plus sage de l’Europe" et le rencontre en 1931 dans sa maison au bord du lac Léman (photo du haut). « Un héros, c’est celui qui fait ce qu’il peut. Les autres ne le font pas. » R.R. « Vous pouvez être fier de posséder cette "grande âme". L’Europe n’en a aucune qui l’approche, de bien loin ! » M. K. Gandhi
  • 71. Emily Greene Balch (1867-1961), États-unienne, professeure d’économie et de sociologie, syndicaliste. Après avoir étudié en tant que sociologue les conditions des travailleurs, des immigrants, des minorités et des femmes, se déclare socialiste dès 1906. Quaker dès l’âge de 34 ans, milite pour le suffrage universel et l'égalité des races, s'oppose au travail des enfants. Mène campagne contre l’entrée des États-Unis dans la première Guerre Mondiale, est exclue pour cette raison de son poste de professeure au Wellesley College (Massachusetts). Devient éditrice de The Nation, journal liberal, participe à la création du syndicat des femmes américaines, milite pour le suffrage universel, l'égalité des races et contre le travail des enfants. Membre de la Wooman International League for Peace and Freedom (WILPF) et de l’International Followship of Reconciliation (IFOR-MIR). Participe à la fondation de la ‘Société des Nations’ (SDN), fonde des écoles internationales d’été. Lors de la 2ème guerre mondiale, s’implique dans l’accueil des réfugiés et notamment des Juifs. Prix Nobel de la paix en 1946 avec John Raleigh Mott (1865-1955, fondateur de la World Student Christian Federation
  • 72. Mary Parker Follett (1868-1933), consultante étatsunienne. Élevée dans la tradition quaker, étudie au Radcliffe College, annexe féminine d’Harvard. Travaille pendant 25 ans dans un des pires quartiers de Boston, y crée et organise avec succès des structures sociales (maisons de quartier, clubs de jeunes, services d’éducation populaire et d’orientation professionnelle) en faveur de l’intégration de populations immigrées. S’engage dans des associations qui militent pour le droit de vote pour les femmes ou combattent l’alcoolisme. Intervenante dans différents organismes chargés de prévenir ou régler des conflits du travail. Formatrice et consultante en management, pionnière de la théorie des organisations du point de vue des ressources humaines et de la démocratie participative. Avec Eduard Christian Lindeman (1885-1953), crée un ‘Comité pour l’étude de la nature constructive du conflit.’ Préconise une approche évitant de sacrifier les précieuses différences qui font la richesse d’une société, tout en parvenant à un accord entre des points de vue éloignés, voire opposés. Distingue 3 manières de régler un conflit : la domination, le compromis et l’intégration, sortie par le haut suite à un conflit constructif. « Ce que les gens entendent souvent par ‘éliminer les conflits’ est en fait ‘éliminer la diversité’. Le conflit n’est pas nécessairement l’expression brutale et coûteuse d’incompatibilités, il est un processus normal par lequel des différences précieuses pour la société s’affirment et font progresser tous ceux qui sont concernés. » ■