L'ONU dans la guerre de Yougoslavie
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La puissance de l'ONU évolue avec la Résolution 998 qui met en place la force de réaction rapide
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GARDE Paul, Les Balkans : Héritages et évolutions, Flammarion, 2010
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projet-de-recherche-ONU-yougoslavie-(Foetie et Bracht)

  1. 1. L'ONU dans la guerre de Yougoslavie En 1991, la dissolution de l’URSS marque la fin de la bipartition du monde en deux blocs antagonistes. La même année - le 27 juin - débute la guerre d’indépendance de Slovénie. Appelée “guerre des 10 jours”, elle aura un impact profond sur l’histoire de la région des Balkans. C’est dans ce nouveau contexte que va intervenir l’ONU. Cette organisation intergouvernementale, créée en 1945, n’est désormais plus limitée par la logique de la guerre froide. C'est le moment pour elle de défendre ses objectifs principaux, la sécurité collective et le maintien de la paix. Ce renouveau est celui du multilatéralisme : les États souhaitent intervenir collectivement et de façon légitime. La guerre de Yougoslavie est une série de deux guerres, chacune comportant plusieurs conflits. Elle se déroule dans le territoire de l’ancienne République fédérative socialiste de Yougoslavie. Les causes des conflits sont nombreuses, notamment religieuses, territoriales, nationalistes, ethniques et économiques. La première série de guerres est composée de trois conflits principaux : la guerre de Slovénie, la guerre en Croatie (1991-1992) et la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Ces conflits à l’Ouest se terminent par la signature des Accords de Dayton le 14 décembre 1995. A travers différents articles et ouvrages, le rôle de l'ONU dans la première série de conflit sera l'objet de notre exposé. A-t-elle permis de contenir ces conflits et ainsi de les empêcher de dégénérer ? Au vu de la brutalité et de l’ampleur de cette guerre - la plus meurtrière en Europe depuis la seconde guerre mondiale - s'agit-il d’un échec de l’organisation ? L’analyse se déroulera en trois temps. Tout d’abord, nous verrons quelle a été la première réponse aux guerres de Yougoslavie et comment est entrée en scène l'ONU. Dans un deuxième temps, son rôle dans la guerre sera souligné. Finalement, nous verrons le règlement des conflits ainsi que l’impact réel de l’ONU. Quelle a été sa relation avec l’OTAN ? Est-ce la coopération ou la rivalité qui a entraîné les Accords de Dayton ? I. Le déclenchement de la guerre et la transmission du dossier à l'ONU L'origine de la Yougoslavie remonte au début du XXème siècle. Le royaume des Serbes, Croates et Slovènes est créé en 1918 (renommé le royaume de Yougoslavie en 1929). Cependant, en raison des différences entre les peuples et les ethnies qui la constituent, l'entité n'est pas stable. Les frontières des États et celles des peuples ne coïncident pas. En 1991, les Croates ne représentent que 78%, les Serbes 65% et les Macédoniens 62% des habitants de leurs républiques fédérées respectives et en Bosnie, aucun peuple n'a la majorité absolue.1 La Yougoslavie regroupait les actuels pays de Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Macédoine et Kosovo. A partir des années 1980 et après la mort de Tito, le nationalisme serbe prend de plus en plus d'ampleur et les tensions se cristallisent. En 1987, Slobodan Milosevic, le nouveau leader communiste serbe, encourage ces sentiments et rompt l'équilibre de la Fédération (il supprime l'autonomie du Kosovo et de la Voïvodine). Les quatre républiques – la Croatie, la Slovénie, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine – souhaitent se détacher de la tutelle serbe. La proclamation d'indépendance ne connaîtra une résolution pacifique que dans le cas de la Macédoine, le 19 décembre 1991. Le début de la guerre de Yougoslavie est généralement symbolisé par la déclaration d'indépendance en Slovénie et en Croatie, le 25 juin 1991. Cependant, les affrontements entre la minorité serbe, soutenue par Belgrade et le nouveau pouvoir croate commencent plus tôt2 . A partir 1 GARDE Paul, Les Balkans, page 35 2 Ibid, pp. 58-59 “En Croatie, les affrontements avaient commencé avant même la proclamation d'indépendance, avec la révolte armée de la minorité serve, encouragée et aidée par Belgrade, contre le nouveau pouvoir croate (à partir de l'été 1990). Les premiers heurts mortels ont lieu en mars 1991.” On peut également voir le début des hostilités dans le
