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APPLI>SOCIÉTÉ
LA RECHERCHE
APPLIQUÉE
Dix projets emblématiques
HYPERLIEN
ACADÉMIE ET
INDUSTRIE
Dix ans de partenariats
 
STRATÉGIES
PROSPECTIVE
Imaginer la recherche
de demain
2012
132008
18
plug’inMAGAZINE
DIX ANS DE RECHERCHE 	 AU CENTRE INRIA BORDEAUX _ SUD-OUEST
SOMMAIRE
	4.	 Dix ans de partenariats
	6.	 Une référence mondiale en sciences du numérique
	8.	 L’équipe-projet Inria
	10.	 Recherche : 4 axes d'expertise à Inria Bordeaux — Sud-Ouest
	12.	 Dix années de découvertes
	15.	 Inventons le monde numérique
	19.	 Objet d’attention(s)
	20.	 Avenir doré pour matière grise
	23.	 La planète comme terrain de jeu
	25.	 Le numérique, au cœur des enjeux de notre société
En couverture et solution marque-page
Simulation de l’écoulement turbulent dans une chambre de combustion aéronautique. En bas : champ de
température. En haut : maillage adapté. Le raffinement local du maillage permet de capturer de manière
plus précise la complexité des champs turbulents présents dans la chambre de combustion. Cela avec un
coût de calcul beaucoup plus faible par rapport à une simulation utilisant un maillage raffiné partout. Ces
images ont été générées dans le cadre du projet AMDECC associant Safran Tech, Inria Bordeaux – Sud-Ouest
(équipe CARDAMOM) et le CORIA (UMR6614 CNRS Université de Rouen et Insa Rouen). Le projet a reçu
en 2018 le Prix de la Collaboration lors des Trophées de la Simulation Numérique organisés par Teratec et
l’Usine ­Digitale. Cette visualisation est issue d'une simulation rendue possible grâce à la plate-forme Mmg,
dont l'instigatrice et principale contributrice fut Cécile Dobrzynski, maître de conférences à l'école ENSEIRB-­
MATMECA de Bordeaux INP et membre de l’équipe Inria CARDAMOM, qui nous a quitté en 2018. Le Prix
Teratec et cette couverture lui sont dédiés. Images © Safran Tech
I
nria investit en Nouvelle-Aquitaine depuis plus
de quinze ans pour développer des recherches
d’excellence en sciences du numérique et des
actions de transfert technologique vers l’écosys-
tème régional. En 2002, Bordeaux était avec Lille
et Saclay l'un des sites constitutifs de l'unité de
recherche "Futurs". Le 1er janvier 2008, le centre
Inria Bordeaux — Sud-Ouest est devenu un centre
de recherche de plein exercice, avec des équipes-
projets localisées à Talence et à Pau. Ce numéro
spécial de Plug'In s'inscrit dans une série de célé-
brations des dix années écoulées depuis.
Vous trouverez dans ce magazine quelques
éléments historiques, un rappel de ce qui constitue
l'ADN du centre et une présentation des quatre grandes thématiques sur lesquelles s'est
concentrée son activité scientifique. Vous y trouverez des exemples emblématiques des
recherches menées depuis dix ans, des collaborations sur lesquelles elles se sont appuyées et
de leur impact économique et sociétal. Vous y trouverez enfin des témoignages de membres
actuels de nos équipes de recherche et services d'appui, ainsi que quelques éléments de
prospective.
Le modèle équipe-projet d'Inria pousse les scientifiques à se questionner régulièrement sur
les recherches à mener, les moyens nécessaires, l'impact potentiel et les bons partenaires pour
y arriver. Au moment où nous célébrons les résultats obtenus depuis une quinzaine d'années,
il me semble important de réfléchir aussi à la place et au rôle du centre Inria Bordeaux —
Sud-Ouest dans les écosystèmes bordelais, palois et néoaquitain de la recherche, du transfert
et de l'innovation. Au plaisir d'échanger avec vous sur ces sujets lors de nos prochaines
rencontres !
Nicolas Roussel
Directeur du centre de recherche Inria Bordeaux _ Sud-Ouest
ÉDITO
HYPERLIEN
4
MAGAZINE HORS
SÉRIE
Quelles raisons avaient motivé la création d’un
centre Inria dans le Sud-Ouest ?
CK : Ce choix s’expliquait par l’excellence de la recherche ré-
gionale en mathématiques et en informatique et par le fort
soutien du conseil régional d’Aquitaine et des partenaires
académiques locaux. Entre 2002 et 2007, les premières
équipes-projets communes ont été créées avec le CNRS,
les universités de Bordeaux et de Pau et leurs laboratoires
de mathématiques et d’informatique (IMB, LaBRI, LMAP). La
naissance officielle du centre a amplifié ces collaborations
et les a étendues aux partenaires industriels. Fin 2008,
Inria Bordeaux — Sud-Ouest comptait déjà plus de 120 per-
sonnes (dont trois quarts de chercheurs et chercheuses) et
15 équipes-projets.
En quoi cela a-t-il changé la donne pour la recherche
régionale ?
CK : Le centre a renforcé le rayonnement scientifique de la
région dans trois domaines : le calcul à haute performance
et les systèmes parallèles, la simulation et la visualisa-
tion, les systèmes formels. Nous partagions ces champs
de recherche avec nos partenaires académiques en infor-
matique et mathématiques. Avec les chercheurs et cher-
cheuses de la santé ou de l’aéronautique, la collaboration a
demandé plus de temps avant de se concrétiser en trans-
ferts industriels de tout premier plan.
Quels exemples vous viennent en tête ?
CK : La diversité de nos collaborations est telle que faire
un choix est forcément restrictif… Je citerais les recherches
sur la robotique ‘développementale’ et ses applications
dans l’éducation ; le calcul à haute performance avec le
CEA ; les travaux menés avec Total sur la recherche d’hy-
drocarbures ou avec des physiciennes et physiciens de
l’université de Pau et le groupe Safran sur la modélisation
des turbulences dans les turbines d’hélicoptères. Avec
l’Institut Bergonié, dix ans ont été nécessaires pour
passer de recherches mathématiques sur les écoulements
visqueux à la modélisation de l’évolution du cancer du
poumon. Le résultat en est remarquable. Et conforme à la
raison d’être d’Inria : l’excellence des sciences et technolo-
gies du numérique au service de l’intérêt général.
DIX ANS DE PARTENARIATS
COMMENT S’EST CONSTRUIT LE CENTRE
INRIA BORDEAUX — SUD-OUEST ?
LE POINT DE VUE DE CLAUDE KIRCHNER,
DIRECTEUR DE RECHERCHE ÉMÉRITE,
PREMIER DIRECTEUR DU CENTRE INRIA
BORDEAUX _ SUD-OUEST
5
HYPERLIEN
Quelle est la raison d’être de la collaboration entre
Total et Inria Bordeaux — Sud-Ouest ?
HC : Il est stratégique dans nos explorations d’améliorer
sans cesse les méthodes qui facilitent la découverte de
nouveaux gisements de pétrole. Au début des années
2000, notre Centre Scientifique et Technique Jean Feger a
débuté une collaboration avec Hélène Barucq et l’équipe-
projet MAGIQUE 3D de Pau. Nous souhaitions que ces
chercheurs et chercheuses, expertes et experts en calculs
scientifiques 3D appliqués notamment à la propagation
d’ondes, puissent élaborer de nouvelles méthodes numé-
riques, afin d’améliorer la simulation et l’étude d’images
géologiques complexes – des sols montagneux, des fonds
marins…
Comment ce partenariat a-t-il évolué ?
HC : Les trois premières années ont confirmé la perti-
nence de ce champ d’études, à travers plusieurs thèses. À
compter de 2008, le partenariat est entré dans une dimen-
sion supérieure via l’accord-cadre ‘Dip’, cofinancé par nos
deux entités. Au-delà de la collaboration avec Magique
3D, nous avons pu confier à des équipes d’Inria Bordeaux
et Sophia-Antipolis des recherches dans des domaines
complémentaires, tels que les méthodes de calcul à haute
performance ou encore l’algèbre linéaire. Cette forme de
partenariat est extrêmement souple et performante pour
faire de la recherche appliquée.
Quel bilan tirez-vous de ce rapprochement de longue
durée ?
HC : C’est un succès et une excellente alliance. Il est facile
de travailler avec Inria car nous parlons le même langage,
en termes scientifiques (les méthodes de simulation nu-
mérique en sismologie) comme en termes d’applications
industrielles. La qualité scientifique d’Inria engendre des
approches innovantes qu’il aurait été plus long et plus
difficile de mettre au point avec nos seules équipes de
recherche et développement. Au fil du temps, quatre cher-
cheurs et chercheuses d’Inria ont été embauchés par Total
après leur thèse ou leur postdoctorat. Et actuellement, nos
géoscientifiques finissent d’optimiser les programmes de
maillage numérique élaborés par Inria.
LE POINT DE VUE D’HENRI CALANDRA,
EXPERT EN MÉTHODES NUMÉRIQUES
ET CALCUL HAUTE PERFORMANCE
CHEZ TOTAL
.ZIP
6
MAGAZINE HORS
SÉRIE
Une référence mondiale
en sciences du numérique
INRIA, ACTEUR CLÉ DE LA RECHERCHE EN FRANCE
1967 marque la naissance d’Inria. Un demi-siècle
plus tard, l’institut est reconnu à travers le monde
comme un "façonneur" d’innovations. Sa marque de
fabrique ? Décliner les recherches numériques les
plus pointues en technologies utiles à la société
comme aux entreprises, et ce dans de nombreux
domaines : santé, transports, énergie, communica-
tion, aéronautique, sécurité, villes évoluées, usine du
futur…
Cette aptitude repose sur la grande liberté offerte
aux chercheurs et aux chercheuses et sur un
mode d’organisation ouvert, celui d’équipes-pro-
jets qui rassemblent des savoirs complémentaires :
scientifiques provenant des meilleures universités
mondiales, partenaires industriels et académiques.
Inria dessine ainsi les contours d’une vie numérique
d’utilité publique : conduire une recherche de pointe
en informatique et mathématiques ; assurer un
transfert de connaissances et de compétences vers
les entreprises, depuis les grands groupes jusqu’aux
PME ou via la création de jeunes pousses ; favoriser
l’appropriation de ces avancées technologiques par
le grand public grâce à des actions de médiation
scientifique.
Depuis 1975, Inria s’est étendu au-delà de son im-
plantation d’origine, Rocquencourt, pour créer des
centres de recherche à Rennes, Sophia Antipolis,
Nancy, Grenoble. En 2002, nait l’unité de recherche
"Futurs", localisée dans trois régions particulièrement
prometteuses. Après six années d’incubation, 2008
marque l’officialisation des trois nouveaux centres :
Bordeaux — Sud-Ouest, implanté sur les campus de
Bordeaux-Talence et de Pau ; Lille — Nord Europe,
et Saclay — Île-de-France. Chaque centre travaille
en interaction constante avec le siège et les autres
centres, s’enrichissant de la diversité des recherches
et de la mobilité des scientifiques.
4 500 publications scientifiques par an
2 400 collaborateurs et collaboratrices
représentant 102 nationalités
410 brevets enregistrés
231 M€ de budget
(25 % de ressources propres)
183 équipes-projets
140 entreprises créées
126 logiciels déposés
Chiffresarrêtésmai2018
7
.ZIP
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
INRIA BORDEAUX — SUD-OUEST . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
LA RECHERCHE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
LE TRANSFERT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
LA MÉDIATION SCIENTIFIQUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
29%
des personnels
Inria sont
des femmes
(moyenne
sur 10 ans)
207
membres du personnel
dont 86 chercheurs
et chercheuses
confirmés et 75 jeunes
chercheurs et jeunes
chercheuses,*
en 2008
Âge moyen
326
membres du personnels
dont 116 chercheurs
et chercheuses confir-
més et 114 jeunes
chercheurs et jeunes
chercheuses, *
en 2018
EN 10 ANS…
EN 10 ANS…
EN 10 ANS…
CHAQUE ANNÉE
AUJOURD’HUI
281 thèses
soutenues
4 bourses ERC*
obtenues
EN 2018
nos scientifiques rencontrent
plus de 1000 élèves
*Dont doctorants et post-doctorants
*ERC : Conseil européen de la recherche
34ans
40ans
36ans
2008	2012	 2018
Création de
10 start-up Inria ou
start-up basées sur des
technologies du centre
18
familles de
brevets
déposées
Collaborations avec
94entreprises dont 33
PME (en France et à l’étranger)
185 contrats
passés avec
le monde
industriel
58logiciels déposés à l’APP
(Agence de protection des programmes)
42 pays
collaborent
avec le centre
43
nationalités
différentes
200	 personnels Inria
126	 personnels partenaires
230	 chercheurs et chercheuses
44	 ingénieures et ingénieurs
52
	 personnes à des fonctions
	support
FIGURES LIBRES
8
MAGAZINE HORS
SÉRIE
L’ÉQUIPE-PROJET INRIA,
EMBLÉMATIQUE DE
SA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Le cadre comme liberté. Paradoxal au premier abord, ce paradigme fondateur correspond
bien au fonctionnement des centres Inria. « Les équipes-projets constituent le socle de
nos recherches. Nous limitons délibérément leur durée à 12 ans, avec une évaluation
tous les 4 ans, afin de maintenir la stimulation et le renouvellement. Au terme du projet,
l’équipe aura exploré et approfondi des connaissances scientifiques, développé des
transferts vers des entreprises ou des établissements publics » ,
résume Nicolas Roussel, directeur du centre Inria Bordeaux — Sud-Ouest.
Proposition individuelle,
validation collégiale
Une équipe-projet naît de la volonté d’une person-
nalité scientifique d’explorer un champ d’études en
particulier. Entre son idée première et la constitution
d’une équipe de dix à trente personnes, une année
est nécessaire — au minimum — afin de valider la
pertinence du projet, détaillé dans un document
d’intention.
« C’est un processus collégial, en concertation avec
le délégué scientifique du centre, la commission
d’évaluation scientifique d’Inria, nos partenaires
académiques et des
experts internationaux,
précise Nicolas Roussel.
Le modèle équipe-pro-
jet garantit une grande
liberté de recherche, tout
en ciblant des domaines
qui font progresser
la science et recèlent
un potentiel d’applica-
tions.  » L’horizon de
temps étant fixé par
avance, le porteur ou la
porteuse du projet sait
qu’il est déterminant de
choisir avec soin les par-
tenaires et personnes
qui participeront à ses
recherches.
Diversité
Avant même la création du centre Bordeaux — Sud-
Ouest, les premiers établissements partenaires
d’Inria en région étaient le CNRS, l’université de
Bordeaux, Bordeaux INP et l’université de Pau et
des pays de l’Adour. Des équipes communes ont
ensuite été créées avec l’ENSTA ParisTech, l’Insti-
tut d’optique, l’Inserm et l’Inra, et des liens se sont
tissés avec différents acteurs de la recherche, de la
santé, de l’économie et de l’innovation, à l’échelle de
la Nouvelle-Aquitaine*.
