Master en Sciences de la Population &
du Développement
La construction de la légitimité des ONG
Le cas de l’organisation S...
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Remerciements
Je tiens en tout premier lieu à remercier Monsieur Gautier Pirotte, sans qui la réalisation de ce
mémoire ...
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SOMMAIRE
Acronymes ........................................................................................................
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Histoire de la ville ......................................................................................................
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Acteurs du projet .........................................................................................................
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Acronymes
FMI: Fond Monétaire Internationale
BM: Banque Mondiale
PAS : Plans d’Ajustement Structurel
OCDE: Organisation ...
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Introduction
Entreprendre un mémoire est une délicate affaire au moment de valider une aventure
universitaire de deux an...
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fait qu’augmenter et les inégalités sont de plus en plus criantes. Son existence est aujourd’hui légitime
dans nos socié...
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Préambule méthodologique
Entreprendre un mémoire est une opération délicate car il est difficile de savoir par où
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ne reste qu’un labyrinthe dans lequel le chercheur ne sait où aller et par conséquent elle ne peut
être considérée comm...
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à travers les principales mutations qu’il a subi au fil des décennies. Il définit le Développement de cette
manière : «...
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qui n’y voit qu’horreur, inhumanité et désolation. Les traditions sont perçues comme empêchant
considérablement ce cont...
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le Développement. Les agences et les programmes se multiplient comme celui des « Basic Needs »3
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les dimensions que ces dernières ont su mettre en œuvre pour consolider leur position dans le champ.
Nous arrivons ici ...
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naissent à partir d’initiatives privées. Pour exemple, OXFAM (Oxford Committee for Famine Relief) a
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Comme le souligne Gautier Pirotte dans son livre « La notion de société civile » (2007), « les
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Les entreprises sociales disposent de par leur image positive en marge quelque peu du système
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privé aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Pour terminer, en raison de leur petite taille, elles
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Nous retiendrons pour terminer sur ce point, la définition qu’adopte Marck Suchman. Il parle
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Dans cet effort de contextualisation, il s’avère utile ici de resituer les propos et travaux de Jean
Pierre Olivier De ...
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Deux courants théoriques pour aborder la légitimité
« Les recherches aujourd’hui en sciences sociales sur la légitimité...
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La légitimité inscrit dans le temps
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Les Trois modèles
La finalité de ce cadre théorique réside dans l’énumération de trois modèles qui permettront en
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Par conséquent, le modèle de marché souligne cette opposition entre une légitimité qui se
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Le modèle du changement social
Les interprétations qui découlent du modèle du changement social sont sensiblement diffé...
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principes inscrits dans les constitutions modernes, la question de comment démocratiser ces croyances
sociales, ces pra...
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Qui, que, quoi, comment. Il est important ici de savoir à quoi l’action politique sert, qui elle sert et
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l’essence démocratique de nombreux Etats. Dans ces pays démocratiques, les ONG représentent un
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des projets, qu’elle reçoit des subsides, fait appel à des volontaires et emploie du personnel. Ce qui nous
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institutionnelle dans le sens où elle aide à renforcer le pouvoir des bailleurs de fonds. La légitimité reste
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Méthodologie
A ce moment du mémoire, il s’avère utile de préciser les techniques terrains qui ont aidé à la levée
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imprévus sont à prévoir tout au long du terrain. Le temps par exemple, peut être une réelle barrière. Là
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Préambule à la partie terrain
Présentation brève du pays: la Bolivie
Eléments de géographie humaine
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administrativement en neuf départements et cent onze provinces. Les départements de La Paz, Oruro et
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profondes » (Cardozo, 2009).
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Il est utile de jeter un œil aux chiffres et données établis sur la Boli...
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mémoire la légitimité des ONGs vue à travers la question de l'eau

  1. 1. Master en Sciences de la Population & du Développement La construction de la légitimité des ONG Le cas de l’organisation SODIS sur la question de l’eau en Bolivie Présenté par : Robin ABRIC Membre du jury : PIROTTE Gautier (promoteur) AGUILAR Luisa Maria (lectrice) LAFLEUR Jean-Michel (lecteur) Année Académique 2014-2015
  2. 2. 2 Remerciements Je tiens en tout premier lieu à remercier Monsieur Gautier Pirotte, sans qui la réalisation de ce mémoire n’aurait pas été possible. Il m’a aidé, accompagné tout au long de ce travail de par son écoute attentive et ses conseils avisés. Mes remerciements vont aussi à Madame Luisa Maria Aguilar experte dans le Développement et Monsieur Jean-Michel Lafleur professeur à l’Université de Liège, pour leurs soutiens tout au long de cette année. Je tiens aussi à remercier le Docteur Carmen Ledo, chef du Centre de Planification et de Gestion (CEPLAG) où j’ai eu le plaisir d’évoluer pendant deux mois et demi. Merci à elle pour son soutien, son accompagnement qui ont facilité mon investigation sur le terrain. A l’heure de conclure ce travail de fin d’étude, j’ai une pensée pour Madame Sanchez et Monsieur Maes, tous deux appartenant à l’organisation non-gouvernementale Sodis. Je les remercie pour l’accueil qu’ils m’ont réservé et l’aide précieuse qu’ils m’ont apporté tout au long de mon séjour. Le voyage réalisé dans le cadre de ce mémoire a été rendu possible grâce à l’intervention financière du Conseil Interuniversitaire de la Communauté française – Commission universitaire pour le Développement (Belgique) – http://cud.ciuf.be
  3. 3. 3 SOMMAIRE Acronymes .............................................................................................................................................. 6 Introduction............................................................................................................................................. 7 Préambule méthodologique..................................................................................................................... 9 Le cadre théorique................................................................................................................................. 10 Le Champ du Développement............................................................................................................... 10 Le concept d’ONG ................................................................................................................................ 14 Présentation générale..................................................................................................................... 14 Les raisons d’être du phénomène ONG......................................................................................... 16 La légitimité .......................................................................................................................................... 18 Exercice de définition.................................................................................................................... 18 La légitimité dans un environnement singulier ............................................................................. 19 A quoi ça sert d’être légitime ? ..................................................................................................... 20 Deux courants théoriques pour aborder la légitimité..................................................................... 21 La légitimité inscrit dans le temps................................................................................................. 22 Le prérequis légal de la légitimité des ONG ................................................................................. 22 Les Trois modèles ......................................................................................................................... 23 Conclusion de la partie théorique.......................................................................................................... 28 Méthodologie ........................................................................................................................................ 31 Préambule à la partie terrain.................................................................................................................. 33 Présentation brève du pays: la Bolivie .................................................................................................. 33 Eléments de géographie humaine.................................................................................................. 33 De fortes disparités entre le rural et l’urbain................................................................................. 34 Quelques chiffres........................................................................................................................... 35 Panorama Politique........................................................................................................................ 36 La présidence d’Evo Morales........................................................................................................ 36 Présentation de la ville de Cochabamba................................................................................................ 37 Localisation géographique de la ville............................................................................................ 37 Territoire et climat......................................................................................................................... 38
  4. 4. 4 Histoire de la ville ......................................................................................................................... 38 Etat de développement .................................................................................................................. 39 La question de l’eau en Bolivie............................................................................................................. 41 Introduction ................................................................................................................................... 41 Le droit à l’eau .............................................................................................................................. 41 La guerra del agua: un évènement formateur............................................................................... 43 Présentation de la problématique de l’eau à Cochabamba .................................................................... 46 Une croissance géographique incontrôlée..................................................................................... 46 La situation du logement ............................................................................................................... 47 L’empiètement sur les zones écologiques de rechargement d’eau................................................ 48 La fragmentation de la ville en deux zones................................................................................... 49 L’offre publique SEMAPA ........................................................................................................... 50 Le rôle de la société civile............................................................................................................. 52 L’impact de la qualité de l’eau sur la santé ................................................................................... 54 Le projet MISICUNI ..................................................................................................................... 55 L’agenda de l’eau.......................................................................................................................... 56 Conclusion de la partie préambule au terain ................................................................................. 57 Partie Terrain: l’analyse de deux projets de la Fondation Sodis accès sur la problématique de l’eau en Bolivie................................................................................................................................................... 58 Présentation de la fondation Sodis ........................................................................................................ 58 Son histoire............................................................................................................................................ 59 Ses objectifs........................................................................................................................................... 60 Son staff et ses locaux ........................................................................................................................... 60 Ses donateurs, alliés .............................................................................................................................. 60 Projet numéro 1: « Agua Segura » dans la localité de Tiquipaya (Cochabamba métropole)................ 61 Introduction ................................................................................................................................... 61 Objectif principal........................................................................................................................... 61 Donateurs du projet ....................................................................................................................... 61 Contexte du projet ......................................................................................................................... 62
