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L’ENQUÊTE
Les stratégies de ceux qui ont réussi
à décrocher un contrat pendant la crise
GUIDE
Des anciens diplômés qui ont surmonté les
chocs de 2000 et 2008 donnent leurs conseils
TÉMOIGNAGES
Dans l’enfer de la recherche d’emploi en 2020
LUNDI 14 DÉCEMBRE 2020 // SUPPLÉMENT GRATUIT AU NUMÉRO 23347 | ISSN 0.153.4831
WWW.LESECHOSSTART.FR
Job,
oùes-tu?
PERSPECTIVES
Ils ont tenté l’entrepreneuriat
grâce au chômage partiel
TRIBUNE
Emplois verts, attention où vous mettez
les pieds !
ZOOM
La French Tech cherche toujours à gonfler ses rangs
Illustration:wandalovesyoupour«LesEchos»
pourra pas tous les accueillir. En
2021, il y aura davantage de postes
dans la police, la justice et l’ensei-
gnement supérieur, mais des
réductions aux ministères de l’Eco-
nomie et de la Transition écologi-
que. Au final, l’emploi public
devrait rester stable.
AprèssonCDD,Paulsepenchera
surleconcoursdedirecteurd’hôpi-
tal pour donner une suite à ce vi-
rage. Pour celles et ceux intéressés
par la fonction publique, sachez
qu’iln’yapasquelesconcours :18 %
despersonnesytravaillantsontdes
contractuels,recrutésaprèsdesim-
ples entretiens. Si les diplômés de
sciences politiques sont les profils
lesplusvalorisés,touteslesspéciali-
tés sont recherchées : des dévelop-
peurs informatiques, à la direction
interministérielle du numérique,
aux diplômés en géographie, au
ministèredesAffairesétrangères. n
pas ce que j’avais apporté de bien. »
Lacriseasonnémêmepourceux
qui prenaient du plaisir à travailler
en entreprise. Clara adorait la
sienneetlesmissionsintellectuelle-
ment stimulantes. Pourtant, ça n’a
pas suffi. « Au bout de quelques
années, je me suis sentie frustrée de
dépenser autant d’énergie pour
maximiser le profit d’une entre-
prise », déclare celle qui a depuis
rejoint la Direction générale des
entreprises (DGE) à Bercy. « La
DGEaétéaupremierplanpendantle
confinement,ensoutiendesentrepri-
ses. J’ai compris que je pourrais être
vraiment utile en allant là-bas. »
Combien sont-ils, ces jeunes que
la crise a poussés dans les bras de
l’Etat ? Trop tôt pour le dire. Ces
deux dernières décennies, le nom-
bre de candidats aux concours pu-
blics a fondu sous l’effet de salaires
moinsattractifsetd’unemobilitéen
berne. Mais attention, l’Etat ne
Paul a besoin de se sentir utile.
Au même moment, en pleine
première vague du Covid, l’AP-HP
recherche des bénévoles pour les
campagnes de tests. Paul intègre la
missionCovisan,undispositifpour
dépister les clusters en Ile-de-
France, dans le service des visites à
domicile. Il finit par décrocher un
CDD. Depuis qu’il a mis un pied
dansleservicepublic,illouelacrise
del’avoirfaitbifurquer.« Dansmon
travail actuel, il n’est plus question
d’intérêt économique, de course aux
chiffres, et je ne gagne pas plus en
fonctiond’objectifsatteints.Ilesttrès
agréable que le travail soit simple-
ment animé par l’envie de bien
faire. » Le jeune homme ne crache
pas pour autant sur les entreprises
privées : « Certaines font des trucs
très intéressants pour la société.
Néanmoins, dans mes expériences
passées,lesoir,jen’étaispasspéciale-
ment fier de ma journée, je ne savais
Paul met le cap sur une carrière
dans le privé, a priori bien payée et
riche en responsabilités. Au pre-
mier semestre de cette année, der-
nière étape de son parcours, il intè-
greenstagedefind’étudesunestart-
updel’événementiel.Hélas,leCovid
et le confinement qui s’ensuit rava-
gentlesecteur.Sonstageestsoudai-
nement interrompu. Il se retrouve
sans revenus, seul à Paris, avec un
emprunt étudiant à rembourser.
Après la sidération, la réaction.
Lejeunehommesedittoutdesuite
que si sa carrière devait prendre un
virage, c’était le meilleur moment.
« Avec ce confinement, je me posais
pas mal de questions, en particulier
sur l’énorme emballement autour
desstart-upetdescabinetsdeconseil,
deux types de structure qui attirent
énormément de jeunes diplômés. »
Le jeune homme ne se retrouve
plus dans ces modèles de carrière
« pas toujours utiles à la société ».
Rejoindre Orano, c’est se surprendre à travailler
au croisement de l’individuel et du collectif mais
aussi de la modernité et de la pérennité, du climat
et de l’énergie...
Pour en savoir plus et faire partie de nos 16 000
collaborateurs en France et dans le monde à travers
nos sites implantés dans les territoires, rendez-vous
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Insign2020L’énergieestnotreavenir,économisons-la!
Développer son
parcours individuel
et faire grandir
le collectif.
Commentilsonttrouvéun emploienpleinecrise
de nouveaux talents. « Il y a plus
d’offres et de besoins, car les produits
digitaux sont de plus en plus comple-
xes !Avant,unemarqueavaitunseul
site. Aujourd’hui, elle développe sou-
vent une appli, de la réalité virtuelle,
des objets connectés… Bref, toujours
plus de supports à designer et à pen-
ser.Pluscesproduitsdigitauxsecom-
plexifient, plus les entreprises ont
besoin de salariés, de free-lance, de
consultants pour réfléchir avant de
lancer les développeurs sur les diffé-
rents projets », détaille-t-elle. D’au-
tant que ce type de métier se prête
bien à l’exercice du télétravail.
D’ailleurs, elle-même a ouvert pas
moins de trois postes dans son
équipedepuisledébutdel’année.
UNE MOBILITÉ
RÉGIONALE
Bordeaux, Toulouse ou Lyon ?
Vadim Kosterev a visité les trois vil-
lesavantd’arrêtersonchoix.Cesera
finalement la capitale des Gaules.
« J’ai vu le dynamisme de la ville et
j’ai été séduit par l’ouverture d’esprit
des habitants », témoigne le jeune
hommede24ans.Surtout,Vadima
débuté en octobre son premier
emploi de business developer. Un
contrat de deux ans chez Progra-
mini, une société de conseil en
informatique, en alternance avec
uneécoledecommerceàGrenoble.
Il faut dire que le jeune homme
s’est donné du mal : dix entreprises
lyonnaises ciblées et autant de can-
didatures personnalisées, parfois
décalées. « Une société proposait des
formations en ligne. J’ai étudié leur
manièredevendreetjeleuraifaitqua-
tre propositions de vente », se sou-
vient-il.C’étaitàlafindel’été.Vadim
habitait encore à Rennes et faisait
des allers-retours quotidiens vers la
régionRhône-Alpes« pourallervoir
directementlesentreprises ».
Arrivé en France il y a cinq ans
avec 15.000 euros en poche, gagnés
grâceàunesociétédedropshipping
qu’ilalancéeplusjeuneauKazakhs-
tan,Vadimad’abordsuividesétudes
d’économieàl’universitédeRennes.
Diplômé d’une licence, l’étudiant
cherche en pleine crise une plus
grande métropole comme point de
chute pour maximiser ses chances
de trouver un poste. Pour lui, la
poursuite de ses études en alter-
nance,facilitéesparl’aidedel’Etatde
8.000 euros aux employeurs qui
recrutentdesapprentismajeurs,est
la bonne formule. Encore faut-il
misersurlebonbassind’emploi.
Dans sa quête d’une alternance,
entreLyonetRennes,lejeunehom-
meafaitunehalteàlacapitale.Ilse
ergonomiqueetintuitif.EtlapartieUI
vise à rendre l’interface esthétique,
agréable,lisible.Lesdeuxvontensem-
ble. Certains se spécialisent dans l’un
ou l’autre, mais j’aime le fait d’avoir
cette double casquette dans mon tra-
vail, de penser les deux de façon glo-
bale, pour fidéliser l’utilisateur »,
détaille-t-elle.Encorepluspourune
boîtedontelleapprécieleproduit.
Malgrélacrise,lenumériqueres-
teporteuretfrianddejeunestalents.
Selon l’étude Rémunérations 2021
du cabinet de recrutement Michael
Page, l’informatique et le marketing
digital font partie des métiers « les
plus porteurs d’aujourd’hui et de
demain ». Le leader de la formation
enligneOpenClassroomsvadansle
mêmesens.Enjuin,entredeuxcon-
finements, il publiait la liste des dix
métiers les plus recherchés dans le
numérique. Y figurent évidemment
les professions de développeur, chef
deprojetdigital,administrateursys-
tèmes, réseaux et cloud, expert cy-
bersécurité, community et content
manager.MaisaussiUXdesigner.
AudreyHacqestjustementlapro-
ductdesignerd’OpenClassrooms.Et
elle confirme le dynamisme de ce
secteur, en permanente recherche
néeverslenumérique.« J’aitrèsvite
développéunvéritableintérêtpource
secteur en général, et pour le métier
d’UX-UI designer en particulier. Côté
tech, il y a encore des embauches, ce
n’est pas bouché, même en ce mo-
ment », explique Fanny.
Malgré tout, en mars, en plein
confinementetàl’approchedelafin
de ses études, elle s’inquiète de son
insertion et anticipe sa recherche
d’emploi, en particulier en ligne.
C’est via LinkedIn que sa société,
Kiplin – qui édite une application
pour encourager l’activité physique
et sportive de ses utilisateurs –, l’a
contactée. « Dans ma filière, mes
camaradesdepromotionontglobale-
menttoustrouvédutravail.Ilestvrai
que pour les autres profils du cursus,
c’estunpeuplusdifficilecetteannée. »
Concrètement, Fanny travaille
depuisseptembredanscettesociété
nantaise d’une quinzaine de sala-
riés.Sonrôle,entantqu’UX-UIdesi-
gner :penserledesignetl’esthétique
del’interface,enlienavecsesutilisa-
teurs,afindes’assurerquelesite,ou
dans ce cas l’application, est simple
et agréable à utiliser, mais aussi
visuellement attractive. « L’UX desi-
gne l’expérience client, pense l’aspect
souvient : « A la gare, il y avait le
PDGdeKlaxoon.Jel’aireconnutout
de suite, car il était déjà venu à notre
université. J’ai pris mon courage à
deux mains et je suis allé lui parler
pour lui dire que je cherchais une
alternance.Jeluiaipitchémacandi-
dature et peu de temps après, il m’a
mis en relation avec ses équipes
RH. »Ilyavaitdespostesàpourvoir
aubureauparisien.Maislacapitale
n’a jamais été dans le viseur de
Vadim : « La vie est trop chère »,
balaie-t-il. Et si les opportunités
sont plus nombreuses, la concur-
rence est aussi plus rude.
« Lesmétropolesrégionalessesont
tellement développées que la case
Paris n’est plus obligatoire. L’offre de
formation s’est aussi considérable-
ment améliorée, avec des écoles de
renommée qui permettent de garder
lestalentssurlesterritoires »,analyse
Cevan Torossian, directeur associé
Etudes et Recherche chez Arthur
Loyd. Dans sa dernière étude, le
cabinet rappelle que les métropoles
régionales concentrent 80 % des
hausses d’emploi sur les dix derniè-
res années, alors qu’elles ne repré-
sententque10 %duterritoire.
Reste une dernière embûche à
surmonter : trouver un logement.
Vadim a débarqué à Lyon sans
appartement.Lapremièreétapede
sa vie lyonnaise s’est donc passée
dans un Airbnb, jusqu’à ce qu’il
trouveunpropriétairequil’accepte.
Le reconfinement n’a pas non plus
aidé à son intégration : des restau-
rantsetdesbarsfermés,uneviecul-
turelle au point mort, des rencon-
tres difficiles… Malgré un budget
serré (816 euros de salaire,
520 euros de loyer hors APL),
Vadim reste optimiste et, surtout, il
estsoulagéd’avoirdequoivoirvenir
pour les deux prochaines années.
L’APPEL DE
LA FONCTION
PUBLIQUE
Rien ne le prédestinait à travailler
pour l’Assistance publique-Hôpi-
tauxdeParis(AP-HP)etpourtant,il
y est comme un coq en pâte. Au
départ étudiant à l’Essca, une école
de commerce en région parisienne,
L’embauche de Vadim
en alternance a été
facilitée par l’aide de
l’Etat de 8.000 euros aux
employeurs recrutant
des apprentis majeurs.
les démarches en ce sens dès jan-
vier », précise Giorgio. Mais c’était
comptersanslacrisesanitairequia
cloué au sol tout un secteur. Consé-
quence, la majorité des offres en
VIE chez Safran ont été annulées.
« Le secteur de l’aéronautique sem-
blaitfermé,expliqueGiorgio.Ilétait
hors de question de perdre du temps,
ilfallaitgagnerencompétencesetrai-
sonner à plus longue échéance. »
Avecl’appuidesesprofesseurs,il
trouve un VIE d’un an à Bruxelles,
chez Air Liquide, l’un des leaders
mondiaux de la production de gaz
industriels et médicaux, un tout
autre secteur. Il y exerce en tant
qu’efficiency analyst. « Le métier a
certaines similitudes avec mes mis-
sions en alternance. Il me faut néan-
moins appréhender de nouveaux
procédés industriels. Cette expé-
rience me permet de challenger ma
formation d’ingénieur et de me for-
mer en data science. » Il en est con-
vaincu : changer de secteur à court
terme pourrait s’avérer bénéfique
pour ses projets à long terme. Une
fois ce contrat terminé, il entend
bienretrouversonsecteurdeprédi-
lection. Avec l’ambition de devenir,
un jour, data scientist à la Nasa.
Margaux, 29 ans, a elle aussi fait
le choix d’un virage à 180 degrés.
Elle exerçait comme guide touristi-
que à Paris avec le statut de micro-
entrepreneur. En mars, cette Fran-
cilienne qui travaille quasiment
Il y a un an, ils étaient les rois du
marché du travail. Aujourd’hui,
beaucoup doivent revoir leurs
plans pour espérer décrocher
un job. Comment les jeunes
diplômés s’adaptent-ils
à la crise ? Rencontre avec
une génération résiliente.
Julia Lemarchand, Chloé
Marriault, Laura Makary,
Florent Vairet et Camille Wong
« Unmilliondejeu-
nesontétérecru-
tés depuis août
enCDDdeplus
de trois mois et
en CDI, soit un
niveau équiva-
lent à 2019 », indi-
quait la ministre du Travail, Elisa-
beth Borne, le 26 novembre. Un
discours qui se voulait rassurant,
alorsmêmequ’ils’inscrivaitdansle
cadre de l’annonce de nouvelles
mesures pour soutenir les jeunes
diplômésetlesétudiantslesplusen
difficulté.
A-t-on évité la catastrophe tant
annoncée ? La mobilisation géné-
rale semble en tout cas payer. Sans
conteste,lescoupsdepoucedel’Etat
pour l’embauche des alternants et
des jeunes diplômés aident, de mê-
me que l’ensemble des mesures du
plan « 1 jeune 1 solution », annoncé
cet été, le tout chiffré à 6,7 milliards
d’euros, soit le triple des moyens
allouésauxjeunes.
