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Une histoire du groupe « écriture » de la 5e Chasles imaginée
           par Agathe, Raphaël, Hugo et Camille




        DE L’ALASKA À
          L’AFRIQUE


                     la fin…


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Chapitre 7 : Voyage vers l’Afrique

        Une fois leur précieux iceberg remorqué, le bateau se mit en route vers le Sahel. Pierre, le chef de
l’expédition qui avait inscrit les quatre adolescents, prit la barre. Au fond de la cale, on avait aménagé des
couchettes, une cuisine et – c’était très rare – une douche à l’eau de mer. Le groupe était émerveillé.
        - Waouh ! Il y a même une petite télé ! Je vais pouvoir jouer à l…, s’exclama Raphaël.
        - Mais il ne pense vraiment qu’aux jeux vidéo! De toute façon, il y a ni la XBOX ni la WII.
        - Super, il y a un frigo, une plaque à induction et même un four ! On va pouvoir faire de bons petits
plats, dit Hugo, joyeux.
        - J’ai hâte de les dévorer ! Dis donc, il y a au moins une trentaine de lits. Je vais enfin pouvoir
m’installer confortablement pour jouer avec mon rubik’s cube ou mes pentominos, renchérit Camille
rêveuse.
        - Je rêve ! Il y a même une douche et un miroir ! Je vais pouvoir me brosser les cheveux
correctement et me délester de cette horrible odeur de mer que j’ai attrapée tout à l’heure en plongeant
installer le filet de protection, cria Agathe.
        - Eh, les petits mousses ! Le chef vous attend sur le pont. Il a besoin de vous pour faire une
manipulation. Sur un bateau comme celui-là, il n’y a pas de temps pour rêver ni pour cuisiner. D’ailleurs, il
y a un cuistot à bord, alors ne vous faites pas des films ! leur ordonna un homme du nom d’Alfredo.
        - Oh non ! Je vais me mettre à pleurer… fit Agathe, déçue.
        - Qu’est-ce que je viens de dire ?
        - C’est bon on y va… pas besoin de nous crier dessus comme crierait un poissonnier, répliqua
Camille.
        Tous les quatre se rendirent en un bloc sur le pont où ils furent saisis par une bouffée d’air froid. Un
épais brouillard cachait la houle mais ils réussirent à apercevoir une grande forme s’agiter à travers le nuage.
Ils s’approchèrent d’elle et découvrir l’identité de l’homme en arrivant : Pierre leur faisait de grand signes.
        - Ah vous voilà enfin ! Aidez-moi à jeter l’ancre, on ne voit rien avec ce satané bouillard, il vaut
mieux stopper le bateau immédiatement au lieu de foncer droit sur des récifs invisibles !
        Ils avancèrent prudemment jusqu’à la poupe où, la portant de toutes leurs forces, ils la jetèrent dans
l’océan. Cette action fut suivie d’un gros « PLOUF » et chacun fut aspergé de milliers de fines gouttelettes
gelées. Frigorifiés, ils furent autorisés à rentrer pour prendre une douche. Chacun leur tour, ils s’équipèrent
de shampooing, de gel douche, d’une serviette et de leur pyjama et entrèrent dans la pièce qu’Agathe
bénissait tant. Ils en ressortirent propres, les cheveux encore mouillés, mais réchauffés. Ils allèrent ensuite à
la cuisine où le reste de l’équipe les attendait.
        - Vous avez de la chance que le chef vous ait autorisés à prendre une douche ; nous, on n’ira pas tant
que l’on n’aura pas fait trempette, dit Alfredo, envieux.
        - Oh, mais allez-vous enfin laisser ces gosses tranquilles ? fit Pierre d’une voix forte en entrant dans
la pièce.
        Tous sursautèrent.
        - Ah, vous voilà réunis. Je peux servir le souper ?
        - Bien sûr, Franck, j’ai un appétit de loup ce soir.
        - Tu devrais plutôt dire d’ours polaire ! dit en riant un homme qui se nommait Nicolas. Qu’est-ce que
l’on a dans nos assiettes aujourd’hui, cuistot ?
        - Bouillon de volaille et croûtons à l’ail. Et ce sera pareil tous les jours, que vous le vouliez ou non,
répondit-il en fixant méchamment Agathe. On fera peut-être exception dimanche, je vous ferai des flageolets
en conserve.
        - C’est de la torture… se lamenta la cible du cuistot.
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Une fois la soupe expédiée, Agathe, Camille, Hugo et Raphaël se réunirent sur une paillasse et
discutèrent de la journée. Vers vingt-deux heures, épuisés, ils s’endormirent, bercés par le clapotis de l’eau
et par le mouvement des vagues. Tous dormirent comme des bébés et n’entendirent pas les cris des autres
matelots, qui, saouls, jouaient aux cartes.
        Ils furent brusquement éveillés à quatre heures du matin par une voix tonnante.
        - Allez, bande de fainéants, debout ! Aujourd’hui je vous ai laissé faire la grasse matinée mais
demain il faudra se lever comme tout le monde !
        - C’est à dire ? fit la voix encore endormie de Camille
        - C’est à dire à trois heures du matin. Maintenant debout, et plus vite que ça. Dans un quart d’eure,
on veut vous voir habillés sur le pont. Et pas question de prendre une deuxième douche, hein ! réprimanda la
même voix.
        Les filles, assez rapides au réveil, secouèrent fortement leurs compagnons pour qu’ils se lèvent à leur
tour et le quatuor traversa la chambre pour se rendre à la cuisine. Là, ils durent se rendre à l’évidence :
personne n’avait déjeuné ce matin. Déçus, ils retournèrent dans la chambre où ils se changèrent. Comme les
garçons dormaient quand l’homme – du nom de Thibaud – leur avait donné des instructions, elles durent les
répéter aux deux paresseux.
        - Et il nous a dit de ne surtout pas prendre de douche.
        - Et il faut être sur le pont dans dix minutes.
        - Peut-être que si on ne doit pas prendre de douche, c’est pour ne pas polluer l’océan Atlantique avec
le savon ? suggéra Hugo.
         - Cela m’étonnerait. Tu as vu leur réaction, hier, quand on est allé manger ? Ils ont dit que l’on ne
prendrait une douche que si on se faisait arroser !
        - Tu n’as qu’à te jeter à l’eau si tu tiens tant à prendre une douche, fit Raphaël à l’adresse d’Agathe.
        - Ha, ha, ha, ha. J’adore ton humour…
        - Si vous continuez, on va encore se faire rappeler à l’ordre par Alfredo ou Thibaud, leur signala
Hugo.
        - Il a raison. Montons en vitesse sur le pont.
        Le groupe prit donc les petits escaliers de bois et arrivèrent au lieu de rendez-vous. Là, ils virent le
magnifique paysage qui les entourait. La mer, d’un bleu presque turquoise, était parsemée de petits icebergs,
qui semblaient être les enfants de celui qu’ils remorquaient. La houle les faisait se balancer doucement. Au
loin, on apercevait Terre-Neuve, d’où ils étaient partis la veille. A l’horizon, le soleil se levait et teintait de
rose les premiers nuages. Respirer l’air du large faisait le plus grand bien aux petits aventuriers.
        - Je n’ai jamais vu un spectacle aussi beau, chuchota Camille, le souffle coupé.
        - Waouh ! J’aimerais tant avoir le temps de croquer cette scène.
        - Magnifique ! Dommage qu’il n’y ait pas ce paysage dans le monde 3 de Mario Bros, s’exclama
Raphaël.
        - J’en reste sans voix ! fit Hugo.
        - Oui, c’est magnifique. Et vous verrez ce paysage chaque jour de ce trajet. Mais vous n’aurez pas
autant de temps pour l’admirer. Allez la jeunesse, venez m’aider, intervint Pierre derrière eux.
        Ils se retournèrent brusquement et dirent bonjour au capitaine.
        - Vous avez besoin de nous ? Pourquoi faire ?
        - Je pense que vous n’avez pas remarqué que le brouillard s’est dissipé, répondit-il d’une voix
énigmatique. Puis il ajouta : dans ce cas, cap sur le Sahel ! Allez, aidez-moi à lever l’ancre, on repart.
        La manœuvre fut très délicate. Ils eurent besoin de dix bras de plus pour sortir l’énorme poids de
l’océan. Ensuite, Pierre mit les moteurs en marche et le bateau partit vers sa destination.
        - Barre à tribord ! Sus aux Africains !
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Ensuite, on confia aux enfants la liste de leurs corvées du jour :
         1) Nettoyer le pont.
         2) Nettoyer les hublots.
         3) Astiquer la barre et le compas.
         4) Faire la plonge.
         Ils se partagèrent les tâches après une longue discussion au cours de laquelle ils s’acharnaient à
essayer d’obtenir la corvée qu’ils voulaient faire. Bien sûr, chacun voulait astiquer la barre et le compas, cela
étant le moins fatigant.
         - Je veux bien prendre le petit 3), si cela ne vous dérange pas.
         - Certainement pas ! Le 3) est pour moi !
         - Et pourquoi pas moi, je vous prie ?
         - Toi, va faire la plonge pendant que je fais le 3).
         Cela se termina avec un tirage au sort et ce fut Agathe qui remporta la tâche n°3. Ses compagnons,
dégoûtés, s’activèrent donc à une autre tâche pendant qu’elle passait le chiffon en sifflotant.
         - La, laaaa, la, la, la, la, la laaaaa.
         - Ces matelots ont vraiment mangé comme des porcinets, marmonna Camille, qui faisait la plonge.
         - Leur produit pour les vitres est vraiment nul et archinul, dit Raphaël dans sa barbe.
         - Facile de passer la serpillière quand il y a trois cent cinquante caleçons et autres sous-vêtements qui
traînent par terre, grommela Hugo.
         - Arrête de te plaindre et fais ce qu’on te dit, microbe ! gronda Alfredo.
         - Si tu crois que tu m’impressionnes, tu te trompes ! Et je ne suis pas un microbe ! Toi tu n’es qu’un
pauvre SDF qui n’a trouvé que ça pour que l’on le nourrisse, rétorqua Hugo d’un ton ferme.
         Alfredo resta sans voix. Comment avait-il pu deviner ? En vérité, celui-ci avait eu une enfance très
dure et n’avait pas fait d’études. Lorsque que ses parents étaient décédés dans un accident de voiture, il
s’était retrouvé à la rue. Il vivait comme un clochard dans les rues de Paris lorsqu’il avait entendu parler de
cette association et s’y était inscrit en pensant qu’on lui donnerait à manger au moins pendant ses
missions…
         Nicolas arriva dans la cuisine et entendit Camille pester. Il avait le sens de l’humour et arriva derrière
elle sans bruit.
         - Bouh !
         - Aaaaaaaaaah !
         Camille hurla si fort que tous les hublots auraient pu se briser. Elle fit aussi tomber le savon dont elle
se servait, ainsi que son torchon.
         - Eh bien ! Je t’ai bien eue !
         - Vous êtes qui, vous ? Vous vous croyez drôle ? répliqua-t-elle sur la défensive.
         - Ne te mets pas dans cet état, voyons, fit Nicolas d’une voix douce. Je ne suis pas comme eux. Moi
aussi j’aimerais avoir le temps de rêver. Je suis comme vous, les enfants. Je n’aime pas Alfredo et Thibaud.
Ici, tout le monde est jaloux parce que Pierre vous protège et vous confie les tâches qu’ils auraient dû
effectuer.
         - S’ils veulent faire la plonge, moi, ça ne me dérange pas. Au contraire !
         - Pas celles-ci. D’autres, comme plonger, installer le filet et les jupes de l’iceberg ou jeter l’ancre.
         Tous les deux discutèrent un long moment et Camille apprit qu’ils avaient la même passion : les
sciences. Elle lui parla des pentominos, lui de l’astronomie. Comme elle avait terminé sa corvée, il
l’emmena sur le pont lui montrer le compas et une carte du ciel. Camille était émerveillée. Elle adorait
l’astronomie et connaissait le nom de toutes les constellations. D’ailleurs, elle voulait être astrophysicienne.