  5. 5. 5 Acteurs du projet ........................................................................................................................... 63 Les piliers du projet....................................................................................................................... 64 Les fondations de la légitimité du projet....................................................................................... 65 Le projet numéro 2 : création d’un réseau d’assainissement dans la localité de Konani ...................... 67 Introduction ................................................................................................................................... 67 Objectifs du projet......................................................................................................................... 67 Contextualisation........................................................................................................................... 68 Donateurs ...................................................................................................................................... 69 Les 5 piliers du projet.................................................................................................................... 69 Les acteurs et indicateurs du projet ............................................................................................... 70 Les fondations de la légitimité du projet ....................................................................................... 71 Conclusion............................................................................................................................................. 74 Bibliographie......................................................................................................................................... 76 Annexes................................................................................................................................................. 80 Annexe n°1: Guide d’entretien Carmen Ledo (CEPLAG).................................................................... 80 Annexe n°2: Guide d’entretien projet Agua Segura.............................................................................. 82 Annexe n°3: Guide entretien Fondation Sodis...................................................................................... 83 Annexe n°4: photo sur l’eau à Cochabamba (source : Robin ABRIC, 2015, Cochabamba) ................ 84 Annexe n°5 : Le projet Agua Segura dans la localité de Tiquipaya (Source : Robin ABRIC, 2015, Cochabamba)......................................................................................................................................... 86 Annexe 6: photos projet assainissement Konani (source : Robin ABRIC, 2015, Cochabamba) .......... 87 Annexe 7: Graphique Banque Mondiale, Développement Bolivie (source : Banque Mondiale) ......... 88
  6. 6. 6 Acronymes FMI: Fond Monétaire Internationale BM: Banque Mondiale PAS : Plans d’Ajustement Structurel OCDE: Organisation de Coopération et de Développement Economique CEPAL: Commission Economique pour l’Amérique Latine (traduction de l’espagnol) ONG: Organisation Non Gouvernementale ASI: Association de Solidarité Internationale OXFAM: Oxford Committee for Famine Relief CEPLAG : Centre de Planification et de Gestion de l’université de Cochabamba (traduction de l’espagnol) RNB : Revenu National Brut PIB : Produit Intérieur Brut MAS : Mouvement pour le Socialisme (traduction de l’espagnol) EPSA : Entité Prestataire du Service d’Eau Potable et d’Assainissement (traduction de l’espagnol) SISAB : Superintendance des Installations Sanitaires Basiques (traduction de l’espagnol) SIRESE : Système de Régulation Sectorielle (traduction de l’espagnol) INE : Institut National des Statistiques (traduction de l’espagnol) DGIA : Direction de la Planification et de la Gestion Intégrale de l’Eau (traduction de l’espagnol) EAWAG : Institut Fédéral de la Science et de la Technologie de l’Eau CASA : Centre des Eaux Sanitaires et Environnementales (traduction de l’espagnol) SENASBA : Service National pour la Durabilité des Services Sanitaires Basiques (traduction de l’espagnol)
  7. 7. 7 Introduction Entreprendre un mémoire est une délicate affaire au moment de valider une aventure universitaire de deux ans. C’est aussi un formidable exercice de style dans le sens où il laisse à son auteur une marge de création indéniable. Le secteur du Développement a été ces deux dernières années la toile de fond de notre master. Nous l’avons disséqué, appréhendé, analysé afin d’apprécier ses caractéristiques fondamentales et de débattre de son avenir. Développer n’a jamais été un verbe aussi utilisé et conjugué qu’aujourd’hui. Nos sociétés l’ont intronisé dans le langage du politique. Annonciateur du progrès, il annonce l’arrivée de jours meilleurs, de changements. Le Développement est avant tout un secteur à part entière. Il regroupe aujourd’hui un ensemble d’acteurs, de professionnels. Jean Pierre Olivier De Sardan le définit comme « l’ensemble des processus sociaux induits par des opérations volontaristes de transformation d’un milieu social, entreprises par le biais d’institutions ou d’acteurs extérieurs à ce milieu mais cherchant à mobiliser ce milieu, et reposant sur tentative de greffe de ressources et/ou techniques et/ou savoirs » (De Sardan, 1995, p7). Il y a du Développement dès le moment où ce dernier devient un objet, un but et que des acteurs y investissent du temps, de l’argent et leurs compétences professionnelles. Cette professionnalisation subit aujourd’hui des critiques importantes. Les figures de proues que sont le Fonds Monétaire Internationale (FMI) et la Banque Mondiale (BM) ont dicté depuis de nombreuses décennies les règles du jeu dans le secteur. On se rappelle notamment des Plans d’Ajustement Structurel (PAS) et de leurs désastreuses répercussions économiques et sociales dans de nombreuses sociétés du Sud. Le Développement reste et nous aurons l’occasion de l’apprécier plus amplement par la suite, une création occidentale. Si bien que de tout temps, de nombreuses voix se sont élevées pour contester cet outil que certains disent au service des intérêts du Nord. Le Développement est aujourd’hui partout. Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont devenues après plusieurs années d’introspections du système, ses nouvelles terminaisons. Elles pullulent désormais partout sur le globe. A chaque ONG, on trouve une cause et une volonté de changer un aspect de la vie sur terre. Si bien, que nous sommes en présence d’un marché saturé dans lequel chacun doit savoir lutter pour se voir attribuer des projets subventionnés. Selon les chiffres de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), l’aide publique au développement à elle seule représente dans le monde 135 milliards de dollars américains sur une année civile. A cela, il faut ajouter les apports du privé. Nous sommes en face aujourd’hui d’une machine qui pèse lourd. A la vue des montants vertigineux mis sur la table, le Développement attire, se donne les moyens d’agir. Il possède de fortes raisons d’êtres. La pauvreté ne
  8. 8. 8 fait qu’augmenter et les inégalités sont de plus en plus criantes. Son existence est aujourd’hui légitime dans nos sociétés occidentales ou du moins elle le paraît. Il semble agir pour le bien des populations les plus défavorisées. Mais qu’entend-nous par légitimité réellement ? La légitimité c’est l’assurance de paraître crédible envers les autres. Elle n’est en aucun cas une loi mais plutôt une perception subjective propre à chaque être humain, si bien qu’il n’est point le cas dans ce travail de savoir si le Développement est légitime ou non. On s’éloignerait alors de la vision scientifique et universitaire requise pour l’analyse d’un phénomène. Il est plus intéressant ici de tenter de comprendre sur quoi repose cette légitimité. Quelles en sont les fondations ? Il convient ici de se mettre à la place du chercheur en sciences humaines et d’essayer de comprendre comment cette légitimité s’est-elle construite à l’échelle d’une ONG. Les ONG sont une alternative intéressante dans le cadre de notre travail. Elles offrent de par leur accessibilité, leur proximité avec le terrain, une réelle opportunité scientifique d’appréhender sur quoi se fonde leur légitimité et par extrapolation celle du Développement. Notre problématique : Sur quelles bases, une ONG crée t’elle sa légitimité au sein du champ du Développement ? Suite à cela et au vue des lectures préalables que ce projet de mémoire a occasionné, nous avons établis en réponse à notre problématique une hypothèse que l’expérience de notre terrain nous permettra de valider, de nuancer ou de réfuter. Notre hypothèse : La légitimité est un processus multi-facettes qui se construit dans un contexte singulier. Le mémoire s’organise autour de trois grandes parties qui s’entrechoquent et se renforcent mutuellement.  La première partie se veut être un travail théorique dans lequel nous dépeindrons notre cadre d’analyse.  La seconde partie fait office de préambule et de liaison avec la partie terrain. Elle nous permettra de mieux appréhender l’environnement dans lequel nous avons effectué notre terrain.  La troisième et dernière partie est la finalité de ce travail. Elle présente notre terrain. Nous y confronterons la véracité de notre théorie à la réalité empirique.
  9. 9. 9 Préambule méthodologique Entreprendre un mémoire est une opération délicate car il est difficile de savoir par où commencer. Au début, on ne sait pas trop ce que l’on veut étudier ou que très vaguement. Les prémisses de ce mémoire ciblaient originellement la légitimité du Développement de manière vague et générale. Il est vrai qu’à ce stade d’avancement du mémoire, on a alors tendance à choisir des sujets génériques auxquels même une thèse ne pourrait répondre dans son temps imparti. Comme le souligne Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt dans leur ouvrage « Manuel de recherche en sciences sociales » (1988), on souhaite que le mémoire « soit utile mais on a le sentiment de s’y perdre avant même de l’avoir réellement entamé ». Les auteurs parlent alors de « chaos originel » comme d’un immense trou noir dans lequel nous devons trouver la matière grise nécessaire à notre travail. Ce travail se base notamment sur trois étapes qui sont décrites dans l’ouvrage cité au-dessus. Tout d’abord, chaque étape doit être considérée comme la suite de la précédente. « Toutes se constituent mutuellement » (R.Quivy et L.V.Campenhoudt, 1988, p16). Chaque étape est divisée en sous-étapes1 , elles-mêmes en interaction permanente de façon à permettre au chercheur de présenter un travail le plus concis possible. Nous distinguons ici les trois étapes fondamentales:  Dans un premier temps, on distingue la phase de rupture. Il est évident pour certains chercheurs dans le domaine des sciences sociales que l’objectivité est un concept inatteignable, une sorte d’idéaltype vers lequel il faudrait tendre. Le challenge réside ici dans le fait d’être le moins subjectif possible dans notre manière d’aborder la problématique. En effet, dans le domaine des sciences sociales, « notre bagage théorique possède de nombreux pièges car une grande part de nos idées est le fruit des apparences immédiates ou des partis pris » (R.Quivy et L.V.Campenhoudt, 1988, p16). Les préjugés sur tels ou tels aspects du thème abordé ont vite fait de ressurgir au fil de la lecture du travail. Il est donc primordial de prendre de la distance vis-à-vis d’un sujet en faisant abstraction de tous sentiments et émotions. La rupture consiste alors à rompre avec les acquis et préjugés qui nous donnent l’illusion de comprendre les choses.  Vient ensuite l’étape de construction. Cette rupture se doit d’être cadrée et ne peut donc se réaliser correctement qu’à travers « une représentation théorique préalable » (R.Quivy et L.V.Campenhoudt, 1988, p16) qui fera office de fil conducteur tout au long du mémoire. Cette construction mentale va nous permettre de prévoir les conséquences auxquelles il faut logiquement s’attendre au terme de l’observation. Sans construction théorique, la phase terrain 1 Par sous-étape, on entend ici de manière chronologique : la question de départ, l’exploration, la construction de la problématique, la construction du modèle d’analyse, l’observation, l’analyse des informations et les conclusions. Cependant, il est important de préciser que chaque étape est interdépendante des autres et il est fréquent pour le chercheur de revenir en arrière pour ensuite mieux rebondir dans l’avancement de son travail de recherche.
