IFSO MAG n°5 - Hiver 2015

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IFSO MAG n°5 - Hiver 2015

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IFSO MAG n°5 - Hiver 2015

  1. 1. Hiver 2015 - Ifso Mag n°5 Le Waqf : un dispositif musulman au service de la solidarité intergénéra- tionnelle et de l’intérêt général. ANALYSE Economie Islamique • Qu’entend-on par économie islamique - JL Karleskind • Interview de M. Nouri Interview de M. Choudhury Managing Director of Al Rayan Bank Dossier Parole d’expert
  2. 2. Editorial Finance participative et finance islamique. Connaissez-vous la nouvelle appellation de la finance isla- mique ? La « finance participative ». Plus précisément l’expres- sion « participating finance » remplace de plus en plus « Islamic finance » dans les études internationales comme le récent rap- port « World Islamic Banking Competitiveness Report 2014-15 » d’Ernst & Young l’illustre bien. Rappelons que certains pays, comme la Turquie, utilisent de longue date cette expression pour désigner la finance islamique. Qu’en penser ? Plutôt du bien. Sans parler du fait que le terme « islamique » peut être mal interprété, on peut surtout appré- cier l’accent mis sur le caractère participatif de cette forme de finance. Rappelons que l’un des grands principes de la finance islamique est de remplacer l’intérêt par le partage des pertes et des profits. Ce dernier principe aboutit ainsi à valoriser les contrats participatifs comme la musharaka et la mudaraba où le financeur partage les pertes et les profits du projet financé avec l’entrepreneur. Encore faut-il que la finance islamique le soit vraiment. En effet, les contrats participatifs restent très peu pratiqués dans les faits par rapport aux contrats de dette que sont la murabaha et l’ijara. Ainsi, peut-on espérer dans l’intérêt de la conformité aux prin- cipes mis en avant que la nouvelle expression « finance parti- cipative » soit associée à une évolution des pratiques de cette finance. Il ne faut pas simplement que les termes de cette finance en expansion soient différents, sous peine de voir la finance isla- mique devenir à terme ni participative, ni islamique… Laurent Weil Professeur, Université de Strasbourg 3 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  3. 3. Avec les spécialistes de Vitis Life, accédez aux meilleures solutions d’assurance-vie haut de gamme conformes aux principes de la finance islamique Soyez inspirés, contactez-nous info@vitislife.com | www.vitislife.com
  4. 4. Sommaire Actualité........................................................................................................ page 06 Finance islamique en France, où en est-on en 2015 ? - E. Ghlamallah Analyse............................................................................................................ page 08 Le Waqf, un dispositif musulman au service de la solidarité intergénérationnelle et de l’intérêt général - M.B. Ould Sass Dossier.......................................................................................................... page 12 Qu’entend-on par économie islamique ?- JL Karleskind La nécessité d’un modèle économique islamique pour le développement et la promotion de la finance islamique - Interview de Mr. M. Nouri Parole d’expert........................................................................................... page 20 Interview de Mr. Sultan Choudhury, Managing Director of the Al Rayan Bank - Par E. Ghlamallah Les activités de l’IFSO............................................................................. page 24 Agenda............................................................................................................ page 27 Les rendez-vous de l’IFSO Les rendez-vous de la Finance Islamique dans le monde. 5 Hiver 2014/2015 - Ifso Mag n°5
  5. 5. Avec une fourchette comprise entre 2,1 et 5 mil- lions de musulmans, dont 2 millions seraient de nationalité française, la France compte davantage de musulmans que pas moins de huit pays membres de la Ligue arabe (Liban, Koweït, Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis, Palestine, Îles Comores et Djibouti). Ce chiffre indique de facto que la France est le premier pays européen par l’importance de sa communauté musulmane et le demeurera à horizon 2030. Un décollage plus difficile que prévu On peut se demander pourquoi il semble si complexe de développer en France cette finance alternative, éthique et participative qu’est la finance islamique, alors que la France est, proportionnel- lement à sa superficie et à sa population, le plus important foyer musulman du monde occidental. Lesexplicationspeuventêtremultiples.Toutd’abord, il existe une absence de volonté politique depuis les efforts entrepris par Christine Lagarde lorsqu’elle était Ministre de l’Économie et des Finances en 2008. En effet, un réel volontarisme politique a été affiché dans tous les pays où la finance islamique s’est développée de manière satisfaisante : adoption de nouvelles lois, engagement direct des États via des émissions souveraines de Sukuk. Un autre fac- teur explicatif réside dans le fait que la finance isla- mique n’étant pas développée dans les pays d’origine des musulmans de France (Maghreb et anciennes colonies françaises), la population musulmane française n’est pas suffisamment consciente de l’im- portance de ce sujet. Les atouts du marché français Les atouts du marché français sont loin d’être négligeables. Prêtons attention au taux de bancari- sation des Français musulmans : ils sont parmi les musulmans au monde à être les plus équipés de comptes bancaires. Aussi, avec 41 % des Français musulmans « pratiquants », selon l’institut de son- dage Ifop, la cible de clientèle pourrait représen- ter plus de 2 millions de clients potentiels. Autre exemple de la vivacité du marché français, le marché de la nourriture halal, est estimé à 5,5 milliards d’eu- ros, la pratique sociale de l’islam en France a évolué vers la recherche d’une consommation plus respec- tueuse de son éthique et de ses valeurs. Un acteur en mesure d’offrir des produits conformes et perfor- mants aurait donc de belles perspectives de déve- loppement. Ce marché émergent dans le domaine de l’économie halal peut représenter une réserve de croissance considérable pour le développement de la finance islamique et de l’assurance Takaful. Il existe d’ailleurs deux universités qui dispensent un enseignement en finance islamique : l’Université de Strasbourg avec un Executive MBA et un Master 2 et l’Université de Dauphine avec un Executive Mas- ter. Les profils des personnes qui suivent ces forma- tions sont pluridisciplinaires : assureurs, actuaires, risk et asset managers, juristes, banquiers privés et d’affaires, etc. Avec l’adoption d’instructions fiscales destinées à ne pas pénaliser les opérations de finance islamique par rapport aux opérations conventionnelles, le cadre juridique est présent. De plus le droit des assurances prévoit des statuts parfaitement compatibles avec les principes du Takaful sans qu’il ne soit nécessaire de légiférer au d’amender. La France est d’après la revue SIGMA éditée par Swiss Re le cinquième mar- ché mondial de l’assurance avec un taux de pénétra- tion de presque 10%. Le rapport annuel 2013 de la FFSA (Fédération Fran- çaise des Sociétés d’Assurance) fait état de 188 mil- liards d’euros de cotisations tous marchés en France, si des solutions Takaful arrivaient à capter ne serait- ce que 2% du marché français la France deviendrai le 2nd marché mondial du Takaful qui ne représente d’après EY que 11 milliards d’euros en 2014. Ezzedine GHLAMALLAH est chef d’entreprise, dirigeant de SAAFI, cabinet de courtage en assurances, spécialiste de la distribution et de la conception de solutions d’accès à l’assurance et à la finance islamiques. Il est diplômé de l’Université de Strasbourg où il a obtenu son Executive MBA en 2013. Il est également ancien élève de l’École Nationale de l’ASSurance, licencié en 2010 en Assurance Banque Finance. Il enseigne la finance islamique à l’Université de Droit de Cergy Pontoise, anime la rubrique « finance éthique » sur le site Saphirnews.com et publie régulièrement des articles dans des revues telles que l’Islamic Finance News ou l’Argus de l’Assurance. Actualité Finance islamique en France, où en est-on en 2015 ? 6 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  6. 6. Cela serait également un excellent moyen de se différencier des places londoniennes et luxembour- geoises qui ont fait le choix d’émettre des sukuk souverains afin d’attirer les investisseurs moyen orientaux. Ce sont toutes ces raisons qui expliquent que la Banque Centrale Européenne a estimé dans un rapport paru en juin 2013 que la finance islamique semblait avoir un bon potentiel à développer en France. Une offre limitée. Malgré tout, du côté de l’offre, les produits propo- sés sont très limités : une seule banque aujourd’hui réalise des opérations de financement Shari’a compliant. Effectivement, la Banque Chaabi, filiale française de la banque marocaine propose une solu- tion de financement immobilier Murabaha et une convention de compte de dépôt. Concernant l’assu- rance, il n’y a pas de solutions Takaful dommages. Seules existent des solutions Takaful famille qui se matérialisent par trois contrats d’assu- rance-vie : Salam Épargne & Placement de Swiss Life, Amâne Exclusive Life de VITIS LIFE et plus récemment Ethra’a Takaful Famille de la compagnie Luxembourgeoise Atlanticlux, filiale du groupe FWU. Pour permettre l’éclosion, puis le développement d’un vrai marché pour la finance islamique et l’assurance Takaful en France, il est nécessaire d’investir par la création et l’offre de nouveaux produits répondants aux besoins de la population, il faut également démystifier et faire preuve de pédagogie. L’offre doit créer le marché. La démystification doit pouvoir convaincre les institutionnels de la réserve de croissance consi- dérable qu’offre ce segment et les encourager à investir. La pédagogie quant à elle doit servir à stimuler la demande. Aux acteurs privés de s’organiser, investir et créer le marché... Par Ezzedine Ghlamallah. Actualité Finance islamique en France, où en est-on en 2015 ? 