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Quelques heures après cette fabuleuse rencontre, Camille rejoignit ses camarades. Ils avaient
convenu de nettoyer le pont tous ensemble pour que ça aille plus vite. Ils prirent donc quatre serpillières et
balais et s’activèrent. Lorsqu’ils eurent enfin terminé, ils redescendirent à la cuisine où la soupe était servie.
Tout le long du souper, ils discutèrent avec Nicolas, qui était désormais leur nouveau compagnon. Après,
épuisés, ils s’endormirent sur leurs couchettes et ronflèrent si fort que les autres matelots les entendaient
depuis la cuisine.
        Chaque jour qui passa à bord se déroula à peu près de la même manière.




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Chapitre 8 : Mauvais courants

        Les jours s’écoulaient, mais pas assez vite pour les quatre adolescents. Ils se lassaient de la mer et
s’ennuyaient des tâches qu’on leur donnait. Cela faisait déjà trente-quatre jours qu’ils étaient sur l’Élan333
en direction du Sahel. Heureusement, Nicolas, un des bénévoles, s’était lié d’amitié avec eux et il leur
apprenait de nouvelles choses chaque jour. Par exemple, il leur apprit les conditions pour que l’énorme
iceberg qu’ils tractaient puisse arriver en Afrique.
        - Sachez que nous ne tirons pas l’iceberg, c’est la mer qui se charge de cela. Le bateau est là
seulement pour corriger la trajectoire.
        - Je ne comprends pas comment la mer peut tirer l’iceberg. Elle n’a pas de bras, de corde ou autre
« truc » pour cela, dit Raphaël.
        - Ce n’est pas vraiment la mer, mais les forces de la nature.
        - Réfléchis un peu ! Tu n’as jamais fait de surf près de Bordeaux ?
        - Là, je ne vois pas le rapport avec la choucroute ! répondit Hugo
        - Au cas où tu n’aurais jamais surfé près de Bordeaux, sache qu’il y a des énormes rouleaux et des
courants marins qui t’emportent.
        -…?…
        - Mais si, elle a raison. Ce sont les courants marins qui poussent l’iceberg. S’il advenait qu’il n’y en
ait plus, alors on devrait stopper le bateau et attendre qu’ils reviennent.
        - OK, d’accord, j’ai compris maintenant.
        - Pas moi, dit Raphaël en levant les yeux de sa Nintendo3DS.
        - Encore une fois, il n’a rien écouté, soupira Agathe.
        - Ce n’est pas ma faute si allez trop vite !
        - Ce n’est pas ma faute non plus si tu ne vis que pour les jeux vidéo !
        - Allez, vous n’allez pas recommencer ! Laissez-le tranquille, nous on va sur le pont observer les
étoiles, le jour décline, les coupa Nicolas.
        Camille lâcha un grand :
        - Youpi !!!
        - Ça m’a l’air intéressant. Je vous suis, dit Hugo.
        Comme chaque soir, Nicolas leur enseigna l’astronomie et le nom des constellations. Les enfants,
émerveillés, regardaient le ciel et le magnifique paysage depuis la proue du bateau. Ils profitaient de ce
moment pour se reposer de leur fatigante journée et pour discuter. Quand l’air commençait à fraîchir, ils
rentraient et s’occupaient chacun à leur manière, avec des casse-tête, des dessins, une console et un oreiller.
Nicolas lisait dans un coin pendant que ses camarades jouaient au poker et buvaient de la bière. Vers minuit,
saouls, ils se couchaient bruyamment, ce qui réveillait les quatre adolescents.
        Chaque jour, le capitaine vérifiait la trajectoire du navire. Ils allèrent toujours vers le Sud-Est
jusqu’au soixante-quatorzième jour, où les instruments révélèrent qu’ils se dirigeaient vers le Nord. Ne
pouvant corriger cette trajectoire, Pierre, au bord de la panique, réunit tout l’équipage sur le pont.
        - Nous nous dirigeons vers l’Arctique donc nous devons jeter de nouveau l’ancre pour ne pas dévier
de notre destination ! Que cinq gaillards m’aident !
        - Tout de suite mon capitaine ! se précipita Alfredo.
        Ils lancèrent donc le poids qui dévia vers le Nord avant d’accrocher le fond de l’océan. La position
du navire et de l’iceberg était tout même difficile à tenir et Pierre passait ses journées à la barre afin de
rectifier la trajectoire.
        - On peut rester des jours comme ça, affirma Nicolas aux enfants. Ce qui fait que l’iceberg va fondre
encore plus que prévu ! Il peut à présent perdre jusqu’à 45% de sa masse au lieu de 38% !
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- Nous ne sommes plus dans la mer glaciale du départ ?
        - Nous n’avons jamais été dans l’océan Arctique mais dans l’Atlantique ! Seulement, au Canada, il
fait très froid, et ça a une influence sur la température de l’eau. À présent, nous sommes à quelques
kilomètres au dessus du triangle des Bermudes.
        - Il n’y aurait pas une légende qui dit que des marins ont disparu par là-bas ? s’inquiéta Hugo.
        - Ce n’est qu’une légende !
        - Mais pourquoi aller au Sud alors que l’Afrique est à l’Est ? Pourquoi aller dans une zone
dangereuse alors que ce n’est pas obligatoire ? demanda Camille.
        - Le triangle des Bermudes est une zone à fort courant. De nombreux trafics maritimes y passent pour
gagner du temps. C’est notre cas.
        - Pour moi c’est un sacré détour ! continua-t-elle.
        - Mais non !
        - Activez-vous au lieu de discuter, vous autres ! intervint Pierre dans leur dos.
        Cette soudaine apparition mit fin à la discussion entre Camille, Agathe, Hugo et Nicolas. Bien sûr,
Raphaël, lui, jouait à la Nintendo 3DS.
        La plupart des jours étaient monotones et on s’ennuyait. Il y avait évidemment de nombreuses tâches
mais elles étaient réparties entre tous les membres de l’équipage et les faire prenait seulement une heure
environ. Heureusement, il y avait parfois des petits imprévus. Certaines fois, on voyait au loin le souffle
d’une baleine, plusieurs dauphins sautant au dessus des vagues ou un phoque nageant paisiblement. À ces
moments, tous étaient regroupés sur le pont pour admirer ces scènes, au point de laisser tomber balais et
serpillères.




