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Du bon usage de la monarchie. Interview Mohamed Tozy à Jeune afrique Avril 2011

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Du bon usage de la monarchie. Interview Mohamed Tozy à Jeune afrique Avril 2011

  1. 1. EN COUVERTURE Du bon usage De La monarchie Pour le sociologue Mohamed Tozy, la réforme engagée au Maroc n’est pas qu’un simple tHibauLt CaMuS/ap/Sipa toilettage constitutionnel, mais bien une refondation RobeRt teRzian du pacte politique qui lie gouvernants et gouvernés. Propos recueillis par HaMid Barrada L es travaux de Mohamed tozy sur l’is- logue n’ont rien perdu de leur pertinence et nous lam au quotidien, l’identité amazighe nous sommes contentés d’y adjoindre ses commen- ou les valeurs et l’évolution des men- taires sur l’initiative royale. entre-temps, Mohamed talités font autorité. pour qui veut tozy a été invité à siéger dans la commission char- comprendre les affaires de l’ancien gée de préparer les réformes aux côtés d’abdeltif empire chérifien, son ouvrage Monarchie et islam Menouni, omar azziman, Driss el Yazami, amina politique au Maroc (presses de Science po), publié bouayach (voir la liste complète page 59, ndlr). en 1999, est incontournable au même titre que Le Commandeur des croyants de John Waterbury Avez-vous été surpris par le discours du roi (presses universitaires de France). L’interview qui du 9 mars sur les réformes ? suit a été recueillie à aix-en-provence, où le cher- > J’ai été surtout surpris par la forme, qui rompt carré- cheur marocain enseigne les sciences politiques. ment avec la rhétorique du genre et privilégie rigueur C’était dans la matinée du 9 mars. Hasard ou signe et sobriété. Le roi a franchement des temps, le soir même, Mohammed vi prononçait désigné les maux de la vie politi- CHANGEMENT Manifestation le discours « historique » dans lequel il annonçait que et n’a éprouvé aucune gêne à à Casablanca, des réformes qui devraient conduire le royaume prendre à son compte l’ensemble le 20 février. vers une démocratie de plein exercice. des revendications exprimées par 9 mars : discours en analysant les révolutions de tunisie et d’Égypte, les forces politiques de gauche et du roi, entouré de le professeur esquissait les changements politiques par les jeunes du « 20-Février ». Le son frère, Moulay et institutionnels que le Maroc serait bien inspiré discours qu’il a prononcé le lende- Rachid, et du d’engager – lesquels allaient se trouver en bonne main même des manifestations ne niv/Sipa prince héritier, place dans le discours du roi. Les propos du polito- lui ressemblait pas. il était plutôt Moulay Hassan.52 La revue n° 11 Avril 2011 Avril 2011 La revue n° 11 53
  2. 2. EN COUVERTURE dans la manière de Hassan ii, lequel ne concevait ab- gime : la séparation des pouvoirs et la reddition des > une explication vient d’abord à l’esprit : la con- ses qui font défaut pour l’instant. en revanche, on solument pas d’infléchir sa ligne de conduite sous la comptes, la responsabilité du gouvernement, ce qui joncture politique, le printemps arabe et les reven- peut parler d’un parlement fort et respectable, d’un pression. Le fait de revenir à la charge deux semai- implique qu’il sera doté de véritables pouvoirs, et dications du 20 février, mais elle ne suffit pas à gouvernement de plein exercice, d’indépendance de nes après montrait que le décalage entre son agenda l’indépendance de la justice. autre point essentiel : convaincre. Je pense que les éléments de ce projet la justice. autant d’innovations introduites par le et les attentes de l’opinion publique stimulée par le dans le discours royal, la réforme concerne les insti- doivent être recherchés dans le travail accompli discours du 9 mars. La priorité, c’est la monarchie printemps arabe était finalement minime. D’ailleurs, la tutions constitutionnelles ; or, comme la monarchie par les militants des droits de l’homme