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Vague B
2 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Le comité scientifique de la fondation cigref
Pr. Ahmed Bounfour
Université
Paris Sud 11
Pr. M. Cavalcanti
Federal University
of Rio de Janeiro
Pr. Rik MAES
University
of Arkansas
Pr. M. Lynne Markus
Bentley
University
Pr. Leif Edvinsson
University
of Lund
Pr. P. Meusburger
University
of Heidelberg
Pr. Pirjo Stahle
Finland Futures
Research Center
Pr. Juinichi Iijima
Tokyo Institute
of Technology
Pr. Ian Miles
University
of Manchester
Jean-Eric Aubert
World Bank
Institute
Dominique Guellec
OCDE, Senior
Economist
Pr. Yves Pigneur
Université
de Lausanne
Pr. Surinder K. Batra
Institute
of Management
Technology Ghaziabad
Patrick Fridenson
EHESS, Centre
de Recherches
Historiques
Gérald Santucci
Cion Européenne
DG Société de
l’Information
Pr. M Beaudouin-Lafon
Université
Paris Sud 11
Pr. Tom Housel
Naval postgraduate
School of management
Pr. Frantz Rowe
Université
de Nantes
Pr. P-J Benghozi
École
Polytechnique
Pr. Moez Limayem
University
of Arkansas
Pr. Eric Tsui
Hong Kong
Polytechnic University
3« Vague B » - Février 2014
« Mieux comprendre comment le monde numérique transforme notre vie et nos entreprises »
La Fondation CIGREF a lancé en 2010 le déploiement du programme international de recherche, baptisé ISD
« Information Systems Dynamics ».
Les objectifs de ce programme sont ambitieux : faire appel à la recherche académique pour construire des clés
de lecture nous permettant de comprendre l’ailleurs et demain et de répondre aux questionnements des grandes
entreprises de la rupture dans les modes de productions portée par le numérique. La finalité est de comprendre
les transformations numériques en cours et d’identifier les briques conceptuelles de l’entreprise 2020, de caractériser ses usages numériques, ses
espaces de création de valeur, et leur mode de gouvernance.
Le design de l’entreprise de 2020
Le programme ISD a retenu le design organisationnel comme perspective conceptuelle centrale, ceci à partir de la prise en compte de cinq
dimensions : stratégique, organisationnelle, sociétale, technologique et réglementaire. Ces tendances ont été associées à des lots de recherche,
faisant l’objet d’appels à propositions diffusés à l’attention d’équipes de recherche nationales et internationales.
Le programme ISD, c’est aujourd’hui 30 projets internationaux portés par une cinquantaine de laboratoires de recherche aux Etats-Unis, en
Europe, en Chine et au Japon ; des projets basés sur des études de terrain et portant sur des thématiques stratégiques pour la performance de
l’entreprise numérique.
Soucieux de porter les résultats de ces projets auprès du plus grand nombre, la valorisation du programme ISD passe par la diffusion numérique
et l’animation d’une réflexion collective autour de ses enseignements. Avec la « Collection des Essentiels », la Fondation CIGFREF propose une
synthèse de chacun des projets portés par le programme ISD. Cette deuxième édition reprend la dizaine de recherches menées dans le cadre de
la Vague B sur les thématiques suivantes : les places de marché de connaissance, la co-création de valeur et l’innovation globalement distribuée,
l’usage des médias sociaux en entreprise, les nouveaux enjeux éthiques émergents des systèmes d’information, les espaces entrepreneuriaux
et l’IT et bien d’autres encore.
Vous souhaitant bonne lecture !
Le mot du Président du CIGREF
Les « Essentiels »
du programme de recherche ISD de la Fondation CIGREF
Pascal Buffard
Président du CIGREF
Réseau
de Grandes Entreprises
4 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Sommaire
• Le Comité Scientifique de la Fondation CIGREF
• Le mot du Président du CIGREF
Avant-Propos
Synthèse de la « Vague B » du programme ISD
• Les objectifs du programme de recherche
• Impact des nouveaux usages sur les valeurs sociétales
et éthiques
• Les systèmes d’information dans les démarches
d’innovation ouverte
• Partage de connaissances et co-création de valeur
Collection « les Essentiels » « Vague B »
• Comment les utilisateurs perçoivent-ils les objets
numériques ?
• L’innovation globalement distribuée et la co-création
de valeur
• Identification et gouvernance des enjeux éthiques
émergents dans les systèmes d’information
• Explorer la conception et les effets des places de marché
de connaissances internes
• Innover dans une communauté apprenante
• Comment les technologies de l’information
influencent l’écologie de la connaissance
et l’adoption de l’innovation ouverte
• Observatoire des systèmes d’information,
les individus entrepreneurs
• Un programme pour guider et évaluer l’usage des médias
sociaux dans l’entreprise
• Tester l’hypothèse de la fin de la vie privée
dans la communication informatique
• La gouvernance de la Fondation CIGREF
• Les soutiens de la Fondation CIGREF
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5« Vague B » - Février 2014
Les projets « vague B » du Programme de
recherche international ISD ont traité de trois
thématiques essentielles à la compréhension
de la dynamique des usages numériques, et
donc au design de l’entreprise de 2020 :
• La dimension sociétale et éthique des usages numériques : la
question posée est celle de la façon dont, tant les professionnels
que le grand public, considèrent les usages numériques. L’ubiquité
du numérique est ici interpellée dans ses différentes dimensions
(vie privée, valorisation des données, gouvernance…).
•Laquestiondel’innovationetdesesmodalitésd’organisationtant
à l’intérieur de l’entreprise qu’à l’extérieur de celle-ci. A l’extérieur,
par les pratiques d’innovation ouverte, on voit poindre un
potentiel d’innovation théoriquement illimité, à travers la
formation d’un marché organisé avec ou sans intermédiaires.
Les plateformes jouent ici un rôle central, avec l’émergence
de problèmes de contrats, de droits de propriété
intellectuelle et d’accélération des processus d’innovation.
Al’intérieur,laquestiondel’établissementdesystèmesd’incitation
adaptésestégalementposée:l’entreprisedoit-elleêtreconsidérée
comme un simple marché de connaissance, où relève-t-elle
ontologiquement d’autres mécanismes de gouvernance, au sein
desquels l’organicité joue un rôle prééminent ?
• La question de l’organisation des flux de connaissance dans
des espaces géographiques distribués. Au plan mondial, la
connaissance est à la fois mobile, mais également de plus en plus
polarisée autour de grands centres et clusters (c’est notamment
la vocation de Paris-Saclay en France). Dans ce contexte,
organiser les flux de connaissance entre différents pôles ou
entre entités géographiquement distribuées est un problème
managérial important, notamment pour les grandes entreprises.
Dès lors, comment assurer la collaboration entre partenaires
géographiquement et culturellement différenciés ?
• Le développement de l’entrepreneuriat dans le contexte de
l’économie numérique. Il s’agit principalement de l’intrapreneuriat
à développer dans le contexte organisationnel des activités des
Directions des Systèmes d’Information. Quels sont les fondements
de l’entrepreneuriat dans l’économie numérique ? Quels principes
directeurs présideront à la mise en place de programmes
d’entrepreneuriat internes à la DSI ? Quels modes de gouvernance
seront associés ?
Sur le premier point, on retiendra spécifiquement la prise de
conscience par les professionnels de l’importance de la thématique
des usages éthiques numériques dans leurs organisations, mais
également la difficulté pour eux de déployer un apprentissage double
boucle, autrement dit une remise en cause des fondements des
actions/inactions observées. Dans le domaine public, la programme
propose une analyse spécifique du contexte de plusieurs pays
asiatiques (Chine, Japon, Corée, Taiwan..). Les recherches conduites
dans cette partie du monde, mettent en évidence les préoccupations
davantage liées à la technicité des usages qu’à la question des usages
éthiques. La modélisation effectuée indique par ailleurs que la fin
de la vie privée n’est pas une hypothèse à considérer de manière
Avant-propos
Professeur Ahmed Bounfour
6 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
uniforme et quel que soit le contexte ; les individus tenant à ajuster
leurs comportements à la structure de leur réseau social et au
comportement des opérateurs.
S’agissant des pratiques d’innovation, les recherches menées
mettent en évidence l’importance des systèmes d’information dans
la conduite de la gestion de la connaissance et le déploiement de
pratiques d’innovation ouverte, là encore dans les pays asiatiques.
En Chine, par ailleurs, dans le cas de l’industrie pharmaceutique, le
développement de pratiques d’innovation est grandement facilité
par le déploiement de plateformes numériques collaboratives.
Au plan de l’entreprise, des expériences conduites tendent à
indiquer que l’entreprise elle-même peut être considérée comme
un marché de la connaissance, avec le déploiement de systèmes
d’incitation ad hoc. Elles indiquent également la difficulté de mise
en place d’actions collaboratives d’innovation, à travers l’usage
de wikis, dans un contexte dominé par les systèmes d’incitation
individuels.
Dans un contexte géographique multicontinental (en l’occurrence
entre l’Europe et la Chine), le développement de solutions
innovantes se fait par créolisation de la connaissance, le
renforcement des compétences des équipes et l’utilisation de
méthodes agiles.
Enfin les recherches indiquent des modalités de déploiement
de l’entrepreneuriat numérique, en particulier en incitant les
entreprises, notamment leurs DSI, à déployer des espaces de
liberté entrepreneuriale et une gouvernance ad hoc. Si les
projets « Vague A » ont été consacrés aux aspects stratégiques
et organisationnels des usages numériques, les projets
« Vague B » apportent une brique essentielle et complémentaire,
en étant centrés sur les évolutions extra muros (à l’entreprise) de
l’évolution des usages numériques.
La lecture de ces Essentiels fournit un panorama large et articulé
des analyses, des cadres méthodologiques, mais également des
situations concrètes au plan international, avec une focalisation
particulière sur les pratiques sociétales et d’innovation dans l’un
des principaux pôles de l’économie-monde : l’Asie.
Nous espérons que les développements qui suivent contribueront
à l’élargissement de l’horizon de la réflexion et de l’action de nos
entreprises, dans un domaine essentiel à leur compétitivité prix et
hors-prix : les espaces numériques.
Ahmed Bounfour
Professeur, Université Paris-Sud,
Rapporteur général du programme ISD
7« Vague B » - Février 2014
synthèse
de la « vague b »
du programme isd
(Information Systems Dynamics)
8 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
La Fondation CIGREF, placée sous l’égide de la Fondation Sophia Antipolis, a lancé en 2010 le programme international de
recherche ISD (Information Systems Dynamics).
Ce programme regroupe une série de projets de recherche qui visent à étudier la dynamique des usages des systèmes
d’information au travers de différentes dimensions : stratégique, organisationnelle, sociale et éthique, règlementaire et
technologique.
Ces travaux permettront, à terme, de dessiner les contours possibles de l’entreprise numérique de 2020.
Plusieurs études de la « Vague B » ont été menées dans des pays asiatiques comme la Chine, le Japon, Taïwan et la Corée
du Sud, illustrant la vocation internationale et multiculturelle du programme.
L’ensemble des synthèses des projets conduits par les équipes de recherche sont disponibles dans la collection
« Les Essentiels ».
9« Vague B » - Février 2014
Le programme international de recherche ISD poursuit un triple objectif :
• Faire le lien entre le passé et le présent, le temps long de l’histoire qui permet de déceler les grandes
tendances et les régularités, et le temps court de la vie de l’entreprise.
• Eclairer le futur de la Fonction SI à partir de la base de connaissance ainsi constituée.
• Alerter les dirigeants des grandes entreprises, publiques et privées, sur les enjeux stratégiques liés à
la grande mutation du passage d’une économie industrielle à une économie de réseaux fondée sur la
connaissance et le management de l’immatériel.
Le programme s’intéresse en premier lieu aux grandes transformations technologiques, géopolitiques,
organisationnelles et sociétales, susceptibles d’influencer les modes d’articulation des activités ainsi que le
rôle clé des technologies et systèmes d’information, en tant que médiateurs de réalisation des activités sur
le temps long (1970-2020).
Lestravauxdela«vagueB»sontprincipalementcentréssurl’innovationouverte,lepartagedeconnaissances
et les enjeux éthiques liés aux technologies 2.0, une étude s’intéressant par ailleurs au rôle des individus
entrepreneurs en systèmes d’information. Les questions abordées tournent autour de quatre grands
domaines :
• Comment les nouveaux usages numériques interagissent avec les valeurs sociétales et éthiques ?
• Quel rôle joue les systèmes d’information dans les démarches d’innovation ouverte ?
• Comment utiliser les outils 2.0 et les pratiques associées dans des perspectives d’innovation, de partage
des connaissances et de co-création de valeur ?
• De quelle manière encourager les individus entrepreneurs en système d’information, dans et hors des
entreprises ?
Les objectifs du programme de recherche
10 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
The 9 studies of « Wave B » are also published in English
11« Vague B » - Février 2014
Dans les organisations, les nouvelles technologies permettent un accès bien plus vaste aux ressources et aux personnes. C’est
à la fois une opportunité et une source de difficultés potentielles pour les entreprises : mauvaise utilisation, surveillance
électronique des collaborateurs, mise à mal de l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle…
Lestechnologiesontégalementun impactmassif surlesindividus, qui accèdentàtoujoursplus d’informations etdedistractions
par ces biais. La surcharge d’informations n’est que l’un des dangers possibles, tout comme le vol d’identité, le marketing
agressif, les virus et autres e-mails frauduleux.
Troisétudesontabordélaquestiondesenjeuxéthiquesliésauxévolutionstechnologiquesactuelles.Ellesexplorentnotamment
les questions suivantes :
• Comment identifier et gouverner les enjeux éthiques émergents en matière de système d’information ?
• Le développement des réseaux sociaux conduit-il nécessairement à la fin de la vie privée ?
• Quelle perception peuvent avoir des utilisateurs non informaticiens de ces nouveaux médias et comment cela influence
leurs pratiques et leurs valeurs ?
impact des nouveaux usages
sur les valeurs sociétales et éthiques
12 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Identifier les enjeux éthiques émergents dans les systèmes d’information
De nombreux enjeux éthiques sont susceptibles de se présenter dans le quotidien des professionnels de l’informatique, tant
au niveau des projets que des usages émergents liés aux nouveaux outils. L’étude1
réalisée par Kutoma Wakunuma, Laurence
Masclet, Bernd Stahl, Philippe Goujon et Sara Wilford s’est intéressée à la manière dont ces professionnels perçoivent ces
enjeux et aux approches permettant d’identifier ces derniers.
Un niveau de réflexion faible sur les enjeux éthiques
La façon dont les individus déterminent les enjeux éthiques varie considérablement d’une personne à l’autre. Certains estiment
que c’est une capacité inhérente aux individus, tandis que, pour d’autres, cela fait partie de leur formation. D’autres encore
estiment que ce processus ne fait pas partie de leur rôle et que les règles en place dans l’organisation sont suffisantes pour
qu’ils n’aient pas besoin de trop s’en préoccuper.
Leschercheursontconstatéglobalementunniveauderéflexionfaibledesprofessionnelsdel’informatiquesurlesconséquences
indésirables résultant du développement ou de l’utilisation d’un produit ou service, même quand celles-ci peuvent nuire à des
individus ou des organisations. Parfois, lorsqu’un problème est décelé, sa gestion est confiée à une autre personne ou un autre
service que ceux qui l’ont identifié, et ceux-ci sont rarement informés de la manière dont l’enjeu a été traité. Ce manque de
communication peut conduire à la répétition de comportements problématiques ou de failles dans les systèmes. Il peut aussi
générer de la frustration chez les employés. Enfin, les chercheurs pointent la crainte des individus quand il s’agit de signaler un
usage problématique par un collègue ou un supérieur hiérarchique.
Des principes de gouvernance hétérogènes
La gouvernance doit permettre aux organisations de s’assurer que les problèmes et enjeux sont traités rapidement et de
manière efficace.
1
Identification and governance of emerging ethical issues in information systems, IDEGOV, De Montfort University.
13« Vague B » - Février 2014
Les principes de gouvernance mis en œuvre dans les organisations étudiés se sont avérés peu clairs, à l’exception de celles
soumises à une forte pression réglementaire où la hiérarchie et les processus d’escalade étaient bien définis. L’objectif global
de telles règles est d’assurer la conformité avec les réglementations, la sécurité des données et de préserver la réputation de
l’organisation.
Le traitement des enjeux éthiques est favorisé par l’existence d’une structure adéquate pour les répondants. Concrètement, la
mise en œuvre de la gouvernance est souvent liée à la vitesse de déploiement des technologies. Il semble donc qu’un équilibre
soit à trouver entre la vitesse de mise en œuvre des technologies et la mise en place de règles et procédures d’usage à la fois
robustes et flexibles.
Quelles solutions face aux enjeux éthiques ?
• Elaborer des codes de conduite
A l’échelle des organisations, il est pertinent de disposer d’entités chargées de traiter les enjeux de conformité réglementaire.
Néanmoins, les trajectoires d’escalade en cas de problème éthique ne sont pas toujours claires. En outre, ces services doivent
veiller à utiliser eux-mêmes des processus éthiques en termes de transparence et de consultation des collaborateurs.
• Déployer des solutions techniques
Certains enjeux (sécurité, authentification…) peuvent être traités à travers des solutions techniques. Néanmoins, trop
d’emphase sur la technologie peut conduire à estimer que les collaborateurs n’ont pas besoin d’être vigilants sur les enjeux
éthiques. Les solutions techniques ne doivent pas être la seule façon de traiter ces derniers et les salariés doivent pouvoir
signaler des problèmes grâce à d’autres dispositifs.
• Privilégier la formation
La formation est perçue comme clef pour améliorer la conscience des enjeux éthiques, aussi bien lorsqu’il s’agit de former les
utilisateurs que quand il s’agit de la formation des futurs professionnels de l’informatique, et même de manière plus générale
l’éducation des enfants et de la société.
14 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
• Consulter les parties prenantes
L’une des meilleures façons de formuler des règles et des processus efficaces est la consultation des parties prenantes, d’une
part, parce que celles-ci peuvent savoir quel impact aura la technologie sur elles, mais aussi, d’autre part, car elles peuvent
fournir des solutions qui n’étaient pas envisagées avant.
• Renforcer la conformité aux législations
La législation apparaît comme une nécessité à laquelle il faut se conformer. Néanmoins, la conformité aux exigences légales ne
doit pas faire perdre de vue les autres enjeux éthiques qui peuvent apparaître. La loi est un élément de motivation important
pour inciter les organisations à agir de manière éthique, mais la conformité légale ne suffit pas à garantir la responsabilité
sociale.
Recommandations de gouvernance
Les problèmes principaux dans le traitement de ces enjeux éthiques liés aux technologies sont : une conscience insuffisante
des enjeux éthiques, un processus d’établissement des règles faible, un manque de consultation des parties prenantes, un
manque d’adhésion du management senior ou des problèmes de communication. Pour pallier ces difficultés, les auteurs ont
fourni des recommandations détaillées visant à mieux prendre le contexte en compte, à accroître la réflexivité et l’ouverture,
à simplifier les procédures et soulignant la nécessité de montrer les constructions éthiques de l’intérieur.
Ils suggèrent également de confronter les individus à leurs propres présupposés et à d’autres points de vue. Enfin, ils conseillent
de démarrer la réflexion éthique dès le début des projets, avant que les problèmes n’apparaissent et d’y inclure l’ensemble des
parties prenantes.
15« Vague B » - Février 2014
Réseaux sociaux : vers la fin de la vie privée ?
La popularité des réseaux sociaux a donné lieu à un débat évoquant la fin de la vie privée, ou du moins son érosion progressive,
le partage de contenus se généralisant. Ces nouvelles technologies permettent aux entreprises comme aux Etats une intrusion
sans précédent dans la vie privée, mais les individus semblent devenir plus tolérants aux intrusions dans leur vie personnelle,
et voudraient parfois même participer à cette intrusion dont ils sont la cible. Cette hypothèse de la fin de la vie privée pourrait
avoir un impact considérable sur l’environnement culturel, économique et politique. Elle pourrait inciter les individus à adopter
des styles de vie plus transparents, ouvrant la voie à un partage ubiquitaire et participatif, tout comme elle pourrait dériver
vers une société « Orwellienne » où la surveillance est constante.
Une étude2
réalisée par le Dr. Paola Tubaro, le Dr. Antonio A. Casilli et Yasaman Sarabi a évalué la réalité et les conséquences
de cette hypothèse, en examinant le rôle des facteurs relationnels et structurels dans l’évolution des réseaux sociaux en ligne,
et l’impact qu’ils peuvent avoir sur la sensibilité des utilisateurs en matière de protection de la vie privée.
Quels critères sont susceptibles d’influer sur les attitudes liées à la vie privée ?
Il est admis qu’il existe plusieurs générations d’utilisateurs d’Internet, les plus âgés se montrant plus conservateurs en termes
de protection de la vie privée. Néanmoins, les plus jeunes ne sont pas si oublieux que cela dans ce domaine, mais montrent des
comportements plus variés et complexes. Le statut socio-économique et les compétences liées à l’usage d’Internet influencent
également le paramétrage des options liées à la confidentialité.