Partout, la solidarité s’organise,
notammentducôtédesécolesetdes
universités : des forums emploi vir-
tuels aux ateliers sur les CV, en pas-
sant par les connexions renforcées
avec le réseau d’anciens. Ainsi, le
1er
décembre, Dauphine Alumni
remerciaitparmailsesadhérentsde
luiavoirpermisdecollecter41offres
d’emploi, d’alternance ou de stage
en une semaine. Il faut célébrer les
petitesvictoires,avantderepartirau
combat : « Plus que jamais nos jeu-
nes Dauphinois ont besoin de vous et
le réseau Dauphine Alumni a encore
plusdesensaujourd’hui! »
Un combat nécessaire, car les
postes se sont bien raréfiés. L’Apec
signalequelesoffresd’emploiacces-
sibles aux débutants sont en baisse
de 39 % sur la période de janvier à
novembre2020(contre– 28 %pour
lescadresconfirmés).« C’esttrèsdur
sur les secteurs économiques les plus
touchés, comme l’événementiel, le
tourisme,maisaussilemarketing »,a
confirmé Alice Guilhon, directrice
générale de Skema Business School
et responsable à la Conférence des
grandes écoles, lors d’un point
presse le 27 novembre. La possibi-
litédonnéeauxdiplômésderéaliser
un stage jusqu’au printemps offre
une soupape bienvenue. Un panse-
mentquinesauraitmasquerlesdif-
ficultésrencontréessurleterrain.
Restequecertainsparviennentà
sortir de l’ornière et décrochent le
contrat tant attendu. Comment ?
Evidemment, la martingale
n’existepas,maisnousavonschoisi
de vous raconter des parcours de
jeunes diplômés qui ont opté pour
un chemin différent de celui
d’abord envisagé.
RECONVERSION
À 180 DEGRÉS
Depuis tout petit, Giorgio Soggiu,
24 ans, est un grand fan d’aérospa-
tial. « La conquête spatiale et l’astro-
physique me transcendent et
m’apportent une part de rêve »,
s’enthousiasme le jeune homme.
Enfant,ilrêvededevenirastronaute.
Adolescent, ce féru d’astronomie
passe ses soirées à observer les étoi-
les.Fairecarrièredansl’aérospatiale
est pour lui une évidence. Après
deux ans de prépa à Rennes, direc-
tion Bidart (Pyrénées-Atlantiques),
oùilintègrel’Estia,uneécoled’ingé-
nieurs.Avecunobjectif :devenirda-
ta scientist dans le spatial. Il décro-
cheuncontratenalternancedetrois
ans au sein du groupe français
d’aéronautiqueetdedéfenseSafran,
contratquiaprisfinenseptembre.
« Je comptais poursuivre en VIE
[volontariat international en entre-
prise] chez Safran et j’avais entamé
exclusivement avec des touristes
étrangersvoitsonactivitécesserdu
jour au lendemain. Il lui faut trou-
ver une autre source de revenus.
L’une de ses amies exerçant dans
un Ehpad (établissement d’hé-
bergement pour personnes âgées
dépendantes) qui manque de bras,
luiproposedelarejoindrepourtra-
vailler en tant qu’auxiliaire de vie
vacataire.Margauxaccepte.« J’étais
loindem’imaginerque,dixmoisplus
tard,jeseraistoujourslà,àenappren-
dre autant, à avoir plus de responsa-
bilités… » sourit-elle. Si la situation
revient à la normale, Margaux ne
saitpasencoresiellereprendrason
activitédeguidetouristique.
Surlesitedel’Apec,lesoffresdes-
tinées aux jeunes diplômés dans le
secteur de la santé et de l’action
sociale ont fortement augmenté :
+ 8 %surlapériodedejanvieràocto-
bre, comparé à l’année précédente.
A l’inverse, d’autres secteurs ont vu
leurs offres dégringoler, en tête des-
quelsl’industrie(– 50 %)etlesservi-
ces (– 40 %). Toutefois, ces secteurs,
les plus touchés, concentrent tou-
jours le plus gros volume d’offres
proposéesauxjeunesdiplômés.
LE CHOIX
DU
NUMÉRIQUE
Stageachevéfinaoût.Dixjoursplus
tard,soutenancedeprojetd’études.
Une semaine plus tard, premier
jour de CDI. Bref, difficile de sauter
plusrapidementlepasentrelesétu-
des et le marché de l’emploi que
Fanny Maillard ! Surtout en cette
année 2020 si particulière… En
même temps, cette diplômée de
l’Ecole de design Nantes Atlantique
abienchoisisaspécialisation,tour-
Giorgio en est
convaincu : changer
de secteur à court
terme pourrait s’avérer
bénéfique pour ses
projets à long terme.
De gauche à droite : Giorgio Soggiu a changé de voie et décroché
un VIE chez Air Liquide ; Vadim Kostereva a choisi de s’installer
à Lyon plutôt qu’à Paris ; Margaux, ancienne guide touristique,
est devenue auxiliaire de vie en Ehpad ; Fanny Maillard, diplômée
en design, s’est tournée vers l’UX-UI. Photos Jean du Cassé / DR
02//START Lundi 14 décembre 2020 Les Echos Les Echos Lundi 14 décembre 2020 START//03
SurTikTok,ellearencontréEmi-
lie,qui,elle,partagesonpériplesur
le marché de l’emploi au travers de
vidéos humoristiques de moins de
soixante secondes. Cette légèreté
fait suite à une longue phase
d’acceptation.« Aprèsmonlicencie-
ment, j’ai mis du temps à revoir mes
amis. Je ne me sentais pas de voir
ceux qui étaient en poste alors que
moi, je n’arrivais pas à trouver un
job », confie la jeune femme.
Aujourd’hui, elle se lance de nou-
veaux défis personnels et tente sa
chance en tant que créatrice de
contenu sur cette application chi-
noise, dont l’audience a explosé
pendantleconfinement.Elleypar-
tage son quotidien, réalise des
vidéos« lifestyle »oudedéveloppe-
ment personnel…
En parallèle, elle réfléchit à un
plan B. Pourquoi ne pas reprendre
ses études en alternance ? Elle sait
que cela reste une des meilleures
pistes pour trouver un emploi. Le
gouvernement a mis en place une
prime de 8.000 euros pour
l’embauche d’un apprenti. Parmi
les 6,5 milliards d’euros du plan de
relanceallouésàlajeunesse,leser-
vice civique, qui aujourd’hui con-
cerne140.000jeunes,estaussiren-
forcé, avec 100.000 missions
supplémentaires (20.000 en 2020
et80.000aprèsjanvier).Ennovem-
bre,l’exécutifaétoffésonplanavec
une « allocation sur mesure » pou-
vant aller jusqu’à 500 euros par
mois pour les jeunes diplômés les
plus en difficulté.
L’autre option pour Emilie est de
bifurquer vers une filière qui con-
naît moins la crise, comme la
finance. « En période de crise, les
postes en marketing sont souvent
sacrifiés. Mes amis en compta et en
gestion ont l’air de moins galérer et
les salaires sont plus attrayants »,
compare-t-elle. Parmi les métiers
quitirentleurépingledujeudepuis
le début de la crise, on trouve en
effet la comptabilité, l’audit et la
finance, mais aussi les secteurs de
la banque et de l’assurance, selon
une récente étude de Walters Peo-
ple, un cabinet de recrutement,
menée en novembre 2020 auprès
de jeunes diplômés.
Mais changer de secteur pour
cause de crise peut faire naître des
frustrations. Pour éviter de prendre
un job par dépit, Charline Bréjaud,
22 ans, diplômée d’un bachelor en
tourisme,adécidédepoursuivreses
étudesletempsquelatempêtepasse
plutôt que d’opérer un virage com-
plet. Elle s’est finalement inscrite
dansunmasterdemanagementdes
affaires en hôtellerie. « Je ne regrette
pas,parcequejedéveloppedenouvel-
lescompétences,maisc’estsûrques’il
n’yavaitpaseucettecrisesanitaire,je
n’aurais pas fait ce master », recon-
naîtlajeunefemme.
Travailler son employabilité
« Hélas, tout le monde n’a pas les
moyens de rester sur les bancs de
l’école », fait remarquer Jérémy
Lamri.Aceuxquidoiventcoûteque
coûte accepter un job, même ali-
mentaire, il conseille d’occuper
ledit emploi avec rigueur : « Quelle
que soit l’expérience, elle est un
moyen de travailler son employabi-
lité et de décrocher ses premières
recommandations. »
Telle a été la stratégie de Mat-
thieu Chantepie, 24 ans diplômé de
l’INSA Lyon, une école d’ingé-
nieurs. Un mois avant le premier
confinement, il démarre son stage
de fin d’études chez Wavestone, un
cabinet de conseil en ingénierie, à
distance.Malgrésesbonsrésultats,
sonintentiond’embaucheestannu-
lée, faute de visibilité. En septem-
bre, pour ne pas rester sur la tou-
che, il décroche deux missions en
intérim, de un mois chacune. La
première dans l’entrepôt d’un
magasin de pièces détachées, la
seconde dans le cadre d’une mis-
sion de saisie de données dans une
entreprise de recherche et dévelop-
pement de câbles électriques.
« C’était alimentaire, mais ça m’a
permis d’avoir un appoint finan-
cier », assure-t-il. Après six mois de
stress,lasituations’éclaircit,etilest
deretourchezWavestone…enCDI.
« Malgré la période d’instabilité que
j’ai traversée, je suis conscient d’être
un privilégié », conclut-il. n
DANS L’ENFER DE…
Des dizaines de milliers de jeunes
diplômés sont plongés dans un
monde du travail touché de plein
fouet par la crise sanitaire. Entre
renoncement, solitude et petites
victoires, ils nous ont raconté leurs
galères pour décrocher un contrat.
Fabiola Dor
« Avec cette pandémie,
2020 est la pire des
périodes pour entrer
dans la vie active, peste Emilie,
25 ans. Après cinq ans d’études, je ne
m’attendais clairement pas à
ça… » Diplômée en décembre 2019
d’un master en marketing interna-
tional et développement entrepre-
neurial Skema Business School, la
jeune femme ne cache pas son
amertume. Comme elle, cette
année, 750.000 jeunes arrivent sur
le marché du travail, ébranlés par
unecriseàlafoissanitaireetécono-
mique aux lourdes conséquences
sur l’emploi. « Sur un an, le taux de
chômage augmente davantage pour
les jeunes (+ 2,6 points) que pour les
autres classes d’âge », soulignait
l’Insee en novembre 2020.
Emilie savait que la situation
serait compliquée, mais elle ne
s’attendait pas à une entrée en
matière aussi douloureuse. Deux
mois une fois son stage de fin d’étu-
des achevé chez Mac Douglas, une
enseigne de maroquinerie, la jeune
diplômée décroche le Graal en
février 2020 : un CDI chez Hexa-
gona. Elle rejoint la maison de
maroquinerie française en tant
qu’assistante commerciale et logis-
tique. Mais après le premier décon-
finement,retouràlacasedépart.Sa
période d’essai n’est pas vali-
dée. « C’est la politique du “dernier
arrivé, premier à partir”. Après ce
coup-là, mentalement, c’est devenu
trèsdifficiledechercherunjob », con-
fie la jeune femme.
Même désarroi pour Thomas
Cavallo,23ans.Luipensaitpourtant
être passé entre les gouttes, car
diplômédelapromo2019.Maisson
licenciement, en mars dernier, a
entraînédefaitlafindesonexpatria-
tionenSlovénie,oùilavaitdécroché
un premier contrat. De retour à
Paris en mai 2020, ce jeune respon-
sable marketing diplômé d’une
école de commerce cherche depuis
tous azimuts. « J’ai quand même un
bon CV, je ne comprends pas pour-
quoijenereçoisquedesrefus »,déses-
père-t-il. Trouver un job en 2020
s’avère mission impossible pour
beaucoup de jeunes. Et pour cause :
si l’emploi salarié a rebondi de 1,6 %
au troisième trimestre, cette embel-
lieintervientaprèsunreculde2,7 %
au premier trimestre. Résultat des
comptes : 300.000 emplois man-
quentàl’appelparrapportàfin2019.
Plus question de faire
la fine bouche
Licenciements, annulations de sta-
ges de fin d’études, gel des embau-
ches : de nombreuses occasions
professionnellessesontévaporéesà
cause du contexte sanitaire. Par
conséquent,lamoitiédesjeunesont
revu leur projet professionnel,
d’après les résultats de la 8e
édition
du baromètre annuel OpinionWay
pour Prism’emploi (l’organisation
professionnelledel’intérim,regrou-
pant 600 enseignes de travail tem-
poraire). Pour rebondir, « ils ont fait
preuved’unpragmatismeévident,en
considérant pour 31 % d’entre eux
d’autres formes de contrat que le
CDI », explique I s a b e l l e
Eynaud-Chevalier, déléguée
g é n é r a l e d e
Prism’emploi. A la
suitedelacrisesani-
taire, 22 % des jeunes
se sont adaptés au
marché en chan-
geant de secteur
d’activité, 16 % en
changeant d’en-
treprise et 15 % en
changeantdemétier.
Après presque six
mois de recherches
infructueuses, Pauline,
23 ans, diplômée en juillet 2020 du
master en management et entre-
preneuriat de l’école de commerce
MBway, a elle préféré changer de
secteur.L’andernier,elleétaitassis-
tante commerciale en alternance
au sein d’une start-up spécialisée
dansl’événementieletimplantéeen
Normandie. Après six mois de chô-
mage partiel et l’annulation en sep-
tembre dernier de son CDD, elle a
fini par décrocher un poste de res-
ponsable du développement dans
une start-up spécialisée dans les
technologies de l’information, à
Paris.Lesecteurnecorrespondpas
à ses critères de prédilection. Mais,
après une trentaine de candidatu-
res sans réponse, elle ne fait plus la
finebouche.« Cen’étaitpaslejobde
mesrêves,maisj’yaivulapossibilité
de faire évoluer mes compétences »,
se convainc Pauline.
Elle quitte donc la Normandie
pour monter à la capitale. Avec le
deuxième confinement, la prise de
poste à distance se révèle compli-
quée. « J’étais toute seule en télétra-
vailetjen’avaisaucunencadrement
sur les missions. J’avais besoin
qu’onm’expliquelemétierpourpro-
gresser », indique la jeune di-
plômée. A p r è s m û r e
réflexion, au bout
de deux mois, Pau-
line préfère inter-
rompre sa période
d’essai. Pour Jérémy
Lamri, directeur de
l’innovation et de la
recherche chez
Jobteaser, un site
d’offres d’emplois
spécialisé dans le
recrutement de jeu-
nesdiplômés,cen’estpas
parce que c’est la crise qu’il
fauttoutaccepter.« Ilresteessentiel
d’être bien formé en début de car-
rière », insiste-t-il.
Un sentiment de solitude
Pauline a retenu la leçon. Lors de
sesprochainsentretiens,elleseren-
seignera mieux sur l’organisation
du poste. En attendant de trouver
un nouvel emploi, elle n’a pas
d’autrechoixquederetournerchez
ses parents, en Normandie. Et, afin
de lutter contre la solitude, elle a
lancé « Les rescapés de 2020 », un
groupe Facebook créé pour échan-
ger avec d’autres personnes vivant
la même situation. « Car le plus dur
est le manque de soutien. Grâce aux
réseaux sociaux, j’ai vu que nous
étionsasseznombreuxàgalérer », se
console-t-elle.
