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Conflits et ressources naturelles

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Conflits et ressources naturelles

  1. 1. Quels liens entre ressources naturelles et conflits ? Mathieu Couttenier (ENS Lyon) /// Forum EcoD&C 25 octobre 2018 Centre de documentation de l’École militaire — CDEM 1 place Joffre 75007 PARIS www.dems.defense.gouv.fr/cdem RÉDACTRICE Anaïs Meunier
  2. 2. Quels liens entre ressources naturelles et conflits CDEM /// octobre 2018 2 Jeudi 25 octobre 2018, avait lieu le forum EcoD&C : économie de la défense et des conflits. Organisé par l’IRSEM et par l’unité d’économie appliquée de l’ENSTA ParisTech avec le soutien de la DGA, ce forum avait pour particularité d’adjoindre un intervenant plus opérationnel à un intervenant académique. Cette synthèse propose le compte-rendu de la deuxième intervention de cette journée : « Quels sont les liens entre ressources naturelles et conflits » de Mathieu Couttenier (ENS Lyon). Le contrôle, l’exploitation et la sécurisation des ressources naturelles jouent un rôle dans le maintien, la présence et la durée des conflits armés. On parle souvent d’une « malédiction des ressources » : les pays riches en ressources naturelles ont souvent une performance économique médiocre. Les conflits sont un des moyens d’expliquer cette constatation. Au-delà de la constatation, Mathieu Couttenier explore la causalité de cette relation. Que peuvent apporter les sciences économiques et politiques à l’explication des liens entre ressources naturelles, comprises en tant que ressources non-renouvelables (gaz, pétrole, diamants…), et conflits armés ? L’analyse du lien ressources naturelles-conflits armés peut permettre la mise en place d’une politique publique afin de diminuer cette interaction, dans son impact, sa durée ou sa résurgence. Selon Mathieu Couttenier, si les ressources naturelles ne sont pas le seul facteur d’explication des conflits armés, ils ont un impact fort notamment sur la durée de ceux-ci. Pour déterminer ce lien, il est important de mettre en place une analyse causale (apparition, durée des conflits…), d’identifier des aspects quantitatifs (magnitude des conflits, par exemple), et des mécanismes théoriques. Pour se faire, Mathieu Couttenier s’est fondé sur la base de données de l’Armed Conflict Location Events Data (ACLED)1 afin de corréler les informations de localisation des mines, les dates et le type de conflits mais il s’est également basé sur des travaux universitaires précédents. 1 | Panorama de la recherche Dans les années 90, J. Fearon, D. Laitin, et P. Collier2 ont démontré que les conditions de la présence d’un conflit (le plus souvent intra-étatique), ne sont pas liées à une explication ethnique ou religieuse mais plutôt à des conditions favorables à l’insurrection que sont la pauvreté, l’instabilité politique, des terrains accidentés et une population importante. Plus récemment, Cotet et Tsui3 ont démontré qu’il n’existait pas de lien causal entre la richesse pétrolière et la stabilité politique. En revanche, la richesse pétrolière permet et incite au développement, dans les pays non démocratiques, de la capacité militaire pour prévenir les guerres civiles. Ils mettent également en lumière le fait qu’un pays non démocratique qui découvre du pétrole sera moins enclin à s’inscrire dans un mode de gouvernance démocratique. 1 Disponible sur : https://www.acleddata.com/ consulté le 07/11/2018. 2 James D. Fearon et David D. Laitin, « Ethnicity, Insurgency, and Civil War », American Political Science Review, février 2003, vol. 97, no 1, p. 75‑90. 3 Anca M. Cotet et Kevin K. Tsui, « Oil and Conflict: What Does the Cross Country Evidence Really Show? », American Economic Journal: Macroeconomics, janvier 2013, vol. 5, no 1, p. 49‑80.
  3. 3. Quels liens entre ressources naturelles et conflits CDEM /// octobre 2018 3 Lei et Michaels4 posent la question suivante : les bénéfices d’une découverte d’une importante ressource naturelle, ici les gisements de pétrole, augmentent-t-ils le risque de conflits armés ? Leur réponse est que, dans les pays où les conflits politiques sont résolus par la violence armée, ces découvertes ont de grandes chances d’alimenter les conflits internes. 2 | Pourquoi les ressources naturelles peuvent être considérées comme un élément clé d’explications de ces conflits ? Les pays riches en ressources naturelles ont quasiment toujours des institutions faibles et une instabilité politique et économique importante. Les ressources qu’ils possèdent servent de source de financement pour des groupes armées, des rébellions. De plus, ces ressources posent souvent un problème d’appropriation et de contrôle du territoire. Pour expliquer cette corrélation, il faut d’abord avoir conscience que chaque ressource n’a pas le même impact sur la présence ou non de conflits internes. Les minerais peuvent facilement être une source d’inégalité entre certains pays, certains groupes ethniques. L’activité d’extraction, du fait de son caractère industriel, est très demandeuse en termes de capital et de main-d’œuvre. Les régions minières attirent ainsi une population d’hommes jeunes au potentiel de conflictualité important. De plus, une ressource non- renouvelable va attirer un certain type d’entrepreneurs qui usera plus facilement de la violence pour asseoir une domination territoriale et assurer l’exploitation de la ressource5 . Pour J.