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Chapitre 9 : Pris au piège dans les récifs

         Après trente-six jours d’attente, la chance tourna enfin. Les courants repartirent vers le Sud-Est et le
convoi se remit en marche. L’arrivée était encore loin : ils n’avaient pas fait les deux tiers du parcours.
Prenant leur mal en patience, ils effectuaient encore et toujours les nombreuses tâches sur l’Élan333. Les
jours passaient lentement. Mais, enfin, on entendit crier :
         - Terre, terre !
         En effet, au loin, on voyait une très fine bande marron : l’Afrique et plus précisément le Sahel. Ce
soir-là, il y eut un nouveau passager à bord du bateau : Mme Joie. On faisait la fête, on s’arrosait, on buvait,
on jouait aux cartes. Les quatre adolescents eurent la permission de faire une belote avec le reste de
l’équipage, ce qui, auparavant, ne s’était jamais produit.
         - Eh, Les p’tits mousses, venez vous amuser ! Pour changer, on peut jouer à la belote si vous voulez.
         - Super ! On arrive ! lança Agathe.
         - Tu sais jouer, toi ? demanda doucement Camille à sa copine.
         - Peu importe, ils vont nous expliquer, conclut Hugo.
         - Moi, je vais dans la chambre pour terminer tranquillement le monde 8 de New Super Mario Bros,
dit Raphaël.
         - Tu ferais mieux de nous rejoindre, au lieu de t’abîmer les yeux…
         - Et la cervelle ! plaisanta Camille. Laissez-le tranquille, nous, on retourne dans la cuisine pour jouer.
         Comme prévu, ils s’essayèrent tant bien que mal à la belote, puis, voyant qu’ils n’y arrivaient pas, ils
proposèrent le poker. Les matelots acceptèrent, mais sans argent.
         - Moi, je veux bien, mais avec les jetons et personne ne perd de sous à la fin, dit Alfredo en toisant
du regard les enfants.
         - Oui, bien sûr ! C’est complètement débile de perdre de l’argent dans un jeu, s’empressa de répondre
le club.
         - Dans ce cas-là, je suis moi aussi d’accord ! s’écria Pierre.
         Ils débutèrent la partie mais durent l’interrompre car Frank les appelait déjà de la cuisine :
         - Allez, les matelots, ce soir c’est repas de fête ! Pâtes à la bolognaise !
         Tous n’en crurent pas leurs oreilles : des pâtes ! Ils en avaient presque oublié le goût à force de boire
du bouillon. Jusqu'à présent, le meilleur repas qu’ils avaient mangé sur le navire, c’était des flageolets en
conserve ! Ils coururent tous s’attabler et tendirent leurs assiettes au cuistot qui les servit généreusement. Ils
se délectèrent ensuite du plat qui leur semblait venir du Paradis.
         - Tiens, il manque Raphaël ! fit remarquer Agathe.
         - Il doit être absorbé par son jeu et n’a pas entendu l’appel de Frank, suggéra Hugo. Ce n’est pas
grave, ça en fera plus pour nous !
         - Oui ! Et puis vu l’énorme marmite, il y en a encore pour trois …
         - Alors, comme ça, on ne m’attend pas à ce que je vois ! le coupa une grosse voix.
         Tous se retournèrent et virent dans l’entrebâillement de la porte le garçon. Il avait les yeux rouges,
comme l’avait prédit Agathe.
         - Pourrais-je avoir une assiette de cette chose, moi aussi ? demanda t-il, l’air endormi.
         - Tu as osé traiter mes penne rigate de « choses » ?
         - Des quoi ?
         - Ces jeux vidéo ne l’arrangent vraiment pas ! soupira Camille. On devrait les cacher dans un endroit
où il ne retrouvera pas !
         - Bon, on me sert à manger, oui ou non ?
         - Et la politesse, jeune homme ? demanda Pierre, avant que Frank ne s’énerve.
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- Oh là, là … S’il vous plaît, pourrais-je avoir des pénémachintruc ? fit il d’une voix hypocrite.
         - Tiens, voilà tes « pénémachintruc » !
         Il en eut trois fois moins que ses amis mais ne s’en aperçut pas vu qu’ils avaient déjà dévoré les deux
tiers de leur assiette. Après, comme tous les soirs, ils jouèrent aux cartes. Puis quand vint l’heure d’aller au
lit, tous rejoignirent leur chambre, sauf le chef de l’expédition. Pierre partit en direction de la cabine. Sur le
pont, il eut un mauvais pressentiment, une vision. Il voyait les petits Africains mourir. Mais pourquoi ? Il
leur amenait bien à boire ! Il se secoua pour chasser ses pensées et examina les instruments de mesure. Tous
indiquaient la bonne direction, le bon temps … Serein, il s’assit devant eux bien décidé à les surveiller mais
il sombra rapidement dans le sommeil… et il était loin de deviner le drame qui se passerait cette nuit-là.
         Boom ! Le bruit sourd suivit d’un long « crrrrrrrrrrrr » et d’un « shriiit » puissant le réveilla en
sursaut. Il était aux alentours de deux heures et demie. Encore endormi, Pierre se traîna sur le pont. Il appuya
sur le bouton ON/OFF de sa lampe de poche et balaya les alentours avec le faisceau lumineux. Là, il comprit
pourquoi il avait entendu des craquements. Le navire était au centre d’un cercle de rochers pointus dépassant
de l’océan : des récifs. Malheureusement, Pierre n’était pas un as en matière de pilotage de bateau. Il ne
savait comment s’en sortir quand il entendit des pas derrière lui :
         - Qu’est-ce qui se passe ? fit Agathe en baillant
         - Juste quelques problèmes techniques, mentit le capitaine.
         - Vu le vacarme, ça m’étonnerait, dit Camille en les rejoignant.
         - Tout le monde est réveillé ? s’inquiéta soudain le chef.
         - Quasiment, à part Raphaël et Hugo ! Ils sont tellement paresseux ! répondit-elle. Mais les autres ne
se sont pas posé trop de questions et je suis prête à parier qu’ils sont déjà en train de ronfler.
         - Tant mieux ! J’espère que vous ne leur direz rien de ce que vous avez vu !
         - Excusez-moi, mais on n’a rien vu !
         - C’est encore mieux ! Allez, ouste, retournez vous coucher ! fit il avec un geste de la main.
         - Moi, une fois que je suis réveillée, je ne peux plus dormir.
         - Tu n’as qu’à jouer avec tes penta…minores ? Pentominas ?
         - Pen-to-mi-nos.
         - C’est ça. Va jouer avec dans la chambre et ne me cassez plus les pieds, c’est compris ? cria t-il.
         Les filles s’exécutèrent. Le chef de l’expédition rejoignit la cabine et s’assit, les mains sur le visage.
Comment allait-il s’en sortir ? Fallait-il que ses compagnons soient au courant ? Il se posait mille et une
questions. Il décida enfin de leur dire le lendemain matin, puis ils agiraient en fonction des opinions de
chacun. En attendant l’aube, il se mit au chaud dans sa cabine et se rendormit sur sa couchette. Le
lendemain, il fut éveillé par son réveil :
         - NRJ ! It’s music only ! Il est 3 heures ! Commencer la journée avec David Guetta !
         Il s’étira et bailla bruyamment. Il devait annoncer la mauvaise nouvelle à l’équipage, mais il ne savait
pas comment s’exprimer. Depuis la veille, le bateau avait légèrement penché. Ses compagnons, déjà sur
pieds, avaient remarqué l’anomalie. Ils inspectèrent le bateau et comprirent qu’ils étaient pris dans les récifs.
Ils coururent chercher le capitaine et lui firent part de leur découverte. Pierre se réjouit de ne pas avoir à leur
dire et feignit de ne rien savoir. Personne ne mit cette catastrophe sur son dos et ils enfilèrent rapidement les
combinaisons de plongée pour observer les dégâts de plus près. Alfredo, Thibaud et un autre sautèrent dans
l’eau. Agathe, jalouse, pria pour qu’ils ne puissent pas prendre une douche. Camille trouva cette crainte
inutile, car elle savait qu’elles plongeraient aussi.
         - Ne t’inquiète pas, j’ai vu ce matin, avec Nicolas, que les récifs étaient très serrés et qu’il y avait pas
plus d’un mètre entre la surface libre de la mer et la fin des récifs.
         - Et alors ?