La
recherche
d’emploi
à l’épreuve
de la
crise
EN
PLUS
Initiatives
l L’Association pour
l’emploi des cadres
(Apec) a mis sur pied
des ateliers gratuits de
quatre heures, durant
lesquels dix à douze
jeunes diplômés sont
accompagnés par un
consultant. Ses offres
d’emploi sont aussi en
ligne sur la plateforme
1jeune1solution.
l Pôle emploi organise
régulièrement des
salons en ligne, avec
des dizaines d’offres par
secteur et la possibilité
de passer des
entretiens sur le Web.
l L’association Nos
quartiers ont des talents
propose aux jeunes de
moins de 30 ans issus
de quartiers prioritaires,
de zones rurales et/ou
d’un milieu social
modeste d’être
parrainés par un cadre.
l A Paris et à Nantes,
l’association Cojob
permet de chercher
un emploi en groupe.
Chaque mois, une
nouvelle promo de dix
personnes, de tous âges
et de tous horizons,
se réunit durant
quatre semaines.
De nombreuses occasions professionnelles se sont évaporées à cause du contexte sanitaire. La moitié des jeunes ont revu leur projet , d’après les résultats de la 8e
édition du baromètre annuel
OpinionWay pour Prism’emploi (l’organisation professionnelle de l’intérim, regroupant 600 enseignes de travail temporaire). Photo iStock
Décrochersonpremierjob
en2020,leparcours
ducombattant
04//START Lundi 14 décembre 2020 Les Echos
Supélec. Aujourd’hui, je suis tou-
jours dans la même branche. »
Certainssontparfoisencoreplus
pragmatiques. Ils décident de
revoir leur implantation territo-
riale et même… leur vie privée.
« J’aiquittéParispourLondresdans
lebutdetrouveruntravail.J’ailaissé
mes amis et ma petite amie »,
assumeainsiunalumnidel’Edhec.
« Par le passé, l’une des échappatoi-
res était de partir à l’étranger en VIE
et graduate program, par exemple,
explique Manuelle Malot. Malheu-
reusement, avec la crise actuelle, ces
projetssontaussiatteintsquelemar-
ché national. » Et cette responsable
de nuancer : « Si le premier emploi
est compliqué, il ne représente pas
nécessairementlafuturecarrièredu
diplômé. » En résumé, il faut être
flexible et prêt à s’adapter.
#Faire appel à son réseau
Qui dit grande école dit forcément
réseau. Les étudiants auraient tort
de s’en priver. « J’ai cherché dans
l’annuaire de Supélec. Parmi les
entreprises qui m’intéressaient, j’ai
contacté des anciens avec quelques
années d’expérience, suffisamment
pourconnaîtrel’entrepriseetavoirun
réseau interne, mais pas trop seniors
pourqu’ilsaientdutempsàmeconsa-
crer »,détailleunalumni.Attention,
sivoussollicitezlesanciens,faites-le
intelligemment. « Soyez bien-
veillant : même si nous sommes
diplômés de la même école, nous ne
pouvonsembaucherqu’àlacondition
qu’un poste soit à pourvoir », expli-
queunanciendel’Edhec.
#Définir son projet
à long terme
« Ayezunobjectifàlongterme.Votre
premier emploi ne sera peut-être pas
celuidevosrêves,maisildevraitvous
mettreenbonnepositionpourl’obte-
nirplustard,enayantsuffisamment
d’ancienneté », assure un ex-étu-
diant de l’Edhec.
Nombreux sont ceux qui accep-
tent un premier emploi par défaut
avant de revenir à leurs premières
amours ensuite, à l’image de cet
ingénieur : « J’ai fini par trouver
monpremieremploidansl’informa-
tique alors que je suis ingénieur
industriel de formation. Je suis
revenudansledomainedel’industrie
par la suite », confie-t-il.
#Etre méthodique
Ilfautêtreàl’affûtdesinformations
du secteur, soigner la qualité de ses
mails, s’entraîner aux entretiens et
tenirunsuividétaillédesesdémar-
ches(surExcelouunautrelogiciel)
pouréviterlesoublisouleserreurs.
Surtout, se renseigner systémati-
quement sur son interlocuteur
avant chaque entretien. « Pensez à
bien potasser les historiques des
entreprises », ajoute également un
alumni de l’Edhec. n
GUIDE Une étude s’est penchée sur l’expérience des alumni de CentraleSupélec et de l’Edhec
ayant réussi à s’insérer sur le marché du travail malgré des conditions difficiles. Ils livrent
leurs trucs et astuces aux jeunes diplômés qui affrontent actuellement la tempête Covid-19.
Cinqconseilsd’anciensdiplômésqui
ontsurmontélesprécédentescrises
Camille Wong
O
ui, c’est la crise. Mais
ce n’est pas la pre-
mièrefois.Cesderniè-
res décennies, trois
dépressions ont bous-
culél’insertiondesjeunesdiplômés :
1993 (système monétaire), 2000
(bulle Internet) et 2008 (subprimes).
Achaquefois,lemarchédel’emploia
fait grise mine. Quelles leçons en
tirer ? C’est ce qu’a cherché à com-
prendre la dernière étude du
NewGen Talent Centre, « Crise et
premier emploi », dont les auteurs
ont interrogé près de 500 alumni de
l’EdhecetdeCentraleSupélec.
Leurs réponses apportent une
lueur d’espoir pour les nouvelles
générations : quatre diplômés sur
cinq jugent que leur carrière n’a
finalement pas pâti, sur le long
terme, du contexte difficile de leur
première recherche d’emploi.
« Globalement, les alumni disent :
“Vous allez avoir du mal, sûrement
devoir changer de projet, mais ne
vous inquiétez pas, vous allez vous
en sortir” », résume Manuelle
Malot, directrice carrières et pros-
pective de l’Edhec. Pour les accom-
pagner au mieux, l’étude identifie
cinq conseils principaux.
#Etre proactif et visible
Faire des candidatures spontanées,
actualiser son profil LinkedIn… Il
ne faut pas hésiter à mettre toutes
les chances de son côté. « A l’été
2015, il y a eu un minikrach sur les
marchés financiers qui a totalement
bloqué le recrutement dans les fonc-
tions finances, témoigne un ancien
de l’Edhec. A force de postuler et de
faire des candidatures spontanées,
j’ai eu la chance en décembre d’avoir
le choix entre quatre propositions. »
Rien ne sert non plus de s’api-
toyer sur son sort, il faut montrer
que vous êtes capable de dévelop-
per de nouvelles compétences et
expériences. « Je ne suis pas restée
inactive durant ma recherche
d’emploi dans le marketing. J’ai
trouvé des petits boulots (ven-
deuse…) qui pouvaient être forma-
teurs et devenir de vrais plus sur
mon CV (être au contact du client,
avoir des objectifs et des résultats…).
Cela m’a permis de montrer que
j’étais résiliente », poursuit une
autre alumni de l’école.
« Il faut trouver une occupation
(projet personnel, bénévolat, acquisi-
tion de nouvelles compétences, etc.)
qui permettra de répondre à la ques-
tion que tous les employeurs poten-
tiels poseront lorsque la situation
s’améliorera et qu’ils recommence-
ront à embaucher : qu’avez-vous fait
depuisvotresortied’école ? »abonde
unex-étudiantdeCentraleSupélec.
#Savoir s’adapter
Les crises ont tendance à créer une
formed’hétérogénéitédanslespar-
cours des diplômés, note Manuelle
Malot. Ceux qui s’intéressent à des
secteurs de niche ou en berne ont
ainsi dû élargir leurs horizons. « Je
me destinais à un job dans les
télécoms-satellites et, au vu du con-
texte, en 2002, j’ai commencé une
carrière en finance de marché,
témoigne un ancien de Centrale-
Quatre diplômés
sur cinq jugent que
leur carrière n’a
finalement pas pâti,
sur le long terme,
du contexte difficile
de leur première
recherche d’emploi.
LA CHRONIQUE
de Caroline
Renoux*
Emplois
verts :
attentionoù
vousmettez
lespieds !
Avoir un impact positif est
désormais l’impératif affiché
partout : dans toutes les
campagnes de publicité, dans
la hausse record des formulai-
res de labellisation B Corp,
dans la démultiplication
des réseaux professionnels
« For Good » et dans les offres
d’emplois dits « verts »… Si
ce phénomène découle de
la situation sanitaire, sociale
et environnementale, et
s’il devrait aboutir à une
mutation profonde de notre
économie,ilimposeunedouble
vigilance dès aujourd’hui.
Du « raison d’être
washing »…
En ces temps chamboulés,
il peut être trop ambitieux
d’ajouter un enjeu de respon-
sabilité sociale à celui, intrinsè-
que, de la performance écono-
mique d’une entreprise quand
celle-ci formule sa « raison
d’être ». Une chose est sûre
pour celles et ceux qui s’y
engagent : la juste détermina-
tion des profils requis est
essentielle ! Je ne peux donc
qu’exhorter nos recruteurs
à ne pas reproduire les erreurs
commises avec le digital et à se
tourner vers des profils poin-
tus, aux compétences techni-
ques avérées et en parallèle
convenablement formés aux
enjeux « RSE ». Mais ce n’est
pas tout ! Privé d’un encadre-
ment ou d’un budget adéquats,
cet expert échouera avec
des entreprises se contentant
du déclaratif et des candidats
aux ambitions avortées.
… au « quête de sens
washing » !
En miroir, nous assistons à
un véritable « quête de sens
washing » côté candidats.
Cadres en reconversion, jeunes
diplômés, free-lances…
les cabinets croulent sous
les candidats « à impact ».
Or, ces derniers sont encore
trop nombreux à estimer que
convictions et militantisme
suffisent à justifier d’un
quelconque savoir-faire en
la matière. Le secteur s’est
au contraire fortement struc-
turé et professionnalisé en dix
ans. Les compétences deman-
dées sont donc ô combien
plus fournies : une excellente
connaissance de l’articulation
des ODD (objectifs de dévelop-
pement durable) ; des capaci-
tés de démonstration et d’argu-
mentation solides ; un goût
pour l’autoformation et
une grande curiosité (les sujets
évoluant très vite) ; une par-
faite intégration des enjeux
d’une entreprise… Il s’agit
également de montrer de
la ténacité, de l’audace ou
d’apprendre à cultiver son
humilité ! Sur un tel sujet, on
chute souvent et on recom-
mence au même rythme…
C’est seulement en conjuguant
ce bon sens commun que nous
passerons rapidement d’une
louable « raison d’être » à une
formidable « raison d’agir » !
* Fondatrice et CEO de Birdeo
Les Echos Lundi 14 décembre 2020 START//05
Ariane Blanchet
D
epuis mon diplôme,
c’est bien la première
fois que ma vie pro-
fessionnellesemeten
p a u s e » , c o n f i e
Hervé [le prénom a été changé],
32 ans, responsable presse dans le
prêt-à-porter. Comme lui, un tiers
des salariés étaient en chômage
partiel en avril 2020, d’après la
Direction de l’animation de la
recherche,desétudesetdesstatisti-
ques(Dares,rattachéeauministère
du Travail), soit 8,6 millions de
Français rémunérés à hauteur de
85 % de leur salaire net, dans la
limite de 4,5 SMIC. Si, depuis, ce
nombre a progressivement décru
pour atteindre 1,6 million en octo-
bre (un peu moins de 10 % des sala-
riésduprivé),ilrestequ’unegrande
partie de la population a été con-
frontée, en 2020, à une inactivité
professionnelle forcée.
Cette période a pu en débousso-
ler, désemparer, voire angoisser
certains, mais elle a aussi suscité
des vocations entrepreneuriales.
C’estlecasd’Hervé,chezquilamise
à l’arrêt en mars a fait naître l’envie
de se reconvertir. « J’ai vécu mon
chômage partiel comme un coup de
massue : cela fait dix ans que je tra-
vaille pour la même maison, et je ne
me vois pas continuer ainsi. » Mû
par l’envie d’apprendre et d’entre-
prendre, Hervé se forme désor-
mais auprès d’un ébéniste, avec
pourobjectifdedevenirencadreur,
et ce, trois jours par semaine
(quand son chômage partiel
s’applique), son entreprise ayant
fait le choix de le garder en activité
deux jours par semaine.
« J’essaie de ne pas agir à chaud,
car j’ai la chance d’avoir un CDI »,
tempèreHervé.Mais,enpériodede
chômage partiel, l’avenir est, de
toute façon, incertain. L’ombre du
licenciement plane sur les salariés.
Depuis le 30 septembre, les entre-
prises peuvent remercier plus faci-
lementlessalariésenchômagepar-
problème : l’absence d’outil permet-
tant d’analyser concrètement les
retombées des communiqués de
presse. » Si le besoin et l’envie de
créer un tel outil ne manquaient
pas, le temps oui.
L’entrepreneur et son associé,
Brandon Vigne, ingénieur data
dans la même entreprise, consa-
crentl’entièretédeleuractivitépar-
tielleàleurprojet,Datakudo.Résul-
tat :unlancementsurleschapeaux
de roues en septembre, avec de
grosses start-up comme bêta-
testeurs.« Celaauraitétéquasiment
impossible sans chômage partiel !
J’ainotammentbénéficiéd’untemps
inédit pour me former : j’ai appris à
coderenHTML5,j’aipumieuxcom-
prendre comment un site Web se
construisait », s’enthousiasme
Octave Laurentin, qui a quitté son
ancienne entreprise en septembre.
Mais tous les chômeurs-entre-
preneurs ne se sont pas lancés de
façon aussi expéditive. Remise en
question, bilan de carrière, doutes,
quête de sens… Le chemin vers
l’entrepreneuriat a parfois été long.
Pour Marion Gaulin, responsable
marketing depuis quatre ans dans
une entreprise de technologies
sportives, la mise au chômage par-
tielaveclaquelleelleadûcomposer
à partir de mars aura d’abord été
l’occasion de prendre le temps de
réfléchirquantàsondésirdeselan-
cer dans l’entrepreneuriat vert.
« Le confinement était le meilleur
moment pour y voir plus clair dans
mes envies : mode éthique ? Alimen-
tation ? Cosmétiques ? » La jeune
femme décide donc, en plein confi-
nement, de lancer un « side pro-
ject » : Nouvelle Empreinte, une
newsletter d’initiatives écorespon-
sables. D’abord destinée à son
entourage, Nouvelle Empreinte
voit son nombre d’abonnés croître
rapidement et après la création de
son compte Instagram, Marion
Gaulin est contactée par des mar-
quesdésireusesdenouerdesparte-
nariats.Unproduitestcréé,etlafin
du chômage partiel pose la ques-
tion de la suite à donner au projet.
« J’ai compris que si je voulais voir
Nouvelle Empreinte grandir, je
devais m’y consacrer à 100 % »,
explique la jeune femme, qui
décide en septembre de demander
une rupture conventionnelle à son
employeur. La rupture, acceptée,
prendra effet en janvier et donnera
lieu à des indemnités ainsi qu’à
l’ouverture de droits au chômage.