  2. 2. de ces déclarations, l'armée yougoslave intervient dans les deux territoires. En raison de son caractère de conflit interne de courte durée en Slovénie, cette guerre n'a pas beaucoup retenu l'attention de la communauté internationale. La réponse au conflit est d'abord européenne par le biais de la Communauté européenne et la Troïka de la CEE, formée des ministres des affaires étrangères du Portugal, des Pays-Bas et du Luxembourg. En effet, la crise éclate au moment où les négociations du traité de Maastricht ont lieu. C'est à cette conférence que la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) est établie. Selon les mots du ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, "c'est l'heure de l'Europe". La crise a donc lieu dans un contexte particulier pour l'Europe qui cherche à répondre de manière collective. Mais la tentative de règlement pacifique des différends est rapidement un échec. En effet, comme l'écrit Thierry Tardy "aucune des institutions européennes n'offre le cadre approprié, et les Européens eux-mêmes divergent sur les réponses à apporter"3 . C'est donc dans ce contexte que le dossier est transféré au Conseil de sécurité des Nations Unies en septembre. Elle va alors adopter deux comportements différents au cours de la guerre. D'abord se contentant de soutenir la CEE (sur le plan politique en particulier, depuis son entrée en scène marquée par la résolution 713 décrétant un embargo sur les armements), elle va ensuite tenter d'agir en tant qu'acteur indépendant à partir de la Conférence de Londres le 21 juillet 1995. Alors que son action est comprise comme un véritable échec, il convient de le relativiser. En effet, l'ONU n'est d'abord qu'un soutien. En outre, elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour faire la guerre. Ses buts, énoncés dans le premier article de la charte fondatrice ("maintenir la paix et la sécurité internationale", "développer entre les nations des relations amicales", "réaliser la coopération internationale" et "être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes") reposent sur le principe de la souveraineté des États et la non-ingérence.4 L'organisation des Nations Unies compte aujourd'hui 193 États membres. Elle dispose de plus de possibilités d'action que la Société des Nations, notamment celle de prendre des mesures concrètes au sein du Conseil de sécurité : l'envoi de Casques bleus sur le terrain. La possibilité de se rencontrer est aussi présente au sein de plusieurs organes dans les Nations Unies (à l'Assemblée générale notamment).5 C'est donc avant tout un espace de dialogue puisque ses résolutions ne font que de légitimer les interventions des États. Il ne faut donc pas la confondre avec un gouvernement mondial. C'est par la signature de traités ou de conventions internationales que cette légitimité est donnée et que ses résolutions sont adoptées. La traduction des travaux et débats dans les six langues officielles (anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe) montre bien son ambition de constituer un "centre" pour harmoniser les relations entre États et relève le principe d'égalité et de souveraineté. La transmission du dossier yougoslave à l'ONU se fait dans un contexte particulier : la chute de l'URSS. Depuis l'élection de Gorbatchev en 1985 particulièrement, le système international connaît une période de mutations profondes qui donne l'espoir à l'ONU de s'imposer comme acteur sur la scène mondiale. Le Conseil de sécurité va agir en vertu des articles 39 à 42 du chapitre VII et du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies6 . D'autres organes vont jouer un rôle, comme le documentaire de la BBC : Yougoslavie, suicide d'une nation européenne. 3 TARDY Thierry, « L'ONU et la gestion des conflits yougoslaves (1991-1995) : faillite d'une institution, faillite des États ? », in Relations internationales. BIAVAAlessia, L’Union européenne, acteur global? Potentialités et limites de la PESC et de la PESD, Genève, IEUG, 2005 L'UE ne possèdant pas encore de stratégie de gesion des crises, ne parvient pas à coordonner ses actions au niveau politique lorsque la dimension militaire est touchée. “L’intervention de l’Union européenne est donc limitée à la sphère diplomatique. Il faut souligner qu’au début, elle essaye d’avoir le « monopole » de la gestion de la crise, même sur le plan militaire, par le biais de l’Union de l’Europe Occidentale (UEO), puisque l’UE elle-même ne dispose pas d’un outil militaire. La proposition franco-allemande du 18 septembre 1991 visant à déployer une force d’interposition de l’UEO en Croatie trouve l’opposition du Royaume-Uni. [...] Finalement, il est évident que dans la gestion de la situation, l’UE est influencée et souvent bloquée par l’incapacité de ses membres de dépasser leurs intérêts nationaux.” 4 http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-i/ 5 http://www.un.org/fr/sections/about-un/overview/index.html 6 http://www.un.org/en/sections/un-charter/chapter-vii/index.html CHAPTER VII: Action with respect to threats to the peace, breaches of the Peace, and Acts of Aggression ; DRAZEN Petrovic, CONDORELLI Luigi, « L'ONU et la crise yougoslave », in Annuaire français de droit international, volume 38, 1992, pp. 37-38. Il décrète notamment l'embargo sur l'armement et demande aux Etats de former une sorte de blocus maritime.