Cycle de vie
Les équipes-projets re-
groupent un ensemble
de chercheurs et de
chercheuses, de docto-
rantes et de doctorants,
d’ingénieures et d’ingé-
nieurs autour d’un ou
d’une responsable. Inria
Bordeaux — Sud-Ouest
compte aujourd’hui
dix-huit équipes-pro-
jets et trois "équipes".
Ce statut, temporaire,
marque le début ou la
fin du cycle de vie d’une
équipe-projet.
8
MAGAZINE
8
9
Lorsqu’une équipe-projet s’arrête, ses membres
peuvent se répartir dans d’autres équipes-pro-
jets existantes ou en
proposer une nouvelle.
« L’arrêt avant la limite
des douze ans résulte
généralement de la
volonté des membres
de l’équipe-projet de
réorienter leurs re-
cherches, ou du départ
de sa ou son respon-
sable vers une autre
structure publique ou
privée » explique Nicolas
Roussel. « La réorienta-
tion peut être motivée
par des résultats remar-
quables, par l’émergence de nouveaux champs
de recherche ou par de nouvelles perspectives de
transfert par exemple. »
Des soutiens cruciaux
Les chercheurs et chercheuses d’Inria se consacrent
d’autant mieux à leur cœur de métier que huit
services transverses sont mobilisés en appui : assis-
tance aux équipes de recherche, expérimentation et
développement, administratif et financier, transfert
- innovation et partenariats, informatique, services
généraux, communication et médiation, ressources
humaines.
Ces services regroupent
près d’une cinquantaine
de salariés exerçant
des métiers divers  tels
qu’assistant d’équipe ou
de service, ingénieure,
chargé de budget,
chargée de contrats
de recherche, juriste,
acheteuse, chargé
de partenariats et de
projets d’innovation,
administratrice réseaux,
technicien des services
généraux, chargée de
communication, chargé de ressources humaines.
* Dont le CHU de Bordeaux, l’Institut Bergonié et le Vaccine
Research Institute ; Total, le CEA/Cesta, EDF, Airbus ; Digital
Aquitaine, Aquitaine Robotics et le cluster EdTech ; le CATIE,
Aquitaine Science Transfert, l’IRA, Bordeaux Unitec, Tech-
nowest et French Tech Bordeaux ; les pôles Aerospace Valley
et Alpha-RLH ; Cap Sciences…
De formation scientifique, les six ingénieures et
ingénieurs de ce service participent aux projets
dès leur origine, aux côtés des scien-
tifiques. Ils apportent une expérience
et une expertise essentiellement
en génie logiciel, mais aussi en élec-
tronique. Ils expérimentent de nou-
veaux programmes, diffusent les connaissances
et les bonnes pratiques du codage au travers
de la veille, des formations et des séminaires. Ils
assurent la qualité et la vision à long
terme des logiciels développés par le
centre. Leur culture scientifique et
leur expérience dans le suivi de pro-
jets constituent un liant et un soutien
important pour les équipes de recherche.
Agir en liant la
recherche et
­l'ingénierie
9
SERVICE EXPÉRIMENTATION ET DÉVELOPPEMENT:
UNE EXPÉRIENCE ET UNE EXPERTISE ESSENTIELLES AUX ÉQUIPES-PROJETS
FIGURES LIBRES
INTÉGRALE
10
MAGAZINE HORS
SÉRIE
Modélisation, calcul intensif
et architectures parallèles
De la modélisation au calcul intensif, il existe un
continuum de compétences et d’expertises entre les
travaux de recherche en mathématiques appliquées
et en informatique pour simuler fidèlement des phé-
nomènes complexes sur les ordinateurs.
La modélisation permet de représenter une situa-
tion réelle par un ensemble d’équations, traduites
ensuite en opérations algébriques simples. Les
résultats des simulations sont obtenus en utilisant
des algorithmes de résolution efficaces qui sont
conçus et implémentés sur des machines comptant
des centaines de milliers de cœurs de calcul.
Les applications issues de ces recherches per-
mettent d’aider à la compréhension, à la concep-
tion, à la décision et au contrôle dans des domaines
comme l’aéronautique, la géophysique, les énergies
renouvelables ou la cryptologie. La modélisation
de la propagation des ondes sert par exemple à
caractériser les propriétés des sous-sols ou à pré-
voir l’effet des tsunamis. L’étude de l’écoulement
des fluides permet d’optimiser le profilage de pales
d’éoliennes ainsi que les performances de moteurs.
Les défis actuels visent la simulation sur des ordi-
nateurs exascale, la conception de modèles numé-
riques multiphysiques et multiéchelles fiables, précis
et robustes, la convergence entre modèles et don-
nées par l’apprentissage pour obtenir des simula-
tions en temps réel.
Gestion des incertitudes
et optimisation
Comprendre, prévoir et gérer les opérations, les
systèmes complexes, les réseaux et les signaux,
requiert des approches de modélisation mathéma-
tique et des méthodes numériques de résolution.
Les approches stochastiques permettent de tenir
compte de facteurs aléatoires et changeants, esti-
mer la fiabilité et les risques permet de gérer l’incer-
titude, qu’elle soit liée aux données ou au modèle
utilisés. La prise en compte de modélisations proba-
bilistes issues de la physique est alors particulière-
ment utile.
Des outils avancés de contrôle, d’aide à la décision
et d’estimation sont essentiels pour aborder les
applications issues de partenariats industriels et
académiques : planification des tâches, répartition
de charge sur un réseau de serveurs en cloud com-
puting, maintenance prédictive industrielle, calcul
de trajectoires et d’itinéraires complexes, optimisa-
tion de la découpe et du remplissage, analyse des
signaux en astrophysique, reconnaissance en parole
pathologique, signaux biophysiques…
Bientôt, l’intégration au fil de l’eau de nouvelles don-
nées, réelles ou estimées, permettra de réoptimiser
les modèles en temps réel à l’aide de l’apprentissage
statistique. Les systèmes experts d’aide à la déci-
sion pourront mieux seconder les humains grâce à
une meilleure modélisation de l’incertitude.
RECHERCHE : 4 AXES D'EXPERTISE
À INRIA BORDEAUX — SUD-OUEST
11
INTÉGRALE
Modélisation et simulation
pour la santé et la biologie
Modéliser la complexité du corps humain, avec ses
processus physiologiques et pathologiques, est un
véritable défi. Mathématiques appliquées, statis-
tiques, algorithmique, calcul scientifique sont parmi
les disciplines sollicitées dans ce but. Le transfert
technologique y tient une place centrale et des liens
étroits ont été noués avec les expertes et experts
des domaines applicatifs.
Nos chercheurs et chercheuses travaillent avec des
médecins et biologistes, y compris au sein d’éta-
blissements hospitaliers. Cette synergie favorise la
créativité et la réflexion autour d’applications direc-
tement utiles aux professionnels de santé et in fine
aux patients : recueillir les signaux électriques car-
diaques de façon non invasive, mieux évaluer l’évo-
lution d’une tumeur ou l’efficacité d’un traitement
anticancéreux, modéliser la réponse immunitaire
pour anticiper l’évolution d’une maladie ou l’effet
d’un vaccin…
Ces travaux conduisent également à des recherches
plus fondamentales sur le processus de mémori-
sation, la biodiversité ou sur des méthodes réu-
tilisables dans d’autres domaines notamment en
modélisation, assimilation de données ou appren-
tissage.
Humain et numérique :
interaction, adaptation
et visualisation
Comprendre l’humain pour l’accompagner dans ses
activités tout au long de sa vie : éducation, création
artistique, travail physique, situations de handicap…
L’approche centrée utilisateur débute par une étude
des capacités du corps et du cerveau du public visé,
et de l’environnement dans lequel ce dernier évolue,
pour définir des systèmes numériques interactifs
adaptés aux tâches visées.
Imiter la curiosité de l’enfant permet de créer des
systèmes interactifs apprenants, robots ou logi-
ciels. En regardant comment bouge le corps, on peut
designer des systèmes de cobotique qui secondent
l’humain dans ses tâches physiques. Étudier le fonc-
tionnement du cerveau permet de concevoir des in-
teractions pertinentes pour l’éducation ou la santé.
Enfin analyser notre perception de la lumière, des
formes et des matières aide à réaliser des dispositifs
de synthèse d’images, de réalité augmentée ou de
réalité virtuelle.
Placer l’humain au cœur des recherches en sciences
du numérique conduit à de nouvelles façons d’inte-
ragir dont chacun ou chacune pourra s’emparer pour
apprendre, comprendre, travailler, créer ou se diver-
tir et remettre le monde numérique au service du
citoyen.
APPLI > SOCIÉTÉ
12
MAGAZINE HORS
SÉRIE
L’équipe-projet FLOWERS
étudie les mécanismes d’ap-
prentissage autonome chez
l’humain et les machines. Ici,
des robots sont utilisés pour
modéliser l’apprentissage
dirigé par la curiosité chez
les enfants. Ces modèles
d’intelligence artificielle
aident à mieux comprendre
l’intelligence naturelle. La
plateforme robotique Poppy
est aussi un outil pédago-
gique devenu une référence
dans le monde éducatif.
La modélisation des signaux
électriques du cœur, de
l’échelle de la cellule à
celle de l’individu, permet
à l’équipe-projet CARMEN
d’améliorer les connais-
sances et les traitements
des troubles du rythme ou
de la conduction cardiaques.
L’équipe-projet est partie
prenante de l'institut hos-
pitalo-universitaire LIRYC,
L'Institut de RYthmologie et
modélisation Cardiaque de
Bordeaux.
DIX ANNÉES DE DÉCOUVERTES
Chez Inria, recherche et transfert technologique avancent main dans la main. Comme dans
toute discipline scientifique, les travaux conduits en sciences du numérique peuvent durer
de longues années avant de porter leurs fruits, mais en dix ans d’existence le centre Inria
Bordeaux – Sud-Ouest a déjà donné naissance à plusieurs réalisations emblématiques. Mieux
comprendre l’être humain et savoir le seconder, venir en aide à la médecine au bénéfice des
patients et des praticiens, modéliser le monde qui nous entoure afin de le comprendre, étu-
dier des signaux complexes et aléatoires pour pouvoir découvrir de nouvelles informations…
Autant de prouesses scientifiques qui trouvent des usages dans notre quotidien.
13
APPLI > SOCIÉTÉ
Le calcul haute performance est à la base d'un
nombre important de projets du centre. Pour
les conduire plus efficacement, l’équipe-projet
STORM a créé StarPU, une brique logicielle
fournissant une vision unifiée de toutes les
infrastructures disponibles au calcul, favori-
sant ainsi la performance et la portabilité des
opérations.
Les travaux de l’équipe-projet PHOENIX en
vue d’améliorer le quotidien des personnes
âgées ont donné naissance au projet
­DomAssist, plateforme d’assistance
numérique pour le maintien à domicile, puis
à la start-up UT4H. Des capteurs de mouve-
ment ou de consommation électrique, une
tablette : un dispositif simple et rassurant
pour nos aînés.
Les images satellites apportent de précieux ren-
seignements pour la surveillance environnemen-
tale : végétation, inondations, courants marins...
mais les compromis opérationnels ne permettent
pas toujours une résolution optimale des images.
L'équipe-projet GEOSTAT a conçu des algo-
rithmes pour augmenter la résolution des images
océaniques, à partir des propriétés physiques de
la turbulence, ainsi que des images terrestres,
par extrapolation des détails venant des bandes
de fréquences à plus haute résolution.
La propulsion aéronautique est un des
domaines d’application privilégiés de l’équipe-
projet CAGIRE. L'étude des écoulements tur-
bulents en proche paroi au sein de la chambre
de combustion d'un réacteur, un phénomène
multi-échelle complexe à modéliser, permet de
concevoir des moteurs plus efficaces et moins
polluants qui répondent à un double enjeu
économique et environnemental.
APPLI > SOCIÉTÉ
14
MAGAZINE HORS
SÉRIE
Hobit, pour Hybrid Optical Bench for Inno-
vative Teaching, est issu des travaux de
l’équipe-projet POTIOC en collaboration avec
des physiciens et électroniciens de l’université
de Bordeaux. Ce dispositif exploite le numé-
rique et la réalité augmentée afin de simuler
et d'augmenter des expériences d’optique et
permet ainsi de diminuer drastiquement les
coûts liés aux dispositifs classiques, tout en
favorisant grandement les apprentissages
grâce à l’aide pédagogique intégrée.
L’équipe-projet MONC cherche à comprendre
l’évolution des tumeurs à partir de données
cliniques et d’imagerie médicale, de modèles
mathématiques et d’intelligence artificielle.
Son objectif est d’évaluer l’agressivité d’une
tumeur et sa réponse aux traitements afin
d’améliorer le suivi des patients et la prise de
décision des médecins.
Comment améliorer les outils de prévision de
l’impact des tsunamis sur les côtes ? Dans le
cadre du projet Tandem soutenu par le pro-
gramme "investissements d’avenir" (PIA RSNR),
l'équipe-projet CARDAMOM et dix partenaires*
conçoivent des outils avancés de simulation pour
comprendre, prévoir, quantifier et localiser les
risques liés à ces phénomènes dévastateurs.
* www-tandem.cea.fr
Le travail commun de l'équipe-projet
MANAO avec des archéologues du CEAlex et
­d'Archéovision a fait revivre des colosses du
Phare d’Alexandrie. Les outils 3D développés
dans ce contexte permettent de modéliser le
patrimoine culturel, de le restituer et de l'enri-
chir visuellement. Ces outils utiles aux scienti-
fiques le sont aussi pour la communication et,
par leurs aspects ludiques et pédagogiques,
pour les musées.
15
VALEURS DISCRÈTES
INVENTONS LE MONDE NUMÉRIQUE 
Que nous évoque le numérique  ? Des
ordinateurs, des tableaux de calculs, des
écrans… En réalité, ce sont avant tout
des femmes et des hommes qui usent
de leur matière grise pour imaginer,
concevoir, relever des défis, se projeter
vers l’avenir. Mais aussi organiser,
vulgariser, contractualiser, créer
des liens. La recherche et les activités
d’appui scientifique constituent les deux
faces d’une même réalité, celle de plus de
trois cents vingt collaborateurs qui s’im-
pliquent dans le même objectif, quelles
que soient leurs origines et trajectoires
professionnelles. Démonstration en six
portraits.