autour de constitutionnelle, c’est-à-dire un régime où seule la mise en place du Conseil national des droits de l’hom- en fait partie, on peut en déduire qu’elle ne serait Driss benzekri [disparu en 2007] dans le cadre de loi règle les rapports entre gouvernants et gouver- me (CnDH) le 3 mars montrait que le programme des pas exclue du champ de la réforme. l’instance Équité et Réconciliation [IER]. il faut nés et qui ramène les héritages historiques au rang réformes était envisagé depuis des mois. Que pensez-vous de la méthode choisie relire les deux rapports : celui intitulé « Le Ma- d’accessoires et de décorum esthétique sans aucune Vous pensez que le projet des réformes pour mener à bien la réforme ? roc possible » et celui de l’ieR validé par le roi en emprise sur les fondements du pouvoir. n’a pas attendu les révolutions arabes ? > elle est très éclairante sur la philosophie du chan- 2005. L’idée-force est que les droits fondamentaux Qu’en serait-il du roi amir al-mouminine gement, lequel peut devenir, n’en des citoyens et les réformes institutionnelles y sont (« commandeur des croyants ») ? « Au Maroc, les révoltes de Tunisie et doutons pas, radical. vous me per- mettrez d’insister là-dessus car je présentés comme des éléments indissociables. Déjà à l’époque, on estimait qu’il y avait péril en la de- > Cette fonction symbolique est étroitement asso- ciée au rôle d’arbitre et de gardien des frontières d’Égypte n’ont fait que précipiter un crains qu’on n’ait pas pris, surtout à meure et qu’il existait une fenêtre d’opportunité à entre les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif. l’extérieur du Maroc, toute la mesure saisir sans tarder sous peine de mettre l’expérience Grâce à cette fonction, la monarchie peut, aux yeux processus amorcé depuis 2005. » de la réforme. il ne s’agit pas d’un démocratique, sinon le pays, en danger. Les révoltes des Marocains, s’acquitter de son autre mission simple toilettage de la Constitution, de tunisie et d’Égypte n’ont fait qu’accélérer un pro- historique : garantir le pluralisme et la diversité. > il montre en tout cas que la monarchie garde mais d’une refondation du pacte politique qui lie gou- cessus amorcé depuis 2005 et qui peinait à vaincre À mon avis, le statut d’amir al-mouminine ne pose intacte sa capacité d’anticipation. vernants et gouvernés. La commission que le roi a les réticences des gardiens du temple. pas de problème dès lors qu’il est encadré par la Quelles sont les dispositions de la réforme chargée d’élaborer le projet des réformes n’a pas une Comment les Marocains ont-ils réagi ? loi constitutionnelle. Les mêmes précautions valent qui vous paraissent les plus importantes ? vocation uniquement technique. Les compétences et > La majorité des réactions sont positives, voire en- d’ailleurs pour la question de l’irresponsabilité et > À ce stade, on ne peut pas parler de dispositions, les sensibilités de ses membres (constitutionnalistes, thousiastes, mais il reste quand même des sceptiques. de la sacralité de la personne du roi. Le Maroc, à mais plutôt de repères associés à un impératif d’in- politologues, représentants de la société civile…) ils n’ont pas tort, même s’il faut faire la part des oppo- cet égard, n’a rien d’exceptionnel, et il suffit pour novation. Comme vous le savez, le roi a évoqué sept indiquent que toute la diversité du champ social et sants professionnels. Le scepticisme et la vigilance ont s’en convaincre de consulter les Constitutions da- chapitres qui vont être concernés par la réforme politique a été prise en compte. et on peut même ici leur place car, pour aboutir, la réforme nécessitera noise, norvégienne, belge, suédoise et espagnole. [voir encadré ci-dessous, ndlr]. on peut en retenir supposer qu’elle sera appelée à encadrer le débat dans la conjonction de deux volontés : au moins trois qui sont susceptibles de marquer une rupture, voire une transformation radicale