A un niveau plus fin, les stratégies d’auto-présentation doivent être prises en compte. Les utilisateurs laissent des traces et des
indices de leur présence et activité en ligne, dans un processus social complexe impliquant la reconnaissance de leur rôle et
statut ainsi que l’expression de leurs valeurs et préférences. L’identité numérique se construit à partir de ce qui est déclaré et
effectué en ligne.
2
Testing the “End of Privacy” Hypothesis in Computer-mediated Communication: An Agent-based Modelling Approach, (THEOP), University of Greenwich/EHESS
16 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Si l’on considère la création de liens en ligne comme une part de l’effort que les individus font pour construire leur capital
social, il faut alors distinguer les liens forts et les liens plus ténus. Les premiers impliquent une proximité émotionnelle
avec les personnes avec lesquelles le lien existe, celui-ci étant source de soutien, tandis que dans les seconds ces personnes
s’apparentent à des « connaissances » et les liens sont davantage des sources d’information. En un sens, la vie privée peut être
vue comme un « coût » dans la création du capital social.
Une vision relationnelle de la vie privée, envisagée comme une négociation
Dans le contexte des interactions en ligne, la notion de vie privée est plus complexe que l’identification d’un ensemble de
données sensibles à protéger. Dans un réseau caractérisé par des interactions multiples, fréquentes et hétérogènes, une
perspective relationnelle et multidimensionnelle semble plus appropriée. La notion de vie privée s’inscrit alors dans un
processus dynamique dans lequel les individus envoient de signaux à leur environnement et celui-ci leur renvoie un feedback.
Les processus de sélection et d’influence entrent également en compte, la sélection définissant avec qui les contenus sont
partagés et l’influence ce qui est partagé. Chaque interaction implique alors un processus dynamique d’évaluation, de
catégorisation et d’adaptation des contenus que les individus souhaitent partager avec leurs contacts. Cette perspective
suggère un glissement de la notion de protection de la vie privée : alors qu’auparavant la vie privée était vue comme quelque
chose de pénétrable, elle devient quelque chose de négociable.
La simulation numérique pour tester ces hypothèses
Les chercheurs ont conçu et utilisé un modèle informatique capable de simuler la formation et l’évolution de réseaux sociaux
en ligne afin de tester différentes hypothèses sur les attitudes liées à la vie privée.
En se basant sur les résultats obtenus, ils estiment que la structure du réseau est un élément important pour comprendre
les choix en matière de protection de la vie privée. Les facteurs structurels et relationnels semblent avoir plus d’impact que
les attributs individuels, les attitudes culturelles et l’ouverture à la diversité. Ces éléments déterminent dans quelle mesure
l’homophilie tend à séparer les individus en communautés isolées ou à les rassembler en unifiant leurs préférences culturelles.
17« Vague B » - Février 2014
La seconde conclusion est que les médias sociaux ne signifient pas obligatoirement la fin de la vie privée. C’est lorsque la
connectivité est étendue au maximum et le partage de contenus le plus ouvert qu’une majorité d’agents activent leurs
paramètres de confidentialité.
Troisième constat, les choix des utilisateurs en matière de protection de la vie privée finissent toujours par ressurgir, des
interventions extérieures sur les paramètres de confidentialité contribuant d’ailleurs à attirer l’attention sur ceux-ci. Même
les utilisateurs acceptant un certain niveau d’ouverture de leurs données peuvent réagir fortement si des changements dans
les termes d’utilisation d’un service les placent dans une position inconfortable ou leur demandent un effort trop important.
Par-dessus tout, ces résultats incitent à accorder plus d’attention aux attitudes et aux réactions des utilisateurs. Les législateurs
doivent envisager des moyens de fournir à ces derniers un degré satisfaisant de protection, notamment pour les individus
préoccupés par ces enjeux mais qui ne sont pas en mesure d’ajuster leurs paramètres faute d’expérience ou de compétences
adéquates.
Comment les utilisateurs non informaticiens perçoivent-ils les objets numériques
en Asie de l’Est?
L’étude réalisée par le Professeur Andrew A. Adams et le Professeur Kiyoshi Murata, de l’Université Meiji3
aborde les enjeux
éthiques dans le cadre des pratiques d’utilisateurs non experts de l’informatique. Les chercheurs s’interrogent notamment
sur la manière dont ces utilisateurs perçoivent les objets numériques (images, vidéos, jeux, programmes, pages Wikipedia…).
Cette étude a été effectuée dans trois pays d’Asie de l’Est : la Chine, le Japon et la Corée.
Ce projet a été conçu afin d’explorer les pratiques émergentes d’utilisateurs non experts de l’informatique face aux objets
numériques. L’idée sous-jacente est que ces utilisateurs ne pensent pas en termes de programmes exécutables, fichiers
de données et autres concepts familiers des informaticiens, mais qu’ils conceptualisent les données sous la forme d’objets
numériques intangibles : des éléments immatériels qui peuvent être copiés sans dégradation, compressés et transférés sur les
réseaux.
3
An East Asian perspective on the developing ethical and social values of digital object usage, (DESVALDO), Meiji University
18 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Dans ce contexte, les chercheurs se sont intéressés aux questions de liberté et de contrôle impliquant les objets numériques,
les terminaux physiques utilisés pour y accéder et les réseaux auxquels ils sont connectés (physiques, comme les réseaux
de téléphonie mobile, Internet ou les réseaux d’entreprise ; ou numériques comme Facebook, Google ou les systèmes
d’espionnage gouvernementaux). Ces objets englobent en effet les déplacements, les croyances, les intentions, les ressources
et les relations des utilisateurs. Leur contrôle, qu’il soit confié à des tiers ou effectué par les utilisateurs eux-mêmes, est la base
fondamentale de l’Age de l’Information.
Vie privée, partage et hyper-connectivité
Avec les appareils photos numériques et Internet, non seulement photos et vidéos peuvent être prises partout mais elles
peuvent être transférées sur le réseau, partagées avec tout le monde et automatiquement marquées avec l’identité des
personnes.
La connectivité devient la norme plus que l’exception pour les utilisateurs des réseaux sociaux dans les différents pays étudiés.
De manière similaire, le partage d’informations personnelles survient dans toutes les tranches d’âge et tous les pays étudiés.
Néanmoins, les plus jeunes mettent moins de restrictions sur leurs données personnelles.
Cette transparence accrue peut être au service de la démocratie tout comme elle peut être un outil supplémentaire
d’oppression. Les individus eux-mêmes sont souvent complices de leur propre surveillance en fournissant les moyens et les
contenus permettant de les suivre à la trace.
Copyright, partage, propriété et accès
L’essor de la production et de la distribution numérique a changé la donne dans le domaine culturel. Depuis l’émergence
d’Internet, les approches basées sur un copyright fort ont souvent été critiquées. Certains auteurs ont même estimé qu’un
modèle économique basé sur la contrainte et l’aspect physique des systèmes de distribution antérieurs avait plus de chances
de mener à un crash de l’économie créative plutôt qu’à une évolution en douceur vers un nouveau modèle économique
stable.
19« Vague B » - Février 2014
Pour certains chercheurs, le caractère amateur et la qualité souvent médiocre de l’information et des contenus disponibles
sur Internet entraînent néanmoins un retour en arrière par rapport aux efforts réalisés au XXème
siècle sur la qualité des
productions.
Les utilisateurs sont conscients des problèmes économiques que cette évolution pose pour les fournisseurs d’information.
Néanmoins, ils sont davantage préoccupés par la facilité d’usage et la transparence des prix que par l’argument du secteur
culturel selon lequel les artistes risquent de s’appauvrir.
Liberté et contrôle de l’expression
Les Etats ont l’avantage de ne pas être trop contraints par des facteurs économiques dans leur usage de la surveillance de
masse. Néanmoins, l’expertise de certains acteurs privés dans la collecte et l’analyse de données personnelles ne leur a pas
échappé, et ils les sollicitent souvent pour leurs objectifs.
Les employeurs, le milieu scolaire, les institutions publiques ont leurs propres enjeux : par exemple savoir s’il est permis,
éthique ou profitable de sélectionner des employés potentiels en fonction de l’information disponible sur les réseaux sociaux,
gérer des salariés qui passent du temps sur Facebook au lieu de faire leur travail, ou savoir comment réagir si des employés
insultent des clients sur Twitter sur leur temps personnel. Filtrer et restreindre l’accès depuis les postes de travail perd son
efficacité quand chacun possède un smartphone ou une tablette.
Les chercheurs ont également observé une certaine passivité des utilisateurs face à la question de liberté d’expression.
Beaucoup estiment que leurs actions en ligne ne nécessitent pas de protection particulière. Si quelques utilisateurs protestent
contre des changements des termes de services permettant aux plates-formes d’utiliser leurs contenus pour de la publicité, la
plupart considèrent que ces derniers ont le droit de bloquer, supprimer ou utiliser les contenus qui leurs sont soumis.
Toujours connecté
Les interactions sociales s’appuyant sur les terminaux mobiles deviennent courantes. Actuellement, ces interactions
numériques viennent avant tout améliorer et compléter les interactions physiques sans les remplacer entièrement, beaucoup
d’utilisateurs continuant d’imprimer et de partager des photos physiques.
20 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Néanmoins au Japon, des différences significatives apparaissent entre les tranches d’âge, les plus jeunes étant moins
susceptibles d’imprimer des photos.
Les conséquences dans le monde du travail de cette culture du « toujours connecté », qui augmente les heures de travail
et abaisse la frontière entre le travail et la vie personnelle, sont une préoccupation.
Recommandations pour les organisations
• Infrastructures
L’émergence des smartphones, tablettes et des réseaux omniprésents marque une rupture avec les infrastructures stables des
entreprises. Les politiques de remplacement des matériels consistant à attendre que les équipements soient complètement
dépréciés ou qu’ils ne puissent absolument plus fournir le service requis donnent aux salariés l’impression que leur entreprise
est coincée dans le passé.
Par ailleurs, plusieurs personnes possèdent à la fois des terminaux personnels et professionnels, et cela peut s’avérer
encombrant de transporter sans cesse des appareils en double. Parmi les réponses possibles figure l’utilisation de téléphones
avec plusieurs cartes SIM, encore rare, ou le fait de permettre un usage personnel des terminaux professionnels, solution qui
requiert néanmoins une surveillance importante en raison des enjeux de sécurité et de protection de la vie privée associés.
Confier ce rôle à une tierce partie de confiance pourrait permettre aux employeurs de se décharger de ces préoccupations.
Enfin, il faut également avoir en tête l’impact de ces évolutions sur la productivité des employés. En effet, les politiques de
contrôle et le blocage de sites ne sont plus la panacée quand les salariés disposent de leur propre accès au réseau à travers
leur terminal personnel.
• Praticité d’utilisation
Les individus effectuent des choix en tenant compte de différents facteurs qui influencent leur comportement, notamment la
praticité d’utilisation (effort ou temps demandé), les considérations financières et le sentiment de justice. Face aux questions
de copyright, les chercheurs ont constaté que la praticité des différentes options était un facteur particulièrement déterminant.
21« Vague B » - Février 2014
Internet est riche d’information sans coût financier direct et beaucoup de gens lisent et valorisent cette information librement
accessible. L’idée de payer ou d’être payé pour accéder à l’information rencontre de ce fait des limites. En revanche, nombre
de personnes acceptent mieux l’idée de payer pour la praticité, soit financièrement soit avec leurs données personnelles.
• Copyright
Le sentiment général est que les lois sur le copyright sont trop compliquées et trop rigides pour s’adapter à l’âge numérique.
Les utilisateurs ont du mal à identifier ce qui est permis ou pas, et les services légaux (pour lutter contre le piratage) quand ils
existent sont peu attractifs du fait de catalogues inadaptés ou de tarifs trop élevés.
Pour les entreprises dont le modèle économique dépend du nombre de personnes payant pour des contenus protégés, faciliter
l’accès aux objets numériques à travers des canaux clairement identifiés comme légitimes et à des prix modestes a bien plus
de chance de convaincre les consommateurs que d’autres stratégies.
Pour les organisations dont les collaborateurs ont peu conscience de la valeur de leur propre travail intellectuel, des formations
adaptées peuvent les aider à éviter les attitudes trop légères face aux enjeux de sécurité ou la dissémination volontaire
d’informations de valeur.
• Réseaux
Les réseaux tant techniques que sociaux sont porteurs de changements importants, que les organisations doivent prendre en
compte.
Du côté des employés, ces réseaux peuvent présenter des risques : atteinte à la réputation de l’employeur, dissémination
d’informations sensibles, baisse de la performance professionnelle… Les pratiques managériales et les réglementations
internes doivent en tenir compte et le personnel doit y être formé.
Du côté des clients, les services d’information et d’interaction avec l’organisation doivent être accessibles, faciles à utiliser
et à jour. Il faut notamment veiller à la stratégie mobile : les entreprises s’adressant à une clientèle jeune doivent plus
particulièrement être présentes sur de nombreuses plates-formes (réseaux sociaux, Twitter, applications mobiles, etc.).
22 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
• Vie privée
Pour beaucoup d’individus, la vie privée est une valeur dont ils ne prennent conscience que quand il lui est porté atteinte.
Afin d’accroître leurs bénéfices, les entreprises peuvent être tentées d’accorder peu d’attention à la protection de la vie privée
de leurs clients à court terme, mais à long terme cela peut avoir des conséquences irréparables sur leur réputation. Celles
qui fournissent des services impliquant des enjeux de vie privée doivent faciliter l’accès de leurs utilisateurs aux paramètres
permettant de la préserver.
• Objets numériques
La jeune génération, habituée aux objets numériques, perçoit de moins en moins la valeur associée aux supports physiques.
Néanmoins, dans certains cas, les données sont encore perçues comme des objets physiques à la disponibilité limitée,
notamment en cas de perte ou d’accès impossible. Les acteurs de l’économie numérique doivent garder cet aspect en tête
pour mieux comprendre les attentes et les réactions possibles des employés et des clients face à ces objets numériques. Ces
attentes peuvent énormément varier selon le type de relation et le type de données concernées, aussi la réflexion doit se faire
au cas par cas.
L’entreprise 2020 et l’éthique
De plus en plus, la Société attend des organisations qu’elles adoptent un comportement éthique, aussi bien dans leurs activités
que dans la manière dont elles utilisent les technologies, que ce soit pour leurs clients, leurs utilisateurs, leurs salariés ou pour
les régulateurs. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer le système d’information pour augmenter l’efficacité des métiers, mais
de prendre en compte son impact sur la vie quotidienne des individus.
Pour l’entreprise 2020, cela signifie que la responsabilité sociale ne sera plus perçue comme un coût ni comme une obligation
légale. De plus, les enjeux éthiques changent : outre les questions habituelles de sécurité ou de protection de la vie privée, ils
vont inclure des notions comme la confiance, l’exclusion sociale, la surveillance, la liberté, la fiabilité, les pertes d’emploi ou le
contrôle.
23« Vague B » - Février 2014
L’innovation et l’adoption de nouvelles technologies ne seront plus tournées vers le seul intérêt de l’entreprise, et vont passer
par des processus plus ouverts, incluant les clients et les utilisateurs finaux.
Demanièreplusgénérale,lesdifférencesd’attitudesetd’usagesconstatéesvontseheurterauxréglementationsdesentreprises.
La tendance croissante du BYOD (Bring Your Own Device), ou l’usage sur le lieu de travail de terminaux personnels, risque
notamment de créer des problèmes.
L’étude DESVALDO a par ailleurs révélé un manque de compréhension global du potentiel des objets numériques, qui peuvent
être accédés, copiés, modifiés, capturés à la fois par les destinataires souhaités et par d’autres. L’entreprise 2020 devra avoir
des managers comprenant les différentes attitudes existant face à ces objets numériques et aux terminaux qui permettent
d’y accéder. En matière de sécurité notamment, ni les utilisateurs ni les clients ne sont l’ennemi.
Les entreprises de 2020 seront confrontées à des tensions en matière d’éthique de l’information :
- La surveillance sur le lieu de travail pourra découvrir des faits répréhensibles, mais les employés ont des attentes et des
droits au respect de leur vie privée, et le respect de ceux-ci peut améliorer leur productivité.
- Le BYOD crée des risques sur la sécurité, mais les utilisateurs sont plus familiers de ces terminaux et donc potentiellement
plus productifs.
- Travailler de chez soi ou lors de ses déplacements peut fournir une plus grande flexibilité pour l’employeur comme pour
l’employé, mais la pression constante liée au fait d’être « toujours connecté » peut saper la productivité sur le long terme.
- De bonnes relations entre les employés et les clients dépendent souvent de processus de communication informels, qui
renforcent la confiance, mais un message inapproprié d’un collaborateur peut ruiner des années de travail passées à bâtir
la réputation d’une entreprise.
- Les travailleurs de la connaissance sont la source de nombreux revenus et profits dans l’économie de la connaissance, mais
ils peuvent sous-estimer leurs propres contributions à des travaux plus larges, et de ce fait être peu soucieux de la sécurité,
de la propriété et des droits.
24 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Les technologies de l’information et les communautés virtuelles ont changé la manière de gérer les connaissances et de
créer de l’innovation. Dans ce contexte, deux études ont examiné le rôle des systèmes d’information dans les démarches
d’innovation ouverte, abordant les questions suivantes :
• Comment les technologies de l’information influencent l’écologie de la connaissance et l’adoption de l’innovation
ouverte ?
• Comment innover dans une communauté apprenante ?
Les technologies de l’information, levier pour la gestion des connaissances
et la performance des entreprises
L’étude4
menée par le professeur Ting-Peng Liang, le Dr. Deng-Neng Chen, le Dr. Lihua Huang et le Dr. L.G. Pee s’intéresse au
rôle des technologies de l’information dans le cadre des démarches d’innovation ouverte, et à l’influence de ce type de
démarche sur la performance des organisations. Plusieurs travaux antérieurs ont en effet montré que la gestion des
connaissances pouvait améliorer la créativité, et que celle-ci pouvait à son tour améliorer la performance d’une organisation
mais aussi son agilité.
Les systèmes d’information dans les démarches
d’innovation ouverte
4
How Information Technologies Affect the Knowledge Ecology and Their Adoption of Open Innovation: A Multinational Study, (Knowledge Ecology and Open
Innovation Adoption), National University of Sun Yat-sen.
25« Vague B » - Février 2014
L’innovation ouverte, un levier privilégié du partage de connaissances
L’évolution de la connaissance constitue un facteur important dans l’adoption de l’innovation ouverte. Cette évolution peut
résulter de pressions internes comme externes. Dans le cas d’une évolution provoquée par des facteurs internes, les chercheurs
parlent de stratégies de mutation des connaissances. Les nouvelles connaissances sont créées à partir des connaissances
existantes, les changements provenant de forces internes comme les services de R&D. Dans le cas d’une évolution déclenchée
par des facteurs externes, les chercheurs parlent de stratégies de croisement des connaissances. Il s’agit alors d’acquérir des
connaissances externes (expertise d’un consultant, achat d’un brevet…) et de les assimiler aux connaissances existantes.
L’innovation ouverte inclut l’innovation issue des utilisateurs, l’innovation cumulative, l’échange de savoir-faire, l’innovation
de masse et l’innovation distribuée. Cette idée s’inscrit dans un contexte où le lien entre une entreprise et son environnement
est devenu plus perméable, et les innovations peuvent plus facilement être transférées de l’extérieur vers l’intérieur, et
réciproquement. De la même façon, elle suppose que dans un monde où la connaissance est largement distribuée, une
entreprise ne peut plus se reposer uniquement sur sa propre recherche.
Cette idée est renforcée par les tendances récentes autour des réseaux sociaux et du « savoir des foules ». Internet permet
d’accéder à des sources de connaissances virtuellement illimitées pour la conception des produits, la R&D, les services aux
clients et bien d’autres aspects.
Le rôle positif des technologies de l’information
Les technologies de l’information renforcent à la fois l’intensité et la diversité des connaissances. Dans des travaux précédents,
les auteurs ont mis en évidence qu’une augmentation en intensité des connaissances améliorait la performance moyenne des
entreprises, tandis qu’une hausse de la diversité des savoirs réduisait les écarts de performance.
26 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
A partir de plusieurs études de cas, les chercheurs ont constaté que :
- les capacités du système d’information avaient un effet positif sur la gestion des connaissances, tant sur le plan de la
diversité que des interactions et de la collaboration ;
- les organisations avec un haut niveau d’interactions et de collaboration sont plus avancées dans la mise en œuvre de
démarches d’innovations ouvertes ;
- cet effet est plus fort sur l’innovation ouverte entrante que sortante ;
- le niveau d’innovation ouverte influence positivement la performance et que cette influence est trois fois plus forte dans
le cas d’une innovation ouverte entrante que sortante.
Utiliser le système d’information pour créer une communauté d’innovation ouverte
L’étude menée par les chercheurs Kai Reimers, Xunhua Guo, Mingzhi Li et Bin Xie s’intéresse à la manière dont les entreprises
développent ensemble des infrastructures d’information ouvertes au sein de « communautés apprenantes », en examinant
notamment quels peuvent être les usages et les effets des technologies de l’information à l’échelle d’un secteur économique
entier.