7 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  7. 7. Dans la tradition musulmane, le Waqf est, principalement, un dispositif d’affectation des rendements d’une propriété privée au service de l’intérêt général. Certes, l’Islam est une religion qui reconnait la propriété privée comme étant un droit universel. Cependant, en parallèle avec cette reconnaissance irrévocable, l’Islam encourage ses disciples à assumer une certaine responsabilité sociétale au sein de la communauté dans laquelle ils vivent. C’est ainsi qu’il recommande un certain nombre de dispositifs susceptibles de renforcer une solidarité proactive non seulement à l’égard de la communauté musulmane, mais aussi envers l’Humanité dans son ensemble. Parmi ces dispositifs juridiques, on trouve la Zakat (aumônes obligatoires/purificatrices de la richesse du point de vue spirituel), les Sadakat qui se présentent comme aumônes facultatives et le Waqf qui fait l’objet de notre présent article. Le plan de cet article se divise en deux parties essentielles. La première propose un bref aperçu sur la nature de Waqf, son sens sémantique et sa défi- nition ainsi que sa portée sociale et solidaire (1.) tandis que la seconde partie tente d’appréhender la possibilité d’intégration du Waqf dans l’ordre juridique français (2.). 1. Le sens sémantique et la définition juridique du Waqf Du point de vue étymologique, le Waqf signifie « la suspension d’un mouvement » ou le fait d’immobiliser quelque chose pour un objectif précis. Sur le plan juridique, nous pouvons définir le Waqf (pluriel : Awqaf) comme étant un contrat stipu- lant une donation à perpétuité1 d’usufruit d’un actif productif, faite par une personne physique ou morale dans le but d’assurer, de façon intégrale ou partielle, le financement d’une oeuvre d’intérêt général tout en gardant la nue-propriété du bien qui fait l’objet du Waqf2 . 1 Il est possible aussi que le Waqf soit formulé pour une durée déterminée notamment selon l’école Malikite 2 Dans la région du Maghreb, on utilise ke terme de Houbouss (pluriel : Ahbass) pour désigner le Waqf. Dès la conclusion de ce contrat, le bien qui fait l’objet du Waqf devient automatiquement une propriété insaisissable et inaliénable au sens juridique du terme. De plus, la gestion de ce fonds et les bénéfices qui en découlent doivent être effectués dans le strict respect de la volonté du donateur-constituant notamment si celui-ci a manifesté son désir de voir le fonds investi dans un domaine particulier comme la santé ou l’éducation ou l’accès à l’eau potable... etc. Traditionnellement, on distingue trois configurations de Waqf suivant la volonté du donateur-constituant. La première configuration est celle du «Waqf Public».Auseindecemontagel’actededonation d’usufruit est établi au profit d’une large catégorie des bénéficiaires désignés d’une manière globale (ex : tous les pauvres d’une cité ou d’un pays). Ce type de Waqf peut aussi être organisé par type des services publics tels que les hôpitaux, les écoles, etc… La deuxième configuration possible est celle du «Waqf Familial» dans lequel l’acte de disposition prévoit une restriction des bénéficiaires au profit de certaines personnes proches du donateur-consti- tuant. La configuration de ce type de structure peut induire certaines perturbations macroéconomiques notamment lorsqu’on l’utilise à grande échelle. La troisième configuration est celle du «Waqf mixte» ou « hybride » qui, comme son nom l’indique, contient à la fois des éléments de «Waqf Public» et de « Waqf Familial ». Dans cette configuration, le donateur-constituant aura le droit de nommer des bénéficiaires publics et des bénéficiaires particuliers. À noter que, le «Waqf Public» reste généralement le plus usité dans le monde et à ce titre on l’appelle le «Waqf Khayrî» ou le véritable Waqf d’intérêt général. À cet égard, le Waqf symbolise une certaine volonté d’institutionnaliser la solidarité intergénération- nelle et constitue, à ce titre, un intéressant moyen de développement local. M. Mohamed-Bachir OULD SASS est expert en « droit musulman des affaires » (fiqh al mouaamalat) et en finance islamique, membre du Sharia Board (ACERFI) il intervient, en tant que professionnel, dans différents pays (Belgique, Maroc, Mau- ritanie…). Il enseigne également ces matières à l’Université de Strasbourg, depuis 2009. Membre de l’équipe de recherche de l’Université de Strasbourg « Banques et Finance islamique », projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche, il est l’auteur de plusieurs articles de fond sur la question. Analyse Le Waqf, un dispositif musulman au service de la solidarité intergénérationnelle et de l’intérêt général 8 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  8. 8. Dans cette perspective, nous nous sommes interrogés sur la possibilité d’intégrer le Waqf dans le paysage européen et plus particulièrement en France. 2. Les perspectives d’intégration du Waqf dans le paysage européen En guise d’introduction de notre analyse de la possibilité d’intégration d’un tel modèle dans le paysage européen, il convient de rappeler que la Convention Européenne des Droits de l’Homme prône le respect de la liberté d’initiative y compris les initiatives motivées par des convictions spiri- tuelles ou religieuses. À cet égard, chaque religion doit être respectée et donc non entravée sauf pour d’impérieux motifs d’intérêt général. Dans les pays de droit anglo-saxon, le trust est utilisé comme mécanisme d’intégration du Waqf. En France, nous estimons que le régime des fondations régies depuis 1987 (2-1) et dans certaine mesure la fiducie réintroduite dans le droit fran- çais en 2007 (2-2), ainsi que la loi relative au fonds de dotation promulguée en 2008 puissent servir de support juridique pour recevoir et intégrer le Waqf dans l’ordre juridique français (2-3). 1) L’intégration du Waqf à travers le régime des fondations Le régime juridique des fondations a été posé par la loi du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat, offrant ainsi plus de clarté et de sécurité juridique. Selon cette loi, les fondations se présentent dans «L’acte par lequel une ou plusieurs personnes physiques ou morales [appelés fondateurs] décident l’affectation irrévocable de biens, droits ou ressources à la réalisation d’une œuvre d’intérêt général et à but non lucratif ». La loi de 1987 a défini trois types de fondations, les unes dotées de la personnalité morale : les fondations d’utilité publique, les fondations d’entreprises et les autres dépourvues de cette personnalité morale : les fondations abritées. La fondation d’utilité publique nous semble assez adéquate pour recevoir le Waqf en France. Dans ce cadre, les fondateurs peuvent être des personnes physiques ou des personnes morales, à condi- tion d’avoir la capacité de consentir des libérali- tés. Les fondateurs-personnes physiques peuvent créer une fondation directement par donation entre vifs ou par testament. Ils peuvent également, créer une fondation de manière indirecte soit par l’intermédiaire d’une personne morale existante chargée alors de créer une telle structure avec les fonds donnés, soit par l’intermédiaire d’un légataire. Quant aux fondateurs-personnes morales, ils peuvent constituer une fondation soit en effec- tuant une donation soit en se dissolvant pour transférer les biens à la fondation. A noter que le principe de spécialité impose que la création de la fondation soit utile à la réalisa- tion de leur objet social. Le patrimoine de la fonda- tion peut être constitué par un ensemble de biens consomptibles ou non, droits et ressources, etc… Une fois que l’acte de fondation est conclu, le patri- moine y afférant est affecté à la fondation pour une durée illimitée de manière irrévocable. Toutefois, il reste possible de remplacer un bien affecté par un autre bien de même valeur et ayant la même utilité. De même, le Conseil d’État admet qu’il est possible d’aliéner une partie des biens figu- rant à l’actif. Mais, de même que ceci est possible, les statuts peuvent l’interdire. Enfin, ce patrimoine est affecté à un but d’inté- rêt général non lucratif ce qui exclut les intérêts privés du fondateur ou de sa famille. Une fois l’utilité publique reconnue par décret, pris après avis du Conseil d’État, la fondation acquiert la pleine personnalité morale pouvant ainsi recevoir des dons et legs. En nous basant sur ce qui précède nous pouvons dire que le régime juridique de fondation permet l’intégration de Waqf public dans le paysage français. 2) Le Waqf via le régime de la fiducie- gestion. La loi du 19 février 2007 a intégré dans le code civil, un titre consacré à la fiducie. Conscients de l’attraction qu’exerçait le mécanisme du trust dans les relations économiques, le législateur a tenté à plusieurs reprises de faire entrer le trust par l’intermédiaire de la fiducie dans le droit français. Toutefois, cette ambition a toujours été bloquée pour des raisons fiscales et par crainte de fraude éventuelle sur les registres de mutation notamment dans les cas où la fiducie serait à titre gratuit. Après une longue réflexion, le Sénat a présenté une proposition de loi le 8 février 2005, finalement adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 7 février 2007, non sans quelques modifications. Analyse Le Waqf, un dispositif musulman au service de la solidarité intergénérationnelle et de l’intérêt général 9 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  9. 