                                                         9
- Je connais bien Alfredo, il a tendance à trop manger, intervint Nicolas. N’avez-vous pas remarqué
sa bedaine ? Il ne passera jamais.
         - Mais Thibaud et l’autre ?
         - Kévin ? Lui et Thibaud on peur de tout. Lorsqu’ils verront les récifs, ils remonteront avec Alfredo.
         - En tout cas, ils n’ont pas peur de nous crier dessus ! plaisanta Camille.
         L’apparition des trois compères mit fin à cette petite discussion. Kévin expliqua la situation.
         - C’est l’enfe’ là dessous ! Il y a des ‘écifs à f’eur d’eau. Il faut des pe’sonnes plus maig’es que nous,
sinon on fini’as t’ancpe’cé par les ‘ochers ! Et pou’ moi il n’y a que les fillettes là-bas qui pa’lent avec
Nicolas ! Mêmes les deux ga’çons avec elles ne passe’ont pas !
         - Camille, Agathe, dépêchez-vous de mettre des combinaisons ! les appela Pierre, convaincu.
         Les filles rejoignirent le milieu du pont, où on leur expliqua leur mission. Elles devaient évaluer
l’ampleur des dégâts sur la coque du navire puis partir vers l’iceberg et faire d’autres constatations. Camille
glissa discrètement à sa copine un « je te l’avais dit » et elles plongèrent dans l’eau. Contrairement à la fois
où elles avaient installé le filet de protection, l’eau était bonne. Elles ne s’en étonnèrent pas car elles se
savaient près de la côte africaine. Elles ne purent malheureusement pas profiter des magnifiques fonds
marins de la région, car d’effrayants pics leur cachaient la vue. N’oubliant pas leur mission, elles
inspectèrent le bateau, puis partirent à quinze mètres au large regarder l’état du gros glaçon. Au dessus
d’elles, on parlait à tort et à travers.
         - J’espè’e qu’il n’y a pas t’op de malheu’s, lança Kévin.
         - Moi, je m’inquiète plutôt pour l’iceberg, commenta Pierre.
         - Pff, il n’y a rien ! dit un matelot
         - Je mets ma main à couper que tu te trompes, Sébastien ! fit un autre.
         De leur côté, les filles arrivaient au précieux remorquage. Là, elles eurent un choc. Le filet était
complètement déchiré. Cela expliquait sûrement le « shriiit » qu’avait entendu Pierre dans la soirée. Elles
nagèrent jusqu’au navire sans traîner et s’extirpèrent de leur combinaison collante. Elles ôtèrent masques,
palmes et tuba et annoncèrent la mauvaise nouvelle au public. Le brouhaha repartit de plus belle.
         - Il a déjà dû perdre trente pour cent, alors le temps que l’on se sorte de ce pétrin, il n’y aura plus
d’iceberg, c’est Roméo qui vous le dit !
         - Et tu sais ce qu’il te dit Alban ? Que tu vas arrêter de dire des âneries !
         - C’est la galè’e assurée !
         - Arrête de parler de galère et de ne pas prononcer les « r », tu me fais penser à Astérix !
         - On est dans un beau pétrin !
         - Ne m’en parle pas !
         - Pauvres petits Africains !
         - Quelqu’un pourrait me dire comment on va sortir d’ici ?
         - Vous n’auriez pas vu ma deuxième chaussette ?
         Pierre tapa fortement du pied sur le pont pour demander le silence. Une fois qu’il l’eut obtenu, il
parla de façon claire et audible et donna ses instructions :
         - Bien. Après ce malheureux constat…
         - Je suis sûr que c’est Jacques qui a caché ma chaussette !
         - Pourrais-je parler, abru . . . ? Donc, je disais que nous allons faire marche arrière pour nous sortir
des récifs qui nous entourent. Une fois libérés, nous enverrons quelqu’un d’habile pour tenter de recoudre le
filet. Les personnes ayant plongé iront prendre une douche…
         - Yes !


                                                        10
- Un peu de silence, s’il vous plaît ! Où en étais-je ? Ah oui ! …Prendront une douche et nous
repartirons tant bien que mal vers le port. Tout le monde m’a bien compris ? Alors, c’est parti ! Félix, tu iras
recoudre les jupes de protection.
        - Mais, mes chaussettes…
        - Fais ce que je te dis !
        - Pff…
        Le capitaine demanda à un matelot expérimenté de l’aider pour la manœuvre, car sortir des récifs
n’était pas une mince affaire. Celui-ci fit de son mieux et réussit à dégager le navire. Comme prévu, Félix
plongea et recousit le filet. Après cette mésaventure, ils repartirent vers le Sahel rapidement car l’Elan333
était quand même bien amoché. Au bout de cinq longs et pénibles jours, ils arrivèrent à bon port, où ils
furent chaleureusement accueillis par les Africains.




                                                      11
Chapitre 10 : Un bien triste échec

         Après ce malheureux accident, ils furent accueillis à bras ouverts par des Africains. Ensuite, le petit
groupe composé des quatre aventuriers se sépara des membres de l'équipage pour se rendre dans un village
à proximité du leur. Camille rangeait sa valise, Agathe dessinait tranquillement un lapin, Hugo s'ennuyait et
Raphaël commentait le dessin d'Agathe. Camille fixa d'un air ahuri le fond de son sac. Elle mit sa main à
l'intérieur et en sortit un magazine où l'on pouvait lire sur la page de couverture "POPULAR SCIENCE" en
grosses lettres. Il était si bien caché qu'elle en avait oublié l'existence, elle le découvrit ainsi qu'une vieille
paire de chaussettes blanches ou plutôt à présent grises et trouées. Elle feuilleta le petit document avec
Agathe. Elles adoraient lire ce genre de revue, parfois Hugo les rejoignait, mais jamais Raphaël que cela
n'intéressait pas. Ils arrêtèrent leur lecture en arrivant au titre d'un extrait de la page 17 "Un incroyable défi
lancé par un scientifique". Ils firent des yeux ronds, cela intrigua Raphaël qui les rejoignit avec un air
seulement à moitié concentré et intéressé. Puis Camille lut à haute voix l'article de Greenpeace :
" Le 16 juillet 2012, l'association Greenpeace a décidé de reprendre l'idée sensationnelle de Georges Mougin
inspirée par un prince saoudien Mohammed Al-Faisal. Cela consiste à rapporter un énorme iceberg
d'environ sept millions de tonnes, pour donner de l'eau aux Africains. C'est aujourd'hui jour de gloire pour
notre chère association puisque, munis de filets et de crochets, nous partons sur un énorme bateau au
Canada pour emmener cette énorme masse. "
Camille s'arrêta en voyant la tête dépitée de ses trois amis et Agathe finit par ajouter :
         - Regardez ! En bas de la page ils disent qu'il faudra être patient pour la suite des informations, la
communication étant coupée depuis leur arrivée en Alaska, ils n'ont pas pu rajouter d'autres éléments.
         - Dites, quel jour sommes-nous ? questionna Hugo.
         - Je crois que nous sommes le 2, dit Camille.
         - Vite, courons voir si un autre article est paru et le plus vite sera le mieux, s'exclama Agathe en
attrapant son chapeau de soleil.
Hugo, Camille et Raphaël firent de même, puis enfilèrent leurs tongs et filèrent dans la librairie la plus
proche qui d'ailleurs n'était pas si proche que ça. Une fois le nouveau catalogue acheté, ils retournèrent dans
leurs tentes qui n'attendaient qu'eux, pour lire le dernier des articles concernant leur association favorite.
Agathe fit la lecture pour ses amis qui étaient impatients de découvrir la suite de leur histoire :
" Nous avons enfin pu nous procurer de nouvelles informations. On dit que cette association aurait eu un
souci à cause.... "
         - Pitié Agathe, je n'ai pas envie d'entendre parler de cet incident, il est terminé, n'en parlons plus,
merci !
         - Oh Camille, laisse-la lire, je ne peux vraiment plus supporter tes braillements, ronchonna Raphaël.
         Hugo se mit à rire, suivi de Raphaël et d'Agathe.
         - Ça suffit! Arrêtez vos plaisanteries et soyez plus sérieux, non de non ! cria Camille. Vous, quand
vous commencez, vous ne pouvez jamais vous arrêter.
         - Oui c'est vrai ! Ce n'est pas très sympa pour elle. Elle qui ne dit presque jamais rien !
         - Oh il fait enfin preuve de bon sens pour une fois ! Quelle originalité, ça le change complètement !
On en tombe des nues... !
         - Non, c'est pas du tout ça, c'est juste que si je ne lui dis pas ça, je n'aurai pas sa part de tarte aux
pommes !
         - Tu es bien tombée dans le panneau ma pauvre Agathe ! C'est dommage, il aurait pu au moins une
fois dans sa vie faire preuve de gentillesse, chuchota Camille dans l'oreille d'Agathe. Heureusement que
Raphaël ne les avait pas entendues car il y aurait eu ce soir-là deux blessées…
         - Que vous arrive-t-il à rire comme ça ?
         Agathe lui répondit une phrase qui n'avait aucun rapport avec sa question.
         Ils firent leurs adieux à leurs amis et repartirent tous quatre dans l'avion pour retrouver leurs parents
qui les attendaient certainement avec impatience.