VALEURS DISCRÈTES
16
MAGAZINE HORS
SÉRIE
DAVID
DANEY
UN MÉTIER TOUT SAUF ROBOTISÉ
Il est des vocations précoces. Dès
le collège, ­David ­Daney se rêvait en
scientifique. Vœu accompli une dé-
cennie plus tard, avec l’obtention
d’une thèse en robotique menée
à Inria. «  Comme tout chercheur,
j’ai une passion pour la réflexion
profonde, la logique, la recherche
de solutions ». Cette soif intellec-
tuelle est doublement étanchée  :
par la liberté de recherche vécue
dans le cadre du projet d’équipe et
par la compétition mondiale sur la
robotique.
En 2013, David rejoint le Centre
Inria Bordeaux — Sud-Ouest où il
créé en 2017 une nouvelle équipe :
AUCTUS. « Chacune de mes jour-
nées est différente, de l’organisa-
tion de conférences au montage
d’expérimentations robotiques
grandeur nature, de commissions
scientifiques à la rédaction d’ar-
ticles de recherche, de la fabrica-
tion de prototypes aux rencontres
avec des industriels, d’échanges
avec des ergonomes, des méde-
cins ou des juristes au manage-
ment d’une équipe de douze per-
sonnes… ».
David Daney vit cette diversité du
présent tout en se projetant en
permanence dans le futur de la
"cobotique", cette robotique inspi-
rée par et adaptée aux comporte-
ments humains.
Chacune de mes
journées est
différente
SOLENNE
DELAHAYE
GAGNÉE PAR LE VIRUS DE
LA BIO-INFORMATIQUEE
"Ingénieure bio statisticienne
spécialisée en santé publique".
L’énoncé de son métier sem-
blerait ronflant à qui ne connait
l’humble personnalité de Solenne
Delahaye. À vingt-cinq ans, diplô-
mée d’un master II de biologie
et d’informatique, cette jeune
parisienne choisit de s’installer à
Bordeaux, par goût du Sud et de
l’océan. Elle y intègre l’équipe-
projet SISTM, cofondée par l’uni-
versité de Bordeaux, l’Inserm et
Inria Bordeaux — Sud-Ouest.
Son cadre de travail : l’Isped*, à
proximité du centre hospitalier
universitaire de Bordeaux - et aus-
si, plusieurs fois dans l’année, le
centre Inria de Talence lors de réu-
nions ou de conférences. Son rôle ?
« Je réalise des traitements statis-
tiques sur les gènes de personnes
malades ou saines, à qui on injecte
des vaccins à des temps différents
dans le cadre d'essais cliniques.
Ceci permet d’analyser comment
l'expression de ces gènes évo-
lue, qu’ils soient ou non impliqués
dans le système immunitaire. Ces
résultats sont ensuite étudiés par
des biologistes ». Et quand elle n’a
pas le regard plongé dans l’écran
de son ordinateur, Solenne s’est
découvert le goût de sillonner à
vélo les routes de la Gironde qui lui
ouvrent ses horizons jusque vers
l’océan.
* Institut de santé publique,
d’épidémiologie et de développement
Je réalise
des traitements
statistiques sur les
gènes de personnes
malades ou saines
17
VALEURS DISCRÈTES
RAJKUMAR
DARBAR
SHIVA EN MODE DRONE
Né à Kolkata en Inde, Rajkumar
Darbar développe des interfaces
à retour tactile qui donnent la sen-
sation de "toucher" les objets en
réalité virtuelle. Cette prouesse est
rendue possible grâce à un petit
drone qui vient stimuler la main
ou le bras. Les applications poten-
tielles sont nombreuses dans
l’industrie, la santé, la formation,
l’audiovisuel…
« Mes recherches se basent sur
un principe de prototypage, de
tests et d’améliorations conti-
nues. J’ai une grande liberté
pour expérimenter  », apprécie le
doctorant, arrivé dans l’équipe
POTIOC fin 2017. Rajkumar pro-
fite pleinement de l’environne-
ment porteur du centre, échan-
geant avec d’autres chercheurs et
chercheuses, bénéficiant de leurs
conseils et retours d’expérience.
« J’avais remarqué la qualité des
travaux menés en réalité virtuelle
par Inria, c’est ce qui m’a poussé à
effectuer mon doctorat ici. »
L’équilibre entre temps profes-
sionnel et activités personnelles
fait partie de ses bonnes surprises
en France, même si la barrière de
la langue le freine encore. Ses
échanges en-dehors du travail, sur
un court de badminton ou à la ter-
rasse d’un café à Bordeaux, l’aident
à mieux s’ancrer dans notre langue
et notre culture.
J’ai une grande
liberté pour
expérimenter
MARTINE
COURBIN
COULAUD
LA SCIENCE DU PARTAGE
Travaillant pour Inria dans le Sud-
Ouest depuis 2001, cette ingé-
nieure documentaire se vit en inter-
face active entre les savoirs et les
personnes, au travail comme dans
la vie associative - elle est membre
d’un supermarché coopératif. « La
science doit être désacralisée et
ouverte, les citoyens éclairés. »
Pour cela, Martine Courbin-Cou-
laud ne manque ni d’outils ni de
ressources. Sur les méthodes d’in-
génierie de l’information d’abord,
de par sa formation universitaire
en histoire et documentation. Sur
l’appui aux scientifiques ensuite,
afin de construire des bases de
connaissances accessibles au plus
grand nombre. Sur la médiation
scientifique enfin, en contribuant
à la plate-forme de vulgarisation
scientifique Pixees.fr et en partici-
pant à Class’Code, un dispositif de
formation pour initier les jeunes à
la pensée informatique.
«  Le métier d’ingénieur ou ingé-
nieure documentaire s’est réinven-
té avec la généralisation du numé-
rique. Nous agissons de façon agile,
avec des missions variées – organi-
sation et diffusion des savoirs, sen-
sibilisation aux sciences -, en lien
avec les scientifiques, le monde
éducatif et le grand public. »
Nous agissons
de façon agile,
avec des missions
variées
VALEURS DISCRÈTES
18
MAGAZINE HORS
SÉRIE
AURÉLIEN
BONNIN
DE BON DROIT, AU BON ENDROIT
À l’orée de ses trente ans, Aurélien
Bonnin s’est rapidement acclimaté
en Nouvelle-Aquitaine. Juriste
diplômé en droit des affaires et
des technologies de l’information,
il met à profit depuis deux ans ses
compétences chez Inria Bordeaux
— Sud-Ouest, en appui des cher-
cheurs et des chercheuses et des
services transverses. « Appliqué
à la recherche et au numérique, le
droit implique une remise en ques-
tion et une veille constantes, tant
les évolutions dans ce domaine se
font à grande vitesse. »
Cet amateur de randonnées n’em-
prunte jamais deux fois le même
sentier intellectuel, passant de la
négociation de transferts de tech-
nologies à la rédaction de licences
logicielles open source, de clauses
de propriété intellectuelle ou
encore de recommandations sur
l’usage de données personnelles
et de santé utilisées par les cher-
cheurs et chercheuses…
Aurélien Bonnin aime ce poste
à multiples facettes. « Mes mis-
sions sont plus variées que dans
le secteur privé, et me demandent
"d’entrer dans l’esprit" des cher-
cheurs et des chercheuses comme
de leurs partenaires industriels,
afin de définir le cadre juridique le
mieux adapté à chaque projet. »
Le droit implique
une remise en
question et
une veille constantes
COSTANZA
SIMONCINI
ÉQUATIONS DE VIE
Entre deux passions, pourquoi
faudrait-il choisir et renoncer?
­Costanza Simoncini a décidé de
poursuivre les deux, en embras-
sant et les mathématiques et la
médecine. Native de Bergame en
Italie, elle a obtenu un master 2
à l’université Paris VI et soutenu
une thèse en traitement du signal
à l’université de Rennes 1. « Lors
d’un stage à l’Institut Pasteur, j’ai
commencé à utiliser les mathé-
matiques appliquées à la santé. Je
souhaitais m’installer en Aquitaine
et je connaissais la réputation
d’Inria en la matière. J’ai contacté
le responsable de l’équipe MONC,
au sein de laquelle j’ai la chance
d’effectuer mon postdoctorat. »
Costanza Simoncini mène des
recherches sur la modélisation
et le diagnostic des cancers.
« Je conçois des modèles mathé-
matiques et des algorithmes de
traitement d’IRM et de scanners,
en relation avec l’Institut ­Bergonié
et le CHU de Bordeaux. Le but est
d’aider les radiologues à mieux
diagnostiquer les cancers, prévoir
l’évolution des tumeurs et antici-
per les risques de récidives de fa-
çon personnalisée pour chaque pa-
tient. » Sa prochaine exploration ?
Sans doute les Pyrénées, pour
s’adonner à deux autres de ses
passions, le vélo et la randonnée.
Je conçois
des modèles
mathématiques et
des algorithmes de
traitement d’IRM
et de scanners
19
.ZIP
Objet
d’attention(s)
Inauguré en 2012 à Talence, le bâtiment du centre Inria —
Bordeaux Sud-Ouest s’inscrit dans un campus qui résume
un demi-siècle d’architecture contemporaine. Il témoigne
des liens attachant l’établissement à ses partenaires de
proximité : CNRS, université de Bordeaux, École nationale
de cognitique, Bordeaux INP, Institut de mathématiques
de Bordeaux, Laboratoire bordelais de recherche en
informatique (LaBRI)…
En concertation avec la ville de Talence et les riverains,
l’architecte Philippe Thouveny a su insérer ce bâtiment
dans son environnement. Les formes et les matériaux
donnent corps aux travaux des chercheurs et des cher-
cheuses, tout en manifestant le rôle de diffusion d’Inria
vers l’espace public, par une façade principale dotée d’un
parvis en gradins et d’un grand hall d’accueil, par des
coursives intérieures visibles au travers de larges baies
vitrées, par un mur végétalisé, par l’enjambement de la
chaussée…
Au verre et au métal, matériaux classiques de l’architec-
ture contemporaine, s’adjoint le bois, emblématique des
grands espaces aquitains. Ce souci esthétique va de
pair avec une construction en haute qualité environne-
mentale. Édifié sur un terrain offert par l’université de
Bordeaux, le centre a été cofinancé par la région
Nouvelle-Aquitaine, l’État, la métropole de Bordeaux et
Inria, pour un montant total de 16,6 millions d’euros.
Dans quelque 15 000 m² se côtoient chaque jour person-
nels de recherche et des services transverses, auxquels
s’ajoutent des visiteurs et visiteuses des mondes insti-
tutionnel, scientifique et économique… et les classes de
scolaires accueillies chaque année en octobre lors de la
Fête de la science.
Établissement public, le centre a consa-
cré 1 % de son budget de construction à
une création originale. Installée dans le
hall d’accueil, l’œuvre de Nathalie Talec,
The Third Hemisphere, attire l’œil des
personnes de passage, de jour comme
de nuit. Sous la forme d’un cerveau
matérialisé par des néons, cette
sculpture dynamique donne à voir les
connexions nécessaires à la recherche :
celle des esprits, des institutions et de
lasociété."Cerveaugauche"et"cerveau
droit" s’unissent dans une troisième
dimension : les avancées numériques
qui bénéficient au plus grand nombre.
Nathalie Talec, The Third Hemisphere, 2012
Techniques mixtes. Bordeaux Métropole Aménagement / site scientifique Inria / Talence
© Nathalie Talec © ADAGP 2018
FIAT LUX
PASSERELLES
20
MAGAZINE HORS
SÉRIE
AVENIR DORÉ POUR MATIÈRE GRISE
Vous imaginez la recherche comme un monde fermé ? Un échange avec le service Trans-
fert, Innovation, Partenariats vous fera rapidement changer d’avis. « Nous sommes un
catalyseur, nous agissons à la jonction entre des entreprises en quête de technologies
novatrices et les équipes de recherche, productrices de technologies et de savoir-faire de
rupture » résume Laure Aït-Ali, responsable du service.
DIX ANS D’ESSAIMAGE
Ces entreprises ou projets d’entreprises (colonne de gauche) s'appuient
sur les technologies et l'expertise de nos équipes-projets (colonne de droite).
Siderion	 Aiguillage téléphonique	 PHOENIX
Pollen Robotics	 Robots sur mesure	 FLOWERS
IQspot	 Supervision énergétique	 PHOENIX
Matchable	 Gestion de joueurs en temps réel	 CQFD
Realitytech	 Réalité augmentée multi utilisateurs	 POTIOC
Ullo	 Soins des troubles cognitifs	 POTIOC
Nenuphar	 Prédiction de tumeurs	 MONC
Nurea	 Simulation numérique d’anévrismes	 MEMPHIS
UT4H	 Assistance numérique pour personnes âgées	 PHOENIX
Près d’ici	 Production agricole en circuit court	 REALOPT
Bénéficiant du label Institut Carnot,
Inria s’emploie à créer des connexions
entre la recherche dans le numérique
et les acteurs du monde socio-écono-
mique. La preuve en chiffres : en dix
ans, dix projets d’entreprises ont été
développés ou accompagnés par le
centre ; une cinquantaine de logiciels
enregistrés auprès de l’Agence pour la
protection des programmes  ; dix-huit
brevets déposés à l’INPI ; des parte-
nariats noués avec de grands groupes
comme Airbus, Atos-Bull, ­CEA-CESTA,
EDF, Microsoft Research, Naval Group,
Roche, Safran, Sophia Genetics,
Thales, Total ou des PME comme AIO,
­AlgoTech, Evolise, I2S, Interaction
Healthcare, Itwell, ULLO, Valorem et
bien d’autres.
Un bouquet de jeunes
pousses
Un des moyens privilégiés du trans-
fert est la création de start-up com-
mercialisant des technologies issues
des résultats de la recherche. « Nous
aidons nos scientifiques à saisir les op-
portunités de créations d’entreprises
qui émergent autour de nouveaux ser-
vices, de nouveaux outils ou encore du
renouvellement du rapport à l’informa-
tion et à la connaissance. Les sociétés
s’appuient sur des recherches couvrant
le spectre complet des activités du
centre », indique Laure Aït-Ali. « Nous
travaillons également à développer
l’esprit entrepreneurial. »
21
PASSERELLES
Collaborer avec Inria
Les partenariats avec les équipes-projets Inria adoptent de multiples formes. Ils sont impulsés ou
accompagnés par des chargés de partenariat et de projets d’innovation dont la formation scientifique,
la connaissance des entreprises et de l’économie régionale favorisent les croisements fertiles.
EXPERTISE / CONSEIL
Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria
Qui finance ? L’entreprise
Qui fait quoi ? L’entreprise définit ses besoins, l’étude est réalisée par l’équipe.
Durée indicative : 1 à 6 mois
CONTRAT DE TRANSFERT / LICENSING
Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria
Qui finance ? L’entreprise, via un accord de licence avec Inria pour pouvoir exploiter une technologie
existante
Qui fait quoi ? La technologie a été développée par l’équipe. L’entreprise l’intègre dans son produit.