  3. 3. Secrétaire général et l'Assemblée générale. II. Le rôle de l'ONU dans la guerre de Yougoslavie Les guerres n'ont pas toutes la même ampleur et ne connaissent pas la même résolution. Les tensions sur le territoire Croate commencent dès 1990 lorsque les minorités serbes établissent des barrages routiers. Alors que les serbes tentent de garder la Croatie en Yougoslavie, sa déclaration d'indépendance – en même temps que celle de la Slovénie – marque l'échec serbe. La Guerre évolue à la fin de l'année 1991 mais le véritable tournant se produit suite au cessez-le-feu prononcé par l'ONU en 1992 et la reconnaissance de la Croatie comme État souverain. Cette même année, le référendum en Bosnie-Herzégovine a lieu et l'indépendance est accordée le 3 mars, bien qu'elle soit rejetée par les minorités serbes de Bosnie7 . Admise à l'ONU le 6 avril 1992, elle a désormais la possibilité de revendiquer l'application de l'article 51 de la Charte.8 La guerre commence réellement pour certains historiens en 1992 avec les massacres de Sijekovac, de Bijeljina et le siège de Sarajevo dès avril qui dure 44 mois. Les années 1992, 1993 et 1994 sont caractérisées par des attaques croates et serbes contre les forces bosniaques.9 L'ONU apparaît sur trois plans différents : militaire, humanitaire et diplomatique. Elle est l'organisation internationale la plus impliquée dans les conflits. De plus, la création du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie en 1993 aura un impact certain. On le voit par l'actualité de celui-ci aujourd'hui encore, avec notamment l'exemple de la condamnation à 40 ans de prison de Radovan Karadzic (le 21 mars 2016) – premier président la République serbe de Bosnie, pour les crimes de guerre, crime contre la humanité et un genocide.10 Sur le plan militaire, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte en février 1992 la Force de Protection des Nations Unies (FORPRONU) par la résolution 743.11 Initialement prévue pour une période de 12 mois, le mandat est ensuite élargi. Il est d'abord prolongé en Bosnie en septembre. L'ONU doit cependant s'adapter : le but des casques bleus n'étant pas de faire la guerre mais de maintenir la paix, ils ne sont pas adaptés dans cette région où il n'y a pas de « paix à maintenir ». Les casques bleus servent en effet généralement comme une force d’interposition pour empêcher le conflit de dégénérer. En Bosnie, les forces bosniaques, serbes et croates étaient déjà en guerre et c'est pourquoi une simple force d'interposition n'était ni suffisante ni adaptée.12 Suite à la campagne de Lasva Valley (nettoyage ethnique) contre les civils bosniens planifiée par les croates et mise en place en avril 1993, le conseil adopte la résolution 836 en juin. Il autorise l'utilisation de la force dans les zones de sécurité, définies au paragraphe suivant.13 Les résolutions prises par le Conseil de Sécurité sont donc de caractère réactif : ce n'est qu'après l'événement que l'ONU réagit. Il existe toutefois une exception : c'est le cas de la Macédoine. La résolution 983 marque un véritable succès, c'est le déploiement préventif de casques bleus dans le pays (en mars 1992). Sur le plan humanitaire, de nombreuses résolutions sont prises. Le conseil concentre ses efforts sur l'aéroport de Sarajevo et l'établissement de plusieurs zones de sécurité (six villes sont concernées 7 http://everything.explained.today/Bosnian_War/ 8 KRULIC Joseph, « La force et le droit dans la crise yougoslave (1987-2000) », in Le Débat, n° 114, 2001/2, p.71-84 9 ALLIN Dana H, NATO's Balkan interventions, Oxford N.Y., Oxford University Press, 2002 10 United Nations Security Council Resolution 827 (International Tribunal (former) Yugoslavia) http://www.nato.int/ifor/un/u930525a.htm 11 United Nations Security Council Resolution 743 (Implementing the UNPROFOR in Croatia) http://www.nato.int/ifor/un/u920221a.htm 12 ALLIN Dana H, op. cit. 13 United Nations Security Council Resolution 836 (UNPROFOR mandate enlarged to protect "safe areas") http://www.nato.int/ifor/un/u930604a.htm