9. Cette proposition a donné naissance à l’article 2011 du code civil qui définit la fiducie comme étant «l’opération par laquelle un ou plusieurs constituants transfèrent des biens, des droits ou des sûretés, ou un ensemble de biens, de droits, ou de sûretés, présents ou futurs, à un ou plusieurs fiduciaires qui, les tenant séparés de leur patrimoine propre, agissent dans un but déterminé au profit d’un ou plusieurs bénéficiaires». Et cela pour une durée maximale1 de quatre-vingt-dix-neuf ans. En pratique, la fiducie met donc en relation trois acteurs : le constituant, le bénéficiaire et le fiduciaire. En 2007, l’Assemblée nationale a voulu restreindre la fiducie aux personnes morales soumises ou pouvant être soumises à l’impôt sur les sociétés. Mais, lors des débats sur la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008, le Sénat a pu faire passer l’abrogation de l’article 2014 du code civil qui prévoyait cette restriction pour le constituant. Désormais, le constituant, c’est-à-dire celui qui transfère ses biens, droits ou sûretés au fiduciaire peut être soit une personne morale soit une personne physique. En revanche, les fonctions de fiduciaire sont réservées aux acteurs suivants : • Établissements de crédits mentionnés à l’article L. 511-1 du code monétaire et financier • Trésor public, la Banque de France, la Poste, la Caisse des dépôts et des consignations, les Instituts d’émissions d’outre-mer et des départements d’outre-mer posés {l’article L. 518-1 du code monétaire et financier. • Entreprises d’investissements autres que les établissements de crédit mentionnées l’article L. 531-4 du même code. • Entreprises d’assurance régies par l’article L. 310-1 du code des assurances. • Avocats, depuis 2008. Le fiduciaire aura, selon les stipulations contractuelles, soit la charge de la gestion du patrimoine transféré au profit du bénéficiaire (fiducie-gestion), soit la garde du patrimoine qui est alors pour le fiduciaire une garantie contre une dette du bénéficiaire (fiducie-sûreté). Concernant les effets de ce type de contrat, il convient de noter que la loi de la fiducie opère un certain « démembrement » de propriété par la création d’un patrimoine d’affectation distinct de celui du fiduciaire. 1 Rappelons que la durée de waqf, quant à elle, peut aussi être limitée dans le temps selon l’école malikite Cette perception fait écho et laisse entendre qu’il est possible d’envisager, après quelques ajustements, l’instauration du Waqf via le régime de fiducie notamment la fiducie-gestion. 3) L’intégration du Waqf par le biais d’un fonds de dotation Waqf via le régime de la fiducie-gestion. Afin d’attirer les financements privés pour les activités à but non lucratif, la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 a créé le fonds de dotation voulu comme « un mode de financement complémentaire permettant de répondre durablement aux nouvelles exi- gences et contraintes budgétaires, un mode de gouvernance spécifique optimisant à la fois la transparence et la sécurité au regard des projets que les établissements auront d é c i d é s , e t u n m o y e n d ’ i n s c r i r e l e s institutions françaises dans une dynamique internationale. »2 L’article 140 de la loi de modernisation de l’économie définit le fonds de dotation comme « une personne morale de droit privé à but non lucratif qui reçoit et gère, en les capitalisant, des biens et droits de toute nature qui lui sont apportés à titre gratuit et irrévocable et utilise les revenus de la capitalisa- tion en vue de la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général ou les redistribue pour assister une personne morale à but non lucratif dans l’accomplissement de ses œuvres et de ses missions d’intérêt général. » Concrètement, le fonds de dotation peut être créé par une ou plusieurs personnes physiques ou morales quel que soit le statut juridique de ces dernières, pour une durée déterminée ou indétermi- née.L’objetdufondsestdefairefructifierleslibéralités consenties pour réaliser une œuvre ou une mission d’intérêt qui lui est propre ou celle d’un autre orga- nisme à but non lucratif. Le fonds est donc constitué ou non d’une dotation initiale et essentiellement des dons et legs qui lui sont consentis. Sauf dérogation légale pour une œuvre ou un programme d’action déterminé et présentant une importance ou une indéniable particularité, les fonds publics ne peuvent être versés à un fonds de dotation. Le fonds peut disposer librement de ses ressources dans la limite de son objet social. En revanche, la dotation en capital est intangible. Le fonds ne peut en utiliser que les revenus, sauf disposition statutaire en sens contraire. 2 Cf. l’exposé de motif du projet de loi relative à la modernisation de l’économie du 4 août 2008 Analyse Le Waqf, un dispositif musulman au service de la solidarité intergénérationnelle et de l’intérêt général 10 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  10. 10. De même si une donation est accompagnée d’une clause d’inaliénabilité stipulée dans un intérêtsupérieuretlégitimepouruntempsdéterminé, celle-ci devient insaisissable tant que dure la clause d’inaliénabilité. Le fonds de dotation acquiert la personnalité juridique par déclaration à la préfecture, dans le ressort de laquelle le fonds a son siège, et par publication au journal officiel. Sur le plan organisationnel, le fonds de dotation doit être administré par un conseil d’administration d’au moins trois membres qui doivent s’adjoindre un comité consultatif dès que le montant de la dotation excède un million d’euros. Force est de constater que les conditions de créationdefondsdedotationsontprochesdecellesdes fondations d’utilité publique à la différence près que l’objet est clairement l’immobilisation de dons ou legs en vue de les faire fructifier et affectersesfruitsàunprojetd’intérêtpublicdéterminé. Une caractéristique qui nous rapproche davantage de l’esprit du Waqf. Nous pouvons donc facilement imaginer la possibilité de mettre en place un projet de Waqf public sous forme d’un fonds de dotation. Par Mohamed Bechir Ould Sass. Analyse Le Waqf, un dispositif musulman au service de la solidarité intergénérationnelle et de l’intérêt général 11 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  11. 11. Dans les milieux de la finance islamique, on discute très rarement de ce qu’on entend par “économie islamique”. L’idée reçue généralement acceptée est que l’Islam promouvant le commerce, profession du prophète (sAs) et protégeant la propriété privée, les principes de l’économie islamique se confondraient avec ceux de l’économie libérale. On reconnait la légitimité du profit et de l’enrichissement person- nel. Les limites fixées sont le respect de la parole donnée, la transparence et des interdictions spécifiques : interdiction de l’intérêt, de l’incertitude spéculative, du commerce du vice, etc... Sans se confondre avec l’esprit du capitalisme sacralisant le travail et le gain tel que décrit par Max Weber1 , il semblera évident que l’économie islamique n’a rien à voir avec le communisme athée. Pourtant, l’époque de la Révélation de l’Islam a provoqué une révolution, dans la péninsule ara- bique d’abord, puis dans l’aire arabo-musulmane s’étendant de l’Inde à l’Atlantique. Devant le message simple et égalitaire de l’Islam, les anciens principes éthiques volent en éclat. Les hiérarchies sociales sont remises en cause. Les peuples embrassent l’Islam en masse. S’ouvre une période de grande prospérité économique. 1 Ethique protestante et esprit du capitalisme, 1904-1905 L’ouverture d’un marché immense avec une langue et un système de droit commun y a sans doute beaucoup contribué, comme ce fut le cas, un millénaire plus tôt, pour l’Empire romain. Ce fut un âge d’or, tout le monde en conviendra. Il y eut bien sûr des zones d’ombre mais beaucoup de musulmans ont la nostalgie de cette période et certains même voudraient la faire renaître. Nous ne partageons pas ces aspirations réactionnaires. Mais, jusqu’à aujourd’hui, les expériences individuelles de repentir, la fraternité de cer- taines communautés, la générosité des musulmans pendant le Ramadan montrent que le message de l’Islam continue de transformer des vies et aussi des sociétés. L’Iran a indubitablement été changée par la révolution islamique tout comme le Soudan et l’Afghanistan des Talibans. Il ne s’agit pas ici de juger de la valeur de ces expériences. Notons toutefois que ces pays ont tous fait l’objet de pressions exté- rieures énormes, guerre ouverte ou larvée, embargo économique, ostracisme diplomatique. Les régimes inspirés de l’Islam n’ont pas le monopole de la résistance de l’ordre établi. Les Révolutions française, russe et cubaine furent férocement combattues de l’étranger. Jean-Luc Karleskind est diplômé de la Graduate School of Business de l’université de Stanford, d’IMD Lausanne et du CNAM Paris (Comptabilité). Après 15 ans passés dans un grand groupe industriel en tant que cadre financier qui l’a mené de France en Suisse, en Italie, en Pologne et en Russie, Jean-Luc Karleskind arrive au Luxembourg en 2001. Il y devient le Chief Financial Officer (CFO) d’une société internationale de négoce de matières premières. En 2010, Jean-Luc part faire un voyage autour du monde dont il fera un projet de recherche économique. Ce projet l’emmène notamment au Soudan et en Malaisie où il observe de près l’économie islamique, ayant accès à la banque centrale du Soudan et à des professeurs de finance islamique. Depuis 2012, Jean-Luc a enseigné la finance à la Luxembourg School of Commerce, publié de nombreux articles économiques dans divers organes de presse et sur ses blogs et a donné des conférences sur l’économie islamique et l’entrepreneuriat au Luxembourg, en France, en Allemagne et en Suisse. Musulman engagé, il a cofondé un centre islamique au Luxembourg en 2008 et depuis 2011, il est vice-président de la Shoura, l’assemblée des musulmans du Grand-Duché de Luxembourg. Depuis 2014, il est conseil en finance d’entreprise chez Entrepreneurial Project Development, une société dont il est co-fondateur. Dossier Qu’entend-on par économie islamique ? – Jean Luc Karleskind 12 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  12. 