Si une adaptation est nécessaire, un contrat de recherche peut être conclu.
CONTRAT DE RECHERCHE
Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria
Qui finance ? L’entreprise finance tout ou partie du projet de R&D
Qui fait quoi ? L’entreprise fournit un cahier des charges, les travaux de recherche sont réalisés par
l’équipe
Durée indicative : 6 mois à 2 ans
PROJET COLLABORATIF BILATÉRAL
Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria
Qui finance ? L’entreprise finance tout ou partie du projet de R&D
Qui fait quoi ? L’entreprise et l’équipe affectent du personnel aux travaux de recherche
Exemples de dispositifs : thèse CIFRE, laboratoire commun ANR, Inria Innovation Lab
Durée indicative : 2 à 3 ans
PROJET COLLABORATIF MULTIPARTENAIRES
Qui ? De 3 à 15 partenaires, privés (entreprises) et publics (laboratoires ou centres de recherche)
Qui finance ? L’ANR, le fonds unique interministériel (FUI), l’Europe (H2020), notamment
Qui fait quoi ? Chacun s’investit sur sa ou ses parties du projet
Durée indicative : 2 à 4 ans
CONSORTIUM OPEN SOURCE
Qui ? Une ou plusieurs entreprises qui se fédèrent en communauté autour d’un logiciel open source
Qui fait quoi ? Chacun contribue financièrement, via une adhésion au consortium ou/et la mise à
disposition de ressources humaines pour maintenir, pérenniser, définir la feuille de route d’évolution
du logiciel. Ce consortium peut être porté et géré par la fondation Inria, via son dispositif InriaSoft
PASSERELLES
22
MAGAZINE HORS
SÉRIE
Stimuler l’envie d’entreprendre
Le développement d’une culture entrepreneuriale est
encouragé pour multiplier les opportunités de créations
d’entreprises avec notamment des actions de sensibilisa-
tion pour les jeunes scientifiques. Le programme Horizon
Start-up vise à améliorer la connaissance globale et l’en-
vie d’entreprendre de tous les personnels d'Inria. L’équipe
du service transfert, avec ses partenaires de l’écosys-
tème, propose de plus des animations et ateliers liés à
l’entreprenariat et la créativité.
Ceux qui souhaitent aller plus loin et qui ont déjà une idée
sont accompagnés pour faire mûrir leur projet. Le dispo-
sitif InriaHub leur permet de bénéficier du temps et de
l’expertise d’ingénieures et d’ingénieurs pour accroître
le niveau de maturation de leur technologie. Inria a aussi
noué un partenariat avec l’EM Lyon afin d’offrir des for-
mations et un coaching sur mesure sur les aspects mar-
ché, financement, marketing, RH, etc.
Pour contribuer à la croissance et au financement des
start-up, Inria a créé en 2011 sa filiale IT-Translation qui
cofonde et investit en ultra-amorçage jusqu’à 300 K€
dans les start-up techno-numériques. La société IQspot a
bénéficié de cet investissement en ultra-amorçage.
Si Inria peut compter au niveau national sur de nombreux
dispositifs internes pour stimuler et accompagner l’entre-
prenariat, ses centres s’inscrivent dans la dynamique des
territoires au sein desquels ils sont implantés. Ainsi à
­Bordeaux, les start-up sont accompagnées par les tech-
nopoles Bordeaux TechnoWest ou Bordeaux Unitec.
« La marque Inria est un gage
de qualité »
En 2015, Julien Bruneau et Quentin Enard troquent
leurs vies de chercheurs à Inria Bordeaux — Sud-Ouest
pour celles d’entrepreneurs. Leur jeune pousse iQSpot
fournit des capteurs et des logiciels qui, en temps réel,
optimisent les flux des bâtiments tertiaires, réduisant
les coûts jusqu’à 20 %. L’entreprise a effectué un pre-
mier tour de table auprès d’IT-Translations et doit
en réaliser un second en 2018.
« Nous avons signé des contrats avec le premier ges-
tionnaire d’actifs privés en France et des entreprises
comme Cdiscount, ce qui représente déjà 250 000
m2
exploités », précise Julien Bruneau. Lauréat de
plusieurs trophées de La Poste, Caisse des dépôts,
Huawei et du groupe AEF, iQSpot emploie une dizaine
de salariés à Bordeaux, pour moitié dédiés à la R&D,
pour moitié à la relation clients et partenaires. « Être
issus d’Inria a d’emblée légitimé notre projet ».
22
MAGAZINE
23
STRATÉGIES
LA PLANÈTE COMME TERRAIN DE JEU
L’ambition de l’institut est d’être un acteur majeur de l’espace européen de la
recherche tout en rayonnant à l’international. Le centre Bordeaux — Sud-Ouest y
participe activement, à commencer par les échanges sabbatiques internationaux.
Les scientifiques d’Inria ont la possibilité de passer de 6 à 12 mois dans un labora-
toire partenaire, alors que le centre accueille des chercheurs et des chercheuses de
plus de quarante nationalités.
Inria favorise les coopérations internationales soute-
nues à la fois par ses propres instruments (Inria Inter-
national Labs, équipes associées, chaires, sabbatiques)
et ceux de la Commission européenne au travers des
actions financées par le programme cadre Horizon
2020. Au moins sept 1
de nos équipes participent ac-
tuellement à des projets financés par ce programme.
Inria est par ailleurs membre fondateur de deux KIC 2
(Digital et Health) de l'institut européen d'innovation
et de technologie (EIT), auxquels les équipes du centre
participent également. La majorité de nos équipes
collaborent avec des laboratoires ou des entreprises
européennes.
Sur dix ans, le centre compte enfin quatre lauréats ERC
(European Research Council) : Rémi Abgrall (advanced
grant, 2008), Pierre-Yves Oudeyer (starting grant,
2009), Andreas Enge (starting grant, 2011) et Fabien
Lotte (starting grant, 2016), avec des projets portant
sur la modélisation de la mécanique des fluides, l’ap-
prentissage humain et automatique, la cryptologie et
les interfaces cerveau-ordinateur.
L’Europe au cœur
1
CARDAMOM, HIEPACS, MAGIQUE-3D, MEMPHIS, MONC, POTIOC, STORM
2
Knowledge and Innovation Communities : www.inria.fr/en/europe-international/european-research-area/eit
STRATÉGIES
24
MAGAZINE HORS
SÉRIE
AEROGUST
Ce projet, labellisé Horizon 2020, réuni 11 partenaires européens de la recherche et de
l’industrie aux côtés de l’équipe-projet MEMPHIS. Doté d’un budget de 4,3 millions d’euros,
il s’intéresse à la simulation des turbulences atmosphériques pour optimiser la conception
des éoliennes et des avions tout en limitant les essais en soufflerie.
Les équipes associées sont un élément essentiel de la
politique scientifique de l’institut. Elles visent à déve-
lopper des collaborations entre des équipes-projets
Inria et des équipes de recherche de haut niveau du
monde entier. Sept équipes associées sont actuelle-
ment portées par le centre, majoritairement aux Etats-
Unis mais également en Tunisie et au Gabon.
Certaines d’entre elles s’inscrivent dans le cadre des
sept Inria International Labs, des laboratoires conjoints
qui impulsent le modèle "équipe-projet" d’Inria à l’inter-
national tout en s’adaptant aux contextes locaux. Le
centre travaille particulièrement avec trois d’entre eux.
Les équipes-projets MONC et SISTM sont impliquées
dans Inria@siliconValley (épicentre San Francisco,
USA). LFANT et CARMEN travaillent avec le Lirima
(épicentre Yaoudé, Cameroun). D’autres équipes tra-
vaillent sur le futur des supercalculateurs dans le cadre
du JLESC (Joint Laboratory for Extreme Scale Compu-
ting, épicentre Argonne, USA), auquel sont également
associés des scientifiques d’Espagne, d’Allemagne et
du Japon.
www.inria.fr/europe-international
L’international en étendard
25
STRATÉGIES
Pour évoquer les sujets majeurs à
venir, à l’interface de la recherche en
sciences du numérique et de l’acti-
vité socio-économique, on peut tout
d’abord se référer aux tendances
fortes que nous observons actuel-
lement et dont les effets vont être,
probablement, durables. En lien avec
d’autres développements techno-
logiques, l’intelligence artificielle et
l’apprentissage automatique per-
mettent par exemple la mise au point
de systèmes connectés et auto-
nomes : automobiles, drones, robots.
Si ces tendances se confirment,
l’amélioration des performances, la
conduite et l’intégration de telles
plate-formes, en incluant leurs inte-
ractions avec leurs usagers, seront
des thèmes centraux dans les années
à venir.
Plus globalement, la prise en compte
de l’utilisateur va devenir de plus en
plus importante dans le développe-
ment des systèmes informatiques. La
tendance est de passer d’une logique
dans laquelle l’utilisateur doit s’adap-
ter aux contraintes d’un logiciel, à
la logique inverse, où le système
s’adapte aux besoins, aux compé-
tences et aux envies
de l’humain. Cette
prise en compte va par
exemple fortement
irriguer la robotique
pour proposer des
machines mieux adap-
tées à leurs utilisateurs
et utilisatrices, que ce soit dans un
contexte professionnel (industries de
fabrication) ou privé (réhabilitation,
accompagnement).
Le calcul à haute performance saura
très probablement profiter des pro-
grès réalisés tant en apprentissage
que dans les nouveaux modes d’inte-
raction Homme-machine, pour ac-
croître sa puissance en développant
de nouveaux modes de couplage
entre interfaces, modules intelligents
et calcul scientifique. Pensons par
exemple à de nouvelles stratégies où
les capacités tout comme la nature
des calculs pourraient être modifiées
par des interactions avec l'utilisateur
ou l'utilisatrice pendant
la simulation mais aussi
s’enrichir et s’adapter
par l’apprentissage.
Les scientifiques inte-
ragiraient ainsi avec la
simulation, en profitant
de leurs expériences
passées ou en étudiant prospective-
ment l’impact de certains scénarios.
Ces couplages nécessiteront un
rapprochement accru avec d’autres
domaines scientifiques, depuis les
lois physico-chimiques jusqu’aux
sciences sociales, et avec la "vérité
terrain" des phénomènes considérés.
Il sera en particulier nécessaire d’in-
tégrer les incertitudes, les données
manquantes et de nombreux autres
éléments contextuels souvent négli-
gés dans les modélisations classiques
alors qu’ils sont prégnants dans la ré-
alité. Les techniques mathématiques
sous-jacentes (analyses statistiques
et probabilistes, schémas de calcul
numérique avancés) devront évoluer
pour prendre en compte ces facteurs.
Il faut aussi penser à des sujets
encore en émergence aujourd’hui
mais dont l’impact pourrait être
majeur, en poussant les mathéma-
tiques à évoluer pour s’adapter aux
changements associés. Par exemple,
comment calculerons-nous dans le
futur ? Probablement avec une puis-
sance de calcul qui va continuer à
augmenter, en empruntant éventuel-
LE NUMÉRIQUE, AU CŒUR
DES ENJEUX DE NOTRE SOCIÉTÉ
LES SYSTÈMES
DEVRONT S’ADAPTER
AUX BESOINS, AUX
COMPÉTENCES ET AUX
ENVIES DE L’HUMAIN.
STRATÉGIES
26
MAGAZINE HORS
SÉRIE
L’informatique diffuse
au quotidien
Aujourd’hui, nous bénéficions sans
y prêter attention de traitements
informatiques très divers  : soit
explicitement quand par exemple,
nous consultons un site web sur
notre téléphone portable, soit de
façon implicite quand nous prenons
un train conçu, fabriqué et piloté
en grande partie grâce à des outils
numériques. Tous ces traitements
résultent de logiciels qui exécutent
une grande quantité de calculs
élémentaires sur des ordinateurs
et communiquent via des réseaux.
L’évolution de cette situation,
avec notamment l’augmentation
considérable du nombre des objets
connectés, prend le nom d’informa-
tique diffuse.
Qu’est-ce que le calcul
haute performance ?
Certaines tâches sont très com-
plexes à calculer comme par
exemple la simulation d’une explo-
ration géophysique. Il faut alors
mettre en œuvre des traitements
informatiques très longs parce
que nécessitant une très grande
quantité de calculs. Pour réduire
ces durées et aussi la quantité de
mémoire ordinateur nécessaire,
les chercheurs et chercheuses tra-
vaillent à la fois sur les méthodes
et les algorithmes mathématiques
qu’ils utilisent, sur les logiciels
développés mais aussi sur les archi-
tectures pour les rendre toujours
plus performantes.
Demain, l’informatique
quantique ?
L’informatique quantique est une
des solutions envisagées pour
augmenter considérablement la
puissance de calcul des machines
classiques. Elle exploite l’idée d’uti-
liser les phénomènes quantiques, à
l’initiative de David Wineland, prix
Nobel de physique. Les machines
classiques utilisent le bit (valeur
binaire à 1 et à 0) alors que le calcu-
lateur quantique manipule le qubit
(quantum bit), toujours à base de
1 et 0 mais aussi de leur superpo-
sition. Ce tour de magie est rendu
possible par les lois de la mécanique
quantique. Mais les techniques de
calcul devront elles aussi évoluer
pour devenir opérationnelles sur de
telles machines…
Les auteurs
Pascal Guitton est chercheur au sein de l’équipe-projet POTIOC
Hélène Barucq est responsable de l’équipe-projet MAGIQUE-3D
Frédéric Alexandre est responsable de l’équipe-projet MNEMOSYNE
lement d’autres voies que l’améliora-
tion des processeurs. Mais aussi sous
l’influence d’autres bouleversements,
en particulier si
l’informatique
quantique devient
opérationnelle ou
si l’ordinateur tel
qu’on le connaît
disparait au profit
de l’informatique
diffuse, de nou-
velles interfaces
et autres objets communicants.