du ré- le pays à travers des sortes d’états généraux. Pourquoi le roi est-il allé si loin ? celle du roi et celle du pays. il ne faut pas sacrifier à l’angélisme, « La monarchie elle-même n’est pas la réforme ne sert pas l’intérêt en cause, mais sa place et son rôle sont de tout le monde et elle dépend Un Premier ministre de Plein exercice d’un rapport de force favorable. appelés à évoluer et à s’adapter. » une donnée majeure va sans doute peser dans les débats à venir : la monarchie En Jordanie, la contestation invoque les A u Maroc, le discours du roi exerçant des prérogatives la justice, la séparation des elle-même n’est pas en discussion, mais sa place et réformes au Maroc pour faire aboutir le 9 mars a été qualifié conférées jusqu’à présent aux pouvoirs, le renforcement du son rôle sont appelés, si on lit attentivement le dis- ses revendications. Y aura-t-il un modèle d’ « historique ». Il a en gouverneurs et aux walis. Parlement. Mais le changement cours, à évoluer, à s’adapter, à se transformer, et ce marocain pour les régimes du Golfe ? tout cas une sérieuse chance de Fort de ses « constantes le plus important a trait au pour répondre aux attentes de l’opinion populaire. > Le roi a fait preuve d’une rare audace en propo- modifier le fonctionnement des immuables » que sont l’islam, la Premier ministre. Celui-ci sera on peut dire, c’est essentiel au Maroc, qu’on est en sant une refonte du pacte politique. Je pense qu’il est institutions et, partant, la vie monarchie, la fonction de choisi au sein du parti présence d’une nouvelle conception de l’autorité. La convaincu que la meilleure façon de préserver l’institu- politique. La « régionalisation commandeur des croyants mais majoritaire, il sera le « chef d’un mobilisation autour de la réforme est donc un gage tion monarchique est de la réformer sans pour autant avancée », qui concerne aussi le « choix démocratique », pouvoir exécutif effectif, et de bonne santé de la société ; elle permettra d’huiler dénaturer totalement le système, mais en s’engageant l’ensemble du royaume à le Maroc engage un vaste pleinement responsable du en quelque sorte le processus de changement et de à fond dans une mise à niveau par rapport aux stan- commencer par les provinces du chantier de réformes gouvernement, de susciter audace et créativité dans les débats. dards internationaux. Cette option ne va pas de soi. Sud (Sahara occidental), est accompagnées d’une révision de l’administration publique et de Pourrait-on parler de monarchie tout ce qu’on peut dire, c’est qu’elle pourrait aider consacrée par la Constitution. la Constitution. Parmi les sept la mise en œuvre du programme parlementaire ? les monarchies arabes à réfléchir à leur propre che- Elle prévoit des conseils élus, dispositions prévues, on peut gouvernemental ». Incroyable > Comme d’un horizon plus ou moins lointain. La minement. ouverts « à égalité » aux deux citer l’identité plurielle pour qui connaît le Maroc. Une monarchie parlementaire suppose une classe politi- Opérons, si vous le voulez bien, un flash- sexes, avec des présidents (amazighité), l’indépendance de véritable révolution. n H.B. que exigeante et crédible, faisant preuve de maturité back : comment les Marocains ont-ils vécu et inspirant la confiance aux citoyens – toutes cho- les événements de Tunisie et d’Égypte ?54 La revue n° 11 Avril 2011 Avril 2011 La revue n° 11 55