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De l'Alaska à l'Afrique - 3e partie

  • 1. Une histoire du groupe « écriture » de la 5e Chasles imaginée par Agathe, Raphaël, Hugo et Camille DE L’ALASKA À L’AFRIQUE la fin… 1
  • 2. Chapitre 7 : Voyage vers l’Afrique Une fois leur précieux iceberg remorqué, le bateau se mit en route vers le Sahel. Pierre, le chef de l’expédition qui avait inscrit les quatre adolescents, prit la barre. Au fond de la cale, on avait aménagé des couchettes, une cuisine et – c’était très rare – une douche à l’eau de mer. Le groupe était émerveillé. - Waouh ! Il y a même une petite télé ! Je vais pouvoir jouer à l…, s’exclama Raphaël. - Mais il ne pense vraiment qu’aux jeux vidéo! De toute façon, il y a ni la XBOX ni la WII. - Super, il y a un frigo, une plaque à induction et même un four ! On va pouvoir faire de bons petits plats, dit Hugo, joyeux. - J’ai hâte de les dévorer ! Dis donc, il y a au moins une trentaine de lits. Je vais enfin pouvoir m’installer confortablement pour jouer avec mon rubik’s cube ou mes pentominos, renchérit Camille rêveuse. - Je rêve ! Il y a même une douche et un miroir ! Je vais pouvoir me brosser les cheveux correctement et me délester de cette horrible odeur de mer que j’ai attrapée tout à l’heure en plongeant installer le filet de protection, cria Agathe. - Eh, les petits mousses ! Le chef vous attend sur le pont. Il a besoin de vous pour faire une manipulation. Sur un bateau comme celui-là, il n’y a pas de temps pour rêver ni pour cuisiner. D’ailleurs, il y a un cuistot à bord, alors ne vous faites pas des films ! leur ordonna un homme du nom d’Alfredo. - Oh non ! Je vais me mettre à pleurer… fit Agathe, déçue. - Qu’est-ce que je viens de dire ? - C’est bon on y va… pas besoin de nous crier dessus comme crierait un poissonnier, répliqua Camille. Tous les quatre se rendirent en un bloc sur le pont où ils furent saisis par une bouffée d’air froid. Un épais brouillard cachait la houle mais ils réussirent à apercevoir une grande forme s’agiter à travers le nuage. Ils s’approchèrent d’elle et découvrir l’identité de l’homme en arrivant : Pierre leur faisait de grand signes. - Ah vous voilà enfin ! Aidez-moi à jeter l’ancre, on ne voit rien avec ce satané bouillard, il vaut mieux stopper le bateau immédiatement au lieu de foncer droit sur des récifs invisibles ! Ils avancèrent prudemment jusqu’à la poupe où, la portant de toutes leurs forces, ils la jetèrent dans l’océan. Cette action fut suivie d’un gros « PLOUF » et chacun fut aspergé de milliers de fines gouttelettes gelées. Frigorifiés, ils furent autorisés à rentrer pour prendre une douche. Chacun leur tour, ils s’équipèrent de shampooing, de gel douche, d’une serviette et de leur pyjama et entrèrent dans la pièce qu’Agathe bénissait tant. Ils en ressortirent propres, les cheveux encore mouillés, mais réchauffés. Ils allèrent ensuite à la cuisine où le reste de l’équipe les attendait. - Vous avez de la chance que le chef vous ait autorisés à prendre une douche ; nous, on n’ira pas tant que l’on n’aura pas fait trempette, dit Alfredo, envieux. - Oh, mais allez-vous enfin laisser ces gosses tranquilles ? fit Pierre d’une voix forte en entrant dans la pièce. Tous sursautèrent. - Ah, vous voilà réunis. Je peux servir le souper ? - Bien sûr, Franck, j’ai un appétit de loup ce soir. - Tu devrais plutôt dire d’ours polaire ! dit en riant un homme qui se nommait Nicolas. Qu’est-ce que l’on a dans nos assiettes aujourd’hui, cuistot ? - Bouillon de volaille et croûtons à l’ail. Et ce sera pareil tous les jours, que vous le vouliez ou non, répondit-il en fixant méchamment Agathe. On fera peut-être exception dimanche, je vous ferai des flageolets en conserve. - C’est de la torture… se lamenta la cible du cuistot. 2
  • 3. Une fois la soupe expédiée, Agathe, Camille, Hugo et Raphaël se réunirent sur une paillasse et discutèrent de la journée. Vers vingt-deux heures, épuisés, ils s’endormirent, bercés par le clapotis de l’eau et par le mouvement des vagues. Tous dormirent comme des bébés et n’entendirent pas les cris des autres matelots, qui, saouls, jouaient aux cartes. Ils furent brusquement éveillés à quatre heures du matin par une voix tonnante. - Allez, bande de fainéants, debout ! Aujourd’hui je vous ai laissé faire la grasse matinée mais demain il faudra se lever comme tout le monde ! - C’est à dire ? fit la voix encore endormie de Camille - C’est à dire à trois heures du matin. Maintenant debout, et plus vite que ça. Dans un quart d’eure, on veut vous voir habillés sur le pont. Et pas question de prendre une deuxième douche, hein ! réprimanda la même voix. Les filles, assez rapides au réveil, secouèrent fortement leurs compagnons pour qu’ils se lèvent à leur tour et le quatuor traversa la chambre pour se rendre à la cuisine. Là, ils durent se rendre à l’évidence : personne n’avait déjeuné ce matin. Déçus, ils retournèrent dans la chambre où ils se changèrent. Comme les garçons dormaient quand l’homme – du nom de Thibaud – leur avait donné des instructions, elles durent les répéter aux deux paresseux. - Et il nous a dit de ne surtout pas prendre de douche. - Et il faut être sur le pont dans dix minutes. - Peut-être que si on ne doit pas prendre de douche, c’est pour ne pas polluer l’océan Atlantique avec le savon ? suggéra Hugo. - Cela m’étonnerait. Tu as vu leur réaction, hier, quand on est allé manger ? Ils ont dit que l’on ne prendrait une douche que si on se faisait arroser ! - Tu n’as qu’à te jeter à l’eau si tu tiens tant à prendre une douche, fit Raphaël à l’adresse d’Agathe. - Ha, ha, ha, ha. J’adore ton humour… - Si vous continuez, on va encore se faire rappeler à l’ordre par Alfredo ou Thibaud, leur signala Hugo. - Il a raison. Montons en vitesse sur le pont. Le groupe prit donc les petits escaliers de bois et arrivèrent au lieu de rendez-vous. Là, ils virent le magnifique paysage qui les entourait. La mer, d’un bleu presque turquoise, était parsemée de petits icebergs, qui semblaient être les enfants de celui qu’ils remorquaient. La houle les faisait se balancer doucement. Au loin, on apercevait Terre-Neuve, d’où ils étaient partis la veille. A l’horizon, le soleil se levait et teintait de rose les premiers nuages. Respirer l’air du large faisait le plus grand bien aux petits aventuriers. - Je n’ai jamais vu un spectacle aussi beau, chuchota Camille, le souffle coupé. - Waouh ! J’aimerais tant avoir le temps de croquer cette scène. - Magnifique ! Dommage qu’il n’y ait pas ce paysage dans le monde 3 de Mario Bros, s’exclama Raphaël. - J’en reste sans voix ! fit Hugo. - Oui, c’est magnifique. Et vous verrez ce paysage chaque jour de ce trajet. Mais vous n’aurez pas autant de temps pour l’admirer. Allez la jeunesse, venez m’aider, intervint Pierre derrière eux. Ils se retournèrent brusquement et dirent bonjour au capitaine. - Vous avez besoin de nous ? Pourquoi faire ? - Je pense que vous n’avez pas remarqué que le brouillard s’est dissipé, répondit-il d’une voix énigmatique. Puis il ajouta : dans ce cas, cap sur le Sahel ! Allez, aidez-moi à lever l’ancre, on repart. La manœuvre fut très délicate. Ils eurent besoin de dix bras de plus pour sortir l’énorme poids de l’océan. Ensuite, Pierre mit les moteurs en marche et le bateau partit vers sa destination. - Barre à tribord ! Sus aux Africains ! 3