Nouvelle Empreinte, mis sur rails
grâce au temps dégagé par le chô-
mage partiel, poursuivra donc sa
route sous les meilleurs auspices.
Sans la sécurité financière permise
par le chômage partiel, il aurait été
difficilementenvisageablepources
entrepreneurs en herbe de se lan-
cer. Au total, l’Etat a déjà dépensé
23 milliards d’euros pour ce dispo-
sitif, dont les entreprises pourront
bénéficier jusqu’en juin 2022.
Le temps nécessaire
pour se former
Le temps dégagé par le chômage
partiel aura permis à certains de
fairelepointquantàleursenvieset
à leurs ambitions : entreprendre
dans un projet qui a du sens pour
Marion,maisaussitrouverunéqui-
libreentrevieprofessionnelleetvie
personnelle pour Bénédicte Rapin.
Cette quadragénaire chargée des
relations avec les entreprises pour
uneplateformedeformationavécu
sa période de chômage partiel
auprès de ses enfants. Elle s’est
alors rendu compte de ce que le
salariat lui faisait perdre : « Je
m’épuisais, je passais à côté de ma
famille, mon salaire servait à payer
lesfraisdenounou,jen’étaispasplus
motivée que ça… »
Si Bénédicte était tentée par
l’entrepreneuriat depuis plusieurs
années, c’est seulement durant le
confinement qu’elle se décide à
sauter le pas. Elle pose sa démis-
sionenjuinet,depuis,ellepropose
sur son site Benedicterapin.fr ses
services de free-lance en rédaction
publicitaire, après s’être formée à
cetteactivitésurLiveMentor,plate-
formedeformationpourentrepre-
neurs (laquelle a d’ailleurs connu
une hausse des demandes visant à
se former depuis le début de la
crisesanitaire).« L’effet :Ifnotnow,
then when ? [Si je ne le fais pas
maintenant, alors quand ?] »,
estime Anaïs Prétot, cofondatrice
de la plateforme.
Mélanie Couillard, barmaid à
Londres mise au chômage partiel
en mars, s’est elle aussi formée sur
LiveMentor.« Monobjectifdevieest
de devenir “digital nomade”. Je suis
donc partie de là pour lancer mon
blog, Ose voyager seule, sur les voya-
ges en solo au féminin. » Les forma-
tions qu’elle suit (rédaction Web,
marketing numérique), à hauteur
devingtheuresparsemaine,lapas-
sionnent et permettent de préciser
sonprojetentrepreneurial :devenir
free-lance en « copywriting » tout
en développant son blog, qu’elle
espère à terme pouvoir monétiser.
En septembre, Mélanie démis-
sionne : c’est la plongée dans le
monde des free-lance.
Qu’ils aient lancé une start-up,
un « side project » devenu entre-
priseoudesmissionsfree-lance,ils
ont décidé de quitter leur emploi
au beau milieu d’une crise écono-
mique qui n’aura pas eu que des
mauvais côtés, comme le soutient
Marion, de Nouvelle Empreinte :
« Je sens que les gens sont plus
prompts à se contacter, à s’appeler
rapidement, sans la contrainte de
déplacement pour se voir en face.
Cela m’a sans aucun doute permis
de nouer plus facilement des parte-
nariats. » Il reste que d’autres
entrepreneurs, en temps de chô-
mage partiel, ne sont pas prêts à
lâcher leur CDI.
Tel est le cas de Clémence, cheffe
de projet dans une agence événe-
mentielle depuis trois ans. Elle a
lancé un projet associatif durant
son chômage partiel – avec les
applaudissements de ses em-
ployeurs : la récolte de boîtes-ca-
deauxàdestinationdesplusdému-
nis,encesfêtesdefind’année.« J’ai
toujourseul’envied’aider,maislavie
active ne m’en laissait ni le temps ni
les moyens. » Dix jours après son
lancement, sa page Facebook
compte près de 2.000 abonnés et,
avec la création de son réseau de
pointsdecollecte,leprojetluiprend
désormais toutes ses journées, de
8 heures à minuit. Clémence, aidée
pourl’instantparuneamie,atoute-
foisbienl’intention,quandletemps
sera venu, de reprendre son travail,
dans lequel elle s’épanouit. Mais
l’envie de transformer ses boîtes de
Noël en un projet plus pérenne
demeure.Unefoisquel’onaattrapé
le virus de l’entrepreneuriat, il
apparaît difficile de s’en défaire. n
TÉMOIGNAGES C’est l’un des effets inattendus de la pandémie de Covid-19, notamment pour les entreprises :
certains salariés ont profité de cette inactivité forcée pour devenir entrepreneurs ou free-lance, tirant ainsi parti
d’une période de bouleversements. Ils ont pu imaginer ou mûrir un projet, et se former en conséquence.
Ilsonttentél’entrepreneuriat
grâceauchômagepartiel
La crise économique n’aura pas eu que des mauvais côtés : certains ont pu lancer une start-up, un « side project » devenu entreprise ou des missions free-lance après avoir bénéficié d’un temps de chômage
partiel. Parmi eux, quelques-uns ont même fini par quitter leur emploi. Photo iStock
tieldelongueduréeetce,sansavoir
à rembourser les aides perçues s’il
s’avère que leurs perspectives éco-
nomiques se sont dégradées (au
regard de celles prévues dans
l’accord collectif). « Quid du futur
dessalariéscommemoidanslesmois
et les années à venir ? s’interroge
Hervé. Cela me donne envie de pren-
dre des risques pour m’épanouir. »
Silejeunehommehésiteencore,
d’autresontdéjàsautélepas.Entre
mai et juillet 2020, le nombre
d’entreprises créées a été légère-
ment supérieur à celui enregistré
sur la même période l’an dernier,
d’après l’Insee. Et, entre août et
octobre2020,cenombreestmême
nettement supérieur, d’environ
20 % (ce qui est en majeure partie
lié à la création de microentrepri-
ses). Contre-intuitif, dans un con-
texte économique incertain ? Pas
tant que ça quand on écoute les
témoignages de ces chômeurs-en-
trepreneurs, pour qui la période
d’activité partielle a été propice au
lancement de leur projet.
Concrétiser un projet
qui germait
Octave Laurentin, lui, n’a pas tergi-
versé longtemps avant de lancer sa
start-up, en pleine période de chô-
mage partiel – laquelle a débuté en
juillet 2020. Ce trentenaire, direc-
teurmarketingdansuneentreprise
de création de chatbots, vit cette
période comme une aubaine pour
concrétiseruneidéequigermaiten
lui depuis plusieurs années déjà.
« Après huit ans de marketing, je
n’avais identifié qu’un seul
Au total, l’Etat a déjà
dépensé 23 milliards
d’euros en chômage
partiel, dispositif
dont les entreprises
pourront bénéficier
jusqu’en juin 2022. EN
PLUS
Entrepreneur
First
C’est un programme,
venu du Royaume-Uni,
qui veut miser sur
les jeunes talents plus
que sur les projets.
Le bureau parisien,
à Station F, a déjà
permis de créer
32 start-up. Au niveau
mondial, ce chiffre
grimpe à 350.
Le programme
choisit d’investir
dans certaines start-up
pour une somme
de 90.000 euros,
en échange
de 10 % du capital.
Entrepreneur First
recrute actuellement
sa prochaine promotion
pour avril 2021.
06//START Lundi 14 décembre 2020 Les Echos
Camille Wong
C
’est à se demander si
unecriseestpasséepar
là. L’opération « Re-
confinés mais recru-
tés »menéeparFrance
Digitale, une association d’entre-
preneurs et d’investisseurs de la
tech, affiche plus de 2.200 postes à
pourvoir pour 150 entreprises,
allantdelastart-up« earlystage »à
la licorne, à l’instar de Believe et
Mirakl, qui cherchent une centaine
de futures recrues chacune.
Après un vacillement durant le
premier confinement, les levées de
fonds ont repris de plus belle, avec
mêmetroistoursdetableau-dessus
delabarresymboliquedes200mil-
lionsd’eurospourMirakl,Voodooet
EcoVadis. Les financements pour-
raientmêmes’établirà5,5milliards
d’euros cette année – un record –,
selon les estimations d’Avolta Part-
ners. Un exploit au regard de la
situation actuelle. « Forcément, il y a
des structures qui vont très bien et
d’autres non, mais globalement, la
tendance est stable. La French Tech
n’a pas été clairement ralentie par le
Covid.Ladynamiquerestelà.Cesont
des sociétés qui ont levé de l’argent
pour créer de l’emploi », analyse
FranckSebag,associéchezEY.
Parmi les secteurs gagnants, on
trouve sans surprise les offres
numériques, la mobilité ou la santé.
« Le Covid a été un catalyseur. Notre
activité était amorcée bien avant la
crise, mais nous allons désormais
pouvoir davantage développer notre
offredesoinssurleterrain »,explique
Elie-Dan Mimouni, cofondateur de
Medadom, une start-up qui édite
une solution de téléconsultation et
vient tout juste de lever 40 millions
d’euros. Pour accompagner son
développement, la société recrute
250personnesd’iciàfin2021.
Même constat du côté de Nickel,
une fintech française rachetée à
95 % par BNP Paribas en 2017. La
société fait face à une forte crois-
sancedunombredesesutilisateurs
– qui s’établit à 1,8 million – et
déploie un vaste plan de recrute-
mentde400personnesd’icià2024,
soit100paran.Objectif :soutenirla
croissance et accélérer le déploie-
ment à l’international. A la fin de
l’année prochaine, Nickel ambi-
tionned’êtreprésentdanshuitpays.
Durant le confinement, les em-
bauchessesontpoursuivies,malgré
la complexité du recrutement à dis-
tanceetlerisquequepeutengendrer
le fait d’accueillir quelqu’un que l’on
n’a jamais rencontré en présentiel.
« Ce n’est pas l’idéal : il y a un certain
nombre d’éléments de nature inter-
personnelle que l’on ressent moins.
Mais l’entretien en visioconférence a
aussi ses avantages : on fixe des ren-
dez-vous plus rapidement, ce qui flui-
difie le processus. A ce jour, nous
n’avons rompu aucune période d’es-
un groupe spécialisé dans la vente
etl’achatdemétauxprécieuxcomp-
tant 40 employés. Son dernier
recrutement,parmilescinqréalisés
cette année ? Une « digital learning
manager », une personne dédiée à
la formation de ses collègues.
La mobilité interne fait d’ailleurs
partie de la nouvelle posture des
pépites du Next40 en ces temps de
crise. Selon une étude de PayFit,
publiéecetété,ellessontainsi42 %à
privilégier le recrutement interne,
contre26 %habituellement.« Nous-
mêmes,nousavonseuunboomdece
côté-là. C’est aussi un moyen de rete-
nirnostalents,toutenétantpluspru-
dents dans des périodes où il y a un
ralentissement économique », indi-
ZOOM Certaines start-up ont dû adapter leurs plans, mais elles n’ont pas pour autant cessé d’embaucher des talents.
Financé et soutenu, l’écosystème technologique cherche toujours à gonfler ses rangs pour accompagner sa croissance.
LaFrenchTechpoursuitses
recrutementsmalgrélapandémie
que Firmin Zocchetto, le CEO de
PayFit, qui cherche tout de même à
atteindre1.000salariésfin2021.
Les profils de qualité
plus que la localisation
Le développement du télétravail
ouvre aussi de nouvelles perspecti-
ves dans le domaine des ressources
humaines. PayFit a mis en place la
politique du « work from any-
where » : les salariés choisissent où
ils souhaitent travailler. « Cela nous
permet de recruter des talents un peu
partout. Avant, on ne prenait pas des
personnes à Marseille, Bordeaux ou
en Bretagne si elles ne pouvaient pas
venir régulièrement à nos bureaux
parisiens »,poursuitl’entrepreneur.
Même son de cloche chez AOS,
où près de la moitié des salariés
recrutés cette année l’ont été en
dehors de Paris. « Nous privilégions
les profils de qualité, au-delà de la
localisation géographique », indique
la DRH. D’autres vont plus loin, à
l’image de Platform.sh, une société
spécialisée dans le cloud qui fonc-
tionne à 100 % en télétravail depuis
plusieurs années. Résultat : des
salariésrecrutésdansunetrentaine
de pays. Et des coûts abaissés
(moins d’espaces de bureaux, salai-
res potentiellement différenciés en
fonction de la localisation).
Même si le télétravail était pré-
sent dans de nombreuses sociétés
technologiques, la crise a rendu
incontournable son exercice. Reste
une crainte palpable auprès de
nombreux entrepreneurs : com-
mentgarderlelien ?Toujoursselon
l’étude de PayFit, 78 % des DRH du
Next40 considèrent qu’en ces
temps de crise et de télétravail,
recréer du lien en entreprise
devient une nécessité et 75 %
d’entre eux ont prévu de déployer
des dispositifs allant dans ce sens.
« Grâce au premier confinement, les
sociétéssontmaintenanthabituéesà
recruter et accueillir à distance. Le
vrai sujet, désormais, est de mainte-
nir l’engagement des équipes avec les
vagues sanitaires successives »,
abonde Antoine Chauffrut, direc-
teur des talents à France Digitale. n
saienraisonduconfinement »,seféli-
cite Pierre-Henri Havrin, directeur
desressourceshumainesdeNickel.
Guerre des talents
Chez AOS, une scale-up spécialisée
dans la digitalisation du BTP, l’un
dessecteursquiareprisenpremier
lors du déconfinement, les équipes
RHontétéétoffées.Deuxnouvelles
recrues accompagnent Héléna
Djen, la DRH, pour soutenir le pas-
sage de 15 à 85 collaborateurs cette
année. L’an prochain, 70 embau-
ches supplémentaires sont pré-
vues.« Lacrisenousoffredavantage
d’opportunités pour recruter. Nous
avons une politique d’approche plus
directe sur les réseaux sociaux et les
plateformesderecrutement.Ensuite,
nous avons activé une prime à la
cooptationeninterne,quis’avèreeffi-
cace »,détaillelaspécialistedesres-
sources humaines.
Crise ou pas, la guerre des talents
continue de faire rage au sein de la
tech. L’écosystème recrute tous
types de profils, des jeunes diplô-
més,desjuniorsetdeplusenplusde
seniors.Sanssurprises,lespostesles
plusdursàpourvoirrestentdansles
fonctions IT. Quant aux secteurs les
plusrecherchés,cesontlaventeetle
marketing. « Nous sommes passés
d’un écosystème de start-up à un éco-
système de scale-up, avec le besoin de
structurerlesfonctionscommerciales
pour se déployer à l’international »,
analyse Franck Sebag, d’EY, dont
l’étude publiée en septembre avec
France Digitale note que 86 % des
embauchesdanslatechen2019ont
eulieuenCDI.Unchiffreélevémais
qui reflue de 8 points par rapport à
2018. La crise va-t-elle accentuer
cettetendance ?« Jusque-là,lamon-
téeenpuissancedesfree-lancesétaitle
refletd’uneaspirationàêtrelibreplus
qu’uneruptureducontratsocial,pré-
cise l’associé chez EY. La crise risque
de doucher ces aspirations, compte
tenu de la protection qu’offre le sala-
riatencestempsincertains. »
Les levées de fonds record peu-
vent éclipser les réelles difficultés
rencontrées par une majorité d’en-
treprises du secteur. Les start-up in-
terrogées par EY à la sortie du pre-
mier confinement étaient 52 % à
avoir utilisé le chômage partiel et
83 % à avoir demandé un prêt
garantiparl’Etat.Prèsdesdeuxtiers
ont eu l’intention de reconsidérer
leur plan de recrutement, principa-
lementdesreportsdansletemps.