  3. 3. EN COUVERTURE on a observé trois moments distincts. Dans un pre- mier temps, c’est l’incrédulité qui l’emportait. on n’y croyait pas, surtout dans un pays réputé tran- quille comme la tunisie. Deux idées-forces domi- naient les esprits : les tunisiens sont plus dociles que révoltés et le régime de ben ali est indébou- lonnable. La fuite du président tunisien a inaugu- ré le deuxième moment : on prend au sérieux la révolution et tout le monde est désormais scotché à al-Jazira (alors que les chaînes locales ignorent pratiquement les événements). on découvre les tu- nisiens, éduqués, s’exprimant dans leur langue avec aisance et cohérence. avec courage aussi. troisiè- me temps : les événements s’accélèrent et l’Égyp- te occupe le terrain. Les Ma- rocains se sentent directement SCANDALE concernés et se disent : « pour- La mixité la nuit, place Tahrir, au quoi pas nous ? » Le fameux Caire, a posé un discours sur l’exception maro- problème qui a caine commence à se lézarder. été vite réglé. La perception du monde arabe change soudain. Réputé immobile et stérile, voilà qu’il se montre créatif en développant des modes d’action tout à fait inédits et modernes. Les Ma- rocains – et pas seulement les jeunes – sont bluf- fés. on ne le soulignera jamais assez, les tunisiens et les Égyptiens sont les premiers à s’être emparés des nouvelles technologies pour faire une révolu- MoHaMMeD abeD/aFp pHoto tion démocratique. alors que jusqu’à présent l’usa- ge d’internet par les arabes et les musulmans était associé au terrorisme djihadiste. Du côté du pouvoir, la peur devait dominer… > plutôt l’inquiétude. on craignait très précisément que des manifestations anodines de revendications sociales courantes depuis une dizaine d’années ne dégénèrent. Le gouvernement s’est donc empressé étrangers, on pose la question : après ben ali et mographique qui se traduit par l’arrivée sur le mar- sont aujourd’hui au chômage. La frange supérieure de prendre des mesures d’apaisement comme le Moubarak, à qui le tour ? ché du travail (et du pouvoir) d’une masse de jeunes de cette classe est brimée dans ses ambitions par le doublement du budget de la caisse de compensa- La presse ? surqualifiés par rapport à la classe dominante. pour développement d’une économie mafieuse dominée tion et le recrutement dans la précipitation de plus > au départ, la couverture est minimaliste. tout caricaturer, on a affaire à des de 3 000 diplômés chômeurs. Qu’en est-il de la classe politique ? change avec les événements de la place tahrir, érigée en haut lieu de la révolution, couverts en jeunes de valeur qui se voient dirigés par des personnages « Les femmes sont au cœur de > Si l’on excepte des intellectuels qui ont publié direct par al-Jazira. Les Marocains se passionnent incompétents, incapables, cor- l’insurrection, au même titre que les un texte et les associations des droits de l’homme pour ce nouveau feuilleton égyptien, avec ses mo- rompus, bref, qui n’ont rien qui ont aussitôt exprimé leur solidarité aux tuni- ments forts tels que l’irruption des dromadaires et de respectable. un deuxième hommes. Un immense événement. » siens, les réactions sont tardives. C’est seulement des baltagas ou les scènes de fraternisation entre facteur est d’ordre économi- après la chute de Moubarak que les positions se soldats et insurgés. et les journaux s’empressent que. L’évolution de ces sociétés a donné naissance par les clans au pouvoir. pour l’Égypte, on doit ajou- sont cristallisées. Globalement, les directions des de se mettre au diapason de l’opinion. à une classe moyenne (plus importante en tunisie ter l’essoufflement de l’islamisme, qui ne peut plus partis sont timorées, perplexes, embarrassées. elles Quelles sont les causes des deux révolutions ? qu’en Égypte). Support naturel des régimes, elle porter les revendications de cette couche. ne veulent pas donner l’impression que le Maroc > il y a d’abord des facteurs objectifs. Les deux se trouve fragilisée : elle est surendettée, elle avait D’autres facteurs, subjectifs ceux-là, ont joué. peut être contaminé, d’autant que, dans les médias sociétés ont atteint la fin d’un cycle de transition dé- beaucoup investi sur les études des enfants, lesquels ils concernent les mentalités, la manière dont56 La revue n° 11 Avril 2011 Avril 2011 La revue n° 11 57