Pour cela, les chercheurs se sont appuyés sur une étude de cas, celle du secteur de la distribution pharmaceutique en Chine qui
a développé des plates-formes d’échange électroniques entre 2004 et 2012, et sur une communauté apprenante regroupant
différents acteurs de ce même secteur.
Le développement du secteur de la distribution pharmaceutique en Chine
Durant les années 1980, le système de distribution chinois s’est développé de manière très fragmentée, avec plus de 16 000
sociétés de distribution pharmaceutique. Au début des années 2000, les difficultés du secteur de la santé et la situation
chaotique de la chaîne de distribution pharmaceutique ont conduit le gouvernement chinois à centraliser l’approvisionnement
en médicaments, tout en laissant une certaine flexibilité aux régions qui se sont basées sur des systèmes d’appel d’offres
électroniques tiers. Plusieurs réglementations ont alors été mises en place. Néanmoins, ce système a rapidement montré ses
limites.
27« Vague B » - Février 2014
En novembre 2010, le Conseil d’Etat chinois a publié un ensemble de recommandations pour les mécanismes
d’approvisionnement en médicaments, marquant l’abandon des plates-formes électroniques intermédiaires. Désormais, les
places de marché électroniques sont gérées uniquement par les provinces, et elles fonctionnent comme des organisations à
but non lucratif, financées par le gouvernement. Les fabricants de médicaments et les institutions médicales n’ont plus de frais
à payer. Les médicaments faisant l’objet d’une forte demande sont commandés directement aux laboratoires, tandis que les
autres demandes sont regroupées et transmises aux distributeurs.
Enseignements de l’étude de cas
Les chercheurs ont établi cinq constats à la suite de leurs travaux :
1. Alors que le secteur gagne en maturité et que les entreprises intègrent les systèmes en interne, les partenariats verticaux
deviennent plus coopératifs et incluent le développement de connections entre systèmes d’information.
2. Alors que le secteur gagne en maturité et que les entreprises intègrent les systèmes en interne, celles-ci s’engagent
indirectement dans une coopération horizontale, facilitée par des tierces parties. Dans le cas étudié, ce sont les hôpitaux qui
ont poussé les distributeurs à travailler ensemble sur des plates-formes électroniques ouvertes, pour éviter la multiplication
des systèmes.
3. Les actions du gouvernement pour établir une plate-forme d’échange électronique gênent le développement de liaisons
de système à système. Les acteurs utilisent en effet cette plate-forme au côté de systèmes B2B développés de manière
privée et doivent maintenir les deux. En outre certains distributeurs qui développaient des plates-formes ouvertes ont
abandonné quand le gouvernement a lancé sa propre initiative.
4. En revanche, les actions du gouvernement pour consolider le secteur ont aidé à développer des plates-formes d’échange
interentreprises privées et ont marginalisé les plates-formes de e-commerce mandatées par le gouvernement. La
consolidation a incité les entreprises à adopter des plates-formes B2B pour accroître l’efficacité de la chaîne
d’approvisionnement, mais elles sont réticentes à utiliser les outils du gouvernement dans leurs processus métiers.
28 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
5. L’implication du gouvernement dans l’établissement de standards a empêché le secteur de développer des standards
de e-commerce. Les entreprises avaient besoin de codes produits standardisés pour faciliter les échanges, mais elles ont
attendu que le gouvernement s’en charge, or le morcellement des organismes publics a rendu la tâche trop complexe.
Ces résultats ont conduit les chercheurs à énoncer trois hypothèses :
1. Le développement d’une infrastructure d’information est un phénomène qui s’effectue sur plusieurs niveaux. Dans
le cas observé, l’émergence s’est fait de manière graduelle, tant pour les entreprises que pour le secteur.
2. Le développement d’une infrastructure d’information implique une coopération entre concurrents (coopétition), dont
la forme concrète est déterminée par des facteurs institutionnels. En Chine, le principal mécanisme entrant en jeu dans
ces projets était l’attente de réciprocité de la part des concurrents, tandis que dans les pays de l’Ouest c’est plutôt une
conscience commune des besoins du secteur.
3. Les discussions sur les voies possibles pour l’action collective nécessitent des espaces dédiés qui permettent un échange
ouvert, libéré des pressions concurrentielles. Les chercheurs ont constaté que la communauté apprenante était la seule
opportunité d’avoir des échanges ouverts entre les différents acteurs de l’industrie, en particulier les concurrents.
Une analyse des comportements des entreprises
• Comment les entreprises développent ensemble des infrastructures d’information ouvertes ?
Les chercheurs ont observé trois mécanismes entrant en jeu dans le cas étudié : des relations à caractère social entre les
différentsacteursdelachaîned’approvisionnement,l’interventiondetiercesparties(leshôpitaux)etdesattentesderéciprocité
(les distributeurs facilitant la connectivité à leurs plates-formes en attendant que leurs concurrents en fassent de même).
• Qu’est-ce qui motive les entreprises à s’engager dans de tels projets ?
Ces conditions interviennent au niveau du secteur. La consolidation de celui-ci a changé la nature de la chaîne
d’approvisionnement et des relations concurrentielles. Les plates-formes B2B n’ont plus été considérées comme un champ
de bataille mais comme une nécessité, ce changement allant de pair avec une évolution du modèle économique : de simples
revendeurs, les distributeurs sont devenus des fournisseurs de services offrant également du conseil et des prestations de
développement informatique.
29« Vague B » - Février 2014
• Comment les entreprises préservent-elles des domaines d’innovations propriétaires dans ce contexte ?
Les entreprises étudiées n’ont pas cherché à séparer de manière claire les domaines d’innovations propriétaires des domaines
adaptés à l’innovation ouverte. La transition s’est effectuée de manière fluide avec le changement de modèle économique.
Les plates-formes B2B construites par les distributeurs ont ainsi été mises à disposition des hôpitaux de manière gratuite,
les entreprises ne s’appuyant pas sur des innovations propriétaires pour bâtir un avantage compétitif, mais plutôt sur une
innovation continue.
• Comment les entreprises coordonnent le développement d’infrastructures innovantes ?
Le processus de développement était souvent initié par les tierces parties, qui intervenaient également dans la coordination
des efforts. La mise en œuvre était facilitée par les relations sociales et l’attente de réciprocité.
• Comment les processus et les pratiques des entreprises ont facilité ou entravé ces efforts collectifs ?
Le principal frein observé est la maturité technologique des entreprises.
• Est-ce que ces projets d’infrastructures collectives donnent naissance à des pratiques sectorielles spécifiques ?
En dehors de la communauté apprenante, qui a révélé un réel intérêt pour améliorer la santé du secteur et une volonté de
partager des idées, les chercheurs n’ont pas observé d’autres pratiques à l’échelle du secteur.
Les implications managériales : maîtriser les technologies et coopérer
En se basant sur leurs travaux, les chercheurs suggèrent trois caractéristiques pour l’entreprise 2020 :
- Celle-ci maîtrise les technologies de l’ère du réseau à la perfection et peut donc aisément se connecter aux systèmes
d’information de ses partenaires.
- Elle est capable de coopérer facilement avec des acteurs externes, y compris des concurrents.
- Elle guide le secteur dans le développement de pratiques sectorielles.
30 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Les chercheurs souhaitent également attirer l’attention sur deux points :
Tout d’abord, dans une industrie émergente, les infrastructures d’information peuvent se développer rapidement, avec peu
de signes avant-coureurs. Les compagnies internationales doivent prêter attention à ceux-ci afin de trouver des opportunités
de s’engager activement dans leur développement.
Ensuite, les pratiques existantes d’un secteur peuvent apparaître bien plus résilientes qu’on ne l’imagine. Il faut comprendre
leur origine historique avant de chercher à les changer. Par conséquent, les entreprises ne doivent pas chercher à imposer des
processus qui semblent bien conçus pour ces pratiques, mais plutôt créer des lieux d’échange pour réfléchir sur celles-ci et
ouvrir la possibilité d’un changement.
31« Vague B » - Février 2014
Plusieurs grandes entreprises ont pris conscience que beaucoup restait à faire pour favoriser la créativité collective de leurs
collaborateurs et améliorer l’accès à une base commune de connaissances. Dans cette optique, trois études se sont penchées
sur les moyens de mettre en œuvre un partage de connaissance favorisant l’innovation, aussi bien au sein des entreprises que
dans le cadre de collaborations entre différentes entités géographiquement distantes.
Une première étude a ainsi examiné différents cas d’usage de ces places de marché de la connaissance, tandis qu’une autre
avait pour objectif de fournir un guide et des bonnes pratiques pour utiliser des médias sociaux tels les wikis de manière à
permettre un partage des connaissances effectif. Enfin, la dernière étude relative à cette thématique examine le cas d’une
collaboration interentreprises.
Explorer la conception et les effets des places de marché de connaissances internes
Les grandes entreprises disposent d’une information très riche et de nombreux talents, mais elles ont souvent des difficultés
pour y accéder. Plus l’organisation est large et segmentée, plus il est difficile d’identifier les personnes à même de résoudre
un problème. La gestion de flux d’information horizontaux et verticaux, entre spécialités, régions ou pays différents s’avère
particulièrement complexe, et les référentiels centralisés n’y sont pas bien adaptés. Les places de marché proposent une
approche décentralisée plus à même de répondre à ces problématiques.
Ces marchés de la connaissance permettent de mettre en relation ceux qui cherchent une connaissance avec les sources
d’information, mais aussi de générer, combiner et classer des idées, voire de développer, de nouveaux produits et services.
Ils facilitent la réutilisation de l’information existante, la création d’information et l’usage efficace des sources d’information,
notamment du temps des experts.
Partage de connaissances
et co-création de valeur
32 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Dans ce projet6
, les chercheurs Hind Benbya, Tanya Menon, Nassim Belbaly et Marshall Van Alstyne ont étudié l’utilisation des
mécanismes de marché pour soutenir l’innovation et le partage de connaissances au sein des entreprises. Ils ont exploré la
manière dont les entreprises peuvent concevoir des places de marché de connaissances, puis ont regardé quels étaient leurs
effets.
Le marché aux idées d’Allianz
L’assureur Allianz UK a mis en place une place de marché d’idées pour encourager tous ses employés à proposer et à mettre
en œuvre des idées. Assez vite, l’équipe chargée de l’innovation s’est aperçue que la valeur provenait surtout de la quantité
d’idées émergeant de la base de l’organisation. Néanmoins, les idées qui se présentaient n’étaient pas toujours pertinentes et
leur nombre demeurait insuffisant.
L’équipe a alors centré la démarche sur l’amélioration continue des processus, afin de cibler les problèmes et les priorités
des travailleurs. La génération d’idées est ainsi passée d’une notion floue à une activité à visée pratique, et le volume et la
pertinence des idées se sont accrus.
On peut tirer plusieurs enseignements de cette expérience :
• Générer un grand nombre d’idées rend le nombre visible à tous.
• Au début, il ne faut pas cibler les idées en fonction de leur valeur financière.
• Il faut récompenser les participants pour leurs efforts, mais sans privilégier les récompenses matérielles.
• L’innovation doit être mesurée avec des indicateurs aussi bien quantitatifs que qualitatifs.
6
Internal Knowledge markets Effects (IKME), Groupe Sup de Co Montpellier Business School.
33« Vague B » - Février 2014
Le marché de connaissances de SAP
L’éditeur de logiciels SAP a mis en place une place de marché de connaissances pour soutenir l’ensemble de ses développeurs
en entreprise et les aider à consulter leurs pairs. Pour motiver les contributeurs, SAP a basé les échanges sur un système de
points fixes, dans lesquels les membres qui lancent des sujets peuvent attribuer des points aux réponses qui les aident le plus.
On peut en tirer plusieurs enseignements :
• Utiliser des incitations matérielles et sociales, mais en laissant les prix fluctuer selon la qualité des contributions.
• Encourager la coopération. Il est souhaitable de combiner des systèmes de récompenses qui favorisent la compétition
avec d’autres favorisant la coopération.
• Se méfier des manipulations. Des mécanismes de régulation sont nécessaires pour éviter que des participants ne trichent.
Le système de récompenses : pourquoi pas une monnaie virtuelle ?
Il faut un support d’échange pour que les participants puissent échanger de la valeur sur un marché. Dans ce but les entreprises
ont introduit des monnaies virtuelles. Celles-ci offrent plusieurs avantages par rapport à un système de notation :
• Elles ne sont pas liées et sont donc transférables.
• Elles encouragent chacun à faire le meilleur usage de son temps, en se concentrant sur ce qui est le plus important. Un
problème critique valant 5 000 points recevra ainsi plus d’attention qu’une question à 5 points.
Ces monnaies doivent permettre aux prix de fluctuer pour privilégier la qualité au volume des contributions. Il faut également
qu’elles circulent pour éviter l’inflation ou la déflation.
Les mécanismes de gouvernance : la DSI dans le rôle d’une banque centrale
L’introduction d’une place de marché nécessite de nouvelles formes de gouvernance et de nouveaux rôles. La DSI ne peut
plus agir comme un planificateur, mais doit endosser un rôle de banque centrale, fournissant une certaine liquidité quand les
participants ne parviennent pas à échanger et gérant l’économie interne de manière à favoriser une croissance optimale.
34 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Quelles implications pratiques ?
Les systèmes d’information de partage de la connaissance ne peuvent être vus comme des systèmes purement informatiques,
car ils sont aussi des systèmes relationnels.
Les chercheurs suggèrent de récompenser les participants de tels systèmes autrement que financièrement. Un système de
monnaie virtuelle permet notamment de qualifier leur réputation et de rendre visible dans l’organisation ceux qui aident.
Néanmoins, tout système de classement peut créer une dynamique compétitive. Celle-ci peut avoir des implications positives
pour motiver les participants, mais il faut la contrôler pour en éviter les effets pernicieux. Il faut donc privilégier un système
permettant de prendre en compte la qualité des contributions tout autant que leur qualité, par le biais d’évaluations de la
communauté. De la même façon, le contrôle ne doit pas être centralisé mais « crowd-sourcé », à partir de la communauté
elle-même.
Enfin, concernant l’anonymat, les auteurs suggèrent de ne pas en faire la norme, mais de le réserver aux circonstances
dans lesquelles les décideurs recherchent un feedback honnête. Pour les entreprises, si l’anonymat risque de favoriser des
comportements non éthiques, il apparaît aussi comme un facteur facilitant le passage à de nouvelles normes sociales.
Projet SMI : un programme pour guider et évaluer l’usage des médias sociaux
dans l’entreprise
Les entreprises utilisent avec succès les médias sociaux pour atteindre de multiples objectifs : analyse de la concurrence,
meilleure identification et diffusion de l’information, résolution de problèmes… Ces usages montrent que les processus
quotidiens et le partage de connaissances peuvent être enrichis avec des outils qui améliorent également la communication
et l’efficience.
35« Vague B » - Février 2014
Danscecontexte,leprogramme7
menépardeschercheursdel’universitédeCalifornieduSudavaitpourobjectifdedégagerdes
bonnes pratiques et de proposer des recommandations pour une utilisation professionnelle des médias sociaux, notamment
ceux centrés sur la collaboration comme les wikis. Les chercheurs souhaitent aider les entreprises à optimiser l’usage de ces
outils afin d’encourager l’innovation collaborative et le partage de connaissances.
Un constat : une faible réutilisation des contenus
Si l’accessibilité à cette information peut améliorer les processus organisationnels, la faible réutilisation de l’information
présente dans les systèmes de partage des connaissances demeure un problème. Pour les chercheurs, cette faible réutilisation
s’expliquerait notamment par un travail d’intégration et de recombinaison de l’information peu effectué par les contributeurs.
Des wikis pour mieux partager la connaissance ?
Contrairement à d’autres technologies de gestion des connaissances, les wikis permettent une publication collaborative sur
un même site Web. L’ordonnancement de l’information et de la connaissance suit la logique du document plutôt que l’ordre
chronologique. Les contributeurs peuvent modifier leur contenu et celui publié par d’autres, les changements sont possibles
en permanence et l’historique des modifications est visible de tous. Les auteurs de chaque changement sont identifiables.
Ces caractéristiques fournissent des possibilités de collaboration absentes d’autres types de solutions, et qui présentent de la
valeur pour de nouveaux processus d’innovation.
Le comportement de « mise en forme » de l’information dans les wikis : un rôle fondamental
Contribuer à un wiki ne signifie pas seulement enrichir en contenu son domaine d’expertise, mais aussi intégrer des
connaissances déjà publiées afin de mieux les organiser. Cette activité de « mise en forme » peut désigner des modifications
sur son propre travail ou celui d’autres contributeurs, une réorganisation des contenus, la suppression d’éléments redondants
ou inconsistants, et toute action visant à rendre le contenu plus signifiant, utilisable et maintenable. C’est une activité de
synthèse et d’organisation dans laquelle chacun peut s’impliquer.
7
A framework for assessing the effective use of social media tools in the enterprise to enhance innovation, collective problem solving, knowledge sharing and
management of virtual teams, University of Southern California
36 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Utiliser les wikis pour encourager l’innovation
Comment l’innovation et la créativité peuvent être encouragées dans l’entreprise à travers l’usage de médias sociaux ou
collaboratifs comme les wikis ? Comment les réseaux de connaissance existants peuvent être modifiés ou étendus ? Comment
améliorer leur rendement à travers une collaboration plus poussée ?
En s’appuyant sur différentes études de cas, les chercheurs ont identifié plusieurs bonnes pratiques pour stimuler l’innovation
et la production d’idées sur des outils de type wiki.
Plusieurs activités apparaissent ainsi importantes pour conserver un haut niveau de communication, comme suivre le flux des
publications, rappeler périodiquement aux participants de publier des contenus, leur transmettre des recommandations de
lecture ou encore encourager la modération afin de maintenir l’intérêt.
Ultérieurement, les auteurs ont ajouté le capital émotionnel comme facteur de succès pour de telles initiatives, notamment
les sentiments d’authenticité, d’attachement et d’amusement.
• L’authenticité de telles démarches passe notamment par l’implication du management : si celle-ci est absente ou peu
visible, les employés tendent à considérer la participation comme une activité en dehors de leurs missions.
• L’attachement naît quant à lui du sentiment d’appartenance à une communauté.
• L’amusement associé à l’expérience semble également important pour générer et entretenir l’enthousiasme des
participants, de même que la facilité d’utilisation de la plate-forme.
Enseignements de l’étude
Les entreprises sont moins familières des usages encourageant la co-création et l’innovation. Cela s’explique davantage par des
facteurs organisationnels que par des barrières techniques ou des problèmes de ressources, notamment une méconnaissance
de la logistique et des processus à mettre en œuvre pour que l’utilisation d’outils sociaux génère des résultats exploitables.
37« Vague B » - Février 2014
Dans une optique d’innovation, les entreprises ont intérêt à envisager un autre usage des médias sociaux, basé sur une
collaboration massive et ouverte. Celle-ci repose sur les principes suivants :
• Elle se concentre sur un domaine où la collaboration peut croître de manière organique en attirant les participants ;
• Les idées sont bénéfiques quand tout le monde en génère et les intègre plutôt que quand les individus se laissent
conduire ;
• Elargir le nombre de participants et inclure différents écosystèmes peut déboucher sur des relations inattendues ;
• Les participants ont le droit de s’impliquer et de se retirer à tout instant à travers une variété de rôles changeants ;
• Les résultats ne sont volontairement pas prédéfinis afin que l’innovation puisse surgir ;
• Les relations inattendues entre les participants et les données doivent être poursuivies.
La collaboration massive n’a pas forcément pour but de produire de l’innovation. Pour favoriser celle-ci, il faut également
inciter les participants à re-conceptualiser, réécrire et questionner de manière créative et ouverte les autres participants.
Les parties prenantes doivent également s’engager pour soutenir des « champions » et fournir les ressources permettant
de construire et de maintenir des wikis efficaces : si l’utilisation d’un wiki à des fins d’innovation n’apparaît pas comme une
priorité explicite pour les collaborateurs, des tensions apparaissent. Il faut un engagement global de l’entreprise et de son
management.
Par ailleurs, les systèmes incitatifs généralement mis en place dans les organisations ont tendance à défavoriser l’innovation
collaborative, en particulier ceux basés sur des incitations financières ou sur un gain de réputation pour les gagnants, qui
favorisent la compétition et créent des rivalités.
Néanmoins, les barrières à l’encontre de l’innovation collaborative en ligne peuvent être enlevées. Il n’est pas nécessaire
d’engager des efforts importants pour pallier les conséquences d’écarts de connaissances : des pratiques existent pour
contourner ces barrières au lieu de les abattre. Il s’agit d’éviter les conflits entre personnes, de favoriser la co-création rapide
de passerelles, d’encourager un engagement créatif continu et une flexibilité permettant de modifier régulièrement les idées
de solutions, et d’inciter chacun à être responsable de la traduction de ses connaissances personnelles en connaissances
collectives.