Pour éviter les faillites en cas-
cade, l’écosystème a été généreuse-
ment soutenu, avec 4 milliards
d’euros injectés. Mais cela n’a pas
empêché certaines sociétés de
réduire la voilure. Ainsi, Evaneos,
pépite du Next40 dans le tourisme,
a dû se séparer d’une cinquantaine
de personnes. Même constat du
côté de Sigfox (Internet des objets),
400 salariés, qui réduit ses effectifs
de 12 %. Au total, en France, plus de
600plansdesauvegardedel’emploi
(PSE) ont été lancés depuis début
mars, deux fois plus que sur la
même période l’an dernier.
Pourrépondreàleursbesoinsde
croissance,lesentreprisesdelatech
sont devenues plus précautionneu-
ses. « Nous nous interdisons de faire
du “cash burn” », tacle Jean-Fran-
çois Faure, le dirigeant d’AuCoffre,
Les postes les plus durs
à pourvoir restent
dans les fonctions IT.
Les secteurs les plus
recherchés sont la
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« Job, où es-tu ? », le dossier des Echos START consacré à l’emploi des jeunes du 14 décembre 2020

  • 1. L’ENQUÊTE Les stratégies de ceux qui ont réussi à décrocher un contrat pendant la crise GUIDE Des anciens diplômés qui ont surmonté les chocs de 2000 et 2008 donnent leurs conseils TÉMOIGNAGES Dans l’enfer de la recherche d’emploi en 2020 LUNDI 14 DÉCEMBRE 2020 // SUPPLÉMENT GRATUIT AU NUMÉRO 23347 | ISSN 0.153.4831 WWW.LESECHOSSTART.FR Job, oùes-tu? PERSPECTIVES Ils ont tenté l’entrepreneuriat grâce au chômage partiel TRIBUNE Emplois verts, attention où vous mettez les pieds ! ZOOM La French Tech cherche toujours à gonfler ses rangs Illustration:wandalovesyoupour«LesEchos»
  • 2. pourra pas tous les accueillir. En 2021, il y aura davantage de postes dans la police, la justice et l’ensei- gnement supérieur, mais des réductions aux ministères de l’Eco- nomie et de la Transition écologi- que. Au final, l’emploi public devrait rester stable. AprèssonCDD,Paulsepenchera surleconcoursdedirecteurd’hôpi- tal pour donner une suite à ce vi- rage. Pour celles et ceux intéressés par la fonction publique, sachez qu’iln’yapasquelesconcours :18 % despersonnesytravaillantsontdes contractuels,recrutésaprèsdesim- ples entretiens. Si les diplômés de sciences politiques sont les profils lesplusvalorisés,touteslesspéciali- tés sont recherchées : des dévelop- peurs informatiques, à la direction interministérielle du numérique, aux diplômés en géographie, au ministèredesAffairesétrangères. n pas ce que j’avais apporté de bien. » Lacriseasonnémêmepourceux qui prenaient du plaisir à travailler en entreprise. Clara adorait la sienneetlesmissionsintellectuelle- ment stimulantes. Pourtant, ça n’a pas suffi. « Au bout de quelques années, je me suis sentie frustrée de dépenser autant d’énergie pour maximiser le profit d’une entre- prise », déclare celle qui a depuis rejoint la Direction générale des entreprises (DGE) à Bercy. « La DGEaétéaupremierplanpendantle confinement,ensoutiendesentrepri- ses. J’ai compris que je pourrais être vraiment utile en allant là-bas. » Combien sont-ils, ces jeunes que la crise a poussés dans les bras de l’Etat ? Trop tôt pour le dire. Ces deux dernières décennies, le nom- bre de candidats aux concours pu- blics a fondu sous l’effet de salaires moinsattractifsetd’unemobilitéen berne. Mais attention, l’Etat ne Paul a besoin de se sentir utile. Au même moment, en pleine première vague du Covid, l’AP-HP recherche des bénévoles pour les campagnes de tests. Paul intègre la missionCovisan,undispositifpour dépister les clusters en Ile-de- France, dans le service des visites à domicile. Il finit par décrocher un CDD. Depuis qu’il a mis un pied dansleservicepublic,illouelacrise del’avoirfaitbifurquer.« Dansmon travail actuel, il n’est plus question d’intérêt économique, de course aux chiffres, et je ne gagne pas plus en fonctiond’objectifsatteints.Ilesttrès agréable que le travail soit simple- ment animé par l’envie de bien faire. » Le jeune homme ne crache pas pour autant sur les entreprises privées : « Certaines font des trucs très intéressants pour la société. Néanmoins, dans mes expériences passées,lesoir,jen’étaispasspéciale- ment fier de ma journée, je ne savais Paul met le cap sur une carrière dans le privé, a priori bien payée et riche en responsabilités. Au pre- mier semestre de cette année, der- nière étape de son parcours, il intè- greenstagedefind’étudesunestart- updel’événementiel.Hélas,leCovid et le confinement qui s’ensuit rava- gentlesecteur.Sonstageestsoudai- nement interrompu. Il se retrouve sans revenus, seul à Paris, avec un emprunt étudiant à rembourser. Après la sidération, la réaction. Lejeunehommesedittoutdesuite que si sa carrière devait prendre un virage, c’était le meilleur moment. « Avec ce confinement, je me posais pas mal de questions, en particulier sur l’énorme emballement autour desstart-upetdescabinetsdeconseil, deux types de structure qui attirent énormément de jeunes diplômés. » Le jeune homme ne se retrouve plus dans ces modèles de carrière « pas toujours utiles à la société ». Rejoindre Orano, c’est se surprendre à travailler au croisement de l’individuel et du collectif mais aussi de la modernité et de la pérennité, du climat et de l’énergie... Pour en savoir plus et faire partie de nos 16 000 collaborateurs en France et dans le monde à travers nos sites implantés dans les territoires, rendez-vous sur www.orano.group/carrieres/surprenez-vous SURPRENEZ-VOUS ET REJOIGNEZ-NOUS Insign2020L’énergieestnotreavenir,économisons-la! Développer son parcours individuel et faire grandir le collectif. Commentilsonttrouvéun emploienpleinecrise de nouveaux talents. « Il y a plus d’offres et de besoins, car les produits digitaux sont de plus en plus comple- xes !Avant,unemarqueavaitunseul site. Aujourd’hui, elle développe sou- vent une appli, de la réalité virtuelle, des objets connectés… Bref, toujours plus de supports à designer et à pen- ser.Pluscesproduitsdigitauxsecom- plexifient, plus les entreprises ont besoin de salariés, de free-lance, de consultants pour réfléchir avant de lancer les développeurs sur les diffé- rents projets », détaille-t-elle. D’au- tant que ce type de métier se prête bien à l’exercice du télétravail. D’ailleurs, elle-même a ouvert pas moins de trois postes dans son équipedepuisledébutdel’année. UNE MOBILITÉ RÉGIONALE Bordeaux, Toulouse ou Lyon ? Vadim Kosterev a visité les trois vil- lesavantd’arrêtersonchoix.Cesera finalement la capitale des Gaules. « J’ai vu le dynamisme de la ville et j’ai été séduit par l’ouverture d’esprit des habitants », témoigne le jeune hommede24ans.Surtout,Vadima débuté en octobre son premier emploi de business developer. Un contrat de deux ans chez Progra- mini, une société de conseil en informatique, en alternance avec uneécoledecommerceàGrenoble. Il faut dire que le jeune homme s’est donné du mal : dix entreprises lyonnaises ciblées et autant de can- didatures personnalisées, parfois décalées. « Une société proposait des formations en ligne. J’ai étudié leur manièredevendreetjeleuraifaitqua- tre propositions de vente », se sou- vient-il.C’étaitàlafindel’été.Vadim habitait encore à Rennes et faisait des allers-retours quotidiens vers la régionRhône-Alpes« pourallervoir directementlesentreprises ». Arrivé en France il y a cinq ans avec 15.000 euros en poche, gagnés grâceàunesociétédedropshipping qu’ilalancéeplusjeuneauKazakhs- tan,Vadimad’abordsuividesétudes d’économieàl’universitédeRennes. Diplômé d’une licence, l’étudiant cherche en pleine crise une plus grande métropole comme point de chute pour maximiser ses chances de trouver un poste. Pour lui, la poursuite de ses études en alter- nance,facilitéesparl’aidedel’Etatde 8.000 euros aux employeurs qui recrutentdesapprentismajeurs,est la bonne formule. Encore faut-il misersurlebonbassind’emploi. Dans sa quête d’une alternance, entreLyonetRennes,lejeunehom- meafaitunehalteàlacapitale.Ilse ergonomiqueetintuitif.EtlapartieUI vise à rendre l’interface esthétique, agréable,lisible.Lesdeuxvontensem- ble. Certains se spécialisent dans l’un ou l’autre, mais j’aime le fait d’avoir cette double casquette dans mon tra- vail, de penser les deux de façon glo- bale, pour fidéliser l’utilisateur », détaille-t-elle.Encorepluspourune boîtedontelleapprécieleproduit. Malgrélacrise,lenumériqueres- teporteuretfrianddejeunestalents. Selon l’étude Rémunérations 2021 du cabinet de recrutement Michael Page, l’informatique et le marketing digital font partie des métiers « les plus porteurs d’aujourd’hui et de demain ». Le leader de la formation enligneOpenClassroomsvadansle mêmesens.Enjuin,entredeuxcon- finements, il publiait la liste des dix métiers les plus recherchés dans le numérique. Y figurent évidemment les professions de développeur, chef deprojetdigital,administrateursys- tèmes, réseaux et cloud, expert cy- bersécurité, community et content manager.MaisaussiUXdesigner. AudreyHacqestjustementlapro- ductdesignerd’OpenClassrooms.Et elle confirme le dynamisme de ce secteur, en permanente recherche néeverslenumérique.« J’aitrèsvite développéunvéritableintérêtpource secteur en général, et pour le métier d’UX-UI designer en particulier. Côté tech, il y a encore des embauches, ce n’est pas bouché, même en ce mo- ment », explique Fanny. Malgré tout, en mars, en plein confinementetàl’approchedelafin de ses études, elle s’inquiète de son insertion et anticipe sa recherche d’emploi, en particulier en ligne. C’est via LinkedIn que sa société, Kiplin – qui édite une application pour encourager l’activité physique et sportive de ses utilisateurs –, l’a contactée. « Dans ma filière, mes camaradesdepromotionontglobale- menttoustrouvédutravail.Ilestvrai que pour les autres profils du cursus, c’estunpeuplusdifficilecetteannée. » Concrètement, Fanny travaille depuisseptembredanscettesociété nantaise d’une quinzaine de sala- riés.Sonrôle,entantqu’UX-UIdesi- gner :penserledesignetl’esthétique del’interface,enlienavecsesutilisa- teurs,afindes’assurerquelesite,ou dans ce cas l’application, est simple et agréable à utiliser, mais aussi visuellement attractive. « L’UX desi- gne l’expérience client, pense l’aspect souvient : « A la gare, il y avait le PDGdeKlaxoon.Jel’aireconnutout de suite, car il était déjà venu à notre université. J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé lui parler pour lui dire que je cherchais une alternance.Jeluiaipitchémacandi- dature et peu de temps après, il m’a mis en relation avec ses équipes RH. »Ilyavaitdespostesàpourvoir aubureauparisien.Maislacapitale n’a jamais été dans le viseur de Vadim : « La vie est trop chère », balaie-t-il. Et si les opportunités sont plus nombreuses, la concur- rence est aussi plus rude. « Lesmétropolesrégionalessesont tellement développées que la case Paris n’est plus obligatoire. L’offre de formation s’est aussi considérable- ment améliorée, avec des écoles de renommée qui permettent de garder lestalentssurlesterritoires »,analyse Cevan Torossian, directeur associé Etudes et Recherche chez Arthur Loyd. Dans sa dernière étude, le cabinet rappelle que les métropoles régionales concentrent 80 % des hausses d’emploi sur les dix derniè- res années, alors qu’elles ne repré- sententque10 %duterritoire. Reste une dernière embûche à surmonter : trouver un logement. Vadim a débarqué à Lyon sans appartement.Lapremièreétapede sa vie lyonnaise s’est donc passée dans un Airbnb, jusqu’à ce qu’il trouveunpropriétairequil’accepte. Le reconfinement n’a pas non plus aidé à son intégration : des restau- rantsetdesbarsfermés,uneviecul- turelle au point mort, des rencon- tres difficiles… Malgré un budget serré (816 euros de salaire, 520 euros de loyer hors APL), Vadim reste optimiste et, surtout, il estsoulagéd’avoirdequoivoirvenir pour les deux prochaines années. L’APPEL DE LA FONCTION PUBLIQUE Rien ne le prédestinait à travailler pour l’Assistance publique-Hôpi- tauxdeParis(AP-HP)etpourtant,il y est comme un coq en pâte. Au départ étudiant à l’Essca, une école de commerce en région parisienne, L’embauche de Vadim en alternance a été facilitée par l’aide de l’Etat de 8.000 euros aux employeurs recrutant des apprentis majeurs. les démarches en ce sens dès jan- vier », précise Giorgio. Mais c’était comptersanslacrisesanitairequia cloué au sol tout un secteur. Consé- quence, la majorité des offres en VIE chez Safran ont été annulées. « Le secteur de l’aéronautique sem- blaitfermé,expliqueGiorgio.Ilétait hors de question de perdre du temps, ilfallaitgagnerencompétencesetrai- sonner à plus longue échéance. » Avecl’appuidesesprofesseurs,il trouve un VIE d’un an à Bruxelles, chez Air Liquide, l’un des leaders mondiaux de la production de gaz industriels et médicaux, un tout autre secteur. Il y exerce en tant qu’efficiency analyst. « Le métier a certaines similitudes avec mes mis- sions en alternance. Il me faut néan- moins appréhender de nouveaux procédés industriels. Cette expé- rience me permet de challenger ma formation d’ingénieur et de me for- mer en data science. » Il en est con- vaincu : changer de secteur à court terme pourrait s’avérer bénéfique pour ses projets à long terme. Une fois ce contrat terminé, il entend bienretrouversonsecteurdeprédi- lection. Avec l’ambition de devenir, un jour, data scientist à la Nasa. Margaux, 29 ans, a elle aussi fait le choix d’un virage à 180 degrés. Elle exerçait comme guide touristi- que à Paris avec le statut de micro- entrepreneur. En mars, cette Fran- cilienne qui travaille quasiment Il y a un an, ils étaient les rois du marché du travail. Aujourd’hui, beaucoup doivent revoir leurs plans pour espérer décrocher un job. Comment les jeunes diplômés s’adaptent-ils à la crise ? Rencontre avec une génération résiliente. Julia Lemarchand, Chloé Marriault, Laura Makary, Florent Vairet et Camille Wong « Unmilliondejeu- nesontétérecru- tés depuis août enCDDdeplus de trois mois et en CDI, soit un niveau équiva- lent à 2019 », indi- quait la ministre du Travail, Elisa- beth Borne, le 26 novembre. Un discours qui se voulait rassurant, alorsmêmequ’ils’inscrivaitdansle cadre de l’annonce de nouvelles mesures pour soutenir les jeunes diplômésetlesétudiantslesplusen difficulté. A-t-on évité la catastrophe tant annoncée ? La mobilisation géné- rale semble en tout cas payer. Sans conteste,lescoupsdepoucedel’Etat pour l’embauche des alternants et des jeunes diplômés aident, de mê- me que l’ensemble des mesures du plan « 1 jeune 1 solution », annoncé cet été, le tout chiffré à 6,7 milliards d’euros, soit le triple des moyens allouésauxjeunes. Partout, la solidarité s’organise, notammentducôtédesécolesetdes universités : des forums emploi vir- tuels aux ateliers sur les CV, en pas- sant par les connexions renforcées avec le réseau d’anciens. Ainsi, le 1er décembre, Dauphine Alumni remerciaitparmailsesadhérentsde luiavoirpermisdecollecter41offres d’emploi, d’alternance ou de stage en une semaine. Il faut célébrer les petitesvictoires,avantderepartirau combat : « Plus que jamais nos jeu- nes Dauphinois ont besoin de vous et le réseau Dauphine Alumni a encore plusdesensaujourd’hui! » Un combat nécessaire, car les postes se sont bien raréfiés. L’Apec signalequelesoffresd’emploiacces- sibles aux débutants sont en baisse de 39 % sur la période de janvier à novembre2020(contre– 28 %pour lescadresconfirmés).