La dissémination de ces systèmes
numériques dans tous les moments
de nos vies posera également de
multiples questions sociétales qui
mobiliseront aussi la recherche, de-
puis les aspects éthiques jusqu’aux
questions sur la
formation en pas-
sant par l’accès
aux connais-
sances et aux
données sous-
jacentes. Outre
les questions
classiques, mais
qui n’en restent
pas moins importantes à considérer,
sur les risques associés à une plus
grande autonomie des machines, le
sujet relatif à leur puissance de calcul
doit aussi ouvrir le débat sur l’impact
énergétique et environnemental. Un
enjeu important sera alors de savoir
placer le curseur pour bénéficier de
ce que peuvent offrir ces nouveaux
modes de calcul tout en maîtrisant les
coûts associés. Des approches adap-
tatives et intelligentes pourraient
apporter des réponses intéressantes
à cette question. En conclusion, l’évo-
cation de ces pistes de prospective
scientifique montre qu’entretenir un
dialogue constant avec la société et
suivre attentivement ses évolutions
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  • 1. APPLI>SOCIÉTÉ LA RECHERCHE APPLIQUÉE Dix projets emblématiques HYPERLIEN ACADÉMIE ET INDUSTRIE Dix ans de partenariats   STRATÉGIES PROSPECTIVE Imaginer la recherche de demain 2012 132008 18 plug’inMAGAZINE DIX ANS DE RECHERCHE AU CENTRE INRIA BORDEAUX _ SUD-OUEST
  • 2. SOMMAIRE 4. Dix ans de partenariats 6. Une référence mondiale en sciences du numérique 8. L’équipe-projet Inria 10. Recherche : 4 axes d'expertise à Inria Bordeaux — Sud-Ouest 12. Dix années de découvertes 15. Inventons le monde numérique 19. Objet d’attention(s) 20. Avenir doré pour matière grise 23. La planète comme terrain de jeu 25. Le numérique, au cœur des enjeux de notre société En couverture et solution marque-page Simulation de l’écoulement turbulent dans une chambre de combustion aéronautique. En bas : champ de température. En haut : maillage adapté. Le raffinement local du maillage permet de capturer de manière plus précise la complexité des champs turbulents présents dans la chambre de combustion. Cela avec un coût de calcul beaucoup plus faible par rapport à une simulation utilisant un maillage raffiné partout. Ces images ont été générées dans le cadre du projet AMDECC associant Safran Tech, Inria Bordeaux – Sud-Ouest (équipe CARDAMOM) et le CORIA (UMR6614 CNRS Université de Rouen et Insa Rouen). Le projet a reçu en 2018 le Prix de la Collaboration lors des Trophées de la Simulation Numérique organisés par Teratec et l’Usine ­Digitale. Cette visualisation est issue d'une simulation rendue possible grâce à la plate-forme Mmg, dont l'instigatrice et principale contributrice fut Cécile Dobrzynski, maître de conférences à l'école ENSEIRB-­ MATMECA de Bordeaux INP et membre de l’équipe Inria CARDAMOM, qui nous a quitté en 2018. Le Prix Teratec et cette couverture lui sont dédiés. Images © Safran Tech
  • 3. I nria investit en Nouvelle-Aquitaine depuis plus de quinze ans pour développer des recherches d’excellence en sciences du numérique et des actions de transfert technologique vers l’écosys- tème régional. En 2002, Bordeaux était avec Lille et Saclay l'un des sites constitutifs de l'unité de recherche "Futurs". Le 1er janvier 2008, le centre Inria Bordeaux — Sud-Ouest est devenu un centre de recherche de plein exercice, avec des équipes- projets localisées à Talence et à Pau. Ce numéro spécial de Plug'In s'inscrit dans une série de célé- brations des dix années écoulées depuis. Vous trouverez dans ce magazine quelques éléments historiques, un rappel de ce qui constitue l'ADN du centre et une présentation des quatre grandes thématiques sur lesquelles s'est concentrée son activité scientifique. Vous y trouverez des exemples emblématiques des recherches menées depuis dix ans, des collaborations sur lesquelles elles se sont appuyées et de leur impact économique et sociétal. Vous y trouverez enfin des témoignages de membres actuels de nos équipes de recherche et services d'appui, ainsi que quelques éléments de prospective. Le modèle équipe-projet d'Inria pousse les scientifiques à se questionner régulièrement sur les recherches à mener, les moyens nécessaires, l'impact potentiel et les bons partenaires pour y arriver. Au moment où nous célébrons les résultats obtenus depuis une quinzaine d'années, il me semble important de réfléchir aussi à la place et au rôle du centre Inria Bordeaux — Sud-Ouest dans les écosystèmes bordelais, palois et néoaquitain de la recherche, du transfert et de l'innovation. Au plaisir d'échanger avec vous sur ces sujets lors de nos prochaines rencontres ! Nicolas Roussel Directeur du centre de recherche Inria Bordeaux _ Sud-Ouest ÉDITO
  • 4. HYPERLIEN 4 MAGAZINE HORS SÉRIE Quelles raisons avaient motivé la création d’un centre Inria dans le Sud-Ouest ? CK : Ce choix s’expliquait par l’excellence de la recherche ré- gionale en mathématiques et en informatique et par le fort soutien du conseil régional d’Aquitaine et des partenaires académiques locaux. Entre 2002 et 2007, les premières équipes-projets communes ont été créées avec le CNRS, les universités de Bordeaux et de Pau et leurs laboratoires de mathématiques et d’informatique (IMB, LaBRI, LMAP). La naissance officielle du centre a amplifié ces collaborations et les a étendues aux partenaires industriels. Fin 2008, Inria Bordeaux — Sud-Ouest comptait déjà plus de 120 per- sonnes (dont trois quarts de chercheurs et chercheuses) et 15 équipes-projets. En quoi cela a-t-il changé la donne pour la recherche régionale ? CK : Le centre a renforcé le rayonnement scientifique de la région dans trois domaines : le calcul à haute performance et les systèmes parallèles, la simulation et la visualisa- tion, les systèmes formels. Nous partagions ces champs de recherche avec nos partenaires académiques en infor- matique et mathématiques. Avec les chercheurs et cher- cheuses de la santé ou de l’aéronautique, la collaboration a demandé plus de temps avant de se concrétiser en trans- ferts industriels de tout premier plan. Quels exemples vous viennent en tête ? CK : La diversité de nos collaborations est telle que faire un choix est forcément restrictif… Je citerais les recherches sur la robotique ‘développementale’ et ses applications dans l’éducation ; le calcul à haute performance avec le CEA ; les travaux menés avec Total sur la recherche d’hy- drocarbures ou avec des physiciennes et physiciens de l’université de Pau et le groupe Safran sur la modélisation des turbulences dans les turbines d’hélicoptères. Avec l’Institut Bergonié, dix ans ont été nécessaires pour passer de recherches mathématiques sur les écoulements visqueux à la modélisation de l’évolution du cancer du poumon. Le résultat en est remarquable. Et conforme à la raison d’être d’Inria : l’excellence des sciences et technolo- gies du numérique au service de l’intérêt général. DIX ANS DE PARTENARIATS COMMENT S’EST CONSTRUIT LE CENTRE INRIA BORDEAUX — SUD-OUEST ? LE POINT DE VUE DE CLAUDE KIRCHNER, DIRECTEUR DE RECHERCHE ÉMÉRITE, PREMIER DIRECTEUR DU CENTRE INRIA BORDEAUX _ SUD-OUEST
  • 5. 5 HYPERLIEN Quelle est la raison d’être de la collaboration entre Total et Inria Bordeaux — Sud-Ouest ? HC : Il est stratégique dans nos explorations d’améliorer sans cesse les méthodes qui facilitent la découverte de nouveaux gisements de pétrole. Au début des années 2000, notre Centre Scientifique et Technique Jean Feger a débuté une collaboration avec Hélène Barucq et l’équipe- projet MAGIQUE 3D de Pau. Nous souhaitions que ces chercheurs et chercheuses, expertes et experts en calculs scientifiques 3D appliqués notamment à la propagation d’ondes, puissent élaborer de nouvelles méthodes numé- riques, afin d’améliorer la simulation et l’étude d’images géologiques complexes – des sols montagneux, des fonds marins… Comment ce partenariat a-t-il évolué ? HC : Les trois premières années ont confirmé la perti- nence de ce champ d’études, à travers plusieurs thèses. À compter de 2008, le partenariat est entré dans une dimen- sion supérieure via l’accord-cadre ‘Dip’, cofinancé par nos deux entités. Au-delà de la collaboration avec Magique 3D, nous avons pu confier à des équipes d’Inria Bordeaux et Sophia-Antipolis des recherches dans des domaines complémentaires, tels que les méthodes de calcul à haute performance ou encore l’algèbre linéaire. Cette forme de partenariat est extrêmement souple et performante pour faire de la recherche appliquée. Quel bilan tirez-vous de ce rapprochement de longue durée ? HC : C’est un succès et une excellente alliance. Il est facile de travailler avec Inria car nous parlons le même langage, en termes scientifiques (les méthodes de simulation nu- mérique en sismologie) comme en termes d’applications industrielles. La qualité scientifique d’Inria engendre des approches innovantes qu’il aurait été plus long et plus difficile de mettre au point avec nos seules équipes de recherche et développement. Au fil du temps, quatre cher- cheurs et chercheuses d’Inria ont été embauchés par Total après leur thèse ou leur postdoctorat. Et actuellement, nos géoscientifiques finissent d’optimiser les programmes de maillage numérique élaborés par Inria. LE POINT DE VUE D’HENRI CALANDRA, EXPERT EN MÉTHODES NUMÉRIQUES ET CALCUL HAUTE PERFORMANCE CHEZ TOTAL
  • 6. .ZIP 6 MAGAZINE HORS SÉRIE Une référence mondiale en sciences du numérique INRIA, ACTEUR CLÉ DE LA RECHERCHE EN FRANCE 1967 marque la naissance d’Inria. Un demi-siècle plus tard, l’institut est reconnu à travers le monde comme un "façonneur" d’innovations. Sa marque de fabrique ? Décliner les recherches numériques les plus pointues en technologies utiles à la société comme aux entreprises, et ce dans de nombreux domaines : santé, transports, énergie, communica- tion, aéronautique, sécurité, villes évoluées, usine du futur… Cette aptitude repose sur la grande liberté offerte aux chercheurs et aux chercheuses et sur un mode d’organisation ouvert, celui d’équipes-pro- jets qui rassemblent des savoirs complémentaires : scientifiques provenant des meilleures universités mondiales, partenaires industriels et académiques. Inria dessine ainsi les contours d’une vie numérique d’utilité publique : conduire une recherche de pointe en informatique et mathématiques ; assurer un transfert de connaissances et de compétences vers les entreprises, depuis les grands groupes jusqu’aux PME ou via la création de jeunes pousses ; favoriser l’appropriation de ces avancées technologiques par le grand public grâce à des actions de médiation scientifique. Depuis 1975, Inria s’est étendu au-delà de son im- plantation d’origine, Rocquencourt, pour créer des centres de recherche à Rennes, Sophia Antipolis, Nancy, Grenoble. En 2002, nait l’unité de recherche "Futurs", localisée dans trois régions particulièrement prometteuses. Après six années d’incubation, 2008 marque l’officialisation des trois nouveaux centres : Bordeaux — Sud-Ouest, implanté sur les campus de Bordeaux-Talence et de Pau ; Lille — Nord Europe, et Saclay — Île-de-France. Chaque centre travaille en interaction constante avec le siège et les autres centres, s’enrichissant de la diversité des recherches et de la mobilité des scientifiques. 4 500 publications scientifiques par an 2 400 collaborateurs et collaboratrices représentant 102 nationalités 410 brevets enregistrés 231 M€ de budget (25 % de ressources propres) 183 équipes-projets 140 entreprises créées 126 logiciels déposés Chiffresarrêtésmai2018
  • 7. 7 .ZIP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . INRIA BORDEAUX — SUD-OUEST . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . LA RECHERCHE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . LE TRANSFERT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . LA MÉDIATION SCIENTIFIQUE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29% des personnels Inria sont des femmes (moyenne sur 10 ans) 207 membres du personnel dont 86 chercheurs et chercheuses confirmés et 75 jeunes chercheurs et jeunes chercheuses,* en 2008 Âge moyen 326 membres du personnels dont 116 chercheurs et chercheuses confir- més et 114 jeunes chercheurs et jeunes chercheuses, * en 2018 EN 10 ANS… EN 10 ANS… EN 10 ANS… CHAQUE ANNÉE AUJOURD’HUI 281 thèses soutenues 4 bourses ERC* obtenues EN 2018 nos scientifiques rencontrent plus de 1000 élèves *Dont doctorants et post-doctorants *ERC : Conseil européen de la recherche 34ans 40ans 36ans 2008 2012 2018 Création de 10 start-up Inria ou start-up basées sur des technologies du centre 18 familles de brevets déposées Collaborations avec 94entreprises dont 33 PME (en France et à l’étranger) 185 contrats passés avec le monde industriel 58logiciels déposés à l’APP (Agence de protection des programmes) 42 pays collaborent avec le centre 43 nationalités différentes 200 personnels Inria 126 personnels partenaires 230 chercheurs et chercheuses 44 ingénieures et ingénieurs 52 personnes à des fonctions support
  • 8. FIGURES LIBRES 8 MAGAZINE HORS SÉRIE L’ÉQUIPE-PROJET INRIA, EMBLÉMATIQUE DE SA RECHERCHE SCIENTIFIQUE Le cadre comme liberté. Paradoxal au premier abord, ce paradigme fondateur correspond bien au fonctionnement des centres Inria. « Les équipes-projets constituent le socle de nos recherches. Nous limitons délibérément leur durée à 12 ans, avec une évaluation tous les 4 ans, afin de maintenir la stimulation et le renouvellement. Au terme du projet, l’équipe aura exploré et approfondi des connaissances scientifiques, développé des transferts vers des entreprises ou des établissements publics » , résume Nicolas Roussel, directeur du centre Inria Bordeaux — Sud-Ouest. Proposition individuelle, validation collégiale Une équipe-projet naît de la volonté d’une person- nalité scientifique d’explorer un champ d’études en particulier. Entre son idée première et la constitution d’une équipe de dix à trente personnes, une année est nécessaire — au minimum — afin de valider la pertinence du projet, détaillé dans un document d’intention. « C’est un processus collégial, en concertation avec le délégué scientifique du centre, la commission d’évaluation scientifique d’Inria, nos partenaires académiques et des experts internationaux, précise Nicolas Roussel. Le modèle équipe-pro- jet garantit une grande liberté de recherche, tout en ciblant des domaines qui font progresser la science et recèlent un potentiel d’applica- tions.  » L’horizon de temps étant fixé par avance, le porteur ou la porteuse du projet sait qu’il est déterminant de choisir avec soin les par- tenaires et personnes qui participeront à ses recherches. Diversité Avant même la création du centre Bordeaux — Sud- Ouest, les premiers établissements partenaires d’Inria en région étaient le CNRS, l’université de Bordeaux, Bordeaux INP et l’université de Pau et des pays de l’Adour. Des équipes communes ont ensuite été créées avec l’ENSTA ParisTech, l’Insti- tut d’optique, l’Inserm et l’Inra, et des liens se sont tissés avec différents acteurs de la recherche, de la santé, de l’économie et de l’innovation, à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine*. Cycle de vie Les équipes-projets re- groupent un ensemble de chercheurs et de chercheuses, de docto- rantes et de doctorants, d’ingénieures et d’ingé- nieurs autour d’un ou d’une responsable. Inria Bordeaux — Sud-Ouest compte aujourd’hui dix-huit équipes-pro- jets et trois "équipes". Ce statut, temporaire, marque le début ou la fin du cycle de vie d’une équipe-projet. 8 MAGAZINE 8