  • 4. Ensuite, on confia aux enfants la liste de leurs corvées du jour : 1) Nettoyer le pont. 2) Nettoyer les hublots. 3) Astiquer la barre et le compas. 4) Faire la plonge. Ils se partagèrent les tâches après une longue discussion au cours de laquelle ils s’acharnaient à essayer d’obtenir la corvée qu’ils voulaient faire. Bien sûr, chacun voulait astiquer la barre et le compas, cela étant le moins fatigant. - Je veux bien prendre le petit 3), si cela ne vous dérange pas. - Certainement pas ! Le 3) est pour moi ! - Et pourquoi pas moi, je vous prie ? - Toi, va faire la plonge pendant que je fais le 3). Cela se termina avec un tirage au sort et ce fut Agathe qui remporta la tâche n°3. Ses compagnons, dégoûtés, s’activèrent donc à une autre tâche pendant qu’elle passait le chiffon en sifflotant. - La, laaaa, la, la, la, la, la laaaaa. - Ces matelots ont vraiment mangé comme des porcinets, marmonna Camille, qui faisait la plonge. - Leur produit pour les vitres est vraiment nul et archinul, dit Raphaël dans sa barbe. - Facile de passer la serpillière quand il y a trois cent cinquante caleçons et autres sous-vêtements qui traînent par terre, grommela Hugo. - Arrête de te plaindre et fais ce qu’on te dit, microbe ! gronda Alfredo. - Si tu crois que tu m’impressionnes, tu te trompes ! Et je ne suis pas un microbe ! Toi tu n’es qu’un pauvre SDF qui n’a trouvé que ça pour que l’on le nourrisse, rétorqua Hugo d’un ton ferme. Alfredo resta sans voix. Comment avait-il pu deviner ? En vérité, celui-ci avait eu une enfance très dure et n’avait pas fait d’études. Lorsque que ses parents étaient décédés dans un accident de voiture, il s’était retrouvé à la rue. Il vivait comme un clochard dans les rues de Paris lorsqu’il avait entendu parler de cette association et s’y était inscrit en pensant qu’on lui donnerait à manger au moins pendant ses missions… Nicolas arriva dans la cuisine et entendit Camille pester. Il avait le sens de l’humour et arriva derrière elle sans bruit. - Bouh ! - Aaaaaaaaaah ! Camille hurla si fort que tous les hublots auraient pu se briser. Elle fit aussi tomber le savon dont elle se servait, ainsi que son torchon. - Eh bien ! Je t’ai bien eue ! - Vous êtes qui, vous ? Vous vous croyez drôle ? répliqua-t-elle sur la défensive. - Ne te mets pas dans cet état, voyons, fit Nicolas d’une voix douce. Je ne suis pas comme eux. Moi aussi j’aimerais avoir le temps de rêver. Je suis comme vous, les enfants. Je n’aime pas Alfredo et Thibaud. Ici, tout le monde est jaloux parce que Pierre vous protège et vous confie les tâches qu’ils auraient dû effectuer. - S’ils veulent faire la plonge, moi, ça ne me dérange pas. Au contraire ! - Pas celles-ci. D’autres, comme plonger, installer le filet et les jupes de l’iceberg ou jeter l’ancre. Tous les deux discutèrent un long moment et Camille apprit qu’ils avaient la même passion : les sciences. Elle lui parla des pentominos, lui de l’astronomie. Comme elle avait terminé sa corvée, il l’emmena sur le pont lui montrer le compas et une carte du ciel. Camille était émerveillée. Elle adorait l’astronomie et connaissait le nom de toutes les constellations. D’ailleurs, elle voulait être astrophysicienne. 4
  • 5. Quelques heures après cette fabuleuse rencontre, Camille rejoignit ses camarades. Ils avaient convenu de nettoyer le pont tous ensemble pour que ça aille plus vite. Ils prirent donc quatre serpillières et balais et s’activèrent. Lorsqu’ils eurent enfin terminé, ils redescendirent à la cuisine où la soupe était servie. Tout le long du souper, ils discutèrent avec Nicolas, qui était désormais leur nouveau compagnon. Après, épuisés, ils s’endormirent sur leurs couchettes et ronflèrent si fort que les autres matelots les entendaient depuis la cuisine. Chaque jour qui passa à bord se déroula à peu près de la même manière. 5
  • 6. Chapitre 8 : Mauvais courants Les jours s’écoulaient, mais pas assez vite pour les quatre adolescents. Ils se lassaient de la mer et s’ennuyaient des tâches qu’on leur donnait. Cela faisait déjà trente-quatre jours qu’ils étaient sur l’Élan333 en direction du Sahel. Heureusement, Nicolas, un des bénévoles, s’était lié d’amitié avec eux et il leur apprenait de nouvelles choses chaque jour. Par exemple, il leur apprit les conditions pour que l’énorme iceberg qu’ils tractaient puisse arriver en Afrique. - Sachez que nous ne tirons pas l’iceberg, c’est la mer qui se charge de cela. Le bateau est là seulement pour corriger la trajectoire. - Je ne comprends pas comment la mer peut tirer l’iceberg. Elle n’a pas de bras, de corde ou autre « truc » pour cela, dit Raphaël. - Ce n’est pas vraiment la mer, mais les forces de la nature. - Réfléchis un peu ! Tu n’as jamais fait de surf près de Bordeaux ? - Là, je ne vois pas le rapport avec la choucroute ! répondit Hugo - Au cas où tu n’aurais jamais surfé près de Bordeaux, sache qu’il y a des énormes rouleaux et des courants marins qui t’emportent. -…?… - Mais si, elle a raison. Ce sont les courants marins qui poussent l’iceberg. S’il advenait qu’il n’y en ait plus, alors on devrait stopper le bateau et attendre qu’ils reviennent. - OK, d’accord, j’ai compris maintenant. - Pas moi, dit Raphaël en levant les yeux de sa Nintendo3DS. - Encore une fois, il n’a rien écouté, soupira Agathe. - Ce n’est pas ma faute si allez trop vite ! - Ce n’est pas ma faute non plus si tu ne vis que pour les jeux vidéo ! - Allez, vous n’allez pas recommencer ! Laissez-le tranquille, nous on va sur le pont observer les étoiles, le jour décline, les coupa Nicolas. Camille lâcha un grand : - Youpi !!! - Ça m’a l’air intéressant. Je vous suis, dit Hugo. Comme chaque soir, Nicolas leur enseigna l’astronomie et le nom des constellations. Les enfants, émerveillés, regardaient le ciel et le magnifique paysage depuis la proue du bateau. Ils profitaient de ce moment pour se reposer de leur fatigante journée et pour discuter. Quand l’air commençait à fraîchir, ils rentraient et s’occupaient chacun à leur manière, avec des casse-tête, des dessins, une console et un oreiller. Nicolas lisait dans un coin pendant que ses camarades jouaient au poker et buvaient de la bière. Vers minuit, saouls, ils se couchaient bruyamment, ce qui réveillait les quatre adolescents. Chaque jour, le capitaine vérifiait la trajectoire du navire. Ils allèrent toujours vers le Sud-Est jusqu’au soixante-quatorzième jour, où les instruments révélèrent qu’ils se dirigeaient vers le Nord. Ne pouvant corriger cette trajectoire, Pierre, au bord de la panique, réunit tout l’équipage sur le pont. - Nous nous dirigeons vers l’Arctique donc nous devons jeter de nouveau l’ancre pour ne pas dévier de notre destination ! Que cinq gaillards m’aident ! - Tout de suite mon capitaine ! se précipita Alfredo. Ils lancèrent donc le poids qui dévia vers le Nord avant d’accrocher le fond de l’océan. La position du navire et de l’iceberg était tout même difficile à tenir et Pierre passait ses journées à la barre afin de rectifier la trajectoire. - On peut rester des jours comme ça, affirma Nicolas aux enfants. Ce qui fait que l’iceberg va fondre encore plus que prévu ! Il peut à présent perdre jusqu’à 45% de sa masse au lieu de 38% ! 6
  • 7. - Nous ne sommes plus dans la mer glaciale du départ ? - Nous n’avons jamais été dans l’océan Arctique mais dans l’Atlantique ! Seulement, au Canada, il fait très froid, et ça a une influence sur la température de l’eau. À présent, nous sommes à quelques kilomètres au dessus du triangle des Bermudes. - Il n’y aurait pas une légende qui dit que des marins ont disparu par là-bas ? s’inquiéta Hugo. - Ce n’est qu’une légende ! - Mais pourquoi aller au Sud alors que l’Afrique est à l’Est ? Pourquoi aller dans une zone dangereuse alors que ce n’est pas obligatoire ? demanda Camille. - Le triangle des Bermudes est une zone à fort courant. De nombreux trafics maritimes y passent pour gagner du temps. C’est notre cas. - Pour moi c’est un sacré détour ! continua-t-elle. - Mais non ! - Activez-vous au lieu de discuter, vous autres ! intervint Pierre dans leur dos. Cette soudaine apparition mit fin à la discussion entre Camille, Agathe, Hugo et Nicolas. Bien sûr, Raphaël, lui, jouait à la Nintendo 3DS. La plupart des jours étaient monotones et on s’ennuyait. Il y avait évidemment de nombreuses tâches mais elles étaient réparties entre tous les membres de l’équipage et les faire prenait seulement une heure environ. Heureusement, il y avait parfois des petits imprévus. Certaines fois, on voyait au loin le souffle d’une baleine, plusieurs dauphins sautant au dessus des vagues ou un phoque nageant paisiblement. À ces moments, tous étaient regroupés sur le pont pour admirer ces scènes, au point de laisser tomber balais et serpillères. 7