  10. 10. 10 ne reste qu’un labyrinthe dans lequel le chercheur ne sait où aller et par conséquent elle ne peut être considérée comme valable. « On ne soumet pas n’importe quelle proposition à l’épreuve des faits. Les propositions doivent être le produit d’un travail rationnel fondé sur la logique et sur un bagage conceptuel valablement constitué » (R.Quivy et L.V.Campenhoudt, 1988, p16).  Nous finissons par la constatation, phase ultime de ce procédé de recherche. La constatation est une mise à l’épreuve de notre base théorique dans la réalité concrète du terrain. C’est à ce moment que le chercheur cadré par une théorie qu’il a préalablement construite va confronter ses idées à la réalité et tenter de valider ou de nuancer les hypothèses qu’il a au préalable établis comme base de départ. Le cadre théorique Le travail exploratoire a pour fonction « d’élargir les perspectives d’analyse du chercheur, de prendre connaissance de la pensée d’auteurs divers et variés afin de susciter la réflexion et de faire apparaître les facettes d’un problème auxquelles il n’aurait pas pensé par lui-même » (Quivy, Van Campenhoudt, 1988, p 101). Le cadre théorique correspond par analogie aux fondations du mémoire. Il a pour but de nous permettre de rentrer après l’annonce de la problématique plus profondément dans le travail de recherche à travers une synthèse théorique singulière qui sous-tend les hypothèses de départ et qui par la suite nous permettra d’apprécier à sa juste valeur la partie terrain du mémoire. En partant de l’énoncé de la problématique, il est alors important de se pencher sur chacun des termes qui la composent. Le cadre théorique ci-dessous va alors s’efforcer de s’attarder sur trois termes majeurs qui sont: les ONG, le Développement et la légitimité. C’est en creusant autour de ces derniers que nous puiserons la matière grise nécessaire pour rendre intelligible notre terrain. Le Champ du Développement L’effort de cadrage du mémoire passe dans un premier temps par la présentation du secteur du Développement avant de définir plus loin les concepts d’ONG et de légitimité. Le Développement signifie littéralement d’après le dictionnaire Larousse, le fait de croître, de grandir, de se déployer et de proliférer dans le temps. Le mot souligne une idée de mise à jour, la délivrance d’une chose qui existe en soi. Il sous-entend l’action d’étendre les propriétés de l’objet concerné. Nous nous baserons ici sur le travail de Marc Poncelet dans son article : « Origines, figures, crises et renaissance de la notion de « Développement » (2012) qui propose une photographie du secteur
  11. 11. 11 à travers les principales mutations qu’il a subi au fil des décennies. Il définit le Développement de cette manière : « Le Développement est aujourd’hui perçu comme un complexe institutionnel mobilisant des ressources diverses, des institutions, des spécialités professionnelles, des méthodes, des techniques d’interventions et des innovations conceptuelles incessantes » (Poncelet, 2012). Ce champ d’activité est le résultat d’une globalisation effrénée s’étendant du Nord au Sud comme de l’Ouest à l’Est. On dénombre aujourd’hui des milliers d’activistes, d’experts, de professionnels, des dizaines d’institutions internationales, des centaines de milliers d’ONG, une multitude d’organismes de recherche… Voilà maintenant près d’un demi-siècle que la notion de Développement passe les époques, se diversifiant malgré les crises idéologiques et les contestations. On la dit au service des occidentaux. On dénonce son exclusivité économique. Difficile à définir concrètement, il convient ici d’apprécier son histoire pour mieux comprendre ce champ, savoir ce qui l’a construit, l’a façonné au fil des années. Il semble important à ce moment du mémoire de clarifier ce qu’on entend par la notion de « champ ». Pour cela, il s’est avéré ici opportun de faire appel à Pierre Bourdieu, principal sociologue à avoir théorisé cette notion notamment dans son ouvrage : « propos sur le champ politique » (2000). Il définit le champ comme « un microcosme inclus dans l'espace social global ; ce qui le définit par rapport à cet espace est sa (toujours relative) autonomie, c'est-à-dire le fait qu'il s'est historiquement constitué autour d'une loi qui lui est propre et le rend relativement indépendant des logiques externes» (Bourdieu, 2000). Le champ est donc un espace structuré de positions, un réseau de relations objectives entre des agents ou des institutions qui s'inter-définissent par la distribution inégale de capital. L'inégale répartition de ce capital est au principe des luttes qui animent le champ (et qui, par ailleurs, contribuent toujours à son autonomie ; de là le fait que le champ est toujours inséparablement le lieu et le produit des luttes entre les agents partageant la même activité). La seule relation qui soit en définitive, structurante, est le rapport de domination. Le Développement peut donc être considéré légitimement comme un champ social à part entière selon la définition de Bourdieu avec ses différents types d’acteurs et ses nombreuses interactions hiérarchisées. Il convient ici de distinguer 5 périodes, 5 époques qui ont régis les relations des acteurs entre eux et la vision générale du secteur. Chaque période est marquée par de profondes interrogations idéologiques et théoriques sur le devenir du secteur. Chaque période se caractérise par une représentation particulière du Développement dont aucune n’a complètement effacé la précédente. Le Développement naît tout d’abord avec la colonisation et tout le travail de justification qui s’en suit. C’est l’époque où l’occident se justifie sous les traits de son action civilisatrice. On colonise pour civiliser les sauvages et les barbares. Après avoir été perçu comme des territoires extraordinaires rarement en proie à la misère, l’Afrique devient au fil du temps le berceau des misérabilistes occidentaux
  12. 12. 12 qui n’y voit qu’horreur, inhumanité et désolation. Les traditions sont perçues comme empêchant considérablement ce continent de rattraper son retard sur les sociétés européennes de l’époque. Cette philosophie sera consacrée au lendemain de la second guerre mondiale avec comme point de départ, le discours du président Truman de 1947 qui utilisera pour la première fois le mot « sous- développés » à l’encontre des pays en retard socio-économiquement. Une science économique du Développement se développe avec pour objectif de permettre à ces pays pauvres de rattraper leur retard et de se rapprocher du modèle occidental. Hoselitz (1952) montrera que le progrès économique et sociale demande chez ses pays une rupture importante sur le plan social et culturel. Le modèle repose fortement sur une sécularisation avancée au profit de la raison et une individualisation forte où chacun doit être maitre de sa propre vie, l’exemple même du rêve américain. Les théories de la modernisation relève d’un ethnocentrisme exacerbé. Comme le souligne Marc Poncelet (2012), elles proposent « la possibilité d’un rattrapage rapide pour tous les peuples, mais au prix d’une seule recette libérale occidentale et de profonds bouleversements sociaux, culturels ». Les théories de la modernisation auront les détracteurs de leur époque notamment par le biais de quelques économistes latino-américains réunis autour de Raul Prebisch et des travaux de la Commission Economique pour l’Amérique Latine (CEPAL). Les théories de ces derniers soulignent l’injustice du système socio-économique en place mené par l’Occident. Selon eux, les échanges internationaux se font en défaveur des processus d’industrialisation et de diversification des économies latino-américaines. Ces rapports sont déséquilibrés et constituent un véritable blocage pour le développement des pays du Sud. Des sociologues latino-américains (Cardoso, Faletto) parleront de dépendance vis-à-vis de l’occident. La réponse des pays du Sud sera l’invention du Tiers-Monde2 , une sorte de communauté qui loupera sa vocation unificatrice et socialiste au profit d’une plus grande insertion dans un système monde de plus en plus globalisé. Cette période est donc celle de l’affrontement de deux idéologies, celles des modernisateurs et celle des dépendantistes qui espèrent changer les rapports internationaux. Au fil des années 70, se consolide la technostructure du développement autour d’organismes multilatéraux tels que les Nations Unies, la Banque Mondiale pour ne citer qu’eux. Par technostructure, on entend « l’ensemble des programmes, des experts, d’aides, de prêts, de dons, de théoriciens, d’experts dont l’objectif est d’impulser le développement au Sud » (Poncelet, 2012). C’est en quelque sorte le nouveau nom du champ social du Développement. L’ONU et la Banque Mondiale vont formater alors 2 L'expression « tiers-monde » a été créée par le démographe français Alfred Sauvy dans un article publié le 14 août 1952 par l'hebdomadaire l'Observateur. Elle fait référence à l’ensemble des pays qui sont exclus de la richesse économique.
  13. 13. 13 le Développement. Les agences et les programmes se multiplient comme celui des « Basic Needs »3 . La nouvelle morale internationale du progrès pour tous au nom de la raison et des sciences est lancée. Cependant, les premiers résultats de ce Développement organisé, institutionnalisé tardent à venir. Au milieu des années 70, les avancées sur la pauvreté sont trop insignifiantes. Le Tiers Monde se désagrège petit à petit au vu des croissances différentes que connaîtront les pays membres. On segmente alors le Développement. On parle de Développement durable, de Développement des femmes, de Développement communautaire. C’est le début de l’ère du Développement à « particules ». Les ONG arrivent ici à la rescousse. On observera un regain de légitimité due à leur efficacité et leur proximité. C’est la fin des grands théories, désormais la vision du Développement s’articulent autour d’un assemblage de mots séduisants : la participation, la réduction de la pauvreté, l’empowerment, la résilience, … Comme le souligne Andrea Cornwall et Karen Brock dans leur article : « Beyond Buzword » (2005), « ces mots vont donner une impression de justesse et rendre optimiste quant aux politiques de développement actuelles. Ils laissent à penser que le monde est gouvernable, contrôlable, que chacun a la possibilité de prendre part aux décisions qui ont une incidence sur sa vie ». On parle ces derniers temps de déclin du Développement alors que jamais le secteur n’a compté autant de professionnels, d’experts. L’idée défendue par Marc Poncelet est que « cette renaissance correspond surtout à la recherche de nouveaux modes de gestion des risques globaux principalement issus de l’échec relatifs des transitions démocratiques et de l’amplitude énorme prise par la pauvreté » (Poncelet, 2012). D’après les données de la BM, 14,5% de la population mondiale vivrait ave moins de 1,25$ par jour. Dans cette optique, le Développement serait simplement une tentative de gestion des risques qui résultent de l’extension du capitalisme et des énormes inégalités de richesses qu’il crée. De plus, l’énorme structure institutionnelle et financière du Développement est d’une extrême complexité. Aujourd’hui, les pratiques de solidarité sont dominées par les financements mondiaux. Le Développement a même établit sur les pays les plus pauvres une réelle tutelle sur les Etats dégénérescents. Le champ du Développement est devenu le siège d’une culture qui lui est propre et d’un quasi-monopole d’expertise sur tous ce qui a attrait de près ou de loin à la pauvreté dans le monde. « D’une certaine manière, on peut dire que le Développement, c’est désormais le complexe développeur en action » (Poncelet, 2012, p17). Le champ du développement n’est plus considéré comme une loi ou une nécessité vitale. Il est aujourd’hui un champ professionnalisé qui se doit d’être rationalisé dans lequel les ONG sont les figures de proue d’un nouveau paradigme qui se veut plus local, plus efficace, plus innovant. Bien que ces dîtes ONG aient gagné en visibilité durant ces dernières décennies, il n’en reste pas moins intéressant toujours dans le cadre de notre perspective sociologique d’apprécier les facettes, 3 Apparu Sous la présidence à la Banque Mondiale de Robert Macnamara, l’approche des « basic needs » est une approche qui mesure le seuil de pauvreté absolu dans les pays en voie de développement. Elle tente de définir les ressources minimum nécessaires au bien être de la population sur le long-terme.