38 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Autre constat, le rôle du « metteur en forme » est souvent sous-évalué et sous-récompensé, alors qu’il s’agit d’un élément
essentiel dans le processus menant à une solution. Dans les faits, ce sont souvent les résultats qui sont récompensés alors que
c’est le processus collaboratif qui est déterminant pour s’assurer de la qualité des échanges et veiller à ce que les meilleurs
éléments des différentes idées soient incorporés.
Enfin, quatre facteurs influent sur l’aptitude d’une entreprise à mettre en œuvre des démarches d’innovation collaborative
en ligne :
1. La direction : identifier un champion est une nécessité pour soutenir la mise en place d’un processus nouveau et
souvent peu familier. La motivation des individus est un facteur important pour passer de processus d’innovation souvent
fermés à des démarches ouvertes et moins guidées.
2. Le manque de temps : souvent, même si l’entreprise perçoit la valeur de ces démarches d’innovation, d’autres priorités
viennent interférer et l’empêche de les expérimenter.
3. L’alignement stratégique : les processus et structures de l’entreprise ont souvent du mal à s’aligner sur le nouveau
processus proposé.
4. La résistance au changement : même en ayant identifié un besoin de faire autrement, il peut s’avérer difficile dans les
faits de sortir des limites de l’entreprise, par exemple pour intégrer des innovations externes.
Innovation globalement distribuée et co-création de valeur
Il est admis que l’innovation émerge tout autant sinon plus des réseaux inter-organisationnels que d’une seule et même
organisation. L’un des plus grands défis de l’innovation collaborative, dans un contexte distribué, est la création et le partage
de la connaissance.
39« Vague B » - Février 2014
L’étude8
dirigée par le Dr. Pamela Abbott et le Dr. Yingqin Zheng, en partenariat avec le professeur Rong Du et le Dr. Shizhong
Ai, aborde l’innovation collaborative et la co-création de valeur dans le cadre de ces réseaux inter-organisationnels, et dans
un contexte multiculturel et géographiquement réparti. Elle s’appuie pour cela sur l’analyse d’un projet de co-développement
d’applications mené entre un sous-traitant basé en Chine et une organisation implantée en Grande-Bretagne. L’objectif était
notamment d’étudier comment le temps et l’espace influencent les processus liés à la connaissance dans des communautés
de pratique géographiquement réparties.
Le cadre conceptuel : la créolisation de l’innovation
Les auteurs ont conceptualisé les trajectoires que peuvent emprunter les sous-traitants dans le cadre de partenariats
interculturels, afin d’augmenter leur croissance et d’améliorer leur proposition de valeur.
• Passer d’un modèle linéaire à la reconfiguration des réseaux
Une relation client-fournisseur plus mature se concentre sur la valeur que chaque partie peut apporter. Le sous-traitant étudié
a développé ses capacités avec de nombreux clients et à travers de nombreux contextes culturels. Il a fait appel à divers types
de ressources, puis les a combinées et reconfigurées activement afin d’offrir davantage de services, d’accélérer sa croissance,
de se développer sur le plan international et d’occuper une position plus élevée dans la chaîne de valeur.
• La « créolisation » : mettre en place le terrain pour la reconfiguration des capacités
Le concept de « créolisation » décrit la rencontre et l’assimilation de plusieurs cultures et identités, ainsi que la mobilisation
de ressources et connaissances dans des réseaux globalement distribués, comme le développement offshore de logiciels ou
l’externalisation de services. Ce terme permet notamment de contrebalancer l’idée de « globalisation », qui sous-entend
qu’une même culture globale s’impose partout.
8
Globally distributed innovation and Co-creation of value: Cases of UK-China Collaborations, (GLOBVAL), Brunel University.
40 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
• Au-delà de l’organisation ambidextre
Les auteurs de l’étude ont identifié quatre grandes capacités organisationnelles permettant aux entreprises d’apprendre et
d’évoluer :
• L’ambidextrie (capacité des organisations à concilier les activités d’exploration nécessaires à l’innovation et les activités
d’exploitation).
•Lacapacitécombinatoire,quiconsisteàrecombinerautrementdesressourcesetcompétencesexistantesouàlescombiner
avec des ressources nouvelles.
• La reconfiguration des ressources, grâce à laquelle l’entreprise peut s’adapter aux changements.
• La capacité d’innovation.
Bonnes pratiques observées chez le sous-traitant
• Créer une capacité d’innovation au niveau organisationnel
Des efforts sont faits au niveau de l’organisation afin de fournir des espaces pour la création et la distribution de nouvelles
connaissances ; ainsi que pour récompenser la pensée innovante. Parmi ces mécanismes figurent des « centres d’excellence »,
qui encouragent le développement d’experts dans des domaines verticaux et horizontaux, ou des « incubateurs » permettant
aux employés de développer des idées d’affaires et en cas de réussite d’obtenir des financements, voire même de créer des
spin off satellites. L’entreprise encourage également les environnements interculturels.
• Créer une capacité d’innovation au niveau de l’équipe
Dans l’équipe étudiée, beaucoup de pratiques sont liées à l’adoption de méthodes agiles en tant que méthodologie pour
guider le développement. Cette influence a créé un style de travail très participatif. Le pair programming, qui instaure des duos
de développeurs et de testeurs dès le début du processus de développement, a favorisé le co-développement et un intense
partage de connaissances et de capacités au niveau individuel. Ces pratiques ont encouragé une culture de l’apprentissage,
où chacun participait en fonction de son niveau d’expertise et développait son expérience à travers des interactions avec des
experts.
41« Vague B » - Février 2014
• Privilégier l’usage extensif des médias électroniques pour abolir la distance spatio-temporelle
Le haut niveau de communication et d’interaction est propice à la créativité et à la productivité. Les échanges fréquents avec
des collègues expérimentés créent un environnement égalitaire. De nombreux instruments numériques ont été déployés :
visioconférence, partage d’écrans, messagerie instantanée, messages électroniques… Quand la technologie ne permettait pas
de résoudre certaines difficultés de communication, des individus clés servaient d’intermédiaires entre les équipes anglaises
et chinoises.
• Usage de scénarios utilisateurs comme support de négociation
Les scénarios utilisateurs, qui consistent à imaginer et décrire le cheminement d’un utilisateur dans l’application, ont été le
principal élément autour duquel le co-développement s’est mis en place. Ils étaient préparés par les équipes du donneur
d’ordre, puis réinterprétés par le sous-traitant qui proposait différentes approches. Ce processus était itératif et très interactif.
Encourager l’entreprenariat en systèmes d’information dans l’entreprise
Le développement du Cloud computing, de l’externalisation, des réseaux sociaux, de l’offshore, du crowdsourcing et du big
data, combiné à l’émergence accélérée de technologies potentiellement disruptives rendent l’innovation de plus en plus
essentielle. Dans ce contexte, les compétences non techniques vont devenir de plus en plus importantes pour les professionnels
de l’informatique, notamment les aptitudes entrepreneuriales et « intrapreneuriales », l’intraprenariat désignant le fait de
créer une nouvelle entreprise/branche d’activité dans une organisation existante pour exploiter une nouvelle opportunité et
créer de la valeur sur le plan économique.
Une étude9
dirigée par le Dr Gaëtan Mourmant et le Pr Michel Kalika a abordé les enjeux de la création de valeur dans le
domaine des technologies numériques sous cet angle de l’entreprenariat, un facteur clef pour nourrir la capacité d’innovation
du secteur.
9
Observatoire des entreprenants en Système d’Information (ODESI), EM Strasbourg Business School.
42 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Les chercheurs ont examiné le rôle des individus entrepreneurs dans l’économie numérique et leur place dans les entreprises.
Cette étude a abordé les questions suivantes :
• Comment favoriser l’esprit entrepreneurial dans et en dehors des entreprises ?
• Comment accompagner les collaborateurs qui souhaitent fonder leur entreprise ?
• Quels rôles peuvent jouer les DSI pour encourager l’entreprenariat ?
Les entrepreneurs face aux déclencheurs externes et internes
Un très grand nombre de déclencheurs peuvent conduire un salarié à quitter son entreprise pour fonder son activité. Ces
chocs ont plusieurs dimensions : ils peuvent être internes (idée de produit…) ou externes (faillite de l’employeur…), négatifs,
positifs ou neutres, liés à son travail ou à sa vie personnelle. Le passage à un mode de pensée entrepreneurial est conditionné
par plusieurs éléments :
• Les conditions nécessaires pour quitter le poste et démarrer une activité. Ces conditions varient selon les individus ;
• La position ontologique, c’est-à-dire la réalité dans laquelle évolue l’individu, qui peut le conduire à évaluer de manière
différente les risques par exemple ;
• L’accélération du processus : les changements de mode de pensée permettent d’acquérir des connaissances suffisantes
pour déclencher le turnover sans passer par un choc ;
• L’équilibre : chaque individu doit trouver un certain équilibre en termes d’aptitudes/d’intelligence, de personnalité et
entre les capacités à rêver/agir.
Cultiver des espaces de liberté IT dans et hors des entreprises
Pour établir des espaces de liberté entrepreneuriale dans l’entreprise, il faut plusieurs prérequis, notamment un sponsor,
peupler et protéger l’espace et son écosystème, définir les responsabilités et les mécanismes de reconnaissance, et définir
dans quelles conditions quitter l’espace et l’entreprise. La plupart de ces prérequis sont également valables pour la création de
tels espaces à d’autres niveaux : Etat, région, réseau virtuel, ville, organisation…
43« Vague B » - Février 2014
Des espaces en lien avec l’accéluction
L’accéluction est définie par le professeur Ahmed Bounfour comme « un nouveau système de production accélérée de liens, qui
se traduit d’un côté par le développement d’espaces de création de valeur et de l’autre par le fait que la valeur est désormais
créée à travers une accélération majeure de liens transactionnels (appliquant des principes de marché) ou organiques (relations
basées sur la reconnaissance) ».
Les auteurs de l’étude considèrent que les espaces de liberté entrepreneuriale seront inclus dans l’entreprise 2020, et qu’ils
sont une constituante de l’accéluction, notamment en favorisant la porosité, la liberté de prendre des risques/faire des erreurs,
la recherche d’opportunités et la vision globale de l’industrie.
Tendances émergentes à l’horizon 2020 et implications pour les entreprises
Au cours de la prochaine décennie, les entreprises devront développer des espaces de liberté entrepreneuriale IT.
Cette évolution entraîne diverses implications, tant à l’échelle des directions des systèmes d’information que des entreprises
elles-mêmes : renforcement du rôle des DSI comme protecteurs de ces espaces ; politique RH favorisant les compétences
requises pour l’intrapreneuriat ; processus d’évaluation pour responsabiliser les participants à ces espaces de liberté
entreprenariale ; politiques de reconnaissance financière et non-financière ; soutien de l’entreprise aux acteurs quittant
l’espace ; prise en compte de tous les concepts associés, notamment la liberté à tous les niveaux.
En parallèle, les auteurs de l’étude suggèrent la mise en place d’un programme pour accompagner les jeunes entrepreneurs
IT, le YITE (Young IT Entrepreneurs).
La troisième tendance observée est l’émergence de l’entreprenariat IT, portée par certaines évolutions favorables (statut
d’auto-entrepreneur en France, hyperspécialisation, innovations technologiques nécessitant des compétences pointues,
etc.) et peut-être également favorisée par la crise, qui pousse certains managers et employés à lancer leur propre activité.
Les chercheurs estiment que les DSI ont intérêt à soutenir cet entreprenariat, notamment en favorisant le développement
d’infrastructures régionales performantes et en contribuant à créer des pôles d’activité où le capital intellectuel circule.
44 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Les chercheurs conseillent également aux DSI d’encourager l’entreprenariat IT auprès de leurs collaborateurs, malgré les freins
que peuvent représenter le recrutement d’un remplaçant expérimenté ou le risque de voir la nouvelle entreprise concurrencer
l’organisation.
Dans cette optique, les DSI peuvent soutenir leurs collaborateurs par différentes actions :
• En facilitant l’appropriation des règles du jeu, par exemple par la rotation de postes qui permet d’étendre les
compétences d’un collaborateur, l’explication des règles du marché, l’explication des différents aspects IT du métier et
l’introduction de réseaux sociaux favorisant les échanges dans et hors l’organisation.
• En aidant à évaluer les risques, par l’assignation à des projets comportant des processus d’évaluation des risques
explicites ; la participation aux discussions pour évaluer les risques liés à un fournisseur ou au marché ; en soulignant les
risques et les opportunités de différents postes et en partageant les processus d’identification des risques.
• En améliorant leur compréhension du contexte extérieur, par l’implication dans des communautés, les échanges avec
les partenaires, etc.
• En encourageant la vision à long terme, par un environnement de travail favorisant l’ouverture et l’expérimentation.
• En aidant les collaborateurs à identifier les opportunités.
45« Vague B » - Février 2014
Collection
« les Essentiels »
Les projets de recherche de la « Vague B »
Synthèses librement écrites par le CIGREF, à partir des rapports remis par les chercheurs dans le cadre des travaux de recherche menés pour le programme ISD.
46 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
« Comment les utilisateurs
perçoivent-ils les objets numériques ? »
Cette recherche sur le développement des valeurs sociétales
et éthiques » (An East asian perspective on the developing
ethical and social values of digital object usage) a pour
objectif d’étudier les attitudes d’utilisateurs non experts face
aux objets numériques (images, vidéos, jeux, programmes,
pages Wikipedia…) dans les pays d’Asie de l’Est, qu’il s’agisse
de contenus à visée commerciale ou de contenus produits
par les utilisateurs eux-mêmes ou la communauté.
47« Vague B » - Février 2014
Comment les utilisateurs
perçoivent-ils les objets numériques ?
L’étude « DESVALDO » a été menée par :
Kiyoshi Murata, Directeur du Center for Business Information Ethics, de l’Université de Meiji. Il enseigne le
management des systèmes d’information. Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Tsukuba au
Japon, ses travaux de recherche portent principalement sur l’éthique de l’information dans les organisations
professionnelles.
Andrew Adams, Directeur adjoint du Center for Business Information Ethics, de l’Université de Meiji, où il
enseigne également. Il est titulaire d’un doctorat en informatique de l’Université de Saint Andrews et d’un
master en droit de l’Université de Reading. Ses travaux de recherche portent sur les aspects sociétaux,
juridiques et éthiques des systèmes d’information.
48 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Contexte et objectifs du projet
Ce projet a été conçu afin d’explorer les pratiques émergentes d’utilisateurs asiatiques non experts de l’informatique face
aux objets numériques. L’idée sous-jacente est que ces utilisateurs ne pensent pas en termes de programmes exécutables,
de fichiers de données et autres concepts familiers des informaticiens, mais qu’ils conceptualisent les données sous la forme
d’objets numériques intangibles : des éléments immatériels qui peuvent être copiés sans dégradation, compressés et transférés
sur les réseaux.
Le passage à l’ère numérique s’est effectué si rapidement que des représentations « skeuomorphiques » de ces objets,
c’est-à-dire basées sur le monde matériel, restent très présentes. Ainsi, les livres électroniques ressemblent souvent à une
projection en deux dimensions d’un livre physique et les représentants des éditeurs de contenus considèrent la copie non
autorisée comme un vol comparable à celui d’un objet physique, là où les partisans d’une culture du libre sont plus enclins à
la comparer à une location ou un partage.
Dans ce contexte, les chercheurs se sont intéressés aux questions de liberté et de contrôle impliquant les objets numériques,
les terminaux physiques utilisés pour y accéder et les réseaux auxquels ils sont connectés (physiques, comme les réseaux de
téléphonie mobile, Internet ou les réseaux d’entreprise ; ou numériques comme Facebook, Google).
Ces objets englobent en effet les déplacements, les croyances, les intentions, les ressources et les relations des utilisateurs.
Leur contrôle, qu’il soit confié à des tiers ou effectué par les utilisateurs eux-mêmes, est la base fondamentale de l’Age de
l’Information.
49« Vague B » - Février 2014
Des enjeux éthiques
Les chercheurs ont effectué une analyse de la littérature afin de mettre en évidence les principaux enjeux éthiques associés à
l’usage des objets numériques.
• Vie privée, partage d’informations : l’hyper-connectivité devient la norme
Avec les appareils photos numériques et Internet, non seulement photos et vidéos peuvent être prises partout, mais elles
peuvent être transférées sur le réseau, partagées avec tout le monde et automatiquement marquées avec l’identité des
personnes.
La connectivité devient la norme plus que l’exception pour les utilisateurs des réseaux sociaux dans les différents pays étudiés.
De manière similaire, le partage d’informations personnelles survient dans toutes les tranches d’âge et tous les pays étudiés.
Néanmoins, les individus les plus jeunes mettent moins de restrictions sur leurs données personnelles.
Cette transparence accrue peut être au service de la démocratie tout comme elle peut être un outil supplémentaire
d’oppression. Les individus eux-mêmes sont souvent complices de leur propre surveillance en fournissant les moyens et les
contenus permettant de les suivre à la trace.
• Copyright, partage, propriété et accès : l’effet prix et l’effet qualité
L’essor de la production et de la distribution numériques a changé la donne dans le domaine culturel. Beaucoup de chercheurs
ont critiqué les approches basées sur un copyright fort, notamment depuis l’émergence d’Internet. Certains auteurs ont même
estimé qu’un modèle économique basé sur la contrainte et l’aspect physique des systèmes de distribution antérieurs avait
plus de chances de mener à un crash de l’économie créative plutôt qu’à une évolution en douceur vers un nouveau modèle
économique stable.
Pour certains chercheurs, le caractère amateur et la qualité souvent médiocre de l’information et des contenus disponibles
sur Internet entraînent néanmoins un retour en arrière par rapport aux efforts réalisés au XXème
siècle sur la qualité des
productions.
50 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF
Les utilisateurs sont conscients des problèmes économiques que cette évolution pose pour les fournisseurs d’information de
masse. Néanmoins, ils sont davantage préoccupés par la facilité d’usage et la transparence des prix que par le risque de léser
les artistes ; risque, mis en avant par les entreprises des médias et du secteur culturel pour justifier leurs choix.
• Liberté et contrôle de l’expression : une certaine passivité des internautes
Les Etats ont l’avantage de ne pas être trop contraints par des facteurs économiques dans leur usage de la surveillance de masse.
Néanmoins, l’expertise de sociétés comme Acxiom, Google et Facebook dans la collecte et l’analyse de données personnelles
ne leur a pas échappé, et ils les sollicitent souvent pour leurs objectifs, qu’elles le veuillent ou non.
Les employeurs, le milieu scolaire, les institutions publiques ont leurs propres enjeux : par exemple, savoir s’il est permis,
éthique ou profitable de sélectionner des employés potentiels en fonction de l’information disponible sur les réseaux sociaux,
ou gérer des salariés qui passent du temps sur Facebook au lieu de faire leur travail, ou des employés qui insultent des clients
sur Twitter sur leur temps personnel. Filtrer et restreindre l’accès depuis les postes de travail perd son efficacité lorsque chacun
possède un smartphone ou une tablette.
Leschercheursontégalementobservéunecertainepassivitédesutilisateursfaceàlaquestiondelibertéd’expression.Beaucoup
estiment que leurs actions en ligne ne nécessitent pas une protection particulière. Si quelques utilisateurs protestent contre
des changements des termes de services permettant aux plates-formes d’utiliser leurs contenus pour de la publicité, la plupart
considèrent que ces derniers ont le droit de bloquer, supprimer ou utiliser les contenus qui leurs sont soumis.
• Les interactions numériques ne se substituent pas aux interactions physiques
Les interactions sociales s’appuyant sur les terminaux mobiles deviennent courantes. Au Japon, les chercheurs ont même
observé quelques signes d’une baisse des interactions réelles au profit d’interactions virtuelles plus légères, mais pas en Corée
ni en Chine.
L’enquête réalisée lors de l’étude suggère que ces interactions numériques viennent avant tout améliorer et compléter les
interactions physiques sans les remplacer entièrement, beaucoup d’utilisateurs continuant d’imprimer et de partager des
photos physiques.
51« Vague B » - Février 2014
Néanmoins, au Japon, des différences significatives apparaissent entre les tranches d’âge, les plus jeunes étant moins
susceptibles d’imprimer des photos.
Les conséquences dans le monde du travail de cette culture du « toujours connecté », qui augmente les heures de travail et
brouille la frontière entre le travail et la vie personnelle/familiale, constituent une préoccupation.
Méthodologie
Cette étude s’est appuyée sur une approche ethnographique, basée sur des entretiens semi-structurés et sur des sondages.
Une première série d’entretiens a permis d’élaborer des hypothèses. Celles-ci ont ensuite utilisées pour bâtir les questions du
sondage. Initialement, l’étude devait être menée dans trois pays : Chine, Corée et Japon. Le Royaume-Uni a été ajouté en cours
de projet afin de pouvoir comparer les résultats avec ceux d’un pays occidental, puis le sondage a été proposé dans les quatre
pays de l’étude à travers une solution en ligne.
Contexte des trois pays étudiés
En Chine, le taux de pénétration de l’accès Internet était de 38,3% en décembre 2011, mais avec de fortes disparités entre les
villes, où ce taux dépasse les 60 %, et les campagnes où il est inférieur à 30 %. L’accès à Internet et les usages sont régulés afin
de préserver le régime du parti unique. L’écriture et la lecture d’articles sur Wikipedia et Twitter sont par exemple interdits, au
profit de services similaires comme Baidupedia, fourni par le moteur de recherche leader en Chine.