  • 8. Chapitre 9 : Pris au piège dans les récifs Après trente-six jours d’attente, la chance tourna enfin. Les courants repartirent vers le Sud-Est et le convoi se remit en marche. L’arrivée était encore loin : ils n’avaient pas fait les deux tiers du parcours. Prenant leur mal en patience, ils effectuaient encore et toujours les nombreuses tâches sur l’Élan333. Les jours passaient lentement. Mais, enfin, on entendit crier : - Terre, terre ! En effet, au loin, on voyait une très fine bande marron : l’Afrique et plus précisément le Sahel. Ce soir-là, il y eut un nouveau passager à bord du bateau : Mme Joie. On faisait la fête, on s’arrosait, on buvait, on jouait aux cartes. Les quatre adolescents eurent la permission de faire une belote avec le reste de l’équipage, ce qui, auparavant, ne s’était jamais produit. - Eh, Les p’tits mousses, venez vous amuser ! Pour changer, on peut jouer à la belote si vous voulez. - Super ! On arrive ! lança Agathe. - Tu sais jouer, toi ? demanda doucement Camille à sa copine. - Peu importe, ils vont nous expliquer, conclut Hugo. - Moi, je vais dans la chambre pour terminer tranquillement le monde 8 de New Super Mario Bros, dit Raphaël. - Tu ferais mieux de nous rejoindre, au lieu de t’abîmer les yeux… - Et la cervelle ! plaisanta Camille. Laissez-le tranquille, nous, on retourne dans la cuisine pour jouer. Comme prévu, ils s’essayèrent tant bien que mal à la belote, puis, voyant qu’ils n’y arrivaient pas, ils proposèrent le poker. Les matelots acceptèrent, mais sans argent. - Moi, je veux bien, mais avec les jetons et personne ne perd de sous à la fin, dit Alfredo en toisant du regard les enfants. - Oui, bien sûr ! C’est complètement débile de perdre de l’argent dans un jeu, s’empressa de répondre le club. - Dans ce cas-là, je suis moi aussi d’accord ! s’écria Pierre. Ils débutèrent la partie mais durent l’interrompre car Frank les appelait déjà de la cuisine : - Allez, les matelots, ce soir c’est repas de fête ! Pâtes à la bolognaise ! Tous n’en crurent pas leurs oreilles : des pâtes ! Ils en avaient presque oublié le goût à force de boire du bouillon. Jusqu'à présent, le meilleur repas qu’ils avaient mangé sur le navire, c’était des flageolets en conserve ! Ils coururent tous s’attabler et tendirent leurs assiettes au cuistot qui les servit généreusement. Ils se délectèrent ensuite du plat qui leur semblait venir du Paradis. - Tiens, il manque Raphaël ! fit remarquer Agathe. - Il doit être absorbé par son jeu et n’a pas entendu l’appel de Frank, suggéra Hugo. Ce n’est pas grave, ça en fera plus pour nous ! - Oui ! Et puis vu l’énorme marmite, il y en a encore pour trois … - Alors, comme ça, on ne m’attend pas à ce que je vois ! le coupa une grosse voix. Tous se retournèrent et virent dans l’entrebâillement de la porte le garçon. Il avait les yeux rouges, comme l’avait prédit Agathe. - Pourrais-je avoir une assiette de cette chose, moi aussi ? demanda t-il, l’air endormi. - Tu as osé traiter mes penne rigate de « choses » ? - Des quoi ? - Ces jeux vidéo ne l’arrangent vraiment pas ! soupira Camille. On devrait les cacher dans un endroit où il ne retrouvera pas ! - Bon, on me sert à manger, oui ou non ? - Et la politesse, jeune homme ? demanda Pierre, avant que Frank ne s’énerve. 8
  • 9. - Oh là, là … S’il vous plaît, pourrais-je avoir des pénémachintruc ? fit il d’une voix hypocrite. - Tiens, voilà tes « pénémachintruc » ! Il en eut trois fois moins que ses amis mais ne s’en aperçut pas vu qu’ils avaient déjà dévoré les deux tiers de leur assiette. Après, comme tous les soirs, ils jouèrent aux cartes. Puis quand vint l’heure d’aller au lit, tous rejoignirent leur chambre, sauf le chef de l’expédition. Pierre partit en direction de la cabine. Sur le pont, il eut un mauvais pressentiment, une vision. Il voyait les petits Africains mourir. Mais pourquoi ? Il leur amenait bien à boire ! Il se secoua pour chasser ses pensées et examina les instruments de mesure. Tous indiquaient la bonne direction, le bon temps … Serein, il s’assit devant eux bien décidé à les surveiller mais il sombra rapidement dans le sommeil… et il était loin de deviner le drame qui se passerait cette nuit-là. Boom ! Le bruit sourd suivit d’un long « crrrrrrrrrrrr » et d’un « shriiit » puissant le réveilla en sursaut. Il était aux alentours de deux heures et demie. Encore endormi, Pierre se traîna sur le pont. Il appuya sur le bouton ON/OFF de sa lampe de poche et balaya les alentours avec le faisceau lumineux. Là, il comprit pourquoi il avait entendu des craquements. Le navire était au centre d’un cercle de rochers pointus dépassant de l’océan : des récifs. Malheureusement, Pierre n’était pas un as en matière de pilotage de bateau. Il ne savait comment s’en sortir quand il entendit des pas derrière lui : - Qu’est-ce qui se passe ? fit Agathe en baillant - Juste quelques problèmes techniques, mentit le capitaine. - Vu le vacarme, ça m’étonnerait, dit Camille en les rejoignant. - Tout le monde est réveillé ? s’inquiéta soudain le chef. - Quasiment, à part Raphaël et Hugo ! Ils sont tellement paresseux ! répondit-elle. Mais les autres ne se sont pas posé trop de questions et je suis prête à parier qu’ils sont déjà en train de ronfler. - Tant mieux ! J’espère que vous ne leur direz rien de ce que vous avez vu ! - Excusez-moi, mais on n’a rien vu ! - C’est encore mieux ! Allez, ouste, retournez vous coucher ! fit il avec un geste de la main. - Moi, une fois que je suis réveillée, je ne peux plus dormir. - Tu n’as qu’à jouer avec tes penta…minores ? Pentominas ? - Pen-to-mi-nos. - C’est ça. Va jouer avec dans la chambre et ne me cassez plus les pieds, c’est compris ? cria t-il. Les filles s’exécutèrent. Le chef de l’expédition rejoignit la cabine et s’assit, les mains sur le visage. Comment allait-il s’en sortir ? Fallait-il que ses compagnons soient au courant ? Il se posait mille et une questions. Il décida enfin de leur dire le lendemain matin, puis ils agiraient en fonction des opinions de chacun. En attendant l’aube, il se mit au chaud dans sa cabine et se rendormit sur sa couchette. Le lendemain, il fut éveillé par son réveil : - NRJ ! It’s music only ! Il est 3 heures ! Commencer la journée avec David Guetta ! Il s’étira et bailla bruyamment. Il devait annoncer la mauvaise nouvelle à l’équipage, mais il ne savait pas comment s’exprimer. Depuis la veille, le bateau avait légèrement penché. Ses compagnons, déjà sur pieds, avaient remarqué l’anomalie. Ils inspectèrent le bateau et comprirent qu’ils étaient pris dans les récifs. Ils coururent chercher le capitaine et lui firent part de leur découverte. Pierre se réjouit de ne pas avoir à leur dire et feignit de ne rien savoir. Personne ne mit cette catastrophe sur son dos et ils enfilèrent rapidement les combinaisons de plongée pour observer les dégâts de plus près. Alfredo, Thibaud et un autre sautèrent dans l’eau. Agathe, jalouse, pria pour qu’ils ne puissent pas prendre une douche. Camille trouva cette crainte inutile, car elle savait qu’elles plongeraient aussi. - Ne t’inquiète pas, j’ai vu ce matin, avec Nicolas, que les récifs étaient très serrés et qu’il y avait pas plus d’un mètre entre la surface libre de la mer et la fin des récifs. - Et alors ? 9