  14. 14. 14 les dimensions que ces dernières ont su mettre en œuvre pour consolider leur position dans le champ. Nous arrivons ici après un premier travail de cadrage et de contextualisation sur le mot charnier de notre problématique : le mot « ONG ». Le concept d’ONG Présentation générale Aux dires de notre problématique, le concept ONG apparaît central dans notre travail et se positionne comme le personnage principal de notre étude. Il est alors évident que ce dernier mérite d’être disséqué de manière à permettre au lecteur de poser un œil nouveau sur ce concept. Les organisations non-gouvernementales ou plus communément appelées ONG seraient dans un premier temps toutes ces organisations censées représenter la société civile dans son ensemble. Elles évolueraient dans un espace où serait débattu l’ «intérêt général », concept suprême du bon vivre ensemble. Les ONG incarneraient alors la vision pour certains d’une société civile internationale4 , à travers « les valeurs universelles de paix, d’égalité, de justice et de défense des droits de l’homme » (Cohen, 2004, p379). Elles seraient les gardiennes et les promotrices de la démocratie dans le monde entier. Le nombre d’ONG de par le monde n’a cessé de croître de manière exponentielle. Selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), pendant les années 1980, déclarées « décennie des ONG », on comptait aux alentours de 1 600 ONG provenant essentiellement de l’Occident. La fin de la Guerre Froide avec l’éclatement de l’Union Soviétique a été un formidable catalyseur du mouvement dans le monde entier. Les nouvelles opportunités politiques dues aux transitions démocratiques avec notamment l’avènement de la liberté d’association ont grandement modifié dix ans plus tard le secteur. Début 2000, on en comptait un million en Inde, deux cents mille au Brésil, deux pays majeurs témoin de l’explosion en deux décennies du mouvement. Une véritable internationalisation est toujours en marche. Dans son acception originelle, « la notion d’ONG évoque une association de solidarité internationale (ASI), à but non lucratif, apolitique, pétrie de valeurs humanistes et indépendante des États » (Cohen, 2004, p 380). A l’évocation du terme, on pense notamment au Comité Internationale de la Croix Rouge ou à Médecin Sans Frontières. Il est important de souligner que la plupart d’entre elles 4 La notion de société civile internationale divise et certains chercheurs francophones (Haubert, 2000, Chabal et Daloz, 1999, Bayart, 2001) parlent d’exceptionnalisme occidental dans le sens où la notion de société civile n’est pas vraiment valable dans certains contexte socio-culturels de pays du Sud comme de nombreux pays d’Afrique par exemple. L’Etat est tellement imbriqué à l’intérieur de la société que cette dernière ne peut bénéficier d’une espace particulier à elle seule.
  15. 15. 15 naissent à partir d’initiatives privées. Pour exemple, OXFAM (Oxford Committee for Famine Relief) a été créée par deux universitaires britanniques et un homme d’affaires londonien, en 1942 pour attirer l’attention de leurs concitoyens sur la famine sévissant dans la Grèce occupée à l’époque par les Nazis. La première utilisation de la notion d’ « organisation non gouvernementale » apparaît dans la Charte des Nations Unies de 1946. Cette dernière y définit quelques critères inhérents aux ONG: les ONG candidates ne peuvent être des organisations commerciales, ni des organisations violentes ou ne respectant pas les principes énoncés dans la Charte. Elles doivent être internationales et par conséquent avoir des activités hors de leur état de siège. Cependant, on se rend compte avec le temps qu’une organisation nationale peut aussi obtenir ce statut en ayant l’assentiment de l’Etat intéressé. De fait, jusqu’au milieu des années 1990, les ONG nationales sont restées rares. Elles doivent disposer d’un large financement de leurs adhérents et ne pas résulter d’accords intergouvernementaux. Les ONG sont de nature très différente: des organisations humanitaires, des associations de défense des droits de l’homme, des représentants de grands syndicats, de chambres de commerce et de l’industrie, etc. La plupart d’entre elles sont issues de pays occidentaux, seuls ces derniers étant en mesure de produire ce type d’organisations. La décennie 90 marquera un réel tournant pour le mouvement faisant des ONG les acteurs incontournables du Développement. Ce changement peut s’expliquer par la combinaison de plusieurs facteurs que sont notamment la fin de la Guerre Froide, la politique menée par les Nations Unies en faveur de la société civile, le renforcement de la mondialisation, l’avènement des technologies de communication et plus particulièrement la démocratisation d’internet. Cet accroissement peut en effet être directement corrélé aussi avec la multiplication des conflits locaux infra-étatiques et les guerres civiles que la Guerre Froide libère brusquement (l’éclatement de la Yougoslavie par exemple). Les populations civiles sont très souvent les principales victimes de ces conflits comme en atteste notamment le conflit ethnique génocidaire en 1994 au Rwanda entre les Hutus et les Tutsis (plus de deux cent mille morts). En Occident, la période est donc marquée par l’éveil d’une conscience humanitaire. La population occidentale sent qu’elle doit agir et éprouve une certaine peur de voir tous ces horreurs sur son poste de télévision à l’heure du journal télévisé. L’aide privée et publique s’accroissent de manière importante. Les dons affluent des quatre coins du globe pour venir en aide au Rwanda, à la Somalie puis pour l’Afghanistan et les Balkans. Des domaines quelque peu délaissés par l’Etat vont être pris d’assaut par une pléthore d’associations militantes dans l’aide au Développement, la protection de l’environnement, les droits de l’homme et de la femme, la lutte contre les mines anti- personnel,…Ce phénomène de mobilisation va de pair avec l’effondrement des grandes idéologies et une jeunesse qui entend prendre alors son destin en main.
  16. 16. 16 Comme le souligne Gautier Pirotte dans son livre « La notion de société civile » (2007), « les ONG sont parvenues à s’insérer de manière plus confortable au sein même de structures institutionnelles internationales et à s’ériger en agents intermédiaires de la gestion et de l’acheminement de l’aide au développement » (Pirotte, 2007, p93). Selon Alan Fowler (1993), le total des flux d’aides canalisés par les ONG serait passé de 2,7 milliards de dollars américains à 7,2 milliards vingt ans plus tard. Autre chiffre intéressant et révélateur des changements, dès 1995, plus de la moitié des projets financés par la Banque Mondiale ont pour partenaire une ONG (Banque Mondiale, 1996). Les ONG n’en restent pas moins des associations et des acteurs à part entière de l’Economie Sociale. Le conseil de Wallonie de l’Economie Sociale définit ce secteur comme: « des activités économiques productrices de biens ou de services, exercées par des sociétés principalement coopératives, des associations, des mutuelles ou fondations (utilité publique) dont l’éthique se traduit par : le service à la collectivité, une certaine autonomie, un processus démocratique de décision et la primauté des personnes et du travail sur le capital ». Les raisons d’être du phénomène ONG Il apparaît à ce moment du mémoire important de se pencher sur les raisons d’être du phénomène ONG, par extrapolation du mouvement associatif et plus généralement de l’économie sociale. Dans son livre la gestion des entreprises sociales co-écrit avec différents chercheurs spécialisés dans l’économie sociale, Sybille Mertens (2010) dresse une liste de ce qu’elle appelle les raisons d’être de l’économie sociale et par conséquent ce qui fait dans notre cas que les ONG sont des outils intéressants et utilisés. Dans un premier temps, l'existence des entreprises sociales est vue comme résultant à la fois de l'incapacité du marché à offrir en toutes circonstances la solution optimale et de l'incapacité de l'Etat à pallier de façon satisfaisante aux insuffisances du marché. Dans la théorie Néo-classique, le marché réalise une allocation optimale des ressources. Cependant, devant les échecs et les inégalités grandissantes provoquées par ce dernier, l’Etat peut alors décider d’organiser lui-même la production et la distribution de certains biens et services. Cette intervention n’est toutefois pas la solution miracle qu’elle se voudrait être. Tout d’abord, l’action publique est souvent génératrice d’inefficacité: gaspillage, abus, corruption,… Ce qui engendre une certaine perte de confiance de la part de la population à l’égard de l’Etat. De plus, l’Etat obéit à une règle d’universalité. Il lui est donc difficile de construire des réponses différenciées en fonction du type de population. « Les spécificités des entreprises sociales énoncées dans le chapitre précédent (appartenance au secteur privé, finalité sociale, gestion démocratique et dynamique participative, contrainte dans la distribution des bénéfices) constituent autant de traits caractéristiques qui leurs permettent, dans une certaine mesure, de dépasser les limites auxquelles sont confrontées le marché et l'Etat » (Mertens, 2010, p109).
  17. 17. 17 Les entreprises sociales disposent de par leur image positive en marge quelque peu du système capitaliste, d’un capital de confiance qu’elles vont utiliser pour mobiliser sur une base volontaire les ressources que les électeurs « non satisfait » vont être prêt à payer pour financer une action qu’ils souhaiteraient plus importante (dons, volontariat). De plus, la gestion démocratique et la dimension participative qu’elles mettent en œuvre dans leurs actions permettent aux différentes parties prenantes d’effectuer un contrôle interne sur la qualité des projets. L’Etat et les institutions internationales sont des financeurs importants de l’action des entreprises sociales et dans notre cas des ONG. On parle alors de production déléguée de services collectifs (santé, éducation par exemple.). Les contraintes inhérentes aux entreprises sociales sur la distribution des bénéfices, la gestion démocratiques sont des aspects qui vont rassurer inévitablement l’Etat. La garantie non capitaliste diminue les contrôles que l’Etat doit supporter. Selon Marcussen (1998), « les ONG sont dans un premier temps en mesure de mobiliser plus facilement des ressources privées ». Deuxièmement, « elles sont à priori capables de produire a des coûts de production inférieurs à ceux des Etats et autres institutions internationales » (Mertens, 2010, p116). Troisièmement, les ONG ne sont pas tenues d'offrir des services universels et peuvent donc contribuer à construire une offre hétérogène, plus adaptée aux besoins variés des bénéficiaires. Les ONG sont donc plus aptes à toucher les plus pauvres et à œuvrer dans les zones plus reculées, favorisant la participation locale avec les groupes bénéficiaires. L’action des ONG ne se limite cependant pas à offrir une production complémentaire à celle des pouvoirs publics. Ces associations peuvent aussi à la fois exercer une forte activité de lobbying auprès des différentes instances internationales en tant que « caisses de résonnances à l’occasion de sommets internationaux » (Pirotte, 2007, p93). Leur visibilité n’a cessé de grandir au fil des décennies, si bien qu’elles sont aujourd’hui des invités inconditionnelles des sommets internationaux. Elles sont la plupart du temps les portes paroles des sans voix, des plus démunies, de ceux qui ont été mis de côté par la globalisation et la croissance. Selon Gautier Pirotte (2007), « en 1968, à la conférence des droits de l’homme à Téhéran, elles étaient au nombre de 200. On en comptait dix fois plus en 1995 au sommet de Copenhague sur le Développement Social ». Pour finir sur ce point, Les organisations non gouvernementales restent une catégorie particulière d’entreprises sociales. Comme le souligne Sybille Mertens, les ONG avec leurs modes d’actions différentes, partagent toutes la même finalité: l’amélioration des conditions de vie des populations de pays défavorisés. Elles partagent le devant de la scène avec les Etats et les institutions internationales, place qu’elles n’ont cessée de consolider au fil des années. Elles effectuent par exemple des missions d’éducations sur des thématiques diverses et variées (agriculture, migration, commerce, environnement, …). Elles exercent aussi un contrôle citoyen sur les autorités publiques et le secteur
  18. 18. 18 privé aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Pour terminer, en raison de leur petite taille, elles ont une proximité avec le terrain qui les avantage pour identifier les problèmes et proposer des solutions innovantes. Les ONG sont donc devenues des institutions à part entière dans le paysage de l’économie sociale et plus spécialement dans le champ du Développement. Nous arrivons maintenant à la partie centrale du cadre théorique qui se penche sur la notion de légitimité. La légitimité Exercice de définition Powell et Magio ont mis en exergue dans leur travail "the new institutionalism in organizational analysis" (1991) que les dynamiques d’une organisation quelle qu’elle soit, ne tournent pas seulement et prioritairement autour d’enjeux technologiques et matériels mais bien plus autour d’impératifs culturels, symboliques et de croyance (Powell, Maggio, 1991). C’est ici que le concept de légitimité prend tout son sens. Il est dur aujourd’hui de poser une définition claire et précise sur le concept de légitimité. La littérature en effet ne regorge pas de définition univoque et ne suscite pas un réel attrait chez les chercheurs. Comme le souligne Suchman dans son article "Managing legitimacy: strategic and institutional approaches"(1995), la légitimité est aujourd’hui énoncée la plupart du temps sans être clairement expliquée et surtout définie. Il en résulte une absence de recherches poussées sur le concept. Elle est par conséquent plus l’affaire de voix dissonantes et fragmentées qu’une réelle volonté scientifique proclamée de poser un diagnostic sur ce mot quelque peu galvaudé. Avant tout, il apparaît maintenant important de tenter de donner une définition en bonne et due forme de ce qu’est la légitimité. Ces dernières années, comme nous l’avons dit, plusieurs chercheurs ont tenté de manière disséminée de s’y atteler. Mauer en 1971 parle de « processus dans lequel une organisation justifie a un subordonné son droit d’exister. » (Mauer, 1971) Il donne à la légitimité ici une forte dimension hiérarchique. Dowling and Pfeffer en 1975, mettent en valeur « l’effort de conformité culturel de la légitimité dans son travail de justification. » (Dowling, Pfeffer, 1975). Dans ce sens, la légitimité souligne la congruence entre les valeurs d’une organisation (une ONG dans notre cas) insérée dans un système social de valeurs plus larges aux dimensions d’une société. Meyer et Scott en 1983 considère la légitimité dans une logique de compréhension. Selon eux, « une organisation est légitime quand cette dernière est compréhensible plus que désirable » (Meyer, Scott, 1983). Être légitime, c’est avant tout offrir une explication à son existence.
