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Exportations d'armes et consequences sur la bitd

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Notes de conférences

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Exportations d'armes et consequences sur la bitd

  1. 1. Exportations d’armes et influences sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) Julien Malizard (chaire Écodef) /// Forum EcoD&C 25 octobre 2018 Centre de documentation de l’École militaire — CDEM 1 place Joffre 75007 PARIS www.dems.defense.gouv.fr/cdem RÉDACTRICE Anaïs Meunier
  2. 2. Exportations d’armes et influences sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) CDEM /// octobre 2018 2 Jeudi 25 octobre 2018, avait lieu le forum EcoD&C : économie de la défense et des conflits. Organisé par l’IRSEM et par l’unité d’économie appliquée de l’ENSTA ParisTech avec le soutien de la DGA, ce forum avait pour particularité d’adjoindre un intervenant plus opérationnel à un intervenant académique. Cette synthèse propose le compte-rendu de la première intervention de cette journée : « Exportations d’armes et influences sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) » de Julien Malizard (chaire Écodef). 1 | Pourquoi et comment s’équiper ? Tout d’abord parce que les hommes ont besoin de matériel pour créer de la valeur militaire. Ensuite car il faut que le matériel soit en adéquation avec les menaces en cours et les objectifs politico-militaires de l’État. Le marché des transferts d’armes est un marché très régulé : le volume des exportations est déterminé par la puissance publique. Il est, en termes économiques, difficile à définir car en lien avec des questions très fortes éthiques, politiques et stratégiques. Cette analyse se fonde sur les données de la base du Stockholm International Peace Research Institut1 (SIPRI) qui, si elle est exhaustive, présente tout de même deux écueils majeurs : tout d’abord les prix sont donnés en TIV (Trend Indicator Value) et non en prix de marché ; ensuite, la base ne prend en compte que les MCW (armes conventionnelles majeures) et pas les armes légères de petit calibre (ALPC). Les premières grandes constatations que l’on peut faire, quant aux acteurs de ce marché, sont que le premier acheteur et le premier importateur mondial d’armes est l’Inde ; dans le top 10 des acheteurs mondiaux, ce pays concentre 40 à 46 % des importations. Avant la Guerre froide, les acheteurs étaient surtout des pays européens. Ils ont été aujourd’hui remplacés par les pays du Moyen-Orient. Si les échanges sont de plus en plus nombreux, ils n’atteignent pas le niveau de la Guerre froide. Le top 10 des acheteurs représentait, avant la Guerre froide, 96 % du marché. Aujourd’hui, il représente 90 %. Certains marchés comme la Turquie, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud sont apparus récemment. Le premier type de matériel vendu concerne les avions de combats et les hélicoptères. Les marchés des équipements navals et terrestres sont plus étroits. 2 | La forme du marché des transferts d’armes La forme du marché des transferts d’armes est de type oligopolistique (forme très concentrée entre quelques pays producteurs et une demande éclatée en une multitude de pays). Cependant, la réalité est différente, car le rôle joué par l’offre est très spécifique et impose d’importantes barrières à son accès (R&D notamment). Les critères de succès sur ce marché sont : ce que l’on peut offrir en plus (en termes d’accompagnement et de formation notamment), les investissements en matière de R&D, les 1 https://sipri.org/
  3. 3. Exportations d’armes et influences sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) CDEM /// octobre 2018 3 opportunités de demandes. Si le marché des ALPC est beaucoup plus facile à définir et correspond plus au schéma oligopolistique car l’offre s’ajuste plus rapidement à la demande, celui des armes conventionnelles majeures est plus complexe. On peut le catégoriser plus finement grâce au travail de Beraud-Sudreau et Meijer (2016)2 . Selon le schéma ci-dessus : 1a correspond à ce que l’on achète lorsque l’on achète aux Américains, c’est-à-dire, de la sécurité, au niveau de la frontière technologique (bien que les Américains « dégradent » un peu la qualité) et peu de contraintes économiques. En 1b, on est presque sur le même marché : les offres sont similaires, cependant, de nombreuses contraintes économiques sont présentes (à l’instar du marché d’exportation européen). 