  • 10. - Je connais bien Alfredo, il a tendance à trop manger, intervint Nicolas. N’avez-vous pas remarqué sa bedaine ? Il ne passera jamais. - Mais Thibaud et l’autre ? - Kévin ? Lui et Thibaud on peur de tout. Lorsqu’ils verront les récifs, ils remonteront avec Alfredo. - En tout cas, ils n’ont pas peur de nous crier dessus ! plaisanta Camille. L’apparition des trois compères mit fin à cette petite discussion. Kévin expliqua la situation. - C’est l’enfe’ là dessous ! Il y a des ‘écifs à f’eur d’eau. Il faut des pe’sonnes plus maig’es que nous, sinon on fini’as t’ancpe’cé par les ‘ochers ! Et pou’ moi il n’y a que les fillettes là-bas qui pa’lent avec Nicolas ! Mêmes les deux ga’çons avec elles ne passe’ont pas ! - Camille, Agathe, dépêchez-vous de mettre des combinaisons ! les appela Pierre, convaincu. Les filles rejoignirent le milieu du pont, où on leur expliqua leur mission. Elles devaient évaluer l’ampleur des dégâts sur la coque du navire puis partir vers l’iceberg et faire d’autres constatations. Camille glissa discrètement à sa copine un « je te l’avais dit » et elles plongèrent dans l’eau. Contrairement à la fois où elles avaient installé le filet de protection, l’eau était bonne. Elles ne s’en étonnèrent pas car elles se savaient près de la côte africaine. Elles ne purent malheureusement pas profiter des magnifiques fonds marins de la région, car d’effrayants pics leur cachaient la vue. N’oubliant pas leur mission, elles inspectèrent le bateau, puis partirent à quinze mètres au large regarder l’état du gros glaçon. Au dessus d’elles, on parlait à tort et à travers. - J’espè’e qu’il n’y a pas t’op de malheu’s, lança Kévin. - Moi, je m’inquiète plutôt pour l’iceberg, commenta Pierre. - Pff, il n’y a rien ! dit un matelot - Je mets ma main à couper que tu te trompes, Sébastien ! fit un autre. De leur côté, les filles arrivaient au précieux remorquage. Là, elles eurent un choc. Le filet était complètement déchiré. Cela expliquait sûrement le « shriiit » qu’avait entendu Pierre dans la soirée. Elles nagèrent jusqu’au navire sans traîner et s’extirpèrent de leur combinaison collante. Elles ôtèrent masques, palmes et tuba et annoncèrent la mauvaise nouvelle au public. Le brouhaha repartit de plus belle. - Il a déjà dû perdre trente pour cent, alors le temps que l’on se sorte de ce pétrin, il n’y aura plus d’iceberg, c’est Roméo qui vous le dit ! - Et tu sais ce qu’il te dit Alban ? Que tu vas arrêter de dire des âneries ! - C’est la galè’e assurée ! - Arrête de parler de galère et de ne pas prononcer les « r », tu me fais penser à Astérix ! - On est dans un beau pétrin ! - Ne m’en parle pas ! - Pauvres petits Africains ! - Quelqu’un pourrait me dire comment on va sortir d’ici ? - Vous n’auriez pas vu ma deuxième chaussette ? Pierre tapa fortement du pied sur le pont pour demander le silence. Une fois qu’il l’eut obtenu, il parla de façon claire et audible et donna ses instructions : - Bien. Après ce malheureux constat… - Je suis sûr que c’est Jacques qui a caché ma chaussette ! - Pourrais-je parler, abru . . . ? Donc, je disais que nous allons faire marche arrière pour nous sortir des récifs qui nous entourent. Une fois libérés, nous enverrons quelqu’un d’habile pour tenter de recoudre le filet. Les personnes ayant plongé iront prendre une douche… - Yes ! 10
  • 11. - Un peu de silence, s’il vous plaît ! Où en étais-je ? Ah oui ! …Prendront une douche et nous repartirons tant bien que mal vers le port. Tout le monde m’a bien compris ? Alors, c’est parti ! Félix, tu iras recoudre les jupes de protection. - Mais, mes chaussettes… - Fais ce que je te dis ! - Pff… Le capitaine demanda à un matelot expérimenté de l’aider pour la manœuvre, car sortir des récifs n’était pas une mince affaire. Celui-ci fit de son mieux et réussit à dégager le navire. Comme prévu, Félix plongea et recousit le filet. Après cette mésaventure, ils repartirent vers le Sahel rapidement car l’Elan333 était quand même bien amoché. Au bout de cinq longs et pénibles jours, ils arrivèrent à bon port, où ils furent chaleureusement accueillis par les Africains. 11
  • 12. Chapitre 10 : Un bien triste échec Après ce malheureux accident, ils furent accueillis à bras ouverts par des Africains. Ensuite, le petit groupe composé des quatre aventuriers se sépara des membres de l'équipage pour se rendre dans un village à proximité du leur. Camille rangeait sa valise, Agathe dessinait tranquillement un lapin, Hugo s'ennuyait et Raphaël commentait le dessin d'Agathe. Camille fixa d'un air ahuri le fond de son sac. Elle mit sa main à l'intérieur et en sortit un magazine où l'on pouvait lire sur la page de couverture "POPULAR SCIENCE" en grosses lettres. Il était si bien caché qu'elle en avait oublié l'existence, elle le découvrit ainsi qu'une vieille paire de chaussettes blanches ou plutôt à présent grises et trouées. Elle feuilleta le petit document avec Agathe. Elles adoraient lire ce genre de revue, parfois Hugo les rejoignait, mais jamais Raphaël que cela n'intéressait pas. Ils arrêtèrent leur lecture en arrivant au titre d'un extrait de la page 17 "Un incroyable défi lancé par un scientifique". Ils firent des yeux ronds, cela intrigua Raphaël qui les rejoignit avec un air seulement à moitié concentré et intéressé. Puis Camille lut à haute voix l'article de Greenpeace : " Le 16 juillet 2012, l'association Greenpeace a décidé de reprendre l'idée sensationnelle de Georges Mougin inspirée par un prince saoudien Mohammed Al-Faisal. Cela consiste à rapporter un énorme iceberg d'environ sept millions de tonnes, pour donner de l'eau aux Africains. C'est aujourd'hui jour de gloire pour notre chère association puisque, munis de filets et de crochets, nous partons sur un énorme bateau au Canada pour emmener cette énorme masse. " Camille s'arrêta en voyant la tête dépitée de ses trois amis et Agathe finit par ajouter : - Regardez ! En bas de la page ils disent qu'il faudra être patient pour la suite des informations, la communication étant coupée depuis leur arrivée en Alaska, ils n'ont pas pu rajouter d'autres éléments. - Dites, quel jour sommes-nous ? questionna Hugo. - Je crois que nous sommes le 2, dit Camille. - Vite, courons voir si un autre article est paru et le plus vite sera le mieux, s'exclama Agathe en attrapant son chapeau de soleil. Hugo, Camille et Raphaël firent de même, puis enfilèrent leurs tongs et filèrent dans la librairie la plus proche qui d'ailleurs n'était pas si proche que ça. Une fois le nouveau catalogue acheté, ils retournèrent dans leurs tentes qui n'attendaient qu'eux, pour lire le dernier des articles concernant leur association favorite. Agathe fit la lecture pour ses amis qui étaient impatients de découvrir la suite de leur histoire : " Nous avons enfin pu nous procurer de nouvelles informations. On dit que cette association aurait eu un souci à cause.... " - Pitié Agathe, je n'ai pas envie d'entendre parler de cet incident, il est terminé, n'en parlons plus, merci ! - Oh Camille, laisse-la lire, je ne peux vraiment plus supporter tes braillements, ronchonna Raphaël. Hugo se mit à rire, suivi de Raphaël et d'Agathe. - Ça suffit! Arrêtez vos plaisanteries et soyez plus sérieux, non de non ! cria Camille. Vous, quand vous commencez, vous ne pouvez jamais vous arrêter. - Oui c'est vrai ! Ce n'est pas très sympa pour elle. Elle qui ne dit presque jamais rien ! - Oh il fait enfin preuve de bon sens pour une fois ! Quelle originalité, ça le change complètement ! On en tombe des nues... ! - Non, c'est pas du tout ça, c'est juste que si je ne lui dis pas ça, je n'aurai pas sa part de tarte aux pommes ! - Tu es bien tombée dans le panneau ma pauvre Agathe ! C'est dommage, il aurait pu au moins une fois dans sa vie faire preuve de gentillesse, chuchota Camille dans l'oreille d'Agathe. Heureusement que Raphaël ne les avait pas entendues car il y aurait eu ce soir-là deux blessées… - Que vous arrive-t-il à rire comme ça ? Agathe lui répondit une phrase qui n'avait aucun rapport avec sa question. Ils firent leurs adieux à leurs amis et repartirent tous quatre dans l'avion pour retrouver leurs parents qui les attendaient certainement avec impatience. 12