  • 9. 9 Lorsqu’une équipe-projet s’arrête, ses membres peuvent se répartir dans d’autres équipes-pro- jets existantes ou en proposer une nouvelle. « L’arrêt avant la limite des douze ans résulte généralement de la volonté des membres de l’équipe-projet de réorienter leurs re- cherches, ou du départ de sa ou son respon- sable vers une autre structure publique ou privée » explique Nicolas Roussel. « La réorienta- tion peut être motivée par des résultats remar- quables, par l’émergence de nouveaux champs de recherche ou par de nouvelles perspectives de transfert par exemple. » Des soutiens cruciaux Les chercheurs et chercheuses d’Inria se consacrent d’autant mieux à leur cœur de métier que huit services transverses sont mobilisés en appui : assis- tance aux équipes de recherche, expérimentation et développement, administratif et financier, transfert - innovation et partenariats, informatique, services généraux, communication et médiation, ressources humaines. Ces services regroupent près d’une cinquantaine de salariés exerçant des métiers divers  tels qu’assistant d’équipe ou de service, ingénieure, chargé de budget, chargée de contrats de recherche, juriste, acheteuse, chargé de partenariats et de projets d’innovation, administratrice réseaux, technicien des services généraux, chargée de communication, chargé de ressources humaines. * Dont le CHU de Bordeaux, l’Institut Bergonié et le Vaccine Research Institute ; Total, le CEA/Cesta, EDF, Airbus ; Digital Aquitaine, Aquitaine Robotics et le cluster EdTech ; le CATIE, Aquitaine Science Transfert, l’IRA, Bordeaux Unitec, Tech- nowest et French Tech Bordeaux ; les pôles Aerospace Valley et Alpha-RLH ; Cap Sciences… De formation scientifique, les six ingénieures et ingénieurs de ce service participent aux projets dès leur origine, aux côtés des scien- tifiques. Ils apportent une expérience et une expertise essentiellement en génie logiciel, mais aussi en élec- tronique. Ils expérimentent de nou- veaux programmes, diffusent les connaissances et les bonnes pratiques du codage au travers de la veille, des formations et des séminaires. Ils assurent la qualité et la vision à long terme des logiciels développés par le centre. Leur culture scientifique et leur expérience dans le suivi de pro- jets constituent un liant et un soutien important pour les équipes de recherche. Agir en liant la recherche et ­l'ingénierie 9 SERVICE EXPÉRIMENTATION ET DÉVELOPPEMENT: UNE EXPÉRIENCE ET UNE EXPERTISE ESSENTIELLES AUX ÉQUIPES-PROJETS FIGURES LIBRES
  • 10. INTÉGRALE 10 MAGAZINE HORS SÉRIE Modélisation, calcul intensif et architectures parallèles De la modélisation au calcul intensif, il existe un continuum de compétences et d’expertises entre les travaux de recherche en mathématiques appliquées et en informatique pour simuler fidèlement des phé- nomènes complexes sur les ordinateurs. La modélisation permet de représenter une situa- tion réelle par un ensemble d’équations, traduites ensuite en opérations algébriques simples. Les résultats des simulations sont obtenus en utilisant des algorithmes de résolution efficaces qui sont conçus et implémentés sur des machines comptant des centaines de milliers de cœurs de calcul. Les applications issues de ces recherches per- mettent d’aider à la compréhension, à la concep- tion, à la décision et au contrôle dans des domaines comme l’aéronautique, la géophysique, les énergies renouvelables ou la cryptologie. La modélisation de la propagation des ondes sert par exemple à caractériser les propriétés des sous-sols ou à pré- voir l’effet des tsunamis. L’étude de l’écoulement des fluides permet d’optimiser le profilage de pales d’éoliennes ainsi que les performances de moteurs. Les défis actuels visent la simulation sur des ordi- nateurs exascale, la conception de modèles numé- riques multiphysiques et multiéchelles fiables, précis et robustes, la convergence entre modèles et don- nées par l’apprentissage pour obtenir des simula- tions en temps réel. Gestion des incertitudes et optimisation Comprendre, prévoir et gérer les opérations, les systèmes complexes, les réseaux et les signaux, requiert des approches de modélisation mathéma- tique et des méthodes numériques de résolution. Les approches stochastiques permettent de tenir compte de facteurs aléatoires et changeants, esti- mer la fiabilité et les risques permet de gérer l’incer- titude, qu’elle soit liée aux données ou au modèle utilisés. La prise en compte de modélisations proba- bilistes issues de la physique est alors particulière- ment utile. Des outils avancés de contrôle, d’aide à la décision et d’estimation sont essentiels pour aborder les applications issues de partenariats industriels et académiques : planification des tâches, répartition de charge sur un réseau de serveurs en cloud com- puting, maintenance prédictive industrielle, calcul de trajectoires et d’itinéraires complexes, optimisa- tion de la découpe et du remplissage, analyse des signaux en astrophysique, reconnaissance en parole pathologique, signaux biophysiques… Bientôt, l’intégration au fil de l’eau de nouvelles don- nées, réelles ou estimées, permettra de réoptimiser les modèles en temps réel à l’aide de l’apprentissage statistique. Les systèmes experts d’aide à la déci- sion pourront mieux seconder les humains grâce à une meilleure modélisation de l’incertitude. RECHERCHE : 4 AXES D'EXPERTISE À INRIA BORDEAUX — SUD-OUEST
  • 11. 11 INTÉGRALE Modélisation et simulation pour la santé et la biologie Modéliser la complexité du corps humain, avec ses processus physiologiques et pathologiques, est un véritable défi. Mathématiques appliquées, statis- tiques, algorithmique, calcul scientifique sont parmi les disciplines sollicitées dans ce but. Le transfert technologique y tient une place centrale et des liens étroits ont été noués avec les expertes et experts des domaines applicatifs. Nos chercheurs et chercheuses travaillent avec des médecins et biologistes, y compris au sein d’éta- blissements hospitaliers. Cette synergie favorise la créativité et la réflexion autour d’applications direc- tement utiles aux professionnels de santé et in fine aux patients : recueillir les signaux électriques car- diaques de façon non invasive, mieux évaluer l’évo- lution d’une tumeur ou l’efficacité d’un traitement anticancéreux, modéliser la réponse immunitaire pour anticiper l’évolution d’une maladie ou l’effet d’un vaccin… Ces travaux conduisent également à des recherches plus fondamentales sur le processus de mémori- sation, la biodiversité ou sur des méthodes réu- tilisables dans d’autres domaines notamment en modélisation, assimilation de données ou appren- tissage. Humain et numérique : interaction, adaptation et visualisation Comprendre l’humain pour l’accompagner dans ses activités tout au long de sa vie : éducation, création artistique, travail physique, situations de handicap… L’approche centrée utilisateur débute par une étude des capacités du corps et du cerveau du public visé, et de l’environnement dans lequel ce dernier évolue, pour définir des systèmes numériques interactifs adaptés aux tâches visées. Imiter la curiosité de l’enfant permet de créer des systèmes interactifs apprenants, robots ou logi- ciels. En regardant comment bouge le corps, on peut designer des systèmes de cobotique qui secondent l’humain dans ses tâches physiques. Étudier le fonc- tionnement du cerveau permet de concevoir des in- teractions pertinentes pour l’éducation ou la santé. Enfin analyser notre perception de la lumière, des formes et des matières aide à réaliser des dispositifs de synthèse d’images, de réalité augmentée ou de réalité virtuelle. Placer l’humain au cœur des recherches en sciences du numérique conduit à de nouvelles façons d’inte- ragir dont chacun ou chacune pourra s’emparer pour apprendre, comprendre, travailler, créer ou se diver- tir et remettre le monde numérique au service du citoyen.
  • 12. APPLI > SOCIÉTÉ 12 MAGAZINE HORS SÉRIE L’équipe-projet FLOWERS étudie les mécanismes d’ap- prentissage autonome chez l’humain et les machines. Ici, des robots sont utilisés pour modéliser l’apprentissage dirigé par la curiosité chez les enfants. Ces modèles d’intelligence artificielle aident à mieux comprendre l’intelligence naturelle. La plateforme robotique Poppy est aussi un outil pédago- gique devenu une référence dans le monde éducatif. La modélisation des signaux électriques du cœur, de l’échelle de la cellule à celle de l’individu, permet à l’équipe-projet CARMEN d’améliorer les connais- sances et les traitements des troubles du rythme ou de la conduction cardiaques. L’équipe-projet est partie prenante de l'institut hos- pitalo-universitaire LIRYC, L'Institut de RYthmologie et modélisation Cardiaque de Bordeaux. DIX ANNÉES DE DÉCOUVERTES Chez Inria, recherche et transfert technologique avancent main dans la main. Comme dans toute discipline scientifique, les travaux conduits en sciences du numérique peuvent durer de longues années avant de porter leurs fruits, mais en dix ans d’existence le centre Inria Bordeaux – Sud-Ouest a déjà donné naissance à plusieurs réalisations emblématiques. Mieux comprendre l’être humain et savoir le seconder, venir en aide à la médecine au bénéfice des patients et des praticiens, modéliser le monde qui nous entoure afin de le comprendre, étu- dier des signaux complexes et aléatoires pour pouvoir découvrir de nouvelles informations… Autant de prouesses scientifiques qui trouvent des usages dans notre quotidien.
  • 13. 13 APPLI > SOCIÉTÉ Le calcul haute performance est à la base d'un nombre important de projets du centre. Pour les conduire plus efficacement, l’équipe-projet STORM a créé StarPU, une brique logicielle fournissant une vision unifiée de toutes les infrastructures disponibles au calcul, favori- sant ainsi la performance et la portabilité des opérations. Les travaux de l’équipe-projet PHOENIX en vue d’améliorer le quotidien des personnes âgées ont donné naissance au projet ­DomAssist, plateforme d’assistance numérique pour le maintien à domicile, puis à la start-up UT4H. Des capteurs de mouve- ment ou de consommation électrique, une tablette : un dispositif simple et rassurant pour nos aînés. Les images satellites apportent de précieux ren- seignements pour la surveillance environnemen- tale : végétation, inondations, courants marins... mais les compromis opérationnels ne permettent pas toujours une résolution optimale des images. L'équipe-projet GEOSTAT a conçu des algo- rithmes pour augmenter la résolution des images océaniques, à partir des propriétés physiques de la turbulence, ainsi que des images terrestres, par extrapolation des détails venant des bandes de fréquences à plus haute résolution. La propulsion aéronautique est un des domaines d’application privilégiés de l’équipe- projet CAGIRE. L'étude des écoulements tur- bulents en proche paroi au sein de la chambre de combustion d'un réacteur, un phénomène multi-échelle complexe à modéliser, permet de concevoir des moteurs plus efficaces et moins polluants qui répondent à un double enjeu économique et environnemental.
  • 14. APPLI > SOCIÉTÉ 14 MAGAZINE HORS SÉRIE Hobit, pour Hybrid Optical Bench for Inno- vative Teaching, est issu des travaux de l’équipe-projet POTIOC en collaboration avec des physiciens et électroniciens de l’université de Bordeaux. Ce dispositif exploite le numé- rique et la réalité augmentée afin de simuler et d'augmenter des expériences d’optique et permet ainsi de diminuer drastiquement les coûts liés aux dispositifs classiques, tout en favorisant grandement les apprentissages grâce à l’aide pédagogique intégrée. L’équipe-projet MONC cherche à comprendre l’évolution des tumeurs à partir de données cliniques et d’imagerie médicale, de modèles mathématiques et d’intelligence artificielle. Son objectif est d’évaluer l’agressivité d’une tumeur et sa réponse aux traitements afin d’améliorer le suivi des patients et la prise de décision des médecins. Comment améliorer les outils de prévision de l’impact des tsunamis sur les côtes ? Dans le cadre du projet Tandem soutenu par le pro- gramme "investissements d’avenir" (PIA RSNR), l'équipe-projet CARDAMOM et dix partenaires* conçoivent des outils avancés de simulation pour comprendre, prévoir, quantifier et localiser les risques liés à ces phénomènes dévastateurs. * www-tandem.cea.fr Le travail commun de l'équipe-projet MANAO avec des archéologues du CEAlex et ­d'Archéovision a fait revivre des colosses du Phare d’Alexandrie. Les outils 3D développés dans ce contexte permettent de modéliser le patrimoine culturel, de le restituer et de l'enri- chir visuellement. Ces outils utiles aux scienti- fiques le sont aussi pour la communication et, par leurs aspects ludiques et pédagogiques, pour les musées.
  • 15. 15 VALEURS DISCRÈTES INVENTONS LE MONDE NUMÉRIQUE  Que nous évoque le numérique  ? Des ordinateurs, des tableaux de calculs, des écrans… En réalité, ce sont avant tout des femmes et des hommes qui usent de leur matière grise pour imaginer, concevoir, relever des défis, se projeter vers l’avenir. Mais aussi organiser, vulgariser, contractualiser, créer des liens. La recherche et les activités d’appui scientifique constituent les deux faces d’une même réalité, celle de plus de trois cents vingt collaborateurs qui s’im- pliquent dans le même objectif, quelles que soient leurs origines et trajectoires professionnelles. Démonstration en six portraits.