-F. Maystadt et al.6 , l’exploitation d’une ressource minière peut être une bénédiction pour le voisinage de la mine qui bénéficie de la protection de la mine par son exploitant. La malédiction retombe alors sur la zone géographique plus étendue dans laquelle les conflits se sont déplacés. N. Berman, et al.7 , travaillent sur les concessions minières. Ils démontrent que le prix des ressources naturelles conduit à l’augmentation des violences courantes observées dans les pays africains entre 1997 et 2010. Ils démontrent également que le contrôle territorial d’une zone minière amène les groupes rebelles à intensifier et à étendre leurs activités de combat ailleurs sur le territoire au cours des périodes successives, alors que gagner une bataille en dehors d’une zone minière n’a pas un tel effet de diffusion du conflit. Plusieurs éléments supplémentaires peuvent être soulignés : — la question de protection : comment protège-t-on ses ressources des groupes armés qui souhaitent s’approprier des territoires et des mines afin d’augmenter leur capacité de combat (le fait de s’approprier ce genre de ressource permet de multiplier par 3 sa capacité à gagner des combats) ? — Tous les minerais n’ont pas le même effet sur les conflits. De plus, pour construire ce lien, il faut apprécier également le rôle des institutions qui reste très important. 4 Yu-Hsiang Lei et Guy Michaels, « Do giant oilfield discoveries fuel internal armed conflicts? », Journal of Development Economics, 1 septembre 2014, vol. 110, p. 139‑157. 5 Jean-François Maystadt et al., « Mineral resources and conflicts in DRC: a case of ecological fallacy? », Oxford Economic Papers, 1 juillet 2014, vol. 66, no 3, p. 721‑749. 6 Ibid. 7 Nicolas Berman et al., « This mine is mine! How minerals fuel conflicts in Africa », American Economic Review, 2017, vol. 107, no 6, p. 1564–1610.
  4. 4. Quels liens entre ressources naturelles et conflits CDEM /// octobre 2018 4 — Dans les zones de tensions ethniques, religieuses, les ressources naturelles ont un effet conditionnel. Quel est le rôle des entreprises qui exploitent ces minerais dans des zones de conflits ? Tout d’abord, elles doivent déjà se protéger de la violence. Ensuite, la question de la nationalité de l’entreprise est très importante également : moins il y a de relations entre gouvernement local et nationalité de l’entreprise, plus le risque de conflits armés augmente. Pour Lei & Michaels8 , les industries qui exploitent les gisements doivent avoir conscience de l’impact négatif que peuvent avoir la découverte et surtout l’exploitation de ces gisements dans des pays qui connaissent déjà des problèmes de violence politique. Quel type de politique peut-on mettre en place pour endiguer cette propension à alimenter la violence interne ? Il faut d’abord une politique d’État et une politique d’entreprise transparentes et mettre en place des initiatives de certification. Même si l’on peut se poser la question de l’efficacité de ces initiatives, elles restent nécessaires. Ainsi, une entreprise avec une responsabilité sociale importante a beaucoup plus de chance de réduire la violence de ces conflits. Cependant, la mise en place d’une politique de transparence ne semble pas forcément y répondre de manière efficace. Au-delà de l’aspect local de la violence, les ressources naturelles vont permettre d’expliquer la diffusion dans le temps et dans l’espace des violences. Deux points restent en suspens : — quels types de politiques peut-on mettre en place ? — Faute de données, les mines artisanales ne sont pas prises en compte... 8 Y.-H. Lei et G. Michaels, « Do giant oilfield discoveries fuel internal armed conflicts? », art cit.
  5. 5. Références bibliographiques [ouvrage] BANGUI Thierry, La mal gouvernance en Afrique centrale: malédiction des ressources naturelles ou déficit de leadership ?, Paris, France, l’Harmattan, DL 2015, 2015, 242 p. [article] BERMAN Nicolas, COUTTENIER Mathieu, ROHNER Dominic et THOENIG Mathias, « This mine is mine! How minerals fuel conflicts in Africa », American Economic Review, 2017, vol. 107, no 6, p. 1564–1610. [article] COTET Anca M. et TSUI Kevin K., « Oil and Conflict: What Does the Cross Country Evidence Really Show? », American Economic Journal: Macroeconomics, janvier 2013, vol. 5, no 1, p. 49‑80. [article] COUTTENIER Mathieu et SOUBEYRAN Raphael, « A Survey of the Causes of Civil Conflicts: Natural Factors and Economic Conditions », Revue d’économie politique, 10 décembre 2015, vol. 125, no 6, p. 787‑810. [article] FEARON James D. et LAITIN David D., « Ethnicity, Insurgency, and Civil War », American Political Science Review, février 2003, vol. 97, no 1, p. 75‑90. [article] HUGON Philippe, « Le rôle des ressources naturelles dans les conflits armés africains », Hérodote, 27 octobre 2009, no 134, p. 63‑79. LEI Yu-Hsiang et MICHAELS Guy, « Do giant oilfield discoveries fuel internal armed conflicts? », Journal of Development Economics, 1 septembre 2014, vol. 110, (coll. « Land and Property Rights »), p. 139‑ 157. [article] MAYSTADT Jean-François, DE LUCA Giacomo, SEKERIS Petros G. et ULIMWENGU John, « Mineral resources and conflicts in DRC: a case of ecological fallacy? », Oxford Economic Papers, 1 juillet 2014, vol. 66, no 3, p. 721‑ 749. [rapport] UNITED NATIONS et ENVIRONMENT PROGRAMME, Greening the blue helmets: environment, natural resources and UN peacekeeping operations, Nairobi, Kenya, United Nations Environment Programme, 2012.

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