  19. 19. 19 Nous retiendrons pour terminer sur ce point, la définition qu’adopte Marck Suchman. Il parle de la légitimité comme « d’une perception générale ou d’une hypothèse que les actions d’une quelconque entité sont désirables, appropriées à l’intérieur d’un système socialement construit de normes, de valeurs, de croyances » (Schuman, 2013, p574). Sarah Lister quant à elle, lie le champ du développement et les ONG plus particulièrement au concept de légitimité dans un article paru en 2003: "NGO legitimacy: technical issue or social construct?". Selon elle, la légitimité des ONG passe par la responsabilisation, la représentativité et la performance.  N’importe qu’elle ONG se doit d’être responsable de ses propres actes. Les contrôles vont dans ce sens. Saxby (1996) pense la responsabilisation à travers deux dynamiques. Premièrement celles venant du Nord, les donateurs et celles venant du Sud les bénéficiaires. Il y aurait donc deux sortes de légitimités que l’on peut qualifier de géographique en fonction des acteurs visés.  La légitimité est aussi un travail de représentativité. Pearce (1997) suggère qu’elle est directement liée au droit de représenter et au consentement d’être représenté.  La troisième dimension, la performance sous-entend le fait que l’ONG accomplisse des tâches qui répondent à des objectifs avec pour horizon un impact préalablement défini. La légitimité dans un environnement singulier Un élément clé du concept réside dans le fait que l’on conçoive l’entité légitime dans un environnement singulier et aléatoire, par conséquent en proie à la subjectivité des acteurs y évoluant. En effet, comme nous l’avons stipulé au-dessus, la légitimité repose sur une construction sociale de la réalité par les différentes personnes évoluant de près ou de loin dans l’environnement de l’organisation. Toutes personnes entrant en contact de quelques manières, qu’elles soient indirect et direct avec l’entité peut être considérées comme partie prenantes. La littérature notamment du Développement parle la plupart du temps de "stakeholders". Ce sont des personnes internes ou externes à l’ONG ayant un quelconque intérêt avec cette dernière que ce soit sur le plan financier et social notamment. Il convient ici d’affirmer que l’environnement dans lequel évolue une ONG est loin d’être homogène dans le sens où c’est un champ social (voir définition Bourdieu) et qu’il regroupe des acteurs de rang et de statut divers. « Chaque organisation est fonction d’un certain nombre de stakeholders et est sujette donc à plusieurs relations (Meyer et Scott, 1995) ». Une organisation opère donc dans un environnement qui lui est propre avec différents stakeholders. On peut citer ici par exemple les bailleurs de fonds, les salariés des ONG, les personnes bénéficiaires, etc.
  20. 20. 20 Dans cet effort de contextualisation, il s’avère utile ici de resituer les propos et travaux de Jean Pierre Olivier De Sardan dans son ouvrage «Anthropologie et Développement» (1995) dans lequel il se penche sur le concept d’arène. Il affirme que « tout projet de développement est un enjeu où chacun joue avec des cartes différentes et des règles différentes. C’est un système de ressources et d’opportunités que chacun tente de s’approprier à sa manière». Il met en place le concept d’arène pour « définir en fonction des intérêts divers la lutte qu’y va opposer à l’intérieur d’un projet (ici d’une ONG) les différents acteurs pour la réalisation respective de leurs propres objectifs » (De Sardan, 1995, p173). Il souligne: «Dans une arène, des groupes stratégiques (stakeholders) s’affrontent, mus par des intérêts (matériels ou symboliques) plus ou moins compatibles, les acteurs étant tous dotés de pouvoirs relationnels plus ou moins inégalement distribués » (De Sardan, 1995). Un projet en développement d’une ONG est donc inscrit dans une arène, un environnement singulier où chacun va apprécier la légitimité du projet en fonction de ses propres intérêts. La légitimité apparaît ici sous son aspect le plus personnifié. A quoi ça sert d’être légitime ? Mais pourquoi cherche-t-on de la légitimité? Pourquoi était-ce si important d’être légitime aux yeux de ses stakeholders? Les organisations et dans notre cas les ONG cherchent de la légitimité pour plusieurs raisons. Les efforts de légitimation vont par conséquent être relatifs aux objectifs que l’organisation s’est donnée sur le court et le long terme. D’après l’article de Suchman (2013), nous nous basons ici sur deux raisons particulièrement fondatrices de la légitimité que sont la continuité et la crédibilité. Dans un premier temps, la légitimité permet la stabilité des activités de l’organisation. La légitimité affecte dans un second temps non seulement sur comment les gens agissent à l’égard de l’organisation mais aussi comment ils la comprennent. Ainsi, les différents stakeholders comprennent l’organisation non seulement comme plus efficace mais aussi comme plus prévisible, et plus digne de confiance, donc plus crédible. La continuité et la crédibilité n’en reste pas moins des notions différentes bien qu’elles peuvent à certains moments aller dans le même sens et se renforcer respectivement. Cependant, il est aussi possible de chercher à comprendre une organisation pour tenter de lui nuire par la suite. A ce moment-là, les deux dimensions en viennent à s’opposer au lieu de se renforcer. Une légitimité accrue est profitable pour une ONG qui sera de fait apte à capter des ressources de tout genre (volontariat, argent, matériel). Les ONG paraissent alors désirables, appropriées pour répondre à un besoin en particulier.
  21. 21. 21 Deux courants théoriques pour aborder la légitimité « Les recherches aujourd’hui en sciences sociales sur la légitimité à l’échelle d’une organisation quelle qu’elle soit se divisent en deux catégories » (Suchman, 2013, p572). D’un côté, on trouve une vision stratégique plus centrée sur l’organisation (fonctionnaliste) et de l’autre une vision institutionnelle, englobante, beaucoup plus orientée sur l’environnement structurant dans lequel évolue l’organisation (structuraliste). Des auteurs comme Dowling et Peffer travaillent sur une vision stratégique. Ils ont adopté une perspective qu’ils qualifient de managériale et soulignent le fait que les organisations manipulent et déploient des symboles, des cheminements propres afin d’acquérir une image qui leurs permettra d’acquérir un support social. La légitimité stratégique est par conséquent une ressource opérationnelle que l’organisation va utiliser à l’intérieur de son arène ou environnement de manière à accomplir les objectifs qu’elle s’est fixée. La légitimité de nos ONG résiderait dans un premier temps, dans leurs propres mains. Ce serait elles qui seraient libres et surtout aptes à construire leur propre légitimité dans le temps. A l’inverse, des auteurs comme Di Maggio et Powell prennent le contre-pied en se détachant du point de vu organisationnel et en affirmant que les structures dynamiques de la société génèrent une pression à la fois culturelle et normée qui transcende les objectifs et défis de n’importe quelles organisations. Dans cette vision, la légitimité d’une ONG serait le fruit de son environnement et des différentes forces lui échappant qui lui pèseraient dessus. On peut penser notamment aux bailleurs de fonds et à leurs exigences, aux évènements d’envergure national ou internationale qui comme des catastrophes naturelles ou des guerres peuvent jouer un rôle prédominant. D’un point de vue général, la distinction entre stratégique et institutionnelle est une question de perspectives. Avec la théorie stratégique, on met en avant la vision managériale à l’échelle de l’organisation tandis que la théorie institutionnelle adopte un point de vue à l’échelle de la société. La légitimité reste à mi-chemin entre le comportement de l’entité légitimé et les croyances et normes d’un groupe sociale ou d’une société dans une vision plus large.
  22. 22. 22 La légitimité inscrit dans le temps La légitimité n’est en aucun cas un phénomène intemporel. Elle est effective sur un moment « t » et est par conséquent fluctuante de manière diachronique. Une organisation légitime hier pour une catégorie de personnes définie peut devenir dans un futur proche une entité sans réelle fondement. La légitimité met en valeur une relation temporelle avec une audience. Le prérequis légal de la légitimité des ONG « La légitimité est avant tout dépendante d’une conformité avec les institutions réglementaires, le droits, les règles en vigueur qui sont les garants de la stabilité et de l’ordre » (Scott, 1995). La validité légale des ONG est toujours construite au niveau national en conformité avec le droit. Ce qui donne une vague de contestation sur le fait de savoir comment cette légalité est construite au niveau international. « Les ONG transnationales ont par conséquent appris comment manœuvrer sans avoir une personnalité juridique internationale propre » (Charnovitz, 2006, p356). Il est clair que la légalité est un premier pas indispensable pour revendiquer une quelconque légitimité. Cependant, comme le souligne Beethman (1991), « la légalité est un concept étroit, restreint et délimité avec une pléthore de procédures tandis que la légitimité est un concept plus large » (Beethman ,1991). Prenons par exemple, le cas d’un parti qui perd le jugement d’un procès. Le parti perdant se voit obligé de considérer la légitimité du jugement de la cour. Cependant, il peut toutefois juger les raisons de la cour illégitime. Nous considérons ici l’aspect légal comme une part essentielle et constitutive de la légitimité des ONG. Mais, il s’avère important de faire un pas en avant et de considérer cet aspect comme un prérequis et d’aller plus loin pour comprendre la construction et l’entretien de la légitimité des ONG. Une loi n’est pas légitime juste par le fait qu’elle est une loi, en témoigne les luttes sociales et grèves de l’histoire. Dans le débat légalité-légitimité, la légitimité apparaît comme un concept plus vaste et plus approprié parce qu’il va au-delà des règles pour y inclure d’autres sources de légitimité qui dérivent d’autorités non-légales, à la fois normative et sociale. Qu’elles sont alors les autres dimensions inhérentes au phénomène de légitimité. Nous nous basons ici sur le travail de Trandardottir, « NGO legitimacy, four models » (2013) afin de clarifier les différentes dimensions sur lesquelles une ONG va baser la construction de sa légitimité. Chaque modèle énumère ses propres critères, ses différentes interprétations de la légitimité. Ils ont pour but de permettre au lecteur à travers des modèles simplifiés de poser un nouvel œil sur la construction de la légitimité chez les ONG.