  4. 4. par la résolution 82414 ) ainsi que l'acheminement de l'aide humanitaire. Cependant, alors que le Conseil exige que la partie serbe de Bosnie "respecte le droit des civils qui souhaitent demeurer dans la zone de sécurité de Srebrenica", le massacre de Srebrenica en 1995 a lieu et l'ONU se révèle impuissante. Sur le plan diplomatique enfin, on remarque que les propositions de règlement pacifique du conflit sont très nombreuses.15 Son entrée en scène est marquée par la résolution 713 (1991) concernant l'embargo sur les livraisons d'armes "à l'ensemble de la Yougoslavie".16 La guerre étant déjà en cours, le but est de contenir le conflit. Un certain nombre d'États vont demander une levée partielle de celui-ci envers la Bosnie-Herzégovine pour lui permettre d'exercer son droit de légitime défense. Le problème est ici juridique et malgré l'admission des trois nouveaux Etats à l'ONU, le Conseil maintient cet embargo pour tous les Etats concernés initialement. Les principes de non-ingérence dans les affaires internes des États, de respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance politique des États sont réaffirmés par le Conseil de Sécurité, notamment dans la résolution 838 (1993), dans laquelle il demande à ce que "toutes les formes d'ingérence en provenance de l'extérieur de la Bosnie-Herzégovine [prennent] fin immédiatement".17 On peut également mentionner les sanctions économiques émises par l'ONU sur le plan diplomatique, car leur but est de faire fléchir les Etats. Cependant, leur effet est ambigu. Elles n'ont pas étés assez efficaces pour mettre fin aux hostilités, mais l'échec n'est pas total car elles sont aussi indirectement responsables de la fin de la guerre entre les Croates et les Bosniaques. En Mars 1994, suite à la menace des sanctions économiques de l'ONU, le cas croate est amené dans les négociations. La Croatie ne souhaitait pas être isolée de la communauté internationale. Les sanctions économiques représentent en effet aussi un symbol. L'accord de Washington, motivé par celles-ci, permet le déblocage de la « zone de sécurité » de Bihac en Bosnie, qui risquait le même sort que celle de Srebrenica. C'est donc un succès de l'ONU. On comprend donc que l'action de l'ONU pendant les conflits en Yougoslavie est très riche. Cependant, elle n'est pas efficace en raison de la violation de nombreux cessez-le-feu. L'établissement de la paix parait impossible, d'autant plus suite au rejet du plan de paix Vance- Owen qui prévoyait un État bosniaque décentralisé. Malgré un échec diplomatique et militaire, l'ONU prend tout de même l'initiative d'un plan humanitaire. Son objectif est désormais celui de limiter les souffrances – faute de pouvoir les éviter. III.Le règlement des conflits et la relation OTAN-ONU Tout d'abord, il convient de rappeler l'origine de la coopération entre l'ONU et l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. L'OTAN, créée en 1949 pour assurer la sécurité collective de ses États membres, connaît un développement inédit lors de la crise des Balkans. En effet, elle va pour 14 TARDY Thierry, op. cit..Cette résolution marque la transmission du dossier et donc le remplacement de l'Union Européenne par l'ONU. 15 Plusieurs plans de partage sont proposés. En 1993, le représentant de l'ONU, Cyrus Vance, présente l'accord auquel il est parvenu avec les présidents croate, serbe et le ministre yougoslave de la défense : Franjo Tudjman, Slobodan Milosevic et Veljko Kadijevic. Celui-ci prévoit “la division de la Bosnie-Herzégovine en 10 provinces qui posséderaient de nombreuses prérogatives vis-à-vis du pouvoir central, ainsi que la démilitarisation de cette république”. Cependant, celui-ci est rejeté quelques mois plus tard. La même année, un nouveau projet de paix apparaît : le plan de paix Owen- Stoltenberg qui prévoit une partition de la Bosnie-Herzégovine en trois républiques constitutives : République serbe (51% du territoire), République bosniaque (30%) et République croate (16%). Celui-ci ne parvient pas non plus à retenir l'attention. Il faudra attendre les négociations à Ohio en 1995 pour mettre fin au conflit. 16 United Nations Security Council Resolution 713 (Arms embargo applying to (former) Yugoslavia) http://www.nato.int/ifor/un/u910925a.htm 17 United Nations Security Council Resolution 838 (Requesting UN SecGen further reports on border controls.) http://www.nato.int/ifor/un/u930610a.htm
  5. 5. la première fois gérer une crise en dehors des frontières de ses États membres et coopérer avec l'ONU sur le plan militaire.18 En Juillet 1992, elle déploie une opération maritime dans la mer Adriatique pour surveiller l'embargo sur les armes émis par l'ONU. Cependant, cette contribution semble surtout symbolique puisque de 1993 à 1996, seulement six navires vont tenter de passer outre l'interdiction (la plupart du trafic ayant lieu sur terre). L'OTAN élargit une première fois son engagement en Bosnie avec le lancement d'une opération aérienne en octobre 1992 (Sky Monitor). Les deux organisations mettent en place des mécanismes de liaison. Cependant, comme les membres de l'OTAN craignent que des informations puissent être obtenues par le personnel des pays non-membres de l'OTAN, les échanges ne sont pas parfaits.19 La coopération s'accentue toutefois à partir de 1993 par les zones de sécurité. En Juin 1993, le Conseil de sécurité autorise l'OTAN à fournir un appui aérien aux forces de l'ONU si elles sont attaquées. Suite au massacre de Markale, la coopération tente d'être plus forte. En 1994 a lieu la plus meurtrière des attaques pendant le siège de Sarajevo. Le 6 Février, le Secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros-Ghali, demande officiellement à l'OTAN d'effectuer les frappes aériennes. Un ultimatum est lancé aux Serbes de Bosnie par l'OTAN exigeant le retrait des armes lourdes autour de Sarajevo. Le 12 Février 1994, Sarajevo connait son première jour sans victimes depuis Avril 1992.20 L'élimination à grande échelle des armes lourdes serbes de Bosnie marque le premier grand succès de l'OTAN dans le conflit. L’OTAN devient le « bras armé » de l’ONU dans la région.21 Cependant, les réponses militaires ne sont généralement pas efficaces en raison du système de la « double chaîne de commandement » (« dual key »). Pour effectuer des frappes aériennes, il fallait une autorisation des deux organisations, ce qui ralentissait le processus de coopération militaire. Sur plus de 100 demandes d'appuis aériens prévus, seuls quatre furent effectués, d'après Benjamin Lambeth. C'était donc davantage un mécanisme qui permettait aux Nations Unies d'exercer un contrôle sur les actions de l'OTAN et à cette dernière de les légitimer par les mandats de l'ONU. Le but était de préserver l'autonomie des deux organisations à cause des différences de cultures organisationnelles. Le véritable tournant dans l'organisation de la coopération se déroule en 1995, suite au massacre de Srebrenica. Du 6 au 13 Juillet 1995 l'armée de la Republique Srpska (VRS), sous la direction de Ratko Mladic, occupe Srebrenica, une « zone de sécurité » de l'ONU (malgré les 400 casque bleus présents). La TPIY classe cet événement parmi les génocides en raison de l'élimination systématique des civils bosniaques (8 000 meurent