  4. 4. EN COUVERTURE les jeunes perçoivent le monde et se perçoivent or, coup sur coup, les révolutions populaires en tu- eux-mêmes. on a vu surgir une génération dont nisie et en Égypte ont apporté un démenti historique l’imaginaire militant ne se nourrit plus des idéaux à la doctrine sur la fitna qui ne manquera pas d’avoir habituels. Du jour au lendemain, les luttes contre le des répercussions sur la légitimité des pouvoirs et colonialisme, l’impérialisme, pour l’indépendance de la raison d’État. Le comportement d’un Kaddafi ou pour la palestine sont passées au second plan. ne trouve aucune justification aux yeux des musul- ils n’ont pas disparu, mais ils ne sont pas invoqués mans. L’idée même de rétablir l’ordre est soumise par les leaders du mouvement. parallèlement, le désormais à condition. mode d’action a changé, privilégiant le sit-in, inter- Revenons au Maroc. Peut-on considérer net, etc. Les mots d’ordre ne s’inspirent plus de la les manifestations du 20 février comme vieille culture révolutionnaire ni de considérations une date charnière ? stratégiques sophistiquées. ils sont simples – naïfs, > indéniablement si l’on se place du côté des ac- même – et sans appel : « Dégage ! » teurs qui l’ont organisée (les facebookers), mais elle ne peut l’être que si elle a une « S’adressant au roi, les facebookers suite. C’est une date historique en sursis. Les grands partis sont vont à l’essentiel : “Majesté, on t’aime restés en retrait et ont même incité à la méfiance, quand ils mais on veut des réformes !” » n’étaient pas carrément hostiles. ils étaient visiblement jaloux de Qu’est-ce qui vous a le plus frappé ? se voir doubler par les facebookers, des novices, Map > La mixité, d’abord. C’est la première fois que des analphabètes en politique. Ce qui est totale- la participation des femmes n’est ni symbolique ment faux. Depuis dix ans, l’intégration des partis CONCERTATION Le 10 mars, le roi reçoit la commission de révision de la Constitution. À sa gauche, ni supplétive. elles sont au cœur de l’insurrection, (socialistes, istiqlal, etc.) au pouvoir inaugurée par Abdeltif Menouni, le président de la commission. au même titre que les hommes. La question a été le « gouvernement d’alternance » formé en 1998 a La commission consultative de révision de la Constitution comprend dix-neuf membres, tous professeurs soulevée par des conservateurs (qui ne sont pas libéré de larges espaces politiques qui seront vite d’université. En voici la liste : Abdeltif Menouni (président), Omar Azziman, Abdallah Saaf, Driss El Yazami, tous islamistes) scandalisés par la présence de filles occupés par divers mouvements sociaux (diplômés Mohamed Tozy, Amina Bouayach, Ahmed Herzenni, Rajae Mekkaoui, Nadia Bernoussi, Albert Sasson, la nuit place tahrir, mais elle a été rapidement tran- chômeurs, coordinations contre la vie chère…), Abderrahmane Leibek, Lahcen Oulhaj, Brahim Semlali, Abdelaziz Lamghari, Mohamed Berdouzi, Amina chée. pour l’Égypte, c’est un immense événement. associations de femmes luttant pour l’égalité dans Messoudi, Zineb Talbi, Mohamed Saïd Bennani, Najib Ba Mohamed. Le second phénomène qui m’a impressionné a trait l’héritage ou pour l’accès aux terres tribales (soula- à la modestie obligée des islamistes. ils ne préten- liyat), mouvements des droits civiques (dé-jeûneurs l’uSFp (socialiste), dans une moindre mesure du ppS ment : elle a été regardée par plus de 500 000 per- dent plus à la direction du mouvement social. on du ramadan)… un trait distinctif : tous ces grou- (ex-communiste) et surtout du pJD (islamiste), dont sonnes ! Le personnage comme son discours illus- l’a constaté en Égypte et en tunisie. pes ont redoublé d’imagination pour employer des les dissensions ont gagné les instances dirigeantes. trent bien la mutation que nous venons d’évoquer. Quels enseignements les révolutions arabes modes d’action ingénieux. or les blogueurs et les Les nouveaux acteurs, contrairement à une autre il refuse au roi le titre de majesté et interpelle plus apportent-elles à la recherche sur l’islam facebookers