  • 16. VALEURS DISCRÈTES 16 MAGAZINE HORS SÉRIE DAVID DANEY UN MÉTIER TOUT SAUF ROBOTISÉ Il est des vocations précoces. Dès le collège, ­David ­Daney se rêvait en scientifique. Vœu accompli une dé- cennie plus tard, avec l’obtention d’une thèse en robotique menée à Inria. «  Comme tout chercheur, j’ai une passion pour la réflexion profonde, la logique, la recherche de solutions ». Cette soif intellec- tuelle est doublement étanchée  : par la liberté de recherche vécue dans le cadre du projet d’équipe et par la compétition mondiale sur la robotique. En 2013, David rejoint le Centre Inria Bordeaux — Sud-Ouest où il créé en 2017 une nouvelle équipe : AUCTUS. « Chacune de mes jour- nées est différente, de l’organisa- tion de conférences au montage d’expérimentations robotiques grandeur nature, de commissions scientifiques à la rédaction d’ar- ticles de recherche, de la fabrica- tion de prototypes aux rencontres avec des industriels, d’échanges avec des ergonomes, des méde- cins ou des juristes au manage- ment d’une équipe de douze per- sonnes… ». David Daney vit cette diversité du présent tout en se projetant en permanence dans le futur de la "cobotique", cette robotique inspi- rée par et adaptée aux comporte- ments humains. Chacune de mes journées est différente SOLENNE DELAHAYE GAGNÉE PAR LE VIRUS DE LA BIO-INFORMATIQUEE "Ingénieure bio statisticienne spécialisée en santé publique". L’énoncé de son métier sem- blerait ronflant à qui ne connait l’humble personnalité de Solenne Delahaye. À vingt-cinq ans, diplô- mée d’un master II de biologie et d’informatique, cette jeune parisienne choisit de s’installer à Bordeaux, par goût du Sud et de l’océan. Elle y intègre l’équipe- projet SISTM, cofondée par l’uni- versité de Bordeaux, l’Inserm et Inria Bordeaux — Sud-Ouest. Son cadre de travail : l’Isped*, à proximité du centre hospitalier universitaire de Bordeaux - et aus- si, plusieurs fois dans l’année, le centre Inria de Talence lors de réu- nions ou de conférences. Son rôle ? « Je réalise des traitements statis- tiques sur les gènes de personnes malades ou saines, à qui on injecte des vaccins à des temps différents dans le cadre d'essais cliniques. Ceci permet d’analyser comment l'expression de ces gènes évo- lue, qu’ils soient ou non impliqués dans le système immunitaire. Ces résultats sont ensuite étudiés par des biologistes ». Et quand elle n’a pas le regard plongé dans l’écran de son ordinateur, Solenne s’est découvert le goût de sillonner à vélo les routes de la Gironde qui lui ouvrent ses horizons jusque vers l’océan. * Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement Je réalise des traitements statistiques sur les gènes de personnes malades ou saines
  • 17. 17 VALEURS DISCRÈTES RAJKUMAR DARBAR SHIVA EN MODE DRONE Né à Kolkata en Inde, Rajkumar Darbar développe des interfaces à retour tactile qui donnent la sen- sation de "toucher" les objets en réalité virtuelle. Cette prouesse est rendue possible grâce à un petit drone qui vient stimuler la main ou le bras. Les applications poten- tielles sont nombreuses dans l’industrie, la santé, la formation, l’audiovisuel… « Mes recherches se basent sur un principe de prototypage, de tests et d’améliorations conti- nues. J’ai une grande liberté pour expérimenter  », apprécie le doctorant, arrivé dans l’équipe POTIOC fin 2017. Rajkumar pro- fite pleinement de l’environne- ment porteur du centre, échan- geant avec d’autres chercheurs et chercheuses, bénéficiant de leurs conseils et retours d’expérience. « J’avais remarqué la qualité des travaux menés en réalité virtuelle par Inria, c’est ce qui m’a poussé à effectuer mon doctorat ici. » L’équilibre entre temps profes- sionnel et activités personnelles fait partie de ses bonnes surprises en France, même si la barrière de la langue le freine encore. Ses échanges en-dehors du travail, sur un court de badminton ou à la ter- rasse d’un café à Bordeaux, l’aident à mieux s’ancrer dans notre langue et notre culture. J’ai une grande liberté pour expérimenter MARTINE COURBIN COULAUD LA SCIENCE DU PARTAGE Travaillant pour Inria dans le Sud- Ouest depuis 2001, cette ingé- nieure documentaire se vit en inter- face active entre les savoirs et les personnes, au travail comme dans la vie associative - elle est membre d’un supermarché coopératif. « La science doit être désacralisée et ouverte, les citoyens éclairés. » Pour cela, Martine Courbin-Cou- laud ne manque ni d’outils ni de ressources. Sur les méthodes d’in- génierie de l’information d’abord, de par sa formation universitaire en histoire et documentation. Sur l’appui aux scientifiques ensuite, afin de construire des bases de connaissances accessibles au plus grand nombre. Sur la médiation scientifique enfin, en contribuant à la plate-forme de vulgarisation scientifique Pixees.fr et en partici- pant à Class’Code, un dispositif de formation pour initier les jeunes à la pensée informatique. «  Le métier d’ingénieur ou ingé- nieure documentaire s’est réinven- té avec la généralisation du numé- rique. Nous agissons de façon agile, avec des missions variées – organi- sation et diffusion des savoirs, sen- sibilisation aux sciences -, en lien avec les scientifiques, le monde éducatif et le grand public. » Nous agissons de façon agile, avec des missions variées
  • 18. VALEURS DISCRÈTES 18 MAGAZINE HORS SÉRIE AURÉLIEN BONNIN DE BON DROIT, AU BON ENDROIT À l’orée de ses trente ans, Aurélien Bonnin s’est rapidement acclimaté en Nouvelle-Aquitaine. Juriste diplômé en droit des affaires et des technologies de l’information, il met à profit depuis deux ans ses compétences chez Inria Bordeaux — Sud-Ouest, en appui des cher- cheurs et des chercheuses et des services transverses. « Appliqué à la recherche et au numérique, le droit implique une remise en ques- tion et une veille constantes, tant les évolutions dans ce domaine se font à grande vitesse. » Cet amateur de randonnées n’em- prunte jamais deux fois le même sentier intellectuel, passant de la négociation de transferts de tech- nologies à la rédaction de licences logicielles open source, de clauses de propriété intellectuelle ou encore de recommandations sur l’usage de données personnelles et de santé utilisées par les cher- cheurs et chercheuses… Aurélien Bonnin aime ce poste à multiples facettes. « Mes mis- sions sont plus variées que dans le secteur privé, et me demandent "d’entrer dans l’esprit" des cher- cheurs et des chercheuses comme de leurs partenaires industriels, afin de définir le cadre juridique le mieux adapté à chaque projet. » Le droit implique une remise en question et une veille constantes COSTANZA SIMONCINI ÉQUATIONS DE VIE Entre deux passions, pourquoi faudrait-il choisir et renoncer? ­Costanza Simoncini a décidé de poursuivre les deux, en embras- sant et les mathématiques et la médecine. Native de Bergame en Italie, elle a obtenu un master 2 à l’université Paris VI et soutenu une thèse en traitement du signal à l’université de Rennes 1. « Lors d’un stage à l’Institut Pasteur, j’ai commencé à utiliser les mathé- matiques appliquées à la santé. Je souhaitais m’installer en Aquitaine et je connaissais la réputation d’Inria en la matière. J’ai contacté le responsable de l’équipe MONC, au sein de laquelle j’ai la chance d’effectuer mon postdoctorat. » Costanza Simoncini mène des recherches sur la modélisation et le diagnostic des cancers. « Je conçois des modèles mathé- matiques et des algorithmes de traitement d’IRM et de scanners, en relation avec l’Institut ­Bergonié et le CHU de Bordeaux. Le but est d’aider les radiologues à mieux diagnostiquer les cancers, prévoir l’évolution des tumeurs et antici- per les risques de récidives de fa- çon personnalisée pour chaque pa- tient. » Sa prochaine exploration ? Sans doute les Pyrénées, pour s’adonner à deux autres de ses passions, le vélo et la randonnée. Je conçois des modèles mathématiques et des algorithmes de traitement d’IRM et de scanners
  • 19. 19 .ZIP Objet d’attention(s) Inauguré en 2012 à Talence, le bâtiment du centre Inria — Bordeaux Sud-Ouest s’inscrit dans un campus qui résume un demi-siècle d’architecture contemporaine. Il témoigne des liens attachant l’établissement à ses partenaires de proximité : CNRS, université de Bordeaux, École nationale de cognitique, Bordeaux INP, Institut de mathématiques de Bordeaux, Laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI)… En concertation avec la ville de Talence et les riverains, l’architecte Philippe Thouveny a su insérer ce bâtiment dans son environnement. Les formes et les matériaux donnent corps aux travaux des chercheurs et des cher- cheuses, tout en manifestant le rôle de diffusion d’Inria vers l’espace public, par une façade principale dotée d’un parvis en gradins et d’un grand hall d’accueil, par des coursives intérieures visibles au travers de larges baies vitrées, par un mur végétalisé, par l’enjambement de la chaussée… Au verre et au métal, matériaux classiques de l’architec- ture contemporaine, s’adjoint le bois, emblématique des grands espaces aquitains. Ce souci esthétique va de pair avec une construction en haute qualité environne- mentale. Édifié sur un terrain offert par l’université de Bordeaux, le centre a été cofinancé par la région Nouvelle-Aquitaine, l’État, la métropole de Bordeaux et Inria, pour un montant total de 16,6 millions d’euros. Dans quelque 15 000 m² se côtoient chaque jour person- nels de recherche et des services transverses, auxquels s’ajoutent des visiteurs et visiteuses des mondes insti- tutionnel, scientifique et économique… et les classes de scolaires accueillies chaque année en octobre lors de la Fête de la science. Établissement public, le centre a consa- cré 1 % de son budget de construction à une création originale. Installée dans le hall d’accueil, l’œuvre de Nathalie Talec, The Third Hemisphere, attire l’œil des personnes de passage, de jour comme de nuit. Sous la forme d’un cerveau matérialisé par des néons, cette sculpture dynamique donne à voir les connexions nécessaires à la recherche : celle des esprits, des institutions et de lasociété."Cerveaugauche"et"cerveau droit" s’unissent dans une troisième dimension : les avancées numériques qui bénéficient au plus grand nombre. Nathalie Talec, The Third Hemisphere, 2012 Techniques mixtes. Bordeaux Métropole Aménagement / site scientifique Inria / Talence © Nathalie Talec © ADAGP 2018 FIAT LUX
  • 20. PASSERELLES 20 MAGAZINE HORS SÉRIE AVENIR DORÉ POUR MATIÈRE GRISE Vous imaginez la recherche comme un monde fermé ? Un échange avec le service Trans- fert, Innovation, Partenariats vous fera rapidement changer d’avis. « Nous sommes un catalyseur, nous agissons à la jonction entre des entreprises en quête de technologies novatrices et les équipes de recherche, productrices de technologies et de savoir-faire de rupture » résume Laure Aït-Ali, responsable du service. DIX ANS D’ESSAIMAGE Ces entreprises ou projets d’entreprises (colonne de gauche) s'appuient sur les technologies et l'expertise de nos équipes-projets (colonne de droite). Siderion Aiguillage téléphonique PHOENIX Pollen Robotics Robots sur mesure FLOWERS IQspot Supervision énergétique PHOENIX Matchable Gestion de joueurs en temps réel CQFD Realitytech Réalité augmentée multi utilisateurs POTIOC Ullo Soins des troubles cognitifs POTIOC Nenuphar Prédiction de tumeurs MONC Nurea Simulation numérique d’anévrismes MEMPHIS UT4H Assistance numérique pour personnes âgées PHOENIX Près d’ici Production agricole en circuit court REALOPT Bénéficiant du label Institut Carnot, Inria s’emploie à créer des connexions entre la recherche dans le numérique et les acteurs du monde socio-écono- mique. La preuve en chiffres : en dix ans, dix projets d’entreprises ont été développés ou accompagnés par le centre ; une cinquantaine de logiciels enregistrés auprès de l’Agence pour la protection des programmes  ; dix-huit brevets déposés à l’INPI ; des parte- nariats noués avec de grands groupes comme Airbus, Atos-Bull, ­CEA-CESTA, EDF, Microsoft Research, Naval Group, Roche, Safran, Sophia Genetics, Thales, Total ou des PME comme AIO, ­AlgoTech, Evolise, I2S, Interaction Healthcare, Itwell, ULLO, Valorem et bien d’autres. Un bouquet de jeunes pousses Un des moyens privilégiés du trans- fert est la création de start-up com- mercialisant des technologies issues des résultats de la recherche. « Nous aidons nos scientifiques à saisir les op- portunités de créations d’entreprises qui émergent autour de nouveaux ser- vices, de nouveaux outils ou encore du renouvellement du rapport à l’informa- tion et à la connaissance. Les sociétés s’appuient sur des recherches couvrant le spectre complet des activités du centre », indique Laure Aït-Ali. « Nous travaillons également à développer l’esprit entrepreneurial. »
  • 21. 21 PASSERELLES Collaborer avec Inria Les partenariats avec les équipes-projets Inria adoptent de multiples formes. Ils sont impulsés ou accompagnés par des chargés de partenariat et de projets d’innovation dont la formation scientifique, la connaissance des entreprises et de l’économie régionale favorisent les croisements fertiles. EXPERTISE / CONSEIL Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria Qui finance ? L’entreprise Qui fait quoi ? L’entreprise définit ses besoins, l’étude est réalisée par l’équipe. Durée indicative : 1 à 6 mois CONTRAT DE TRANSFERT / LICENSING Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria Qui finance ? L’entreprise, via un accord de licence avec Inria pour pouvoir exploiter une technologie existante Qui fait quoi ? La technologie a été développée par l’équipe. L’entreprise l’intègre dans son produit. Si une adaptation est nécessaire, un contrat de recherche peut être conclu. CONTRAT DE RECHERCHE Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria Qui finance ? L’entreprise finance tout ou partie du projet de R&D Qui fait quoi ? L’entreprise fournit un cahier des charges, les travaux de recherche sont réalisés par l’équipe Durée indicative : 6 mois à 2 ans PROJET COLLABORATIF BILATÉRAL Qui ? Une entreprise et une équipe de recherche Inria Qui finance ? L’entreprise finance tout ou partie du projet de R&D Qui fait quoi ? L’entreprise et l’équipe affectent du personnel aux travaux de recherche Exemples de dispositifs : thèse CIFRE, laboratoire commun ANR, Inria Innovation Lab Durée indicative : 2 à 3 ans PROJET COLLABORATIF MULTIPARTENAIRES Qui ? De 3 à 15 partenaires, privés (entreprises) et publics (laboratoires ou centres de recherche) Qui finance ? L’ANR, le fonds unique interministériel (FUI), l’Europe (H2020), notamment Qui fait quoi ? Chacun s’investit sur sa ou ses parties du projet Durée indicative : 2 à 4 ans CONSORTIUM OPEN SOURCE Qui ? Une ou plusieurs entreprises qui se fédèrent en communauté autour d’un logiciel open source Qui fait quoi ? Chacun contribue financièrement, via une adhésion au consortium ou/et la mise à disposition de ressources humaines pour maintenir, pérenniser, définir la feuille de route d’évolution du logiciel. Ce consortium peut être porté et géré par la fondation Inria, via son dispositif InriaSoft