dans ce massacre). Srebrenica remet en question le principe de non-intervention de l'ONU22 et l'implication de l'OTAN. L'OTAN souhaitait légitimer sa présence dans les conflit par les mandats de l'ONU. L'ONU, quant à elle, avait besoin de l'OTAN pour intervenir militairement. Par conséquent, les deux organisations étaient interdépendantes, mais ni l'une, ni l'autre, ne voulaient céder de souveraineté et cela donnait lieu à des efforts de coopération limités qui furent directement responsables de l'échec. Par conséquence, ce n'était pas seulement un échec de l'ONU, mais plutôt un échec de la coopération entre l'ONU et l'OTAN. Lors de la conférence de Londres, le système de « double chaîne » (symbole de la désunion entre les deux organisations) est révisé et l'alliance devient plus étroite entre la Croatie et la Bosnie.23 Un engagement plus important de l'OTAN ne signifie cependant pas que les forces de l'ONU se retirent. 18 L'OTAN dans les Balkans - La Documentation française. http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/otan/otan- balkans.shtml 19 HARSCH Michael F., The Power of Dependence: NATO-UN Cooperation in Crisis Management, Oxford, Oxford University Press, 2015 20 http://everything.explained.today/Bosnian_War/ 21 BOIDEVEAUX Francine, « L’Europe gère les Balkans », in Relations internationales, n° 121, 2005, pp. 91-107 22 Le principe de non-intervention semble en effet contraire aux buts et principes de l'ONU face à l'ampleur du massacre. L'organisation aurait du intervenir en vertu du principe de non-discrimination. 23 HARSCH Michael F., The Power of Dependence: NATO-UN Cooperation in Crisis Management, Oxford, Oxford University Press, 2015,
  6. 6. La puissance de l'ONU évolue avec la Résolution 998 qui met en place la force de réaction rapide (supplément de 12,500 hommes).24 Néanmoins, la coopération entre les forces de l'ONU (sur le terrain) et de l'OTAN (dans l'espace aérien) est plus étroite. Comme le rappelle le secrétaire des États-Unis : « vous ne pouvez pas lancer des frappes aériennes soutenues sans coordination avec les commandants locaux sur le terrain ». Un comité mixte des deux organisations approuve une liste de bombardements. Des règles strictes d'engagement sont mises en place par l'OTAN pour répondre aux exigences de l'ONU sur l'utilisation de la force. Les victimes civiles sont probablement moins de trente. Les différences de points de vue des organisations sont ainsi surmontées. Le déplacement du processus d'approbation pour les frappes aériennes vers les commandants militaires permet des réponses plus rapides.25 On peut illustrer cette idée par la libération de Sarajevo et les négociations de paix qui sont deux succès de coopération. Le 28 août 1995, une attaque serbe déclenche l'opération « Deliberate Force » de l'OTAN. Une campagne de frappes aériennes massives (de onze jours) contre les positions serbes de Bosnie est soutenue par la force de « réaction rapide » qui détruit les dépôts de munitions des Serbes et des canons antiaériens. Grâce à la pression exercée par l'OTAN et l'offensive croate-musulmane parallèle en Bosnie centrale et occidentale, les Serbes de Bosnie acceptent de retirer leurs armes lourdes des zones entourant les « zones de sécurité » et de mettre fin au siège de Sarajevo.26 Ces événements ouvrent la voie à la négociation d'un accord de paix à Dayton, Ohio, en novembre 1995. La signature de l'accord de Dayton, le 14 décembre, marque la fin de la guerre en Bosnie-Herzégovine. Il donne à l'OTAN la responsabilité principale de la mise en œuvre de l'accord et réduit le rôle de l'ONU dans la région (résolution 1031 et « Implementation Force»).27 Pour la première fois dans l'histoire de l'OTAN, elle déploie des soldats de la paix. Conclusion : L'ONU