12. L’Histoire nous enseigne que l’Islam incite à la transformation plus qu’à l’adaptation. C’est ce que pense Tariq Ramadan. Il critique sévèrement la finance islamique: “Puisque l’on ne veut pas d’intérêts, on transforme les données de la spécu- lation réelle, qui reste pourtant un fait intégré, en la qualifiant d’islamique. On change les moyens et les techniques, mais on garde les mêmes objectifs : maximiser les profits. On applique des charges administratives qui sont les équivalents des intérêts. Ce n’est pas une alternative, c’est une perver- sion.” Ramadan indique ce qui pose selon lui pro- blème: la maximisation du profit. Mais, n’étant pas économiste, il ne nous dit pas ce que serait une éco- nomie islamique véritable. Or, quelqu’un a le mérite d’avoir réfléchi à ce que devrait être l’économie islamique au 20ème siècle. Rarement cité hors du monde chiite dont il est issu, il est pourtant un penseur d’une envergure rare. Son ouvrage, “Banque sans usure en Islam1 ” publié en 1961 est le premier livre exposant comment une banque moderne pourrait opérer sans utiliser l’intérêt sur la monnaie. Mais, dans la préface, il prévient: “Immergée dans une société dans laquelle le système capitaliste dirige la finance, les pensées et la morale..., une banque s’interdisant l’intérêt ne peut espérer produire tous les effets qui résulte- raient d’une société islamique.” Pour cela, il faudrait que l’Etat impose un ordre économique tel qu’il est exposé dans Iqtisaduna, (Notre économie) du même Baqir al-Sadr puisque c’est de lui dont il s’agit. Dans “Notre économie”, Baqir commence par analyser le communisme puis le capitalisme. Il le fait en philosophe, lisant les textes et les criti- quant d’un point de vue rationnel. Il reconnaît des mérites aux deux idéologies dominant son époque et notamment une certaine justice sociale dans les pays communistes et une grande prospérité matérielle dans les pays capitalistes. Puis Baqir propose une économie politique basée sur les sources islamiques et alternatives au capitalisme et au communisme. Au fondement du système, se trouve le principe du califat, c’est-à-dire que l’Humanité est vicaire de Dieu, non pas “maître et possesseur de la nature” comme chez Descartes mais gestionnaire de ressources provenant de Dieu. Cette vision du monde s’oppose à la vision capitaliste selon laquelle le droit de propriété individuelle primerait tous les autres droits. En économie islamique, les res- sources naturelles: terre, matières premières, eau, faune et flore appartiennent à l’État islamique en tant que vicaire de Dieu. Ces ressources peuvent être exploitées par des individus à condition que cette exploitation serve l’intérêt général. 1 Al-Bank al-la Ribawi fi al-Islam (Usury-free Banking in Islam) Pour illustrer la portée concrète de cette proposition qui n’est pas propre à l’Islam, rappelons que c’est en vertu de ce principe de propriété collective que le premier gouvernement démocratiquement élu d’Iran a nationalisé en 1952 le pétrole iranien jusque là dans les mains de l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), aujourd’hui British Petroleum (BP). Ce gou- vernement, dirigé par le nationaliste Mossadegh, fut renversé par un coup d’Etat fomenté par la CIA et le MI5 britannique et financé par l’AIOC . Le gouverne- ment du socialiste Salvador Allende au Chili natio- nalise les ressources du sous-sol en 1971 et Allende meurt en 1972 lors d’un coup d’Etat soutenu direc- tement et ouvertement par les Etats-Unis. On voit que sur cette question de la propriété des ressources naturelles, Baqir se démarque nettement du capita- lisme au nom des principes islamiques. Pour Baqir, les problèmes socio-économiques pro- viennent, non de la rareté des ressources insuffisantes à satisfaire les besoins de tous, mais de la mauvaise conduite de l’homme, de son caractère oppressif et du gaspillage des ressources. Le fait qu’un homme sur sept, soit un milliard de personnes, soient mal nourris, que neuf millions en meurent tous les ans, soit 25.000 par jour dont une majorité d’enfants, alors qu’en même temps 1,4 milliards d’adultes sont en sur-poids dont 500 millions d’obèses2 , semble don- ner raison à Baqir. La solution islamique qu’il avance a trois composantes : 1. Mettre un terme à l’oppression due à l’injuste répartition des ressources économiques, 2. Discipliner la nature humaine pour contrôler l’amour de soi et 3. Utiliser les ressources économiques pour satis- faire les besoins de tous. Selon l’économie islamique, la richesse produite appartient à celui qui travaille et non au proprié- taire des moyens de production comme dans l’éco- nomie capitaliste. C’est ainsi que la farine appartient au paysan qui a récolté les grains et non au meu- nier. Le capital est un stock de travail accumulé. Il ne reçoit pas de rémunération en vertu de l’interdic- tion du riba’ (l’intérêt). Il est associé aux profits et aux pertes. L’outillage reçoit un loyer servant à cou- vrir l’amortissement. Il ne participe pas au profit. Le travail est rémunéré par le salaire pour la quantité de travail fourni et par une part sur le produit fini et donc sur le profit. Toutefois, la source de l’injustice ne provient ni du modèle social, ni de la propriété des moyens de pro- duction, mais de l’amour de soi qui pousse l’Homme à assurer sa survie pour lui seul. 2 Voir Jean Feyder “La faim tue” L’Harmattan 2011 Dossier Qu’entend-on par économie islamique ? – Jean Luc Karleskind 13 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  13. 13. C’est l’expression de l’instinct de survie, essen- tiel pour la préservation de la vie sur terre. On le retrouve dans la recherche du profit, manifestation économique de l’amour de soi. Cela incite au travail, au dépassement de soi. Mais, le profit sans contrôle moral mène à différentes formes d’oppression. Dans le système capitaliste, c’est l’exploitation d’autrui et l’accaparement des ressources par la propriété. Dans le système communiste, c’est l’oppression politique, la lutte pour le pouvoir et l’obtention de privilèges et de passe-droits. Baqir pense que seule la religion peut canaliser la nature humaine car on ne peut la changer comme le croyaient les communistes. La religion, et donc l’Islam pour Baqir, introduit divers mécanismes du contrôle de soi. D’abord, l’Homme en tant que vicaire de Dieu sur terre est res- ponsable de ses actes y inclus économiques. Ensuite, sur la balance divine, l’usure “gain matériel appa- rent” est en réalité une perte. L’aumône ou la zakat “apparente perte matérielle” est un gain. Puis, l’Is- lam déteste le gaspillage. La piété contrebalance la nature compétitive de l’Homme. En Islam, la for- tune matérielle n’est pas un but mais un fardeau. Le musulman vise au service. Enfin, la thésaurisa- tion est fortement découragée, socialement et fiscale- ment par la zakat. En bref, l’Islam vise à changer les valeurs sociales liées à la possession de la fortune et de la propriété privée. Le développement économique prôné par Baqir est similaire au capitalisme mais avec une approche dif- férente. Le capitalisme promeut la maximisation du profit individuel et de la propriété privée sans limite. L’économie islamique maximise l’utilisation des res- sources dans son cadre de théorie de la distribution de la richesse et de ses principes de justice. Dans le cadre islamique, l’État joue un rôle central de direc- tion de l’économie. Tout revenu non lié au travail est aboli. La thésaurisation est découragée par la zakat, un impôt sur la fortune levé sur tous, musulmans ou non, qui n’est pas optionnel contrairement à l’au- mône (sadaqa). Au niveau des valeurs, l’État encou- rage la sobriété qui n’est pas la pauvreté. Le vicariat n’est pas donné à l’individu mais à l’hu- manité. Donc, pour assurer la paix et l’harmonie sociale, les biens doivent être sous la responsabi- lité collective. L’Etat est le principal propriétaire, car propriétaire des ressources naturelles. Il fixe la direc- tion de l’économie en donnant aux individus le droit de propriété pour un but social. Enfin, l’Etat a une fonction de redistribution. En effet, les ressources économiques ne sont pas distribuées uniquement en fonction du travail et des facultés à produire mais aussi en fonction des besoins. Il est de la responsabilité de l’Etat de soutenir ceux qui ne peuvent produire suffisamment ou qui sont inaptes à travailler. Il doit donc leur assurer une vie digne et pas seulement le minimum vital. Tout en recon- naissant les différences de revenus entre les gens, l’État islamique a pour but la prospérité de tous les citoyens en assurant une vie digne à chacun. C’est plus ou moins la définition de l’État-Providence mis en place en Occident au lendemain de la seconde guerre mondiale et en voie de démantèlement dans l’ère néo-libérale. On voit que Baqir développe une vision du monde visant à donner des réponses aux problèmes de notre temps. Cette oeuvre majeure sur l’économie fait suite à Falsafatuna, (Notre philosophie), publiée en 1959 alors que Baqir avait à peine 24 ans. Engagé par la suite en politique dans l’Irak de Saddam Hussein, ce dernier le fit exécuter en avril 1980. Il semblerait que ce fut par enfoncement à coups de marteau d’un clou dans la tête après avoir fait torturer et exécuter Amina Baqir, la soeur du supplicié, sous ses yeux. A cette époque, Saddam Hussein était le champion de l’Occident et des pétromonarchies du Golfe. Avec leur soutien financier et militaire, Hussein était sur le point d’engager son pays dans une guerre de huit ans contre le voisin iranien. Les Iraniens avaient eu en effet la mauvaise idée de chasser du pouvoir Mohammad Reza Pahlavi, Sha- hinshah, roi des rois, restauré sur le trône en 1953 par le coup d’Etat de la CIA et du MI5. Baqir était dans le mauvais camp. Il fallait l’éliminer. Pour qui courtise les pétrodollars accumulés par les pays du Golfe avec des produits de finance islamique, il n’est donc pas très habile de remuer ces vieilles histoires d’économie islamique. On préfèrera donc se concentrer sur la technique, les mots arabes, les Sharia boards. Les banquiers y croient, ou font semblant. Le grand public n’est pas dupe. Ramadan serait-il dans le vrai quand il parle de perversion de la finance islamique ? Par Jean-Luc Kalerskind. Dossier Qu’entend-on par économie islamique – Jean Luc Karleskind 14 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  14. 