  23. 23. 23 Les Trois modèles La finalité de ce cadre théorique réside dans l’énumération de trois modèles qui permettront en confrontation à la partie terrain de mieux apprécier cette dernière. Le modèle de marché Le modèle de marché analyse la légitimité des ONG en se basant principalement sur les lois de l’offre et de la demande. Il priorise la résolution des problèmes et l’évaluation de l’action de l’ONG à travers l’établissement de résultats pour la plupart quantitatifs qui attestent de sa capacité à répondre à un besoin. Les problèmes abordés par le modèle de marché tournent autour des aspects fonctionnels de l’ONG en tant que prestataire d’un service complémentaire à l’action gouvernementale ou institutionnelle. Dans cette optique, comme nous l’avons souligné dans le chapitre sur les raisons d’être des ONG, ces dernières sont considérées comme ayant un avantage comparatif sur l’Etat tels l’innovation, la proximité locale, etc. Afin de comprendre le rôle des ONG dans une logique de marché, le modèle va analyser leurs actions à travers leurs choix économiques et rationnels. Les théories du marché analysent principalement les ONG en se basant majoritairement sur une palette d’indicateurs de performance et d’efficience. En terme générale, le modèle de marché s’aligne avec l’agenda néolibéral de l’ordre mondial en se concentrant sur des dimensions tel le commerce, l’économie politique et la gouvernance. Cette légitimité des ONG est établie notamment à travers « l’étude des finances des organisations » (Brown, 2008) qui est ici le principal gage de crédibilité. La recherche de légitimité passe par une relation vers le haut, orientée vers les différents stakeholders et notamment les bailleurs de fonds qui possèdent un véritable pouvoir financier donc de décision sur l’ONG. Une des principales critiques adressées à ce modèle réside dans sa principale caractéristique qui veut que les critères d’évaluations sont principalement des indicateurs chiffrés qui sont façonnés par les Etats et les grands bailleurs de fonds. Ce sont comme le souligne Thrandardottir, ces derniers qui construisent et déconstruisent ici la légitimité des ONG. La place des ONG est réduite à leur proportion à faciliter les services de l’Etat providence ou des institutions internationales. Gautier Pirotte, parle dans son ouvrage la notion de société civile (2007) de « tiers-secteur » dans le sens où les ONG se contentent de panser les carences de l’Etat. Les ONG sont par contre, loin de développer une légitimité qu’elles tireraient d’un rôle de contre-pouvoir, de questionnement et de contrôle auprès des instances étatiques ou institutionnelles. Leurs tâches sont plus auxiliaires, confinées par la loi nationale et la tutelle des Etats et institutions.
  24. 24. 24 Par conséquent, le modèle de marché souligne cette opposition entre une légitimité qui se construit politiquement (contre-pouvoir, empowerment) et une autre apolitique (Tiers Secteur). Le modèle de marché ignore ici complètement la dimension politique inhérente aux ONG, leur rôle d’avocat, de lobbyiste, de change maker laissant par conséquent une large part de la légitimité des ONG inexpliquée. Comme le soulignent Day et Klein, les ONG doivent un droit d’explication aux principaux bailleurs de fonds qui financent leurs activités, qui dans ce cas très précis se mesure (Day et Kelin, 1987, p5). La légitimité se cantonne à l’appréciation de l’efficacité des projets par et pour les gens d’en haut («for the people») au lieu d’être plus authentique et de se construire par les gens concernés par les projets («by the people»), (Scharpf, 1999, p1-12). L’argument principal du modèle de marché est donc une solution chiffrée et normée, apportée par une ONG à un problème. Il va s’en dire que les bailleurs de fonds comme les Etats ou les institutions internationales type BM par exemple sont plus à même vu l’étendue de leurs actions et leurs poids financier à exiger des conditions qui découlent d’une vision du Développement bureaucratique et technique. Au final, la légitimité n’est telle pas façonnée par celui qui détient le pouvoir. Les ONG sont t’elles alors maitres de leurs destins ? Il est ici opportun de se poser la question de savoir si l’esprit d’innovation (caractéristique propre d’une ONG) ne serait pas compromis par les relations de pouvoirs qui structurent le champ du Développement. Les bailleurs fondent la légitimité des ONG sur leurs seuls jugements à travers des aspects plus que normatifs au détriment des personnes désemparées qui dans le cas des projets menés par les ONG, sont les principaux bénéficiaires. Ce sont eux qui sont mis en marge dans le questionnement de la légitimité des projets. Ce sont aujourd’hui une succession d’arrangement entre les ONG et les ministères de coopération et institutions internationales qui se déroulent en défaveur d’une meilleure compréhension des besoins5 . Le modèle de marché amène donc une autre dimension à la légitimité que celle de la légalité. « Les lois ne peuvent se justifier simplement par le fait qu’elles sont des lois. Elles requièrent des justifications qui vont bien au-delà » (Beethman, 1991, p69). Le modèle de marché propose une autre source de crédibilité même si cette dernière reste cantonnée à des logiques propres au marché, sujettes au pouvoir de l’argent qui laissent de côté les personnes bénéficiaires des projets, sans véritable pouvoir économique. Les valeurs démocratiques comme la liberté d’expression et la participation dans ce cas très précis, nous échappent complètement. 5 Le concept des Buzzwords mis en avant aujourd’hui dans tous les projets de développement fait office de contre-exemple à cette négligence des populations bénéficiaires. L’objet du mémoire n’est pas de débattre de la véracité de cette nouvelle tendance théorique. Lire l’article « Beyond Buzzwords » de Andrea Cornwall et Karen Brock, publié par les Nations-Unis en 2005.
  25. 25. 25 Le modèle du changement social Les interprétations qui découlent du modèle du changement social sont sensiblement différentes de celles du modèle de marché dans le sens où elles en prennent le contre-pied parfait. Bien que les indicateurs de performance soient des aspects inhérents à la construction d’une légitimité. Ce modèle quitte le débat top-down bailleurs de fonds-ONG pour examiner de plus près les racines démocratiques constructives de la légitimité des ONG. Les critères retenus ici sont directement hérités des arguments de Tocqueville dans son œuvre « de la Démocratie en Amérique » (1835) et notamment la liberté d’association. A travers ce filtre, les ONG sont des atouts majeurs pour le bon fonctionnement des sociétés dans le sens où elles permettent dans leur espace d’action, la libre expression de chacun sans contraintes majeures. Dans la continuité des pensées issues de la découverte de la société américaine, ce modèle se penche principalement sur le rôle des ONG en tant qu’agents constitutifs de la société civile. La liberté d’association est alors l’argument imparable, principal garant d’une légitimité ici plus politique. Ainsi la légitimité des ONG n’est pas vue comme une condition du marché mais plutôt comme « le résultat de facteurs sociaux qui prennent en compte les relations sociales entre les ONG et la base, c’est-à-dire les populations bénéficiaires et leurs différents rôles sociaux » (Hilton, Mckay, 2010). Salomon et Anheier considère les ONG comme « une nouvelle force globale et sociale qui agit dans son droit » (Salomon, Anheier, 1996). Le problème réside dans le fait que les bailleurs de fonds auraient tendance à négliger ce versant plus politisé. Prenons par exemple une ONG quelconque qui à travers son action possède une légitimité vis- à-vis des institutions internationales comme représentative de l’opinion publique. Il reste alors à savoir sur quelles bases se fonde cette représentativité ? Comment cette dernière doit-elle être comprise ? Est- ce la voix collective de tous les membres ? Cette dernière est-elle basée sur la participation de ces membres, sur la participation financière de ses membres, ou sur la force de ses arguments ? Dans certains cas, l’absence de volontaires au sein d’une association peut être considérée comme une faiblesse démocratique et donc amener à un manque de légitimité. « Si une ONG est un agent démocratique, elle se doit de mettre en place une passerelle entre les autorités étatiques, interétatiques et la population. La question alors est de savoir ce qu’elle représente et pour qui elle le fait » (Steffek et Hahn, 2010, p 16-20). Selon Peruzzoti (2006), la question de savoir qui représente l’ONG est une mauvaise question car cela revient à se demander de qui est-elle responsable ? La responsabilisation reste à ses yeux un mécanisme qui prévient l’abus de pouvoir qui a été délégué. La seule délégation de pouvoir à laquelle nous ayons à faire ici se situe entre le donateur ou bailleurs de fonds et l’ONG. Il serait alors plus judicieux de penser la légitimité des ONG par la question du comment. Il remarque: « Si la société civile représente une forme spécifique de société qui œuvre à remodeler les relations sociales autour de