« C’esttrèsdur sur les secteurs économiques les plus touchés, comme l’événementiel, le tourisme,maisaussilemarketing »,a confirmé Alice Guilhon, directrice générale de Skema Business School et responsable à la Conférence des grandes écoles, lors d’un point presse le 27 novembre. La possibi- litédonnéeauxdiplômésderéaliser un stage jusqu’au printemps offre une soupape bienvenue. Un panse- mentquinesauraitmasquerlesdif- ficultésrencontréessurleterrain. Restequecertainsparviennentà sortir de l’ornière et décrochent le contrat tant attendu. Comment ? Evidemment, la martingale n’existepas,maisnousavonschoisi de vous raconter des parcours de jeunes diplômés qui ont opté pour un chemin différent de celui d’abord envisagé. RECONVERSION À 180 DEGRÉS Depuis tout petit, Giorgio Soggiu, 24 ans, est un grand fan d’aérospa- tial. « La conquête spatiale et l’astro- physique me transcendent et m’apportent une part de rêve », s’enthousiasme le jeune homme. Enfant,ilrêvededevenirastronaute. Adolescent, ce féru d’astronomie passe ses soirées à observer les étoi- les.Fairecarrièredansl’aérospatiale est pour lui une évidence. Après deux ans de prépa à Rennes, direc- tion Bidart (Pyrénées-Atlantiques), oùilintègrel’Estia,uneécoled’ingé- nieurs.Avecunobjectif :devenirda- ta scientist dans le spatial. Il décro- cheuncontratenalternancedetrois ans au sein du groupe français d’aéronautiqueetdedéfenseSafran, contratquiaprisfinenseptembre. « Je comptais poursuivre en VIE [volontariat international en entre- prise] chez Safran et j’avais entamé exclusivement avec des touristes étrangersvoitsonactivitécesserdu jour au lendemain. Il lui faut trou- ver une autre source de revenus. L’une de ses amies exerçant dans un Ehpad (établissement d’hé- bergement pour personnes âgées dépendantes) qui manque de bras, luiproposedelarejoindrepourtra- vailler en tant qu’auxiliaire de vie vacataire.Margauxaccepte.« J’étais loindem’imaginerque,dixmoisplus tard,jeseraistoujourslà,àenappren- dre autant, à avoir plus de responsa- bilités… » sourit-elle. Si la situation revient à la normale, Margaux ne saitpasencoresiellereprendrason activitédeguidetouristique. Surlesitedel’Apec,lesoffresdes- tinées aux jeunes diplômés dans le secteur de la santé et de l’action sociale ont fortement augmenté : + 8 %surlapériodedejanvieràocto- bre, comparé à l’année précédente. A l’inverse, d’autres secteurs ont vu leurs offres dégringoler, en tête des- quelsl’industrie(– 50 %)etlesservi- ces (– 40 %). Toutefois, ces secteurs, les plus touchés, concentrent tou- jours le plus gros volume d’offres proposéesauxjeunesdiplômés. LE CHOIX DU NUMÉRIQUE Stageachevéfinaoût.Dixjoursplus tard,soutenancedeprojetd’études. Une semaine plus tard, premier jour de CDI. Bref, difficile de sauter plusrapidementlepasentrelesétu- des et le marché de l’emploi que Fanny Maillard ! Surtout en cette année 2020 si particulière… En même temps, cette diplômée de l’Ecole de design Nantes Atlantique abienchoisisaspécialisation,tour- Giorgio en est convaincu : changer de secteur à court terme pourrait s’avérer bénéfique pour ses projets à long terme. De gauche à droite : Giorgio Soggiu a changé de voie et décroché un VIE chez Air Liquide ; Vadim Kostereva a choisi de s’installer à Lyon plutôt qu’à Paris ; Margaux, ancienne guide touristique, est devenue auxiliaire de vie en Ehpad ; Fanny Maillard, diplômée en design, s’est tournée vers l’UX-UI. Photos Jean du Cassé / DR 02//START Lundi 14 décembre 2020 Les Echos Les Echos Lundi 14 décembre 2020 START//03
  • 3. SurTikTok,ellearencontréEmi- lie,qui,elle,partagesonpériplesur le marché de l’emploi au travers de vidéos humoristiques de moins de soixante secondes. Cette légèreté fait suite à une longue phase d’acceptation.« Aprèsmonlicencie- ment, j’ai mis du temps à revoir mes amis. Je ne me sentais pas de voir ceux qui étaient en poste alors que moi, je n’arrivais pas à trouver un job », confie la jeune femme. Aujourd’hui, elle se lance de nou- veaux défis personnels et tente sa chance en tant que créatrice de contenu sur cette application chi- noise, dont l’audience a explosé pendantleconfinement.Elleypar- tage son quotidien, réalise des vidéos« lifestyle »oudedéveloppe- ment personnel… En parallèle, elle réfléchit à un plan B. Pourquoi ne pas reprendre ses études en alternance ? Elle sait que cela reste une des meilleures pistes pour trouver un emploi. Le gouvernement a mis en place une prime de 8.000 euros pour l’embauche d’un apprenti. Parmi les 6,5 milliards d’euros du plan de relanceallouésàlajeunesse,leser- vice civique, qui aujourd’hui con- cerne140.000jeunes,estaussiren- forcé, avec 100.000 missions supplémentaires (20.000 en 2020 et80.000aprèsjanvier).Ennovem- bre,l’exécutifaétoffésonplanavec une « allocation sur mesure » pou- vant aller jusqu’à 500 euros par mois pour les jeunes diplômés les plus en difficulté. L’autre option pour Emilie est de bifurquer vers une filière qui con- naît moins la crise, comme la finance. « En période de crise, les postes en marketing sont souvent sacrifiés. Mes amis en compta et en gestion ont l’air de moins galérer et les salaires sont plus attrayants », compare-t-elle. Parmi les métiers quitirentleurépingledujeudepuis le début de la crise, on trouve en effet la comptabilité, l’audit et la finance, mais aussi les secteurs de la banque et de l’assurance, selon une récente étude de Walters Peo- ple, un cabinet de recrutement, menée en novembre 2020 auprès de jeunes diplômés. Mais changer de secteur pour cause de crise peut faire naître des frustrations. Pour éviter de prendre un job par dépit, Charline Bréjaud, 22 ans, diplômée d’un bachelor en tourisme,adécidédepoursuivreses étudesletempsquelatempêtepasse plutôt que d’opérer un virage com- plet. Elle s’est finalement inscrite dansunmasterdemanagementdes affaires en hôtellerie. « Je ne regrette pas,parcequejedéveloppedenouvel- lescompétences,maisc’estsûrques’il n’yavaitpaseucettecrisesanitaire,je n’aurais pas fait ce master », recon- naîtlajeunefemme. Travailler son employabilité « Hélas, tout le monde n’a pas les moyens de rester sur les bancs de l’école », fait remarquer Jérémy Lamri.Aceuxquidoiventcoûteque coûte accepter un job, même ali- mentaire, il conseille d’occuper ledit emploi avec rigueur : « Quelle que soit l’expérience, elle est un moyen de travailler son employabi- lité et de décrocher ses premières recommandations. » Telle a été la stratégie de Mat- thieu Chantepie, 24 ans diplômé de l’INSA Lyon, une école d’ingé- nieurs. Un mois avant le premier confinement, il démarre son stage de fin d’études chez Wavestone, un cabinet de conseil en ingénierie, à distance.Malgrésesbonsrésultats, sonintentiond’embaucheestannu- lée, faute de visibilité. En septem- bre, pour ne pas rester sur la tou- che, il décroche deux missions en intérim, de un mois chacune. La première dans l’entrepôt d’un magasin de pièces détachées, la seconde dans le cadre d’une mis- sion de saisie de données dans une entreprise de recherche et dévelop- pement de câbles électriques. « C’était alimentaire, mais ça m’a permis d’avoir un appoint finan- cier », assure-t-il. Après six mois de stress,lasituations’éclaircit,etilest deretourchezWavestone…enCDI. « Malgré la période d’instabilité que j’ai traversée, je suis conscient d’être un privilégié », conclut-il. n DANS L’ENFER DE… Des dizaines de milliers de jeunes diplômés sont plongés dans un monde du travail touché de plein fouet par la crise sanitaire. Entre renoncement, solitude et petites victoires, ils nous ont raconté leurs galères pour décrocher un contrat. Fabiola Dor « Avec cette pandémie, 2020 est la pire des périodes pour entrer dans la vie active, peste Emilie, 25 ans. Après cinq ans d’études, je ne m’attendais clairement pas à ça… » Diplômée en décembre 2019 d’un master en marketing interna- tional et développement entrepre- neurial Skema Business School, la jeune femme ne cache pas son amertume. Comme elle, cette année, 750.000 jeunes arrivent sur le marché du travail, ébranlés par unecriseàlafoissanitaireetécono- mique aux lourdes conséquences sur l’emploi. « Sur un an, le taux de chômage augmente davantage pour les jeunes (+ 2,6 points) que pour les autres classes d’âge », soulignait l’Insee en novembre 2020. Emilie savait que la situation serait compliquée, mais elle ne s’attendait pas à une entrée en matière aussi douloureuse. Deux mois une fois son stage de fin d’étu- des achevé chez Mac Douglas, une enseigne de maroquinerie, la jeune diplômée décroche le Graal en février 2020 : un CDI chez Hexa- gona. Elle rejoint la maison de maroquinerie française en tant qu’assistante commerciale et logis- tique. Mais après le premier décon- finement,retouràlacasedépart.Sa période d’essai n’est pas vali- dée. « C’est la politique du “dernier arrivé, premier à partir”. Après ce coup-là, mentalement, c’est devenu trèsdifficiledechercherunjob », con- fie la jeune femme. Même désarroi pour Thomas Cavallo,23ans.Luipensaitpourtant être passé entre les gouttes, car diplômédelapromo2019.Maisson licenciement, en mars dernier, a entraînédefaitlafindesonexpatria- tionenSlovénie,oùilavaitdécroché un premier contrat. De retour à Paris en mai 2020, ce jeune respon- sable marketing diplômé d’une école de commerce cherche depuis tous azimuts. « J’ai quand même un bon CV, je ne comprends pas pour- quoijenereçoisquedesrefus »,déses- père-t-il. Trouver un job en 2020 s’avère mission impossible pour beaucoup de jeunes. Et pour cause : si l’emploi salarié a rebondi de 1,6 % au troisième trimestre, cette embel- lieintervientaprèsunreculde2,7 % au premier trimestre. Résultat des comptes : 300.000 emplois man- quentàl’appelparrapportàfin2019. Plus question de faire la fine bouche Licenciements, annulations de sta- ges de fin d’études, gel des embau- ches : de nombreuses occasions professionnellessesontévaporéesà cause du contexte sanitaire. Par conséquent,lamoitiédesjeunesont revu leur projet professionnel, d’après les résultats de la 8e édition du baromètre annuel OpinionWay pour Prism’emploi (l’organisation professionnelledel’intérim,regrou- pant 600 enseignes de travail tem- poraire). Pour rebondir, « ils ont fait preuved’unpragmatismeévident,en considérant pour 31 % d’entre eux d’autres formes de contrat que le CDI », explique I s a b e l l e Eynaud-Chevalier, déléguée g é n é r a l e d e Prism’emploi. A la suitedelacrisesani- taire, 22 % des jeunes se sont adaptés au marché en chan- geant de secteur d’activité, 16 % en changeant d’en- treprise et 15 % en changeantdemétier. Après presque six mois de recherches infructueuses, Pauline, 23 ans, diplômée en juillet 2020 du master en management et entre- preneuriat de l’école de commerce MBway, a elle préféré changer de secteur.L’andernier,elleétaitassis- tante commerciale en alternance au sein d’une start-up spécialisée dansl’événementieletimplantéeen Normandie. Après six mois de chô- mage partiel et l’annulation en sep- tembre dernier de son CDD, elle a fini par décrocher un poste de res- ponsable du développement dans une start-up spécialisée dans les technologies de l’information, à Paris.Lesecteurnecorrespondpas à ses critères de prédilection. Mais, après une trentaine de candidatu- res sans réponse, elle ne fait plus la finebouche.« Cen’étaitpaslejobde mesrêves,maisj’yaivulapossibilité de faire évoluer mes compétences », se convainc Pauline. Elle quitte donc la Normandie pour monter à la capitale. Avec le deuxième confinement, la prise de poste à distance se révèle compli- quée. « J’étais toute seule en télétra- vailetjen’avaisaucunencadrement sur les missions. J’avais besoin qu’onm’expliquelemétierpourpro- gresser », indique la jeune di- plômée. A p r è s m û r e réflexion, au bout de deux mois, Pau- line préfère inter- rompre sa période d’essai. Pour Jérémy Lamri, directeur de l’innovation et de la recherche chez Jobteaser, un site d’offres d’emplois spécialisé dans le recrutement de jeu- nesdiplômés,cen’estpas parce que c’est la crise qu’il fauttoutaccepter.« Ilresteessentiel d’être bien formé en début de car- rière », insiste-t-il. Un sentiment de solitude Pauline a retenu la leçon. Lors de sesprochainsentretiens,elleseren- seignera mieux sur l’organisation du poste. En attendant de trouver un nouvel emploi, elle n’a pas d’autrechoixquederetournerchez ses parents, en Normandie. Et, afin de lutter contre la solitude, elle a lancé « Les rescapés de 2020 », un groupe Facebook créé pour échan- ger avec d’autres personnes vivant la même situation. « Car le plus dur est le manque de soutien. Grâce aux réseaux sociaux, j’ai vu que nous étionsasseznombreuxàgalérer », se console-t-elle. La recherche d’emploi à l’épreuve de la crise EN PLUS Initiatives l L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) a mis sur pied des ateliers gratuits de quatre heures, durant lesquels dix à douze jeunes diplômés sont accompagnés par un consultant. Ses offres d’emploi sont aussi en ligne sur la plateforme 1jeune1solution. l Pôle emploi organise régulièrement des salons en ligne, avec des dizaines d’offres par secteur et la possibilité de passer des entretiens sur le Web. l L’association Nos quartiers ont des talents propose aux jeunes de moins de 30 ans issus de quartiers prioritaires, de zones rurales et/ou d’un milieu social modeste d’être parrainés par un cadre. l A Paris et à Nantes, l’association Cojob permet de chercher un emploi en groupe. Chaque mois, une nouvelle promo de dix personnes, de tous âges et de tous horizons, se réunit durant quatre semaines. De nombreuses occasions professionnelles se sont évaporées à cause du contexte sanitaire. La moitié des jeunes ont revu leur projet , d’après les résultats de la 8e édition du baromètre annuel OpinionWay pour Prism’emploi (l’organisation professionnelle de l’intérim, regroupant 600 enseignes de travail temporaire). Photo iStock Décrochersonpremierjob en2020,leparcours ducombattant 04//START Lundi 14 décembre 2020 Les Echos