  • 22. PASSERELLES 22 MAGAZINE HORS SÉRIE Stimuler l’envie d’entreprendre Le développement d’une culture entrepreneuriale est encouragé pour multiplier les opportunités de créations d’entreprises avec notamment des actions de sensibilisa- tion pour les jeunes scientifiques. Le programme Horizon Start-up vise à améliorer la connaissance globale et l’en- vie d’entreprendre de tous les personnels d'Inria. L’équipe du service transfert, avec ses partenaires de l’écosys- tème, propose de plus des animations et ateliers liés à l’entreprenariat et la créativité. Ceux qui souhaitent aller plus loin et qui ont déjà une idée sont accompagnés pour faire mûrir leur projet. Le dispo- sitif InriaHub leur permet de bénéficier du temps et de l’expertise d’ingénieures et d’ingénieurs pour accroître le niveau de maturation de leur technologie. Inria a aussi noué un partenariat avec l’EM Lyon afin d’offrir des for- mations et un coaching sur mesure sur les aspects mar- ché, financement, marketing, RH, etc. Pour contribuer à la croissance et au financement des start-up, Inria a créé en 2011 sa filiale IT-Translation qui cofonde et investit en ultra-amorçage jusqu’à 300 K€ dans les start-up techno-numériques. La société IQspot a bénéficié de cet investissement en ultra-amorçage. Si Inria peut compter au niveau national sur de nombreux dispositifs internes pour stimuler et accompagner l’entre- prenariat, ses centres s’inscrivent dans la dynamique des territoires au sein desquels ils sont implantés. Ainsi à ­Bordeaux, les start-up sont accompagnées par les tech- nopoles Bordeaux TechnoWest ou Bordeaux Unitec. « La marque Inria est un gage de qualité » En 2015, Julien Bruneau et Quentin Enard troquent leurs vies de chercheurs à Inria Bordeaux — Sud-Ouest pour celles d’entrepreneurs. Leur jeune pousse iQSpot fournit des capteurs et des logiciels qui, en temps réel, optimisent les flux des bâtiments tertiaires, réduisant les coûts jusqu’à 20 %. L’entreprise a effectué un pre- mier tour de table auprès d’IT-Translations et doit en réaliser un second en 2018. « Nous avons signé des contrats avec le premier ges- tionnaire d’actifs privés en France et des entreprises comme Cdiscount, ce qui représente déjà 250 000 m2 exploités », précise Julien Bruneau. Lauréat de plusieurs trophées de La Poste, Caisse des dépôts, Huawei et du groupe AEF, iQSpot emploie une dizaine de salariés à Bordeaux, pour moitié dédiés à la R&D, pour moitié à la relation clients et partenaires. « Être issus d’Inria a d’emblée légitimé notre projet ». 22 MAGAZINE
  • 23. 23 STRATÉGIES LA PLANÈTE COMME TERRAIN DE JEU L’ambition de l’institut est d’être un acteur majeur de l’espace européen de la recherche tout en rayonnant à l’international. Le centre Bordeaux — Sud-Ouest y participe activement, à commencer par les échanges sabbatiques internationaux. Les scientifiques d’Inria ont la possibilité de passer de 6 à 12 mois dans un labora- toire partenaire, alors que le centre accueille des chercheurs et des chercheuses de plus de quarante nationalités. Inria favorise les coopérations internationales soute- nues à la fois par ses propres instruments (Inria Inter- national Labs, équipes associées, chaires, sabbatiques) et ceux de la Commission européenne au travers des actions financées par le programme cadre Horizon 2020. Au moins sept 1 de nos équipes participent ac- tuellement à des projets financés par ce programme. Inria est par ailleurs membre fondateur de deux KIC 2 (Digital et Health) de l'institut européen d'innovation et de technologie (EIT), auxquels les équipes du centre participent également. La majorité de nos équipes collaborent avec des laboratoires ou des entreprises européennes. Sur dix ans, le centre compte enfin quatre lauréats ERC (European Research Council) : Rémi Abgrall (advanced grant, 2008), Pierre-Yves Oudeyer (starting grant, 2009), Andreas Enge (starting grant, 2011) et Fabien Lotte (starting grant, 2016), avec des projets portant sur la modélisation de la mécanique des fluides, l’ap- prentissage humain et automatique, la cryptologie et les interfaces cerveau-ordinateur. L’Europe au cœur 1 CARDAMOM, HIEPACS, MAGIQUE-3D, MEMPHIS, MONC, POTIOC, STORM 2 Knowledge and Innovation Communities : www.inria.fr/en/europe-international/european-research-area/eit
  • 24. STRATÉGIES 24 MAGAZINE HORS SÉRIE AEROGUST Ce projet, labellisé Horizon 2020, réuni 11 partenaires européens de la recherche et de l’industrie aux côtés de l’équipe-projet MEMPHIS. Doté d’un budget de 4,3 millions d’euros, il s’intéresse à la simulation des turbulences atmosphériques pour optimiser la conception des éoliennes et des avions tout en limitant les essais en soufflerie. Les équipes associées sont un élément essentiel de la politique scientifique de l’institut. Elles visent à déve- lopper des collaborations entre des équipes-projets Inria et des équipes de recherche de haut niveau du monde entier. Sept équipes associées sont actuelle- ment portées par le centre, majoritairement aux Etats- Unis mais également en Tunisie et au Gabon. Certaines d’entre elles s’inscrivent dans le cadre des sept Inria International Labs, des laboratoires conjoints qui impulsent le modèle "équipe-projet" d’Inria à l’inter- national tout en s’adaptant aux contextes locaux. Le centre travaille particulièrement avec trois d’entre eux. Les équipes-projets MONC et SISTM sont impliquées dans Inria@siliconValley (épicentre San Francisco, USA). LFANT et CARMEN travaillent avec le Lirima (épicentre Yaoudé, Cameroun). D’autres équipes tra- vaillent sur le futur des supercalculateurs dans le cadre du JLESC (Joint Laboratory for Extreme Scale Compu- ting, épicentre Argonne, USA), auquel sont également associés des scientifiques d’Espagne, d’Allemagne et du Japon. www.inria.fr/europe-international L’international en étendard
  • 25. 25 STRATÉGIES Pour évoquer les sujets majeurs à venir, à l’interface de la recherche en sciences du numérique et de l’acti- vité socio-économique, on peut tout d’abord se référer aux tendances fortes que nous observons actuel- lement et dont les effets vont être, probablement, durables. En lien avec d’autres développements techno- logiques, l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique per- mettent par exemple la mise au point de systèmes connectés et auto- nomes : automobiles, drones, robots. Si ces tendances se confirment, l’amélioration des performances, la conduite et l’intégration de telles plate-formes, en incluant leurs inte- ractions avec leurs usagers, seront des thèmes centraux dans les années à venir. Plus globalement, la prise en compte de l’utilisateur va devenir de plus en plus importante dans le développe- ment des systèmes informatiques. La tendance est de passer d’une logique dans laquelle l’utilisateur doit s’adap- ter aux contraintes d’un logiciel, à la logique inverse, où le système s’adapte aux besoins, aux compé- tences et aux envies de l’humain. Cette prise en compte va par exemple fortement irriguer la robotique pour proposer des machines mieux adap- tées à leurs utilisateurs et utilisatrices, que ce soit dans un contexte professionnel (industries de fabrication) ou privé (réhabilitation, accompagnement). Le calcul à haute performance saura très probablement profiter des pro- grès réalisés tant en apprentissage que dans les nouveaux modes d’inte- raction Homme-machine, pour ac- croître sa puissance en développant de nouveaux modes de couplage entre interfaces, modules intelligents et calcul scientifique. Pensons par exemple à de nouvelles stratégies où les capacités tout comme la nature des calculs pourraient être modifiées par des interactions avec l'utilisateur ou l'utilisatrice pendant la simulation mais aussi s’enrichir et s’adapter par l’apprentissage. Les scientifiques inte- ragiraient ainsi avec la simulation, en profitant de leurs expériences passées ou en étudiant prospective- ment l’impact de certains scénarios. Ces couplages nécessiteront un rapprochement accru avec d’autres domaines scientifiques, depuis les lois physico-chimiques jusqu’aux sciences sociales, et avec la "vérité terrain" des phénomènes considérés. Il sera en particulier nécessaire d’in- tégrer les incertitudes, les données manquantes et de nombreux autres éléments contextuels souvent négli- gés dans les modélisations classiques alors qu’ils sont prégnants dans la ré- alité. Les techniques mathématiques sous-jacentes (analyses statistiques et probabilistes, schémas de calcul numérique avancés) devront évoluer pour prendre en compte ces facteurs. Il faut aussi penser à des sujets encore en émergence aujourd’hui mais dont l’impact pourrait être majeur, en poussant les mathéma- tiques à évoluer pour s’adapter aux changements associés. Par exemple, comment calculerons-nous dans le futur ? Probablement avec une puis- sance de calcul qui va continuer à augmenter, en empruntant éventuel- LE NUMÉRIQUE, AU CŒUR DES ENJEUX DE NOTRE SOCIÉTÉ LES SYSTÈMES DEVRONT S’ADAPTER AUX BESOINS, AUX COMPÉTENCES ET AUX ENVIES DE L’HUMAIN.
  • 26. STRATÉGIES 26 MAGAZINE HORS SÉRIE L’informatique diffuse au quotidien Aujourd’hui, nous bénéficions sans y prêter attention de traitements informatiques très divers  : soit explicitement quand par exemple, nous consultons un site web sur notre téléphone portable, soit de façon implicite quand nous prenons un train conçu, fabriqué et piloté en grande partie grâce à des outils numériques. Tous ces traitements résultent de logiciels qui exécutent une grande quantité de calculs élémentaires sur des ordinateurs et communiquent via des réseaux. L’évolution de cette situation, avec notamment l’augmentation considérable du nombre des objets connectés, prend le nom d’informa- tique diffuse. Qu’est-ce que le calcul haute performance ? Certaines tâches sont très com- plexes à calculer comme par exemple la simulation d’une explo- ration géophysique. Il faut alors mettre en œuvre des traitements informatiques très longs parce que nécessitant une très grande quantité de calculs. Pour réduire ces durées et aussi la quantité de mémoire ordinateur nécessaire, les chercheurs et chercheuses tra- vaillent à la fois sur les méthodes et les algorithmes mathématiques qu’ils utilisent, sur les logiciels développés mais aussi sur les archi- tectures pour les rendre toujours plus performantes. Demain, l’informatique quantique ? L’informatique quantique est une des solutions envisagées pour augmenter considérablement la puissance de calcul des machines classiques. Elle exploite l’idée d’uti- liser les phénomènes quantiques, à l’initiative de David Wineland, prix Nobel de physique. Les machines classiques utilisent le bit (valeur binaire à 1 et à 0) alors que le calcu- lateur quantique manipule le qubit (quantum bit), toujours à base de 1 et 0 mais aussi de leur superpo- sition. Ce tour de magie est rendu possible par les lois de la mécanique quantique. Mais les techniques de calcul devront elles aussi évoluer pour devenir opérationnelles sur de telles machines… Les auteurs Pascal Guitton est chercheur au sein de l’équipe-projet POTIOC Hélène Barucq est responsable de l’équipe-projet MAGIQUE-3D Frédéric Alexandre est responsable de l’équipe-projet MNEMOSYNE lement d’autres voies que l’améliora- tion des processeurs. Mais aussi sous l’influence d’autres bouleversements, en particulier si l’informatique quantique devient opérationnelle ou si l’ordinateur tel qu’on le connaît disparait au profit de l’informatique diffuse, de nou- velles interfaces et autres objets communicants. La dissémination de ces systèmes numériques dans tous les moments de nos vies posera également de multiples questions sociétales qui mobiliseront aussi la recherche, de- puis les aspects éthiques jusqu’aux questions sur la formation en pas- sant par l’accès aux connais- sances et aux données sous- jacentes. Outre les questions classiques, mais qui n’en restent pas moins importantes à considérer, sur les risques associés à une plus grande autonomie des machines, le sujet relatif à leur puissance de calcul doit aussi ouvrir le débat sur l’impact énergétique et environnemental. Un enjeu important sera alors de savoir placer le curseur pour bénéficier de ce que peuvent offrir ces nouveaux modes de calcul tout en maîtrisant les coûts associés. Des approches adap- tatives et intelligentes pourraient apporter des réponses intéressantes à cette question. En conclusion, l’évo- cation de ces pistes de prospective scientifique montre qu’entretenir un dialogue constant avec la société et suivre attentivement ses évolutions doit rester un moyen privilégié de guider les choix des futurs sujets de recherche en sciences du numérique.
  • 27. CENTRE DE RECHERCHE INRIA BORDEAUX _ SUD-OUEST 200 avenue de la Vieille Tour 33405 Talence Cedex +33 5 24 57 40 00 plugin-bordeaux@inria.fr www.inria.fr/bordeaux Magazine édité par centre de recherche Bordeaux – Sud-Ouest 200, avenue de la vieille Tour 33405 Talence, plugin-bordeaux@inria.fr Directeur de la publication Nicolas Roussel Rédaction en chef Stéphane Menegaldo / Severine Valerius Conception graphique Lucile Aigron Mise en page et infographies Caroline Nouzières Recherche iconographie Aurélie Lacouchie Habillage Graphique "10 ans" Nicolas Steff Rédacteurs Laurent Campagnolle (Ligam), Pascal Guitton, Hélène Barucq, Frédéric Alexandre, Service Communication et Médiation du centre Inria BSO Secré- tariat de rédaction : Marie-Laetitia Gambié Crédits photos Couverture : © Safran Tech ; Edito : © Inria / Photo C. Morel ; Hyperlien : © Inria / Photo N. Fagot p.4, © Laurent Pascal p.5 ; Zip : © Inria / Photo H. Raguet ; Figures libres : © Inria / Photo C. Morel p.8, © Inria / Photo G. Scagnelli p.9 ; Intégrale : © Inria / Photo H. Raguet p.10, © Inria / C. Morel et © Inria / Photo H. Raguet p.11 ; Appli : © Inria / Photo C. Morel p. 12, © Inria / Photo H. Raguet © Inria / Geostat project-team, © Inria / SCM, © Inria / Photo C. Morel p.13, © Inria / Potioc project-team, © Inria / SCM, © Inria / Monc pro- ject-team, © Inria / Photo M. Sgandura ; Valeurs discrètes : © Inria / Photo C. Morel p.15, © Inria / Photo G. Scagnelli et © Solenne Delahaye p.16, ©BernatetsPhotoet©Inria/PhotoG.Scagnellip.17,©Inria/PhotoG.Scagnelliet©MaudBocquillodp.18 ;Zip :©Inria/PhotoM.S.et©Nathalie Talec © ADAGP 2018 p.19 ; Passerelles : © Inria / Photo C.Morel p.20, © Inria / Photo C. Morel p.22 , Stratégies : © weseetheworld - Fotolia p.23, © Inria / Photo H. Raguet p.24, © Inria / Photo C. Morel p.25, © Inria / Photo H. Raguet p.26 © Fabrication Imprimerie Lacoste-Roque (Groupe Sodal) 8, rue du IV septembre 40000 Mont-de-Marsan 05 58 46 08 08 - Le centre remercie chaleureusement tous les contributeurs et toutes les contributrices (collaborateurs et partenaires) de ce numéro hors-série Inria plug’in. ISSN 2271-1279 Imprimé en août 2018 - série limitée à 2000 ex. @Inria_Bordeaux
  • 28. Retrouvez les 10 ans du centre #10ansInriaBSO www.inria.fr/10ansInriaBSO Contactez-nous 05 24 57 40 00 com-bordeaux@inria.fr www.inria.fr/bordeaux Twitter : @Inria_Bordeaux