En Corée du Sud, le taux de pénétration de l’accès Internet était de 81 % en 2010. Le pays est encore en situation de guerre
avec la Corée du Nord, et tous les utilisateurs d’Internet doivent de ce fait saisir leur numéro de résident, un identifiant unique
assigné à leur naissance, ainsi que leur vrai nom quand ils s’enregistrent sur presque tous les sites de commerce. La collecte
d’informations personnelles est une obligation légale pour les sites et portails où plus de 100 000 utilisateurs se connectent
chaque jour.
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Quelle transformation numérique à l'horizon 2020 ? - Programme de recherche CIGREF

  • 2. 2 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Le comité scientifique de la fondation cigref Pr. Ahmed Bounfour Université Paris Sud 11 Pr. M. Cavalcanti Federal University of Rio de Janeiro Pr. Rik MAES University of Arkansas Pr. M. Lynne Markus Bentley University Pr. Leif Edvinsson University of Lund Pr. P. Meusburger University of Heidelberg Pr. Pirjo Stahle Finland Futures Research Center Pr. Juinichi Iijima Tokyo Institute of Technology Pr. Ian Miles University of Manchester Jean-Eric Aubert World Bank Institute Dominique Guellec OCDE, Senior Economist Pr. Yves Pigneur Université de Lausanne Pr. Surinder K. Batra Institute of Management Technology Ghaziabad Patrick Fridenson EHESS, Centre de Recherches Historiques Gérald Santucci Cion Européenne DG Société de l’Information Pr. M Beaudouin-Lafon Université Paris Sud 11 Pr. Tom Housel Naval postgraduate School of management Pr. Frantz Rowe Université de Nantes Pr. P-J Benghozi École Polytechnique Pr. Moez Limayem University of Arkansas Pr. Eric Tsui Hong Kong Polytechnic University
  • 3. 3« Vague B » - Février 2014 « Mieux comprendre comment le monde numérique transforme notre vie et nos entreprises » La Fondation CIGREF a lancé en 2010 le déploiement du programme international de recherche, baptisé ISD « Information Systems Dynamics ». Les objectifs de ce programme sont ambitieux : faire appel à la recherche académique pour construire des clés de lecture nous permettant de comprendre l’ailleurs et demain et de répondre aux questionnements des grandes entreprises de la rupture dans les modes de productions portée par le numérique. La finalité est de comprendre les transformations numériques en cours et d’identifier les briques conceptuelles de l’entreprise 2020, de caractériser ses usages numériques, ses espaces de création de valeur, et leur mode de gouvernance. Le design de l’entreprise de 2020 Le programme ISD a retenu le design organisationnel comme perspective conceptuelle centrale, ceci à partir de la prise en compte de cinq dimensions : stratégique, organisationnelle, sociétale, technologique et réglementaire. Ces tendances ont été associées à des lots de recherche, faisant l’objet d’appels à propositions diffusés à l’attention d’équipes de recherche nationales et internationales. Le programme ISD, c’est aujourd’hui 30 projets internationaux portés par une cinquantaine de laboratoires de recherche aux Etats-Unis, en Europe, en Chine et au Japon ; des projets basés sur des études de terrain et portant sur des thématiques stratégiques pour la performance de l’entreprise numérique. Soucieux de porter les résultats de ces projets auprès du plus grand nombre, la valorisation du programme ISD passe par la diffusion numérique et l’animation d’une réflexion collective autour de ses enseignements. Avec la « Collection des Essentiels », la Fondation CIGFREF propose une synthèse de chacun des projets portés par le programme ISD. Cette deuxième édition reprend la dizaine de recherches menées dans le cadre de la Vague B sur les thématiques suivantes : les places de marché de connaissance, la co-création de valeur et l’innovation globalement distribuée, l’usage des médias sociaux en entreprise, les nouveaux enjeux éthiques émergents des systèmes d’information, les espaces entrepreneuriaux et l’IT et bien d’autres encore. Vous souhaitant bonne lecture ! Le mot du Président du CIGREF Les « Essentiels » du programme de recherche ISD de la Fondation CIGREF Pascal Buffard Président du CIGREF Réseau de Grandes Entreprises
  • 4. 4 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Sommaire • Le Comité Scientifique de la Fondation CIGREF • Le mot du Président du CIGREF Avant-Propos Synthèse de la « Vague B » du programme ISD • Les objectifs du programme de recherche • Impact des nouveaux usages sur les valeurs sociétales et éthiques • Les systèmes d’information dans les démarches d’innovation ouverte • Partage de connaissances et co-création de valeur Collection « les Essentiels » « Vague B » • Comment les utilisateurs perçoivent-ils les objets numériques ? • L’innovation globalement distribuée et la co-création de valeur • Identification et gouvernance des enjeux éthiques émergents dans les systèmes d’information • Explorer la conception et les effets des places de marché de connaissances internes • Innover dans une communauté apprenante • Comment les technologies de l’information influencent l’écologie de la connaissance et l’adoption de l’innovation ouverte • Observatoire des systèmes d’information, les individus entrepreneurs • Un programme pour guider et évaluer l’usage des médias sociaux dans l’entreprise • Tester l’hypothèse de la fin de la vie privée dans la communication informatique • La gouvernance de la Fondation CIGREF • Les soutiens de la Fondation CIGREF 2 3 5 7 9 11 24 31 45 47 59 75 97 113 127 139 159 173 183 184
  • 5. 5« Vague B » - Février 2014 Les projets « vague B » du Programme de recherche international ISD ont traité de trois thématiques essentielles à la compréhension de la dynamique des usages numériques, et donc au design de l’entreprise de 2020 : • La dimension sociétale et éthique des usages numériques : la question posée est celle de la façon dont, tant les professionnels que le grand public, considèrent les usages numériques. L’ubiquité du numérique est ici interpellée dans ses différentes dimensions (vie privée, valorisation des données, gouvernance…). •Laquestiondel’innovationetdesesmodalitésd’organisationtant à l’intérieur de l’entreprise qu’à l’extérieur de celle-ci. A l’extérieur, par les pratiques d’innovation ouverte, on voit poindre un potentiel d’innovation théoriquement illimité, à travers la formation d’un marché organisé avec ou sans intermédiaires. Les plateformes jouent ici un rôle central, avec l’émergence de problèmes de contrats, de droits de propriété intellectuelle et d’accélération des processus d’innovation. Al’intérieur,laquestiondel’établissementdesystèmesd’incitation adaptésestégalementposée:l’entreprisedoit-elleêtreconsidérée comme un simple marché de connaissance, où relève-t-elle ontologiquement d’autres mécanismes de gouvernance, au sein desquels l’organicité joue un rôle prééminent ? • La question de l’organisation des flux de connaissance dans des espaces géographiques distribués. Au plan mondial, la connaissance est à la fois mobile, mais également de plus en plus polarisée autour de grands centres et clusters (c’est notamment la vocation de Paris-Saclay en France). Dans ce contexte, organiser les flux de connaissance entre différents pôles ou entre entités géographiquement distribuées est un problème managérial important, notamment pour les grandes entreprises. Dès lors, comment assurer la collaboration entre partenaires géographiquement et culturellement différenciés ? • Le développement de l’entrepreneuriat dans le contexte de l’économie numérique. Il s’agit principalement de l’intrapreneuriat à développer dans le contexte organisationnel des activités des Directions des Systèmes d’Information. Quels sont les fondements de l’entrepreneuriat dans l’économie numérique ? Quels principes directeurs présideront à la mise en place de programmes d’entrepreneuriat internes à la DSI ? Quels modes de gouvernance seront associés ? Sur le premier point, on retiendra spécifiquement la prise de conscience par les professionnels de l’importance de la thématique des usages éthiques numériques dans leurs organisations, mais également la difficulté pour eux de déployer un apprentissage double boucle, autrement dit une remise en cause des fondements des actions/inactions observées. Dans le domaine public, la programme propose une analyse spécifique du contexte de plusieurs pays asiatiques (Chine, Japon, Corée, Taiwan..). Les recherches conduites dans cette partie du monde, mettent en évidence les préoccupations davantage liées à la technicité des usages qu’à la question des usages éthiques. La modélisation effectuée indique par ailleurs que la fin de la vie privée n’est pas une hypothèse à considérer de manière Avant-propos Professeur Ahmed Bounfour
  • 6. 6 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF uniforme et quel que soit le contexte ; les individus tenant à ajuster leurs comportements à la structure de leur réseau social et au comportement des opérateurs. S’agissant des pratiques d’innovation, les recherches menées mettent en évidence l’importance des systèmes d’information dans la conduite de la gestion de la connaissance et le déploiement de pratiques d’innovation ouverte, là encore dans les pays asiatiques. En Chine, par ailleurs, dans le cas de l’industrie pharmaceutique, le développement de pratiques d’innovation est grandement facilité par le déploiement de plateformes numériques collaboratives. Au plan de l’entreprise, des expériences conduites tendent à indiquer que l’entreprise elle-même peut être considérée comme un marché de la connaissance, avec le déploiement de systèmes d’incitation ad hoc. Elles indiquent également la difficulté de mise en place d’actions collaboratives d’innovation, à travers l’usage de wikis, dans un contexte dominé par les systèmes d’incitation individuels. Dans un contexte géographique multicontinental (en l’occurrence entre l’Europe et la Chine), le développement de solutions innovantes se fait par créolisation de la connaissance, le renforcement des compétences des équipes et l’utilisation de méthodes agiles. Enfin les recherches indiquent des modalités de déploiement de l’entrepreneuriat numérique, en particulier en incitant les entreprises, notamment leurs DSI, à déployer des espaces de liberté entrepreneuriale et une gouvernance ad hoc. Si les projets « Vague A » ont été consacrés aux aspects stratégiques et organisationnels des usages numériques, les projets « Vague B » apportent une brique essentielle et complémentaire, en étant centrés sur les évolutions extra muros (à l’entreprise) de l’évolution des usages numériques. La lecture de ces Essentiels fournit un panorama large et articulé des analyses, des cadres méthodologiques, mais également des situations concrètes au plan international, avec une focalisation particulière sur les pratiques sociétales et d’innovation dans l’un des principaux pôles de l’économie-monde : l’Asie. Nous espérons que les développements qui suivent contribueront à l’élargissement de l’horizon de la réflexion et de l’action de nos entreprises, dans un domaine essentiel à leur compétitivité prix et hors-prix : les espaces numériques. Ahmed Bounfour Professeur, Université Paris-Sud, Rapporteur général du programme ISD
  • 7. 7« Vague B » - Février 2014 synthèse de la « vague b » du programme isd (Information Systems Dynamics)
  • 8. 8 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF La Fondation CIGREF, placée sous l’égide de la Fondation Sophia Antipolis, a lancé en 2010 le programme international de recherche ISD (Information Systems Dynamics). Ce programme regroupe une série de projets de recherche qui visent à étudier la dynamique des usages des systèmes d’information au travers de différentes dimensions : stratégique, organisationnelle, sociale et éthique, règlementaire et technologique. Ces travaux permettront, à terme, de dessiner les contours possibles de l’entreprise numérique de 2020. Plusieurs études de la « Vague B » ont été menées dans des pays asiatiques comme la Chine, le Japon, Taïwan et la Corée du Sud, illustrant la vocation internationale et multiculturelle du programme. L’ensemble des synthèses des projets conduits par les équipes de recherche sont disponibles dans la collection « Les Essentiels ».
  • 9. 9« Vague B » - Février 2014 Le programme international de recherche ISD poursuit un triple objectif : • Faire le lien entre le passé et le présent, le temps long de l’histoire qui permet de déceler les grandes tendances et les régularités, et le temps court de la vie de l’entreprise. • Eclairer le futur de la Fonction SI à partir de la base de connaissance ainsi constituée. • Alerter les dirigeants des grandes entreprises, publiques et privées, sur les enjeux stratégiques liés à la grande mutation du passage d’une économie industrielle à une économie de réseaux fondée sur la connaissance et le management de l’immatériel. Le programme s’intéresse en premier lieu aux grandes transformations technologiques, géopolitiques, organisationnelles et sociétales, susceptibles d’influencer les modes d’articulation des activités ainsi que le rôle clé des technologies et systèmes d’information, en tant que médiateurs de réalisation des activités sur le temps long (1970-2020). Lestravauxdela«vagueB»sontprincipalementcentréssurl’innovationouverte,lepartagedeconnaissances et les enjeux éthiques liés aux technologies 2.0, une étude s’intéressant par ailleurs au rôle des individus entrepreneurs en systèmes d’information. Les questions abordées tournent autour de quatre grands domaines : • Comment les nouveaux usages numériques interagissent avec les valeurs sociétales et éthiques ? • Quel rôle joue les systèmes d’information dans les démarches d’innovation ouverte ? • Comment utiliser les outils 2.0 et les pratiques associées dans des perspectives d’innovation, de partage des connaissances et de co-création de valeur ? • De quelle manière encourager les individus entrepreneurs en système d’information, dans et hors des entreprises ? Les objectifs du programme de recherche
  • 10. 10 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF The 9 studies of « Wave B » are also published in English
  • 11. 11« Vague B » - Février 2014 Dans les organisations, les nouvelles technologies permettent un accès bien plus vaste aux ressources et aux personnes. C’est à la fois une opportunité et une source de difficultés potentielles pour les entreprises : mauvaise utilisation, surveillance électronique des collaborateurs, mise à mal de l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle… Lestechnologiesontégalementun impactmassif surlesindividus, qui accèdentàtoujoursplus d’informations etdedistractions par ces biais. La surcharge d’informations n’est que l’un des dangers possibles, tout comme le vol d’identité, le marketing agressif, les virus et autres e-mails frauduleux. Troisétudesontabordélaquestiondesenjeuxéthiquesliésauxévolutionstechnologiquesactuelles.Ellesexplorentnotamment les questions suivantes : • Comment identifier et gouverner les enjeux éthiques émergents en matière de système d’information ? • Le développement des réseaux sociaux conduit-il nécessairement à la fin de la vie privée ? • Quelle perception peuvent avoir des utilisateurs non informaticiens de ces nouveaux médias et comment cela influence leurs pratiques et leurs valeurs ? impact des nouveaux usages sur les valeurs sociétales et éthiques
  • 12. 12 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Identifier les enjeux éthiques émergents dans les systèmes d’information De nombreux enjeux éthiques sont susceptibles de se présenter dans le quotidien des professionnels de l’informatique, tant au niveau des projets que des usages émergents liés aux nouveaux outils. L’étude1 réalisée par Kutoma Wakunuma, Laurence Masclet, Bernd Stahl, Philippe Goujon et Sara Wilford s’est intéressée à la manière dont ces professionnels perçoivent ces enjeux et aux approches permettant d’identifier ces derniers. Un niveau de réflexion faible sur les enjeux éthiques La façon dont les individus déterminent les enjeux éthiques varie considérablement d’une personne à l’autre. Certains estiment que c’est une capacité inhérente aux individus, tandis que, pour d’autres, cela fait partie de leur formation. D’autres encore estiment que ce processus ne fait pas partie de leur rôle et que les règles en place dans l’organisation sont suffisantes pour qu’ils n’aient pas besoin de trop s’en préoccuper. Leschercheursontconstatéglobalementunniveauderéflexionfaibledesprofessionnelsdel’informatiquesurlesconséquences indésirables résultant du développement ou de l’utilisation d’un produit ou service, même quand celles-ci peuvent nuire à des individus ou des organisations. Parfois, lorsqu’un problème est décelé, sa gestion est confiée à une autre personne ou un autre service que ceux qui l’ont identifié, et ceux-ci sont rarement informés de la manière dont l’enjeu a été traité. Ce manque de communication peut conduire à la répétition de comportements problématiques ou de failles dans les systèmes. Il peut aussi générer de la frustration chez les employés. Enfin, les chercheurs pointent la crainte des individus quand il s’agit de signaler un usage problématique par un collègue ou un supérieur hiérarchique. Des principes de gouvernance hétérogènes La gouvernance doit permettre aux organisations de s’assurer que les problèmes et enjeux sont traités rapidement et de manière efficace. 1 Identification and governance of emerging ethical issues in information systems, IDEGOV, De Montfort University.
  • 13. 13« Vague B » - Février 2014 Les principes de gouvernance mis en œuvre dans les organisations étudiés se sont avérés peu clairs, à l’exception de celles soumises à une forte pression réglementaire où la hiérarchie et les processus d’escalade étaient bien définis. L’objectif global de telles règles est d’assurer la conformité avec les réglementations, la sécurité des données et de préserver la réputation de l’organisation. Le traitement des enjeux éthiques est favorisé par l’existence d’une structure adéquate pour les répondants. Concrètement, la mise en œuvre de la gouvernance est souvent liée à la vitesse de déploiement des technologies. Il semble donc qu’un équilibre soit à trouver entre la vitesse de mise en œuvre des technologies et la mise en place de règles et procédures d’usage à la fois robustes et flexibles. Quelles solutions face aux enjeux éthiques ? • Elaborer des codes de conduite A l’échelle des organisations, il est pertinent de disposer d’entités chargées de traiter les enjeux de conformité réglementaire. Néanmoins, les trajectoires d’escalade en cas de problème éthique ne sont pas toujours claires. En outre, ces services doivent veiller à utiliser eux-mêmes des processus éthiques en termes de transparence et de consultation des collaborateurs. • Déployer des solutions techniques Certains enjeux (sécurité, authentification…) peuvent être traités à travers des solutions techniques. Néanmoins, trop d’emphase sur la technologie peut conduire à estimer que les collaborateurs n’ont pas besoin d’être vigilants sur les enjeux éthiques. Les solutions techniques ne doivent pas être la seule façon de traiter ces derniers et les salariés doivent pouvoir signaler des problèmes grâce à d’autres dispositifs. • Privilégier la formation La formation est perçue comme clef pour améliorer la conscience des enjeux éthiques, aussi bien lorsqu’il s’agit de former les utilisateurs que quand il s’agit de la formation des futurs professionnels de l’informatique, et même de manière plus générale l’éducation des enfants et de la société.
  • 14. 14 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF • Consulter les parties prenantes L’une des meilleures façons de formuler des règles et des processus efficaces est la consultation des parties prenantes, d’une part, parce que celles-ci peuvent savoir quel impact aura la technologie sur elles, mais aussi, d’autre part, car elles peuvent fournir des solutions qui n’étaient pas envisagées avant. • Renforcer la conformité aux législations La législation apparaît comme une nécessité à laquelle il faut se conformer. Néanmoins, la conformité aux exigences légales ne doit pas faire perdre de vue les autres enjeux éthiques qui peuvent apparaître. La loi est un élément de motivation important pour inciter les organisations à agir de manière éthique, mais la conformité légale ne suffit pas à garantir la responsabilité sociale. Recommandations de gouvernance Les problèmes principaux dans le traitement de ces enjeux éthiques liés aux technologies sont : une conscience insuffisante des enjeux éthiques, un processus d’établissement des règles faible, un manque de consultation des parties prenantes, un manque d’adhésion du management senior ou des problèmes de communication. Pour pallier ces difficultés, les auteurs ont fourni des recommandations détaillées visant à mieux prendre le contexte en compte, à accroître la réflexivité et l’ouverture, à simplifier les procédures et soulignant la nécessité de montrer les constructions éthiques de l’intérieur. Ils suggèrent également de confronter les individus à leurs propres présupposés et à d’autres points de vue. Enfin, ils conseillent de démarrer la réflexion éthique dès le début des projets, avant que les problèmes n’apparaissent et d’y inclure l’ensemble des parties prenantes.