a eu des difficultés tout au long du conflit à s'affirmer comme un acteur autonome. Elle oscille entre deux positions : celle d'une organisation au service des États et celle d'une organisation indépendante qui parviendrait à imposer ses objectifs par des moyens pacifiques. On ne peut toutefois parler d'un échec qui ne concernerait que l'ONU car la politique menée était définie par plusieurs acteurs. L'OTAN est d'abord impliquée dans la guerre en Bosnie pour assurer l'application des sanctions économiques émises par les Nations Unies. Cette première collaboration s'avère être un échec. Les mesures caractérisées par le système de double chaîne contribuent à modérer le conflit, mais se révèlent inadéquates pour mettre un terme à la guerre. Elle ne permettent pas non plus de protéger les « zones de sécurité ». La coopération est plus forte et mieux mise en place suite au massacre de Srebrenica. La suppression du système de double chaîne précipite la fin de la guerre avec la signature des Accords de Dayton en 1995. Le bilan est extrêmement lourd : plus de 100 000 personnes sont tuées et on compte près de 2,2 millions de déplacés. Une analyse du rôle de l'ONU dans la deuxième série de guerres serait particulièrement intéressante pour comprendre les leçons tirées de cette première série de conflits. A-t-elle décidé de collaborer immédiatement et de façon soutenue avec les acteurs présents et notamment avec l'OTAN ? Quelles ont été les réformes entraînées par cet échec, qui mettait en lumière les faiblesses institutionnelles ainsi que les enjeux auxquels l'ONU devaient faire face pour être à nouveau digne de confiance ? 24 United Nations Security Council Resolution 998 (Authorizing 12,500 extra UNPF / UNPROFOR troops (Rapid Reaction Force)) http://www.nato.int/ifor/un/u950616a.htm 25 HARSCH Michael F., The Power of Dependence: NATO-UN Cooperation in Crisis Management, Oxford, Oxford University Press, 2015 26 BOIDEVEAUX Francine, « L’Europe gère les Balkans », in Relations internationales, n° 121, 2005, pp. 91-107 27 United Nations Security Council Resolution 1031 (Authorization of IFOR) http://www.nato.int/ifor/un/u951215a.htm
  7. 7. Bibliographie : Histoire générale : GARDE Paul, Les Balkans : Héritages et évolutions, Flammarion, 2010 Monographies : HARSCH Michael F., The Power of Dependence: NATO-UN Cooperation in Crisis Management, Oxford, Oxford University Press, 2015 ALLIN Dana H, NATO's Balkan interventions, Oxford N.Y., Oxford University Press, 2002 BIAVA Alessia, L’Union européenne, acteur global? Potentialités et limites de la PESC et de la PESD, Genève, IEUG, 2005 Articles : TARDY Thierry, « L'ONU et la gestion des conflits yougoslaves (1991-1995) : faillite d'une institution, faillite des États ? », in Relations internationales, n° 128, 2006, pp. 37-53. BOIDEVEAUX Francine, « L’Europe gère les Balkans », in Relations internationales, n° 121, 2005, pp. 91-107 KRULIC Joseph, « La force et le droit dans la crise yougoslave (1987-2000) », in Le Débat, n° 114, 2001/2, pp. 71-84 Sources : Sites internet : Le site officiel de l'Organisation des Nations Unies : http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-i/ http://www.un.org/fr/sections/about-un/overview/index.html Ses résolutions : http://www.nato.int/ifor/un/u930525a.htm http://www.nato.int/ifor/un/u920221a.htm http://www.nato.int/ifor/un/u910925a.htm http://www.nato.int/ifor/un/u930610a.htm http://www.nato.int/ifor/un/u950616a.htm http://everything.explained.today/Bosnian_War/ DRAZEN Petrovic, CONDORELLI Luigi, « L'ONU et la crise yougoslave », in Annuaire français de droit international, volume 38, 1992, pp. 32-60. Documentaire de la BBC : Yougoslavie, suicide d'une nation européenne.

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