14. Avant d’aborder son impact sur le développement et la promotion de la FI : En quoi consiste le concept ou modèle d’économie islamique ? Quelles sont les points qui la caractérisent ? Tout d’abord je vous remercie de m’avoir accordé cette occasion de m’exprimer dans ce numéro de l’Ifso Mag et je vous souhaite bon courage et bonne continuation. Parler d’économie islamique ou de finance isla- mique, surtout en occident, il y a quelques années, était une sorte d’utopie ou même d’hérésie intel- lectuelle. Les paradigmes du système capitaliste conventionnel n’acceptaient pas une approche diffé- rente. Pas d’économie sans banques ni banques sans intérêt. Telle était l’axiome fondamental du système. Or la thèse de l’économie islamique et de sa variante la finance islamique est fondée sur des paradigmes opposés. Il fallait juste deux décennies pour infirmer cettethèseconventionnelleetconfirmeruneapproche totalement contradictoire. Le système bancaire islamique est désormais devenu un fait irréfutable. Basé sur des postulats tout à fait différents, l’approche islamique de l’économie et de la finance fait naître une attention toute particulière du plus grand nombre. On parle ainsi de plusieurs notions et concepts tels que l’ « économie islamique », le « système économique islamique », de la « doc- trine économique islamique » ou même de la « science économique islamique ». Chaque notion et concept a ses adeptes et ses penseurs contemporains. Mais parler d’un modèle purement islamique de l’économie est assez prématuré. Il reste cependant à construire. Pour la plupart des adhérents de cette thèse c’est un chantier en cours de construction. Les travaux avancent parallèlement avec les pratiques. Dans ce cadre conceptuel, l’économie islamique peut être conçue en termes de : • Doctrine économique. • Science économique. • Système économique (économie de marché). Mais la définition la plus adoptée est celle qui rallie l’économie islamique à une économie de marché adossée à des actifs réels où la pratique de l’intérêt, la titrisation des créances (financiarisation des dettes) et la spéculation à découvert (la vente de ce que l’on ne possède pas) sont, entre autres, formellement interdites. Cette économie islamique se distingue par des caractéristiques principales dont les plus impor- tantes sont : • Le fait qu’il s’agit d’une économie fondée sur la conciliation entre l’Économique et le Religieux. • Une économie qui se base sur deux axes parallèles : à la fois l’axe lucratif et l’axe non- lucratif. • Une économie éthique où la morale joue un rôle distingué dans toute l’activité économique : production, consommation, distribution, commerce. Dans ce sens l’économie islamique est beaucoup plus large que la finance islamique. Elle englobe aussi bien la sphère de la finance islamique que bien d’autres sphères telles que la sphère non lucrative qui comprend le système de la Zakat, le système du Waqf, du Takaful, de la production, de la consommation, de l’industrie du halal, de l’industrie du tourisme alternatif « éthique », etc.… M. Mohamed NOURI est économiste et expert en finance islamique, professeur en économie islamique et finance islamique à ESSEC Tunis (EMBA Finance Islamique) et à l’IESH Paris (Master études islamiques supérieures), Gérant d’Abrar Finance Consulting (cabinet de formation et de conseil en finance isla- miques), formateur agréé par le CIBAFI (conseil général des banques islamiques) à Bahreïn, membre de la commission Finance Islamique à Paris Europlace et Ministère des finances France, Membre du Comité finance islamique du ministère des finances Tunisie, Président du COFFIS (Conseil Français de la Finance Islamique), formateur de cadres banquiers (système bancaire islamique) auprès de plusieurs banques en Tunisie, Algérie, Maroc, Sénégal, Mali... Divers articles publiés en arabe et en français dont à titre d’exemple: - Les principes de la finance islamique au service de l’économie mondiale - L’économie islamique: une économie sans dette - La banque islamique de développement: de l’accumulation du capital au développement social. Dossier La nécessité d’un modèle économique islamique pour le développement et la promotion de la finance islamique - Interview de M. Mohamed Nouri 15 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  15. 15. En quoi l’économie islamique pourrait être le moteur du développement de la finance islamique ? Après un demi-siècle environ de pratique bancaire islamique, il est sans doute indispensable de faire le point et établir le bilan de cette, si attrayante, expérience. Le bilan n’est certes pas mitigé malgré les problématiques qui existent. La réussite est remarquable mais d’énormes contraintes se posent et constituent de vrais obstacles à l’évolution et l’extension de la finance islamique. Pour cette raison le véhicule de cette finance islamique a besoin d’un moteur, une sorte de propulseur et de tremplin permettant le décol- lage avec un nouvel élan et vers de nouvelles perspectives et espaces variés. Ce moteur ne peut être que le cadre de l’économie islamique avec ses différentes composantes. Certains trouvent que la finance islamique est comparable à un oiseau qui ne peut survoler qu’avec deux ailes et un corps. Les deux ailes sont le secteur bancaire et le secteur assurances. Le corps n’est autre que l’économie islamique observée surtout en termes de système ou économie de marché islamique. La finance islamique fait face aujourd’hui à des problématiques sérieuses qui peuvent freiner sa croissance et barrer son attractivité. L’absence d’un marché monétaire islamique, d’un vrai mar- ché de capitaux, d’une banque centrale partenaire, d’un système normatif plus solide et plus cohé- rent, d’une gouvernance plus performante et plus fidèle aux fondements et principes de base qui vise au-delà de la conformité une finalité innovante, d’un capital humain plus important et surtout plus efficient et d’une assise éthique beaucoup plus partagée. Bref, d’un système adéquat avec ses principes et ses mécanismes de fonctionne- ment incluant toutes les activités liées à la sphère financière dans un marché qui adhère aux mêmes principes. C’est dans ce sens que la promotion de la finance islamique ne peut réussir que dans ce cadre général d’une économie islamique qui s’adresse à tous sans aucune exception de caractère ethnique, religieuxouautre.Unsystèmeplutôthumanitaireque communautaire, inclusif et non exclusif, équitable et non injuste, participatif et non monopolistique. Selon vous, quels sont les moyens et facteurs de développement de l’économie islamique ? Cinq facteurs principaux me semblent déterminants de la réussite et du développement d’une économie islamique : • Une volonté politique entreprenante : l’environnement politique dans lequel une économie islamique peut fonctionner et se développer doit être un environnement favorable ou du moins pragmatique qui ne porte aucune intransigeance ou intolérance de caractère éthique, religieux ou politique. L’Indifférence politique dans le domaine économique et financier est primordiale car elle permet la mobilité de la richesse, l’attraction des fonds, l’optimisation des intérêts économiques et des avantages collectifs. • U n m o d è l e é c o n o m i q u e a d a p t é : l’économie islamique a besoin d’un modèle appropriéquiintègretouteslesvarianteséthiques, financières, socio-économiques, endogènes et exogènes, dans lequel une synergie existe entre les divers secteurs de l’activité économique, en l’occurrence le secteur public, privé, le secteur mixte(PPP),lucratifounon ucratif.Untelmodèle est désormais un chantier qui reste à construire. Certains considèrent qu’il est en cours de construction, d’autres ne le voient pas encore, mais en tout cas sa nécessité est indiscutable. Les initiatives existantes portent sur des secteursoudesapprochesspécifiques(modèlesde l’assurance islamique Takaful, modèle du système zakataire, modèle du système Waqf, modèle du système bancaire, etc…) mais ce qui manque encore est un travail de modèle global incluant toutes ces initiatives ainsi que d’autres dans un cadre de référentiel islamique. • U n e a s s i s e é t h i q u e a u t h e n t i q u e : lerôledelamoraleetdel’éthiquedansunsystème économique est devenu, sans aucune équivoque, une revendication internationale. On parle aujourd’hui sans réticence de commerce éthique ou commerce équitable, de produits bio qui respectent certaines éthiques largement partagées par des populations diverses, de produits labellisés « halal » dans divers secteurs : alimentaire, cosmétique, pharmaceu- tique ou médical, touristique, logistique, etc… Cette dynamique va dans le même sens avec l’économie islamique qui est censée être une illustration pratique d’une économie éthique. L’économie islamique est un modèle essentiel- lement éthique qui accorde à la morale et aux valeurs une place particulière. • u n e a s s i s e f i n a n c i è r e a d é q u a t e : la philosophie islamique de la finance est fon- dée sur une approche de corrélation et de connexion interdépendante. Contrairement à la conception conventionnelle, la finance doit être liée à l’économie et doit la servir constamment pour atteindre les objectifs assignés par la société. Dossier La nécessité d’un modèle économique islamique pour le développement et la promotion de la finance islamique - Interview de M. Mohamed Nouri 16 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  16. 