  • 15. 15« Vague B » - Février 2014 Réseaux sociaux : vers la fin de la vie privée ? La popularité des réseaux sociaux a donné lieu à un débat évoquant la fin de la vie privée, ou du moins son érosion progressive, le partage de contenus se généralisant. Ces nouvelles technologies permettent aux entreprises comme aux Etats une intrusion sans précédent dans la vie privée, mais les individus semblent devenir plus tolérants aux intrusions dans leur vie personnelle, et voudraient parfois même participer à cette intrusion dont ils sont la cible. Cette hypothèse de la fin de la vie privée pourrait avoir un impact considérable sur l’environnement culturel, économique et politique. Elle pourrait inciter les individus à adopter des styles de vie plus transparents, ouvrant la voie à un partage ubiquitaire et participatif, tout comme elle pourrait dériver vers une société « Orwellienne » où la surveillance est constante. Une étude2 réalisée par le Dr. Paola Tubaro, le Dr. Antonio A. Casilli et Yasaman Sarabi a évalué la réalité et les conséquences de cette hypothèse, en examinant le rôle des facteurs relationnels et structurels dans l’évolution des réseaux sociaux en ligne, et l’impact qu’ils peuvent avoir sur la sensibilité des utilisateurs en matière de protection de la vie privée. Quels critères sont susceptibles d’influer sur les attitudes liées à la vie privée ? Il est admis qu’il existe plusieurs générations d’utilisateurs d’Internet, les plus âgés se montrant plus conservateurs en termes de protection de la vie privée. Néanmoins, les plus jeunes ne sont pas si oublieux que cela dans ce domaine, mais montrent des comportements plus variés et complexes. Le statut socio-économique et les compétences liées à l’usage d’Internet influencent également le paramétrage des options liées à la confidentialité. A un niveau plus fin, les stratégies d’auto-présentation doivent être prises en compte. Les utilisateurs laissent des traces et des indices de leur présence et activité en ligne, dans un processus social complexe impliquant la reconnaissance de leur rôle et statut ainsi que l’expression de leurs valeurs et préférences. L’identité numérique se construit à partir de ce qui est déclaré et effectué en ligne. 2 Testing the “End of Privacy” Hypothesis in Computer-mediated Communication: An Agent-based Modelling Approach, (THEOP), University of Greenwich/EHESS
  • 16. 16 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Si l’on considère la création de liens en ligne comme une part de l’effort que les individus font pour construire leur capital social, il faut alors distinguer les liens forts et les liens plus ténus. Les premiers impliquent une proximité émotionnelle avec les personnes avec lesquelles le lien existe, celui-ci étant source de soutien, tandis que dans les seconds ces personnes s’apparentent à des « connaissances » et les liens sont davantage des sources d’information. En un sens, la vie privée peut être vue comme un « coût » dans la création du capital social. Une vision relationnelle de la vie privée, envisagée comme une négociation Dans le contexte des interactions en ligne, la notion de vie privée est plus complexe que l’identification d’un ensemble de données sensibles à protéger. Dans un réseau caractérisé par des interactions multiples, fréquentes et hétérogènes, une perspective relationnelle et multidimensionnelle semble plus appropriée. La notion de vie privée s’inscrit alors dans un processus dynamique dans lequel les individus envoient de signaux à leur environnement et celui-ci leur renvoie un feedback. Les processus de sélection et d’influence entrent également en compte, la sélection définissant avec qui les contenus sont partagés et l’influence ce qui est partagé. Chaque interaction implique alors un processus dynamique d’évaluation, de catégorisation et d’adaptation des contenus que les individus souhaitent partager avec leurs contacts. Cette perspective suggère un glissement de la notion de protection de la vie privée : alors qu’auparavant la vie privée était vue comme quelque chose de pénétrable, elle devient quelque chose de négociable. La simulation numérique pour tester ces hypothèses Les chercheurs ont conçu et utilisé un modèle informatique capable de simuler la formation et l’évolution de réseaux sociaux en ligne afin de tester différentes hypothèses sur les attitudes liées à la vie privée. En se basant sur les résultats obtenus, ils estiment que la structure du réseau est un élément important pour comprendre les choix en matière de protection de la vie privée. Les facteurs structurels et relationnels semblent avoir plus d’impact que les attributs individuels, les attitudes culturelles et l’ouverture à la diversité. Ces éléments déterminent dans quelle mesure l’homophilie tend à séparer les individus en communautés isolées ou à les rassembler en unifiant leurs préférences culturelles.
  • 17. 17« Vague B » - Février 2014 La seconde conclusion est que les médias sociaux ne signifient pas obligatoirement la fin de la vie privée. C’est lorsque la connectivité est étendue au maximum et le partage de contenus le plus ouvert qu’une majorité d’agents activent leurs paramètres de confidentialité. Troisième constat, les choix des utilisateurs en matière de protection de la vie privée finissent toujours par ressurgir, des interventions extérieures sur les paramètres de confidentialité contribuant d’ailleurs à attirer l’attention sur ceux-ci. Même les utilisateurs acceptant un certain niveau d’ouverture de leurs données peuvent réagir fortement si des changements dans les termes d’utilisation d’un service les placent dans une position inconfortable ou leur demandent un effort trop important. Par-dessus tout, ces résultats incitent à accorder plus d’attention aux attitudes et aux réactions des utilisateurs. Les législateurs doivent envisager des moyens de fournir à ces derniers un degré satisfaisant de protection, notamment pour les individus préoccupés par ces enjeux mais qui ne sont pas en mesure d’ajuster leurs paramètres faute d’expérience ou de compétences adéquates. Comment les utilisateurs non informaticiens perçoivent-ils les objets numériques en Asie de l’Est? L’étude réalisée par le Professeur Andrew A. Adams et le Professeur Kiyoshi Murata, de l’Université Meiji3 aborde les enjeux éthiques dans le cadre des pratiques d’utilisateurs non experts de l’informatique. Les chercheurs s’interrogent notamment sur la manière dont ces utilisateurs perçoivent les objets numériques (images, vidéos, jeux, programmes, pages Wikipedia…). Cette étude a été effectuée dans trois pays d’Asie de l’Est : la Chine, le Japon et la Corée. Ce projet a été conçu afin d’explorer les pratiques émergentes d’utilisateurs non experts de l’informatique face aux objets numériques. L’idée sous-jacente est que ces utilisateurs ne pensent pas en termes de programmes exécutables, fichiers de données et autres concepts familiers des informaticiens, mais qu’ils conceptualisent les données sous la forme d’objets numériques intangibles : des éléments immatériels qui peuvent être copiés sans dégradation, compressés et transférés sur les réseaux. 3 An East Asian perspective on the developing ethical and social values of digital object usage, (DESVALDO), Meiji University
  • 18. 18 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Dans ce contexte, les chercheurs se sont intéressés aux questions de liberté et de contrôle impliquant les objets numériques, les terminaux physiques utilisés pour y accéder et les réseaux auxquels ils sont connectés (physiques, comme les réseaux de téléphonie mobile, Internet ou les réseaux d’entreprise ; ou numériques comme Facebook, Google ou les systèmes d’espionnage gouvernementaux). Ces objets englobent en effet les déplacements, les croyances, les intentions, les ressources et les relations des utilisateurs. Leur contrôle, qu’il soit confié à des tiers ou effectué par les utilisateurs eux-mêmes, est la base fondamentale de l’Age de l’Information. Vie privée, partage et hyper-connectivité Avec les appareils photos numériques et Internet, non seulement photos et vidéos peuvent être prises partout mais elles peuvent être transférées sur le réseau, partagées avec tout le monde et automatiquement marquées avec l’identité des personnes. La connectivité devient la norme plus que l’exception pour les utilisateurs des réseaux sociaux dans les différents pays étudiés. De manière similaire, le partage d’informations personnelles survient dans toutes les tranches d’âge et tous les pays étudiés. Néanmoins, les plus jeunes mettent moins de restrictions sur leurs données personnelles. Cette transparence accrue peut être au service de la démocratie tout comme elle peut être un outil supplémentaire d’oppression. Les individus eux-mêmes sont souvent complices de leur propre surveillance en fournissant les moyens et les contenus permettant de les suivre à la trace. Copyright, partage, propriété et accès L’essor de la production et de la distribution numérique a changé la donne dans le domaine culturel. Depuis l’émergence d’Internet, les approches basées sur un copyright fort ont souvent été critiquées. Certains auteurs ont même estimé qu’un modèle économique basé sur la contrainte et l’aspect physique des systèmes de distribution antérieurs avait plus de chances de mener à un crash de l’économie créative plutôt qu’à une évolution en douceur vers un nouveau modèle économique stable.
  • 19. 19« Vague B » - Février 2014 Pour certains chercheurs, le caractère amateur et la qualité souvent médiocre de l’information et des contenus disponibles sur Internet entraînent néanmoins un retour en arrière par rapport aux efforts réalisés au XXème siècle sur la qualité des productions. Les utilisateurs sont conscients des problèmes économiques que cette évolution pose pour les fournisseurs d’information. Néanmoins, ils sont davantage préoccupés par la facilité d’usage et la transparence des prix que par l’argument du secteur culturel selon lequel les artistes risquent de s’appauvrir. Liberté et contrôle de l’expression Les Etats ont l’avantage de ne pas être trop contraints par des facteurs économiques dans leur usage de la surveillance de masse. Néanmoins, l’expertise de certains acteurs privés dans la collecte et l’analyse de données personnelles ne leur a pas échappé, et ils les sollicitent souvent pour leurs objectifs. Les employeurs, le milieu scolaire, les institutions publiques ont leurs propres enjeux : par exemple savoir s’il est permis, éthique ou profitable de sélectionner des employés potentiels en fonction de l’information disponible sur les réseaux sociaux, gérer des salariés qui passent du temps sur Facebook au lieu de faire leur travail, ou savoir comment réagir si des employés insultent des clients sur Twitter sur leur temps personnel. Filtrer et restreindre l’accès depuis les postes de travail perd son efficacité quand chacun possède un smartphone ou une tablette. Les chercheurs ont également observé une certaine passivité des utilisateurs face à la question de liberté d’expression. Beaucoup estiment que leurs actions en ligne ne nécessitent pas de protection particulière. Si quelques utilisateurs protestent contre des changements des termes de services permettant aux plates-formes d’utiliser leurs contenus pour de la publicité, la plupart considèrent que ces derniers ont le droit de bloquer, supprimer ou utiliser les contenus qui leurs sont soumis. Toujours connecté Les interactions sociales s’appuyant sur les terminaux mobiles deviennent courantes. Actuellement, ces interactions numériques viennent avant tout améliorer et compléter les interactions physiques sans les remplacer entièrement, beaucoup d’utilisateurs continuant d’imprimer et de partager des photos physiques.
  • 20. 20 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Néanmoins au Japon, des différences significatives apparaissent entre les tranches d’âge, les plus jeunes étant moins susceptibles d’imprimer des photos. Les conséquences dans le monde du travail de cette culture du « toujours connecté », qui augmente les heures de travail et abaisse la frontière entre le travail et la vie personnelle, sont une préoccupation. Recommandations pour les organisations • Infrastructures L’émergence des smartphones, tablettes et des réseaux omniprésents marque une rupture avec les infrastructures stables des entreprises. Les politiques de remplacement des matériels consistant à attendre que les équipements soient complètement dépréciés ou qu’ils ne puissent absolument plus fournir le service requis donnent aux salariés l’impression que leur entreprise est coincée dans le passé. Par ailleurs, plusieurs personnes possèdent à la fois des terminaux personnels et professionnels, et cela peut s’avérer encombrant de transporter sans cesse des appareils en double. Parmi les réponses possibles figure l’utilisation de téléphones avec plusieurs cartes SIM, encore rare, ou le fait de permettre un usage personnel des terminaux professionnels, solution qui requiert néanmoins une surveillance importante en raison des enjeux de sécurité et de protection de la vie privée associés. Confier ce rôle à une tierce partie de confiance pourrait permettre aux employeurs de se décharger de ces préoccupations. Enfin, il faut également avoir en tête l’impact de ces évolutions sur la productivité des employés. En effet, les politiques de contrôle et le blocage de sites ne sont plus la panacée quand les salariés disposent de leur propre accès au réseau à travers leur terminal personnel. • Praticité d’utilisation Les individus effectuent des choix en tenant compte de différents facteurs qui influencent leur comportement, notamment la praticité d’utilisation (effort ou temps demandé), les considérations financières et le sentiment de justice. Face aux questions de copyright, les chercheurs ont constaté que la praticité des différentes options était un facteur particulièrement déterminant.
  • 21. 21« Vague B » - Février 2014 Internet est riche d’information sans coût financier direct et beaucoup de gens lisent et valorisent cette information librement accessible. L’idée de payer ou d’être payé pour accéder à l’information rencontre de ce fait des limites. En revanche, nombre de personnes acceptent mieux l’idée de payer pour la praticité, soit financièrement soit avec leurs données personnelles. • Copyright Le sentiment général est que les lois sur le copyright sont trop compliquées et trop rigides pour s’adapter à l’âge numérique. Les utilisateurs ont du mal à identifier ce qui est permis ou pas, et les services légaux (pour lutter contre le piratage) quand ils existent sont peu attractifs du fait de catalogues inadaptés ou de tarifs trop élevés. Pour les entreprises dont le modèle économique dépend du nombre de personnes payant pour des contenus protégés, faciliter l’accès aux objets numériques à travers des canaux clairement identifiés comme légitimes et à des prix modestes a bien plus de chance de convaincre les consommateurs que d’autres stratégies. Pour les organisations dont les collaborateurs ont peu conscience de la valeur de leur propre travail intellectuel, des formations adaptées peuvent les aider à éviter les attitudes trop légères face aux enjeux de sécurité ou la dissémination volontaire d’informations de valeur. • Réseaux Les réseaux tant techniques que sociaux sont porteurs de changements importants, que les organisations doivent prendre en compte. Du côté des employés, ces réseaux peuvent présenter des risques : atteinte à la réputation de l’employeur, dissémination d’informations sensibles, baisse de la performance professionnelle… Les pratiques managériales et les réglementations internes doivent en tenir compte et le personnel doit y être formé. Du côté des clients, les services d’information et d’interaction avec l’organisation doivent être accessibles, faciles à utiliser et à jour. Il faut notamment veiller à la stratégie mobile : les entreprises s’adressant à une clientèle jeune doivent plus particulièrement être présentes sur de nombreuses plates-formes (réseaux sociaux, Twitter, applications mobiles, etc.).
  • 22. 22 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF • Vie privée Pour beaucoup d’individus, la vie privée est une valeur dont ils ne prennent conscience que quand il lui est porté atteinte. Afin d’accroître leurs bénéfices, les entreprises peuvent être tentées d’accorder peu d’attention à la protection de la vie privée de leurs clients à court terme, mais à long terme cela peut avoir des conséquences irréparables sur leur réputation. Celles qui fournissent des services impliquant des enjeux de vie privée doivent faciliter l’accès de leurs utilisateurs aux paramètres permettant de la préserver. • Objets numériques La jeune génération, habituée aux objets numériques, perçoit de moins en moins la valeur associée aux supports physiques. Néanmoins, dans certains cas, les données sont encore perçues comme des objets physiques à la disponibilité limitée, notamment en cas de perte ou d’accès impossible. Les acteurs de l’économie numérique doivent garder cet aspect en tête pour mieux comprendre les attentes et les réactions possibles des employés et des clients face à ces objets numériques. Ces attentes peuvent énormément varier selon le type de relation et le type de données concernées, aussi la réflexion doit se faire au cas par cas. L’entreprise 2020 et l’éthique De plus en plus, la Société attend des organisations qu’elles adoptent un comportement éthique, aussi bien dans leurs activités que dans la manière dont elles utilisent les technologies, que ce soit pour leurs clients, leurs utilisateurs, leurs salariés ou pour les régulateurs. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer le système d’information pour augmenter l’efficacité des métiers, mais de prendre en compte son impact sur la vie quotidienne des individus. Pour l’entreprise 2020, cela signifie que la responsabilité sociale ne sera plus perçue comme un coût ni comme une obligation légale. De plus, les enjeux éthiques changent : outre les questions habituelles de sécurité ou de protection de la vie privée, ils vont inclure des notions comme la confiance, l’exclusion sociale, la surveillance, la liberté, la fiabilité, les pertes d’emploi ou le contrôle.
  • 23. 23« Vague B » - Février 2014 L’innovation et l’adoption de nouvelles technologies ne seront plus tournées vers le seul intérêt de l’entreprise, et vont passer par des processus plus ouverts, incluant les clients et les utilisateurs finaux. Demanièreplusgénérale,lesdifférencesd’attitudesetd’usagesconstatéesvontseheurterauxréglementationsdesentreprises. La tendance croissante du BYOD (Bring Your Own Device), ou l’usage sur le lieu de travail de terminaux personnels, risque notamment de créer des problèmes. L’étude DESVALDO a par ailleurs révélé un manque de compréhension global du potentiel des objets numériques, qui peuvent être accédés, copiés, modifiés, capturés à la fois par les destinataires souhaités et par d’autres. L’entreprise 2020 devra avoir des managers comprenant les différentes attitudes existant face à ces objets numériques et aux terminaux qui permettent d’y accéder. En matière de sécurité notamment, ni les utilisateurs ni les clients ne sont l’ennemi. Les entreprises de 2020 seront confrontées à des tensions en matière d’éthique de l’information : - La surveillance sur le lieu de travail pourra découvrir des faits répréhensibles, mais les employés ont des attentes et des droits au respect de leur vie privée, et le respect de ceux-ci peut améliorer leur productivité. - Le BYOD crée des risques sur la sécurité, mais les utilisateurs sont plus familiers de ces terminaux et donc potentiellement plus productifs. - Travailler de chez soi ou lors de ses déplacements peut fournir une plus grande flexibilité pour l’employeur comme pour l’employé, mais la pression constante liée au fait d’être « toujours connecté » peut saper la productivité sur le long terme. - De bonnes relations entre les employés et les clients dépendent souvent de processus de communication informels, qui renforcent la confiance, mais un message inapproprié d’un collaborateur peut ruiner des années de travail passées à bâtir la réputation d’une entreprise. - Les travailleurs de la connaissance sont la source de nombreux revenus et profits dans l’économie de la connaissance, mais ils peuvent sous-estimer leurs propres contributions à des travaux plus larges, et de ce fait être peu soucieux de la sécurité, de la propriété et des droits.
  • 24. 24 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Les technologies de l’information et les communautés virtuelles ont changé la manière de gérer les connaissances et de créer de l’innovation. Dans ce contexte, deux études ont examiné le rôle des systèmes d’information dans les démarches d’innovation ouverte, abordant les questions suivantes : • Comment les technologies de l’information influencent l’écologie de la connaissance et l’adoption de l’innovation ouverte ? • Comment innover dans une communauté apprenante ? Les technologies de l’information, levier pour la gestion des connaissances et la performance des entreprises L’étude4 menée par le professeur Ting-Peng Liang, le Dr. Deng-Neng Chen, le Dr. Lihua Huang et le Dr. L.G. Pee s’intéresse au rôle des technologies de l’information dans le cadre des démarches d’innovation ouverte, et à l’influence de ce type de démarche sur la performance des organisations. Plusieurs travaux antérieurs ont en effet montré que la gestion des connaissances pouvait améliorer la créativité, et que celle-ci pouvait à son tour améliorer la performance d’une organisation mais aussi son agilité. Les systèmes d’information dans les démarches d’innovation ouverte 4 How Information Technologies Affect the Knowledge Ecology and Their Adoption of Open Innovation: A Multinational Study, (Knowledge Ecology and Open Innovation Adoption), National University of Sun Yat-sen.
  • 25. 25« Vague B » - Février 2014 L’innovation ouverte, un levier privilégié du partage de connaissances L’évolution de la connaissance constitue un facteur important dans l’adoption de l’innovation ouverte. Cette évolution peut résulter de pressions internes comme externes. Dans le cas d’une évolution provoquée par des facteurs internes, les chercheurs parlent de stratégies de mutation des connaissances. Les nouvelles connaissances sont créées à partir des connaissances existantes, les changements provenant de forces internes comme les services de R&D. Dans le cas d’une évolution déclenchée par des facteurs externes, les chercheurs parlent de stratégies de croisement des connaissances. Il s’agit alors d’acquérir des connaissances externes (expertise d’un consultant, achat d’un brevet…) et de les assimiler aux connaissances existantes. L’innovation ouverte inclut l’innovation issue des utilisateurs, l’innovation cumulative, l’échange de savoir-faire, l’innovation de masse et l’innovation distribuée. Cette idée s’inscrit dans un contexte où le lien entre une entreprise et son environnement est devenu plus perméable, et les innovations peuvent plus facilement être transférées de l’extérieur vers l’intérieur, et réciproquement. De la même façon, elle suppose que dans un monde où la connaissance est largement distribuée, une entreprise ne peut plus se reposer uniquement sur sa propre recherche. Cette idée est renforcée par les tendances récentes autour des réseaux sociaux et du « savoir des foules ». Internet permet d’accéder à des sources de connaissances virtuellement illimitées pour la conception des produits, la R&D, les services aux clients et bien d’autres aspects. Le rôle positif des technologies de l’information Les technologies de l’information renforcent à la fois l’intensité et la diversité des connaissances. Dans des travaux précédents, les auteurs ont mis en évidence qu’une augmentation en intensité des connaissances améliorait la performance moyenne des entreprises, tandis qu’une hausse de la diversité des savoirs réduisait les écarts de performance.
  • 26. 26 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF A partir de plusieurs études de cas, les chercheurs ont constaté que : - les capacités du système d’information avaient un effet positif sur la gestion des connaissances, tant sur le plan de la diversité que des interactions et de la collaboration ; - les organisations avec un haut niveau d’interactions et de collaboration sont plus avancées dans la mise en œuvre de démarches d’innovations ouvertes ; - cet effet est plus fort sur l’innovation ouverte entrante que sortante ; - le niveau d’innovation ouverte influence positivement la performance et que cette influence est trois fois plus forte dans le cas d’une innovation ouverte entrante que sortante. Utiliser le système d’information pour créer une communauté d’innovation ouverte L’étude menée par les chercheurs Kai Reimers, Xunhua Guo, Mingzhi Li et Bin Xie s’intéresse à la manière dont les entreprises développent ensemble des infrastructures d’information ouvertes au sein de « communautés apprenantes », en examinant notamment quels peuvent être les usages et les effets des technologies de l’information à l’échelle d’un secteur économique entier. Pour cela, les chercheurs se sont appuyés sur une étude de cas, celle du secteur de la distribution pharmaceutique en Chine qui a développé des plates-formes d’échange électroniques entre 2004 et 2012, et sur une communauté apprenante regroupant différents acteurs de ce même secteur. Le développement du secteur de la distribution pharmaceutique en Chine Durant les années 1980, le système de distribution chinois s’est développé de manière très fragmentée, avec plus de 16 000 sociétés de distribution pharmaceutique. Au début des années 2000, les difficultés du secteur de la santé et la situation chaotique de la chaîne de distribution pharmaceutique ont conduit le gouvernement chinois à centraliser l’approvisionnement en médicaments, tout en laissant une certaine flexibilité aux régions qui se sont basées sur des systèmes d’appel d’offres électroniques tiers. Plusieurs réglementations ont alors été mises en place. Néanmoins, ce système a rapidement montré ses limites.