2a correspond aux producteurs de niche qui ne sont pas présents sur l’ensemble du spectre et dont la demande nationale plus réduite. 2b, 2c et 3 : pays émergents qui commencent à développer certains pans du spectre mais avec une qualité dégradée. Certains pays dépendent plus que d’autres des exportations. Si, pour les États-Unis, elles ne concernent que 10 % du chiffre d’affaires de sa BITD, pour l’Italie, elles en concernent 70 %. Inde, Japon, Corée du Sud, sont très peu dépendants de leurs exportations d’armes et tablent sur une BITD, à terme, qui fonctionnerait en autosuffisance. Pour l’Europe, le problème est différent : l’offre est pléthorique, alors que la demande n’augmente pas (surtout la demande nationale qui est très contrainte par la crise économique). Les marchés sont alors très concurrentiels, entre eux et avec les marchés asiatiques, où la main- d’œuvre est moins chère. Enfin, on peut remarquer ce changement de paradigme de quelques pays historiquement importateurs qui deviennent exportateurs. À court ou à long terme, et même si, selon la littérature, le risque est assez faible, ce sont de futurs concurrents qui pourraient apparaître. La Corée du Sud en est un parfait exemple : la BITD locale commence à exporter sur des marchés spécifiques comme la vente de sous-marins. Les pays les plus compétitifs ont des compétences industrielles fortes. 2 Lucie Béraud-Sudreau et Hugo Meijer, « Enjeux stratégiques et économiques des politiques d’exportation d’armement », Revue internationale de politique comparée, 21 décembre 2016, vol. 23, no 1, p. 57‑84.
  4. 4. Exportations d’armes et influences sur la base industrielle et technologique de défense (BITD) CDEM /// octobre 2018 4 On peut faire ressortir trois perspectives dans cette réflexion sur les exportations d’armes : quelle utilisation décide-t-on d’en faire ? Quels soutiens aux exportations sont possibles afin de réduire l’intensité de cette concurrence ? Et enfin, quelles sont les conséquences de la concentration sur ce marché ? Le problème que souligne Thomas Lorne (Direction générale de l’armement - DGA), pendant opérationnel de cette première intervention, c’est qu’en Europe, les plus grands alliés de la France sont également ses plus grands concurrents sur le marché des exportations. S’il doit y avoir un soutien à la BITD, il passera par la commande publique, par des plans d’acquisition à long terme, par une connaissance plus profonde du paysage industriel, par un soutien aussi bien à l’innovation qu’à l’exportation, par la participation de l’État et par la protection des entreprises stratégiques. En France, sur un marché de 470 milliards d’euros d’exportations, l’armement ne concerne que 6 milliards d’euros. Même si ce chiffre ne semble pas très important, il a pourtant un effet majeur car il garantit à la France une certaine compétitivité de son industrie ainsi que la possibilité de continuer à acheter du matériel au prix du marché. Enfin, un certain nombre d’équipements ne sont pas exportés et la France assume le prix de cette autonomie. Bibliographie sélective [article] BERAUD-SUDREAU Lucie, « La politique française de soutien à l’export de défense : raisons et limites d’un succès », Focus stratégique, juin 2017, no 73, p. 50. [article] BERAUD-SUDREAU Lucie et MEIJER Hugo, « Enjeux stratégiques et économiques des politiques d’exportation d’armement », Revue internationale de politique comparée, 21 décembre 2016, vol. 23, no 1, p. 57‑84. [article] FAUCONNET Cécile, MALIZARD Julien et PIETRI Antoine, « French Arms Exports and Intrastate Conflicts: An Empirical Investigation », Defence and Peace Economics, 2018, p. 1–21. [rapport] FRANCE - MINISTERE DES ARMEES, Rapport au Parlement 2018 sur les exportations d’armements de la France, Paris, Ministère des Armées, 2018. [rapport] INSTITUT DES HAUTES ETUDES DE DEFENSE NATIONALE, Armement et économie de défense, Paris, Institut des hautes études de défense nationale, 2016. [article] [émission] POIRET Anne, Mon pays fabrique des armes, s.l., France 5, 2018.

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