  • 4. Supélec. Aujourd’hui, je suis tou- jours dans la même branche. » Certainssontparfoisencoreplus pragmatiques. Ils décident de revoir leur implantation territo- riale et même… leur vie privée. « J’aiquittéParispourLondresdans lebutdetrouveruntravail.J’ailaissé mes amis et ma petite amie », assumeainsiunalumnidel’Edhec. « Par le passé, l’une des échappatoi- res était de partir à l’étranger en VIE et graduate program, par exemple, explique Manuelle Malot. Malheu- reusement, avec la crise actuelle, ces projetssontaussiatteintsquelemar- ché national. » Et cette responsable de nuancer : « Si le premier emploi est compliqué, il ne représente pas nécessairementlafuturecarrièredu diplômé. » En résumé, il faut être flexible et prêt à s’adapter. #Faire appel à son réseau Qui dit grande école dit forcément réseau. Les étudiants auraient tort de s’en priver. « J’ai cherché dans l’annuaire de Supélec. Parmi les entreprises qui m’intéressaient, j’ai contacté des anciens avec quelques années d’expérience, suffisamment pourconnaîtrel’entrepriseetavoirun réseau interne, mais pas trop seniors pourqu’ilsaientdutempsàmeconsa- crer »,détailleunalumni.Attention, sivoussollicitezlesanciens,faites-le intelligemment. « Soyez bien- veillant : même si nous sommes diplômés de la même école, nous ne pouvonsembaucherqu’àlacondition qu’un poste soit à pourvoir », expli- queunanciendel’Edhec. #Définir son projet à long terme « Ayezunobjectifàlongterme.Votre premier emploi ne sera peut-être pas celuidevosrêves,maisildevraitvous mettreenbonnepositionpourl’obte- nirplustard,enayantsuffisamment d’ancienneté », assure un ex-étu- diant de l’Edhec. Nombreux sont ceux qui accep- tent un premier emploi par défaut avant de revenir à leurs premières amours ensuite, à l’image de cet ingénieur : « J’ai fini par trouver monpremieremploidansl’informa- tique alors que je suis ingénieur industriel de formation. Je suis revenudansledomainedel’industrie par la suite », confie-t-il. #Etre méthodique Ilfautêtreàl’affûtdesinformations du secteur, soigner la qualité de ses mails, s’entraîner aux entretiens et tenirunsuividétaillédesesdémar- ches(surExcelouunautrelogiciel) pouréviterlesoublisouleserreurs. Surtout, se renseigner systémati- quement sur son interlocuteur avant chaque entretien. « Pensez à bien potasser les historiques des entreprises », ajoute également un alumni de l’Edhec. n GUIDE Une étude s’est penchée sur l’expérience des alumni de CentraleSupélec et de l’Edhec ayant réussi à s’insérer sur le marché du travail malgré des conditions difficiles. Ils livrent leurs trucs et astuces aux jeunes diplômés qui affrontent actuellement la tempête Covid-19. Cinqconseilsd’anciensdiplômésqui ontsurmontélesprécédentescrises Camille Wong O ui, c’est la crise. Mais ce n’est pas la pre- mièrefois.Cesderniè- res décennies, trois dépressions ont bous- culél’insertiondesjeunesdiplômés : 1993 (système monétaire), 2000 (bulle Internet) et 2008 (subprimes). Achaquefois,lemarchédel’emploia fait grise mine. Quelles leçons en tirer ? C’est ce qu’a cherché à com- prendre la dernière étude du NewGen Talent Centre, « Crise et premier emploi », dont les auteurs ont interrogé près de 500 alumni de l’EdhecetdeCentraleSupélec. Leurs réponses apportent une lueur d’espoir pour les nouvelles générations : quatre diplômés sur cinq jugent que leur carrière n’a finalement pas pâti, sur le long terme, du contexte difficile de leur première recherche d’emploi. « Globalement, les alumni disent : “Vous allez avoir du mal, sûrement devoir changer de projet, mais ne vous inquiétez pas, vous allez vous en sortir” », résume Manuelle Malot, directrice carrières et pros- pective de l’Edhec. Pour les accom- pagner au mieux, l’étude identifie cinq conseils principaux. #Etre proactif et visible Faire des candidatures spontanées, actualiser son profil LinkedIn… Il ne faut pas hésiter à mettre toutes les chances de son côté. « A l’été 2015, il y a eu un minikrach sur les marchés financiers qui a totalement bloqué le recrutement dans les fonc- tions finances, témoigne un ancien de l’Edhec. A force de postuler et de faire des candidatures spontanées, j’ai eu la chance en décembre d’avoir le choix entre quatre propositions. » Rien ne sert non plus de s’api- toyer sur son sort, il faut montrer que vous êtes capable de dévelop- per de nouvelles compétences et expériences. « Je ne suis pas restée inactive durant ma recherche d’emploi dans le marketing. J’ai trouvé des petits boulots (ven- deuse…) qui pouvaient être forma- teurs et devenir de vrais plus sur mon CV (être au contact du client, avoir des objectifs et des résultats…). Cela m’a permis de montrer que j’étais résiliente », poursuit une autre alumni de l’école. « Il faut trouver une occupation (projet personnel, bénévolat, acquisi- tion de nouvelles compétences, etc.) qui permettra de répondre à la ques- tion que tous les employeurs poten- tiels poseront lorsque la situation s’améliorera et qu’ils recommence- ront à embaucher : qu’avez-vous fait depuisvotresortied’école ? »abonde unex-étudiantdeCentraleSupélec. #Savoir s’adapter Les crises ont tendance à créer une formed’hétérogénéitédanslespar- cours des diplômés, note Manuelle Malot. Ceux qui s’intéressent à des secteurs de niche ou en berne ont ainsi dû élargir leurs horizons. « Je me destinais à un job dans les télécoms-satellites et, au vu du con- texte, en 2002, j’ai commencé une carrière en finance de marché, témoigne un ancien de Centrale- Quatre diplômés sur cinq jugent que leur carrière n’a finalement pas pâti, sur le long terme, du contexte difficile de leur première recherche d’emploi. LA CHRONIQUE de Caroline Renoux* Emplois verts : attentionoù vousmettez lespieds ! Avoir un impact positif est désormais l’impératif affiché partout : dans toutes les campagnes de publicité, dans la hausse record des formulai- res de labellisation B Corp, dans la démultiplication des réseaux professionnels « For Good » et dans les offres d’emplois dits « verts »… Si ce phénomène découle de la situation sanitaire, sociale et environnementale, et s’il devrait aboutir à une mutation profonde de notre économie,ilimposeunedouble vigilance dès aujourd’hui. Du « raison d’être washing »… En ces temps chamboulés, il peut être trop ambitieux d’ajouter un enjeu de respon- sabilité sociale à celui, intrinsè- que, de la performance écono- mique d’une entreprise quand celle-ci formule sa « raison d’être ». Une chose est sûre pour celles et ceux qui s’y engagent : la juste détermina- tion des profils requis est essentielle ! Je ne peux donc qu’exhorter nos recruteurs à ne pas reproduire les erreurs commises avec le digital et à se tourner vers des profils poin- tus, aux compétences techni- ques avérées et en parallèle convenablement formés aux enjeux « RSE ». Mais ce n’est pas tout ! Privé d’un encadre- ment ou d’un budget adéquats, cet expert échouera avec des entreprises se contentant du déclaratif et des candidats aux ambitions avortées. … au « quête de sens washing » ! En miroir, nous assistons à un véritable « quête de sens washing » côté candidats. Cadres en reconversion, jeunes diplômés, free-lances… les cabinets croulent sous les candidats « à impact ». Or, ces derniers sont encore trop nombreux à estimer que convictions et militantisme suffisent à justifier d’un quelconque savoir-faire en la matière. Le secteur s’est au contraire fortement struc- turé et professionnalisé en dix ans. Les compétences deman- dées sont donc ô combien plus fournies : une excellente connaissance de l’articulation des ODD (objectifs de dévelop- pement durable) ; des capaci- tés de démonstration et d’argu- mentation solides ; un goût pour l’autoformation et une grande curiosité (les sujets évoluant très vite) ; une par- faite intégration des enjeux d’une entreprise… Il s’agit également de montrer de la ténacité, de l’audace ou d’apprendre à cultiver son humilité ! Sur un tel sujet, on chute souvent et on recom- mence au même rythme… C’est seulement en conjuguant ce bon sens commun que nous passerons rapidement d’une louable « raison d’être » à une formidable « raison d’agir » ! * Fondatrice et CEO de Birdeo Les Echos Lundi 14 décembre 2020 START//05
  • 5. Ariane Blanchet D epuis mon diplôme, c’est bien la première fois que ma vie pro- fessionnellesemeten p a u s e » , c o n f i e Hervé [le prénom a été changé], 32 ans, responsable presse dans le prêt-à-porter. Comme lui, un tiers des salariés étaient en chômage partiel en avril 2020, d’après la Direction de l’animation de la recherche,desétudesetdesstatisti- ques(Dares,rattachéeauministère du Travail), soit 8,6 millions de Français rémunérés à hauteur de 85 % de leur salaire net, dans la limite de 4,5 SMIC. Si, depuis, ce nombre a progressivement décru pour atteindre 1,6 million en octo- bre (un peu moins de 10 % des sala- riésduprivé),ilrestequ’unegrande partie de la population a été con- frontée, en 2020, à une inactivité professionnelle forcée. Cette période a pu en débousso- ler, désemparer, voire angoisser certains, mais elle a aussi suscité des vocations entrepreneuriales. C’estlecasd’Hervé,chezquilamise à l’arrêt en mars a fait naître l’envie de se reconvertir. « J’ai vécu mon chômage partiel comme un coup de massue : cela fait dix ans que je tra- vaille pour la même maison, et je ne me vois pas continuer ainsi. » Mû par l’envie d’apprendre et d’entre- prendre, Hervé se forme désor- mais auprès d’un ébéniste, avec pourobjectifdedevenirencadreur, et ce, trois jours par semaine (quand son chômage partiel s’applique), son entreprise ayant fait le choix de le garder en activité deux jours par semaine. « J’essaie de ne pas agir à chaud, car j’ai la chance d’avoir un CDI », tempèreHervé.Mais,enpériodede chômage partiel, l’avenir est, de toute façon, incertain. L’ombre du licenciement plane sur les salariés. Depuis le 30 septembre, les entre- prises peuvent remercier plus faci- lementlessalariésenchômagepar- problème : l’absence d’outil permet- tant d’analyser concrètement les retombées des communiqués de presse. » Si le besoin et l’envie de créer un tel outil ne manquaient pas, le temps oui. L’entrepreneur et son associé, Brandon Vigne, ingénieur data dans la même entreprise, consa- crentl’entièretédeleuractivitépar- tielleàleurprojet,Datakudo.Résul- tat :unlancementsurleschapeaux de roues en septembre, avec de grosses start-up comme bêta- testeurs.« Celaauraitétéquasiment impossible sans chômage partiel ! J’ainotammentbénéficiéd’untemps inédit pour me former : j’ai appris à coderenHTML5,j’aipumieuxcom- prendre comment un site Web se construisait », s’enthousiasme Octave Laurentin, qui a quitté son ancienne entreprise en septembre. Mais tous les chômeurs-entre- preneurs ne se sont pas lancés de façon aussi expéditive. Remise en question, bilan de carrière, doutes, quête de sens… Le chemin vers l’entrepreneuriat a parfois été long. Pour Marion Gaulin, responsable marketing depuis quatre ans dans une entreprise de technologies sportives, la mise au chômage par- tielaveclaquelleelleadûcomposer à partir de mars aura d’abord été l’occasion de prendre le temps de réfléchirquantàsondésirdeselan- cer dans l’entrepreneuriat vert. « Le confinement était le meilleur moment pour y voir plus clair dans mes envies : mode éthique ? Alimen- tation ? Cosmétiques ? » La jeune femme décide donc, en plein confi- nement, de lancer un « side pro- ject » : Nouvelle Empreinte, une newsletter d’initiatives écorespon- sables. D’abord destinée à son entourage, Nouvelle Empreinte voit son nombre d’abonnés croître rapidement et après la création de son compte Instagram, Marion Gaulin est contactée par des mar- quesdésireusesdenouerdesparte- nariats.Unproduitestcréé,etlafin du chômage partiel pose la ques- tion de la suite à donner au projet. « J’ai compris que si je voulais voir Nouvelle Empreinte grandir, je devais m’y consacrer à 100 % », explique la jeune femme, qui décide en septembre de demander une rupture conventionnelle à son employeur. La rupture, acceptée, prendra effet en janvier et donnera lieu à des indemnités ainsi qu’à l’ouverture de droits au chômage. Nouvelle Empreinte, mis sur rails grâce au temps dégagé par le chô- mage partiel, poursuivra donc sa route sous les meilleurs auspices. Sans la sécurité financière permise par le chômage partiel, il aurait été difficilementenvisageablepources entrepreneurs en herbe de se lan- cer. Au total, l’Etat a déjà dépensé 23 milliards d’euros pour ce dispo- sitif, dont les entreprises pourront bénéficier jusqu’en juin 2022. Le temps nécessaire pour se former Le temps dégagé par le chômage partiel aura permis à certains de fairelepointquantàleursenvieset à leurs ambitions : entreprendre dans un projet qui a du sens pour Marion,maisaussitrouverunéqui- libreentrevieprofessionnelleetvie personnelle pour Bénédicte Rapin. Cette quadragénaire chargée des relations avec les entreprises pour uneplateformedeformationavécu sa période de chômage partiel auprès de ses enfants. Elle s’est alors rendu compte de ce que le salariat lui faisait perdre : « Je m’épuisais, je passais à côté de ma famille, mon salaire servait à payer lesfraisdenounou,jen’étaispasplus motivée que ça… » Si Bénédicte était tentée par l’entrepreneuriat depuis plusieurs années, c’est seulement durant le confinement qu’elle se décide à sauter le pas. Elle pose sa démis- sionenjuinet,depuis,ellepropose sur son site Benedicterapin.fr ses services de free-lance en rédaction publicitaire, après s’être formée à cetteactivitésurLiveMentor,plate- formedeformationpourentrepre- neurs (laquelle a d’ailleurs connu une hausse des demandes visant à se former depuis le début de la crisesanitaire).