  • 27. 27« Vague B » - Février 2014 En novembre 2010, le Conseil d’Etat chinois a publié un ensemble de recommandations pour les mécanismes d’approvisionnement en médicaments, marquant l’abandon des plates-formes électroniques intermédiaires. Désormais, les places de marché électroniques sont gérées uniquement par les provinces, et elles fonctionnent comme des organisations à but non lucratif, financées par le gouvernement. Les fabricants de médicaments et les institutions médicales n’ont plus de frais à payer. Les médicaments faisant l’objet d’une forte demande sont commandés directement aux laboratoires, tandis que les autres demandes sont regroupées et transmises aux distributeurs. Enseignements de l’étude de cas Les chercheurs ont établi cinq constats à la suite de leurs travaux : 1. Alors que le secteur gagne en maturité et que les entreprises intègrent les systèmes en interne, les partenariats verticaux deviennent plus coopératifs et incluent le développement de connections entre systèmes d’information. 2. Alors que le secteur gagne en maturité et que les entreprises intègrent les systèmes en interne, celles-ci s’engagent indirectement dans une coopération horizontale, facilitée par des tierces parties. Dans le cas étudié, ce sont les hôpitaux qui ont poussé les distributeurs à travailler ensemble sur des plates-formes électroniques ouvertes, pour éviter la multiplication des systèmes. 3. Les actions du gouvernement pour établir une plate-forme d’échange électronique gênent le développement de liaisons de système à système. Les acteurs utilisent en effet cette plate-forme au côté de systèmes B2B développés de manière privée et doivent maintenir les deux. En outre certains distributeurs qui développaient des plates-formes ouvertes ont abandonné quand le gouvernement a lancé sa propre initiative. 4. En revanche, les actions du gouvernement pour consolider le secteur ont aidé à développer des plates-formes d’échange interentreprises privées et ont marginalisé les plates-formes de e-commerce mandatées par le gouvernement. La consolidation a incité les entreprises à adopter des plates-formes B2B pour accroître l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement, mais elles sont réticentes à utiliser les outils du gouvernement dans leurs processus métiers.
  • 28. 28 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF 5. L’implication du gouvernement dans l’établissement de standards a empêché le secteur de développer des standards de e-commerce. Les entreprises avaient besoin de codes produits standardisés pour faciliter les échanges, mais elles ont attendu que le gouvernement s’en charge, or le morcellement des organismes publics a rendu la tâche trop complexe. Ces résultats ont conduit les chercheurs à énoncer trois hypothèses : 1. Le développement d’une infrastructure d’information est un phénomène qui s’effectue sur plusieurs niveaux. Dans le cas observé, l’émergence s’est fait de manière graduelle, tant pour les entreprises que pour le secteur. 2. Le développement d’une infrastructure d’information implique une coopération entre concurrents (coopétition), dont la forme concrète est déterminée par des facteurs institutionnels. En Chine, le principal mécanisme entrant en jeu dans ces projets était l’attente de réciprocité de la part des concurrents, tandis que dans les pays de l’Ouest c’est plutôt une conscience commune des besoins du secteur. 3. Les discussions sur les voies possibles pour l’action collective nécessitent des espaces dédiés qui permettent un échange ouvert, libéré des pressions concurrentielles. Les chercheurs ont constaté que la communauté apprenante était la seule opportunité d’avoir des échanges ouverts entre les différents acteurs de l’industrie, en particulier les concurrents. Une analyse des comportements des entreprises • Comment les entreprises développent ensemble des infrastructures d’information ouvertes ? Les chercheurs ont observé trois mécanismes entrant en jeu dans le cas étudié : des relations à caractère social entre les différentsacteursdelachaîned’approvisionnement,l’interventiondetiercesparties(leshôpitaux)etdesattentesderéciprocité (les distributeurs facilitant la connectivité à leurs plates-formes en attendant que leurs concurrents en fassent de même). • Qu’est-ce qui motive les entreprises à s’engager dans de tels projets ? Ces conditions interviennent au niveau du secteur. La consolidation de celui-ci a changé la nature de la chaîne d’approvisionnement et des relations concurrentielles. Les plates-formes B2B n’ont plus été considérées comme un champ de bataille mais comme une nécessité, ce changement allant de pair avec une évolution du modèle économique : de simples revendeurs, les distributeurs sont devenus des fournisseurs de services offrant également du conseil et des prestations de développement informatique.
  • 29. 29« Vague B » - Février 2014 • Comment les entreprises préservent-elles des domaines d’innovations propriétaires dans ce contexte ? Les entreprises étudiées n’ont pas cherché à séparer de manière claire les domaines d’innovations propriétaires des domaines adaptés à l’innovation ouverte. La transition s’est effectuée de manière fluide avec le changement de modèle économique. Les plates-formes B2B construites par les distributeurs ont ainsi été mises à disposition des hôpitaux de manière gratuite, les entreprises ne s’appuyant pas sur des innovations propriétaires pour bâtir un avantage compétitif, mais plutôt sur une innovation continue. • Comment les entreprises coordonnent le développement d’infrastructures innovantes ? Le processus de développement était souvent initié par les tierces parties, qui intervenaient également dans la coordination des efforts. La mise en œuvre était facilitée par les relations sociales et l’attente de réciprocité. • Comment les processus et les pratiques des entreprises ont facilité ou entravé ces efforts collectifs ? Le principal frein observé est la maturité technologique des entreprises. • Est-ce que ces projets d’infrastructures collectives donnent naissance à des pratiques sectorielles spécifiques ? En dehors de la communauté apprenante, qui a révélé un réel intérêt pour améliorer la santé du secteur et une volonté de partager des idées, les chercheurs n’ont pas observé d’autres pratiques à l’échelle du secteur. Les implications managériales : maîtriser les technologies et coopérer En se basant sur leurs travaux, les chercheurs suggèrent trois caractéristiques pour l’entreprise 2020 : - Celle-ci maîtrise les technologies de l’ère du réseau à la perfection et peut donc aisément se connecter aux systèmes d’information de ses partenaires. - Elle est capable de coopérer facilement avec des acteurs externes, y compris des concurrents. - Elle guide le secteur dans le développement de pratiques sectorielles.
  • 30. 30 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Les chercheurs souhaitent également attirer l’attention sur deux points : Tout d’abord, dans une industrie émergente, les infrastructures d’information peuvent se développer rapidement, avec peu de signes avant-coureurs. Les compagnies internationales doivent prêter attention à ceux-ci afin de trouver des opportunités de s’engager activement dans leur développement. Ensuite, les pratiques existantes d’un secteur peuvent apparaître bien plus résilientes qu’on ne l’imagine. Il faut comprendre leur origine historique avant de chercher à les changer. Par conséquent, les entreprises ne doivent pas chercher à imposer des processus qui semblent bien conçus pour ces pratiques, mais plutôt créer des lieux d’échange pour réfléchir sur celles-ci et ouvrir la possibilité d’un changement.
  • 31. 31« Vague B » - Février 2014 Plusieurs grandes entreprises ont pris conscience que beaucoup restait à faire pour favoriser la créativité collective de leurs collaborateurs et améliorer l’accès à une base commune de connaissances. Dans cette optique, trois études se sont penchées sur les moyens de mettre en œuvre un partage de connaissance favorisant l’innovation, aussi bien au sein des entreprises que dans le cadre de collaborations entre différentes entités géographiquement distantes. Une première étude a ainsi examiné différents cas d’usage de ces places de marché de la connaissance, tandis qu’une autre avait pour objectif de fournir un guide et des bonnes pratiques pour utiliser des médias sociaux tels les wikis de manière à permettre un partage des connaissances effectif. Enfin, la dernière étude relative à cette thématique examine le cas d’une collaboration interentreprises. Explorer la conception et les effets des places de marché de connaissances internes Les grandes entreprises disposent d’une information très riche et de nombreux talents, mais elles ont souvent des difficultés pour y accéder. Plus l’organisation est large et segmentée, plus il est difficile d’identifier les personnes à même de résoudre un problème. La gestion de flux d’information horizontaux et verticaux, entre spécialités, régions ou pays différents s’avère particulièrement complexe, et les référentiels centralisés n’y sont pas bien adaptés. Les places de marché proposent une approche décentralisée plus à même de répondre à ces problématiques. Ces marchés de la connaissance permettent de mettre en relation ceux qui cherchent une connaissance avec les sources d’information, mais aussi de générer, combiner et classer des idées, voire de développer, de nouveaux produits et services. Ils facilitent la réutilisation de l’information existante, la création d’information et l’usage efficace des sources d’information, notamment du temps des experts. Partage de connaissances et co-création de valeur
  • 32. 32 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Dans ce projet6 , les chercheurs Hind Benbya, Tanya Menon, Nassim Belbaly et Marshall Van Alstyne ont étudié l’utilisation des mécanismes de marché pour soutenir l’innovation et le partage de connaissances au sein des entreprises. Ils ont exploré la manière dont les entreprises peuvent concevoir des places de marché de connaissances, puis ont regardé quels étaient leurs effets. Le marché aux idées d’Allianz L’assureur Allianz UK a mis en place une place de marché d’idées pour encourager tous ses employés à proposer et à mettre en œuvre des idées. Assez vite, l’équipe chargée de l’innovation s’est aperçue que la valeur provenait surtout de la quantité d’idées émergeant de la base de l’organisation. Néanmoins, les idées qui se présentaient n’étaient pas toujours pertinentes et leur nombre demeurait insuffisant. L’équipe a alors centré la démarche sur l’amélioration continue des processus, afin de cibler les problèmes et les priorités des travailleurs. La génération d’idées est ainsi passée d’une notion floue à une activité à visée pratique, et le volume et la pertinence des idées se sont accrus. On peut tirer plusieurs enseignements de cette expérience : • Générer un grand nombre d’idées rend le nombre visible à tous. • Au début, il ne faut pas cibler les idées en fonction de leur valeur financière. • Il faut récompenser les participants pour leurs efforts, mais sans privilégier les récompenses matérielles. • L’innovation doit être mesurée avec des indicateurs aussi bien quantitatifs que qualitatifs. 6 Internal Knowledge markets Effects (IKME), Groupe Sup de Co Montpellier Business School.
  • 33. 33« Vague B » - Février 2014 Le marché de connaissances de SAP L’éditeur de logiciels SAP a mis en place une place de marché de connaissances pour soutenir l’ensemble de ses développeurs en entreprise et les aider à consulter leurs pairs. Pour motiver les contributeurs, SAP a basé les échanges sur un système de points fixes, dans lesquels les membres qui lancent des sujets peuvent attribuer des points aux réponses qui les aident le plus. On peut en tirer plusieurs enseignements : • Utiliser des incitations matérielles et sociales, mais en laissant les prix fluctuer selon la qualité des contributions. • Encourager la coopération. Il est souhaitable de combiner des systèmes de récompenses qui favorisent la compétition avec d’autres favorisant la coopération. • Se méfier des manipulations. Des mécanismes de régulation sont nécessaires pour éviter que des participants ne trichent. Le système de récompenses : pourquoi pas une monnaie virtuelle ? Il faut un support d’échange pour que les participants puissent échanger de la valeur sur un marché. Dans ce but les entreprises ont introduit des monnaies virtuelles. Celles-ci offrent plusieurs avantages par rapport à un système de notation : • Elles ne sont pas liées et sont donc transférables. • Elles encouragent chacun à faire le meilleur usage de son temps, en se concentrant sur ce qui est le plus important. Un problème critique valant 5 000 points recevra ainsi plus d’attention qu’une question à 5 points. Ces monnaies doivent permettre aux prix de fluctuer pour privilégier la qualité au volume des contributions. Il faut également qu’elles circulent pour éviter l’inflation ou la déflation. Les mécanismes de gouvernance : la DSI dans le rôle d’une banque centrale L’introduction d’une place de marché nécessite de nouvelles formes de gouvernance et de nouveaux rôles. La DSI ne peut plus agir comme un planificateur, mais doit endosser un rôle de banque centrale, fournissant une certaine liquidité quand les participants ne parviennent pas à échanger et gérant l’économie interne de manière à favoriser une croissance optimale.
  • 34. 34 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Quelles implications pratiques ? Les systèmes d’information de partage de la connaissance ne peuvent être vus comme des systèmes purement informatiques, car ils sont aussi des systèmes relationnels. Les chercheurs suggèrent de récompenser les participants de tels systèmes autrement que financièrement. Un système de monnaie virtuelle permet notamment de qualifier leur réputation et de rendre visible dans l’organisation ceux qui aident. Néanmoins, tout système de classement peut créer une dynamique compétitive. Celle-ci peut avoir des implications positives pour motiver les participants, mais il faut la contrôler pour en éviter les effets pernicieux. Il faut donc privilégier un système permettant de prendre en compte la qualité des contributions tout autant que leur qualité, par le biais d’évaluations de la communauté. De la même façon, le contrôle ne doit pas être centralisé mais « crowd-sourcé », à partir de la communauté elle-même. Enfin, concernant l’anonymat, les auteurs suggèrent de ne pas en faire la norme, mais de le réserver aux circonstances dans lesquelles les décideurs recherchent un feedback honnête. Pour les entreprises, si l’anonymat risque de favoriser des comportements non éthiques, il apparaît aussi comme un facteur facilitant le passage à de nouvelles normes sociales. Projet SMI : un programme pour guider et évaluer l’usage des médias sociaux dans l’entreprise Les entreprises utilisent avec succès les médias sociaux pour atteindre de multiples objectifs : analyse de la concurrence, meilleure identification et diffusion de l’information, résolution de problèmes… Ces usages montrent que les processus quotidiens et le partage de connaissances peuvent être enrichis avec des outils qui améliorent également la communication et l’efficience.
  • 35. 35« Vague B » - Février 2014 Danscecontexte,leprogramme7 menépardeschercheursdel’universitédeCalifornieduSudavaitpourobjectifdedégagerdes bonnes pratiques et de proposer des recommandations pour une utilisation professionnelle des médias sociaux, notamment ceux centrés sur la collaboration comme les wikis. Les chercheurs souhaitent aider les entreprises à optimiser l’usage de ces outils afin d’encourager l’innovation collaborative et le partage de connaissances. Un constat : une faible réutilisation des contenus Si l’accessibilité à cette information peut améliorer les processus organisationnels, la faible réutilisation de l’information présente dans les systèmes de partage des connaissances demeure un problème. Pour les chercheurs, cette faible réutilisation s’expliquerait notamment par un travail d’intégration et de recombinaison de l’information peu effectué par les contributeurs. Des wikis pour mieux partager la connaissance ? Contrairement à d’autres technologies de gestion des connaissances, les wikis permettent une publication collaborative sur un même site Web. L’ordonnancement de l’information et de la connaissance suit la logique du document plutôt que l’ordre chronologique. Les contributeurs peuvent modifier leur contenu et celui publié par d’autres, les changements sont possibles en permanence et l’historique des modifications est visible de tous. Les auteurs de chaque changement sont identifiables. Ces caractéristiques fournissent des possibilités de collaboration absentes d’autres types de solutions, et qui présentent de la valeur pour de nouveaux processus d’innovation. Le comportement de « mise en forme » de l’information dans les wikis : un rôle fondamental Contribuer à un wiki ne signifie pas seulement enrichir en contenu son domaine d’expertise, mais aussi intégrer des connaissances déjà publiées afin de mieux les organiser. Cette activité de « mise en forme » peut désigner des modifications sur son propre travail ou celui d’autres contributeurs, une réorganisation des contenus, la suppression d’éléments redondants ou inconsistants, et toute action visant à rendre le contenu plus signifiant, utilisable et maintenable. C’est une activité de synthèse et d’organisation dans laquelle chacun peut s’impliquer. 7 A framework for assessing the effective use of social media tools in the enterprise to enhance innovation, collective problem solving, knowledge sharing and management of virtual teams, University of Southern California
  • 36. 36 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Utiliser les wikis pour encourager l’innovation Comment l’innovation et la créativité peuvent être encouragées dans l’entreprise à travers l’usage de médias sociaux ou collaboratifs comme les wikis ? Comment les réseaux de connaissance existants peuvent être modifiés ou étendus ? Comment améliorer leur rendement à travers une collaboration plus poussée ? En s’appuyant sur différentes études de cas, les chercheurs ont identifié plusieurs bonnes pratiques pour stimuler l’innovation et la production d’idées sur des outils de type wiki. Plusieurs activités apparaissent ainsi importantes pour conserver un haut niveau de communication, comme suivre le flux des publications, rappeler périodiquement aux participants de publier des contenus, leur transmettre des recommandations de lecture ou encore encourager la modération afin de maintenir l’intérêt. Ultérieurement, les auteurs ont ajouté le capital émotionnel comme facteur de succès pour de telles initiatives, notamment les sentiments d’authenticité, d’attachement et d’amusement. • L’authenticité de telles démarches passe notamment par l’implication du management : si celle-ci est absente ou peu visible, les employés tendent à considérer la participation comme une activité en dehors de leurs missions. • L’attachement naît quant à lui du sentiment d’appartenance à une communauté. • L’amusement associé à l’expérience semble également important pour générer et entretenir l’enthousiasme des participants, de même que la facilité d’utilisation de la plate-forme. Enseignements de l’étude Les entreprises sont moins familières des usages encourageant la co-création et l’innovation. Cela s’explique davantage par des facteurs organisationnels que par des barrières techniques ou des problèmes de ressources, notamment une méconnaissance de la logistique et des processus à mettre en œuvre pour que l’utilisation d’outils sociaux génère des résultats exploitables.
  • 37. 37« Vague B » - Février 2014 Dans une optique d’innovation, les entreprises ont intérêt à envisager un autre usage des médias sociaux, basé sur une collaboration massive et ouverte. Celle-ci repose sur les principes suivants : • Elle se concentre sur un domaine où la collaboration peut croître de manière organique en attirant les participants ; • Les idées sont bénéfiques quand tout le monde en génère et les intègre plutôt que quand les individus se laissent conduire ; • Elargir le nombre de participants et inclure différents écosystèmes peut déboucher sur des relations inattendues ; • Les participants ont le droit de s’impliquer et de se retirer à tout instant à travers une variété de rôles changeants ; • Les résultats ne sont volontairement pas prédéfinis afin que l’innovation puisse surgir ; • Les relations inattendues entre les participants et les données doivent être poursuivies. La collaboration massive n’a pas forcément pour but de produire de l’innovation. Pour favoriser celle-ci, il faut également inciter les participants à re-conceptualiser, réécrire et questionner de manière créative et ouverte les autres participants. Les parties prenantes doivent également s’engager pour soutenir des « champions » et fournir les ressources permettant de construire et de maintenir des wikis efficaces : si l’utilisation d’un wiki à des fins d’innovation n’apparaît pas comme une priorité explicite pour les collaborateurs, des tensions apparaissent. Il faut un engagement global de l’entreprise et de son management. Par ailleurs, les systèmes incitatifs généralement mis en place dans les organisations ont tendance à défavoriser l’innovation collaborative, en particulier ceux basés sur des incitations financières ou sur un gain de réputation pour les gagnants, qui favorisent la compétition et créent des rivalités. Néanmoins, les barrières à l’encontre de l’innovation collaborative en ligne peuvent être enlevées. Il n’est pas nécessaire d’engager des efforts importants pour pallier les conséquences d’écarts de connaissances : des pratiques existent pour contourner ces barrières au lieu de les abattre. Il s’agit d’éviter les conflits entre personnes, de favoriser la co-création rapide de passerelles, d’encourager un engagement créatif continu et une flexibilité permettant de modifier régulièrement les idées de solutions, et d’inciter chacun à être responsable de la traduction de ses connaissances personnelles en connaissances collectives.