16. Ce qui est constaté aujourd’hui dans le monde de la finance internationale est totalement l’opposé : toute l’économie est au service de la finance et celle-ci est dominée par la spéculation et l’enrichissement sans cause. La finance islamique avec ses acquis durant le demi-siècle passé est un facteur favorable au développement de l’économie islamique. • U n c a p i t a l h u m a i n q u a l i f i é : En réalité le facteur humain est primordial à la fois au développement de la finance islamique et de l’économie islamique en général. Tous les acteurs de la finance islamique s’accordent sur le fait que la formation des compétences et d’un capital humain qualifié, est aujourd’hui l’un des enjeux critiques pour accompagner le développement de cette industrie. Le secteur se développe en effet plus vite que sa capacité à former des experts. La finance islamique a besoin de spécialistes et d’experts de la finance, qui doivent également disposer ou acquérir une très bonne compréhension du référentiel islamique Le défi devient plus important si on vise la mise en place d’un système complet d’une économie islamique car chaque secteur, chaque branche, chaque activité économique nécessi- tera une attention particulière en matière de formation et de qualification. Compte tenu de l’intérêt de certains gouvernements occidentaux vis-à-vis de la FI pour attirer des capitaux et favoriser leur croissance, le développement de la FI est-il seulement dépen- dant d’un modèle islamique de l’économie ? La FI peut-elle trouver également son accroissement dans un système conventionnel ? L’économie islamique est un domaine d’étude récent, qui n’a pas encore atteint le niveau de sophistication de l’économie conventionnelle. La stratégie de modélisation de cette économie a bien démarré depuis quelques années. En parallèle à la construction d’une théorie de l’économie isla- mique, une concrétisation marquante de cette pen- sée a été dans le domaine de la finance islamique et particulièrement les banques islamiques, les assurances Takaful, les marchés de capitaux, l’industrie du « Halal », les systèmes à caractère non lucratif tels que la Zakat, le Waqf etc... Cependant tous ces chantiers se déploient et progressent dans une économie encore large- ment dominée par les paradigmes conventionnels. Elle cohabite avec un système qui est, somme toute, en contradiction avec ses principes directeurs. La question qui se pose est que si cette intégration de la finance islamique et les autres secteurs en paral- lèle dans une économie conventionnelle peut lui permettre ou non d’atteindre ses objectifs et confronter les contraintes et les problématiques qui se posent. Une cohabitation avec la finance conventionnelle est-elle possible, ou encore nécessaire afin de réaliser les finalités économiques et sociales de l’économie islamique dans le sens de maqasid de la charia ? La réponse ne semble pas évidente et simple. Jusqu’à présent la cohabitation fonctionne dans plusieurs cas et expériences qualifiées de réussies dans un modèle hybride avec l’économie conventionnelle. Mais en même temps cette situation ne peut pas perdurer sans entacher les principes de base et porter atteinte à la crédibilité. D’où l’impérieuse nécessité d’élaborer un modèle, une sorte de cadre général fédérateur de toutes les composantes économiques, financières et sociales de l’économie islamique. Cela dit, rien n’empêche une vraie cohabitation entre les deux systèmes conventionnel et islamique voir même une certaine synergie sans pour autant toucher aux paradigmes de chacun. Cette cohabitation est plutôt nécessaire pour l’un comme pour l’autre. Historiquement parlant, une telle situation a été un point marquant de la civilisation musulmane en relation avec les autres civilisations. Il faut souligner qu’une cohabitation entre deux systèmes, deux modèles, se distingue d’une intégra- tion ou une adaptation de la finance islamique par rapport à l’économie conventionnelle. Compte tenu des valeurs universelles que la FI véhicule son développement n’est-il pas dépendant d’une volonté de changement universel pour supplanter un modèle économique à bout de souffle et totalement étranger des défis auxquels le monde est confronté aujourd’hui (écologie, santé, emploi, sécurité alimentaire)? Justement, la nécessité de construire un modèle propre à l’économie islamique, est plus que double : • D’une part, une nécessité interne au monde musulman qui aspire au décollage et au développement économique, un décollage recherché et attendu par ces populations depuis plus d’un demi-siècle. • D’autre part, une nécessité humaine et univer- selle dans une période où le système conven- tionnel est à bout de souffle. Un système qui a démontré sa défaillance à maintes reprises et qui nécessite comme a exprimé ses leaders poli- tiques et économiques, une refonte totale. Dossier La nécessité d’un modèle économique islamique pour le développement et la promotion de la finance islamique - Interview de M. Mohamed Nouri 17 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  17. 17. Cette refonte coïncide avec la ferveur que connaît l’économie islamique et ses principes directeurs qui sont, comme le confirme plusieurs témoignages occidentaux, logiques, de bon sens et notamment éthiques et socialement responsables. Le monde est en quête d’un nouveau modèle économique plus humain et plus juste. L’économie islamique à travers ses valeurs universelles et son caractère inclusif peut jouer un rôle non négligeable dans ce chemin. Parmi ces valeurs universelles, figure la solidarité économique, la responsabilité sociale, la compétitivité loyale, le partage des risques, des pertesetdesprofitsetlaconnexionstricteàl’économie réelle. Autrement dit, refonder une économie basée sur les ressources à la place d’une économie basée fondamentalement sur la dette. Une économie réelle et non virtuelle. La référence à l’Islam en matière économique n’a jamais été une contrainte. Au contraire, tout au long de la civilisation musulmane, les échanges commerciaux et économiques ont joué un rôle important dans la coopération et le rapprochement entre les peuples. A l’heure actuelle, la finance islamique est aussi bien adoptée par des populations non musulmanes que musulmanes (Malaisie, Grande-Bretagne, Indonésie, Inde, Afrique, etc…). Dans le monde dans lequel nous vivons, où se situe l’économie islamique? Quel est son poids au niveau mondial ? Le fonctionnement économique des pays musulmans est-il basé à proprement dit sur un modèle islamique? À l’inverse est-il plutôt un modèle « occidental » ou hybride? Aujourd’hui, le modèle économique islamique n’existe pas en tant que modèle mais il commence à surgir en tant que composantes du modèle (Banques, Assurances, Fonds d’investissement, Industrie du halal, secteur non lucratif : Zakat/Waqf, etc..). C’est un pas insurmontable vers la construc- tion du modèle. Aucun pays n’est arrivé à mettre en place un modèle complet inclusif de toutes les activi- tés, tous les secteurs et tous les paramètres micro et macro-économiques. Des initiatives ont commencé spontanément sans pour autant se fonder sur un modèle théorique et opérationnel adapté. Mais elles restent cependant soit isolées (Soudan, Iran) soit inachevées (Malaisie, Indonésie, certains pays de l’orient). Ces expériences fonctionnent soit selon un modèle hybride, soit à l’occidentale. Des efforts remarquables sont fournis par la Banque Islamique de Développement dans une vision stratégique d’aboutir justement à cette finalité suprême à savoir l’élaboration d’un modèle économique se référant aux valeurs universelles islamiques et qui aspire à devenir un projet humanitaire. Certains détracteurs pensent qu’il ne peut y avoir de système financier islamique tant que l’on utilise des monnaies telles que le Dollar ou l’Euro, que leur répondriez-vous ? Certes la monnaie demeure aujourd’hui le pivot central de l’économie mondiale, la grande roue chargée de déplacer les richesses selon l’expression même d’Adam Smith. C’est pourquoi, la monnaie ne doit pas devenir l’objet de l’échange en soi. Elle doit rester un moyen d’échange et une réserve de valeur. La crise que connaît le système convention- nel à l’heure actuelle est due en grande partie à ce détournement de la fonction de la monnaie et du rôle de la finance. Le but essentiel de la monnaie et de la finance est de faciliter et de promouvoir l’échange et les activités de l’économie réelle. Or avec la prédominance du modèle d’une économie de dette, le taux d’intérêt est devenu l’un des facteurs importants de déstabilisation dans l’économie capitaliste. Il est responsable du comportement erratique sans précédent de l’économie mondiale. Ni un taux faible, ni un taux fort, ne semblent stimuler la croissance et favoriser la stabilité. Paradoxalement, au lieu de préserver la fonction initiale de la finance d’être au service de l’écono- mie, toute l’économie mondiale s’est transformée en un outil au service de la finance et les spéculateurs boursiers. Il est donc temps de repenser la finance et changer de monnaie mondiale. Déjà les revendi- cations dans cette perspective se multiplient et s’accroissent. L’économie islamique ne peut que confirmer cette défaillance et adhérer à cette revendication. Propos recueillis par M. Beldjoudi et K. Bahroune Dossier La nécessité d’un modèle économique islamique pour le développement et la promotion de la finance islamique - Interview de M. Mohamed Nouri 18 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  18. 18. La publicité que vous attendiez depuis longtemps. Banque Chaabi Du Maroc - Société anonyme au capital de 37.478.000 € - R.C. Paris B 722 047 552 - 49 avenue Kléber - 75016 Paris Tél. : 33 1 53 67 80 80 - 0820 20 22 36 (uniquement en France 0,09 €/min TTC) - Fax : 33 1 47 23 57 29 - TVA : FR 69 722 047 552 ENFIN une banque de détail française vous propose de gérer votre compte selon les principes de la Finance Islamique. HARMON’ISMa banque Mes valeurs HARMONISMa banque Mes valeurs C M J N 67 68 51 47 C M J N 24 100 100 27 Pour en savoir plus,contactez le Centre de Relation Clientèle au 0 820 20 22 36 (uniquement en France 0,09€/minTTC) ou sur www.chaabibank.fr