  26. 26. 26 principes inscrits dans les constitutions modernes, la question de comment démocratiser ces croyances sociales, ces pratiques et cette vie associative devrait devenir une priorité» (Peruzzoti, 2006). La légitimité d’une ONG sur le plan démocratique est liée à des justifications de représentativité basées sur l’analyse des membres de l’ONG ainsi que de son processus interne démocratique. Il est donc important d’aller aussi plus loin que les valeurs mises en avant ou le nombre de bénéficiaires d’un projet et analyser le fonctionnement des organisations vu de l’intérieur. Le modèle du changement social souligne l’importance de l’aspect interne d’une ONG afin d’apprécier une légitimé qui s’inscrit cette fois-ci dans un contexte démocratique et de jauger comment participent les populations aux projets. Les finances et l’analyse de l’efficacité sont ici mit de côté. Cette vision est cependant de plus en plus mise en avant aujourd’hui dans le cadre des projets de développement. L’époque actuelle que nous vivons est caractérisée par ce rapprochement des projets avec le local et les bénéficiaires. La participation pour ne reprendre qu’elle, reste une condition inévitable de tout projet afin de trouver des financements. Pour ouvrir quelque peu le débat sur cette section, Atack (1999) pose la question de la complémentarité du fonctionnement démocratique avec la grandeur de certaines ONG ou selon lui une hiérarchie de pouvoir permettrait une action beaucoup plus professionnelle et efficace. Le modèle institutionnel Avant de commencer à présenter ce dernier modèle, il semble important de définir plus amplement le terme « politique » pour une meilleure compréhension de la partie qui va suivre. Nous avons déjà employé ce terme dans le modèle précédent pour souligner la vision démocratique et de changement que les ONG possédaient. On sous-entend par politique la plupart du temps l’organisation et la gestion de la vie en communauté. C’est un défi qui à travers les définitions des dictionnaires incombe à l’Etat. Il est clair que dans une démocratie comme la nôtre, l’Etat résultant de la volonté citoyenne, la population par extrapolation partage ce challenge notamment par le biais du vote. Il n’est pas question ici de rentrer dans des débats de philosophie politique qui pourrait nuire au déroulement de la présentation mais seulement de clarifier deux termes inhérents à cette notion, qui nous viennent de l’anglais : les « politics » et les « policies ». Les politiques publiques et la philosophie politique parlent des « policies » la majorité du temps. On entend par là tout ce qui se passe quand l’Etat ou un autre acteur traite un problème dans n’importe quels secteurs. C’est le défi de comprendre qu’elles seront les conséquences d’une action politique (qu’elles soient voulues ou non) sur la production, la répartition des ressources ainsi que la satisfaction de la population. Elles étudient ici le « faire » de l’instigateur de l’action en répondant aux questions :
  27. 27. 27 Qui, que, quoi, comment. Il est important ici de savoir à quoi l’action politique sert, qui elle sert et surtout comment elle sert. Les « politics » quant à elles sous-entendent dans une première définition, ce qui se passe dans une organisation politique comme l’Etat par exemple. On fait attention ici aux positions sociales des personnes évoluant dans l’organisation politique, les modes d’ascensions qui passent par la reproduction, l’élection ou bien l’occupation. C’est une compétition stratégique pour la conquête de positions. On parle de « jeu politique ». Cette distinction se base sur l’action de l’Etat en théorie. Cependant dans le cadre de ce travail, il s’avère que les ONG au même titre que l’Etat s’attaquent aux défis de la vie en communauté. Par conséquent, ces distinctions ne sont pas seulement l’apanage de l’Etat mais aussi de n’importe quelles autres organisations qui cherchent à agir sur le vivre ensemble et la société en général. De plus, l’Etat n’agit pas en vase clos et les ONG restent des acteurs importants de la vie politique d’un pays, notamment dans les secteurs où l’Etat subit d’importantes carences. Mais revenons maintenant au modèle institutionnel. Le modèle institutionnel cible dans son analyse principalement les normes. En effet, certaines recherches sur la légitimité des ONG se penchent à l’inverse du modèle de changement social sur la manière dont les ONG correspondent avec les structures externes, participent dans la création des normes (Keck et Sikkink, 1999). Les ONG sont vues comme des partenaires cruciaux pour promouvoir la démocratie et élargir la participation politique dans la société. Nous nous focalisons ici sur les relations entre les ONG et les structures externes, notamment les Etats et institutions internationales avec lesquelles elles entretiennent des relations de travail étroites. Au niveau international, la présence des ONG au sein d’organisations intergouvernementales ont fait ressortir des questions à propos de leur rôle comme porte-voix démocratique et leur participation à la création de nouvelles normes dans les institutions internationales. On rentre ici dans le cœur du modèle qui souligne que les institutions internationales procurent un espace, une plateforme de participation aux ONG avec comme objectif de combler un déficit démocratique flagrant et de conquérir de nouvelles positions nettement plus locales. Le fait que les ONG soient créditées du titre de représentant de la société civile et de l’opinion publique permet à ses dîtes institutions de revêtir l’accoutrement démocratique qui leur manquait. Elles compensent par conséquent le déficit de légitimité dont elles souffrent et qui est régulièrement pointé du doigt. Peu importe qu’elles agissent sur le plan politique ou dans le domaine des services de l’État, elle n’en reste pas moins des acteurs que l’on se doit de manager. Bien que l’Etat soit porteur d’un message démocratique à travers les élections, les contestations du vote, l’absentéisme aux différentes élections ont profondément interrogé cette dernière décennie,
  28. 28. 28 l’essence démocratique de nombreux Etats. Dans ces pays démocratiques, les ONG représentent un puissant allié qu’il convient de se mettre dans la poche en vue des prochaines échéances électives car ces dernières sont l’allégorie d’une démocratie quasi-parfaite que l’Etat se révérait d’incarner. Ce modèle se centre principalement sur le manque de légitimité des institutions, bailleurs de fonds tout en occultant les questions de fond politique (« les policies »). On peut ici apprécier le jeu de dupes se jouant entre les ONG et les bailleurs, l’une ayant besoin d’argent et l’autre besoin de légitimité démocratique pour assouvir un peu plus son pouvoir (« les politics »). Ce modèle a le mérite de mettre à jour le véritable jeu politique à l’œuvre entre les deux entités, qui dénature quelque peu la vision d’action et de changement portée par le précédent modèle. Modèle de marché Modèle changement social Modèle institutionnel Théorie Néolibérale du changement organisationnelle Principe mis en avant Offre et demande Liberté d’association Jeu politique Argument principal Un service complémentaire de l’Etat ONG, un outil au service de la démocratie ONG, un outil au service des bailleurs de fonds Critères légitimité Indicateurs de performance, comptabilité, coût- bénéfice Liberté d’association, la société civile comme haut-parleur de l’opinion publique ONG, leur fonctionnement démocratique : la vitrine des bailleurs, Dimension Technique « Policies » « politics » Vision Top-down Bottom-Up Top-Down Conclusion de la partie théorique Il n’est pas question ici de remettre en cause la légitimité des ONG. En effet, à aucun moment, nous nous posons la question de savoir si telle ONG est légitime ou non ? L’exercice du mémoire ne peut résider dans un jugement qui se voudrait autant subjectif. Nous cherchons juste à apprécier les dimensions sur lesquels une légitimité peut se baser, se développer et perdurer. Par conséquent, nous partons du principe que toute ONG possède une légitimité quelconque du moment où elle mène à bien Tableau récapitulatif des trois modèles
  29. 29. 29 des projets, qu’elle reçoit des subsides, fait appel à des volontaires et emploie du personnel. Ce qui nous intéresse, c’est de décrypter les fondements de la légitimité des ONG, non de juger si une ONG est légitime ou pas car la légitimité reste une notion comme nous l’avons vu socialement construite et par conséquent relative à chaque individu. Nous avons vu qu’il y avait deux visions de la légitimité, une structuraliste soulignant les forces externes comme celles des bailleurs de fonds et une autre plus fonctionnaliste donnant plus de crédit à la marge de manœuvre de l’ONG. Le terrain effectué dans le cadre de ce mémoire n’a pas permis d’avoir un accès direct aux bailleurs de fonds et d’apprécier directement leurs motivations, leurs exigences. La notion de légitimité dans le cadre de ce travail, est avant tout une notion qui s’inscrit dans un contexte très précis que celui du Développement et qui se personnifie sous les traits du phénomène ONG. Le Développement est aujourd’hui un secteur à part entière avec ses normes, ses codes, son vocabulaire. Il est une machine huilée, professionnalisée qui emploie des milliers de personnes de par le monde. C’est aussi et surtout une machine qui a su se réinventer au fur et à mesure des défis et des épreuves. Les ONG sont aujourd’hui le symbole de cette nouvelle dynamique des "buzz-words" que sont la participation, l’empowerment, etc. Elles proposent une nouvelle vision démocratique du Développement et ont le mérite de permettre sur le papier aux bénéficiaires de prendre réellement part aux projets. La légitimité est une notion nous l’avons bien vu qui s’étend au-delà de la légalité et embrasse des dimensions plus profondes. Elle est indissociable de la notion de pouvoir. Cette dernière la façonne, la construit et déconstruit. Le modèle de marché met bien en évidence cette relation de dépendance des ONG vis-à-vis des bailleurs de fonds et cette vision technique quelque peu dénuée de considération envers les populations bénéficiaires ne possédant que trop peu de capital économique. C’est une logique qui cherche à répondre à un besoin simplement par l’apport d’une offre dénuée de considérations sociales. Cette légitimité d’en haut, comme nous le suggère le modèle institutionnel, est aussi pleine de considérations à l’égard du pouvoir politique, faits de conquêtes, de volontés de prospérer. Il met en avant le jeu politique des bailleurs de fonds et l’opportunité que représente pour eux les ONG au vu de leur facette démocratique. Puis vient une légitimité plus « grassroots », une légitimité qui vient d’en bas, plus politique dans le fond. Elle se base sur les principes fondamentaux des démocraties modernes et se pose en véritable garde-fou d’un système que de nombreux savants ont eu raison de qualifier comme étant le moins pire. Elle vient de la population organisée collectivement qui entend agir sur le devenir de sa société. La légitimité se construit donc sur une dimension à la fois technique (logique de marché), politique (modèle changement social) où la population a son rôle à jouer et pour finir une dimension
  30. 30. 30 institutionnelle dans le sens où elle aide à renforcer le pouvoir des bailleurs de fonds. La légitimité reste un phénomène, qui se doit d’être appréciée dans un contexte, une arène qui va la définir, la modeler.