« L’effet :Ifnotnow, then when ? [Si je ne le fais pas maintenant, alors quand ?] », estime Anaïs Prétot, cofondatrice de la plateforme. Mélanie Couillard, barmaid à Londres mise au chômage partiel en mars, s’est elle aussi formée sur LiveMentor.« Monobjectifdevieest de devenir “digital nomade”. Je suis donc partie de là pour lancer mon blog, Ose voyager seule, sur les voya- ges en solo au féminin. » Les forma- tions qu’elle suit (rédaction Web, marketing numérique), à hauteur devingtheuresparsemaine,lapas- sionnent et permettent de préciser sonprojetentrepreneurial :devenir free-lance en « copywriting » tout en développant son blog, qu’elle espère à terme pouvoir monétiser. En septembre, Mélanie démis- sionne : c’est la plongée dans le monde des free-lance. Qu’ils aient lancé une start-up, un « side project » devenu entre- priseoudesmissionsfree-lance,ils ont décidé de quitter leur emploi au beau milieu d’une crise écono- mique qui n’aura pas eu que des mauvais côtés, comme le soutient Marion, de Nouvelle Empreinte : « Je sens que les gens sont plus prompts à se contacter, à s’appeler rapidement, sans la contrainte de déplacement pour se voir en face. Cela m’a sans aucun doute permis de nouer plus facilement des parte- nariats. » Il reste que d’autres entrepreneurs, en temps de chô- mage partiel, ne sont pas prêts à lâcher leur CDI. Tel est le cas de Clémence, cheffe de projet dans une agence événe- mentielle depuis trois ans. Elle a lancé un projet associatif durant son chômage partiel – avec les applaudissements de ses em- ployeurs : la récolte de boîtes-ca- deauxàdestinationdesplusdému- nis,encesfêtesdefind’année.« J’ai toujourseul’envied’aider,maislavie active ne m’en laissait ni le temps ni les moyens. » Dix jours après son lancement, sa page Facebook compte près de 2.000 abonnés et, avec la création de son réseau de pointsdecollecte,leprojetluiprend désormais toutes ses journées, de 8 heures à minuit. Clémence, aidée pourl’instantparuneamie,atoute- foisbienl’intention,quandletemps sera venu, de reprendre son travail, dans lequel elle s’épanouit. Mais l’envie de transformer ses boîtes de Noël en un projet plus pérenne demeure.Unefoisquel’onaattrapé le virus de l’entrepreneuriat, il apparaît difficile de s’en défaire. n TÉMOIGNAGES C’est l’un des effets inattendus de la pandémie de Covid-19, notamment pour les entreprises : certains salariés ont profité de cette inactivité forcée pour devenir entrepreneurs ou free-lance, tirant ainsi parti d’une période de bouleversements. Ils ont pu imaginer ou mûrir un projet, et se former en conséquence. Ilsonttentél’entrepreneuriat grâceauchômagepartiel La crise économique n’aura pas eu que des mauvais côtés : certains ont pu lancer une start-up, un « side project » devenu entreprise ou des missions free-lance après avoir bénéficié d’un temps de chômage partiel. Parmi eux, quelques-uns ont même fini par quitter leur emploi. Photo iStock tieldelongueduréeetce,sansavoir à rembourser les aides perçues s’il s’avère que leurs perspectives éco- nomiques se sont dégradées (au regard de celles prévues dans l’accord collectif). « Quid du futur dessalariéscommemoidanslesmois et les années à venir ? s’interroge Hervé. Cela me donne envie de pren- dre des risques pour m’épanouir. » Silejeunehommehésiteencore, d’autresontdéjàsautélepas.Entre mai et juillet 2020, le nombre d’entreprises créées a été légère- ment supérieur à celui enregistré sur la même période l’an dernier, d’après l’Insee. Et, entre août et octobre2020,cenombreestmême nettement supérieur, d’environ 20 % (ce qui est en majeure partie lié à la création de microentrepri- ses). Contre-intuitif, dans un con- texte économique incertain ? Pas tant que ça quand on écoute les témoignages de ces chômeurs-en- trepreneurs, pour qui la période d’activité partielle a été propice au lancement de leur projet. Concrétiser un projet qui germait Octave Laurentin, lui, n’a pas tergi- versé longtemps avant de lancer sa start-up, en pleine période de chô- mage partiel – laquelle a débuté en juillet 2020. Ce trentenaire, direc- teurmarketingdansuneentreprise de création de chatbots, vit cette période comme une aubaine pour concrétiseruneidéequigermaiten lui depuis plusieurs années déjà. « Après huit ans de marketing, je n’avais identifié qu’un seul Au total, l’Etat a déjà dépensé 23 milliards d’euros en chômage partiel, dispositif dont les entreprises pourront bénéficier jusqu’en juin 2022. EN PLUS Entrepreneur First C’est un programme, venu du Royaume-Uni, qui veut miser sur les jeunes talents plus que sur les projets. Le bureau parisien, à Station F, a déjà permis de créer 32 start-up. Au niveau mondial, ce chiffre grimpe à 350. Le programme choisit d’investir dans certaines start-up pour une somme de 90.000 euros, en échange de 10 % du capital. Entrepreneur First recrute actuellement sa prochaine promotion pour avril 2021. 06//START Lundi 14 décembre 2020 Les Echos
  • 6. Camille Wong C ’est à se demander si unecriseestpasséepar là. L’opération « Re- confinés mais recru- tés »menéeparFrance Digitale, une association d’entre- preneurs et d’investisseurs de la tech, affiche plus de 2.200 postes à pourvoir pour 150 entreprises, allantdelastart-up« earlystage »à la licorne, à l’instar de Believe et Mirakl, qui cherchent une centaine de futures recrues chacune. Après un vacillement durant le premier confinement, les levées de fonds ont repris de plus belle, avec mêmetroistoursdetableau-dessus delabarresymboliquedes200mil- lionsd’eurospourMirakl,Voodooet EcoVadis. Les financements pour- raientmêmes’établirà5,5milliards d’euros cette année – un record –, selon les estimations d’Avolta Part- ners. Un exploit au regard de la situation actuelle. « Forcément, il y a des structures qui vont très bien et d’autres non, mais globalement, la tendance est stable. La French Tech n’a pas été clairement ralentie par le Covid.Ladynamiquerestelà.Cesont des sociétés qui ont levé de l’argent pour créer de l’emploi », analyse FranckSebag,associéchezEY. Parmi les secteurs gagnants, on trouve sans surprise les offres numériques, la mobilité ou la santé. « Le Covid a été un catalyseur. Notre activité était amorcée bien avant la crise, mais nous allons désormais pouvoir davantage développer notre offredesoinssurleterrain »,explique Elie-Dan Mimouni, cofondateur de Medadom, une start-up qui édite une solution de téléconsultation et vient tout juste de lever 40 millions d’euros. Pour accompagner son développement, la société recrute 250personnesd’iciàfin2021. Même constat du côté de Nickel, une fintech française rachetée à 95 % par BNP Paribas en 2017. La société fait face à une forte crois- sancedunombredesesutilisateurs – qui s’établit à 1,8 million – et déploie un vaste plan de recrute- mentde400personnesd’icià2024, soit100paran.Objectif :soutenirla croissance et accélérer le déploie- ment à l’international. A la fin de l’année prochaine, Nickel ambi- tionned’êtreprésentdanshuitpays. Durant le confinement, les em- bauchessesontpoursuivies,malgré la complexité du recrutement à dis- tanceetlerisquequepeutengendrer le fait d’accueillir quelqu’un que l’on n’a jamais rencontré en présentiel. « Ce n’est pas l’idéal : il y a un certain nombre d’éléments de nature inter- personnelle que l’on ressent moins. Mais l’entretien en visioconférence a aussi ses avantages : on fixe des ren- dez-vous plus rapidement, ce qui flui- difie le processus. A ce jour, nous n’avons rompu aucune période d’es- un groupe spécialisé dans la vente etl’achatdemétauxprécieuxcomp- tant 40 employés. Son dernier recrutement,parmilescinqréalisés cette année ? Une « digital learning manager », une personne dédiée à la formation de ses collègues. La mobilité interne fait d’ailleurs partie de la nouvelle posture des pépites du Next40 en ces temps de crise. Selon une étude de PayFit, publiéecetété,ellessontainsi42 %à privilégier le recrutement interne, contre26 %habituellement.« Nous- mêmes,nousavonseuunboomdece côté-là. C’est aussi un moyen de rete- nirnostalents,toutenétantpluspru- dents dans des périodes où il y a un ralentissement économique », indi- ZOOM Certaines start-up ont dû adapter leurs plans, mais elles n’ont pas pour autant cessé d’embaucher des talents. Financé et soutenu, l’écosystème technologique cherche toujours à gonfler ses rangs pour accompagner sa croissance. LaFrenchTechpoursuitses recrutementsmalgrélapandémie que Firmin Zocchetto, le CEO de PayFit, qui cherche tout de même à atteindre1.000salariésfin2021. Les profils de qualité plus que la localisation Le développement du télétravail ouvre aussi de nouvelles perspecti- ves dans le domaine des ressources humaines. PayFit a mis en place la politique du « work from any- where » : les salariés choisissent où ils souhaitent travailler. « Cela nous permet de recruter des talents un peu partout. Avant, on ne prenait pas des personnes à Marseille, Bordeaux ou en Bretagne si elles ne pouvaient pas venir régulièrement à nos bureaux parisiens »,poursuitl’entrepreneur. Même son de cloche chez AOS, où près de la moitié des salariés recrutés cette année l’ont été en dehors de Paris. « Nous privilégions les profils de qualité, au-delà de la localisation géographique », indique la DRH. D’autres vont plus loin, à l’image de Platform.sh, une société spécialisée dans le cloud qui fonc- tionne à 100 % en télétravail depuis plusieurs années. Résultat : des salariésrecrutésdansunetrentaine de pays. Et des coûts abaissés (moins d’espaces de bureaux, salai- res potentiellement différenciés en fonction de la localisation). Même si le télétravail était pré- sent dans de nombreuses sociétés technologiques, la crise a rendu incontournable son exercice. Reste une crainte palpable auprès de nombreux entrepreneurs : com- mentgarderlelien ?Toujoursselon l’étude de PayFit, 78 % des DRH du Next40 considèrent qu’en ces temps de crise et de télétravail, recréer du lien en entreprise devient une nécessité et 75 % d’entre eux ont prévu de déployer des dispositifs allant dans ce sens. « Grâce au premier confinement, les sociétéssontmaintenanthabituéesà recruter et accueillir à distance. Le vrai sujet, désormais, est de mainte- nir l’engagement des équipes avec les vagues sanitaires successives », abonde Antoine Chauffrut, direc- teur des talents à France Digitale. n saienraisonduconfinement »,seféli- cite Pierre-Henri Havrin, directeur desressourceshumainesdeNickel. Guerre des talents Chez AOS, une scale-up spécialisée dans la digitalisation du BTP, l’un dessecteursquiareprisenpremier lors du déconfinement, les équipes RHontétéétoffées.Deuxnouvelles recrues accompagnent Héléna Djen, la DRH, pour soutenir le pas- sage de 15 à 85 collaborateurs cette année. L’an prochain, 70 embau- ches supplémentaires sont pré- vues.« Lacrisenousoffredavantage d’opportunités pour recruter. Nous avons une politique d’approche plus directe sur les réseaux sociaux et les plateformesderecrutement.Ensuite, nous avons activé une prime à la cooptationeninterne,quis’avèreeffi- cace »,détaillelaspécialistedesres- sources humaines. Crise ou pas, la guerre des talents continue de faire rage au sein de la tech. L’écosystème recrute tous types de profils, des jeunes diplô- més,desjuniorsetdeplusenplusde seniors.Sanssurprises,lespostesles plusdursàpourvoirrestentdansles fonctions IT. Quant aux secteurs les plusrecherchés,cesontlaventeetle marketing. « Nous sommes passés d’un écosystème de start-up à un éco- système de scale-up, avec le besoin de structurerlesfonctionscommerciales pour se déployer à l’international », analyse Franck Sebag, d’EY, dont l’étude publiée en septembre avec France Digitale note que 86 % des embauchesdanslatechen2019ont eulieuenCDI.Unchiffreélevémais qui reflue de 8 points par rapport à 2018. La crise va-t-elle accentuer cettetendance ?« Jusque-là,lamon- téeenpuissancedesfree-lancesétaitle refletd’uneaspirationàêtrelibreplus qu’uneruptureducontratsocial,pré- cise l’associé chez EY. La crise risque de doucher ces aspirations, compte tenu de la protection qu’offre le sala- riatencestempsincertains. » Les levées de fonds record peu- vent éclipser les réelles difficultés rencontrées par une majorité d’en- treprises du secteur. Les start-up in- terrogées par EY à la sortie du pre- mier confinement étaient 52 % à avoir utilisé le chômage partiel et 83 % à avoir demandé un prêt garantiparl’Etat.Prèsdesdeuxtiers ont eu l’intention de reconsidérer leur plan de recrutement, principa- lementdesreportsdansletemps. Pour éviter les faillites en cas- cade, l’écosystème a été généreuse- ment soutenu, avec 4 milliards d’euros injectés. Mais cela n’a pas empêché certaines sociétés de réduire la voilure. Ainsi, Evaneos, pépite du Next40 dans le tourisme, a dû se séparer d’une cinquantaine de personnes. Même constat du côté de Sigfox (Internet des objets), 400 salariés, qui réduit ses effectifs de 12 %. Au total, en France, plus de 600plansdesauvegardedel’emploi (PSE) ont été lancés depuis début mars, deux fois plus que sur la même période l’an dernier. Pourrépondreàleursbesoinsde croissance,lesentreprisesdelatech sont devenues plus précautionneu- ses. « Nous nous interdisons de faire du “cash burn” », tacle Jean-Fran- çois Faure, le dirigeant d’AuCoffre, Les postes les plus durs à pourvoir restent dans les fonctions IT. Les secteurs les plus recherchés sont la vente et le marketing. 7 AVRIL 2021 Une journée d’épreuves écrites pour 14 grandes écoles www.concours-sesame.net Le Concours SESAME offre la possibilité de choisir et de s’inscrire à un ou plusieurs programmes post-bac en 4 et 5 ans, proposés par nos 14 grandes écoles de management international. EX ESC TROYES SUR LE WEB Les Echos START, en partenariat avec France Digitale, vous présentent une sélection de pépites françaises qui cherchent de futures recrues dans leur dossier « Chaque mois, retrouvez les entreprises de la French Tech qui recrutent ». Les Echos Lundi 14 décembre 2020 START//07
  • 7. En CDI ou CDD: 4000€ contrat de 3 mois minimum pour un jeune de moins de 26 ans pour un jeune de moins de 30 ans la première année de contrat 5000€ 8000€ En contrat d’apprentissage ou de professionnalisation: ou #1jeune1solution Toutes les informations sur 1jeune1solution.gouv.fr C’est le moment de recruter un jeune ! C’est le moment de recruter un jeune ! Chefs d’entreprise, bénéficiez d’aides à l’embauche :