  • 38. 38 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Autre constat, le rôle du « metteur en forme » est souvent sous-évalué et sous-récompensé, alors qu’il s’agit d’un élément essentiel dans le processus menant à une solution. Dans les faits, ce sont souvent les résultats qui sont récompensés alors que c’est le processus collaboratif qui est déterminant pour s’assurer de la qualité des échanges et veiller à ce que les meilleurs éléments des différentes idées soient incorporés. Enfin, quatre facteurs influent sur l’aptitude d’une entreprise à mettre en œuvre des démarches d’innovation collaborative en ligne : 1. La direction : identifier un champion est une nécessité pour soutenir la mise en place d’un processus nouveau et souvent peu familier. La motivation des individus est un facteur important pour passer de processus d’innovation souvent fermés à des démarches ouvertes et moins guidées. 2. Le manque de temps : souvent, même si l’entreprise perçoit la valeur de ces démarches d’innovation, d’autres priorités viennent interférer et l’empêche de les expérimenter. 3. L’alignement stratégique : les processus et structures de l’entreprise ont souvent du mal à s’aligner sur le nouveau processus proposé. 4. La résistance au changement : même en ayant identifié un besoin de faire autrement, il peut s’avérer difficile dans les faits de sortir des limites de l’entreprise, par exemple pour intégrer des innovations externes. Innovation globalement distribuée et co-création de valeur Il est admis que l’innovation émerge tout autant sinon plus des réseaux inter-organisationnels que d’une seule et même organisation. L’un des plus grands défis de l’innovation collaborative, dans un contexte distribué, est la création et le partage de la connaissance.
  • 39. 39« Vague B » - Février 2014 L’étude8 dirigée par le Dr. Pamela Abbott et le Dr. Yingqin Zheng, en partenariat avec le professeur Rong Du et le Dr. Shizhong Ai, aborde l’innovation collaborative et la co-création de valeur dans le cadre de ces réseaux inter-organisationnels, et dans un contexte multiculturel et géographiquement réparti. Elle s’appuie pour cela sur l’analyse d’un projet de co-développement d’applications mené entre un sous-traitant basé en Chine et une organisation implantée en Grande-Bretagne. L’objectif était notamment d’étudier comment le temps et l’espace influencent les processus liés à la connaissance dans des communautés de pratique géographiquement réparties. Le cadre conceptuel : la créolisation de l’innovation Les auteurs ont conceptualisé les trajectoires que peuvent emprunter les sous-traitants dans le cadre de partenariats interculturels, afin d’augmenter leur croissance et d’améliorer leur proposition de valeur. • Passer d’un modèle linéaire à la reconfiguration des réseaux Une relation client-fournisseur plus mature se concentre sur la valeur que chaque partie peut apporter. Le sous-traitant étudié a développé ses capacités avec de nombreux clients et à travers de nombreux contextes culturels. Il a fait appel à divers types de ressources, puis les a combinées et reconfigurées activement afin d’offrir davantage de services, d’accélérer sa croissance, de se développer sur le plan international et d’occuper une position plus élevée dans la chaîne de valeur. • La « créolisation » : mettre en place le terrain pour la reconfiguration des capacités Le concept de « créolisation » décrit la rencontre et l’assimilation de plusieurs cultures et identités, ainsi que la mobilisation de ressources et connaissances dans des réseaux globalement distribués, comme le développement offshore de logiciels ou l’externalisation de services. Ce terme permet notamment de contrebalancer l’idée de « globalisation », qui sous-entend qu’une même culture globale s’impose partout. 8 Globally distributed innovation and Co-creation of value: Cases of UK-China Collaborations, (GLOBVAL), Brunel University.
  • 40. 40 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF • Au-delà de l’organisation ambidextre Les auteurs de l’étude ont identifié quatre grandes capacités organisationnelles permettant aux entreprises d’apprendre et d’évoluer : • L’ambidextrie (capacité des organisations à concilier les activités d’exploration nécessaires à l’innovation et les activités d’exploitation). •Lacapacitécombinatoire,quiconsisteàrecombinerautrementdesressourcesetcompétencesexistantesouàlescombiner avec des ressources nouvelles. • La reconfiguration des ressources, grâce à laquelle l’entreprise peut s’adapter aux changements. • La capacité d’innovation. Bonnes pratiques observées chez le sous-traitant • Créer une capacité d’innovation au niveau organisationnel Des efforts sont faits au niveau de l’organisation afin de fournir des espaces pour la création et la distribution de nouvelles connaissances ; ainsi que pour récompenser la pensée innovante. Parmi ces mécanismes figurent des « centres d’excellence », qui encouragent le développement d’experts dans des domaines verticaux et horizontaux, ou des « incubateurs » permettant aux employés de développer des idées d’affaires et en cas de réussite d’obtenir des financements, voire même de créer des spin off satellites. L’entreprise encourage également les environnements interculturels. • Créer une capacité d’innovation au niveau de l’équipe Dans l’équipe étudiée, beaucoup de pratiques sont liées à l’adoption de méthodes agiles en tant que méthodologie pour guider le développement. Cette influence a créé un style de travail très participatif. Le pair programming, qui instaure des duos de développeurs et de testeurs dès le début du processus de développement, a favorisé le co-développement et un intense partage de connaissances et de capacités au niveau individuel. Ces pratiques ont encouragé une culture de l’apprentissage, où chacun participait en fonction de son niveau d’expertise et développait son expérience à travers des interactions avec des experts.
  • 41. 41« Vague B » - Février 2014 • Privilégier l’usage extensif des médias électroniques pour abolir la distance spatio-temporelle Le haut niveau de communication et d’interaction est propice à la créativité et à la productivité. Les échanges fréquents avec des collègues expérimentés créent un environnement égalitaire. De nombreux instruments numériques ont été déployés : visioconférence, partage d’écrans, messagerie instantanée, messages électroniques… Quand la technologie ne permettait pas de résoudre certaines difficultés de communication, des individus clés servaient d’intermédiaires entre les équipes anglaises et chinoises. • Usage de scénarios utilisateurs comme support de négociation Les scénarios utilisateurs, qui consistent à imaginer et décrire le cheminement d’un utilisateur dans l’application, ont été le principal élément autour duquel le co-développement s’est mis en place. Ils étaient préparés par les équipes du donneur d’ordre, puis réinterprétés par le sous-traitant qui proposait différentes approches. Ce processus était itératif et très interactif. Encourager l’entreprenariat en systèmes d’information dans l’entreprise Le développement du Cloud computing, de l’externalisation, des réseaux sociaux, de l’offshore, du crowdsourcing et du big data, combiné à l’émergence accélérée de technologies potentiellement disruptives rendent l’innovation de plus en plus essentielle. Dans ce contexte, les compétences non techniques vont devenir de plus en plus importantes pour les professionnels de l’informatique, notamment les aptitudes entrepreneuriales et « intrapreneuriales », l’intraprenariat désignant le fait de créer une nouvelle entreprise/branche d’activité dans une organisation existante pour exploiter une nouvelle opportunité et créer de la valeur sur le plan économique. Une étude9 dirigée par le Dr Gaëtan Mourmant et le Pr Michel Kalika a abordé les enjeux de la création de valeur dans le domaine des technologies numériques sous cet angle de l’entreprenariat, un facteur clef pour nourrir la capacité d’innovation du secteur. 9 Observatoire des entreprenants en Système d’Information (ODESI), EM Strasbourg Business School.
  • 42. 42 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Les chercheurs ont examiné le rôle des individus entrepreneurs dans l’économie numérique et leur place dans les entreprises. Cette étude a abordé les questions suivantes : • Comment favoriser l’esprit entrepreneurial dans et en dehors des entreprises ? • Comment accompagner les collaborateurs qui souhaitent fonder leur entreprise ? • Quels rôles peuvent jouer les DSI pour encourager l’entreprenariat ? Les entrepreneurs face aux déclencheurs externes et internes Un très grand nombre de déclencheurs peuvent conduire un salarié à quitter son entreprise pour fonder son activité. Ces chocs ont plusieurs dimensions : ils peuvent être internes (idée de produit…) ou externes (faillite de l’employeur…), négatifs, positifs ou neutres, liés à son travail ou à sa vie personnelle. Le passage à un mode de pensée entrepreneurial est conditionné par plusieurs éléments : • Les conditions nécessaires pour quitter le poste et démarrer une activité. Ces conditions varient selon les individus ; • La position ontologique, c’est-à-dire la réalité dans laquelle évolue l’individu, qui peut le conduire à évaluer de manière différente les risques par exemple ; • L’accélération du processus : les changements de mode de pensée permettent d’acquérir des connaissances suffisantes pour déclencher le turnover sans passer par un choc ; • L’équilibre : chaque individu doit trouver un certain équilibre en termes d’aptitudes/d’intelligence, de personnalité et entre les capacités à rêver/agir. Cultiver des espaces de liberté IT dans et hors des entreprises Pour établir des espaces de liberté entrepreneuriale dans l’entreprise, il faut plusieurs prérequis, notamment un sponsor, peupler et protéger l’espace et son écosystème, définir les responsabilités et les mécanismes de reconnaissance, et définir dans quelles conditions quitter l’espace et l’entreprise. La plupart de ces prérequis sont également valables pour la création de tels espaces à d’autres niveaux : Etat, région, réseau virtuel, ville, organisation…
  • 43. 43« Vague B » - Février 2014 Des espaces en lien avec l’accéluction L’accéluction est définie par le professeur Ahmed Bounfour comme « un nouveau système de production accélérée de liens, qui se traduit d’un côté par le développement d’espaces de création de valeur et de l’autre par le fait que la valeur est désormais créée à travers une accélération majeure de liens transactionnels (appliquant des principes de marché) ou organiques (relations basées sur la reconnaissance) ». Les auteurs de l’étude considèrent que les espaces de liberté entrepreneuriale seront inclus dans l’entreprise 2020, et qu’ils sont une constituante de l’accéluction, notamment en favorisant la porosité, la liberté de prendre des risques/faire des erreurs, la recherche d’opportunités et la vision globale de l’industrie. Tendances émergentes à l’horizon 2020 et implications pour les entreprises Au cours de la prochaine décennie, les entreprises devront développer des espaces de liberté entrepreneuriale IT. Cette évolution entraîne diverses implications, tant à l’échelle des directions des systèmes d’information que des entreprises elles-mêmes : renforcement du rôle des DSI comme protecteurs de ces espaces ; politique RH favorisant les compétences requises pour l’intrapreneuriat ; processus d’évaluation pour responsabiliser les participants à ces espaces de liberté entreprenariale ; politiques de reconnaissance financière et non-financière ; soutien de l’entreprise aux acteurs quittant l’espace ; prise en compte de tous les concepts associés, notamment la liberté à tous les niveaux. En parallèle, les auteurs de l’étude suggèrent la mise en place d’un programme pour accompagner les jeunes entrepreneurs IT, le YITE (Young IT Entrepreneurs). La troisième tendance observée est l’émergence de l’entreprenariat IT, portée par certaines évolutions favorables (statut d’auto-entrepreneur en France, hyperspécialisation, innovations technologiques nécessitant des compétences pointues, etc.) et peut-être également favorisée par la crise, qui pousse certains managers et employés à lancer leur propre activité. Les chercheurs estiment que les DSI ont intérêt à soutenir cet entreprenariat, notamment en favorisant le développement d’infrastructures régionales performantes et en contribuant à créer des pôles d’activité où le capital intellectuel circule.
  • 44. 44 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Les chercheurs conseillent également aux DSI d’encourager l’entreprenariat IT auprès de leurs collaborateurs, malgré les freins que peuvent représenter le recrutement d’un remplaçant expérimenté ou le risque de voir la nouvelle entreprise concurrencer l’organisation. Dans cette optique, les DSI peuvent soutenir leurs collaborateurs par différentes actions : • En facilitant l’appropriation des règles du jeu, par exemple par la rotation de postes qui permet d’étendre les compétences d’un collaborateur, l’explication des règles du marché, l’explication des différents aspects IT du métier et l’introduction de réseaux sociaux favorisant les échanges dans et hors l’organisation. • En aidant à évaluer les risques, par l’assignation à des projets comportant des processus d’évaluation des risques explicites ; la participation aux discussions pour évaluer les risques liés à un fournisseur ou au marché ; en soulignant les risques et les opportunités de différents postes et en partageant les processus d’identification des risques. • En améliorant leur compréhension du contexte extérieur, par l’implication dans des communautés, les échanges avec les partenaires, etc. • En encourageant la vision à long terme, par un environnement de travail favorisant l’ouverture et l’expérimentation. • En aidant les collaborateurs à identifier les opportunités.
  • 45. 45« Vague B » - Février 2014 Collection « les Essentiels » Les projets de recherche de la « Vague B » Synthèses librement écrites par le CIGREF, à partir des rapports remis par les chercheurs dans le cadre des travaux de recherche menés pour le programme ISD.
  • 46. 46 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF « Comment les utilisateurs perçoivent-ils les objets numériques ? » Cette recherche sur le développement des valeurs sociétales et éthiques » (An East asian perspective on the developing ethical and social values of digital object usage) a pour objectif d’étudier les attitudes d’utilisateurs non experts face aux objets numériques (images, vidéos, jeux, programmes, pages Wikipedia…) dans les pays d’Asie de l’Est, qu’il s’agisse de contenus à visée commerciale ou de contenus produits par les utilisateurs eux-mêmes ou la communauté.
  • 47. 47« Vague B » - Février 2014 Comment les utilisateurs perçoivent-ils les objets numériques ? L’étude « DESVALDO » a été menée par : Kiyoshi Murata, Directeur du Center for Business Information Ethics, de l’Université de Meiji. Il enseigne le management des systèmes d’information. Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Tsukuba au Japon, ses travaux de recherche portent principalement sur l’éthique de l’information dans les organisations professionnelles. Andrew Adams, Directeur adjoint du Center for Business Information Ethics, de l’Université de Meiji, où il enseigne également. Il est titulaire d’un doctorat en informatique de l’Université de Saint Andrews et d’un master en droit de l’Université de Reading. Ses travaux de recherche portent sur les aspects sociétaux, juridiques et éthiques des systèmes d’information.
  • 48. 48 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Contexte et objectifs du projet Ce projet a été conçu afin d’explorer les pratiques émergentes d’utilisateurs asiatiques non experts de l’informatique face aux objets numériques. L’idée sous-jacente est que ces utilisateurs ne pensent pas en termes de programmes exécutables, de fichiers de données et autres concepts familiers des informaticiens, mais qu’ils conceptualisent les données sous la forme d’objets numériques intangibles : des éléments immatériels qui peuvent être copiés sans dégradation, compressés et transférés sur les réseaux. Le passage à l’ère numérique s’est effectué si rapidement que des représentations « skeuomorphiques » de ces objets, c’est-à-dire basées sur le monde matériel, restent très présentes. Ainsi, les livres électroniques ressemblent souvent à une projection en deux dimensions d’un livre physique et les représentants des éditeurs de contenus considèrent la copie non autorisée comme un vol comparable à celui d’un objet physique, là où les partisans d’une culture du libre sont plus enclins à la comparer à une location ou un partage. Dans ce contexte, les chercheurs se sont intéressés aux questions de liberté et de contrôle impliquant les objets numériques, les terminaux physiques utilisés pour y accéder et les réseaux auxquels ils sont connectés (physiques, comme les réseaux de téléphonie mobile, Internet ou les réseaux d’entreprise ; ou numériques comme Facebook, Google). Ces objets englobent en effet les déplacements, les croyances, les intentions, les ressources et les relations des utilisateurs. Leur contrôle, qu’il soit confié à des tiers ou effectué par les utilisateurs eux-mêmes, est la base fondamentale de l’Age de l’Information.
  • 49. 49« Vague B » - Février 2014 Des enjeux éthiques Les chercheurs ont effectué une analyse de la littérature afin de mettre en évidence les principaux enjeux éthiques associés à l’usage des objets numériques. • Vie privée, partage d’informations : l’hyper-connectivité devient la norme Avec les appareils photos numériques et Internet, non seulement photos et vidéos peuvent être prises partout, mais elles peuvent être transférées sur le réseau, partagées avec tout le monde et automatiquement marquées avec l’identité des personnes. La connectivité devient la norme plus que l’exception pour les utilisateurs des réseaux sociaux dans les différents pays étudiés. De manière similaire, le partage d’informations personnelles survient dans toutes les tranches d’âge et tous les pays étudiés. Néanmoins, les individus les plus jeunes mettent moins de restrictions sur leurs données personnelles. Cette transparence accrue peut être au service de la démocratie tout comme elle peut être un outil supplémentaire d’oppression. Les individus eux-mêmes sont souvent complices de leur propre surveillance en fournissant les moyens et les contenus permettant de les suivre à la trace. • Copyright, partage, propriété et accès : l’effet prix et l’effet qualité L’essor de la production et de la distribution numériques a changé la donne dans le domaine culturel. Beaucoup de chercheurs ont critiqué les approches basées sur un copyright fort, notamment depuis l’émergence d’Internet. Certains auteurs ont même estimé qu’un modèle économique basé sur la contrainte et l’aspect physique des systèmes de distribution antérieurs avait plus de chances de mener à un crash de l’économie créative plutôt qu’à une évolution en douceur vers un nouveau modèle économique stable. Pour certains chercheurs, le caractère amateur et la qualité souvent médiocre de l’information et des contenus disponibles sur Internet entraînent néanmoins un retour en arrière par rapport aux efforts réalisés au XXème siècle sur la qualité des productions.
  • 50. 50 Les « Essentiels » du Programme International de Recherche « ISD » de la Fondation CIGREF Les utilisateurs sont conscients des problèmes économiques que cette évolution pose pour les fournisseurs d’information de masse. Néanmoins, ils sont davantage préoccupés par la facilité d’usage et la transparence des prix que par le risque de léser les artistes ; risque, mis en avant par les entreprises des médias et du secteur culturel pour justifier leurs choix. • Liberté et contrôle de l’expression : une certaine passivité des internautes Les Etats ont l’avantage de ne pas être trop contraints par des facteurs économiques dans leur usage de la surveillance de masse. Néanmoins, l’expertise de sociétés comme Acxiom, Google et Facebook dans la collecte et l’analyse de données personnelles ne leur a pas échappé, et ils les sollicitent souvent pour leurs objectifs, qu’elles le veuillent ou non. Les employeurs, le milieu scolaire, les institutions publiques ont leurs propres enjeux : par exemple, savoir s’il est permis, éthique ou profitable de sélectionner des employés potentiels en fonction de l’information disponible sur les réseaux sociaux, ou gérer des salariés qui passent du temps sur Facebook au lieu de faire leur travail, ou des employés qui insultent des clients sur Twitter sur leur temps personnel. Filtrer et restreindre l’accès depuis les postes de travail perd son efficacité lorsque chacun possède un smartphone ou une tablette. Leschercheursontégalementobservéunecertainepassivitédesutilisateursfaceàlaquestiondelibertéd’expression.Beaucoup estiment que leurs actions en ligne ne nécessitent pas une protection particulière. Si quelques utilisateurs protestent contre des changements des termes de services permettant aux plates-formes d’utiliser leurs contenus pour de la publicité, la plupart considèrent que ces derniers ont le droit de bloquer, supprimer ou utiliser les contenus qui leurs sont soumis. • Les interactions numériques ne se substituent pas aux interactions physiques Les interactions sociales s’appuyant sur les terminaux mobiles deviennent courantes. Au Japon, les chercheurs ont même observé quelques signes d’une baisse des interactions réelles au profit d’interactions virtuelles plus légères, mais pas en Corée ni en Chine. L’enquête réalisée lors de l’étude suggère que ces interactions numériques viennent avant tout améliorer et compléter les interactions physiques sans les remplacer entièrement, beaucoup d’utilisateurs continuant d’imprimer et de partager des photos physiques.
  • 51. 51« Vague B » - Février 2014 Néanmoins, au Japon, des différences significatives apparaissent entre les tranches d’âge, les plus jeunes étant moins susceptibles d’imprimer des photos. Les conséquences dans le monde du travail de cette culture du « toujours connecté », qui augmente les heures de travail et brouille la frontière entre le travail et la vie personnelle/familiale, constituent une préoccupation. Méthodologie Cette étude s’est appuyée sur une approche ethnographique, basée sur des entretiens semi-structurés et sur des sondages. Une première série d’entretiens a permis d’élaborer des hypothèses. Celles-ci ont ensuite utilisées pour bâtir les questions du sondage. Initialement, l’étude devait être menée dans trois pays : Chine, Corée et Japon. Le Royaume-Uni a été ajouté en cours de projet afin de pouvoir comparer les résultats avec ceux d’un pays occidental, puis le sondage a été proposé dans les quatre pays de l’étude à travers une solution en ligne. Contexte des trois pays étudiés En Chine, le taux de pénétration de l’accès Internet était de 38,3% en décembre 2011, mais avec de fortes disparités entre les villes, où ce taux dépasse les 60 %, et les campagnes où il est inférieur à 30 %. L’accès à Internet et les usages sont régulés afin de préserver le régime du parti unique. L’écriture et la lecture d’articles sur Wikipedia et Twitter sont par exemple interdits, au profit de services similaires comme Baidupedia, fourni par le moteur de recherche leader en Chine. En Corée du Sud, le taux de pénétration de l’accès Internet était de 81 % en 2010. Le pays est encore en situation de guerre avec la Corée du Nord, et tous les utilisateurs d’Internet doivent de ce fait saisir leur numéro de résident, un identifiant unique assigné à leur naissance, ainsi que leur vrai nom quand ils s’enregistrent sur presque tous les sites de commerce. La collecte d’informations personnelles est une obligation légale pour les sites et portails où plus de 100 000 utilisateurs se connectent chaque jour.