  19. 19. You are the Managing Director of Al Rayan Bank, could tell us more about your career in the Islamic finance industry? I was appointed to the newly-created post of Chief Executive Officer (CEO) in June 2014 after successfully overseeing the Bank’s acquisition by Masraf Al Rayan QSC (Al Rayan), a Qatar-based Islamic bank. This followed 3 years as Managing Director (Interim) of the Bank. The appointment also recognized our achievements including delivering year on year growth in customer base, deposits and assets since the Bank began. IBB is celebrating its 10 year anniversary this year and I am the Bank’s longest-serving employee. I joined IBB when it was formed in 2004 and have since set up the Bank’s Head Office operations and Branch Network. I have also led the development and implementation of IBB’s full product range and service delivery channels. As a result, the Bank now offers the largest range of Islamic retail financial products in the UK and has attracted over 50,000 customers. As CEO, I am now working with IBB’s new parent company, Masraf Al Rayan QSC (MAR) to deliver a strategy designed for growth and profitability. Future plans consist of expanding property finance to businesses, including development finance. IBB aims to broaden its appeal and customer base further, encompassing both Muslim and non-Muslim professionals. The Bank will also expand its services for Gulf-based customers looking to invest in the UK. Prior to joining IBB, I held roles at Charles Schwab Europe, Barclays Private Bank and Deloitte. I am a Chartered Accountant, hold a Bachelor of Arts Honours Degree in Economics & Econometrics and a Masters in Business Administration (MBA) with distinction. I am also actively involved in various community and Government advisory groups to help the continued development of the British Islamic Financial Services industry. We know that IBB changes his name to become Al Rayan Bank, could you explain to our readers what were the reasons of this rebranding? IBB became part of Masraf Al Rayan QSC (MAR), the fifth largest Islamic bank in the world and the second largest bank (by market capitalization) in Qatar, in January 2014. The change to Al Rayan Bank represents the latest chapter in the Bank’s history, in which it will expand its retail and commercial product offering to a wider audience, with the backing of a strong and successful parent. Importantly, the Bank will preserve the spirit of IBB, remaining a British Islamic bank dedicated to strong, faith-based ethics and great customer service. As Al Rayan Bank, the long term strategy is for growth by building upon its own, as well as its new parent’s, strong foundations. With our capital growing to£100million following investment from MAR, the Bank has begun to strengthen its product offering and widen its appeal to a broader range of customers. In 1994, Choudhury graduated with a BA (Hons) in Economics and Econometrics from the University of Nottingham. His interest in Islamic finance began at this time. In 2001, he graduated with distinction in MBA from Aston Business School. After qualifying as a chartered accountant, his desire to enter the field of Islamic finance became clear when he went on Hajj (the largest Islamic pilgrimage to Mecca, Saudi Arabia) in 2002. From 1994 to 1998, Choudhury worked in Assurance and Advisory Practice at Deloitte & Touche. From 1998 to 2003, he was Director of brokerage operations at Charles Schwab Europe and Barclays Private Bank. In January 2004, Choudhury joined the founding management team of the Islamic Bank of Britain (IBB), the first dedicated Islamic bank in the West. He was appointed Commercial Director in June 2007. He set up the Islamic Bank of Britain’s Head Office Operations and Branch Network and has led the development and implementation of the bank’s product range and service delivery channels. Choudhury is a member of various Community and Government advisory groups and hascontributedtothedevelopmentofIslamicFinancialServicesintheUnitedKingdom. He is a Chartered Member of the Chartered Institute for Securities & Investment (for whom he sits on the Employer Panel for the Islamic Finance Qualification). Paroles d’expert Interview de Mr. Sultan Choudhury - Managing Director of Al Rayan Bank 20 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  20. 20. These include UK-based business finance customers, individuals from the Gulf seeking banking services and finance in the UK, and non-Muslim UK retail customers. The union between MAR and IBB has enabled the Bank to retain its core values whilst boosting its capabilities in order to achieve significant business growth. Does it mean, that the term “Islamic” will gradually erase in the industry? IBB is changing its name to Al Rayan Bank, and evolving to widen its target audience and offering. However, it still remains an Islamic bank offering Sharia compliant finance and intends to preserve the spirit of IBB. This means that it remains a Bri- tish bank dedicated to strong, faith-based ethics and great customer service. Since its inception in 2004, IBB has attracted over 50,000 customers, including an increasing number of non-Muslim customers, drawn to its market-lea- ding profit rates and great customer service. The Bank’s Islamic foundations have not deterred these non-Muslim customers, who are ultimately seeking good value, fair treatment and ethical behavior. By changing its name, therefore, IBB is simply reflecting the beginning of a new chapter in the Bank’s history in which, as Al Rayan Bank, it will continue to pioneer Sharia compliant banking, and grow from the excellent foundations that have been laid over the last 10 years. As Al Rayan Bank we will have a reach ultimately beyond Britain as part of an ambitious global group. Al Rayan Bank’s activities will continue to be monitored by an independent Sharia Supervisory Committee and a dedicated Sharia compliance officer. It will also continue to operate as a UK regulated bank, and customers’ deposits will remain protected by the Financial Services Compensation Scheme. What are the main challenges you face? The main challenge IBB has faced over the last 10 years is the lack of understanding amongst consumers about how Islamic banking products work. IBB’s marketing efforts, through both traditional, as well as increasingly through online means, have been working hard to combat this. The investment in improving awareness and understanding has helped IBB overcome this challenge to a significant degree, though there is still much to do. However, progress has been demonstrated from the findings of an independent, national survey, which was conducted in August 2013. The survey was conducted, through telephone interviews, by independent research company, Europe on behalf of IBB. It looked into British consumers’ understanding of, and attitudes towards, Islamic finance. 300 British Muslim and non-Muslim consumers across the UK were questioned: a third of all respondents (i.e. 100) were non-Muslim and a third of all respondents were a combination of Muslim and non-Muslim customers of IBB. Key results include: • 66% of those surveyed felt that Sharia finance is appropriate in a modern western society, such as the UK • 65% understood that the way Islamic banking works is different to the way conventional ban- king works • 60% agreed that Sharia finance is relevant to all faiths (N.B. within this figure there was no significant difference in attitudes by individuals of different faiths with the majority of non-Mus- lims surveyed – 57% – agreeing that Islamic finance is relevant to UK consumers of all faiths) • 81% of IBB’s customers are likely to use Sharia compliant finance again; the results being the same for Muslim and non-Muslim customers A specific focus on the 200 Muslim customers and prospective customers surveyed showed that: • 36% of Muslims currently use Sharia compliant finance, of which 9% use it exclusively • A further 45% of Muslims, who don’t currently use Sharia compliant finance, are very likely to consider doing so in the future • Combined, therefore, 81% of Muslims either currently use or would consider using Islamic finance. The findings, therefore, revealed a high level of sup- port for Islamic finance amongst UK consumers, both Muslim and non-Muslim. An additional challenge, which all UK Islamic Banks suffer from, is lack of scale as they are relatively new. As their market share grows, along with their balance sheets, we should see them become more of a challenge to mainstream banking. Paroles d’expert Interview de Mr. Sultan Choudhury - Managing Director of Al Rayan Bank 21 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  21. 21. How do you see the development of the retail Islamic financial market in U.K? From a regulatory perspective, the UK’s stance to date has been to create a ‘level playing field’ for Islamic Banks, rather than providing any advantage for them. This approach has meant that the UK Government has steadily ‘levelled’ the legal, regulatory and tax environment for Islamic Banks. The nature of this support is far in advance of any other country in the European Union. The Treasury and other UK Government departments have recognised the growing importance of Islamic finance. David Cameron, Prime Minister, at the World Islamic Economic Forum in London in October 2013 announced his ambition to position the UK as the western hub for Islamic finance, along with a number of measures to support this objective. Since then the UK Government has issued a £200 million Sovereign Sukuk, the world’s first to be launched outside the Islamic world. Importantly too, for the retail Islamic finance market, the Government has introduced a number of initiatives aimed at widening consumers’ accessibility to Sharia compliant retail financial products. For example, earlier this year the Government extended its Help to Buy scheme to include Sharia compliant home finance. The Help to Buy: Home Purchase Plan Guarantee scheme was launched in February 2014, and was developed by the Treasury with support from IBB. This was an important milestone for the Islamic finance industry and, in particular, Muslim consumers. It allowed them to benefit from the same Government support offered to consumers of interest-based mortgages, giving access to low-deposit home finance based on Sharia principles. In response to this, IBB launched the UK’s first Home Purchase Plan to be backed by the Government’s scheme. Customers can now secure home finance with an initial contribution of just 10% of the value of the property. This is half the amount previously required by the Bank. Similarly, the Government has also initiated the development of Sharia compliant student finance. Again it has worked in conjunction with IBB’s Sharia Compliance and Product Development team to develop a solution in this area. If successful, it is hoped this will be rolled in 2016. What would you see as areas for improvement and what would be the means to implement to achieve these objectives? Liquidity, and the ability for Islamic banks to increase the number of tools they can access to improve this, is one of the key areas that needs to be improved. However, this is being addressed by the UK’s regulatory authorities with the introduction of a number of measures. Earlier this year, for example, the