viennent de ces mouvements. Contrai- idée reçue, ne sont pas dépourvus de culture poli- le chef de l’État que le commandeur des croyants et les sociétés musulmanes ? rement à une idée répandue, on n’a pas affaire à une tique. ils sont de grands consommateurs de Wiki- en exigeant avec une certaine naïveté et une forte > Les paradigmes qui structurent l’imaginaire poli- génération spontanée, mais à une génération qui a pédia et de toute une série de ressources disponi- conviction qu’il lutte contre les maux de la société tique ont connu des ruptures, des déplacements ma- déjà une histoire et qui a établi des connexions avec bles sur le net : infos, archives, vidéos, photos… marocaine : corruption, affairisme, népotisme, ho- jeurs. pour la plupart des théologiens et des penseurs les petits partis de gauche, les onG et les associa- abreuvés à une culture du mixage, ils ne se sou- gra (« humiliation »)… Dans son discours chargé classiques arabes, la « multitude » ne saurait être tions (association marocaine des droits de l’homme, cient pas de l’origine des idées mais de leur utilité de colère, des critiques sans concession se mêlent source que de désordre. Les termes qui la désignent attac, Forum social…). pratique. ils ne s’embarrassent pas de cohérence à l’amour du pays et du roi. attaqué très violem- en arabe sont édifiants : ghawgha’ (« bruit », « caco- au sein de cette génération, on trouve aussi d’an- doctrinale et vont à l’essentiel. Le meilleur exemple ment, il a dû préciser sa position en déclarant que phonie ») ou dahma’ (« ténèbres »), on n’est pas très ciens du mouvement islamiste al adl wal ihsane réside dans les admonestations à l’adresse du roi : la monarchie est pour lui un choix dicté par la loin de la « rue arabe ». De la rue, de la foule ne peut de Cheikh abdessalam Yacine. ils s’en sont éloignés « Majesté, on t’aime mais on veut des réformes ! » raison et l’intérêt national. Cette attitude retient provenir que la fitna : désordre, discorde, chaos. et parce qu’ils se sentaient à l’étroit dans une orga- Discours impensable voilà dix ans : les positions l’attention : elle est, sous le ciel marocain, parfai- pour l’éviter, il est recommandé de composer avec nisation classique, imposant une loyauté exclusive étaient tranchées, pour ou contre. tement inédite. la tyrannie. tout vaut mieux que la fitna. D’ailleurs, incompatible avec une logique de réseaux. on ren- Mohamed Alouini, l’étudiant à New York qui Au-delà, plus globalement, peut-on parler les oulémas saoudiens viennent d’émettre une fatwa contre encore des militants du mouvement amazigh a adressé un message au roi sur YouTube le d’une nouvelle perception de la monarchie ? pour bannir toute manifestation et préconiser le ta- ou des jeunesses des partis qui n’apprécient guère la lendemain du 20 février, sort du lot… > La légitimité historique et religieuse de la mo- nasoh, le bon conseil… dont ils ont le monopole. frilosité de leurs directions respectives. C’est le cas de > La vidéo, qui dure sept minutes, a fait l’événe- narchie mise en exergue dans les années 1970-198058 La revue n° 11 Avril 2011 Avril 2011 La revue n° 11 59
  5. 5. EN COUVERTURE par Hassan ii n’est plus la seule référence et en tout Qu’en est-il des affaires ? Peut-on concilier cas ne paraît plus suffisante. pendant longtemps, la fonction d’entrepreneur et la charge de l’opposition (de gauche) considérait à tout le moins chef d’État sans verser dans les abus ? implicitement que l’objectif démocratique s’accom- > Le 20-Février a révélé l’incompatibilité aux yeux modait peu de la monarchie. L’adhésion de tous de l’opinion entre affaires et politique. Ce qui se à la Constitution de 1996 a profondément modi- disait à voix basse apparaît aujourd’hui comme une fié la question institutionnelle. Désormais, la mo- revendication unanime. on pense que la sauvegarde narchie n’était plus en cause. Le « gouvernement de la monarchie passe par