  31. 31. 31 Méthodologie A ce moment du mémoire, il s’avère utile de préciser les techniques terrains qui ont aidé à la levée des données et à l’obtention d’informations. Ce travail s’inscrit dans le domaine des sciences humaines et sociales. Il prend racine dans la sociologie et l’anthropologie notamment. Ces deux sciences aux frontières poreuses ont depuis longtemps étudié le secteur du Développement. Ce mémoire se base par conséquent sur une palette de méthodes leurs appartenant. Dans cette dynamique, nous nous sommes donc basés sur la méthode « d’observation participante » théorisée par Malinowski dans son œuvre « les argonautes du Pacifique » (1922). « L’observation de phénomènes, des acteurs est en effet inhérente à toute démarche scientifique. Elle s’est ainsi affirmée comme une condition première de la construction du savoir en sciences sociales (tout comme dans les sciences pures), par une mise en rapport mais aussi une mise à distance du sujet et de l’objet » (Jaccoud, Mayer, 1997, p211). Elle consiste donc à se laisser porter au grès des évènements d’un terrain en observant et relevant toutes les informations et en interagissant avec les personnages du terrain. Il est donc important de vivre ou de passer du temps avec les acteurs concernés par l’étude, de partager leur quotidien (« mise en rapport ») tout en gardant une certaine retenue de juger et une certaine distance vis-à-vis de ces derniers (« mise à distance »). Chaque acteur social essayant d’interpréter le monde à sa façon, il y a par conséquent autant de réalités sociales que d’acteurs. « Le chercheur se donne alors pour motivation de décrire, de rendre compte ou de comprendre la dimension collective de la vie humaine ou des relations sociales ici propres aux ONG dans le secteur du Développement » (Jaccoud, Mayer, 1997, p211). La méthode de l’observation participante est fondatrice de l’anthropologie comme science à part entière. Le travail de terrain dont résulte ce mémoire s’est écoulé sur une période de trois mois alors que les terrains d’anthropologues durent entre un an ou deux ans6 . Il est donc ici important de coupler l’observation participante avec des méthodes plus sociologiques et notamment dans ce mémoire, la technique de l’entretien qualitatif. Elle permet au chercheur de « retirer des informations ciblées et des éléments de réflexions riches et variés » (R.Quivy et L.V.Campenhoudt, 1988, p185). L’entretien semi- directif a été l’outil privilégié dans le cadre de ce travail. On entend par semi-directif le fait que l’entretien n’est ni entièrement ouvert, ni canalisé par un grand nombre de questions précises. Le chercheur ici a disposé d’une série de questions guides, ouvertes qui ont permis de poser un cadre à l’échange afin de délimiter un minimum l’interview tout en laissant l’interviewé s’exprimer librement. Evoluer dans un environnement totalement différent est souvent un challenge pour le chercheur qui doit chercher à s’adapter rapidement sans néanmoins tout vouloir contrôler. De plus, de nombreux 6 A titre de comparaison, le travail de terrain de Malinowski sur les îles Trobriands s’étale sur trois années.
  32. 32. 32 imprévus sont à prévoir tout au long du terrain. Le temps par exemple, peut être une réelle barrière. Là où un rendez-vous peut prendre un quart d’heure pour être finalisé, cela peut demander des semaines au chercheur pour arriver à s’accorder avec l’interviewé dans certains endroits. Il est alors important au vu du temps impartit du terrain d’établir au mieux un plan d’attaque afin de pouvoir appréhender au maximum le phénomène que l’on souhaite étudier. Le travail de terrain de ce mémoire s’est déroulé durant la période de février 2015 à avril 2015, inclus. Au vu des imprévus, dont il a fait l’objet7 , une identification des acteurs clés du terrain a permis rapidement de cibler les personnes à interviewer en priorité de manière à balayer dans le laps de temps imposé le maximum d’informations. Les contacts préalablement établis avec les encadrants terrains, experts sur le sujet d’étude ont permis d’identifier et de contacter rapidement les acteurs qui nous intéressaient dans le cadre de notre travail. Pour conclure sur cette partie, la méthodologie mise en place dans le cadre de ce mémoire est le fruit d’emprunts anthropologique et sociologique. Elle est aussi faite d’improvisations face à l’expérience d’un premier terrain qui recèle d’imprévus. Il n’en reste pas moins un travail qui se base sur des fondements méthodologiques scientifiques et universitaires. 7 L’institution d’accueil dans le cadre du stage n’avait et n’aura aucunement durant le séjour une activité liée à la thématique du mémoire qui est celle de l’eau.
  33. 33. 33 Préambule à la partie terrain Présentation brève du pays: la Bolivie Eléments de géographie humaine La Bolivie occupe une place centrale sur le continent Sud-Américain. C’est un pays qui a la caractéristique d’être totalement enclavé. Il a perdu en effet ses côtes pacifiques en 1879 durant une Guerre contre le Chili8 . Il possède une superficie de plus d’un million de kilomètres carrés et dispose d’une population de dix millions d’habitants. La densité d’habitants au kilomètre carré est de dix, soit un chiffre relativement faible. Le pays connaît à l’étranger une forte image andine faite de montagnes et de sommets enneigés. Cependant, la plus grande partie du pays est occupée par les llanos, terme que l’on traduit par plaines de basse altitude et des forêts amazoniennes qui s’étirent sur toute la partie Est du pays La Bolivie est devenue indépendante en 1825 sous l’impulsion de héros nationaux comme Simon Bolivar9 et Antonio Jose de Sucre10 en se libérant du joug Espagnol. Elle est divisée 8 Le 23 mars de chaque année a été proclamé « dia del mar » (jour de la mer) par Evo Morales. Le pays revendique une entrée maritime qu’il a perdue contre le Chili lors de la guerre du Pacifique (1879-1884). Evo morales a notamment depuis porté cette revendication sur la scène internationale. 9 Simon Bolívar (1783-1830) est surnommé le Libertador, Il est un général et homme politique vénézuélien. II est une figure emblématique de l'émancipation des colonies espagnoles d'Amérique du Sud. Dès 1813. Il participa de manière décisive à l'indépendance des actuels Bolivie, Colombie, Équateur, Panama, Pérou et Venezuela. Il souhaitait créer la Grande Colombie, une sorte de grande confédération regroupant l’ensemble de l’Amérique Latine. 10 Jose Antonio de Sucre (1795-1830) est un leader indépendantiste sud-américain. Lieutenant de Simon Bolivar, il a mené d’importantes batailles et gagné des victoires militaires qui ont contribué à l’indépendance de nombreux pays latinos. Carte soulignant le relief du pays Source : http://embolivia-paris.e-monsite.com/pages/la- bolivie/geographie.html Carte des différentes régions du pays Source : http://www.abc- latina.com/bolivie/carte_bolivie_departement.php
  34. 34. 34 administrativement en neuf départements et cent onze provinces. Les départements de La Paz, Oruro et Chuquisaca sont bien ancrés dans les Andes alors que ceux de Cochabamba, Tarija, respectivement au centre et au sud du pays présentent des morphologies différentes avec à la fois des vallées, des plaines et des montagnes. Les départements du Béni et de Santa Cruz sont eux constitués de vastes plaines entrelacées par des rivières et des fleuves. On trouve pour terminer à l’extrême Nord, le département du Pando de type exclusivement amazonien. La Bolivie est un pays où l’agriculture traditionnelle occupe une place importante. « 17,3 millions de km2 de terres sont cultivables. Sur ce total, seulement 2,6 millions de kilomètres sont utilisés et irrigués soit seulement 15% de la surface du pays » (Llena, 2012, p 48). La culture de la coca est le secteur d’activité central. Il est aujourd’hui en expansion dû principalement au trafic de cocaïne. La réforme agraire a commencé en 1953. Elle a mis un terme au système inégalitaire d’haciendas d’un petit nombre de propriétaires contrôlant de vastes étendues de terres, les plus fertiles du pays. Cette petite oligarchie possédait en effet 90 % des terres cultivées. Ce régime dominait un prolétariat rural paysan vivant dans des conditions de vie plus que difficile. A la fin des années 1990, le secteur minier important dans le pays notamment dans les régions de Potosi11 et d’Oruro a été démantelé par les plans d’ajustement structurel des bureaux du FMI. S’en est suivi un important épisode de migration de la population vers les grandes villes du pays mais aussi à l’étranger. On estime à 1 600 000, le nombre de boliviens installés en Argentine, à 200 000 dans la région de Sao Paulo au Brésil et environ 500 000 aux Etats-Unis (Llena, 2012, p48). Avec la crise amorcée en 2008 et aux vues des difficultés rencontrées par les boliviens dans des pays d’accueils comme l’Espagne, s’amorce aujourd’hui un retour progressif des migrants dans leur pays. De fortes disparités entre le rural et l’urbain Economiquement et socialement parlant, la Bolivie est un pays qui connaît de fortes inégalités à l’intérieur de son territoire. Ces inégalités sont fortement représentées géographiquement par une séparation nette entre l’urbain et le rural. Depuis l’année de la fondation du pays, les politiques- publiques ont totalement occulté le développement des campagnes se focalisant simplement sur les capitales des neuf départements. Une mobilisation sociale, paysanne et indigène importante a éclot afin de porter sur le devant de la scène la parole de ces oubliés. Cette mobilisation révèle comme le souligne René Cardozo dans son article « Evo Morales en Bolivie », « une réalité de marginalisation et d’abandon qui touche les populations paysannes de manière concrète » (Cardozo, 2009). Certains chercheurs et politologues locaux parlent de l’opposition de « deux » Bolivie. Bien que coexistant l’une à côté de l’autre, elles sont divisées « par une multitude de discriminations, d’exclusions et de blessures 11 Potosi est la ville la plus haute du monde. Elle culmine à plus de 4100 mètres.
  35. 35. 35 profondes » (Cardozo, 2009). Quelques chiffres Il est utile de jeter un œil aux chiffres et données établis sur la Bolivie avant d’aborder plus profondément notre sujet. Nous nous baserons sur les données établies par la Banque Mondiale (BM). Il est important de considérer ici les indicateurs sociaux tels l’éducation, la pauvreté, l’espérance de vie, mais aussi économiques comme le Revenu National Brut (RNB) de manière à poser un premier visage sur les réalités du pays. La Banque Mondiale considère 4 indicateurs12 majeurs en matière de Développement qui sont l’inscription à l’école primaire, le ratio de population pauvre en fonction du seuil de pauvreté national, l’espérance de vie à la naissance et le revenu national brut par habitant (RNB) qui correspond à la somme des revenus (salaires et revenus financiers) perçus pendant une période donnée par les agents économiques. En Bolivie, 91% des enfants vont à l’école primaire, un pourcentage sensiblement inférieur à ceux de ses pays voisins. 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté soit l’équivalent de 2 dollars par jour. L’espérance de vie à la naissance est de 67 ans. Pour terminer en chiffre ce tour du pays, le RNB par habitant à l’année s’élève à 2550 dollars alors que celui de la Belgique, à titre de comparaison tourne en 2013 autour de 41 000 dollars par habitant. Concernant l’économie bolivienne, sur un classement effectué par le FMI en fonction du PIB de 187 pays dans le monde, la Bolivie figure au rang 91 suivie de près par la Côte d’Ivoire, l’Uruguay, et le Népal. Son taux de croissance est relativement haut, ce qui est relativement normal pour un pays en voie de développement (5% en 2014). Cependant, les prévisions à venir annoncent un ralentissement qui le ferait descendre en dessous du taux de croissance moyen des pays en voie de développement. Le taux de croissance de la Bolivie reste néanmoins supérieur à ses voisins latinos. Les dernières années ont été marquées par une augmentation des inégalités entre les régions de l’Est et de l’Ouest au profit des régions de L’Est. Par exemple, l’indice de Développement Humain de la ville de Santa Cruz (située à l’Est) est de 12 points plus haut que celui de Potosi, une des villes les plus pauvres de Bolivie située au Sud-Ouest. 12 Voir annexe n°7 Source : Banque Mondiale

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