Government issued a £200 million Sovereign Sukuk, which is world’s first to be launched outside the Islamic world. Also, in October the Bank of England was reported in the media to be looking into developing a liquidity management tool for use by Islamic banks. At the same time, Britain’s export credit agency, UK Export Finance (UKEF), expects to guarantee an Islamic bond next year, issued by a customer of Euro- pean plane maker Airbus [AIR.PA]. In addition to this, the UK Government recently announced a policy statement known as PS4/14. This will enable Islamic banks to widen the range of assets they hold in their liquidity buffers to include government, central bank, multilateral development bank, even corporate issuers, so long as they are investment grade, regardless of country of issuer. All together, the initiatives are set to create an environment which will greatly benefit Islamic banks. For example, PS4/14 will enable them to grow their financing business and offer even more competitive rates. According to a recent article by Reuters (http://uk.reuters.com/article/2014/11/02/uk-britain-islam- banks-idUKKBN0IM04B20141102), depending on how quickly it moves ahead, the plan for the liquidity management tool could conceivably put Britain ahead of some Gulf countries in providing options in this area. Do you have some advice for entrepreneurs in France who want to implement islamic finance in this country? It has taken over a decade to achieve a reasonable eco-system for Islamic banking in the UK. For this reason, giving advice to entrepreneurs is challenging, as it still very much work in progress for the British Islamic finance industry. Paroles d’expert Interview de Mr. Sultan Choudhury - Managing Director of Al Rayan Bank 22 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  22. 22. Nevertheless, the first important step for entrepreneurs is to prove that there is a viable market for Islamic finance by undertaking market research and establishing the level of demand. After this, they should mobilise some capital to create a financial ins- titution. That capital should come from a mixture of local and overseas investors. It is then important to address the first regulatory challenge, which is to create a deposit base. Thiswillprovidethefundingforassetproducts. The solution to this must be within the bounds of Sharia and acceptable to the regulators. It may be that Wakala based savings accounts are the best option, as they are less contentious for Western regulators. Then assets need to be developed. This will be a mix- ture of Islamic Treasury assets and the development of a Home Finance product. Again we will have to ensure that taxation issues are resolved in terms of a local property tax, or Stamp Duty as it is known in the UK, so that the Islamic product can be treated as finance. With these building blocks, and the associated regulatory permissions, entrepreneurs will have the foundation of an Islamic bank to start further product innovation. It is also fundamental that there is political commitment from the country’s leaders as well as a unified movement of support and lobbying from the Muslim Community. This should be coupled with an education programme for all the relevant stakeholders, including politicians, civil servants, legislators as well as the customer base. Finally, starting an Islamic bank requires the understanding that all great things start with small steps. So whilst all the steps outlined above may seem quite daunting, it is important to mobilise supporters and start lobbying now. Propos recueillis par Ezzedine Ghlamallah Paroles d’expert Interview de Mr. Sultan Choudhury - Managing Director of Al Rayan Bank 23 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  23. 23. Hégire Business Club & IFSO à Dubaï le 27 octobre 2014 A l’occasion du World Islamic Economic Forum ayant lieu à Dubaï du 28 au 30 Octobre 2014, l’IFSO a organisé une rencontre / panel de discussion avec des experts du domaine autour de l’Economie Islamique, Finance et Assurance Islamique. Présence : - Abdelwahed Moummad (EMBA 2014/Président de l’IFSO), - Fouad El Hajji (EMBA 2014/Vice-président de l’IFSO), - Ezzedine Ghlamallah (EMBA 2013/Directeur de SAAFI/Trésorier de l’IFSO), - Maxime Caboch-Prigent(EMBA 2013) Université de la Finance Islamique à Tours le 08 novembre 2014 Intervention : - Abdelwahed Moummad (EMBA 2014/Président de l’IFSO), - Fouad El Hajji (EMBA 2014/Vice-président de l’IFSO), - Tarik Bengaraï Abou Nour (Porte-parole du Charia Board du CIFIE), - Hicham Boughanem (EMBA 2013/FI Consult), - Valentine Baudoin (Avocate au Barreau de Paris - Kramer Levin Naftalis & Frankel LLP), - Mourad Chabchoub (Directeur Développement & Partenariat – Noorassur) L’IFSO au 10ème WIEF de Dubaï - 28/30 octobre 2014 Présence : - Hicham Boughanem (EMBA 2013/FI Consult), - Maxime Caboch-Prigent (EMBA 2013), - Abdelwahed Moummad (EMBA 2014/Président de l’IFSO), - Hala Mekkaoui (EMBA 2014/Vice-présidente de l’IFSO), - Fouad El Hajji (EMBA 2014/Vice-président de l’IFSO), - Ezzedine Ghlamallah (EMBA 2013/Directeur de SAAFI/Trésorier de l’IFSO) Les activités de l’IFSO 24 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  24. 24. Université de la Finance Islamique à Villeurbanne le 08 novembre 2014 Intervention : - Abdelwahed Moummad (EMBA 2014/Président de l’IFSO), - Fouad El Hajji (EMBA 2014/Vice-président de l’IFSO), - Hassan Naciri (570 easi), - Malik Nekka (Avocat au barreau de Lyon) Conférence Finance, des solution innovantes au service de l’économie réelle à Paris le 17 décembre 2014 C’est sous le sceau de l’ouverture que s’est déroulé le 17 décembre à Paris un colloque ayant pour thème « Finance, des solutions innovantes au service de l’économie réelle », organisé par l’IFSO, la chaire éthique de Paris 1, l’Université de Strasbourg, et la Paris School of Business. Avec Mehmet Asutay (professeur à Durham University), Nasser Hideur (secrétaire général d’Al Baraka, Algérie), et Faizal Manjoo (enseignant à Markfield Institute), l’ouverture à l’international était manifeste. (…) Voir article sur saphirnews.com Université de la Finance Islamique à Toulouse le 20 décembre 2014 Intervention : - Abdelwahed Moummad (EMBA 2014/ Président de l’IFSO), - Nabil Abdellaoui (EMBA 2014), - Ezzedine Ghlamallah (EMBA 2013/Directeur de SAAFI/Trésorier de l’IFSO), - Mohamed Bachir Ould Sass (ACERFI/enseignant à l’université de Strasbourg), - Tarik Bengaraï Abou Nour (Porte-parole du Charia Board du CIFIE, - Valentine Baudoin (Avocate au Barreau de Paris - Kramer Levin Naftalis & Frankel LLP), - Kacem Ibn Abdeljalil (Directeur Adjoint Marketing & Communication – Chaabi Bank), - Maxime Cabioch-Prigent (EMBA 2013/Banquier Privée) Les activités de l’IFSO 25 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5 25
  25. 25. Rachid BELABBAS, Dirigeantet Fondateurd’Alardineest Consultant/FormateurenFinancedemarché.Titulaired’un Mastèrespécialiséen Ingénierie Financièreetd’un DEA en Analyse économique. Il a exercé plus de 10 années dans la Finance de Marché (Ingénierie Financière), opérations de marché (Back/Middle Office) et Gestion de portefeuilles. Alardine, cabinet de recrutement et de formation spécialisé en Banque/Finance/ Assurances depuis 2011, lance Alardeen International, sa branche internationale. Alardeen International a pour ambition : • D’accompagner les recruteurs des secteurs de la Banque/Finance/Assurances dans le développement de leur activité en trouvant des expertises reconnues en Europe, • De répondre aux fortes attentes des professionnels et offrir des débouchés aux candidats qui souhaitent intégrer un milieu professionnel conforme à leur projet professionnel et à leurs valeurs en terme d’éthique et de responsabilité sociétale. Les domaines d’expertise d’Alardeen International sont : Islamic Finance, Capital Markets, Asset Management, Risk Management (Asset/Liability Management ALM), Corporate Finance, Insurance, Compliance, IT (Information Technology). Alardeen International s’appuie sur l’expertise, le savoir-faire et l’expérience de sa structure nationale Alardine dans le sourcing, la formation et le placement des candidats (formation et accompagnement de plus de 120 candidats en Banque/Finance - Certification Professionnelle AMF). Alardeen s’est également entouré de partenaires professionnels et institutionnels de premier rang, experts et reconnus dans le domaine de la Finance islamique. Pour en savoir plus, contactez nous : alardeenfinance@alardine.fr
  26. 26. Les Rendez-vous de la Finance Islamique dans le Monde Date Evènement Lieu 19-20 Janvier 2015 Middle East and Africa Insurance Summit EAU, Dubaï 25 Janvier 2015 ICIBFI 2015 : XII International Conference on Islamic Banking, Finance and Investment Suisse, Zurich 28-29 Janvier 2015 2nd Annual Future of Global Takaful Malaisie, Kuala Lumpur 04-05 Février 2015 4th Retail Banking Conference Malaisie, Kuala Lumpur 18 Mars 2015 IFN 2015 Student Forum Malaisie, Kuala Lumpur 25 Mars 2015 IFN Qatar Forum 2015 Qatar, Doha 01 Avril2015 IFN Forum Investor 2015 EAU, Dubaï 02 Avril 2015 IFN Forum US Investor 2015 EAU, Dubaï 22 Avril 2015 IFN Indonesia Forum 2015 Indonésie, Jakarta Les Rendez-vous de l’IFSO Date Evènement Lieu 30 Janvier 2015 Colloque - Remise de diplôme promo EMBA 2013 / 2014 France, Strasbourg (67) Février 2015 Université de la Finance Islamique France, Creil (60) Mi-Mars 2015 Université de la Finance Islamique Suisse, Genève Fin Mars 2015 Université de la Finance Islamique France, Grenoble (38) Avril 2015 Université de la Finance Islamique France, Lyon (69) Mai 2015 Université de la Finance Islamique France, Marseille (13) 27 Hiver 2015 - Ifso Mag n°5
  27. 27. IFSO Mag La Tribune de la Finance Islamique Responsable de publication : Mustapha Beldjoudi, Karim Bahroune Contributeur pour ce numéro : Mohamed-Bechir Ould Sass, Jean-Luc Karleskind, Mohamed Nouri, Mustapha Beldjoudi, Karim Bahroune, Ezzedine Ghlamallah Conception graphique : Mustapha Beldjoudi Revue Trimestrielle numérique publiée par IFSO, Islamic Finance Specialists Organisation, Strasbourg Courriel : ifsomag@ifso-asso.com

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