sa neutralité dans les d’alternance » dirigé par le socialiste abderrahmane affaires. on parle de conflits d’intérêt au sommet Youssoufi a consacré cette évolution majeure. or de l’État et de risques sérieux d’abus de position. le consensus est en train de s’effriter. Les débats Certains avancent une solution toute prête : le roi serait un actionnaire pas- « On reste attaché à une culture sif s’interdisant toute position monopolistique et qui, par sa impériale qui confère au roi le soin de présence symbolique dans l’éco- nomie, jouerait le rôle de levier, gérer et d’entretenir la diversité. » à l’instar des fonds souverains. en outre, grâce à ce statut, il autour du 20-Février sont passablement instructifs. pourrait préserver les entreprises concernées des on ne discute pas de la nature de la monarchie mais abus de l’administration et de la justice. de son efficacité, ce n’est pas le régime qui est en Peut-on concevoir des passerelles, des cause mais la gouvernance. Désormais, aux yeux connivences entre le Palais et les facebookers des Marocains, la monarchie puise sa force et sa (comme autrefois avec les gauchistes) ? raison d’être davantage dans son utilité que dans > C’est très possible si l’on se réfère à la capacité de l’Histoire ou l’islam. on a affaire ici à ce que Max la monarchie marocaine à se nourrir de la dissiden- Weber appelle une « demande de légitimité ration- ce. un mot d’histoire : les monarques ont plus d’une nelle » qu’il met au centre du gouvernement fondé fois cédé sur leur pouvoir effectif pour préserver sur la Constitution et l’État de droit. leur pouvoir symbolique. Le sultan renonçait à le- Quand on interroge les Marocains, surtout ver l’impôt, différait ou anticipait les réformes pour les plus humbles, ils ne demandent pas trouver un terrain d’entente avec ses adversaires moins de roi, mais davantage de roi… entrés en siba (« dissidence »), mais il régnait autant > pour tout le monde, le roi est perçu comme un sur le blad makhzen, les régions qui acceptaient son recours au-dessus de la mêlée et on accepte mal qu’il autorité, que sur le blad siba, celles qui la refusaient. soit associé à un parti, une ethnie ou une concep- Ce qu’a fait Mohammed vi le 9 mars est en parfaite tion de la religion. on reste attaché à une certaine harmonie avec une tradition séculaire. culture impériale qui confère à la monarchie le soin Diriez-vous que les facebookers sont la siba de gérer la diversité et même de l’entretenir, quitte d’aujourd’hui ? à prendre des risques pour être en avance sur la > Je me méfie de ce mot. Mais le fait que les nou- société. Dans les critiques entendues, on retrouve veaux acteurs possèdent une certaine expérience poli- la volonté de préserver la monarchie. il faut dire tique les encourage à traiter avec le pouvoir. La capa- que la notion de « monarchie exécutive » en vogue cité d’anticipation de la monarchie fera le reste. depuis le début du règne fragilise l’institution parce D’où vient la popularité de Mohammed VI ? qu’elle crée un consensus mou autour des questions > Sa jeunesse, son style, sa proxi- DÉCORUM essentielles (tout le monde est d’accord avec le roi), mité… il cherche, lui, plus à être Cérémonie encourage l’irresponsabilité, brouille les repères en- aimé qu’à être craint, et on le lui d’allégeance tre majorité et opposition, ôte toute signification rend bien. on n’imagine pas une à Rabat, en JaLiL bounHaR/ap/Sipa au jeu politique. Résultat : le discours dominant révolte contre lui, et les contesta- juillet 2004. À emprunte beaucoup au populisme : le roi est bon, taires les plus radicaux pensent et gauche, Moulay c’est l’entourage qui est pourri. Comme sont pourris disent qu’une révolution ne pour- Rachid portant le le gouvernement, le parlement, les partis… rait se faire qu’avec lui. n prince héritier.60 La revue n° 11 Avril 2011 Avril 2011 La revue n° 11 61

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